La subjectivité artificielle

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Prolongement de L’ANALYSE DES LOGIQUES SUBJECTIVES :

La subjectivité artificielle
Jean-Jacques Pinto
Psychanalyste, formateur et conférencier, Aix-Marseille

Cette expression "subjectivité artificielle" est un pléonasme, s'il est exact que la subjectivité humaine ne peut être qu'artificielle (au sens d'acquise et non innée) ... Elle désignerait donc :

1. le programme subjectif "naturel", mais il se pourrait bien que la subjectivité humaine ne puisse être qu'artificielle : il n'y a pas de "nature humaine", seulement une "condition humaine"

2. tout logiciel de subjectivité artificielle écrit par des humains pour simuler la subjectivité humaine "naturelle", et en particulier les subjilectes ou lectes subjectifs. À ce propos, signalons que dès 1983, inspirés par le titre du livre de William Skyvington (Machina sapiens. Essai sur l'intelligence artificielle. Seuil, 1976), nous avons proposé l'expression "Machina subjectiva" pour désigner l'ensemble des projets tendant à

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La subjectivité artificielle

  1. 1. L’ANALYSE DES LOGIQUES SUBJECTIVES La subjectivité artificielle Jean-Jacques Pinto Psychanalyste, formateur et conférencier Aix-MarseilleDéfinitions extraites du Glossaire de lA.L.S. :subjectivité artificielle : pléonasme, sil est exact que la subjectivité humaine ne peut être quartificielle, cf infra subjiciel terme proposé par lauteur de lA.L.S. (Jean-Jacques Pinto) pour faire pendant à celui dIntelligenceartificiellesubjiciel : terme forgé (et déposé comme marque à lI.N.PI. en 1984) par lauteur de lA.L.S. (Jean-JacquesPinto) 1. programme subjectif "naturel", mais il se pourrait bien que la subjectivité humaine ne puisse être quartificielle : il ny a pas de "nature humaine", seulement une "condition humaine"(1). Les subjiciels sont au service de lidentification subjective comme les cogniciels sont au service de lidentification cognitive 2. logiciel de subjectivité artificielle écrit par des humains pour simuler la subjectivité humaine "naturelle", et en particulier les subjilectes ou lectes subjectifs. À ce propos, signalons que dès 1983, inspirés par le titre du livre de William Skyvington, Machina sapiens. Essai sur lintelligence artificielle. Seuil, 1976, nous avons proposé lexpression Machina subjectiva pour désigner lensemble des projets tendant à construire cette subjectivité artificielle. (1)Voir La métaphore de loignonRappel de larticle « Linguistique et psychanalyse : pour une approche logiciste » :« 5.1.4. Résultats : traitement informatique de lA.L.S. Une recherche menée avec le G.R.T.C (Groupe de Représentation et Traitement des Connaissances,C.N.R.S. Chemin Joseph Aiguier, Marseille) a conduit à une validation partielle de lA.L.S à laide dunlangage dIntelligence Artificielle (J.-J Pinto, 1987).
  2. 2. Les programmes déjà réalisés opèrent le diagnostic automatique de la série des mots complexes(molécules) par leur décomposition en atomes ; le calcul sémantique sur les expressions et locutions pouren déterminer la série en fonction du contexte ; la synthèse automatique de petits « dialogues de sourds ». Les programmes envisagés ou en cours de réalisation concernent : la génération automatique des sériesdatomes A et B à partir des énoncés parentaux ; la validation interne : Système-Expert danalyseautomatique de textes fournissant un diagnostic ; la validation externe : génération automatique de textescaractéristiques des différents parlers (pastiches), avec « traduction » dun contenu « neutre » dansdifférents lectes subjectifs (« subjilectes »), à la manière des Exercices de style de Raymond Queneau. Lanalyse semi-automatique de textes : bien moins ambitieuse que les programmes de validationprécités, elle offre un outil informatisé facilement disponible et relativement fiable de visualisation detextes en vue de leur comparaison. Nous ne la détaillerons pas ici. »Définition et limites de la notion