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SCIENCE OUVERTE
REPRODUCTIBILITÉ,
INTEROPÉRABILITÉ
Vers un changement
de paradigme
INNOVATION
FOCUS SUR
L'ÉCOSYSTÈME LOCAL
Dynamique de l'entrepreneuriat
technologique
2012
132020
20
plug’inMAGAZINE
	 LA RECHERCHE	 AU CENTRE INRIA BORDEAUX _ SUD-OUEST
RECHERCHE
L'ÉQUIPE-PROJET,
UN MODÈLE UNIQUE
Attractivité et dispositifs
d'accompagnement
Restoring the rhythm of life*
*Restaurerlerythmedelavie
Innover aujourd’hui
pour développer les traitements de demain
et guérir les maladies du rythme cardiaque.
www.ihu-liryc.fr
Recherche. Innovation. Soins. Formation.
ÉDITO
Dans une version précédente de ce texte
écrite il y a quelques semaines, j'évoquais
le modèle organisationnel original
(l’équipe-projet), les services d'appui de
qualité et l'agilité qui caractérisent Inria.
J'évoquais l'ambition portée par l'institut
dans un nouveau contexte, avec un monde
académique structuré autour de grandes
universités et une société devenue
pleinement numérique et faisant face à
d'importants défis.
En quelques semaines, des défis bien plus importants se sont imposés à nous. Nos
vies ont radicalement changé, et au-delà de la situation du moment, il est évident
que la pandémie de Covid-19 aura un impact profond sur notre pays, l'Europe
et le monde.
L'essentiel du contenu de ce magazine a été rédigé bien avant cette crise.
Sa ­finalisation s'est faite pendant le confinement, en télétravail. Dans ce contexte
particulier, il nous a semblé important et utile de partager avec vous ces récits
du passé, avant de nous concentrer sur l'avenir.
Vous trouverez dans les pages qui suivent des exemples de recherches et
­d'innovations développées avec nos partenaires dans le cadre de nos équipes-projets
communes ainsi qu'un rappel des spécificités de ce modèle et des services associés.
Vous y découvrirez aussi des exemples de réflexions et d'actions menées en faveur
de la science ouverte, sur l'éducation aux sciences du numérique, et sur son impact
environnemental.
Bonne lecture, et surtout, prenez soin de vous !
Nicolas Roussel
Directeur du centre de recherche Inria Bordeaux – Sud-Ouest
3
PAROLE À
4
MAGAZINE
Avant que la crise sanitaire actuelle ne frappe la planète,
il était déjà admis que la mise à disposition massive de
données dans un contexte d’impérative transition envi-
ronnementale, sociale et économique, allait constituer
un défi majeur et inédit pour les acteurs du numérique
dans les années à venir. Que ce soit à l’échelle locale ou
globale, la capacité de ces ­écosystèmes à se saisir des
enjeux de transition en conciliant technologies de rup-
ture, approches sociétales et soutenabilité, était consi-
dérée comme ­déterminante pour innover au bénéfice de
l’humain et de la planète.
Ensemble, Inria et l’université de Bordeaux s’étaient ainsi
engagés à prendre leur part dans ces défis, ­couplant leurs
expertises scientifiques dans le numérique et promou-
vant la constitution d’équipes-projets pluridisciplinaires
autour de problématiques de santé, liées à l’environne-
ment, ou anticipant l’industrie du futur. Dans le contexte
actuel de la pandémie Covid-19 qui frappe nos sociétés,
déstabilise nos organisations et remet en cause nos
modèles économiques, ces défis n’en sont que décuplés.
En synergie avec les entreprises, les acteurs publics et la
société, notre stratégie commune peut être un moteur
pour le développement de l’écosystème local, et, à tra-
vers nos réseaux internationaux, une source pour de
nouvelles opportunités pour le territoire. Pour cela,
les entreprises et organisations (incluant les nôtres),
devront pouvoir accélérer leur transition numérique
et recruter à la hauteur de leurs ambitions dans un
contexte plus incertain aujourd’hui qu’hier, mais dans
lequel la science et la recherche doivent plus que jamais
être notre repère.
Cet enjeu sera au cœur de la feuille de route stratégique
de l’université de Bordeaux aux horizons 2030 (plan
U30), et le projet de faire de notre campus un espace
ouvert propice à l’expérimentation, dans un esprit living
lab réunissant les chercheurs, les ­étudiants et les entre-
prises autour de problématiques concrètes, constituera
un catalyseur au service de cette vision.
Manuel Tunon de Lara
Président de l’université de Bordeaux
QUELS ENJEUX POUR
RÉGIONAL DANS
PAROLE À
5
Nousavonslachanced’êtredansunerégion­extrêmement
dynamique et le secteur du numérique n’échappe pas à
cette tendance.
La crise sanitaire du COVID19 va profondément ­modifier
l’économie et le rôle de nos entreprises.
En ce début de confinement, nous avons déjà fait preuve
d’une énorme capacité d’adaptation de nos structures
en grande partie grâce aux outils ­numériques. La prise
de conscience des individus ­concernant les transitions
s’accentue soudainement avec des nouvelles attentes
sur l’environnement, la proximité avec nos partenaires,
la relation sociale…
Les quatre domaines historiques de Digital Aquitaine : la
santé (TIC Santé), la mobilité (TOPOS), le commerce (Club
Commerce Connecté) et la simulation pour ­l’industrie
(SMART 4D) sont bien entendu impactés par ces chan-
gements. Le rôle de notre association s’intensifie dans
l’accompagnement des entreprises dans l’analyse des
risques, la résilience, la préparation à la reprise d’activité.
Des sujets qui étaient déjà ­d’actualité se trouvent placés
en tête des priorités  : la cybersécurité, la maîtrise des
data, l’Intelligence artificielle et la place de l’humain dans
l’entreprise ­(formation, gestion des compétences…).
Nous avons lancé depuis la fin 2019 un programme de
réflexion pour action sur le thème de la "sobriété numé-
rique", réflexion menée avec les autres clusters de la
région et le conseil régional Nouvelle-Aquitaine dans le
cadre du programme NEO TERRA. L’actualité démontre
l’urgence de ces sujets.
Enfin… nous étions tous dans l’attente de la Robocup
2020. Cette manifestation étant reportée d’un an grâce
au travail des organisateurs et particulièrement de l’uni-
versité de Bordeaux, nous aurons plus de temps pour
nous y préparer et faire en sorte que cet évènement pro-
fite davantage à notre écosystème. Je suis ravie, à titre
personnel, d’avoir partagé depuis le départ l’aventure
de la candidature bordelaise. Nul doute que ce sera un
excellent moment scientifique et convivial de partage
autour de l’innovation. Nous saurons être encore un peu
patients !
Agnès PASSAULT
Présidente AQUITEM et ALIENOR.NET
Présidente DIGITAL AQUITAINE
L’ÉCOSYSTÈME NUMÉRIQUE
LE CONTEXTE ACTUEL ? 
EN BREF
6
MAGAZINE
PROJET
PIMIENTO
La Fondation Inria et le Fonds de dotation
MSDAVENIR ont signé un partenariat pour
soutenir un projet de recherche dans le
domaine du cancer du poumon "non à petites
cellules". Le projet, baptisé Pimiento, mené
par l’équipe-projet MONC et la startup Sophia
Genetics, permettra de mieux appréhender le
suivi des patients et de définir les stratégies
thérapeutiques les plus adaptées. Il illustre
ainsi la capacité d’Inria à amplifier l’impact
de travaux de recherche pluridisciplinaires
et ambitieux. Près d’un cinquième des 200
équipes-projets de l’institut ont une activité
dans le domaine de la santé.
PLEIADE
premièreéquipe-projetducentre
communeavecINRAE
INRAE, le CNRS et Inria ont officialisé leur
union avec la création de l’équipe-projet
PLEIADE en mars 2019. Seule équipe du
centre Inria Bordeaux – Sud-Ouest dont les
applications en biologie numérique ne sont
pas rattachées au domaine de la médecine,
PLEIADE est aussi la première équipe-pro-
jet commune avec INRAE. Un moyen pour
les trois partenaires de s’enrichir et de faire
émerger des approches en rupture avec l’état
de l’art en croisant leurs méthodes et en
diversifiant leurs outils, tout en se retrouvant
sur la question de la diversité.
6
MAGAZINE
EN BREF
7
PRIX JEUNE TALENT
L’Oréal-UNESCO
Les Bourses L'Oréal-Unesco Pour les Femmes et
la Science récompensent de jeunes chercheuses
talentueuses. Floriane Gidel, postdoctorante dans
l’équipe-projet MONC, est l’une des lauréates de
l’édition 2019. Cette distinction reconnaît son
parcours exceptionnel, qui l’a déjà conduite à
travailler dans cinq pays d’Europe. En collabo-
ration avec des radiologues et des biologistes,
la jeune femme conçoit des modèles pour une
nouvelle thérapie contre le cancer : l’électropo-
ration. Cette technique très ciblée, peu invasive
et aux effets secondaires limités, permet de
détériorer les tumeurs en leur appliquant de
courtes impulsions électriques à l’aide d’élec-
trodes. Grâce au prix Jeune Talent L’Oréal –
UNESCO, assorti d’une bourse de 20 000 euros,
Floriane Gidel va poursuivre son activité avec des
moyens renforcés.
EXPOSITION
TEXTILE(S) 3D
au Musée d'ethnographie de
l'université de Bordeaux
Le Musée d'ethnographie de l'université de
Bordeaux (MEB) prolonge de septembre 2020
à mai 2021 l'exposition Textile(s) 3D : comment
améliorer la diffusion et la conservation du patri-
moine ancien ? qui restitue le projet­Materials
(Micro geometry Approach of Texture Repro-
ductIon for Artistic Legacy) financé par l’Agence
nationale de la recherche. Issues des travaux de
deux équipes-projets des centres Inria Bordeaux
- Sud-Ouest et Grenoble - Rhône-Alpes (MANAO
et MAVERICK), les technologies les plus avancées
en optique, informatique et mathématiques
appliquées ont été mises au service des sciences
humaines et sociales ainsi que des pratiques
patrimoniales. Le programme vise une numérisa-
tion fidèle de l’apparence de tissus fragiles et leur
impression en relief. Pluridisciplinaire, ce projet
rassemble Inria, l'Institut d'Optique d'Aquitaine, le
MEB ainsi que la société Océ Print technologie et
met en avant le rôle des technologies numériques
dans la valorisation du patrimoine culturel.
EN BREF
8
MAGAZINE
PROJET
CHICKPEA
Ce projet de l’ISite E2S-UPPA mobilise les
équipes de recherche autour de probléma-
tiques liées à la transition énergétique, aux
géoressources, aux milieux aquatiques et aux
effets sur l’environnement des changements
naturels et anthropogéniques. Cette initiative,
qui allie des mathématiciens de l’équipe-projet
MAGIQUE 3D à des géophysiciens, se concentre
sur la compréhension des milieux poreux,
en particulier les carbonates qui pourraient
présenter beaucoup d’intérêt pour la produc-
tion d’énergies propres.
PROJETS EBOVAC
EBOVAC1 et EBOVAC2 sont deux projets de
­développement de vaccins contre le virus
Ebola. Ils évaluent la sécurité, la tolérance et la
­réaction immunitaire induites par de ­nouveaux
schémas thérapeutiques en ­conduisant
­plusieurs essais cliniques de phases 1 et 2 en
Europe et en Afrique. L’équipe-projet SISTM,
dirigée par Rodolphe Thiébaut au centre de
recherche ­Bordeaux Population Health, a
réussi à modéliser la réponse immunitaire à un
­vaccin ­anti-Ebola. Les résultats montrent que
la ­production ­d'anticorps anti-Ebola existe bel
et bien et qu’elle persiste jusqu’à 5 ans après la
vaccination.
EN BREF
9
ULLO A LAS VEGAS
Née d’une collaboration avec l’équipe-projet
POTIOC, la startup  Ullo a fait partie de la
délégation Nouvelle-Aquitaine au Consumer
Electronic Show de Las Vegas 2020. Plus grand
salon de la high-tech, cet évènement réunit
à Las Vegas les professionnels du secteur. La
jeune pousse rochelaise, qui développe depuis
2016 des technologies de ­biofeedback à des-
tination de personnes atteintes de troubles
cognitifs, y a présenté la version finale d’Inner
Garden, un bac à sable kinétique ­inspiré
des jardins zen qui s’épanouit au rythme
de celle ou celui qui le manipule. Elle a égale-
ment fait la promotion de sa nouvelle gamme
de produits PhyXR (PHYsiological eXtended
Reality) qui simplifie de manière radicale la
construction d’expériences et de dispositifs
de biofeedback et neurofeedback en offrant
une grande variabilité de combinaisons
d’entrées, de traitements et de modalités de
représentation et d’interaction avec les données
physiologiques et cognitives.
SCIENCE OUVERTE
10
MAGAZINE
DU LOGICIEL LIBRE
À LA SCIENCE OUVERTE
Contrairementauxlogiciels"propriétaires",les
logiciels "libres" peuvent être exécutés, distri-
bués, étudiés et modifiés par leurs utilisateurs
sans contrainte ou contrepartie. Engagé dans
les années quatre-vingts, le mouvement du
logiciel libre a donné naissance à des systèmes
d’exploitation, logiciels serveurs, applications
ou langages de programmation très large-
ment utilisés (Linux, le serveur http Apache,
OpenOffice, Firefox, VLC, Blender et Python,
pour n’en citer que quelques-uns). Depuis son
origine, ce mouvement est aussi fortement lié
au monde de la recherche.
Inria produit et diffuse des logiciels libres
depuis plus de trente ans. Ces logiciels per-
mettent à nos équipes-projets de capitaliser
leurs connaissances et expertises, de les par-
tager avec d’autres scientifiques en vue de les
améliorer, et de les rendre accessibles au-delà
du monde de la recherche. PARI/GP, Mmg,
Eigen et StarPU sont quelques exemples de
logiciels développés et diffusés sous licence
libre par nos équipes-projets de Bordeaux et
Pau. Le logiciel libre est par ailleurs un secteur
économique très développé qui offre des élé-
ments de réponse à des problèmes liés à nos
développements logiciels, et qui pose aussi
des questions de recherche spécifiques. Le
logiciel libre est donc pour nous à la fois une
forme de production scientifique, un vecteur
de transfert, un objet industriel sur lequel
nous pouvons nous appuyer, et un sujet de
recherche.
Inria et l’UNESCO ont lancé en 2017 Software
Heritage, une infrastructure destinée à col-
lecter, préserver et partager tous les logiciels
disponibles publiquement sous forme de
code source. Cette archive donne aujourd’hui
accès à plus de 105 millions de logiciels. Elle
contribue aux objectifs du plan national pour
la science ouverte lancé par l’État en 2018, en
garantissant la pérennité, la disponibilité et
la traçabilité des codes sources sur lesquels
s’appuient les travaux de recherche. Inria et
ses partenaires mènent depuis longtemps
d’autres actions pour faciliter la reproduc-
tibilité, la vérifiabilité et la réutilisation
de leurs résultats. Vous en trouverez
plusieurs exemples dans ce dossier.
SCIENCE OUVERTE
11
Cinq chercheurs réunis pendant
trois jours à la campagne, pour
travailler de 8 h à 22 h (avec des
pauses !) sur un document de réfé-
rence baptisé Vers une recherche
reproductible  : faire évoluer ses
pratiques. C’était la formule du
book sprint challenge organisé
en avril dernier par l’URFIST1
de
Bordeaux. Il a donné naissance à
un guide d’une quinzaine de cha-
pitres.
«  Nous avons voulu être acces-
sibles et concrets, pour donner
des conseils applicables dans
toutes les disciplines scienti-
fiques, indique Nicolas Rougier,
chargé de recherche dans l’équipe-
projet MNEMOSYNE, l’un des cinq
auteurs.  À ce jour, l’essentiel de
la littérature sur ce sujet est en
anglais et se limite à des grands
principes. »
Pourquoi cette initiative  ? Parce
que la recherche vit ce qu’elle
appelle une «  crise de la repro-
ductibilité  ». La puissance des
algorithmes et des machines a été
pour elle un formidable accéléra-
teur. Mais elle a engendré tant de
complexité qu’il devient presque
impossible de décrire une expé-
rience de A à Z sans rien omettre
et d’en reproduire les résultats.
1 Unité régionale de formation à l’informa-
tion scientifique et technique
Des bonnes pratiques
qui demandent du
temps
«  Deux types de problèmes se
posent, explique Nicolas Rou-
gier. D’une part, les logiciels et
les machines évoluent en per-
manence  ; nous apportons une
réponse avec notre outil Guix (voir
p. 12). D’autre part, le respect des
bonnes pratiques devient impé-
ratif. Mais celles-ci ne sont ni
enseignées, ni connues de tous. »
Des exemples ? Bien maîtriser les
méthodesstatistiquesquivalident
un résultat, sauvegarder les ver-
sions successives de son code,
préciser chacune de ses valeurs de
paramétrages... « Il faut accepter
de passer un peu de temps pour
se prémunir de certains pièges,
alors que l’objectif est souvent de
publier au plus vite. »
Reproductibilité et
science ouverte, même
combat
La quête de la reproductibilité
s’inscrit plus largement dans une
démarche de science ouverte.
« Elle contribue à la diffusion et à
la vérification des résultats,
facilite les collaborations entre
équipes, renforce la visibilité
des travaux  », argumente Mar-
tine Courbin-Coulaud du service
­information et édition scienti-
fique Inria.
L’institut s’est positionné très tôt
en faveur du libre accès aux publi-
cations scientifiques avec le dépôt
dans l’archive ouverte Hal dès
2005. Il a également facilité son
ouverture à un nouveau type de
données scientifiques, le logiciel
avec la possibilité de déposer le
code source en lien avec Software
Heritage.
Autre exemple, des chercheurs
Inria contribuent au Journal of
Open Science Software, une revue
en ligne. Ses articles sont révisés
publiquement par des contribu-
teurs qui ont accès au code et le
testent.
«  La culture de la vérification
est naturelle dans la commu-
nauté informatique  : nous avons
spontanément envie de vérifier
et d’adopter les nouveaux algo-
rithmes, conclut Nicolas Rougier.
Mais l’objectif de reproductibilité
nous invite à aller encore plus
loin  : nous former, changer nos
habitudes, redoubler de rigueur,
aller vers plus de transparence. »
RENDRE LA RECHERCHE
REPRODUCTIBLE, UN TRAVAIL
DE LONGUE HALEINE
Permettre à tout scientifique de reproduire les résultats d’une expérience,
en mettant à sa disposition le texte de la publication, les données et le code source
des logiciels utilisés : tel est l’enjeu de la reproductibilité de la recherche, un pilier
de la science ouverte. Dans ce domaine aussi, nos scientifiques innovent.
SCIENCE OUVERTE
12
MAGAZINE
LOGICIEL LIBRE
GUIX1.0, LA MACHINE À
REMONTER LE TEMPS DES CHERCHEURS
Comment reproduire une expérience scientifique basée sur des centaines
de logiciels dont les versions et fonctions évoluent en permanence ? Réponse : avec
Guix 1.0, un logiciel libre auquel contribue un de nos ingénieurs.
Faites tomber un poids
d’un kilo d’une hauteur
d’un mètre  : il met-
tra le même temps
pour atteindre le sol
aujourd’hui, dans un an
et dans dix ans. Réalisez
une expérience scienti-
fique complexe, avec des
centaines de logiciels
libres et du calcul réparti
sur des dizaines d’ordi-
nateurs  : après seule-
ment quelques mois, vous aurez du mal à retrouver
les résultats initiaux.
L’environnement informatique
change en permanence
« C’est un problème de plus en plus fréquent, par
exemple en bio-informatique et en génomique,
explique Ludovic Courtès, ingénieur de recherche au
centre Inria Bordeaux – Sud-Ouest, l’un des mainte-
neurs de Guix. « Des sites qui archivaient du code
source ferment, de nouvelles versions de logiciels
sortent, les ordinateurs eux-mêmes sont modi-
fiés… Même en respectant les bonnes pratiques, on
n’arrive pas à la reproductibilité. »
La communauté informatique n’a pas attendu
Guix pour s’attaquer au sujet. Elle a créé au fil du
temps deux types d’outils, appelés "gestionnaire
de paquets" et "conteneur", qui ont leurs atouts et
leurs limites. La spécificité de Guix 1.0, c’est de ne
conserver que le meilleur de chacun.
