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Comme annoncé les examens de la classe de philo ont démarré, le lundi 29 juin 2015
dans les dix départements scolaires du pays. Près de 73 898 candidats participent à
ces épreuves officielles qui doivent prendre fin le 3 juillet prochain. Environ 2 293
autres candidats auront à participer au bac permanent et 2 183 candidats pour le
Nouveau secondaire, selon un communiqué du ministère de l’Éducation nationale et
de la Formation professionnelle (MENFP).
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» P. 21
»   P. 4
CULTURE
SPORT
» suite page 5
Décès de Michel
Tassy chanteur
de l'orchestre
Septentrional
Par Walcam
Les bulletins prêts et
livrés dans quinze jours
HAÏTI / ÉLECTIONS LÉGISLATIVES
MARDI 30 JUIN 2015 NUMÉRO 28
WWW.LENATIONAL.HT
QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI
HAÏTI / EXAMENS BACCALAURÉAT
ACTUALITÉ
Une première journée réussiePar Reynold Aris
P
rès de deux cents millions
de gourdes sont consacrées
à l’organisation des exam-
ens d’État de cette année.
Les responsables du ministère de
l’Éducation nationale et de la forma-
tion professionnelle (MENFP) peu-
vent se targuer d’avoir pris toutes les
mesures nécessaires permettant de
contribuer au bon déroulement des
examens d’État. Les témoignages
abondent dans les mêmes termes.
De nouveaux
engagements
en faveur d'Haïti
par Jean Michel Cadet
Haïti qualifiée pour
le deuxième tour
par Gérald Bordes
Philippe Augustin, directeur du Registre électoral, et Frantz Bernadin, porte-parole du CEP. / Photo : Noclès Débréus
2 | N0
28 MARDI 30 JUIN 2015
TRIBUNE
Haïti : État sans nation, deux sociétés,
une nation sans ÉtatPar Jacques Ted Saint Dic
L
a coalition d’anciens et de
nouveaux libres, en superpo-
sition dominatrice de la masse
des esclaves, a mené et gagné
l’unique guerre antiesclavagiste du
monde dit moderne. Une victoire
contre l’humanité des inégalités socia-
les à idéologie d’individus égaux en
droit, en liberté et en résurrection. Le
front commun contre l’esclavage n’a
tenu que le temps de la conquête indi-
viduelle de la liberté. Les contradic-
tions d’intérêts, sur fond de récupéra-
tion de la lutte des esclaves marrons,
ont rapidement pollué les espaces
idéologiques d’ententes stratégiques
de la Révolution pour la ramener à
une guerre libératrice. La liberté n’a
pas été une conquête de population
en construction de peuple. En con-
struction de nation. Mais plus fon-
damentalement une guerre pour la
conquête et l’affirmation de l’identité
humaine de l’être nègre face à
l’inhumanité occidentale. L’Occident
des nations qui se sont construites et
enrichies sur la base de la domination
et de l’exploitation des populations et
des peuples des lieux géographiques
éloignées de leur centre autodéclaré
civilisé. L’Occident des élus en crois-
ades missionnaires de sauvetage et
d’humanisation des fils du serpent,
de Caïn et de Cham.
La révolte n’a pas abouti à la révo-
lution qui devrait faire de l’homme,
de tous les hommes des libres.
Des hommes debout dans une
dignité unitaire, humaine, dans la
construction d’une nation en che-
minement multiples d’État à se
doter. Au contraire, la nation s’est
construite sans se doter d’un État-
nation mais d’un État importé,
calqué sur le modèle des anciens
maîtres. Ainsi la nation est enfilée
dès sa genèse d’un État domina-
teur, d’exclusion, accapareur.
L’État totalitaire, dans le sens qu’il
est à lui seul la nation, la société,
le peuple, l’individu, le citoyen.
Et comme pour s’illustrer dans la
lignée des États totalitaires néces-
sairement violents, il fallait un
crime fondateur : l’assassinat du
père fondateur et le silence d’État
qui s’est ensuivi un demi-siècle
après.De 1804 à 1806, le pays
tout neuf enfante ses premières
contestations légitimes et naturel-
les. S’ouvre une longue période
de contestations du « peuple
national revendicatif », mais aussi
de trêves et d’assimilation par la
fuite à l’intérieur du nouveau ter-
ritoire. Il est en opposition depuis
à cette nouvelle structuration de
la hiérarchie de commandement
du pays. Très tôt, ce modèle d’État
se retrouve en difficulté, contesté
déjà en son sein par ceux qui se
sentaient redevables à la nation en
construction. Et surtout de ceux
dont leur père était en Afrique.
Il s’agissait en termes clairs de
poser la question du montage du
« Capital national de peuple », de
sa redistribution et de l’affectation
de la plus-value à la satisfaction
des besoins collectifs et de la con-
struction de la richesse nationale
de peuple.
Pour contrer les contestations, les
révoltes d’Acaau, de Goman, des
Piquets, des Cacos, et couper le
souffle de la contestation, il fallait
vite se rallier à des forces externes
pour consolider et instituer un
modèle d’État sans nation, sans
peuple. À défaut de pouvoir faire
émerger de la nation, la coalition
des anciens et nouveaux libres de
1806 à date n’a de cesse de con-
tinuer à constituer sa société éta-
tique sur le modèle des sociétés
anonymes. Les actionnaires sont
locaux et externes, individuels et
collectifs. Une nouvelle entreprise
à envergure nationale est montée
de toutes pièces. Pour être à
l’image d’un État, il fallait aussi
une projection en format adapté
des structures institutionnelles de
leur métropole-modèle. Les trois
pouvoirs sont installés. Les codes
de lois sont aménagés. Le régime
politique passe de l’empire à la
royauté, et surtout par la dictat-
ure pour se pérenniser, se mod-
erniser dans la république. La
référence permanente de toutes
ces structurations politiques reste
et demeure l’apartheid social
et individuel. Une expression
contemporaine de l’esclavage.
Idéologiquement ces formes
d’organisations politiques retien-
nent l’esclavage comme modèle
de gestion humaine et de capta-
tion du surplus économique. Les
codes de culture de Christophe,
de Boyer, plus tard la corvée et,
hier encore, l’accord de braceros
sont des rappels témoins du Code
Noir et de ce retour permanent à
ce système que l’on croyait ané-
anti par la victoire de la guerre de
l’Indépendance.
Alors que la masse des révoltés
victorieux devenus citoyens se
préparait à défendre un territoire
conquis de haute lutte, les nou-
veaux maîtres négociaient un bail
de vingt-cinq ans à extensions de
contrats illimités en payant aux
anciens maîtres la moitié de leur
faire-valoir d’absentéistes. Le sys-
tème du « deux moitié » prenait
corps et le droit de se dire, de se
nommer maîtres leur était vendu.
Ils avaient dès lors mandat, délé-
gation expresse de légitimation
du pouvoir universel, mondial
d’être les chefs, l’élite, les élites
de la société d’État. Le Premier
des Noirs, en prélude, écrit au
Premier des Blancs. L’égalité des
races humaines en argumentation
d’un antiracisme se mesurant à
l’aune d’un savoir accepté comme
universel. Nous aussi, nous pou-
vons acquérir les mêmes connais-
sances que les Blancs ! Un aveu de
soumission au racisme par justi-
fication du contraire en utilisant
un mot, une expression essentiel-
lement ségrégationniste : la race.
L’État sans nation et sa société
étatique, malgré son opération-
nalisation mouvementée à travers
le temps, ne s’est donné aucun
point d’ancrage géographique à
organiser. Un territoire. Un pays.
Haïti. Il est légal, moral, institu-
tionnel, moderne, multinational…
Un concept. Son contenu social
est une représentation imagée,
virtuelle des catégories sociales
en mouvement, sans attaches
réelles et permanentes de classes
sociales. Aucun souci de renou-
vellement. Il est l’expression d’un
moment historique, c’est-à-dire
datée, mais aussi dynamique
dans sa mutation à s’adapter aux
grands besoins de ses actionnaires
en situation de gestion de la pau-
vreté, d’acquisition de richesses et
de modernité à rattraper.
Que l’on ne se méprenne pas, cet
État n’est pas en bout de course.
Il est moderne dans sa dynamique
de cooptation individuelle à résul-
tante de représentativité sociale et
du maintien du statu quo dans sa
société. Sa nature ne change pas,
malgré l’élargissement de sa base
soit par des élections et aussi en
répondant aux appels de tous ceux
qui se disent exclus.
Des exclus d’hier qui veulent
eux aussi participer à la grande
bataille d’exclusion et de suceurs
du Peuple national. Conscients ou
illuminés, ils ont tous une révo-
lution à proposer, à négocier : il
est temps que la jeunesse soit
aux commandes ! Que les masses
populaires prennent le pouvoir !
Enfin que le savoir soit au service
de l’État pour le changer. N’allez
pas demander dans quel sens,
mais rassurez-vous : dans le sens
du bon sens. La chose la mieux
partagée au monde : il faut réussir
à changer sa vie. Avoir des intérêts
à jamais renouvelés à défaut d’une
sclérosante idée du partage équi-
table des richesses, selon chaque
mise, pondéré par un coefficient
de solidarité nationale.
Sa modernité est contemporaine
de son réseau de dépendances et
dans le formalisme de ses rela-
tions avec le monde commercial
et financier du village global. C’est
un monde formel où il faut se
présenter en déclinant son iden-
tité. Je suis l’État d’Haïti. Répub-
lique noire démocratique.
Importatrice nette. Réserve
naturelle indéterminée. Réserve
forestière minimale. Réserve
humaine à vendre. Spécificité :
État sans nation, deux sociétés,
une nation sans État.
Depuis deux siècles que cela
dure, la nation n’arrive pas à se
doter de son État. Elle consent
de grands investissements pour
mettre en place sa société et ses
élites, mais elle a gagné très peu
de batailles dans sa grande guerre
d’Étatisation.
MARDI 30 JUIN 2015 N0
28 | 3
ACTUALITÉ
Les bulletins
prêts et livrés
dans quinze joursPar Noclès Débréus
A
lors que les bulletins pour
les prochaines législatives
sont en train d’être imprimés
à Dubaï, le Conseil électoral
provisoire (CEP) a déjà reçu tous les
matérielsnonsensiblesenprovenance
de l’Afrique du Sud. La dernière car-
gaison a été livrée le dimanche 28 juin
2015. 14 094 kits électoraux et 2 300
kits de formation sont l’ensemble des
matériels fournis par la compagnie
sud-africaine, Lithotech, a informé
le porte-parole de l’institution électo-
rale, Frantz Bernadin, avant de laisser
le soin au directeur du Registre élec-
toral, Philippe Augustin, de faire le
point sur la délégation qui séjournait
à Dubaï dans le cadre du processus
d’impression des bulletins.
Après la validation des bulletins par
les différents candidats, il a fallu les
transmettre à l’imprimeur, a expli-
qué l’ingénieur Augustin, qui a été
à Dubaï en compagnie du président
du CEP, Pierre-Louis Opont, ainsi
que du trésorier, Ricardo Augustin,
pour vérifier et valider les maquettes
avant l’impression. Interrogé sur le
nom de la compagnie qui est char-
gée d’imprimer les bulletins des lég-
islatives, Monsieur augustin dit avoir
fait peu de cas du nom de la firme,
se contentant de vérifier si cette
dernière était en mesure de fournir
un travail de qualité tel que souhaité
le CEP. Pour ce qui concerne la pré-
sidentielle et les collectivités territo-
riales, le régisseur électoral, qui ne
détient pas toutes les informations
à ce sujet, a quand même informé
qu’il est très probable qu’un nouvel
appel d’offres soit lancé à cette fin.
Déjà, par rapport à cette question
de passation de marchés, de vagues
critiques fusent de toutes parts en
apprenant que les bulletins ainsi que
les matériels non sensibles pour des
élections qui devraient être un acte
de souveraineté nationale, viennent
de l’autre bout du monde alors que
lors des élections précédentes ces
matériels avaient été préparés par
des entreprises nationales. Sophie
De Caen, directrice principale du
Pnud en Haïti est obligée de sortir
de son silence pour expliquer que
l’appel d’offres a été fait suivant les
procédures de passation de marché
en vigueur au sein de l’organisme
qu’elle dirige. Une explication qui
semble être peu convaincante, dans
la mesure où les procédures de pas-
sation de marché du Pnud restent
encore inconnues du public. Réagis-
sant à ce sujet, Philippe Augsutin dit
n’avoir aucune réponse car, dit-il, le
dossier en question ne relève pas de
sa compétence.
Le Pnud, dans son rapport de fonc-
tionnement avec le CEP, s’engage à
fournir des équipements et des outils
informatiques pour le préenregistre-
ment des candidatures pour les légis-
latives, la présidentielle et les locales.
Il fait aussi l’acquisition de matériels
non sensibles (urnes, isoloirs, encre
indélébile, sachets plastifiés trans-
parents pour les procès-verbaux,
et autres matériels de quincaillerie
électorale) et sensibles (bulletins de
votes, procès-verbaux,…) selon les
spécificités définies conjointement
avec le CEP. En plus de l’acquisition
d’équipements audiovisuels, de
matériels de sensibilisation (T-shirts,
képis, affiches…), le Pnud fournira
aussi un appui technique à la cam-
pagne de communication et de sen-
sibilisation ainsi que dans la gestion
du payroll du personnel vacataire du
CEP durant la tenue des élections,
selon des informations émanant de
l’organisme onusien.
Parallèlement, Monsieur Augustin a
souligné que la liste électorale, une
autre étape importante dans le pro-
cessus, est en voie de finalisation.
À partir du mercredi 1er juillet, le
CEP lancera l’opération de vérifica-
tion ou changement de centre de vote
par tous les électeurs. Ainsi, tous les
citoyens électeurs qui voudraient
permuter de centre de vote ou qui
ont changé d’adresse sont conviés à
passer à n’importe quel Bureau élec-
toral communal (BEC) pour faire la
notification et aussi indiquer leurs
nouvelles adresses, a précisé Philippe
Augustin, très confiant quant à la
tenue des élections législatives le 9
août prochain.
Le temps des complots !
UnrédacteurduNationalendéplacementdansunevilledeprov-
ince, nul besoin d’identifier le lieu, a surpris une conversation
entre plusieurs personnes qui attendaient de participer à une
réunion politique d’un candidat à la présidence. Ces gens, il y en
avaitdanstouteslestranchesd’âges,discutaientd’élections.Àun
certainmoment,laconversationfutmonopoliséeparunhomme
dans la quarantaine qui déclara que les élections se gagnaient «
techniquement».Etsansaucunegêne,maisd’unemanièrequand
même instructive, il se mit à expliquer à l’assistance comment il
fallait procéder.
Il raconta comment, dans sa communauté, la veille du scrutin,
dès qu’il fit nuit, ses partisans et lui s’arrangèrent pour tirer plu-
sieurs coups de feu jusqu’au petit matin. La grande partie de la
population, croyant à un carnage, terrorisée, n’osa prendre les
rues pour se rendre dans les bureaux de vote qui furent seule-
ment investis par les partisans du candidat qui détenaient les
armes. L’énergumène, fier de lui, déclara : « Men sa k rele pran
yon eleksyon teknikman ! »
Il expliqua ensuite la deuxième manière de gagner « technique-
ment » : on fait en sorte de n’avoir que ses partisans dans les
bureaux de vote et on remplit les urnes à volonté. Mais attention
! prévient-il. Il faut procéder avec intelligence. Pour chaque cent
bulletins qu’on met dans l’urne pour son candidat, il faut en
mettredixpourlesautresconcurrents.«Sepoubagaylanteknik,
mesye!»Quandmêmeuneévolution,fautbienlereconnaître,par
rapport à l’ère des Duvalier et de leurs 99 % de votes favorables.
Personne dans l’assistance n’osa protester contre l’impudence
aveclaquellenotreorateurimprovisérelataitsesexploitspassés,
à part, bien sûr, notre rédacteur qui ne put que prêcher dans le
videdevantuneassistanceconvaincueparlelangage«technique
» de celui qui avait monopolisé son attention.
On serait bien fou de croire que plein de candidats, plein de per-
sonnes acquises pour diverses raisons à la cause de ces préten-
dants«autimondenosaffaires»,vontpouvoirrésisterauplaisir
malsaind’ourdirimpunémentlescomplotslesplusinfâmespour
gagnerlesélections.Lesdeuxscénariidécritsparlehérosdujour
sont bien ceux les plus employés par nos politiciens. On ne fera
pasl’erreurdecroirequ’àl’étrangerlespoliticienssontdessaints.
Ces derniers aussi sont prêts à tous les mauvais coups. Sauf que,
sous d’autres cieux, il existe des institutions plus efficientes, qui
exercent une minimum de contrôle, et ceci, avec efficacité.
Cheznous,nosinstitutionssontgangrenéesparlacorruption.Des
groupesd’intérêtsquin’ontjamaismontrélamoindrecompassion
envers les laissés-pour-compte de la nation profonde, meurtrie,
et qui, sans vergogne, veulent tout pour eux et pour eux seuls.
La précarité transforme plein de citoyens en animaux. La com-
munauté étrangère qui finance une grande partie du processus
électoral - un non-sens du point de vue de l’éthique nationale
- veut toujours imposer son point de vue, ce qui est facilité par le
jeu de coquins des prétendants prêts à tous les compromis pour
accéder au trône.
On est en plein au temps des complots.
Des complots contre la nation !
ÉditoHAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES
Actuellement les bulletins pour les départements de
l’Ouest, du Nord-Ouest, du Nord-Est et du Centre sont
sous presse et tous les bulletins pour les législatives
devront être livrés en Haïti dans une quinzaine de
jours, selon ce qu’a annoncé l’ingénieur Philippe
Augustin, directeur du Registre électoral. Monsieur
Augustin faisait partie de la délégation du Conseil
électoral provisoire (CEP) qui a séjourné la semaine
dernière à Dubaï en vue de valider les maquettes avant
l’impression et, du même coup, évaluer la capacité de la
compagnie anonyme qui a remporté l’appel d’offres du
Programme des Nations unies pour le développement
(Pnud).
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28 MARDI 30 JUIN 2015
ACTUALITÉ
HAÏTI/EXAMENSBACCALAURÉAT
Une première journée réussiepar Reynold Aris
Une première journée réussie pour les examens de baccalauréat . / Photo : Reynold Aris
» suite de la première page
Ils ont été une réussite, confient
directeurs de sièges, surveillants et
candidats. C’est le cas aussi du bacca-
lauréat. Toutefois, certains candidats
n’ont pas porté leur uniforme comme
le préconisent systématiquement les
dirigeants du MENFP.
Au lycée Fritz Pierre Louis, sur les
570 bacheliers qui devraient pren-
dre part à ces compétitions dans ce
centre préposé aux candidats de la
section « D », seulement quarante-
cinq d’entre eux sont absents, si l’on
en croit les propos du censeur de
cet établissement, Bélizaire Jean
Ronel, qui informe que tout se passe
très bien.
Les candidats et les surveillants,
indique M. Jean Ronel, ont été
ponctuels ce matin. Ils ont pénétré
dans les salles d’examens à temps.
De plus, les responsables du MENFP
ont acheminé les tests d’évaluation
très tôt dans le centre. Il a expliqué
que cela a permis leur distribu-
tion aux bacheliers à compter de
8 heures et demie du matin ce qui
a facilité la tâche à ces postulants
selon le temps qui leur était imparti.
Le censeur informe, en outre, n’avoir
rencontré aucune difficulté lors du
déroulement de ces épreuves.
« Jusqu’à cette présente minute tout
marche comme sur des roulettes »,
s’est-t-il réjoui.
De son côté, Myriam Jean Louis,
élève du Lycée Jean Jacques, salue
la manière dont les épreuves ont été
organisées cette année. « Elles n’ont
pas été entachées d’irrégularités
tant sur la forme que dans le fond».
Très confiante en sa réussite, elle
invite ses camarades à ne pas se
précipiter en ce qui concerne la
rédaction de ces différents examens.
Dans la même veine, un élève de
l’institution « Mixte Jules Lafleur »
requérant l’anonymat informe que
les examens ont été à la portée
des candidats. Il suffit, à son
avis, que les postulants aient été
en salle durant cette année aca-
démique 2014-2015 pour pouvoir
se débrouiller avec ces épreuves. Il
a toutefois souligné comme postu-
lant en section « C » ne pas être en
mesure de se vanter durant cette
première journée des examens de
Philosophie et de Biologie, promet-
tant qu’il va quand même réussir
avec brio suivant le profil de ces
épreuves. Il convient de souligner
qu’en dépit des recommandations
des responsables du MENF, le port
obligatoire de l’uniforme, comme
l’une des conditions pour avoir
accès aux sièges d’examens, n’a pas
été suivi. Selon ce qu’ont rapporté
des surveillants interrogés à ce
sujet, ils informent l’avoir accepté
pour éviter que ces postulants ne
ratent l’année académique. À cet
effet, ils ont lancé des mises en
garde à ces contrevenants disant
qu’ils n’auront pas accès aux centres
sans se conformer à cette mesure
lors des prochaines épreuves.
Quant à la répartition des postu-
lants, le Bureau national des exa-
mens d’État (BUNEXE) a indiqué
que le département de l’Ouest
accueille l’effectif le plus élevé avec
44 mille 223 candidats. S’ensuivent
ceux du Nord et de l’Artibonite avec
respectivement 8 055 candidats et
5 001 candidats. À noter que le
département de la Grand’Anse est
le maillon le plus faible de la chaîne
avec 1 192 candidats.
Les consignes demeurent les mêmes
selon le directeur du BUNEXE,
Renan Michel. L’usage du téléphone
portable, mis à part les surveillants
qui peuvent l’utiliser au besoin, est
strictement interdit dans les centres
d’examens.
MARDI 30 JUIN 2015 N0
28 | 5
ACTUALITÉ
L
’Union européenne (UE) et la
Communauté des États latino-
américains et caribéens (Celac)
se sont engagées dans cette
déclaration à soutenir Haïti dans sa
quête du développement et sa lutte
contre l’extrême pauvreté. Un appel
est aussi lancé à tous les donateurs
à soutenir la mise en œuvre du plan
stratégique de développement du
gouvernement haïtien. Un montant
de 420 millions de dollars, à cet effet,
a été décaissé par l’UE pour soutenir
des programmes de développement
durant la période 2014-2020.
La stabilité politique via le
renouvellement du personnel
politique fait aussi partie des
grandes lignes de cette déclaration.
Les États signataires de cet acte
déclarent soutenir sans réserve les
efforts du gouvernement haïtien
pour organiser les prochaines
élections. L’UE, de son côté, a
déjà emboité le pas. Depuis un
an environ, ce partenaire d’Haïti
a déjà décaissé un montant de
cinq millions d’euros et promis un
appui logistique et une mission
d’observation. Toutefois, le Conseil
électoral ne dispose que de 44
millions de dollars gérés par le
Pnud sur un total de 66 millions
nécessaires à l’organisation des
élections à tous les niveaux
(présidentielle, législatives,
municipales).
Hormis les questions relatives aux
élections et le développement, l’UE
s’intéresse de près aux problèmes
humanitaires encore présents
en Haïti. Une enveloppe de 14
millions d’euros a d’ailleurs été
mobilisée en 2015 pour répondre à
certains défis comme les désastres
naturels, l’insécurité alimentaire,
la propagation du choléra et le
relogement des déplacés. Le pays
fait face actuellement, toutefois, à
une crise humanitaire grandissante
sur laquelle l’UE se prononce.
L’Union européenne se veut un
acteur « neutre » dans le dossier
de rapatriement d’Haïtiens en
République dominicaine. « Nous
ne sommes ni juges ni parties »,
soutient Christian Leffler, directeur
exécutif pour les Amériques au
service d’Action extérieure de l’UE.
