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Regards sur le monde 
réseaux sociaux : 
de nouveaux acteurs 
géopolitiques 
Tristan Mendès France * 
L’essor des réseaux sociaux entraîne une nouvelle forme 
de circulation de l’information entre individus, mais 
également entre institutions et individus et entre institutions 
elles-mêmes. Les États tirent notamment de plus en 
plus parti de leur usage, en particulier à travers les jeux 
* Tristan Mendès France 
est blogueur et journaliste, spécialiste 
des nouvelles cultures numériques. Il 
enseigne au CELSA (École des hautes 
études en sciences de l’information et 
de la communication), à l’université 
Paris 7-Diderot et à l’École des métiers 
de l’information à Paris. 
Plusieurs conflits récents ont montré que la communication 
diplomatique ou la propagande étaient devenues des pratiques fort 
développées sur les réseaux sociaux. Quant aux plateformes qui sont 
à l’origine de ces réseaux, elles sont confrontées en retour 
à des pressions importantes qui les hissent au rang de nouveaux 
acteurs des relations internationales. 
Les réseaux sociaux ont fait une apparition 
spectaculaire sur la scène mondiale au moment 
de ce que les médias ont appelé les « printemps 
arabes » 1. A soudainement fait surface l’expres-sion 
de voix, nombreuses et décentralisées, de 
simples individus, qui restaient jusque-là étouf-fées 
par des régimes dictatoriaux ou autoritaires. 
Ces voix ont atteint une audience mondiale qui 
leur était auparavant inaccessible. 
Si ces plateformes sont désormais bien 
installées dans les usages du monde contem- 
1 Sur le sujet, voir le dossier spécial de Questions internationales, 
« Internet à la conquête du monde », no 47, janvier-février 2011, 
et notamment l’article de Youssef El Chazli, « De quelques 
usages politiques d’Internet sur les bords du Nil », qui prédisait la 
chute du régime de Hosni Moubarak à partir d’une mobilisation 
des Égyptiens sur les réseaux sociaux. 
102 Questions internationales no 68 – Juillet-août 2014 
porain, c’est d’abord du fait de leurs utilisa-teurs, 
militants ou non, qui en ont montré toute 
la puissance. Dans le même temps, les réseaux 
sociaux sont devenus un enjeu international, car 
les États ont commencé à s’en emparer pour leur 
communication, diplomatique notamment. Ayant 
réalisé tardivement l’importance du phénomène, 
ils tentent dorénavant de rattraper leur retard, 
avec plus ou moins de bonheur. 
Contrairement aux logiques tradition-nelles 
de communication, les réseaux sociaux 
brouillent les lignes classiques entre émetteur 
et récepteur et invitent les acteurs étatiques à 
s’y exprimer d’une façon qui ne leur est pas 
toujours familière. À ce premier niveau de 
difficulté s’ajoute le fait que les usages qui en 
découlent sont encore loin d’être définitivement 
d’influence qui s’y déploient.
Réseaux sociaux : 
de nouveaux acteurs 
géopolitiques 
Questions internationales no 68 – Juillet-août 2014 103 
établis. Reste que les États ne peuvent plus faire 
abstraction de l’audience que constituent les 
1,8 milliard d’internautes qui sont aujourd’hui 
présents sur les réseaux sociaux 2. 
Un nouveau mode 
de communication 
Un réseau social est un espace en ligne 
sur lequel un internaute peut se connecter pour 
émettre ou recevoir un contenu multimédia 
en direction ou provenant d’une communauté 
qu’il a générée ou à laquelle il s’est agrégé. 
Certains réseaux sociaux regroupent des amis, 
d’autres ont pour objectif de se créer un cercle 
de relations, de chercher un emploi, des activités, 
des partenaires commerciaux, d’échanger des 
photos ou des informations. 
Apparus autour de 2005, les réseaux 
sociaux s’apparentent à des plateformes de 
partage de contenus s’organisant en commu-nautés. 
Les réseaux sociaux ont ceci de particulier 
qu’ils brouillent les repères de la communication 
classique entre émetteur et récepteur, puisque, à 
la différence des médias traditionnels comme la 
télévision ou la presse, chaque utilisateur peut en 
effet recevoir et émettre des données. 
Il existe de nombreuses plateformes dites 
« sociales » parmi lesquelles les plus connues sont 
Google+ (le réseau social de Google), Instagram 
(proposant l’échange d’images), LinkedIn ou 
Viadeo (des réseaux sociaux professionnels) 
ou Weibo (le Twitter chinois). Face à la multi-plicité 
des acteurs et des enjeux liés à chacun 
d’entre eux, l’analyse se limitera toutefois aux 
deux acteurs historiques que sont Facebook et, 
surtout, Twitter. De même, ne sera-t-il ici évoqué 
que le versant public de la communication qui 
s’y déploie et non les messages à caractère privé 
que ces réseaux véhiculent. Facebook et Twitter 
permettent de publier les mêmes contenus qu’ail-leurs 
sur le web (textes, images ou vidéos), mais 
sur une seule plateforme qui s’adresse en priorité 
à une communauté – celle que l’internaute a 
constituée ou à laquelle il s’est agrégé. 
2 Simon Kemp, « Social, Digital & Mobile Worldwide in 2014 », 
blog We are Social, 9 janvier 2014 (http://wearesocial.net/ 
blog/2014/01/social-digital-mobile-worldwide-2014). 
