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HISTOIRES
DE FEMMES
ET DE
GUERRE
COMM�MORANT LES MASSACRES
DE SABRE ET DE SHATILA
Les massacres
de Sabra et de
Shatila
Le 16 septembre 1982, � la suite de l'invasion isra�lienne
du Liban, la milice chr�tienne de droite, les Phalanges,
ont attaqu� les camps r�fugi�s de Sabra et de Shatila --
situ�s dans une banlieue � l'ouest de Beirut. L'avance
isra�lienne �tait consid�r�e comme �tant une violation de
l'accord de cessez-le-feu entre les deux forces.
Les troupes isra�liennes ont entour� les camps dans le
but d'emp�cher les r�fugi�s de s'enfuir, pour ensuite
�clairer le camp � l'aide de tirs de mortier a n de faciliter
l'ex�cution des civils. Du 16 septembre au 18 septembre,
les milices des Phalangistes ont perp�tr� un massacre.
Plus de 3500 civils palestiniens et libanais ont �t� tu�s --
la plupart �tant des femmes, des enfants, et des
personnes �g�es. Le nombre exact de victimes n'est pas
connu �tant donn� que plusieurs des victimes ont �t�
enterr�es dans des fosses communes par les
Phalangistes.
Frzine touch jenin_updated
Il y a des limites � toute archive. Il y a des impasses et
des obstacles. Quoique les vides emp�chent souvent
les historiens d'obtenir une narration claire et lin�aire;
quelquefois, les narrations se trouvent parmi les
espaces vides. Les silences assourdissants des
archives ne sont pas aussi silencieux qu'on ne le pense
et les absences sont aussi criantes que les pr�sences.
R�CITS
T�MOIGNAGES
HISTOIRES
L'impulsion � la base du projet "Histoires de Femmes
dans la Guerre" se situe pr�cis�ment dans ce manque.
Le but de ce projet est d'illuminer les lacunes dans les
mat�riaux, les connaissances et les ressources sur la
vie des femmes et la guerre civile libanaise. Nous
souhaitons que ce projet soit utile pour tous les
chercheurs et chercheuses qui s'int�ressent au Liban
et aux femmes libanaises, � la pr�servation des r�cits
et des m�moires, et au sujet de la vie des femmes en
temps de guerre.
Ce zine tente de rendre
visibles les r�cits marginaux
et cach�s sur les femmes en
temps de guerre. Il fait
partie d'une collection de
zines visant � recueillir,
pr�server et pr�senter des
histoires et souvenirs de
femmes libanaises en
p�riode de con it.
Ce zine vise en particulier �
rapporter les histoires
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Notamment, il se concentre
sur les r�cits intitul�s "Les
matins de J�nine" de Susan
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"La disparition du soleil a permis �
l'obscurit� de s'�tendre, noire sur tout
ce que le regard de la fille rencontrait.
Avant qu'Il ne soumette le soleil, il n'y
avait que du noir envoloppant l'univers.
Le noir �tait avant le commencement.
Avant qu'elle ne soit n�e. Et apr�s sa
mort, il retournerait � sa place. sa place
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l'�talait puis le repliait comme bon Lui
semblait" (27).
Re ets sur un mur
blanc
"La petite photo du fr�re se transforma en une grande
photo que l'on accrocha au mur, au-dessus de la t�l�vision
pour d� er la mort. Comme la porte de la chambre est
ouverte et rectangulaire, la lle peut regarder la t�l�vision
sur son lit jusqu'au dernier instant d'�veil. Si le poste �tait
allum�, ses yeux y seraient riv�s. Avec la mort, l'image a
disparu de la t�l�vision et la photographie du fr�re est
venue s'installer au-dessus. Depuis un moment, elle xe
la photographie immobile: elle voit et verra � jamais le
noeud papillon oblique que porte le fr�re, parce que il n'a
pas pris un instant, un petit instant, pour l'arranger.
