Dieu, y es-tu ?
« Ce n’est pas parce qu’une
chose est bonne que nous la
désirons, c’est parce que nous la
désirons que nous la jugeons
bonne » Spinoza
Michel Bruley novembre 2022
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Introduction
J’ai consacré pendant une quarantaine de mois, d’avril 2019 à juillet 2022, de
trente à soixante minutes par jour à me documenter sur la religion chrétienne et
son histoire. J’ai lu divers textes, à commencer par la bible, les deux tomes
d’histoire générale du christianisme, la vie de Jésus d’Ernest Renan …, visionné
une douzaine de documentaires et bien sûr effectué de très nombreuses
recherches sur internet.
Dans tous les cas, j’ai pris des notes que j’ai largement utilisées pour rédiger mes
différents documents. Finalement, j’ai formalisé les fascicules suivants :
1. Dieu est une invention instrumentalisée par des manipulateurs
(page 3)
2. Le christianisme est un chef-d’œuvre de marketing et de management
(page 25)
3. Du Ve au XVe – expansion et effondrement de l’empire chrétien unifié
(page 44)
4. De la renaissance à nos jours : fin de l’emprise chrétienne sur le monde
(page 55)
J’ai clos tout cela par la lecture d’un livre sur l’athéisme qui m’a amené à écrire
une dernière page : en conclusion (page 67).
Finalement, j’ai relu et finalisé cette compilation en novembre 2022.
Bonne lecture
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Dieu est une invention
instrumentalisée
par des manipulateurs
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Préface
J’ai le sentiment que jamais je n’ai été croyant, Adam & Ève, Noé … je n’y ai jamais trop cru, le
père, le fils, le Saint-Esprit, le trois en un, j’ai toujours trouvé cela incompréhensible. Les curés,
les gesticulations et les contraintes religieuses m’ont toujours été rébarbatifs. En un mot
comme en cent, je pense que j’ai toujours eu un athéisme instinctif.
Au printemps 2019, préparant une commande de livres, je me suis avisé que je n’avais jamais
lu le livre le plus publié au monde, à savoir la Bible. J’ai donc décidé de la lire et comme j’avais
chez moi la Bible de ma belle-mère, je me suis mis à lire à raison d’environ six pages par jour,
les 1638 pages de l’Ancien et du Nouveau Testament.
Commencée le 29/04/2019, j’ai achevé ma lecture le 08/03/2020. J’ai de plus lu des dossiers
de la revue Le Point, « Histoire des textes sacrés », « Comment Dieu est né ». J’ai fait aussi des
recherches sur internet, j’ai regardé un documentaire sur « Les manuscrits de la mer morte ».
Lors de toute cette recherche, j’ai pris beaucoup de notes qui m’ont fourni la matière de ce
document.
J’avais déjà travaillé le sujet des religions en 2005 en lisant le « Larousse des Religions » qui
m’avait permis d’avoir une vision d’ensemble, mais m’avait laissé sur ma faim. Aujourd’hui,
tout est pour moi beaucoup plus clair, et je suis passé d’un athéisme instinctif à un athéisme
argumenté où Dieu est une création de l’homme et les religions sont instrumentalisées par
des manipulateurs malins.
Dans les pages qui suivent, j’ai regroupé différentes notes et remarques qui reviennent
plusieurs fois sur certains faits, mais j’ai laissé ces redondances, car elles portent sur des points
qui m’ont particulièrement marqué. L’ensemble est structuré de la façon suivante : d’abord,
je fais un rappel de l’historique de ma relation avec la religion, puis je tente d’expliquer
pourquoi je pense que les religions sont des constructions humaines, ensuite j’ai placé mes
remarques sur la Bible, remarques sur le fond, remarques sur la forme. Enfin, j’ai conclu par
une synthèse de ce que finalement je pense de Dieu et des religions.
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Sommaire
1 - Historique de ma relation avec la religion page 5
Enfance à Troyes
Au collège en Suisse
Dans ma vie
2 - Les religions sont des constructions humaines page 7
Quand, comment … a commencé le fait religieux ?
La multiplication des croyances fruit de l’imagination humaine
Dieu vu par les philosophes
Pourquoi les religions ont-elles eu autant de succès ?
Quelle place les religions ont-elles eue dans l’histoire ?
En résumé, que sont les religions ?
3 - Bible : remarques sur le fond page 11
Premières impressions
Qu’en est-il de Dieu ?
Relation de Dieu et des hommes
Que faire ?
Au-delà de la crainte recommandée, il y a des consignes
Les testaments concernent qui ?
De la crucifixion
Morale/Éthique
Prêtres
La vérité serait dans les écritures
Qu'en est-il de l’apport des consignes de la bible à la société ?
4 - Bible : remarque sur la forme page 16
Remarque générale sur la forme
Remarque particulière sur la naissance de Moïse copiée sur celle de Sargon
Les auteurs de la bible
Les textes d’un point de vue littéraire
Autres remarques sur les textes
5 - Synthèse de ce que je pense de Dieu et des religions page 19
Dieu est une invention utile
Les religions sont instrumentalisées par des manipulateurs
Les Écritures saintes sont des fables
Les rites religieux sont archaïques et parfois barbares
Dieu, né du désir des sages (cf. Le Véda), dois rester une affaire privée
Annexes page 21
Tableau des religions (nombre de croyants)
Tableau de l’expansion des religions via les routes de la soie
Table générale de la bible
Quelques dessins humoristiques
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1 - Historique de ma relation à la religion
Enfance à Troyes
Mes parents n’étaient pas pratiquants. Je ne les ai jamais vus dans une église, en dehors de baptêmes,
communions des enfants, mariages, enterrements ou visites touristiques, comme lorsque nous
sommes allés voir le magnifique jubé en bois de l’église de Villemaur sur Vanne.
Le dimanche lorsque j’habitais Troyes et que j’avais déjà un certain âge, peut-être 7 ans, mes sœurs et
moi allions à la messe. Nous allions à l’église de la Madeleine (magnifique jubé en pierre) qui était à
200 mètres de la maison pour assister à la sortie de la messe et voir des amis. Nous arrivions un peu
avant la fin de l’office, restions dans l’entrée, côté gauche, près du bénitier et sortions les premiers dès
"l’ite missa est". En fait, je suivais mes sœurs et quand elles sont parties en pension je ne suis plus allé
à la messe à Troyes. Mes sœurs « allaient à la messe » uniquement pour voir leurs copines à la sortie.
Nous restions à discuter puis les gens se dispersaient et nous rentrions.
Bien que je fusse au Lycée public, j’ai été inscrit au catéchisme. J’en garde un très mauvais souvenir,
car j’ai souvent été puni, probablement pour dissipation, et je me souviens des punitions qui
consistaient à rester à genoux pendant suffisamment longtemps pour avoir vraiment mal. Une fois, j’ai
dû en plus d’être à genoux mettre les bras en croix. Je ne faisais pas que chahuter, j’écoutais aussi et
posais des questions qui n’obtenaient pas de réponses satisfaisantes à mes yeux, car invariablement il
s’agissait de croire et d’avoir la foi, ce qui est un peu court. À l’époque, j’ai cru qu’il y avait des réponses,
mais que le prêtre écourtait la discussion, car j’étais trop jeune pour entendre des explications
complètes. Ces absences de réponse et cette éducation traumatisante étaient peu efficaces pour
m’amener à apprendre.
À l’occasion de ma communion solennelle, j’ai dû passer un examen de catéchisme que j’ai raté, le
prêtre ne voulait pas que je fasse ma communion. Ma mère a dit au prêtre que si je ne la faisais pas
cette année-là, mon père ne voudrait pas que je la fasse l’année d’après. Le prêtre a cédé, la réception
familiale avec ma cousine qui faisait aussi sa communion a bien eu lieu, ma mère était soulagée.
Au collège en Suisse
Quand je me suis retrouvé à l’Institut Florimont à Genève à la rentrée de septembre 1962, j’ai été
amené à participer aux prières deux fois par jour (matin et soir) et à assister à la messe du dimanche
plus toutes sortes de messes spéciales tout au long de l’année à l’occasion de fêtes religieuses. La
première année de pensionnat, je me suis même laissé entraîner par un copain à servir la messe deux
ou trois fois, cela l’amusait, il mangeait des hosties et goûtait le vin de messe, cela ne m’a pas emballé.
Pendant les six ans de mon internat, j’ai donc été amené à participer à beaucoup de moments religieux.
Aux questions que nous avons pu poser mes camarades et moi nous n’avons pas obtenu de réponses
plus intéressantes qu’à Troyes et tout se résume à la grâce de la foi. D’un point de vue plus positif, la
messe du dimanche donnait l’occasion d’entendre une belle chorale, car un groupe de chanteurs
venait œuvrer à la chapelle et leur prestation était retransmise en direct par une radio suisse. En
revanche, les prêches et prières à la chapelle à la longue ont fini par vraiment m’insupporter.
Pour ma dernière année à Florimont, comme il ne me voulait plus à l’internat, j’étais dans une famille
qui habitait à quelques centaines de mètres de l’institut. Si j’ai dès lors échappé aux prières, je suis allé
pendant plusieurs mois avec eux à la messe le dimanche, car sans être des forcenés de la religion, il
faisait partie de la chorale de leur église au Petit Lancy. Au bout d’un moment, je n’y suis plus allé.
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Dans ma vie
Après le collège, j’ai adopté la pratique de mes parents n’allant dans les églises que pour les baptêmes,
communions, mariages, enterrements ou visites touristiques. Même les parents d’Annick qui à
l’époque pratiquait n’ont pas réussi à m’entraîner à les suivre, ils ont eux-mêmes relâché leurs
pratiques par après. Annick et moi nous sommes cependant mariés à l’église et plus tard Damien a été
baptisé et a fait sa communion, bien qu’entre temps nous ne soyons jamais allés à un office.
Cependant, plusieurs fois dans ma vie j’ai essayé de m’intéresser à la religion, mais je n’ai jamais
accroché. Une des choses que je ne supporte pas du tout, ce sont les rites et tout le charabia qui va
avec. Les prêches sont, la plupart du temps, incompréhensibles et le tout se résume à, on ne comprend
rien, mais il faut y croire. Au-delà de mon absence de foi, quand j’étais jeune, je ne supportais pas la
pression sociale que la religion exerçait sur nos faits et gestes. J’ai donc pendant longtemps « bouffer
du curé » comme on disait à l’époque. Puis la religion catholique s’est mise à régresser en France, à ne
plus représenter grand-chose et je ne m’en suis plus préoccupé.
