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L’accession d’Hugo au statut de mage
[José Manuel Losada, dans L’Écrivain et ses doubles : Le personnage autoréflexif dans la littérature européenne, sous la direction de Luc
Fraisse et Éric Wessler, Paris :Classiques Garnier, 2014, p. 199-215, ISBN : 978-2-8124-2577-6]
Ces quelques réflexions portent sur l’évolution constatable de l’instance poétique dans l’œuvre
de Hugo jusqu’à ce que le poète endosse le statut de mage. Les recueils témoins ou étapes sont Odes
et Ballades, Les Orientales, Les Châtiments et Les Contemplations.
Odes et Ballades
Tout en respectant la poétique du genre classique, les Odes abordent les “événements
contemporains” ou donnent l’“impression personnelle” du poète (Préface de 1826).
L’ode “À mon père” est divisée en trois parties. Dans la première, le jeune Hugo se plaint de
n’être qu’un poète alors que de grands événements –la Grèce soumise à l’empire ottoman, l’Espagne
sous le Régime du Triennat libéral– le requièrent en Europe :
Quoi ! toujours une lyre et jamais une épée !
Toujours d’un voile obscur ma vie enveloppée !
Point d’arène guerrière à mes pas éperdus !…
Mais jeter ma colère en strophes cadencées !
Consumer tous mes jours en stériles pensées,
Toute mon âme en chants perdus1 !
S’adressant à son père, général de Joseph Bonaparte en Espagne, le poète rêve de suivre “au
pays du Cid” les soldats français et d’offrir “aux fils de Sparte révoltée” l’aide de la France pour qu’ils
retrouvent leur liberté. Dans la deuxième partie, le poète chante les exploits et la chute de Napoléon
puis exhorte les Français à la bataille. Dans la troisième, il s’adresse avec vénération à son père.
Quoique celui-ci soit relégué –en 1815 il a été mis en demi-solde, en 1825 sa retraite a été liquidée à
4.000 francs–, le poète lui fait cette demande :
Lègue à mon luth obscur l’éclat de ton épée ;
Et du moins qu’à ma voix, de ta vie occupée,
Ce beau souvenir prête un charme solennel.
Je dirai tes combats aux muses attentives,
Comme un enfant joyeux, parmi ses sœurs craintives,
Traîne, débile et fier, le glaive paternel.
L’épée de la première strophe est toujours évoquée, le luth a remplacé la lyre, le ton a changé.
Finies les “strophes cadencées”, jugées stériles, une “voix” nouvelle doit chanter un chant épique et
solennel. Non dépourvue de résignation, la strophe n’est plus plaintive, mais elle ouvre sur le futur,
elle s’apprête à dire –verbe de l’aède ou du jongleur– les “combats” du père. Le souvenir héroïsé du
père agit comme un révulsif sur le travail poétique.
Même constat dans le poème “Mon enfance” :
J’ai des rêves de guerre en mon âme inquiète ;
J’aurais été soldat, si je n’étais poète.
Ne vous étonnez point que j’aime les guerriers !
1 Odes et Ballades, “Pléiade”, Œuvres poétiques, t. I, éd. Pierre Albouy, 1964, p. 346. Le motif de la lyre ne pouvant remplacer
l’épée revient dans l’ode “À la colonne de la place Vendôme” : “Des lyres, à défaut d’épées !” (p. 399).
Souvent, pleurant sur eux, dans ma douleur muette,
J’ai trouvé leur cyprès plus beau que nos lauriers.
(p. 461).
Orientales
Le poème “Enthousiasme” des Orientales est une injonction à partir lutter pour la libération de la
Grèce :
En Grèce ! en Grèce ! adieu, vous tous ! il faut partir !
Qu’enfin, après le sang de ce peuple martyr,
Le sang vil des bourreaux ruisselle !
En Grèce, ô mes amis ! vengeance ! liberté !
Ce turban sur mon front ! ce sabre à mon côté !
Allons ! ce cheval, qu’on le selle2 !
Suit la préparation du voyage : le bateau à Toulon, le commandement sous Fabvier. Le poète
se veut acteur de la bataille prochaine :
Je veux voir des combats, toujours au premier rang !
Voir comment les spahis s’épanchent en torrent
Sur l’infanterie inquiète ;
Voir comment leur damas, qu’emporte leur coursier,
Coupe une tête au fil de son croissant d’acier !
Allons !…
Le ton a monté depuis l’ode “À mon père” : la bataille, le soldat et l’épée sont toujours là, mais
la rêverie se change en désir d’action :
– mais quoi, pauvre poète,
Où m’emporte moi-même un accès belliqueux ?
Les vieillards, les enfants m’admettent avec eux.
Cette interrogation le conduit à réfléchir sur son identité –“Que suis-je ?– Esprit qu’un souffle
enlève”. Qui est-il face au monde qui agit en lui (le lac, la lune, les chariots). Il n’est pas moins porté
par l’“enthousiasme” qui donne son titre au poème, mais son objet a changé. Le changement de décor
est significatif. Il n’est plus question de voyage ni de bataille ; l’Orient est même oublié. La songerie
amoureuse a substitué le rêve guerrier. Le poète peut répondre : il est l’“Esprit qu’un souffle enlève”.
Le poème “Rêverie” situe le poète à la campagne, un soir d’automne, au soleil couchant.
L’endroit et le moment font naître un souhait dans l’âme romantique du poète : le surgissement de
“quelque ville mauresque, éclatante, inouïe”3.
Dans la préface de l’édition originale, Victor Hugo compare la littérature aux “belles vieilles
villes d’Espagne” où l’on trouve côte à côte la ville chrétienne et la ville mauresque. Il affirme que le
volume des Orientales est comme “la mosquée” de cette ville ; puis il explique que la charge évocatrice
de l’Orient soit devenue pour lui, “soit comme image, soit comme pensée, […] une sorte de
préoccupation générale” qui empreint ses “pensées” et ses “rêveries”4.
C’est ce que le lecteur vérifie dans “Rêverie”, où la “ville mauresque” doit servir de un repoussoir
poétique :
2 Les Orientales, “IV. Enthousiasme”, ibid., p. 605.
3 Les Orientales, “XXXVI. Rêverie”, p. 679.
4 Ibid., p. 580.
Qu’elle vienne inspirer, ranimer, ô génies !
Mes chansons, comme un ciel d’automne rembrunies.
Nous sommes loin de l’ode “À mon père” et de la première partie de l’orientale intitulée
“Enthousiasme”. Toutefois, une ligne se précise : l’acquiescement à une vocation, celle de poète.
Les strophes de l’ode “À mon père” traduisaient l’insatisfaction du poète malcontent de sa tâche,
l’orientale “Enthousiasme” acheminait vers une redéfinition de celle-ci. Dans “Rêverie”, Hugo se veut
poète dès le début, et appelle l’Orient, la –“ville mauresque”–, afin de mieux mener à bout son travail
poétique.
Châtiments
Dans les Châtiments, Victor Hugo continue sa réflexion sur sa tâche, regardée d’un autre point
de vue.
Le poème liminaire, “Nox”, l’annonce. Le recueil fustigera un régime politique :
Toi qu’aimait Juvénal, gonflé de lave ardente,
Toi dont la clarté luit dans l’œil fixe de Dante,
Muse Indignation ! viens, dressons maintenant,
Dressons sur cet empire heureux et rayonnant,
Et sur cette victoire au tonnerre échappée,
Assez de piloris pour faire une épopée5 !
Un grand pas vient d’être franchi des Orientales aux Châtiments. La rêverie mauresque n’est plus
que songerie creuse, l’enthousiasme batailleur n’est plus tourné contre les Turcs, mais contre le
Régime de Napoléon III et contre le Coup d’État. L’événement en lui-même est dépassé. Il atteint
une dimension universelle, épique, expiatoire.
La réflexion de Hugo sur son labeur de poète se continue tout au long du premier livre des
Châtiments. Tel un geôlier, il enferme les malfaisants qu’il prend pour cibles à l’intérieur de ses poèmes,
il les met en joue :
Oh ! je sais qu’ils feront des mensonges sans nombre
Pour s’évader des mains de la Vérité sombre ;
Qu’ils nieront, qu’ils diront : ce n’est pas moi, c’est lui.
Mais, n’est-il pas vrai, Dante, Eschyle, et vous, prophètes ?
Jamais, du poignet des poëtes,
Jamais, pris au collet, les malfaiteurs n’ont fui.
J’ai fermé sur ceux-ci mon livre expiatoire ;
J’ai mis des verrous à l’histoire ;
L’histoire est un bagne aujourd’hui.