Contrairement au mode classique de 
communication, les informations circulent sur 
les réseaux sociaux grâce à la recommandation 
personnelle produite par leur émetteur auprès de 
sa communauté. Une personne relaie – et donc 
recommande – une information sur sa plate-forme, 
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décident, ou non, de la relayer à leur tour sur leur 
propre compte auprès de la communauté qui y 
est rattachée. 
Cette communication spécifique, quali-fiée 
de « communication sociale », est d’autant 
plus puissante qu’elle se joue essentiellement au 
niveau de communautés d’individus qui se font 
confiance ou s’apprécient. La force prescrip-trice 
du message en est alors significativement 
augmentée, car elle a tendance à susciter l’adhé-sion 
d’une audience en principe captive. 
Les émetteurs peuvent indifféremment 
être des individus, des organisations, des insti-tutions, 
des marques, etc. C’est ainsi que rares 
sont désormais les ministères qui ne disposent 
pas d’un compte Twitter. En France, le minis-tère 
des Affaires étrangères a le sien (https :// 
twitter.com/francediplo), tout comme le chef 
de la diplomatie (https ://twitter.com/laurent-fabius). 
Cette activité en ligne implique la 
diffusion de contenus à caractère public, mais 
également la réception de messages adressés 
par ce biais. Elle offre aux institutions la possi-bilité 
d’échanger de manière ouverte et directe 
avec leurs ressortissants, avec les opinions 
publiques étrangères, ou même des représen-tants 
d’autres États. 
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sociaux entraîne la formation d’une sorte de 
marché ouvert des idées où les messages du 
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guide iranien Khamenei, du président Poutine ou 
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de ces plateformes de choisir le compte qu’il 
souhaite suivre et/ou relayer. 
La vitesse de circulation d’une information 
sur les réseaux sociaux est en principe liée à la 
démultiplication de décisions individuelles visant à 
la recommander ou à la relayer auprès de commu-nautés 
données. Les réseaux sociaux représentent 
donc un espace décentralisé difficile à contrôler, où
Regards sur le monde 
le poids relatif des acteurs dépend de la capacité 
d’influence qu’ils parviennent à y déployer. 
Des vecteurs de politiques 
d’influence nationale 
Dans les relations internationales, les 
réseaux sociaux ont en effet pour l’essentiel un 
objectif d’influence. Ces plateformes s’intègrent 
de plus en plus souvent dans les stratégies de 
communication des acteurs étatiques, notam-ment 
d’un point de vue diplomatique. Les 
chancelleries de la majorité des États invitent 
dorénavant leurs ambassadeurs et leur personnel 
diplomatique à s’engager dans ce nouvel espace 
virtuel. L’objectif, parfois hasardeux, restant 
d’étendre l’influence du pays d’appartenance de 
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Cette pratique est souvent facile à identi-fier. 
Lorsque la communication d’un acteur 
public sur Twitter se fait dans une langue qui 
n’est pas celle d’origine de son auteur, il est 
évident qu’elle vise à influencer une audience 
extérieure. L’ambassadeur de Suède en France, 
Gunnar Lund, explique ainsi le rôle que joue son 
compte Twitter dans le cadre de ses fonctions 
diplomatiques : Twitter « fait partie d’une 
politique réfléchie d’une diplomatie publique ». 
L’ambassadeur cherche à y « susciter l’intérêt 
des Français » pour son pays. Il rappelle aussi 
que le ministre des Affaires étrangères suédois, 
Carl Bildt, encourage expressément tous ses 
diplomates à s’en emparer et s’en servir 3. 
Cette incitation à s’exprimer sur les 
réseaux sociaux est un mouvement général, que 
l’on constate dans de nombreux pays démocra-tiques 
mais pas uniquement. 
Ce sont les États-Unis qui ont les premiers 
ouvert la voie à travers la popularisation de la 
diplomatie dite « numérique ». « L’importance 
accordée par l’administration Obama à la diplo-matie 
numérique trouve ses racines dans le 
concept de smart power, destiné initialement 
à reconquérir l’autorité morale, perdue par les 
3 Interview du Cercle des Européens, « D’autres ambassadeurs 
arriveront bientôt sur Twitter », 24 avril 2012 (www.lexpress.fr/ 
actualite/monde/europe/interview-du-cercle-des-europeens-d-autres- 
ambassadeurs-arriveront-bientot-sur-twitter_1107882.html). 
104 Questions internationales no 68 – Juillet-août 2014 
États-Unis au cours des années Bush », rappelle 
Thomas Gomart, chercheur à l’Institut français 
de relations internationales (IFRI) 4. 
La Russie a aussi considérablement 
investi les réseaux sociaux, notamment durant la 
récente révolution ukrainienne. Elle a développé 
sa présence sur les réseaux sociaux améri-cains 
(Twitter, Facebook), où son ministère des 
Affaires étrangères et ses ambassades sont actifs, 
mais également sur ses propres réseaux sociaux 
nationaux comme VKontakte 5 qui surclasse 
Facebook en Russie, ou même sur les réseaux 
sociaux chinois comme Weibo 6, l’équivalent de 
Twitter dont l’accès depuis la Chine est bloqué 
par les autorités. Cette stratégie de communi-cation, 
qui s’adapte aux interlocuteurs présents 
sur les différentes plateformes, permet ainsi à la 
Russie d’optimiser son jeu d’influence. 
