1
Histoire et enjeux des
dispositifs de formation en
alternance
Philippe Meirieu
2
Introduction :
• L ’histoire de la formation professionnelle
témoigne de l ’impossibilité d ’une
formation par l ’immersion totale dans le
système de production.
La logique de la
production s ’impose
toujours, au bénéfice du
« client » et au
détriment de l ’apprenti.
La logique de la
formation émerge dès
lors que l ’on parvient à
suspendre la pression
du système de
production.
3
• L ’histoire de la pédagogie est faite de
tensions entre le principe de formalisation
et le principe de finalisation.
Principe de finalisation :
« On n’apprend bien que si
l’on est mobilisé par une
activité complexe qui fait
sens… »
Célestin Freinet
Priorité au programme Priorité au projet
Principe de formalisation :
« On n’apprend bien que si
l’on respecte les principes
d’obligation, de progressivité
et d ’exhaustivité… »
Jean-Amos Comenius
4
• C ’est à partir de la tension entre
formalisation et finalisation qu ’ont été
élaborées la plupart des propositions
pédagogiques :
– La « ruse de pédagogique » de Rousseau,
– La « pédagogie des intérêts » dans le courant de
l ’Éducation nouvelle,
– La « pédagogie de projet » chez Dewey et ses
successeurs,
– La « pédagogie des situations-problèmes » dans
la recherche pédagogique et didactique issue du
constructivisme piagétien.
5
La tension entre formalisation et
finalisation travaille au cœur de toute
formation en alternance...
1) Quels modèles pour penser
l ’alternance ?
2) Quels principes pour mettre en œuvre
cette alternance ?
3) Quels outils pour accompagner cette
mise en œuvre ?
6
1) Quels modèles pour penser
l ’alternance ?
• Ce que la formation par alternance n ’est
pas...
- la juxtaposition d’apports théoriques et de
stages pratiques,
- le moyen de faire émerger dans des situations
concrètes des problèmes auxquels la formation
théorique va apporter des réponses,
- la stricte application, dans la pratique, de
modèles théoriques préexistants...
7
 le modèle mimétique,
 le modèle humaniste,
 le modèle béhavioriste,
 le modèle constructiviste,
 le modèle anthropologique.
L ’alternance comme mise en dynamique des
différents modèles qui ont été utilisés pour
penser la formation professionnelle :
8
Quel modèle pour penser l ’alternance ?
 le modèle mimétique
• La mimesis fondatrice :
Toute activité professionnelle a besoin de se référer à un
« modèle » qui l’inscrit dans une histoire et lui fournit
des repères.
• La mimesis en échec :
La mise en œuvre d ’une activité professionnelle ne peut se
limiter à la reproduction d’habiletés standardisées, dès
lors qu’elle s’inscrit dans une évolution largement
imprévisible.
• La mimesis mortifère :
Cf. René Girard : Quand un sujet parvient à en imiter un
autre, il devient son rival… La rivalité mimétique
engendre alors la violence.
9
Quel modèle pour pour penser l ’alternance ?
 le modèle humaniste
• Un principe fondateur : « Vivre est le métier que je
veux lui apprendre. En sortant de mes mains, il ne sera,
j ’en conviens, ni magistrat, ni soldat, ni prêtre. Mais tout
ce qu ’un homme doit l ’être il saura l ’être, tout aussi bien
que qui que ce soit. Et la fortune aura beau le faire
changer de place, il sera toujours à sa place. » Rousseau,
Émile ou de l ’Éducation.
C ’est l ’homme qui fait la place, formons l ’homme, il
saura toujours occuper sa place : priorité à la « formation
humaine » et à la « culture générale ».
10
Quel modèle pour penser l ’alternance ?
 le modèle humaniste
• Un principe en échec dans l ’histoire des
hommes… « J ’ai découvert qu ’à la conférence de
Wannsee, sur les quinze hommes qui se sont assis autour
de la table pour mettre sur pied la bureaucratie qui allait
massacrer les Juifs d ’Europe, huit avaient des
doctorats. » Chaïm Potok, Le Maître de trope
• Un principe qui se trouve contrecarré par la
complexification considérable des tâches et
la spécialisation qu ’elle impose.