Le poète n’est plus l’esprit qui rêve et qui prie ;
Il a la grosse clef de la conciergerie6.
Le poète, devenu “l’ange”, foudroie les criminels et redonne forces au peuple ployé, il fouaille
les militaires et les ecclésiastiques comme si c’étaient des “démons”.
Ici Hugo endosse deux rôles majeurs du poète romantique : celui d’exterminateur et celui de
rédempteur. Le premier assujettit les oppresseurs –“Je les tiens dans mes vers comme dans un étau”–
, le deuxième sauve les opprimés –“Ô peuples douloureux, il faut bien qu’on vous venge !”. Ces deux
5 Les Châtiments, “Pléiade”, Œuvres poétiques, t. II, éd. P. Albouy, 1967, Nox, IX, p. 18.
6 Les Châtiments, Livre premier. “La société est sauvée”, XI, I, ibid., p. 38.
rôles n’en font qu’un, ils représentent la “fonction bénéfique” du génie “à l’égard de l’humanité”7. Le
poète devient “poète-médiateur entre Dieu et les hommes”8 :
Je crierai : lève-toi, peuple ! ciel, tonne et gronde !
La France, dans sa nuit profonde,
Verra ma torche flamboyer !
[…]
Le phare sur les flots, l’étoile sur les monts,
Me reconnaîtront bien et diront à voix basse :
C’est un esprit vengeur qui passe,
Chassant devant lui les démons !
Le livre IV des Châtiments contient un poème intitulé “Ce que le poète se disait en 1848”. Il a été
écrit en novembre, un mois après que Victor Hugo a rencontré le prince Louis-Napoléon, en qui il
crut découvrir l’homme que rétablirait l’ordre en garantissant la liberté et en aidant au progrès. Le
poème porte la date de juillet de cette année. C’est un signe. Hugo a voulu qu’il soit lu à la lumière
des journées de Juin, où il fut l’un des soixante représentants chargés d’aller aux barricades et de
rétablir l’ordre par la persuasion, tâche dont il s’acquitta avec le plus grand courage9. C’est le sens de
ces vers :
…quand, sinistre, et soudain apparue,
La morne barricade au coin de chaque rue
Monte et vomit la mort de partout à la fois,
Tu dois y courir seul et désarmé10…
Mais le fait biographique intéresse moins ici que la réflexion de l’écrivain sur son travail. Dès
les premiers vers le poète définit sa mission :
Tu ne dois pas chercher le pouvoir, tu dois faire
Ton œuvre ailleurs ; tu dois, esprit d’une autre sphère,
Devant l’occasion reculer chastement.
De la pensée en deuil doux et sévère amant,
Compris ou dédaigné des hommes, tu dois être
Pâtre pour les garder et pour les bénir prêtre.
Déclaration à mettre en parallèle avec la deuxième partie du poème “Enthousiasme” plus haut
cité. Face au pouvoir, le poète doit s’écarter. Sinon il risque de faillir à soi-même. Son œuvre est
d’“ailleurs”.
Floréal est un poème bâti sur un contraste. Nous sommes au printemps de 1853, à Jersey. La
nature fleurit, le soleil brille, les oiseaux chantent. Mais soudain le malheur et les souffrances des
hommes se présentent aux yeux du poète :
Et je me lève, et tout s’efface, et, frémissant,
Je n’ai plus sous les yeux qu’un peuple à la torture,
Crimes sans châtiment, griefs sans sépulture,
7 Paul Bénichou, Les Mages romantiques, Gallimard, “Bibliothèque des idées”, 1988, p. 492.
8 Paul Bénichou, Le Sacre de l’écrivain. 1750-1830. Essai sur l’avènement d’un pouvoir spirituel laïque dans la France
moderne, Gallimard, “Bibliothèque des idées”, 1996 (1973), p. 382.
9 P. Albouy, Les Châtiments, éd. citée, p. 1029-1030.
10 Les Châtiments, Livre IV. “La religion est glorifiée”, “II. Ce que le poète se disait en 1848”, éd. citée, p. 96.
Les géants garrottés livrés aux avortons,
Femmes dans les cachots, enfants dans les pontons,
Bagnes, sénats, proscrits, cadavres, gémonies ;
Alors, foulant aux pieds toutes les fleurs ternies,
Je m’enfuis, et je dis à ce soleil si doux :
Je veux l’ombre ! et je crie aux oiseaux : taisez-vous !
Et je pleure ! et la strophe, éclose de ma bouche,
Bat mon front orageux de son aile farouche11.
Nous sommes loin des “strophes cadencées” de l’ode “À mon père”. En ces temps, le poète se
résignait à contrecœur à dire sa colère contre les désordres militaires et politiques en Grèce et en
Espagne. Dans “Floréal” la strophe met sous les yeux du poète et du lecteur –double hypotypose–
l’insoutenable horreur, et le poète fuit et en même temps montre son “devoir faire” –risquons cet
emprunt à l’espagnole– du poète. Du temps a passé, Hugo pense autrement.
Contemplations
Dans les Contemplations, Hugo poursuit sa réflexion. Il y approfondit deux aspects : la mission
du poète et l’innovation de la poésie. Il met aussi en question sa réflexion sur le fait poétique.
1. La mission du poète
Le poème liminaire, daté de 1839, sans titre, recueille les mots prononcés par “une voix”.
Autant dire : “la Muse”. Recours classique :
“Poëte, tu fais bien ! Poëte au triste front,
Tu rêves près des ondes,
Et tu tires des mers bien des choses qui sont
Sous les vagues profondes !
La mer, c’est le Seigneur, que, misère ou bonheur
Tout destin montre et nomme ;
Le vent, c’est le Seigneur ; l’astre, c’est le Seigneur ;
Le navire, c’est l’homme”12.
Cette voix, de beaucoup antérieure à celle qui sort de la bouche d’ombre (1855), applaudit à la
nouvelle mission du poète.
Le livre développe plusieurs facettes de cette mission. La contemplation : il est l’admirateur,
l’adorateur de la nature. La rêverie des premiers temps a quelque peu changé. Le poète n’a plus besoin
d’évoquer un monde exotique ou éloigné, il ne souhaite plus voir surgir des villes mauresques. La
nature suffit à sa songerie :
Et, pleins de jour et d’ombre et de confuses voix,
Les grands arbres profonds qui vivent dans les bois,
[…]
Contemplent de son front la sereine lueur,
Et murmurent tout bas : C’est lui ! c’est le rêveur !13
11 Ibid. Livre VI. “La stabilité est assurée”, “XIV. Floréal”, p. 177.
12 Les Contemplations, “Autrefois (1830-1843)”, “Pléiade”, Œuvres poétiques, t. II, éd. citée, p. 485.
13 Ibid., Livre premier, “Aurore”, “II. Le poëte s’en va dans les champs…”, p. 489.
Ce poème appelle la comparaison avec le XXVIIe du “livre premier”, qui commence par ces
vers :
Oui, je suis le rêveur ; je suis le camarade
Des petites fleurs d’or du mur qui se dégrade,
Et l’interlocuteur des arbres et du vent14.
Le poète n’abjure plus son travail, comme il faisait dans l’ode “Mon enfance” :
J’aurais été soldat, si je n’étais poète.
Maintenant il dit :
Si je n’étais songeur, j’aurais été sylvain.
La réflexion sur la mission du poète n’est pas personnelle. Elle s’élargit à celle d’autres artistes,
d’autres arts. Dans le poème “À M. Froment Meurice” –écrit très probablement à la demande de Paul
Meurice, demi-frère du sculpteur récemment décédé–, nous lisons :
Nous sommes frères : la fleur
Par deux arts peut être faite.
Le poëte est ciseleur ;
Le ciseleur est poëte15.
Interchangeabilité de deux arts, fraternité d’artistes… Ce qui les fait se ressembler n’est pas
l’objet de leur art –la pierre d’où Michel-Ange ou Cellini font jaillir leur statue–, mais l’esprit que leur
art révèle :
Tous les penseurs, sans chercher
Qui finit ou qui commence,
Sculptent le même rocher :
Ce rocher, c’est l’art immense.
2. L’innovation en poésie
Le poème “À André Chénier” (1830) ouvre la série des innovations que le poète introduit ou
croit introduire dans la poésie de l’époque. Pierre Albouy note :
Constituant, en quelque manière, une réflexion du poète sur son art, cette pièce annonce la grande série
des poèmes sur la poésie, cette sorte d’“art poétique du romantisme”, qu’inaugure [le poème] Réponse à
un acte d’accusation16.
