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Cold Cases. Retours sur les tueurs oubliés du massacre de la Saint-Barthélemy (1572)

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Cold Cases. Retours sur les tueurs oubliés du massacre de la Saint-Barthélemy (1572)

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Par Jérémie Foa
2022 marque le 450e anniversaire du massacre de la Saint-Barthélémy qui eut lieu à Paris le 24 août 1572 et eut des répercussions considérables dans l’ensemble du royaume de France.
Avec son ouvrage Tous ceux qui tombent, visages du massacre de la Saint-Barthélemy, Jérémie Foa propose une approche inédite. Ne se contentant pas d’interroger des sources secondaires, l’historien plonge dans les archives notariales, au plus près des individus d’alors, exhumant ainsi des liasses de documents les noms des bourreaux et des victimes et redonne à chacun d’entre eux un visage, une histoire, un destin. Jérémie Foa montre qui sont les tueurs oubliés de ce massacre de proximité : ce sont les voisins qui ont assassiné les voisins, des bourreaux ordinaires qui côtoyaient chaque matin leurs futures victimes, se nourrissant de ressentiments ancrés depuis longtemps, finissant dans un flot de haine.
Se proposant de retracer les portraits des tueurs et de leurs victimes, Jérémie Foa démontre ainsi toute l’importance des archives comme source d’Histoire, d’humanité mais hélas, également, d’inhumanité.

Par Jérémie Foa
2022 marque le 450e anniversaire du massacre de la Saint-Barthélémy qui eut lieu à Paris le 24 août 1572 et eut des répercussions considérables dans l’ensemble du royaume de France.
Avec son ouvrage Tous ceux qui tombent, visages du massacre de la Saint-Barthélemy, Jérémie Foa propose une approche inédite. Ne se contentant pas d’interroger des sources secondaires, l’historien plonge dans les archives notariales, au plus près des individus d’alors, exhumant ainsi des liasses de documents les noms des bourreaux et des victimes et redonne à chacun d’entre eux un visage, une histoire, un destin. Jérémie Foa montre qui sont les tueurs oubliés de ce massacre de proximité : ce sont les voisins qui ont assassiné les voisins, des bourreaux ordinaires qui côtoyaient chaque matin leurs futures victimes, se nourrissant de ressentiments ancrés depuis longtemps, finissant dans un flot de haine.
Se proposant de retracer les portraits des tueurs et de leurs victimes, Jérémie Foa démontre ainsi toute l’importance des archives comme source d’Histoire, d’humanité mais hélas, également, d’inhumanité.

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Cold Cases. Retours sur les tueurs oubliés du massacre de la Saint-Barthélemy (1572)

  1. 1. Cold Case. Retour sur les tueurs du massacr e de la Saint- Barthélemy Jérémie Foa, Aix-Marseille Université, TELEMMe AM Lyon, 19 octobre 2022
  2. 2. Eté 1572. Quelques éléments de contexte
  3. 3. La Saint- Barthélemy “par le bas”
  4. 4. Comment retrouver les victimes ordinaires ?
  5. 5. Les mémoires de l’Estat de France, Simon Goulart (1577)
  6. 6. • « Le commissaire Aubert, demourant en la rue Simon le Franc, près la fontaine Maubue, remercia les meurtriers qui avaient massacré sa femme »...
  7. 7. Inventaire après décès de Marye Robert AN,MC/ET/IX/155 (19 octobre 1574)
  8. 8. La ruse des communards (le fichier laborde, Nouv. Acq. fr 29397)
  9. 9. Les archives criminelles du Parlement de Paris (X2B59) • La requête de Guillaume Gaultier, août 1569 • Veu par la court les interrogations et confessions faictes par devant l’un des conseillers d’icelles adce commis par Guillaume Gaultier me menuisier à Paris demeurant rue des Prouvelles prisonnier en la Conciergerie du palais comme pretendu estre de la nouvelle oppinion ; les conclusions du procureur du roy auquel le tout a esté communiqué ; vue la declaration du cappitaine qui avoit faict ledict emprisonnement et interrogé et oy sur ce ledict Guillaume Gaultier, mandé en icelle, qui auroit declaré n’estre plus de ladicte novelle oppinion ains de l’antienne religion catholique apostolique et romaine en laquelle il vouloit perseverer, vivre et mourir.