Elle penche la t�te. Tout le rectangle se penche, mais �
l'int�rieur le noeud papillion reste oblique. Elle se tra�ne
jusqu'� �tre � moiti� hors du lit et pouvoir se pencher � sa
guise [...] � pr�sent, ce ne sont plus des choses obliques
qu'elle voit, mais des choses sur le point de s'�crouler. La
t�l�vision veut descendre de la table, la table veut rentrer
dans la chambre, le rectangle de la porte va tomber,
entra�nant dans sa chute la photographie qui couvrira le
sol d'�clats de verre qui sauteront sur la main qu'elle a
par terre, et le verre sera froid entre ses doigts et
douloureux, et le sang .... Elle a vite relev� la main, et s'est
effond�e par terre" (44-45).
"La guerre nous transforma, surtout maman. Elle la
fana. L'essence de sa nature s'ef locha, son corps
devint une simple coquille qui s'emplissait souvent
d'hallucinations. Apr�s l'occupation et la disparition de
mon fr�re et de mon p�re, maman ne quitta presque
plus son tapis de pri�re. Elle sentait le malheur
ferment�. Ses l�vres se g�rent, fendill�es de ridules, et
son corps en pri�re se ratatina. Elle priait sans cesse.
Ses yeux, de plus en plus vides, annon�aient que son
esprit allait peu � peu perdre tout prise sur la r�alit�.
Baba ne revint jamais. Jusqu'� sa mort, ma m�re l'attendit,
tout comme elle attendait de pouvoir retourner chez elle,
tout comme elle se torturait l'esprit � propos d'Isma�l.
J'avais besoin de croire au d�c�s de Baba. L'id�e qu'il
puisse souffrir loin de nous m'�tait insupportable, et je
pr�f�rais le croire au ciel, �rement v�tu de sa dichdacha
et coiff� de sa kef eh, sa pipe � la bouche, une tasse de
caf� � la main, en train de lire un livre qu'il adorait. Toute
ma vie, j'ai lutt� pour conserver cette image de lui -- un
p�re fort, er et aimant. Mais aussit�t la vision d'Abou
Samih mort, le fusil � la main, pr�s des d�combres de sa
maison, s'imposait � moi, et son visage se substitua
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Les matins de
J�nine1967
Frzine touch jenin_updated
"Ce que nous d�couvr�mes dans le camp palestinien Chatila le 18 septembre 1982
au matin ne d�fiait pas pr�cisement toute description, m�me s'il aurait �t� plus
facile, pour d�crire ce spectacle, d'employer une prose m�dicale froide" (329).
"Mais il y avait l� des femmes gisant dans des maisons, la jupe d�chir�e jusqu'� la
taille, les jambes �cart�es, des enfants �gorg�s, des rang�es de jeunes hommes
abbatus d'une balle dans le dos apr�s avoir �t� align�s contre un mur. Il y avait des
b�b�s -- tout noirs car ils avaient �t� massacr�s au moins vingt-quatre heures plus
t�t et leurs petits corps se d�composaient d�j� -- jet�s sur des tas d'ordures � c�t�
d'emballages de rations am�ricaines, d'�quipement m�dical de l'arm�e isra�lienne
et de bouteilles vides de whisky.
Est-ce que je connaissais ces femmes, ces b�b�s? Combien parmi ces enfants
avaient �t� mes �l�ves?" (329)
Est-ce que je connaissais ces femmes. ces b�b�s?
Combien parmi ces enfants avaient �t� mes
�l�ves?
st-ce que je connaissais c
mmes. ces b�b�s? Combi
armi ces enfants avaient �
Est-ce que je connaissais ces
femmes. ces b�b�s? Combien parmi
ces enfants avaient �t� mes �l�ves?
"Ce que tu sens, garde-le � l'int�rieur."
"La jeune lle se tient sur le rebord du perron, enla�ant les �cailles de peinture
sur la colonne. Le chu de la m�re couvre ses cheveux. Ses yeux ne s'�cartent
pas de la rue qui s'�tend l�-bas, devant elle. De loin, on croirait que les bruits
sont absents. Quand dix-sept voitures seront pass�es, le fr�re arrivera.
