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Haute École Galilée
Institut des Hautes Études des Communications Sociales
L’économie collaborative sous l’emprise du big business
De l’utopie au profit
Travail présenté dans le cadre du mémoire de fin d’études pour
l’obtention du titre de Master en Presse et Information spécialisées
par Yassine MAZOUNI
Promoteur : Marc SINNAEVE
Bruxelles – septembre 2016
2
Remerciements
Je tiens à remercier l’ensemble du corps professoral en Presse et Information pour leur suivi,
que ce soit au travers de séances d’information données par Amandine Degand au premier
semestre concernant les différentes méthodes d’analyse ou au briefing donné par Camille
Laville et Nora de Marneffe concernant les grandes lignes de la rédaction d’un mémoire.
Je remercie également mon promoteur, Marc Sinnaeve, de m’avoir épaulé lorsque j’étais à la
recherche d’une documentation, pour ses précieux conseils quant à l’orientation de mon
travail mais également pour ses nombreuses sources et liens utiles échangés par mails.
Je remercie également les interlocuteurs qui m’ont ouvert leurs portes : Quentin Crespel de
chez Bees Coop, Clara Crabeels, Sophie Bibet, Claire Rocheteau et Florence Gounot de l’EPI,
Leonor Rennotte de chez Cambio Bruxelles, Bernard Mukeba de la start-up Dogcatweb,
Laurence Vanderpoelen du Repair Café de Forest mais également Edgar Szoc, économiste et
journaliste, auteur de plusieurs articles sur l’économie collaborative.
Enfin, je n’oublie pas non plus ma famille et mes amis les plus proches, qui sont de véritables
vecteurs de motivation.
3
Sommaire
Remerciements………………………………………………………………………………...
Sommaire……………………………………………………………………………………...
Introduction……………………………………………………………………………...........
I. L’ubérisation de l’économie: état des lieux…………………………………………...........
II. L’économie de partage : un collectivisme de façade ? ……………………………………
Airbnb : bête noire du fisc, championne de l’optimisation offshore………………………….
III. L’économie de partage : à l’origine d’un marché débridé ?……………………………..
IV. Quelles pistes pour réguler une telle économie ? …….………………………………….
Conclusion……………………………………………………………………………………
Sources………………………………………………………………………………………..
Annexes……………………………………………………………………………………….
Annexe 1 : retranscription de l’interview avec Quentin Crespel (Bees Coop) ………………
Annexe 2 : retranscription de l’interview avec Leonor Rennotte (Cambio Bruxelles) ……....
Annexe 3 : retranscription de l’interview avec Florence Gounot, Sophie Bibet et Claire
Rocheteau (l’EPI)……………………………………………………………………………...
Annexe 4 : retranscription de l’interview avec Bernard Mukeba (DogCatWeb) …………….
Annexe 5 : retranscription de l’interview avec Laurence Vanderpoelen (Repair Café)……...
Annexe 6 : retranscription de l’interview avec Edgar Szoc (économiste)…………………….
Table des matières…………………………………………………………………………….
Résumé…………………………………………………………………………………………
4
Introduction
Covoiturage ; colocation ; espaces de coworking ; financement participatif … Les méthodes
ne manquent pas pour définir ce qu’est l’économie collaborative. Cette économie qu’on
qualifie de « partage », d’ « ubérisée », de « collaborative » ou encore d’ « économie de la
fonctionnalité1
» renvoie à une même idée : bâtir un nouveau système économique fondé sur
le partage et la solidarité, dans le but de changer drastiquement nos façons de produire, de
consommer, de se loger ou encore de voyager.
Ainsi, comme le précisent les avocats Loïc Jourdain, Michel Leclerc et Arthur Millerand dans
leur ouvrage Économie collaborative & droit : les clés pour comprendre :
L’économie collaborative est fondée sur la mise en réseau de ressources.
La conséquence est une profonde remise en cause de nos modes de
consommation : le covoiturage se substitue au voyage en train, la
location à l’achat, l’hébergement chez l’habitant au séjour hôtelier, ou
encore le bricoleur du coin au plombier diplômé. Ainsi, alors qu’être
propriétaire d’un bien était jusqu’à présent la norme, les contraintes pour
emprunter, louer ou partager ce bien sont tombées, grâce à de nouvelles
formes d’intermédiation moins chères et sûres. » (2015, p.10).
Grâce à l’essor du web 2.0 et des nouvelles plateformes numériques, un écosystème lié à la
sphère du partage a pu voir le jour ces dernières années et plusieurs entités se sont distinguées
à travers plusieurs secteurs : dans le domaine de la location entre particuliers, Airbnb règne en
maître. Dans le secteur du covoiturage, Uber et Blablacar se partagent le marché. Au niveau
du crowdfunding (appelé aussi financement participatif), des plateformes comme
Kickstarter ou KissKissBankBank sont montées au créneau. Le métier de coursier à deux
roues change aussi du tout au tout avec l’introduction de concepts comme Take Eat Easy ou
Menu Next Door. Les concepts sont donc très variés, et le panel d’activités recouvre un pan
très large de l’économie traditionnelle.
Le capitalisme se définit comme un système économique caractérisé par la propriété privée
des moyens de production ainsi que par l’accumulation de capital. Avec l’économie
1
L’économie de la fonctionnalité consiste à remplacer la vente d’objets par une location liée à l’usage. On loue
donc en fonction de ses besoins.
5
collaborative, ce rapport de propriété disparaît au profit de la notion de partage et la
compétitivité laisse place à la collaboration.
La collaboration entre les utilisateurs d’un bien ou d’un service contribue à la création de
valeur et à l’innovation. Dans la revue Démocratie, Zoé Maus, permanente au CIEP
communautaire (le centre d’information et d’éducation populaire), précise que :
La mutualisation des propriétés de chacun permet d’optimiser les allocations et
les ressources. La réutilisation, la réparation et le partage répondent également
à des préoccupations environnementales tout en participant à la socialisation
des expériences et au renforcement du lien social. (Mai 2015, p.2).
Ces principes sont plutôt enthousiasmants sur le papier, certains pensent même que ce modèle
collaboratif remplacera à terme le système capitaliste. Cependant, entre révolution et
capitalisme 2.0, il n’y a qu’un pas. De nombreux économistes mettent en garde contre les
dérives de ce nouveau modèle. Il existe effectivement un risque de voir la plus-value générée
par cette économie aux mains de quelques acteurs seulement. Sous couvert de partage et de
collaboration, l’émergence d’un « capitalisme 2.0 pourrait renforcer l’hyper-consumérisme
au lieu de valoriser la réappropriation citoyenne de l’économie (…). Il viserait aussi à
commercialiser ce qui était gratuit et à flexibiliser encore plus le travail » (ibid).
Il y a donc bel et bien un risque que cette mouvance du tout collaboratif ne serve qu’à rendre
plus supportable le capitalisme. Ainsi, les plus grandes sociétés liées à l’économie du partage
(Airbnb ou Uber par exemple) peuvent au final se tenir assez loin de leurs ambitions
premières puisqu’elles deviennent des initiatives mondialisées, majoritairement axées sur le
profit et extrêmement médiatisées.
L’économie de partage qu’on qualifie aussi de « sharing economy » est encore assez neuve et
les frontières sont assez floues en termes de régulation. Sur le plan fiscal, ces sociétés payent
très peu d’impôts, elles flexibilisent le travail à leur convenance et elles peuvent également
créer un rapport de concurrence déloyale avec le reste des acteurs de l’économie
traditionnelle. Il est donc urgent de réguler le secteur afin de garantir la qualité des biens et
services proposés, de protéger les utilisateurs et les travailleurs. Ces nouvelles initiatives
doivent contribuer au partage et à la solidarité.
6
D’après le cabinet d’audit et de conseil PwC, le marché de l’économie collaborative
représentait 15 milliards de dollars en 2014. Il devrait atteindre 335 milliards de dollars en
2025.
La façon dont nous produisons et consommons les choses est en train de changer, et les
mutations sont importantes. Au travers de ce travail, nous nous intéressons de plus près à ces
nouvelles méthodes de consommation, à cette nouvelle forme d’économie. A l’heure où le
modèle capitaliste traditionnel s’essouffle, il est intéressant d’observer les rouages de ce
modèle alternatif basé sur la notion de partage. Ce sont les pratiques de toute une société qui
pourraient être remises en question sur le long terme.
L’objectif poursuivi par cet article est de tenter d’y voir plus clair dans la nébuleuse des
sociétés dites « collaboratives » et de pouvoir constater si, en effet, elles assument bel et bien
leur statut de partage. Certaines sociétés sont plus grosses que d’autres et elles se posent
comme les chefs de file de la mouvance collaborative : quelles différences animent ces barons
du tout collaboratif comparé à des structures plus modestes en taille et en moyens ? C’est
aussi un point que nous essaierons de clarifier dans les pages qui suivent.
Certaines personnes voient l’économie collaborative comme un changement profond de
paradigme, comme une innovation qui va redéfinir le capitalisme du XXIe
siècle. Ces
entreprises créeraient de la richesse sociale et économique pour l’ensemble de la collectivité.
D’un autre côté, l’ubérisation de la société casse les structures traditionnelles et elle suscite
beaucoup d’interrogations. Une chose est sûre, cette nouvelle forme d’économie ne laisse
personne indifférent et elle continue d’alimenter le débat.
La première partie de l’article se veut assez théorique et présente les différentes facettes de
l’économie collaborative ainsi que leur poids aujourd’hui. Les parties deux et trois de l’article
qui sont amenées à être développées par la suite dans ces pages vont être construites autour de
deux hypothèses :
 L’économie du partage n’aurait plus de collaboratif que le nom. C’est une économie
qui conserverait les mêmes pratiques que des sociétés capitalistes traditionnelles sur
un plan financier et qui engrangerait autant voire plus de bénéfices que ces dernières.
L’aspect collaboratif ne serait donc plus qu’une façade.
 L’économie de partage affecterait et mettrait en danger les différentes formes
d’emplois existantes : indépendants, salariés, télétravailleurs … Elle renforcerait la
7
précarité en termes d’emploi et jouerait de différents leviers (peu ou pas de taxes,
d’impôts ou de cotisations sociales) pour maximiser ses marges bénéficiaires. Cette
économie pratiquerait une forme de concurrence déloyale.
Pour pouvoir y apporter une tentative de réponse, nous avons décidé de limiter notre objet de
recherche aux entreprises de consommation collaborative, qu’il s’agisse de structures plus
importantes en termes de taille et de poids dans le paysage collaboratif, ou bien d’initiatives
locales et de proximité qui se sont aussi lancées dans l’aventure collaborative. La
méthodologie de recherche retenue est celle de l’entretien semi-directif : à travers un
questionnaire quasi identique pour chaque intervenant, nous tenterons d’observer quelles
récurrences et différences les animent sur différentes questions liées à cette économie 2.0.
Comme nous souhaitons conserver un minimum de recul par rapport à nos intervenants, la
méthode de l’observation semi-participante sera conjuguée à celle de l’entretien semi-directif.
Nous souhaitons garder une certaine distance par rapport à nos interlocuteurs mais ne pas non
plus être complètement effacé comme la méthode de l’observation non-participante le
propose. La méthode d’analyse employée est celle de l’analyse qualitative.
Une quatrième partie abordera les possibilités qui existent pour pouvoir réguler cette
économie, qu’elles existent déjà ou bien qu’elles soient actuellement au stade de l’élaboration.
Nous conclurons en faisant l’inventaire de ce qui a été dit dans ces pages et en y ajoutant
notre point de vue personnel.
8
I. L’ubérisation de l’économie : état des lieux
Voitures, vélos partagés, jardins coopératifs, plateformes qui permettent d’échanger des
services, crowdfunding, monnaies alternatives … Les méthodes ne manquent pas pour décrire
ce qu’est l’économie du partage. Depuis plusieurs années, la « sharing economy » s’est
fortement développée et a conquis plusieurs secteurs de l’économie traditionnelle. Ces
initiatives permettent aux citoyens de partager, de donner et de collaborer. Les personnes et
les communautés apprennent à s’adapter à de nouvelles conditions et relèvent les défis qui
s’imposent dans leur quotidien.
Une nouvelle approche de l’économie se dessinerait, fondée sur les valeurs de collaboration
entre individus davantage que sur des échanges marchands. Un monde dans lequel les objets
et services ne s’accumuleraient plus mais s’échangeraient. Les hommes seraient également
libérés des contraintes du salariat et retrouveraient du sens dans leur travail grâce à d’autres
modèles. Cette façon de faire de l’économie s’annoncerait comme une révolution.
La volonté affichée par les nouveaux acteurs de l’économie collaborative est de changer la
manière dont le système économique fonctionne. Actuellement, l’économie est régulée par un
Etat et fonctionne de manière centralisée. Les moyens de production le sont aussi. Ces acteurs
de l’économie 2.0 souhaitent qu’une multitude d’individus, indépendants mais coordonnés,
échangent entre eux, et c’est là où le point de rupture se forme. Ce qui a motivé des acteurs
comme Airbnb ou Uber à se lancer sur ce marché, c’est de remettre en cause le mode de
consommation classique et de passer de la propriété à un modèle basé sur l’emprunt et le
partage.
Ce ne sont plus les acteurs qui possèdent les outils de production et la maîtrise des ressources
qui dominent : il suffit à ces plateformes collaboratives de disposer d’une grosse offre dans
leur secteur et d’une demande soutenue grâce au capital sympathie dont elles disposent auprès
de leurs utilisateurs. C’est un changement profond de paradigme que cette économie souhaite
instaurer : sur le papier, ces entreprises 2.0 cherchent à créer de la richesse sociale et
économique pour l’ensemble de la collectivité. L’essor du web a permis à cette économie
d’exploser en termes de poids et d’échanges. C’est ainsi que ce mouvement est né.
Mais ce modèle risque, aux yeux de certains acteurs, de ne rester qu’au stade de l’utopie. Le
mouvement est à la base né dans des structures associatives et coopératives mais depuis
quelques années, de nombreuses plateformes se sont développées en tant qu’entreprises
9
privées avec des ambitions démesurées. Ainsi, des sociétés comme Airbnb et Uber sont
aujourd’hui valorisées à des dizaines de milliards de dollars et leur chiffre d’affaires s’établit
en centaines de millions. Ces sociétés ont décidé de mondialiser des pratiques comme la
location de logements entre particuliers ou le covoiturage. De véritables monopoles se
forment et la montée en puissance de ces sociétés peut conduire à l’effet inverse : les
travailleurs risquent de se retrouver dépendants de ces plateformes et de leurs règles.
En enlevant les intermédiaires, il n’y a plus d’institution collective existante pour les
travailleurs et le discours qui se construit autour de l’économie collaborative peut facilement
basculer de libertaire à de l’ultralibéral. De plus, les travailleurs n’ont aucune attache et vivent
seulement de petits boulots, la précarisation du travail est donc un point de friction au sein de
cette économie de partage. L’économie collaborative aurait-elle oublié ses intentions altruistes
et ne serait donc-t-elle plus qu’une forme d’utopie ?
L'économie collaborative peut aujourd'hui être scindée en quatre parties : le financement
collaboratif, qui regroupe des plateformes destinées à récolter de l'argent pour des projets
(KissKissBankBank, Kickstarter ...). La consommation collaborative, qui est la forme la
plus aboutie de ce modèle économique et qui joue plutôt sur le partage que sur la propriété de
biens ou de services (Airbnb, Uber, Blablacar ...). Le domaine de la connaissance, avec des
sites comme Wikipédia par exemple et pour finir, la sphère des Makers, qui proposent de
construire et de produire de manière collaborative (aussi appelés fab labs , ce sont des lieux
ouverts à tout le monde et où plusieurs outils sont mis à disposition pour créer des objets, par
l'intermédiaire d'imprimantes 3D par exemple).
En termes de poids financier, les plus grandes sociétés de l’économie du partage accumulent
des chiffres assez spectaculaires : du côté du spécialiste du logement, Airbnb, le Wall Street
Journal estimait que l’entreprise avait réussi à boucler une levée de fonds d’un milliard de
dollars fin 2015. La société bâtie par Brian Chesky en 2008 aurait généré 900 millions de
dollars de revenus l’année dernière pour 150 millions de dollars de pertes. L’entreprise est
valorisée à plus de 24 milliards de dollars, après le groupe Intercontinental et Hilton. Par
rapport à 2013, Airbnb a triplé ses revenus. A l’horizon 2020, l’entreprise devrait générer plus
de 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires.
Dans le domaine du VTC (véhicule de tourisme avec chauffeur), Uber règne en maître.
Malgré l’opacité des comptes de la société, plusieurs médias spécialisés dans l’économie (Les
Echos, Le Soir Eco, Le Monde Eco, Alternatives Economiques …) nous en disent un peu
10
plus sur le succès de la start-up californienne. L’entreprise fondée par Travis Cordell Kalanick
a réalisé un chiffre d’affaires de 663 millions de dollars pour le premier semestre de 2015,
alors que le montant était de 495 millions de dollars en 2014. Les pertes enregistrées par le
groupe sont tout aussi spectaculaires : 987 millions de dollars de pertes sur le premier
semestre de 2015 contre 671 millions en 2014. Pour un dollar de chiffre d’affaires, Uber
réalise 1,5 dollar de perte. Cependant, ces pertes se conjuguent à de très grosses levées de
fonds, que ce soit auprès du moteur de recherche chinois Baidu (1,2 milliard de dollars),
auprès de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs, le groupe industriel Tata, le fond
d’investissement public de l’Arabie Saoudite (3,5 milliards de dollars), … La valorisation
totale de l’entreprise se situe entre 60 et 70 milliards de dollars, ce qui en fait la start-up la
plus chère au monde. Uber n’est pas reprise en bourse.
Toujours dans le secteur du VTC, il y a également Blablacar qui brise tous les records.
Véritable vitrine de la « French Tech », la société fondée par Nicolas Brusson en 2006 avait
réussi à lever plus de 200 millions de dollars de fonds (soit 177 millions d’euros). De ce fait,
elle a rejoint le club très restreint des start-up évaluées à plus d’un milliard de dollars. Les
levées de fonds se sont faites progressivement, voire même de façon exponentielle : en 2012,
la société levait 10 millions de dollars, en 2014 plus de 100 millions et en 2015, 200 millions.
La plateforme, qui met en relation des automobilistes qui proposent un trajet et des voyageurs,
ponctionne une partie de la somme en jouant le rôle d’intermédiaire. Blablacar est basée à
Paris et compte plus de 20 millions de membres dans 19 pays. L’entreprise vise à se
développer rapidement à l’international et compte s’implanter d’abord en Asie, avec la Chine,
le Japon, la Corée du Sud et l’Indonésie en ligne de mire.
Ceci est un aperçu de trois start-up qui ont réussi à percer et devenir de véritables leaders dans
l’écosystème collaboratif. Mais il ne faut pas non plus oublier d’autres initiatives, locales, qui
ont aussi réussi à s’implémenter mais dans des proportions moins impressionnantes. Ainsi, en
Belgique par exemple, dans le secteur du VTC, on retrouve des noms tels que Wibee, Zen
Car, Cambio ou encore Autopia. D’autres structures permettent de partager des voitures avec
des parents et des élèves de son quartier (Kidspooling ou encore Schoolpool). Il est aussi
possible de louer un parking chez un habitant grâce à Carambla.
Avec Bookcrossers, les amateurs de littérature peuvent suivre l’itinéraire d’un livre
« abandonné » dans la nature qui sera au final lu par un passant. Pour les amateurs de fleurs,
le site fleursacouper.be indique les champs où l’on peut cueillir soi-même des fleurs avant de
11
laisser de l’argent dans une boîte prévue à cet effet. La structure des Petits Riens fait aussi
partie de la mouvance collaborative vu qu’elle permet d’acheter des vêtements ou des articles
de maison à bas prix afin de pouvoir financer les actions sociales de l’entreprise : lutter contre
l’exclusion et la pauvreté.
Dans le domaine de l’habitat, il n’y a pas qu’Airbnb qui offre une alternative. Plusieurs
plateformes de projet d’habitation groupée ont vu le jour dans notre pays afin de combiner vie
communautaire et logement privé. Les ressources matérielles et énergétiques sont donc mises
en commun. Les structures habitat-groupe.be ou encore samenhuizen.be sont les représentants
belges de ce domaine bien particulier.
N’oublions pas non plus les espaces de co-working qui se développent, avec des sites comme
coworkingbrussels.com ou encore abcenter.be. Les fab labs2
ne sont pas non plus en reste
avec des sites comme imal.org/fr/fablab ou encore timelab.org.
Un autre pan très important de cette économie 2.0 est tout le secteur du financement
participatif, qu’on appelle également crowdfunding3
: d’après un rapport du cabinet
Massolution, le marché mondial du crowdfunding a atteint 34,4 milliards de dollars en 2015,
soit le double par rapport à 2014, lorsque le montant tournait aux alentours de 16,2 milliards
de dollars.
En Belgique, entre 2014 et 2015, le volume des fonds levés par l’intermédiaire du
financement participatif a doublé, passant de deux millions et demi d’euros à cinq millions
d’euros. Aujourd’hui, on estime que le montant levé par toutes les plateformes belges de
crowdfunding est de treize milliards d’euros. En moyenne, le montant investi par personne sur
les sites de financement participatif en Belgique est de 0,4 euro.
Cependant, malgré cette performance, seuls 7,4% des Belges ont déjà participé à un projet via
le crowdfunding. C’est ce qui ressort d’une enquête menée par iVox et MyMicroInvest sur
1500 Belges de tous âges : un habitant sur deux n’a pas encore de connaissance précise sur ce
qu’est vraiment le financement participatif. Un Belge sur quatre envisage quant à lui de
réaliser son propre crowdfunding. Parmi les raisons qui font que le Belge ne s’intéresse pas de
plus près à ce phénomène et donc que les montants investis soient si bas, on retrouve le
manque de connaissances en premier lieu (26,3% des sondés). Viennent ensuite le manque de
2
Des ateliers qui abritent des machines-outils pilotées par ordinateur et qui permettent à n’importe qui de
pouvoir construire n’importe quel type d’objet.