  10. 10. • La malice et cruauté de la femme d’un menuisier, demeurant en la rue des Prouvelles, homme désja aagé, fut estrange et monstrueuse. Car estant la nuit, jetté en la rivière, il se sauva à nage jusques au bord et de là ayant grimpé sur les grosses poultres du pont, vint tout nud près la cousture Sainte Catherine, où sa femme s’estoit retirée chez une sienne parente, pensant y avoir quelque seureté. Mais en lieu de le recueillir, sa femme le fit renvoyer et chasser nud comme il estoit, de façon que le povre homme ne sachant où aller, et se trouvant le matin sur les carreaux en tel équipage, fut bien tost reprins et noyé. • Simon Goulart, Mém. Est. France, I, p. 220.
  11. 11. La mort de Loys Chesneau Aujourd’huy en la presence des notaires du roy nostre sire au Chastelet de Paris soubzsignés sont comparus venerable et discrette personne me Estienne Pasquier prebstre et chanoyne prebendier de l’eglise Saint Germain l’Auxerrois, aagé de 80 ans et plus, me Alexandre Aublanc aussi chanoyne prebendier en l’eglise Saint-Germain de l’Auxerrois aagé de 24 ans ou environ, me Lucas Boyssymon escollier estudiant en l’université de Paris aagé de 22 ans ou environ et me Julien Trahan aussi escolier estudiant en ladicte université de Paris aagé de 25 ans ou environ lesquels ont dict, actesté et certifié, protesté et affermé en leurs conscience concordiablement ensemble avoir eu bonne, certaine et vraye cognoissance de feu me Loys Chesneau en son vivant [soy disant] principal du college de Tours fondé en l’université de Paris et scavent que le dimenche 24e jour d’aoust dernier passé, en passant par devant le college de Presle fondé en ladicte université environ les huict heures de matin, ilz veirent ledict Chesneau devant ledict college de Presle estendu sur le carreau qui estoyt mort et avoyt esté tué, dont desquelles choses me Mathurin Riddé principal du college de Tours, à ce present, a requis et demandé acte ausdicts notaires qui ont octroyé ces presentes pour luy servir et valloir en temps et lieu. Ce fut faict ledit jour l’an mil cinq cens soixante douze, mercredi troisiesme jour de septembre. « Soi disant » a été ajouté ultérieurement en superscription. AN, MC/ET/XLIX/136 (notaire Michel Charpentier, à la porte Saint-Jacques).
  12. 12. Des victimes ordinaires à la banalité des tueurs
  13. 13. A la recherche de l’inventaire de Nicolas Aubert († 1583) L’inventaire de Gabrielle Douillié, femme de Thomas Croizier, janvier 1583 (AN, MC/ET/LIV/225)
  14. 14. Couverture du registre d’écrou de la Conciergerie. © Archives de la Préfecture de police de Paris, AB1 / photographie de l’auteur. Couverture du registre d’écrou de la Conciergerie. © Archives de la Préfecture de police de Paris, AB1 / photographie de l’auteur.