Il incombe, selon lui, aux deux États
(Haïti et la République dominicaine)
de trouver des solutions viables
axées sur les principes juridiques
et politiques.
Pourtant les autorités haïtiennes
accusent leurs homologues
dominicaines d’un double langage.
Alors que le 17 juin était censé
marqué la fin du Programme
national de régularisation des
étrangers (PNRE), on assiste,
de préférence, à l’expulsion des
migrants haïtiens en RD, ce, en
violation des traités et conventions
internationaux en vigueur sur
la question. Le Premier ministre
haïtien Évans Paul fait état de plus
14 mille ressortissants haïtiens qui
regagnent la partie ouest de l’île.
Certains, décident volontairement,
par peur de représailles, selon des
organisations de droits humains, de
revenir en Haïti.
Concernant ce dernier aspect de
la question, M. Leffler semble
n’être pas alarmé. Le départ
volontaire d’Haïtiens vivant de
l’autre côté de la frontière, pense-
t-il, est moins dramatique que
l’expulsion de centaines de milliers
de Dominicains d’ascendance
haïtienne. Selon lui, il incombe aux
autorités haïtiennes de prendre en
charge leurs ressortissants.
L’UE, martèle le diplomate, joue
les facilitateurs dans ce dossier.
Un rôle, dit-il, qu’a longtemps
joué l’institution qu’il représente
depuis les balbutiements de cette
crise. Rappelons que la diplomatie
haïtienne a, dès la décision de la
Cour constitutionnelle dominicaine
dénationalisant des Dominicains
d’ascendance haïtienne depuis trois
générations, porté l’affaire par-
devant les instances internationales
qui ont pris fait et cause pour Haïti.
Plus tard, les autorités haïtiennes
ont ramené la question dans un
cadre strictement bilatéral.
UE-CELAC/DÉCLARATIONDEBRUXELLES
De nouveaux engagements
en faveur d'Haïtipar Jean Michel Cadet
Haïti continue d’être un sujet de préoccupation au niveau régional et international. Au terme du sommet UE-
CELAC, tenu à Bruxelles du 11 au 14 juin derniers, une déclaration a été adoptée. Les besoins spécifiques du
pays liés au sous-développement et à la stabilité politique figurent aussi parmi les engagements pris dans ce
document.
Le Centre de facilitation des investissements (CFI), a annoncé, le lundi 29 juin 2015, au local du ministère de la
Communication, le lancement de la plateforme « Connect Americas » et du Guide de l’investissement d’Haïti.
Soutenu par la Banque interaméricaine de développement (BID), ce projet vise à favoriser la connexion entre les
petites et moyennes entreprises (PME) d’Haïti et les entrepreneurs du monde entier.
O
utre les investisseurs
étrangers, ce Guide de
l’investissement d’Haïti
cible également les investis-
seurs locaux. Par le biais de ce guide,
le CFI caresse l’idée de mettre en
valeur la multiplicité d’affaires qui se
présententaujourd’huisurleterritoire
haïtien, tout en offrant aux investis-
seurs une base solide d’informations
pour faciliter le processus décisionnel
en matière d’investissement.
« Connect Americas » est une plate-
forme sociale. C’est le premier
réseau social d’affaires du conti-
nent américain, conçu spécifique-
ment pour les petites et moyennes
entreprises (PME) qui n’ont pas les
moyens nécessaires pour participer
aux grandes expositions internatio-
nales », a déclaré la directrice du
CFI, Mme Norma Powell. À l’aide de
cette plateforme, elles auront l’accès
de vendre et d’acheter des produits
sur les marchés mondiaux, tout en
restant chez eux, et évitant ainsi des
dépenses énormes.
C’est une initiative de la Banque
interaméricaine de développement
(BID), soutenue par Google, DHL,
Visa et Alibaba. En ligne gratuite-
ment, elle permettra aux PME de
l’Amérique latine et des Caraïbes de
se connecter avec des entrepreneurs
du monde entier, et d’accéder aux
outils d’informations pratiques leur
permettant d’accroître leurs capaci-
tés préliminaires.
Selon la directrice, la plateforme a
déjà connu beaucoup de succès en
Haïti. Elle a informé qu’Eliachim
Williams, l’agent commercial de la
coopérative agricole caféière Vincent
Ogé de Dondon, a utilisé le réseau
Connect Americas qui lui a permis
de trouver plusieurs marchés. Ses
produits sont actuellement en vente
dans les supermarchés All Food
et La Belle Créole aux États-Unis
d’Amérique.
Le CFI, agence de promotion des
investissements, s’est engagé à
fournir aux investisseurs un accom-
pagnement adéquat, depuis le projet
d’investissement jusqu’à sa concré-
tisation, suivant ce qu’a déclaré Mme
Norma Powell, sa directrice générale.
Dans son intervention, elle a fait res-
sortir les missions du CFI en deux
volets spécifiques.
D’abord, une phase de facilitation,
au cours de laquelle le processus
de l’investissement est organisé, en
fournissant aux investisseurs les
documents et les contacts néces-
saires pour faire avancer le proces-
sus. Ensuite, la phase promotion-
nelle qui cherche à connaître les
visions du gouvernement haïtien,
les secteurs qu’il définit comme des
secteurs porteurs, comme le tour-
isme, l’agro-industrie, le textile, etc.,
pour une meilleure orientation de
cet investissement. Avant d’investir,
l’entrepreneur n’a pas seulement
fixé ses regards sur l’insécurité. Il
y a beaucoup de facteurs à prendre
en considération. Les problèmes
sociopolitiques ne sont pas les seuls
freins aux investissements. Les con-
ventions internationales, les accords
commerciaux ratifiés par Haïti
sont, pour la directrice, autant de
facteurs qui préoccupent les inves-
tisseurs. Par conséquent, le Guide
de l’investissement et le réseau sont
incontournables, si on veut encour-
ager la production, l’investissement,
et éviter des importations évaluées
à plus de deux milliards de dollars
américains par an.
CENTREDEFACILITATIONDESINVESTISSEMENTS
Un réseau social d'affaires, pour
faciliter les échanges commerciauxpar Evens REGIS
6 | N0
28 MARDI 30 JUIN 2015
ACTUALITÉ
Un lot de matériel équivalant à 90 mille dollars a été remis, le lundi 29 juin 2015, au ministère des Affaires
sociales et du Travail (MAST), par l’ambassade de Taïwan. Une cérémonie qui s’est déroulée en présence du
titulaire de ce ministère, Victor Benoit.
«
Nous n’avons pas de position
précise sur ce dossier, mais
nous faisons tout ce qui est
possible pour aider ces Haï-
tiens à obtenir ce dont ils ont besoin
», a déclaré l’ambassadeur de Taïwan,
Hwang Tsai-Chiu, lundi, lors de cette
cérémonie de remise de dons. Cette
réponse intervient dans un con-
texte tendu où de nombreux acteurs
nationaux et internationaux ont déjà
pris position sur ce dossier pour cond-
amner l’attitude raciste et xénophobe
des Dominicains et également pour
critiquer la gestion faite de ce dos-
sier par le pouvoir Martelly, qu’ils
accusent d’d’en avoir fait une affaire
personnelle, cassant ainsi l’élan de
solidarité internationale. Par ailleurs,
le ministre Victor Benoit a tenu à pré-
ciser que, durant la semaine écoulée,
de jeudi à samedi, la vague des dépor-
tés en provenance de la République
dominicaine a décru considérable-
ment. Une information confirmée
par le ministre de l’Intérieur, qui a
précisé que depuis la fin du Plan
national de régularisation (PNRE),
environ 14 mille personnes seraient
déjà retournées volontairement ou de
manière forcée au pays.
Un don de 91 mille dollars...
Ce don de l’ambassade de Taïwan en
Haïti a été fait au profit des dépor-
tés de la République dominicaine.
La cérémonie a été marquée par la
signature d’un « protocole de remise
de dons » entre l’ambassadeur Hwang
Tsai-Chiu et le ministre Victor Benoit.
Ce lot de matériel, qui contient, entre
autres, des sacs à main, des ballons
de football, des chaussures et jouets
pour enfants, a été collecté par la
diaspora taïwanaise aux États-Unis, a
informé l’ambassadeur Tsai-Chiu. Le
coût total de cette donation s’élève,
a-t-il précisé, à environ 92 mille dol-
lars américains.
Avouant que, depuis longtemps,
le ministère des Affaires sociales a
toujours été un partenaire de son
ambassade, Hwang Tsai-Chiu a expli-
qué que son institution ne disposait
pas de moyens logistiques adéquats
pour procéder elle-même à la distri-
bution de ces dons. C’est pourquoi
il a demandé au MAST de suppléer
l’ambassade en ce sens. Aussi prom-
et-il que ce n’est pas la dernière fois
que les deux entités travailleront
ensemble.
Remerciant l’ambassadeur au nom du
gouvernement et du peuple haïtien,
Victor Benoit, ministre des Affaires
sociales, s’est félicité de ce don qui,
selon lui, arrive à point nommé. Le
ministre Benoit croit, en effet, que la
population vulnérable du pays a aug-
menté avec les nombreux déportés
venus de la République dominicaine.
« Dans l’immédiat, des dispositions
seront prises pour que ce don soit
remis au Comité mixte de solidarité
mis en place par le gouvernement
pour la gestion des pourchassés en
provenance de République dominic-
aine », promet Victor Benoit qui sou-
ligne que du fait que ce lot de maté-
riel contient beaucoup d’articles des-
tinés à la gente féminine, l’expertise
du ministère à la Condition féminine
sera mise à contribution.
HAÏTI/COOPÉRATION/TAÏWAN
Un lot de matériel pour les rapatriés !par Lionel Edouard
MARDI 30 JUIN 2015 N0
28 | 7
ACTUALITÉ
L
e ministre des Affaires socia-
les et du Travail, Victor Benoit,
représentant de la Fusion des
sociaux-démocrates, a fait le
point, lundi, autour de la décision de
l’homme d’affaires Réginald Boulos
de démissionner du Conseil supérieur
des salaires.
Questionné sur cette démission
surprise, Victor Benoit a fait savoir
qu’il a été informé par voie de presse
et que, à date, il n’a pas encore reçu
la lettre de démission de M. Boulos.
Tout en disant respecter le choix de
Réginald Boulos, M. Benoit a dit
qu’il n’était pas souhaitable que le
concerné prenne une telle décision.
« C’est dommage que M. Boulos
n’ait pas pensé à me contacter »,
a regretté Victor Benoit qui croit
que si cette prise de contact avait
été faite avant, Réginald Boulos
n’aurait peut-être pas pris cette
décision extrême de démissionner.
En ce qui a trait au motif de
cette démission, l’ouverture d’un
compte courant au nom du Conseil
supérieur des salaires, alors que
Réginad Boulos avait opté pour le «
bénévolat », Victor Benoit a déclaré
que le ministre des Affaires sociales
n’avait pas ouvert de compte, sans
pour autant remettre en cause la
parole de l’intéressé. Toutefois,
Victor Benoit informe qu’étant
donné que Réginald Boulos a
affirmé qu’un compte a été ouvert
au nom du Conseil supérieur des
salaires, sa responsabilité à lui est
de procéder à une enquête pour
savoir dans quelles conditions ce
compte a été ouvert, pourquoi il l’a
été, s’il l’a été légalement, qui en a
pris l’initiative, avait-il le droit de
le faire, l’a-t-il fait selon les règles
régissant le fonctionnement du
Conseil.
Beaucoup de personnalités qui
avaient prêté leurs services à l’État
haïtien à travers des commissions
ou l’administration publique ne
peuvent plus disposer de leurs
biens pour défaut de décharge.
Une situation qui avait été dénoncée
par Gérald Mathurin, candidat au
Sénat recalé pour le département
du Sud-Est. Avec la création de ce
compte, Réginald Boulos veut-il
éviter le piège de la décharge ?
Face à la cherté de la vie,
des gestes ponctuels...
Le ministre Victor Benoit a
aussi fait le point, lundi, sur le
problème de la cherté de la vie qui
sévit actuellement dans le pays,
notamment dans un contexte où
l’envolée du dollar par rapport à
la gourde affecte directement les
ménages haïtiens.
Il s’est dit profondément touché
comme citoyen, mais aussi comme
ministres des Affaires sociales.
Aussi croit-il qu’il faut y trouver
une solution. Malgré la précarité,
poursuit le social-démocrate,
le gouvernement doit, comme
d’habitude, trouver des moyens
pour poser des gestes ponctuels.
Cependant, pour le ministre
Benoit, la véritable solution passe
par une politique économique et
sociale globale, susceptible de
stimuler la création d’emplois
et l’augmentation de la produc-
tion agricole pour nourrir la
population.
HAÏTI/CONSEILSUPÉRIEURDESSALAIRES
Victor Benoit annonce une enquêtePar Lionel Edouard
8 | N0
28 MARDI 30 JUIN 2015
MONDE
M
algré plusieurs exécutions
problématiques, la Cour
suprême des Etats-Unis a
donné son feu vert lundi à
une méthode controversée d’injection
létale, dans une décision très attendue
par les Etats américains qui avaient
suspendu le châtiment ultime.
La plus haute juridiction du pays,
qui se prononçait pour la première
fois sur la peine capitale en sept
ans, était saisie par quatre condam-
nés à mort de l’Oklahoma (sud)
qui craignaient de mourir dans des
souffrances inconstitutionnelles,
après la mort de quatre prisonniers
au terme d’une longue agonie.
Les cinq juges conservateurs,
contre les quatre progressistes, ont
estimé que les plaignants n’avaient
pas montré « un quelconque risque
substantiel de souffrances » en
cas du recours au midazolam, un
anxiolytique, pour exécuter un
condamné.
Lisant la décision de la majorité,
le juge Samuel Alito a estimé que
« les prisonniers n’avaient pas
identifié une méthode d’exécution
disponible et alternative qui impli-
que un moins grand risque de souf-
france ».
La haute Cour a, en conséquence,
jugé cette méthode d’exécution
conforme au 8e Amendement de la
Constitution qui interdit les souf-
frances « cruelles et inhabituelles ».
« En protégeant même ceux qui
ont commis les crimes les plus
odieux, le 8e Amendement réaf-
firme le devoir d’un gouvernement
à respecter la dignité de toutes les
personnes », a estimé la juge Sonia
Sotomayor, au nom des quatre
juges progressistes de la minorité.
« Aujourd’hui, cependant la Cour
donne l’absolution à l’Etat de
l’Oklahoma (...) et impose à un
condamné d’identifier lui-même un
moyen d’être exécuté », a-t-elle dit.
Les 31 Etats (sur 50) qui autorisent
la peine de mort souffrent d’une
pénurie d’anesthésiants, que les
fabricants européens refusent de
fournir à des fins d’exécutions.
Devantl’impasse,certainsEtatssont
revenus à d’anciennes méthodes
d’exécution: le peloton d’exécution
pour l’Utah, la chaise électrique
pour le Tennessee et l’inhalation
d’azote pour l’Oklahoma. D’autres
encore ont recours à des prépa-
rateurs en pharmacie non homo-
logués pour obtenir des produits et
continuer à exécuter.
D’autres ont suspendu leurs exécu-
tions, dans l’attente de la décision
de la Cour suprême. Dix Etats au
total n’exécutent plus pour divers-
es raisons tandis que 19 Etats ont
purement et simplement aboli la
peine de mort.
Stricto sensu, la question que se
posait la haute Cour portait sur la
constitutionnalité du midazolam,
un anxiolytique utilisé surtout
par l’Oklahoma et la Floride (sud-
est) avec l’intention de rendre
le condamné inconscient avant
l’administration du produit mortel.
La peine de mort est-elle
constitutionnelle?
Mais à l’audience le 29 avril, comme
en rendant la décision lundi, le
débat a porté sur l’injection létale,
approuvée il y a sept ans par cette
même Cour, et l’avenir de la peine
capitale aux Etats-Unis.
Deux juges progressistes ont estimé
lundi qu’il était temps de se poser
une question basique: « est-ce que
la peine de mort elle-même est con-
stitutionnelle? », a demandé le juge
Stephen Breyer.
Confirmant la polémique qui
entoure cette question, le juge
ultraconservateur Antonin Scalia
lui a rétorqué qu’ « à la différence
du mariage gay, la peine de mort
est approuvée par la Constitution ».
« La plus grande partie de
l’Amérique a tourné le dos à la
peine de mort, seule une poignée
de comtés persistent à mettre les
gens à mort, il est temps de mettre
fin à cette désastreuse expérience
de la peine capitale », a jugé la puis-
sante Union américaine de défense
des libertés.
Dale Baich, l’avocat des quatre
plaignants condamnés à mort,
a promis qu’ « en dépit du refus
de la Cour d’intervenir dans cette
question de fond, et en raison d’un
risque substantiel de souffrances,
la bataille judiciaire ne s’arrête
pas là ». « Nous continuerons à
œuvrer devant les tribunaux pour
(...) empêcher les exécutions prob-
lématiques à l’avenir », a souligné
l’avocat.
Le midazolam était en cause dans
plusieurs exécutions récentes
apparemment accompagnées de
souffrances.
Le 16 janvier 2014, dans l’Ohio
(nord), Dennis McGuire est mort
au bout de 26 minutes après avoir
visiblement suffoqué. Le 29 avril,
en Oklahoma, Clayton Lockett a
succombé au bout de 43 minutes
de râles et gémissements.
Le 23 juillet, Joseph Wood en Ari-
zona (sud-ouest) a péri 117 minutes
après l’injection, contre une dizaine
de minutes habituellement.
La Cour suprême donne son feu vert
à une méthode controversée d'exécution
Sources : afp
La Cour suprême, aux Etats-Unis. / Photo : SIPANY / SIPA
ÉTATS-UNIS
MARDI 30 JUIN 2015 N0
28 | 9
MONDE
L
e Conseil de sécurité des
Nations unies a prolongé d’un
an la mission de maintien de
la paix au Darfour, lundi, bien
que le gouvernement soudanais ait
demandé la fin de cette opération
visant à protéger les populations
civiles et à leur délivrer de l’aide
humanitaire. Une mission conjointe
de l’Onu et de l’Union africaine
(Unamid) est déployée depuis
2007 au Darfour, où un conflit
avait éclaté en 2003 entre les
forces gouvernementales et leurs
alliés et des rebelles majoritaire-
ment non arabes.
Khartoum a demandé l’an dernier
le départ de l’Unamid en raison
de la volonté de cette dernière
d’enquêter sur des accusations de
viols de masse dont se seraient
rendus coupables des soldats sou-
danais dans la ville de Tabit.
Mais les 15 membres du Conseil
de sécurité ont voté à l’unanimité
la poursuite de la mission pour
protéger les populations civiles.
« Ce n’est pas le moment de battre
en retraite. Le Soudan compte le
plus grand nombre de personnes
déplacées en Afrique. Et elles ont
davantage souffert en 2014 qu’au
cours de la décennie précédente
», a déclaré l’ambassadeur britan-
nique à l’Onu, Matthew Rycroft,
en commentant le vote.
Les Nations unies estiment à 2,5
millions le nombre de déplacés en
raison du conflit au Darfour, à 4,4
millions le nombre de personnes
qui ont besoin d’aide et à 300
000 le nombre de morts depuis le
début du conflit.
L'Onu prolonge d'un an sa mission au Darfour
Sources : Reuters
L'ex-ministre gaulliste Charles Pasqua,
88 ans, est décédéSOURCES : AFP
L
’ancien ministre Charles
Pasqua, 88 ans, pilier de la
famille gaulliste et parrain
politique de Jacques Chirac
et de Nicolas Sarkozy, est décédé ce
lundi, a-t-on appris de sources con-
cordantes.
Ancien ministre de l’Intérieur, ex-
sénateur des Hauts-de-Seine, il
avait mis un terme en 2011 à sa
carrière politique, marquée par
une part d’ombre liée à ses activi-
tés au sein de services d’ordre
parallèles, ses réseaux africains et
ses démêlés judiciaires. M. Pasqua
était apparu la dernière fois en
public le 30 mai pour le congrès
fondateur des Républicains.
M. Pasqua est décédé lundi à
l’hôpital Foch de Suresnes, a
précisé dans un communiqué le
président du Conseil départemen-
tal des Hauts-de-Seine, Patrick
Devedjian (Les Républicains) en
faisant part de la « profonde trist-
esse » de l’ensemble des élus du
département.
Cité dans près d’une dizaine
d’affaires (financement politique,
vente d’armes à l’Angola), il avait
été condamné définitivement en
2010 dans deux dossiers: à 18
mois de prison avec sursis pour
le financement illégal de sa cam-
pagne européenne de 1999, via
la vente du casino d’Annemasse
(Haute-Savoie), et à un an avec
sursis par la Cour de justice de la
République (CJR) dans l’affaire
des détournements de fonds au
préjudice de la Sofremi (exporta-
tion de matériel de sécurité).
Né le 18 avril 1927 à Grasse
(Alpes-Maritimes), Charles
Pasqua, petit-fils de berger corse,
s’était engagé à 16 ans dans la
résistance et, gaulliste convaincu,
il avait adhéré dès 1947 au Ras-
semblement du peuple français
(RPF). Il avait fait carrière dans
la société Pernod-Ricard.
Pièce maîtresse de l’équipe de
Jacques Chirac dans les années
80, M. Pasqua était devenu min-
istre de l’Intérieur en 1986-1988
dans le gouvernement Chirac.
Il avait à nouveau occupé cette
fonction avec rang de ministre
d’Etat en 1993-1995 dans le gou-
vernement d’Edouard Balladur,
qu’il avait d’ailleurs préféré à M.
Chirac lors de la présidentielle de
1995.
Pilier des Hauts-de-Seine, départe-
ment qu’il a présidé de 1973 à
1976 et de 1988 à 2004, ancien
député et ancien sénateur, il s’était
fait souffler la mairie de Neuilly-
sur-Seine en 1983 par un jeune et
ambitieux Nicolas Sarkozy, dont
il avait contribué à l’ascension et
dont il était redevenu proche par
la suite.
Il avait claqué la porte du RPR
en 1999 pour fonder et présider
un temps le Rassemblement pour
la France (RPF), parti souverain-
iste, à la tête duquel, associé avec
Philippe de Villiers, il avait fait un
meilleur score que la liste RPR-DL
de Nicolas Sarkozy.
L’ancien ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua. / Photo : bfmtv.com
Des soldats gambiens de la force de maintien de la paix de l’ONU au Darfour. / Photo :
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28 MARDI 30 JUIN 2015
ÉCONOMIE
Les classes moyennes en AfriquePar Pierre Jacquemot
La notion de classe moyenne en Afrique subsaharienne est difficile à saisir. Les critères d’identification et les
usages fluctuent, ce qui rend ses relations avec la croissance économique, la stabilité politique ou la démocratie
particulièrement mouvantes.
L
a notion est d’autant plus
fragile que l’importance du
secteur informel, le cumul
systématique des activités par
un même individu, la non-fiabilité
des répertoires professionnels étab-
lis par les États et le poids écrasant
de la pauvreté ne cessent d’en diluer
l’existence. Les interrogations sur les
classes moyennes permettent pour-
tant de cerner comment se constitue
de nouveaux groupes sociaux en
Afrique, singulièrement depuis une
décennie marquée par une crois-
sance économique soutenue dans la
majorité des pays. Parmi ces groupes
se retrouvent les populations en voie
d’«enrichissement », mais aussi un
ensemble d’individus qui émergent
juste de la précarité quotidienne
sans être pour autant à l’abri d’un
déclassement soudain. La meil-
leure connaissance du phénomène
réclame la réalisation d’enquêtes
systématiques comme celles pro-
posées par le projet « Classes moy-
ennes en Afrique », appuyé par le
ministère des Affaires étrangères
et européennes et l’AFD, une ten-
tative originale associant photog-
raphie, journalisme et recherche.