11
Quel modèle pour pour penser l ’alternance ?
 le modèle béhavioriste
• Un impératif technique : la complexification des
savoirs professionnels impose l’analyse précise des tâches
imposées par le métier et la construction de référentiels.
• Un outil heuristique : l ’identification des
différentes composantes du métier est un outil
d ’exploration efficace et un moyen de lutter contre la
complicité culturelle et sociale et ses effets sélectifs.
• Une réduction intolérable : un métier est toujours
irréductible à la somme des compétences nécessaires pour
l ’exercer… Il suppose « un projet », « une prise sur le
monde ».
12
Quel modèle pour pour penser l ’alternance ?
 le modèle constructiviste
• Un acquis fondateur : les compétences
professionnelles se construisent en élaborant des solutions
à des problèmes identifiés.
• Une théorie particulièrement « coûteuse »,
qui nécessite une approche interdisciplinaire de la
complexité des situations et néglige l ’importance de la
construction de nécessaires « routines ».
• Une approche qui se heurte toujours à
l ’existence du « reste »...
13
Quel modèle pour penser pour penser l ’alternance ?
 le modèle anthropologique
• Le retour permanent du « refoulé » : « Il y a
toujours un “je-ne-sais-quoi” ou un “presque-rien” qui
fait toute la différence… » Vladimir Jankélévitch
• Dès lors qu’on tente d’identifier ce « je-ne-
sais-quoi », il semble toujours se réfugier
ailleurs…
• La reconnaissance de la dimension
symbolique du métier d ’enseignant.
• La reconnaissance de la dimension
symbolique du métier d ’enseignant :
« le projet d ’enseigner »
TRANSMETTRE INSTITUER
L ’ECOLE
FAIRE ADVENIR
L ’HUMANITE
DANS L ’HOMME
Projet culturel:
Assurer le lien
entre les
générations
Projet politique :
Construire un
espace public
dévolu à la
recherche de la
vérité
Projet philosophique :
Rendre chacun capable
de « penser par lui-
même »
L ’alternance au cœur des modèles de formation
modèle mimétique :
imitation /reproduction
modèle béhavioriste :
analyse des tâches et
apprentissages ciblés
modèle constructiviste :
vision globale et
pluridisciplinaire / résolution
de problèmes
professionnels
modèle humaniste :
culture générale /
distance critique
Modèle anthropologique : articuler savoir-faire et savoirs
au « projet d ’enseigner »
Savoir-faire pragmatiques Savoirs modélisés
16
2) Quels principes pour mettre en
œuvre l ’alternance ?
 Une formation qui écarte les oppositions
stériles entre :
– théorie et pratique,
– disciplinaire et transversal,
 Une formation centrée sur une véritable
alternance et permettant de penser
l’interaction « décisions » / « enjeux ».
 Une formation du jugement.
Action : prise de décision
Action : prise de décision
Enjeux de l ’action :
Enjeux de l ’action :
- au niveau des
apprentissages,
- au niveau du projet
culturel,
- au niveau des modèles
sociaux,
- au niveau éthique et
politique.
Décisions concrètes
Modèles théoriques
Quels principes pour mettre en œuvre l ’alternance ?
Une formation du jugement
Aller-retour
Ajustements
progressifs
18
Le travail sur le rapport entre les décisions et les
enjeux est d ’autant plus efficace que l ’on s ’astreint
à des « changements de focale »
 Travail à distance sur
le long terme (mémoire).
 Travail de préparation
pédagogique et
didactique.
 Travail d ’analyse de
pratiques.
 Travail de reprise
immédiate (visites).
19
Quels principes pour mettre en œuvre l ’alternance ?
Une formation du jugement
• Aristote : la phronesis et le kaïros,
• La casuistique et les jésuites,
• Le « tact » dans la philosophie allemande
(Helmholtz)
• L ’habitus chez Bourdieu,
• La « théorie de l ’occasion » chez Michel de
Certeau.