En effet, nous y retrouvons la nature –la forêt, les animaux et les plantes : elle est le modèle
que le poète doit transférer sur la feuille de papier. Un bouvreuil lui adresse-t-il la parole, il doit
“dégonfler” ses chants, combiner sa gravité avec sa légèreté :
L’azur luit, quand parfois la gaîté le déchire ;
L’Olympe reste grand en éclatant de rire ;
14 Ibid., “XXVII. Oui, je suis le rêveur…”, p. 531.
15 Ibid., “XVII. À M. Froment Meurice”, p. 517.
16 P. Albouy, Les Contemplations, éd. citée, p. 1378.
Ne crois pas que l’esprit du poëte descend
Lorsque entre deux grands vers un mot passe en dansant17.
Chénier possédait l’art de mêler, à des “images gracieuses”, des “détails rendus avec la plus
énergique trivialité”, lit-on dans un article du Conservateur littéraire paru en décembre 1819 et signé “E.
[V. Hugo]”18. Ce poème des Contemplations et l’idylle “André Chénier” (deuxième série de La Légende des
siècles) lui attribuent le patronage de la poésie riante et familière. Peu importe l’attribution. Citons ces
vers, ils rendent compte d’une filiation :
L’orageuse gaîté des néréides nues
Se jetant de l’écume et dansant dans les flots,
[…]
Pendant que tu souris, pendant que mon délire
Abuse de ce doux consentement du rire19…
“Réponse à un acte d’accusation” montre à souhait l’unité entre l’œuvre romantique de l’écrivain et
son action politique. Peut-être naît-il en riposte au pamphlet, daté de janvier 1833, d’Alexandre Duval
–“Je vous accuse donc, Monsieur, d’avoir […] perdu l’art dramatique et ruiné le théâtre français”–,
ou aux reproches de Leroux, parus en 1831 dans la Revue Encyclopédique –qui accusaient Hugo de
cultiver “l’Art pour l’Art”–, ou encore à une accusation purement imaginaire. Daté de janvier 1834
mais écrit vingt ans plus tard, il veut prouver aux républicains qu’au temps même d’Hernani l’intérêt
porté à “l’art pur” ne lui empêchait pas la lutte pour la liberté20.
Au début, l’écrivain rappelle le “réquisitoire” dont il a fait l’objet il y a longtemps : il aurait
dévasté les dogmes de l’art. La pièce est trop connue pour que nous y revenions. Nous signalerons
seulement les rapports qu’elle mentionne entre cette révolution esthétique et la réflexion qu’elle
inspire au poète.
Quand il sortit du collège, affirme-t-il, “la poésie était la monarchie”, elle était “image du
royaume”. Il adopta alors une série de réactions :
a) À l’inégalité entre mots “nobles” et “vilains”, il opposa une démocratisation dans toute la
littérature, drame inclus :
Et sur l’Académie, aïeule et douairière,
Cachant sous ses jupons les tropes effarés,
Et sur les bataillons d’alexandrins carrés,
Je fis souffler un vent révolutionnaire.
Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire.
Plus de mot sénateur ! plus de mot roturier !
Je fis une tempête au fond de l’encrier,
Et je mêlai, parmi les ombres débordées,
Au peuple noir des mots l’essaim blanc des idées ;
17 Les Contemplations, “Autrefois (1830-1843)”, Livre premier. “Aurore”, “V. À André Chénier”, éd. citée, p. 491.
18 “Œuvres complètes d’André Chénier”, Le Conservateur littéraire, 1819-1821, éd. Jules Marsan, t. I, 1e partie, Hachette,
1922, p. 22 et 26 respectivement.
19 “André Chénier”, La Légende des siècles, éd. Jacques Truchet, “Pléiade”, 1950, p. 513. Voir P. Albouy, Les Contemplations,
éd. citée, p. 1379.
20 Voir P. Albouy, Les Contemplations, éd. citée, p. 1382-1383 et Jean Gaudon, Le Temps de la contemplation. L’œuvre
poétique de Victor Hugo des “Misères” au “Seuil du gouffre” (1845-1856), Flammarion, 1969, p. 243.
Et je dis : Pas de mot où l’idée au vol pur
Ne puisse se poser, tout humide d’azur21 !
Dans une autre série où le trope de l’anaphore n’est pas davantage “effacé”, il rehausse la
brutalité de cette démarche : “Je massacrai…”, “j’osai…”, “je violai…”.
b) À cette sorte d’égalitarisme des contenus Hugo a ajouté, dit-il, la libéralisation des formes :
“Guerre à la rhétorique et paix à la syntaxe !” Le but de détrôner Aristote et Boileau a été atteint : “Et
j’ai battu des mains, buveur du sang des phrases, / Quand j’ai vu…”, “Et quand j’ai vu…”. Le poète
s’approprie alors une identité de révolutionnaire : “Oui, je suis ce Danton ! je suis ce Robespierre !”.
c) Contre le lexique guindé, il promeut l’usage des mots de tous les jours :
J’ai dit à la narine : Eh mais ! tu n’es qu’un nez !
J’ai dit au long fruit d’or : Mais tu n’es qu’une poire !
J’ai dit à Vaugelas : Tu n’es qu’une mâchoire !
J’ai dit aux mots : Soyez république ! Soyez
La fourmilière immense, et travaillez ! croyez,
Aimez, vivez ! – J’ai mis tout en branle, et, morose,
J’ai jeté le vers noble aux chiens noirs de la prose.
À ces bouffées nouvelles de progrès –égalitaire, libératrice, républicaine–, d’autres poètes ont
ajouté leurs innovations, par exemple, une nouvelle prosodie aux hémistiches sans césure rigoureuse.
Le travail individuel est appelé à devenir collectif et à produire un grand chambardement : le “nous”
va substituer la première personne. Simultanément, le temps s’actualise, le présent substitue le passé :
Et, ce que je faisais, d’autres l’ont fait aussi ;
Mieux que moi. Calliope, Euterpe au ton transi,
Polymnie, ont perdu leur gravité postiche.
Nous faisons basculer la balance hémistiche.
C’est vrai, maudissez-nous. Le vers, qui sur son front
Jadis portait toujours douze plumes en rond,
Et sans cesse sautait sur la double raquette
Qu’on nomme prosodie et qu’on nomme étiquette,
Rompt désormais la règle et trompe le ciseau,
Et s’échappe, volant qui se change en oiseau,
De la cage césure, et fuit vers la ravine,
Et vole dans les cieux, alouette divine.
Tous les mots à présent planent dans la clarté.
Les écrivains ont mis la langue en liberté.
Ainsi, le poète n’est plus un individu solitaire, il est intégré au “mouvement” du “progrès saint”,
de la “Révolution” qui, en compagnie de la “Liberté”, embrasse toute la nouvelle littérature dans sa
forme et dans son contenu :
Elle est la prose, elle est le vers, elle est le drame ;
Elle est l’expression, elle est le sentiment.
À la fin du processus seule reste l’“idée”. Plus de “je” ni de “nous”. Le poète et ses
coreligionnaires se sont effacés au profit de la nouvelle littérature. C’est ici que la réflexion sur la
facette innovatrice du poète recouvre sa facette missionnaire.
21 Les Contemplations, Livre premier, “Aurore”, “VII. Réponse à un acte d’accusation”, p. 496.
Sans doute savons-nous que Hugo n’a pas fait dans la langue les réformes dont il parle dans
ce poème, qu’il surestime ses propres audaces dans les domaines du vocabulaire et de la versification.
En revanche, peut-être sous-estime-t-il l’ampleur de son action lorsqu’il la borne aux seuls traits de
l’ancienne rhétorique22. Écrit vingt ans après les “événements” qui l’ont suscité, le poème s’est détaché
de son sujet, sans que le poète y prît garde23.
Si le poème “Réponse à un acte d’accusation” prétend dépeindre la révolution apportée par Hugo
dans la langue, le poème “Quelques mots à un autre” décrit sa révolution du vers : dans le premier, Hugo
a délivré, croit-il, l’“idée” en libérant le “mot”, dans le deuxième il déclare avoir entraîné “la raison”
avec “la rime” ; le poème élargit la révolution romantique aux “genres” littéraires, au goût, à
l’ensemble des lettres24.
L’écrivain s’adresse à un “classique” qui l’aurait connu “tout jeune”. S’agit-il d’un homme
identifiable ? Faut-il y voir un type résumant les nombreux adversaires qui guerroyèrent contre
Hugo ? Le poème ne permet pas de trancher. Du reste, tous les classiques sont ici visés. Aux partisans
des anciens, Hugo montre que leur Olympe n’a aucune réalité, et que leur conception apollinienne
ne tient aucun compte de la Grèce dionysiaque25.