Dans le cadre de ce projet furent
menés des enquêtes et des report-
ages photos sur le terrain (Côte
d’Ivoire, Kenya, Maroc, Mozam-
bique et Sénégal), plusieurs expo-
sitions, l’édition d’un ouvrage
photographique (Joan Bardeletti,
Petite Prospérité, 2011) ainsi que
des travaux de recherche pilotés
par Dominique Darbon au centre
de recherche « Les Afriques dans le
monde » (LAM) de Bordeaux.
Acculturation, perte des
valeurs de solidarité
Ce dossier d’Afrique contemporaine
prolonge ce travail en proposant de
nouvelles synthèses et les résultats
de travaux complémentaires. Les
deux premiers articles (Pierre
Jacquemot et Dominique Darbon)
tentent de circonscrire le concept.
Le premier propose un état des lieux
sur les repérages par les revenus et
les comportements. Le phénomène
est d’envergure, il accompagne la
baisse du taux relatif de pauvreté
(mais pas le nombre absolu de
pauvres). Un cercle vertueux
peut-il s’enclencher avec le double
phénomène, classes moyennes et
urbanisation ? D’aucuns le pensent
: les consommateurs seront
plus nombreux et les marchés
gagneront en taille, la construction
immobilière connaîtra un boom,
comme la bancarisation de
l’économie. D’autres pensent que
de plus en plus individualistes
et consuméristes, les classes
moyennes pourraient être une
source. Au plan politique, l’inter-
rogation est totale : les groupes
émergents mieux éduqués
poussent-ils à l’évolution des
institutions démocratiques ou
bien sombrent-ils dans une «
apathie » politique ? L’article de
Dominique Darbon, le meilleur
spécialiste français du sujet,
analyse une littérature de plus
en plus abondante, consacrée
aux classes moyennes. Il montre
que si cette catégorie est loin
d’être parfaitement construite,
il s’agit d’un objet de recherche
fondamental parce qu’il permet de
dévoiler des dynamiques sociales
nouvelles qui agissent aussi bien
sur l’économie que sur le politique.
Il transforme aussi la manière
de penser le développement, les
politiques économiques et l’aide
accordée au continent. Du fait
de leur hétérogénéité, les divers
groupes intermédiaires s’affirment
plutôt par défaut, entre « ni
vraiment pauvre, ni vraiment riche
». Cet écartèlement de la classe
moyenne se retrouve au Kenya,
l’une des plus importantes et des
plus anciennes de l’Afrique au sud
du Sahara.
Vers des actions collectives
Sa culture matérielle étudiée par
Hervé Maupeu permet de dresser
les contours d’une citoyenneté
et de cerner son positionnement
dans la vie politique ainsi que
la nature de ses revendications.
Fortement marquée par les
épisodes électoraux et le débat
constitutionnel récent, elle n’attend
pas de l’État qu’il délivre des
services publics, mais seulement
qu’il garantisse un environnement
juridique propice à la gestion des
risques liés à la propriété et surtout
des risques sociaux. À partir du
cas des célèbres Nana Benz du
Togo, Comi Toulabor s’interroge
sur la manière avec laquelle les
frustrations sociales prennent
une expression politique. Les
différentes ressources mobilisées
dans l’action collective (mode
d’organisation, démocratie interne,
rapport des leaders au pouvoir,
politisation de la base) permettent
de comprendre pourquoi des
frustrations réelles peuvent
déboucher ou non sur des actions
collectives. De manière singulière
en Afrique où les programmes
d’ajustement des années 1990
ont sensiblement réduit son
envergure, l’État au Gabon tend
quant à lui à demeurer une « valeur
refuge » pour ceux qui désirent
obtenir un statut social valorisé et
des revenus stables. Pour Mélanie
Soiron Fallut, l’entrée dans la
fonction publique est dans ce pays
à rente pétrolière le seul moyen
d’éviter la pauvreté, d’avoir une
situation stable, et de lier entre-
elles plusieurs activités. Au-delà du
prestige, une position de pouvoir
dans le cadre familial, villageois ou
urbain, peut en découler. « Quand
le peuple peut abandonner les
travaux manuels pénibles, il entre
presque dans la petite prospérité
», peut-on lire dans le Shijing
(le canon de la poésie classique
confucéen). La notion chinoise de
« petite prospérité », qui évoque un
groupe social qui peut désormais
« souffler un peu et ne plus suer
sang et eau pour survivre », fournit
l’intuition la plus pertinente
de la notion de petite classe
moyenne en lui conférant une
certaine homogénéité. Elle met
en évidence, à partir des positions
occupées sur les marchés du
travail et de la consommation, les
processus d’identification sociale
et les évolutions économiques.
Les stratégies d’entrée dans la
« petite prospérité » identifiées
dans trois villes du Cameroun
(Yaoundé, Douala, Buéa) par
Cindy Morillas sont centrées
sur la constitution d’un fonds
permettent à des individus « entre-
prenants» de financer leurs études
et le lancement d’une activité
économique.
Pratiques de consommation
Dans son enquête menée à Niamey
auprès d’une quarantaine de
ménages susceptibles de constituer
une « classe moyenne locale »,
Clélie Nallet met quant à elle en
évidence les stratégies que trois
groupes relativement distincts
mettent en place afin d’accéder
à des situations de « petite
prospérité » et la représentation
qu’ils se donnent de leur statut
social : les jeunes stratèges, les
commerçants « plaise à Dieu » et
les femmes au revenu « argent de
poche ». Léa Barreau-Tran analyse
les trajectoires de vie de cinq
mukheristas – micro-importatrices
informelles – du Mozambique.
Ces femmes ont toutes connu une
évolution économique significative
par rapport à leur milieu social
d’origine. Mais quelle est l’influence
de l’autonomie économique
ainsi acquise sur leur capacité
de négociation et de redéfinition
des rapports de genre dans leurs
vies professionnelles et privées ?
En Afrique du Sud, les mesures
post-apartheid du Black Economic
Empowerment ont bouleversé
le paysage social. Mais si le
recrutement préférentiel de cadres
noirs a permis l’apparition d’une
classe moyenne dite des « diamants
noirs », il s’agit de seulement trois
millions de personnes, gagnant
un salaire mensuel de plus de
six mille rands (six cents euros),
qui ne représentent que 7,5 % de
la communauté noire. Dans une
très grande majorité, les Noirs
d’Afrique du Sud continuent de
vivre sous le seuil de pauvreté et
ne bénéficient pas des services de
base comme l’eau et l’électricité.
Le cas de la lower middle class
noire de Soweto (Johannesbourg)
est particulièrement intéressant.
L’enquête d’Élodie Escusa porte sur
ses pratiques de consommation,
en lien avec les institutions
informelles de socialisation ou
de solidarité communautaire qui
les entourent. Malgré le grand
élan vers la consommation de
masse des groceries, les traditions
communautaires restent ancrées
et les frontières sont visibles
entre des groupes encore définis
en termes raciaux. La géographie
spatiale unique de Johannesbourg
continue de structurer racialement
les quartiers et donc les pratiques
et les discours de ses habitants.,
Comme il sied pour appréhender
une matière aussi malléable et
qui échappe à la catégorisation
formelle, la méthode adoptée
dans ce dossier est celle de la
pluralité des approches et des
lieux d’observation.
Des enquêtes dont les résultats sont
présentés dans ce dossier semblent
percer des traits communs aux
classes moyennes : immersion
directe dans l’urbain, polyactivités,
inscription dans le jeu des
inégalités sociales, consumérisme
croissant mais parfois frustrant,
émancipation vis-à-vis des
solidarités traditionnelles, relative
apathie politique… S’il fallait
encore s’en convaincre, l’Afrique
demeure un laboratoire privilégié
pour l’analyse des mutations
sociales contemporaines.
REVENUSETCONSOMMATION
« Quand le peuple peut abandonner les travaux manuels pénibles, il entre
presque dans la petite prospérité ». / Photo: © actuphoto
MARDI 30 JUIN 2015 N0
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ÉCONOMIE
Introduire les producteurs locaux
dans la chaîne des fournisseursSource : Pro-Poor Tourism Partnership
TOURISMEDURABLE
Q
uel est le potentiel d’achat,
par exemple, pour les tissus
d’ameublement (utilisés
dans la fabrication d’articles
d’artisanat, sets de table, bougies),
les fournitures d’habillement (par
exemple les uniformes, le linge de
maison), les articles mis à la disposi-
tion des clients (tels le papier recy-
clé, les savons faits main), ou pour
les services (commandes de fleurs,
excursions et sorties) ou encore les
produits alimentaires locaux ?
Comprendre les défis
Les opportunités de se procurer,
du fait que la qualité, la quantité
ou l’irrégularité des stocks de
marchandises locales et des ser-
vices disponibles sur place sont
souvent mal exploitées et laissent
souvent à désirer. Les producteurs
locaux sont souvent mal rensei-
gnés sur les règles strictes applica-
bles aux marchandises destinées
aux hôtels en ce qui concerne les
normes de santé et de sécurité
et ne savent pas trop non plus
comment donner satisfaction aux
touristes et arriver à produire la
qualité recherchée.
Souvent, les petits producteurs
n’ont aucun accès à des facili-
tés de crédit - seul moyen pour
eux d’investir en vue d’améliorer
leur production et de trouver des
débouchés dans le secteur touris-
tique – à moins qu’ils aient déjà
des contrats en mains, qu’ils peu-
vent montrer à leurs banques.
Les talents créateurs, par ailleurs
se perdent très vite, lorsque les
importations d’objets d’artisanat
bon marché font perdre sa valeur
à l’artisanat local. Les gérants
d’hôtels et les responsables des
achats et fournitures ont pris
l’habitude de dépendre de fournis-
seurs avec lesquels ils traitent
depuis longtemps, aussi sont-
ils rarement disposés à changer
pour s’adresser à des fournisseurs
locaux. En général, les hôteliers
règlent leurs factures de marchan-
dises reçues dans les 30 à 90 jours
après la date de livraison. Les pro-
ducteurs locaux ne peuvent pas
opérer de cette façon, vu qu’ils
n’ont pas de capital de travail.
En conséquence, ils ne peuvent
pas traiter avec les hôtels. Certes,
les producteurs locaux ont des
marchandises à offrir et les hôte-
liers voudraient bien les acheter,
mais il n’y a pas entre eux de
« marché » établi qui pourrait
leur permettre d’entrer en rela-
tions, ou faire qu’ils partagent les
informations courantes, négocient
les contrats et les délais de livrai-
son. La fréquence de production
des produits saisonniers ne coïn-
cide pas toujours avec la saison
touristique. Dans certains pays,
des modifications de la politique
gouvernementale seraient néces-
saires pour inciter les agriculteurs
à promouvoir le développement
des liens entres les maillons de
l’économie locale et à tirer le max-
imum de revenus de l’industrie
touristique.
Quelles opportunités à
envisager
Pour les hôteliers qui veulent
bien s’approvisionner auprès des
fournisseurs locaux, les opportu-
nités ainsi créées sont les suiv-
antes :
• Utiliser des produits distinc-
tifs, qui peuvent donner à chaque
hôtel un cachet particulier et en
même temps faire connaître les
produits du pays.
• Offrir un plus grand choix
d’activités locales, ce qui pour-
rait motiver le client à rester plus
longtemps et même, par la suite,
à réserver pour des séjours plus
longs.
• Réaliser une économie, si le coût
des marchandises locales et des
services offerts sur place s’avère
moins élevé.
• Créer un réseau de collaboration
locale.Pourlespetitsentrepreneurs
et les microsociétés commerciales,
la possibilité de vendre leurs
produits aux hôtels servirait à leur
ouvrir des débouchés inespérés et
leur offrirait même l’opportunité
d’augmenter leur production tout
en améliorant la qualité, la gamme
et la commercialisation de ces
produits.
Le projet dit « Code des
Recommandations », que prépare
la Federation of Tour Operators
(voyagistes) du Royaume-
Uni, favorise les hôtels qui
s’approvisionnent sur place
en produits indigènes à l’île et
achetés aux petits agriculteurs
locaux, plutôt qu’aux grossistes
ou aux grandes surfaces.
Quelles solutions peut-on
proposer?
Recommandations d’ordre pra-
tique. Il conviendrait que les
HOTELIERS veuillent bien :
- Changer leur mode de règlement
: les factures des petits entre-
preneurs doivent être payées au
comptant, à la livraison ou dans
la quinzaine qui suit, autrement il
leur est impossible d’opérer.
- Faire preuve d’imagination :
plutôt que de revenir toujours
aux mêmes fournisseurs lorsqu’il
faut, par exemple, commander de
nouveaux uniformes, se demander
si on pourrait les faire réaliser
par une couturière locale, d’après
une création de mode locale
aussi. Lors de rénovations ou de
l’agrandissement des bâtiments,
voir si l’on peut inclure dans la
décoration des sculptures ou
objets d’art locaux.
- Modifier les conditions des
contrats : l’idée serait de passer
davantage de mini-contrats, à une
échelle qui soit plus à la portée
des petits producteurs locaux,
de façon à étaler les bénéfices et
aussi les risques.
- Désigner un arbitre qui devra
identifier et guider les nouveaux
fournisseurs et, après quelque
temps s’assurer qu’ils font bien
partie intégrante des opérations
journalières et de la chaîne des
fournisseurs réguliers.
- Établir un ordre de priorité pour
les produits locaux à introduire
dans la chaîne des fournitures
à acheter sur place, en utilisant
une stratégie de principe et une
certaine connaissance de ce type
de marché, sans oublier les consi-
dérations pratiques tels : prix de
revient, et la possibilité de réaliser
un bénéfice rapide, etc.
Des AGENTS INTERMEDIAIRES
pourraient apporter leur soutien
aux hôteliers et les aider à trouver
des fournisseurs sur place en :
Recherchant les spécialités et les
produits existant déjà sur place
et en essayant de leur trouver
une utilisation dans le contexte
de l’hôtellerie locale.
Stimulant la communication entre
les hôteliers, les entrepreneurs
locaux et les agents intermédiaires
responsables de ces marchés. En
créant un environnement qui soit
propice à l’échange des informa-
tions et des expériences faites.
En multipliant les occasions de
promouvoir les bonnes relations
par le moyen de mécanismes tels
la publication d’une lettre circu-
laire mensuelle, des réunions, des
programmes de radio, des sites
internet etc.
Apportant son soutien aux petits
entrepreneurs qui sont disposés
à améliorer leur production, leur
planning commercial et la qualité
de leurs produits (par exemple
pour satisfaire les exigences des
clients, respecter les normes
de santé et de sécurité, ou pour
tout autre impératif ayant trait
à la règlementation en vigueur,
les préférences des touristes,
les demandes saisonnières ou
autres). Les conseils pratiques
ainsi donnés peuvent concerner
des opérations de base telles, par
exemple, la façon de préparer une
facture ou d’effectuer le contrôle
des stocks.
Donner son soutien aux systèmes
de crédit qui permettent aux
petits entrepreneurs d’investir,
forts d’une garantie de marché
du secteur hôtelier. Encourager
les institutions financières à
faire preuve de sens innovateur
et à émuler les investissements
des petits commerçants ruraux.
Faire la promotion des produits
agricoles et de l’industrie légère
émanant des communautés
locales et destinés au commerce
des hôtels et des touristes, tels
petits cadeaux ou souvenirs.
Encourager les études innova-
trices et collatérales d’agences
financières bien disposées envers
les investissements en faveur de
l’industrie locale, en particulier
dans le secteur rural.
Comment convaincre les hôteliers et autres fournisseurs de produits touristiques qu’ils doivent acheter davantage de
produits locaux et utiliser les services offerts sur place ?
Un plus grand choix d’activités locales motive le client à rester plus longtemps
et même, par la suite, à réserver pour des séjours plus longs / www.
restauration21.fr
12 | N0
28 MARDI 30 JUIN 2015
ÉCONOMIE
La Grèce cherche à sauver ses banques,
en les fermant provisoirement
Source : AFP
Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a tiré les conséquences dimanche soir de l’émoi provoqué par son annonce
de référendum, en annonçant, sans surprise après un week-end de grande inquiétude en Grèce, un contrôle des
capitaux et une fermeture provisoire des banques.
Les Européens lancent la bataille pour le "oui"
Sources : combinées
RÉFÉRENDUMGREC
A six jours d’un référendum à haut risque, les Européens ont lancé lundi la bataille du“oui”, tentant de convaincre
les Grecs de ne pas tourner le dos à l’euro au moment où le pays, au bord du gouffre financier, a dû fermer ses
banques.
I
l n’a pas précisé la durée de ces
mesuresradicales,maislesmédias
grecs tablaient sur leur maintien
au moins jusqu’au référendum du
5 juillet. La Bourse d’Athènes devait
aussi rester fermée, au moins lundi,
selon une source proche du dossier. ?
M. Tsipras est apparu dimanche
soir à la télévision pour expli-
quer que le refus de l’Eurogroupe
(les ministres des Finances de la
zone euro), samedi, de prolonger
le programme d’assistance à son
pays au-delà du 30 juin “a con-
duit la BCE à ne pas augmenter la
liquidité des banques grecques et
a contraint la Banque de Grèce à
activer les mesures de fermeture
provisoire des banques et de limi-
tation des retraits bancaires”.
Le Premier ministre, omettant
de citer parmi les causes de cet
émoi sa soudaine annonce, dans
la nuit de vendredi à samedi, d’un
référendum a assuré d’un ton
ferme que “les dépôts des citoyens
dans les banques grecques sont
absolument garantis”, tout comme
le versement des salaires et des
retraites, et il a invité la popula-
tion au sang-froid.
Alexis Tsipras a également dit
avoir reformulé dimanche auprès
de l’UE et de la BCE la demande
de la Grèce d’une prolongation
du programme d’aide dont elle
bénéficie. Cette fois, la requête
a été adressée au “président du
Conseil européen et aux 18 dirige-
ants des Etats membres de la zone
euro, ainsi qu’aux présidents de
la BCE, de la Commission et du
Parlement européen. “J’attends
leur réponse immédiate à cette
requête démocratique de base”,
a-t-il ajouté dans son allocution
télévisée. “Ce sont les seuls qui
peuvent le plus rapidement pos-
sible, et même ce soir, renverser
la décision de l’Eurogroupe et
donner la possibilité à la BCE de
rétablir le flux des liquidités des
banques”, a-t-il déclaré.
Signaux positifs des
créanciers
La mise en place d’un contrôle des
capitaux avait été redoutée tout
le week-end, et les distributeurs
de billets grecs ont été mis à sec.
“J’ai essayé plusieurs machines,
cinq, six, huit, dix...”, a dit à l’AFP
Voula, excédée. “Je suis inquiète,
triste et en colère contre le gou-
vernement. Je le déteste !”. Hors
de Grèce également, la préoccu-
pation du +cash+ se faisait plus
pressante. Plusieurs pays, dont
l’Allemagne, ont encouragé leurs
ressortissants qui se rendent en
Grèce pour les vacances à partir
avec beaucoup d’argent liquide.
Cependant, les créanciers ont
envoyé dimanche des signaux
positifs, D’abord, la Banque cen-
trale européenne, qui a donné un
répit à la Grèce en maintenant
intact le plafond de fourniture de
liquidités d’urgence aux banques
grecques, alors qu’on craignait
qu’elle leur coupe les vivres.
Le Commissaire européen Pierre
Moscovici a aussi répété sur Twit-
ter le mantra de la Commission
: “la porte est toujours ouverte”
pour négocier. Son patron Jean-
Claude Juncker a, quant à lui,
tweeté le texte de la proposition
des créanciers “pour l’information
du peuple grec”, laissant enten-
dre en creux que, si les électeurs
approuvent ces propositions, il
sera encore temps de s’entendre.
M. Juncker doit donner pro-
chainement une conférence de
presse très attendue.
Le Premier ministre français
Manuel Valls a exhorté les Grecs
à “revenir à la table des négocia-
tions” et appelé à “tout faire” pour
que la Grèce reste dans l’euro.
Quant au FMI, il a fait savoir qu’il
restait prêt à “apporter son aide”.
Mais les marchés financiers, sou-
vent prompts à des réactions très
volatiles, risquent de mal prendre
ces nouveaux rebondissements et
la journée de lundi pourrait être
mouvementée.
“Si vous me demandez si (les
marchés) sont prêts à ce qui est
en train de se passer en Grèce,
je vous réponds que non : ils ne
prévoient, dans leurs évaluations,
aucun risque”, a déclaré dans un
entretien avec La Stampa publié
dimanche l’économiste de l’OCDE
(Organisation de coopération et
de développement économiques)
Catherine Mann. L’annonce du
contrôle des capitaux n’a pas
assommé les Grecs, qui s’y atten-
daient. Yiannis Grivas, ensei-
gnant, qui avait pris la précaution
de retirer son salaire de 940 euros
vendredi “n’avait pas peur d’un
contrôle des capitaux”, car “il ne
retire jamais plus de 50 euros par
jour...”.
Les mesures précises que va pren-
dre la Grèce devaient être rendues
publiques dans la nuit.
Selon les premières rumeurs, les
retraits seraient limités à 60 euros
par personne.
“
Un +non+ voudrait dire (...) que
la Grèce dit +non+ à l’Europe”,
a lancé à Bruxelles le président
de la Commission européenne,
Jean-Claude Juncker, critiquant très
vivement le gouvernement de gauche
radicale d’Alexis Tsipras et se disant
“trahi” par la Grèce. “Je demand-
erai aux Grecs de voter oui”, a-t-il
dit, “parce que les Grecs fiers d’eux-
mêmes et de leur pays doivent dire
oui à l’Europe”.
Comme lui, après la rupture
brutale des négociations entre
Athènes et ses créanciers, plus-
ieurs dirigeants européens, dont
la chancelière allemande, Angela
Merkel, et le président français,
François Hollande, ont fait le pari
du “oui”, liant le résultat du vote
de dimanche au maintien ou non
de la Grèce dans la zone euro.
Car depuis samedi, la crise qui
oppose le gouvernement grec à ses
créanciers, Union européenne et
Fonds monétaire international, a
pris une tournure dramatique et
inédite dans l’histoire de l’union
monétaire. Réagissant à l’annonce
surprise par Alexis Tsipras d’un
référendum le 5 juillet sur le plan
d’aide financière proposé par les
créanciers en échange d’une série
de réformes, la zone euro a décidé
de ne pas prolonger l’assistance à
Athènes, rendant la Grèce respon-
sable de la rupture des négocia-
tions.
Le pays, dont les caisses sont
vides, risque dès lors le défaut
de paiement puisqu’il doit rem-
bourser avant mardi soir quelque
1,5 milliard d’euros au FMI. Au-
delà, se profile le scénario noir
d’une possible sortie de la zone
euro, le “Grexit” redouté par toute
l’Europe. Pour préserver le pays
d’un effondrement bancaire, le
gouvernement grec a décidé de
verrouiller le secteur financier
et mis en place un contrôle des
capitaux.
Les banques resteront fermées
jusqu’au 7 juillet, une décision qui
a déstabilisé les Bourses mondia-
les sans toutefois les faire pani-
quer. Paris a terminé la séance
en baisse de 3,74%, Francfort a
perdu 3,56% et Londres 1,97%.
A New York, Wall Street a ouvert
en baisse, le Dow Jones perdant
0,41%. La Bourse d’Athènes s’est
mise à l’abri des secousses en fer-
mant pour une semaine.