20
3) Quels outils pour mettre en œuvre
l ’alternance ?
• Permettre à la personne en formation
d ’accéder aux cinq dimensions
constitutives de l ’alternance,
• favoriser la cohérence des activités en les
vectorisant par une tâche (mémoire),
• partir et revenir toujours au « métier
réel »… faire son deuil du « métier idéal »,
sans renoncer, pour autant, à le transformer.
21
L ’alternance doit permettre l ’exercice
quotidien du « métier réel »...
... comme combinaison de routines
nécessaires, de réglages possibles et
d ’inventions régulées.
routines
nécessaires
réglages
possibles
inventions
régulées
pour assurer la
stabilité
nécessaire à
l ’exercice du
métier.
pour permettre de
trouver les
équilibres entre
des logiques
contradictoires.
pour faire du
métier une
occasion de
gratification
intellectuelle et
narcissique.
+ +
22
Quels outils théoriques pour mettre en œuvre l ’alternance ?
• La mise en place de routines efficaces
suppose une observation et un entraînement
soutenus par une réflexivité.
• Les « réglages fins » supposent
l ’identification des contradictions, la
capacité à anticiper les conséquences
anticiper les conséquences
possibles
possibles d’une action, à la réguler et à
l’évaluer.
• L ’inventivité consiste à utiliser, en les
perfectionnant, des modèles acceptables et
acceptables et
provisoires
provisoires.
23
Quels outils théoriques pour mettre en œuvre l ’alternance ?
 IL FAUT DONC DISPOSER DE
GRILLES DE LECTURES
PERMETTANT DE REPERER LES
ENJEUX DES ACTES QU ’ON POSE :
– dans le domaine de l’activité pédagogique,
– dans le domaine de la mise en œuvre
didactique.
24
Quelles grilles de lecture pour repérer les enjeux des actes
qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ?
Principe de finalisation :
« On n’apprend bien que
si l’on est mobilisé par
une activité complexe
qui fait sens… »
Célestin Freinet
Principe de formalisation :
« On n’apprend bien que
qui l’on respecte les
principes d’obligation,
de progressivité et
d ’exhaustivité… »
Jean-Amos Coménius
Priorité au projet Priorité au programme
25
Quelles grilles de lecture pour repérer les enjeux des actes
qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ?
Principe de
l ’apprentissage
endogène :
« On n ’apprend bien que
ce que l’on a appris
soi-même. »
Carl Rogers
Nous devons tout reconstruire
nous-mêmes.
Principe de
l ’apprentissage
exogène :
« Tout autodidacte est
un imposteur »
Paul Ricoeur
Nous ne pouvons pas tout
réinventer tout seul.
Quelles grilles de lecture pour repérer les enjeux des actes
qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ?
Principe de continuité :
« On n’apprend et on ne
grandit que si ce que l ’on
fait s ’inscrit dans la
continuité de ce qu ’on
sait déjà faire. »
Édouard Claparède
Principe de rupture :
« On n ’apprend et on ne
grandit que si l’on rompt
avec ce que l’on est, ce
que l ’on pense, ce que
sait et sait faire. »
Gaston Bachelard
Attention au déjà-là. Attention à ce qui peut ouvrir
de nouvelles perspectives.
27
Quelles grilles de lecture pour repérer les enjeux des actes
qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ?
Principe de la prise de
risque :
« On ne progresse que si l’on
décide de faire ce qu ’on
ne sait pas faire pour
apprendre à le faire, sans
savoir le faire… »
Aristote
Principe du sursis critique :
« On ne progresse que si l’on
sait surseoir au passage à
l’acte et à l’immédiateté
de l’action… »
Sigmund Freud
Apprentissage de la décision Apprentissage de la retenue
28
Quelles grilles de lecture pour repérer les enjeux des actes
qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ?