Guix 1.0 : un plat congelé et sa
recette détaillée
Comme le gestionnaire de paquets, il décrit une
expérience, mais avec un niveau de détail beaucoup
plus poussé. Comme le
conteneur, il est complet
et fidèle à l’expérience
originale ; mais il signale
aussi les paramètres-
clés qui conditionnent
le résultat, pour que des
chercheurs puissent
tester d’autres valeurs  :
«  C’est une des bases
de la démarche scienti-
fique », rappelle Ludovic
Courtès.
S’il fallait faire une comparaison avec la cuisine, Guix
1.0 fournit à la fois la recette extrêmement précise
d’un plat et ce même plat préparé et congelé, pour
pouvoir retrouver son goût si nécessaire. Atout
supplémentaire  : si un logiciel libre nécessaire à
l’expérience n’est plus disponible, il s’interface
automatiquement avec Software Heritage1
pour
récupérer le code source d’origine !
Guix est le fruit de sept ans de collaboration entre
des centaines de contributeurs français et étran-
gers, issus notamment de la recherche publique
et privée. Depuis la sortie de la version 1.0 en mai
2019, sa communauté de développeurs travaille
sur des projets de "passerelles" vers d’autres
outils largement employés par les chercheurs, par
exemple le conteneur Docker ou le cahier électro-
nique de laboratoire Jupyter. «  Notre démarche
est à la confluence du logiciel libre et de la science
ouverte, conclut Ludovic Courtès. Plus Guix 1.0 sera
­utilisé, plus il sera facile de reproduire des résultats
et de s’appuyer sur eux pour faire progresser la
­connaissance. »
1 voir l’article Du logiciel libre à la science ouverte, p. 10
SCIENCE OUVERTE
13
EOSC Pillar a pour ambition de
créer un espace virtuel euro-
péen de gestion des données de
recherche, pour les stocker, les
analyser, les réutiliser, au-delà
des frontières et des disciplines
scientifiques. Mais à quoi bon
partager des données si les
codes qui les exécutent ne sont
pas interopérables, c’est-à-dire
"portables" d’une plate-forme de
calcul à une autre ?
Aujourd’hui, chaque plate-forme
est spécifique. Les machines
sont dédiées au calcul ou au
développement, classiques ou
parallélisées, dotées de proces-
seurs CPU (Central Processing
Unit) ou GPU (Graphics Proces-
sing Unit)… Les scientifiques
qui conçoivent les programmes
doivent écrire du code spécifique
à la plate-forme qu’ils utilisent.
Et quand ils changent de plate-
forme, il faut recommencer !
Ce problème, un de ceux trai-
tés par EOSC-Pillar, mobilise
plusieurs équipes françaises et
étrangères. Parmi elles, PLEIADE
et HIEPACS. Pour expérimenter
dans un premier temps cette
portabilité à échelle réduite, elles
ont créé un réseau de machines
connectées entre trois plates-
formes françaises, dont PlaFRIM
et plusieurs petits centres de
calcul européens. On peut ainsi
tester des outils automatisés
d’adaptation des programmes,
sorte d’espéranto du calcul
scientifique qui demain, pourrait
faciliter la tâche des chercheurs.
PROJET EUROPÉEN
ET SI ON INVENTAIT UN ESPÉRANTO DU
CALCUL SCIENTIFIQUE ?
Comment permettre à un code informatique de tourner sur n’importe quelle
plate-forme de calcul ? Ce pas supplémentaire vers l’interopérabilité est un des
objectifs du projet européen EOSC-Pillar, auquel nous participons depuis mi-2019.
14
MAGAZINE
SCIENCE OUVERTE
14
MAGAZINE
Vous avez créé Rescience en 2015 avec Konrad
Hinsen. Dans quel but ?
NicolasRougier :Rescienceproposedes ­réplications
d’expériences, c’est-à-dire du code, des commen-
taires et des explications, écrits spécifiquement
pour reproduire un résultat publié sans recourir au
code de départ. Même si celui-ci a été communiqué,
il peut en effet reposer sur un langage de program-
mation obsolète, ou comporter des bugs, ou des
paramètres dont l’auteur n’a pas précisé la valeur,
etc.
Qui a le temps et la motivation pour répliquer des
expériences passées ?
N.R. : Tous celles et ceux, nombreux, qui ont besoin
d’utiliser ou de confirmer des résultats antérieurs
pour faire avancer leurs travaux. Aujourd’hui,
beaucoup de scientifiques sont déjà contraints de
répliquer des résultats pour les utiliser. Rescience
innove en publiant ces réplications pour les rendre
accessibles à tous. Autre innovation : la vérification
et la validation de ces réplications sont publiques et
ouvertes à tous, à l’opposé de la plupart des grands
journaux scientifiques.
Votre bilan après quatre ans de fonctionnement ?
N.R  : Sans publicité, nous avons engrangé 40
­réplications françaises et étrangères dans
des ­disciplines qui s’appuient largement sur
­l’informatique  : neurosciences, biologie, physique,
économie, écologie… Nous commençons à être
bien connus des chercheurs et chercheuses et des
industriels. Nous avons par exemple collaboré avec
la conférence ICLR1
sur le Reproducibility challenge
et nous avons sorti un numéro spécial rendant
compte des résultats.
1 https://reproducibility-challenge.github.io/iclr_2019/
TROIS QUESTIONS À...
NICOLAS ROUGIER, CHARGÉ DE RECHERCHE DANS
L’ÉQUIPE-PROJET MNEMOSYNE, COFONDATEUR
DU JOURNAL RESCIENCE
Rescience innove en publiant
ces réplications pour les rendre
accessibles à tous. Autre
innovation : la vérification et
la validation de ces réplications
sont publiques et ouvertes à tous
RECHERCHE
1515
PLONGÉE AU CŒUR DU
MODÈLE DE
RECHERCHE D’INRIA
Inria soutient l’audace et la prise de risques
à travers des projets de recherche ambitieux.
Notre organisation en équipes-projets nous
permet d’évoluer rapidement et de nous
adapter à de nouveaux défis. Zoom sur les
petites spécificités de ce modèle qui font
notre grande force.
RECHERCHE
16
MAGAZINE
UN MODÈLE
DE RECHERCHE UNIQUE
Depuis sa création, l’institut s’appuie sur un modèle unique d’équipe-projet appli-
qué à un large éventail de sujets. Comment et pourquoi cela marche-t-il ?
Explications.
«  Nous demandons à nos
scientifiques d’avoir l’ambition
de permettre l’escalade des
hautes montagnes ou profonds
canyons de Mars alors qu’au-
cun être humain n’y a encore
mis les pieds », déclare Nicolas
Roussel, directeur du centre
de recherche Inria Bordeaux
– Sud-Ouest. Pas de panique  !
Nos scientifiques n’ont pas
troqué leur expertise du numé-
rique pour se lancer dans la
conquête spa-
tiale. Mais cette
image illustre ce
que l’institut leur
demande : viser
des objectifs loin-
tains et s’engager
sur des perspec-
tives aujourd’hui inaccessibles.
Autrement dit, prendre des
risques ! En cas de réussite l’im-
pact n’en sera que plus fort sur
l’écosystème de la recherche
française, la société, l’économie,
l’environnement, etc.
La recherche d’Inria est orga-
nisée en équipes-projets. De
taille humaine, celles-ci sont
proposées puis dirigées par
une personnalité scientifique,
employée par Inria ou non,
qui choisit ses membres. À
cette stratégie de ressources
humaines s’ajoute une stra-
tégie scientifique  : le projet.
Il cartographie le chemin,
parsemé de sous-objectifs à
court et moyen termes, qui doit
mener l’équipe à son but. Il pré-
cise aussi les développements
technologiques et les impacts
économiques, sociétaux ou
environnementaux envisa-
gés, ainsi que les partenariats
académiques ou industriels
nécessaires. Les équipes-pro-
jets sont créées sur des sujets
ambitieux, en rupture, souvent
interdisciplinaires, qui néces-
sitent un inves-
tissement dans la
durée au-delà des
horizons tempo-
rels des projets
de recherche
habituels (trois
ans pour une
thèse, quatre ou cinq ans
pour des projets nationaux ou
européens). Pour autant, les
équipes-projets n’ont pas voca-
tion à être pérennes. Créées
pour une durée maximum de
douze ans, elles sont évaluées
tous les quatre ans et peuvent
être amenées à « pivoter » ou à
s’arrêter à tout moment.
Viser Mars et se donner
les moyens d’y arriver
Pour qu’une équipe-projet
réussisse, il faut soutenir régu-
lièrement ses actions. Les ser-
vices d’appui d’Inria, spécialisés
dans le numérique, permettent
à nos scientifiques de travailler
le plus efficacement possible.
En plus de ces services, « nous
avons un ensemble de moyens
incitatifs et de dispositifs qui
nous sont propres pour aider
les équipes à avancer et à
faire émerger de nouvelles
pistes de recherche  », précise
Nicolas Roussel. Les moyens
incluent des financements de
thèses, de postdoctorats et
d’ingénieurs. Les dispositifs
incluent les «  équipes asso-
ciées  », qui permettent de
CHAQUE ÉQUIPE-PROJET
DOIT ANTICIPER L’IMPACT
SOCIÉTAL DE
SES RECHERCHES
16
RECHERCHE
17
mettre en place des collabo-
rations internationales, et les
«  chaires internationales  »,
qui permettent à des scienti-
fiques étrangers de rejoindre
une équipe à temps partiel
pendant cinq ans. Lorsque les
scientifiques souhaitent élargir
le champ de leurs travaux, des
«  actions exploratoires  » sont
là pour favoriser l’émergence de
nouveaux sujets. Les « défis »
permettent enfin à plusieurs
équipes-projets de s’associer
pour répondre à de plus grands
enjeux.
Agile et partenarial, le modèle
d’équipes-projets d’Inria a fait
ses preuves. Au centre Bor-
deaux – Sud-Ouest, 19 des 20
équipes-projets intègrent des
chercheurs et chercheuses
d’autres établissements de
recherche. Leurs recherches
couvrent des thématiques
variées (modélisation, calcul
haute-performance, traitement
du signal, science des données,
intelligence artificielle, robo-
tique, interaction Homme-
Machine), avec des applications
dans des domaines tels que la
santé, l'aéronautique, l'environ-
nement ou l'éducation. Dirigée
depuis douze ans par François
Dufour, l’équipe-projet CQFD,
qui regroupe aujourd’hui une
quinzaine de personnes, illustre
bien l’efficacité du modèle Inria.
CQFD se consacre au dévelop-
pement de méthodes statis-
tiques et probabilistes afin de
modéliser et optimiser des
systèmes complexes (vivants
ou industriels). L’équipe a déve-
loppé des modèles destinés à la
médecine, à l’optimisation de
procédés industriels, à l’ana-
lyse de risques alimentaires ou
encore épidémiologiques. « Le
rendement ­collectif est plus
important que la somme des
rendements indi-
viduels. Ce modèle
de recherche nous
rapporte davantage
de retombées scien-
tifiques », constate
François Dufour.
L’équipe regroupe
en effet deux
communautés qui
pourraient travail-
ler séparément  : un
premier groupe de mathé-
maticiens développant des
méthodes statistiques, et un
autre qui optimise des modèles.
« Instaurer le dialogue entre
les deux ­communautés a
entrainé un bouillonnement
au sein du groupe. Nous avons
identifié de nouvelles pro-
blématiques et élargi notre
champ d’action en proposant
plus d’outils aux utilisateurs
de modèles », constate le cher-
cheur.
Une recherche libre, mais
régulièrement remise en
question
«  Je demande très souvent à
nos scientifiques où ils sont et
où ils veulent aller », explique
Nicolas Roussel. Une démarche
qui ne va pas à l’encontre de
la liberté scientifique  : «  Il ne
s’agit surtout pas de leur dire
ce qu’ils doivent faire, mais
de les inciter à réfléchir à la
cohérence de la trajectoire
dans la durée de leur équipe ».
L’évaluation tous les quatre
ans permet de faire un bilan
intermédiaire et de réfléchir
au programme des quatre
années suivantes. «  Même s’il
est difficile de se projeter, cette
évaluation structure beaucoup
les recherches personnelles
et celles de l’équipe. Elle nous
permet de rester sur
des axes concrets »,
témoigne ­François
Dufour. Mais atten-
tion, rien n’est figé
pour autant ! Il arrive
que des découvertes
inattendues, ayant
un impact plus
intéressant que
celui visé au départ,
entraînent une réorientation
profonde des activités. L’équipe
a autant d’importance que
le projet, et les deux peuvent
évoluer rapidement. C’est ce
qui nous permet de répondre
efficacement aux enjeux du
numérique.
LE RENDEMENT
COLLECTIF EST PLUS
IMPORTANT QUE
LA SOMME
DES RENDEMENTS
INDIVIDUELS
RECHERCHE
18
MAGAZINE
DÉFIS INRIA : DES PROJETS
INTERÉQUIPES POUR RÉPONDRE
À DE GRANDS ENJEUX
Mixer les disciplines et les expertises pour construire de nouveaux champs
de recherche et pour ouvrir de nouvelles voies. Les Défis Inria permettent
de concentrer des forces sur des sujets majeurs sur lesquels l’institut
souhaite porter un effort particulier.
L’apprentissage automatique
(machine learning) et les don-
nées massives (big data) qui
vont avec nécessitent d’impor-
tantes capacités de stockage
et de calcul. De telles capacités
existent dans les plates-formes
de calcul haute performance
(HPC), mais elles
étaient plutôt utili-
sées jusqu’ici pour
des calculs liés à la
modélisation et la
simulation géné-
rant eux-mêmes de
grandes quantités
de données. Bien
que distinctes,
ces disciplines ne
pourraient-elles pas
s’enrichir mutuellement ? En
2018, Inria s’est emparé de la
question en rassemblant plu-
sieurs de ses équipes spécia-
listes de ces trois domaines en
un même projet  : le défi HPC-
Big Data. Mais qu’est-ce qu’un
défi ? « C’est un dispositif grâce
auquel nous pouvons lancer
des recherches stratégiques
transverses sur lesquelles
nous n’avons pas eu la chance
de faire nos preuves aupa-
ravant », explique
Emmanuel ­Jeannot,
responsable de
l ’é q u i p e - p r o j e t
TADAAM. Concrète-
ment, un défi sou-
tient des échanges
entre des équipes-
projets Inria et des
partenaires externes
(académiques ou
industriels) afin d’élar-
gir l’étendue des recherches
habituelles de chacune d’entre
elles. « Au-delà de ce réseau
interdisciplinaire, Inria nous
donne aussi les moyens
humains et financiers via des
recrutements de thèses ou de
postdoctorats. Sans cela, on
discuterait sans faire avancer
la science », ajoute le cher-
cheur.
Au terme des quatre années
du projet, les équipes visent
à apporter des réponses ori-
ginales au problème de la
convergence HPC/BigData.
Les résultats obtenus jusqu’ici
permettent à un réseau de neu-
rones d’apprendre plusieurs
tâches en parallèle plutôt
qu’une à la fois, par exemple.
La réduction du temps et
de la mémoire nécessaires à
l’apprentissage qui en résulte
permet d’appliquer plus
rapidement des techniques
d’intelligence artificielle à des
problématiques liées à la santé
ou à l’environnement.
UN DISPOSITIF
GRÂCE AUQUEL NOUS
POUVONS LANCER
DES RECHERCHES
STRATÉGIQUES
TRANSVERSES
RECHERCHE
19
LA RECHERCHE :
UNE AVENTURE HUMAINE
Hélène Barucq, responsable de l’équipe-projet Magique-3D, et Ha Howard,
chargée de recherche de la même équipe, dévoilent le contexte de leur collabora-
tion sur la simulation numérique de la propagation d’ondes et témoignent d’une
rencontre tant humaine que scientifique.
Comment avez-vous été ame-
nées à travailler ensemble ?
Ha Howard : J’ai connu l’équipe
grâce à mon époux, rencontré
aux États-Unis pendant mon
postdoctorat à l'université Pur-
due. Il avait lui-même rencon-
tré Hélène dans une conférence
donnée par Total. Ma forma-
tion, théorique, porte aussi
sur la propagation d'ondes, le
thème de recherche de l’équipe.
Lors du retour de mon conjoint
en France pour sa thèse avec
Hélène et Henri Calandra, j’ai
saisi cette opportunité pour
rejoindre l’équipe à mon tour.
Hélène Barucq (photo ci-des-
sus) : Ha souhaitait élargir ses
domaines de compétences à
la simulation numérique et
m’a contactée pour ­organiser,
via Campus France, son arri-
vée en France depuis les
États-Unis. Elle s'est inscrite
en master à l'UPPA1
et je lui ai
proposé de faire un stage car
ses compétences en analyse
microlocale étaient plus que
bienvenues dans l’équipe. Son
très haut niveau m'a tout de
suite impressionnée et nous
avons vite élaboré un projet de
travail commun.
Qu’est-ce qui a motivé cette
collaboration ?
HB : Très vite, j’ai réalisé que je
partageais avec Ha beaucoup
de choses, tant du point de
vue scientifique qu’humain.
Nous apprécions étudier des
problèmes théoriques par des
techniques d’analyse mathé-
matique après avoir déterminé
leur potentiel d’application.
Nous sommes très attachées
à l’écriture détaillée et précise
de nos résultats et partageons
aussi beaucoup d’enthousiasme
pour les travaux que nous
accomplissons.
1 Université de Pau et des Pays de l'Adour
HH : Nous avions la même for-
mation mathématique en ana-
lyse microlocale. Nous voulions
approfondir d’anciens travaux
de simulation numérique de
phénomènes de propagation
d’ondes portant sur les condi-
tions appliquées aux limites
d'un domaine de calcul. Nous
avons fini par aborder d’autres
sujets. Nous partageons le
même état d’esprit  : on se
penche sur des questions en
allant loin dans la réflexion sur
des choses qui sont a priori
supposées évidentes.
C'EST À VOUS
20
MAGAZINE
La dématérialisation induite et promise
par l’utilisation d’outils numériques (moins
de déplacement, moins de papier, etc.)
ne réduit pas pour autant l’empreinte
des activités humaines sur l’environne-
ment. On se concentre souvent sur la
phase d’usage des appareils électriques
et électroniques et leur consommation
énergétique, mais on en oublie parfois que
pour être ­fabriqués, ces objets nécessitent
l’extraction de ­ressources naturelles en
cours d’épuisement. L’utilisation et l'agen-
cement de certains composants empêche
d’ailleurs de recycler les appareils que
nous utilisons au quotidien. Malgré une
réglementation qui encadre le recyclage
des objets électroniques et électriques en
Europe, l’existence de filières mafieuses
détourne environ 60% des déchets électro-
niques d'un ­démantèlement correct. Pour
éviter de s’en ­débarrasser trop vite, il est
possible de contourner leur obsolescence
programmée et de rallonger autant que
possible leur durée de vie en les réparant
par exemple. Il faut également se méfier de
la course à l’optimisation qui nous pousse
à une consommation toujours plus grande
de ces appareils et qui est responsable
d’effets rebonds (plus une pratique est
optimale plus on l’utilise, jusqu’à dépasser
les limites qui avaient motivé l’optimisa-
tion). De bonnes pratiques et une sobriété
d’utilisation sont donc de mise pour réduire
notre impact environnemental, mais égale-
ment les risques sanitaires et sociétaux que
le numérique comporte, à commencer par
ceux qui concernent les enfants. L’exposi-
tion aux écrans en est un exemple.
NUMÉRIQUE ET ENVIRONNEMENT,
QUELS ENJEUX ?
JULIETTE CHABASSIER,
CHARGÉE DE RECHERCHE DANS
L’ÉQUIPE MAGIQUE 3D
Tendre à la sobriété
numérique
C'EST À VOUS
21
JULIEN BRUNEAU,
COFONDATEUR DE
LA STARTUP IQSPOT.
