Nobile - Apport Theorie Iconique

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L'apport de la théorie iconique du signe à la naissance de la linguistique comparée

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  1. 1. L'apport de la théorie iconique du signe à la naissance de la linguistique comparée LICOLAR AIX 2008 Une Journée de Linguistique Comparée des Langues Romanes Aix-en-Provence 23 mai 2008 Luca Nobile Université de Paris 3 "Sorbonne Nouvelle" EA 170 "Langues romanes : acquisition, linguistique, didactique" UMR 7597 "Histoire des théories linguistiques"
  2. 2. Introduction/1 Franz Bopp, Vergleichende Grammatik , Berlin, 1833
  3. 3. Introduction/2 Bopp 1866 (1833) : Préface
  4. 4. Introduction/3 Problématique <ul><li>Une interprétation influente </li></ul><ul><li>(Auroux 2000 : 430-433) </li></ul><ul><li>« L’affirmation de l’arbitraire linguistique et l’abandon de toute recherche concernant les motivations des racines sont un seul et m ême acte épistémologique qui rend possible le comparatisme ». </li></ul><ul><li>« La thèse de l’arbitraire des racines semble bien être la matrice des raisons logiquement articulées du refus de considérer l’origine des langues  [dans le statut de la Société de Linguistique de Paris de 1866] ». </li></ul><ul><li>« Le rejet de l’origine des langues hors de la linguistique est désormais [avec Saussure] la même chose que l’affirmation de l’autonomie de cette discipline  ». </li></ul><ul><li>Notre hypothèse de travail </li></ul><ul><li>La page de Bopp a l’allure paradoxale de tout « effacement de l’origine » (Derrida). </li></ul><ul><li>Si cet effacement a été nécessaire pour assurer un (certain type de) statut scientifique à la linguistique, il n’a pu se produire qu’en s’appuyant sur le fondement même qu’il était en train d’effacer . </li></ul><ul><li>Autrement dit, avant d’ être éliminée, l a théorie de l’origine l’iconique du signe a fourni un apport décisif à la constitution du cadre épistémologique de la linguistique comparée, en établissant notamment, contre la tradition théologique, l’origine naturelle du langage . </li></ul>
  5. 5. Sommaire <ul><li>D’où vient l’exemple de la racine ST ? </li></ul><ul><li>L’arbitraire du signe et le paradoxe de l’origine. </li></ul><ul><li>La théorie iconique des Lumières. </li></ul>
  6. 6. 1. D’où vient l’exemple de la racine ST ? 1.1. Une tradition méconnue Franz Bopp 1833 Sylvestre de Sacy 1799 Court de Gébelin 1776 Charles de Brosses 1765
  7. 7. 1. D’où vient l’exemple de la racine ST ? 1.2. Le Traité de Charles de Brosses (1765)
  8. 8. 1. D’où vient l’exemple de la racine ST ? 1.3. Une nouvelle théorie du signe <ul><li>C’est donc à la théorie iconique inaugurée par Charles de Brosses en 1765 que se réfère Franz Bopp au début de sa Grammaire comparée . </li></ul><ul><li>Cette théorie s’inspirant de Leibniz était encore largement minoritaire vers la moitié du XVIIIe siècle. </li></ul><ul><li>C’est de Brosses qui en fournit le premier une illustration cohérente et systématique, en lui consacrant un ouvrage entier. </li></ul><ul><li>Son Traité s’encadre dans le débat sur l’origine des connaissances humaines ouvert par l’ Essai de Condillac de 1746. </li></ul>
  9. 9. 2. L’arbitraire et le paradoxe de l’origine. 2.1. Condillac, Essai, 1746. Il semble qu'on ne sçauroit se servir des signes d'institution, si l'on n'étoit pas déjà capable d'assez de réflexion pour les choisir et pour y attacher des idées : comment donc, m'objectera-t-on peut-être, l'exercice de la réflexion ne s'acquerroit-il que par l'usage de ces signes ? <ul><li>Condillac , Essai sur l’origine des connaissances humaines, 1746 </li></ul><ul><li>Tente de fonder les facultés de l’esprit sur l’usage des signes. </li></ul><ul><li>Se heurte au paradoxe de l’origine. </li></ul>On voit que mon dessein est de rappeler à un seul principe tout ce qui concerne l'entendement humain, et que ce principe ne sera ni une proposition vague, ni une maxime abstraite, ni une supposition gratuite ; mais une expérience constante, dont toutes les conséquences seront confirmées par de nouvelles expériences. Les idées se lient avec les signes, et ce n'est que par ce moyen, comme je le prouverai, qu'elles se lient entr'elles.