Principe de l’homogénéité :
« On ne peut aider des sujets
que si l’on prend en
compte leurs besoins
spécifiques par des
groupements adaptés… »
Adolphe Ferrière
Principe de l’hétérogénéité:
« On ne peut aider les sujets
que si on crée de
l’interaction à partir de
leurs différences… »
Jean Piaget
Pédagogie différenciée Pédagogie interactive
29
Quelles grilles de lecture pour repérer les enjeux des actes
qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ?
Principe d ’éducabilité :
« Tout élève est apte à
étudier toute les matières
et je n’ai jamais le droit
de désespérer de
quiconque. »
Les enfants de Barbiana
Principe de liberté :
« Il n’y a rien que ne fasse un
sujet qui ne mobilise sa
liberté et ne requière de
lui un engagement que nul
ne peut effectuer à sa
place. »
Carl Rogers
« Je peux tout pour toi… » « Toi seul peut t ’en sortir »
30
Quelles grilles de lecture pour repérer les enjeux des actes
qu’on pose dans le domaine de la mise en œuvre didactique ?
 Un projet global qui donne sens à
une activité et permet qu ’elle soit
portée par une intentionnalité.
 Des objectifs généraux nécessaires
pour finaliser l ’activité… mais
difficilement opérationnalisables.
 Des indicateurs de réussite,
comportant toujours un caractère
aléatoire.
 Un ancrage et une symbolisation
facilitant l’accès à l’activité.
 Un cadre structuré.
 Un étayage exigeant...
 Des connaissances multiples dont
la maîtrise est nécessaire mais
risquent de faire perdre le sens.
 Des objectifs opérationnels dont la
totalité ne permettent pas de se
représenter l ’objectif général.
 Des critères observables mais à la
portée limitée pour évaluer la
réalité de la progression.
 Une rétention dans l’immédiat qui
bloque le passage à l ’abstraction.
 Un accompagnement individualisé.
 Un désétayage indispensable...
31
Conclusion
L ’alternance nécessaire à la
formation pour...
• un métier d ’expert
L ’expert est dans la capacité d ’articuler le « détail » et les
« modèles », les « décisions » et les « enjeux ».
• un engagement citoyen
Le « professionnel citoyen » est celui qui refuse la réduction
bureaucratique de sa mission à ses compétences et se
revendique partie prenante de son institution.

alternance_formation_avancée_professionnelle.ppt

  • 1.
    1 Histoire et enjeuxdes dispositifs de formation en alternance Philippe Meirieu
  • 2.
    2 Introduction : • L’histoire de la formation professionnelle témoigne de l ’impossibilité d ’une formation par l ’immersion totale dans le système de production. La logique de la production s ’impose toujours, au bénéfice du « client » et au détriment de l ’apprenti. La logique de la formation émerge dès lors que l ’on parvient à suspendre la pression du système de production.
  • 3.
    3 • L ’histoirede la pédagogie est faite de tensions entre le principe de formalisation et le principe de finalisation. Principe de finalisation : « On n’apprend bien que si l’on est mobilisé par une activité complexe qui fait sens… » Célestin Freinet Priorité au programme Priorité au projet Principe de formalisation : « On n’apprend bien que si l’on respecte les principes d’obligation, de progressivité et d ’exhaustivité… » Jean-Amos Comenius
  • 4.
    4 • C ’està partir de la tension entre formalisation et finalisation qu ’ont été élaborées la plupart des propositions pédagogiques : – La « ruse de pédagogique » de Rousseau, – La « pédagogie des intérêts » dans le courant de l ’Éducation nouvelle, – La « pédagogie de projet » chez Dewey et ses successeurs, – La « pédagogie des situations-problèmes » dans la recherche pédagogique et didactique issue du constructivisme piagétien.
  • 5.
    5 La tension entreformalisation et finalisation travaille au cœur de toute formation en alternance... 1) Quels modèles pour penser l ’alternance ? 2) Quels principes pour mettre en œuvre cette alternance ? 3) Quels outils pour accompagner cette mise en œuvre ?
  • 6.