Le poète se place de nouveau au centre de la querelle :
On y revient ; il faut y revenir moi-même.
Ce qu’on attaque en moi, c’est mon temps, et je l’aime.
Certe, on me laisserait en paix, passant obscur,
Si je ne contenais, atome de l’azur,
Un peu du grand rayon dont notre époque est faite.
Hier le citoyen, aujourd’hui le poëte
Le “romantique” après le “libéral”. – Allons,
Soit ; dans mes deux sentiers mordez mes deux talons.
Je suis le ténébreux par qui tout dégénère.
Sur mon autre côté lancez l’autre tonnerre26.
Un aveu non dénué de complaisance. Les griefs dont il se dit victime –insoumission aux règles,
refus des modèles, manque de sobriété– ne l’intimident pas. Au contraire, ils le poussent à dire haut
et fort sa pensée en littérature : “Et bien, démasquons-nous !” Suit une longue tirade où sont
résumées, non sans orgueil, ses entorses à l’éloquence et à la rhétorique classiques. Tout comme dans
le poème “Réponse à un acte d’accusation”, elles sont appliquées à la première personne, tantôt du
singulier, tantôt du pluriel :
On nous a vus, poussant vers un autre horizon
La langue…
[…]
Nous avons au vieux style attaché ce brûlot :
Liberté !
[…]
22 Voir J. Gaudon, op. cit., p. 244.
23 Voir Alfred Glauser, La Poétique de Hugo, A.G. Nizet, 1978, p. 338.
24 Voir P. Albouy, Les Contemplations, éd. citée, p. 1421.
25 Voir J. Gaudon, op. cit., p. 560.
26 Les Contemplations, “Autrefois (1830-1843)”, Livre premier. “Aurore”, “XXVI. Quelques mots à un autre”, éd. citée,
p. 526-527.
– et j’ai, chantant, luttant, bravant,
Tordu plus d’une grille au parloir du couvent ;
J’ai, torche en main, ouvert les deux battants du drame ;
Pirates, nous avons, à la voile, à la rame,
De la triple unité pris l’aride archipel.
Sans doute cette alternance de personnes pronominales fait-elle partager à un collectif
romantique la révolution littéraire plus ou moins indûment, comme dans le poème précédent, de la
“Liberté”, de l’“Idée” et du “progrès”.
3. Le questionnement sur le travail poétique
La maturité du poète et plusieurs événements –la mort de Léopoldine, l’exil– provoquent eux
aussi une mise en question du travail poétique. Nous observons deux sortes de réflexions : la
performance paradoxale et la dualité de l’écriture.
a) La performance paradoxale
Le quatrième livre des Contemplations a un fond de pensée métaphysique et spirituelle. Le poème
“Trois ans après” s’ouvre sur une déclaration dans laquelle le poète exprime sa lassitude et son
aspiration au repos :
Il est temps que je me repose ;
Je suis terrassé par le sort.
Ne me parlez pas d’autre chose
Que des ténèbres où l’on dort !
Que veut-on que je recommence ?
Je ne demande désormais
À la création immense
Qu’un peu de silence et de paix !
Mais il perçoit toujours l’appel ancien :
Pourquoi m’appelez-vous encore ?
J’ai fait ma tâche et mon devoir.
Qui travaillait avant l’aurore,
Peut s’en aller avant le soir.
D’où cet aveu :
Mon œuvre n’est pas terminée,
Dites-vous. Comme Adam banni,
Je regarde ma destinée
Et je vois bien que j’ai fini27.
Le poème est daté de novembre 1846. Le souvenir de l’être perdu y est vif.
Un autre poème –“Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin…”– porte la même date, suivie de
l’indication “jour des morts”. Il dit la mélancolie que le deuil mêlé au souvenir provoque chez le
poète :
Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;
27 Les Contemplations, “Autrefois (1843-1855)”, Livre quatrième. “Pauca meæ”, “III. Trois ans après”, éd. citée, p. 643-
644.
Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ;
Elle entrait et disait : “Bonjour, mon petit père” ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.
Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Mon œuvre interrompue, et, tout en écrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
Et mainte page blanche entre ses mains froissée
Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers28.
Le neuvième poème du quatrième livre (septembre 1846) a pour sujet la petite Léopoldine
demandant à son père, au nom de tous les enfants, de raconter une histoire. Hugo invente un conte,
dont il trouve “les personnages / parmi les ombres du plafond”. Même situation : grâce à sa fille, il
devient poète :
J’étais l’Arioste et l’Homère
D’un poëme éclos d’un seul jet29.
Faut-il s’arrêter à la circonstance du poème ? Ne naît-il pas du poète ?
b) La dualité de l’écriture
Un poème de novembre 1854 appartenant au cinquième livre –que domine le thème de l’union
de l’ombre et de la lumière– établit une opposition nette entre deux époques du travail poétique,
l’ancienne et la nouvelle. Dans une apostrophe, le poète se souvient du temps jadis, où, telle un
“papillon” ou une “abeille”, l’enfant jouait et jouissait de la vie. Or, à présent, la mort l’a ravie et, telle
“Proserpine sinistre”, elle est réduite à rêver dans la nuit.
La “douleur” et le “drame” ont modifié profondément la pensée du poète, dont le crâne est
devenu depuis “céleste et souterrain”. On voit ici la dualité chère à Hugo. Le poème “Homo duplex”,
antérieur d’un an et recueilli dans La Légende des siècles, rappelle le côté d’“ombre” et d’“aurore” qui se
trouve en chaque homme30.
Relions ce poème à cet autre, “Duo”, des Quatre Vents de l’esprit, écrit aussi en novembre 1854.
Assis au bord d’un cimetière, le poète voit un jeune couple revenir, heureux et rayonnant, d’une fête.
La scène, le décor, éveillent, chez le poète, la question que Béatrice eût faite à son amant : “Si je
mourais, mon Dante ?” Elle est en situation : le cimetière est comparé à un “champ que l’aube et
l’ombre ont pour frontière”. Elle rend compte surtout de “l’enfer” qui s’est à l’instant reflété dans “le
crâne du poëte”31. La strophe passe du temps de l’idylle à celui du drame. Elle est éclairante ; vie et
art ont avancé le temps.
Le dernier poème des Contemplations, “À celle qui est restée en France”, orchestre de façon grandiose
l’emprise de la mort sur le poète voyant. Il vient démentir le questionnement sur le faire même de
l’écriture :
28 Ibid., “V. Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin…”, p. 647-648.
29 Ibid., “IX. Ô souvenirs ! printemps ! aurore !”, p. 653.
30 “Homo duplex”, La Légende des siècles, “XVII. Avertissements et châtiments”, éd. citée, p. 291.
31 Sur le “crâne du poète” et le rapprochement de ces deux poèmes, voir J. Gaudon, op. cit., p. 247.
Mets-toi sur ton séant, lève tes yeux, dérange
Ce drap glacé qui fait des plis sur ton front d’ange,
Ouvre tes mains, et prends ce livre : il est à toi32.
Le poète, désormais, convoque les esprits et s’en remet à eux.
Mort de Léopoldine, mort du poète : “Ce livre qui contient le spectre de ma vie”. Le faire
poétique ne peut se conclure que par le silence imposé du ciel, le poète fait don de son livre “à la
tombe”.
En conclusion, et au prix sans doute de bien de simplifications, nous croyons pouvoir suggérer
que :
– dans les Odes et Ballades, le personnage poétique reprend le débat –classique– entre les armes
et les lettres. Doit-il opter ?
– dans les Orientales, il opte.
– dans les “Châtiments”, son sujet est l’écriture, il la commente et la juge33.
Mais la véritable transformation poétique a lieu dans les Contemplations. Deux grands
événements en sont les causes selon le poète. Ils sont en relation avec sa biographie : la mort de
Léopoldine, en septembre 1843, qui abolit “les jeux insouciants de l’égotisme”, l’“entrée dans
l’exil”34, au lendemain du 2 décembre 1851, qui a été pour le poète l’occasion d’un retour sur lui-
même et l’acquiescement à son rôle de mage. Le deuil et l’exil sont des “termes égaux et
complémentaires” ; ils s’inscrivent en grandes lettres au carrefour du chagrin d’un père et de la
sérénité conquise, de la douleur assumée et de la paix retrouvée35. Nous y voyons nous-même
l’explication de son nouveau faire poétique.
32 “À celle qui est restée en France”, éd. citée, p. 823.
