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​​Le numérique est notre futur
mais quel est notre avenir ?
(R)évolution numérique, Anthropocène
(et travail)
Alexandre Monnin (Origens Medialab, ESC Clermont)
Plan
1. Travail, progrès, messianisme
2. Anthropocène : entre Apocalypse et messianisme
3. La (r)évolution numérique et le temps « paradoxal »
4. Quel programme et quelles questions désormais ?
I.
Le travail et le « messianisme »
« Le conformisme dès l’origine inhérent à la social-démocratie n’affecte pas seulement sa tactique politique,
mais aussi ses vues économiques. C’est là une des causes de son effondrement ultérieur. Rien n’a plus
corrompu le mouvement ouvrier allemand que la conviction de nager dans le sens du courant. À ce courant
qu’il croyait suivre, la pente était selon lui donnée par le développement de la technique. De là il n’y avait
qu’un pas à franchir pour s’imaginer que le travail industriel, qui s’inscrit à ses yeux dans le cours du progrès
technique, représente un acte politique. Chez les ouvriers allemands, la vieille éthique protestante du travail
réapparut sous une forme sécularisée. Le programme de Gotha porte déjà les traces de cette confusion. Il
définit le travail comme « la source de toute richesse et de toute culture ». À quoi Marx, animé d’un sombre
pressentiment, objectait que celui qui ne possède d’autre bien que sa force de travail « est nécessairement
l’esclave des autres hommes, qui se sont érigés […] en propriétaires. » Ce qui n’empêche pas la confusion de se
répandre de plus en plus, et Josef Dietzgen d’annoncer bientôt : « Le travail est le Messie des temps modernes.
Dans l’amélioration […] du travail […] réside la richesse, qui peut maintenant accomplir ce qu’aucun
rédempteur n’a accompli jusqu’à présent. » Cette conception du travail, caractéristique d’un marxisme vulgaire,
ne prend guère la peine de se demander en quoi les biens produits profitent aux travailleurs eux-mêmes, tant
qu’ils ne peuvent en disposer. Elle n’envisage que les progrès de la maîtrise sur la nature, non les régressions
de la société. Elle présente déjà les traits technocratiques qu’on rencontrera plus tard dans le fascisme. »
W. Benjamin, « Sur le concept d’histoire », trad. fr., p. 435-436.
Travail et numérique : des (r)évolutions (?)
• Destruction ou création d’emploi ?
• Création de nouveaux métiers ?
• Adaptation des métiers anciens ?
• Outils de régulation (droits des travailleurs des plateformes,
portabilités des données, digital labour, etc.)
Dans tous les cas, l’élément qui domine ici au sein du couple
travail/numérique c’est bien le second. La précédence lui revient
indéniablement. S’il y a bien un moteur du progrès à chercher, ce n’est
plus le travail mais bel et bien le numérique.
Le progrès comme messianisme
Dietzgen (cité par Benjamin) : « Le travail est le Messie des temps modernes.
Dans l’amélioration […] du travail […] réside la richesse, qui peut maintenant
accomplir ce qu’aucun rédempteur n’a accompli jusqu’à présent. [je
souligne] ».
Ce temps messianique peut aussi se lire comme un temps apocalyptique, un
temps qui ne passe plus, à ce point « homogène » et « automatique » qu’il
est comme achevé (en dépit des (r)évolutions successives qui l’affectent !).
Le numérique comme relève du
« messianisme »
Benjamin toujours : « Le progrès […] était premièrement un progrès de l’humanité
elle-même (non simplement de ses aptitudes et de ses connaissances). Il était
deuxièmement un progrès illimité (correspondant au caractère indéfiniment
perfectible de l’humanité). Il était envisagé troisièmement comme essentiellement
irrésistible (se poursuivant automatiquement selon une ligne droite ou une
spirale). Chacun de ces prédicats est contestable, chacun offre prise à la critique.