Une,
deux,
trois,
quatre,
cinq,
six,
sept,
huit,
neuf,
dix.
onze,
douze,
treize, elle ne sait pas si le fr�re va arriver,
quatorze,
quinze, si seulement il pouvait venir,
seize, peut-�tre qu'il ne viendra pas,
dix-sept.
Re ets sur un mur
blanc
La sir�ne de l'ambulance cr�ve le chu sur ses oreilles" (41-2).
Peu apr�s, elle s'est gliss�e l�-bas. La m�re est assise sur le
tapis � rayures multicolores, ses jambes entourent la t�te
paisible du fr�re. Le reste de son corps est envelopp� dans
un drap blanc bien repass� avec des motifs carr�s d'un
brun terne. Le lieu est silencieux. Il ne fait plus de bruit.
La jeune fille a bien tendu l'oreille au-dessus du fr�re
mort, mais le silence �tait sa seule forme d'existence,
pour l'�ternit�" (44).
Re ets sur un mur
blanc
"La t�te coll�e contre le mur, malgr� la rugosit� de ses
�cailles, elle avait les yeux fix�s sur la porte arri�re qui
allait s'ouvrir: le fr�re descenderait d'un bond, grimperait
les escaliers � toute vitesse jusqu'au perron et arracherait
le fichu de ses oreilles en criant � tue-t�te, puis elle
mourrait. La porte s'ouvrit mais le fr�re ne descendit pas
d'un bond, on le tira et le porta en h�te dans les escaliers
jusqu'au perron, puis derri�re la porte de la maison.
"Ce que tu sens, garde-
le � l'int�rieur."
le silence �tait sa seule forme d'existence
"Ils t'ont assassin�e et enterr�e sous leurs gros titres, maman. Comment
leur pardonner, maman ? Le camp de J�nine pourra-t-il jamais oublier ?
Comment ce fardeau ?
porter
Est-ce l� ce que veut dire �tre palestinien, maman ?"
Comment vivre dans un
monde qui se d�tourne depuis
si longtemps d'une telle
injustice ?
(410)
"Il y en avait partout, sur la route, dans les
ruelles, dans les cours et les abris d�vast�s,
sous les gravats et sur les tas d'ordures. Apr�
en avoir d�nombr� cent, nous avons cess� de
compter les cadavres. Dans tous les passages
il y avait des corps -- femmes, jeunes gar�ons
b�b�s et grands-parents -- �tendus p�le-m�le
profusion nonchalante et terrible, � l'endroit
o� ils avaient �t� tu�s � l'arme blanche ou �
l'arme automatique. Chaque trou�e dans les
d�combres recelair des cadavres. Les patients
de l'h�pital palestinien avaient disparu
lorsque les tueurs avaient ordonn� aux
m�decins de partir. Partout, nous trouv�mes
les traces de fosses communes creus�es � la
h�te. Au moment m�me o� nous constations
ces preuves d'indicible sauvagerie, nous
voyions les Isra�liens en train de nous
observer. D'une tour, � l'ouest, ils nous
regardaient, scrutaient de haut en bas les
rues jonch�es de corps, et les lentilles de
leurs jumelles qui balanyaient le camps
renvoyaient parfois la lumi�re du soleil.
"Sharon ! hurlait-il. Esp�ce d'enfoir� ! C'est
" J e l a v o i s d a n s t o u t
c e q u e j e f a i s . T o u t
c e q u e j e t o u c h e "
"M�me � travers la ligne t�l�phonique, la douleur atroce
que j'entendais dans sa voix aurait suffit � briser le ciel. Je
la per�ois toujours, elle fait voler le vent en �clats quand je
marche.
Jusqu'o� devons-nous encore souffrir, que devons-nous encore donner ?" (331)
" J e l a v o i s d a n s
t o u t c e q u e j e f a i s .
T o u t c e q u e j e
t o u c h e "
Ce zine fait partit du projet "Les Femmes et
la Guerre" con�u par Professeurs Michelle
Hartman et Malek Abisaab de l'Universit� de
McGill. Ce zine a �t� cr�e et con�u par
assistante de recherche Sarah Abdelshamy.
L'oeuvre d'art a �t� cr�e par Lena Merhej.