33 Voir A. Glauser, op. cit., p. 417.
34 C’est aussi le titre d’un poème des Quatre Vents de l’esprit, III. LE LIVRE LYRIQUE, XXXIV, Poésie, III, notice et notes de
Danièle Gasiglia-Laster, Robert Laffont, “Bouquins”, 1985, p. 1337.
35 Voir Claude Gély, La Contemplation et le rêve. Victor Hugo, poète de l’intimité, nlle éd., Paris, A.-G. Nizet, 1993, p. 375-384.

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L'accession de Hugo au statut de mage.pdf

  • 1. L’accession d’Hugo au statut de mage [José Manuel Losada, dans L’Écrivain et ses doubles : Le personnage autoréflexif dans la littérature européenne, sous la direction de Luc Fraisse et Éric Wessler, Paris :Classiques Garnier, 2014, p. 199-215, ISBN : 978-2-8124-2577-6] Ces quelques réflexions portent sur l’évolution constatable de l’instance poétique dans l’œuvre de Hugo jusqu’à ce que le poète endosse le statut de mage. Les recueils témoins ou étapes sont Odes et Ballades, Les Orientales, Les Châtiments et Les Contemplations. Odes et Ballades Tout en respectant la poétique du genre classique, les Odes abordent les “événements contemporains” ou donnent l’“impression personnelle” du poète (Préface de 1826). L’ode “À mon père” est divisée en trois parties. Dans la première, le jeune Hugo se plaint de n’être qu’un poète alors que de grands événements –la Grèce soumise à l’empire ottoman, l’Espagne sous le Régime du Triennat libéral– le requièrent en Europe : Quoi ! toujours une lyre et jamais une épée ! Toujours d’un voile obscur ma vie enveloppée ! Point d’arène guerrière à mes pas éperdus !… Mais jeter ma colère en strophes cadencées ! Consumer tous mes jours en stériles pensées, Toute mon âme en chants perdus1 ! S’adressant à son père, général de Joseph Bonaparte en Espagne, le poète rêve de suivre “au pays du Cid” les soldats français et d’offrir “aux fils de Sparte révoltée” l’aide de la France pour qu’ils retrouvent leur liberté. Dans la deuxième partie, le poète chante les exploits et la chute de Napoléon puis exhorte les Français à la bataille. Dans la troisième, il s’adresse avec vénération à son père. Quoique celui-ci soit relégué –en 1815 il a été mis en demi-solde, en 1825 sa retraite a été liquidée à 4.000 francs–, le poète lui fait cette demande : Lègue à mon luth obscur l’éclat de ton épée ; Et du moins qu’à ma voix, de ta vie occupée, Ce beau souvenir prête un charme solennel. Je dirai tes combats aux muses attentives, Comme un enfant joyeux, parmi ses sœurs craintives, Traîne, débile et fier, le glaive paternel. L’épée de la première strophe est toujours évoquée, le luth a remplacé la lyre, le ton a changé. Finies les “strophes cadencées”, jugées stériles, une “voix” nouvelle doit chanter un chant épique et solennel. Non dépourvue de résignation, la strophe n’est plus plaintive, mais elle ouvre sur le futur, elle s’apprête à dire –verbe de l’aède ou du jongleur– les “combats” du père. Le souvenir héroïsé du père agit comme un révulsif sur le travail poétique. Même constat dans le poème “Mon enfance” : J’ai des rêves de guerre en mon âme inquiète ; J’aurais été soldat, si je n’étais poète. Ne vous étonnez point que j’aime les guerriers ! 1 Odes et Ballades, “Pléiade”, Œuvres poétiques, t. I, éd. Pierre Albouy, 1964, p. 346. Le motif de la lyre ne pouvant remplacer l’épée revient dans l’ode “À la colonne de la place Vendôme” : “Des lyres, à défaut d’épées !” (p. 399).
  • 2. Souvent, pleurant sur eux, dans ma douleur muette, J’ai trouvé leur cyprès plus beau que nos lauriers. (p. 461). Orientales Le poème “Enthousiasme” des Orientales est une injonction à partir lutter pour la libération de la Grèce : En Grèce ! en Grèce ! adieu, vous tous ! il faut partir ! Qu’enfin, après le sang de ce peuple martyr, Le sang vil des bourreaux ruisselle ! En Grèce, ô mes amis ! vengeance ! liberté ! Ce turban sur mon front ! ce sabre à mon côté ! Allons ! ce cheval, qu’on le selle2 ! Suit la préparation du voyage : le bateau à Toulon, le commandement sous Fabvier. Le poète se veut acteur de la bataille prochaine : Je veux voir des combats, toujours au premier rang ! Voir comment les spahis s’épanchent en torrent Sur l’infanterie inquiète ; Voir comment leur damas, qu’emporte leur coursier, Coupe une tête au fil de son croissant d’acier ! Allons !… Le ton a monté depuis l’ode “À mon père” : la bataille, le soldat et l’épée sont toujours là, mais la rêverie se change en désir d’action : – mais quoi, pauvre poète, Où m’emporte moi-même un accès belliqueux ? Les vieillards, les enfants m’admettent avec eux. Cette interrogation le conduit à réfléchir sur son identité –“Que suis-je ?– Esprit qu’un souffle enlève”. Qui est-il face au monde qui agit en lui (le lac, la lune, les chariots). Il n’est pas moins porté par l’“enthousiasme” qui donne son titre au poème, mais son objet a changé. Le changement de décor est significatif. Il n’est plus question de voyage ni de bataille ; l’Orient est même oublié. La songerie amoureuse a substitué le rêve guerrier. Le poète peut répondre : il est l’“Esprit qu’un souffle enlève”. Le poème “Rêverie” situe le poète à la campagne, un soir d’automne, au soleil couchant. L’endroit et le moment font naître un souhait dans l’âme romantique du poète : le surgissement de “quelque ville mauresque, éclatante, inouïe”3. Dans la préface de l’édition originale, Victor Hugo compare la littérature aux “belles vieilles villes d’Espagne” où l’on trouve côte à côte la ville chrétienne et la ville mauresque. Il affirme que le volume des Orientales est comme “la mosquée” de cette ville ; puis il explique que la charge évocatrice de l’Orient soit devenue pour lui, “soit comme image, soit comme pensée, […] une sorte de préoccupation générale” qui empreint ses “pensées” et ses “rêveries”4. C’est ce que le lecteur vérifie dans “Rêverie”, où la “ville mauresque” doit servir de un repoussoir poétique : 2 Les Orientales, “IV. Enthousiasme”, ibid., p. 605. 3 Les Orientales, “XXXVI. Rêverie”, p. 679. 4 Ibid., p. 580.
  • 3. Qu’elle vienne inspirer, ranimer, ô génies ! Mes chansons, comme un ciel d’automne rembrunies. Nous sommes loin de l’ode “À mon père” et de la première partie de l’orientale intitulée “Enthousiasme”. Toutefois, une ligne se précise : l’acquiescement à une vocation, celle de poète. Les strophes de l’ode “À mon père” traduisaient l’insatisfaction du poète malcontent de sa tâche, l’orientale “Enthousiasme” acheminait vers une redéfinition de celle-ci. Dans “Rêverie”, Hugo se veut poète dès le début, et appelle l’Orient, la –“ville mauresque”–, afin de mieux mener à bout son travail poétique. Châtiments Dans les Châtiments, Victor Hugo continue sa réflexion sur sa tâche, regardée d’un autre point de vue. Le poème liminaire, “Nox”, l’annonce. Le recueil fustigera un régime politique : Toi qu’aimait Juvénal, gonflé de lave ardente, Toi dont la clarté luit dans l’œil fixe de Dante, Muse Indignation ! viens, dressons maintenant, Dressons sur cet empire heureux et rayonnant, Et sur cette victoire au tonnerre échappée, Assez de piloris pour faire une épopée5 ! Un grand pas vient d’être franchi des Orientales aux Châtiments. La rêverie mauresque n’est plus que songerie creuse, l’enthousiasme batailleur n’est plus tourné contre les Turcs, mais contre le Régime de Napoléon III et contre le Coup d’État. L’événement en lui-même est dépassé. Il atteint une dimension universelle, épique, expiatoire. La réflexion de Hugo sur son labeur de poète se continue tout au long du premier livre des Châtiments. Tel un geôlier, il enferme les malfaisants qu’il prend pour cibles à l’intérieur de ses poèmes, il les met en joue : Oh ! je sais qu’ils feront des mensonges sans nombre Pour s’évader des mains de la Vérité sombre ; Qu’ils nieront, qu’ils diront : ce n’est pas moi, c’est lui. Mais, n’est-il pas vrai, Dante, Eschyle, et vous, prophètes ? Jamais, du poignet des poëtes, Jamais, pris au collet, les malfaiteurs n’ont fui. J’ai fermé sur ceux-ci mon livre expiatoire ; J’ai mis des verrous à l’histoire ; L’histoire est un bagne aujourd’hui. Le poète n’est plus l’esprit qui rêve et qui prie ; Il a la grosse clef de la conciergerie6. Le poète, devenu “l’ange”, foudroie les criminels et redonne forces au peuple ployé, il fouaille les militaires et les ecclésiastiques comme si c’étaient des “démons”. Ici Hugo endosse deux rôles majeurs du poète romantique : celui d’exterminateur et celui de rédempteur. Le premier assujettit les oppresseurs –“Je les tiens dans mes vers comme dans un étau”– , le deuxième sauve les opprimés –“Ô peuples douloureux, il faut bien qu’on vous venge !”. Ces deux 5 Les Châtiments, “Pléiade”, Œuvres poétiques, t. II, éd. P. Albouy, 1967, Nox, IX, p. 18. 6 Les Châtiments, Livre premier. “La société est sauvée”, XI, I, ibid., p. 38.