Mais celle-ci, si elle se veut rigoureuse, doit remonter au-delà de tous ces prédicats
et s’orienter vers quelque chose qui leur est commun. L’idée d’un progrès de
l’espère humaine à travers l’histoire est inséparable de celle d’un mouvement
dans un temps homogène et vide. La critique de cette dernière idée doit servir de
fondement à la critique de l’idée de progrès en général [je souligne]. » (Ibidem, p.
439).
Aujourd’hui, le numérique s’inscrit dans la temporalité associée au progrès (à
moins qu’il ne la réalise et ne la prolonge).
Temps du progrès
Travail et numérique : l’accélérationnisme
• Le courant accélérationniste (de gauche) postule qu’il faut dézsormais
accélérer les évolutions en cours du capitalisme (porté par le
numérique et l’automatisation) afin que ses contradictions obligent à
repenser en profondeur le modèle social een vigueur.
• Cet aggiornamento précèderait un second temps, sorte de mise à jour
du « logiciel » du progrès, après quoi ce dernier pourrait reprendre sa
marche sans entrave.
• Il s’agit d’une « révolution », au sens étymologique du terme, mais
d’une révolution qui doit tenir compte du passage du temps,
assimilable par conséquent à une boucle davantage qu’à un retour sur
soi.
Temporalité accélérationniste
II.
Temps de la fin et fin du temps :
Latour sur l’Anthropocène
• On l’a vu, le temps du progrès (selon une conception « dogmatique » de ce dernier
précise Benjamin) a été conçu comme un temps messianique (peut-être par erreur,
historiquement mais plus profondément encore).
• Pour bien appréhender ce rapport au temps, peut-être convient-il de réintroduire un
motif apocalyptique, dans le sillage des derniers travaux de B. Latour sur l’Anthropocène.
• Cf. ​pour Latour, les fins sont dans le temps, fragiles, difficiles à déterminer... (= Temps de
la fin). A l’inverse, la fin du temps absolutise le temps présent et ce qui le caractérise, i.e.
: le progrès technique et tout ce qui le rend possible par exemple (= Fin du temps).
• Cf. aussi Agamben : il y a une dualité au cœur de l’Eglise (et pas seulement dans la
rencontre entre la modernité scientifique et la religion, comme chez Latour) : « Il y a,
dans l’Eglise, deux éléments inconciliables, qui, cependant, ne cessent de s’enchevêtrer
historiquement : l’oikonomia – l’action salvatrice de Dieu dans le monde et dans le
temps. Quand l’élément eschatologique a été mis de côté, le développement de
l’oikonomia sécularisée s’est perverti et est devenu littéralement sans fin, c’est-à-dire
sans but. »
Le temps apocalyptique (= la fin du temps)
chez Latour
=
Temps de la fin et fin du temps : Agamben et
Paul
Retour sur le temps messianique :
• Si l’on distingue le temps linéaire et uniforme du progrès de la fin du
temps, alors on aboutit à deux temps différent (chronos et eschaton).
• Agamben, dans sa lecture de Paul, nous présente un troisième temps,
un temps du kairos, marqué par la venue du messie.
• Temps de la fin = le temps qui a en vue la fin du temps (l’eschaton, le
Royaume, la rédemption – la catastrophe aussi). Ce temps n’est pas
un temps apocalyptique mais messianique, il faut penser ce que fait
subir au temps présent cette perspective eschatologique (chez Paul :
suspension de la loi, des vocations - la klesis, etc.).
La figure ternaire du temps (Paul/Agamben) :
chronos, kairos, eschaton.
[ ]
Le temps messianique (= temps de la fin) chez
Paul/Agamben
• Agamben : un temps politique, le temps du maintenant (une « transformation
intérieur du temps que l’événement messianique a produite une fois pour toutes
et la transformation de la vie des fidèles qui s’ensuit » - in Le mystère du mal).
• Aujourd’hui : la catastrophe est quelque chose que nous pouvons contempler
(l’avenir). Pas un risque, une certitude (même si on ne peut pas dire où et
comment). C’est aussi une certitude car la catastrophe s’observe déjà dans le
présent.