Pour plus d'informations sur le projet et sa
conception visitez le site-web:
womenswarstories.wordpress.com

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  • 1. HISTOIRES DE FEMMES ET DE GUERRE COMM�MORANT LES MASSACRES DE SABRE ET DE SHATILA
  • 2. Les massacres de Sabra et de Shatila Le 16 septembre 1982, � la suite de l'invasion isra�lienne du Liban, la milice chr�tienne de droite, les Phalanges, ont attaqu� les camps r�fugi�s de Sabra et de Shatila -- situ�s dans une banlieue � l'ouest de Beirut. L'avance isra�lienne �tait consid�r�e comme �tant une violation de l'accord de cessez-le-feu entre les deux forces. Les troupes isra�liennes ont entour� les camps dans le but d'emp�cher les r�fugi�s de s'enfuir, pour ensuite �clairer le camp � l'aide de tirs de mortier a n de faciliter l'ex�cution des civils. Du 16 septembre au 18 septembre, les milices des Phalangistes ont perp�tr� un massacre. Plus de 3500 civils palestiniens et libanais ont �t� tu�s -- la plupart �tant des femmes, des enfants, et des personnes �g�es. Le nombre exact de victimes n'est pas connu �tant donn� que plusieurs des victimes ont �t� enterr�es dans des fosses communes par les Phalangistes.
  • 4. Il y a des limites � toute archive. Il y a des impasses et des obstacles. Quoique les vides emp�chent souvent les historiens d'obtenir une narration claire et lin�aire; quelquefois, les narrations se trouvent parmi les espaces vides. Les silences assourdissants des archives ne sont pas aussi silencieux qu'on ne le pense et les absences sont aussi criantes que les pr�sences. R�CITS T�MOIGNAGES HISTOIRES L'impulsion � la base du projet "Histoires de Femmes dans la Guerre" se situe pr�cis�ment dans ce manque. Le but de ce projet est d'illuminer les lacunes dans les mat�riaux, les connaissances et les ressources sur la vie des femmes et la guerre civile libanaise. Nous souhaitons que ce projet soit utile pour tous les chercheurs et chercheuses qui s'int�ressent au Liban et aux femmes libanaises, � la pr�servation des r�cits et des m�moires, et au sujet de la vie des femmes en temps de guerre.
  • 5. Ce zine tente de rendre visibles les r�cits marginaux et cach�s sur les femmes en temps de guerre. Il fait partie d'une collection de zines visant � recueillir, pr�server et pr�senter des histoires et souvenirs de femmes libanaises en p�riode de con it. Ce zine vise en particulier � rapporter les histoires ctives de femmes en temps de guerre. Notamment, il se concentre sur les r�cits intitul�s "Les matins de J�nine" de Susan Abulhawa (L'�diteur num�rique) et "Re ets sur un mur blanc" de Adania Shibli (Actes sud).
  • 6. "La disparition du soleil a permis � l'obscurit� de s'�tendre, noire sur tout ce que le regard de la fille rencontrait. Avant qu'Il ne soumette le soleil, il n'y avait que du noir envoloppant l'univers. Le noir �tait avant le commencement. Avant qu'elle ne soit n�e. Et apr�s sa mort, il retournerait � sa place. sa place vide � elle. Dieu �tait derri�re le noir, Il l'�talait puis le repliait comme bon Lui semblait" (27).
  • 7. Re ets sur un mur blanc "La petite photo du fr�re se transforma en une grande photo que l'on accrocha au mur, au-dessus de la t�l�vision pour d� er la mort. Comme la porte de la chambre est ouverte et rectangulaire, la lle peut regarder la t�l�vision sur son lit jusqu'au dernier instant d'�veil. Si le poste �tait allum�, ses yeux y seraient riv�s. Avec la mort, l'image a disparu de la t�l�vision et la photographie du fr�re est venue s'installer au-dessus. Depuis un moment, elle xe la photographie immobile: elle voit et verra � jamais le noeud papillon oblique que porte le fr�re, parce que il n'a pas pris un instant, un petit instant, pour l'arranger. Elle penche la t�te. Tout le rectangle se penche, mais � l'int�rieur le noeud papillion reste oblique. Elle se tra�ne jusqu'� �tre � moiti� hors du lit et pouvoir se pencher � sa guise [...] � pr�sent, ce ne sont plus des choses obliques qu'elle voit, mais des choses sur le point de s'�crouler. La t�l�vision veut descendre de la table, la table veut rentrer dans la chambre, le rectangle de la porte va tomber, entra�nant dans sa chute la photographie qui couvrira le sol d'�clats de verre qui sauteront sur la main qu'elle a par terre, et le verre sera froid entre ses doigts et douloureux, et le sang .... Elle a vite relev� la main, et s'est effond�e par terre" (44-45).