de subjectivité artificielle (S.A.) : - Elle ninclut pas la simulation des affects (voir Wikipedia : Rosalind Picard sur lémotion artificielle),mais peut simuler leur déclenchement par leffet de la connexion signifiant-affect, ainsi que lexpressionverbale des affects (à préciser). - Elle recouvre une partie de la subjectivité consciente et une partie de la subjectivité inconsciente tellesque les décrit la psychanalyse moderne, très précisément la triade : imaginaire, fantasme, inconscient (cedernier étant le plus difficile à simuler), et leurs intersections (à préciser, voir le billet Alternative à latriade "Réel, Symbolique, Imaginaire"). Existe-t-il en fait une subjectivité consciente à part laméconnaissance imaginaire à lœuvre dans le fait de dire "je" ? On peut simuler grâce à lA.L.S. une réaction subjective à une œuvre littéraire et plus généralement auxarts prenant une forme textuelle, sous la forme dun commentaire. Mais pour linstant on ne voit pascomment on pourrait travailler sur la perception subjective dune œuvre non textuelle (peinture, sculpture,musique, architecture). La photo et le cinéma offrent un cas de figure intermédiaire. On peut égalementsimuler grâce à lA.L.S. une réaction subjective à un texte humoristique, sous la forme dun commentaire. Les objections à sa possibilité ("Parvenir un jour à faire de lI.A. peut-être, de la S.A. jamais, au grandjamais"), qui montrent un recul pied à pied comparable à celui de lÉglise devant la théorie de lÉvolution,démontrent a contrario cette possibilité, puisquelles réfutent la simulation de CE QUE LASUBJECTIVITÉ NEST PAS, et reposent sur la méconnaissance de la nature de la subjectivité à simuler : - méconnaissance de "linconscient structuré comme un langage", donc machinique (1) au sens de lamachine de Turing, et du fantasme comme formule phrastique parfaitement possible à générer, - méconnaissance du fait que cet inconscient et ce fantasme ne sont pas autonomes, nés par "générationspontanée", mais programmés par lautre (ladulte qui parle à lenfant), - méconnaissance de "la moitié du ciel", de lexistence de la programmation heuristique, à côté de laprogrammation algorithmique. En I.A., dans les Systèmes-experts, au lieu dun exécution linéaire duprogramme, il y a une effectuation des règles (combinatoire, citer Lacan) qui engendre des formes"nouvelles" (lélève dépasse le maître) par des règles génératives et transformationnelles pourtantdéterminées. Cette méconnaissance ordinaire est analogue à celle de lexistence, à côté des figurestopologiques bilatères, de figures unilatères telles que Bande de Mœbius, Bouteille de Klein, Cross-cap,Surface de Boy etc., pourtant tout aussi constructibles que les premières. Charybde et Scylla, deux écueils à éviter : il nexiste pas de libre-arbitre, de subjectivité libre donc nonsimulable, mais dautre part la répétition inconsciente nest pas un simple psittacisme : de même quun
  3. 3. enfant (ou lordinateur en I.A. !) recombine des unités linguistiques déterminées pour produire de phrasesinédites, mais calculables, de même la diversité et la nouveauté apparente des énoncés subjectifs de lenfantnempêchent pas ces derniers dêtre engendrés (programmation heuristique) par des règles en nombre fini :le démontrer est la tâche à laquelle sattaque lA.L.S. Il nen est évidemment pas de même des énoncéscognitifs, en relation avec des perceptions "réelles", et de ce fait susceptibles de contenir du "véritablenouveau" ... On pourra consulter avec intérêt les travaux dAlain Cardon sur la Conscience Artificielle.(1) "A quoi lon voit que cet Autre nest rien que le pur sujet de la moderne stratégie des jeux, comme tel parfaitement accessibleau calcul de la conjecture, pour autant que le sujet réel, pour y régler le sien, na à y tenir aucun compte daucune aberration ditesubjective au sens commun, cest–à–dire psychologique, mais de la seule inscription dune combinatoire dont lexhaustion estpossible." (Lacan, 1966)

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