3
Traduction littérale : le financement par la foule
12
capital disponible (23,9%), le manque d’intérêt pour la pratique (11,9%) et pour finir, la peur
d’investir dans du capital à risque (11,4%).
Quatre formes de crowdfunding existent : on retrouve en premier lieu le don simple. En
deuxième lieu, le don récompensé d’une contrepartie (qui est d’ailleurs le modèle adopté par
l’IHECS pour le financement des projets de mémoires médiatiques). Les deux dernières
formes relèvent de l’investissement financier : l’achat de participation dans une entreprise
donne droit à un dividende, ou alors le prêt pourra rapporter des intérêts au « crowdfunder ».
Auprès du public belge, ce ne sont pas les aspects financiers qui prédominent lorsqu’il s’agit
de financement participatif mais c’est surtout l’aspect fonctionnel : la perspective que le
produit financé puisse voir le jour est la principale préoccupation des personnes qui injectent
de l’argent. D’ailleurs, d’après l’enquête iVox / MyMicroInvest, les motivations principales
qui animent les « crowdfunders » se présentent de la sorte : pour 67% des sondés, l’aspect
fonctionnel prime (les crowdfunders souhaitent que le projet puisse voir le jour et qu’ils
puissent avoir l’objet entre les mains). Ensuite, c’est l’aspect financier qui intervient avec
54% des suffrages (le fait d’obtenir un rendement par rapport à l’investissement initial
consenti). Interviennent ensuite les aspects innovants, émotionnels et sociaux du financement
participatif, avec respectivement 51%, 51% et 46% (contribuer à la création de quelque chose
de totalement nouveau et se sentir impliqué dans le projet).
Le profil des crowdfunders est assez diversifié, mais on retrouve en tout premier lieu le
« philanthrope » (35%) : c’est celui qui investit avant tout pour l’aspect social et émotionnel
du projet, sans se faire happer par l’aspect financier. On retrouve ensuite les catégories de
« socio-investisseurs » et « inno-investisseurs » (27%) : ceux qui investissent principalement
pour les aspects financiers, innovants et sociaux d’un projet. Et pour boucler le classement,
l’« emo-investisseur » qui représente 11% des personnes qui mettent la main à la poche :
comme leur nom l’indique, ils investissent avant tout pour l’aspect émotionnel, c’est-à-dire
pour l’implication personnelle dans le projet.
Pour l’anecdote, certaines personnes situent l’origine de ce mouvement en 1885, lorsqu’un
appel avait été lancé à la population pour rénover le socle de la statue de la Liberté à New
York. Le marché belge est assez peu représentatif au final (en 2014, la Belgique n’avait
récolté que 4,5 millions d’euros, soit 0,02% du marché mondial). Par rapport à nos voisins
européens, la Belgique est le pays où l’investissement moyen par habitant est le plus bas (0,4
13
euro), alors qu’il est de 1,7 euro en Allemagne ; 2,3 euros en France ; 3,7 euros aux Pays-Bas
et de 29,5 euros en Angleterre.
Il faut aussi dire que le marché européen du crowdfunding est le moins important parmi les
continents les plus développés. D’après le rapport publié par Massolution, le chiffre était de
6,48 milliards de dollars en 2015. On retrouve ensuite l’Asie avec 10,54 milliards de dollars et
l’Amérique du Nord en tête de file avec 17,2 milliards de dollars.
Dans de moindres proportions, l’Amérique du Sud a comptabilisé 85,74 millions de dollars,
l’Océanie 68,6 millions et l’Afrique 24,16 millions. A l’échelle mondiale, le financement
participatif est donc un marché d’une grande importance, et sa croissance ne devrait pas
s’arrêter de sitôt puisqu’on estime que le cap des 100 milliards de dollars (89,3 milliards
d’euros) sera dépassé d’ici 2020.
Au-delà des sphères de la consommation collaborative et du financement participatif, il ne
faut pas oublier celle des Makers, qui regroupe des structures comme les fab labs ou les
espaces de co-working, un autre pan de grande importance dans le monde du partage. Pour
illustrer ceci, le site socialworkplaces, en collaboration avec Deskmag, a réalisé une enquête
globale sur les espaces de co-working dans le monde en 2015.
Il en résulte que plus de 7800 espaces ont été recensés dans le monde l’année dernière. Le
chiffre est assez impressionnant puisqu’il a connu une croissance très rapide en l’espace de
huit ans : en 2007, on recensait seulement 75 espaces de co-working dans le monde. En 2009,
310. En 2011, le chiffre passe à 1130 et en 2013, à 3400. En 2015, l’espace de co-working
moyen comptabilise 30% de travailleurs en plus qu’il y a deux ans. Les plus grands espaces
en termes de membres se situent en Asie, tandis que les plus petits sont en Afrique.
7800 lieux de co-working, cela représente environ 510.000 travailleurs à travers le monde.
C’est plus du triple par rapport à 2013 (151.000 travailleurs). La durée de vie moyenne d’un
tel espace est fixée à 33 mois en 2015, alors qu’elle n’était que de 22 mois en 2013. Sept
personnes sur dix déclarent ne pas prévoir de quitter leur lieu de travail. Ces espaces ont la
réputation d’être beaucoup moins « stricts » en termes de hiérarchie, les bureaux sont le plus
souvent très ouverts et chaque membre discute librement avec n’importe quelle personne, peu
importe son rang au sein de la structure.
Ainsi, 29% des travailleurs se disent « très fortement » liés à leur espace de co-working et par
conséquent, à la communauté qui y travaille. 41% des travailleurs ont un lien « assez fort »
14
avec la communauté et pour 21% d’entre eux, la relation qu’ils entretiennent avec le reste des
personnes est « passable ». 51% des personnes laissent leur téléphone exposé sur leur bureau
sans avoir peur d’un vol : ce fait qui peut paraître anodin illustre la confiance qui semble
prédominer dans ces nouveaux espaces de travail. En 2016, 61% de ces espaces comptent
s’agrandir ou trouver un lieu de travail encore plus grand. Les travailleurs devraient être
encore plus nombreux et les revenus générés par ces espaces devraient continuer de croître.
Il y a également tout le secteur des fab labs, des sortes d’ateliers de fabrication numérique qui
sont mis à la disposition d’une communauté pour modeler leur milieu de vie. Ces ateliers
permettent aux gens d’appliquer l’apprentissage des sciences, de résoudre des problèmes
locaux et d’exprimer leur besoin de créativité. Ainsi, on permet à ces personnes d’utiliser des
machines-outils pilotées par ordinateurs pour les accompagner dans leurs idées créatrices.
Dans les grandes lignes, les adeptes de ces espaces se réapproprient les moyens de
production.
Aujourd’hui, on comptabilise 678 fab labs à travers le monde, dont quatorze en Belgique. Ces
données proviennent de la plateforme fablabs.io, un outil lancé par Tomás Diez (fondateur
d’un fab lab à Barcelone et organisateur du festival FAB10) en collaboration avec la
Fabfoundation et qui permet de recenser la création de ces laboratoires collaboratifs dans le
monde à travers une cartographie dynamique. Cet autre pan de l’économie de partage est né
au sein du MIT (Massachusetts Institute of Technology), qui en a d’ailleurs établi une charte4
.
Que ce soit à travers la sphère de la consommation collaborative (Airbnb, Uber, Blablacar
…), celle du financement participatif (KissKissBankBank, Kickstarter, Ulule …), celle des
« Makers » (espaces de co-working et fab labs) ou bien même celle de la production de
contenus numériques accessibles à tous (Youtube, Wikipédia, Google …), on peut constater
que l’économie dite collaborative couvre un très large panel de secteurs.
D’après un sondage réalisé par la RTBF et le journal La Libre du mercredi 09 au lundi 14
septembre 20155
, les Belges ont une perception globalement positive de l’économie
collaborative. Parmi les sondés, c’était le cas de 51% des Bruxellois (contre 13% qui en
avaient une opinion défavorable), de 40% des Wallons (contre 14% ) et de 28% des Flamands
(contre 20%).
4
The Fab Charter : http://fab.cba.mit.edu/about/charter/
5
Sondage effectué sur internet, auprès d’un échantillon strictement représentatif de 2865 électeurs belges. La
marge d’erreur étant de +/- 3,2% sur les échantillons de Wallonie, de Bruxelles et de Flandre et de +/- 1,8% sur
l’échantillon total.
15
Parmi les avantages que les Belges apprécient chez ces nouveaux acteurs, on retrouve en
premier lieu le fait que ces services soient moins chers que la concurrence (38% des sondés).
En second lieu, que ces entreprises amènent les pouvoirs publics à se rendre compte que trop
de taxes tuent l’économie officielle (32% des sondés) ou encore que c’est un bon moyen
d’amener les structures classiques (réseaux hôteliers, sociétés de taxis …) à baisser leurs prix.
Parmi les inconvénients, on retrouve le caractère incivique de ne pas payer de taxes, d’impôts
ou de charges sociales en premier lieu (25%), certains risques encourus par l’utilisateur
comme le fait de ne pas bénéficier d’une assurance (25%) ou encore les risques que cette
économie engendre par rapport à l’emploi des travailleurs « officiels ».
Aujourd’hui, des acteurs (structures collaboratives de quartier, coopératives …) montent au
créneau pour dénoncer le fait que ces entreprises récentes n’aient plus rien de collaboratif :
elles ne représenteraient plus les valeurs qu’elles affichent puisqu’elles génèrent des milliards
de dollars chaque année et qu’elles fonctionnent au final de la même manière que n’importe
quelle entreprise capitaliste classique. L’aspect collaboratif de ces sociétés ne serait donc plus
qu’une illusion. Tentons d’y voir plus clair.
16
II. L’économie de partage : un collectivisme de façade ?
Rappelons-le, d’après le cabinet d’audit et de conseil PwC, le marché de l’économie
collaborative représentait 15 milliards de dollars en 2014 et il devrait atteindre 335 milliards
de dollars en 2025. En termes de croissance, les secteurs de la finance collaborative et du
recrutement en ligne devraient être les plus impressionnants avec respectivement 63% et 37%
de croissance annuelle. Les secteurs du logement et du car-sharing devraient générer
respectivement 31% et 23% de croissance annuelle d’ici à 2025.
Dans leur livre What’s mine is yours : how collaborative consumption is changing the way
we live, Rachel Botsman et Roo Rogers précisent que :
Beaucoup d’entreprises dont nous parlons dans ce livre sont déjà rentables
ou disposent déjà de modèles basés sur des perspectives de croissance (…)
Il y a des micro-entrepreneurs, des gens qui réalisent un petit peu de
bénéfices sur le côté puis il y a d’autres structures qui réalisent des marges
de profit beaucoup plus significatives (Botsman, Rogers, 2011,
introduction xviii, « trad.libre »).
Botsman et Rogers soulèvent un point important puisqu’au aujourd’hui, une part des
personnes impliquées de près ou de loin par rapport à cette mouvance du tout collaboratif
critiquent les géants de cette économie 2.0 (notamment Airbnb et Uber). En cause : le profit
démesuré que ces acteurs génèrent mais aussi le fait que ce sont des entreprises qui semblent
se jouer du droit social et fiscal pour maximiser leurs rentes. Elles en auraient donc oublié
leurs intentions d’origine et n’auraient plus rien de collaboratives.
Dans leur livre Economie collaborative & droit : les clés pour comprendre, Jourdain, Leclerc
et Millerand parlent de cette perte d’idéal originel :
Les modèles de l’économie collaborative connaissent aujourd’hui un tel succès que
certains, en particulier les pionniers de cette économie, s’interrogent sur les valeurs
qu’ils véhiculent. En effet, les débuts de l’économie collaborative étaient liés aux
grands espoirs de changement social et de remise en question de l’économie
capitalistique portés par ces nouvelles formes de consommation (…) Si ces
objectifs sont parfois remplis par l’économie collaborative, force est de constater
que l’adoption généralisée de ces modèles ne repose sans doute pas uniquement sur
17
une prise de conscience morale (…) Le succès rencontré par les grandes sociétés
opérant sur ces marchés relativise automatiquement les valeurs altruistes et
communautaires qu’elles affichent en étendard (Jourdain et al., 2015, pp. 34-35).
De plus, certains de ces acteurs affichent une situation de quasi-monopole sur des marchés
pourtant censés être ouverts au plus grand nombre :
Alors qu’on peut percevoir, dans un premier temps, les plateformes collaboratives
comme des entités qui court-circuitent les intermédiaires traditionnels, le deuxième
temps de l’analyse peut conduire à la déception. Lorsque leur modèle prospère, ces
plateformes deviennent des entreprises au moins aussi puissantes que les précédents
acteurs. C’est là que l’expression « winner takes all », si chère aux fonds
d’investissement, prend tout son sens (Jourdain et al., 2015, p.37).
Effectivement, l’opérateur qui exerce dans le milieu de l’économie collaborative est
dans une situation économique d’interface. Il prend la place d’intermédiaire entre les
clients du côté de la demande mais aussi du côté de l’offre. C’est un mode de
concurrence que les économistes qualifient de « biface », un concept mis au point par
Jean Tirole, prix Nobel d’économie en 2014.
Dans un modèle classique, la fixation des prix reste simple : l’offre et la demande se
rencontrent sur un marché et l’ajustement entre les deux se fait par la fixation d’un prix.
Sur les marchés bifaces, il y a deux prix à fixer et souvent, ces entreprises laissent
tomber un marché pour pouvoir maximiser leurs profits sur un autre (par exemple,
Amazon pourrait vendre des milliers de liseuses numériques « Kindle » à moins de dix
euros mais boosterait son service d’application en attirant un grand nombre
d’utilisateurs).
Le marché de l’économie collaborative est marqué par ce qu’on appelle les effets de
réseaux croisés. La valeur du service qui y est proposée ne dépend pas seulement du
nombre de clients mais aussi de celui des offreurs. Plus il y a d’offreurs sur la
plateforme, plus elle sera susceptible d’en attirer d’autres. Tout au long du cycle de vie
d’une plateforme, l’entreprise devra s’assurer que l’équilibre entre demande et offre soit
parfait.
18
Pour pouvoir se démarquer, Uber, Airbnb, Blablacar et consorts doivent adopter une
approche centrée sur l’utilisateur : c’est pour cela que dans le milieu de l’économie de
partage, nous parlerons plus d’ « utilisateur » ou de « membre » que de « client ». Ces
entreprises bâtissent de véritables écosystèmes communautaires et font en sorte que
l’usager soit au centre de leur business-model, c’est ainsi que la captation de valeur se
forme.
De plus, comme ces sociétés fonctionnent uniquement avec des plateformes
numériques, leurs coûts de diffusion sont nuls. Ainsi, s’inscrire sur la plateforme Airbnb
ne coûtera rien, tout comme télécharger l’application « UberX » sur son smartphone.
Ces dernières choisissent un modèle de gratuité pour le support qu’elles fournissent
mais elles se rattrapent par la suite grâce à la visibilité qu’elles ont par leur diffusion
massive. Du fait d’un modèle basé exclusivement sur la gratuité et de l’absence totale
de coûts de diffusion, ces entreprises exercent une forme de monopole déloyal par
rapport au reste du marché.
Ces sociétés ont également tendance à être fortement concentrées et donc, seules
quelques plateformes commandent sur ce marché. Ainsi, Uber a fait l’acquisition du
service de cartographie Bing de chez Microsoft en 2015. Même chose pour Blablacar
qui, en 2015, a racheté son principal concurrent européen sur le marché du co-
voiturage : Carpooling. L’effet de concentration conduit à des situations de quasi-
monopole et désormais, quelques applications seulement dictent la façon dont le marché
doit fonctionner, laissant les miettes aux acteurs de taille modeste.
Nous avons pu rencontrer différents acteurs Bruxellois qui se sont lancés dans
l’aventure collaborative6
. A la question de savoir si ce secteur n’aurait plus de
collaboratif que le nom, les avis divergent : ainsi, du côté de chez Bees Coop (une
coopérative bruxelloise écologique, économique et sociale qui est sur le point de lancer
un supermarché alternatif à la grande distribution classique), Quentin Crespel
(l’initiateur du projet) établit une distinction nette entre deux sphères :
C’est plus qu’une façade, c’est le cœur de leur business. Je pense qu’ils ne
s’en cachent pas vraiment (...) Je crois que l’économie collaborative n’est
pas sous-jacente du capitalisme : il y a deux mondes en action. On a d’abord
6
Les interviews complètes se situent en annexes.
19
le capitalisme qui a une force assez puissante et qui repère cette dynamique
de collaboration (celle de créer du lien) et qui se dit qu’il y a effectivement
une opportunité à saisir, mais sans quitter cette mentalité de captation de
valeur. A côté de ça, on a de plus en plus de gens qui sont dans la
collaboration, avec des valeurs fortes (Crespel, 2016, interview
personnelle).
Chez Cambio, acteur majeur du « car-sharing » en Belgique, on se montre également
assez critique par rapport à ce point-là. Leonor Rennotte, chargée de communication
pour la section bruxelloise du groupe, semble être d’accord sur le fait que l’on se perd
un peu par rapport au but premier de l’économie collaborative. Elle compare le secteur
du collaboratif à une sorte de forme d’esclavagisme : il ne serait pas possible d’offrir
des services si bon marché, il y aurait forcément l’un ou l’autre acteur qui perdrait au
change. L’aspect humain doit primer avant toute chose.
Du côté de l’EPI, épicerie collaborative basée à Uccle, on fait une distinction nette entre
les leaders du marché collaboratif et les petites structures qui font du partage. Claire
Rocheteau, une des co-fondatrices du projet, apporte son point de vue :
Collaboratif, c’est un mot qui veut tout de même dire quelque chose ! Je
vous donne une illustration de ce que je dis : j’ai vu récemment un reportage
très édifiant à la télé, où ils expliquaient que dans certaines villes des Etats-
Unis, ou dans certains quartiers, notamment des quartiers avec des vieilles
maisons (où le mobilier était un peu vétuste et où les gens vivent là depuis
très longtemps parce qu’ils n’ont pas les moyens d’aller ailleurs), et bien
Airbnb est en train de tout racheter, de tout rénover et de faire monter le prix
des loyers : ça explose ! Du coup, les propriétaires de ces petits locataires
sont obligés de suivre et de vendre. Les gens se retrouvent dehors. Donc là,
ça ne veut pas dire la même chose pour Airbnb que ce que nous faisons à
l’EPI (…) Je suis désolée, le collaboratif là, il a tout de même un peu
disparu. Tandis que chez nous, le profit est humain : c’est de mettre du lien,
de rendre service aux gens, de participer à la défense de l’environnement …
Ce sont des projets de société, ça n’a rien à voir avec ces entreprises
(Rocheteau, 2016, interview personnelle).
20
Une autre start-up, par contre, adopte une posture positive par rapport à cette question.
Bernard Mukeba, fondateur de DogCatWeb (une plateforme qui permet de faire de la
garde d’animaux, ce qu’on appelle également du « petsitting »), prend la défense des
géants du marché collaboratif :
Non, je ne suis pas d’accord. J’en reviens toujours à l’économiste Jérémy
Rifkin, à l’origine de plusieurs concepts sur l’économie collaborative. Dans
son livre, il explique qu’il est tout à fait normal qu’il y ait plusieurs volets
au sein de l’économie de partage. C’est juste que le numérique a
révolutionné la scène du collaboratif. Il est tout à fait normal que si je donne
un service de manière collaborative, je sois rémunéré. C’est tout à fait
normal qu’une entreprise puisse croître et augmenter ses capitaux. Ces
boîtes la grossissent et créent de l’emploi (…) Le monde collaboratif
révolutionne beaucoup de choses, ça démocratise l’humain : il est au centre,
il n’y a plus cette verticalité, juste une forme d’horizontalité. Ça pousse
même les grandes sociétés à changer la façon de manager leurs employés ou
bien leur vision. Heureusement que le collaboratif existe ! (Mukeba, 2016,
interview personnelle).
Laurence Vanderpoelen, gérante d’un Repair Café (un centre de réparation d’objets
tombés en panne à cause de l’obsolescence programmée) à Forest nuance la chose. Pour
elle, il faut accepter le jeu de la concurrence du moment qu’elle ne se fasse pas au
détriment de certains acteurs. Du moment que ces initiatives restent dans le concept de
mettre des bâtons dans les roues de sociétés déjà bien implantées, elle n’y voit pas
d’inconvénients. Par contre, à partir du moment où elles mettent des personnes dans une
« situation délicate » et où elles exercent une forme de monopole déloyal, ce n’est plus
acceptable. Elle rappelle qu’il faut bien évidemment accepter le fait qu’il y ait d’autres
acteurs, c’est le jeu de la concurrence, mais il faut également faire attention à ce que ces
entreprises ne deviennent pas simplement des « machines à fric ».
Pour finir, Edgar Szoc, économiste, journaliste et professeur (auteur de plusieurs articles
sur l’économie collaborative) trouve que ces sociétés ne représentent pas les valeurs
qu’elles veulent afficher, ces entreprises n’auraient rien de collaboratives :
(…) à mon sens, ça n’a jamais été de l’économie collaborative. Ce n’est pas
parce que c’est devenu plus important que la nature du boulot a changé.
21
C’est assez curieux, d’ailleurs, d’appeler ça de l’économie collaborative
parce qu’en fait, si on compare par exemple Uber à une société de taxis, la
société de taxis a quelque chose de collaboratif entre les travailleurs. Cette
structure dispose d’un centre, elle assigne des courses, etc. Alors que les
chauffeurs Uber, eux, sont en compétition les uns avec les autres (…) Donc,
les travailleurs ne collaborent pas entre eux. Là où on peut dire qu’il y a une
collaboration, c’est entre le prestataire de services (le chauffeur Uber) et le
client. Mais en quoi est-ce qu’il y a plus de collaboration que dans une
société de taxis normale, je ne vois pas très bien. Et donc, du point de vue de
l’organisation du travail et des travailleurs, c’est beaucoup moins
collaboratif que l’économie traditionnelle, ce qui n’est pas nécessairement
un problème en tant que tel, mais en tout cas le terme collaboratif est
vraiment trompeur et usurpé (Szoc, 2016, interview personnelle).
