Cours de Nadja Acioly-Régnier et Jean-Luc Gurtner – Psychologie de l’éducation

                                 TROUBLES DU CALCUL


   L'échec scolaire est, dans une grande majorité des cas, attribué directement aux
   compétences des sujets en mathématiques inférées à partir de leurs performances.
   Pourtant l les difficultés rencontrées par les apprenants ont des sources très diverses
   qui peuvent être reliées à l'identité sexuelle, à des raisons motivationnelles, aux
   représentations des mathématiques. Mais il se peut aussi que ces difficultés soient
   symptomatiques de troubles de calcul identifiables.

   Nous proposons ici un bref aperçu des troubles des calculs et des dyscalculies chez
   l'enfant d'un point de vue cognitif. Chez certains enfants d'intelligence normale, au
   sens des tests psychométriques classiques, nous observons un échec spécifique dans
   l'apprentissage des premiers éléments du calcul et dans la capacité à manier les
   nombres de façon adéquate. Ces enfants présentent des scores particulièrement faibles
   aux tests d'évaluation des connaissances en calcul. Force est alors de constater que ces
   difficultés en calcul posent d'importants problèmes dans la vie même des sujets.

   Van Hout et Claire Meljac (2001) observent que les deux grands troubles
   d'apprentissage, nommés respectivement la dyslexie et la dyscalculie ont été
   découverts presque simultanément par Hinshelwood en 1917. Cependant les troubles
   du domaine numérique ont fait l'objet de beaucoup moins de recherches et de
   publications que ceux qui conduisent aux échecs de l'apprentissage de la lecture.

   Plusieurs processus cognitifs sont impliqués dans ces troubles. Nous pouvons citer
   comme exemple le processus de langage pouvant compromettre la compréhension des
   concepts mathématiques, les processus de mémoire, en particulier les troubles de la
   mémoire de travail, et les processus d'attention.

   On estime que entre 3% et 6% des individus de la population scolaire présente des
   troubles du type dyscalculie développementale. Cette fréquence est par ailleurs du
   même ordre pour ce qui concerne les troubles du type dyslexie développementale et
   du type syndrome d'hyperactivité avec attention déficitaire.

En ce qui concerne la pratique enseignante Meljac fournit des pistes pour analyser la
pratique éducative et introduire des adaptations fort pertinentes. Il en est ainsi de son propos
dans un chapitre qu'elle intitule "Le diagnostic, et après ? remédiations et prises en
charge". Cependant elle déplore combien ces questions "ne passionnent pas les chercheurs,
mais qui n'en constituent pas moins le quotidien du praticien."

Nous rapportons ci-dessous quelques unes de ses remarques. L'étudiant intéressé par cette
problématique peut par ailleurs aller plus loin en consultant les ouvrages cités en référence.

Concernant la remédiation :

  Quel est l'âge le plus favorable pour le début des remédiations ?
Dans l'état actuel, le "bon âge semblerait se situer vers 8-9 ans, au moment où l'enfant est
déjà capable d'une analyse métacognitive sur sa façon de penser.
    Faut-il prescrire une remédiation logico-mathématique chaque fois qu'un enfant échoue
en calcul ?
Certainement pas …on se borne, à la suite d'examens superficiels, (…) à conseiller des
mesures palliatives qui ne cernent absolument pas l'origine des difficultés et n'ont
strictement aucun effet
    Que penser des remédiations centrées sur un entraînement practo-gnosique et sur
l'organisation spatiale ?

La plupart des travaux abordant les troubles manifestés par les enfants en mathématiques
ont montré le rôle important des perturbations practo-gnosiques et spatiales dans leur
genèse. (…) Il serait dès lors logique de préconiser des programmes de remédiation portant
directement sur elles.(…) toutes les tentatives menées dans ce sens ont été très décevantes
sur le plan clinique.