    6 1) Quels modèlespour penser l ’alternance ? • Ce que la formation par alternance n ’est pas... - la juxtaposition d’apports théoriques et de stages pratiques, - le moyen de faire émerger dans des situations concrètes des problèmes auxquels la formation théorique va apporter des réponses, - la stricte application, dans la pratique, de modèles théoriques préexistants...
  • 7.
    7  le modèlemimétique,  le modèle humaniste,  le modèle béhavioriste,  le modèle constructiviste,  le modèle anthropologique. L ’alternance comme mise en dynamique des différents modèles qui ont été utilisés pour penser la formation professionnelle :
  • 8.
    8 Quel modèle pourpenser l ’alternance ?  le modèle mimétique • La mimesis fondatrice : Toute activité professionnelle a besoin de se référer à un « modèle » qui l’inscrit dans une histoire et lui fournit des repères. • La mimesis en échec : La mise en œuvre d ’une activité professionnelle ne peut se limiter à la reproduction d’habiletés standardisées, dès lors qu’elle s’inscrit dans une évolution largement imprévisible. • La mimesis mortifère : Cf. René Girard : Quand un sujet parvient à en imiter un autre, il devient son rival… La rivalité mimétique engendre alors la violence.
  • 9.
    9 Quel modèle pourpour penser l ’alternance ?  le modèle humaniste • Un principe fondateur : « Vivre est le métier que je veux lui apprendre. En sortant de mes mains, il ne sera, j ’en conviens, ni magistrat, ni soldat, ni prêtre. Mais tout ce qu ’un homme doit l ’être il saura l ’être, tout aussi bien que qui que ce soit. Et la fortune aura beau le faire changer de place, il sera toujours à sa place. » Rousseau, Émile ou de l ’Éducation. C ’est l ’homme qui fait la place, formons l ’homme, il saura toujours occuper sa place : priorité à la « formation humaine » et à la « culture générale ».
  • 10.
    10 Quel modèle pourpenser l ’alternance ?  le modèle humaniste • Un principe en échec dans l ’histoire des hommes… « J ’ai découvert qu ’à la conférence de Wannsee, sur les quinze hommes qui se sont assis autour de la table pour mettre sur pied la bureaucratie qui allait massacrer les Juifs d ’Europe, huit avaient des doctorats. » Chaïm Potok, Le Maître de trope • Un principe qui se trouve contrecarré par la complexification considérable des tâches et la spécialisation qu ’elle impose.
  • 11.
    11 Quel modèle pourpour penser l ’alternance ?  le modèle béhavioriste • Un impératif technique : la complexification des savoirs professionnels impose l’analyse précise des tâches imposées par le métier et la construction de référentiels. • Un outil heuristique : l ’identification des différentes composantes du métier est un outil d ’exploration efficace et un moyen de lutter contre la complicité culturelle et sociale et ses effets sélectifs. • Une réduction intolérable : un métier est toujours irréductible à la somme des compétences nécessaires pour l ’exercer… Il suppose « un projet », « une prise sur le monde ».
  • 12.
    12 Quel modèle pourpour penser l ’alternance ?  le modèle constructiviste • Un acquis fondateur : les compétences professionnelles se construisent en élaborant des solutions à des problèmes identifiés. • Une théorie particulièrement « coûteuse », qui nécessite une approche interdisciplinaire de la complexité des situations et néglige l ’importance de la construction de nécessaires « routines ». • Une approche qui se heurte toujours à l ’existence du « reste »...
  • 13.
    13 Quel modèle pourpenser pour penser l ’alternance ?  le modèle anthropologique • Le retour permanent du « refoulé » : « Il y a toujours un “je-ne-sais-quoi” ou un “presque-rien” qui fait toute la différence… » Vladimir Jankélévitch • Dès lors qu’on tente d’identifier ce « je-ne- sais-quoi », il semble toujours se réfugier ailleurs… • La reconnaissance de la dimension symbolique du métier d ’enseignant.
  • 14.