Également, aussi surprenant que cela 
puisse paraître, le régime de Bachar al-Assad 
en Syrie n’a pas hésité à s’emparer des réseaux 
sociaux pour y déployer sa propagande. Le 
compte officiel de l’agence nationale d’infor-mation 
syrienne, la Syrian Arab News Agency 
(SANA), est très actif sur Twitter (https ://twitter. 
com/SANA_English). Cette agence y livre une 
information en anglais destinée à une audience 
internationale située hors des frontières du pays 
en proie à la guerre civile. Même la dictature 
nord-coréenne s’y essaye avec un profil officiel 
sur Twitter (https ://twitter.com/uriminzok), 
Uriminzok (« notre nation »). Malgré une 
audience relativement faible, le régime le plus 
reclus de la planète a compris qu’il pouvait, à 
peu de frais, entrer dans cette agora virtuelle et y 
déverser sa propagande. 
Les réseaux sociaux intègrent donc assez 
naturellement les stratégies globales d’influence 
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4 Thomas Gomart, « De la diplomatie numérique », Revue des 
Deux Mondes, janvier 2013, p. 134-135. 
5 Roland Gauron, « Ukraine : comment Poutine mène l’offensive 
sur les réseaux sociaux », Le Figaro, 6 mars 2014 (www.lefigaro. 
fr/international/2014/03/06/01003-20140306ARTFIG00145- 
ukraine-comment-poutine-mene-l-offensive-sur-les-reseaux-sociaux. 
php). 
6 Eugène Zagrebnov, « Ukraine : la Russie règle ses divergences 
avec les USA en Chine », La Voix de la Russie, 11 mars 2014 
(http://french.ruvr.ru/2014_03_11/La-Russie-regle-ses-divergences- 
avec-les-Etats-Unis-sur-l-Ukraine-en-Chine-6628/).
Réseaux sociaux : 
de nouveaux acteurs 
géopolitiques 
Questions internationales no 68 – Juillet-août 2014 105 
lors de conflits que leur rôle semble toutefois le 
plus novateur. 
Un nouvel acteur dans 
les conflits internationaux 
Au-delà du monologue mis en scène par 
certains comptes sociaux d’acteurs étatiques dès 
lors qu’ils s’adressent à une audience interna-tionale, 
il arrive parfois que les réseaux sociaux 
génèrent des échanges d’une nature totalement 
inédite. On en donnera deux exemples récents. 
L’un des premiers qui vient à l’esprit 
remonte au 14 novembre 2012. Sur son profil 
Twitter, le ministère israélien de la Défense 
(@DFSpokesperson) annonçait avoir lancé une 
campagne armée contre la bande de Gaza et 
interpellait directement les membres du Hamas 
en leur conseillant de rester terrés s’ils voulaient 
rester en vie. La brigade Alqassam, la branche 
armée du Hamas, présente également sur Twitter 
à l’époque, décida de lui répondre publiquement 
en promettant aux Israéliens de leur ouvrir les 
portes de l’enfer 7. 
Au-delà du contexte particulier et de la 
virulence des propos échangés, les belligérants 
peuvent dorénavant engager ouvertement – du 
moment qu’ils sont sur la même plateforme 
sociale – un échange direct à la vue de tous, dans 
une logique de lobbying ou d’activisme en ligne. 
Ce canal singulier de communication devrait 
connaître un essor certain dans les années à venir, 
et d’autres crises internationales pourraient 
trouver des modes de traduction similaires sur les 
réseaux sociaux. 
Tout récemment, la révolution ukrainienne 
et ses conséquences géopolitiques ont donné un 
autre exemple de ces nouvelles pratiques diplo-matiques 
par réseau social interposé. Durant les 
événements de Kiev, en février 2014, la diplo-matie 
russe a été très active sur le réseau Twitter 
tandis que, Jeux olympiques de Sotchi obligent, 
le président Poutine restait relativement discret 
sur la situation jusqu’à l’annexion de la Crimée 
par les forces russes en mars 2014. Moscou 
7 Eline Gordts Israel, « Hamas Fight Twitter War », The World 
Post, 15 novembre 2012 (www.huffingtonpost.com/2012/11/15/ 
israel-hamas-twitter_n_2138841.html). 
s’est engagé dans une campagne d’explications 
tous azimuts comme l’on montré les échanges 
piquants entre l’ambassade du Royaume-Uni 
en Russie et celle de Russie au Royaume-Uni 
quelques jours avant l’annexion 8. 
Au-delà des arguments de fond, c’est la 
forme de cette discussion publique entre diplo-mates 
qui surprend. L’impression est celle de 
lire un échange entre deux individus ordinaires 
s’invectivant sur les affaires du monde. Or il 
s’agit bien de deux comptes d’ambassades. Le 
nouveau mode de communication qu’induisent 
certaines plateformes comme Twitter, en laissant 
peu d’espace pour s’exprimer (140 caractères 
maximum) et en reposant sur l’instantanéité 
des échanges, impose, il est vrai, de nouvelles 
contraintes auxquelles les diplomates doivent 
s’adapter sous peine de perdre toute crédibilité 
auprès de la communauté des réseaux sociaux. 