Si je vis très bien sans religion, j’apprécie les cérémonies religieuses pour les enterrements. Je crois
que pour ceux qui restent, il est nécessaire d’avoir une cérémonie pour célébrer le défunt et lui dire
au revoir. Il est intéressant de noter que justement l’Église catholique cherche aujourd’hui à limiter ses
interventions dans ce domaine, alors qu’il y a une demande. Il faudrait créer des cérémonies civiles
dans des lieux qui peuvent accueillir du monde. Enfin pour les enfants il faudrait aussi remplacer la
religion qui parlait de morale, de relation aux autres … par une éducation adéquate qui n’intègre pas
de surnaturel, de culpabilisation, de rites inutiles et surtout de paroles incompréhensibles auxquelles
il faut croire sous peine d’être damné pour l’éternité.
1° Communion à Troyes : je suis au 1° plan le 4e
en partant de la droite
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2 - Les religions sont des constructions humaines
Quand, comment … a commencé le fait religieux ?
Pour le philosophe anglais Herbert Spencer (1820-1903), le culte des ancêtres serait à l'origine même
de la religion. L’admiration, la crainte, du chef remarquable (par sa force ou sa bravoure, du grand
inventeur ou d’un conquérant …) qu'il faut se rendre propice, même après sa mort. Par conséquent, à
l'origine de toute religion se trouverait la peur d'un homme puissant et supérieur. Autrement dit, les
dieux ne seraient que la transformation ultérieure des ancêtres ou des héros divinisés.
La divinisation est le fait d'élever au rang de dieu une personne, un animal ou une chose. Dans
l'Antiquité grecque, l'évhémérisme postulait que les dieux étaient des personnages réels qui avaient
été divinisés après leur mort. Les souverains de différentes civilisations ont été divinisés, à différentes
périodes comme chez les Égyptiens, dont le pharaon devenait l'incarnation d'Horus, dans le culte
impérial des Romains ou encore celui de l'Empereur du Japon, divinité incarnée. Dans de nombreuses
civilisations, le chef, le roi, s’il n’est pas un dieu, est un interlocuteur des dieux.
Soleil, terre (Pachamama), montagnes, feu, vent … ont été divinisés : dans la mythologie grecque,
Hélios est le dieu du Soleil personnifié. Le Soleil est un symbole très puissant pour les hommes. Il
occupe une place dominante dans chaque culture. Souvent, le Soleil représente le pouvoir. Cet astre
donne la vie et si le Soleil venait à disparaître, ou même si ses rayons ne nous parvenaient plus, la vie
s’éteindrait sur Terre, d’où le symbole de vie (donneur de vie). Les montagnes étaient filles de la Terre.
On les regardait presque comme des lieux sacrés, souvent même on les adorait comme des divinités.
Etc.
Les rituels funéraires datent de la nuit des temps (cf. tombe de néandertalien ayant plus de 100 000
ans). Aucune civilisation, de la plus fruste à la plus civilisée, n'a pu échapper à l'angoisse de la mort.
Établir un rite, c'est donner un cadre, des balises, un rythme qui peut soutenir et canaliser la peur, la
rendre plus compréhensible aussi.
Les religions animistes se caractérisent par l’importance du culte des ancêtres et des forces de la
nature, elles conçoivent les choses comme étant vivantes et douées d'intention. L’animisme est une
forme primitive de causalité dans laquelle la réalité tout entière tend à être conçue comme peuplée
d’êtres animés, dotés d’un vouloir être et d’un vouloir faire plus ou moins conscient. Ainsi les nuages
bougent parce qu’ils veulent bouger, comme le font les animaux lorsqu’ils se déplacent. Pour la
mentalité animiste, la cause première des phénomènes est considérée comme interne aux êtres qui y
sont impliqués. Les animismes renvoient aux mythologies foisonnantes des débuts de l’humanité, mais
ce ne sont pas des religions révélées, adossées à des Écritures sacrées, un corpus doctrinal organisé
par des institutions et des pouvoirs hiérarchiques.
La théorie de Spencer est contestée et les animismes ne sont peut-être pas les plus anciennes religions.
En fait, personne ne sait répondre à la question : quand, comment … le fait religieux a commencé ?
Mais l’origine du sacré comme résultat du processus, langage, abstraction, pensée métaphysique,
sépulture, animisme … semble très possible.
La multiplication des croyances fruit de l’imagination humaine
Quoi qu’il en soit, on constate qu’il existe et a existé un très grand nombre de mythologies, de
croyances, de religions dans le monde à travers les millénaires, fruits d’une imagination humaine
débordante : théories mésopotamiennes, dieux égyptiens, védisme, bouddhisme, dieux grecs,
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romains, dogons, invention du dieu unique, monothéisme radical de l’islam avec Al-Ilâh appelé Allah
par les musulmans.
Les premières religions n’ont probablement pas été créées ex nihilo, mais ont été le résultat d’un
processus de création progressive de mythologies inventées par des hommes pour répondre à des
questions (création du monde : qui, comment …), création de l’homme (pourquoi imparfait, sens de
l’existence …), à des peurs (puissance des éléments, des êtres vivants …), que se passe-t-il après la mort
(croyance dans une vie après la mort), crainte des morts, besoin de maîtriser l’environnement, de fixer
des bonnes conduites de vie, pratiques, prières pour se concilier les morts, le(s) dieu(x) (qu’attendent-
ils des hommes) …
Quelque soit leurs origines, leurs formes, les religions se sont multipliées et sophistiquées,
s’empruntant des éléments, s’empilant les unes sur les autres comme le judaïsme, le christianisme,
l’islam tout en conservant des rites, des fêtes, des dates clés païennes ou de religions plus anciennes
(fête de printemps, de la saint jean, sacrifice des moutons …).
Typologie des différentes formes de croyance :
• Le polythéisme admet l'existence de plusieurs dieux. Ex. : l'hindouisme, le paganisme grec et
romain …
• L'hénothéisme désigne un système polythéiste dans lequel une divinité occupe une place plus
importante que les autres. Ex. : selon Thomas Römer, la religion israélite ancienne est un
hénothéisme.
• Le monothéisme, par opposition au polythéisme, n'admet qu'un seul dieu, distinct du monde,
transcendant. Ex. : le christianisme, l'islam.
• Le théisme admet l'existence d'un dieu créateur du monde, personnel, juge, rémunérateur
• Le déisme, par opposition au théisme, admet Dieu, créateur du monde, organisateur, mais pas
qu'il soit personnel et juge.
• Le panthéisme identifie Dieu au monde. Ex. : le stoïcisme, Spinoza.
Il faut noter qu’au XXIe siècle il naît toujours des religions que l’on a tendance à considérer comme des
sectes, comme les Romains ont fait à propos du christianisme à l’époque.
Dieu vu par les philosophes
Le sujet de l’existence ou non d’un ou plusieurs dieux, est si crucial pour les hommes qu’au-delà des
religions, ils l’ont de tout temps réfléchi au sein ou en dehors des religions.
Dieu vu par les philosophes et d’autres :
• Xénophane (Dieu unique et dominateur),
• Platon (ordre dans le chaos),
• Aristote (Dieu comme intellect),
• Épicure (Dieu impassible et bienheureux),
• Plotin (monde émanation de l’intelligence même),
• Augustin (un créateur infiniment bon),
• Spinoza (Dieu est le monde),
• Leibniz (Dieu du meilleur des mondes possibles),
• Feuerbach (Dieu création de l’homme),
• Pascal (le pari),
• Kant (impossible d’affirmer l’existence de Dieu),
• Hegel (la logique c’est Dieu),
• Nietzsche (Dieu est mort)
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• Sartre (se libérer de l’existence de Dieu),
• Freud (Dieu permet de se libérer d’une réalité angoissante),
• Lacan (la notion de faute originelle est sadique)
Conclusion : l’homme a construit des explications et a cru à ses illusions inventées, mais de fait, les
religions ont confiné l’homme dans des impensables anxiogènes.
Pourquoi les religions ont-elles eu autant de succès ?
Les religions ont eu un immense succès parce qu’elles ont été utiles aux pratiquants en leur apportant
des explications, en calmant leurs peurs, en leur offrant des moyens d’agir, en reliant les personnes
par le partage des mythes. Le mot religion est un mot emprunté au latin ‘religio’ à l’étymologie
controversée, mais que les chrétiens se plaisent à rattacher au verbe ‘religare’ (relier) et ainsi la religion
aurait pour objet les relations que l’on entretient avec la divinité.
Les religions ont eu du succès aussi, car elles ont été instrumentalisées, « confisquées » par les élites
(chefs, prêtres …) pour avoir du pouvoir sur les populations. Machiavel a dit « celui qui contrôle la peur
des gens devient le maître de leurs âmes ». Les religions appellent toutes, entre autres, à la soumission
aux divinités.
Il est clair que les castes dirigeantes ont trouvé dans les religions, même en dehors de théocratie, le
moyen par la manipulation des croyances d’avoir du pouvoir sur les hommes. Les sources de pouvoirs
ne sont pas si nombreuses, la force, l’argent, la séduction … l’escroquerie, l’instrumentalisation des
peurs et des espoirs facilités par l’ignorance … l’exploitation de questionnements …
Il est certain aussi que les religions font la promotion de règles très utiles aux gouvernants. Exemples
tirés de la bible :
• L’homme né coupable, il y a des fautes collectives, il doit se soumettre à Dieu (et aux autorités),
• La sagesse c’est de craindre Dieu (et les autorités),
• Les femmes doivent se soumettre en tout à leur mari (et les maris aux autorités),
• Esclaves obéissez à vos maîtres (et aux autorités),
• Soyez soumis, à cause du seigneur, à toute autorité humaine (page 1611 de ma bible),
• Enfin, si malgré vos bons comportements vous êtes dans les problèmes, la parole magique « les
voies du seigneur sont impénétrables » permet d’éluder toute explication.
Quelle place les religions ont-elles eue dans l’histoire ?