Euro contre drachme
Alors que le gouvernement grec,
refusant de soumettre le pays
à une austérité accrue, a rejeté
les propositions de réformes des
créanciers, en particulier sur la
TVA et les retraites, le référendum
prend le caractère d’une consulta-
tion sur le maintien ou non dans
la zone euro, bien qu’Athènes
réfute cette interprétation. Malgré
l’échec des négociations, les
portes ne semblaient pas défini-
tivement fermées lundi. Dans
une conversation téléphonique,
François Hollande et le président
américain, Barack Obama, sont
tombés d’accord “pour favoriser
une reprise des discussions” sur
la crise grecque.
Angela Merkel s´est dite aussi
prête à de nouvelles négociations
avec la Grèce “après le référen-
dum”. “Je continue de répéter
que, de notre côté, la porte est
encore ouverte”, a lancé le pré-
sident de l’Eurogroupe, Jeroen
Dijsselbloem, affirmant qu’il était
encore “concevable” d’éviter
un “Grexit”. “Si l’euro échoue,
l’Europe échoue”, a mis en garde
Angela Merkel.
Et pour le chef du gouverne-
ment italien, Matteo Renzi, “le
référendum grec ne sera pas un
derby Commission européenne
contre Tsipras, mais euro contre
drachme. C’est ça le choix”.
MARDI 30 JUIN 2015 N0
28 | 13
L
’éducation scolaire en Haïti
contribue à la fabrication des
filles et des garçons. Les pre-
mières sont perçues comme
des proies, tandis que les seconds
sont les Don Juan qui pensent affirm-
er leur masculinité et leur virilité dans
leur rôle de conquérants. Le harceleur
croit toujours qu’il joue un rôle sexuel
que lui a conféré la culture, tandis que
la personne harcelée pense qu’elle
attire et plait sans imaginer que le
geste et le propos qui lui paraissent
souvent plaisants et amicaux peuvent
être objet de sanctions pénales si on
légifère sur l’acte comme une agres-
sion.
Les bureaux, les lieux publics
sont les scènes de la production
de l’acte. Le harcèlement est
perçu comme étant des gestes à
être intégré dans les catégories
des rôles sexuels. Au fait, dans
les représentations sociales
des rapports homme/femme, la
femme est vue comme un objet de
conquête, tandis que l’homme joue
le rôle de conquérant. Donc, l’acte
d’agression, en faisant abstraction
des définitions des organismes
nationaux et internationaux qui
réfléchissent sur la violence liée
au genre, correspond à un rôle
sexuel auquel la tradition confère
une sorte de légitimité. Cette
légitimité résulterait des valeurs de
la représentation des rôles sexuels
de la socialisation des membres
de la société. Ainsi, pouvons-nous
observer, quand l’acte se produit,
un triple silence
a) le silence de la victime qui se
perçoit comme une proie ou cible
b) le silence du coupable qui pense
jouer un rôle sexuel qui lui est
conféré par la culture
c) le silence du législateur qui ne
crée aucune loi sur cette violence
Ces trois silences nous invitent à
l’étude du concept de représenta-
tion collective à l’instar du socio-
logue Emile Durkheim. Ce concept
étant un indicateur qui doit per-
mettre de comprendre le fait social
comme la manifestation de la cul-
ture des individus dans une socié-
té. En effet, selon Durkheim, les
représentations collectives sont le
corps de représentations qui expri-
ment la façon dont les individus se
pensent dans les rapports sociaux
qui les affectent.
Infuses avec l’expérience collective,
elles donnent aux choses leur valeur
et leur signification. Elles sont donc
les dépôts et les transmetteurs de
l’expérience collective et ainsi
incarnent et expriment la réalité
de l’existence d’une société.
La théorie durkheimienne nous
invite à penser que les représenta-
tions collectives peuvent légitimer
l’acte d’harcèlement et nous fait
découvrir le relativisme des sanc-
tions, des lois dans une autre aire
culturelle. Certes, cela ne signifie
pas que l’acte est légal ou illégal.
Mais, cela démontre que dans
la conscience collective, le har-
cèlement peut ou non renvoyer
à la normalité ou la tendance à
l’approbation.
C’est un point de vue qui apporte
un éclairage sur la vie collective,
régie par un ensemble de normes
et de valeurs qui sont relativement
partagées par les individus du
macrocosme social. Aussi, ce que les
féministes définissent comme une
agression sexuelle (le harcèlement
sexuel) peut être culturellement
admis comme la norme des rapports
sociaux de sexe dans la société.
Et les silences qui en résultent
doivent être inscrits aussi, pour en
avoir une bonne compréhension,
dans cette perspective sociologique.
Avant tout moralisme, essayons
de comprendre ce que les acteurs
pensent eux-mêmes des faits dans
lesquels ils sont impliqués. A
l’instar de Jacques Philippe Lehens
qui croit que nous sommes tous des
psychologues, nous pouvons penser
que nous sommes aussi tous des
sociologues.
14 | N0
28 MARDI 30 JUIN 2015
SOCIÉTÉ
Harcèlement sexuel : représentations
collectives et silencespar CHERISCLER Evens Boukman
De toutes les violences liées au genre, le harcèlement demeure un fait social non identifié comme tel par les gens
qui en sont victimes. En effet, ceux-ci ne tiennent pas compte qu’ils sont harcelés dans les rues, les bureaux, et les
lieux publics. Pour certains, l’acte n’implique aucune culpabilité chez l’auteur et est perçu comme un jeu amical et
plaisant. D’un autre côté, le harceleur croit affirmer, lorsqu’il s’agit d’un sexe masculin, sa masculinité et sa virilité.
Et à certains égards, les victimes jouent le rôle de complice des agresseurs. Ce qui confère au comportement de
ceux-ci une sorte de légitimité. Face à ce constat d’ignorance, les organismes féministes œuvrent à faire prendre
conscience aux victimes du caractère répréhensif de l’acte qui porte atteinte à la dignité physique et morale des
victimes nombreuses.
Harcèlement sexuel. / Photo : femmeactuelle.fr
HAÏTISOCIÉTÉ/DROITSHUMAINS
MARDI 30 JUIN 2015 N0
28 | 15
SOCIÉTÉ
Institution Sainte
Elisabeth, vingt ans
d'excellence
par Walter Cameau
L
’institution Sainte Elisabeth
qui s’est établie à Delmas
depuis octobre 1994, a fêté
ses 20 ans d’existence avec ses
anciens, nouveaux professeurs, élèves
et parents.
Le vendredi 26 juin, après la fer-
meture des classes, les élèves, les
professeurs et quelques parents se
donnaient rendez-vous pour célé-
brer l’anniversaire de l’école. Celle-
ci a pris naissance à un moment
difficile marqué par l’embargo et
l’intervention militaire américaine.
L’école qui a comme emblème : le
« Flamboyant », un arbre de chez
nous, a été fondée par monsieur et
Madame Gabriel Cantave avec une
seule salle de classe et deux élèves.
Ils se souviennent encore de l’un
deux : l’ingénieur Jeff Louis.
« Nous avons choisi le flamboyant
parce que c’est un arbre qui flam-
boie…, nous voulons que nos élèves
soient fiers de leur appartenance à
l’alma mater partout où ils se trou-
veraient ; qu’ils soient des Haïtiens
aptes à développer leur potentiel »,
précise madame Anne Cary Pérault
Cantave, la directrice.
Le dimanche 28 juin, nous l’avons
rencontrée, elle était très joyeuse
en regardant monde, le spectacle
offert par les anciens à l’occasion
de ces vingt ans de son institution.
L’institution Sainte Elisabeth est
une école maternelle et fondamen-
tale mixte. « Cela fait longtemps
que mon mari et moi travaillions à
l’édification de l’école. Nous avons
eu deux élèves et une seule pièce au
rez- de- chaussée, mais nous étions
certains que nous allions fonder
une grande école fondamentale et
maternelle. C’était notre vision.
Après vingt (20) ans nous pouvons
dire que nous en sommes fiers»,
déclare madame Cantave.
Elle voulait, nous dit-elle, avec
l’aide de son mari, participer
à l’éducation des jeunes qui,
d’après elle, devrait être, comme
une baguette magique, capable de
changer les choses, les êtres, voire
la société.
Pour cette famille, l’éducation est
la clef. Il ne s’agit pas seulement
d’apprendre à lire et à écrire aux
enfants, mais faire d’eux des gens
responsables, utiles à la commu-
nauté, explique-t-elle.
Le staff de la direction de l’école
et tous les professeurs n’ont pas
travaillé en vain, parce qu’en regar-
dant cette fête organisée par les
anciens le dimanche 28 juin, on
pouvait voir la joie, le bonheur sur
tous les visages. Ils échangeaient,
ils s’embrassaient et se rappelaient
les beaux jours et les beaux souve-
nirs.
Des parchemins et décorations ont
été remis à ceux ou à celles qui
se sont signalés durant toutes ces
années de bonne collaboration.
Nos anciens élèves n’hésitent pas
à confier leurs enfants à leur ancien
établissement parce qu’ils sont cer-
tains de la formation qu’ils vont
recevoir.
En ce qui a trait au recrutement
des professeurs, madame Cantave
tient à préciser qu’elle ne reçoit
que des normaliens qui bénéficient
d’une formation continue pour la
bonne marche de l’école « parce
que, sortir des sentiers battus, ce
n’est pas facile », estime madame
Cantave. Elle a tout réalisé de ses
propres moyens sans la moindre
subvention de l’État.
Elle se dit prête à célébrer vingt
autres années de son école,
bien entendu avec Amina-kay, sa
fille qui se prépare déjà à prendre
la relève.
A
ujourd’hui, on est si accoutumé aux feuilletons télévisés, aux
romans-photos et aux vidéos, que l’amour a fini par perdre son
vrai sens. Ce que l’on voit dans les magazines, les feuilletons, les
films, invite à réfléchir. Comment les femmes aimaient-elles dans
le temps ? Voilà une question qui réclame l’attention.
Elles ont connu l’amour réel : rencontrer un homme, un soir. Craquer
pour son style et sa tenue vestimentaire bien sûr. « Wouyyy » ! quelle
élégance ! La femme pouvait parler en ces termes : « J’ai passé toute
une soirée à rêver de cet homme-là que j’ai vu aux cheveux propres,
aux yeux tendres, qui portait des bretelles attachées à son pantalon
« patte Fanfan ». Ce n’était pas un « bredjenn » s’il vous plait ! Bâton en
main, souliers de cuir « ti ban » bien cirés qui martelaient le sol d’un
« toc toc » sonore. C’était un gentilhomme qui saluait tout le monde.
Finalement on a eu notre première rencontre, sous le toit de ma
maison en compagnie de mon père et de ma mère. Je portais une robe
longue, des chaussures effilées, un jupon noir que je devais porter à
chaque tenue, peu importait l’épaisseur du tissu. C’est vraiment une
rencontre familiale. Mon papa ne faisait que poser des questions et
je n’ai pas eu le droit de donner mon point de vue lors même qu’il
s’agissait de moi. Un principe était établi, le dernier dimanche de
chaque mois devait être consacré à des débats relatifs à notre avenir.
Bien qu’il se trouvât à cent pas de ma maison, il m’envoyait tous les
soirs une lettre de sept pages, par le biais de son petit frère. Une lettre
que je ne cessais de lire et relire, qui comportait de belles phrases à
me faire tressaillir. « Emmène-moi où tu veux mon amour. Je ne peux
pas rester sans toi. Mes sentiments pour toi et mon chagrin n’ont pas
de limites. Ton absence me fait du tort et je me sens bien dans tes
lignes. Mon amour, envoie moi un memo », tous les jours, avant 9h du
matin, j’envoyais mes mots…… C’était notre façon d’aimer. L’amour et
l’affection n’étaient pas les seules bases de notre relation. Des valeurs
telles : loyauté et confiance étaient au rendez-vous et chacun de
nous cherchait, au mieux, à maintenir la relation et à faire honneur
à sa famille.
Aujourd’hui, nous partons à la recherche de l’amour en vedette, comme
un petit bateau à moteur qu’un enfant de cinq ans mettrait en marche
pour rire ou s’amuser. On déclare nos sentiments à un homme pour
faire des fans sur Twitter, Facebook et WhatsApp. Les rendez-vous
amoureux commencent par un message en français que personne ne
peut décrypter, hormis les amoureux… « G T3’M, G (-)anvi t’anbrase…
a C Swa o Kwen 2 la ri », Dans les soirées, tout le monde sort avec tout
le monde. Et c’est socialement très bien vu par tous… Les plus jeunes
disent à leurs mamans…. OOOO la fille de Claude rentre à 10h et tu
me demandes d’être à la maison à 6 heures, tu es folle ma chère. Se
taper des mecs ou des gonzesses par dizaine est une affaire de fanm
ki pa ret ak fanm, ou de bon flannè…. Le jeu de la séduction est jeté
aux oubliettes. L’alcool et le « san fouk » font une grande partie du
travail. L’histoire et la romance ne durent qu’une soirée, car il n’est
pas question de se prendre la tête. On pourra même taxer un homme
après une relation sexuelle. C’est tellement courant. Ma génération
se laissant emporter par les feuilletons télévisés, pense que l’amour
est une simple virgule dans une phrase alors qu’une virgule apporte
beaucoup de sens à une phrase. Pourquoi ils n’ont pas pris l’amour du
bon côté, une virgule qui apporte du sens à la vie, qui fait rêver, même
en route pour l’école, à la salle de bain, à la cuisine, au supermarché.
Voir cet homme si intelligent me fait fantasmer et malgré tout, il
attend, avec beaucoup de patience, le jour où il découvrira le pays
natal. Une porte avec serrure coincée, n’est pas un atout de nos jours.
L’amour ce n’est pas des chaines de fourmis que l’on forme pour
tracter des milles pattes, c’est bien différent. L’on ne peut pas séduire
dix personnes à la fois, l’on ne peut pas construire une chaine avec
ce qu’on a comme sentiment. Pourquoi ? Parce que ce qui nous lie à
l’autre est inexplicable. Aimer vraiment, c’est aller vers quelqu’un, non
pas seulement pour son image (sa beauté, sa ressemblance avec un tel),
ni pour ce qu’il symbolise (un père, une mère, le pouvoir, l’argent), mais
pour son secret. C’est une affection durable, un engagement sincère.
Oui c’est une virgule, mais pas une simple virgule, celle qui donne
sens à une vie, qui nous rend heureux. Et en lisant sur nos actions et
nos visages tout le monde peut constater que la où il y a l’amour, il y
a la joie. En lisant une phrase, si l’on omet la virgule, l’on perd le sens
de la phrase.
L'amour, Une Virgule
par Emmanuela Laventure
Les 20 ans de l’école Sainte Elizabeth de Delmas.
Les 7 conseils anti coup de chaleurSources : le figaro.fr
L
e corps humain est une
machine performante capable
de s’adapter à des conditions
environnementales difficiles,
dont la chaleur. A condition toutefois
qu’elle ne se prolonge pas trop et que
l’on ait un accès facile à l’eau. C’est un
peu moins vrai pour les nourrissons,
les femmes enceintes, les personnes
âgées. Et ça l’est encore moins pour
ceux qui sont atteints de maladie
chroniques ou prennent des médi-
caments. Dans ces cas, les conseils
adaptés du médecin ou du pharma-
cien s’imposent. En outre, quelques
conseils généraux sont utiles pour
limiter les risques liés à la chaleur et
surveiller les messages de son corps.
Se créer une zone
de fraîcheur
La première précaution à prendre
en cas de pic de chaleur est de
disposer d’une «zone de fraîcheur»
facilement accessible. L’endroit
où vous pourrez vous installer
plusieurs heures par jour pour
que votre organisme reprenne des
forces. Vous pouvez aussi passer
deux ou trois heures par jour dans
un centre commercial, une église ou
un cinéma si votre appartement est
trop chaud. D’autant que la chaleur
fatigue! C’est même l’un des signes
«de surchauffe corporel» qui doit
vousalerter.Unefatigueinhabituelle
peut signer une déshydratation
en train de s’installer. Si besoin,
réorganisez votre habitation pour
dormir, au moins pendant la vague
de chaleur annoncée, dans la pièce
la plus fraîche de la maison. La
canicule de 2003 a montré que le
fait de dormir dans une chambre
sous les toits (endroit le plus chaud
du logement) multipliait le risque
de décès par quatre.
Protéger son logement
Votre domicile doit être conçu pour
conserver au maximum la fraîcheur.
Une bonne isolation thermique des
plafonds, des murs, des baies vitrées
est nécessaire, ainsi que l’existence
de volets extérieurs ou de stores.
Ceux-ci seront bien sûr maintenus
fermés côté soleil et ouverts côté
ombragé, du moins si cela permet la
réalisation de courants d’air (sinon
mieux vaut les maintenir fermés).
Dans ce cas, un linge humide (type
serviette de bain) suspendu devant
les fenêtres contribue à refroidir
l’atmosphère par évaporation.
Toutes les fenêtres pourront être
ouvertes après le coucher du soleil
et lorsque la température extérieure
aura baissé.
Surveillez la couleur
de ses urines
Si vos urines sont de couleur jaune
pâle, pas de problème, mais si
elles sont jaune foncé il se peut
qu’elles soient trop concentrées.
C’est alors le signe possible d’une
déshydratation débutante, soit
parce que vous ne buvez pas assez,
soit parce que vous transpirez
beaucoup. La transpiration est le
moyen dont dispose l’organisme
pour évacuer la chaleur interne (Un
bébé qui transpire et probablement
trop couvert). En temps normal,
lorsque le sang traverse les reins
pour être filtré et purifié ceux-ci
laissent partir l’eau pour faciliter
l’élimination des toxines. Mais
lorsqu’il fait chaud (ou que l’on est
déshydraté), l’organisme accentue
son recyclage interne de l’eau et
évite autant que possible de la
«gâcher» par élimination urinaire.
Boire régulièrement
Inutile d’attendre d’avoir soif
pour boire. Au pire, si vous buvez
trop (sous réserve que vos reins
fonctionnent correctement) le trop
plein sera éliminé dans l’urine.
En revanche, si vous êtes malade,
notamment insuffisant cardiaque
ou sous traitement prolongé,
parlez-en à votre médecin ou votre
pharmacien qui aura des conseils
spécifiques pour votre situation.
En particulier s’agissant des
adaptations de doses voir l’arrêt de
certains traitements. L’idéal est de
boire de l’eau, voire des jus de fruits
pressés, mais il faut éviter l’alcool,
les boissons sucrés (sodas etc.) et
le café.
Faites preuve de bon sens
Il faut bien sûr éviter de sortir
aux heures les plus chaudes de
la journée et a fortiori avoir une
activité physique ou sportive. Il
faut aussi privilégier des vêtements
amples, légers et clairs. Préférer
le coton qui laisse passer l’air et
absorbe la transpiration. Pour se
rafraîchir on peut placer un pain
de glace ou un sac de glaçon
dans un courant d’air ou devant
un ventilateur. Les brumisateurs
sont aussi utiles. Le simple fait de
se vêtir plus légèrement ou de se
rafraîchir (douches, brumisation)
réduit de plus d’un tiers le risque
de décès! Privilégier les plats froids
et éviter l’usage du four ou de tout
autre source de chaleur.
Noter le numéro
0800.06.66.66
L’institut national de prévention et
d’éducation pour la santé a mis en
place le N° de Canicule info service
(0800.06.66.66), une plateforme
téléphonique qui fonctionne en
juin, juillet et août, du lundi au
samedi hors jours fériés de 8 heures
à 20 heures. L’appel est gratuit à
partir d’un poste fixe. Sachez aussi
qui vous pouvez appeler si besoin
mais également qui, dans votre
entourage, peut avoir besoin de
votre aide. Et si vous connaissez
des personnes âgées, handicapées
ou fragiles qui sont isolées, incitez-
les à s’inscrire sur la liste de la
mairie afin qu’ils reçoivent l’aide
de bénévoles.
Savoir quoi faire en cas
de coup de chaleur
Si la déshydratation s’accentue
d’autres symptômes apparaissent:
manque d’énergie, maux de têtes,
vertiges, crampes, etc. En cas de
coup de chaleur la peau est sèche
et chaude. En dépit de l’élévation
de la température interne (que l’on
peut prendre avec un thermomètre
auriculaire ou rectal), on ne
transpire plus car l’organisme est en
épargne hydrique maximale. Il n’y a
d’ailleurs plus non plus d’urine. Il
est plus que temps d’appeler le 15.
En attendant les secours: placer la
personne au frais, lui enlever ses
vêtements, l’asperger d’eau et créer
un courant d’air. On peut aussi
placer une poche de froid sur l’aine
car une artère à gros débit, l’artère
fémorale, passe juste sous la peau,
ce qui permet de refroidir tout
l’organisme (on peut aussi utiliser
l’artère carotide, au cou, si cela est
plus pratique). A défaut de poche
de froid un linge trempé dans l’eau
froide peut aussi soulager.
16 | N0
28 MARDI 30 JUIN 2015
SOCIÉTÉ
Buvez régulièrement, votre corps fera le reste.
Bien supporter les fortes chaleurs impose de prendre quelques précautions et de connaître les signes de
déshydratation.
MARDI 30 JUIN 2015 N0
28 | 17
CULTURE
Gerbes d'hommages et de
reconnaissance à René DépestrePar Schultz Laurent Junior.
I
l est important et utile de voir le
documentaire de Roxane Ledan
consacré à René Dépestre pour
mieux appréhender les différentes
facettes de cet écrivain militant, pour
mieux comprendre ses luttes et ses
déboires, ses pérégrinations, ses con-
victions et ses combats, ses échecs et
sa réussite aussi ; bref, toutes les qual-
ités qui illuminent, tel un ciel con-
stellé, la profondeur de son âme. Le
documentaire campe en des termes
nets, le profil de René Dépestre le
révolutionnaire, l’intarissable nomade
aux racines multiples, l’intellectuel
qui cache dans les fibres les plus
sensibles de son cœur son amour
démesuré pour les femmes.
Ce moment consacré vendredi
dernier à René Dépestre fut en
même temps l’occasion d’écouter
de très beaux chants interprétés
par Wooly Saint-Louis et Tamara
Suffrin, sans oublier la participa-
tion du groupe Oxygen, un quintet
qui a émerveillé le public en chan-
tant des chansons tirées de notre
riche répertoire. La musique était
belle. Elle a ouvert ses ailes. Elle
nous a fait voguer dans l’espace
spacieux de notre imagination
pour rencontrer René Dépestre
l’homme des rêves envolés.
Avec la participation des intel-
lectuels de notre paysage socio-
politique on comprend, dans ce
mini film, l’itinéraire fulgurant de
Dépestre, lauréat du prix Renau-
dot en 1988 pour son magnifique
récit : Hadrianna dans tous mes
rêves. Michaelle Jean, nièce de
l’auteur, ex gouverneure générale
du Canada, actuelle secrétaire de
l’Organisation internationale de
la Francophonie, s’est retournée
sur les rives du passé pour nous
raconter brièvement l’histoire de
la famille, notamment celle des
parents de Dépestre. Orphelin de
bonne heure, René Dépestre était
l’enfant choyé de sa mère qui lui a
inculqué les valeurs intellectuelles
et morales pour qu’il puisse, ainsi
que ses autres enfants, s’éveiller
à sa personnalité. Outre la parole
de Dieu, retrouvée aussi dans les
missels de la messe, elle a tout
autant désiré dans son for intéri-
eur que son fils apprenne le dic-
tionnaire par cœur pour enrichir
son esprit.
Si Gérard Bloncourt, son compa-
gnon de combat de la revue La
Ruche, s’est contenté de racon-
ter son amitié avec l’auteur et de
souligner en lettres fortes qu’un
pays qui a produit un Jacques
Roumain, un Jacques Stephen
Alexis, un René Dépestre ne peut
pas mourir ; Dany Lafferière de
l’Académie française, le fils de
Petit Goâve, a fait un bref survol
sur l’œuvre de l’auteur de Bonjour
et adieu à la négritude.
