SAMEDI 5 MARS 2016
0123
Lesfemmes...
autemps des
pharaons
antoine flandrin
ANNOTE PAR ERIC LEGER
D
e la femme au temps de l’Egypte ancienne,
on a longtemps gardé l’image impériale et
grandiose. Non seulement les exemples de
femmeshautfonctionnairesn’étaientpassi
rares, mais, mieux encore, certaines femmes ont oc-
cupé la fonction suprême, celle de pharaon, à l’instar
des célèbres Hatchepsout et Cléopâtre VII. Sans comp-
ter les grandes épouses royales, telles Néfertari ou Né-
fertiti, qui ont disposé d’une influence considérable,
sur les plans politique et diplomatique, auprès de leurs
époux respectifs, les rois Ramsès II et Akhenaton.
Undestraitslesplusfrappantsdel’Egypteancienneest
la place occupée par la femme au sein de la société.
Comme le rappelle le huitième volet de la collection
«Egyptomania»duMonde,elleétaitl’égaledel’homme:
elle pouvait faire des études, hériter, léguer, divorcer, in-
tenter un procès pour récupérer les biens du ménage et
le gagner. Cela ne l’empêchait pas de se remarier.
«ÉGALITÉ INCONTESTABLE»
La première femme médecin connue de l’humanité, la
dame Pesechet, a exercé dès la IVe dynastie de l’Ancien
Empire (2670 à 2450 avant Jésus-Christ). L’éminente
égyptologue Christiane Desroches Noblecourt (1913-
2011) l’a rappelé avec force: «Qu’on ne s’y méprenne pas!
L’égalitéincontestabledesdeuxsexesenEgypten’étaitpas
lerésultatd’uneluttemenéeparlafilleduNilpourobtenir
une “promotion” convoitée. Dieu l’avait faite femme, il
n’était pas question de renier cet état. Etre épouse, mère,
maîtressedemaisonauxcôtésd’unêtrecherquisavaitré-
pondre à l’effort consenti: tel était l’idéal.»
Rares sont les civilisations antiques où la femme pou-
vait prétendre à des postes sociaux importants. Le
grandvoyageurHérodoteavaitétésurprisparl’émanci-
pation des Egyptiennes. On était loin de la condition fé-
minine dans la Grèce antique, où la femme était consi-
dérée comme «une éternelle mineure».
Dans la société égyptienne antique, tout était dans la
main de Dieu. L’homme et la femme avaient été, sur or-
dre, façonnés de la main même du divin potier: les
sexes ont été différenciés. Chacun devait accepter son
sort, et il lui revenait de l’améliorer, sans enfreindre
l’équilibre cosmique. Dès lors, la contrainte ne pesait
pas plus sur l’homme que sur la femme. Si idéal que
semble ce concept de société, il n’a, pourtant, pas été
transgressé pendant plus de trois mille ans.
Dans cet ouvrage, on retrouvera un long chapitre sur
les cosmétiques. Les Egyptiens ont été les premiers à les
fabriquer.C’estlaforcedecettecollection:elleexplorela
viequotidiennedecettecivilisationpourmieuxensou-
ligner la modernité. Cette encyclopédie, à la fois vivante
et scientifique, qui compte 32 volumes, continuera de
paraître chaque semaine, jusqu’au 24 août prochain. p
«Egyptomania», une
collection Le Monde. Volume
n° 8: Hyksôs contre Thébains
– L’écriture hiératique – La
femme dans la société
égyptienne – Les vases
canopes.
En vente en kiosques depuis
jeudi 3 mars, au prix de 7,99 euros.

Les Femmes au temps des Pharaons

  • 1.
    SAMEDI 5 MARS2016 0123 Lesfemmes... autemps des pharaons antoine flandrin ANNOTE PAR ERIC LEGER D e la femme au temps de l’Egypte ancienne, on a longtemps gardé l’image impériale et grandiose. Non seulement les exemples de femmeshautfonctionnairesn’étaientpassi rares, mais, mieux encore, certaines femmes ont oc- cupé la fonction suprême, celle de pharaon, à l’instar des célèbres Hatchepsout et Cléopâtre VII. Sans comp- ter les grandes épouses royales, telles Néfertari ou Né- fertiti, qui ont disposé d’une influence considérable, sur les plans politique et diplomatique, auprès de leurs époux respectifs, les rois Ramsès II et Akhenaton. Undestraitslesplusfrappantsdel’Egypteancienneest la place occupée par la femme au sein de la société. Comme le rappelle le huitième volet de la collection «Egyptomania»duMonde,elleétaitl’égaledel’homme: elle pouvait faire des études, hériter, léguer, divorcer, in- tenter un procès pour récupérer les biens du ménage et le gagner. Cela ne l’empêchait pas de se remarier. «ÉGALITÉ INCONTESTABLE» La première femme médecin connue de l’humanité, la dame Pesechet, a exercé dès la IVe dynastie de l’Ancien Empire (2670 à 2450 avant Jésus-Christ). L’éminente égyptologue Christiane Desroches Noblecourt (1913- 2011) l’a rappelé avec force: «Qu’on ne s’y méprenne pas! L’égalitéincontestabledesdeuxsexesenEgypten’étaitpas lerésultatd’uneluttemenéeparlafilleduNilpourobtenir une “promotion” convoitée. Dieu l’avait faite femme, il n’était pas question de renier cet état. Etre épouse, mère, maîtressedemaisonauxcôtésd’unêtrecherquisavaitré- pondre à l’effort consenti: tel était l’idéal.» Rares sont les civilisations antiques où la femme pou- vait prétendre à des postes sociaux importants. Le grandvoyageurHérodoteavaitétésurprisparl’émanci- pation des Egyptiennes. On était loin de la condition fé- minine dans la Grèce antique, où la femme était consi- dérée comme «une éternelle mineure». Dans la société égyptienne antique, tout était dans la main de Dieu. L’homme et la femme avaient été, sur or- dre, façonnés de la main même du divin potier: les sexes ont été différenciés. Chacun devait accepter son sort, et il lui revenait de l’améliorer, sans enfreindre l’équilibre cosmique. Dès lors, la contrainte ne pesait pas plus sur l’homme que sur la femme. Si idéal que semble ce concept de société, il n’a, pourtant, pas été transgressé pendant plus de trois mille ans. Dans cet ouvrage, on retrouvera un long chapitre sur les cosmétiques. Les Egyptiens ont été les premiers à les fabriquer.C’estlaforcedecettecollection:elleexplorela viequotidiennedecettecivilisationpourmieuxensou- ligner la modernité. Cette encyclopédie, à la fois vivante et scientifique, qui compte 32 volumes, continuera de paraître chaque semaine, jusqu’au 24 août prochain. p «Egyptomania», une collection Le Monde. Volume n° 8: Hyksôs contre Thébains – L’écriture hiératique – La femme dans la société égyptienne – Les vases canopes. En vente en kiosques depuis jeudi 3 mars, au prix de 7,99 euros.