Dans de nombreuses civilisations, le chef est considéré comme un dieu, ou à défaut il est l’interlocuteur
privilégié des dieux, si ce n’est pas le cas le chef doit alors composer avec des prêtres qui ont souvent
beaucoup de pouvoir (cf. problème rencontré par Akhenaton) et avec qui il faut composer, quelques
fois de façon très profitable (cf. la conversion de Clovis qui obtient ainsi le soutien des évêques bien
implantés auprès de la majorité de la population qui n’était pas franque).
La religion est aussi, souvent, un bon moyen pour mobiliser les populations et servir des desseins
politiques : c’est le cas de l’Islam qui a su amener les Arabes à la conquête du monde ou du
Catholicisme pour les croisades au Moyen-Orient, la reconquête en Espagne … Enfin, je constate que
même en dehors des théocraties (toujours présentent : Tibet/Dalaï-Lama, Iran …) et du mélange des
genres entre temporel et spirituel, les religions ont participé aux malheurs des peuples par le
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déclenchement ou l’association à de nombreuses guerres ou exactions (conversions forcées, statut
inférieur, assassinat légal du non-croyant …).
La politique explique aussi les nombreuses divisions au sein des religions (schismes, hérésies …) qui
génèrent des séparations, des luttes fratricides (catholiques/orthodoxes, sunnites/chiites …), car les
causes religieuses sont souvent dérisoires et les enjeux de liberté/pouvoir expliquent bien mieux ses
antagonismes.
Aujourd’hui encore les religions, ces mythes qui tuent, sont très importantes dans de nombreux
pays (Italie, USA … Maroc, Arabie Saoudite … Inde …), et les islamistes mènent une guerre partout dans
le monde pour essayer d’imposer leur vue et soumettre les infidèles à leurs mythologies soi-disant
révélées et formalisées au VIIe siècle de notre ère.
En résumé, que sont les religions ?
Les religions sont des constructions humaines, dont on ne sait pas bien ni quand ni comment, les
hommes ont commencé à les multiplier.
Les religions ont eu du succès parce qu’elles ont apporté aux croyants quelque chose, de façon non
exhaustive : explication du monde, exorcisation de la mort, effet communautaire … solution aux
remords (il n’y a pas de péché que Dieu ne pardonne pas, si le repentir est sincère), espérance (je vais
à l’église parce qu’on y parle de vie éternelle), etc.
Les religions ont aussi eu du succès, car elles ont été utilisées par les élites qui voulant maîtriser le
peuple, instrumentalisent, les peurs, les questions existentielles que les hommes se posent et leur
besoin de se relier, de faire communauté, face aux difficultés de la vie. L'anthropologie, l'ethnographie
et plus généralement toutes les sciences humaines montrent, à la plupart des époques connues,
l'association systématique de concepts religieux extrêmement variés dans la naissance de toutes les
sociétés examinées et permettent ainsi de conclure que le religieux et le politique sont toujours
associés, pour le meilleur parfois et pour le pire (guerre, inquisition …) très souvent.
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3 - Bible : remarques sur le fond
Premières impressions
La première chose qui m’a sauté aux yeux à la lecture de la bible, c’est la faible place des éléments de
fond. Dans l’Ancien Testament, qui dans la version que j’ai lue fait 1277 pages, il y aurait d’après les
experts 613 commandements, dont les femmes doivent se soumettre en tout à leur mari et esclave
obéissez à vos maîtres. La moitié des 613 commandements sont dans le Lévitique qui traite pour
l’essentiel de rites. Dans la même ligne, j’ai noté que les 10 commandements sont évoqués par deux
fois dans Le Décalogue, à chaque fois en une demi-page, alors que des dizaines de pages dans d’autres
parties sont dévolues au culte, aux accessoires, à l’habillement & aux prérogatives des prêtres,
notamment à leurs parts des offrandes …
Les descriptions de l’histoire d’Israël et de Juda, ce ne sont que luttes contre les autres peuples,
guerres, meurtres, complots. Par exemple, la conquête de Canaan a amené la prise de villes et le
massacre de ses habitants (hommes, femmes, enfants) passés au fil de l’épée, mais on gardait le gros
et le petit bétail. En fait, peu de choses moralement remarquables dans l’Ancien Testament, le tout
présenté de façon partisane, où par exemple Dalila qui est une résistante philistine qui n’a pas de sang
sur les mains est présentée comme une salope, alors que Judith qui est une résistante israélienne qui
a du sang sur les mains est une héroïne.
Il y a aussi beaucoup d’histoires qui se résument à : « tu suis Yahvé sinon tu auras des problèmes » et
au fait qu’être sage, c’est craindre Dieu. La sagesse c’est la crainte de Dieu : « crains Dieu et révère ses
prêtres ». Le discours des sages, c’est d’eux que tu apprendras à servir les grands. Même si le Nouveau
Testament prend parfois des distances par rapport à l’Ancien, comme pour la loi du Talion remplacée
par la charité envers tous les hommes, même les ennemis, les apôtres rapportent que Jésus a dit « si
vous croyez Moïse (auteur du Pentateuque), vous me croirez aussi ».
Qu’en est-il de Dieu ?
Le dictionnaire nous dit : « Dieu serait l’être suprême, créateur et incréé, souverainement bon et juste,
dont tout dépend et qui ne dépend de rien ».
Dans l’Ancien Testament, Dieu a différents noms (El Shadddaï, Membré …), celui de Yahvé apparaît
plus récemment dans les textes vers -800 av. J.-C. Yahvé dans un premier temps, a des rivaux, mais il
les surpasse tous, il est le dieu des dieux, puis le Dieu unique, même si l’on cite Dieu le père, le christ,
le fils, le paraclet l’Esprit saint, mais que le tout ne fait qu’un. Le Christ quant à lui est un peu magicien
(il fait des guérisons, multiplie les pains, marche sur l’eau, se fait obéir par le vent & la mer). Cependant
pour la fin du monde le Christ dit que seul le père connaît le jour et l’heure ; l’unité du père, du fils, du
Saint-Esprit, n’empêche pas les différences !
Les prophètes nous parlent d’un dieu de justice (Amos), d’amour (Osée), de sainteté (Isaïe). Cependant
quel que soit son nom, Dieu dans l’Ancien Testament a des caractéristiques très humaines : jaloux,
colérique … il demande des meurtres … il se venge et lui-même parfois va trop loin dans sa vengeance.
Yahvé est colérique, même s’il est plusieurs fois précisé qu’il est lent à la colère. « Yahvé visite les
peuples pour les punir, les éprouver ou leur faire du bien », « l’épée de Yahvé est pleine de sang ».
Matthieu citant le Christ rapporte qu’il a dit « je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ».
Tant dans l’Ancien Testament que dans le nouveau, je comprends que Dieu s’intéresse surtout au
peuple élu, les juifs des douze tribus d’Israël. Par exemple : Dieu a aidé à la conquête sanglante de
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Canaan durant laquelle les autochtones ont été ou massacrés ou réduits en esclavage ; Dieu s’en est
pris à Tyr, pays d’incirconcis qui était contre Babylone, avait abandonné Jérusalem et s’était réjoui de
sa chute ; Jésus cité par Matthieu aurait dit « je n’ai été envoyé que pour les brebis perdues d’Israël ».
C’est, semble-t-il, Paul qui s’intéresse aux non-juifs et va leur prêcher la bonne parole, mais dans
l’Apocalypse de Jean seront sauvés ceux qui sont marqués du sceau de Dieu soit 144 000 personnes,
et précisément 12 000 par tribu (12 000 x 12 tribus d’Israël =144 000).
Relation de Dieu et des hommes
Notre relation avec Dieu commence mal, car il nous a condamnés à naître impurs, à mourir ..., c’est la
conséquence d’une punition collective à la suite de la faute d’Adam et Ève. Nous sommes tous
coupables, mais nous pouvons être sauvés, obtenir la vie éternelle ... si nous avons la foi. Il n’est pas
nécessaire de comprendre, l’important c’est la foi.
Tout le bien vient de Dieu, tout le mal vient de nous : mea culpa, mea maxima culpa. Il faut comprendre
que Dieu est bon, mais il peut te mettre à l’épreuve et t’en faire baver. Dans l’Ancien Testament, Dieu
fait un tas d’interventions, souvent terribles, pour montrer aux hommes qu’il est Dieu. Il peut aussi te
mettre des choses dans l’esprit pour te pousser au bien ou au mal. Dans le Nouveau Testament, il est
écrit : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde ». Jésus
dit « nul ne peut venir à moi, si le père qui m’a envoyé ne l’attire ». Enfin, de façon constante dans
l’Ancien et le Nouveau Testament, il est écrit que la sagesse se résume à la crainte de Dieu. Pierre
dit « celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable ». Enfin, il est recommandé de suivre « le
discours des sages, c’est d’eux que tu apprendras à servir les grands ».
Que devons-nous faire ?
La Bible comporte beaucoup d’histoires édifiantes qui se résument à : tu suis Yahvé sinon tu auras des
problèmes. Il est recommandé de chercher la justice, l’humilité … et peut-être serons-nous à l’abri au
jour de la colère de Yahvé. Dans le Pater, la partie « ne nous soumets pas à la tentation » qui a été
corrigée récemment est pourtant bien dans l’esprit de l’Ancien Testament.
C’est d’après nos paroles que nous serons justifiés ou condamnés (quid des actes ?). Seule la foi sauve.
Celui qui aura tenu bon jusqu’au bout sera sauvé. Celui qui croira sera sauvé, celui qui ne croira pas ne
sera pas sauvé (quid des actes ?). Il nous est recommandé de nous abandonner à la providence (??).
Pour Paul, les païens convertis n’ont pas besoin de suivre toutes les lois, les rites des juifs, dont la
circoncision ; la pratique des lois ne justifiera personne, seule la foi compte. Enfin, tu ne seras pas fêté
si tu t’es échiné à bien faire ; la fête c’est pour le fils prodige, car « doit-on avoir gré au serviteur d’avoir
fait ce qui est prescrit ? ».