« Si le numérique est très gour-
mand en énergie, il peut égale-
ment être au service de l’écologie,
en étant un appui à la réduction
de nos consommations. La solu-
tion que nous proposons permet
à des gestionnaires de parcs de
bâtiments tertiaires de visualiser
en temps réel leur performance
énergétique. Consommation
d’eau, chauffage, climatisation,
lumière, toutes ces données
sont collectées chaque heure,
analysées et mises à disposition
des propriétaires. Elles vont leur
permettre de connaitre le com-
portement de leurs bâtiments et
d’atteindre des réductions de - 30
à- 40 %delaconsommationéner-
gétique. Ces actions ­permettent
aussi de répondre à un double
défi  : la demande par les loca-
taires de locaux peu énergivores,
et les contraintes réglementaires
qui se durcissent, avec la pers-
pective de décrets imposant au
secteur tertiaire des réductions
importantes de consommation. À
plus long terme, notre outil peut
aussi être une aide à la priorisa-
tion d’investissements lourds,
comme des campagnes d’isola-
tion ou de rénovation des équipe-
ments de chauffage. Et parce que
les capteurs que nous utilisons
sont basse consommation, nous
montrons qu’on peut utiliser le
meilleur des technologies numé-
riques du moment pour diminuer
l’empreinte énergétique des bâti-
ments du secteur tertiaire. »
Des capteurs
pour diminuer
la consommation
du tertiaire
STÉPHANE
REQUENA,
DIRECTEUR ­TECHNIQUE
ET INNOVATION
À GENCI (GRAND
­EQUIPEMENT NATIONAL
DE CALCUL INTENSIF),
­INFRASTRUCTURE CRÉÉE
EN 2007 POUR ­SOUTENIR
LA RECHERCHE ET
­L’INNOVATION FRANÇAISE.
« Les supercalculateurs que nous
avons actuellement en service
ont la puissance de calcul de 30
à 40 000 ordinateurs de bureau.
Chaque machine consomme
entre 1,5 et 2 MW, soit l’équivalent
d’une ville de 15  000 habitants.
La consommation électrique
est donc une préoccupation et
un critère de choix majeur pour
nous. Pour rester dans la course
internationale en termes de puis-
sance de calcul, il faut la doubler
en moyenne tous les ans. Nous
visons même une multiplication
potentielle de cette puissance par
50d’icià2023,ensefixant comme
limite de ne pas dépasser les
30 MW. Pour atteindre cet objec-
tif, il y a plusieurs pistes complé-
mentaires : améliorer la puissance
de calcul des processeurs à
iso-consommation électrique et
optimiser les infrastructures de
refroidissement, notamment en
récupérant la chaleur émise par
les calculateurs. Une nouvelle
thématique dans cette chasse
au kilowatt est celle de l’amélio-
ration des applications, du code
de calcul lui-même, pour qu’il
soit plus efficace et donc moins
énergivore. Inria est un acteur-clé
dans cette démarche, car il déve-
loppe des outils qui permettent
d’analyser les performances et
l’agencement des calculs effec-
tués par les machines, en optimi-
sant ­l’utilisation des ressources
matérielles, notamment grâce à
l’intelligence artificielle. »
Optimiser
la consommation
des supercalculateurs,
un enjeu à triple
solution
MÉDIATION SCIENTIFIQUE
22
MAGAZINE
CULTIVER LA CULTURE SCIENTIFIQUE
«  Le monde est devenu numérique et
pour mieux le vivre, il faut partager un
minimum de culture scientifique », expose
Florent Masseglia, chargé de mission
médiation scientifique chez Inria. C’est pour
cela que l’institut, en tant que spécialiste
des sciences du numérique, s’applique à
faire naître ou grandir cette culture chez
le grand public. Fête de la science, MOOC,
plateforme de robotique, journée de travail
sur l’intelligence ­artificielle… Les actions
d’Inria dans le domaine sont nombreuses.
Et elles s’intensifieront encore en 2020  :
en plus de continuer à favoriser l’enseigne-
ment des fondamentaux des sciences du
numérique, l’institut s’attachera à faire
connaître les recherches de ses équipes.
MÉDIATION SCIENTIFIQUE
23
UN LIEN FORT AVEC LE MILIEU SCOLAIRE
Cela fait partie de son ADN : Inria a une mission de médiation des sciences du
numérique. L’institut s’applique à faire connaître celles-ci au plus grand nombre,
notamment grâce à des partenariats avec le monde de l’enseignement.
Une cinquantaine de participants
à Bordeaux, autant sur le site
d’Inria à Sophia-Antipolis et une
soixantaine d’inscrits en visio-
conférence… La journée de travail
« Activités pour l’enseignement de
l’intelligence artificielle (IA) », qui
s’est tenue le 21 juin à l’initiative
de l’équipe-projet FLOWERS, a été
un succès. « Nous avons organisé
quatre ateliers, sur l’IA débran-
chée, l’IA avec langage visuel, l’IA
avec langage textuel ou encore
l’IA et la robotique, relate Didier
Roy, membre de l’équipe-projet
FLOWERS. Des activités pédago-
giques existantes ont été présen-
tées comme base de réflexion.  »
Puis, des conférences ont appro-
fondi certains sujets. Enseignants
de tous niveaux, chercheurs,
experts en éducation numérique
ont répondu présent pour cette
journée productive, que ce soit sur
la critique de l’existant ou sur la
production d’activités nouvelles.
«  Chacun est reparti avec des
moyens concrets pour expliquer
et illustrer l’intelligence artifi-
cielle  », se félicite le chercheur.
Par exemple, comment apprendre
à un ordinateur à reconnaître des
photos de chiens, ce qui permet
aux élèves de tester simplement
le principe de l’IA. Et Inria a ainsi
posé une pierre dans l’édification
de la culture numérique du grand
public.
Mais ce n’est pas la première ! Car
l’institut collabore par exemple
depuis cinq ans avec l’académie
de Bordeaux. «  La convention
de partenariat que nous avons
signée avec Inria encadre le pro-
jet Persévérons. Inria s’engage à
intervenir en classe, mais aussi à
assurer des formations d’ensei-
gnants, à mettre des ressources
à disposition, etc. », révèle Sébas-
tien Gouleau, délégué académique
au numérique.
L’institut a ainsi participé à la mise
au point du MOOC Class’Code.
Ce cours en ligne permet de se
former pour initier les jeunes à la
pensée informatique. Disponible
depuis 2015, il a déjà été suivi par
plus de 80 000 professionnels des
milieux scolaire et périscolaire.
Une démarche indispensable avec
l’arrivée de l’enseignement des
sciences du numérique au lycée.
Inria a également mis à disposi-
tion du milieu scolaire sa plate-
forme Poppy. Créée par l’équipe
FLOWERS, elle se concentrait au
départ sur un robot humanoïde
destiné à tester des algorithmes
d’apprentissage de la marche
bipède. Il est à présent décliné
en de nombreuses versions qui
servent à sensibiliser les élèves à
l’IA.
Et Inria ne compte pas s’arrêter
là ! Début avril, un nouveau volet
de Class'code consacré à l'IA a
vu le jour. Car la motivation des
chercheurs est intacte  : «  Ini-
tier jeunes et moins jeunes à la
science informatique leur permet
de mieux comprendre le monde
actuel, précise Didier Roy. En
outre, pour prendre des décisions
sur le numérique, sur ce que nous
devons laisser faire aux machines
par exemple, il faut savoir com-
ment cela fonctionne. »
24
MAGAZINE
MÉDIATION SCIENTIFIQUE
24
MAGAZINE
1 SCIENTIFIQUE, 1 CLASSE. CHICHE !
Afin de permettre à tous les élèves de seconde de rencontrer des scientifiques en
sciences du numérique, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’ Éducation nationale
et de la Jeunesse (MENJ), et Bruno Sportisse, PDG d’Inria, ont signé le 20 novembre
2019 un protocole d’accord au nom de tous les partenaires actuels du programme
« 1 scientifique – 1 classe : Chiche ! ». La phase pilote du projet aura lieu jusqu’en
juin 2020.
Depuis la rentrée 2019, près de
560 000 lycéens découvrent le
nouvel enseignement «  Sciences
numériques et Technologie  »
(SNT). « Former au numérique
et par le numérique » fait partie
des convictions et de la stratégie
d’Inria. L’institut a
initié le programme
«  1 scientifique – 1
classe. Chiche ! » avec
ses partenaires que
sont  le CNRS (INS2I,
INSMI), la Société
Informatique de
France (SIF), la Confé-
rence des directeurs
des écoles françaises
d'ingénieurs (CDEFI),
la Société de Mathé-
matiques Appliquées
et Industrielles
(SMAI), l’association
Class’Code, la Fon-
dation Blaise Pascal
et la Fondation Inria.
Donner l’envie des
sciences et techno-
logies, notamment numériques,
aux jeunes et les sensibiliser aux
enjeux associés constituent l’un
des objectifs de ce projet.
Frédéric Alexandre, responsable
de l’équipe-projet MNEMOSYNE
spécialisée en neurosciences, est
habitué à intervenir en milieu
scolaire. Il s’est rendu au Lycée
de Borda à Dax qui compte plus
de 2000 élèves répartis dans des
filières générales, technologiques
et professionnelles. Après avoir
introduit la notion de mémoire
et d’apprentissage, le chercheur
a suscité le débat en abordant
l’intelligence artificielle sous
le prisme des réseaux sociaux
devant une quarantaine d’élèves
de 2nde réunis pour l’occasion.
«  J’ai évoqué la Data Science et
le traitement des données. Les
élèves sont conscients des problé-
matiques que posent les réseaux
sociaux en termes d’utilisation
des données personnelles  ». Un
public exigeant, non scientifique,
auprès duquel il faut réussir à faire
passer des messages. « Une élève
a rebondi sur les
impacts environne-
mentaux des outils
numériques. Elle a
interpellé le cher-
cheur sur la consom-
mation énergétique
et la pollution engen-
drée par l’utilisation
de certains clusters.
Des sujets que nous
abordons dans les
chapitres de SNT  »
ajoute Vincent
Guichenuy, profes-
seur de mathéma-
tiques à l’origine de la
rencontre.
L’intervention de
scientifiques en
milieu scolaire permet aux élèves
de démystifier le monde de la
recherche et de se questionner sur
leur orientation. Inria est prêt à
s’engager aux côtés des académies
et des acteurs concernés pour
poursuivre en ce sens.
INNOVATION
2525
UNE POLITIQUE D’INNOVATION GLOBALE
Acteur majeur des sciences du numérique, Inria décline une stratégie ­d’innovation
ambitieuse pour contribuer à la revitalisation et à la pérennité d’une base
­industrielle française et européenne par et dans le numérique. Décryptage par
François Cuny, directeur général délégué à l’innovation d’Inria.
L’excellence scientifique d’Inria doit se concrétiser
par un impact socio-économique bénéficiant aux
entreprises et aux territoires. Au cœur de ce projet,
la stratégie de l’institut est centrée sur des thèmes
prioritaires dont l’IA responsable, la sécurité numé-
rique, la rencontre du calcul haute performance et
de l’IA, la défense, des grands secteurs applicatifs
comme la médecine personnalisée, l’agriculture
de précision, le développement durable et l’éner-
gie (dont le numérique frugal), l’usine du futur et
l’apprentissage tout au long de la vie.
Quels en sont les axes principaux ?
Il y en a trois. Le premier vise à renforcer les
partenariats avec les entreprises. Le monde
industriel apporte des sujets à la fois
concrets et complexes. L’institut sou-
haite développer avec ses partenaires des équipes
de recherche communes. Cette dynamique est déjà
engagée et nous souhaitons l’intensifier.
Le transfert des résultats de recherche via l’entre-
preneuriat, deuxième axe fort, s’incarne dans le
soutien à la création de startups. L’objectif est de
porter le rythme de 10 à 100 nouveaux projets par
an, en s’appuyant sur des dispositifs ciblant l’attrac-
tivité de talents entrepreneuriaux, la sélection et le
soutien à la prise de risque, l’accompagnement et le
financement des porteurs de projets.
Troisième élément stratégique, l’open source. Les
logiciels "ouverts" contribuent à renforcer nos col-
laborations et à en diffuser les résultats. Ils consti-
tuent une infrastructure stratégique pour notre
pays et ses entreprises. 
INNOVATION
26
MAGAZINE
Ici, l’innovation est collective !
La Nouvelle-Aquitaine concentre
de nombreuses entreprises
innovantes, startups ou grands
groupes industriels, qui bénéfi-
cient d’infrastructures propices
à la recherche collaborative et
du soutien de nombreux acteurs
publics (État, région, métropole
bordelaise).
Des structures dédiées à
l’innovation
Acteurs majeurs de l’accompa-
gnement à la création d’entre-
prise, Technowest et Unitec
contribuent à accélérer les
transferts d’innovations de la
recherche académique vers le
monde économique et indus-
triel. Financés par les collectivi-
tés (respectivement Bordeaux
métropole et le conseil régional
de la Nouvelle-Aquitaine), ces
technopoles et technocampus
hébergent incubateurs, pépi-
nières d’entreprises, centres
d’affaires et accompagnent les
projets innovants.
« Présent sur sept sites, Tech-
nowest accompagne actuel-
lement 65 entreprises dans
des secteurs allant de l’aéro-
nautique, du spatial et de la
défense, jusqu’aux écotechno-
logies, à la mobilité, aux bâti-
ments intelligents, à l’énergie,
l’environnement et au commerce
connecté  », explique François
Baffou, son directeur général.
« Ce regroupement stimule le
développement économique
des startups en les rapprochant
de grands groupes industriels
intéressés par leurs offres de
produits ou services nouveaux »,
complète Nicolas Le Roy, respon-
sable innovation.
Unitec propose aux porteurs de
projets de startups un accompa-
gnement à 360°, principalement
dans le domaine du numérique,
des sciences de la santé et de la
vie, des matériaux et de la chimie.
DES PARTENARIATS POUR
STIMULER L’INNOVATION
Fortement ancré dans les territoires grâce à ses implantations régionales, Inria
contribue à l’innovation nationale et locale. Le centre Bordeaux — Sud-Ouest tisse
des liens étroits avec un réseau de partenaires afin de diffuser les résultats
de ses recherches vers les acteurs socio-économiques régionaux.
Tour d’horizon des partenaires-clés de l’institut en Nouvelle-Aquitaine.
INNOVATION
27
« En 2018 nous avons porté plus
de 100 projets. Le soutien aux
entités innovantes est crucial :
notre expérience montre en effet
qu’une entreprise accompagnée
a nettement plus de chances de
réussir son développement  !  »,
souligne Stéphane Rochon,
directeur général d’Unitec.
Des facilitateurs et finan-
ceurs stratégiques
Aux côtés de Technowest et
Unitec, French Tech Bordeaux
et Bpifrance jouent le rôle de
facilitateurs et de financeurs de
nombreux projets. French Tech
a pour mission de piloter les
objectifs gouvernementaux en
matière d’innovation, en particu-
lier de faire émerger des startups
de dimension internationale.
« Nous déployons des dispositifs
dédiés aux startups, afin de faci-
liter leur recrutement de talents
(programme French Tech Visa) ou
leurs démarches avec les acteurs
publics (programme French
Tech Central) », précise Philippe
Métayer, directeur général délé-
gué de la French Tech Bordeaux.
Nous soutenons la croissance
des entreprises leaders afin de
leur permettre d’affronter la
concurrence internationale. »
Bpifrance propose aux entre-
prises innovantes une série de
dispositifs (aides, prêts, inves-
tissements directs ou indirects,
etc.) contribuant à créer de la
valeur autour de technologies
disruptives. « En 2018, Bpifrance
a déployé plus d’un milliard
d’euros à destination de 5  600
entreprises, dont 2 000 startups.
Bpifrance est en outre très sensi-
bilisé aux enjeux du monde de la
recherche et aux défis de l’inno-
vation DeepTech, ce qui permet
de cibler des aides spécifiques »,
explique Natalia Araujo, déléguée
régionale innovation. Des fonds
d’amorçage régionaux, comme
"Techno-start" peuvent aussi
compléter les aides étatiques
et donner la première impul-
sion à de nombreux projets, en
assumant une partie du risque
financier. Par ailleurs, Bpifrance
a signé avec Inria en juillet 2019
une convention de partenariat
pour le développement de la
DeepTech.
Instauré début 2019, le plan
DeepTech est destiné aux star-
tups issues de la recherche.
« Ce dispositif soutient les entre-
prises et leur développement
international », résume Pascale
Ribon, directrice Deeptech chez
Bpifrance. « Des actions de
soutien au développement, de
communication et de formation
visent à fédérer les acteurs de
l’innovation vers l’objectif de
doubler les créations de startups
DeepTech d’ici trois ans. »
La preuve par la réussite
Témoin de l’efficacité de ces sou-
tiens, la startup Nurea a récem-
ment bénéficié et construit
son projet avec le concours
d’Inria, accompagnée par Unitec,
Technowest et la SATT Aqui-
taine Science Transfert, qui a
récemment intégré l’Incubateur
Régional d’Aquitaine. Lauréate
du concours i-Lab 2019, Nurea
propose un logiciel d’analyse
d’images utile aux praticiens de
chirurgie vasculaire et s’inscrit
dans une dynamique de crois-
sance. (voir p.30)
De l’avis unanime de ces acteurs
de la région bordelaise, Inria est
recherché pour ses compétences
scientifiques de haut niveau.
L’institut intègre parfaitement
les contraintes du monde indus-
triel, ce qui en fait un acteur
privilégié pour les partenariats
de recherche et d’innovation ou
la création d’entreprises haute-
ment innovantes.
INNOVATION
28
MAGAZINE
UNE COLLABORATION EXEMPLAIRE
Afin d’améliorer son offre de service, mieuxplacer.com, jeune startup bordelaise
du secteur financier, a collaboré avec les équipes du centre de recherche
Inria Bordeaux – Sud-Ouest, grâce à FrenchTech qui a mis les deux entités
en relation. Récit d’une collaboration réussie.
Fondée en 2016 par cinq entre-
preneurs issus du monde de la
finance et des mathématiques
appliquées, mieuxplacer.com est
une startup en pleine croissance.
Elle propose aux internautes un
service innovant de recomman-
dation personnalisée de place-
ments financiers.
«Noussommespartisduconstat
que le secteur bancaire et finan-
cier n’offre en général
à ses clients que des
produits standardi-
sés, explique Matthieu
Sénéchal, cofondateur
de l’entreprise. Nous
avons développé
un service original,
fondé sur l’analyse
des attentes des
épargnants et sur la diversité
des produits existants, afin de
proposer une solution d’investis-
sement personnalisée. »
Le logiciel de mieuxplacer.com
analyse les données issues d’un
questionnaire rempli en ligne.
Un algorithme élabore un profil
d’investisseur et sélectionne les
produits qui lui correspondent.
«  La vitesse d’exécution est
cruciale pour nos clients et afin
d’améliorer ses performances,
nous nous sommes tournés vers
les équipes d’Inria pour dévelop-
per des méthodes efficaces  »,
poursuit Matthieu Sénéchal.
Accompagnement
scientifique et technique
Les méthodes utilisées (dites
de "programmation linéaire en
nombres entiers") sont issues
d’un domaine des mathéma-
tiques appliquées, la recherche
opérationnelle, de laquelle
l’équipe-projet REALOPT est
experte. « Nous avons apporté à
mieuxplacer.com notre expertise
sur ces techniques qui
se sont avérées effi-
caces pour optimiser
leur algorithme  »,
explique François
Clautiaux, professeur
des universités et
responsable de cette
équipe-projet. Le
soutien technique
d’Inria et son savoir-faire ont été
une clé dans cette collaboration.
«  Les méthodes utilisées étant
bien maîtrisées par l’équipe, l’un
des enjeux du projet
était de les déve-
lopper dans un outil
opérationnel. À cet
égard, la contribu-
tion de Rémi Duclos,
ingénieur spécialisé
en optimisation com-
binatoire, s’est avérée
déterminante », note
le chercheur.