• Plus intéressant encore, la théologie chrétienne des premiers siècles identifie la
figure du katechon comme une figure séculière qui retarde la fin du temps
(l’eschaton). Cette figure a été identifiée à l’Empire voire à l’Eglise elle-même.
Aujourd’hui, ces deux courant concurrents (en apparence, dans les discours, pas
du tout d’un point de vue physique ou métabolique) que sont l’Anthropocène et
le numérique sont en une relation qui n’est pas dissimilaire à la relation entre le
katechon et l’eschaton.
III.
Le présent actuel : un temps « impossible »
Quelques exemples illustreront les paradoxes temporels au cœur des
problèmes qui se posent désormais à nous (le mot « problème »
n’étant sans doute plus apte à décrire une situation qui n’est plus apte
à recevoir une « solution »).
- L’effet-rebond
- Les résultats du progrès technique
- L’inertie climatique
- Les innovations et la chouette de Minerve
Effet-Rebond
L’effet-rebond, aussi connu sous le nom de « paradoxe de Jevons »,
postule que l’optimisation ou l’efficience énergétiques aboutissent
toujours à un accroissement global des dépenses énergétique.
https://ecoinfo.cnrs.fr/2015/12/23/les-effets-rebond-du-numerique/
Progrès technique et « dématérialisation »
• La dématérialisation, comme effet attendu du progrès technologique
et de l’optimisation, est contredite par les études qui lui opposent un
contre-argument inductif à partir d’études s’étalant sur plusieurs
dizaines d’années : “The major empirical finding reported here [s that]
direct dematerialization due to technological progress will no occur”.
• In, Magee, Christopher L., et Tessaleno C. Devezas. « A Simple
Extension of Dematerialization Theory: Incorporation of Technical
Progress and the Rebound Effect ». Technological Forecasting and
Social Change 117 (avril 2017): 196-205.
https://doi.org/10.1016/j.techfore.2016.12.001.
Inertie climatique
• Le réchauffement (dérèglement) climatique connaît une inertie d’une
quarantaine d’année. Autrement dit, le climat actuel est la résultante
des émissions d’il y a 40 ans. De même, les émissions actuelle
exerceront leurs effets dans 40 ans. Cette latence s’étend donc, en
tout et pour tout sur 80 ans (une durée qui excède largement le
calendriers politique et se compare à une vie humaine) !
• Cette articulation entre passé et présent décale le temps de l’action.
Agir aujourd’hui pour le climat revient à en sentir les effets en 2058…
Les innovations et la chouette de Minerve
• Transition énergétique : de récentes études menées au MIT ont montré qu’au rythme actuel cette
la mise en place de cette transition prendrait 363 ans :
https://www.technologyreview.com/s/610457/at-this-rate-its-going-to-take-nearly-400-years-to-
transform-the-energy-system/ (ce qui est fort insuffisant au rythme actuel). Dans ce calcul, en
outre, le coût d'installation des ER doit être pris en compte. Car ce qui est visé avec les ER c'est
évidemment de diminuer les rejets de CO2 mais les travaux d'installation amèneront leur lot
d'émissions. On compte donc pour cela sur de futures économies mais ceci nécessite en retour
que la fenêtre de tir pour agir doit être suffisamment grande (cf. 3 ans, 20 ans…). Autre exemple :
les panneaux solaires, une étude montrait qu’en tenant compte de la durée de vie des panneaux
et du coût écologique de leur production, une croissance de plus de 12% par ans du secteur
accuserait un bilan carbone négatif (en tenant compte des émissions et des économies).