Globalement, les avis sont assez critiques sur l’aspect dit collaboratif de ces sociétés,
même si on y retrouve quelques nuances. Il faut dire que les sociétés les plus connues
dans le secteur ont essuyé de vives critiques par rapport à la manière dont elles
fonctionnaient, notamment sur le plan fiscal.
Aujourd’hui, ce sont surtout Airbnb et Uber qui continuent à poser problème. Le site de
logements entre particuliers et la plateforme de car-sharing sont sous les feux des
projecteurs depuis de nombreuses années, et pas toujours pour le meilleur. Pour avoir la
pleine mesure des reproches qui leur sont adressés, il faut revenir sur les chiffres qui
caractérisent leur ascension et tenter d’y voir plus clair dans les pratiques fiscales
nébuleuses qui les entourent. Prenons le cas d’Airbnb pour illustrer ce phénomène.
22
Airbnb : bête noire du fisc, championne de l’optimisation offshore
Les sociétés dans le milieu de l’économie collaborative ne communiquent que très
rarement sur leur chiffre d’affaires, mais quand elles le font, elles impressionnent par
leurs performances. Ainsi, Airbnb a réalisé 900 millions de dollars de chiffre d’affaires
en 2015 et l’entreprise américaine ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : à l’horizon
2020, la start-up devrait générer plus de dix milliards de dollars de chiffre d’affaires.
Aujourd’hui, l’entreprise est présente dans plus de 129 pays et comptabilise deux
millions de logements disponibles sur sa plateforme. Airbnb est présente dans 34.000
villes. En 2016, cinq millions de voyageurs sont passés par la start-up de Brian Chesky
pour trouver un logement et l’entreprise est désormais valorisée à plus de 25,5 milliards
de dollars en bourse.
En 2015, Airbnb a enregistré une croissance fulgurante à Bruxelles, Paris et Berlin.
Ainsi, à Bruxelles, plus de 6500 annonces actives ont été recensées sur le site l’année
dernière, cela représente une croissance de 66% en un an. 220.000 voyageurs ont fait le
déplacement en 2015, soit une croissance de 200% sur un an. Même chose à Paris où
plus de 70.000 annonces actives ont été enregistrées, ceci représentant 55% de
croissance sur une année. 1,7 million de voyageurs sont passés par la ville lumière en
2015, soit 171% de croissance par rapport à 2014. A Berlin, plus de 18.000 annonces
actives ont été recensées, c’est une croissance de 30% en un an. 500.000 voyageurs ont
trouvé un logement Airbnb sur Berlin en 2015, cela représente 147% de croissance si
l’on compare à 2014.
On peut le constater par ces chiffres : l’entreprise est en perpétuelle expansion. Et tout
comme n’importe quel géant du web 2.0 (Google, Amazon ou Apple pour ne citer
qu’eux), on lui reproche d’élaborer des montages fiscaux obscurs pour payer le moins
d’impôts possible. Pour illustrer ce phénomène, se référer au cas français est le plus
judicieux.
Paris est aujourd’hui la ville la plus prisée dans le monde par les utilisateurs d’Airbnb.
La société se rémunère grâce à un système de commission : elle prélève 3% auprès de
l'hôte, et de 6 à 12% auprès du voyageur. En 2015, ses commissions en France lui ont
rapporté 150 millions d’euros. Sur cette somme, on estime que l’entreprise n’a versé
que 89.000 euros d’impôts au fisc français.
23
Pour parvenir à payer un montant aussi dérisoire, Airbnb a établi une filiale à Londres et
des sous-filiales en Irlande et aux Pays-Bas pour permettre de délocaliser les bénéfices
qu’elle a réalisés en France. Les bénéfices que l’entreprise réalise en France ne sont pas
imposés sur le territoire, mais sont renvoyés vers l’Irlande.
Le montage fiscal qu’elle a élaboré lui permettrait d’échapper à presque toutes les
législations fiscales dans le monde. L’Irlande est d’ailleurs une véritable terre d’accueil
pour les multinationales : il faut dire que le taux d’imposition y est fixé à 12,5%, contre
33% en France, c’est un des taux les plus bas d’Europe.
C’est là que la marque a décidé de rapatrier tous ses profits mondiaux. A Dublin, deux
sociétés sont répertoriées au nom d’Airbnb dans le registre du commerce : « Airbnb
Ireland » et « Airbnb International ». La société utilise une technique bien connue par
les multinationales en Irlande pour réaliser de l’optimisation offshore : celle du « double
irlandais ».
Cette technique se présente sous la forme d’un mécanisme assez simple, couramment
utilisé par les multinationales américaines basées en Irlande. Une entreprise qui est
basée en Irlande en monte une deuxième dans le même pays, et cette seconde société va
payer la première. Les bénéfices arrivent en Irlande dans la première société (dans ce
cas-ci Airbnb Ireland) puis transitent par la seconde (Airbnb International).
Les profits d’Airbnb Ireland sont donc transférés à Airbnb International. Cette seconde
société possède des statuts différents par rapport à la première : elle réside en Irlande
mais pour les impôts, elle peut être située n’importe où dans le monde. Dans le cas
d’Airbnb, elle paye ses impôts à Jersey, une petite île anglo-normande au large de Saint-
Malo, une commune française située en Bretagne, au nord-ouest de la France.
C’est donc une forme de double résidence : juridiquement, la société est basée en
Irlande mais fiscalement, elle réside à Jersey, et toutes les taxes qui s’appliquent à
Airbnb sont celles de Jersey. Airbnb International est donc une société écran qui
rapatrie les bénéfices afin qu’ils soient taxés non pas en Irlande mais à Jersey, une île
avec un taux d’imposition proche de 0%. L’île est considérée comme l’un des meilleurs
paradis fiscaux dans le monde.
24
Grâce à ce mécanisme, Airbnb ne paierait pas plus de 3% d’impôts sur l’ensemble de
ses bénéfices. La particularité de ce système est qu’il est parfaitement légal. Sous la
pression de l’Union Européenne, l’Irlande a été sommée de mettre fin au « double
irlandais », mais les multinationales comme Airbnb pourront continuer à profiter du
système jusqu’en 2020. D’ici là, ces sociétés auront assez de temps pour essayer de
trouver d’autres parades et se jouer de la réglementation fiscale nationale.
Au niveau européen, les premières réglementations commencent à se mettre en place et
Pierre Moscovici, commissaire européen pour les affaires économiques et financières, la
fiscalité et les douanes, a rendu un avis sur la question en février dernier :
La Commission n'ignore pas que de grandes multinationales utilisent des
structures fiscales complexes dans le but d'optimiser leurs charges fiscales (…)
Une série d'importantes initiatives ont déjà été mises en place, par exemple la
proposition d'un échange d'informations automatique obligatoire sur les décisions
fiscales entre États membres, adoptée par le Conseil le 6 décembre 2015. Enfin, la
Commission a lancé, pour 2016, un programme ambitieux (…) contre l'évasion
fiscale, une proposition d'échange, entre les administrations fiscales, de
déclarations pays par pays, et qui présente, de plus, une nouvelle stratégie de l'UE
pour protéger le marché unique des menaces extérieures d'érosion de la base
d'imposition. (Moscovici, février 2016).
Les questions de réglementation sont donc primordiales au sein de ce secteur. Comme
ces entreprises ne sont pas encore totalement soumises aux mêmes règles que des
sociétés classiques, certaines voix s’élèvent pour dire qu’une forme de concurrence
déloyale se forme. C’est le point que nous allons aborder dans la troisième partie de
cet article.
25
III. L’économie de partage : à l’origine d’un marché débridé ?
Les mutations que l’économie collaborative engendre inquiètent les secteurs traditionnels.
Ainsi, depuis qu’Airbnb et Uber sont présents sur le marché, les secteurs de l’hôtellerie et des
sociétés de taxis sont montés au créneau pour dénoncer la concurrence déloyale que ces
sociétés créeraient vis-à-vis de leurs activités.
Ainsi, ces derniers mois, la législation de certaines villes s’est durcie contre les leaders du
marché collaboratif. A Berlin par exemple, en avril dernier, il a été décidé de durcir les règles
pour les locations touristiques : les habitants ne peuvent plus louer leur habitation entière pour
des séjours de courte durée sur Airbnb, à moins d’obtenir une autorisation des autorités. Les
propriétaires ne peuvent plus proposer à la location qu’une pièce de leur appartement ou de
leur maison. Cette pratique nuit au marché de la location puisque ces habitations sont surtout
destinées aux touristes : il s’agit donc de limiter ce genre de pratique. Les propriétaires qui ne
respectent pas cette nouvelle règle risquent une amende pouvant aller jusqu’à 100.000 euros.
Même chose à New-York où à la fin du mois de juin, une nouvelle loi a été introduite, et elle
menace fortement la présence d’Airbnb dans cette ville : les logements new-yorkais loués sur
le site pour une période inférieure à 30 jours seront désormais considérés comme illégaux aux
yeux de la loi. Jusqu’à 7500 dollars d’amende peuvent être encourus par les contrevenants. Ce
texte doit néanmoins encore être signé par le gouverneur avant d’entrer en vigueur.
Que ce soit à New-York ou Berlin, les autorités publiques rétorquent le fait que dans certains
immeubles, on retrouve plus de touristes que de véritables locataires. De plus, ces offres de
logements alternatives empiètent sur le secteur hôtelier. La location sur Airbnb ne serait donc
plus seulement qu’un moyen pour des particuliers d’arrondir leurs fins de mois mais serait
également à l’origine d’un véritable marché sous-locatif.
Du côté d’Airbnb, on met en garde contre les effets négatifs de cette décision : d’après la
société, près de 30.000 personnes verraient leur bien immobilier saisi ou seraient expulsés.
D’après le porte-parole du groupe, Josh Melzter : « Pour des centaines de New-Yorkais,
Airbnb est devenue un cordon de sécurité économique, qui leur permet de payer leurs
factures, de joindre les deux bouts et ainsi de rester dans leur logement ». De nombreux
foyers pauvres new-yorkais dépendraient de la plateforme et des revenus qu’ils tirent de leur
location.
26
Des actions ont également été prises dans d’autres villes : à Paris par exemple, Airbnb
collecte une taxe de séjour de 83 centimes par nuitée afin de la reverser à la Ville de Paris
(même si elle n’y est pas obligée d’un point de vue légal). Les particuliers ne peuvent plus
louer leur appartement que quatre mois par an. A Barcelone, les propriétaires doivent
s’acquitter d’une taxe de 65 centimes d’euros par nuitée. Deux chambres maximum peuvent
être louées et pendant quatre mois par an.
Du côté du service de covoiturage entre particuliers, Uber a connu de nombreux procès. En
Belgique, en septembre 2015, le service Uber a été déclaré illégal par le tribunal de commerce
de Bruxelles. C’est la société des Taxis Verts qui avait porté plainte et ils ont obtenu gain de
cause. Seule l’application UberPop a été fermée, c’était l’application que les conducteurs
particuliers utilisaient en se servant de leur voiture personnelle. Les services UberX et
UberBLACK sont toujours en activité : ce sont des chauffeurs professionnels qui transportent
leurs clients avec des limousines standards, ou des voitures de plus haut standing.
Uber pouvait risquer une amende de 10.000 à un million d’euros si elle ne respectait pas cette
décision de justice. Les chauffeurs de taxis étaient en colère contre le service UberPop
puisque les chauffeurs travaillant pour cette application ne possédaient pas de licence
obligatoire en région bruxelloise pour le transport rémunéré de personnes, une licence dont le
prix avoisinait les 100.000 euros en 2015. A rajouter à cela le fait que les conducteurs
travaillant pour Uber se soustraient au paiement de leurs impôts et du versement de
cotisations sociales sur le sol belge.
Ces entreprises emploient plusieurs milliers de personnes à travers le monde : webdesigners,
responsables marketing, community managers … Mais elles n’engagent aucune femme de
chambre ni aucun chauffeur. Ces personnes sont des particuliers qui restent liés à l’entreprise
par une charte éthique obscure, mais il n’y a aucun contrat de travail en tant que tel. Pour
certains, c’est là où le bât blesse puisque professionnalisation du particulier rimerait avec
précarisation du travail. Uber ou Airbnb deviendraient donc des pourvoyeurs de faux jobs et
apparaîtraient comme de véritables opportunités pour les personnes qui cherchent à avoir des
revenus complémentaires ou qui sont tout simplement sans emploi.
Le secteur traditionnel reproche également à ces sociétés de n’être que des coquilles vides : en
Belgique par exemple, la filiale « Uber Belgium » a réalisé un bénéfice de 1080 euros en
2014, une somme dérisoire quand on sait que des milliers de chauffeurs représentent la
27
marque dans le pays. Les bénéfices de la filiale sont envoyés aux Pays-Bas, à Amsterdam, où
l’impôt sur les sociétés est plus avantageux que chez nous. Même chose pour Airbnb : les
factures fournies à ses utilisateurs en Belgique sont expédiées en Irlande. Les chauffeurs de
taxi et le secteur hôtelier demandent à ce que ces sociétés rentrent dans le collimateur de la
législation belge.
Nos interlocuteurs, en tant qu’acteurs de premier plan impliqués dans l’économie
collaborative, ont également un avis sur la question. Chez Bees Coop, l’économie du partage
soulève des enjeux essentiels et remet en cause les formes d’emploi traditionnelles, on la
perçoit comme un vecteur de changement en n’omettant pas le fait qu’elle doive être régulée :
(…) Je pense que l’emploi doit évoluer, qu’il y a cette question de « qu’est-
ce que l’emploi aujourd’hui » : est-on d’office dans du salariat, y a-t-il
d’autres formes d’emploi qui doivent arriver et être encadrées ? (…) On se
retrouve dans une situation où on serait au bord du quai avec tous des
esclaves qu’on peut choisir et demander à quel prix il pourrait me fournir tel
type de travail et en fonction de la qualité de ce que tu veux, tu prends le
plus offrant. Il y a donc une mise en concurrence globale qui est
complètement déstructurée des réalités locales. Et donc, je ne suis pas à tout
prix pour la défense du salariat. Il faut avoir une réflexion sur comment
encadrer ces nouvelles pratiques et il faut être proactif dans ces missions. Il
y a une réelle nécessité d’encadrer ces nouvelles pratiques. (Crespel, 2016,
interview personnelle)
Chez Cambio, la seule forme de concurrence qu’ils exerceraient serait vis-à-vis des
constructeurs automobiles, ils ne prendraient donc aucune autre part de marché et
n’exerceraient aucune forme de concurrence déloyale. Leonor Rennotte, chargée de
communication, rappelle qu’ils essaient justement d’éviter qu’il y ait trop de véhicules en
circulation sur les routes et que cela ne génère trop de pollution. Ils essaient de désengorger
les routes. D’après elle, tous les acteurs de car-sharing sur Bruxelles ont leur business-model
et leurs clients, ils ne se les disputent pas.
A l’EPI, épicerie collaborative basée à Uccle, on se montre très critique par rapport à ce point
en particulier. Pour la coopérative, les géants du milieu appliquent une forme de concurrence
déloyale. Claire Rocheteau et Sophie Bibet rappellent qu’à l’EPI, ils travaillent dans un autre
28
cadre et une autre perspective que celle du profit financier. D’après elles, Airbnb ferait une
concurrence absolument « déloyale et sauvage » aux hôteliers mais aussi aux propriétaires qui
essaient de louer sur un peu plus de long terme. Uber exerce aussi une forme de concurrence
déloyale face aux taxis car ces derniers sont pris dans des réglementations et n’ont pas autant
de liberté. A l’EPI, on ne fait donc concurrence à personne d’autre. Claire Rocheteau et
Sophie Bibet rappellent aussi que ce sont des sociétés qui veulent échapper à la
réglementation fiscale et aux législations sur les professions réglementées. Nous serions donc
« plus proche de Google comme esprit que de l’EPI ».
Chez DogCatWeb, Bernard Mukabe relativise les critiques qui sont faites à ces sociétés, en
insistant sur les innovations qu’elles apportent. Selon lui, elles créeraient même de l’emploi :
Moi, je pense qu’il faut créer de l’emploi (…) Donc, je pense que ces gens
qui disent ça, ne désirent pas avoir d’évolution dans le milieu. Le monde
avance, et je veux paraphraser l’équivalent du MEDEF (Mouvement des
entreprises de France) en Italie : l’ancien président italien de ce mouvement
disait que les Etats-Unis innovent, ils changent les choses. Il faut innover.
Les Chinois copient, nous Européens on réglemente. Puis tu as les hôteliers
qui se demandent pourquoi Airbnb fonctionne tellement bien : mais ils ont
tout simplement innové ! Sans innovation, dans cinq à dix ans, quel avenir
laissera-t-on à nos enfants ? Si le collaboratif nous permet de créer de
l’emploi, pourquoi pas ? Les gens évoluent, et ça pousse tout le monde à
faire de même. C’est mon humble avis. (Mukeba, 2016, interview
personnelle)
La représentante du Repair Café de Forest, Laurence Vanderpoelen, soulève la problématique
des impôts auxquels une grande partie de ces entreprises ne se soumet pas en Belgique et
rappelle qu’elles ne payent pas de taxes ici. Ces entreprises ne devraient pas se dédouaner de
leurs devoirs envers la société et donc c’est un point qu’il faudrait revoir.
Enfin, l’économiste Edgar Szoc nuance un peu plus la chose. Pour lui, une zone de
recoupement existe :
Oui, clairement. Alors ça, ça dépendra de la mesure dans laquelle le secteur
sera régulé. Mais au tout début, c’est clair que les gens ne payaient pas
d’impôts ni de cotisations sociales, etc. C’est un peu en train de changer
29
dans une certaine mesure et dans la mesure des capacités réglementaires des
autorités publiques et donc, ça dépend très fort d’un pays à l’autre (…) Je
crois qu’il y a quand même une zone de recoupement. C’est très clair que,
par exemple, des petits étudiants qui trouvent des chambres à 20 euros, et
bien ils n’auraient pas fait le voyage autrement s’il n’y avait pas eu Airbnb.
Ce ne sont pas des nuitées d’hôtel qui sont perdues. A l’inverse, il y a le
tourisme d’affaire qui est très peu impacté par Airbnb parce que les boîtes
ne vont pas payer des nuitées Airbnb à leurs cadres. Mais il y a quand même
une zone intermédiaire où il y a concurrence. (Szoc, 2016, interview
personnelle)
A Bruxelles, en moyenne, une chambre sur Airbnb se loue entre 70 et 80 euros par nuitée
(alors que dans un établissement hôtelier, le prix tourne aux alentours de 105 euros par nuit).
Fin 2015, on recensait environ 10.400 logements belges sur la plateforme, dont 5500 à
Bruxelles, loués en moyenne 39 jours par an, ce qui veut dire qu’un hôte belge peut se faire en
moyenne 2300 euros par an. Sur les 350.000 touristes qui sont passés en Belgique l’année
dernière, 176.000 d’entre eux ont séjourné via la solution Airbnb. En un an, la croissance sur
Bruxelles a été de 102%.
Du côté des taxis, passer par Uber reste toujours plus avantageux : même si l’application
UberPop a été arrêtée en 2015, UberX est toujours présent. En moyenne, passer par ce
service reste 25% moins cher que de prendre un taxi. Ainsi, d’après Filip Nuytemenans, le
directeur belge d’Uber, aller de Bruxelles-Midi à Bruxelles-Schuman avec UberX reviendrait
à dix euros, contre 12.50 euros avec un taxi traditionnel. Aller de la Grand-Place à l’aéroport
de Bruxelles National coûterait 20 euros avec UberX, contre environ 25 euros avec un taxi.
Quand UberPop existait toujours, la société revendiquait 50.000 utilisateurs pour environ
1000 conducteurs à Bruxelles.
Face aux parts de marché que ces sociétés prennent, le secteur traditionnel demande à ce que
ces entreprises soient régulées. En Belgique, la réglementation a la particularité d’être assez
compliquée puisqu’elle est régionalisée, les règles ne sont pas les mêmes selon que l’on se
trouve en Flandre, en Wallonie ou à Bruxelles. Y a-t-il déjà des mesures qui ont été prises et
comment fonctionnent-elles ? Dans cette dernière partie, nous verrons les types d’actions qui
peuvent être prises à l’encontre de ces structures et comment les aménager.
30
IV. Quelles pistes pour réguler une telle économie ?
Face à l’irruption de toute une série d’acteurs qui déstabilisent les marchés du transport ou de
l’hébergement (pour ne citer qu’eux), chaque pays tente de remettre un peu d’ordre pour
pouvoir réguler ce marché. En Europe, chaque Etat a adopté sa propre stratégie : ainsi, en
Espagne par exemple, Uber est strictement interdit. Par contre, le service est plutôt encadré en
Belgique, en Allemagne, en France, aux Pays-Bas ou en Italie. Airbnb est asphyxiée en
Allemagne tandis qu’en Angleterre, pays ultra-libéral, la société a le champ libre.
Globalement, l’Europe adopte une position conciliante avec la sphère du partage. Le 2 juin
dernier, la Commission Européenne a présenté des orientations visant à aider les
consommateurs, les entreprises et les pouvoirs publics pour pouvoir « s’engager en toute
confiance dans l’économie collaborative ». La posture que la Commission adopte est de dire
que ces nouveaux modèles contribuent à la croissance et à l’emploi au sein de l’Union
européenne.
Pour l’Europe, le problème actuellement est que chaque pays a sa propre réglementation. Ce
paysage morcelé en termes de régulation ne joue pas en faveur des « opérateurs traditionnels,
les nouveaux prestataires de services et les consommateurs ». La Commission cherche donc à
unifier ce marché d’un point de vue réglementaire pour contribuer au développement de
l’économie collaborative.