Au-delà de la crainte recommandée, il y a des consignes
L’Ancien Testament, d’après les experts, contient 613 lois, dont la moitié sont dans le Lévitique qui est
structuré en quatre chapitres (1 - rituels et sacrifices, 2 - investiture des prêtres, 3 - règles relatives au
pur et l’impur : animaux, contacts impurs, maladie …, 4 - lois de sainteté : immolation & sacrifices,
adultères … le grand prêtre ne peut épouser qu’une vierge pas une veuve …). Par ailleurs, j’ai constaté
que dans le Pentateuque, les 10 commandements sont cités deux fois et expédiés à chaque fois en une
demi-page, alors que tout ce qui concerne les prêtres (services, habits, repas sacrés, impôts …) fait
l’objet de long développement.
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Si l’Ancien Testament contient de nombreuses lois, dont les dix commandements, le Nouveau
Testament en apporte d’autres dont en particulier le « tu aimeras ton prochain comme toi-même »,
dont l’esprit est remarquable, mais qui met la barre haute, ou le fait qu’il faut se séparer de tout (biens,
personnes y compris ses parents) selon l’évangile de Luc, ce qui est particulièrement inhumain pour ce
qui concerne les parents/frères/sœurs. Ces deux extrêmes sont étonnants.
Sauf erreur de ma part, le Nouveau Testament ne contient pas d’interdits alimentaires, ni de fêtes, ni
de carêmes … toutes choses qui ont dû être ajoutées par la suite pour animer/maîtriser le troupeau et
commémorer la vie du Christ tout au long de l’année (naissance … ascension). Ces rites de création
« récente » sont acceptables au XXIe siècle, au contraire de ceux de l’Ancien Testament qui sont
« d’époque » avec sacrifices d’animaux, statut des femmes & des concubines, esclaves … Dans le code
Deutéronomique par exemple, il y a l’étonnant statut de la captive (cela doit dater de la conquête de
Canaan). Comment traiter la captive : d’abord, on lui rase les cheveux, on la laisse pleurer pendant un
mois, puis on peut la prendre pour femme, mais si ou bout d’un certain temps on n’en veut plus, on
peut lui rendre sa liberté, mais on n’a pas le droit de la vendre (si on ne la pas prise pour femme on
peut la vendre).
Les testaments concernent qui ?
Pour ce qui est de l’Ancien Testament, il n’y a aucun doute, il concerne les juifs, les circoncis (peuple
élu, alliance …). On peut s’étonner que le créateur, s’il existe, ait privilégié un petit peuple de nomades
(cf. le recensement de Moïse dans le livre « Les Nombres » de 603 550 hommes de 20 ans et plus, hors
Lévites et leur tribu patriarcale, soit probablement ~3 millions au total), alors que la terre compte ~160
millions d’habitants à cette époque (-1200 av. J.-C.).
Pour le Nouveau Testament, c’est moins évident. Certes, Paul a prêché l’universalité du message du
Christ et dit que les païens, les incirconcis sont concernés, mais il dit aussi que lors de sa traversée de
l’Asie Mineure, « il parcourut la Phrygie et le territoire galate, le Saint-Esprit l’ayant empêché
d’annoncer la bonne parole en Asie ». Il dit aussi dans l’Épître aux Romains « Israël demeure le peuple
élu ». En fait hors Paul, tout pointe plutôt vers les juifs. Luc rapporte que le Christ a promis comme
récompense aux apôtres « vous mangerez et boirez à ma table en mon royaume, et vous siégerez sur
des trônes, pour juger les douze tribus d’Israël ». Enfin, la nouvelle Jérusalem messianique de
l’apocalypse fait référence aux douze tribus d’Israël.
De la crucifixion
Le Christ se distingue en expliquant particulièrement bien les écritures, ces prêches attirent beaucoup
de monde, il y a beaucoup de guérisons, de miracles … de faits magiques (multiplication des pains,
marche sur l’eau …), enfin il est crucifié et ressuscite. Cependant, il n’est peut-être pas si clair que cela
puisqu’il s’étonne lui-même que les apôtres parfois ne comprennent pas, il leur dit même « vous avez
l’esprit bouché ». Mais la doctrine frappe les esprits et on relate en exemple la conversion d’un
proconsul, pour montrer que des instruits aussi étaient séduits.
La passion est évidemment l’événement le plus fort. Dieu a envoyé son fils et ce dernier se sacrifie
pour sauver le monde. Cependant pour moi la crucifixion est dans la lignée de l’Ancien Testament et
de ces nombreux sacrifices d’animaux pour complaire à Dieu et de même que l’on mangeait une partie
des animaux sacrifiés, on mange le Christ avec l’eucharistie. C’est la même logique de sacrifice à Dieu.
Dieu, y es-tu ? 14/68
En fin de compte, les bonnes paroles du Christ sont largement dépassées par la violence de
l’événement, j’ai l’impression que la foi se fonde plus sur la folie du message de la crucifixion que sur
la morale proposée.
Morale/Éthique
Morale et éthique viennent de deux mots, l’un latin, l’autre Grec qui signifie à peu près la même chose
(les mœurs, les caractères, les façons de vivre et d’agir). La morale qui se veut une règle impérative de
conduite, s’intéresse à ce que l’on doit faire en distinguant le bien et le mal, alors que l’éthique,
cherche à définir une norme de ce qu’il serait bon de faire, distingue les bonnes conduites
souhaitables, des mauvaises.
Toutes les sociétés décrètent des obligations, des interdits et promeuvent des valeurs. Suivant les
lieux, les époques, les obligations et les interdits peuvent être différents. Cependant, les valeurs
humaines sont, semble-t-il, plus universelles : sincérité plutôt que mensonge, générosité plutôt
qu’égoïsme, courage plutôt que lâcheté, honnêteté plutôt que malhonnêteté,
douceur/compatissance/amour plutôt que violence, cruauté, haine … Il s’agit de normes que
l’humanité, par expérience, a sélectionnées parce qu’elles sont favorables à la vie en société, au
développement du groupe … et que des choix inverses (mensonge … vol … meurtre … haine …) seraient
invivables.
Toutes les religions définissent leur morale, leurs obligations, leurs interdits. La bible contient donc
tout cela. Cependant, je note que l’Ancien et le Nouveau Testament ne sont pas toujours en phase,
par exemple : loi du Talion / pardon des offenses … la circoncision, de nombreux rites, des interdits
alimentaires sont spécifiques à l’Ancien Testament … le Nouveau Testament n’impose rien dans ces
domaines …
Prêtres
Dans l’Ancien Testament, de nombreuses pages sont consacrés aux « prêtres », détaillant leurs
prérogatives, les rites, les habits et accessoires. Nul doute que leur statut leur donne du pouvoir dans
la communauté. Pouvoir spirituel, mais aussi temporel et ceux à toutes les époques. Le temple de
Jérusalem au temps de Josias était un lieu de perception et de conservation des impôts.
En prenant exemple avec la religion catholique, je constate que le prêtre de base est très tourné vers
le spirituel, que sa hiérarchie s’occupe aussi de temporel et s’éloigne aussi souvent beaucoup de ses
missions. Les papes qui ont eu des enfants sont nombreux, sans parler des grands politiques comme
en France Richelieu. La religion a d’abord été instrumentalisée par les prêtres avant d’être récupérée
par les dirigeants comme Constantin par exemple qui y ont vu l’outil idéal de soumission.
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La vérité serait dans les écritures
Les religions poussent l’idée qu’elles détiennent la vérité, et pour celles qui ont un « LIVRE » que la
vérité est dans ce livre. Par exemple dans les Actes des Apôtres il est dit qu’un proconsul, c’est-à-dire
une personne instruite, embrasse la foi parce qu’il est vivement frappé par la doctrine, les écritures
démontrant que Jésus est le christ.
Les écritures fixent des règles, il paraît que l’Ancien Testament contient 613 lois, mais si d’une part on
se relie aux traditions juives de l’Ancien Testament, d’autre part on s’en différencie et il est dit en
plusieurs endroits que le chrétien n’a pas à suivre la loi juive. Cependant, il est dit aussi que le Christ
n’est pas venu abolir la loi, mais la parfaire. Si les juifs ont des interdits alimentaires, il n’y en a pas
dans le Nouveau Testament, ni carême, ni …
Dans le Coran tous les textes n’ont pas le même niveau de vérité il existe la notion de versets abrogés
par un verset plus exigeant. Par exemple, il est dit dans différents versets : 1° le vin apporte du bon et
du mauvais, mais le mauvais l’emporte. 2° il est interdit d’être saoul quand on doit prier. 3° il faut
s’éloigner du vin. Au départ, il existait différentes versions du Coran, puis on a fixé un texte, puis les
sunnites ont voulu qu’on le prenne de façon littérale. Le Coran est dit incréé et donc intouchable. On
notera au passage que Mahomet n’a pas fixé de rites, ils sont venus après.
Les textes détiendraient la vérité, mais celle -ci ne serait donc pas toujours si évidente (4 évangiles et
versions plurielles de la foi, versets abrogés …). D’ailleurs pour les Juifs, les textes ne se lisent pas, ils
s’étudient et s’interprètent, pour ouvrir sa pensée et s’interpréter nous-mêmes. Il y a d’ailleurs la Tora
écrite / orale, le Talmud qui est un ensemble de nombreux commentaires et de synthèses.
Le XXIe siècle verra-t-il la fin de la puissance des livres ? Résisteront-ils au monde numérique, au
partage de connaissances, à l’accès analytique assisté aux textes religieux qui permettent de traquer
la « vérité » ?
Quid de l’apport des consignes de la bible à la société
La bible contient des consignes qui n’ont pas toutes le même intérêt, certaines sont positives à suivre
comme règles de conduite pour les hommes, pour la vie en société, d’autres sont négatives et certaines
interrogent (???). Par exemple :
• Positif : Aimer ses frères comme soi-même
• Négatif : Mea culpa (toutes les fautes viennent des hommes)
• ??? : résurrection des morts
• Positif : Universalité (la religion est pour tout le monde)
• Positif : Pardonner, mais négatif tendre l’autre joue
• ??? : L’homme à l’image de Dieu
• Positif : les 10 commandements, mais ils sont un peu justes si on les compare aux codex
mésopotamiens d’Ur-Nammu (-2100), de Lipit-Ishtar (-1930) d’Hammurabi (-1750, visible au
Louvre, 282 articles)
• Positif : Contre-pouvoir des religieux à la loi du plus fort
• Négatif : Guerres (croisades, djihads, colonisations chrétiennes ou musulmanes, destructions de
cultures …)
• Négatif : Religion et savoir (les religions ont été un frein, cf. la condamnation de Galilée)
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4 - Bible : remarque sur la forme
Remarque générale sur la forme
La Bible est un ensemble de textes narratifs, qui racontent des histoires écrites par un grand nombre
d’auteurs différents, histoires qui ont été sélectionnées au fil du temps pour former un ensemble. En
ce qui concerne le Nouveau Testament, la première liste complète des 27 livres, ne date que de 367,
même si l’essentiel des livres faisait déjà l’objet d’un consensus bien avant. Les premiers textes de la
Bible sont très anciens et par rapport à notre ère dateraient de -1250 ans et les plus récents du premier
siècle.