• La fusion (ITER) : la dernière roadmap d’EUROfusion ne prévoit pas de mise en activité des
démonstrateur de réacteur à fusion nucléaire avant « le début de la deuxième moitié du XXIe
siècle » (2054 selon un autre document – appréciation jugée optimiste par les experts eux-
mêmes. L’un d’eux ajoute « it is vital to demonstrate electricity generation from fusion "not too
far after the middle of the century". Otherwise, there may no longer be a nuclear industry able to
build the commercial fusion plants that would follow, and the public may lose patience. »,
http://www.bbc.com/news/science-environment-40558758).
Défuturation
• Le designer Tony Fry propose le concept de défuturation pour qualifier la
situation actuelle. Le design, selon lui, fait normalement œuvre de
futuration, il produit un futur habitable (à l’échelle de l’espèce). En ce sens,
il s’agit d’une activité qui n’est en aucun cas réservé à une profession
déterminée, l’acception retenue est ici beaucoup plus large.
• Aujourd’hui, ajoute-t-il, l’innovation et le design ne produise plus de futur
mais son inverse, ce sont des facteurs de « défuturation ».
• En effet, les innovations à venir proviennent largement d’un passé dans
lequel la question Anthropocénique n’avait aucune place, un passé
accouchant d’un futur obsolète, préemptant ce dernier en l’obérant.
Retour sur le temps accélérationniste
• La temporalité accélérationniste, une fois passée au crible du schéma
ternaire entrevu :
a) part d’un temps qui est celui du progrès,
b) évite le temps messianique, ce temps impossible, en décrivant une
boucle qui saute littéralement par-dessus (sans que l’on ne sache
comment : autre forme de temps impossible…), et
c) s’achève sur un progrès indéfini qui tient plus de la fin du temps
que du temps de la fin proprement dit.
IV.
Quel(s) programme(s) ?
• « Paul pose le problème : « Qu’est-ce que la vie messianique ?
Qu’allons-nous faire maintenant que nous sommes dans le temps
messianique ? Qu’allons-nous faire par rapport à l’État ? Qu’allons-
nous faire du travail, etc. ? »
• (le) Paul (d’Agamben) et la « katargein » ;
• La théorie de la puissance destituante chez Agamben ;
• Le comité invisible et la « désertion » ;
• Latour : « Où atterrir ? » ;
• Alexandre Monnin et Diego Landivar : Closing Worlds, un programme
pour l’Anthropocène.

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  • 2. Plan 1. Travail, progrès, messianisme 2. Anthropocène : entre Apocalypse et messianisme 3. La (r)évolution numérique et le temps « paradoxal » 4. Quel programme et quelles questions désormais ?
  • 3. I.
  • 4. Le travail et le « messianisme » « Le conformisme dès l’origine inhérent à la social-démocratie n’affecte pas seulement sa tactique politique, mais aussi ses vues économiques. C’est là une des causes de son effondrement ultérieur. Rien n’a plus corrompu le mouvement ouvrier allemand que la conviction de nager dans le sens du courant. À ce courant qu’il croyait suivre, la pente était selon lui donnée par le développement de la technique. De là il n’y avait qu’un pas à franchir pour s’imaginer que le travail industriel, qui s’inscrit à ses yeux dans le cours du progrès technique, représente un acte politique. Chez les ouvriers allemands, la vieille éthique protestante du travail réapparut sous une forme sécularisée. Le programme de Gotha porte déjà les traces de cette confusion. Il définit le travail comme « la source de toute richesse et de toute culture ». À quoi Marx, animé d’un sombre pressentiment, objectait que celui qui ne possède d’autre bien que sa force de travail « est nécessairement l’esclave des autres hommes, qui se sont érigés […] en propriétaires. » Ce qui n’empêche pas la confusion de se répandre de plus en plus, et Josef Dietzgen d’annoncer bientôt : « Le travail est le Messie des temps modernes. Dans l’amélioration […] du travail […] réside la richesse, qui peut maintenant accomplir ce qu’aucun rédempteur n’a accompli jusqu’à présent. » Cette conception du travail, caractéristique d’un marxisme vulgaire, ne prend guère la peine de se demander en quoi les biens produits profitent aux travailleurs eux-mêmes, tant qu’ils ne peuvent en disposer. Elle n’envisage que les progrès de la maîtrise sur la nature, non les régressions de la société. Elle présente déjà les traits technocratiques qu’on rencontrera plus tard dans le fascisme. » W. Benjamin, « Sur le concept d’histoire », trad. fr., p. 435-436.