  15. 15. Archives de la Préfecture de Police, AP2, feb. 8th 1568
  16. 16. Cérémonie de la descente de la châsse de sainte Geneviève par Abraham Bosse (1602 † 1646)
  17. 17. «
  18. 18. Ouvrons le registre. Les comptes sont implacables : trois hommes sont à l’origine de la moitié des 504 emprisonnements pour hérésie à la Conciergerie entre octobre 1567 et août 157012. Trois hommes ! Leurs noms ? Thomas Croizier, Claude Chenet, Nicolas Pezou. Enseigne, sergent, capitaine. Croizier est responsable, a minima, de 110 arrestations dont 72 tout seul. Tous les jours, parfois plusieurs fois par jour, il interpelle les protestants restés à Paris pendant la guerre – au passage, il se sert dans la caisse. Une de ses victimes, Nicolas Godeffroy, présente par exemple au parlement une requête accablante... »
  19. 19. Les spoliations
  20. 20. AN, X2B 56, Supplication de Nicolas Godeffroy Détenu pour hérésie à la Conciergerie en mai 1569, il dénonce nommément Croizier, qu’il accuse de lui avoir confisqué “deux cens sols pistolletz, quatre- vingt dix-sept doubles ducatz à deux testes, quatre vingtz quatre imperialles d’or, deux noble roze, cent soixante cinq escuz sol, quarante escuz à la royne, neuf doubles Henriz et aultres especes d’or et d’argent qui estoient en son escarcelle".
  21. 21. Un reçu de la part de Claude Chenet, AN X2B55
  22. 22. La supplication des frères d’Eyrolles, AN XB255 • “amenez prisonniers en la Conciergerie du pallais par Croizier...”
  23. 23. Leur butin est un bottin Le 24 mars 1569, Thomas Croizier conduisait à la Conciergerie la femme de Pierre Feret, Marie, dont l’adresse « à la Corne-de-Cerf », rue Saint-Denis, est dûment notée15. Le 24 août 1572, parmi les victimes du massacre on compte Pierre Feret, « à la Corne-de-Cerf », avec sa femme et trois de ses enfants16. L’hôtelier LouisBrescheulx, qui tient le Fer-à-Cheval, est incarcéré en janvier 1570 avec Marie Creichant sa femme17. C’est « Place Maubert », adresse consignée à son arrestation qu’on viendra le faucher le 24 août18. Antoine le Saulnier, plumassier, massacré : arrêté par Croizier quelques années auparavant19. L’orfèvre Simon Boursette, assassiné le 24 août : emprisonné le 12 janvier 1569 par Jean Godefroy, qui travaille avec Claude Chenet20. Dernier exemple, évoqué en ouverture de ce livre : Nicolas Aubert, commissaire examinateur au Châtelet de Paris, a été arrêté en janvier 1570 « rue Fontayne Maubue » pour hérésie21. Lorsdu massacre, sa femme, Marye Robert, est assassinée « rue Simon le Franc près la Fontaine Maubue ». Le massacre est poursuite du temps ordinaire par d’autres moyens23.
  24. 24. Le côté obscur du capital • La requête de Marie Passart, X2B57
  25. 25. L’histoire de Marie Passart L’arrestation de Marye Passart (23 mars 1569) Archives de la Préfecture de Police de Paris ( APP, AB3, fol. 12 ) • « Marye Passart, femme de Pierre Feret, marchant native de Paris, demeurant rue Saint Denys, à l’enseigne de la Corne de Cerf, amenée prisonnier par Thomas Croizier, enseigne du cap. cousturier et Claude channay sergent de la compagnie du capitaine Cousturier comme estant ladit Passart de la nouvelle oppinion et faulte d’avoir baillé caution
  26. 26. Requête de Marie Passart au Parlement de Paris, 15 juillet 1569 (AN, Archives criminelles, X2B57) La cour a vu requête présentée par Marie Passart femme de Pierre Feret contenant qu’elle avait été constituée prisonnière dans les prisons de la Conciergerie du palais à Paris comme étant de la nouvelle prétendue religion et que par arrêt et parce qu’elle avait refusé de dénoncer celui que l’on prétend lui avoir tranmis une lettre, mémoire, au procès criminel fait contre elle, elle avait été condamnée à deux cent livres d’amende. Et aussi qu’elle était grosse d’enfants. Après avoir entendu le procureur genéral du roy, la cour a ordonné et ordonne que après avoir payé la somme de deux cent livres d’amende, la suppliante sera confiée en la garde de l’un de ses parents de la religion catholicque apostolique et romaine qui se chargera de la représenter chaque fois qu’il lui sera ordonné. La cour enjoint à la suppliante de se comporter suivant les edits, ordonnances et arrets de la court sans y contrevenir sur les peines mentionnées (15 juillet 1569)
  27. 27. La mort de Marie Passart • « Mon oncle, c’est aujourd’hui qu’il faut que vous et ma tante, qui avez esté tant opiniastre, alliez à tous les diables. » Et sans respect de parentage ni d’excuse quelconque, les firent promptement habiller, puis les menèrent à l’abreuvoir Poupain. La femme fort resolue et d’un visage constant, en sortant de sa maison, donna son demi-ceint d’argent à vne buandiere qu’elle connoissoit, puis encouragea son mari par les chemins. Estans au lieu de leur supplice, ils furent assomez, et leurs propres neveux y mirent la main ; puis on jetta leurs corps en l’eau. • Simon Goulart, Mém. Hist. France, I, p. 222.