  • 4. rôles n’en font qu’un, ils représentent la “fonction bénéfique” du génie “à l’égard de l’humanité”7. Le poète devient “poète-médiateur entre Dieu et les hommes”8 : Je crierai : lève-toi, peuple ! ciel, tonne et gronde ! La France, dans sa nuit profonde, Verra ma torche flamboyer ! […] Le phare sur les flots, l’étoile sur les monts, Me reconnaîtront bien et diront à voix basse : C’est un esprit vengeur qui passe, Chassant devant lui les démons ! Le livre IV des Châtiments contient un poème intitulé “Ce que le poète se disait en 1848”. Il a été écrit en novembre, un mois après que Victor Hugo a rencontré le prince Louis-Napoléon, en qui il crut découvrir l’homme que rétablirait l’ordre en garantissant la liberté et en aidant au progrès. Le poème porte la date de juillet de cette année. C’est un signe. Hugo a voulu qu’il soit lu à la lumière des journées de Juin, où il fut l’un des soixante représentants chargés d’aller aux barricades et de rétablir l’ordre par la persuasion, tâche dont il s’acquitta avec le plus grand courage9. C’est le sens de ces vers : …quand, sinistre, et soudain apparue, La morne barricade au coin de chaque rue Monte et vomit la mort de partout à la fois, Tu dois y courir seul et désarmé10… Mais le fait biographique intéresse moins ici que la réflexion de l’écrivain sur son travail. Dès les premiers vers le poète définit sa mission : Tu ne dois pas chercher le pouvoir, tu dois faire Ton œuvre ailleurs ; tu dois, esprit d’une autre sphère, Devant l’occasion reculer chastement. De la pensée en deuil doux et sévère amant, Compris ou dédaigné des hommes, tu dois être Pâtre pour les garder et pour les bénir prêtre. Déclaration à mettre en parallèle avec la deuxième partie du poème “Enthousiasme” plus haut cité. Face au pouvoir, le poète doit s’écarter. Sinon il risque de faillir à soi-même. Son œuvre est d’“ailleurs”. Floréal est un poème bâti sur un contraste. Nous sommes au printemps de 1853, à Jersey. La nature fleurit, le soleil brille, les oiseaux chantent. Mais soudain le malheur et les souffrances des hommes se présentent aux yeux du poète : Et je me lève, et tout s’efface, et, frémissant, Je n’ai plus sous les yeux qu’un peuple à la torture, Crimes sans châtiment, griefs sans sépulture, 7 Paul Bénichou, Les Mages romantiques, Gallimard, “Bibliothèque des idées”, 1988, p. 492. 8 Paul Bénichou, Le Sacre de l’écrivain. 1750-1830. Essai sur l’avènement d’un pouvoir spirituel laïque dans la France moderne, Gallimard, “Bibliothèque des idées”, 1996 (1973), p. 382. 9 P. Albouy, Les Châtiments, éd. citée, p. 1029-1030. 10 Les Châtiments, Livre IV. “La religion est glorifiée”, “II. Ce que le poète se disait en 1848”, éd. citée, p. 96.
  • 5. Les géants garrottés livrés aux avortons, Femmes dans les cachots, enfants dans les pontons, Bagnes, sénats, proscrits, cadavres, gémonies ; Alors, foulant aux pieds toutes les fleurs ternies, Je m’enfuis, et je dis à ce soleil si doux : Je veux l’ombre ! et je crie aux oiseaux : taisez-vous ! Et je pleure ! et la strophe, éclose de ma bouche, Bat mon front orageux de son aile farouche11. Nous sommes loin des “strophes cadencées” de l’ode “À mon père”. En ces temps, le poète se résignait à contrecœur à dire sa colère contre les désordres militaires et politiques en Grèce et en Espagne. Dans “Floréal” la strophe met sous les yeux du poète et du lecteur –double hypotypose– l’insoutenable horreur, et le poète fuit et en même temps montre son “devoir faire” –risquons cet emprunt à l’espagnole– du poète. Du temps a passé, Hugo pense autrement. Contemplations Dans les Contemplations, Hugo poursuit sa réflexion. Il y approfondit deux aspects : la mission du poète et l’innovation de la poésie. Il met aussi en question sa réflexion sur le fait poétique. 1. La mission du poète Le poème liminaire, daté de 1839, sans titre, recueille les mots prononcés par “une voix”. Autant dire : “la Muse”. Recours classique : “Poëte, tu fais bien ! Poëte au triste front, Tu rêves près des ondes, Et tu tires des mers bien des choses qui sont Sous les vagues profondes ! La mer, c’est le Seigneur, que, misère ou bonheur Tout destin montre et nomme ; Le vent, c’est le Seigneur ; l’astre, c’est le Seigneur ; Le navire, c’est l’homme”12. Cette voix, de beaucoup antérieure à celle qui sort de la bouche d’ombre (1855), applaudit à la nouvelle mission du poète. Le livre développe plusieurs facettes de cette mission. La contemplation : il est l’admirateur, l’adorateur de la nature. La rêverie des premiers temps a quelque peu changé. Le poète n’a plus besoin d’évoquer un monde exotique ou éloigné, il ne souhaite plus voir surgir des villes mauresques. La nature suffit à sa songerie : Et, pleins de jour et d’ombre et de confuses voix, Les grands arbres profonds qui vivent dans les bois, […] Contemplent de son front la sereine lueur, Et murmurent tout bas : C’est lui ! c’est le rêveur !13 11 Ibid. Livre VI. “La stabilité est assurée”, “XIV. Floréal”, p. 177. 12 Les Contemplations, “Autrefois (1830-1843)”, “Pléiade”, Œuvres poétiques, t. II, éd. citée, p. 485. 13 Ibid., Livre premier, “Aurore”, “II. Le poëte s’en va dans les champs…”, p. 489.
  • 6. Ce poème appelle la comparaison avec le XXVIIe du “livre premier”, qui commence par ces vers : Oui, je suis le rêveur ; je suis le camarade Des petites fleurs d’or du mur qui se dégrade, Et l’interlocuteur des arbres et du vent14. Le poète n’abjure plus son travail, comme il faisait dans l’ode “Mon enfance” : J’aurais été soldat, si je n’étais poète. Maintenant il dit : Si je n’étais songeur, j’aurais été sylvain. La réflexion sur la mission du poète n’est pas personnelle. Elle s’élargit à celle d’autres artistes, d’autres arts. Dans le poème “À M. Froment Meurice” –écrit très probablement à la demande de Paul Meurice, demi-frère du sculpteur récemment décédé–, nous lisons : Nous sommes frères : la fleur Par deux arts peut être faite. Le poëte est ciseleur ; Le ciseleur est poëte15. Interchangeabilité de deux arts, fraternité d’artistes… Ce qui les fait se ressembler n’est pas l’objet de leur art –la pierre d’où Michel-Ange ou Cellini font jaillir leur statue–, mais l’esprit que leur art révèle : Tous les penseurs, sans chercher Qui finit ou qui commence, Sculptent le même rocher : Ce rocher, c’est l’art immense. 2. L’innovation en poésie Le poème “À André Chénier” (1830) ouvre la série des innovations que le poète introduit ou croit introduire dans la poésie de l’époque. Pierre Albouy note : Constituant, en quelque manière, une réflexion du poète sur son art, cette pièce annonce la grande série des poèmes sur la poésie, cette sorte d’“art poétique du romantisme”, qu’inaugure [le poème] Réponse à un acte d’accusation16. En effet, nous y retrouvons la nature –la forêt, les animaux et les plantes : elle est le modèle que le poète doit transférer sur la feuille de papier. Un bouvreuil lui adresse-t-il la parole, il doit “dégonfler” ses chants, combiner sa gravité avec sa légèreté : L’azur luit, quand parfois la gaîté le déchire ; L’Olympe reste grand en éclatant de rire ; 14 Ibid., “XXVII. Oui, je suis le rêveur…”, p. 531. 15 Ibid., “XVII. À M. Froment Meurice”, p. 517. 16 P. Albouy, Les Contemplations, éd. citée, p. 1378.