Le plus souvent, ce canal d’échanges en 
temps réel ne suit pas les circuits classiques de 
validation de propos publics tenus par les diplo-mates 
– il faut répondre vite pour ne pas donner 
l’impression de la langue de bois – et bouleverse 
la chronologie classique de diffusion de l’infor-mation. 
Les chancelleries doivent s’y adapter tout 
en se gardant des risques de dérapages : l’éco-nomie 
de mots et l’instantanéité des échanges 
sont en effet propices tant aux incompréhensions 
qu’aux quiproquos. 
Les plateformes de réseaux 
sociaux impliquées 
dans les controverses 
internationales 
Vu l’importance des enjeux liés à l’usage 
des réseaux sociaux, il arrive que certaines plate-formes 
en tant que structure de diffusion fassent 
l’objet de pressions – amicales ou inamicales – 
de la part des États. 
En 2009, en Iran, après la réélection 
contestée de Mahmoud Ahmadinejad lors de ce 
qu’on a appelé la « révolution verte », violem-ment 
réprimée par le régime, Twitter fut largement 
8 Source : https://twitter.com/ukinrussia/status/ 
446201991925334016.
Regards sur le monde 
utilisé par les manifestants et les responsables 
politiques opposés au régime pour communi-quer 
entre eux et avec le reste du monde. À tel 
point que, lorsque la plateforme annonça qu’elle 
allait s’arrêter de fonctionner pour des raisons de 
maintenance, Hillary Clinton fit pression auprès 
de l’entreprise américaine afin qu’elle reporte la 
coupure. La secrétaire d’État américaine expliqua 
à l’occasion « que garder cette ligne de communi-cation 
ouverte et permettre aux gens de partager 
des informations, à un moment où il n’y a pas 
beaucoup d’autres sources d’information, est un 
aspect important du droit de s’exprimer et de la 
capacité à s’organiser » 9. Téhéran a ensuite bloqué 
Twitter et Facebook sur le territoire iranien. 
La censure est une réponse assez fréquente 
de la part de nombreux régimes autoritaires ou 
dictatoriaux, qu’elle soit temporaire, comme 
récemment en Turquie avec Twitter, ou à plus 
long terme, comme dans le cas de la Chine ou de 
la Corée du Nord 10. 
D’autres conséquences inattendues peuvent 
concerner les entreprises qui gèrent les réseaux 
sociaux, notamment lorsqu’il existe des conflits 
d’ordre territorial. En effet, la majeure partie des 
plateformes sociales imposent à leurs utilisa-teurs 
de choisir leur pays d’appartenance. Si cette 
exigence ne pose pas de problème pour les États 
bénéficiant d’une reconnaissance internationale, 
certaines situations s’avèrent plus complexes. 
Un conflit territorial, l’absence de recon-naissance 
d’un territoire par un ou plusieurs États, 
des zones revendiquées par plusieurs États, l’appa-rition 
ou la disparition d’un pays, tous ces cas de 
figure mettent les administrateurs des réseaux 
sociaux dans des situations délicates. Doivent-ils 
les ajouter dans la liste des pays qu’ils recon-naissent 
et, si oui, sur quels critères ? Il n’existe 
pour l’heure aucune règle précise si ce n’est que 
les plateformes sociales essayent de prendre le 
moins possible parti. 
9 « Quand Hillary Clinton défend Twitter pour les Iraniens », Le 
Nouvel Observateur, Spécial Iran, 18 juin 2009 (http://tempsreel. 
nouvelobs.com/special-iran/20090618.OBS1067/quand-hillary-clinton- 
defend-twitter-pour-les-iraniens.html). 
10 Dana Liebelson, « MAP: Here Are the Countries That 
Block Facebook, Twitter, and YouTube », Mother Jones, 
28 mars 2014 (www.motherjones.com/politics/2014/03/ 
turkey-facebook-youtube-twitter-blocked). 
106 Questions internationales no 68 – Juillet-août 2014 
Lors de l’indépendance du Kosovo 
en 2008, Facebook a rapidement proposé que 
ses utilisateurs puissent préciser qu’ils étaient 
de nationalité kosovare, reconnaissant par là 
implicitement la souveraineté du nouvel État 
– à l’instar du gouvernement américain. Une 
polémique s’est alors développée à propos du 
rôle de la plateforme dans cette reconnaissance. 
À la question des motivations qui avaient orienté 
son choix, Facebook, mal à l’aise, a répondu 
en des termes particulièrement vagues : « Les 
compagnies n’ont clairement aucun rôle à jouer 
dans la reconnaissance formelle des États dans la 
mesure où c’est à la communauté internationale 
de se prononcer. Nous essayons de faire en sorte 
que notre service réponde aux besoins de nos 
utilisateurs [...] en reflétant les dénominations 
géographiques qui sont d’usage courant 11. » 
Les soucis de la plateforme sont loin d’être 
terminés. À l’heure de la rédaction de cet article, 
lorsqu’on s’inscrit sur Facebook en indiquant 
la capitale de la Crimée, Simféropol, comme 
ville d’origine, le formulaire indique automati-quement 
l’Ukraine comme pays de localisation. 