  10. 10. 2. L’arbitraire et le paradoxe de l’origine. 2.2. Rousseau, Discours sur l’inégalité, 1755 <ul><li>Condillac, Essai sur l’origine des connoissances humaines, 1746 </li></ul><ul><li>Rousseau , Discours sur l’origine et le fondement de l’inégalité parmi les hommes, 1755 </li></ul><ul><li>Tente de fonder les facultés de l’esprit sur l’usage des signes. </li></ul><ul><li>Se heurte au paradoxe de l’origine. </li></ul><ul><li>Reprend le paradoxe de Condillac. </li></ul><ul><li>Est obligé de remettre en question l’origine « purement humaine » du langage. </li></ul>
  11. 11. 2. L’arbitraire et le paradoxe de l’origine. 2.3. Beauzée, “Langue” in Encyclopédie , 1765 Mais s'il y avoit une langue qui tînt à la nature de l'homme, ne seroit - elle pas commune à tout le genre humain, sans distinction de tems, de climats, de gouvernemens, de religions, de moeurs, de lumieres acquises, de prejugés, ni d'aucunes des autres causes qui occasionnent les différences des langues? Que reste-t-il donc à conclure, pour indiquer une origine raisonnable au langage ? L'hypothèse de l'homme sauvage, démentie par l'histoire authentique de la Genèse, ne peut d'ailleurs fournir aucun moyen plausible de former une première langue : la supposer naturelle, est une autre pensée inalliable avec les procédés constans & uniformes de la nature : c'est donc Dieu lui-même qui, non content de donner aux deux premiers individus du genre humain la précieuse faculté de parler, la mit encore aussitôt en plein exercice, en leur inspirant immédiatement l'envie & l'art d'imaginer les mots & les tours nécessaires aux besoins de la société naissante. <ul><li>Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines, 1746 </li></ul><ul><li>Rousseau, Discours sur l’origine de l’inégalité, 1755 </li></ul><ul><li>Beauzée , « Langue », Encyclopédie, 1765 </li></ul><ul><li>Tente de fonder les facultés de l’esprit sur l’usage des signes. </li></ul><ul><li>Se heurte au paradoxe de l’origine. </li></ul><ul><li>Reprend le paradoxe de Condillac. </li></ul><ul><li>Est obligé de remettre en question l’origine « purement humaine » du langage. </li></ul><ul><li>Reprend le paradoxe de Rousseau. </li></ul><ul><li>Conteste la théorie traditionnelle du naturalisme linguistique. </li></ul><ul><li>Pr ône l’origine divine du langage. </li></ul>M. J. J. Rousseau, dans son discours sur l'origine & les fondemens de l'inégalité parmi les hommes, I. partie, a pris pour base de ses recherches, cette supposition humiliante de l'homme né sauvage & sans autre liaison avec les individus même de son espèce, que celle qu'il avoit avec les brutes, une simple cohabitation dans les mêmes forêts. Quel parti a-t-il tiré de cette chimérique hypothèse, pour expliquer le fait de l'origine des langues ? Il y a trouvé les difficultés les plus grandes, & il est contraint à la fin de les avouer insolubles.