   Références bibliographiques

        Pesenti, M. et Seron, X. (2000) Neuropsychologie des troubles du calcul et du
   traitement          des          nombres.            Marseille          :    Solal
        Van Hout, A. (2001) Dyscalculies développementales in Anne Van Hout et Claire
   Meljac - Troubles du calcul et dyscalculies chez l'enfant. Paris : Masson

Troubles du calcul

  • 1.
    Cours de NadjaAcioly-Régnier et Jean-Luc Gurtner – Psychologie de l’éducation TROUBLES DU CALCUL L'échec scolaire est, dans une grande majorité des cas, attribué directement aux compétences des sujets en mathématiques inférées à partir de leurs performances. Pourtant l les difficultés rencontrées par les apprenants ont des sources très diverses qui peuvent être reliées à l'identité sexuelle, à des raisons motivationnelles, aux représentations des mathématiques. Mais il se peut aussi que ces difficultés soient symptomatiques de troubles de calcul identifiables. Nous proposons ici un bref aperçu des troubles des calculs et des dyscalculies chez l'enfant d'un point de vue cognitif. Chez certains enfants d'intelligence normale, au sens des tests psychométriques classiques, nous observons un échec spécifique dans l'apprentissage des premiers éléments du calcul et dans la capacité à manier les nombres de façon adéquate. Ces enfants présentent des scores particulièrement faibles aux tests d'évaluation des connaissances en calcul. Force est alors de constater que ces difficultés en calcul posent d'importants problèmes dans la vie même des sujets. Van Hout et Claire Meljac (2001) observent que les deux grands troubles d'apprentissage, nommés respectivement la dyslexie et la dyscalculie ont été découverts presque simultanément par Hinshelwood en 1917. Cependant les troubles du domaine numérique ont fait l'objet de beaucoup moins de recherches et de publications que ceux qui conduisent aux échecs de l'apprentissage de la lecture. Plusieurs processus cognitifs sont impliqués dans ces troubles. Nous pouvons citer comme exemple le processus de langage pouvant compromettre la compréhension des concepts mathématiques, les processus de mémoire, en particulier les troubles de la mémoire de travail, et les processus d'attention. On estime que entre 3% et 6% des individus de la population scolaire présente des troubles du type dyscalculie développementale. Cette fréquence est par ailleurs du même ordre pour ce qui concerne les troubles du type dyslexie développementale et du type syndrome d'hyperactivité avec attention déficitaire. En ce qui concerne la pratique enseignante Meljac fournit des pistes pour analyser la pratique éducative et introduire des adaptations fort pertinentes. Il en est ainsi de son propos dans un chapitre qu'elle intitule "Le diagnostic, et après ? remédiations et prises en charge". Cependant elle déplore combien ces questions "ne passionnent pas les chercheurs, mais qui n'en constituent pas moins le quotidien du praticien." Nous rapportons ci-dessous quelques unes de ses remarques. L'étudiant intéressé par cette problématique peut par ailleurs aller plus loin en consultant les ouvrages cités en référence. Concernant la remédiation : Quel est l'âge le plus favorable pour le début des remédiations ? Dans l'état actuel, le "bon âge semblerait se situer vers 8-9 ans, au moment où l'enfant est
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    déjà capable d'uneanalyse métacognitive sur sa façon de penser. Faut-il prescrire une remédiation logico-mathématique chaque fois qu'un enfant échoue en calcul ? Certainement pas …on se borne, à la suite d'examens superficiels, (…) à conseiller des mesures palliatives qui ne cernent absolument pas l'origine des difficultés et n'ont strictement aucun effet Que penser des remédiations centrées sur un entraînement practo-gnosique et sur l'organisation spatiale ? La plupart des travaux abordant les troubles manifestés par les enfants en mathématiques ont montré le rôle important des perturbations practo-gnosiques et spatiales dans leur genèse. (…) Il serait dès lors logique de préconiser des programmes de remédiation portant directement sur elles.(…) toutes les tentatives menées dans ce sens ont été très décevantes sur le plan clinique. Références bibliographiques Pesenti, M. et Seron, X. (2000) Neuropsychologie des troubles du calcul et du traitement des nombres. Marseille : Solal Van Hout, A. (2001) Dyscalculies développementales in Anne Van Hout et Claire Meljac - Troubles du calcul et dyscalculies chez l'enfant. Paris : Masson