Ces textes à l’origine ont été écrits dans différentes langues et ont fait l’objet de nombreuses
traductions, ce qui crée de l’incertitude et nécessite parfois de prendre des distances. Ainsi, quand il y
a des propositions moralement curieuses, alors on a en note la remarque que « la traduction est
incertaine ». Mais la traduction est bonne pour « Fais travailler ton esclave, tu trouveras le repos »,
« Ne parais pas devant le seigneur les mains vides », « Une femme accepte n’importe quel mari »,
« Pourquoi se révolter contre le bon plaisir du Très-Haut ».
Moïse aurait écrit le Pentateuque : Genèse, Exode, Lévitique …, mais au-delà du fait que le dernier
chapitre décrit sa mort, les experts nous disent aujourd’hui que ce texte a été composé à partir de
quatre sources différentes, ce qui explique bien des variations, des versions différentes …. Par
exemple : Dieu a de nombreux noms différents selon les textes, dont Shaddaï & Yahvé, ce dernier nom
n’apparaissant jamais dans les textes antérieurs à -800 ; le Dieu des textes les plus anciens a des rivaux,
puis au fil du temps il est le plus grand des dieux, pour finir par être le seul Dieu ; il existe deux versions
de la création de l’homme et de la femme, dans l’une mâle et femelle furent créés à la fois, dans l’autre
la femme est créée à partir d’une côte de l’homme.
Remarque particulière sur la naissance de Moïse copiée sur celle de Sargon
L’histoire de Moïse, bébé « sauvé des eaux » – c’est ce que son nom signifie –, semble s’être inspirée
de celle de Sargon d’Akkad (personnage historique incontestable) qui a régné entre -2335 et -2279,
bien avant l’existence présumée de Moïse (l’exode est généralement situé entre -1250 et -1230).
Sargon fut un grand roi qui a fait l’objet de nombreuses légendes, dont celle concernant sa naissance,
qui est aujourd’hui consultable au Musée du Louvre, sur trois tablettes trouvées à Ninive. Les textes
concernant Sargon et Moïse ont tellement de similitudes qu’il est probable que l’un soit un plagiat de
l’autre, ou que les deux aient été influencés par une source commune.
Dans les deux récits, on retrouve :
• Un enfant aux humbles origines (C’est mieux perçu là où la majorité de la population est pauvre.
La population peut plus facilement s’identifier à son ascension)
• Une mère qui craint pour la vie de son enfant
• Un enfant envoyé sur un fleuve dans un panier de roseaux enduit de bitume
• Un enfant recueilli et adopté (l’adoption de Sargon légitime sa royauté tandis que celle de Moïse
l’introduit dans la cour du roi égyptien)
• L’enfant ne connaît pas son père
• Il est destiné à un avenir prometteur : devenir un grand leader
• Le crédit est donné à un dieu.
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En conclusion, je suis de ceux qui pensent que les scribes judéens ont construit la figure de Moïse à
l’image du fondateur de la dynastie assyrienne.
Les auteurs de la bible
Les auteurs de tous ces textes sont des hommes, il n’y a aucune femme, certains disent parler au
nom de Dieu (Isaïe dit le seigneur m’a donné une langue de disciple) ou rapporter les paroles du fils
de Dieu (les apôtres). Des textes sont reconnus par les chrétiens comme inspirés, les livres des
Maccabées par exemple, même si on a du mal à voir ce qu’ils apportent en matière de moral ou de
foi.
Des auteurs ont des orientations politiques spécifiques à leur temps, dont on a du mal à comprendre
en quoi elles nous concernent, par exemple Jérémie et Ezéchiel sont pro-Babylone (inclinez votre
nuque et servez le roi de Babylone), le grand état qui a asservi les juifs qui seront libérés par les
Perses, à la chute de Babylone.
Au fil du temps, les auteurs prennent des distances avec les premiers textes. Par exemple, les
premières descriptions, de la conquête de la terre promise, citent ouvertement le passage au fil de
l’épée des habitants des villes conquises, revendiquant que l’on peut tout faire au nom de Dieu. Puis
un autre texte de la Bible dit que c’est Dieu qui les a exterminés devant les israélites le peuple élu.
Ce sont les premiers chrétiens qui ont conçu la bible en sélectionnant des textes pour créer quelque
chose d’harmonieux et exclure le surnaturel de type magique, nous disent les experts. Les manuscrits
de la mer morte, dont certains sont de -200 avant notre ère, nous montrent une diversité de textes,
de versions, où par exemple Yahvé n’aurait pas toujours été célibataire et il aurait eu des fils. En fin
de compte, je comprends que la bible a été créée à partir de nombreux textes différents, écrits,
réécrits, traduits, calibrés avec des visions théologiques, des visions de communication … L’ordre de
rédaction du Nouveau Testament (Marc, Matthieu, Luc) va du plus simple au plus littéraire avec ajout
d’éléments théologiques, les textes se recoupent, se complètent et certains éléments figurent dans
les manuscrits de la mer morte pourtant très antérieurs, les experts imaginent des sources
aujourd’hui disparues ayant inspiré les apôtres.
Les textes d’un point de vue littéraire
Les textes de l’Ancien et du Nouveau Testament sont des narrations qui d’un point de vue littéraire
peuvent être assimilées, selon les cas, à des contes, de l’histoire romancée, de la propagande … avec
beaucoup de faits brutaux relatés (meurtres, batailles, massacres), des visions fantastiques ou
horrifiques. Certains experts ont parlé d’une littérature de diaspora avec la saga qui va d’Abraham à
Joseph en 42 générations ; pour moi :
• Les discours sur la création ou l’arche de Noé sont de jolis contes, qui sont analogues à l’Épopée
de Gilgamesh, l’une des œuvres littéraires les plus anciennes de l’humanité, dont la première
version connue a été rédigée à Babylone au XVIIIe siècle avant notre ère
• Les plaies, la sortie d’Égypte, la conquête de Canaan … c’est de l’histoire romancée
• Les grandes batailles rangées où Dieu intervient pour la victoire sont la relation de guerres
souvent très violentes, avec lors de la conquête de la terre promise, la prise de nombreuses villes
qui amène : à passer au fil de l’épée les hommes, les femmes et les enfants, mais à préserver le
gros et le petit bétail
• La vision du char de Yahvé décrite par Ezéchiel, tous les archanges et les anges que l’on retrouve
régulièrement relèvent du genre fantastique où dominent des éléments surnaturels
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• La mort de Razis qui s’arrache lui-même ses entrailles, la prophétie contre Gog où les vainqueurs
seront invités par Yahvé à manger la chair des héros, et l’Apocalypse de Jean, relèvent du genre
littéraire de l’horreur
• L’avènement du roi juste est un summum de promesses politiques décrivant un temps où :
mourir à 100 ans sera mourir jeune, le loup et l’agnelet paîtront ensemble …
Autres remarques sur les textes
Très souvent, les textes disent que certains faits sont les réalisations de prophéties, mais on ne
retrouve pas les prophéties en question avec les moteurs de recherches par mots clés. D’autre part,
certains moments importants de la vie de Jésus sont décrits de façon différente dans les quatre
évangiles, ce qui n’est pas fondamentalement étrange puisqu’il y a quatre témoignages. Cependant
par exemple, le chemin de croix, tel qu’on l’a dans les églises avec ses nombreuses stations, semble en
partie inventé, car on ne retrouve de loin pas tous les éléments dans les évangiles. Parmi les moments
clés qui me posent aussi des problèmes, il y a l’arrestation, la condamnation et la mort où pour ce
dernier événement par exemple, Jean est le seul à nous parler de la présence de Marie et du coup de
lance.
Si les textes sont normalement influencés par le contexte des époques où ils ont été écrits, ce qui
explique la piètre place de la femme, la pratique de l’esclavage, les sacrifices des animaux pour plaire
aux dieux (Shaddaï, Yahvé …) … ; les libertés prises avec l’histoire ou la géographie sont plus
étonnantes. Il faudrait aussi parler : des exagérations quantitatives (ex. des batailles opposant 400 000
hommes à 800 000 hommes avec 500 000 morts, à comparer à Qadesh où les Égyptiens sont 20 000 &
les Hittites 50 000) ; de la réécriture de l’histoire comme pour Ezéchias et Sennachérib dans les
chroniques ; de l’oracle d’Ezéchiel contre l’Égypte qui n’a rien à voir avec la réalité (cf. Ahmosis II) ;
d’Hérode le grand qui mort en -4 n’a pu ordonner le massacre des Innocents, ce qui a amené Voltaire
à le contester ; de l’annonce de la fin du monde moult fois répétée « cette génération ne passera pas
que tout soit arrivé ».
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5 - Synthèse de ce que je pense de Dieu & des religions
Dieu est une invention utile
Dans le monde une très large majorité de personnes sont adeptes d’une religion, ceci depuis la nuit
des temps, et de nouveaux avatars religieux naissent régulièrement. Les religions semblent répondre
à un besoin né des questions, des angoisses des hommes face à l’univers, à la vie en général, à leur
origine, à leur destinée mortelle, au sens de tout cela et en particulier de leur vie. Alors face à ce besoin
ils ont inventé des réponses, des histoires et en particulier ils ont inventé des êtres extraordinaires aux
pouvoirs infinis, les dieux qu'il faut craindre et adorer.