Et ceci malgré son rattachement de facto à la 
Russie depuis mars 2014, un rattachement auquel 
Washington est opposé. Quant à Tskhinvali, 
l’actuelle capitale de l’Ossétie du Sud déclarée 
indépendante en 2009, elle est toujours considérée 
par Facebook comme étant située en Géorgie. 
l l l 
Les réseaux sociaux sont désormais 
porteurs de nouveaux enjeux qui dépassent large-ment 
leur fonction initiale de simples outils de 
communication entre individus. Leur rôle crois-sant 
dans l’arène internationale remet en cause la 
manière dont les diplomates envisagent leur rôle. 
Loin d’être établies, les pratiques qu’induisent ces 
plateformes sont en constante évolution du fait des 
avancées technologiques de l’Internet, du Web et 
des applications qui les enrichissent sans cesse. 
L’usage des réseaux sociaux devrait donc contri-buer 
à bouleverser encore un peu plus les affaires 
internationales dans les prochaines années. n 
11 www.numerama.com/magazine/27625-facebook-reconnait-le- 
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  • 1. Regards sur le monde réseaux sociaux : de nouveaux acteurs géopolitiques Tristan Mendès France * L’essor des réseaux sociaux entraîne une nouvelle forme de circulation de l’information entre individus, mais également entre institutions et individus et entre institutions elles-mêmes. Les États tirent notamment de plus en plus parti de leur usage, en particulier à travers les jeux * Tristan Mendès France est blogueur et journaliste, spécialiste des nouvelles cultures numériques. Il enseigne au CELSA (École des hautes études en sciences de l’information et de la communication), à l’université Paris 7-Diderot et à l’École des métiers de l’information à Paris. Plusieurs conflits récents ont montré que la communication diplomatique ou la propagande étaient devenues des pratiques fort développées sur les réseaux sociaux. Quant aux plateformes qui sont à l’origine de ces réseaux, elles sont confrontées en retour à des pressions importantes qui les hissent au rang de nouveaux acteurs des relations internationales. Les réseaux sociaux ont fait une apparition spectaculaire sur la scène mondiale au moment de ce que les médias ont appelé les « printemps arabes » 1. A soudainement fait surface l’expres-sion de voix, nombreuses et décentralisées, de simples individus, qui restaient jusque-là étouf-fées par des régimes dictatoriaux ou autoritaires. Ces voix ont atteint une audience mondiale qui leur était auparavant inaccessible. Si ces plateformes sont désormais bien installées dans les usages du monde contem- 1 Sur le sujet, voir le dossier spécial de Questions internationales, « Internet à la conquête du monde », no 47, janvier-février 2011, et notamment l’article de Youssef El Chazli, « De quelques usages politiques d’Internet sur les bords du Nil », qui prédisait la chute du régime de Hosni Moubarak à partir d’une mobilisation des Égyptiens sur les réseaux sociaux. 102 Questions internationales no 68 – Juillet-août 2014 porain, c’est d’abord du fait de leurs utilisa-teurs, militants ou non, qui en ont montré toute la puissance. Dans le même temps, les réseaux sociaux sont devenus un enjeu international, car les États ont commencé à s’en emparer pour leur communication, diplomatique notamment. Ayant réalisé tardivement l’importance du phénomène, ils tentent dorénavant de rattraper leur retard, avec plus ou moins de bonheur. Contrairement aux logiques tradition-nelles de communication, les réseaux sociaux brouillent les lignes classiques entre émetteur et récepteur et invitent les acteurs étatiques à s’y exprimer d’une façon qui ne leur est pas toujours familière. À ce premier niveau de difficulté s’ajoute le fait que les usages qui en découlent sont encore loin d’être définitivement d’influence qui s’y déploient.
  • 2. Réseaux sociaux : de nouveaux acteurs géopolitiques Questions internationales no 68 – Juillet-août 2014 103 établis. Reste que les États ne peuvent plus faire abstraction de l’audience que constituent les 1,8 milliard d’internautes qui sont aujourd’hui présents sur les réseaux sociaux 2. Un nouveau mode de communication Un réseau social est un espace en ligne sur lequel un internaute peut se connecter pour émettre ou recevoir un contenu multimédia en direction ou provenant d’une communauté qu’il a générée ou à laquelle il s’est agrégé. Certains réseaux sociaux regroupent des amis, d’autres ont pour objectif de se créer un cercle de relations, de chercher un emploi, des activités, des partenaires commerciaux, d’échanger des photos ou des informations. Apparus autour de 2005, les réseaux sociaux s’apparentent à des plateformes de partage de contenus s’organisant en commu-nautés. Les réseaux sociaux ont ceci de particulier qu’ils brouillent les repères de la communication classique entre émetteur et récepteur, puisque, à la différence des médias traditionnels comme la télévision ou la presse, chaque utilisateur peut en effet recevoir et émettre des données. Il existe de nombreuses plateformes dites « sociales » parmi lesquelles les plus connues sont Google+ (le réseau social de Google), Instagram (proposant l’échange d’images), LinkedIn ou Viadeo (des réseaux sociaux professionnels) ou Weibo (le Twitter chinois). Face à la multi-plicité des acteurs et des enjeux liés à chacun d’entre eux, l’analyse se limitera toutefois aux deux acteurs historiques que sont Facebook et, surtout, Twitter. De même, ne sera-t-il ici évoqué que le versant public de la communication qui s’y déploie et non les messages à caractère privé que ces réseaux véhiculent. Facebook et Twitter permettent de publier les mêmes contenus qu’ail-leurs sur le web (textes, images ou vidéos), mais sur une seule plateforme qui s’adresse en priorité à une communauté – celle que l’internaute a constituée ou à laquelle il s’est agrégé. 