    • La reconnaissancede la dimension symbolique du métier d ’enseignant : « le projet d ’enseigner » TRANSMETTRE INSTITUER L ’ECOLE FAIRE ADVENIR L ’HUMANITE DANS L ’HOMME Projet culturel: Assurer le lien entre les générations Projet politique : Construire un espace public dévolu à la recherche de la vérité Projet philosophique : Rendre chacun capable de « penser par lui- même »
  • 15.
    L ’alternance aucœur des modèles de formation modèle mimétique : imitation /reproduction modèle béhavioriste : analyse des tâches et apprentissages ciblés modèle constructiviste : vision globale et pluridisciplinaire / résolution de problèmes professionnels modèle humaniste : culture générale / distance critique Modèle anthropologique : articuler savoir-faire et savoirs au « projet d ’enseigner » Savoir-faire pragmatiques Savoirs modélisés
  • 16.
    16 2) Quels principespour mettre en œuvre l ’alternance ?  Une formation qui écarte les oppositions stériles entre : – théorie et pratique, – disciplinaire et transversal,  Une formation centrée sur une véritable alternance et permettant de penser l’interaction « décisions » / « enjeux ».  Une formation du jugement.
  • 17.
    Action : prisede décision Action : prise de décision Enjeux de l ’action : Enjeux de l ’action : - au niveau des apprentissages, - au niveau du projet culturel, - au niveau des modèles sociaux, - au niveau éthique et politique. Décisions concrètes Modèles théoriques Quels principes pour mettre en œuvre l ’alternance ? Une formation du jugement Aller-retour Ajustements progressifs
  • 18.
    18 Le travail surle rapport entre les décisions et les enjeux est d ’autant plus efficace que l ’on s ’astreint à des « changements de focale »  Travail à distance sur le long terme (mémoire).  Travail de préparation pédagogique et didactique.  Travail d ’analyse de pratiques.  Travail de reprise immédiate (visites).
  • 19.
    19 Quels principes pourmettre en œuvre l ’alternance ? Une formation du jugement • Aristote : la phronesis et le kaïros, • La casuistique et les jésuites, • Le « tact » dans la philosophie allemande (Helmholtz) • L ’habitus chez Bourdieu, • La « théorie de l ’occasion » chez Michel de Certeau.
  • 20.
    20 3) Quels outilspour mettre en œuvre l ’alternance ? • Permettre à la personne en formation d ’accéder aux cinq dimensions constitutives de l ’alternance, • favoriser la cohérence des activités en les vectorisant par une tâche (mémoire), • partir et revenir toujours au « métier réel »… faire son deuil du « métier idéal », sans renoncer, pour autant, à le transformer.
  • 21.
    21 L ’alternance doitpermettre l ’exercice quotidien du « métier réel »... ... comme combinaison de routines nécessaires, de réglages possibles et d ’inventions régulées. routines nécessaires réglages possibles inventions régulées pour assurer la stabilité nécessaire à l ’exercice du métier. pour permettre de trouver les équilibres entre des logiques contradictoires. pour faire du métier une occasion de gratification intellectuelle et narcissique. + +
  • 22.
    22 Quels outils théoriquespour mettre en œuvre l ’alternance ? • La mise en place de routines efficaces suppose une observation et un entraînement soutenus par une réflexivité. • Les « réglages fins » supposent l ’identification des contradictions, la capacité à anticiper les conséquences anticiper les conséquences possibles possibles d’une action, à la réguler et à l’évaluer. • L ’inventivité consiste à utiliser, en les perfectionnant, des modèles acceptables et acceptables et provisoires provisoires.
  • 23.
    23 Quels outils théoriquespour mettre en œuvre l ’alternance ?  IL FAUT DONC DISPOSER DE GRILLES DE LECTURES PERMETTANT DE REPERER LES ENJEUX DES ACTES QU ’ON POSE : – dans le domaine de l’activité pédagogique, – dans le domaine de la mise en œuvre didactique.
  • 24.