L’auteur de l’Enigme du Retour
nous fait découvrir l’écrivain et
sa vision du monde. Essayiste,
poète et romancier Dany Laf-
feriere a révélé que les jeunes de
l’époque apprenaient par cœur
les poèmes de Gerbes de sang et
Étincelles. Établissant un rapport
entre Gouverneurs de la Rosée et
Hadriana dans tous mes rêves,
Lafferiere a fait remarquer que
dans le premier roman il faut
trouver la source pour pouvoir
trouver l’amour, tandis que dans
le second s’ouvre une fenêtre par
où l’esprit peut passer pour ren-
contrer l’autre dans ce qu’il y a
chez lui d’essentiel.
De confidences en confidences,
René Dépestre, lui-même, dévoile
de temps en temps son intimité,
parle de sa curiosité intellectuelle.
Infirmier, il s’occupe désormais
de sa femme paralysée tout en
continuant à écrire. Il est revenu
sur son parcours fait de heurts,
de silences, d’engagements et de
questionnements.
Son passage à l’Unesco, nous
confie-t-il, lui a permis de voir
la vie sous un autre angle. Haïti
c’est mon socle solide affirme-t-
il. Cependant, Il reconnait que
le désir est la première forme de
subversion, tout au long de cet
entretien qui s’est déroulé dans la
bibliothèque de sa maison située
à Lézignan-Corbières en France.
Les murs de sa bibliothèque sont
ornés de photos de Che Guevara,
Aimé Césaire, Gérard Bloncourt
son ami et tant d’autres.
Pour la réalisatrice Roxane Ledan
« René Dépestre est un homme
de création. Toute petite il a fas-
ciné mon enfance. Il est pour moi
un exemple à suivre au même
titre que Gabriel Garcia Marquez,
Nelson Mandela.
René Dépestre est celui qui aide
les haïtiens à prendre conscience
de leur capacité à rénover les
fondements historiques de leur
identité. »
Écrivain engagé, jacmélien pure souche, René Dépestre a reçu un vibrant hommage à l’Institut français d’Haïti
le vendredi 26 juin 2015 dans la soirée. Roxane Ledan de « Haiti Bel » a fait revivre dans un documentaire
passionnant les moments forts et palpitants de la vie de cet auteur qui s’est donné dans un total abandon à la
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  • 1. Comme annoncé les examens de la classe de philo ont démarré, le lundi 29 juin 2015 dans les dix départements scolaires du pays. Près de 73 898 candidats participent à ces épreuves officielles qui doivent prendre fin le 3 juillet prochain. Environ 2 293 autres candidats auront à participer au bac permanent et 2 183 candidats pour le Nouveau secondaire, selon un communiqué du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP). » lire page 3 » P. 18 » P. 21 »   P. 4 CULTURE SPORT » suite page 5 Décès de Michel Tassy chanteur de l'orchestre Septentrional Par Walcam Les bulletins prêts et livrés dans quinze jours HAÏTI / ÉLECTIONS LÉGISLATIVES MARDI 30 JUIN 2015 NUMÉRO 28 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI HAÏTI / EXAMENS BACCALAURÉAT ACTUALITÉ Une première journée réussiePar Reynold Aris P rès de deux cents millions de gourdes sont consacrées à l’organisation des exam- ens d’État de cette année. Les responsables du ministère de l’Éducation nationale et de la forma- tion professionnelle (MENFP) peu- vent se targuer d’avoir pris toutes les mesures nécessaires permettant de contribuer au bon déroulement des examens d’État. Les témoignages abondent dans les mêmes termes. De nouveaux engagements en faveur d'Haïti par Jean Michel Cadet Haïti qualifiée pour le deuxième tour par Gérald Bordes Philippe Augustin, directeur du Registre électoral, et Frantz Bernadin, porte-parole du CEP. / Photo : Noclès Débréus
  • 2. 2 | N0 28 MARDI 30 JUIN 2015 TRIBUNE Haïti : État sans nation, deux sociétés, une nation sans ÉtatPar Jacques Ted Saint Dic L a coalition d’anciens et de nouveaux libres, en superpo- sition dominatrice de la masse des esclaves, a mené et gagné l’unique guerre antiesclavagiste du monde dit moderne. Une victoire contre l’humanité des inégalités socia- les à idéologie d’individus égaux en droit, en liberté et en résurrection. Le front commun contre l’esclavage n’a tenu que le temps de la conquête indi- viduelle de la liberté. Les contradic- tions d’intérêts, sur fond de récupéra- tion de la lutte des esclaves marrons, ont rapidement pollué les espaces idéologiques d’ententes stratégiques de la Révolution pour la ramener à une guerre libératrice. La liberté n’a pas été une conquête de population en construction de peuple. En con- struction de nation. Mais plus fon- damentalement une guerre pour la conquête et l’affirmation de l’identité humaine de l’être nègre face à l’inhumanité occidentale. L’Occident des nations qui se sont construites et enrichies sur la base de la domination et de l’exploitation des populations et des peuples des lieux géographiques éloignées de leur centre autodéclaré civilisé. L’Occident des élus en crois- ades missionnaires de sauvetage et d’humanisation des fils du serpent, de Caïn et de Cham. La révolte n’a pas abouti à la révo- lution qui devrait faire de l’homme, de tous les hommes des libres. Des hommes debout dans une dignité unitaire, humaine, dans la construction d’une nation en che- minement multiples d’État à se doter. Au contraire, la nation s’est construite sans se doter d’un État- nation mais d’un État importé, calqué sur le modèle des anciens maîtres. Ainsi la nation est enfilée dès sa genèse d’un État domina- teur, d’exclusion, accapareur. L’État totalitaire, dans le sens qu’il est à lui seul la nation, la société, le peuple, l’individu, le citoyen. Et comme pour s’illustrer dans la lignée des États totalitaires néces- sairement violents, il fallait un crime fondateur : l’assassinat du père fondateur et le silence d’État qui s’est ensuivi un demi-siècle après.De 1804 à 1806, le pays tout neuf enfante ses premières contestations légitimes et naturel- les. S’ouvre une longue période de contestations du « peuple national revendicatif », mais aussi de trêves et d’assimilation par la fuite à l’intérieur du nouveau ter- ritoire. Il est en opposition depuis à cette nouvelle structuration de la hiérarchie de commandement du pays. Très tôt, ce modèle d’État se retrouve en difficulté, contesté déjà en son sein par ceux qui se sentaient redevables à la nation en construction. Et surtout de ceux dont leur père était en Afrique. Il s’agissait en termes clairs de poser la question du montage du « Capital national de peuple », de sa redistribution et de l’affectation de la plus-value à la satisfaction des besoins collectifs et de la con- struction de la richesse nationale de peuple. Pour contrer les contestations, les révoltes d’Acaau, de Goman, des Piquets, des Cacos, et couper le souffle de la contestation, il fallait vite se rallier à des forces externes pour consolider et instituer un modèle d’État sans nation, sans peuple. À défaut de pouvoir faire émerger de la nation, la coalition des anciens et nouveaux libres de 1806 à date n’a de cesse de con- tinuer à constituer sa société éta- tique sur le modèle des sociétés anonymes. Les actionnaires sont locaux et externes, individuels et collectifs. Une nouvelle entreprise à envergure nationale est montée de toutes pièces. Pour être à l’image d’un État, il fallait aussi une projection en format adapté des structures institutionnelles de leur métropole-modèle. Les trois pouvoirs sont installés. Les codes de lois sont aménagés. Le régime politique passe de l’empire à la royauté, et surtout par la dictat- ure pour se pérenniser, se mod- erniser dans la république. La référence permanente de toutes ces structurations politiques reste et demeure l’apartheid social et individuel. Une expression contemporaine de l’esclavage. Idéologiquement ces formes d’organisations politiques retien- nent l’esclavage comme modèle de gestion humaine et de capta- tion du surplus économique. Les codes de culture de Christophe, de Boyer, plus tard la corvée et, hier encore, l’accord de braceros sont des rappels témoins du Code Noir et de ce retour permanent à ce système que l’on croyait ané- anti par la victoire de la guerre de l’Indépendance. Alors que la masse des révoltés victorieux devenus citoyens se préparait à défendre un territoire conquis de haute lutte, les nou- veaux maîtres négociaient un bail de vingt-cinq ans à extensions de contrats illimités en payant aux anciens maîtres la moitié de leur faire-valoir d’absentéistes. Le sys- tème du « deux moitié » prenait corps et le droit de se dire, de se nommer maîtres leur était vendu. Ils avaient dès lors mandat, délé- gation expresse de légitimation du pouvoir universel, mondial d’être les chefs, l’élite, les élites de la société d’État. Le Premier des Noirs, en prélude, écrit au Premier des Blancs. L’égalité des races humaines en argumentation d’un antiracisme se mesurant à l’aune d’un savoir accepté comme universel. Nous aussi, nous pou- vons acquérir les mêmes connais- sances que les Blancs ! Un aveu de soumission au racisme par justi- fication du contraire en utilisant un mot, une expression essentiel- lement ségrégationniste : la race. L’État sans nation et sa société étatique, malgré son opération- nalisation mouvementée à travers le temps, ne s’est donné aucun point d’ancrage géographique à organiser. Un territoire. Un pays. Haïti. Il est légal, moral, institu- tionnel, moderne, multinational… Un concept. Son contenu social est une représentation imagée, virtuelle des catégories sociales en mouvement, sans attaches réelles et permanentes de classes sociales. Aucun souci de renou- vellement. Il est l’expression d’un moment historique, c’est-à-dire datée, mais aussi dynamique dans sa mutation à s’adapter aux grands besoins de ses actionnaires en situation de gestion de la pau- vreté, d’acquisition de richesses et de modernité à rattraper. Que l’on ne se méprenne pas, cet État n’est pas en bout de course. Il est moderne dans sa dynamique de cooptation individuelle à résul- tante de représentativité sociale et du maintien du statu quo dans sa société. Sa nature ne change pas, malgré l’élargissement de sa base soit par des élections et aussi en répondant aux appels de tous ceux qui se disent exclus. Des exclus d’hier qui veulent eux aussi participer à la grande bataille d’exclusion et de suceurs du Peuple national. Conscients ou illuminés, ils ont tous une révo- lution à proposer, à négocier : il est temps que la jeunesse soit aux commandes ! Que les masses populaires prennent le pouvoir ! Enfin que le savoir soit au service de l’État pour le changer. N’allez pas demander dans quel sens, mais rassurez-vous : dans le sens du bon sens. La chose la mieux partagée au monde : il faut réussir à changer sa vie. Avoir des intérêts à jamais renouvelés à défaut d’une sclérosante idée du partage équi- table des richesses, selon chaque mise, pondéré par un coefficient de solidarité nationale. Sa modernité est contemporaine de son réseau de dépendances et dans le formalisme de ses rela- tions avec le monde commercial et financier du village global. C’est un monde formel où il faut se présenter en déclinant son iden- tité. Je suis l’État d’Haïti. Répub- lique noire démocratique. Importatrice nette. Réserve naturelle indéterminée. Réserve forestière minimale. Réserve humaine à vendre. Spécificité : État sans nation, deux sociétés, une nation sans État. Depuis deux siècles que cela dure, la nation n’arrive pas à se doter de son État. Elle consent de grands investissements pour mettre en place sa société et ses élites, mais elle a gagné très peu de batailles dans sa grande guerre d’Étatisation.
  • 3. MARDI 30 JUIN 2015 N0 28 | 3 ACTUALITÉ Les bulletins prêts et livrés dans quinze joursPar Noclès Débréus A lors que les bulletins pour les prochaines législatives sont en train d’être imprimés à Dubaï, le Conseil électoral provisoire (CEP) a déjà reçu tous les matérielsnonsensiblesenprovenance de l’Afrique du Sud. La dernière car- gaison a été livrée le dimanche 28 juin 2015. 14 094 kits électoraux et 2 300 kits de formation sont l’ensemble des matériels fournis par la compagnie sud-africaine, Lithotech, a informé le porte-parole de l’institution électo- rale, Frantz Bernadin, avant de laisser le soin au directeur du Registre élec- toral, Philippe Augustin, de faire le point sur la délégation qui séjournait à Dubaï dans le cadre du processus d’impression des bulletins. Après la validation des bulletins par les différents candidats, il a fallu les transmettre à l’imprimeur, a expli- qué l’ingénieur Augustin, qui a été à Dubaï en compagnie du président du CEP, Pierre-Louis Opont, ainsi que du trésorier, Ricardo Augustin, pour vérifier et valider les maquettes avant l’impression. Interrogé sur le nom de la compagnie qui est char- gée d’imprimer les bulletins des lég- islatives, Monsieur augustin dit avoir fait peu de cas du nom de la firme, se contentant de vérifier si cette dernière était en mesure de fournir un travail de qualité tel que souhaité le CEP. Pour ce qui concerne la pré- sidentielle et les collectivités territo- riales, le régisseur électoral, qui ne détient pas toutes les informations à ce sujet, a quand même informé qu’il est très probable qu’un nouvel appel d’offres soit lancé à cette fin. Déjà, par rapport à cette question de passation de marchés, de vagues critiques fusent de toutes parts en apprenant que les bulletins ainsi que les matériels non sensibles pour des élections qui devraient être un acte de souveraineté nationale, viennent de l’autre bout du monde alors que lors des élections précédentes ces matériels avaient été préparés par des entreprises nationales. Sophie De Caen, directrice principale du Pnud en Haïti est obligée de sortir de son silence pour expliquer que l’appel d’offres a été fait suivant les procédures de passation de marché en vigueur au sein de l’organisme qu’elle dirige. Une explication qui semble être peu convaincante, dans la mesure où les procédures de pas- sation de marché du Pnud restent encore inconnues du public. Réagis- sant à ce sujet, Philippe Augsutin dit n’avoir aucune réponse car, dit-il, le dossier en question ne relève pas de sa compétence. Le Pnud, dans son rapport de fonc- tionnement avec le CEP, s’engage à fournir des équipements et des outils informatiques pour le préenregistre- ment des candidatures pour les légis- latives, la présidentielle et les locales. Il fait aussi l’acquisition de matériels non sensibles (urnes, isoloirs, encre indélébile, sachets plastifiés trans- parents pour les procès-verbaux, et autres matériels de quincaillerie électorale) et sensibles (bulletins de votes, procès-verbaux,…) selon les spécificités définies conjointement avec le CEP. En plus de l’acquisition d’équipements audiovisuels, de matériels de sensibilisation (T-shirts, képis, affiches…), le Pnud fournira aussi un appui technique à la cam- pagne de communication et de sen- sibilisation ainsi que dans la gestion du payroll du personnel vacataire du CEP durant la tenue des élections, selon des informations émanant de l’organisme onusien. Parallèlement, Monsieur Augustin a souligné que la liste électorale, une autre étape importante dans le pro- cessus, est en voie de finalisation. À partir du mercredi 1er juillet, le CEP lancera l’opération de vérifica- tion ou changement de centre de vote par tous les électeurs. Ainsi, tous les citoyens électeurs qui voudraient permuter de centre de vote ou qui ont changé d’adresse sont conviés à passer à n’importe quel Bureau élec- toral communal (BEC) pour faire la notification et aussi indiquer leurs nouvelles adresses, a précisé Philippe Augustin, très confiant quant à la tenue des élections législatives le 9 août prochain. Le temps des complots ! UnrédacteurduNationalendéplacementdansunevilledeprov- ince, nul besoin d’identifier le lieu, a surpris une conversation entre plusieurs personnes qui attendaient de participer à une réunion politique d’un candidat à la présidence. Ces gens, il y en avaitdanstouteslestranchesd’âges,discutaientd’élections.Àun certainmoment,laconversationfutmonopoliséeparunhomme dans la quarantaine qui déclara que les élections se gagnaient « techniquement».Etsansaucunegêne,maisd’unemanièrequand même instructive, il se mit à expliquer à l’assistance comment il fallait procéder. Il raconta comment, dans sa communauté, la veille du scrutin, dès qu’il fit nuit, ses partisans et lui s’arrangèrent pour tirer plu- sieurs coups de feu jusqu’au petit matin. La grande partie de la population, croyant à un carnage, terrorisée, n’osa prendre les rues pour se rendre dans les bureaux de vote qui furent seule- ment investis par les partisans du candidat qui détenaient les armes. L’énergumène, fier de lui, déclara : « Men sa k rele pran yon eleksyon teknikman ! » Il expliqua ensuite la deuxième manière de gagner « technique- ment » : on fait en sorte de n’avoir que ses partisans dans les bureaux de vote et on remplit les urnes à volonté. Mais attention ! prévient-il. Il faut procéder avec intelligence. Pour chaque cent bulletins qu’on met dans l’urne pour son candidat, il faut en mettredixpourlesautresconcurrents.«Sepoubagaylanteknik, mesye!»Quandmêmeuneévolution,fautbienlereconnaître,par rapport à l’ère des Duvalier et de leurs 99 % de votes favorables. Personne dans l’assistance n’osa protester contre l’impudence aveclaquellenotreorateurimprovisérelataitsesexploitspassés, à part, bien sûr, notre rédacteur qui ne put que prêcher dans le videdevantuneassistanceconvaincueparlelangage«technique » de celui qui avait monopolisé son attention. On serait bien fou de croire que plein de candidats, plein de per- sonnes acquises pour diverses raisons à la cause de ces préten- dants«autimondenosaffaires»,vontpouvoirrésisterauplaisir malsaind’ourdirimpunémentlescomplotslesplusinfâmespour gagnerlesélections.Lesdeuxscénariidécritsparlehérosdujour sont bien ceux les plus employés par nos politiciens. On ne fera pasl’erreurdecroirequ’àl’étrangerlespoliticienssontdessaints. Ces derniers aussi sont prêts à tous les mauvais coups. Sauf que, sous d’autres cieux, il existe des institutions plus efficientes, qui exercent une minimum de contrôle, et ceci, avec efficacité. Cheznous,nosinstitutionssontgangrenéesparlacorruption.Des groupesd’intérêtsquin’ontjamaismontrélamoindrecompassion envers les laissés-pour-compte de la nation profonde, meurtrie, et qui, sans vergogne, veulent tout pour eux et pour eux seuls. La précarité transforme plein de citoyens en animaux. La com- munauté étrangère qui finance une grande partie du processus électoral - un non-sens du point de vue de l’éthique nationale - veut toujours imposer son point de vue, ce qui est facilité par le jeu de coquins des prétendants prêts à tous les compromis pour accéder au trône. On est en plein au temps des complots. Des complots contre la nation ! ÉditoHAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES Actuellement les bulletins pour les départements de l’Ouest, du Nord-Ouest, du Nord-Est et du Centre sont sous presse et tous les bulletins pour les législatives devront être livrés en Haïti dans une quinzaine de jours, selon ce qu’a annoncé l’ingénieur Philippe Augustin, directeur du Registre électoral. Monsieur Augustin faisait partie de la délégation du Conseil électoral provisoire (CEP) qui a séjourné la semaine dernière à Dubaï en vue de valider les maquettes avant l’impression et, du même coup, évaluer la capacité de la compagnie anonyme qui a remporté l’appel d’offres du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). » suite de la première page
  • 4. WWW.LENATIONAL.HT 2, DELMAS 40 B EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 4611-1010 / 3214-5554 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. SA DIRECTEUR : JEAN GARDY LORCY PUBLICITÉ: SASKIA P.L.MICHEL DIRECTION ARTISTIQUE : FABRICE LAFLEUR RÉDACTEUR EN CHEF : GARY VICTOR RÉDACTEUR EN CHEF ADJ : HENRI ALPHONSE SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : JACQUES DESROSIERS JDESROSIERS@LENATIONAL.HT CONSEILLER À LA RÉDACTION : PIERRE CLITANDRE SECTION ACTUALITÉ : LIONEL EDOUARD SECTION CULTURE : DANGELO NÉARD SECTION ECONOMIE : HENRI ALPHONSE SECTION SPORTS : GERALD BORDES SECTION SOCIÉTÉ : JOE ANTOINE JN-BAPTISTE RÉDACTEURS : NOCLÈS DEBRÉUS, CADET JEAN MICHEL, STÉPHANIE BALMIR, EDDY LAGUERRE, VANTZ BRUTUS, KENSON DÉSIR, MONDÉSIR JEAN BILLY, REYNOLD ARIS, ISABELLE THÉOSMY, WALTER CAMEAU, SCHULTZ LAURENT JUNIOR PHOTOGRAPHES : JEAN JACQUES AUGUSTIN, RUBEN CHÉRY CORRECTEURS : JEAN ERIC FOUCHÉ, FRANTZ CLERGÉ GRAPHISTE : JUNIOR ADME CARICATURISTE : FRANCISCO SILVA DISTRIBUTION : PIERRE PAUL EMMANUEL ADMINISTRATION : RACHELLE COMPÈRE ••••••••••••• IMPRIMÉ EN HAÏTI PAR LES ÉDITIONS DES ANTILLES S.A 4 | N0 28 MARDI 30 JUIN 2015 ACTUALITÉ HAÏTI/EXAMENSBACCALAURÉAT Une première journée réussiepar Reynold Aris Une première journée réussie pour les examens de baccalauréat . / Photo : Reynold Aris » suite de la première page Ils ont été une réussite, confient directeurs de sièges, surveillants et candidats. C’est le cas aussi du bacca- lauréat. Toutefois, certains candidats n’ont pas porté leur uniforme comme le préconisent systématiquement les dirigeants du MENFP. Au lycée Fritz Pierre Louis, sur les 570 bacheliers qui devraient pren- dre part à ces compétitions dans ce centre préposé aux candidats de la section « D », seulement quarante- cinq d’entre eux sont absents, si l’on en croit les propos du censeur de cet établissement, Bélizaire Jean Ronel, qui informe que tout se passe très bien. Les candidats et les surveillants, indique M. Jean Ronel, ont été ponctuels ce matin. Ils ont pénétré dans les salles d’examens à temps. De plus, les responsables du MENFP ont acheminé les tests d’évaluation très tôt dans le centre. Il a expliqué que cela a permis leur distribu- tion aux bacheliers à compter de 8 heures et demie du matin ce qui a facilité la tâche à ces postulants selon le temps qui leur était imparti. Le censeur informe, en outre, n’avoir rencontré aucune difficulté lors du déroulement de ces épreuves. « Jusqu’à cette présente minute tout marche comme sur des roulettes », s’est-t-il réjoui. De son côté, Myriam Jean Louis, élève du Lycée Jean Jacques, salue la manière dont les épreuves ont été organisées cette année. « Elles n’ont pas été entachées d’irrégularités tant sur la forme que dans le fond». Très confiante en sa réussite, elle invite ses camarades à ne pas se précipiter en ce qui concerne la rédaction de ces différents examens. Dans la même veine, un élève de l’institution « Mixte Jules Lafleur » requérant l’anonymat informe que les examens ont été à la portée des candidats. Il suffit, à son avis, que les postulants aient été en salle durant cette année aca- démique 2014-2015 pour pouvoir se débrouiller avec ces épreuves. Il a toutefois souligné comme postu- lant en section « C » ne pas être en mesure de se vanter durant cette première journée des examens de Philosophie et de Biologie, promet- tant qu’il va quand même réussir avec brio suivant le profil de ces épreuves. Il convient de souligner qu’en dépit des recommandations des responsables du MENF, le port obligatoire de l’uniforme, comme l’une des conditions pour avoir accès aux sièges d’examens, n’a pas été suivi. Selon ce qu’ont rapporté des surveillants interrogés à ce sujet, ils informent l’avoir accepté pour éviter que ces postulants ne ratent l’année académique. À cet effet, ils ont lancé des mises en garde à ces contrevenants disant qu’ils n’auront pas accès aux centres sans se conformer à cette mesure lors des prochaines épreuves. Quant à la répartition des postu- lants, le Bureau national des exa- mens d’État (BUNEXE) a indiqué que le département de l’Ouest accueille l’effectif le plus élevé avec 44 mille 223 candidats. S’ensuivent ceux du Nord et de l’Artibonite avec respectivement 8 055 candidats et 5 001 candidats. À noter que le département de la Grand’Anse est le maillon le plus faible de la chaîne avec 1 192 candidats. Les consignes demeurent les mêmes selon le directeur du BUNEXE, Renan Michel. L’usage du téléphone portable, mis à part les surveillants qui peuvent l’utiliser au besoin, est strictement interdit dans les centres d’examens.