  12. 12. 2. L’arbitraire et le paradoxe de l’origine. 2.4. Un argument en faveur de l’origine divine. <ul><li>Vers la moitié du XVIIIe siècle, l’origine naturelle du langage n’est pas encore établie, même pas dans le milieu des philosophes. </li></ul><ul><li>L’arbitraire du signe en constitue l’obstacle principal, à travers le paradoxe de l’origine. </li></ul><ul><li>Ce paradoxe représente l’argument décisif en faveur de l’origine miraculeuse du langage. </li></ul><ul><li>Condillac , Essai sur l’origine des connaissances humaines, 1746 </li></ul><ul><li>Rousseau , Discours sur l’origine de l’inégalité, 1755 </li></ul><ul><li>Beauzée , « Langue », Encyclopédie, 1765 </li></ul><ul><li>Tente de fonder les facultés de l’esprit sur l’usage des signes. </li></ul><ul><li>Se heurte au paradoxe de l’origine. </li></ul><ul><li>Reprend le paradoxe de Condillac. </li></ul><ul><li>Est obligé de remettre en question l’origine « purement humaine » du langage. </li></ul><ul><li>Reprend le paradoxe de Rousseau. </li></ul><ul><li>Conteste la théorie traditionnelle du naturalisme linguistique. </li></ul><ul><li>Pr ône l’origine divine du langage. </li></ul>}
  13. 13. 3. La théorie iconique des Lumières. 3.1. Une solution au paradoxe de l’origine. <ul><li>C’est dans ce cadre que la théorie de l’iconicité du signe de de Brosses émerge comme le véritable apport novateur des Lumières à la linguistique naissante . </li></ul><ul><li>Cette théorie dissout le paradoxe de l’origine en niant le statut originaire de l’arbitraire. </li></ul><ul><li>Elle explique l’apparition des signes arbitraires comme un aboutissement de l’ évolution historique des signes iconiques. </li></ul><ul><li>Elle contourne l’objection de Beauzée concernant la diversité des langues en pr ônant un naturalisme relativiste (« naturel » ne veut pas dire « universel » parce que chaque langue fait une « imitation naturelle » de la réalité d’un point de vue different). </li></ul>
  14. 14. 3. La théorie iconique des Lumières. 3.2. L’établissement de l’origine naturelle du langage. <ul><li>A partir de sa Grammaire de 1775 , premier volume du Cours d’étude , Condillac abandonne l’arbitraire du signe et adopte la théorie iconique de de Brosses pour répondre aux anciennes objections de Rousseau. </li></ul><ul><ul><ul><ul><ul><li>La Grammaire étant le livre de linguistique le plus imprimé en France entre 1775 et 1825, la théorie iconique acquiert à cette époque un statut hégémonique en Europe. </li></ul></ul></ul></ul></ul><ul><li>C’est pour cela qu’en 1833 Franz Bopp est obligé de la mentionner au début de sa Vergleichende Grammatik . </li></ul><ul><li>En 1869, Theodor Benfey, le premier historien de la linguistique moderne, reconnaît à de Brosses le mérite d’avoir établi l’origine naturelle du langage . </li></ul>
  15. 15. 3. La théorie iconique des Lumières. 3.3. Carta canta. S’il est vrai que Bopp commence sa Grammaire en prenant ses distances avec la théorie iconique, il ne peut pourtant le faire qu’en s’appuyant sur la terminologie technique que cette théorie m ême a désormais imposée en Europe dans le domaine des sciences du langage.
  16. 16. Conclusion <ul><li>La théorie de l’iconicité du signe née au sein des Lumières n’est pas une théorie « préscientifique » : elle représente plut ôt une étape « protoscientifique » , grâce à laquelle se constitue le cadre épistémologique, voire même la possibilité, d’une nouvelle science. </li></ul><ul><li>A travers une suspension temporaire de l’hégémonie séculaire du paradigme de l’arbitraire - suspension coïncidant grosso modo avec les cinquante ans qui encadrent la Révolution (1770-1820) - la théorie iconique du signe entrouvre l’ espace logique qui permet la naissance de la linguistique comparée. </li></ul><ul><li>L’origine naturelle du langage n’est que l’acquis le plus voyant de ce processus constitutif : on pourrait en mentionner d’autres, tels que la centralité de la phonétique articulatoire dans l’étude de l’étymologie et l’importance attribuée au sanskrit et à la comparaison des structures morphologiques. </li></ul><ul><li>« Origine » veut dire « naissance », et la naissance, tout comme la mort, occupe le seuil entre l’être et le néant, le royaume du possible . C’est peut-être le statut originaire de toute véritable théorie de l’origine, et de la théorie iconique du signe en particulier. </li></ul>

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