    24 Quelles grilles delecture pour repérer les enjeux des actes qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ? Principe de finalisation : « On n’apprend bien que si l’on est mobilisé par une activité complexe qui fait sens… » Célestin Freinet Principe de formalisation : « On n’apprend bien que qui l’on respecte les principes d’obligation, de progressivité et d ’exhaustivité… » Jean-Amos Coménius Priorité au projet Priorité au programme
  • 25.
    25 Quelles grilles delecture pour repérer les enjeux des actes qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ? Principe de l ’apprentissage endogène : « On n ’apprend bien que ce que l’on a appris soi-même. » Carl Rogers Nous devons tout reconstruire nous-mêmes. Principe de l ’apprentissage exogène : « Tout autodidacte est un imposteur » Paul Ricoeur Nous ne pouvons pas tout réinventer tout seul.
  • 26.
    Quelles grilles delecture pour repérer les enjeux des actes qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ? Principe de continuité : « On n’apprend et on ne grandit que si ce que l ’on fait s ’inscrit dans la continuité de ce qu ’on sait déjà faire. » Édouard Claparède Principe de rupture : « On n ’apprend et on ne grandit que si l’on rompt avec ce que l’on est, ce que l ’on pense, ce que sait et sait faire. » Gaston Bachelard Attention au déjà-là. Attention à ce qui peut ouvrir de nouvelles perspectives.
  • 27.
    27 Quelles grilles delecture pour repérer les enjeux des actes qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ? Principe de la prise de risque : « On ne progresse que si l’on décide de faire ce qu ’on ne sait pas faire pour apprendre à le faire, sans savoir le faire… » Aristote Principe du sursis critique : « On ne progresse que si l’on sait surseoir au passage à l’acte et à l’immédiateté de l’action… » Sigmund Freud Apprentissage de la décision Apprentissage de la retenue
  • 28.
    28 Quelles grilles delecture pour repérer les enjeux des actes qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ? Principe de l’homogénéité : « On ne peut aider des sujets que si l’on prend en compte leurs besoins spécifiques par des groupements adaptés… » Adolphe Ferrière Principe de l’hétérogénéité: « On ne peut aider les sujets que si on crée de l’interaction à partir de leurs différences… » Jean Piaget Pédagogie différenciée Pédagogie interactive
  • 29.
    29 Quelles grilles delecture pour repérer les enjeux des actes qu’on pose dans le domaine de l ’activité pédagogique ? Principe d ’éducabilité : « Tout élève est apte à étudier toute les matières et je n’ai jamais le droit de désespérer de quiconque. » Les enfants de Barbiana Principe de liberté : « Il n’y a rien que ne fasse un sujet qui ne mobilise sa liberté et ne requière de lui un engagement que nul ne peut effectuer à sa place. » Carl Rogers « Je peux tout pour toi… » « Toi seul peut t ’en sortir »
  • 30.
    30 Quelles grilles delecture pour repérer les enjeux des actes qu’on pose dans le domaine de la mise en œuvre didactique ?  Un projet global qui donne sens à une activité et permet qu ’elle soit portée par une intentionnalité.  Des objectifs généraux nécessaires pour finaliser l ’activité… mais difficilement opérationnalisables.  Des indicateurs de réussite, comportant toujours un caractère aléatoire.  Un ancrage et une symbolisation facilitant l’accès à l’activité.  Un cadre structuré.  Un étayage exigeant...  Des connaissances multiples dont la maîtrise est nécessaire mais risquent de faire perdre le sens.  Des objectifs opérationnels dont la totalité ne permettent pas de se représenter l ’objectif général.  Des critères observables mais à la portée limitée pour évaluer la réalité de la progression.  Une rétention dans l’immédiat qui bloque le passage à l ’abstraction.  Un accompagnement individualisé.  Un désétayage indispensable...
  • 31.
    31 Conclusion L ’alternance nécessaireà la formation pour... • un métier d ’expert L ’expert est dans la capacité d ’articuler le « détail » et les « modèles », les « décisions » et les « enjeux ». • un engagement citoyen Le « professionnel citoyen » est celui qui refuse la réduction bureaucratique de sa mission à ses compétences et se revendique partie prenante de son institution.