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Pour la Suisse seule, selon les statistiques de
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le taux de la charge sociale, soit le rapport entre
les recettes des assurances sociales et le PIB, qui
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l'économie, se situe aux alentours de 25 %.
Ces prélèvements obligatoires retrouvent bien
entendu le chemin de l'économie sous forme de
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sa grande sagesse, a veillé à ce que l'administra-
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des « institutions » financières professionnelles,
et à ce que les investissements autorisés soient
limités à certaines catégories d'actifs (actions,
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Alors que l'épargne est le moteur de l'inves-
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des montants colossaux sont finalement investis
dans la pierre, des obligations d'État ou d'entre-
prises et, dans une moindre mesure, dans des
actions des sociétés cotées les plus importantes
et apparemment les plus saines.
Il se trouve que la « population » des entreprises
cotées sur des bourses est restreinte (47 520 au
total en 2012, en baisse de 6,7 % depuis 2005),
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Ces entreprises, une centaine d'États et quelques
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l'essentiel de l'épargne mondiale, contribuant à
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boursiers et immobiliers. Si une telle étude était
faite, je pense que nous devrions ainsi également
constater, à l'instar de la richesse mondiale, que
le 1 % des institutions canalise au moins le 80 %
Dans un vaste élan de solidarité puisant son éner-
gie dans le souvenir de l'horreur de deux guerres
mondiales en 30 ans, notre pays a introduit une
assurance vieillesse et survivants obligatoire
le 1er
janvier 1948. Les trente glorieuses ayant
suivi la fin de la 2e
Guerre mondiale ont été
synonymes de croissance continue et soutenue,
génératrice de confiance dans les institutions et
l'avenir. Dans ce contexte fut introduite, en 1985,
la Loi sur la Prévoyance Professionnelle Obli-
gatoire qui devait garantir à terme le maintien
du niveau de vie des personnes à leur retraite.
Cette prévoyance obligatoire fut complétée par
ce que l'on appelle aujourd'hui le 3e
pilier ou la
prévoyance individuelle, encouragée par des
incitations fiscales. Dans les mêmes périodes, ces
« poires pour la soif » de nos vieux jours se sont
généralisées dans la plupart des pays dévelop-
pés sous des formes adaptées aux cultures, aux
moyens financiers et aux forces en présence.
Or, depuis l'introduction de ces diverses couver-
tures d'assurance, notre espérance de vie à 65 ans
a fortement progressé, de 8 ans environ depuis
1948, pour dépasser largement les 80 ans pour
les hommes et les femmes. L'allongement de
l'espérance de vie nécessite des moyens toujours
plus importants pour financer la couverture
promise à la retraite.
Antoine Praz
ElenaBudnikova
13
chronique / la vie des entrepreneurs
de l'épargne mondiale, dans l'espoir de pouvoir financer à terme nos vieux
jours. Dans le contexte économique actuel j'émets de très forts doutes quant
à la possibilité qu'à terme ce système puisse survivre.
En réalité, le quotidien de l'épargnant est fort différent puisqu'il ne travaille
généralement pas dans une entreprise cotée bénéficiant de l'investissement
de son épargne, mais plutôt dans une PME. Ainsi en Suisse, près de 70 %
des emplois se trouvent dans des entreprises de moins de 250 personnes,
et probablement que la proportion des personnes travaillant dans des
entreprises cotées en Suisse est inférieure à 10 %.