  • 5. MARDI 30 JUIN 2015 N0 28 | 5 ACTUALITÉ L ’Union européenne (UE) et la Communauté des États latino- américains et caribéens (Celac) se sont engagées dans cette déclaration à soutenir Haïti dans sa quête du développement et sa lutte contre l’extrême pauvreté. Un appel est aussi lancé à tous les donateurs à soutenir la mise en œuvre du plan stratégique de développement du gouvernement haïtien. Un montant de 420 millions de dollars, à cet effet, a été décaissé par l’UE pour soutenir des programmes de développement durant la période 2014-2020. La stabilité politique via le renouvellement du personnel politique fait aussi partie des grandes lignes de cette déclaration. Les États signataires de cet acte déclarent soutenir sans réserve les efforts du gouvernement haïtien pour organiser les prochaines élections. L’UE, de son côté, a déjà emboité le pas. Depuis un an environ, ce partenaire d’Haïti a déjà décaissé un montant de cinq millions d’euros et promis un appui logistique et une mission d’observation. Toutefois, le Conseil électoral ne dispose que de 44 millions de dollars gérés par le Pnud sur un total de 66 millions nécessaires à l’organisation des élections à tous les niveaux (présidentielle, législatives, municipales). Hormis les questions relatives aux élections et le développement, l’UE s’intéresse de près aux problèmes humanitaires encore présents en Haïti. Une enveloppe de 14 millions d’euros a d’ailleurs été mobilisée en 2015 pour répondre à certains défis comme les désastres naturels, l’insécurité alimentaire, la propagation du choléra et le relogement des déplacés. Le pays fait face actuellement, toutefois, à une crise humanitaire grandissante sur laquelle l’UE se prononce. L’Union européenne se veut un acteur « neutre » dans le dossier de rapatriement d’Haïtiens en République dominicaine. « Nous ne sommes ni juges ni parties », soutient Christian Leffler, directeur exécutif pour les Amériques au service d’Action extérieure de l’UE. Il incombe, selon lui, aux deux États (Haïti et la République dominicaine) de trouver des solutions viables axées sur les principes juridiques et politiques. Pourtant les autorités haïtiennes accusent leurs homologues dominicaines d’un double langage. Alors que le 17 juin était censé marqué la fin du Programme national de régularisation des étrangers (PNRE), on assiste, de préférence, à l’expulsion des migrants haïtiens en RD, ce, en violation des traités et conventions internationaux en vigueur sur la question. Le Premier ministre haïtien Évans Paul fait état de plus 14 mille ressortissants haïtiens qui regagnent la partie ouest de l’île. Certains, décident volontairement, par peur de représailles, selon des organisations de droits humains, de revenir en Haïti. Concernant ce dernier aspect de la question, M. Leffler semble n’être pas alarmé. Le départ volontaire d’Haïtiens vivant de l’autre côté de la frontière, pense- t-il, est moins dramatique que l’expulsion de centaines de milliers de Dominicains d’ascendance haïtienne. Selon lui, il incombe aux autorités haïtiennes de prendre en charge leurs ressortissants. L’UE, martèle le diplomate, joue les facilitateurs dans ce dossier. Un rôle, dit-il, qu’a longtemps joué l’institution qu’il représente depuis les balbutiements de cette crise. Rappelons que la diplomatie haïtienne a, dès la décision de la Cour constitutionnelle dominicaine dénationalisant des Dominicains d’ascendance haïtienne depuis trois générations, porté l’affaire par- devant les instances internationales qui ont pris fait et cause pour Haïti. Plus tard, les autorités haïtiennes ont ramené la question dans un cadre strictement bilatéral. UE-CELAC/DÉCLARATIONDEBRUXELLES De nouveaux engagements en faveur d'Haïtipar Jean Michel Cadet Haïti continue d’être un sujet de préoccupation au niveau régional et international. Au terme du sommet UE- CELAC, tenu à Bruxelles du 11 au 14 juin derniers, une déclaration a été adoptée. Les besoins spécifiques du pays liés au sous-développement et à la stabilité politique figurent aussi parmi les engagements pris dans ce document.
  • 6. Le Centre de facilitation des investissements (CFI), a annoncé, le lundi 29 juin 2015, au local du ministère de la Communication, le lancement de la plateforme « Connect Americas » et du Guide de l’investissement d’Haïti. Soutenu par la Banque interaméricaine de développement (BID), ce projet vise à favoriser la connexion entre les petites et moyennes entreprises (PME) d’Haïti et les entrepreneurs du monde entier. O utre les investisseurs étrangers, ce Guide de l’investissement d’Haïti cible également les investis- seurs locaux. Par le biais de ce guide, le CFI caresse l’idée de mettre en valeur la multiplicité d’affaires qui se présententaujourd’huisurleterritoire haïtien, tout en offrant aux investis- seurs une base solide d’informations pour faciliter le processus décisionnel en matière d’investissement. « Connect Americas » est une plate- forme sociale. C’est le premier réseau social d’affaires du conti- nent américain, conçu spécifique- ment pour les petites et moyennes entreprises (PME) qui n’ont pas les moyens nécessaires pour participer aux grandes expositions internatio- nales », a déclaré la directrice du CFI, Mme Norma Powell. À l’aide de cette plateforme, elles auront l’accès de vendre et d’acheter des produits sur les marchés mondiaux, tout en restant chez eux, et évitant ainsi des dépenses énormes. C’est une initiative de la Banque interaméricaine de développement (BID), soutenue par Google, DHL, Visa et Alibaba. En ligne gratuite- ment, elle permettra aux PME de l’Amérique latine et des Caraïbes de se connecter avec des entrepreneurs du monde entier, et d’accéder aux outils d’informations pratiques leur permettant d’accroître leurs capaci- tés préliminaires. Selon la directrice, la plateforme a déjà connu beaucoup de succès en Haïti. Elle a informé qu’Eliachim Williams, l’agent commercial de la coopérative agricole caféière Vincent Ogé de Dondon, a utilisé le réseau Connect Americas qui lui a permis de trouver plusieurs marchés. Ses produits sont actuellement en vente dans les supermarchés All Food et La Belle Créole aux États-Unis d’Amérique. Le CFI, agence de promotion des investissements, s’est engagé à fournir aux investisseurs un accom- pagnement adéquat, depuis le projet d’investissement jusqu’à sa concré- tisation, suivant ce qu’a déclaré Mme Norma Powell, sa directrice générale. Dans son intervention, elle a fait res- sortir les missions du CFI en deux volets spécifiques. D’abord, une phase de facilitation, au cours de laquelle le processus de l’investissement est organisé, en fournissant aux investisseurs les documents et les contacts néces- saires pour faire avancer le proces- sus. Ensuite, la phase promotion- nelle qui cherche à connaître les visions du gouvernement haïtien, les secteurs qu’il définit comme des secteurs porteurs, comme le tour- isme, l’agro-industrie, le textile, etc., pour une meilleure orientation de cet investissement. Avant d’investir, l’entrepreneur n’a pas seulement fixé ses regards sur l’insécurité. Il y a beaucoup de facteurs à prendre en considération. Les problèmes sociopolitiques ne sont pas les seuls freins aux investissements. Les con- ventions internationales, les accords commerciaux ratifiés par Haïti sont, pour la directrice, autant de facteurs qui préoccupent les inves- tisseurs. Par conséquent, le Guide de l’investissement et le réseau sont incontournables, si on veut encour- ager la production, l’investissement, et éviter des importations évaluées à plus de deux milliards de dollars américains par an. CENTREDEFACILITATIONDESINVESTISSEMENTS Un réseau social d'affaires, pour faciliter les échanges commerciauxpar Evens REGIS 6 | N0 28 MARDI 30 JUIN 2015 ACTUALITÉ
  • 7. Un lot de matériel équivalant à 90 mille dollars a été remis, le lundi 29 juin 2015, au ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST), par l’ambassade de Taïwan. Une cérémonie qui s’est déroulée en présence du titulaire de ce ministère, Victor Benoit. « Nous n’avons pas de position précise sur ce dossier, mais nous faisons tout ce qui est possible pour aider ces Haï- tiens à obtenir ce dont ils ont besoin », a déclaré l’ambassadeur de Taïwan, Hwang Tsai-Chiu, lundi, lors de cette cérémonie de remise de dons. Cette réponse intervient dans un con- texte tendu où de nombreux acteurs nationaux et internationaux ont déjà pris position sur ce dossier pour cond- amner l’attitude raciste et xénophobe des Dominicains et également pour critiquer la gestion faite de ce dos- sier par le pouvoir Martelly, qu’ils accusent d’d’en avoir fait une affaire personnelle, cassant ainsi l’élan de solidarité internationale. Par ailleurs, le ministre Victor Benoit a tenu à pré- ciser que, durant la semaine écoulée, de jeudi à samedi, la vague des dépor- tés en provenance de la République dominicaine a décru considérable- ment. Une information confirmée par le ministre de l’Intérieur, qui a précisé que depuis la fin du Plan national de régularisation (PNRE), environ 14 mille personnes seraient déjà retournées volontairement ou de manière forcée au pays. Un don de 91 mille dollars... Ce don de l’ambassade de Taïwan en Haïti a été fait au profit des dépor- tés de la République dominicaine. La cérémonie a été marquée par la signature d’un « protocole de remise de dons » entre l’ambassadeur Hwang Tsai-Chiu et le ministre Victor Benoit. Ce lot de matériel, qui contient, entre autres, des sacs à main, des ballons de football, des chaussures et jouets pour enfants, a été collecté par la diaspora taïwanaise aux États-Unis, a informé l’ambassadeur Tsai-Chiu. Le coût total de cette donation s’élève, a-t-il précisé, à environ 92 mille dol- lars américains. Avouant que, depuis longtemps, le ministère des Affaires sociales a toujours été un partenaire de son ambassade, Hwang Tsai-Chiu a expli- qué que son institution ne disposait pas de moyens logistiques adéquats pour procéder elle-même à la distri- bution de ces dons. C’est pourquoi il a demandé au MAST de suppléer l’ambassade en ce sens. Aussi prom- et-il que ce n’est pas la dernière fois que les deux entités travailleront ensemble. Remerciant l’ambassadeur au nom du gouvernement et du peuple haïtien, Victor Benoit, ministre des Affaires sociales, s’est félicité de ce don qui, selon lui, arrive à point nommé. Le ministre Benoit croit, en effet, que la population vulnérable du pays a aug- menté avec les nombreux déportés venus de la République dominicaine. « Dans l’immédiat, des dispositions seront prises pour que ce don soit remis au Comité mixte de solidarité mis en place par le gouvernement pour la gestion des pourchassés en provenance de République dominic- aine », promet Victor Benoit qui sou- ligne que du fait que ce lot de maté- riel contient beaucoup d’articles des- tinés à la gente féminine, l’expertise du ministère à la Condition féminine sera mise à contribution. HAÏTI/COOPÉRATION/TAÏWAN Un lot de matériel pour les rapatriés !par Lionel Edouard MARDI 30 JUIN 2015 N0 28 | 7 ACTUALITÉ L e ministre des Affaires socia- les et du Travail, Victor Benoit, représentant de la Fusion des sociaux-démocrates, a fait le point, lundi, autour de la décision de l’homme d’affaires Réginald Boulos de démissionner du Conseil supérieur des salaires. Questionné sur cette démission surprise, Victor Benoit a fait savoir qu’il a été informé par voie de presse et que, à date, il n’a pas encore reçu la lettre de démission de M. Boulos. Tout en disant respecter le choix de Réginald Boulos, M. Benoit a dit qu’il n’était pas souhaitable que le concerné prenne une telle décision. « C’est dommage que M. Boulos n’ait pas pensé à me contacter », a regretté Victor Benoit qui croit que si cette prise de contact avait été faite avant, Réginald Boulos n’aurait peut-être pas pris cette décision extrême de démissionner. En ce qui a trait au motif de cette démission, l’ouverture d’un compte courant au nom du Conseil supérieur des salaires, alors que Réginad Boulos avait opté pour le « bénévolat », Victor Benoit a déclaré que le ministre des Affaires sociales n’avait pas ouvert de compte, sans pour autant remettre en cause la parole de l’intéressé. Toutefois, Victor Benoit informe qu’étant donné que Réginald Boulos a affirmé qu’un compte a été ouvert au nom du Conseil supérieur des salaires, sa responsabilité à lui est de procéder à une enquête pour savoir dans quelles conditions ce compte a été ouvert, pourquoi il l’a été, s’il l’a été légalement, qui en a pris l’initiative, avait-il le droit de le faire, l’a-t-il fait selon les règles régissant le fonctionnement du Conseil. Beaucoup de personnalités qui avaient prêté leurs services à l’État haïtien à travers des commissions ou l’administration publique ne peuvent plus disposer de leurs biens pour défaut de décharge. Une situation qui avait été dénoncée par Gérald Mathurin, candidat au Sénat recalé pour le département du Sud-Est. Avec la création de ce compte, Réginald Boulos veut-il éviter le piège de la décharge ? Face à la cherté de la vie, des gestes ponctuels... Le ministre Victor Benoit a aussi fait le point, lundi, sur le problème de la cherté de la vie qui sévit actuellement dans le pays, notamment dans un contexte où l’envolée du dollar par rapport à la gourde affecte directement les ménages haïtiens. Il s’est dit profondément touché comme citoyen, mais aussi comme ministres des Affaires sociales. Aussi croit-il qu’il faut y trouver une solution. Malgré la précarité, poursuit le social-démocrate, le gouvernement doit, comme d’habitude, trouver des moyens pour poser des gestes ponctuels. Cependant, pour le ministre Benoit, la véritable solution passe par une politique économique et sociale globale, susceptible de stimuler la création d’emplois et l’augmentation de la produc- tion agricole pour nourrir la population. HAÏTI/CONSEILSUPÉRIEURDESSALAIRES Victor Benoit annonce une enquêtePar Lionel Edouard
  • 8. 8 | N0 28 MARDI 30 JUIN 2015 MONDE M algré plusieurs exécutions problématiques, la Cour suprême des Etats-Unis a donné son feu vert lundi à une méthode controversée d’injection létale, dans une décision très attendue par les Etats américains qui avaient suspendu le châtiment ultime. La plus haute juridiction du pays, qui se prononçait pour la première fois sur la peine capitale en sept ans, était saisie par quatre condam- nés à mort de l’Oklahoma (sud) qui craignaient de mourir dans des souffrances inconstitutionnelles, après la mort de quatre prisonniers au terme d’une longue agonie. Les cinq juges conservateurs, contre les quatre progressistes, ont estimé que les plaignants n’avaient pas montré « un quelconque risque substantiel de souffrances » en cas du recours au midazolam, un anxiolytique, pour exécuter un condamné. Lisant la décision de la majorité, le juge Samuel Alito a estimé que « les prisonniers n’avaient pas identifié une méthode d’exécution disponible et alternative qui impli- que un moins grand risque de souf- france ». La haute Cour a, en conséquence, jugé cette méthode d’exécution conforme au 8e Amendement de la Constitution qui interdit les souf- frances « cruelles et inhabituelles ». « En protégeant même ceux qui ont commis les crimes les plus odieux, le 8e Amendement réaf- firme le devoir d’un gouvernement à respecter la dignité de toutes les personnes », a estimé la juge Sonia Sotomayor, au nom des quatre juges progressistes de la minorité. « Aujourd’hui, cependant la Cour donne l’absolution à l’Etat de l’Oklahoma (...) et impose à un condamné d’identifier lui-même un moyen d’être exécuté », a-t-elle dit. Les 31 Etats (sur 50) qui autorisent la peine de mort souffrent d’une pénurie d’anesthésiants, que les fabricants européens refusent de fournir à des fins d’exécutions. Devantl’impasse,certainsEtatssont revenus à d’anciennes méthodes d’exécution: le peloton d’exécution pour l’Utah, la chaise électrique pour le Tennessee et l’inhalation d’azote pour l’Oklahoma. D’autres encore ont recours à des prépa- rateurs en pharmacie non homo- logués pour obtenir des produits et continuer à exécuter. D’autres ont suspendu leurs exécu- tions, dans l’attente de la décision de la Cour suprême. Dix Etats au total n’exécutent plus pour divers- es raisons tandis que 19 Etats ont purement et simplement aboli la peine de mort. Stricto sensu, la question que se posait la haute Cour portait sur la constitutionnalité du midazolam, un anxiolytique utilisé surtout par l’Oklahoma et la Floride (sud- est) avec l’intention de rendre le condamné inconscient avant l’administration du produit mortel. La peine de mort est-elle constitutionnelle? Mais à l’audience le 29 avril, comme en rendant la décision lundi, le débat a porté sur l’injection létale, approuvée il y a sept ans par cette même Cour, et l’avenir de la peine capitale aux Etats-Unis. Deux juges progressistes ont estimé lundi qu’il était temps de se poser une question basique: « est-ce que la peine de mort elle-même est con- stitutionnelle? », a demandé le juge Stephen Breyer. Confirmant la polémique qui entoure cette question, le juge ultraconservateur Antonin Scalia lui a rétorqué qu’ « à la différence du mariage gay, la peine de mort est approuvée par la Constitution ». « La plus grande partie de l’Amérique a tourné le dos à la peine de mort, seule une poignée de comtés persistent à mettre les gens à mort, il est temps de mettre fin à cette désastreuse expérience de la peine capitale », a jugé la puis- sante Union américaine de défense des libertés. Dale Baich, l’avocat des quatre plaignants condamnés à mort, a promis qu’ « en dépit du refus de la Cour d’intervenir dans cette question de fond, et en raison d’un risque substantiel de souffrances, la bataille judiciaire ne s’arrête pas là ». « Nous continuerons à œuvrer devant les tribunaux pour (...) empêcher les exécutions prob- lématiques à l’avenir », a souligné l’avocat. Le midazolam était en cause dans plusieurs exécutions récentes apparemment accompagnées de souffrances. Le 16 janvier 2014, dans l’Ohio (nord), Dennis McGuire est mort au bout de 26 minutes après avoir visiblement suffoqué. Le 29 avril, en Oklahoma, Clayton Lockett a succombé au bout de 43 minutes de râles et gémissements. Le 23 juillet, Joseph Wood en Ari- zona (sud-ouest) a péri 117 minutes après l’injection, contre une dizaine de minutes habituellement. La Cour suprême donne son feu vert à une méthode controversée d'exécution Sources : afp La Cour suprême, aux Etats-Unis. / Photo : SIPANY / SIPA ÉTATS-UNIS
  • 9. MARDI 30 JUIN 2015 N0 28 | 9 MONDE L e Conseil de sécurité des Nations unies a prolongé d’un an la mission de maintien de la paix au Darfour, lundi, bien que le gouvernement soudanais ait demandé la fin de cette opération visant à protéger les populations civiles et à leur délivrer de l’aide humanitaire. Une mission conjointe de l’Onu et de l’Union africaine (Unamid) est déployée depuis 2007 au Darfour, où un conflit avait éclaté en 2003 entre les forces gouvernementales et leurs alliés et des rebelles majoritaire- ment non arabes. Khartoum a demandé l’an dernier le départ de l’Unamid en raison de la volonté de cette dernière d’enquêter sur des accusations de viols de masse dont se seraient rendus coupables des soldats sou- danais dans la ville de Tabit. Mais les 15 membres du Conseil de sécurité ont voté à l’unanimité la poursuite de la mission pour protéger les populations civiles. « Ce n’est pas le moment de battre en retraite. Le Soudan compte le plus grand nombre de personnes déplacées en Afrique. Et elles ont davantage souffert en 2014 qu’au cours de la décennie précédente », a déclaré l’ambassadeur britan- nique à l’Onu, Matthew Rycroft, en commentant le vote. Les Nations unies estiment à 2,5 millions le nombre de déplacés en raison du conflit au Darfour, à 4,4 millions le nombre de personnes qui ont besoin d’aide et à 300 000 le nombre de morts depuis le début du conflit. L'Onu prolonge d'un an sa mission au Darfour Sources : Reuters L'ex-ministre gaulliste Charles Pasqua, 88 ans, est décédéSOURCES : AFP L ’ancien ministre Charles Pasqua, 88 ans, pilier de la famille gaulliste et parrain politique de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, est décédé ce lundi, a-t-on appris de sources con- cordantes. Ancien ministre de l’Intérieur, ex- sénateur des Hauts-de-Seine, il avait mis un terme en 2011 à sa carrière politique, marquée par une part d’ombre liée à ses activi- tés au sein de services d’ordre parallèles, ses réseaux africains et ses démêlés judiciaires. M. Pasqua était apparu la dernière fois en public le 30 mai pour le congrès fondateur des Républicains. M. Pasqua est décédé lundi à l’hôpital Foch de Suresnes, a précisé dans un communiqué le président du Conseil départemen- tal des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian (Les Républicains) en faisant part de la « profonde trist- esse » de l’ensemble des élus du département. Cité dans près d’une dizaine d’affaires (financement politique, vente d’armes à l’Angola), il avait été condamné définitivement en 2010 dans deux dossiers: à 18 mois de prison avec sursis pour le financement illégal de sa cam- pagne européenne de 1999, via la vente du casino d’Annemasse (Haute-Savoie), et à un an avec sursis par la Cour de justice de la République (CJR) dans l’affaire des détournements de fonds au préjudice de la Sofremi (exporta- tion de matériel de sécurité). Né le 18 avril 1927 à Grasse (Alpes-Maritimes), Charles Pasqua, petit-fils de berger corse, s’était engagé à 16 ans dans la résistance et, gaulliste convaincu, il avait adhéré dès 1947 au Ras- semblement du peuple français (RPF). Il avait fait carrière dans la société Pernod-Ricard. Pièce maîtresse de l’équipe de Jacques Chirac dans les années 80, M. Pasqua était devenu min- istre de l’Intérieur en 1986-1988 dans le gouvernement Chirac. Il avait à nouveau occupé cette fonction avec rang de ministre d’Etat en 1993-1995 dans le gou- vernement d’Edouard Balladur, qu’il avait d’ailleurs préféré à M. Chirac lors de la présidentielle de 1995. Pilier des Hauts-de-Seine, départe- ment qu’il a présidé de 1973 à 1976 et de 1988 à 2004, ancien député et ancien sénateur, il s’était fait souffler la mairie de Neuilly- sur-Seine en 1983 par un jeune et ambitieux Nicolas Sarkozy, dont il avait contribué à l’ascension et dont il était redevenu proche par la suite. Il avait claqué la porte du RPR en 1999 pour fonder et présider un temps le Rassemblement pour la France (RPF), parti souverain- iste, à la tête duquel, associé avec Philippe de Villiers, il avait fait un meilleur score que la liste RPR-DL de Nicolas Sarkozy. L’ancien ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua. / Photo : bfmtv.com Des soldats gambiens de la force de maintien de la paix de l’ONU au Darfour. / Photo :