La commissaire Elżbieta Bieńkowska, en charge du marché intérieur, de l’industrie, de
l’entrepreneuriat et des PME, s'est exprimée sur le sujet:
L'économie collaborative représente une chance à saisir pour les
consommateurs, les entrepreneurs et les entreprises à condition que nous la
mettions sur les bons rails. Si nous laissons notre marché unique se
fragmenter au niveau national voire au niveau local, l’Europe tout entière
risque d'être perdante. Nous publions aujourd'hui des orientations
juridiques à l'intention des pouvoirs publics et des opérateurs du marché
afin d'assurer le développement équilibré et durable de ces nouveaux
modèles économiques. Nous invitons les États membres à réexaminer leur
réglementation sur la base de ces orientations, et nous sommes disposés à
les aider dans ce processus. (Bieńkowska, Bruxelles, le 2 juin 2016)
31
La Commission Européenne a pointé certains points en particulier qui nécessitent une
attention toute particulière de la part des Etats membres et qui pourraient justifier des règles
européennes. En premier lieu, la Commission demande à ce qu’il y ait une distinction nette
entre le statut de particulier et de professionnel : il ne faut pas qu’un particulier qui travaille
de manière occasionnelle sur ce type de plateforme soit traité comme un professionnel. La
Commission souhaiterait fixer un seuil.
En second lieu, les plateformes ne devraient pas être tenues pour responsables des formes
d’actions illégales qui se déroulent sur le support qu’elles proposent, pour « les informations
qu’elles stockent au nom de ceux qui proposent un service ». Elles n’ont donc pas
d’obligation de vérification et de recherche concernant de possibles activités suspectes. Elles
sont uniquement responsables de leurs propres services (les transactions par exemple).
En termes de législation pour la protection de consommateurs, la Commission indique que les
Etats doivent fournir une protection adéquate au consommateur mais aussi contre les
pratiques commerciales déloyales afin de permettre la protection des parties les plus faibles
participant à l’économie collaborative.
En ce qui concerne le droit du travail, il relève en majeure partie de la compétence des Etats
membres et est complété par des normes sociales minimales de l’UE et par la jurisprudence
de l’UE. La Commission demande à ce que les Etats expliquent leurs règles en en donnant les
grandes lignes directrices (lien de subordination à la plateforme, rémunération et nature du
travail).
Pour finir, la Commission demande à ce que les règles soient uniformisées et applicables à ces
sociétés en ce qui concerne le volet fiscal, afin d’éviter les différences entre pays. Les Etats
doivent faciliter et améliorer la collecte d’impôts pour les plateformes.
L’agenda européen pour l’économie collaborative que la Commission a mis en place est une
initiative intéressante puisqu’elle démontre que les instances accordent de l’attention à
l’économie du partage et à sa régulation mais également que plusieurs problématiques
juridiques liés à ces entreprises ont déjà été identifiées.
32
En Belgique, Alexander de Croo, Ministre en charge de l’agenda numérique a effectué une
déclaration en matière de fiscalité. En avril dernier, il proposait la mise en place d’une
nouvelle taxe qui serait prélevée à la source, pour les revenus générés par les particuliers
présents sur ces plateformes. Toutes les transactions qui auraient lieu sur les sites collaboratifs
feraient l’objet d’un inventaire précis et seraient prélevées directement par l’administration
fiscale.
Alexander de Croo qualifie la zone du cadre juridique entourant l’économie collaborative de
« grise », et pour y remédier, il a proposé la mise en place de cette taxe. Un taux d’imposition
préférentiel serait applicable pour des revenus inférieurs à un certain montant (10% en
dessous de 5000 euros, puis une taxation progressive selon le montant déclaré avec un taux de
maximum 50%). Dans l’optique où les revenus dépasseraient un certain seuil, l’impôt sur le
revenu classique s’appliquerait.
Ceci dans l’optique de faire la distinction entre un utilisateur occasionnel et une personne qui
ferait une utilisation régulière et lucrative de ces plateformes. Avec Airbnb par exemple, ce
problème existe déjà et on parle d’un véritable marché sous-locatif. Pour résumer, une
fiscalité faible pour les utilisateurs occasionnels et une taxation plus sévère pour celles et ceux
qui en feraient un véritable business.
Les plateformes prélèveraient elles-mêmes un pourcentage généré sur les transactions et le
reverseraient au fisc. Le Ministre de Croo estime que c’est un système assez simple à mettre
en place puisque tous les paiements effectués dans le cadre de ces plateformes sont facilement
traçables : « Puisque toutes les transactions se font par paiement électronique, on demandera
à tous ces opérateurs de faire un petit prélèvement sur les transactions. Il y aura un transfert
automatique entre ces plateformes et l'administration fiscale fédérale. Et tout sera pré-rempli
dans la fiche d'impôts.». Pour que la recette fonctionne, il faut que ces sites s’engagent à
transmettre toutes leurs données au fisc.
Les secteurs de l’horeca et des taxis reprochent toujours au gouvernement d’organiser une
concurrence déloyale parce que ce régime est seulement destiné aux particuliers et non aux
prestataires, dont il s’agit de l’activité principale. Petit bémol, le Ministre de Croo a annoncé
qu’Airbnb ne tombait pas sous le nouveau régime fiscal en préparation : il faut en effet que le
service en question tombe sous la catégorie fiscale « revenus divers » et selon le Ministre de
Croo, la location d’une chambre n’est pas un revenu divers mais un revenu immobilier. Tous
les autres services par contre sont visés.
33
Chez nous, le cadre institutionnel fait que trois réglementations différentes encadrent les
pratiques d’hébergement touristique et ce au niveau des trois régions (nous ne parlerons pas
du cas d’UberX car il n’y pas encore eu de réglementation claire concernant ce service mis en
place après l’interdiction d’UberPop à Bruxelles en octobre 2015).
Ainsi, à Bruxelles, une nouvelle ordonnance est entrée en vigueur le 24 avril dernier : les
nouvelles règles instaurées par cette dernière demandent à ce que les loueurs Airbnb
fournissent un certificat de bonne vie et mœurs, un dispositif de sécurité anti-incendie, une
assurance en responsabilité civile et une autorisation dans le cas échéant de la copropriété. Le
dossier complet doit être remis aux autorités et s’il est accepté, le loueur recevra un numéro
d’enregistrement ainsi qu’un logo à apposer en façade (5500 logements Airbnb ont été
recensés en 2015 sur Bruxelles).
En Wallonie, le Ministre du Tourisme René Collin a entamé une réflexion pour mieux
encadrer les logements touristiques (1400 recensés en 2015). Le Ministre Collin privilégie un
cadre souple : le logeur doit faire une déclaration préalable auprès du Commissariat général
du tourisme. Il devra apporter la preuve d’absence de casier judiciaire, le respect de certaines
règles de sécurité et aussi la preuve d’une assurance en responsabilité civile.
En Flandre, la situation est similaire que dans le sud du pays : la personne qui souhaite louer
son bien doit obtenir une autorisation écrite des autorités si le logement contient plus de deux
chambres ou s’il peut accueillir plus de huit personnes. 3600 logements ont été recensés en
Flandre en 2015.
34
Conclusion
L’économie collaborative ne serait-elle donc qu’une forme de business lucratif déguisé ?
Nous sommes d’avis qu’il faut établir une différence entre des acteurs qui sont depuis
quelques années montés au créneau et qui dirigent le marché d’une main de fer, et puis des
initiatives locales et de proximité qui conservent le soucis de garder les valeurs de partage et
de solidarité comme de véritables porte-étendards. Le point de rupture commence à se
dessiner lorsque ces sociétés grandissent et qu’elles ont accès à des capitaux bien plus
conséquents : l’optique de développement à une échelle internationale prend le plus souvent
le dessus sur les valeurs défendues à la base.
Aujourd’hui, le marché de l’économie collaborative est extrêmement diversifié et ses
pratiques également. De par la manière dont ces sociétés fonctionnent, elles remettent en
question les modèles traditionnels que nous avons connus jusqu’à présent : le salariat, la
structure hiérarchisée et verticale au sein de la plupart des entreprises, des modèles qui
effacent complètement la notion de propriété au bénéfice supposé des valeurs de partage et
d’entraide … Cette économie pose des questions essentielles sur notre société actuelle et
souligne les défis et enjeux auxquels nous serons confrontés dans les années à venir.
Par son potentiel de changements socio-économiques, la sphère collaborative peut se
présenter comme une belle opportunité d’avenir. Elle fait également peur et inquiète car on lui
reproche de pervertir ses intentions de base, de transformer des actes de générosité en du
profit pur. Il faudra donc poser des exigences à l’égard de l’économie collaborative et
différencier les initiatives qui méritent d’être soutenues de celles qui doivent être freinées.
Cette économie a aussi la particularité de poser la question des différentes formes que le
travail peut revêtir : l’emploi tel que nous le connaissons n’en est qu’une forme. Jusqu’où
pourra-t-on flexibiliser l’emploi sans toucher à la protection des travailleurs, comment
valoriser d’autres formes de contribution ? Le débat est ouvert : entre utopie et big business, il
n’y a qu’un pas, et ce sont les acteurs qui définissent l’économie collaborative d’aujourd’hui
qui décideront de ce qu’elle sera demain.
35
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Récupéré le 02 janvier 2016 de http://www.alterecoplus.fr/
39
Annexes
Annexe 1 : retranscription de l’interview avec Quentin Crespel, fondateur
de la coopérative « Bees Coop ».
[Nous avons interrogé Quentin Crespel au siège de Bees Coop, à Saint-Josse. Représentant
une épicerie collaborative de quartier, son avis est plus à même d’apporter une autre vision du
marché. Les questions ont été élaborées de manière à ce qu’elles puissent servir à répondre
aux hypothèses formulées dans les parties deux et trois.]
Bonjour, pourriez-vous nous présenter votre entreprise et nous dire depuis quand vous
êtes présent sur le marché ?
Donc Bees Coop, c’est la coopérative bruxelloise écologique, économique et sociale. Notre
but serait de créer un supermarché qui serait une alternative à la grande distribution classique.
C’est un projet qui est co-construit par près de 80 citoyens et c’est une initiative qui a été
entreprise par de jeunes militants il y a près de deux ans. Maintenant, le projet a évolué et on
a quatre personnes qui sont rémunérées au sein du projet et toujours une base de près de 80
personnes qui sont actives dans différents groupes de travail. C’est vraiment ces énergies de
citoyens qui permettent d’avancer sur le projet au quotidien.
Donc notre volonté c’est de rendre l’alimentation durable (on l’entend au sens large : au
niveau des produits locaux, des produits issus du commerce équitable, plus accessibles
financièrement) et pour ça, on se base sur le modèle des coopératives de consommateurs.
Toutes les personnes qui veulent faire leurs courses dans le supermarché souscrivent des parts
de la coopérative et deviennent propriétaires et s’engagent à travailler trois heures toutes les
quatre semaines, dans le magasin. Et donc, c’est cette petite partie de travail non rémunérée
au sein du magasin, de la structure, qui permet de diminuer les coûts et d’avoir une
alimentation de haute qualité à des prix plus intéressants.
Quels sont les éléments qui vous ont poussé à lancer ce projet ?
Notre volonté était vraiment de rendre l’alimentation de qualité et accessible. Pour l’instant, il
y a des initiatives qui existent mais souvent on trouvait que c’était soit : pas dans nos moyens
(il y a beaucoup de possibilités avec les magasins bio qui ouvrent à gauche à droite mais
40
souvent ce sont des magasins qui sont déjà réservés à un public sensibilisé avec un pouvoir
d’achat assez important). Après, dans les initiatives bon marché, il y a certains groupes
d’achats en commun (il y a les marchés, la vente directe à la ferme, …) mais ça demande une
organisation et une implication assez importante que nous n’avions pas l’occasion de mettre
en place. On s’est donc dit qu’on voulait répondre à cette demande mais le faire de manière
inclusive et donc pas uniquement pour des personnes déjà sensibilisées mais toucher une large
part de la population. Donc on s’implante ici à Schaerbeek et à Saint-Josse, qui sont des
quartiers assez populaires et la volonté, c’est aussi d’utiliser le supermarché comme moyen
pour créer de la mixité sociale. L’alimentation, ça concerne tout le monde et c’est un élément
qui permet de faire des ponts entre les cultures et donc il y a cet aspect de mixité sociale qui
est hyper important chez nous.
Vous vous réclamez plus du mouvement de l’économie sociale et solidaire plutôt que de
l’économie collaborative. Vous faites une différence entre les deux ?
Complètement. Pour moi, l’économie collaborative, c’est quelque chose qui a été nommé
assez récemment et qui englobe toute une série d’acteurs qui ont au final des finalités assez
différentes. Dans notre cas, on se revendique plutôt de l’économie sociale, on est une
coopérative à finalité sociale, agréée par le conseil national de la coopération : ces différents
agréments sont garants des valeurs de la coopérative. On a pas de but lucratif même s’il faut
qu’on soit rentables, il va y avoir de l’argent brassé mais cet argent ne sert pas à rémunérer les
personnes qui ont investi dans le projet, elle sert à le renforcer et à développer des projets
annexes éventuellement. On est sur le principe de « une personne, une voie », donc peu
importe les montants investis dans la société, toutes les personnes ont le même pouvoir lors
des assemblées générales.
Par rapport à la distinction entre économie sociale et collaborative, je crois que ça nécessite
vraiment d’être creusé parce qu’il y a clairement dans l’économie sociale des valeurs de
coopération, de collaboration, et à côté de ça, il y a une vague avec ce qu’on appelle le
« capitalisme de plateforme » (des projets qui utilisent les connexions entre les gens pour
capter de la valeur et donc, je pense qu’il y a vraiment un intérêt assez important dans cette
collaboration entre les gens. Cette reconnexion des citoyens est géniale mais c’est dommage
qu’il y ait un acteur qui se mette finalement au-dessus pour faciliter ces connexions et qui
capte la valeur qui se fait dans tous ces échanges).
41
Des sociétés telles que Airbnb ou Uber, les géants du collaboratif, brassent des milliards
chaque année. Des voix s’élèvent pour dire que ces entreprises n’ont plus de collaboratif
que le nom. Qu’en pensez-vous ?
C’est plus qu’une façade, c’est le cœur de leur business. Je pense qu’ils ne s’en cachent pas
vraiment. Il y a d’ailleurs Blablacar, en France, qui joue aussi fort là-dessus : le service était à
la base gratuit et financé en grande partie par la publicité mais au fur et à mesure, ils ont
rajouté des pourcentages sur chaque trajet. Je crois que l’économie collaborative n’est pas
sous-jacente du capitalisme : il y a deux mondes en action. On a d’abord le capitalisme qui a
une force assez puissante et qui repère cette dynamique de collaboration (celle de créer du
lien) et qui se dit qu’il y a effectivement une opportunité à saisir, mais sans quitter cette
mentalité de captation de valeur. A côté de ça, on a de plus en plus de gens qui sont dans la
collaboration, avec des valeurs fortes. Ce serait d’ailleurs génial d’avoir un système où un
« Blablacar », par exemple, se serve des commissions ponctionnées sur chaque trajet, non pas
pour rémunérer les gens qui ont financé l’application mais que ce pourcentage retenu serve à
payer les serveurs, les personnes qui sont là pour gérer le service. Ca ne doit pas non plus être
gratuit mais le but in fine ne doit pas être de faire de l’argent sur l’échange entre citoyens.
Et donc, pensez-vous qu’il y ait une ligne de fracture entre ces sociétés et des structures
collaboratives plus locales ?
La ligne n’est pas franche. C’est un peu plus flou qu’une ligne vraiment tranchée. Je pense
qu’à côté de ces géants qu’on cite souvent, il y a beaucoup de petites structures qui sont hyper
capitalistes et dont le but est de faire du profit. A côté de ça, il y a plein de projets qui sont
plutôt de l’économie sociale et qui ont une autre vision de la société. Vu tout le bruit qu’on
fait autour de l’économie collaborative, il est difficile d’identifier quels acteurs sont
réellement dans cette volonté de coopérer, de collaborer et les autres qui sont plutôt dans cette
vision de profit.
Cette économie mettrait en danger les différentes formes d’emplois déjà existantes et elle
exercerait une forme de concurrence déloyale. Etes-vous du même avis ?
C’est une question vraiment intéressante et qui soulève des enjeux essentiels. Je pense que
l’emploi doit évoluer, qu’il y a cette question de « qu’est-ce que l’emploi aujourd’hui » :
est-on d’office dans du salariat, y a-t-il d’autres formes d’emploi qui doivent arriver et être
encadrées ? Je pense qu’Airbnb a une politique de négociation avec les villes lorsqu’ils
42
s’implantent alors qu’Uber y va de manière beaucoup plus franche. Mais il y a d’autres
plateformes qui sont encore plus incroyables : je ne me rappelle plus du nom mais c’est des
propositions de services en ligne. On demande par exemple un traducteur, un graphiste et on
propose notre mission : des travailleurs du monde entier peuvent répondre à cette mission.
On se retrouve dans une situation où on serait au bord du quai avec tous des esclaves qu’on
peut choisir et demander à quel prix il pourrait me fournir tel type de travail et en fonction de
la qualité de ce que tu veux, tu prends le plus offrant. Il y a donc une mise en concurrence
globale qui est complètement déstructurée des réalités locales. Et donc, je ne suis pas à tout
prix pour la défense du salariat. Il faut avoir une réflexion sur comment encadrer ces
nouvelles pratiques et il faut être proactif dans ces missions. Il y a une réelle nécessité
d’encadrer ces nouvelles pratiques.
Ce serait, au final, plutôt une bonne chose puisque le modèle du salariat est remis en
question ?
Des questions méritent d’être posées, après il faut avoir les moyens d’analyser les faits. Chez
Bees Coop, on a déjà pu faire plusieurs rencontres avec des acteurs de l’économie
collaborative orientée économie sociale et au même moment, il y avait Uber, Airbnb dans le
cabinet d’Alexander de Croo (Vice-Premier Ministre et Ministre de la Coopération au
développement, de l’Agenda numérique, des Télécommunications et de la Poste) en train de
discuter de comment mettre en place ces questions d’économie collaborative et de nouveaux
métiers. Il faut une vision plurielle de ce qu’est l’économie du partage et pas que ce soit les
grands acteurs qui aillent au cabinet et qui dictent un peu leurs lois.
L’économie collaborative : effet de mode ou véritable tendance de fond ?
Je pense qu’on est dans une période où on veut mettre des mots sur des tendances : la
collaboration, ça a toujours existé. L’économie collaborative, c’est une tendance, c’est la
volonté de mettre une étiquette sur différents styles de projets. La collaboration est encore en
train de se former et il faudra voir quelle forme elle prendra et pour moi, la grande question
est de voir vers où elle va s’orienter : plutôt vers ce capitalisme de plateforme ou plutôt une
réelle coopération entre les acteurs. Et dans notre secteur qui est celui des coopératives
alimentaires, il y a une collaboration énorme entre Français, Suisses, Luxembourgeois,
Américains … On développe des outils en commun, on réfléchit aux problématiques
d’approvisionnement et plus largement, avec les acteurs Bruxellois de l’économie sociale, on
43
est en réflexion sur comment mutualiser les outils et ça, c’est de la collaboration qu’on ne va
pas étiqueter d’économie collaborative. Mais on est là-dedans aussi.
Quel est votre chiffre d’affaires ?
Le magasin en tant que tel n’est pas encore sur pieds, mais nous avons une sorte de
« labomarket » qui fonctionne deux jours par semaine. Chaque week-end, nous réalisons entre
4000 et 5000 euros de C.A. On devrait pouvoir ouvrir début 2017 une fois que tous les permis
d’urbanisme auront été livrés et que les travaux seront terminés.
Quelles sont vos perspectives de développement ?
Dans un premier temps, l’idée serait de renforcer le magasin, être sûr qu’il fonctionne bien et
de valider le modèle. Après, la volonté est de faciliter la réplicabilité de Bees Coop. Notre
projet n’est pas de créer des Bees Coop partout, c’est que des gens qui aient envie de lancer
leur propre marché coopératif puissent le faire facilement, puissent bénéficier de l’expérience
que nous avons acquise. Identifier les freins, les bonnes idées ou au contraire les erreurs.
D’une part, donc, renforcer la structure déjà existante, d’autre part apporter cette aide aux
nouveaux venus et de manière transversale, mutualiser toute une série de services entre
coopératives (administration, comptabilité, …).
Le marché de l’économie collaborative est-il arrivé à maturité ?
Je pense que ça va encore grandir, il y a encore beaucoup de possibilités. On en est juste au
début j’ai l’impression.
L’Etat devrait-il réguler ce nouveau secteur et comment devrait-il s’y prendre ?
Je crois qu’il est important que l’Etat régule cette économie sans pour autant y faire de régime
particulier. Dans certaines conférences, des acteurs se situaient clairement dans du capitalisme
de plateforme et qui sous prétexte qu’ils faisaient partie de l’économie collaborative,
demandaient des réductions d’impôts et de TVA. Non ! Ce sont des acteurs capitalistes
classiques, sur un marché qui est le même que les autres : il n’y a pas de raisons de faire des
incitants pour ces structures. Il y a vraiment le soucis de savoir ce qu’on étiquette derrière
l’économie du partage. Ces entreprises doivent être régulées, taxées et questionnées dans leurs
pratiques.
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Memoire economie collaborative sous l'emprise du bigbusiness

  • 1. Haute École Galilée Institut des Hautes Études des Communications Sociales L’économie collaborative sous l’emprise du big business De l’utopie au profit Travail présenté dans le cadre du mémoire de fin d’études pour l’obtention du titre de Master en Presse et Information spécialisées par Yassine MAZOUNI Promoteur : Marc SINNAEVE Bruxelles – septembre 2016
  • 2. 2 Remerciements Je tiens à remercier l’ensemble du corps professoral en Presse et Information pour leur suivi, que ce soit au travers de séances d’information données par Amandine Degand au premier semestre concernant les différentes méthodes d’analyse ou au briefing donné par Camille Laville et Nora de Marneffe concernant les grandes lignes de la rédaction d’un mémoire. Je remercie également mon promoteur, Marc Sinnaeve, de m’avoir épaulé lorsque j’étais à la recherche d’une documentation, pour ses précieux conseils quant à l’orientation de mon travail mais également pour ses nombreuses sources et liens utiles échangés par mails. Je remercie également les interlocuteurs qui m’ont ouvert leurs portes : Quentin Crespel de chez Bees Coop, Clara Crabeels, Sophie Bibet, Claire Rocheteau et Florence Gounot de l’EPI, Leonor Rennotte de chez Cambio Bruxelles, Bernard Mukeba de la start-up Dogcatweb, Laurence Vanderpoelen du Repair Café de Forest mais également Edgar Szoc, économiste et journaliste, auteur de plusieurs articles sur l’économie collaborative. Enfin, je n’oublie pas non plus ma famille et mes amis les plus proches, qui sont de véritables vecteurs de motivation.