Son épargne est ainsi utilisée par des entreprises et institutions qui sont
fort éloignées de ses préoccupations quotidiennes et pour lesquelles il n'a
peut-être même pas forcément de grandes affinités, voire même parfois
une certaine animosité. L'épargnant aurait ainsi intérêt à ce que son
épargne soit utilisée pour investir dans des activités de proximité, dans
de plus petites entités, créatrices d'emplois, innovantes, et sur lesquelles il
peut avoir une plus grande influence. Nous sommes loin de ce cas de figure
puisque, alors que des sommes colossales sont disponibles, des start-up et
des sociétés en développement dans notre pays peinent à trouver le finan-
cement nécessaire. Ce fut ainsi le cas de la société Dahu, créatrice d'une
chaussure de ski et d'après-ski innovatrice, dont le CEO et fondateur s'est
amèrement plaint dans les médias d'avoir dû se tourner vers l'étranger pour
trouver le financement nécessaire à son développement. Notre épargne
est ainsi prise en otage, depuis sa collecte jusqu'à
sa redistribution, par un système dans lequel de
plus en plus d'individus n'ont plus confiance
ou, au mieux, essaient de se convaincre de lui
faire confiance, en « priant » pour qu'il n'explose
pas de leur vivant. Il serait temps de retrouver
plus de démocratie directe dans notre système
et de redonner plus de liberté et d'initiative à
l'épargnant.
Dans ce contexte, nous ne pouvons qu'appeler de
nos vœux l'émergence de plateformes de crowd-
funding, crowdlending, crowdinvesting, qui
devraient permettre à tout un chacun d'investir
en son âme et conscience dans des activités qu'il
considère lui comme porteuses d'avenir.
Nous vivons dans un paradoxe, avec une démo-
cratie directe permettant à tout citoyen au béné-
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capitales pour l'avenir de notre pays, alors qu'on
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  • 1. Finance Une Asie séduisante à l’extrême Philanthropie(s) Anouk Foundation : pour que les murs s’ensoleillent Index éducation : 15 mentors d’influence Culture(s) Significations du rire Invité Tibère Adler, directeur romand d’Avenir Suisse Investir Japon : cap sur le soleil levant Marché de l’art Alberto Giacometti : la sculpture au plus haut 8 CHf dossier l’équation islamique : une affaire de compliance
  • 2. 12 chronique / la vie des entrepreneurs Pris en otage Cette vaste entreprise d'assurance de vieux jours heureux et ensoleillés entraîne par ailleurs un gigantesque transfert des ressources financières vitales des entreprises et individus à des insti- tutions réglementées, chargées de veiller sur une cassette à n'ouvrir que dans 20-30-40 ? ans. Pour la Suisse seule, selon les statistiques de l'OFAS (Office Fédéral des Assurances Sociales), le taux de la charge sociale, soit le rapport entre les recettes des assurances sociales et le PIB, qui est un indicateur de la charge relative que font peser les recettes des assurances sociales sur l'économie, se situe aux alentours de 25 %. Ces prélèvements obligatoires retrouvent bien entendu le chemin de l'économie sous forme de rentes,d'investissements,maislelégislateur,dans sa grande sagesse, a veillé à ce que l'administra- tion et la gestion de cette fortune soit confiée à des « institutions » financières professionnelles, et à ce que les investissements autorisés soient limités à certaines catégories d'actifs (actions, obligations, immobilier), dans des proportions plus ou moins importantes, avec pour objectif ultime d'assurer la couverture des prestations. Alors que l'épargne est le moteur de l'inves- tissement dans des activités génératrices de croissance, d'innovation et de prospérité futures, des montants colossaux sont finalement investis dans la pierre, des obligations d'État ou d'entre- prises et, dans une moindre mesure, dans des actions des sociétés cotées les plus importantes et apparemment les plus saines. Il se trouve que la « population » des entreprises cotées sur des bourses est restreinte (47 520 au total en 2012, en baisse de 6,7 % depuis 2005), selon les statistiques de la Banque mondiale. Ces entreprises, une centaine d'États et quelques milliersdecollectivitéspubliquescapturentainsi l'essentiel de l'épargne