Les religions ont eu et ont encore du succès, car elles sont bénéfiques aux croyants qui ont la foi ou
que cela arrange d’y croire. Dans son livre « Le Celte », Mario Vargas Llosa fait dire à son héros des
remarques qui me semblent très révélatrices même si elles n’épuisent pas le sujet :
« Notre religion (la religion catholique) est surtout faite pour ceux qui souffrent. Les humiliés, les
affamés, les vaincus. C’est cette foi qui nous empêche de nous désintégrer ».
« Au sujet de Dieu, il faut croire, et non raisonner. Si on raisonne, Dieu part en fumée comme une
bouffée de cigarette ».
Les religions sont instrumentalisées par des manipulateurs
Non seulement les religions sont utiles aux croyants, mais aussi aux élites qui les instrumentalisent.
Fortes de leurs vérités, les religions ont autorité sur le croyant et prônent la soumission, le respect des
responsables, des dirigeants : rends à César ce qui est à César, dit la Bible. Pour le Coran, l’homme est
au plus près de Dieu quand dans la prière il a le nez à terre en signe de soumission. La voie du
Taoïsme consiste au lâcher-prise, au refus de l’excès de vouloir.
Conditionnés par les religions, les hommes deviennent des moutons que le bon berger peut conduire,
peut manipuler. Au-delà de l’instrumentalisation des peurs, des désarrois, les religions créent des
communautés qui entre autres sécurisent les individus et permettent de mobiliser les hommes pour
de grandes réalisations collectives. Si les constructions de cathédrales, de mosquées … peuvent être
vues comme des aventures collectives bénéfiques, les guerres de religion, les croisades, les djihads …
les conversions forcées au catholicisme ou à l’islam par exemple sont des crimes contre l’humanité.
Les Écritures saintes sont des fables
Pour le croyant, la vérité est dans les Écritures saintes, et peu importe le grand décalage entre les
vérités des textes et celles des scientifiques en général, des historiens ou des archéologues en
particulier. Lors d’un débat sur le célibat des prêtres catholiques, Benoît XVI a fait valoir que le célibat
avait ses racines dans l’Ancien Testament. Cependant, il ne faut sans doute pas prendre les textes au
pied de la lettre (création, déluge, Noé … passage de la mer Rouge …), ni les juger à l’aune
d’aujourd’hui, car à ce jeu, Mahomet pourrait être accusé de pédophilie, à 52 ans il épouse Aïcha qui
a 6 ans et a des relations sexuelles avec elle 3 ans plus tard. Quand on lit les textes sacrés, il faut bien
prendre en compte le contexte de leurs auteurs, autres temps, autres mœurs.
Les textes disent que Dieu a créé l’homme à son image, la réalité est plutôt que l’homme a inventé des
dieux à son image du fait de son incapacité à imaginer autre chose. Dès lors, les dieux imaginés ont
beaucoup de caractéristiques humaines comme la colère par exemple, la bible dit « Dieu est en colère
après les païens ». Il est en colère parce que tous les hommes ne croient pas alors que « la voix des
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prédicateurs a retenti partout dans le monde ». On notera qu’à l’époque de Saint Paul il y a 250 millions
d’habitants sur terre et que seul un infime pourcentage a été en contact avec un prédicateur chrétien.
Les rites religieux sont archaïques et parfois barbares
Comme les religions se sont construites dans le temps, elles gardent des traces de comportements
archaïques comme les sacrifices d’animaux dans l’Islam. Dans la même ligne, la passion du christ
consiste à répéter les sacrifices des animaux du passé, mais avec le fils de dieu, et de même que l’on
mangeait une partie des animaux sacrifiés, on mange le christ avec l’eucharistie. On est bien dans une
logique de sacrifice à dieu.
Si l’Ancien Testament contient de nombreuses lois, il est intéressant de noter que ni Jésus ni Mahomet
n’ont établi tous les rites qui sont imposés aux croyants, rites qui ont été créés pour contrôler le
troupeau au profit des religieux, des rois qui se trouvent facilement des ascendances divines, des
onctions divines permettant d’asseoir leur pouvoir. Le bon peuple lui doit porter à perpétuité la faute
originelle de ses ancêtres Adam et Ève.
Dieu, né du désir des sages (cf. Le Véda), dois rester une affaire privée
Enfin, j’ai bien conscience qu’il est facile de discourir de l’existence ou non d’un Dieu quand on est
confortablement installé chez soi, quand on a toujours été dans le confort, on aborde différemment
les questions existentielles, privilégiant Woody Allen « La vie est une maladie mortelle, sexuellement
transmissible », aux Écritures saintes qui veulent vous faire porter la faute d’hypothétiques ancêtres.
Finalement, je pense que les croyances relèvent de la vie privée et n’ont pas à interférer dans la société,
ni surtout générer des guerres.
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Annexe 1 – Tableau des religions
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Annexe 2 – Expansion des religions par les routes de la soie
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Annexe 3 - Table générale de la bible
La bible se compose de deux grandes parties :
1° - L’Ancien Testament (78% de la Bible) :
• Le pentateuque (15% - Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome)
o La création et la chute, Le déluge, Noé, Abraham, Sodome et Gomorrhe, Isaac et
Jacob, Joseph
o L’Exode, Moïse, Les plaies d’Égypte, Le passage de la mer des roseaux, La marche
au désert
o L’alliance au Sinaï, Le Lévitique, Etapes au désert, Le code Deutéronomique
• Les livres Historiques (23%)
o La terre promise, Jéricho, Dalila, Booz épouse Ruth, Généalogie de David
o David, Goliath, Le jugement de Salomon, Judith et d’Holopherne
• Les livres poétiques et sapientiaux (23%)
• Les livres prophétiques (19%)
2° - Le Nouveau Testament (22% de la Bible) :
• Les évangiles synoptiques : Matthieu, Marc, Luc
• L’évangile et les épîtres de Jean
• Epitres de Paul
• Epitres catholiques
• Apocalypse de Jean
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Annexe 4 – Quelques dessins humoristiques
Pour le Véda : Dieu nait du désir des sages
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Le christianisme est un chef d’œuvre
de marketing et de management
« L’imagination ne sait pas inventer, c’est l’action qui invente » Alain.
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Introduction
Après avoir lu la bible et fait quelques recherches sur le thème des religions, j’ai écrit mon
fascicule intitulé « Dieu est une invention instrumentalisée par des manipulateurs ». Compte
tenu du sentiment que j’avais eu à la lecture de la bible, j’étais interloqué par le succès du
christianisme, et j’ai voulu comprendre. J’ai donc creusé ma connaissance du Christ et lu « La
vie de Jésus » de Renan, ainsi que d’autres textes. Il en ressort que les évangiles sont des
légendes et que finalement je n’ai pas trouvé de réponse à mes interrogations sur le succès
du christianisme.
Dès lors, je me suis intéressé aux premiers chrétiens qui ont lancé le christianisme et à l’église
qui a inventé la religion chrétienne. Pour cela, je me suis documenté dans deux directions, sur
les premiers chrétiens et sur l’Empire romain. Concrètement, j’ai vu une dizaine de films d’Arte
sur l’origine du christianisme, lu la première partie d'« Histoire générale du christianisme »,
partie consacrée aux sept premiers siècles, lu « Infographie de la Rome antique », lu le Ch15
d'« Histoire et décadence de l’Empire romain », consacré aux causes de l’accroissement du
christianisme et fait de nombreuses recherches ponctuelles d'affinage ou de recoupement sur
internet.
Les pages qui suivent sont une synthèse structurée de mes notes prises tout au long de mes
lectures et recherches, elles couvrent les six premiers siècles du christianisme.
0. Vie de Jésus - p27
1. Religions dans l’Empire romain – p28
2. Disciples de Jésus – p29
3. Premiers chrétiens – p30
4. Premières églises – p31
5. Textes saints – p32
6. Querelles théologiques – p33
7. Luttes de pouvoirs – p34
8. Barbares et christianisme – p35
9. Évêques et organisation de l’église – p36
10. Christianisation de la société – p37
11. Étapes du développement du christianisme – p38
12. Raisons du succès du christianisme – p39
Annexes
1 - L’Empire romain à la mort de Constantin - L’évolution du christianisme – p41
2 - Les invasions barbares - l’organisation de l’église à l’époque de Justinien – p42
3 – Le développement du christianisme en résumé – p43
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0 – Vie de Jésus
Le christianisme démarre avec Jésus. Il se développe grâce aux apôtres, avec en particulier Paul qui
l’oriente fortement, grâce aux premiers chrétiens et surtout à l’église qui adaptera ou inventera la
plupart des dogmes ou des pratiques. Donc tout commence avec Jésus qui est pris pour le messie des
Juifs, ce que l’immense majorité de ces derniers ne reconnaîtront pas, car il ne correspond pas aux
attentes, notamment avec sa mort sur la croix.
L’une des grandes questions qui animeront le monde chrétien des premiers temps est celle de la nature
du Christ. Est-il un dieu, un homme, l’un ou l’autre, les deux à la fois, de même nature/niveau que Dieu
le père ou subordonné … ? Lui-même ne s’est jamais dit dieu, mais fils de Dieu, ce qui n’éclaire pas
totalement le sujet. L’église au concile de Chalcédoine en 451 a opté pour le trithéisme (père/fils/Saint-
Esprit) avec Jésus vrai dieu et vrai homme (les ariens, les monophysites … sont sur une autre ligne).
Jésus est né à Nazareth quelques années avant l’an 1, il avait des frères, des sœurs dont il semble qu’il
ait été l’aîné. Après sa mort, la communauté de ses fidèles comprend des membres de sa famille, sa
mère et en particulier son frère Jacques. Ce dernier est largement cité dans les textes. Paul parle de
Jacques, Marc parle d’un frère de Jésus, Jacques est pour Luc un personnage clé… Cependant
finalement pour l’église Jésus n’a ni frère ni sœur et Marie a toujours été vierge.
Jésus a peu fréquenté l’école et n’eut aucune connaissance de l’état du monde, il semble ignorer la
Pax Romana. Il ne connut pas plus les sciences grecques qui excluent les forces surnaturelles et ne
différait pas de ses compatriotes qui croyaient qu’en priant on peut changer la marche des nuages, de
la maladie … Jésus n’attache jamais beaucoup d’importance aux événements politiques. C’était un
charpentier. Aucun de ses disciples n’appartenait à une classe sociale élevée. La vie de Jésus ne
s’écoule que dans le monde fermé du Judaïsme, mieux quasi uniquement en Galilée. L’entourage de
Jésus, des gens simples, ignorants, croyant aux spectres, ayant une instruction juive fort incomplète.