  • 3. 3 Sommaire Remerciements………………………………………………………………………………... Sommaire……………………………………………………………………………………... Introduction……………………………………………………………………………........... I. L’ubérisation de l’économie: état des lieux…………………………………………........... II. L’économie de partage : un collectivisme de façade ? …………………………………… Airbnb : bête noire du fisc, championne de l’optimisation offshore…………………………. III. L’économie de partage : à l’origine d’un marché débridé ?…………………………….. IV. Quelles pistes pour réguler une telle économie ? …….…………………………………. Conclusion…………………………………………………………………………………… Sources……………………………………………………………………………………….. Annexes………………………………………………………………………………………. Annexe 1 : retranscription de l’interview avec Quentin Crespel (Bees Coop) ……………… Annexe 2 : retranscription de l’interview avec Leonor Rennotte (Cambio Bruxelles) …….... Annexe 3 : retranscription de l’interview avec Florence Gounot, Sophie Bibet et Claire Rocheteau (l’EPI)……………………………………………………………………………... Annexe 4 : retranscription de l’interview avec Bernard Mukeba (DogCatWeb) ……………. Annexe 5 : retranscription de l’interview avec Laurence Vanderpoelen (Repair Café)……... Annexe 6 : retranscription de l’interview avec Edgar Szoc (économiste)……………………. Table des matières……………………………………………………………………………. Résumé…………………………………………………………………………………………
  • 4. 4 Introduction Covoiturage ; colocation ; espaces de coworking ; financement participatif … Les méthodes ne manquent pas pour définir ce qu’est l’économie collaborative. Cette économie qu’on qualifie de « partage », d’ « ubérisée », de « collaborative » ou encore d’ « économie de la fonctionnalité1 » renvoie à une même idée : bâtir un nouveau système économique fondé sur le partage et la solidarité, dans le but de changer drastiquement nos façons de produire, de consommer, de se loger ou encore de voyager. Ainsi, comme le précisent les avocats Loïc Jourdain, Michel Leclerc et Arthur Millerand dans leur ouvrage Économie collaborative & droit : les clés pour comprendre : L’économie collaborative est fondée sur la mise en réseau de ressources. La conséquence est une profonde remise en cause de nos modes de consommation : le covoiturage se substitue au voyage en train, la location à l’achat, l’hébergement chez l’habitant au séjour hôtelier, ou encore le bricoleur du coin au plombier diplômé. Ainsi, alors qu’être propriétaire d’un bien était jusqu’à présent la norme, les contraintes pour emprunter, louer ou partager ce bien sont tombées, grâce à de nouvelles formes d’intermédiation moins chères et sûres. » (2015, p.10). Grâce à l’essor du web 2.0 et des nouvelles plateformes numériques, un écosystème lié à la sphère du partage a pu voir le jour ces dernières années et plusieurs entités se sont distinguées à travers plusieurs secteurs : dans le domaine de la location entre particuliers, Airbnb règne en maître. Dans le secteur du covoiturage, Uber et Blablacar se partagent le marché. Au niveau du crowdfunding (appelé aussi financement participatif), des plateformes comme Kickstarter ou KissKissBankBank sont montées au créneau. Le métier de coursier à deux roues change aussi du tout au tout avec l’introduction de concepts comme Take Eat Easy ou Menu Next Door. Les concepts sont donc très variés, et le panel d’activités recouvre un pan très large de l’économie traditionnelle. Le capitalisme se définit comme un système économique caractérisé par la propriété privée des moyens de production ainsi que par l’accumulation de capital. Avec l’économie 1 L’économie de la fonctionnalité consiste à remplacer la vente d’objets par une location liée à l’usage. On loue donc en fonction de ses besoins.
  • 5. 5 collaborative, ce rapport de propriété disparaît au profit de la notion de partage et la compétitivité laisse place à la collaboration. La collaboration entre les utilisateurs d’un bien ou d’un service contribue à la création de valeur et à l’innovation. Dans la revue Démocratie, Zoé Maus, permanente au CIEP communautaire (le centre d’information et d’éducation populaire), précise que : La mutualisation des propriétés de chacun permet d’optimiser les allocations et les ressources. La réutilisation, la réparation et le partage répondent également à des préoccupations environnementales tout en participant à la socialisation des expériences et au renforcement du lien social. (Mai 2015, p.2). Ces principes sont plutôt enthousiasmants sur le papier, certains pensent même que ce modèle collaboratif remplacera à terme le système capitaliste. Cependant, entre révolution et capitalisme 2.0, il n’y a qu’un pas. De nombreux économistes mettent en garde contre les dérives de ce nouveau modèle. Il existe effectivement un risque de voir la plus-value générée par cette économie aux mains de quelques acteurs seulement. Sous couvert de partage et de collaboration, l’émergence d’un « capitalisme 2.0 pourrait renforcer l’hyper-consumérisme au lieu de valoriser la réappropriation citoyenne de l’économie (…). Il viserait aussi à commercialiser ce qui était gratuit et à flexibiliser encore plus le travail » (ibid). Il y a donc bel et bien un risque que cette mouvance du tout collaboratif ne serve qu’à rendre plus supportable le capitalisme. Ainsi, les plus grandes sociétés liées à l’économie du partage (Airbnb ou Uber par exemple) peuvent au final se tenir assez loin de leurs ambitions premières puisqu’elles deviennent des initiatives mondialisées, majoritairement axées sur le profit et extrêmement médiatisées. L’économie de partage qu’on qualifie aussi de « sharing economy » est encore assez neuve et les frontières sont assez floues en termes de régulation. Sur le plan fiscal, ces sociétés payent très peu d’impôts, elles flexibilisent le travail à leur convenance et elles peuvent également créer un rapport de concurrence déloyale avec le reste des acteurs de l’économie traditionnelle. Il est donc urgent de réguler le secteur afin de garantir la qualité des biens et services proposés, de protéger les utilisateurs et les travailleurs. Ces nouvelles initiatives doivent contribuer au partage et à la solidarité.
  • 6. 6 D’après le cabinet d’audit et de conseil PwC, le marché de l’économie collaborative représentait 15 milliards de dollars en 2014. Il devrait atteindre 335 milliards de dollars en 2025. La façon dont nous produisons et consommons les choses est en train de changer, et les mutations sont importantes. Au travers de ce travail, nous nous intéressons de plus près à ces nouvelles méthodes de consommation, à cette nouvelle forme d’économie. A l’heure où le modèle capitaliste traditionnel s’essouffle, il est intéressant d’observer les rouages de ce modèle alternatif basé sur la notion de partage. Ce sont les pratiques de toute une société qui pourraient être remises en question sur le long terme. L’objectif poursuivi par cet article est de tenter d’y voir plus clair dans la nébuleuse des sociétés dites « collaboratives » et de pouvoir constater si, en effet, elles assument bel et bien leur statut de partage. Certaines sociétés sont plus grosses que d’autres et elles se posent comme les chefs de file de la mouvance collaborative : quelles différences animent ces barons du tout collaboratif comparé à des structures plus modestes en taille et en moyens ? C’est aussi un point que nous essaierons de clarifier dans les pages qui suivent. Certaines personnes voient l’économie collaborative comme un changement profond de paradigme, comme une innovation qui va redéfinir le capitalisme du XXIe siècle. Ces entreprises créeraient de la richesse sociale et économique pour l’ensemble de la collectivité. D’un autre côté, l’ubérisation de la société casse les structures traditionnelles et elle suscite beaucoup d’interrogations. Une chose est sûre, cette nouvelle forme d’économie ne laisse personne indifférent et elle continue d’alimenter le débat. La première partie de l’article se veut assez théorique et présente les différentes facettes de l’économie collaborative ainsi que leur poids aujourd’hui. Les parties deux et trois de l’article qui sont amenées à être développées par la suite dans ces pages vont être construites autour de deux hypothèses :  L’économie du partage n’aurait plus de collaboratif que le nom. C’est une économie qui conserverait les mêmes pratiques que des sociétés capitalistes traditionnelles sur un plan financier et qui engrangerait autant voire plus de bénéfices que ces dernières. L’aspect collaboratif ne serait donc plus qu’une façade.  L’économie de partage affecterait et mettrait en danger les différentes formes d’emplois existantes : indépendants, salariés, télétravailleurs … Elle renforcerait la
  • 7. 7 précarité en termes d’emploi et jouerait de différents leviers (peu ou pas de taxes, d’impôts ou de cotisations sociales) pour maximiser ses marges bénéficiaires. Cette économie pratiquerait une forme de concurrence déloyale. Pour pouvoir y apporter une tentative de réponse, nous avons décidé de limiter notre objet de recherche aux entreprises de consommation collaborative, qu’il s’agisse de structures plus importantes en termes de taille et de poids dans le paysage collaboratif, ou bien d’initiatives locales et de proximité qui se sont aussi lancées dans l’aventure collaborative. La méthodologie de recherche retenue est celle de l’entretien semi-directif : à travers un questionnaire quasi identique pour chaque intervenant, nous tenterons d’observer quelles récurrences et différences les animent sur différentes questions liées à cette économie 2.0. Comme nous souhaitons conserver un minimum de recul par rapport à nos intervenants, la méthode de l’observation semi-participante sera conjuguée à celle de l’entretien semi-directif. Nous souhaitons garder une certaine distance par rapport à nos interlocuteurs mais ne pas non plus être complètement effacé comme la méthode de l’observation non-participante le propose. La méthode d’analyse employée est celle de l’analyse qualitative. Une quatrième partie abordera les possibilités qui existent pour pouvoir réguler cette économie, qu’elles existent déjà ou bien qu’elles soient actuellement au stade de l’élaboration. Nous conclurons en faisant l’inventaire de ce qui a été dit dans ces pages et en y ajoutant notre point de vue personnel.
  • 8. 8 I. L’ubérisation de l’économie : état des lieux Voitures, vélos partagés, jardins coopératifs, plateformes qui permettent d’échanger des services, crowdfunding, monnaies alternatives … Les méthodes ne manquent pas pour décrire ce qu’est l’économie du partage. Depuis plusieurs années, la « sharing economy » s’est fortement développée et a conquis plusieurs secteurs de l’économie traditionnelle. Ces initiatives permettent aux citoyens de partager, de donner et de collaborer. Les personnes et les communautés apprennent à s’adapter à de nouvelles conditions et relèvent les défis qui s’imposent dans leur quotidien. Une nouvelle approche de l’économie se dessinerait, fondée sur les valeurs de collaboration entre individus davantage que sur des échanges marchands. Un monde dans lequel les objets et services ne s’accumuleraient plus mais s’échangeraient. Les hommes seraient également libérés des contraintes du salariat et retrouveraient du sens dans leur travail grâce à d’autres modèles. Cette façon de faire de l’économie s’annoncerait comme une révolution. La volonté affichée par les nouveaux acteurs de l’économie collaborative est de changer la manière dont le système économique fonctionne. Actuellement, l’économie est régulée par un Etat et fonctionne de manière centralisée. Les moyens de production le sont aussi. Ces acteurs de l’économie 2.0 souhaitent qu’une multitude d’individus, indépendants mais coordonnés, échangent entre eux, et c’est là où le point de rupture se forme. Ce qui a motivé des acteurs comme Airbnb ou Uber à se lancer sur ce marché, c’est de remettre en cause le mode de consommation classique et de passer de la propriété à un modèle basé sur l’emprunt et le partage. Ce ne sont plus les acteurs qui possèdent les outils de production et la maîtrise des ressources qui dominent : il suffit à ces plateformes collaboratives de disposer d’une grosse offre dans leur secteur et d’une demande soutenue grâce au capital sympathie dont elles disposent auprès de leurs utilisateurs. C’est un changement profond de paradigme que cette économie souhaite instaurer : sur le papier, ces entreprises 2.0 cherchent à créer de la richesse sociale et économique pour l’ensemble de la collectivité. L’essor du web a permis à cette économie d’exploser en termes de poids et d’échanges. C’est ainsi que ce mouvement est né. Mais ce modèle risque, aux yeux de certains acteurs, de ne rester qu’au stade de l’utopie. Le mouvement est à la base né dans des structures associatives et coopératives mais depuis quelques années, de nombreuses plateformes se sont développées en tant qu’entreprises
  • 9. 9 privées avec des ambitions démesurées. Ainsi, des sociétés comme Airbnb et Uber sont aujourd’hui valorisées à des dizaines de milliards de dollars et leur chiffre d’affaires s’établit en centaines de millions. Ces sociétés ont décidé de mondialiser des pratiques comme la location de logements entre particuliers ou le covoiturage. De véritables monopoles se forment et la montée en puissance de ces sociétés peut conduire à l’effet inverse : les travailleurs risquent de se retrouver dépendants de ces plateformes et de leurs règles. En enlevant les intermédiaires, il n’y a plus d’institution collective existante pour les travailleurs et le discours qui se construit autour de l’économie collaborative peut facilement basculer de libertaire à de l’ultralibéral. De plus, les travailleurs n’ont aucune attache et vivent seulement de petits boulots, la précarisation du travail est donc un point de friction au sein de cette économie de partage. L’économie collaborative aurait-elle oublié ses intentions altruistes et ne serait donc-t-elle plus qu’une forme d’utopie ? L'économie collaborative peut aujourd'hui être scindée en quatre parties : le financement collaboratif, qui regroupe des plateformes destinées à récolter de l'argent pour des projets (KissKissBankBank, Kickstarter ...). La consommation collaborative, qui est la forme la plus aboutie de ce modèle économique et qui joue plutôt sur le partage que sur la propriété de biens ou de services (Airbnb, Uber, Blablacar ...). Le domaine de la connaissance, avec des sites comme Wikipédia par exemple et pour finir, la sphère des Makers, qui proposent de construire et de produire de manière collaborative (aussi appelés fab labs , ce sont des lieux ouverts à tout le monde et où plusieurs outils sont mis à disposition pour créer des objets, par l'intermédiaire d'imprimantes 3D par exemple). En termes de poids financier, les plus grandes sociétés de l’économie du partage accumulent des chiffres assez spectaculaires : du côté du spécialiste du logement, Airbnb, le Wall Street Journal estimait que l’entreprise avait réussi à boucler une levée de fonds d’un milliard de dollars fin 2015. La société bâtie par Brian Chesky en 2008 aurait généré 900 millions de dollars de revenus l’année dernière pour 150 millions de dollars de pertes. L’entreprise est valorisée à plus de 24 milliards de dollars, après le groupe Intercontinental et Hilton. Par rapport à 2013, Airbnb a triplé ses revenus. A l’horizon 2020, l’entreprise devrait générer plus de 20 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Dans le domaine du VTC (véhicule de tourisme avec chauffeur), Uber règne en maître. Malgré l’opacité des comptes de la société, plusieurs médias spécialisés dans l’économie (Les Echos, Le Soir Eco, Le Monde Eco, Alternatives Economiques …) nous en disent un peu
  • 10. 10 plus sur le succès de la start-up californienne. L’entreprise fondée par Travis Cordell Kalanick a réalisé un chiffre d’affaires de 663 millions de dollars pour le premier semestre de 2015, alors que le montant était de 495 millions de dollars en 2014. Les pertes enregistrées par le groupe sont tout aussi spectaculaires : 987 millions de dollars de pertes sur le premier semestre de 2015 contre 671 millions en 2014. Pour un dollar de chiffre d’affaires, Uber réalise 1,5 dollar de perte. Cependant, ces pertes se conjuguent à de très grosses levées de fonds, que ce soit auprès du moteur de recherche chinois Baidu (1,2 milliard de dollars), auprès de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs, le groupe industriel Tata, le fond d’investissement public de l’Arabie Saoudite (3,5 milliards de dollars), … La valorisation totale de l’entreprise se situe entre 60 et 70 milliards de dollars, ce qui en fait la start-up la plus chère au monde. Uber n’est pas reprise en bourse. Toujours dans le secteur du VTC, il y a également Blablacar qui brise tous les records. Véritable vitrine de la « French Tech », la société fondée par Nicolas Brusson en 2006 avait réussi à lever plus de 200 millions de dollars de fonds (soit 177 millions d’euros). De ce fait, elle a rejoint le club très restreint des start-up évaluées à plus d’un milliard de dollars. Les levées de fonds se sont faites progressivement, voire même de façon exponentielle : en 2012, la société levait 10 millions de dollars, en 2014 plus de 100 millions et en 2015, 200 millions. La plateforme, qui met en relation des automobilistes qui proposent un trajet et des voyageurs, ponctionne une partie de la somme en jouant le rôle d’intermédiaire. Blablacar est basée à Paris et compte plus de 20 millions de membres dans 19 pays. L’entreprise vise à se développer rapidement à l’international et compte s’implanter d’abord en Asie, avec la Chine, le Japon, la Corée du Sud et l’Indonésie en ligne de mire. Ceci est un aperçu de trois start-up qui ont réussi à percer et devenir de véritables leaders dans l’écosystème collaboratif. Mais il ne faut pas non plus oublier d’autres initiatives, locales, qui ont aussi réussi à s’implémenter mais dans des proportions moins impressionnantes. Ainsi, en Belgique par exemple, dans le secteur du VTC, on retrouve des noms tels que Wibee, Zen Car, Cambio ou encore Autopia. D’autres structures permettent de partager des voitures avec des parents et des élèves de son quartier (Kidspooling ou encore Schoolpool). Il est aussi possible de louer un parking chez un habitant grâce à Carambla. Avec Bookcrossers, les amateurs de littérature peuvent suivre l’itinéraire d’un livre « abandonné » dans la nature qui sera au final lu par un passant. Pour les amateurs de fleurs, le site fleursacouper.be indique les champs où l’on peut cueillir soi-même des fleurs avant de
  • 11. 11 laisser de l’argent dans une boîte prévue à cet effet. La structure des Petits Riens fait aussi partie de la mouvance collaborative vu qu’elle permet d’acheter des vêtements ou des articles de maison à bas prix afin de pouvoir financer les actions sociales de l’entreprise : lutter contre l’exclusion et la pauvreté. Dans le domaine de l’habitat, il n’y a pas qu’Airbnb qui offre une alternative. Plusieurs plateformes de projet d’habitation groupée ont vu le jour dans notre pays afin de combiner vie communautaire et logement privé. Les ressources matérielles et énergétiques sont donc mises en commun. Les structures habitat-groupe.be ou encore samenhuizen.be sont les représentants belges de ce domaine bien particulier. N’oublions pas non plus les espaces de co-working qui se développent, avec des sites comme coworkingbrussels.com ou encore abcenter.be. Les fab labs2 ne sont pas non plus en reste avec des sites comme imal.org/fr/fablab ou encore timelab.org. Un autre pan très important de cette économie 2.0 est tout le secteur du financement participatif, qu’on appelle également crowdfunding3 : d’après un rapport du cabinet Massolution, le marché mondial du crowdfunding a atteint 34,4 milliards de dollars en 2015, soit le double par rapport à 2014, lorsque le montant tournait aux alentours de 16,2 milliards de dollars. En Belgique, entre 2014 et 2015, le volume des fonds levés par l’intermédiaire du financement participatif a doublé, passant de deux millions et demi d’euros à cinq millions d’euros. Aujourd’hui, on estime que le montant levé par toutes les plateformes belges de crowdfunding est de treize milliards d’euros. En moyenne, le montant investi par personne sur les sites de financement participatif en Belgique est de 0,4 euro. Cependant, malgré cette performance, seuls 7,4% des Belges ont déjà participé à un projet via le crowdfunding. C’est ce qui ressort d’une enquête menée par iVox et MyMicroInvest sur 1500 Belges de tous âges : un habitant sur deux n’a pas encore de connaissance précise sur ce qu’est vraiment le financement participatif. Un Belge sur quatre envisage quant à lui de réaliser son propre crowdfunding. Parmi les raisons qui font que le Belge ne s’intéresse pas de plus près à ce phénomène et donc que les montants investis soient si bas, on retrouve le manque de connaissances en premier lieu (26,3% des sondés). Viennent ensuite le manque de 2 Des ateliers qui abritent des machines-outils pilotées par ordinateur et qui permettent à n’importe qui de pouvoir construire n’importe quel type d’objet. 3 Traduction littérale : le financement par la foule
  • 12. 12 capital disponible (23,9%), le manque d’intérêt pour la pratique (11,9%) et pour finir, la peur d’investir dans du capital à risque (11,4%). Quatre formes de crowdfunding existent : on retrouve en premier lieu le don simple. En deuxième lieu, le don récompensé d’une contrepartie (qui est d’ailleurs le modèle adopté par l’IHECS pour le financement des projets de mémoires médiatiques). Les deux dernières formes relèvent de l’investissement financier : l’achat de participation dans une entreprise donne droit à un dividende, ou alors le prêt pourra rapporter des intérêts au « crowdfunder ». Auprès du public belge, ce ne sont pas les aspects financiers qui prédominent lorsqu’il s’agit de financement participatif mais c’est surtout l’aspect fonctionnel : la perspective que le produit financé puisse voir le jour est la principale préoccupation des personnes qui injectent de l’argent. D’ailleurs, d’après l’enquête iVox / MyMicroInvest, les motivations principales qui animent les « crowdfunders » se présentent de la sorte : pour 67% des sondés, l’aspect fonctionnel prime (les crowdfunders souhaitent que le projet puisse voir le jour et qu’ils puissent avoir l’objet entre les mains). Ensuite, c’est l’aspect financier qui intervient avec 54% des suffrages (le fait d’obtenir un rendement par rapport à l’investissement initial consenti). Interviennent ensuite les aspects innovants, émotionnels et sociaux du financement participatif, avec respectivement 51%, 51% et 46% (contribuer à la création de quelque chose de totalement nouveau et se sentir impliqué dans le projet). Le profil des crowdfunders est assez diversifié, mais on retrouve en tout premier lieu le « philanthrope » (35%) : c’est celui qui investit avant tout pour l’aspect social et émotionnel du projet, sans se faire happer par l’aspect financier. On retrouve ensuite les catégories de « socio-investisseurs » et « inno-investisseurs » (27%) : ceux qui investissent principalement pour les aspects financiers, innovants et sociaux d’un projet. Et pour boucler le classement, l’« emo-investisseur » qui représente 11% des personnes qui mettent la main à la poche : comme leur nom l’indique, ils investissent avant tout pour l’aspect émotionnel, c’est-à-dire pour l’implication personnelle dans le projet. Pour l’anecdote, certaines personnes situent l’origine de ce mouvement en 1885, lorsqu’un appel avait été lancé à la population pour rénover le socle de la statue de la Liberté à New York. Le marché belge est assez peu représentatif au final (en 2014, la Belgique n’avait récolté que 4,5 millions d’euros, soit 0,02% du marché mondial). Par rapport à nos voisins européens, la Belgique est le pays où l’investissement moyen par habitant est le plus bas (0,4
  • 13. 13 euro), alors qu’il est de 1,7 euro en Allemagne ; 2,3 euros en France ; 3,7 euros aux Pays-Bas et de 29,5 euros en Angleterre. Il faut aussi dire que le marché européen du crowdfunding est le moins important parmi les continents les plus développés. D’après le rapport publié par Massolution, le chiffre était de 6,48 milliards de dollars en 2015. On retrouve ensuite l’Asie avec 10,54 milliards de dollars et l’Amérique du Nord en tête de file avec 17,2 milliards de dollars. Dans de moindres proportions, l’Amérique du Sud a comptabilisé 85,74 millions de dollars, l’Océanie 68,6 millions et l’Afrique 24,16 millions. A l’échelle mondiale, le financement participatif est donc un marché d’une grande importance, et sa croissance ne devrait pas s’arrêter de sitôt puisqu’on estime que le cap des 100 milliards de dollars (89,3 milliards d’euros) sera dépassé d’ici 2020. Au-delà des sphères de la consommation collaborative et du financement participatif, il ne faut pas oublier celle des Makers, qui regroupe des structures comme les fab labs ou les espaces de co-working, un autre pan de grande importance dans le monde du partage. Pour illustrer ceci, le site socialworkplaces, en collaboration avec Deskmag, a réalisé une enquête globale sur les espaces de co-working dans le monde en 2015. Il en résulte que plus de 7800 espaces ont été recensés dans le monde l’année dernière. Le chiffre est assez impressionnant puisqu’il a connu une croissance très rapide en l’espace de huit ans : en 2007, on recensait seulement 75 espaces de co-working dans le monde. En 2009, 310. En 2011, le chiffre passe à 1130 et en 2013, à 3400. En 2015, l’espace de co-working moyen comptabilise 30% de travailleurs en plus qu’il y a deux ans. Les plus grands espaces en termes de membres se situent en Asie, tandis que les plus petits sont en Afrique. 7800 lieux de co-working, cela représente environ 510.000 travailleurs à travers le monde. C’est plus du triple par rapport à 2013 (151.000 travailleurs). La durée de vie moyenne d’un tel espace est fixée à 33 mois en 2015, alors qu’elle n’était que de 22 mois en 2013. Sept personnes sur dix déclarent ne pas prévoir de quitter leur lieu de travail. Ces espaces ont la réputation d’être beaucoup moins « stricts » en termes de hiérarchie, les bureaux sont le plus souvent très ouverts et chaque membre discute librement avec n’importe quelle personne, peu importe son rang au sein de la structure. Ainsi, 29% des travailleurs se disent « très fortement » liés à leur espace de co-working et par conséquent, à la communauté qui y travaille. 41% des travailleurs ont un lien « assez fort »
  • 14. 14 avec la communauté et pour 21% d’entre eux, la relation qu’ils entretiennent avec le reste des personnes est « passable ». 51% des personnes laissent leur téléphone exposé sur leur bureau sans avoir peur d’un vol : ce fait qui peut paraître anodin illustre la confiance qui semble prédominer dans ces nouveaux espaces de travail. En 2016, 61% de ces espaces comptent s’agrandir ou trouver un lieu de travail encore plus grand. Les travailleurs devraient être encore plus nombreux et les revenus générés par ces espaces devraient continuer de croître. Il y a également tout le secteur des fab labs, des sortes d’ateliers de fabrication numérique qui sont mis à la disposition d’une communauté pour modeler leur milieu de vie. Ces ateliers permettent aux gens d’appliquer l’apprentissage des sciences, de résoudre des problèmes locaux et d’exprimer leur besoin de créativité. Ainsi, on permet à ces personnes d’utiliser des machines-outils pilotées par ordinateurs pour les accompagner dans leurs idées créatrices. Dans les grandes lignes, les adeptes de ces espaces se réapproprient les moyens de production. Aujourd’hui, on comptabilise 678 fab labs à travers le monde, dont quatorze en Belgique. Ces données proviennent de la plateforme fablabs.io, un outil lancé par Tomás Diez (fondateur d’un fab lab à Barcelone et organisateur du festival FAB10) en collaboration avec la Fabfoundation et qui permet de recenser la création de ces laboratoires collaboratifs dans le monde à travers une cartographie dynamique. Cet autre pan de l’économie de partage est né au sein du MIT (Massachusetts Institute of Technology), qui en a d’ailleurs établi une charte4 . Que ce soit à travers la sphère de la consommation collaborative (Airbnb, Uber, Blablacar …), celle du financement participatif (KissKissBankBank, Kickstarter, Ulule …), celle des « Makers » (espaces de co-working et fab labs) ou bien même celle de la production de contenus numériques accessibles à tous (Youtube, Wikipédia, Google …), on peut constater que l’économie dite collaborative couvre un très large panel de secteurs. D’après un sondage réalisé par la RTBF et le journal La Libre du mercredi 09 au lundi 14 septembre 20155 , les Belges ont une perception globalement positive de l’économie collaborative. Parmi les sondés, c’était le cas de 51% des Bruxellois (contre 13% qui en avaient une opinion défavorable), de 40% des Wallons (contre 14% ) et de 28% des Flamands (contre 20%). 4 The Fab Charter : http://fab.cba.mit.edu/about/charter/ 5 Sondage effectué sur internet, auprès d’un échantillon strictement représentatif de 2865 électeurs belges. La marge d’erreur étant de +/- 3,2% sur les échantillons de Wallonie, de Bruxelles et de Flandre et de +/- 1,8% sur l’échantillon total.