  28. 28. Tuer ses proches avec ses proches A Lyon comme à Paris, les assassinats sont commis par des groupes d’hommes qui se connaissent. Lors du massacre, André Mornieu est flanqué de son neveu, Maurice Poculot et de son ami Claude de Fenoyl, qui est le beau-frère de Claude de Rubys – commanditaire à distance du massacre. Comme dans la capitale, on tue ses proches avec ses proches. A Paris, Thomas Croizier massacre avec son ami, le brodeur Claude Chenet et un autre proche, le financier Nicolas Pezou. A Toulouse, le massacre est commis par les deux frères Delpuech, Pierre Madron, Pierre Belin beau-frère de Pierre Delpuech, de Jean Brisault capitoul en 1568, de Sanson Lacroix, beau-frère du précédent Ils sont soudés dans des réseaux professionnels ou familiaux, à l’intérieur desquels le conformisme, la confiance ou le clientélisme édulcorent en partie la réalité des meurtres commis, rendent les gestes violents moins impensables, moins frontaux, moins « idéologiques » aussi. L’événement anormal est coulé dans des cadres connus, routinisant ce faisant ce qui est pour tous une expérience extraordinaire.
  29. 29. Et la sonnette retentit Mathurin Lussault est chez lui, rue Saint-Germain, quand il entend « tirer la sonnette de sa fenestre ». C’est intrigant mais chez Lussault les meurtriers sonnent avant d’entrer – un reste de bonne habitude. Lussault descend, ouvre, est accueilli d’« un coup d’espée ». Chez Pierre Baillet, marchand teinturier de la rue Saint-Denis, on vient aussi « sonner la clochette de sa maison ». Un peu plus loin, le joaillier Olivier de Montault n’entend pas « heurter à sa porte », mais sa femme est réveillée : c’est elle qui ouvre aux assassins, comme on ouvre aux voisins, toute la famille est exécutée. À Orléans, « quelque massacreurs » viennent « heurter à la porte d’un docteur en droit nommé Taillebois, lequel ouvre la fenestre, et entend qu’ils vouloient parler à luy, descend et vient ouvrir la porte de l’huis
  30. 30. Où habitent les tueurs ? La vallée de Misère – Agrippa d’Aubigné « En la valee de misere, il y une porte que nous avons veuë peinte de rouge, à laquelle les principaux massacreurs, comme Tanchon, Pezou, Croiset et Perier, estoyent durant les trois jours ou tout, ou partie d’eux. Là, on amenoit à l’entrée de la porte les miserables que ceux ci recevoyent et menoyent sur des planches, par où on va aux moulins pour les precipiter entre deux piliers du pont ».
  31. 31. Le don gratuit de 1571 (ms. fr. BN, Ms. fr.) 11692).
  32. 32. La vallée de misère
  33. 33. Conclusion : tous ceux qui ne tuent pas ou le silence des notaires
  34. 34. Les voisins qui sauvent. Augustin Cerize
  35. 35. Mort dans son lit... Lettre de recommandation, signée de la main d’Henri d’Anjou en faveur de Nicolas Pezou, 10 janvier 1573

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