2 Simon Kemp, « Social, Digital & Mobile Worldwide in 2014 », blog We are Social, 9 janvier 2014 (http://wearesocial.net/ blog/2014/01/social-digital-mobile-worldwide-2014). Contrairement au mode classique de communication, les informations circulent sur les réseaux sociaux grâce à la recommandation personnelle produite par leur émetteur auprès de sa communauté. Une personne relaie – et donc recommande – une information sur sa plate-forme, et les internautes qui suivent son compte décident, ou non, de la relayer à leur tour sur leur propre compte auprès de la communauté qui y est rattachée. Cette communication spécifique, quali-fiée de « communication sociale », est d’autant plus puissante qu’elle se joue essentiellement au niveau de communautés d’individus qui se font confiance ou s’apprécient. La force prescrip-trice du message en est alors significativement augmentée, car elle a tendance à susciter l’adhé-sion d’une audience en principe captive. Les émetteurs peuvent indifféremment être des individus, des organisations, des insti-tutions, des marques, etc. C’est ainsi que rares sont désormais les ministères qui ne disposent pas d’un compte Twitter. En France, le minis-tère des Affaires étrangères a le sien (https :// twitter.com/francediplo), tout comme le chef de la diplomatie (https ://twitter.com/laurent-fabius). Cette activité en ligne implique la diffusion de contenus à caractère public, mais également la réception de messages adressés par ce biais. Elle offre aux institutions la possi-bilité d’échanger de manière ouverte et directe avec leurs ressortissants, avec les opinions publiques étrangères, ou même des représen-tants d’autres États. L’absence de hiérarchie sur les réseaux sociaux entraîne la formation d’une sorte de marché ouvert des idées où les messages du président Obama sont aussi visibles que ceux du guide iranien Khamenei, du président Poutine ou de certaines factions terroristes. À chaque utilisa-teur de ces plateformes de choisir le compte qu’il souhaite suivre et/ou relayer. La vitesse de circulation d’une information sur les réseaux sociaux est en principe liée à la démultiplication de décisions individuelles visant à la recommander ou à la relayer auprès de commu-nautés données. Les réseaux sociaux représentent donc un espace décentralisé difficile à contrôler, où
  • 3. Regards sur le monde le poids relatif des acteurs dépend de la capacité d’influence qu’ils parviennent à y déployer. Des vecteurs de politiques d’influence nationale Dans les relations internationales, les réseaux sociaux ont en effet pour l’essentiel un objectif d’influence. Ces plateformes s’intègrent de plus en plus souvent dans les stratégies de communication des acteurs étatiques, notam-ment d’un point de vue diplomatique. Les chancelleries de la majorité des États invitent dorénavant leurs ambassadeurs et leur personnel diplomatique à s’engager dans ce nouvel espace virtuel. L’objectif, parfois hasardeux, restant d’étendre l’influence du pays d’appartenance de ces personnels. Cette pratique est souvent facile à identi-fier. Lorsque la communication d’un acteur public sur Twitter se fait dans une langue qui n’est pas celle d’origine de son auteur, il est évident qu’elle vise à influencer une audience extérieure. L’ambassadeur de Suède en France, Gunnar Lund, explique ainsi le rôle que joue son compte Twitter dans le cadre de ses fonctions diplomatiques : Twitter « fait partie d’une politique réfléchie d’une diplomatie publique ». L’ambassadeur cherche à y « susciter l’intérêt des Français » pour son pays. Il rappelle aussi que le ministre des Affaires étrangères suédois, Carl Bildt, encourage expressément tous ses diplomates à s’en emparer et s’en servir 3. Cette incitation à s’exprimer sur les réseaux sociaux est un mouvement général, que l’on constate dans de nombreux pays démocra-tiques mais pas uniquement. Ce sont les États-Unis qui ont les premiers ouvert la voie à travers la popularisation de la diplomatie dite « numérique ». « L’importance accordée par l’administration Obama à la diplo-matie numérique trouve ses racines dans le concept de smart power, destiné initialement à reconquérir l’autorité morale, perdue par les 3 Interview du Cercle des Européens, « D’autres ambassadeurs arriveront bientôt sur Twitter », 24 avril 2012 (www.lexpress.fr/ actualite/monde/europe/interview-du-cercle-des-europeens-d-autres- ambassadeurs-arriveront-bientot-sur-twitter_1107882.html). 104 Questions internationales no 68 – Juillet-août 2014 États-Unis au cours des années Bush », rappelle Thomas Gomart, chercheur à l’Institut français de relations internationales (IFRI) 4. La Russie a aussi considérablement investi les réseaux sociaux, notamment durant la récente révolution ukrainienne. Elle a développé sa présence sur les réseaux sociaux améri-cains (Twitter, Facebook), où son ministère des Affaires étrangères et ses ambassades sont actifs, mais également sur ses propres réseaux sociaux nationaux comme VKontakte 5 qui surclasse Facebook en Russie, ou même sur les réseaux sociaux chinois comme Weibo 6, l’équivalent de Twitter dont l’accès depuis la Chine est bloqué par les autorités. Cette stratégie de communi-cation, qui s’adapte aux interlocuteurs présents sur les différentes plateformes, permet ainsi à la Russie d’optimiser son jeu d’influence. Également, aussi