  • 15. 15 Parmi les avantages que les Belges apprécient chez ces nouveaux acteurs, on retrouve en premier lieu le fait que ces services soient moins chers que la concurrence (38% des sondés). En second lieu, que ces entreprises amènent les pouvoirs publics à se rendre compte que trop de taxes tuent l’économie officielle (32% des sondés) ou encore que c’est un bon moyen d’amener les structures classiques (réseaux hôteliers, sociétés de taxis …) à baisser leurs prix. Parmi les inconvénients, on retrouve le caractère incivique de ne pas payer de taxes, d’impôts ou de charges sociales en premier lieu (25%), certains risques encourus par l’utilisateur comme le fait de ne pas bénéficier d’une assurance (25%) ou encore les risques que cette économie engendre par rapport à l’emploi des travailleurs « officiels ». Aujourd’hui, des acteurs (structures collaboratives de quartier, coopératives …) montent au créneau pour dénoncer le fait que ces entreprises récentes n’aient plus rien de collaboratif : elles ne représenteraient plus les valeurs qu’elles affichent puisqu’elles génèrent des milliards de dollars chaque année et qu’elles fonctionnent au final de la même manière que n’importe quelle entreprise capitaliste classique. L’aspect collaboratif de ces sociétés ne serait donc plus qu’une illusion. Tentons d’y voir plus clair.
  • 16. 16 II. L’économie de partage : un collectivisme de façade ? Rappelons-le, d’après le cabinet d’audit et de conseil PwC, le marché de l’économie collaborative représentait 15 milliards de dollars en 2014 et il devrait atteindre 335 milliards de dollars en 2025. En termes de croissance, les secteurs de la finance collaborative et du recrutement en ligne devraient être les plus impressionnants avec respectivement 63% et 37% de croissance annuelle. Les secteurs du logement et du car-sharing devraient générer respectivement 31% et 23% de croissance annuelle d’ici à 2025. Dans leur livre What’s mine is yours : how collaborative consumption is changing the way we live, Rachel Botsman et Roo Rogers précisent que : Beaucoup d’entreprises dont nous parlons dans ce livre sont déjà rentables ou disposent déjà de modèles basés sur des perspectives de croissance (…) Il y a des micro-entrepreneurs, des gens qui réalisent un petit peu de bénéfices sur le côté puis il y a d’autres structures qui réalisent des marges de profit beaucoup plus significatives (Botsman, Rogers, 2011, introduction xviii, « trad.libre »). Botsman et Rogers soulèvent un point important puisqu’au aujourd’hui, une part des personnes impliquées de près ou de loin par rapport à cette mouvance du tout collaboratif critiquent les géants de cette économie 2.0 (notamment Airbnb et Uber). En cause : le profit démesuré que ces acteurs génèrent mais aussi le fait que ce sont des entreprises qui semblent se jouer du droit social et fiscal pour maximiser leurs rentes. Elles en auraient donc oublié leurs intentions d’origine et n’auraient plus rien de collaboratives. Dans leur livre Economie collaborative & droit : les clés pour comprendre, Jourdain, Leclerc et Millerand parlent de cette perte d’idéal originel : Les modèles de l’économie collaborative connaissent aujourd’hui un tel succès que certains, en particulier les pionniers de cette économie, s’interrogent sur les valeurs qu’ils véhiculent. En effet, les débuts de l’économie collaborative étaient liés aux grands espoirs de changement social et de remise en question de l’économie capitalistique portés par ces nouvelles formes de consommation (…) Si ces objectifs sont parfois remplis par l’économie collaborative, force est de constater que l’adoption généralisée de ces modèles ne repose sans doute pas uniquement sur
  • 17. 17 une prise de conscience morale (…) Le succès rencontré par les grandes sociétés opérant sur ces marchés relativise automatiquement les valeurs altruistes et communautaires qu’elles affichent en étendard (Jourdain et al., 2015, pp. 34-35). De plus, certains de ces acteurs affichent une situation de quasi-monopole sur des marchés pourtant censés être ouverts au plus grand nombre : Alors qu’on peut percevoir, dans un premier temps, les plateformes collaboratives comme des entités qui court-circuitent les intermédiaires traditionnels, le deuxième temps de l’analyse peut conduire à la déception. Lorsque leur modèle prospère, ces plateformes deviennent des entreprises au moins aussi puissantes que les précédents acteurs. C’est là que l’expression « winner takes all », si chère aux fonds d’investissement, prend tout son sens (Jourdain et al., 2015, p.37). Effectivement, l’opérateur qui exerce dans le milieu de l’économie collaborative est dans une situation économique d’interface. Il prend la place d’intermédiaire entre les clients du côté de la demande mais aussi du côté de l’offre. C’est un mode de concurrence que les économistes qualifient de « biface », un concept mis au point par Jean Tirole, prix Nobel d’économie en 2014. Dans un modèle classique, la fixation des prix reste simple : l’offre et la demande se rencontrent sur un marché et l’ajustement entre les deux se fait par la fixation d’un prix. Sur les marchés bifaces, il y a deux prix à fixer et souvent, ces entreprises laissent tomber un marché pour pouvoir maximiser leurs profits sur un autre (par exemple, Amazon pourrait vendre des milliers de liseuses numériques « Kindle » à moins de dix euros mais boosterait son service d’application en attirant un grand nombre d’utilisateurs). Le marché de l’économie collaborative est marqué par ce qu’on appelle les effets de réseaux croisés. La valeur du service qui y est proposée ne dépend pas seulement du nombre de clients mais aussi de celui des offreurs. Plus il y a d’offreurs sur la plateforme, plus elle sera susceptible d’en attirer d’autres. Tout au long du cycle de vie d’une plateforme, l’entreprise devra s’assurer que l’équilibre entre demande et offre soit parfait.
  • 18. 18 Pour pouvoir se démarquer, Uber, Airbnb, Blablacar et consorts doivent adopter une approche centrée sur l’utilisateur : c’est pour cela que dans le milieu de l’économie de partage, nous parlerons plus d’ « utilisateur » ou de « membre » que de « client ». Ces entreprises bâtissent de véritables écosystèmes communautaires et font en sorte que l’usager soit au centre de leur business-model, c’est ainsi que la captation de valeur se forme. De plus, comme ces sociétés fonctionnent uniquement avec des plateformes numériques, leurs coûts de diffusion sont nuls. Ainsi, s’inscrire sur la plateforme Airbnb ne coûtera rien, tout comme télécharger l’application « UberX » sur son smartphone. Ces dernières choisissent un modèle de gratuité pour le support qu’elles fournissent mais elles se rattrapent par la suite grâce à la visibilité qu’elles ont par leur diffusion massive. Du fait d’un modèle basé exclusivement sur la gratuité et de l’absence totale de coûts de diffusion, ces entreprises exercent une forme de monopole déloyal par rapport au reste du marché. Ces sociétés ont également tendance à être fortement concentrées et donc, seules quelques plateformes commandent sur ce marché. Ainsi, Uber a fait l’acquisition du service de cartographie Bing de chez Microsoft en 2015. Même chose pour Blablacar qui, en 2015, a racheté son principal concurrent européen sur le marché du co- voiturage : Carpooling. L’effet de concentration conduit à des situations de quasi- monopole et désormais, quelques applications seulement dictent la façon dont le marché doit fonctionner, laissant les miettes aux acteurs de taille modeste. Nous avons pu rencontrer différents acteurs Bruxellois qui se sont lancés dans l’aventure collaborative6 . A la question de savoir si ce secteur n’aurait plus de collaboratif que le nom, les avis divergent : ainsi, du côté de chez Bees Coop (une coopérative bruxelloise écologique, économique et sociale qui est sur le point de lancer un supermarché alternatif à la grande distribution classique), Quentin Crespel (l’initiateur du projet) établit une distinction nette entre deux sphères : C’est plus qu’une façade, c’est le cœur de leur business. Je pense qu’ils ne s’en cachent pas vraiment (...) Je crois que l’économie collaborative n’est pas sous-jacente du capitalisme : il y a deux mondes en action. On a d’abord 6 Les interviews complètes se situent en annexes.
  • 19. 19 le capitalisme qui a une force assez puissante et qui repère cette dynamique de collaboration (celle de créer du lien) et qui se dit qu’il y a effectivement une opportunité à saisir, mais sans quitter cette mentalité de captation de valeur. A côté de ça, on a de plus en plus de gens qui sont dans la collaboration, avec des valeurs fortes (Crespel, 2016, interview personnelle). Chez Cambio, acteur majeur du « car-sharing » en Belgique, on se montre également assez critique par rapport à ce point-là. Leonor Rennotte, chargée de communication pour la section bruxelloise du groupe, semble être d’accord sur le fait que l’on se perd un peu par rapport au but premier de l’économie collaborative. Elle compare le secteur du collaboratif à une sorte de forme d’esclavagisme : il ne serait pas possible d’offrir des services si bon marché, il y aurait forcément l’un ou l’autre acteur qui perdrait au change. L’aspect humain doit primer avant toute chose. Du côté de l’EPI, épicerie collaborative basée à Uccle, on fait une distinction nette entre les leaders du marché collaboratif et les petites structures qui font du partage. Claire Rocheteau, une des co-fondatrices du projet, apporte son point de vue : Collaboratif, c’est un mot qui veut tout de même dire quelque chose ! Je vous donne une illustration de ce que je dis : j’ai vu récemment un reportage très édifiant à la télé, où ils expliquaient que dans certaines villes des Etats- Unis, ou dans certains quartiers, notamment des quartiers avec des vieilles maisons (où le mobilier était un peu vétuste et où les gens vivent là depuis très longtemps parce qu’ils n’ont pas les moyens d’aller ailleurs), et bien Airbnb est en train de tout racheter, de tout rénover et de faire monter le prix des loyers : ça explose ! Du coup, les propriétaires de ces petits locataires sont obligés de suivre et de vendre. Les gens se retrouvent dehors. Donc là, ça ne veut pas dire la même chose pour Airbnb que ce que nous faisons à l’EPI (…) Je suis désolée, le collaboratif là, il a tout de même un peu disparu. Tandis que chez nous, le profit est humain : c’est de mettre du lien, de rendre service aux gens, de participer à la défense de l’environnement … Ce sont des projets de société, ça n’a rien à voir avec ces entreprises (Rocheteau, 2016, interview personnelle).
  • 20. 20 Une autre start-up, par contre, adopte une posture positive par rapport à cette question. Bernard Mukeba, fondateur de DogCatWeb (une plateforme qui permet de faire de la garde d’animaux, ce qu’on appelle également du « petsitting »), prend la défense des géants du marché collaboratif : Non, je ne suis pas d’accord. J’en reviens toujours à l’économiste Jérémy Rifkin, à l’origine de plusieurs concepts sur l’économie collaborative. Dans son livre, il explique qu’il est tout à fait normal qu’il y ait plusieurs volets au sein de l’économie de partage. C’est juste que le numérique a révolutionné la scène du collaboratif. Il est tout à fait normal que si je donne un service de manière collaborative, je sois rémunéré. C’est tout à fait normal qu’une entreprise puisse croître et augmenter ses capitaux. Ces boîtes la grossissent et créent de l’emploi (…) Le monde collaboratif révolutionne beaucoup de choses, ça démocratise l’humain : il est au centre, il n’y a plus cette verticalité, juste une forme d’horizontalité. Ça pousse même les grandes sociétés à changer la façon de manager leurs employés ou bien leur vision. Heureusement que le collaboratif existe ! (Mukeba, 2016, interview personnelle). Laurence Vanderpoelen, gérante d’un Repair Café (un centre de réparation d’objets tombés en panne à cause de l’obsolescence programmée) à Forest nuance la chose. Pour elle, il faut accepter le jeu de la concurrence du moment qu’elle ne se fasse pas au détriment de certains acteurs. Du moment que ces initiatives restent dans le concept de mettre des bâtons dans les roues de sociétés déjà bien implantées, elle n’y voit pas d’inconvénients. Par contre, à partir du moment où elles mettent des personnes dans une « situation délicate » et où elles exercent une forme de monopole déloyal, ce n’est plus acceptable. Elle rappelle qu’il faut bien évidemment accepter le fait qu’il y ait d’autres acteurs, c’est le jeu de la concurrence, mais il faut également faire attention à ce que ces entreprises ne deviennent pas simplement des « machines à fric ». Pour finir, Edgar Szoc, économiste, journaliste et professeur (auteur de plusieurs articles sur l’économie collaborative) trouve que ces sociétés ne représentent pas les valeurs qu’elles veulent afficher, ces entreprises n’auraient rien de collaboratives : (…) à mon sens, ça n’a jamais été de l’économie collaborative. Ce n’est pas parce que c’est devenu plus important que la nature du boulot a changé.
  • 21. 21 C’est assez curieux, d’ailleurs, d’appeler ça de l’économie collaborative parce qu’en fait, si on compare par exemple Uber à une société de taxis, la société de taxis a quelque chose de collaboratif entre les travailleurs. Cette structure dispose d’un centre, elle assigne des courses, etc. Alors que les chauffeurs Uber, eux, sont en compétition les uns avec les autres (…) Donc, les travailleurs ne collaborent pas entre eux. Là où on peut dire qu’il y a une collaboration, c’est entre le prestataire de services (le chauffeur Uber) et le client. Mais en quoi est-ce qu’il y a plus de collaboration que dans une société de taxis normale, je ne vois pas très bien. Et donc, du point de vue de l’organisation du travail et des travailleurs, c’est beaucoup moins collaboratif que l’économie traditionnelle, ce qui n’est pas nécessairement un problème en tant que tel, mais en tout cas le terme collaboratif est vraiment trompeur et usurpé (Szoc, 2016, interview personnelle). Globalement, les avis sont assez critiques sur l’aspect dit collaboratif de ces sociétés, même si on y retrouve quelques nuances. Il faut dire que les sociétés les plus connues dans le secteur ont essuyé de vives critiques par rapport à la manière dont elles fonctionnaient, notamment sur le plan fiscal. Aujourd’hui, ce sont surtout Airbnb et Uber qui continuent à poser problème. Le site de logements entre particuliers et la plateforme de car-sharing sont sous les feux des projecteurs depuis de nombreuses années, et pas toujours pour le meilleur. Pour avoir la pleine mesure des reproches qui leur sont adressés, il faut revenir sur les chiffres qui caractérisent leur ascension et tenter d’y voir plus clair dans les pratiques fiscales nébuleuses qui les entourent. Prenons le cas d’Airbnb pour illustrer ce phénomène.
  • 22. 22 Airbnb : bête noire du fisc, championne de l’optimisation offshore Les sociétés dans le milieu de l’économie collaborative ne communiquent que très rarement sur leur chiffre d’affaires, mais quand elles le font, elles impressionnent par leurs performances. Ainsi, Airbnb a réalisé 900 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2015 et l’entreprise américaine ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : à l’horizon 2020, la start-up devrait générer plus de dix milliards de dollars de chiffre d’affaires. Aujourd’hui, l’entreprise est présente dans plus de 129 pays et comptabilise deux millions de logements disponibles sur sa plateforme. Airbnb est présente dans 34.000 villes. En 2016, cinq millions de voyageurs sont passés par la start-up de Brian Chesky pour trouver un logement et l’entreprise est désormais valorisée à plus de 25,5 milliards de dollars en bourse. En 2015, Airbnb a enregistré une croissance fulgurante à Bruxelles, Paris et Berlin. Ainsi, à Bruxelles, plus de 6500 annonces actives ont été recensées sur le site l’année dernière, cela représente une croissance de 66% en un an. 220.000 voyageurs ont fait le déplacement en 2015, soit une croissance de 200% sur un an. Même chose à Paris où plus de 70.000 annonces actives ont été enregistrées, ceci représentant 55% de croissance sur une année. 1,7 million de voyageurs sont passés par la ville lumière en 2015, soit 171% de croissance par rapport à 2014. A Berlin, plus de 18.000 annonces actives ont été recensées, c’est une croissance de 30% en un an. 500.000 voyageurs ont trouvé un logement Airbnb sur Berlin en 2015, cela représente 147% de croissance si l’on compare à 2014. On peut le constater par ces chiffres : l’entreprise est en perpétuelle expansion. Et tout comme n’importe quel géant du web 2.0 (Google, Amazon ou Apple pour ne citer qu’eux), on lui reproche d’élaborer des montages fiscaux obscurs pour payer le moins d’impôts possible. Pour illustrer ce phénomène, se référer au cas français est le plus judicieux. Paris est aujourd’hui la ville la plus prisée dans le monde par les utilisateurs d’Airbnb. La société se rémunère grâce à un système de commission : elle prélève 3% auprès de l'hôte, et de 6 à 12% auprès du voyageur. En 2015, ses commissions en France lui ont rapporté 150 millions d’euros. Sur cette somme, on estime que l’entreprise n’a versé que 89.000 euros d’impôts au fisc français.