La mise en place de ce projet
est rendue possible grâce à un
dispositif Inria soutenu par la
région Nouvelle-Aquitaine qui
a pour objectif  de renforcer la
compétitivité des startups tech-
nologiques de la région, en leur
donnant accès, de façon agile et
adaptée, à la Deeptech numé-
rique. L’agilité est apportée par
l’équipe d’ingénieurs déjà recru-
tés et formés aux technologies et
savoir-faire des équipes-projets
Inria. L’analyse des besoins et
des contraintes du partenaire est
apportée par l’équipe de chargés
de partenariat et projets d’inno-
vation qui vont à la rencontre
des startups, comprennent leur
besoin et accompagnent leur
projet dans la durée  : «  Nous
accompagnons le projet de bout
en bout et il est primordial pour
sa réussite que le partenaire, le
chercheur et l’ingénieur de déve-
loppement impliqués forment
une équipe harmonieuse. Nous
sommes ainsi particulièrement
attentifs à la phase d’écoute
du besoin du partenaire, et à
la définition du programme de
travail  », précise Émilie Pons,
chargée de partenariat et projets
d’innovation sur le
dispositif régional.
Pour les scientifiques,
la confrontation avec
les demandes du
monde industriel est
une excellente oppor-
tunité de démon-
trer l’efficacité des
méthodes qu’ils développent.
Pour mieuxplacer.com, le projet
est un succès. «  La réactivité
d’Inria et la qualité des solutions
techniques proposées nous ont
permis d’accroître la qualité de
nos services », conclut Matthieu
Sénéchal.
INNOVATION
29
Créé en septembre 2019, Inria Startup Studio a pour
vocation d’accompagner des porteurs de projets de
startups DeepTech dans le numérique. Fort de 35 ans
d’expérience, l’institut a déjà soutenu l’émergence
de près de 200 entreprises issues de ses équipes-
projets et souhaite accélérer le rythme.
Ce nouveau dispositif s’inscrit dans le
partenariat d’Inria avec Bpifrance. Il pro-
pose une stratégie d’ensemble, déclinée
avec les acteurs du transfert d’innovation
dans les centres Inria et les écosystèmes
régionaux.
Être chercheur et devenir entrepreneur,
c’est une question de personnalité et
d’opportunités : Inria Startup Studio a pour mission
de repérer les unes et de favoriser les autres. « Créer
une startup est une aventure à la fois passionnante
et éprouvante ! Nous sommes présents aux côtés
des scientifiques décidés à se lancer pour les placer
dans les conditions les plus favorables à leur réus-
site », résume Sophie Pellat.
L’accompagnement proposé est avant tout centré
sur les porteurs de projet. « Le dispositif vise à
sensibiliser et soutenir les chercheurs à toutes les
dimensions de l’entrepreneuriat : défini-
tion des besoins en ressources (humaines,
financières et matérielles), rencontres
avec des investisseurs, écoute des besoins
utilisateurs, positionnement du produit
sur son marché, etc. De l’idée de projet
à sa concrétisation, nous les accompa-
gnons à toutes les étapes-clés », détaille
Hervé Lebret.
« Nous vivons une période favorable pour la créa-
tion de startups : le potentiel est là pour faire de
l’objectif d’Inria, porter 100 projets par an d’ici à
2023, une réalité ! », conclut Sophie Pellat..
UN ACCOMPAGNEMENT SUR MESURE
À L’ENTREPRENEURIAT
L’innovation est dans l’ADN d’Inria qui soutient depuis 35 ans la création de
­startups du numérique. Le nouveau dispositif de l’institut, Inria Startup Studio,
vise à ­décupler le nombre de projets et soutenir les chercheurs s’engageant dans
­l’entrepreneuriat. Comment ? Réponse avec Sophie Pellat et Hervé Lebret,
pilotes du dispositif.
INRIA STARTUP STUDIO :
PORTER
100 PROJETS
DE STARTUPS
PAR AN
30
MAGAZINE
HORIZON STARTUP
30
MAGAZINE
NUREA :
UN TRANSFERT TECHNOLOGIQUE RÉUSSI
La startup Nurea a mis au point, avec le soutien d’Inria et d’autres partenaires, un
logiciel de reconstruction du réseau vasculaire. Cofondée par Florian Bernard, ancien
doctorant de l’équipe-projet MEMPHIS, la startup s’apprête à entrer sur le marché.
Au cours de sa thèse, Florian Bernard décide de
se lancer dans un projet entrepreneurial. «  J’ai
débuté ce projet seul, avec une idée de départ et
l’envie de monter quelque chose  », témoigne-t-il.
«  Je ­souhaitais mettre à profit des technologies
employées dans les domaines du spatial et de
l’aéronautique pour automatiser des process de
simulation numérique. »
Il se tourne vers Cédric Quinot, chargé des parte-
nariats et projets d’innovation au sein du
service "Transfert, innovation et partena-
riats" d’ Inria, qui accompagne les cher-
cheurs et chercheuses dans leur démarche
de création d’entreprise. «  Nous avons
aidé Florian à y voir plus clair et à struc-
turer son projet », explique-t-il. « En effet,
pour cette technologie, plusieurs champs
d’application étaient ­envisageables. »
En prenant conscience de différentes
problématiques extérieures, le projet
de Florian Bernard évolue et il décide de
s’orienter vers des applications médicales. Son pro-
jet, qui deviendra la startup Nurea, se positionne sur
la chirurgie ­vasculaire. Il y a là un marché à investir.
En médecine clinique en effet, les chirurgiens ont
besoin de pouvoir visualiser les parties malades
des artères, pour décider des interventions à mener
auprès des patients. Il faut pouvoir reconstruire
les vaisseaux en 3D afin de faire des études et des
simulations. Jusqu’à maintenant, les médecins
­disposaient d’indicateurs mais d’aucun outil de
visualisation exploitable. L’offre de Nurea répond à
cette problématique : le logiciel utilise des images
de scanners et d’IRM pour reconstituer virtuelle-
ment les artères.
«  Cela permet de faire des simulations liées à
l’évolution du système aortique, et d’anticiper des
complications pré- et postopératoires au niveau
cardiovasculaire », explique Florian Bernard.
Nurea s’est jusqu'à présent concentré sur les
anévrismes aortiques de la région thoracique. Le
développement du logiciel est presque terminé, et
celui-ci sera bientôt utilisable par les médecins. La
startup souhaite maintenant obtenir le marquage
CE pour la mise sur le marché, prévue fin 2020.
L’objectif sera ensuite d’aller plus loin, en travaillant
sur le système périphérique : les artères rénales, les
artères des jambes, et la carotide. « Et nous souhai-
terions pouvoir étudier un maximum de maladies
du système vasculaire », explique Florian Bernard.
Inria a été le premier interlocuteur dans
la démarche de Nurea, en apportant
un financement et un premier niveau
­d’accompagnement, pour passer d’une
idée basée sur des compétences et une
technologie à un projet entrepreneurial.
« Notre rôle est de faire comprendre aux
chercheurs que la technologie ne fait pas
tout pour fonder une startup, il faut que
celle-ci rencontre son ­marché », explique
Cédric Quinot. « Nous mettons les scien-
tifiques en relation avec des acteurs de
­l’écosystème, des ­incubateurs, des entre-
prises, et des ­financeurs. » Inria fournit également
aux nouveaux ­entrepreneurs une démarche à suivre
afin qu’ils identifient le ­meilleur marché pour leur
­technologie, celui sur lequel l’offre apportera une
valeur ajoutée ­incontestable.
Nurea formalise actuellement une ­collaboration
avec le CHU de Bordeaux ainsi que trois autres
centres dans le monde, et travaille avec ­plusieurs
fonds d’investissement. La startup est ­accompagnée
par les deux technopoles Unitec et Bordeaux Tech-
nowest, ainsi que par la SATT ­Aquitaine Science
Transfert, pour structurer le ­projet et rencontrer des
financeurs.
Florian Bernard et Romain Leguay sont lauréats
du concours innovation i-Lab 2019, soutenu
par BPI France. «  Ce prix représente une belle
­reconnaissance de la qualité du projet, de son
ambition et des premières phases de réalisation.
Cela nous apporte de la visibilité, et un finance-
ment pour développer notre R&D », s’enthousiasme
­Florian Bernard.
ZOOM SUR
3131
GIS ALBATROS, UN ÉCOSYSTÈME SOUDÉ
ENTRE INDUSTRIE ET
RECHERCHE ACADÉMIQUE
Thales coopère depuis 2010 avec différents acteurs de l’enseignement supérieur
et de la recherche dans le cadre du GIS Albatros. Zoom sur ce groupement
d’intérêt scientifique.
Que peut apporter la réalité virtuelle à la mainte-
nance des radars ? Comment détecter des attaques
dans les réseaux de systèmes autonomes mobiles ?
Comment faire le lien entre la machine et l’Homme ?
Associant l’entreprise Thales à Bordeaux INP, l’uni-
versité de Bordeaux, le CNRS, Inria et les universi-
tés de Poitiers et de Limoges, le GIS Albatros s’est
attaqué depuis dix ans à de nombreuses problé-
matiques de ce type. « Au départ, chacun avait son
propre langage », se souvient Marc Gatti, directeur
scientifique et relations académiques de Thales.
«  L’industrie visait l’obtention de brevets alors
que les académiques étaient axés sur la rédaction
de publications scientifiques. » Aujourd’hui, le GIS
Albatros prospère grâce à un écosystème soudé
dont ont découlé de multiples projets français et
européens, stages, thèses Cifre, publications et bre-
vets. « Nous avons appris à nous faire confiance,
à partager nos connaissances. Nous avons aussi
coordonné le rythme de la recherche, habituelle-
ment échelonnée sur plusieurs années, avec des
problématiques industrielles à court terme (douze
à dix-huit mois) », ajoute le codirecteur du GIS.
Le groupe industriel comprend rapidement qu’afin
de lutter contre la rude concurrence de son sec-
teur, il doit capitaliser sur des partenariats fixes et
présenter ses besoins de façon transparente. En ce
sens, il cible cinq grandes thématiques de recherche
porteuses d’innovation  : les interactions Homme-
système et la réalité augmentée, les ­systèmes
téléopérés et autonomes pour l’avionique, le
­traitement du signal et des images, les architectures
électroniques et la maintenance aéronautique. Les
technologies développées sur ces thématiques
sont confrontées à des cas d’usage concrets. Une
étape cruciale permettant d’éviter des problèmes
de fonctionnement et de compatibilité au moment
de l’intégration des innovations au sein des futures
productions de Thales.
Des microprojets pour de grandes
ambitions
Chaque année, Thales finance six à huit micropro-
jets d’une durée d’un an. « Leur objectif est double.
Ils permettent la réalisation d’un état de l’art tout
en établissant des groupes de recherche prélimi-
naire au lancement de recherches de plus grande
envergure  », explique Eric Grivel, responsable
académique du GIS. « Ces projets sont comme des
"coups d’essai" permettant de tester si une synergie
se construit naturellement entre les partenaires
autour d’une problématique de recherche », ajoute
Pierrick Legrand, enseignant-chercheur dans
l’équipe-projet CQFD. Le chercheur a ainsi bénéficié
du soutien du GIS à plusieurs reprises, par exemple
dans le cadre du projet HUMO (Human Monitoring)
destiné au suivi des pilotes de ligne. Cet important
travail de synchronisation de données de différents
capteurs a été réalisé afin d’évaluer la réaction au
stress ou à des variations d’environnement que
peut subir un pilote en formation. Côté académique,
HUMO permet le lancement en 2018 de la thèse
Cifre Thales du doctorant Bastien Berthelot sur la
réalisation d’algorithmes d’extraction de biosignaux
et le dépôt de deux brevets.
Les résultats de ces projets sont présentés
chaque année à l’ensemble des membres du GIS.
Des échanges qui permettent d’identifier les
moyens humains et matériels à mettre en œuvre
­conjointement pour faire avancer les thématiques
de recherche identifiées et en faire émerger de
­nouvelles.
PORTRAITS
32
MAGAZINE
Hélène Sauzeon
UNE CURIOSITÉ BIEN PLACÉE
Saviez-vous que les difficultés de
navigation spatiale, faculté affec-
tée par le déclin des fonctions
exécutives ou de la mémoire,
est considérée comme un indi-
cateur pour détecter la maladie
d’Alzheimer ? Coordinatrice de
programmes de recherche desti-
nés à améliorer le bien-vieillir et à
stimuler les fonctions cognitives
des plus jeunes, Hélène Sauzéon
vise à évaluer l’impact de la
motivation intrinsèque grâce à la
réalité virtuelle. ­Stimuler la curio-
sité permettrait de lutter contre
le vieillissement cognitif  et
serait un levier d’apprentissage
chez l’enfant. Cette professeure
des universités, spécialisée en
psychologie fondamentale, a
consacré le début de sa carrière
aux trajectoires développe-
mentales. Depuis décembre
2018, elle contribue au sein
de l’équipe-projet FLOWERS à
­l’élaboration de dispositifs numé-
riques ­dirigés par la curiosité.
Éducation ­spécialisée, dépen-
dance, ­handicap, les champs
­d’application sont ­nombreux.
Prochain objectif pour cette
psychologue clinicienne de
­formation, se former au machine
learning pour participer à la
conception d’algorithmes et ainsi
augmenter l’utilité et la praticité
des technologies développées.
Injecter des algorithmes
de personnalisation pour
optimiser les progrès
d’entrainement attentionnel.
Antoine Gérard
UN PONT ENTRE LA RECHERCHE
ET L’ENTREPRENEURIAT
Des Hauts-de-France à la
­Nouvelle-Aquitaine, il n’y a qu’un
pas… ou plutôt six mois de stage,
trois ans de doctorat et un an de
contrat ATER (attaché temporaire
d'enseignement et de recherche)
au sein de l’équipe-projet
C­ARMEN  pour faire d’Antoine
Gérard un Bordelais d’adoption.
Après avoir soutenu sa thèse sur
des méthodes d'assimilation de
données appliquées à l'électro-
physiologie cardiaque, le jeune
diplômé change de cap au sein
de l’institut et devient ingénieur
développement logiciel en juillet
2019. Exit la voie académique au
profit d’un chemin plus ­applicatif
qui l’amène à travailler au plus
près des différentes équipes
de recherche du centre dans
­l’objectif de transférer leurs­
technologies. Un axe qui l’oblige
à se former à d’autres spéciali-
tés et à être opérationnel pour
collaborer rapidement avec les
entreprises en s’adaptant à leurs
besoins. Épanouissement garanti
pour ce Boulonnais d’origine qui
a le sens du contact et le goût du
challenge.
Je me familiarise
avec les technologies et
les codes développés par
les équipes-projets pour
apporter un support aux
entreprises qui sont en
demande.
PORTRAITS
33
Émilie Pons
CHASSE ET PÊCHE DE PROJETS
D’INNOVATION
L’innovation et le conseil aux
entreprises font partie de l’ADN
d’Émilie Pons. C’est en juin
2018 qu’elle rejoint le centre de
recherche Inria en tant que char-
gée de partenariats et de projets
d’innovation (CPPI) grâce à un
dispositif soutenu par la région
Nouvelle-Aquitaine. Un poste
qui ne cesse de la surprendre et
qui contribue à la montée en
gamme des ­sociétés régionales
dans le domaine du numérique.
­Prospection, mise en lien, ren-
contres, la chargée d’affaires fait
le match entre les besoins des
entreprises et les technologies
développées dans le centre. Au
contact d’un pool d’ingénieurs
formés aux compétences des
équipes-projets, elle identifie les
logicielsetlessavoir-faire« made
by Inria  » les plus facilement
et rapidement transférables au
monde de l’entrepreneuriat. Des
partenariats aux formats plus
agiles, quasi sur-mesure, pour
les PME et les startups dont
elle s’occupe. En proposant des
­collaborations courtes, de deux à
six mois par exemple (voir p.28),
la CPPI arrive davantage à venir
en aide aux entreprises qui en
feraient la demande et qui ont
souvent besoin de preuves de
concepts en amont d’une relation
plus engageante.
On ouvre une porte sans
jamais savoir sur quelle
pépite on va tomber.
Nicolas Brodu
AGENT TOUT RISQUE
Le projet TRACME soumis
par Nicolas Brodu, chargé de
recherche dans l’équipe-projet
GEOSTAT, a été retenu parmi les
premières actions exploratoires
(AEx) soutenues par l’institut.
En incitant à la prise de risques
scientifiques et à la vitalité de
la recherche, ce programme
favorise l’émergence de nou-
veaux sujets et leur étude sur le
long terme. Pour ce spécialiste
des systèmes complexes, c’est
un retour aux fondamentaux
qui s’opère. À travers ce projet
pluridisciplinaire, Nicolas Brodu
s’est donné pour objectif de
mieux comprendre le comporte-
ment d'un système à différentes
échelles, en partant des don-
nées observées. À la croisée des
chemins entre le traitement du
signal, l’apprentissage automa-
tique et la physique ­statistique,
cette AEx vise à analyser les
données, reconnaître les états de
causalité équivalente, étudier les
comportements d'ensemble des
états causaux, pour arriver à cal-
culer le tout en un temps raison-
nable ! L’obtention de nouveaux
modèles ­interprétables faisant
apparaître des comportements
cachés dans des données d’obser-
vation constituerait une avancée
majeure dans de ­nombreux
domaines applicatifs, en
­particulier en sciences naturelles.
Ce qui contribuerait à garantir
l’utilité et l’impact ­sociétal que
ce ­chercheur a toujours placés au
cœur de ses travaux.
Essayer de comprendre le
monde et se confronter
aux lois de la physique
apporte une certaine
forme d’humilité dans la
recherche. La nature prend
le dessus par rapport aux
idées préconçues qu’on
implémente dans nos
modèles.
ÉQUIPES-PROJETS
34
MAGAZINE
Magazine édité par centre de recherche Bordeaux – Sud-Ouest 200, avenue de la vieille Tour 33405 Talence,
plugin-bordeaux@inria.fr Directeur de la publication : Nicolas Roussel Rédactrice en chef : Caroline Pothier Comité
éditorial : Flavie Attigui, Marine Guinle Conception graphique et mise en page : Caroline Nouzières Recherche icono-
graphique : Aurélie Lacouchie, Camille Pichard Rédacteurs : Aline Aurias, Anaïs Culot, Jean-François Sigrist, Nolwenn
Le Jannic, Antoine Bonvoisin, Benoît Playoust pour Médiathena ; Caroline Pothier pour le Service Communication et
Médiation du centre Inria BSO Secrétariat de rédaction : Marie-Laëtitia Gambié Crédits photos : Couverture : © Inria /
Photo C. Morel, © Ryan DeBerardinis / Shutterstock.com p.2, Édito : © Inria / Photo C. Morel, Parole à : © université de
Bordeaux / Arthur Péquin p.4 ; © Aquitem p.5, En bref : © Inria / Photo H. Raguet et © Leigh Prather - Fotolia p.6, © Marine
Monteils, Adobe Stock et © Inria / Photo F. Attigui p.7, © Inria / C. Morel p.8, © Inria / Photo A. Lacouchie p.9 ; Science
ouverte : © Inria / Photo S. Erôme - Signatures p.10, © Inria / Photo SCM BSO p.12, © Inria / Photo C. Morel p.13, © Inria /
SCM BSO p.14 ; Recherche : © Inria / Photo S. Erôme – Signatures p.15, © Inria / Photo C. Morel p.16, © Inria / Photo C. Morel
p.17, © Inria / Photo H. Raguet p.18, © Inria / Photo C. Morel p.19 ; C’est à vous : © Inria / Photo SCM BSO p.20 ; Médiation
scientifique : © Inria / Photo A. Lannes, © LoeilCreatif / Photo Clotilde Verdenal p.23, © Ray Clid p.24 ; Innovation : © Inria
/ Photo P. Morel p.25, © Inria / Photo R. de Bengy p.26, © Inria / Photo C. Morel p.27, © Inria / Photo G. Scagnelli p.28 et 29;
Horizon startup : © Inria / Photo SCM BSO p.30 ; Zoom sur : © Thales p.31 ; Portraits : Hélène Sauzéon : © Inria / Photo G.
