Où sont partis déjà, ces fleurs du passé,
    De ces temps de lumières où nous étions en paix,
    Ces ailleurs de candeurs où l'encore on s'aimait,
  Aux époques où les guerres s'en trouvaient effacées.


   Dans ces heures insouciantes où l'on pouvait rêver,
         Aux pôles anoblis de sublimes aurores,
Qui esquissaient nos songes, comme des toiles abstraites,
    Brulant d'incandescences en chants de Maldoror.


Pour de saphiques vesprées qui dansaient sous les nues,
    Nous montrant le chemin que nous avions perdu,
   Plus loin que les erreurs qui nous avaient extraites,
  Des ces fleuves tortueux qui souvent nous noyèrent.


Mais qui pris de leurs grâces nous soufflaient vers l'issue,
    D'un jardin si parfait que nos pleurs s'effacèrent,
       En un tableau de joies plissées à demi nues,
        Un Éden oublié comme autant de vertus,
     Que nos genoux plièrent devant ces majestés,
         Nous laissant éblouis, muets de vérités.
Tant je l'avais cherché au creux de mes soucis,
Ce cœur pour s'en venir battre au plus près du mien,
   Que la route fût longue et les pièges incertains,
       Pour espérer si fort et ne trouver si peu,
    Qu'un océan de brumes pour ensabler l'esprit,
    Une mesure de grain dans un moulin si vieux.


      Un rien de mon destin qui s'en était enfuit,
     Je recherchais la paix au delà de mes nuits,
  Mais ne trouvais qu'un mal pour me tuer plus vite,
        Comme l'acide vient dévorer l'azurite.


     Où dormait la lumière de mon passé broyé,
De ces espoirs si vains, qu'ils n'étaient plus qu'étroits,
De jours en heures perdues, dans des années sans toi.


    Le flux des souvenirs, de nos bras ces marées,
 Me revenaient sans cesse comme un vin qui enivre,
      Où je pourrais encore te parcourir de joie,
     L'été de nos jeunesses qui me ferait revivre.
Pour tant de ces amours en qui je n'ai pu croire,
     L'espace d'une danse hantée de crépuscule,
    Qui me faisait de peines ma vie s'en éloigner,
 Et me remettre encore de ces mains sur l'ouvrage.


      Le passé revenant sur nos espoirs perdus,
Ils me guettaient toujours d'un coin des rêves sages,
  Aux entrelacs brumeux de mes nuits sans bleuté,
     Où étais-tu ma douce, je ne te voyais plus.


    Comme une page oubliée, un roman dissolu,
Les mots ne venaient plus, ma plume faisait naufrage,
   Sur des récifs au loin dans de pressants orages.


  Et quand soudain à l'aube ta voix m'est revenue,
Comme les vagues rondes qui tournent sous les nues,
    Tu m'avais retrouvé dans mes pauvres folies,
      J'étais à nouveau toi, tu étais mon amie.
Auprès des longues grèves où je marchais souvent,
    Pour au milieu des nuits courir en espérant,
  Une aube lumineuse venant chasser les brumes,
  Qui pourtant persistaient survolant les écumes.


      Je naviguais alors de plages alanguies,
   En des automnes humides aux ciels incertains,
     D'où s'en venait utile de rentrer au logis,
    Retrouver la douceur du foyer et des miens.


 Ce havre sous les poutres qui rassurait nos cœurs,
    Où l'on se regroupait devant le feu si doux,
   De la grosse bouilloire qui chauffait le ragoût,
Les senteurs d'herbes fraîches du jardin des labeurs,
  Que ces bouillons de viandes adoucis de gelées,
Parfumaient la grand pièce de tendresses oubliées.


  Et c'était le grand père que la guerre avait pris,
   De nos maigres moissons, en bêtes affaiblies,
  Nous survivions tout bas pour ne pas déranger,
       La vie qui s'écoulait sans futur espéré.




                   ©Jacques Varlot

Extraits de textes Jacques Varlot

  • 1.
    Où sont partisdéjà, ces fleurs du passé, De ces temps de lumières où nous étions en paix, Ces ailleurs de candeurs où l'encore on s'aimait, Aux époques où les guerres s'en trouvaient effacées. Dans ces heures insouciantes où l'on pouvait rêver, Aux pôles anoblis de sublimes aurores, Qui esquissaient nos songes, comme des toiles abstraites, Brulant d'incandescences en chants de Maldoror. Pour de saphiques vesprées qui dansaient sous les nues, Nous montrant le chemin que nous avions perdu, Plus loin que les erreurs qui nous avaient extraites, Des ces fleuves tortueux qui souvent nous noyèrent. Mais qui pris de leurs grâces nous soufflaient vers l'issue, D'un jardin si parfait que nos pleurs s'effacèrent, En un tableau de joies plissées à demi nues, Un Éden oublié comme autant de vertus, Que nos genoux plièrent devant ces majestés, Nous laissant éblouis, muets de vérités.
  • 2.
    Tant je l'avaischerché au creux de mes soucis, Ce cœur pour s'en venir battre au plus près du mien, Que la route fût longue et les pièges incertains, Pour espérer si fort et ne trouver si peu, Qu'un océan de brumes pour ensabler l'esprit, Une mesure de grain dans un moulin si vieux. Un rien de mon destin qui s'en était enfuit, Je recherchais la paix au delà de mes nuits, Mais ne trouvais qu'un mal pour me tuer plus vite, Comme l'acide vient dévorer l'azurite. Où dormait la lumière de mon passé broyé, De ces espoirs si vains, qu'ils n'étaient plus qu'étroits, De jours en heures perdues, dans des années sans toi. Le flux des souvenirs, de nos bras ces marées, Me revenaient sans cesse comme un vin qui enivre, Où je pourrais encore te parcourir de joie, L'été de nos jeunesses qui me ferait revivre.
  • 3.
    Pour tant deces amours en qui je n'ai pu croire, L'espace d'une danse hantée de crépuscule, Qui me faisait de peines ma vie s'en éloigner, Et me remettre encore de ces mains sur l'ouvrage. Le passé revenant sur nos espoirs perdus, Ils me guettaient toujours d'un coin des rêves sages, Aux entrelacs brumeux de mes nuits sans bleuté, Où étais-tu ma douce, je ne te voyais plus. Comme une page oubliée, un roman dissolu, Les mots ne venaient plus, ma plume faisait naufrage, Sur des récifs au loin dans de pressants orages. Et quand soudain à l'aube ta voix m'est revenue, Comme les vagues rondes qui tournent sous les nues, Tu m'avais retrouvé dans mes pauvres folies, J'étais à nouveau toi, tu étais mon amie.
  • 4.
    Auprès des longuesgrèves où je marchais souvent, Pour au milieu des nuits courir en espérant, Une aube lumineuse venant chasser les brumes, Qui pourtant persistaient survolant les écumes. Je naviguais alors de plages alanguies, En des automnes humides aux ciels incertains, D'où s'en venait utile de rentrer au logis, Retrouver la douceur du foyer et des miens. Ce havre sous les poutres qui rassurait nos cœurs, Où l'on se regroupait devant le feu si doux, De la grosse bouilloire qui chauffait le ragoût, Les senteurs d'herbes fraîches du jardin des labeurs, Que ces bouillons de viandes adoucis de gelées, Parfumaient la grand pièce de tendresses oubliées. Et c'était le grand père que la guerre avait pris, De nos maigres moissons, en bêtes affaiblies, Nous survivions tout bas pour ne pas déranger, La vie qui s'écoulait sans futur espéré. ©Jacques Varlot