  • 23. 23 Pour parvenir à payer un montant aussi dérisoire, Airbnb a établi une filiale à Londres et des sous-filiales en Irlande et aux Pays-Bas pour permettre de délocaliser les bénéfices qu’elle a réalisés en France. Les bénéfices que l’entreprise réalise en France ne sont pas imposés sur le territoire, mais sont renvoyés vers l’Irlande. Le montage fiscal qu’elle a élaboré lui permettrait d’échapper à presque toutes les législations fiscales dans le monde. L’Irlande est d’ailleurs une véritable terre d’accueil pour les multinationales : il faut dire que le taux d’imposition y est fixé à 12,5%, contre 33% en France, c’est un des taux les plus bas d’Europe. C’est là que la marque a décidé de rapatrier tous ses profits mondiaux. A Dublin, deux sociétés sont répertoriées au nom d’Airbnb dans le registre du commerce : « Airbnb Ireland » et « Airbnb International ». La société utilise une technique bien connue par les multinationales en Irlande pour réaliser de l’optimisation offshore : celle du « double irlandais ». Cette technique se présente sous la forme d’un mécanisme assez simple, couramment utilisé par les multinationales américaines basées en Irlande. Une entreprise qui est basée en Irlande en monte une deuxième dans le même pays, et cette seconde société va payer la première. Les bénéfices arrivent en Irlande dans la première société (dans ce cas-ci Airbnb Ireland) puis transitent par la seconde (Airbnb International). Les profits d’Airbnb Ireland sont donc transférés à Airbnb International. Cette seconde société possède des statuts différents par rapport à la première : elle réside en Irlande mais pour les impôts, elle peut être située n’importe où dans le monde. Dans le cas d’Airbnb, elle paye ses impôts à Jersey, une petite île anglo-normande au large de Saint- Malo, une commune française située en Bretagne, au nord-ouest de la France. C’est donc une forme de double résidence : juridiquement, la société est basée en Irlande mais fiscalement, elle réside à Jersey, et toutes les taxes qui s’appliquent à Airbnb sont celles de Jersey. Airbnb International est donc une société écran qui rapatrie les bénéfices afin qu’ils soient taxés non pas en Irlande mais à Jersey, une île avec un taux d’imposition proche de 0%. L’île est considérée comme l’un des meilleurs paradis fiscaux dans le monde.
  • 24. 24 Grâce à ce mécanisme, Airbnb ne paierait pas plus de 3% d’impôts sur l’ensemble de ses bénéfices. La particularité de ce système est qu’il est parfaitement légal. Sous la pression de l’Union Européenne, l’Irlande a été sommée de mettre fin au « double irlandais », mais les multinationales comme Airbnb pourront continuer à profiter du système jusqu’en 2020. D’ici là, ces sociétés auront assez de temps pour essayer de trouver d’autres parades et se jouer de la réglementation fiscale nationale. Au niveau européen, les premières réglementations commencent à se mettre en place et Pierre Moscovici, commissaire européen pour les affaires économiques et financières, la fiscalité et les douanes, a rendu un avis sur la question en février dernier : La Commission n'ignore pas que de grandes multinationales utilisent des structures fiscales complexes dans le but d'optimiser leurs charges fiscales (…) Une série d'importantes initiatives ont déjà été mises en place, par exemple la proposition d'un échange d'informations automatique obligatoire sur les décisions fiscales entre États membres, adoptée par le Conseil le 6 décembre 2015. Enfin, la Commission a lancé, pour 2016, un programme ambitieux (…) contre l'évasion fiscale, une proposition d'échange, entre les administrations fiscales, de déclarations pays par pays, et qui présente, de plus, une nouvelle stratégie de l'UE pour protéger le marché unique des menaces extérieures d'érosion de la base d'imposition. (Moscovici, février 2016). Les questions de réglementation sont donc primordiales au sein de ce secteur. Comme ces entreprises ne sont pas encore totalement soumises aux mêmes règles que des sociétés classiques, certaines voix s’élèvent pour dire qu’une forme de concurrence déloyale se forme. C’est le point que nous allons aborder dans la troisième partie de cet article.
  • 25. 25 III. L’économie de partage : à l’origine d’un marché débridé ? Les mutations que l’économie collaborative engendre inquiètent les secteurs traditionnels. Ainsi, depuis qu’Airbnb et Uber sont présents sur le marché, les secteurs de l’hôtellerie et des sociétés de taxis sont montés au créneau pour dénoncer la concurrence déloyale que ces sociétés créeraient vis-à-vis de leurs activités. Ainsi, ces derniers mois, la législation de certaines villes s’est durcie contre les leaders du marché collaboratif. A Berlin par exemple, en avril dernier, il a été décidé de durcir les règles pour les locations touristiques : les habitants ne peuvent plus louer leur habitation entière pour des séjours de courte durée sur Airbnb, à moins d’obtenir une autorisation des autorités. Les propriétaires ne peuvent plus proposer à la location qu’une pièce de leur appartement ou de leur maison. Cette pratique nuit au marché de la location puisque ces habitations sont surtout destinées aux touristes : il s’agit donc de limiter ce genre de pratique. Les propriétaires qui ne respectent pas cette nouvelle règle risquent une amende pouvant aller jusqu’à 100.000 euros. Même chose à New-York où à la fin du mois de juin, une nouvelle loi a été introduite, et elle menace fortement la présence d’Airbnb dans cette ville : les logements new-yorkais loués sur le site pour une période inférieure à 30 jours seront désormais considérés comme illégaux aux yeux de la loi. Jusqu’à 7500 dollars d’amende peuvent être encourus par les contrevenants. Ce texte doit néanmoins encore être signé par le gouverneur avant d’entrer en vigueur. Que ce soit à New-York ou Berlin, les autorités publiques rétorquent le fait que dans certains immeubles, on retrouve plus de touristes que de véritables locataires. De plus, ces offres de logements alternatives empiètent sur le secteur hôtelier. La location sur Airbnb ne serait donc plus seulement qu’un moyen pour des particuliers d’arrondir leurs fins de mois mais serait également à l’origine d’un véritable marché sous-locatif. Du côté d’Airbnb, on met en garde contre les effets négatifs de cette décision : d’après la société, près de 30.000 personnes verraient leur bien immobilier saisi ou seraient expulsés. D’après le porte-parole du groupe, Josh Melzter : « Pour des centaines de New-Yorkais, Airbnb est devenue un cordon de sécurité économique, qui leur permet de payer leurs factures, de joindre les deux bouts et ainsi de rester dans leur logement ». De nombreux foyers pauvres new-yorkais dépendraient de la plateforme et des revenus qu’ils tirent de leur location.
  • 26. 26 Des actions ont également été prises dans d’autres villes : à Paris par exemple, Airbnb collecte une taxe de séjour de 83 centimes par nuitée afin de la reverser à la Ville de Paris (même si elle n’y est pas obligée d’un point de vue légal). Les particuliers ne peuvent plus louer leur appartement que quatre mois par an. A Barcelone, les propriétaires doivent s’acquitter d’une taxe de 65 centimes d’euros par nuitée. Deux chambres maximum peuvent être louées et pendant quatre mois par an. Du côté du service de covoiturage entre particuliers, Uber a connu de nombreux procès. En Belgique, en septembre 2015, le service Uber a été déclaré illégal par le tribunal de commerce de Bruxelles. C’est la société des Taxis Verts qui avait porté plainte et ils ont obtenu gain de cause. Seule l’application UberPop a été fermée, c’était l’application que les conducteurs particuliers utilisaient en se servant de leur voiture personnelle. Les services UberX et UberBLACK sont toujours en activité : ce sont des chauffeurs professionnels qui transportent leurs clients avec des limousines standards, ou des voitures de plus haut standing. Uber pouvait risquer une amende de 10.000 à un million d’euros si elle ne respectait pas cette décision de justice. Les chauffeurs de taxis étaient en colère contre le service UberPop puisque les chauffeurs travaillant pour cette application ne possédaient pas de licence obligatoire en région bruxelloise pour le transport rémunéré de personnes, une licence dont le prix avoisinait les 100.000 euros en 2015. A rajouter à cela le fait que les conducteurs travaillant pour Uber se soustraient au paiement de leurs impôts et du versement de cotisations sociales sur le sol belge. Ces entreprises emploient plusieurs milliers de personnes à travers le monde : webdesigners, responsables marketing, community managers … Mais elles n’engagent aucune femme de chambre ni aucun chauffeur. Ces personnes sont des particuliers qui restent liés à l’entreprise par une charte éthique obscure, mais il n’y a aucun contrat de travail en tant que tel. Pour certains, c’est là où le bât blesse puisque professionnalisation du particulier rimerait avec précarisation du travail. Uber ou Airbnb deviendraient donc des pourvoyeurs de faux jobs et apparaîtraient comme de véritables opportunités pour les personnes qui cherchent à avoir des revenus complémentaires ou qui sont tout simplement sans emploi. Le secteur traditionnel reproche également à ces sociétés de n’être que des coquilles vides : en Belgique par exemple, la filiale « Uber Belgium » a réalisé un bénéfice de 1080 euros en 2014, une somme dérisoire quand on sait que des milliers de chauffeurs représentent la
  • 27. 27 marque dans le pays. Les bénéfices de la filiale sont envoyés aux Pays-Bas, à Amsterdam, où l’impôt sur les sociétés est plus avantageux que chez nous. Même chose pour Airbnb : les factures fournies à ses utilisateurs en Belgique sont expédiées en Irlande. Les chauffeurs de taxi et le secteur hôtelier demandent à ce que ces sociétés rentrent dans le collimateur de la législation belge. Nos interlocuteurs, en tant qu’acteurs de premier plan impliqués dans l’économie collaborative, ont également un avis sur la question. Chez Bees Coop, l’économie du partage soulève des enjeux essentiels et remet en cause les formes d’emploi traditionnelles, on la perçoit comme un vecteur de changement en n’omettant pas le fait qu’elle doive être régulée : (…) Je pense que l’emploi doit évoluer, qu’il y a cette question de « qu’est- ce que l’emploi aujourd’hui » : est-on d’office dans du salariat, y a-t-il d’autres formes d’emploi qui doivent arriver et être encadrées ? (…) On se retrouve dans une situation où on serait au bord du quai avec tous des esclaves qu’on peut choisir et demander à quel prix il pourrait me fournir tel type de travail et en fonction de la qualité de ce que tu veux, tu prends le plus offrant. Il y a donc une mise en concurrence globale qui est complètement déstructurée des réalités locales. Et donc, je ne suis pas à tout prix pour la défense du salariat. Il faut avoir une réflexion sur comment encadrer ces nouvelles pratiques et il faut être proactif dans ces missions. Il y a une réelle nécessité d’encadrer ces nouvelles pratiques. (Crespel, 2016, interview personnelle) Chez Cambio, la seule forme de concurrence qu’ils exerceraient serait vis-à-vis des constructeurs automobiles, ils ne prendraient donc aucune autre part de marché et n’exerceraient aucune forme de concurrence déloyale. Leonor Rennotte, chargée de communication, rappelle qu’ils essaient justement d’éviter qu’il y ait trop de véhicules en circulation sur les routes et que cela ne génère trop de pollution. Ils essaient de désengorger les routes. D’après elle, tous les acteurs de car-sharing sur Bruxelles ont leur business-model et leurs clients, ils ne se les disputent pas. A l’EPI, épicerie collaborative basée à Uccle, on se montre très critique par rapport à ce point en particulier. Pour la coopérative, les géants du milieu appliquent une forme de concurrence déloyale. Claire Rocheteau et Sophie Bibet rappellent qu’à l’EPI, ils travaillent dans un autre
  • 28. 28 cadre et une autre perspective que celle du profit financier. D’après elles, Airbnb ferait une concurrence absolument « déloyale et sauvage » aux hôteliers mais aussi aux propriétaires qui essaient de louer sur un peu plus de long terme. Uber exerce aussi une forme de concurrence déloyale face aux taxis car ces derniers sont pris dans des réglementations et n’ont pas autant de liberté. A l’EPI, on ne fait donc concurrence à personne d’autre. Claire Rocheteau et Sophie Bibet rappellent aussi que ce sont des sociétés qui veulent échapper à la réglementation fiscale et aux législations sur les professions réglementées. Nous serions donc « plus proche de Google comme esprit que de l’EPI ». Chez DogCatWeb, Bernard Mukabe relativise les critiques qui sont faites à ces sociétés, en insistant sur les innovations qu’elles apportent. Selon lui, elles créeraient même de l’emploi : Moi, je pense qu’il faut créer de l’emploi (…) Donc, je pense que ces gens qui disent ça, ne désirent pas avoir d’évolution dans le milieu. Le monde avance, et je veux paraphraser l’équivalent du MEDEF (Mouvement des entreprises de France) en Italie : l’ancien président italien de ce mouvement disait que les Etats-Unis innovent, ils changent les choses. Il faut innover. Les Chinois copient, nous Européens on réglemente. Puis tu as les hôteliers qui se demandent pourquoi Airbnb fonctionne tellement bien : mais ils ont tout simplement innové ! Sans innovation, dans cinq à dix ans, quel avenir laissera-t-on à nos enfants ? Si le collaboratif nous permet de créer de l’emploi, pourquoi pas ? Les gens évoluent, et ça pousse tout le monde à faire de même. C’est mon humble avis. (Mukeba, 2016, interview personnelle) La représentante du Repair Café de Forest, Laurence Vanderpoelen, soulève la problématique des impôts auxquels une grande partie de ces entreprises ne se soumet pas en Belgique et rappelle qu’elles ne payent pas de taxes ici. Ces entreprises ne devraient pas se dédouaner de leurs devoirs envers la société et donc c’est un point qu’il faudrait revoir. Enfin, l’économiste Edgar Szoc nuance un peu plus la chose. Pour lui, une zone de recoupement existe : Oui, clairement. Alors ça, ça dépendra de la mesure dans laquelle le secteur sera régulé. Mais au tout début, c’est clair que les gens ne payaient pas d’impôts ni de cotisations sociales, etc. C’est un peu en train de changer
  • 29. 29 dans une certaine mesure et dans la mesure des capacités réglementaires des autorités publiques et donc, ça dépend très fort d’un pays à l’autre (…) Je crois qu’il y a quand même une zone de recoupement. C’est très clair que, par exemple, des petits étudiants qui trouvent des chambres à 20 euros, et bien ils n’auraient pas fait le voyage autrement s’il n’y avait pas eu Airbnb. Ce ne sont pas des nuitées d’hôtel qui sont perdues. A l’inverse, il y a le tourisme d’affaire qui est très peu impacté par Airbnb parce que les boîtes ne vont pas payer des nuitées Airbnb à leurs cadres. Mais il y a quand même une zone intermédiaire où il y a concurrence. (Szoc, 2016, interview personnelle) A Bruxelles, en moyenne, une chambre sur Airbnb se loue entre 70 et 80 euros par nuitée (alors que dans un établissement hôtelier, le prix tourne aux alentours de 105 euros par nuit). Fin 2015, on recensait environ 10.400 logements belges sur la plateforme, dont 5500 à Bruxelles, loués en moyenne 39 jours par an, ce qui veut dire qu’un hôte belge peut se faire en moyenne 2300 euros par an. Sur les 350.000 touristes qui sont passés en Belgique l’année dernière, 176.000 d’entre eux ont séjourné via la solution Airbnb. En un an, la croissance sur Bruxelles a été de 102%. Du côté des taxis, passer par Uber reste toujours plus avantageux : même si l’application UberPop a été arrêtée en 2015, UberX est toujours présent. En moyenne, passer par ce service reste 25% moins cher que de prendre un taxi. Ainsi, d’après Filip Nuytemenans, le directeur belge d’Uber, aller de Bruxelles-Midi à Bruxelles-Schuman avec UberX reviendrait à dix euros, contre 12.50 euros avec un taxi traditionnel. Aller de la Grand-Place à l’aéroport de Bruxelles National coûterait 20 euros avec UberX, contre environ 25 euros avec un taxi. Quand UberPop existait toujours, la société revendiquait 50.000 utilisateurs pour environ 1000 conducteurs à Bruxelles. Face aux parts de marché que ces sociétés prennent, le secteur traditionnel demande à ce que ces entreprises soient régulées. En Belgique, la réglementation a la particularité d’être assez compliquée puisqu’elle est régionalisée, les règles ne sont pas les mêmes selon que l’on se trouve en Flandre, en Wallonie ou à Bruxelles. Y a-t-il déjà des mesures qui ont été prises et comment fonctionnent-elles ? Dans cette dernière partie, nous verrons les types d’actions qui peuvent être prises à l’encontre de ces structures et comment les aménager.
  • 30. 30 IV. Quelles pistes pour réguler une telle économie ? Face à l’irruption de toute une série d’acteurs qui déstabilisent les marchés du transport ou de l’hébergement (pour ne citer qu’eux), chaque pays tente de remettre un peu d’ordre pour pouvoir réguler ce marché. En Europe, chaque Etat a adopté sa propre stratégie : ainsi, en Espagne par exemple, Uber est strictement interdit. Par contre, le service est plutôt encadré en Belgique, en Allemagne, en France, aux Pays-Bas ou en Italie. Airbnb est asphyxiée en Allemagne tandis qu’en Angleterre, pays ultra-libéral, la société a le champ libre. Globalement, l’Europe adopte une position conciliante avec la sphère du partage. Le 2 juin dernier, la Commission Européenne a présenté des orientations visant à aider les consommateurs, les entreprises et les pouvoirs publics pour pouvoir « s’engager en toute confiance dans l’économie collaborative ». La posture que la Commission adopte est de dire que ces nouveaux modèles contribuent à la croissance et à l’emploi au sein de l’Union européenne. Pour l’Europe, le problème actuellement est que chaque pays a sa propre réglementation. Ce paysage morcelé en termes de régulation ne joue pas en faveur des « opérateurs traditionnels, les nouveaux prestataires de services et les consommateurs ». La Commission cherche donc à unifier ce marché d’un point de vue réglementaire pour contribuer au développement de l’économie collaborative. La commissaire Elżbieta Bieńkowska, en charge du marché intérieur, de l’industrie, de l’entrepreneuriat et des PME, s'est exprimée sur le sujet: L'économie collaborative représente une chance à saisir pour les consommateurs, les entrepreneurs et les entreprises à condition que nous la mettions sur les bons rails. Si nous laissons notre marché unique se fragmenter au niveau national voire au niveau local, l’Europe tout entière risque d'être perdante. Nous publions aujourd'hui des orientations juridiques à l'intention des pouvoirs publics et des opérateurs du marché afin d'assurer le développement équilibré et durable de ces nouveaux modèles économiques. Nous invitons les États membres à réexaminer leur réglementation sur la base de ces orientations, et nous sommes disposés à les aider dans ce processus. (Bieńkowska, Bruxelles, le 2 juin 2016)
  • 31. 31 La Commission Européenne a pointé certains points en particulier qui nécessitent une attention toute particulière de la part des Etats membres et qui pourraient justifier des règles européennes. En premier lieu, la Commission demande à ce qu’il y ait une distinction nette entre le statut de particulier et de professionnel : il ne faut pas qu’un particulier qui travaille de manière occasionnelle sur ce type de plateforme soit traité comme un professionnel. La Commission souhaiterait fixer un seuil. En second lieu, les plateformes ne devraient pas être tenues pour responsables des formes d’actions illégales qui se déroulent sur le support qu’elles proposent, pour « les informations qu’elles stockent au nom de ceux qui proposent un service ». Elles n’ont donc pas d’obligation de vérification et de recherche concernant de possibles activités suspectes. Elles sont uniquement responsables de leurs propres services (les transactions par exemple). En termes de législation pour la protection de consommateurs, la Commission indique que les Etats doivent fournir une protection adéquate au consommateur mais aussi contre les pratiques commerciales déloyales afin de permettre la protection des parties les plus faibles participant à l’économie collaborative. En ce qui concerne le droit du travail, il relève en majeure partie de la compétence des Etats membres et est complété par des normes sociales minimales de l’UE et par la jurisprudence de l’UE. La Commission demande à ce que les Etats expliquent leurs règles en en donnant les grandes lignes directrices (lien de subordination à la plateforme, rémunération et nature du travail). Pour finir, la Commission demande à ce que les règles soient uniformisées et applicables à ces sociétés en ce qui concerne le volet fiscal, afin d’éviter les différences entre pays. Les Etats doivent faciliter et améliorer la collecte d’impôts pour les plateformes. L’agenda européen pour l’économie collaborative que la Commission a mis en place est une initiative intéressante puisqu’elle démontre que les instances accordent de l’attention à l’économie du partage et à sa régulation mais également que plusieurs problématiques juridiques liés à ces entreprises ont déjà été identifiées.