Scagnelli, Antoine Gérard : © Inria / C. Pothier p.32, Nicolas Brodu : © Inria / C. Pothier, Emilie Pons : © Inria / Photo SCM
BSO, p.33 ; © université de Bordeaux p.35 Fabrication Imprimerie : Lacoste-Roque (Groupe Sodal) 8, rue du IV septembre
40000 Mont-de-Marsan 05.58.46.08.08 - Le Centre remercie chaleureusement tous les contributeurs (collaborateurs et
partenaires) du septième numéro Inria plug’in. ISSN 2271-1279 Imprimé en 2020 - série limitée à 700 ex.
ÉQUIPES-PROJETS
Geostat est l’unique équipe-projet du centre propre à Inria. Les dix-neuf
autres sont communes avec l'université de Bordeaux, l'université de Pau et
des Pays de l’Adour, Bordeaux INP, l'ENSTA Paris, le CNRS, l’Inserm et INRAE,
au sein des structures de recherche suivantes :
	-	IMB (équipes-projets Cardamom, Carmen, Cqfd, Lfant,
		 Memphis, Monc et Realopt)
	-	LaBRI (équipes-projets Hiepacs, Manao, Mnemosyne, Pleiade,
		 Potioc, Storm, Tadaam)
	-	IMS (équipe-projet Auctus)
	-	IMN (équipe-projet Mnemosyne)
	-	BPH (équipe-projet Sistm)
	-	Liryc (équipe-projet Carmen)
	-	Biogeco (équipe-projet Pleiade)
	-	LMAP (équipes-projets Cagire et Magique 3D)
	-	U2IS (équipe-projet Flowers)
35
Compétitions : Football . À la maison . Industrie . Secours . Sur scène
Évènements associés : . Robotique Agricole . Comprendre la Robotique
Éducation, Orientation . Écosystème Robotique des professionnels
Organisateurs Avec le soutien de Global sponsors Partenaire média Avec la collaboration de
DU 22 AU
28 JUIN
2021
PARC DES
EXPOSITIONS
DE BORDEAUX
LA PLUS GRANDE COMPÉTITION DE ROBOTIQUE
ET D’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DU MONDE
L’UNIVERSITÉ DE BORDEAUX PRÉSENTE
www.robocup.fr
11
Contribuer aux progrès
de la santé et aux enjeux
du handicap.
Participer à la
construction d’une
éducation aux sciences
du numérique pour tous.
Répondre à l’urgence
durable.
Contribuer à une société
numérique ouverte et de
www.fondation-inria.fr
en 2017 sa fondation pour soutenir

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Inria - Plug'in #7

  • 1. SCIENCE OUVERTE REPRODUCTIBILITÉ, INTEROPÉRABILITÉ Vers un changement de paradigme INNOVATION FOCUS SUR L'ÉCOSYSTÈME LOCAL Dynamique de l'entrepreneuriat technologique 2012 132020 20 plug’inMAGAZINE LA RECHERCHE AU CENTRE INRIA BORDEAUX _ SUD-OUEST RECHERCHE L'ÉQUIPE-PROJET, UN MODÈLE UNIQUE Attractivité et dispositifs d'accompagnement
  • 2. Restoring the rhythm of life* *Restaurerlerythmedelavie Innover aujourd’hui pour développer les traitements de demain et guérir les maladies du rythme cardiaque. www.ihu-liryc.fr Recherche. Innovation. Soins. Formation.
  • 3. ÉDITO Dans une version précédente de ce texte écrite il y a quelques semaines, j'évoquais le modèle organisationnel original (l’équipe-projet), les services d'appui de qualité et l'agilité qui caractérisent Inria. J'évoquais l'ambition portée par l'institut dans un nouveau contexte, avec un monde académique structuré autour de grandes universités et une société devenue pleinement numérique et faisant face à d'importants défis. En quelques semaines, des défis bien plus importants se sont imposés à nous. Nos vies ont radicalement changé, et au-delà de la situation du moment, il est évident que la pandémie de Covid-19 aura un impact profond sur notre pays, l'Europe et le monde. L'essentiel du contenu de ce magazine a été rédigé bien avant cette crise. Sa ­finalisation s'est faite pendant le confinement, en télétravail. Dans ce contexte particulier, il nous a semblé important et utile de partager avec vous ces récits du passé, avant de nous concentrer sur l'avenir. Vous trouverez dans les pages qui suivent des exemples de recherches et ­d'innovations développées avec nos partenaires dans le cadre de nos équipes-projets communes ainsi qu'un rappel des spécificités de ce modèle et des services associés. Vous y découvrirez aussi des exemples de réflexions et d'actions menées en faveur de la science ouverte, sur l'éducation aux sciences du numérique, et sur son impact environnemental. Bonne lecture, et surtout, prenez soin de vous ! Nicolas Roussel Directeur du centre de recherche Inria Bordeaux – Sud-Ouest 3
  • 4. PAROLE À 4 MAGAZINE Avant que la crise sanitaire actuelle ne frappe la planète, il était déjà admis que la mise à disposition massive de données dans un contexte d’impérative transition envi- ronnementale, sociale et économique, allait constituer un défi majeur et inédit pour les acteurs du numérique dans les années à venir. Que ce soit à l’échelle locale ou globale, la capacité de ces ­écosystèmes à se saisir des enjeux de transition en conciliant technologies de rup- ture, approches sociétales et soutenabilité, était consi- dérée comme ­déterminante pour innover au bénéfice de l’humain et de la planète. Ensemble, Inria et l’université de Bordeaux s’étaient ainsi engagés à prendre leur part dans ces défis, ­couplant leurs expertises scientifiques dans le numérique et promou- vant la constitution d’équipes-projets pluridisciplinaires autour de problématiques de santé, liées à l’environne- ment, ou anticipant l’industrie du futur. Dans le contexte actuel de la pandémie Covid-19 qui frappe nos sociétés, déstabilise nos organisations et remet en cause nos modèles économiques, ces défis n’en sont que décuplés. En synergie avec les entreprises, les acteurs publics et la société, notre stratégie commune peut être un moteur pour le développement de l’écosystème local, et, à tra- vers nos réseaux internationaux, une source pour de nouvelles opportunités pour le territoire. Pour cela, les entreprises et organisations (incluant les nôtres), devront pouvoir accélérer leur transition numérique et recruter à la hauteur de leurs ambitions dans un contexte plus incertain aujourd’hui qu’hier, mais dans lequel la science et la recherche doivent plus que jamais être notre repère. Cet enjeu sera au cœur de la feuille de route stratégique de l’université de Bordeaux aux horizons 2030 (plan U30), et le projet de faire de notre campus un espace ouvert propice à l’expérimentation, dans un esprit living lab réunissant les chercheurs, les ­étudiants et les entre- prises autour de problématiques concrètes, constituera un catalyseur au service de cette vision. Manuel Tunon de Lara Président de l’université de Bordeaux QUELS ENJEUX POUR RÉGIONAL DANS
  • 5. PAROLE À 5 Nousavonslachanced’êtredansunerégion­extrêmement dynamique et le secteur du numérique n’échappe pas à cette tendance. La crise sanitaire du COVID19 va profondément ­modifier l’économie et le rôle de nos entreprises. En ce début de confinement, nous avons déjà fait preuve d’une énorme capacité d’adaptation de nos structures en grande partie grâce aux outils ­numériques. La prise de conscience des individus ­concernant les transitions s’accentue soudainement avec des nouvelles attentes sur l’environnement, la proximité avec nos partenaires, la relation sociale… Les quatre domaines historiques de Digital Aquitaine : la santé (TIC Santé), la mobilité (TOPOS), le commerce (Club Commerce Connecté) et la simulation pour ­l’industrie (SMART 4D) sont bien entendu impactés par ces chan- gements. Le rôle de notre association s’intensifie dans l’accompagnement des entreprises dans l’analyse des risques, la résilience, la préparation à la reprise d’activité. Des sujets qui étaient déjà ­d’actualité se trouvent placés en tête des priorités  : la cybersécurité, la maîtrise des data, l’Intelligence artificielle et la place de l’humain dans l’entreprise ­(formation, gestion des compétences…). Nous avons lancé depuis la fin 2019 un programme de réflexion pour action sur le thème de la "sobriété numé- rique", réflexion menée avec les autres clusters de la région et le conseil régional Nouvelle-Aquitaine dans le cadre du programme NEO TERRA. L’actualité démontre l’urgence de ces sujets. Enfin… nous étions tous dans l’attente de la Robocup 2020. Cette manifestation étant reportée d’un an grâce au travail des organisateurs et particulièrement de l’uni- versité de Bordeaux, nous aurons plus de temps pour nous y préparer et faire en sorte que cet évènement pro- fite davantage à notre écosystème. Je suis ravie, à titre personnel, d’avoir partagé depuis le départ l’aventure de la candidature bordelaise. Nul doute que ce sera un excellent moment scientifique et convivial de partage autour de l’innovation. Nous saurons être encore un peu patients ! Agnès PASSAULT Présidente AQUITEM et ALIENOR.NET Présidente DIGITAL AQUITAINE L’ÉCOSYSTÈME NUMÉRIQUE LE CONTEXTE ACTUEL ? 
  • 6. EN BREF 6 MAGAZINE PROJET PIMIENTO La Fondation Inria et le Fonds de dotation MSDAVENIR ont signé un partenariat pour soutenir un projet de recherche dans le domaine du cancer du poumon "non à petites cellules". Le projet, baptisé Pimiento, mené par l’équipe-projet MONC et la startup Sophia Genetics, permettra de mieux appréhender le suivi des patients et de définir les stratégies thérapeutiques les plus adaptées. Il illustre ainsi la capacité d’Inria à amplifier l’impact de travaux de recherche pluridisciplinaires et ambitieux. Près d’un cinquième des 200 équipes-projets de l’institut ont une activité dans le domaine de la santé. PLEIADE premièreéquipe-projetducentre communeavecINRAE INRAE, le CNRS et Inria ont officialisé leur union avec la création de l’équipe-projet PLEIADE en mars 2019. Seule équipe du centre Inria Bordeaux – Sud-Ouest dont les applications en biologie numérique ne sont pas rattachées au domaine de la médecine, PLEIADE est aussi la première équipe-pro- jet commune avec INRAE. Un moyen pour les trois partenaires de s’enrichir et de faire émerger des approches en rupture avec l’état de l’art en croisant leurs méthodes et en diversifiant leurs outils, tout en se retrouvant sur la question de la diversité. 6 MAGAZINE
  • 7. EN BREF 7 PRIX JEUNE TALENT L’Oréal-UNESCO Les Bourses L'Oréal-Unesco Pour les Femmes et la Science récompensent de jeunes chercheuses talentueuses. Floriane Gidel, postdoctorante dans l’équipe-projet MONC, est l’une des lauréates de l’édition 2019. Cette distinction reconnaît son parcours exceptionnel, qui l’a déjà conduite à travailler dans cinq pays d’Europe. En collabo- ration avec des radiologues et des biologistes, la jeune femme conçoit des modèles pour une nouvelle thérapie contre le cancer : l’électropo- ration. Cette technique très ciblée, peu invasive et aux effets secondaires limités, permet de détériorer les tumeurs en leur appliquant de courtes impulsions électriques à l’aide d’élec- trodes. Grâce au prix Jeune Talent L’Oréal – UNESCO, assorti d’une bourse de 20 000 euros, Floriane Gidel va poursuivre son activité avec des moyens renforcés. EXPOSITION TEXTILE(S) 3D au Musée d'ethnographie de l'université de Bordeaux Le Musée d'ethnographie de l'université de Bordeaux (MEB) prolonge de septembre 2020 à mai 2021 l'exposition Textile(s) 3D : comment améliorer la diffusion et la conservation du patri- moine ancien ? qui restitue le projet­Materials (Micro geometry Approach of Texture Repro- ductIon for Artistic Legacy) financé par l’Agence nationale de la recherche. Issues des travaux de deux équipes-projets des centres Inria Bordeaux - Sud-Ouest et Grenoble - Rhône-Alpes (MANAO et MAVERICK), les technologies les plus avancées en optique, informatique et mathématiques appliquées ont été mises au service des sciences humaines et sociales ainsi que des pratiques patrimoniales. Le programme vise une numérisa- tion fidèle de l’apparence de tissus fragiles et leur impression en relief. Pluridisciplinaire, ce projet rassemble Inria, l'Institut d'Optique d'Aquitaine, le MEB ainsi que la société Océ Print technologie et met en avant le rôle des technologies numériques dans la valorisation du patrimoine culturel.
  • 8. EN BREF 8 MAGAZINE PROJET CHICKPEA Ce projet de l’ISite E2S-UPPA mobilise les équipes de recherche autour de probléma- tiques liées à la transition énergétique, aux géoressources, aux milieux aquatiques et aux effets sur l’environnement des changements naturels et anthropogéniques. Cette initiative, qui allie des mathématiciens de l’équipe-projet MAGIQUE 3D à des géophysiciens, se concentre sur la compréhension des milieux poreux, en particulier les carbonates qui pourraient présenter beaucoup d’intérêt pour la produc- tion d’énergies propres. PROJETS EBOVAC EBOVAC1 et EBOVAC2 sont deux projets de ­développement de vaccins contre le virus Ebola. Ils évaluent la sécurité, la tolérance et la ­réaction immunitaire induites par de ­nouveaux schémas thérapeutiques en ­conduisant ­plusieurs essais cliniques de phases 1 et 2 en Europe et en Afrique. L’équipe-projet SISTM, dirigée par Rodolphe Thiébaut au centre de recherche ­Bordeaux Population Health, a réussi à modéliser la réponse immunitaire à un ­vaccin ­anti-Ebola. Les résultats montrent que la ­production ­d'anticorps anti-Ebola existe bel et bien et qu’elle persiste jusqu’à 5 ans après la vaccination.
  • 9. EN BREF 9 ULLO A LAS VEGAS Née d’une collaboration avec l’équipe-projet POTIOC, la startup  Ullo a fait partie de la délégation Nouvelle-Aquitaine au Consumer Electronic Show de Las Vegas 2020. Plus grand salon de la high-tech, cet évènement réunit à Las Vegas les professionnels du secteur. La jeune pousse rochelaise, qui développe depuis 2016 des technologies de ­biofeedback à des- tination de personnes atteintes de troubles cognitifs, y a présenté la version finale d’Inner Garden, un bac à sable kinétique ­inspiré des jardins zen qui s’épanouit au rythme de celle ou celui qui le manipule. Elle a égale- ment fait la promotion de sa nouvelle gamme de produits PhyXR (PHYsiological eXtended Reality) qui simplifie de manière radicale la construction d’expériences et de dispositifs de biofeedback et neurofeedback en offrant une grande variabilité de combinaisons d’entrées, de traitements et de modalités de représentation et d’interaction avec les données physiologiques et cognitives.
  • 10. SCIENCE OUVERTE 10 MAGAZINE DU LOGICIEL LIBRE À LA SCIENCE OUVERTE Contrairementauxlogiciels"propriétaires",les logiciels "libres" peuvent être exécutés, distri- bués, étudiés et modifiés par leurs utilisateurs sans contrainte ou contrepartie. Engagé dans les années quatre-vingts, le mouvement du logiciel libre a donné naissance à des systèmes d’exploitation, logiciels serveurs, applications ou langages de programmation très large- ment utilisés (Linux, le serveur http Apache, OpenOffice, Firefox, VLC, Blender et Python, pour n’en citer que quelques-uns). Depuis son origine, ce mouvement est aussi fortement lié au monde de la recherche. Inria produit et diffuse des logiciels libres depuis plus de trente ans. Ces logiciels per- mettent à nos équipes-projets de capitaliser leurs connaissances et expertises, de les par- tager avec d’autres scientifiques en vue de les améliorer, et de les rendre accessibles au-delà du monde de la recherche. PARI/GP, Mmg, Eigen et StarPU sont quelques exemples de logiciels développés et diffusés sous licence libre par nos équipes-projets de Bordeaux et Pau. Le logiciel libre est par ailleurs un secteur économique très développé qui offre des élé- ments de réponse à des problèmes liés à nos développements logiciels, et qui pose aussi des questions de recherche spécifiques. Le logiciel libre est donc pour nous à la fois une forme de production scientifique, un vecteur de transfert, un objet industriel sur lequel nous pouvons nous appuyer, et un sujet de recherche. Inria et l’UNESCO ont lancé en 2017 Software Heritage, une infrastructure destinée à col- lecter, préserver et partager tous les logiciels disponibles publiquement sous forme de code source. Cette archive donne aujourd’hui accès à plus de 105 millions de logiciels. Elle contribue aux objectifs du plan national pour la science ouverte lancé par l’État en 2018, en garantissant la pérennité, la disponibilité et la traçabilité des codes sources sur lesquels s’appuient les travaux de recherche. Inria et ses partenaires mènent depuis longtemps d’autres actions pour faciliter la reproduc- tibilité, la vérifiabilité et la réutilisation de leurs résultats. Vous en trouverez plusieurs exemples dans ce dossier.
  • 11. SCIENCE OUVERTE 11 Cinq chercheurs réunis pendant trois jours à la campagne, pour travailler de 8 h à 22 h (avec des pauses !) sur un document de réfé- rence baptisé Vers une recherche reproductible  : faire évoluer ses pratiques. C’était la formule du book sprint challenge organisé en avril dernier par l’URFIST1 de Bordeaux. Il a donné naissance à un guide d’une quinzaine de cha- pitres. «  Nous avons voulu être acces- sibles et concrets, pour donner des conseils applicables dans toutes les disciplines scienti- fiques, indique Nicolas Rougier, chargé de recherche dans l’équipe- projet MNEMOSYNE, l’un des cinq auteurs.  À ce jour, l’essentiel de la littérature sur ce sujet est en anglais et se limite à des grands principes. » Pourquoi cette initiative  ? Parce que la recherche vit ce qu’elle appelle une «  crise de la repro- ductibilité  ». La puissance des algorithmes et des machines a été pour elle un formidable accéléra- teur. Mais elle a engendré tant de complexité qu’il devient presque impossible de décrire une expé- rience de A à Z sans rien omettre et d’en reproduire les résultats. 1 Unité régionale de formation à l’informa- tion scientifique et technique Des bonnes pratiques qui demandent du temps «  Deux types de problèmes se posent, explique Nicolas Rou- gier. D’une part, les logiciels et les machines évoluent en per- manence  ; nous apportons une réponse avec notre outil Guix (voir p. 12). D’autre part, le respect des bonnes pratiques devient impé- ratif. Mais celles-ci ne sont ni enseignées, ni connues de tous. » Des exemples ? Bien maîtriser les méthodesstatistiquesquivalident un résultat, sauvegarder les ver- sions successives de son code, préciser chacune de ses valeurs de paramétrages... « Il faut accepter de passer un peu de temps pour se prémunir de certains pièges, alors que l’objectif est souvent de publier au plus vite. » Reproductibilité et science ouverte, même combat La quête de la reproductibilité s’inscrit plus largement dans une démarche de science ouverte. « Elle contribue à la diffusion et à la vérification des résultats, facilite les collaborations entre équipes, renforce la visibilité des travaux  », argumente Mar- tine Courbin-Coulaud du service ­information et édition scienti- fique Inria. L’institut s’est positionné très tôt en faveur du libre accès aux publi- cations scientifiques avec le dépôt dans l’archive ouverte Hal dès 2005. Il a également facilité son ouverture à un nouveau type de données scientifiques, le logiciel avec la possibilité de déposer le code source en lien avec Software Heritage. Autre exemple, des chercheurs Inria contribuent au Journal of Open Science Software, une revue en ligne. Ses articles sont révisés publiquement par des contribu- teurs qui ont accès au code et le testent. «  La culture de la vérification est naturelle dans la commu- nauté informatique  : nous avons spontanément envie de vérifier et d’adopter les nouveaux algo- rithmes, conclut Nicolas Rougier. Mais l’objectif de reproductibilité nous invite à aller encore plus loin  : nous former, changer nos habitudes, redoubler de rigueur, aller vers plus de transparence. » RENDRE LA RECHERCHE REPRODUCTIBLE, UN TRAVAIL DE LONGUE HALEINE Permettre à tout scientifique de reproduire les résultats d’une expérience, en mettant à sa disposition le texte de la publication, les données et le code source des logiciels utilisés : tel est l’enjeu de la reproductibilité de la recherche, un pilier de la science ouverte. Dans ce domaine aussi, nos scientifiques innovent.
