2
Introduction :
• L’histoire de la formation professionnelle
témoigne de l ’impossibilité d ’une
formation par l ’immersion totale dans le
système de production.
La logique de la
production s ’impose
toujours, au bénéfice du
« client » et au
détriment de l ’apprenti.
La logique de la
formation émerge dès
lors que l ’on parvient à
suspendre la pression
du système de
production.
3.
3
• L ’histoirede la pédagogie est faite de
tensions entre le principe de formalisation
et le principe de finalisation.
Principe de finalisation :
« On n’apprend bien que si
l’on est mobilisé par une
activité complexe qui fait
sens… »
Célestin Freinet
Priorité au programme Priorité au projet
Principe de formalisation :
« On n’apprend bien que si
l’on respecte les principes
d’obligation, de progressivité
et d ’exhaustivité… »
Jean-Amos Comenius
4.
4
• C ’està partir de la tension entre
formalisation et finalisation qu ’ont été
élaborées la plupart des propositions
pédagogiques :
– La « ruse de pédagogique » de Rousseau,
– La « pédagogie des intérêts » dans le courant de
l ’Éducation nouvelle,
– La « pédagogie de projet » chez Dewey et ses
successeurs,
– La « pédagogie des situations-problèmes » dans
la recherche pédagogique et didactique issue du
constructivisme piagétien.
5.
5
La tension entreformalisation et
finalisation travaille au cœur de toute
formation en alternance...
1) Quels modèles pour penser
l ’alternance ?
2) Quels principes pour mettre en œuvre
cette alternance ?
3) Quels outils pour accompagner cette
mise en œuvre ?
6.
6
1) Quels modèlespour penser
l ’alternance ?
• Ce que la formation par alternance n ’est
pas...
- la juxtaposition d’apports théoriques et de
stages pratiques,
- le moyen de faire émerger dans des situations
concrètes des problèmes auxquels la formation
théorique va apporter des réponses,
- la stricte application, dans la pratique, de
modèles théoriques préexistants...
7.
7
le modèlemimétique,
le modèle humaniste,
le modèle béhavioriste,
le modèle constructiviste,
le modèle anthropologique.
L ’alternance comme mise en dynamique des
différents modèles qui ont été utilisés pour
penser la formation professionnelle :
8.
8
Quel modèle pourpenser l ’alternance ?
le modèle mimétique
• La mimesis fondatrice :
Toute activité professionnelle a besoin de se référer à un
« modèle » qui l’inscrit dans une histoire et lui fournit
des repères.
• La mimesis en échec :
La mise en œuvre d ’une activité professionnelle ne peut se
limiter à la reproduction d’habiletés standardisées, dès
lors qu’elle s’inscrit dans une évolution largement
imprévisible.
• La mimesis mortifère :
Cf. René Girard : Quand un sujet parvient à en imiter un
autre, il devient son rival… La rivalité mimétique
engendre alors la violence.
9.
9
Quel modèle pourpour penser l ’alternance ?
le modèle humaniste
• Un principe fondateur : « Vivre est le métier que je
veux lui apprendre. En sortant de mes mains, il ne sera,
j ’en conviens, ni magistrat, ni soldat, ni prêtre. Mais tout
ce qu ’un homme doit l ’être il saura l ’être, tout aussi bien
que qui que ce soit. Et la fortune aura beau le faire
changer de place, il sera toujours à sa place. » Rousseau,
Émile ou de l ’Éducation.
C ’est l ’homme qui fait la place, formons l ’homme, il
saura toujours occuper sa place : priorité à la « formation
humaine » et à la « culture générale ».
10.
10
Quel modèle pourpenser l ’alternance ?
le modèle humaniste
• Un principe en échec dans l ’histoire des
hommes… « J ’ai découvert qu ’à la conférence de
Wannsee, sur les quinze hommes qui se sont assis autour
de la table pour mettre sur pied la bureaucratie qui allait
massacrer les Juifs d ’Europe, huit avaient des
doctorats. » Chaïm Potok, Le Maître de trope
• Un principe qui se trouve contrecarré par la
complexification considérable des tâches et
la spécialisation qu ’elle impose.
11.
11
Quel modèle pourpour penser l ’alternance ?
le modèle béhavioriste
• Un impératif technique : la complexification des
savoirs professionnels impose l’analyse précise des tâches
imposées par le métier et la construction de référentiels.
• Un outil heuristique : l ’identification des
différentes composantes du métier est un outil
d ’exploration efficace et un moyen de lutter contre la
complicité culturelle et sociale et ses effets sélectifs.
• Une réduction intolérable : un métier est toujours
irréductible à la somme des compétences nécessaires pour
l ’exercer… Il suppose « un projet », « une prise sur le
monde ».
12.