  • 10. 10 | N0 28 MARDI 30 JUIN 2015 ÉCONOMIE Les classes moyennes en AfriquePar Pierre Jacquemot La notion de classe moyenne en Afrique subsaharienne est difficile à saisir. Les critères d’identification et les usages fluctuent, ce qui rend ses relations avec la croissance économique, la stabilité politique ou la démocratie particulièrement mouvantes. L a notion est d’autant plus fragile que l’importance du secteur informel, le cumul systématique des activités par un même individu, la non-fiabilité des répertoires professionnels étab- lis par les États et le poids écrasant de la pauvreté ne cessent d’en diluer l’existence. Les interrogations sur les classes moyennes permettent pour- tant de cerner comment se constitue de nouveaux groupes sociaux en Afrique, singulièrement depuis une décennie marquée par une crois- sance économique soutenue dans la majorité des pays. Parmi ces groupes se retrouvent les populations en voie d’«enrichissement », mais aussi un ensemble d’individus qui émergent juste de la précarité quotidienne sans être pour autant à l’abri d’un déclassement soudain. La meil- leure connaissance du phénomène réclame la réalisation d’enquêtes systématiques comme celles pro- posées par le projet « Classes moy- ennes en Afrique », appuyé par le ministère des Affaires étrangères et européennes et l’AFD, une ten- tative originale associant photog- raphie, journalisme et recherche. Dans le cadre de ce projet furent menés des enquêtes et des report- ages photos sur le terrain (Côte d’Ivoire, Kenya, Maroc, Mozam- bique et Sénégal), plusieurs expo- sitions, l’édition d’un ouvrage photographique (Joan Bardeletti, Petite Prospérité, 2011) ainsi que des travaux de recherche pilotés par Dominique Darbon au centre de recherche « Les Afriques dans le monde » (LAM) de Bordeaux. Acculturation, perte des valeurs de solidarité Ce dossier d’Afrique contemporaine prolonge ce travail en proposant de nouvelles synthèses et les résultats de travaux complémentaires. Les deux premiers articles (Pierre Jacquemot et Dominique Darbon) tentent de circonscrire le concept. Le premier propose un état des lieux sur les repérages par les revenus et les comportements. Le phénomène est d’envergure, il accompagne la baisse du taux relatif de pauvreté (mais pas le nombre absolu de pauvres). Un cercle vertueux peut-il s’enclencher avec le double phénomène, classes moyennes et urbanisation ? D’aucuns le pensent : les consommateurs seront plus nombreux et les marchés gagneront en taille, la construction immobilière connaîtra un boom, comme la bancarisation de l’économie. D’autres pensent que de plus en plus individualistes et consuméristes, les classes moyennes pourraient être une source. Au plan politique, l’inter- rogation est totale : les groupes émergents mieux éduqués poussent-ils à l’évolution des institutions démocratiques ou bien sombrent-ils dans une « apathie » politique ? L’article de Dominique Darbon, le meilleur spécialiste français du sujet, analyse une littérature de plus en plus abondante, consacrée aux classes moyennes. Il montre que si cette catégorie est loin d’être parfaitement construite, il s’agit d’un objet de recherche fondamental parce qu’il permet de dévoiler des dynamiques sociales nouvelles qui agissent aussi bien sur l’économie que sur le politique. Il transforme aussi la manière de penser le développement, les politiques économiques et l’aide accordée au continent. Du fait de leur hétérogénéité, les divers groupes intermédiaires s’affirment plutôt par défaut, entre « ni vraiment pauvre, ni vraiment riche ». Cet écartèlement de la classe moyenne se retrouve au Kenya, l’une des plus importantes et des plus anciennes de l’Afrique au sud du Sahara. Vers des actions collectives Sa culture matérielle étudiée par Hervé Maupeu permet de dresser les contours d’une citoyenneté et de cerner son positionnement dans la vie politique ainsi que la nature de ses revendications. Fortement marquée par les épisodes électoraux et le débat constitutionnel récent, elle n’attend pas de l’État qu’il délivre des services publics, mais seulement qu’il garantisse un environnement juridique propice à la gestion des risques liés à la propriété et surtout des risques sociaux. À partir du cas des célèbres Nana Benz du Togo, Comi Toulabor s’interroge sur la manière avec laquelle les frustrations sociales prennent une expression politique. Les différentes ressources mobilisées dans l’action collective (mode d’organisation, démocratie interne, rapport des leaders au pouvoir, politisation de la base) permettent de comprendre pourquoi des frustrations réelles peuvent déboucher ou non sur des actions collectives. De manière singulière en Afrique où les programmes d’ajustement des années 1990 ont sensiblement réduit son envergure, l’État au Gabon tend quant à lui à demeurer une « valeur refuge » pour ceux qui désirent obtenir un statut social valorisé et des revenus stables. Pour Mélanie Soiron Fallut, l’entrée dans la fonction publique est dans ce pays à rente pétrolière le seul moyen d’éviter la pauvreté, d’avoir une situation stable, et de lier entre- elles plusieurs activités. Au-delà du prestige, une position de pouvoir dans le cadre familial, villageois ou urbain, peut en découler. « Quand le peuple peut abandonner les travaux manuels pénibles, il entre presque dans la petite prospérité », peut-on lire dans le Shijing (le canon de la poésie classique confucéen). La notion chinoise de « petite prospérité », qui évoque un groupe social qui peut désormais « souffler un peu et ne plus suer sang et eau pour survivre », fournit l’intuition la plus pertinente de la notion de petite classe moyenne en lui conférant une certaine homogénéité. Elle met en évidence, à partir des positions occupées sur les marchés du travail et de la consommation, les processus d’identification sociale et les évolutions économiques. Les stratégies d’entrée dans la « petite prospérité » identifiées dans trois villes du Cameroun (Yaoundé, Douala, Buéa) par Cindy Morillas sont centrées sur la constitution d’un fonds permettent à des individus « entre- prenants» de financer leurs études et le lancement d’une activité économique. Pratiques de consommation Dans son enquête menée à Niamey auprès d’une quarantaine de ménages susceptibles de constituer une « classe moyenne locale », Clélie Nallet met quant à elle en évidence les stratégies que trois groupes relativement distincts mettent en place afin d’accéder à des situations de « petite prospérité » et la représentation qu’ils se donnent de leur statut social : les jeunes stratèges, les commerçants « plaise à Dieu » et les femmes au revenu « argent de poche ». Léa Barreau-Tran analyse les trajectoires de vie de cinq mukheristas – micro-importatrices informelles – du Mozambique. Ces femmes ont toutes connu une évolution économique significative par rapport à leur milieu social d’origine. Mais quelle est l’influence de l’autonomie économique ainsi acquise sur leur capacité de négociation et de redéfinition des rapports de genre dans leurs vies professionnelles et privées ? En Afrique du Sud, les mesures post-apartheid du Black Economic Empowerment ont bouleversé le paysage social. Mais si le recrutement préférentiel de cadres noirs a permis l’apparition d’une classe moyenne dite des « diamants noirs », il s’agit de seulement trois millions de personnes, gagnant un salaire mensuel de plus de six mille rands (six cents euros), qui ne représentent que 7,5 % de la communauté noire. Dans une très grande majorité, les Noirs d’Afrique du Sud continuent de vivre sous le seuil de pauvreté et ne bénéficient pas des services de base comme l’eau et l’électricité. Le cas de la lower middle class noire de Soweto (Johannesbourg) est particulièrement intéressant. L’enquête d’Élodie Escusa porte sur ses pratiques de consommation, en lien avec les institutions informelles de socialisation ou de solidarité communautaire qui les entourent. Malgré le grand élan vers la consommation de masse des groceries, les traditions communautaires restent ancrées et les frontières sont visibles entre des groupes encore définis en termes raciaux. La géographie spatiale unique de Johannesbourg continue de structurer racialement les quartiers et donc les pratiques et les discours de ses habitants., Comme il sied pour appréhender une matière aussi malléable et qui échappe à la catégorisation formelle, la méthode adoptée dans ce dossier est celle de la pluralité des approches et des lieux d’observation. Des enquêtes dont les résultats sont présentés dans ce dossier semblent percer des traits communs aux classes moyennes : immersion directe dans l’urbain, polyactivités, inscription dans le jeu des inégalités sociales, consumérisme croissant mais parfois frustrant, émancipation vis-à-vis des solidarités traditionnelles, relative apathie politique… S’il fallait encore s’en convaincre, l’Afrique demeure un laboratoire privilégié pour l’analyse des mutations sociales contemporaines. REVENUSETCONSOMMATION « Quand le peuple peut abandonner les travaux manuels pénibles, il entre presque dans la petite prospérité ». / Photo: © actuphoto
  • 11. MARDI 30 JUIN 2015 N0 28 | 11 ÉCONOMIE Introduire les producteurs locaux dans la chaîne des fournisseursSource : Pro-Poor Tourism Partnership TOURISMEDURABLE Q uel est le potentiel d’achat, par exemple, pour les tissus d’ameublement (utilisés dans la fabrication d’articles d’artisanat, sets de table, bougies), les fournitures d’habillement (par exemple les uniformes, le linge de maison), les articles mis à la disposi- tion des clients (tels le papier recy- clé, les savons faits main), ou pour les services (commandes de fleurs, excursions et sorties) ou encore les produits alimentaires locaux ? Comprendre les défis Les opportunités de se procurer, du fait que la qualité, la quantité ou l’irrégularité des stocks de marchandises locales et des ser- vices disponibles sur place sont souvent mal exploitées et laissent souvent à désirer. Les producteurs locaux sont souvent mal rensei- gnés sur les règles strictes applica- bles aux marchandises destinées aux hôtels en ce qui concerne les normes de santé et de sécurité et ne savent pas trop non plus comment donner satisfaction aux touristes et arriver à produire la qualité recherchée. Souvent, les petits producteurs n’ont aucun accès à des facili- tés de crédit - seul moyen pour eux d’investir en vue d’améliorer leur production et de trouver des débouchés dans le secteur touris- tique – à moins qu’ils aient déjà des contrats en mains, qu’ils peu- vent montrer à leurs banques. Les talents créateurs, par ailleurs se perdent très vite, lorsque les importations d’objets d’artisanat bon marché font perdre sa valeur à l’artisanat local. Les gérants d’hôtels et les responsables des achats et fournitures ont pris l’habitude de dépendre de fournis- seurs avec lesquels ils traitent depuis longtemps, aussi sont- ils rarement disposés à changer pour s’adresser à des fournisseurs locaux. En général, les hôteliers règlent leurs factures de marchan- dises reçues dans les 30 à 90 jours après la date de livraison. Les pro- ducteurs locaux ne peuvent pas opérer de cette façon, vu qu’ils n’ont pas de capital de travail. En conséquence, ils ne peuvent pas traiter avec les hôtels. Certes, les producteurs locaux ont des marchandises à offrir et les hôte- liers voudraient bien les acheter, mais il n’y a pas entre eux de « marché » établi qui pourrait leur permettre d’entrer en rela- tions, ou faire qu’ils partagent les informations courantes, négocient les contrats et les délais de livrai- son. La fréquence de production des produits saisonniers ne coïn- cide pas toujours avec la saison touristique. Dans certains pays, des modifications de la politique gouvernementale seraient néces- saires pour inciter les agriculteurs à promouvoir le développement des liens entres les maillons de l’économie locale et à tirer le max- imum de revenus de l’industrie touristique. Quelles opportunités à envisager Pour les hôteliers qui veulent bien s’approvisionner auprès des fournisseurs locaux, les opportu- nités ainsi créées sont les suiv- antes : • Utiliser des produits distinc- tifs, qui peuvent donner à chaque hôtel un cachet particulier et en même temps faire connaître les produits du pays. • Offrir un plus grand choix d’activités locales, ce qui pour- rait motiver le client à rester plus longtemps et même, par la suite, à réserver pour des séjours plus longs. • Réaliser une économie, si le coût des marchandises locales et des services offerts sur place s’avère moins élevé. • Créer un réseau de collaboration locale.Pourlespetitsentrepreneurs et les microsociétés commerciales, la possibilité de vendre leurs produits aux hôtels servirait à leur ouvrir des débouchés inespérés et leur offrirait même l’opportunité d’augmenter leur production tout en améliorant la qualité, la gamme et la commercialisation de ces produits. Le projet dit « Code des Recommandations », que prépare la Federation of Tour Operators (voyagistes) du Royaume- Uni, favorise les hôtels qui s’approvisionnent sur place en produits indigènes à l’île et achetés aux petits agriculteurs locaux, plutôt qu’aux grossistes ou aux grandes surfaces. Quelles solutions peut-on proposer? Recommandations d’ordre pra- tique. Il conviendrait que les HOTELIERS veuillent bien : - Changer leur mode de règlement : les factures des petits entre- preneurs doivent être payées au comptant, à la livraison ou dans la quinzaine qui suit, autrement il leur est impossible d’opérer. - Faire preuve d’imagination : plutôt que de revenir toujours aux mêmes fournisseurs lorsqu’il faut, par exemple, commander de nouveaux uniformes, se demander si on pourrait les faire réaliser par une couturière locale, d’après une création de mode locale aussi. Lors de rénovations ou de l’agrandissement des bâtiments, voir si l’on peut inclure dans la décoration des sculptures ou objets d’art locaux. - Modifier les conditions des contrats : l’idée serait de passer davantage de mini-contrats, à une échelle qui soit plus à la portée des petits producteurs locaux, de façon à étaler les bénéfices et aussi les risques. - Désigner un arbitre qui devra identifier et guider les nouveaux fournisseurs et, après quelque temps s’assurer qu’ils font bien partie intégrante des opérations journalières et de la chaîne des fournisseurs réguliers. - Établir un ordre de priorité pour les produits locaux à introduire dans la chaîne des fournitures à acheter sur place, en utilisant une stratégie de principe et une certaine connaissance de ce type de marché, sans oublier les consi- dérations pratiques tels : prix de revient, et la possibilité de réaliser un bénéfice rapide, etc. Des AGENTS INTERMEDIAIRES pourraient apporter leur soutien aux hôteliers et les aider à trouver des fournisseurs sur place en : Recherchant les spécialités et les produits existant déjà sur place et en essayant de leur trouver une utilisation dans le contexte de l’hôtellerie locale. Stimulant la communication entre les hôteliers, les entrepreneurs locaux et les agents intermédiaires responsables de ces marchés. En créant un environnement qui soit propice à l’échange des informa- tions et des expériences faites. En multipliant les occasions de promouvoir les bonnes relations par le moyen de mécanismes tels la publication d’une lettre circu- laire mensuelle, des réunions, des programmes de radio, des sites internet etc. Apportant son soutien aux petits entrepreneurs qui sont disposés à améliorer leur production, leur planning commercial et la qualité de leurs produits (par exemple pour satisfaire les exigences des clients, respecter les normes de santé et de sécurité, ou pour tout autre impératif ayant trait à la règlementation en vigueur, les préférences des touristes, les demandes saisonnières ou autres). Les conseils pratiques ainsi donnés peuvent concerner des opérations de base telles, par exemple, la façon de préparer une facture ou d’effectuer le contrôle des stocks. Donner son soutien aux systèmes de crédit qui permettent aux petits entrepreneurs d’investir, forts d’une garantie de marché du secteur hôtelier. Encourager les institutions financières à faire preuve de sens innovateur et à émuler les investissements des petits commerçants ruraux. Faire la promotion des produits agricoles et de l’industrie légère émanant des communautés locales et destinés au commerce des hôtels et des touristes, tels petits cadeaux ou souvenirs. Encourager les études innova- trices et collatérales d’agences financières bien disposées envers les investissements en faveur de l’industrie locale, en particulier dans le secteur rural. Comment convaincre les hôteliers et autres fournisseurs de produits touristiques qu’ils doivent acheter davantage de produits locaux et utiliser les services offerts sur place ? Un plus grand choix d’activités locales motive le client à rester plus longtemps et même, par la suite, à réserver pour des séjours plus longs / www. restauration21.fr
  • 12. 12 | N0 28 MARDI 30 JUIN 2015 ÉCONOMIE La Grèce cherche à sauver ses banques, en les fermant provisoirement Source : AFP Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a tiré les conséquences dimanche soir de l’émoi provoqué par son annonce de référendum, en annonçant, sans surprise après un week-end de grande inquiétude en Grèce, un contrôle des capitaux et une fermeture provisoire des banques. Les Européens lancent la bataille pour le "oui" Sources : combinées RÉFÉRENDUMGREC A six jours d’un référendum à haut risque, les Européens ont lancé lundi la bataille du“oui”, tentant de convaincre les Grecs de ne pas tourner le dos à l’euro au moment où le pays, au bord du gouffre financier, a dû fermer ses banques. I l n’a pas précisé la durée de ces mesuresradicales,maislesmédias grecs tablaient sur leur maintien au moins jusqu’au référendum du 5 juillet. La Bourse d’Athènes devait aussi rester fermée, au moins lundi, selon une source proche du dossier. ? M. Tsipras est apparu dimanche soir à la télévision pour expli- quer que le refus de l’Eurogroupe (les ministres des Finances de la zone euro), samedi, de prolonger le programme d’assistance à son pays au-delà du 30 juin “a con- duit la BCE à ne pas augmenter la liquidité des banques grecques et a contraint la Banque de Grèce à activer les mesures de fermeture provisoire des banques et de limi- tation des retraits bancaires”. Le Premier ministre, omettant de citer parmi les causes de cet émoi sa soudaine annonce, dans la nuit de vendredi à samedi, d’un référendum a assuré d’un ton ferme que “les dépôts des citoyens dans les banques grecques sont absolument garantis”, tout comme le versement des salaires et des retraites, et il a invité la popula- tion au sang-froid. Alexis Tsipras a également dit avoir reformulé dimanche auprès de l’UE et de la BCE la demande de la Grèce d’une prolongation du programme d’aide dont elle bénéficie. Cette fois, la requête a été adressée au “président du Conseil européen et aux 18 dirige- ants des Etats membres de la zone euro, ainsi qu’aux présidents de la BCE, de la Commission et du Parlement européen. “J’attends leur réponse immédiate à cette requête démocratique de base”, a-t-il ajouté dans son allocution télévisée. “Ce sont les seuls qui peuvent le plus rapidement pos- sible, et même ce soir, renverser la décision de l’Eurogroupe et donner la possibilité à la BCE de rétablir le flux des liquidités des banques”, a-t-il déclaré. Signaux positifs des créanciers La mise en place d’un contrôle des capitaux avait été redoutée tout le week-end, et les distributeurs de billets grecs ont été mis à sec. “J’ai essayé plusieurs machines, cinq, six, huit, dix...”, a dit à l’AFP Voula, excédée. “Je suis inquiète, triste et en colère contre le gou- vernement. Je le déteste !”. Hors de Grèce également, la préoccu- pation du +cash+ se faisait plus pressante. Plusieurs pays, dont l’Allemagne, ont encouragé leurs ressortissants qui se rendent en Grèce pour les vacances à partir avec beaucoup d’argent liquide. Cependant, les créanciers ont envoyé dimanche des signaux positifs, D’abord, la Banque cen- trale européenne, qui a donné un répit à la Grèce en maintenant intact le plafond de fourniture de liquidités d’urgence aux banques grecques, alors qu’on craignait qu’elle leur coupe les vivres. Le Commissaire européen Pierre Moscovici a aussi répété sur Twit- ter le mantra de la Commission : “la porte est toujours ouverte” pour négocier. Son patron Jean- Claude Juncker a, quant à lui, tweeté le texte de la proposition des créanciers “pour l’information du peuple grec”, laissant enten- dre en creux que, si les électeurs approuvent ces propositions, il sera encore temps de s’entendre. M. Juncker doit donner pro- chainement une conférence de presse très attendue. Le Premier ministre français Manuel Valls a exhorté les Grecs à “revenir à la table des négocia- tions” et appelé à “tout faire” pour que la Grèce reste dans l’euro. Quant au FMI, il a fait savoir qu’il restait prêt à “apporter son aide”. Mais les marchés financiers, sou- vent prompts à des réactions très volatiles, risquent de mal prendre ces nouveaux rebondissements et la journée de lundi pourrait être mouvementée. “Si vous me demandez si (les marchés) sont prêts à ce qui est en train de se passer en Grèce, je vous réponds que non : ils ne prévoient, dans leurs évaluations, aucun risque”, a déclaré dans un entretien avec La Stampa publié dimanche l’économiste de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) Catherine Mann. L’annonce du contrôle des capitaux n’a pas assommé les Grecs, qui s’y atten- daient. Yiannis Grivas, ensei- gnant, qui avait pris la précaution de retirer son salaire de 940 euros vendredi “n’avait pas peur d’un contrôle des capitaux”, car “il ne retire jamais plus de 50 euros par jour...”. Les mesures précises que va pren- dre la Grèce devaient être rendues publiques dans la nuit. Selon les premières rumeurs, les retraits seraient limités à 60 euros par personne. “ Un +non+ voudrait dire (...) que la Grèce dit +non+ à l’Europe”, a lancé à Bruxelles le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, critiquant très vivement le gouvernement de gauche radicale d’Alexis Tsipras et se disant “trahi” par la Grèce. “Je demand- erai aux Grecs de voter oui”, a-t-il dit, “parce que les Grecs fiers d’eux- mêmes et de leur pays doivent dire oui à l’Europe”. Comme lui, après la rupture brutale des négociations entre Athènes et ses créanciers, plus- ieurs dirigeants européens, dont la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, François Hollande, ont fait le pari du “oui”, liant le résultat du vote de dimanche au maintien ou non de la Grèce dans la zone euro. Car depuis samedi, la crise qui oppose le gouvernement grec à ses créanciers, Union européenne et Fonds monétaire international, a pris une tournure dramatique et inédite dans l’histoire de l’union monétaire. Réagissant à l’annonce surprise par Alexis Tsipras d’un référendum le 5 juillet sur le plan d’aide financière proposé par les créanciers en échange d’une série de réformes, la zone euro a décidé de ne pas prolonger l’assistance à Athènes, rendant la Grèce respon- sable de la rupture des négocia- tions. Le pays, dont les caisses sont vides, risque dès lors le défaut de paiement puisqu’il doit rem- bourser avant mardi soir quelque 1,5 milliard d’euros au FMI. Au- delà, se profile le scénario noir d’une possible sortie de la zone euro, le “Grexit” redouté par toute l’Europe. Pour préserver le pays d’un effondrement bancaire, le gouvernement grec a décidé de verrouiller le secteur financier et mis en place un contrôle des capitaux. Les banques resteront fermées jusqu’au 7 juillet, une décision qui a déstabilisé les Bourses mondia- les sans toutefois les faire pani- quer. Paris a terminé la séance en baisse de 3,74%, Francfort a perdu 3,56% et Londres 1,97%. A New York, Wall Street a ouvert en baisse, le Dow Jones perdant 0,41%. La Bourse d’Athènes s’est mise à l’abri des secousses en fer- mant pour une semaine. Euro contre drachme Alors que le gouvernement grec, refusant de soumettre le pays à une austérité accrue, a rejeté les propositions de réformes des créanciers, en particulier sur la TVA et les retraites, le référendum prend le caractère d’une consulta- tion sur le maintien ou non dans la zone euro, bien qu’Athènes réfute cette interprétation. Malgré l’échec des négociations, les portes ne semblaient pas défini- tivement fermées lundi. Dans une conversation téléphonique, François Hollande et le président américain, Barack Obama, sont tombés d’accord “pour favoriser une reprise des discussions” sur la crise grecque. Angela Merkel s´est dite aussi prête à de nouvelles négociations avec la Grèce “après le référen- dum”. “Je continue de répéter que, de notre côté, la porte est encore ouverte”, a lancé le pré- sident de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, affirmant qu’il était encore “concevable” d’éviter un “Grexit”. “Si l’euro échoue, l’Europe échoue”, a mis en garde Angela Merkel. Et pour le chef du gouverne- ment italien, Matteo Renzi, “le référendum grec ne sera pas un derby Commission européenne contre Tsipras, mais euro contre drachme. C’est ça le choix”.