  • 7. Ne crois pas que l’esprit du poëte descend Lorsque entre deux grands vers un mot passe en dansant17. Chénier possédait l’art de mêler, à des “images gracieuses”, des “détails rendus avec la plus énergique trivialité”, lit-on dans un article du Conservateur littéraire paru en décembre 1819 et signé “E. [V. Hugo]”18. Ce poème des Contemplations et l’idylle “André Chénier” (deuxième série de La Légende des siècles) lui attribuent le patronage de la poésie riante et familière. Peu importe l’attribution. Citons ces vers, ils rendent compte d’une filiation : L’orageuse gaîté des néréides nues Se jetant de l’écume et dansant dans les flots, […] Pendant que tu souris, pendant que mon délire Abuse de ce doux consentement du rire19… “Réponse à un acte d’accusation” montre à souhait l’unité entre l’œuvre romantique de l’écrivain et son action politique. Peut-être naît-il en riposte au pamphlet, daté de janvier 1833, d’Alexandre Duval –“Je vous accuse donc, Monsieur, d’avoir […] perdu l’art dramatique et ruiné le théâtre français”–, ou aux reproches de Leroux, parus en 1831 dans la Revue Encyclopédique –qui accusaient Hugo de cultiver “l’Art pour l’Art”–, ou encore à une accusation purement imaginaire. Daté de janvier 1834 mais écrit vingt ans plus tard, il veut prouver aux républicains qu’au temps même d’Hernani l’intérêt porté à “l’art pur” ne lui empêchait pas la lutte pour la liberté20. Au début, l’écrivain rappelle le “réquisitoire” dont il a fait l’objet il y a longtemps : il aurait dévasté les dogmes de l’art. La pièce est trop connue pour que nous y revenions. Nous signalerons seulement les rapports qu’elle mentionne entre cette révolution esthétique et la réflexion qu’elle inspire au poète. Quand il sortit du collège, affirme-t-il, “la poésie était la monarchie”, elle était “image du royaume”. Il adopta alors une série de réactions : a) À l’inégalité entre mots “nobles” et “vilains”, il opposa une démocratisation dans toute la littérature, drame inclus : Et sur l’Académie, aïeule et douairière, Cachant sous ses jupons les tropes effarés, Et sur les bataillons d’alexandrins carrés, Je fis souffler un vent révolutionnaire. Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire. Plus de mot sénateur ! plus de mot roturier ! Je fis une tempête au fond de l’encrier, Et je mêlai, parmi les ombres débordées, Au peuple noir des mots l’essaim blanc des idées ; 17 Les Contemplations, “Autrefois (1830-1843)”, Livre premier. “Aurore”, “V. À André Chénier”, éd. citée, p. 491. 18 “Œuvres complètes d’André Chénier”, Le Conservateur littéraire, 1819-1821, éd. Jules Marsan, t. I, 1e partie, Hachette, 1922, p. 22 et 26 respectivement. 19 “André Chénier”, La Légende des siècles, éd. Jacques Truchet, “Pléiade”, 1950, p. 513. Voir P. Albouy, Les Contemplations, éd. citée, p. 1379. 20 Voir P. Albouy, Les Contemplations, éd. citée, p. 1382-1383 et Jean Gaudon, Le Temps de la contemplation. L’œuvre poétique de Victor Hugo des “Misères” au “Seuil du gouffre” (1845-1856), Flammarion, 1969, p. 243.
  • 8. Et je dis : Pas de mot où l’idée au vol pur Ne puisse se poser, tout humide d’azur21 ! Dans une autre série où le trope de l’anaphore n’est pas davantage “effacé”, il rehausse la brutalité de cette démarche : “Je massacrai…”, “j’osai…”, “je violai…”. b) À cette sorte d’égalitarisme des contenus Hugo a ajouté, dit-il, la libéralisation des formes : “Guerre à la rhétorique et paix à la syntaxe !” Le but de détrôner Aristote et Boileau a été atteint : “Et j’ai battu des mains, buveur du sang des phrases, / Quand j’ai vu…”, “Et quand j’ai vu…”. Le poète s’approprie alors une identité de révolutionnaire : “Oui, je suis ce Danton ! je suis ce Robespierre !”. c) Contre le lexique guindé, il promeut l’usage des mots de tous les jours : J’ai dit à la narine : Eh mais ! tu n’es qu’un nez ! J’ai dit au long fruit d’or : Mais tu n’es qu’une poire ! J’ai dit à Vaugelas : Tu n’es qu’une mâchoire ! J’ai dit aux mots : Soyez république ! Soyez La fourmilière immense, et travaillez ! croyez, Aimez, vivez ! – J’ai mis tout en branle, et, morose, J’ai jeté le vers noble aux chiens noirs de la prose. À ces bouffées nouvelles de progrès –égalitaire, libératrice, républicaine–, d’autres poètes ont ajouté leurs innovations, par exemple, une nouvelle prosodie aux hémistiches sans césure rigoureuse. Le travail individuel est appelé à devenir collectif et à produire un grand chambardement : le “nous” va substituer la première personne. Simultanément, le temps s’actualise, le présent substitue le passé : Et, ce que je faisais, d’autres l’ont fait aussi ; Mieux que moi. Calliope, Euterpe au ton transi, Polymnie, ont perdu leur gravité postiche. Nous faisons basculer la balance hémistiche. C’est vrai, maudissez-nous. Le vers, qui sur son front Jadis portait toujours douze plumes en rond, Et sans cesse sautait sur la double raquette Qu’on nomme prosodie et qu’on nomme étiquette, Rompt désormais la règle et trompe le ciseau, Et s’échappe, volant qui se change en oiseau, De la cage césure, et fuit vers la ravine, Et vole dans les cieux, alouette divine. Tous les mots à présent planent dans la clarté. Les écrivains ont mis la langue en liberté. Ainsi, le poète n’est plus un individu solitaire, il est intégré au “mouvement” du “progrès saint”, de la “Révolution” qui, en compagnie de la “Liberté”, embrasse toute la nouvelle littérature dans sa forme et dans son contenu : Elle est la prose, elle est le vers, elle est le drame ; Elle est l’expression, elle est le sentiment. À la fin du processus seule reste l’“idée”. Plus de “je” ni de “nous”. Le poète et ses coreligionnaires se sont effacés au profit de la nouvelle littérature. C’est ici que la réflexion sur la facette innovatrice du poète recouvre sa facette missionnaire. 21 Les Contemplations, Livre premier, “Aurore”, “VII. Réponse à un acte d’accusation”, p. 496.