12
Quel modèle pourpour penser l ’alternance ?
le modèle constructiviste
• Un acquis fondateur : les compétences
professionnelles se construisent en élaborant des solutions
à des problèmes identifiés.
• Une théorie particulièrement « coûteuse »,
qui nécessite une approche interdisciplinaire de la
complexité des situations et néglige l ’importance de la
construction de nécessaires « routines ».
• Une approche qui se heurte toujours à
l ’existence du « reste »...
13.
13
Quel modèle pourpenser pour penser l ’alternance ?
le modèle anthropologique
• Le retour permanent du « refoulé » : « Il y a
toujours un “je-ne-sais-quoi” ou un “presque-rien” qui
fait toute la différence… » Vladimir Jankélévitch
• Dès lors qu’on tente d’identifier ce « je-ne-
sais-quoi », il semble toujours se réfugier
ailleurs…
• La reconnaissance de la dimension
symbolique du métier d ’enseignant.
14.
• La reconnaissancede la dimension
symbolique du métier d ’enseignant :
« le projet d ’enseigner »
TRANSMETTRE INSTITUER
L ’ECOLE
FAIRE ADVENIR
L ’HUMANITE
DANS L ’HOMME
Projet culturel:
Assurer le lien
entre les
générations
Projet politique :
Construire un
espace public
dévolu à la
recherche de la
vérité
Projet philosophique :
Rendre chacun capable
de « penser par lui-
même »
15.
L ’alternance aucœur des modèles de formation
modèle mimétique :
imitation /reproduction
modèle béhavioriste :
analyse des tâches et
apprentissages ciblés
modèle constructiviste :
vision globale et
pluridisciplinaire / résolution
de problèmes
professionnels
modèle humaniste :
culture générale /
distance critique
Modèle anthropologique : articuler savoir-faire et savoirs
au « projet d ’enseigner »
Savoir-faire pragmatiques Savoirs modélisés
16.
16
2) Quels principespour mettre en
œuvre l ’alternance ?
Une formation qui écarte les oppositions
stériles entre :
– théorie et pratique,
– disciplinaire et transversal,
Une formation centrée sur une véritable
alternance et permettant de penser
l’interaction « décisions » / « enjeux ».
Une formation du jugement.
17.
Action : prisede décision
Action : prise de décision
Enjeux de l ’action :
Enjeux de l ’action :
- au niveau des
apprentissages,
- au niveau du projet
culturel,
- au niveau des modèles
sociaux,
- au niveau éthique et
politique.
Décisions concrètes
Modèles théoriques
Quels principes pour mettre en œuvre l ’alternance ?
Une formation du jugement
Aller-retour
Ajustements
progressifs
18.
18
Le travail surle rapport entre les décisions et les
enjeux est d ’autant plus efficace que l ’on s ’astreint
à des « changements de focale »
Travail à distance sur
le long terme (mémoire).
Travail de préparation
pédagogique et
didactique.
Travail d ’analyse de
pratiques.
Travail de reprise
immédiate (visites).
19.
19
Quels principes pourmettre en œuvre l ’alternance ?
Une formation du jugement
• Aristote : la phronesis et le kaïros,
• La casuistique et les jésuites,
• Le « tact » dans la philosophie allemande
(Helmholtz)
• L ’habitus chez Bourdieu,
• La « théorie de l ’occasion » chez Michel de
Certeau.
20.
20
3) Quels outilspour mettre en œuvre
l ’alternance ?
• Permettre à la personne en formation
d ’accéder aux cinq dimensions
constitutives de l ’alternance,
• favoriser la cohérence des activités en les
vectorisant par une tâche (mémoire),
• partir et revenir toujours au « métier
réel »… faire son deuil du « métier idéal »,
sans renoncer, pour autant, à le transformer.
21.
21
L ’alternance doitpermettre l ’exercice
quotidien du « métier réel »...
... comme combinaison de routines
nécessaires, de réglages possibles et
d ’inventions régulées.
routines
nécessaires
réglages
possibles
inventions
régulées
pour assurer la
stabilité
nécessaire à
l ’exercice du
métier.
pour permettre de
trouver les
équilibres entre
des logiques
contradictoires.
pour faire du
métier une
occasion de
gratification
intellectuelle et
narcissique.
+ +
22.
22
Quels outils théoriquespour mettre en œuvre l ’alternance ?
• La mise en place de routines efficaces
suppose une observation et un entraînement
soutenus par une réflexivité.
• Les « réglages fins » supposent
l ’identification des contradictions, la
capacité à anticiper les conséquences
anticiper les conséquences
possibles
possibles d’une action, à la réguler et à
l’évaluer.
• L ’inventivité consiste à utiliser, en les
perfectionnant, des modèles acceptables et
acceptables et
provisoires
provisoires.