  • 12. SCIENCE OUVERTE 12 MAGAZINE LOGICIEL LIBRE GUIX1.0, LA MACHINE À REMONTER LE TEMPS DES CHERCHEURS Comment reproduire une expérience scientifique basée sur des centaines de logiciels dont les versions et fonctions évoluent en permanence ? Réponse : avec Guix 1.0, un logiciel libre auquel contribue un de nos ingénieurs. Faites tomber un poids d’un kilo d’une hauteur d’un mètre  : il met- tra le même temps pour atteindre le sol aujourd’hui, dans un an et dans dix ans. Réalisez une expérience scienti- fique complexe, avec des centaines de logiciels libres et du calcul réparti sur des dizaines d’ordi- nateurs  : après seule- ment quelques mois, vous aurez du mal à retrouver les résultats initiaux. L’environnement informatique change en permanence « C’est un problème de plus en plus fréquent, par exemple en bio-informatique et en génomique, explique Ludovic Courtès, ingénieur de recherche au centre Inria Bordeaux – Sud-Ouest, l’un des mainte- neurs de Guix. « Des sites qui archivaient du code source ferment, de nouvelles versions de logiciels sortent, les ordinateurs eux-mêmes sont modi- fiés… Même en respectant les bonnes pratiques, on n’arrive pas à la reproductibilité. » La communauté informatique n’a pas attendu Guix pour s’attaquer au sujet. Elle a créé au fil du temps deux types d’outils, appelés "gestionnaire de paquets" et "conteneur", qui ont leurs atouts et leurs limites. La spécificité de Guix 1.0, c’est de ne conserver que le meilleur de chacun. Guix 1.0 : un plat congelé et sa recette détaillée Comme le gestionnaire de paquets, il décrit une expérience, mais avec un niveau de détail beaucoup plus poussé. Comme le conteneur, il est complet et fidèle à l’expérience originale ; mais il signale aussi les paramètres- clés qui conditionnent le résultat, pour que des chercheurs puissent tester d’autres valeurs  : «  C’est une des bases de la démarche scienti- fique », rappelle Ludovic Courtès. S’il fallait faire une comparaison avec la cuisine, Guix 1.0 fournit à la fois la recette extrêmement précise d’un plat et ce même plat préparé et congelé, pour pouvoir retrouver son goût si nécessaire. Atout supplémentaire  : si un logiciel libre nécessaire à l’expérience n’est plus disponible, il s’interface automatiquement avec Software Heritage1 pour récupérer le code source d’origine ! Guix est le fruit de sept ans de collaboration entre des centaines de contributeurs français et étran- gers, issus notamment de la recherche publique et privée. Depuis la sortie de la version 1.0 en mai 2019, sa communauté de développeurs travaille sur des projets de "passerelles" vers d’autres outils largement employés par les chercheurs, par exemple le conteneur Docker ou le cahier électro- nique de laboratoire Jupyter. «  Notre démarche est à la confluence du logiciel libre et de la science ouverte, conclut Ludovic Courtès. Plus Guix 1.0 sera ­utilisé, plus il sera facile de reproduire des résultats et de s’appuyer sur eux pour faire progresser la ­connaissance. » 1 voir l’article Du logiciel libre à la science ouverte, p. 10
  • 13. SCIENCE OUVERTE 13 EOSC Pillar a pour ambition de créer un espace virtuel euro- péen de gestion des données de recherche, pour les stocker, les analyser, les réutiliser, au-delà des frontières et des disciplines scientifiques. Mais à quoi bon partager des données si les codes qui les exécutent ne sont pas interopérables, c’est-à-dire "portables" d’une plate-forme de calcul à une autre ? Aujourd’hui, chaque plate-forme est spécifique. Les machines sont dédiées au calcul ou au développement, classiques ou parallélisées, dotées de proces- seurs CPU (Central Processing Unit) ou GPU (Graphics Proces- sing Unit)… Les scientifiques qui conçoivent les programmes doivent écrire du code spécifique à la plate-forme qu’ils utilisent. Et quand ils changent de plate- forme, il faut recommencer ! Ce problème, un de ceux trai- tés par EOSC-Pillar, mobilise plusieurs équipes françaises et étrangères. Parmi elles, PLEIADE et HIEPACS. Pour expérimenter dans un premier temps cette portabilité à échelle réduite, elles ont créé un réseau de machines connectées entre trois plates- formes françaises, dont PlaFRIM et plusieurs petits centres de calcul européens. On peut ainsi tester des outils automatisés d’adaptation des programmes, sorte d’espéranto du calcul scientifique qui demain, pourrait faciliter la tâche des chercheurs. PROJET EUROPÉEN ET SI ON INVENTAIT UN ESPÉRANTO DU CALCUL SCIENTIFIQUE ? Comment permettre à un code informatique de tourner sur n’importe quelle plate-forme de calcul ? Ce pas supplémentaire vers l’interopérabilité est un des objectifs du projet européen EOSC-Pillar, auquel nous participons depuis mi-2019.
  • 14. 14 MAGAZINE SCIENCE OUVERTE 14 MAGAZINE Vous avez créé Rescience en 2015 avec Konrad Hinsen. Dans quel but ? NicolasRougier :Rescienceproposedes ­réplications d’expériences, c’est-à-dire du code, des commen- taires et des explications, écrits spécifiquement pour reproduire un résultat publié sans recourir au code de départ. Même si celui-ci a été communiqué, il peut en effet reposer sur un langage de program- mation obsolète, ou comporter des bugs, ou des paramètres dont l’auteur n’a pas précisé la valeur, etc. Qui a le temps et la motivation pour répliquer des expériences passées ? N.R. : Tous celles et ceux, nombreux, qui ont besoin d’utiliser ou de confirmer des résultats antérieurs pour faire avancer leurs travaux. Aujourd’hui, beaucoup de scientifiques sont déjà contraints de répliquer des résultats pour les utiliser. Rescience innove en publiant ces réplications pour les rendre accessibles à tous. Autre innovation : la vérification et la validation de ces réplications sont publiques et ouvertes à tous, à l’opposé de la plupart des grands journaux scientifiques. Votre bilan après quatre ans de fonctionnement ? N.R  : Sans publicité, nous avons engrangé 40 ­réplications françaises et étrangères dans des ­disciplines qui s’appuient largement sur ­l’informatique  : neurosciences, biologie, physique, économie, écologie… Nous commençons à être bien connus des chercheurs et chercheuses et des industriels. Nous avons par exemple collaboré avec la conférence ICLR1 sur le Reproducibility challenge et nous avons sorti un numéro spécial rendant compte des résultats. 1 https://reproducibility-challenge.github.io/iclr_2019/ TROIS QUESTIONS À... NICOLAS ROUGIER, CHARGÉ DE RECHERCHE DANS L’ÉQUIPE-PROJET MNEMOSYNE, COFONDATEUR DU JOURNAL RESCIENCE Rescience innove en publiant ces réplications pour les rendre accessibles à tous. Autre innovation : la vérification et la validation de ces réplications sont publiques et ouvertes à tous
  • 15. RECHERCHE 1515 PLONGÉE AU CŒUR DU MODÈLE DE RECHERCHE D’INRIA Inria soutient l’audace et la prise de risques à travers des projets de recherche ambitieux. Notre organisation en équipes-projets nous permet d’évoluer rapidement et de nous adapter à de nouveaux défis. Zoom sur les petites spécificités de ce modèle qui font notre grande force.
  • 16. RECHERCHE 16 MAGAZINE UN MODÈLE DE RECHERCHE UNIQUE Depuis sa création, l’institut s’appuie sur un modèle unique d’équipe-projet appli- qué à un large éventail de sujets. Comment et pourquoi cela marche-t-il ? Explications. «  Nous demandons à nos scientifiques d’avoir l’ambition de permettre l’escalade des hautes montagnes ou profonds canyons de Mars alors qu’au- cun être humain n’y a encore mis les pieds », déclare Nicolas Roussel, directeur du centre de recherche Inria Bordeaux – Sud-Ouest. Pas de panique  ! Nos scientifiques n’ont pas troqué leur expertise du numé- rique pour se lancer dans la conquête spa- tiale. Mais cette image illustre ce que l’institut leur demande : viser des objectifs loin- tains et s’engager sur des perspec- tives aujourd’hui inaccessibles. Autrement dit, prendre des risques ! En cas de réussite l’im- pact n’en sera que plus fort sur l’écosystème de la recherche française, la société, l’économie, l’environnement, etc. La recherche d’Inria est orga- nisée en équipes-projets. De taille humaine, celles-ci sont proposées puis dirigées par une personnalité scientifique, employée par Inria ou non, qui choisit ses membres. À cette stratégie de ressources humaines s’ajoute une stra- tégie scientifique  : le projet. Il cartographie le chemin, parsemé de sous-objectifs à court et moyen termes, qui doit mener l’équipe à son but. Il pré- cise aussi les développements technologiques et les impacts économiques, sociétaux ou environnementaux envisa- gés, ainsi que les partenariats académiques ou industriels nécessaires. Les équipes-pro- jets sont créées sur des sujets ambitieux, en rupture, souvent interdisciplinaires, qui néces- sitent un inves- tissement dans la durée au-delà des horizons tempo- rels des projets de recherche habituels (trois ans pour une thèse, quatre ou cinq ans pour des projets nationaux ou européens). Pour autant, les équipes-projets n’ont pas voca- tion à être pérennes. Créées pour une durée maximum de douze ans, elles sont évaluées tous les quatre ans et peuvent être amenées à « pivoter » ou à s’arrêter à tout moment. Viser Mars et se donner les moyens d’y arriver Pour qu’une équipe-projet réussisse, il faut soutenir régu- lièrement ses actions. Les ser- vices d’appui d’Inria, spécialisés dans le numérique, permettent à nos scientifiques de travailler le plus efficacement possible. En plus de ces services, « nous avons un ensemble de moyens incitatifs et de dispositifs qui nous sont propres pour aider les équipes à avancer et à faire émerger de nouvelles pistes de recherche  », précise Nicolas Roussel. Les moyens incluent des financements de thèses, de postdoctorats et d’ingénieurs. Les dispositifs incluent les «  équipes asso- ciées  », qui permettent de CHAQUE ÉQUIPE-PROJET DOIT ANTICIPER L’IMPACT SOCIÉTAL DE SES RECHERCHES 16
  • 17. RECHERCHE 17 mettre en place des collabo- rations internationales, et les «  chaires internationales  », qui permettent à des scienti- fiques étrangers de rejoindre une équipe à temps partiel pendant cinq ans. Lorsque les scientifiques souhaitent élargir le champ de leurs travaux, des «  actions exploratoires  » sont là pour favoriser l’émergence de nouveaux sujets. Les « défis » permettent enfin à plusieurs équipes-projets de s’associer pour répondre à de plus grands enjeux. Agile et partenarial, le modèle d’équipes-projets d’Inria a fait ses preuves. Au centre Bor- deaux – Sud-Ouest, 19 des 20 équipes-projets intègrent des chercheurs et chercheuses d’autres établissements de recherche. Leurs recherches couvrent des thématiques variées (modélisation, calcul haute-performance, traitement du signal, science des données, intelligence artificielle, robo- tique, interaction Homme- Machine), avec des applications dans des domaines tels que la santé, l'aéronautique, l'environ- nement ou l'éducation. Dirigée depuis douze ans par François Dufour, l’équipe-projet CQFD, qui regroupe aujourd’hui une quinzaine de personnes, illustre bien l’efficacité du modèle Inria. CQFD se consacre au dévelop- pement de méthodes statis- tiques et probabilistes afin de modéliser et optimiser des systèmes complexes (vivants ou industriels). L’équipe a déve- loppé des modèles destinés à la médecine, à l’optimisation de procédés industriels, à l’ana- lyse de risques alimentaires ou encore épidémiologiques. « Le rendement ­collectif est plus important que la somme des rendements indi- viduels. Ce modèle de recherche nous rapporte davantage de retombées scien- tifiques », constate François Dufour. L’équipe regroupe en effet deux communautés qui pourraient travail- ler séparément  : un premier groupe de mathé- maticiens développant des méthodes statistiques, et un autre qui optimise des modèles. « Instaurer le dialogue entre les deux ­communautés a entrainé un bouillonnement au sein du groupe. Nous avons identifié de nouvelles pro- blématiques et élargi notre champ d’action en proposant plus d’outils aux utilisateurs de modèles », constate le cher- cheur. Une recherche libre, mais régulièrement remise en question «  Je demande très souvent à nos scientifiques où ils sont et où ils veulent aller », explique Nicolas Roussel. Une démarche qui ne va pas à l’encontre de la liberté scientifique  : «  Il ne s’agit surtout pas de leur dire ce qu’ils doivent faire, mais de les inciter à réfléchir à la cohérence de la trajectoire dans la durée de leur équipe ». L’évaluation tous les quatre ans permet de faire un bilan intermédiaire et de réfléchir au programme des quatre années suivantes. «  Même s’il est difficile de se projeter, cette évaluation structure beaucoup les recherches personnelles et celles de l’équipe. Elle nous permet de rester sur des axes concrets », témoigne ­François Dufour. Mais atten- tion, rien n’est figé pour autant ! Il arrive que des découvertes inattendues, ayant un impact plus intéressant que celui visé au départ, entraînent une réorientation profonde des activités. L’équipe a autant d’importance que le projet, et les deux peuvent évoluer rapidement. C’est ce qui nous permet de répondre efficacement aux enjeux du numérique. LE RENDEMENT COLLECTIF EST PLUS IMPORTANT QUE LA SOMME DES RENDEMENTS INDIVIDUELS
  • 18. RECHERCHE 18 MAGAZINE DÉFIS INRIA : DES PROJETS INTERÉQUIPES POUR RÉPONDRE À DE GRANDS ENJEUX Mixer les disciplines et les expertises pour construire de nouveaux champs de recherche et pour ouvrir de nouvelles voies. Les Défis Inria permettent de concentrer des forces sur des sujets majeurs sur lesquels l’institut souhaite porter un effort particulier. L’apprentissage automatique (machine learning) et les don- nées massives (big data) qui vont avec nécessitent d’impor- tantes capacités de stockage et de calcul. De telles capacités existent dans les plates-formes de calcul haute performance (HPC), mais elles étaient plutôt utili- sées jusqu’ici pour des calculs liés à la modélisation et la simulation géné- rant eux-mêmes de grandes quantités de données. Bien que distinctes, ces disciplines ne pourraient-elles pas s’enrichir mutuellement ? En 2018, Inria s’est emparé de la question en rassemblant plu- sieurs de ses équipes spécia- listes de ces trois domaines en un même projet  : le défi HPC- Big Data. Mais qu’est-ce qu’un défi ? « C’est un dispositif grâce auquel nous pouvons lancer des recherches stratégiques transverses sur lesquelles nous n’avons pas eu la chance de faire nos preuves aupa- ravant », explique Emmanuel ­Jeannot, responsable de l ’é q u i p e - p r o j e t TADAAM. Concrète- ment, un défi sou- tient des échanges entre des équipes- projets Inria et des partenaires externes (académiques ou industriels) afin d’élar- gir l’étendue des recherches habituelles de chacune d’entre elles. « Au-delà de ce réseau interdisciplinaire, Inria nous donne aussi les moyens humains et financiers via des recrutements de thèses ou de postdoctorats. Sans cela, on discuterait sans faire avancer la science », ajoute le cher- cheur. Au terme des quatre années du projet, les équipes visent à apporter des réponses ori- ginales au problème de la convergence HPC/BigData. Les résultats obtenus jusqu’ici permettent à un réseau de neu- rones d’apprendre plusieurs tâches en parallèle plutôt qu’une à la fois, par exemple. La réduction du temps et de la mémoire nécessaires à l’apprentissage qui en résulte permet d’appliquer plus rapidement des techniques d’intelligence artificielle à des problématiques liées à la santé ou à l’environnement. UN DISPOSITIF GRÂCE AUQUEL NOUS POUVONS LANCER DES RECHERCHES STRATÉGIQUES TRANSVERSES
  • 19. RECHERCHE 19 LA RECHERCHE : UNE AVENTURE HUMAINE Hélène Barucq, responsable de l’équipe-projet Magique-3D, et Ha Howard, chargée de recherche de la même équipe, dévoilent le contexte de leur collabora- tion sur la simulation numérique de la propagation d’ondes et témoignent d’une rencontre tant humaine que scientifique. Comment avez-vous été ame- nées à travailler ensemble ? Ha Howard : J’ai connu l’équipe grâce à mon époux, rencontré aux États-Unis pendant mon postdoctorat à l'université Pur- due. Il avait lui-même rencon- tré Hélène dans une conférence donnée par Total. Ma forma- tion, théorique, porte aussi sur la propagation d'ondes, le thème de recherche de l’équipe. Lors du retour de mon conjoint en France pour sa thèse avec Hélène et Henri Calandra, j’ai saisi cette opportunité pour rejoindre l’équipe à mon tour. Hélène Barucq (photo ci-des- sus) : Ha souhaitait élargir ses domaines de compétences à la simulation numérique et m’a contactée pour ­organiser, via Campus France, son arri- vée en France depuis les États-Unis. Elle s'est inscrite en master à l'UPPA1 et je lui ai proposé de faire un stage car ses compétences en analyse microlocale étaient plus que bienvenues dans l’équipe. Son très haut niveau m'a tout de suite impressionnée et nous avons vite élaboré un projet de travail commun. Qu’est-ce qui a motivé cette collaboration ? HB : Très vite, j’ai réalisé que je partageais avec Ha beaucoup de choses, tant du point de vue scientifique qu’humain. Nous apprécions étudier des problèmes théoriques par des techniques d’analyse mathé- matique après avoir déterminé leur potentiel d’application. Nous sommes très attachées à l’écriture détaillée et précise de nos résultats et partageons aussi beaucoup d’enthousiasme pour les travaux que nous accomplissons. 1 Université de Pau et des Pays de l'Adour HH : Nous avions la même for- mation mathématique en ana- lyse microlocale. Nous voulions approfondir d’anciens travaux de simulation numérique de phénomènes de propagation d’ondes portant sur les condi- tions appliquées aux limites d'un domaine de calcul. Nous avons fini par aborder d’autres sujets. Nous partageons le même état d’esprit  : on se penche sur des questions en allant loin dans la réflexion sur des choses qui sont a priori supposées évidentes.