  • 13. MARDI 30 JUIN 2015 N0 28 | 13
  • 14. L ’éducation scolaire en Haïti contribue à la fabrication des filles et des garçons. Les pre- mières sont perçues comme des proies, tandis que les seconds sont les Don Juan qui pensent affirm- er leur masculinité et leur virilité dans leur rôle de conquérants. Le harceleur croit toujours qu’il joue un rôle sexuel que lui a conféré la culture, tandis que la personne harcelée pense qu’elle attire et plait sans imaginer que le geste et le propos qui lui paraissent souvent plaisants et amicaux peuvent être objet de sanctions pénales si on légifère sur l’acte comme une agres- sion. Les bureaux, les lieux publics sont les scènes de la production de l’acte. Le harcèlement est perçu comme étant des gestes à être intégré dans les catégories des rôles sexuels. Au fait, dans les représentations sociales des rapports homme/femme, la femme est vue comme un objet de conquête, tandis que l’homme joue le rôle de conquérant. Donc, l’acte d’agression, en faisant abstraction des définitions des organismes nationaux et internationaux qui réfléchissent sur la violence liée au genre, correspond à un rôle sexuel auquel la tradition confère une sorte de légitimité. Cette légitimité résulterait des valeurs de la représentation des rôles sexuels de la socialisation des membres de la société. Ainsi, pouvons-nous observer, quand l’acte se produit, un triple silence a) le silence de la victime qui se perçoit comme une proie ou cible b) le silence du coupable qui pense jouer un rôle sexuel qui lui est conféré par la culture c) le silence du législateur qui ne crée aucune loi sur cette violence Ces trois silences nous invitent à l’étude du concept de représenta- tion collective à l’instar du socio- logue Emile Durkheim. Ce concept étant un indicateur qui doit per- mettre de comprendre le fait social comme la manifestation de la cul- ture des individus dans une socié- té. En effet, selon Durkheim, les représentations collectives sont le corps de représentations qui expri- ment la façon dont les individus se pensent dans les rapports sociaux qui les affectent. Infuses avec l’expérience collective, elles donnent aux choses leur valeur et leur signification. Elles sont donc les dépôts et les transmetteurs de l’expérience collective et ainsi incarnent et expriment la réalité de l’existence d’une société. La théorie durkheimienne nous invite à penser que les représenta- tions collectives peuvent légitimer l’acte d’harcèlement et nous fait découvrir le relativisme des sanc- tions, des lois dans une autre aire culturelle. Certes, cela ne signifie pas que l’acte est légal ou illégal. Mais, cela démontre que dans la conscience collective, le har- cèlement peut ou non renvoyer à la normalité ou la tendance à l’approbation. C’est un point de vue qui apporte un éclairage sur la vie collective, régie par un ensemble de normes et de valeurs qui sont relativement partagées par les individus du macrocosme social. Aussi, ce que les féministes définissent comme une agression sexuelle (le harcèlement sexuel) peut être culturellement admis comme la norme des rapports sociaux de sexe dans la société. Et les silences qui en résultent doivent être inscrits aussi, pour en avoir une bonne compréhension, dans cette perspective sociologique. Avant tout moralisme, essayons de comprendre ce que les acteurs pensent eux-mêmes des faits dans lesquels ils sont impliqués. A l’instar de Jacques Philippe Lehens qui croit que nous sommes tous des psychologues, nous pouvons penser que nous sommes aussi tous des sociologues. 14 | N0 28 MARDI 30 JUIN 2015 SOCIÉTÉ Harcèlement sexuel : représentations collectives et silencespar CHERISCLER Evens Boukman De toutes les violences liées au genre, le harcèlement demeure un fait social non identifié comme tel par les gens qui en sont victimes. En effet, ceux-ci ne tiennent pas compte qu’ils sont harcelés dans les rues, les bureaux, et les lieux publics. Pour certains, l’acte n’implique aucune culpabilité chez l’auteur et est perçu comme un jeu amical et plaisant. D’un autre côté, le harceleur croit affirmer, lorsqu’il s’agit d’un sexe masculin, sa masculinité et sa virilité. Et à certains égards, les victimes jouent le rôle de complice des agresseurs. Ce qui confère au comportement de ceux-ci une sorte de légitimité. Face à ce constat d’ignorance, les organismes féministes œuvrent à faire prendre conscience aux victimes du caractère répréhensif de l’acte qui porte atteinte à la dignité physique et morale des victimes nombreuses. Harcèlement sexuel. / Photo : femmeactuelle.fr HAÏTISOCIÉTÉ/DROITSHUMAINS
  • 15. MARDI 30 JUIN 2015 N0 28 | 15 SOCIÉTÉ Institution Sainte Elisabeth, vingt ans d'excellence par Walter Cameau L ’institution Sainte Elisabeth qui s’est établie à Delmas depuis octobre 1994, a fêté ses 20 ans d’existence avec ses anciens, nouveaux professeurs, élèves et parents. Le vendredi 26 juin, après la fer- meture des classes, les élèves, les professeurs et quelques parents se donnaient rendez-vous pour célé- brer l’anniversaire de l’école. Celle- ci a pris naissance à un moment difficile marqué par l’embargo et l’intervention militaire américaine. L’école qui a comme emblème : le « Flamboyant », un arbre de chez nous, a été fondée par monsieur et Madame Gabriel Cantave avec une seule salle de classe et deux élèves. Ils se souviennent encore de l’un deux : l’ingénieur Jeff Louis. « Nous avons choisi le flamboyant parce que c’est un arbre qui flam- boie…, nous voulons que nos élèves soient fiers de leur appartenance à l’alma mater partout où ils se trou- veraient ; qu’ils soient des Haïtiens aptes à développer leur potentiel », précise madame Anne Cary Pérault Cantave, la directrice. Le dimanche 28 juin, nous l’avons rencontrée, elle était très joyeuse en regardant monde, le spectacle offert par les anciens à l’occasion de ces vingt ans de son institution. L’institution Sainte Elisabeth est une école maternelle et fondamen- tale mixte. « Cela fait longtemps que mon mari et moi travaillions à l’édification de l’école. Nous avons eu deux élèves et une seule pièce au rez- de- chaussée, mais nous étions certains que nous allions fonder une grande école fondamentale et maternelle. C’était notre vision. Après vingt (20) ans nous pouvons dire que nous en sommes fiers», déclare madame Cantave. Elle voulait, nous dit-elle, avec l’aide de son mari, participer à l’éducation des jeunes qui, d’après elle, devrait être, comme une baguette magique, capable de changer les choses, les êtres, voire la société. Pour cette famille, l’éducation est la clef. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à lire et à écrire aux enfants, mais faire d’eux des gens responsables, utiles à la commu- nauté, explique-t-elle. Le staff de la direction de l’école et tous les professeurs n’ont pas travaillé en vain, parce qu’en regar- dant cette fête organisée par les anciens le dimanche 28 juin, on pouvait voir la joie, le bonheur sur tous les visages. Ils échangeaient, ils s’embrassaient et se rappelaient les beaux jours et les beaux souve- nirs. Des parchemins et décorations ont été remis à ceux ou à celles qui se sont signalés durant toutes ces années de bonne collaboration. Nos anciens élèves n’hésitent pas à confier leurs enfants à leur ancien établissement parce qu’ils sont cer- tains de la formation qu’ils vont recevoir. En ce qui a trait au recrutement des professeurs, madame Cantave tient à préciser qu’elle ne reçoit que des normaliens qui bénéficient d’une formation continue pour la bonne marche de l’école « parce que, sortir des sentiers battus, ce n’est pas facile », estime madame Cantave. Elle a tout réalisé de ses propres moyens sans la moindre subvention de l’État. Elle se dit prête à célébrer vingt autres années de son école, bien entendu avec Amina-kay, sa fille qui se prépare déjà à prendre la relève. A ujourd’hui, on est si accoutumé aux feuilletons télévisés, aux romans-photos et aux vidéos, que l’amour a fini par perdre son vrai sens. Ce que l’on voit dans les magazines, les feuilletons, les films, invite à réfléchir. Comment les femmes aimaient-elles dans le temps ? Voilà une question qui réclame l’attention. Elles ont connu l’amour réel : rencontrer un homme, un soir. Craquer pour son style et sa tenue vestimentaire bien sûr. « Wouyyy » ! quelle élégance ! La femme pouvait parler en ces termes : « J’ai passé toute une soirée à rêver de cet homme-là que j’ai vu aux cheveux propres, aux yeux tendres, qui portait des bretelles attachées à son pantalon « patte Fanfan ». Ce n’était pas un « bredjenn » s’il vous plait ! Bâton en main, souliers de cuir « ti ban » bien cirés qui martelaient le sol d’un « toc toc » sonore. C’était un gentilhomme qui saluait tout le monde. Finalement on a eu notre première rencontre, sous le toit de ma maison en compagnie de mon père et de ma mère. Je portais une robe longue, des chaussures effilées, un jupon noir que je devais porter à chaque tenue, peu importait l’épaisseur du tissu. C’est vraiment une rencontre familiale. Mon papa ne faisait que poser des questions et je n’ai pas eu le droit de donner mon point de vue lors même qu’il s’agissait de moi. Un principe était établi, le dernier dimanche de chaque mois devait être consacré à des débats relatifs à notre avenir. Bien qu’il se trouvât à cent pas de ma maison, il m’envoyait tous les soirs une lettre de sept pages, par le biais de son petit frère. Une lettre que je ne cessais de lire et relire, qui comportait de belles phrases à me faire tressaillir. « Emmène-moi où tu veux mon amour. Je ne peux pas rester sans toi. Mes sentiments pour toi et mon chagrin n’ont pas de limites. Ton absence me fait du tort et je me sens bien dans tes lignes. Mon amour, envoie moi un memo », tous les jours, avant 9h du matin, j’envoyais mes mots…… C’était notre façon d’aimer. L’amour et l’affection n’étaient pas les seules bases de notre relation. Des valeurs telles : loyauté et confiance étaient au rendez-vous et chacun de nous cherchait, au mieux, à maintenir la relation et à faire honneur à sa famille. Aujourd’hui, nous partons à la recherche de l’amour en vedette, comme un petit bateau à moteur qu’un enfant de cinq ans mettrait en marche pour rire ou s’amuser. On déclare nos sentiments à un homme pour faire des fans sur Twitter, Facebook et WhatsApp. Les rendez-vous amoureux commencent par un message en français que personne ne peut décrypter, hormis les amoureux… « G T3’M, G (-)anvi t’anbrase… a C Swa o Kwen 2 la ri », Dans les soirées, tout le monde sort avec tout le monde. Et c’est socialement très bien vu par tous… Les plus jeunes disent à leurs mamans…. OOOO la fille de Claude rentre à 10h et tu me demandes d’être à la maison à 6 heures, tu es folle ma chère. Se taper des mecs ou des gonzesses par dizaine est une affaire de fanm ki pa ret ak fanm, ou de bon flannè…. Le jeu de la séduction est jeté aux oubliettes. L’alcool et le « san fouk » font une grande partie du travail. L’histoire et la romance ne durent qu’une soirée, car il n’est pas question de se prendre la tête. On pourra même taxer un homme après une relation sexuelle. C’est tellement courant. Ma génération se laissant emporter par les feuilletons télévisés, pense que l’amour est une simple virgule dans une phrase alors qu’une virgule apporte beaucoup de sens à une phrase. Pourquoi ils n’ont pas pris l’amour du bon côté, une virgule qui apporte du sens à la vie, qui fait rêver, même en route pour l’école, à la salle de bain, à la cuisine, au supermarché. Voir cet homme si intelligent me fait fantasmer et malgré tout, il attend, avec beaucoup de patience, le jour où il découvrira le pays natal. Une porte avec serrure coincée, n’est pas un atout de nos jours. L’amour ce n’est pas des chaines de fourmis que l’on forme pour tracter des milles pattes, c’est bien différent. L’on ne peut pas séduire dix personnes à la fois, l’on ne peut pas construire une chaine avec ce qu’on a comme sentiment. Pourquoi ? Parce que ce qui nous lie à l’autre est inexplicable. Aimer vraiment, c’est aller vers quelqu’un, non pas seulement pour son image (sa beauté, sa ressemblance avec un tel), ni pour ce qu’il symbolise (un père, une mère, le pouvoir, l’argent), mais pour son secret. C’est une affection durable, un engagement sincère. Oui c’est une virgule, mais pas une simple virgule, celle qui donne sens à une vie, qui nous rend heureux. Et en lisant sur nos actions et nos visages tout le monde peut constater que la où il y a l’amour, il y a la joie. En lisant une phrase, si l’on omet la virgule, l’on perd le sens de la phrase. L'amour, Une Virgule par Emmanuela Laventure Les 20 ans de l’école Sainte Elizabeth de Delmas.
  • 16. Les 7 conseils anti coup de chaleurSources : le figaro.fr L e corps humain est une machine performante capable de s’adapter à des conditions environnementales difficiles, dont la chaleur. A condition toutefois qu’elle ne se prolonge pas trop et que l’on ait un accès facile à l’eau. C’est un peu moins vrai pour les nourrissons, les femmes enceintes, les personnes âgées. Et ça l’est encore moins pour ceux qui sont atteints de maladie chroniques ou prennent des médi- caments. Dans ces cas, les conseils adaptés du médecin ou du pharma- cien s’imposent. En outre, quelques conseils généraux sont utiles pour limiter les risques liés à la chaleur et surveiller les messages de son corps. Se créer une zone de fraîcheur La première précaution à prendre en cas de pic de chaleur est de disposer d’une «zone de fraîcheur» facilement accessible. L’endroit où vous pourrez vous installer plusieurs heures par jour pour que votre organisme reprenne des forces. Vous pouvez aussi passer deux ou trois heures par jour dans un centre commercial, une église ou un cinéma si votre appartement est trop chaud. D’autant que la chaleur fatigue! C’est même l’un des signes «de surchauffe corporel» qui doit vousalerter.Unefatigueinhabituelle peut signer une déshydratation en train de s’installer. Si besoin, réorganisez votre habitation pour dormir, au moins pendant la vague de chaleur annoncée, dans la pièce la plus fraîche de la maison. La canicule de 2003 a montré que le fait de dormir dans une chambre sous les toits (endroit le plus chaud du logement) multipliait le risque de décès par quatre. Protéger son logement Votre domicile doit être conçu pour conserver au maximum la fraîcheur. Une bonne isolation thermique des plafonds, des murs, des baies vitrées est nécessaire, ainsi que l’existence de volets extérieurs ou de stores. Ceux-ci seront bien sûr maintenus fermés côté soleil et ouverts côté ombragé, du moins si cela permet la réalisation de courants d’air (sinon mieux vaut les maintenir fermés). Dans ce cas, un linge humide (type serviette de bain) suspendu devant les fenêtres contribue à refroidir l’atmosphère par évaporation. Toutes les fenêtres pourront être ouvertes après le coucher du soleil et lorsque la température extérieure aura baissé. Surveillez la couleur de ses urines Si vos urines sont de couleur jaune pâle, pas de problème, mais si elles sont jaune foncé il se peut qu’elles soient trop concentrées. C’est alors le signe possible d’une déshydratation débutante, soit parce que vous ne buvez pas assez, soit parce que vous transpirez beaucoup. La transpiration est le moyen dont dispose l’organisme pour évacuer la chaleur interne (Un bébé qui transpire et probablement trop couvert). En temps normal, lorsque le sang traverse les reins pour être filtré et purifié ceux-ci laissent partir l’eau pour faciliter l’élimination des toxines. Mais lorsqu’il fait chaud (ou que l’on est déshydraté), l’organisme accentue son recyclage interne de l’eau et évite autant que possible de la «gâcher» par élimination urinaire. Boire régulièrement Inutile d’attendre d’avoir soif pour boire. Au pire, si vous buvez trop (sous réserve que vos reins fonctionnent correctement) le trop plein sera éliminé dans l’urine. En revanche, si vous êtes malade, notamment insuffisant cardiaque ou sous traitement prolongé, parlez-en à votre médecin ou votre pharmacien qui aura des conseils spécifiques pour votre situation. En particulier s’agissant des adaptations de doses voir l’arrêt de certains traitements. L’idéal est de boire de l’eau, voire des jus de fruits pressés, mais il faut éviter l’alcool, les boissons sucrés (sodas etc.) et le café. Faites preuve de bon sens Il faut bien sûr éviter de sortir aux heures les plus chaudes de la journée et a fortiori avoir une activité physique ou sportive. Il faut aussi privilégier des vêtements amples, légers et clairs. Préférer le coton qui laisse passer l’air et absorbe la transpiration. Pour se rafraîchir on peut placer un pain de glace ou un sac de glaçon dans un courant d’air ou devant un ventilateur. Les brumisateurs sont aussi utiles. Le simple fait de se vêtir plus légèrement ou de se rafraîchir (douches, brumisation) réduit de plus d’un tiers le risque de décès! Privilégier les plats froids et éviter l’usage du four ou de tout autre source de chaleur. Noter le numéro 0800.06.66.66 L’institut national de prévention et d’éducation pour la santé a mis en place le N° de Canicule info service (0800.06.66.66), une plateforme téléphonique qui fonctionne en juin, juillet et août, du lundi au samedi hors jours fériés de 8 heures à 20 heures. L’appel est gratuit à partir d’un poste fixe. Sachez aussi qui vous pouvez appeler si besoin mais également qui, dans votre entourage, peut avoir besoin de votre aide. Et si vous connaissez des personnes âgées, handicapées ou fragiles qui sont isolées, incitez- les à s’inscrire sur la liste de la mairie afin qu’ils reçoivent l’aide de bénévoles. Savoir quoi faire en cas de coup de chaleur Si la déshydratation s’accentue d’autres symptômes apparaissent: manque d’énergie, maux de têtes, vertiges, crampes, etc. En cas de coup de chaleur la peau est sèche et chaude. En dépit de l’élévation de la température interne (que l’on peut prendre avec un thermomètre auriculaire ou rectal), on ne transpire plus car l’organisme est en épargne hydrique maximale. Il n’y a d’ailleurs plus non plus d’urine. Il est plus que temps d’appeler le 15. En attendant les secours: placer la personne au frais, lui enlever ses vêtements, l’asperger d’eau et créer un courant d’air. On peut aussi placer une poche de froid sur l’aine car une artère à gros débit, l’artère fémorale, passe juste sous la peau, ce qui permet de refroidir tout l’organisme (on peut aussi utiliser l’artère carotide, au cou, si cela est plus pratique). A défaut de poche de froid un linge trempé dans l’eau froide peut aussi soulager. 16 | N0 28 MARDI 30 JUIN 2015 SOCIÉTÉ Buvez régulièrement, votre corps fera le reste. Bien supporter les fortes chaleurs impose de prendre quelques précautions et de connaître les signes de déshydratation.
  • 17. MARDI 30 JUIN 2015 N0 28 | 17 CULTURE Gerbes d'hommages et de reconnaissance à René DépestrePar Schultz Laurent Junior. I l est important et utile de voir le documentaire de Roxane Ledan consacré à René Dépestre pour mieux appréhender les différentes facettes de cet écrivain militant, pour mieux comprendre ses luttes et ses déboires, ses pérégrinations, ses con- victions et ses combats, ses échecs et sa réussite aussi ; bref, toutes les qual- ités qui illuminent, tel un ciel con- stellé, la profondeur de son âme. Le documentaire campe en des termes nets, le profil de René Dépestre le révolutionnaire, l’intarissable nomade aux racines multiples, l’intellectuel qui cache dans les fibres les plus sensibles de son cœur son amour démesuré pour les femmes. Ce moment consacré vendredi dernier à René Dépestre fut en même temps l’occasion d’écouter de très beaux chants interprétés par Wooly Saint-Louis et Tamara Suffrin, sans oublier la participa- tion du groupe Oxygen, un quintet qui a émerveillé le public en chan- tant des chansons tirées de notre riche répertoire. La musique était belle. Elle a ouvert ses ailes. Elle nous a fait voguer dans l’espace spacieux de notre imagination pour rencontrer René Dépestre l’homme des rêves envolés. Avec la participation des intel- lectuels de notre paysage socio- politique on comprend, dans ce mini film, l’itinéraire fulgurant de Dépestre, lauréat du prix Renau- dot en 1988 pour son magnifique récit : Hadrianna dans tous mes rêves. Michaelle Jean, nièce de l’auteur, ex gouverneure générale du Canada, actuelle secrétaire de l’Organisation internationale de la Francophonie, s’est retournée sur les rives du passé pour nous raconter brièvement l’histoire de la famille, notamment celle des parents de Dépestre. Orphelin de bonne heure, René Dépestre était l’enfant choyé de sa mère qui lui a inculqué les valeurs intellectuelles et morales pour qu’il puisse, ainsi que ses autres enfants, s’éveiller à sa personnalité. Outre la parole de Dieu, retrouvée aussi dans les missels de la messe, elle a tout autant désiré dans son for intéri- eur que son fils apprenne le dic- tionnaire par cœur pour enrichir son esprit. Si Gérard Bloncourt, son compa- gnon de combat de la revue La Ruche, s’est contenté de racon- ter son amitié avec l’auteur et de souligner en lettres fortes qu’un pays qui a produit un Jacques Roumain, un Jacques Stephen Alexis, un René Dépestre ne peut pas mourir ; Dany Lafferière de l’Académie française, le fils de Petit Goâve, a fait un bref survol sur l’œuvre de l’auteur de Bonjour et adieu à la négritude. L’auteur de l’Enigme du Retour nous fait découvrir l’écrivain et sa vision du monde. Essayiste, poète et romancier Dany Laf- feriere a révélé que les jeunes de l’époque apprenaient par cœur les poèmes de Gerbes de sang et Étincelles. Établissant un rapport entre Gouverneurs de la Rosée et Hadriana dans tous mes rêves, Lafferiere a fait remarquer que dans le premier roman il faut trouver la source pour pouvoir trouver l’amour, tandis que dans le second s’ouvre une fenêtre par où l’esprit peut passer pour ren- contrer l’autre dans ce qu’il y a chez lui d’essentiel. De confidences en confidences, René Dépestre, lui-même, dévoile de temps en temps son intimité, parle de sa curiosité intellectuelle. Infirmier, il s’occupe désormais de sa femme paralysée tout en continuant à écrire. Il est revenu sur son parcours fait de heurts, de silences, d’engagements et de questionnements. Son passage à l’Unesco, nous confie-t-il, lui a permis de voir la vie sous un autre angle. Haïti c’est mon socle solide affirme-t- il. Cependant, Il reconnait que le désir est la première forme de subversion, tout au long de cet entretien qui s’est déroulé dans la bibliothèque de sa maison située à Lézignan-Corbières en France. Les murs de sa bibliothèque sont ornés de photos de Che Guevara, Aimé Césaire, Gérard Bloncourt son ami et tant d’autres. Pour la réalisatrice Roxane Ledan « René Dépestre est un homme de création. Toute petite il a fas- ciné mon enfance. Il est pour moi un exemple à suivre au même titre que Gabriel Garcia Marquez, Nelson Mandela. René Dépestre est celui qui aide les haïtiens à prendre conscience de leur capacité à rénover les fondements historiques de leur identité. » Écrivain engagé, jacmélien pure souche, René Dépestre a reçu un vibrant hommage à l’Institut français d’Haïti le vendredi 26 juin 2015 dans la soirée. Roxane Ledan de « Haiti Bel » a fait revivre dans un documentaire passionnant les moments forts et palpitants de la vie de cet auteur qui s’est donné dans un total abandon à la littérature. René Dépestre. / Photo: emmila. canalblog.com