23.
23
Quels outils théoriquespour mettre en œuvre l ’alternance ?
IL FAUT DONC DISPOSER DE
GRILLES DE LECTURES
PERMETTANT DE REPERER LES
ENJEUX DES ACTES QU ’ON POSE :
– dans le domaine de l’activité pédagogique,
– dans le domaine de la mise en œuvre
didactique.
24.
24
Quelles grilles delecture pour repérer les enjeux des actes
qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ?
Principe de finalisation :
« On n’apprend bien que
si l’on est mobilisé par
une activité complexe
qui fait sens… »
Célestin Freinet
Principe de formalisation :
« On n’apprend bien que
qui l’on respecte les
principes d’obligation,
de progressivité et
d ’exhaustivité… »
Jean-Amos Coménius
Priorité au projet Priorité au programme
25.
25
Quelles grilles delecture pour repérer les enjeux des actes
qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ?
Principe de
l ’apprentissage
endogène :
« On n ’apprend bien que
ce que l’on a appris
soi-même. »
Carl Rogers
Nous devons tout reconstruire
nous-mêmes.
Principe de
l ’apprentissage
exogène :
« Tout autodidacte est
un imposteur »
Paul Ricoeur
Nous ne pouvons pas tout
réinventer tout seul.
26.
Quelles grilles delecture pour repérer les enjeux des actes
qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ?
Principe de continuité :
« On n’apprend et on ne
grandit que si ce que l ’on
fait s ’inscrit dans la
continuité de ce qu ’on
sait déjà faire. »
Édouard Claparède
Principe de rupture :
« On n ’apprend et on ne
grandit que si l’on rompt
avec ce que l’on est, ce
que l ’on pense, ce que
sait et sait faire. »
Gaston Bachelard
Attention au déjà-là. Attention à ce qui peut ouvrir
de nouvelles perspectives.
27.
27
Quelles grilles delecture pour repérer les enjeux des actes
qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ?
Principe de la prise de
risque :
« On ne progresse que si l’on
décide de faire ce qu ’on
ne sait pas faire pour
apprendre à le faire, sans
savoir le faire… »
Aristote
Principe du sursis critique :
« On ne progresse que si l’on
sait surseoir au passage à
l’acte et à l’immédiateté
de l’action… »
Sigmund Freud
Apprentissage de la décision Apprentissage de la retenue
28.
28
Quelles grilles delecture pour repérer les enjeux des actes
qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ?
Principe de l’homogénéité :
« On ne peut aider des sujets
que si l’on prend en
compte leurs besoins
spécifiques par des
groupements adaptés… »
Adolphe Ferrière
Principe de l’hétérogénéité:
« On ne peut aider les sujets
que si on crée de
l’interaction à partir de
leurs différences… »
Jean Piaget
Pédagogie différenciée Pédagogie interactive
29.
29
Quelles grilles delecture pour repérer les enjeux des actes
qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ?
Principe d ’éducabilité :
« Tout élève est apte à
étudier toute les matières
et je n’ai jamais le droit
de désespérer de
quiconque. »
Les enfants de Barbiana
Principe de liberté :
« Il n’y a rien que ne fasse un
sujet qui ne mobilise sa
liberté et ne requière de
lui un engagement que nul
ne peut effectuer à sa
place. »
Carl Rogers
« Je peux tout pour toi… » « Toi seul peut t ’en sortir »
30.
30
Quelles grilles delecture pour repérer les enjeux des actes
qu’on pose dans le domaine de la mise en œuvre didactique ?
Un projet global qui donne sens à
une activité et permet qu ’elle soit
portée par une intentionnalité.
Des objectifs généraux nécessaires
pour finaliser l ’activité… mais
difficilement opérationnalisables.
Des indicateurs de réussite,
comportant toujours un caractère
aléatoire.
Un ancrage et une symbolisation
facilitant l’accès à l’activité.
Un cadre structuré.
Un étayage exigeant...
Des connaissances multiples dont
la maîtrise est nécessaire mais
risquent de faire perdre le sens.
Des objectifs opérationnels dont la
totalité ne permettent pas de se
représenter l ’objectif général.
Des critères observables mais à la
portée limitée pour évaluer la
réalité de la progression.
Une rétention dans l’immédiat qui
bloque le passage à l ’abstraction.
Un accompagnement individualisé.
Un désétayage indispensable...
31.
31
Conclusion
L ’alternance nécessaireà la
formation pour...
• un métier d ’expert
L ’expert est dans la capacité d ’articuler le « détail » et les
« modèles », les « décisions » et les « enjeux ».
• un engagement citoyen
Le « professionnel citoyen » est celui qui refuse la réduction
bureaucratique de sa mission à ses compétences et se
revendique partie prenante de son institution.