  • 5. Travail et numérique : des (r)évolutions (?) • Destruction ou création d’emploi ? • Création de nouveaux métiers ? • Adaptation des métiers anciens ? • Outils de régulation (droits des travailleurs des plateformes, portabilités des données, digital labour, etc.) Dans tous les cas, l’élément qui domine ici au sein du couple travail/numérique c’est bien le second. La précédence lui revient indéniablement. S’il y a bien un moteur du progrès à chercher, ce n’est plus le travail mais bel et bien le numérique.
  • 6. Le progrès comme messianisme Dietzgen (cité par Benjamin) : « Le travail est le Messie des temps modernes. Dans l’amélioration […] du travail […] réside la richesse, qui peut maintenant accomplir ce qu’aucun rédempteur n’a accompli jusqu’à présent. [je souligne] ». Ce temps messianique peut aussi se lire comme un temps apocalyptique, un temps qui ne passe plus, à ce point « homogène » et « automatique » qu’il est comme achevé (en dépit des (r)évolutions successives qui l’affectent !).
  • 7. Le numérique comme relève du « messianisme » Benjamin toujours : « Le progrès […] était premièrement un progrès de l’humanité elle-même (non simplement de ses aptitudes et de ses connaissances). Il était deuxièmement un progrès illimité (correspondant au caractère indéfiniment perfectible de l’humanité). Il était envisagé troisièmement comme essentiellement irrésistible (se poursuivant automatiquement selon une ligne droite ou une spirale). Chacun de ces prédicats est contestable, chacun offre prise à la critique. Mais celle-ci, si elle se veut rigoureuse, doit remonter au-delà de tous ces prédicats et s’orienter vers quelque chose qui leur est commun. L’idée d’un progrès de l’espère humaine à travers l’histoire est inséparable de celle d’un mouvement dans un temps homogène et vide. La critique de cette dernière idée doit servir de fondement à la critique de l’idée de progrès en général [je souligne]. » (Ibidem, p. 439). Aujourd’hui, le numérique s’inscrit dans la temporalité associée au progrès (à moins qu’il ne la réalise et ne la prolonge).
  • 9. Travail et numérique : l’accélérationnisme • Le courant accélérationniste (de gauche) postule qu’il faut dézsormais accélérer les évolutions en cours du capitalisme (porté par le numérique et l’automatisation) afin que ses contradictions obligent à repenser en profondeur le modèle social een vigueur. • Cet aggiornamento précèderait un second temps, sorte de mise à jour du « logiciel » du progrès, après quoi ce dernier pourrait reprendre sa marche sans entrave. • Il s’agit d’une « révolution », au sens étymologique du terme, mais d’une révolution qui doit tenir compte du passage du temps, assimilable par conséquent à une boucle davantage qu’à un retour sur soi.
  • 11. II.