surprenant que cela puisse paraître, le régime de Bachar al-Assad en Syrie n’a pas hésité à s’emparer des réseaux sociaux pour y déployer sa propagande. Le compte officiel de l’agence nationale d’infor-mation syrienne, la Syrian Arab News Agency (SANA), est très actif sur Twitter (https ://twitter. com/SANA_English). Cette agence y livre une information en anglais destinée à une audience internationale située hors des frontières du pays en proie à la guerre civile. Même la dictature nord-coréenne s’y essaye avec un profil officiel sur Twitter (https ://twitter.com/uriminzok), Uriminzok (« notre nation »). Malgré une audience relativement faible, le régime le plus reclus de la planète a compris qu’il pouvait, à peu de frais, entrer dans cette agora virtuelle et y déverser sa propagande. Les réseaux sociaux intègrent donc assez naturellement les stratégies globales d’influence des pays qui décident de les adopter. Mais c’est 4 Thomas Gomart, « De la diplomatie numérique », Revue des Deux Mondes, janvier 2013, p. 134-135. 5 Roland Gauron, « Ukraine : comment Poutine mène l’offensive sur les réseaux sociaux », Le Figaro, 6 mars 2014 (www.lefigaro. fr/international/2014/03/06/01003-20140306ARTFIG00145- ukraine-comment-poutine-mene-l-offensive-sur-les-reseaux-sociaux. php). 6 Eugène Zagrebnov, « Ukraine : la Russie règle ses divergences avec les USA en Chine », La Voix de la Russie, 11 mars 2014 (http://french.ruvr.ru/2014_03_11/La-Russie-regle-ses-divergences- avec-les-Etats-Unis-sur-l-Ukraine-en-Chine-6628/).
  • 4. Réseaux sociaux : de nouveaux acteurs géopolitiques Questions internationales no 68 – Juillet-août 2014 105 lors de conflits que leur rôle semble toutefois le plus novateur. Un nouvel acteur dans les conflits internationaux Au-delà du monologue mis en scène par certains comptes sociaux d’acteurs étatiques dès lors qu’ils s’adressent à une audience interna-tionale, il arrive parfois que les réseaux sociaux génèrent des échanges d’une nature totalement inédite. On en donnera deux exemples récents. L’un des premiers qui vient à l’esprit remonte au 14 novembre 2012. Sur son profil Twitter, le ministère israélien de la Défense (@DFSpokesperson) annonçait avoir lancé une campagne armée contre la bande de Gaza et interpellait directement les membres du Hamas en leur conseillant de rester terrés s’ils voulaient rester en vie. La brigade Alqassam, la branche armée du Hamas, présente également sur Twitter à l’époque, décida de lui répondre publiquement en promettant aux Israéliens de leur ouvrir les portes de l’enfer 7. Au-delà du contexte particulier et de la virulence des propos échangés, les belligérants peuvent dorénavant engager ouvertement – du moment qu’ils sont sur la même plateforme sociale – un échange direct à la vue de tous, dans une logique de lobbying ou d’activisme en ligne. Ce canal singulier de communication devrait connaître un essor certain dans les années à venir, et d’autres crises internationales pourraient trouver des modes de traduction similaires sur les réseaux sociaux. Tout récemment, la révolution ukrainienne et ses conséquences géopolitiques ont donné un autre exemple de ces nouvelles pratiques diplo-matiques par réseau social interposé. Durant les événements de Kiev, en février 2014, la diplo-matie russe a été très active sur le réseau Twitter tandis que, Jeux olympiques de Sotchi obligent, le président Poutine restait relativement discret sur la situation jusqu’à l’annexion de la Crimée par les forces russes en mars 2014. Moscou 7 Eline Gordts Israel, « Hamas Fight Twitter War », The World Post, 15 novembre 2012 (www.huffingtonpost.com/2012/11/15/ israel-hamas-twitter_n_2138841.html). s’est engagé dans une campagne d’explications tous azimuts comme l’on montré les échanges piquants entre l’ambassade du Royaume-Uni en Russie et celle de Russie au Royaume-Uni quelques jours avant l’annexion 8. Au-delà des arguments de fond, c’est la forme de cette discussion publique entre diplo-mates qui surprend. L’impression est celle de lire un échange entre deux individus ordinaires s’invectivant sur les affaires du monde. Or il s’agit bien de deux comptes d’ambassades. Le nouveau mode de communication qu’induisent certaines plateformes comme Twitter, en laissant peu d’espace pour s’exprimer (140 caractères maximum) et en reposant sur l’instantanéité des échanges, impose, il est vrai, de nouvelles contraintes auxquelles les diplomates doivent s’adapter sous peine de perdre toute crédibilité auprès de la communauté des réseaux sociaux. Le plus souvent, ce canal d’échanges en temps réel ne suit pas les circuits classiques de validation de propos publics tenus par les diplo-mates – il faut répondre vite pour ne pas donner l’impression de la langue de bois – et bouleverse la chronologie classique de diffusion de l’infor-mation. Les chancelleries doivent s’y adapter tout en se gardant des risques de dérapages : l’éco-nomie de mots et l’instantanéité des échanges sont en effet propices tant aux incompréhensions qu’aux quiproquos. Les plateformes de réseaux sociaux impliquées dans les controverses internationales Vu l’importance des enjeux liés à l’usage des réseaux sociaux, il arrive que certaines plate-formes en tant que structure de diffusion fassent l’objet de pressions – amicales ou inamicales – de la part des États. En 2009, en Iran, après la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad lors de ce qu’on a appelé la « révolution verte », violem-ment réprimée par le régime, Twitter fut largement 8 Source : https://twitter.com/ukinrussia/status/ 446201991925334016.