  • 8. "La guerre nous transforma, surtout maman. Elle la fana. L'essence de sa nature s'ef locha, son corps devint une simple coquille qui s'emplissait souvent d'hallucinations. Apr�s l'occupation et la disparition de mon fr�re et de mon p�re, maman ne quitta presque plus son tapis de pri�re. Elle sentait le malheur ferment�. Ses l�vres se g�rent, fendill�es de ridules, et son corps en pri�re se ratatina. Elle priait sans cesse. Ses yeux, de plus en plus vides, annon�aient que son esprit allait peu � peu perdre tout prise sur la r�alit�. Baba ne revint jamais. Jusqu'� sa mort, ma m�re l'attendit, tout comme elle attendait de pouvoir retourner chez elle, tout comme elle se torturait l'esprit � propos d'Isma�l. J'avais besoin de croire au d�c�s de Baba. L'id�e qu'il puisse souffrir loin de nous m'�tait insupportable, et je pr�f�rais le croire au ciel, �rement v�tu de sa dichdacha et coiff� de sa kef eh, sa pipe � la bouche, une tasse de caf� � la main, en train de lire un livre qu'il adorait. Toute ma vie, j'ai lutt� pour conserver cette image de lui -- un p�re fort, er et aimant. Mais aussit�t la vision d'Abou Samih mort, le fusil � la main, pr�s des d�combres de sa maison, s'imposait � moi, et son visage se substitua bient�t � celui de Baba" (127-30). Les matins de J�nine1967
  • 10. "Ce que nous d�couvr�mes dans le camp palestinien Chatila le 18 septembre 1982 au matin ne d�fiait pas pr�cisement toute description, m�me s'il aurait �t� plus facile, pour d�crire ce spectacle, d'employer une prose m�dicale froide" (329).
  • 11. "Mais il y avait l� des femmes gisant dans des maisons, la jupe d�chir�e jusqu'� la taille, les jambes �cart�es, des enfants �gorg�s, des rang�es de jeunes hommes abbatus d'une balle dans le dos apr�s avoir �t� align�s contre un mur. Il y avait des b�b�s -- tout noirs car ils avaient �t� massacr�s au moins vingt-quatre heures plus t�t et leurs petits corps se d�composaient d�j� -- jet�s sur des tas d'ordures � c�t� d'emballages de rations am�ricaines, d'�quipement m�dical de l'arm�e isra�lienne et de bouteilles vides de whisky. Est-ce que je connaissais ces femmes, ces b�b�s? Combien parmi ces enfants avaient �t� mes �l�ves?" (329) Est-ce que je connaissais ces femmes. ces b�b�s? Combien parmi ces enfants avaient �t� mes �l�ves? st-ce que je connaissais c mmes. ces b�b�s? Combi armi ces enfants avaient � Est-ce que je connaissais ces femmes. ces b�b�s? Combien parmi ces enfants avaient �t� mes �l�ves?
  • 12. "Ce que tu sens, garde-le � l'int�rieur."
  • 13. "La jeune lle se tient sur le rebord du perron, enla�ant les �cailles de peinture sur la colonne. Le chu de la m�re couvre ses cheveux. Ses yeux ne s'�cartent pas de la rue qui s'�tend l�-bas, devant elle. De loin, on croirait que les bruits sont absents. Quand dix-sept voitures seront pass�es, le fr�re arrivera. Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix. onze, douze, treize, elle ne sait pas si le fr�re va arriver, quatorze, quinze, si seulement il pouvait venir, seize, peut-�tre qu'il ne viendra pas, dix-sept. Re ets sur un mur blanc La sir�ne de l'ambulance cr�ve le chu sur ses oreilles" (41-2).