  • 12. Temps de la fin et fin du temps : Latour sur l’Anthropocène • On l’a vu, le temps du progrès (selon une conception « dogmatique » de ce dernier précise Benjamin) a été conçu comme un temps messianique (peut-être par erreur, historiquement mais plus profondément encore). • Pour bien appréhender ce rapport au temps, peut-être convient-il de réintroduire un motif apocalyptique, dans le sillage des derniers travaux de B. Latour sur l’Anthropocène. • Cf. ​pour Latour, les fins sont dans le temps, fragiles, difficiles à déterminer... (= Temps de la fin). A l’inverse, la fin du temps absolutise le temps présent et ce qui le caractérise, i.e. : le progrès technique et tout ce qui le rend possible par exemple (= Fin du temps). • Cf. aussi Agamben : il y a une dualité au cœur de l’Eglise (et pas seulement dans la rencontre entre la modernité scientifique et la religion, comme chez Latour) : « Il y a, dans l’Eglise, deux éléments inconciliables, qui, cependant, ne cessent de s’enchevêtrer historiquement : l’oikonomia – l’action salvatrice de Dieu dans le monde et dans le temps. Quand l’élément eschatologique a été mis de côté, le développement de l’oikonomia sécularisée s’est perverti et est devenu littéralement sans fin, c’est-à-dire sans but. »
  • 13. Le temps apocalyptique (= la fin du temps) chez Latour =
  • 14. Temps de la fin et fin du temps : Agamben et Paul Retour sur le temps messianique : • Si l’on distingue le temps linéaire et uniforme du progrès de la fin du temps, alors on aboutit à deux temps différent (chronos et eschaton). • Agamben, dans sa lecture de Paul, nous présente un troisième temps, un temps du kairos, marqué par la venue du messie. • Temps de la fin = le temps qui a en vue la fin du temps (l’eschaton, le Royaume, la rédemption – la catastrophe aussi). Ce temps n’est pas un temps apocalyptique mais messianique, il faut penser ce que fait subir au temps présent cette perspective eschatologique (chez Paul : suspension de la loi, des vocations - la klesis, etc.).
  • 15. La figure ternaire du temps (Paul/Agamben) : chronos, kairos, eschaton. [ ]
  • 16. Le temps messianique (= temps de la fin) chez Paul/Agamben • Agamben : un temps politique, le temps du maintenant (une « transformation intérieur du temps que l’événement messianique a produite une fois pour toutes et la transformation de la vie des fidèles qui s’ensuit » - in Le mystère du mal). • Aujourd’hui : la catastrophe est quelque chose que nous pouvons contempler (l’avenir). Pas un risque, une certitude (même si on ne peut pas dire où et comment). C’est aussi une certitude car la catastrophe s’observe déjà dans le présent. • Plus intéressant encore, la théologie chrétienne des premiers siècles identifie la figure du katechon comme une figure séculière qui retarde la fin du temps (l’eschaton). Cette figure a été identifiée à l’Empire voire à l’Eglise elle-même. Aujourd’hui, ces deux courant concurrents (en apparence, dans les discours, pas du tout d’un point de vue physique ou métabolique) que sont l’Anthropocène et le numérique sont en une relation qui n’est pas dissimilaire à la relation entre le katechon et l’eschaton.
  • 17. III.
  • 18. Le présent actuel : un temps « impossible » Quelques exemples illustreront les paradoxes temporels au cœur des problèmes qui se posent désormais à nous (le mot « problème » n’étant sans doute plus apte à décrire une situation qui n’est plus apte à recevoir une « solution »). - L’effet-rebond - Les résultats du progrès technique - L’inertie climatique - Les innovations et la chouette de Minerve
  • 19. Effet-Rebond L’effet-rebond, aussi connu sous le nom de « paradoxe de Jevons », postule que l’optimisation ou l’efficience énergétiques aboutissent toujours à un accroissement global des dépenses énergétique. https://ecoinfo.cnrs.fr/2015/12/23/les-effets-rebond-du-numerique/
  • 20. Progrès technique et « dématérialisation » • La dématérialisation, comme effet attendu du progrès technologique et de l’optimisation, est contredite par les études qui lui opposent un contre-argument inductif à partir d’études s’étalant sur plusieurs dizaines d’années : “The major empirical finding reported here [s that] direct dematerialization due to technological progress will no occur”. • In, Magee, Christopher L., et Tessaleno C. Devezas. « A Simple Extension of Dematerialization Theory: Incorporation of Technical Progress and the Rebound Effect ». Technological Forecasting and Social Change 117 (avril 2017): 196-205. https://doi.org/10.1016/j.techfore.2016.12.001.