  • 5. Regards sur le monde utilisé par les manifestants et les responsables politiques opposés au régime pour communi-quer entre eux et avec le reste du monde. À tel point que, lorsque la plateforme annonça qu’elle allait s’arrêter de fonctionner pour des raisons de maintenance, Hillary Clinton fit pression auprès de l’entreprise américaine afin qu’elle reporte la coupure. La secrétaire d’État américaine expliqua à l’occasion « que garder cette ligne de communi-cation ouverte et permettre aux gens de partager des informations, à un moment où il n’y a pas beaucoup d’autres sources d’information, est un aspect important du droit de s’exprimer et de la capacité à s’organiser » 9. Téhéran a ensuite bloqué Twitter et Facebook sur le territoire iranien. La censure est une réponse assez fréquente de la part de nombreux régimes autoritaires ou dictatoriaux, qu’elle soit temporaire, comme récemment en Turquie avec Twitter, ou à plus long terme, comme dans le cas de la Chine ou de la Corée du Nord 10. D’autres conséquences inattendues peuvent concerner les entreprises qui gèrent les réseaux sociaux, notamment lorsqu’il existe des conflits d’ordre territorial. En effet, la majeure partie des plateformes sociales imposent à leurs utilisa-teurs de choisir leur pays d’appartenance. Si cette exigence ne pose pas de problème pour les États bénéficiant d’une reconnaissance internationale, certaines situations s’avèrent plus complexes. Un conflit territorial, l’absence de recon-naissance d’un territoire par un ou plusieurs États, des zones revendiquées par plusieurs États, l’appa-rition ou la disparition d’un pays, tous ces cas de figure mettent les administrateurs des réseaux sociaux dans des situations délicates. Doivent-ils les ajouter dans la liste des pays qu’ils recon-naissent et, si oui, sur quels critères ? Il n’existe pour l’heure aucune règle précise si ce n’est que les plateformes sociales essayent de prendre le moins possible parti. 9 « Quand Hillary Clinton défend Twitter pour les Iraniens », Le Nouvel Observateur, Spécial Iran, 18 juin 2009 (http://tempsreel. nouvelobs.com/special-iran/20090618.OBS1067/quand-hillary-clinton- defend-twitter-pour-les-iraniens.html). 10 Dana Liebelson, « MAP: Here Are the Countries That Block Facebook, Twitter, and YouTube », Mother Jones, 28 mars 2014 (www.motherjones.com/politics/2014/03/ turkey-facebook-youtube-twitter-blocked). 106 Questions internationales no 68 – Juillet-août 2014 Lors de l’indépendance du Kosovo en 2008, Facebook a rapidement proposé que ses utilisateurs puissent préciser qu’ils étaient de nationalité kosovare, reconnaissant par là implicitement la souveraineté du nouvel État – à l’instar du gouvernement américain. Une polémique s’est alors développée à propos du rôle de la plateforme dans cette reconnaissance. À la question des motivations qui avaient orienté son choix, Facebook, mal à l’aise, a répondu en des termes particulièrement vagues : « Les compagnies n’ont clairement aucun rôle à jouer dans la reconnaissance formelle des États dans la mesure où c’est à la communauté internationale de se prononcer. Nous essayons de faire en sorte que notre service réponde aux besoins de nos utilisateurs [...] en reflétant les dénominations géographiques qui sont d’usage courant 11. » Les soucis de la plateforme sont loin d’être terminés. À l’heure de la rédaction de cet article, lorsqu’on s’inscrit sur Facebook en indiquant la capitale de la Crimée, Simféropol, comme ville d’origine, le formulaire indique automati-quement l’Ukraine comme pays de localisation. Et ceci malgré son rattachement de facto à la Russie depuis mars 2014, un rattachement auquel Washington est opposé. Quant à Tskhinvali, l’actuelle capitale de l’Ossétie du Sud déclarée indépendante en 2009, elle est toujours considérée par Facebook comme étant située en Géorgie. l l l Les réseaux sociaux sont désormais porteurs de nouveaux enjeux qui dépassent large-ment leur fonction initiale de simples outils de communication entre individus. Leur rôle crois-sant dans l’arène internationale remet en cause la manière dont les diplomates envisagent leur rôle. Loin d’être établies, les pratiques qu’induisent ces plateformes sont en constante évolution du fait des avancées technologiques de l’Internet, du Web et des applications qui les enrichissent sans cesse. L’usage des réseaux sociaux devrait donc contri-buer à bouleverser encore un peu plus les affaires internationales dans les prochaines années. n 11 www.numerama.com/magazine/27625-facebook-reconnait-le- kosovo.html