mondiale, contribuant à faire gonfler artificiellement la valeur des actifs boursiers et immobiliers. Si une telle étude était faite, je pense que nous devrions ainsi également constater, à l'instar de la richesse mondiale, que le 1 % des institutions canalise au moins le 80 % Dans un vaste élan de solidarité puisant son éner- gie dans le souvenir de l'horreur de deux guerres mondiales en 30 ans, notre pays a introduit une assurance vieillesse et survivants obligatoire le 1er janvier 1948. Les trente glorieuses ayant suivi la fin de la 2e Guerre mondiale ont été synonymes de croissance continue et soutenue, génératrice de confiance dans les institutions et l'avenir. Dans ce contexte fut introduite, en 1985, la Loi sur la Prévoyance Professionnelle Obli- gatoire qui devait garantir à terme le maintien du niveau de vie des personnes à leur retraite. Cette prévoyance obligatoire fut complétée par ce que l'on appelle aujourd'hui le 3e pilier ou la prévoyance individuelle, encouragée par des incitations fiscales. Dans les mêmes périodes, ces « poires pour la soif » de nos vieux jours se sont généralisées dans la plupart des pays dévelop- pés sous des formes adaptées aux cultures, aux moyens financiers et aux forces en présence. Or, depuis l'introduction de ces diverses couver- tures d'assurance, notre espérance de vie à 65 ans a fortement progressé, de 8 ans environ depuis 1948, pour dépasser largement les 80 ans pour les hommes et les femmes. L'allongement de l'espérance de vie nécessite des moyens toujours plus importants pour financer la couverture promise à la retraite. Antoine Praz ElenaBudnikova
  • 3. 13 chronique / la vie des entrepreneurs de l'épargne mondiale, dans l'espoir de pouvoir financer à terme nos vieux jours. Dans le contexte économique actuel j'émets de très forts doutes quant à la possibilité qu'à terme ce système puisse survivre. En réalité, le quotidien de l'épargnant est fort différent puisqu'il ne travaille généralement pas dans une entreprise cotée bénéficiant de l'investissement de son épargne, mais plutôt dans une PME. Ainsi en Suisse, près de 70 % des emplois se trouvent dans des entreprises de moins de 250 personnes, et probablement que la proportion des personnes travaillant dans des entreprises cotées en Suisse est inférieure à 10 %. Son épargne est ainsi utilisée par des entreprises et institutions qui sont fort éloignées de ses préoccupations quotidiennes et pour lesquelles il n'a peut-être même pas forcément de grandes affinités, voire même parfois une certaine animosité. L'épargnant aurait ainsi intérêt à ce que son épargne soit utilisée pour investir dans des activités de proximité, dans de plus petites entités, créatrices d'emplois, innovantes, et sur lesquelles il peut avoir une plus grande influence. Nous sommes loin de ce cas de figure puisque, alors que des sommes colossales sont disponibles, des start-up et des sociétés en développement dans notre pays peinent à trouver le finan- cement nécessaire. Ce fut ainsi le cas de la société Dahu, créatrice d'une chaussure de ski et d'après-ski innovatrice, dont le CEO et fondateur s'est amèrement plaint dans les médias d'avoir dû se tourner vers l'étranger pour trouver le financement nécessaire à son développement. Notre épargne est ainsi prise en otage, depuis sa collecte jusqu'à sa redistribution, par un système dans lequel de plus en plus d'individus n'ont plus confiance ou, au mieux, essaient de se convaincre de lui faire confiance, en « priant » pour qu'il n'explose pas de leur vivant. Il serait temps de retrouver plus de démocratie directe dans notre système et de redonner plus de liberté et d'initiative à l'épargnant. Dans ce contexte, nous ne pouvons qu'appeler de nos vœux l'émergence de plateformes de crowd- funding, crowdlending, crowdinvesting, qui devraient permettre à tout un chacun d'investir en son âme et conscience dans des activités qu'il considère lui comme porteuses d'avenir. Nous vivons dans un paradoxe, avec une démo- cratie directe permettant à tout citoyen au béné- fice du droit de vote de prendre des décisions capitales pour l'avenir de notre pays, alors qu'on lui dénie la faculté de disposer librement du fruit de son labeur. Drôle d'époque.