  • 20. C'EST À VOUS 20 MAGAZINE La dématérialisation induite et promise par l’utilisation d’outils numériques (moins de déplacement, moins de papier, etc.) ne réduit pas pour autant l’empreinte des activités humaines sur l’environne- ment. On se concentre souvent sur la phase d’usage des appareils électriques et électroniques et leur consommation énergétique, mais on en oublie parfois que pour être ­fabriqués, ces objets nécessitent l’extraction de ­ressources naturelles en cours d’épuisement. L’utilisation et l'agen- cement de certains composants empêche d’ailleurs de recycler les appareils que nous utilisons au quotidien. Malgré une réglementation qui encadre le recyclage des objets électroniques et électriques en Europe, l’existence de filières mafieuses détourne environ 60% des déchets électro- niques d'un ­démantèlement correct. Pour éviter de s’en ­débarrasser trop vite, il est possible de contourner leur obsolescence programmée et de rallonger autant que possible leur durée de vie en les réparant par exemple. Il faut également se méfier de la course à l’optimisation qui nous pousse à une consommation toujours plus grande de ces appareils et qui est responsable d’effets rebonds (plus une pratique est optimale plus on l’utilise, jusqu’à dépasser les limites qui avaient motivé l’optimisa- tion). De bonnes pratiques et une sobriété d’utilisation sont donc de mise pour réduire notre impact environnemental, mais égale- ment les risques sanitaires et sociétaux que le numérique comporte, à commencer par ceux qui concernent les enfants. L’exposi- tion aux écrans en est un exemple. NUMÉRIQUE ET ENVIRONNEMENT, QUELS ENJEUX ? JULIETTE CHABASSIER, CHARGÉE DE RECHERCHE DANS L’ÉQUIPE MAGIQUE 3D Tendre à la sobriété numérique
  • 21. C'EST À VOUS 21 JULIEN BRUNEAU, COFONDATEUR DE LA STARTUP IQSPOT. « Si le numérique est très gour- mand en énergie, il peut égale- ment être au service de l’écologie, en étant un appui à la réduction de nos consommations. La solu- tion que nous proposons permet à des gestionnaires de parcs de bâtiments tertiaires de visualiser en temps réel leur performance énergétique. Consommation d’eau, chauffage, climatisation, lumière, toutes ces données sont collectées chaque heure, analysées et mises à disposition des propriétaires. Elles vont leur permettre de connaitre le com- portement de leurs bâtiments et d’atteindre des réductions de - 30 à- 40 %delaconsommationéner- gétique. Ces actions ­permettent aussi de répondre à un double défi  : la demande par les loca- taires de locaux peu énergivores, et les contraintes réglementaires qui se durcissent, avec la pers- pective de décrets imposant au secteur tertiaire des réductions importantes de consommation. À plus long terme, notre outil peut aussi être une aide à la priorisa- tion d’investissements lourds, comme des campagnes d’isola- tion ou de rénovation des équipe- ments de chauffage. Et parce que les capteurs que nous utilisons sont basse consommation, nous montrons qu’on peut utiliser le meilleur des technologies numé- riques du moment pour diminuer l’empreinte énergétique des bâti- ments du secteur tertiaire. » Des capteurs pour diminuer la consommation du tertiaire STÉPHANE REQUENA, DIRECTEUR ­TECHNIQUE ET INNOVATION À GENCI (GRAND ­EQUIPEMENT NATIONAL DE CALCUL INTENSIF), ­INFRASTRUCTURE CRÉÉE EN 2007 POUR ­SOUTENIR LA RECHERCHE ET ­L’INNOVATION FRANÇAISE. « Les supercalculateurs que nous avons actuellement en service ont la puissance de calcul de 30 à 40 000 ordinateurs de bureau. Chaque machine consomme entre 1,5 et 2 MW, soit l’équivalent d’une ville de 15  000 habitants. La consommation électrique est donc une préoccupation et un critère de choix majeur pour nous. Pour rester dans la course internationale en termes de puis- sance de calcul, il faut la doubler en moyenne tous les ans. Nous visons même une multiplication potentielle de cette puissance par 50d’icià2023,ensefixant comme limite de ne pas dépasser les 30 MW. Pour atteindre cet objec- tif, il y a plusieurs pistes complé- mentaires : améliorer la puissance de calcul des processeurs à iso-consommation électrique et optimiser les infrastructures de refroidissement, notamment en récupérant la chaleur émise par les calculateurs. Une nouvelle thématique dans cette chasse au kilowatt est celle de l’amélio- ration des applications, du code de calcul lui-même, pour qu’il soit plus efficace et donc moins énergivore. Inria est un acteur-clé dans cette démarche, car il déve- loppe des outils qui permettent d’analyser les performances et l’agencement des calculs effec- tués par les machines, en optimi- sant ­l’utilisation des ressources matérielles, notamment grâce à l’intelligence artificielle. » Optimiser la consommation des supercalculateurs, un enjeu à triple solution
  • 22. MÉDIATION SCIENTIFIQUE 22 MAGAZINE CULTIVER LA CULTURE SCIENTIFIQUE «  Le monde est devenu numérique et pour mieux le vivre, il faut partager un minimum de culture scientifique », expose Florent Masseglia, chargé de mission médiation scientifique chez Inria. C’est pour cela que l’institut, en tant que spécialiste des sciences du numérique, s’applique à faire naître ou grandir cette culture chez le grand public. Fête de la science, MOOC, plateforme de robotique, journée de travail sur l’intelligence ­artificielle… Les actions d’Inria dans le domaine sont nombreuses. Et elles s’intensifieront encore en 2020  : en plus de continuer à favoriser l’enseigne- ment des fondamentaux des sciences du numérique, l’institut s’attachera à faire connaître les recherches de ses équipes.
  • 23. MÉDIATION SCIENTIFIQUE 23 UN LIEN FORT AVEC LE MILIEU SCOLAIRE Cela fait partie de son ADN : Inria a une mission de médiation des sciences du numérique. L’institut s’applique à faire connaître celles-ci au plus grand nombre, notamment grâce à des partenariats avec le monde de l’enseignement. Une cinquantaine de participants à Bordeaux, autant sur le site d’Inria à Sophia-Antipolis et une soixantaine d’inscrits en visio- conférence… La journée de travail « Activités pour l’enseignement de l’intelligence artificielle (IA) », qui s’est tenue le 21 juin à l’initiative de l’équipe-projet FLOWERS, a été un succès. « Nous avons organisé quatre ateliers, sur l’IA débran- chée, l’IA avec langage visuel, l’IA avec langage textuel ou encore l’IA et la robotique, relate Didier Roy, membre de l’équipe-projet FLOWERS. Des activités pédago- giques existantes ont été présen- tées comme base de réflexion.  » Puis, des conférences ont appro- fondi certains sujets. Enseignants de tous niveaux, chercheurs, experts en éducation numérique ont répondu présent pour cette journée productive, que ce soit sur la critique de l’existant ou sur la production d’activités nouvelles. «  Chacun est reparti avec des moyens concrets pour expliquer et illustrer l’intelligence artifi- cielle  », se félicite le chercheur. Par exemple, comment apprendre à un ordinateur à reconnaître des photos de chiens, ce qui permet aux élèves de tester simplement le principe de l’IA. Et Inria a ainsi posé une pierre dans l’édification de la culture numérique du grand public. Mais ce n’est pas la première ! Car l’institut collabore par exemple depuis cinq ans avec l’académie de Bordeaux. «  La convention de partenariat que nous avons signée avec Inria encadre le pro- jet Persévérons. Inria s’engage à intervenir en classe, mais aussi à assurer des formations d’ensei- gnants, à mettre des ressources à disposition, etc. », révèle Sébas- tien Gouleau, délégué académique au numérique. L’institut a ainsi participé à la mise au point du MOOC Class’Code. Ce cours en ligne permet de se former pour initier les jeunes à la pensée informatique. Disponible depuis 2015, il a déjà été suivi par plus de 80 000 professionnels des milieux scolaire et périscolaire. Une démarche indispensable avec l’arrivée de l’enseignement des sciences du numérique au lycée. Inria a également mis à disposi- tion du milieu scolaire sa plate- forme Poppy. Créée par l’équipe FLOWERS, elle se concentrait au départ sur un robot humanoïde destiné à tester des algorithmes d’apprentissage de la marche bipède. Il est à présent décliné en de nombreuses versions qui servent à sensibiliser les élèves à l’IA. Et Inria ne compte pas s’arrêter là ! Début avril, un nouveau volet de Class'code consacré à l'IA a vu le jour. Car la motivation des chercheurs est intacte  : «  Ini- tier jeunes et moins jeunes à la science informatique leur permet de mieux comprendre le monde actuel, précise Didier Roy. En outre, pour prendre des décisions sur le numérique, sur ce que nous devons laisser faire aux machines par exemple, il faut savoir com- ment cela fonctionne. »
  • 24. 24 MAGAZINE MÉDIATION SCIENTIFIQUE 24 MAGAZINE 1 SCIENTIFIQUE, 1 CLASSE. CHICHE ! Afin de permettre à tous les élèves de seconde de rencontrer des scientifiques en sciences du numérique, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’ Éducation nationale et de la Jeunesse (MENJ), et Bruno Sportisse, PDG d’Inria, ont signé le 20 novembre 2019 un protocole d’accord au nom de tous les partenaires actuels du programme « 1 scientifique – 1 classe : Chiche ! ». La phase pilote du projet aura lieu jusqu’en juin 2020. Depuis la rentrée 2019, près de 560 000 lycéens découvrent le nouvel enseignement «  Sciences numériques et Technologie  » (SNT). « Former au numérique et par le numérique » fait partie des convictions et de la stratégie d’Inria. L’institut a initié le programme «  1 scientifique – 1 classe. Chiche ! » avec ses partenaires que sont  le CNRS (INS2I, INSMI), la Société Informatique de France (SIF), la Confé- rence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs (CDEFI), la Société de Mathé- matiques Appliquées et Industrielles (SMAI), l’association Class’Code, la Fon- dation Blaise Pascal et la Fondation Inria. Donner l’envie des sciences et techno- logies, notamment numériques, aux jeunes et les sensibiliser aux enjeux associés constituent l’un des objectifs de ce projet. Frédéric Alexandre, responsable de l’équipe-projet MNEMOSYNE spécialisée en neurosciences, est habitué à intervenir en milieu scolaire. Il s’est rendu au Lycée de Borda à Dax qui compte plus de 2000 élèves répartis dans des filières générales, technologiques et professionnelles. Après avoir introduit la notion de mémoire et d’apprentissage, le chercheur a suscité le débat en abordant l’intelligence artificielle sous le prisme des réseaux sociaux devant une quarantaine d’élèves de 2nde réunis pour l’occasion. «  J’ai évoqué la Data Science et le traitement des données. Les élèves sont conscients des problé- matiques que posent les réseaux sociaux en termes d’utilisation des données personnelles  ». Un public exigeant, non scientifique, auprès duquel il faut réussir à faire passer des messages. « Une élève a rebondi sur les impacts environne- mentaux des outils numériques. Elle a interpellé le cher- cheur sur la consom- mation énergétique et la pollution engen- drée par l’utilisation de certains clusters. Des sujets que nous abordons dans les chapitres de SNT  » ajoute Vincent Guichenuy, profes- seur de mathéma- tiques à l’origine de la rencontre. L’intervention de scientifiques en milieu scolaire permet aux élèves de démystifier le monde de la recherche et de se questionner sur leur orientation. Inria est prêt à s’engager aux côtés des académies et des acteurs concernés pour poursuivre en ce sens.
  • 25. INNOVATION 2525 UNE POLITIQUE D’INNOVATION GLOBALE Acteur majeur des sciences du numérique, Inria décline une stratégie ­d’innovation ambitieuse pour contribuer à la revitalisation et à la pérennité d’une base ­industrielle française et européenne par et dans le numérique. Décryptage par François Cuny, directeur général délégué à l’innovation d’Inria. L’excellence scientifique d’Inria doit se concrétiser par un impact socio-économique bénéficiant aux entreprises et aux territoires. Au cœur de ce projet, la stratégie de l’institut est centrée sur des thèmes prioritaires dont l’IA responsable, la sécurité numé- rique, la rencontre du calcul haute performance et de l’IA, la défense, des grands secteurs applicatifs comme la médecine personnalisée, l’agriculture de précision, le développement durable et l’éner- gie (dont le numérique frugal), l’usine du futur et l’apprentissage tout au long de la vie. Quels en sont les axes principaux ? Il y en a trois. Le premier vise à renforcer les partenariats avec les entreprises. Le monde industriel apporte des sujets à la fois concrets et complexes. L’institut sou- haite développer avec ses partenaires des équipes de recherche communes. Cette dynamique est déjà engagée et nous souhaitons l’intensifier. Le transfert des résultats de recherche via l’entre- preneuriat, deuxième axe fort, s’incarne dans le soutien à la création de startups. L’objectif est de porter le rythme de 10 à 100 nouveaux projets par an, en s’appuyant sur des dispositifs ciblant l’attrac- tivité de talents entrepreneuriaux, la sélection et le soutien à la prise de risque, l’accompagnement et le financement des porteurs de projets. Troisième élément stratégique, l’open source. Les logiciels "ouverts" contribuent à renforcer nos col- laborations et à en diffuser les résultats. Ils consti- tuent une infrastructure stratégique pour notre pays et ses entreprises. 
  • 26. INNOVATION 26 MAGAZINE Ici, l’innovation est collective ! La Nouvelle-Aquitaine concentre de nombreuses entreprises innovantes, startups ou grands groupes industriels, qui bénéfi- cient d’infrastructures propices à la recherche collaborative et du soutien de nombreux acteurs publics (État, région, métropole bordelaise). Des structures dédiées à l’innovation Acteurs majeurs de l’accompa- gnement à la création d’entre- prise, Technowest et Unitec contribuent à accélérer les transferts d’innovations de la recherche académique vers le monde économique et indus- triel. Financés par les collectivi- tés (respectivement Bordeaux métropole et le conseil régional de la Nouvelle-Aquitaine), ces technopoles et technocampus hébergent incubateurs, pépi- nières d’entreprises, centres d’affaires et accompagnent les projets innovants. « Présent sur sept sites, Tech- nowest accompagne actuel- lement 65 entreprises dans des secteurs allant de l’aéro- nautique, du spatial et de la défense, jusqu’aux écotechno- logies, à la mobilité, aux bâti- ments intelligents, à l’énergie, l’environnement et au commerce connecté  », explique François Baffou, son directeur général. « Ce regroupement stimule le développement économique des startups en les rapprochant de grands groupes industriels intéressés par leurs offres de produits ou services nouveaux », complète Nicolas Le Roy, respon- sable innovation. Unitec propose aux porteurs de projets de startups un accompa- gnement à 360°, principalement dans le domaine du numérique, des sciences de la santé et de la vie, des matériaux et de la chimie. DES PARTENARIATS POUR STIMULER L’INNOVATION Fortement ancré dans les territoires grâce à ses implantations régionales, Inria contribue à l’innovation nationale et locale. Le centre Bordeaux — Sud-Ouest tisse des liens étroits avec un réseau de partenaires afin de diffuser les résultats de ses recherches vers les acteurs socio-économiques régionaux. Tour d’horizon des partenaires-clés de l’institut en Nouvelle-Aquitaine.
  • 27. INNOVATION 27 « En 2018 nous avons porté plus de 100 projets. Le soutien aux entités innovantes est crucial : notre expérience montre en effet qu’une entreprise accompagnée a nettement plus de chances de réussir son développement  !  », souligne Stéphane Rochon, directeur général d’Unitec. Des facilitateurs et finan- ceurs stratégiques Aux côtés de Technowest et Unitec, French Tech Bordeaux et Bpifrance jouent le rôle de facilitateurs et de financeurs de nombreux projets. French Tech a pour mission de piloter les objectifs gouvernementaux en matière d’innovation, en particu- lier de faire émerger des startups de dimension internationale. « Nous déployons des dispositifs dédiés aux startups, afin de faci- liter leur recrutement de talents (programme French Tech Visa) ou leurs démarches avec les acteurs publics (programme French Tech Central) », précise Philippe Métayer, directeur général délé- gué de la French Tech Bordeaux. Nous soutenons la croissance des entreprises leaders afin de leur permettre d’affronter la concurrence internationale. » Bpifrance propose aux entre- prises innovantes une série de dispositifs (aides, prêts, inves- tissements directs ou indirects, etc.) contribuant à créer de la valeur autour de technologies disruptives. « En 2018, Bpifrance a déployé plus d’un milliard d’euros à destination de 5  600 entreprises, dont 2 000 startups. Bpifrance est en outre très sensi- bilisé aux enjeux du monde de la recherche et aux défis de l’inno- vation DeepTech, ce qui permet de cibler des aides spécifiques », explique Natalia Araujo, déléguée régionale innovation. Des fonds d’amorçage régionaux, comme "Techno-start" peuvent aussi compléter les aides étatiques et donner la première impul- sion à de nombreux projets, en assumant une partie du risque financier. Par ailleurs, Bpifrance a signé avec Inria en juillet 2019 une convention de partenariat pour le développement de la DeepTech. Instauré début 2019, le plan DeepTech est destiné aux star- tups issues de la recherche. « Ce dispositif soutient les entre- prises et leur développement international », résume Pascale Ribon, directrice Deeptech chez Bpifrance. « Des actions de soutien au développement, de communication et de formation visent à fédérer les acteurs de l’innovation vers l’objectif de doubler les créations de startups DeepTech d’ici trois ans. » La preuve par la réussite Témoin de l’efficacité de ces sou- tiens, la startup Nurea a récem- ment bénéficié et construit son projet avec le concours d’Inria, accompagnée par Unitec, Technowest et la SATT Aqui- taine Science Transfert, qui a récemment intégré l’Incubateur Régional d’Aquitaine. Lauréate du concours i-Lab 2019, Nurea propose un logiciel d’analyse d’images utile aux praticiens de chirurgie vasculaire et s’inscrit dans une dynamique de crois- sance. (voir p.30) De l’avis unanime de ces acteurs de la région bordelaise, Inria est recherché pour ses compétences scientifiques de haut niveau. L’institut intègre parfaitement les contraintes du monde indus- triel, ce qui en fait un acteur privilégié pour les partenariats de recherche et d’innovation ou la création d’entreprises haute- ment innovantes.
  • 28. INNOVATION 28 MAGAZINE UNE COLLABORATION EXEMPLAIRE Afin d’améliorer son offre de service, mieuxplacer.com, jeune startup bordelaise du secteur financier, a collaboré avec les équipes du centre de recherche Inria Bordeaux – Sud-Ouest, grâce à FrenchTech qui a mis les deux entités en relation. Récit d’une collaboration réussie. Fondée en 2016 par cinq entre- preneurs issus du monde de la finance et des mathématiques appliquées, mieuxplacer.com est une startup en pleine croissance. Elle propose aux internautes un service innovant de recomman- dation personnalisée de place- ments financiers. «Noussommespartisduconstat que le secteur bancaire et finan- cier n’offre en général à ses clients que des produits standardi- sés, explique Matthieu Sénéchal, cofondateur de l’entreprise. Nous avons développé un service original, fondé sur l’analyse des attentes des épargnants et sur la diversité des produits existants, afin de proposer une solution d’investis- sement personnalisée. » Le logiciel de mieuxplacer.com analyse les données issues d’un questionnaire rempli en ligne. Un algorithme élabore un profil d’investisseur et sélectionne les produits qui lui correspondent. «  La vitesse d’exécution est cruciale pour nos clients et afin d’améliorer ses performances, nous nous sommes tournés vers les équipes d’Inria pour dévelop- per des méthodes efficaces  », poursuit Matthieu Sénéchal. Accompagnement scientifique et technique Les méthodes utilisées (dites de "programmation linéaire en nombres entiers") sont issues d’un domaine des mathéma- tiques appliquées, la recherche opérationnelle, de laquelle l’équipe-projet REALOPT est experte. « Nous avons apporté à mieuxplacer.com notre expertise sur ces techniques qui se sont avérées effi- caces pour optimiser leur algorithme  », explique François Clautiaux, professeur des universités et responsable de cette équipe-projet. Le soutien technique d’Inria et son savoir-faire ont été une clé dans cette collaboration. «  Les méthodes utilisées étant bien maîtrisées par l’équipe, l’un des enjeux du projet était de les déve- lopper dans un outil opérationnel. À cet égard, la contribu- tion de Rémi Duclos, ingénieur spécialisé en optimisation com- binatoire, s’est avérée déterminante », note le chercheur. La mise en place de ce projet est rendue possible grâce à un dispositif Inria soutenu par la région Nouvelle-Aquitaine qui a pour objectif  de renforcer la compétitivité des startups tech- nologiques de la région, en leur donnant accès, de façon agile et adaptée, à la Deeptech numé- rique. L’agilité est apportée par l’équipe d’ingénieurs déjà recru- tés et formés aux technologies et savoir-faire des équipes-projets Inria. L’analyse des besoins et des contraintes du partenaire est apportée par l’équipe de chargés de partenariat et projets d’inno- vation qui vont à la rencontre des startups, comprennent leur besoin et accompagnent leur projet dans la durée  : «  Nous accompagnons le projet de bout en bout et il est primordial pour sa réussite que le partenaire, le chercheur et l’ingénieur de déve- loppement impliqués forment une équipe harmonieuse. Nous sommes ainsi particulièrement attentifs à la phase d’écoute du besoin du partenaire, et à la définition du programme de travail  », précise Émilie Pons, chargée de partenariat et projets d’innovation sur le dispositif régional. Pour les scientifiques, la confrontation avec les demandes du monde industriel est une excellente oppor- tunité de démon- trer l’efficacité des méthodes qu’ils développent. Pour mieuxplacer.com, le projet est un succès. «  La réactivité d’Inria et la qualité des solutions techniques proposées nous ont permis d’accroître la qualité de nos services », conclut Matthieu Sénéchal.