Jésus s’est révolté contre l’autorité paternelle, et sa famille ne semble pas l’avoir aimé, il est dur avec
elle. Sa famille conteste sa mission divine, y compris sa mère. Ce n’est qu’après la mort de Jésus que
sa mère s’attire une grande considération. Jésus à quelques égards est un anarchiste, il veut anéantir
la richesse et pourquoi pas s’en emparer, intervertir les rangs, les derniers seront les premiers.
Cependant, grâce à Jésus, les vies les plus abominables ont leur échappée sur un coin du ciel : vie
simple et joyeuse, pas d’ascétisme, donner aux pauvres, c’est prêter à Dieu. Le royaume de Dieu
appartient aux enfants, il faut devenir enfants pour y entrer. La bonne nouvelle / le paradis est un
grand jardin où l’on vivrait bien.
Jésus reconnaît la supériorité de Jean le baptiste tant qu’il est avec lui. Après la mort de Jean le baptiste,
le mot d’ordre est la bonne nouvelle, l’annonce que le règne de Dieu est proche, que Dieu vengera ses
saints. Pas d’influence grecque ou autre, sauf peut-être les principes d’Hillel et surtout les livres de
l’Ancien Testament. Trois temps dans les prophéties de Jésus : 1° aphorismes empruntés, 2° belles
prédications morales, 3° politique décidée (la loi sera abolie, c’est lui qui révélera le royaume de Dieu).
Maximes empruntées : ne fait pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on fasse à toi-même et il allait à
l’excès : joue droite/joue gauche, aimez vos ennemis, si ton œil est une occasion de chute, arrache-le
et jette-le loin de toi, ne jugez pas vous ne serez pas jugé ...
Intransigeance de Jésus : « qui n’est pas avec moi est contre moi ». Rapport de Jésus avec les païens et
les samaritains : le prochain dans le judaïsme était surtout le coreligionnaire. Il est possible que Jésus
ait varié sur ce point, les disciples ont peut-être fléchi les idées dans le sens des préjugés, des
habitudes.
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Toute l’antiquité, à l’exception des écoles scientifiques de la Grèce, admettait le miracle. Jésus
professait qu’avec la foi et la prière l’homme a tout pouvoir sur la nature. Miracles : guérisons,
expulsion des démons. Imposition des mains, onction d’huile … des pratiques très répandues dans
l’Église primitive.
Aucune trace d’une morale appliquée ni d’un droit coranique dans l’enseignement de Jésus (exception
le mariage, il se prononce contre le divorce), nulle théologie, quelques vues indéterminées sur le
Père/le fils/le Saint-Esprit. Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même et me suive
(Luc XIV 33).
Renan dit : finalement, l’évangile est devenu une utopie (célibat, pauvreté … et la famille, l’amitié, la
patrie n’ont aucun sens) que bien peu s’inquiètent de réaliser. Deux règles : l’une médiocrement
héroïque pour le commun, l’autre parfaite pour les exaltés. Ce que Jésus « exigeait » le plus
impérativement, c’était la foi (Matth. VIII 10, mais on n’oublie pas que « nul ne peut venir à moi si le
Père qui m'a envoyé ne l'attire » Jean, VI 44). Rendez à César … marque la séparation du temporel et
du spirituel (à chaque manipulateur, son domaine).
Les discours prêtés à Jésus n’ont aucune authenticité. Son œuvre fut de créer un cercle de disciple, il
s’est fait aimer et après sa mort on ne cesse de l’aimer, sa doctrine est très peu dogmatique, mais c’est
un esprit nouveau, on adhère à Jésus en vue du royaume de Dieu. La philosophie ne suffit pas au grand
nombre, il lui faut la sainteté. Jésus a annoncé le royaume et c’est l’église qui est venue. Jésus crucifié
en avril 30, un trahit, un renie, les autres fuient, seules quelques femmes regardèrent de loin. Jésus
n’a pas organisé sa succession, persuadé que le royaume arriverait tout de suite. La crucifixion et la
résurrection surprennent, prennent à contre-pieds par rapport aux attentes vis-à-vis du messie. Jésus
est ressuscité, il va revenir bientôt, Paul dit, nous le verrons revenir, il doit vaincre toutes les forces
opposées. Jésus n’a pas pensé créer une nouvelle religion !
Jésus ne se s’est jamais déclaré dieu, seulement fils de Dieu (quid du trithéisme). Dieu carotte et bâton,
un père indigne : si tu es sage je t’aimerais toujours, si tu désobéis tu y iras chez celui qui fait souffrir.
Dieu justicier, mystérieux et obscur, tyrannique (carotte et bâton). Dieu peut-il demander aux hommes
de pardonner à leurs ennemis et lui-même ne pas le faire (faites ce que je dis, pas ce que je fais) ? Dieu
n’est que le miroir des préoccupations humaines. Dieu qui prêche le pardon des fautes, n’en donne
pas l’exemple et nous demande d’être meilleur que lui (jugement enfer/vie éternelle, seul un petit
nombre sera sauvé). Cependant, il y a la dédramatisation de la mort.
1 - Religions dans l’Empire romain
La religion chrétienne naît en Palestine du temps de l’Empire romain, la crucifixion de Jésus a lieu le 7
avril 30 sur ordre de Ponce Pilate, gouverneur de Judée sous le règne de l’Empereur Tibère (14-37).
Dans un premier temps, les chrétiens ne se distinguent pas vraiment des juifs et par exemple en 62 ces
derniers ne les considèrent pas comme des schismatiques. À l’époque, 8% de la population de l’Empire
est juive soit 6 à 7 millions, mais il existe différents judaïsmes :
• Sadducéens = hommes du temple, se fondent sur la Torah et cherchent à convertir les païens,
• Pharisiens = hommes des synagogues, se fondent sur la Torah et les Prophètes, ne cherchent pas
les païens,
• Esséniens = ils s’isolent, se fondent sur les mêmes textes, plus d’autres écrits et rejettent les païens,
• Sicaires, Zélotes … tenants d’une solution violente contre Rome.
La première mention des chrétiens par les Romains daterait de ~100 du temps de Trajan (98-117), à
propos de persécutions de personnes refusant de pratiquer, reconnaître les cultes romains, dont ceux
dus aux empereurs déifiés.
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Dans l’Empire romain, il existait une pluralité de religions. Les Romains, en plus de leurs nombreuses
divinités, admettaient l’existence de celles des autres, trouvaient des équivalences avec les leurs, et
ont adopté de nombreux mythes des peuples qu’ils ont conquis. Chaque cité (2000 à 3000 citées dans
l’Empire) pouvait avoir sa propre religion publique, ainsi que chaque famille (dieux du foyer, mânes
des ancêtres : le père de famille en étant le prêtre) et chaque groupe privé (association, groupe
professionnel, etc.). Seule l’adhésion à une association relevait d’une décision, pour les autres, les
religions s’imposaient du fait de la naissance, de l’adoption, de l’obtention de la nationalité, de
l’affranchissement.
La religion de la ville de Rome s’appuyait sur le mythe de sa fondation et a évoluée, au début de la
république elle se fonde sur la triade Jupiter, Minerve, Junon, cette dernière étant une adoption, car
elle était historiquement la déesse tutélaire de la cité voisine de Veies. Les mythes des dieux romains
sont largement inspirés de la mythologie grecque et à l’époque de l’Empire des correspondances sont
établies (un syncrétisme) avec les divinités des peuples conquis (par exemple, le dieu gaulois Teutatès
est assimilé à Mars).
Parmi les dieux, il y avait des êtres d’exception qui avaient accédé à l’immortalité, ainsi des hommes
étaient divinisés et avait droit à un culte, à des prêtres (cf. le mythe d’Hercule). Les empereurs morts,
incinérés, devenaient des êtres divinisés. Dans l’Est de l’empire, les empereurs recevaient de leur
vivant des honneurs équivalents aux dieux, sans être encore divinisés, dans l’Ouest, c’est leur génie,
leur double divin qui recevait un culte.
Pour les Romains, la puissance des dieux est inquiétante, il faut grâce au culte, aux rites, aux
consultations divinatoires, vivre en bonne entente avec eux, rechercher la paix des dieux, leur
protection, attirer leur appui (victoire, succès dans les entreprises). Le calendrier romain consacre 109
jours aux dieux, dont 61 de fêtes publiques (cérémonies avec sacrifices ou rites, consultations des
dieux) ou de jeux. Par exemple, les Saturnales aux alentours du solstice d’hiver du 17 au 24 décembre.
La religion pour les Romains, c’est de la diplomatie, beaucoup plus des rites que de la foi, elle ne se
préoccupe pas non plus de consoler l’homme des malheurs qui lui arrive sur terre, elle ne fournit pas
plus de réponses sur une possible survie après la mort. Ce n’est qu’au contact des peuples qui se
posaient ces questions que les Romains vont s’en préoccuper, par exemple certains suivront ainsi le
culte d'Isis ou de Mithra et plus tard le christianisme, qui promettent la résurrection à leurs adeptes.
Polythéiste, la religion romaine était importante pour la cohésion de l’État qui de façon généralement
tolérante déterminait si d’autres cultes étaient licites. Le judaïsme avait obtenu un statut de religion
licite et même le droit de faire des offrandes pour Rome ou les empereurs à leur propre dieu. Au début,
le christianisme fut interdit, notamment parce que les chrétiens refusaient de participer au culte de la
religion romaine or la participation aux rites était une exigence de citoyenneté, d’implication dans la
communauté, de plus ils se réclamaient d’un homme condamné à mort pour rébellion.
2 - Disciples de Jésus
Jésus n’a pas fondé l’église, mais une forme de croyance du judaïsme avec quelques signes d’ouverture
vers les païens. Le christ n’a pas été accepté par la majorité des juifs, car un Messie crucifié ce n’est
pas ce qui était attendu dans l’Ancien Testament.
Quand Jésus est crucifié, les disciples sont défaillants. Le groupe se reconstitue cependant après la
résurrection qui fait l’objet de nombreuses relations différentes, et dans un premier temps ne convainc
pas tout le monde (cf. Matthieu).