  • 14. Peu apr�s, elle s'est gliss�e l�-bas. La m�re est assise sur le tapis � rayures multicolores, ses jambes entourent la t�te paisible du fr�re. Le reste de son corps est envelopp� dans un drap blanc bien repass� avec des motifs carr�s d'un brun terne. Le lieu est silencieux. Il ne fait plus de bruit. La jeune fille a bien tendu l'oreille au-dessus du fr�re mort, mais le silence �tait sa seule forme d'existence, pour l'�ternit�" (44). Re ets sur un mur blanc "La t�te coll�e contre le mur, malgr� la rugosit� de ses �cailles, elle avait les yeux fix�s sur la porte arri�re qui allait s'ouvrir: le fr�re descenderait d'un bond, grimperait les escaliers � toute vitesse jusqu'au perron et arracherait le fichu de ses oreilles en criant � tue-t�te, puis elle mourrait. La porte s'ouvrit mais le fr�re ne descendit pas d'un bond, on le tira et le porta en h�te dans les escaliers jusqu'au perron, puis derri�re la porte de la maison.
  • 15. "Ce que tu sens, garde- le � l'int�rieur." le silence �tait sa seule forme d'existence
  • 16. "Ils t'ont assassin�e et enterr�e sous leurs gros titres, maman. Comment leur pardonner, maman ? Le camp de J�nine pourra-t-il jamais oublier ? Comment ce fardeau ? porter Est-ce l� ce que veut dire �tre palestinien, maman ?" Comment vivre dans un monde qui se d�tourne depuis si longtemps d'une telle injustice ? (410)
  • 17. "Il y en avait partout, sur la route, dans les ruelles, dans les cours et les abris d�vast�s, sous les gravats et sur les tas d'ordures. Apr� en avoir d�nombr� cent, nous avons cess� de compter les cadavres. Dans tous les passages il y avait des corps -- femmes, jeunes gar�ons b�b�s et grands-parents -- �tendus p�le-m�le profusion nonchalante et terrible, � l'endroit o� ils avaient �t� tu�s � l'arme blanche ou � l'arme automatique. Chaque trou�e dans les d�combres recelair des cadavres. Les patients de l'h�pital palestinien avaient disparu lorsque les tueurs avaient ordonn� aux m�decins de partir. Partout, nous trouv�mes les traces de fosses communes creus�es � la h�te. Au moment m�me o� nous constations ces preuves d'indicible sauvagerie, nous voyions les Isra�liens en train de nous observer. D'une tour, � l'ouest, ils nous regardaient, scrutaient de haut en bas les rues jonch�es de corps, et les lentilles de leurs jumelles qui balanyaient le camps renvoyaient parfois la lumi�re du soleil. "Sharon ! hurlait-il. Esp�ce d'enfoir� ! C'est " J e l a v o i s d a n s t o u t c e q u e j e f a i s . T o u t c e q u e j e t o u c h e "
  • 18. "M�me � travers la ligne t�l�phonique, la douleur atroce que j'entendais dans sa voix aurait suffit � briser le ciel. Je la per�ois toujours, elle fait voler le vent en �clats quand je marche. Jusqu'o� devons-nous encore souffrir, que devons-nous encore donner ?" (331)
  • 19. " J e l a v o i s d a n s t o u t c e q u e j e f a i s . T o u t c e q u e j e t o u c h e "
  • 20. Ce zine fait partit du projet "Les Femmes et la Guerre" con�u par Professeurs Michelle Hartman et Malek Abisaab de l'Universit� de McGill. Ce zine a �t� cr�e et con�u par assistante de recherche Sarah Abdelshamy. L'oeuvre d'art a �t� cr�e par Lena Merhej. Pour plus d'informations sur le projet et sa conception visitez le site-web: womenswarstories.wordpress.com