  • 29. INNOVATION 29 Créé en septembre 2019, Inria Startup Studio a pour vocation d’accompagner des porteurs de projets de startups DeepTech dans le numérique. Fort de 35 ans d’expérience, l’institut a déjà soutenu l’émergence de près de 200 entreprises issues de ses équipes- projets et souhaite accélérer le rythme. Ce nouveau dispositif s’inscrit dans le partenariat d’Inria avec Bpifrance. Il pro- pose une stratégie d’ensemble, déclinée avec les acteurs du transfert d’innovation dans les centres Inria et les écosystèmes régionaux. Être chercheur et devenir entrepreneur, c’est une question de personnalité et d’opportunités : Inria Startup Studio a pour mission de repérer les unes et de favoriser les autres. « Créer une startup est une aventure à la fois passionnante et éprouvante ! Nous sommes présents aux côtés des scientifiques décidés à se lancer pour les placer dans les conditions les plus favorables à leur réus- site », résume Sophie Pellat. L’accompagnement proposé est avant tout centré sur les porteurs de projet. « Le dispositif vise à sensibiliser et soutenir les chercheurs à toutes les dimensions de l’entrepreneuriat : défini- tion des besoins en ressources (humaines, financières et matérielles), rencontres avec des investisseurs, écoute des besoins utilisateurs, positionnement du produit sur son marché, etc. De l’idée de projet à sa concrétisation, nous les accompa- gnons à toutes les étapes-clés », détaille Hervé Lebret. « Nous vivons une période favorable pour la créa- tion de startups : le potentiel est là pour faire de l’objectif d’Inria, porter 100 projets par an d’ici à 2023, une réalité ! », conclut Sophie Pellat.. UN ACCOMPAGNEMENT SUR MESURE À L’ENTREPRENEURIAT L’innovation est dans l’ADN d’Inria qui soutient depuis 35 ans la création de ­startups du numérique. Le nouveau dispositif de l’institut, Inria Startup Studio, vise à ­décupler le nombre de projets et soutenir les chercheurs s’engageant dans ­l’entrepreneuriat. Comment ? Réponse avec Sophie Pellat et Hervé Lebret, pilotes du dispositif. INRIA STARTUP STUDIO : PORTER 100 PROJETS DE STARTUPS PAR AN
  • 30. 30 MAGAZINE HORIZON STARTUP 30 MAGAZINE NUREA : UN TRANSFERT TECHNOLOGIQUE RÉUSSI La startup Nurea a mis au point, avec le soutien d’Inria et d’autres partenaires, un logiciel de reconstruction du réseau vasculaire. Cofondée par Florian Bernard, ancien doctorant de l’équipe-projet MEMPHIS, la startup s’apprête à entrer sur le marché. Au cours de sa thèse, Florian Bernard décide de se lancer dans un projet entrepreneurial. «  J’ai débuté ce projet seul, avec une idée de départ et l’envie de monter quelque chose  », témoigne-t-il. «  Je ­souhaitais mettre à profit des technologies employées dans les domaines du spatial et de l’aéronautique pour automatiser des process de simulation numérique. » Il se tourne vers Cédric Quinot, chargé des parte- nariats et projets d’innovation au sein du service "Transfert, innovation et partena- riats" d’ Inria, qui accompagne les cher- cheurs et chercheuses dans leur démarche de création d’entreprise. «  Nous avons aidé Florian à y voir plus clair et à struc- turer son projet », explique-t-il. « En effet, pour cette technologie, plusieurs champs d’application étaient ­envisageables. » En prenant conscience de différentes problématiques extérieures, le projet de Florian Bernard évolue et il décide de s’orienter vers des applications médicales. Son pro- jet, qui deviendra la startup Nurea, se positionne sur la chirurgie ­vasculaire. Il y a là un marché à investir. En médecine clinique en effet, les chirurgiens ont besoin de pouvoir visualiser les parties malades des artères, pour décider des interventions à mener auprès des patients. Il faut pouvoir reconstruire les vaisseaux en 3D afin de faire des études et des simulations. Jusqu’à maintenant, les médecins ­disposaient d’indicateurs mais d’aucun outil de visualisation exploitable. L’offre de Nurea répond à cette problématique : le logiciel utilise des images de scanners et d’IRM pour reconstituer virtuelle- ment les artères. «  Cela permet de faire des simulations liées à l’évolution du système aortique, et d’anticiper des complications pré- et postopératoires au niveau cardiovasculaire », explique Florian Bernard. Nurea s’est jusqu'à présent concentré sur les anévrismes aortiques de la région thoracique. Le développement du logiciel est presque terminé, et celui-ci sera bientôt utilisable par les médecins. La startup souhaite maintenant obtenir le marquage CE pour la mise sur le marché, prévue fin 2020. L’objectif sera ensuite d’aller plus loin, en travaillant sur le système périphérique : les artères rénales, les artères des jambes, et la carotide. « Et nous souhai- terions pouvoir étudier un maximum de maladies du système vasculaire », explique Florian Bernard. Inria a été le premier interlocuteur dans la démarche de Nurea, en apportant un financement et un premier niveau ­d’accompagnement, pour passer d’une idée basée sur des compétences et une technologie à un projet entrepreneurial. « Notre rôle est de faire comprendre aux chercheurs que la technologie ne fait pas tout pour fonder une startup, il faut que celle-ci rencontre son ­marché », explique Cédric Quinot. « Nous mettons les scien- tifiques en relation avec des acteurs de ­l’écosystème, des ­incubateurs, des entre- prises, et des ­financeurs. » Inria fournit également aux nouveaux ­entrepreneurs une démarche à suivre afin qu’ils identifient le ­meilleur marché pour leur ­technologie, celui sur lequel l’offre apportera une valeur ajoutée ­incontestable. Nurea formalise actuellement une ­collaboration avec le CHU de Bordeaux ainsi que trois autres centres dans le monde, et travaille avec ­plusieurs fonds d’investissement. La startup est ­accompagnée par les deux technopoles Unitec et Bordeaux Tech- nowest, ainsi que par la SATT ­Aquitaine Science Transfert, pour structurer le ­projet et rencontrer des financeurs. Florian Bernard et Romain Leguay sont lauréats du concours innovation i-Lab 2019, soutenu par BPI France. «  Ce prix représente une belle ­reconnaissance de la qualité du projet, de son ambition et des premières phases de réalisation. Cela nous apporte de la visibilité, et un finance- ment pour développer notre R&D », s’enthousiasme ­Florian Bernard.
  • 31. ZOOM SUR 3131 GIS ALBATROS, UN ÉCOSYSTÈME SOUDÉ ENTRE INDUSTRIE ET RECHERCHE ACADÉMIQUE Thales coopère depuis 2010 avec différents acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche dans le cadre du GIS Albatros. Zoom sur ce groupement d’intérêt scientifique. Que peut apporter la réalité virtuelle à la mainte- nance des radars ? Comment détecter des attaques dans les réseaux de systèmes autonomes mobiles ? Comment faire le lien entre la machine et l’Homme ? Associant l’entreprise Thales à Bordeaux INP, l’uni- versité de Bordeaux, le CNRS, Inria et les universi- tés de Poitiers et de Limoges, le GIS Albatros s’est attaqué depuis dix ans à de nombreuses problé- matiques de ce type. « Au départ, chacun avait son propre langage », se souvient Marc Gatti, directeur scientifique et relations académiques de Thales. «  L’industrie visait l’obtention de brevets alors que les académiques étaient axés sur la rédaction de publications scientifiques. » Aujourd’hui, le GIS Albatros prospère grâce à un écosystème soudé dont ont découlé de multiples projets français et européens, stages, thèses Cifre, publications et bre- vets. « Nous avons appris à nous faire confiance, à partager nos connaissances. Nous avons aussi coordonné le rythme de la recherche, habituelle- ment échelonnée sur plusieurs années, avec des problématiques industrielles à court terme (douze à dix-huit mois) », ajoute le codirecteur du GIS. Le groupe industriel comprend rapidement qu’afin de lutter contre la rude concurrence de son sec- teur, il doit capitaliser sur des partenariats fixes et présenter ses besoins de façon transparente. En ce sens, il cible cinq grandes thématiques de recherche porteuses d’innovation  : les interactions Homme- système et la réalité augmentée, les ­systèmes téléopérés et autonomes pour l’avionique, le ­traitement du signal et des images, les architectures électroniques et la maintenance aéronautique. Les technologies développées sur ces thématiques sont confrontées à des cas d’usage concrets. Une étape cruciale permettant d’éviter des problèmes de fonctionnement et de compatibilité au moment de l’intégration des innovations au sein des futures productions de Thales. Des microprojets pour de grandes ambitions Chaque année, Thales finance six à huit micropro- jets d’une durée d’un an. « Leur objectif est double. Ils permettent la réalisation d’un état de l’art tout en établissant des groupes de recherche prélimi- naire au lancement de recherches de plus grande envergure  », explique Eric Grivel, responsable académique du GIS. « Ces projets sont comme des "coups d’essai" permettant de tester si une synergie se construit naturellement entre les partenaires autour d’une problématique de recherche », ajoute Pierrick Legrand, enseignant-chercheur dans l’équipe-projet CQFD. Le chercheur a ainsi bénéficié du soutien du GIS à plusieurs reprises, par exemple dans le cadre du projet HUMO (Human Monitoring) destiné au suivi des pilotes de ligne. Cet important travail de synchronisation de données de différents capteurs a été réalisé afin d’évaluer la réaction au stress ou à des variations d’environnement que peut subir un pilote en formation. Côté académique, HUMO permet le lancement en 2018 de la thèse Cifre Thales du doctorant Bastien Berthelot sur la réalisation d’algorithmes d’extraction de biosignaux et le dépôt de deux brevets. Les résultats de ces projets sont présentés chaque année à l’ensemble des membres du GIS. Des échanges qui permettent d’identifier les moyens humains et matériels à mettre en œuvre ­conjointement pour faire avancer les thématiques de recherche identifiées et en faire émerger de ­nouvelles.
  • 32. PORTRAITS 32 MAGAZINE Hélène Sauzeon UNE CURIOSITÉ BIEN PLACÉE Saviez-vous que les difficultés de navigation spatiale, faculté affec- tée par le déclin des fonctions exécutives ou de la mémoire, est considérée comme un indi- cateur pour détecter la maladie d’Alzheimer ? Coordinatrice de programmes de recherche desti- nés à améliorer le bien-vieillir et à stimuler les fonctions cognitives des plus jeunes, Hélène Sauzéon vise à évaluer l’impact de la motivation intrinsèque grâce à la réalité virtuelle. ­Stimuler la curio- sité permettrait de lutter contre le vieillissement cognitif  et serait un levier d’apprentissage chez l’enfant. Cette professeure des universités, spécialisée en psychologie fondamentale, a consacré le début de sa carrière aux trajectoires développe- mentales. Depuis décembre 2018, elle contribue au sein de l’équipe-projet FLOWERS à ­l’élaboration de dispositifs numé- riques ­dirigés par la curiosité. Éducation ­spécialisée, dépen- dance, ­handicap, les champs ­d’application sont ­nombreux. Prochain objectif pour cette psychologue clinicienne de ­formation, se former au machine learning pour participer à la conception d’algorithmes et ainsi augmenter l’utilité et la praticité des technologies développées. Injecter des algorithmes de personnalisation pour optimiser les progrès d’entrainement attentionnel. Antoine Gérard UN PONT ENTRE LA RECHERCHE ET L’ENTREPRENEURIAT Des Hauts-de-France à la ­Nouvelle-Aquitaine, il n’y a qu’un pas… ou plutôt six mois de stage, trois ans de doctorat et un an de contrat ATER (attaché temporaire d'enseignement et de recherche) au sein de l’équipe-projet C­ARMEN  pour faire d’Antoine Gérard un Bordelais d’adoption. Après avoir soutenu sa thèse sur des méthodes d'assimilation de données appliquées à l'électro- physiologie cardiaque, le jeune diplômé change de cap au sein de l’institut et devient ingénieur développement logiciel en juillet 2019. Exit la voie académique au profit d’un chemin plus ­applicatif qui l’amène à travailler au plus près des différentes équipes de recherche du centre dans ­l’objectif de transférer leurs­ technologies. Un axe qui l’oblige à se former à d’autres spéciali- tés et à être opérationnel pour collaborer rapidement avec les entreprises en s’adaptant à leurs besoins. Épanouissement garanti pour ce Boulonnais d’origine qui a le sens du contact et le goût du challenge. Je me familiarise avec les technologies et les codes développés par les équipes-projets pour apporter un support aux entreprises qui sont en demande.
  • 33. PORTRAITS 33 Émilie Pons CHASSE ET PÊCHE DE PROJETS D’INNOVATION L’innovation et le conseil aux entreprises font partie de l’ADN d’Émilie Pons. C’est en juin 2018 qu’elle rejoint le centre de recherche Inria en tant que char- gée de partenariats et de projets d’innovation (CPPI) grâce à un dispositif soutenu par la région Nouvelle-Aquitaine. Un poste qui ne cesse de la surprendre et qui contribue à la montée en gamme des ­sociétés régionales dans le domaine du numérique. ­Prospection, mise en lien, ren- contres, la chargée d’affaires fait le match entre les besoins des entreprises et les technologies développées dans le centre. Au contact d’un pool d’ingénieurs formés aux compétences des équipes-projets, elle identifie les logicielsetlessavoir-faire« made by Inria  » les plus facilement et rapidement transférables au monde de l’entrepreneuriat. Des partenariats aux formats plus agiles, quasi sur-mesure, pour les PME et les startups dont elle s’occupe. En proposant des ­collaborations courtes, de deux à six mois par exemple (voir p.28), la CPPI arrive davantage à venir en aide aux entreprises qui en feraient la demande et qui ont souvent besoin de preuves de concepts en amont d’une relation plus engageante. On ouvre une porte sans jamais savoir sur quelle pépite on va tomber. Nicolas Brodu AGENT TOUT RISQUE Le projet TRACME soumis par Nicolas Brodu, chargé de recherche dans l’équipe-projet GEOSTAT, a été retenu parmi les premières actions exploratoires (AEx) soutenues par l’institut. En incitant à la prise de risques scientifiques et à la vitalité de la recherche, ce programme favorise l’émergence de nou- veaux sujets et leur étude sur le long terme. Pour ce spécialiste des systèmes complexes, c’est un retour aux fondamentaux qui s’opère. À travers ce projet pluridisciplinaire, Nicolas Brodu s’est donné pour objectif de mieux comprendre le comporte- ment d'un système à différentes échelles, en partant des don- nées observées. À la croisée des chemins entre le traitement du signal, l’apprentissage automa- tique et la physique ­statistique, cette AEx vise à analyser les données, reconnaître les états de causalité équivalente, étudier les comportements d'ensemble des états causaux, pour arriver à cal- culer le tout en un temps raison- nable ! L’obtention de nouveaux modèles ­interprétables faisant apparaître des comportements cachés dans des données d’obser- vation constituerait une avancée majeure dans de ­nombreux domaines applicatifs, en ­particulier en sciences naturelles. Ce qui contribuerait à garantir l’utilité et l’impact ­sociétal que ce ­chercheur a toujours placés au cœur de ses travaux. Essayer de comprendre le monde et se confronter aux lois de la physique apporte une certaine forme d’humilité dans la recherche. La nature prend le dessus par rapport aux idées préconçues qu’on implémente dans nos modèles.
  • 34. ÉQUIPES-PROJETS 34 MAGAZINE Magazine édité par centre de recherche Bordeaux – Sud-Ouest 200, avenue de la vieille Tour 33405 Talence, plugin-bordeaux@inria.fr Directeur de la publication : Nicolas Roussel Rédactrice en chef : Caroline Pothier Comité éditorial : Flavie Attigui, Marine Guinle Conception graphique et mise en page : Caroline Nouzières Recherche icono- graphique : Aurélie Lacouchie, Camille Pichard Rédacteurs : Aline Aurias, Anaïs Culot, Jean-François Sigrist, Nolwenn Le Jannic, Antoine Bonvoisin, Benoît Playoust pour Médiathena ; Caroline Pothier pour le Service Communication et Médiation du centre Inria BSO Secrétariat de rédaction : Marie-Laëtitia Gambié Crédits photos : Couverture : © Inria / Photo C. Morel, © Ryan DeBerardinis / Shutterstock.com p.2, Édito : © Inria / Photo C. Morel, Parole à : © université de Bordeaux / Arthur Péquin p.4 ; © Aquitem p.5, En bref : © Inria / Photo H. Raguet et © Leigh Prather - Fotolia p.6, © Marine Monteils, Adobe Stock et © Inria / Photo F. Attigui p.7, © Inria / C. Morel p.8, © Inria / Photo A. Lacouchie p.9 ; Science ouverte : © Inria / Photo S. Erôme - Signatures p.10, © Inria / Photo SCM BSO p.12, © Inria / Photo C. Morel p.13, © Inria / SCM BSO p.14 ; Recherche : © Inria / Photo S. Erôme – Signatures p.15, © Inria / Photo C. Morel p.16, © Inria / Photo C. Morel p.17, © Inria / Photo H. Raguet p.18, © Inria / Photo C. Morel p.19 ; C’est à vous : © Inria / Photo SCM BSO p.20 ; Médiation scientifique : © Inria / Photo A. Lannes, © LoeilCreatif / Photo Clotilde Verdenal p.23, © Ray Clid p.24 ; Innovation : © Inria / Photo P. Morel p.25, © Inria / Photo R. de Bengy p.26, © Inria / Photo C. Morel p.27, © Inria / Photo G. Scagnelli p.28 et 29; Horizon startup : © Inria / Photo SCM BSO p.30 ; Zoom sur : © Thales p.31 ; Portraits : Hélène Sauzéon : © Inria / Photo G. Scagnelli, Antoine Gérard : © Inria / C. Pothier p.32, Nicolas Brodu : © Inria / C. Pothier, Emilie Pons : © Inria / Photo SCM BSO, p.33 ; © université de Bordeaux p.35 Fabrication Imprimerie : Lacoste-Roque (Groupe Sodal) 8, rue du IV septembre 40000 Mont-de-Marsan 05.58.46.08.08 - Le Centre remercie chaleureusement tous les contributeurs (collaborateurs et partenaires) du septième numéro Inria plug’in. ISSN 2271-1279 Imprimé en 2020 - série limitée à 700 ex. ÉQUIPES-PROJETS Geostat est l’unique équipe-projet du centre propre à Inria. Les dix-neuf autres sont communes avec l'université de Bordeaux, l'université de Pau et des Pays de l’Adour, Bordeaux INP, l'ENSTA Paris, le CNRS, l’Inserm et INRAE, au sein des structures de recherche suivantes : - IMB (équipes-projets Cardamom, Carmen, Cqfd, Lfant, Memphis, Monc et Realopt) - LaBRI (équipes-projets Hiepacs, Manao, Mnemosyne, Pleiade, Potioc, Storm, Tadaam) - IMS (équipe-projet Auctus) - IMN (équipe-projet Mnemosyne) - BPH (équipe-projet Sistm) - Liryc (équipe-projet Carmen) - Biogeco (équipe-projet Pleiade) - LMAP (équipes-projets Cagire et Magique 3D) - U2IS (équipe-projet Flowers)
  • 35. 35 Compétitions : Football . À la maison . Industrie . Secours . Sur scène Évènements associés : . Robotique Agricole . Comprendre la Robotique Éducation, Orientation . Écosystème Robotique des professionnels Organisateurs Avec le soutien de Global sponsors Partenaire média Avec la collaboration de DU 22 AU 28 JUIN 2021 PARC DES EXPOSITIONS DE BORDEAUX LA PLUS GRANDE COMPÉTITION DE ROBOTIQUE ET D’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DU MONDE L’UNIVERSITÉ DE BORDEAUX PRÉSENTE www.robocup.fr
  • 36. 11 Contribuer aux progrès de la santé et aux enjeux du handicap. Participer à la construction d’une éducation aux sciences du numérique pour tous. Répondre à l’urgence durable. Contribuer à une société numérique ouverte et de www.fondation-inria.fr en 2017 sa fondation pour soutenir