  • 21. Inertie climatique • Le réchauffement (dérèglement) climatique connaît une inertie d’une quarantaine d’année. Autrement dit, le climat actuel est la résultante des émissions d’il y a 40 ans. De même, les émissions actuelle exerceront leurs effets dans 40 ans. Cette latence s’étend donc, en tout et pour tout sur 80 ans (une durée qui excède largement le calendriers politique et se compare à une vie humaine) ! • Cette articulation entre passé et présent décale le temps de l’action. Agir aujourd’hui pour le climat revient à en sentir les effets en 2058…
  • 22. Les innovations et la chouette de Minerve • Transition énergétique : de récentes études menées au MIT ont montré qu’au rythme actuel cette la mise en place de cette transition prendrait 363 ans : https://www.technologyreview.com/s/610457/at-this-rate-its-going-to-take-nearly-400-years-to- transform-the-energy-system/ (ce qui est fort insuffisant au rythme actuel). Dans ce calcul, en outre, le coût d'installation des ER doit être pris en compte. Car ce qui est visé avec les ER c'est évidemment de diminuer les rejets de CO2 mais les travaux d'installation amèneront leur lot d'émissions. On compte donc pour cela sur de futures économies mais ceci nécessite en retour que la fenêtre de tir pour agir doit être suffisamment grande (cf. 3 ans, 20 ans…). Autre exemple : les panneaux solaires, une étude montrait qu’en tenant compte de la durée de vie des panneaux et du coût écologique de leur production, une croissance de plus de 12% par ans du secteur accuserait un bilan carbone négatif (en tenant compte des émissions et des économies). • La fusion (ITER) : la dernière roadmap d’EUROfusion ne prévoit pas de mise en activité des démonstrateur de réacteur à fusion nucléaire avant « le début de la deuxième moitié du XXIe siècle » (2054 selon un autre document – appréciation jugée optimiste par les experts eux- mêmes. L’un d’eux ajoute « it is vital to demonstrate electricity generation from fusion "not too far after the middle of the century". Otherwise, there may no longer be a nuclear industry able to build the commercial fusion plants that would follow, and the public may lose patience. », http://www.bbc.com/news/science-environment-40558758).
  • 23. Défuturation • Le designer Tony Fry propose le concept de défuturation pour qualifier la situation actuelle. Le design, selon lui, fait normalement œuvre de futuration, il produit un futur habitable (à l’échelle de l’espèce). En ce sens, il s’agit d’une activité qui n’est en aucun cas réservé à une profession déterminée, l’acception retenue est ici beaucoup plus large. • Aujourd’hui, ajoute-t-il, l’innovation et le design ne produise plus de futur mais son inverse, ce sont des facteurs de « défuturation ». • En effet, les innovations à venir proviennent largement d’un passé dans lequel la question Anthropocénique n’avait aucune place, un passé accouchant d’un futur obsolète, préemptant ce dernier en l’obérant.
  • 24. Retour sur le temps accélérationniste
  • 25. • La temporalité accélérationniste, une fois passée au crible du schéma ternaire entrevu : a) part d’un temps qui est celui du progrès, b) évite le temps messianique, ce temps impossible, en décrivant une boucle qui saute littéralement par-dessus (sans que l’on ne sache comment : autre forme de temps impossible…), et c) s’achève sur un progrès indéfini qui tient plus de la fin du temps que du temps de la fin proprement dit.
  • 26. IV.
  • 27. Quel(s) programme(s) ? • « Paul pose le problème : « Qu’est-ce que la vie messianique ? Qu’allons-nous faire maintenant que nous sommes dans le temps messianique ? Qu’allons-nous faire par rapport à l’État ? Qu’allons- nous faire du travail, etc. ? » • (le) Paul (d’Agamben) et la « katargein » ; • La théorie de la puissance destituante chez Agamben ; • Le comité invisible et la « désertion » ; • Latour : « Où atterrir ? » ; • Alexandre Monnin et Diego Landivar : Closing Worlds, un programme pour l’Anthropocène.