  • 32. 32 En Belgique, Alexander de Croo, Ministre en charge de l’agenda numérique a effectué une déclaration en matière de fiscalité. En avril dernier, il proposait la mise en place d’une nouvelle taxe qui serait prélevée à la source, pour les revenus générés par les particuliers présents sur ces plateformes. Toutes les transactions qui auraient lieu sur les sites collaboratifs feraient l’objet d’un inventaire précis et seraient prélevées directement par l’administration fiscale. Alexander de Croo qualifie la zone du cadre juridique entourant l’économie collaborative de « grise », et pour y remédier, il a proposé la mise en place de cette taxe. Un taux d’imposition préférentiel serait applicable pour des revenus inférieurs à un certain montant (10% en dessous de 5000 euros, puis une taxation progressive selon le montant déclaré avec un taux de maximum 50%). Dans l’optique où les revenus dépasseraient un certain seuil, l’impôt sur le revenu classique s’appliquerait. Ceci dans l’optique de faire la distinction entre un utilisateur occasionnel et une personne qui ferait une utilisation régulière et lucrative de ces plateformes. Avec Airbnb par exemple, ce problème existe déjà et on parle d’un véritable marché sous-locatif. Pour résumer, une fiscalité faible pour les utilisateurs occasionnels et une taxation plus sévère pour celles et ceux qui en feraient un véritable business. Les plateformes prélèveraient elles-mêmes un pourcentage généré sur les transactions et le reverseraient au fisc. Le Ministre de Croo estime que c’est un système assez simple à mettre en place puisque tous les paiements effectués dans le cadre de ces plateformes sont facilement traçables : « Puisque toutes les transactions se font par paiement électronique, on demandera à tous ces opérateurs de faire un petit prélèvement sur les transactions. Il y aura un transfert automatique entre ces plateformes et l'administration fiscale fédérale. Et tout sera pré-rempli dans la fiche d'impôts.». Pour que la recette fonctionne, il faut que ces sites s’engagent à transmettre toutes leurs données au fisc. Les secteurs de l’horeca et des taxis reprochent toujours au gouvernement d’organiser une concurrence déloyale parce que ce régime est seulement destiné aux particuliers et non aux prestataires, dont il s’agit de l’activité principale. Petit bémol, le Ministre de Croo a annoncé qu’Airbnb ne tombait pas sous le nouveau régime fiscal en préparation : il faut en effet que le service en question tombe sous la catégorie fiscale « revenus divers » et selon le Ministre de Croo, la location d’une chambre n’est pas un revenu divers mais un revenu immobilier. Tous les autres services par contre sont visés.
  • 33. 33 Chez nous, le cadre institutionnel fait que trois réglementations différentes encadrent les pratiques d’hébergement touristique et ce au niveau des trois régions (nous ne parlerons pas du cas d’UberX car il n’y pas encore eu de réglementation claire concernant ce service mis en place après l’interdiction d’UberPop à Bruxelles en octobre 2015). Ainsi, à Bruxelles, une nouvelle ordonnance est entrée en vigueur le 24 avril dernier : les nouvelles règles instaurées par cette dernière demandent à ce que les loueurs Airbnb fournissent un certificat de bonne vie et mœurs, un dispositif de sécurité anti-incendie, une assurance en responsabilité civile et une autorisation dans le cas échéant de la copropriété. Le dossier complet doit être remis aux autorités et s’il est accepté, le loueur recevra un numéro d’enregistrement ainsi qu’un logo à apposer en façade (5500 logements Airbnb ont été recensés en 2015 sur Bruxelles). En Wallonie, le Ministre du Tourisme René Collin a entamé une réflexion pour mieux encadrer les logements touristiques (1400 recensés en 2015). Le Ministre Collin privilégie un cadre souple : le logeur doit faire une déclaration préalable auprès du Commissariat général du tourisme. Il devra apporter la preuve d’absence de casier judiciaire, le respect de certaines règles de sécurité et aussi la preuve d’une assurance en responsabilité civile. En Flandre, la situation est similaire que dans le sud du pays : la personne qui souhaite louer son bien doit obtenir une autorisation écrite des autorités si le logement contient plus de deux chambres ou s’il peut accueillir plus de huit personnes. 3600 logements ont été recensés en Flandre en 2015.
  • 34. 34 Conclusion L’économie collaborative ne serait-elle donc qu’une forme de business lucratif déguisé ? Nous sommes d’avis qu’il faut établir une différence entre des acteurs qui sont depuis quelques années montés au créneau et qui dirigent le marché d’une main de fer, et puis des initiatives locales et de proximité qui conservent le soucis de garder les valeurs de partage et de solidarité comme de véritables porte-étendards. Le point de rupture commence à se dessiner lorsque ces sociétés grandissent et qu’elles ont accès à des capitaux bien plus conséquents : l’optique de développement à une échelle internationale prend le plus souvent le dessus sur les valeurs défendues à la base. Aujourd’hui, le marché de l’économie collaborative est extrêmement diversifié et ses pratiques également. De par la manière dont ces sociétés fonctionnent, elles remettent en question les modèles traditionnels que nous avons connus jusqu’à présent : le salariat, la structure hiérarchisée et verticale au sein de la plupart des entreprises, des modèles qui effacent complètement la notion de propriété au bénéfice supposé des valeurs de partage et d’entraide … Cette économie pose des questions essentielles sur notre société actuelle et souligne les défis et enjeux auxquels nous serons confrontés dans les années à venir. Par son potentiel de changements socio-économiques, la sphère collaborative peut se présenter comme une belle opportunité d’avenir. Elle fait également peur et inquiète car on lui reproche de pervertir ses intentions de base, de transformer des actes de générosité en du profit pur. Il faudra donc poser des exigences à l’égard de l’économie collaborative et différencier les initiatives qui méritent d’être soutenues de celles qui doivent être freinées. Cette économie a aussi la particularité de poser la question des différentes formes que le travail peut revêtir : l’emploi tel que nous le connaissons n’en est qu’une forme. Jusqu’où pourra-t-on flexibiliser l’emploi sans toucher à la protection des travailleurs, comment valoriser d’autres formes de contribution ? Le débat est ouvert : entre utopie et big business, il n’y a qu’un pas, et ce sont les acteurs qui définissent l’économie collaborative d’aujourd’hui qui décideront de ce qu’elle sera demain.
  • 35. 35 Sources Belga. (2016, 12 mai). Un régime fiscal favorable pour l’économie collaborative (sauf Airbnb) jusqu’à 5000 euros. La Libre. Récupéré le 13 mai 2016 de http://www.lalibre.be/economie/digital/un-regime-fiscal-favorable-pour-l-economie- collaborative-sauf-airbnb-jusqu-a-5-000-euros-573404b035708ea2d568eef0 Bosseler, J. (2016, 20 avril). L’auto partagée veut encore accélérer. Le Soir, p.7. Botsman, R. et Rogers, R. (2011). What’s mine is yours – How collaborative consumption is changing the way we live. Londres: Collins. Bugier, J. (2016, 4 juin). Airbnb, l’autre visage d’un géant du partage. France 2, émission Tout compte fait. Chabeau, A. (2015, 14 octobre). Louer son logement sur Airbnb, est-ce légal en Belgique ? L’Echo. Récupéré le 4 avril 2016 de http://monargent.lecho.be/budget/Louer_son_logement_sur_AirBnB_est_ce_legal_en_Belgiq ue.9686819-1783.art?ckc=1 Chavagneux, C. (2015, juillet-août). Le capitalisme numérique réinvente le XIXe siècle. Alternatives Economiques (n°348), p.22. Cloot, A. (2015, 10 février). Blablacar, l’accélérateur du covoiturage. Le Soir, p.18. Cloot, A. (2015, 27 août). Airbnb : une taxe de séjour en Belgique ? Le Soir, p.15. Cloot, A. (2015, 4 juillet). Uberiser n’est pas partager. Le Soir, p.15. Cloot, A. (2015, 5 novembre). Airbnb : louer un logement peut coûter cher fiscalement. Le Soir, p.16. Cloot, A. (2015, 6 octobre). Des petits boulots, oui. Un contrat, non. Le Soir, p.16. Cloot, A. (2016, 17 mai). Airbnb, la nouvelle bête noire des autorités ? Le Soir, p.8. Cloot, A. et Kubicki, M. (2015, 9 octobre). Le crowdfunding, un mystère pour un Belge sur deux. Le Soir, p.20. Colleyn, M. et Brabant, F. (2015, 16 septembre). Uber, casse-tête pour le ministre Pascal Smet. La Libre, p.30.
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  • 38. 38 Rennotte, L. (16 juin 2016). Interview personnelle, Bruxelles. Riché, P. (2014, 14 octobre). Pourquoi Google peut s’inquiéter de la nobélisation de Jean Tirole L’OBS – Rue 89. Récupéré le 19 juin 2016 de http://rue89.nouvelobs.com/2014/10/14/pourquoi-google-peut-sinquieter-nobelisation-jean- tirole-255476 Rifkin, J. (2014). La nouvelle société du coût marginal zéro – L’internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipse du capitalisme. Babel Essai. Rocheteau, C., Bibet, S. et Gounot, F. (16 juin 2016). Interview personnelle, Bruxelles. Slits, V. (2015, 16 septembre). Une majorité des Belges attend des autorités qu’elles encadrent les acteurs de l’économie collaborative. La Libre, p.29. Szoc, E. (2015, avril). Du partage à l’enchère : les infortunes de la « Sharing Economy » [Version PDF]. Récupéré le 4 avril 2016 de http://www.acjj.be/IMG/pdf/150413SEOnDemand2_1_.pdf Szoc, E. (2015, septembre). La « collaboration », feuille de vigne du capitalisme de plate- forme. Ensemble (n°88), pp.46-47. Szoc, E. (21 juin 2016). Interview personnelle, Bruxelles. Thépot, M. (2016, 8 janvier). L’économie collaborative n’est pas sociale et solidaire. La Tribune. Récupéré le 14 mai 2016 de http://www.latribune.fr/economie/france/l-economie- collaborative-n-est-pas-sociale-et-solidaire-541099.html Thérin, F. (2014, 6 septembre). L’économie collaborative : un modèle durable ? L’Echo, p.14. Uber, le mauvais exemple d’une véritable révolution. (2015, 16 juillet). L’Echo, p.11. Vanderpoelen, L. (19 juin 2016). Interview personnelle, Bruxelles. Vassart, P. (2015, 5 octobre). Un supermarché en coopérative. Le Soir, p.12. Vindt, G. (2015, 17 décembre). Le salariat, de la précarité à la sécurité. Alter Eco plus. Récupéré le 02 janvier 2016 de http://www.alterecoplus.fr/
  • 39. 39 Annexes Annexe 1 : retranscription de l’interview avec Quentin Crespel, fondateur de la coopérative « Bees Coop ». [Nous avons interrogé Quentin Crespel au siège de Bees Coop, à Saint-Josse. Représentant une épicerie collaborative de quartier, son avis est plus à même d’apporter une autre vision du marché. Les questions ont été élaborées de manière à ce qu’elles puissent servir à répondre aux hypothèses formulées dans les parties deux et trois.] Bonjour, pourriez-vous nous présenter votre entreprise et nous dire depuis quand vous êtes présent sur le marché ? Donc Bees Coop, c’est la coopérative bruxelloise écologique, économique et sociale. Notre but serait de créer un supermarché qui serait une alternative à la grande distribution classique. C’est un projet qui est co-construit par près de 80 citoyens et c’est une initiative qui a été entreprise par de jeunes militants il y a près de deux ans. Maintenant, le projet a évolué et on a quatre personnes qui sont rémunérées au sein du projet et toujours une base de près de 80 personnes qui sont actives dans différents groupes de travail. C’est vraiment ces énergies de citoyens qui permettent d’avancer sur le projet au quotidien. Donc notre volonté c’est de rendre l’alimentation durable (on l’entend au sens large : au niveau des produits locaux, des produits issus du commerce équitable, plus accessibles financièrement) et pour ça, on se base sur le modèle des coopératives de consommateurs. Toutes les personnes qui veulent faire leurs courses dans le supermarché souscrivent des parts de la coopérative et deviennent propriétaires et s’engagent à travailler trois heures toutes les quatre semaines, dans le magasin. Et donc, c’est cette petite partie de travail non rémunérée au sein du magasin, de la structure, qui permet de diminuer les coûts et d’avoir une alimentation de haute qualité à des prix plus intéressants. Quels sont les éléments qui vous ont poussé à lancer ce projet ? Notre volonté était vraiment de rendre l’alimentation de qualité et accessible. Pour l’instant, il y a des initiatives qui existent mais souvent on trouvait que c’était soit : pas dans nos moyens (il y a beaucoup de possibilités avec les magasins bio qui ouvrent à gauche à droite mais
  • 40. 40 souvent ce sont des magasins qui sont déjà réservés à un public sensibilisé avec un pouvoir d’achat assez important). Après, dans les initiatives bon marché, il y a certains groupes d’achats en commun (il y a les marchés, la vente directe à la ferme, …) mais ça demande une organisation et une implication assez importante que nous n’avions pas l’occasion de mettre en place. On s’est donc dit qu’on voulait répondre à cette demande mais le faire de manière inclusive et donc pas uniquement pour des personnes déjà sensibilisées mais toucher une large part de la population. Donc on s’implante ici à Schaerbeek et à Saint-Josse, qui sont des quartiers assez populaires et la volonté, c’est aussi d’utiliser le supermarché comme moyen pour créer de la mixité sociale. L’alimentation, ça concerne tout le monde et c’est un élément qui permet de faire des ponts entre les cultures et donc il y a cet aspect de mixité sociale qui est hyper important chez nous. Vous vous réclamez plus du mouvement de l’économie sociale et solidaire plutôt que de l’économie collaborative. Vous faites une différence entre les deux ? Complètement. Pour moi, l’économie collaborative, c’est quelque chose qui a été nommé assez récemment et qui englobe toute une série d’acteurs qui ont au final des finalités assez différentes. Dans notre cas, on se revendique plutôt de l’économie sociale, on est une coopérative à finalité sociale, agréée par le conseil national de la coopération : ces différents agréments sont garants des valeurs de la coopérative. On a pas de but lucratif même s’il faut qu’on soit rentables, il va y avoir de l’argent brassé mais cet argent ne sert pas à rémunérer les personnes qui ont investi dans le projet, elle sert à le renforcer et à développer des projets annexes éventuellement. On est sur le principe de « une personne, une voie », donc peu importe les montants investis dans la société, toutes les personnes ont le même pouvoir lors des assemblées générales. Par rapport à la distinction entre économie sociale et collaborative, je crois que ça nécessite vraiment d’être creusé parce qu’il y a clairement dans l’économie sociale des valeurs de coopération, de collaboration, et à côté de ça, il y a une vague avec ce qu’on appelle le « capitalisme de plateforme » (des projets qui utilisent les connexions entre les gens pour capter de la valeur et donc, je pense qu’il y a vraiment un intérêt assez important dans cette collaboration entre les gens. Cette reconnexion des citoyens est géniale mais c’est dommage qu’il y ait un acteur qui se mette finalement au-dessus pour faciliter ces connexions et qui capte la valeur qui se fait dans tous ces échanges).
  • 41. 41 Des sociétés telles que Airbnb ou Uber, les géants du collaboratif, brassent des milliards chaque année. Des voix s’élèvent pour dire que ces entreprises n’ont plus de collaboratif que le nom. Qu’en pensez-vous ? C’est plus qu’une façade, c’est le cœur de leur business. Je pense qu’ils ne s’en cachent pas vraiment. Il y a d’ailleurs Blablacar, en France, qui joue aussi fort là-dessus : le service était à la base gratuit et financé en grande partie par la publicité mais au fur et à mesure, ils ont rajouté des pourcentages sur chaque trajet. Je crois que l’économie collaborative n’est pas sous-jacente du capitalisme : il y a deux mondes en action. On a d’abord le capitalisme qui a une force assez puissante et qui repère cette dynamique de collaboration (celle de créer du lien) et qui se dit qu’il y a effectivement une opportunité à saisir, mais sans quitter cette mentalité de captation de valeur. A côté de ça, on a de plus en plus de gens qui sont dans la collaboration, avec des valeurs fortes. Ce serait d’ailleurs génial d’avoir un système où un « Blablacar », par exemple, se serve des commissions ponctionnées sur chaque trajet, non pas pour rémunérer les gens qui ont financé l’application mais que ce pourcentage retenu serve à payer les serveurs, les personnes qui sont là pour gérer le service. Ca ne doit pas non plus être gratuit mais le but in fine ne doit pas être de faire de l’argent sur l’échange entre citoyens. Et donc, pensez-vous qu’il y ait une ligne de fracture entre ces sociétés et des structures collaboratives plus locales ? La ligne n’est pas franche. C’est un peu plus flou qu’une ligne vraiment tranchée. Je pense qu’à côté de ces géants qu’on cite souvent, il y a beaucoup de petites structures qui sont hyper capitalistes et dont le but est de faire du profit. A côté de ça, il y a plein de projets qui sont plutôt de l’économie sociale et qui ont une autre vision de la société. Vu tout le bruit qu’on fait autour de l’économie collaborative, il est difficile d’identifier quels acteurs sont réellement dans cette volonté de coopérer, de collaborer et les autres qui sont plutôt dans cette vision de profit. Cette économie mettrait en danger les différentes formes d’emplois déjà existantes et elle exercerait une forme de concurrence déloyale. Etes-vous du même avis ? C’est une question vraiment intéressante et qui soulève des enjeux essentiels. Je pense que l’emploi doit évoluer, qu’il y a cette question de « qu’est-ce que l’emploi aujourd’hui » : est-on d’office dans du salariat, y a-t-il d’autres formes d’emploi qui doivent arriver et être encadrées ? Je pense qu’Airbnb a une politique de négociation avec les villes lorsqu’ils
  • 42. 42 s’implantent alors qu’Uber y va de manière beaucoup plus franche. Mais il y a d’autres plateformes qui sont encore plus incroyables : je ne me rappelle plus du nom mais c’est des propositions de services en ligne. On demande par exemple un traducteur, un graphiste et on propose notre mission : des travailleurs du monde entier peuvent répondre à cette mission. On se retrouve dans une situation où on serait au bord du quai avec tous des esclaves qu’on peut choisir et demander à quel prix il pourrait me fournir tel type de travail et en fonction de la qualité de ce que tu veux, tu prends le plus offrant. Il y a donc une mise en concurrence globale qui est complètement déstructurée des réalités locales. Et donc, je ne suis pas à tout prix pour la défense du salariat. Il faut avoir une réflexion sur comment encadrer ces nouvelles pratiques et il faut être proactif dans ces missions. Il y a une réelle nécessité d’encadrer ces nouvelles pratiques. Ce serait, au final, plutôt une bonne chose puisque le modèle du salariat est remis en question ? Des questions méritent d’être posées, après il faut avoir les moyens d’analyser les faits. Chez Bees Coop, on a déjà pu faire plusieurs rencontres avec des acteurs de l’économie collaborative orientée économie sociale et au même moment, il y avait Uber, Airbnb dans le cabinet d’Alexander de Croo (Vice-Premier Ministre et Ministre de la Coopération au développement, de l’Agenda numérique, des Télécommunications et de la Poste) en train de discuter de comment mettre en place ces questions d’économie collaborative et de nouveaux métiers. Il faut une vision plurielle de ce qu’est l’économie du partage et pas que ce soit les grands acteurs qui aillent au cabinet et qui dictent un peu leurs lois. L’économie collaborative : effet de mode ou véritable tendance de fond ? Je pense qu’on est dans une période où on veut mettre des mots sur des tendances : la collaboration, ça a toujours existé. L’économie collaborative, c’est une tendance, c’est la volonté de mettre une étiquette sur différents styles de projets. La collaboration est encore en train de se former et il faudra voir quelle forme elle prendra et pour moi, la grande question est de voir vers où elle va s’orienter : plutôt vers ce capitalisme de plateforme ou plutôt une réelle coopération entre les acteurs. Et dans notre secteur qui est celui des coopératives alimentaires, il y a une collaboration énorme entre Français, Suisses, Luxembourgeois, Américains … On développe des outils en commun, on réfléchit aux problématiques d’approvisionnement et plus largement, avec les acteurs Bruxellois de l’économie sociale, on
  • 43. 43 est en réflexion sur comment mutualiser les outils et ça, c’est de la collaboration qu’on ne va pas étiqueter d’économie collaborative. Mais on est là-dedans aussi. Quel est votre chiffre d’affaires ? Le magasin en tant que tel n’est pas encore sur pieds, mais nous avons une sorte de « labomarket » qui fonctionne deux jours par semaine. Chaque week-end, nous réalisons entre 4000 et 5000 euros de C.A. On devrait pouvoir ouvrir début 2017 une fois que tous les permis d’urbanisme auront été livrés et que les travaux seront terminés. Quelles sont vos perspectives de développement ? Dans un premier temps, l’idée serait de renforcer le magasin, être sûr qu’il fonctionne bien et de valider le modèle. Après, la volonté est de faciliter la réplicabilité de Bees Coop. Notre projet n’est pas de créer des Bees Coop partout, c’est que des gens qui aient envie de lancer leur propre marché coopératif puissent le faire facilement, puissent bénéficier de l’expérience que nous avons acquise. Identifier les freins, les bonnes idées ou au contraire les erreurs. D’une part, donc, renforcer la structure déjà existante, d’autre part apporter cette aide aux nouveaux venus et de manière transversale, mutualiser toute une série de services entre coopératives (administration, comptabilité, …). Le marché de l’économie collaborative est-il arrivé à maturité ? Je pense que ça va encore grandir, il y a encore beaucoup de possibilités. On en est juste au début j’ai l’impression. L’Etat devrait-il réguler ce nouveau secteur et comment devrait-il s’y prendre ? Je crois qu’il est important que l’Etat régule cette économie sans pour autant y faire de régime particulier. Dans certaines conférences, des acteurs se situaient clairement dans du capitalisme de plateforme et qui sous prétexte qu’ils faisaient partie de l’économie collaborative, demandaient des réductions d’impôts et de TVA. Non ! Ce sont des acteurs capitalistes classiques, sur un marché qui est le même que les autres : il n’y a pas de raisons de faire des incitants pour ces structures. Il y a vraiment le soucis de savoir ce qu’on étiquette derrière l’économie du partage. Ces entreprises doivent être régulées, taxées et questionnées dans leurs pratiques.