  • 9. Sans doute savons-nous que Hugo n’a pas fait dans la langue les réformes dont il parle dans ce poème, qu’il surestime ses propres audaces dans les domaines du vocabulaire et de la versification. En revanche, peut-être sous-estime-t-il l’ampleur de son action lorsqu’il la borne aux seuls traits de l’ancienne rhétorique22. Écrit vingt ans après les “événements” qui l’ont suscité, le poème s’est détaché de son sujet, sans que le poète y prît garde23. Si le poème “Réponse à un acte d’accusation” prétend dépeindre la révolution apportée par Hugo dans la langue, le poème “Quelques mots à un autre” décrit sa révolution du vers : dans le premier, Hugo a délivré, croit-il, l’“idée” en libérant le “mot”, dans le deuxième il déclare avoir entraîné “la raison” avec “la rime” ; le poème élargit la révolution romantique aux “genres” littéraires, au goût, à l’ensemble des lettres24. L’écrivain s’adresse à un “classique” qui l’aurait connu “tout jeune”. S’agit-il d’un homme identifiable ? Faut-il y voir un type résumant les nombreux adversaires qui guerroyèrent contre Hugo ? Le poème ne permet pas de trancher. Du reste, tous les classiques sont ici visés. Aux partisans des anciens, Hugo montre que leur Olympe n’a aucune réalité, et que leur conception apollinienne ne tient aucun compte de la Grèce dionysiaque25. Le poète se place de nouveau au centre de la querelle : On y revient ; il faut y revenir moi-même. Ce qu’on attaque en moi, c’est mon temps, et je l’aime. Certe, on me laisserait en paix, passant obscur, Si je ne contenais, atome de l’azur, Un peu du grand rayon dont notre époque est faite. Hier le citoyen, aujourd’hui le poëte Le “romantique” après le “libéral”. – Allons, Soit ; dans mes deux sentiers mordez mes deux talons. Je suis le ténébreux par qui tout dégénère. Sur mon autre côté lancez l’autre tonnerre26. Un aveu non dénué de complaisance. Les griefs dont il se dit victime –insoumission aux règles, refus des modèles, manque de sobriété– ne l’intimident pas. Au contraire, ils le poussent à dire haut et fort sa pensée en littérature : “Et bien, démasquons-nous !” Suit une longue tirade où sont résumées, non sans orgueil, ses entorses à l’éloquence et à la rhétorique classiques. Tout comme dans le poème “Réponse à un acte d’accusation”, elles sont appliquées à la première personne, tantôt du singulier, tantôt du pluriel : On nous a vus, poussant vers un autre horizon La langue… […] Nous avons au vieux style attaché ce brûlot : Liberté ! […] 22 Voir J. Gaudon, op. cit., p. 244. 23 Voir Alfred Glauser, La Poétique de Hugo, A.G. Nizet, 1978, p. 338. 24 Voir P. Albouy, Les Contemplations, éd. citée, p. 1421. 25 Voir J. Gaudon, op. cit., p. 560. 26 Les Contemplations, “Autrefois (1830-1843)”, Livre premier. “Aurore”, “XXVI. Quelques mots à un autre”, éd. citée, p. 526-527.
  • 10. – et j’ai, chantant, luttant, bravant, Tordu plus d’une grille au parloir du couvent ; J’ai, torche en main, ouvert les deux battants du drame ; Pirates, nous avons, à la voile, à la rame, De la triple unité pris l’aride archipel. Sans doute cette alternance de personnes pronominales fait-elle partager à un collectif romantique la révolution littéraire plus ou moins indûment, comme dans le poème précédent, de la “Liberté”, de l’“Idée” et du “progrès”. 3. Le questionnement sur le travail poétique La maturité du poète et plusieurs événements –la mort de Léopoldine, l’exil– provoquent eux aussi une mise en question du travail poétique. Nous observons deux sortes de réflexions : la performance paradoxale et la dualité de l’écriture. a) La performance paradoxale Le quatrième livre des Contemplations a un fond de pensée métaphysique et spirituelle. Le poème “Trois ans après” s’ouvre sur une déclaration dans laquelle le poète exprime sa lassitude et son aspiration au repos : Il est temps que je me repose ; Je suis terrassé par le sort. Ne me parlez pas d’autre chose Que des ténèbres où l’on dort ! Que veut-on que je recommence ? Je ne demande désormais À la création immense Qu’un peu de silence et de paix ! Mais il perçoit toujours l’appel ancien : Pourquoi m’appelez-vous encore ? J’ai fait ma tâche et mon devoir. Qui travaillait avant l’aurore, Peut s’en aller avant le soir. D’où cet aveu : Mon œuvre n’est pas terminée, Dites-vous. Comme Adam banni, Je regarde ma destinée Et je vois bien que j’ai fini27. Le poème est daté de novembre 1846. Le souvenir de l’être perdu y est vif. Un autre poème –“Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin…”– porte la même date, suivie de l’indication “jour des morts”. Il dit la mélancolie que le deuil mêlé au souvenir provoque chez le poète : Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin De venir dans ma chambre un peu chaque matin ; 27 Les Contemplations, “Autrefois (1843-1855)”, Livre quatrième. “Pauca meæ”, “III. Trois ans après”, éd. citée, p. 643- 644.
  • 11. Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ; Elle entrait et disait : “Bonjour, mon petit père” ; Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait, Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe. Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse, Mon œuvre interrompue, et, tout en écrivant, Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée, Et mainte page blanche entre ses mains froissée Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers28. Le neuvième poème du quatrième livre (septembre 1846) a pour sujet la petite Léopoldine demandant à son père, au nom de tous les enfants, de raconter une histoire. Hugo invente un conte, dont il trouve “les personnages / parmi les ombres du plafond”. Même situation : grâce à sa fille, il devient poète : J’étais l’Arioste et l’Homère D’un poëme éclos d’un seul jet29. Faut-il s’arrêter à la circonstance du poème ? Ne naît-il pas du poète ? b) La dualité de l’écriture Un poème de novembre 1854 appartenant au cinquième livre –que domine le thème de l’union de l’ombre et de la lumière– établit une opposition nette entre deux époques du travail poétique, l’ancienne et la nouvelle. Dans une apostrophe, le poète se souvient du temps jadis, où, telle un “papillon” ou une “abeille”, l’enfant jouait et jouissait de la vie. Or, à présent, la mort l’a ravie et, telle “Proserpine sinistre”, elle est réduite à rêver dans la nuit. La “douleur” et le “drame” ont modifié profondément la pensée du poète, dont le crâne est devenu depuis “céleste et souterrain”. On voit ici la dualité chère à Hugo. Le poème “Homo duplex”, antérieur d’un an et recueilli dans La Légende des siècles, rappelle le côté d’“ombre” et d’“aurore” qui se trouve en chaque homme30. Relions ce poème à cet autre, “Duo”, des Quatre Vents de l’esprit, écrit aussi en novembre 1854. Assis au bord d’un cimetière, le poète voit un jeune couple revenir, heureux et rayonnant, d’une fête. La scène, le décor, éveillent, chez le poète, la question que Béatrice eût faite à son amant : “Si je mourais, mon Dante ?” Elle est en situation : le cimetière est comparé à un “champ que l’aube et l’ombre ont pour frontière”. Elle rend compte surtout de “l’enfer” qui s’est à l’instant reflété dans “le crâne du poëte”31. La strophe passe du temps de l’idylle à celui du drame. Elle est éclairante ; vie et art ont avancé le temps. Le dernier poème des Contemplations, “À celle qui est restée en France”, orchestre de façon grandiose l’emprise de la mort sur le poète voyant. Il vient démentir le questionnement sur le faire même de l’écriture : 28 Ibid., “V. Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin…”, p. 647-648. 29 Ibid., “IX. Ô souvenirs ! printemps ! aurore !”, p. 653. 30 “Homo duplex”, La Légende des siècles, “XVII. Avertissements et châtiments”, éd. citée, p. 291. 31 Sur le “crâne du poète” et le rapprochement de ces deux poèmes, voir J. Gaudon, op. cit., p. 247.
  • 12. Mets-toi sur ton séant, lève tes yeux, dérange Ce drap glacé qui fait des plis sur ton front d’ange, Ouvre tes mains, et prends ce livre : il est à toi32. Le poète, désormais, convoque les esprits et s’en remet à eux. Mort de Léopoldine, mort du poète : “Ce livre qui contient le spectre de ma vie”. Le faire poétique ne peut se conclure que par le silence imposé du ciel, le poète fait don de son livre “à la tombe”. En conclusion, et au prix sans doute de bien de simplifications, nous croyons pouvoir suggérer que : – dans les Odes et Ballades, le personnage poétique reprend le débat –classique– entre les armes et les lettres. Doit-il opter ? – dans les Orientales, il opte. – dans les “Châtiments”, son sujet est l’écriture, il la commente et la juge33. Mais la véritable transformation poétique a lieu dans les Contemplations. Deux grands événements en sont les causes selon le poète. Ils sont en relation avec sa biographie : la mort de Léopoldine, en septembre 1843, qui abolit “les jeux insouciants de l’égotisme”, l’“entrée dans l’exil”34, au lendemain du 2 décembre 1851, qui a été pour le poète l’occasion d’un retour sur lui- même et l’acquiescement à son rôle de mage. Le deuil et l’exil sont des “termes égaux et complémentaires” ; ils s’inscrivent en grandes lettres au carrefour du chagrin d’un père et de la sérénité conquise, de la douleur assumée et de la paix retrouvée35. Nous y voyons nous-même l’explication de son nouveau faire poétique. 32 “À celle qui est restée en France”, éd. citée, p. 823. 33 Voir A. Glauser, op. cit., p. 417. 34 C’est aussi le titre d’un poème des Quatre Vents de l’esprit, III. LE LIVRE LYRIQUE, XXXIV, Poésie, III, notice et notes de Danièle Gasiglia-Laster, Robert Laffont, “Bouquins”, 1985, p. 1337. 35 Voir Claude Gély, La Contemplation et le rêve. Victor Hugo, poète de l’intimité, nlle éd., Paris, A.-G. Nizet, 1993, p. 375-384.