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« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église » (Matthieu ch16). De quand date cette parole,
est-elle vraiment de Jésus, si exact pourquoi Marc et Luc n’en parlent pas ? Pierre n’a pas eu un pouvoir
particulier, mais Pierre est une figure symbolique. Dans le Ch18 de Matthieu, les apôtres sont désignés
comme les continuateurs, successeurs de Jésus, cependant, à côté des disciples dont Pierre … et plus
tard Paul, il y a la famille de Jésus dont son frère Jacques.
La communauté qui se réfère à Jésus après sa mort se compose donc des disciples et de sa famille. On
notera que les catholiques n’ont jamais reconnu que Jésus avait des frères et sœurs. Marie est restée
vierge et immaculée. Marc (ch6) parle du fils de Marie (un enfant illégitime ? cf. littérature polémique
juive, le père de Jésus serait un légionnaire romain du nom de Ben Panthera). Pour certains, ce sont
des demi-frères, ils sont les enfants de Joseph déjà vieux quand il accueille Marie. Pour Jérôme, les
frères sont les enfants d’une autre Marie, Jacques est donc un cousin. On joue aussi sur le langage,
frère en Sémite signifie qu’on est de la même famille (cousin), alors qu’en grec il y a deux mots et frère
est différent de cousin, les textes grecs parlent de frères.
Paul (1° aux Corinthiens) et les actes donnent une figure différente de Jacques. Dans l’épître de Paul
aux Galates (en 50) il y a une citation de Jacques. Dans l’évangile de Marc (fin des années 60) pas de
Jacques, mais un frère de Jésus. Dans les Actes, Jacques est un personnage clé de la communauté de
Jérusalem. À la disparition de Pierre de Palestine correspond la prise de pouvoir de Jacques (les actes
ch12). Pourquoi Jacques a-t-il succédé à Pierre ? Pourquoi une autorité forte a-t-elle été donnée à
quelqu’un qui ne faisait pas partie des 12 ?
Jacques le juste, frère de Jésus, est un juif très pieux qui va au temple, est dans le judaïsme, est très
conservateur ; l’épître de Jacques, montre qu’il n’est pas favorable aux gentils (païens convertis) ; c’est
un ascète qui meurt à Jérusalem en 62 à cause d’un responsable juif qui craint son autorité. Au fur et
à mesure du développement de l'église, Jacques est marginalisé, puis oublié, on lui fait perdre son
identité, Jésus n’a pas de frère, Jacques est victime de la déjudaïsation de l’église.
3 - Premiers chrétiens (chrestos = partisan du messie)
Les premiers disciples de Jésus se considèrent comme juifs, mais ils auront assez rapidement trois rites
particuliers : baptême, imposition des mains qui donne l’esprit, fraction du pain. Parce que le royaume
de Dieu est proche, que Jésus a dit « Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que
tout cela n'arrive » (Matth. XXIV, 34), les premiers chrétiens se mettent à vivre en communauté pour
porter la bonne parole et attendre ensemble le moment proche du jugement dernier.
Il semblerait que ces premières communautés aient fonctionné comme des sectes « communisantes »
avec mise en commun des biens, prédominance de la communauté sur l’individu, capacité de remettre
les péchés, à exclure, préparation à la vie éternelle … La communauté est exigeante comme le montre
l’épisode d’Ananie et Saphire qui seraient morts foudroyés par Dieu de n’avoir pas donné tout le
produit de la vente d’un terrain - Actes des Apôtres (5. 1-11). Il y a aussi une attitude antifamiliale, du
fait d’un suivi strict d’une assertion de Jésus « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est
pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (Matth. X,
37) et un renoncement à la sexualité, à la reproduction qui n’a aucun sens avec l’arrivée imminente du
royaume de Dieu.
Au concile de 49, on décide de supprimer tout ce qui fait obstacle à la conversion des païens, personne
n’est obligé de devenir juif pour être chrétien (en 52 les non juifs peuvent ne pas se faire circoncire).
L’église s’affirme universelle (catholicos en grec signifie universel). Le christianisme se développe dans
le monde romain, tolérant envers les cultes étrangers à condition de ne pas remettre en question la
religion romaine. Le premier chrétien persécuté en 64, Étienne un diacre de Jérusalem l’a été, car il fut
accusé de blasphème par le chef de la religion juive.
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Pour les Romains juifs et chrétiens, c’est pareil. Cependant rapidement, les chrétiens refusent le culte
impérial (IIe siècle), déclarent que les dieux romains sont de faux dieux, remettent en cause les
inégalités de la société romaine. Des persécutions ont lieu périodiquement jusqu’en 313, souvent à
cause de dénonciation comme à Lyon en 177. Au IIe et au début du IIIe, la religion chrétienne est même
interdite par certains empereurs qui organisent des persécutions, alors que d’autres prennent des
édits de tolérance.
Le nombre de chrétiens reste très faible jusqu’à la fin du IIe siècle (0,40% de la population de l’Empire),
au moment de l’édit de Tolérance de l’Empereur Gallien en 260, ils représentent 2%. Au début du IIIe
ils sont ~10%, ce qui montre une forte croissance sur un siècle et que la politique de répression ne
fonctionne pas, ce qui pousse Galère à autoriser le culte chrétien en 311. Puis avec par exemple l’édit
de Tolérance de Constantin (Milan 313), l’interdiction des sacrifices païens (341), la fermeture des
temples païens en Orient (356), le rejet du polythéisme comme religion d’État (382), les destructions
de temples en Syrie, Égypte, Afrique (386), l’interdiction des cultes privés à Rome (391), la destruction
des temples païens ruraux (399), le nombre de chrétiens dépasse les 50% dans la deuxième moitié du
IIIe siècle et Théodose proclame le christianisme comme seule « Religion d’État ».
On notera cependant que la progression des mesures favorables aux chrétiens n’a pas été aussi linéaire
que décrite ci-dessus, il y eut aussi des édits demandant à tous de sacrifier aux dieux romains (249,
257), des persécutions (de 303 à 313), des tentatives de retour en arrière par exemple, l’édit de Daïa
contre les chrétiens (312) ou le rétablissement du paganisme et les mesures contre les chrétiens en
361 par l’Empereur Julien que les chrétiens feront passer à la postérité sous le nom de Julien l’Apostat.
4 - Premières églises
Pour les premiers chrétiens, Jésus ressuscité va revenir bientôt, Paul, dans l’Épître aux Thessaloniciens,
dit "nous le verrons revenir", il croit qu’il sera encore vivant quand Jésus viendra établir le royaume de
Dieu. 20 ans plus tard, il le dit encore aux Romains, puis quand il est en prison, il envisage que lui ne le
verrait pas. Le temps passant, il faut s’installer dans la durée. Au lieu du royaume espéré, c’est l’église
qui s’est installée.
Les églises sont des communautés qui ont des pouvoirs pour annoncer la bonne nouvelle, relier les
personnes, juger, exclure … À la fin du 1° siècle, il existe des communautés (surtout des juifs chrétiens
qui professent Jésus), mais les églises ne s’organiseront vraiment comme un tout qu’au IVe siècle. On
ignore comment les 1° communautés ont proliféré. Il existait des petits groupes (groupe = EKKLESIA
en grec, le terme va s’imposer) qui ont la même foi, mais ne constituent pas une organisation
structurée.
Cependant en 100, Ignace d’Antioche décrit l’organisation des églises autour des évêques, des
presbytères, et des diacres. L’objectif de l’organisation est de sauvegarder l’unité autour d’un seul chef
de la communauté, l’évêque qui au départ est le surveillant des équipes, lui-même sous le contrôle de
la communauté, sélectionné avec soin (mari d’une seule femme, sobre, pondéré, de bonne tenue,
hospitalier, capable d’enseigner, ni buveur, ni batailleur, ni querelleur, ni cupide, mais doux).
À partir du IIe et au IIIe on constate l’accroissement des pouvoirs de l’évêque, une concentration
monarchique des pouvoirs versus un pouvoir collégial, il est chef, gestionnaire, recruteur … Élu par la
communauté, en fait par l’élite, le peuple est simple témoin, puis au IVe il y a des interventions du
pouvoir civil (parfois directement les empereurs), il est ratifié, élu par ses pairs. Finalement, l’empereur
Justinien (527-565) impose que les évêques soient exclusivement recrutés chez les célibataires
(notamment pour éviter les problèmes liés aux successions).
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Le commerce a joué un grand rôle dans le développement du christianisme. Une église (une
communauté par exemple : 155 hommes, 1500 veuves et des nécessiteux) c’est : une bibliothèque ;
un entrepôt (tuniques, voiles, chaussures, ceintures …) ; une assistance aux pauvres (soupe populaire
– comme cela existait chez les juifs et chez les Romains avec l’évergétisme = un riche qui fait profiter
des pauvres de sa fortune) ; le soin des morts (fossoyeurs, cimetière communautaire, tombes pour
attendre la résurrection) ; et un commerce, ce dernier sera finalement interdit en 345.
5 - Textes saints : la bible
La Bible contient ~1,2 million de mots, et le message du christianisme a donc des caractéristiques de
volume, de valeur, de véracité … qui le rend complexe à interpréter (nombreuses contradictions) et
donc à comprendre. La Bible se compose de l’Ancien Testament, repris des juifs et du Nouveau
Testament spécifique aux chrétiens. Ce dernier comprend 4 évangiles et les actes des apôtres. Au IIe
siècle, il existe une cinquantaine de textes, une quinzaine « d’évangiles » dont celui de l’apôtre
Thomas. Au début, chaque église a ses textes, et ses compromis locaux (pratiques, croyance …). Paul
lui-même adapte ses discours à ses auditoires. La culture est surtout orale, avec des lectures à haute
voix, des lettres aux églises pour lecture publique. La langue des 1° églises est le grec, puis il y a des
traductions en latin (vieille Latine), syriaque, copte (150, 250).
C’est Marcion (85-160) qui crée un 1° canon des écritures, mais dissident de la grande église, il ne sera
pas retenu. Irénée de Lyon (130-202) dit que les 4 évangiles sont fidèles à la réalité et aux dits
originaux. Le canon se fixe au IIe siècle, mais n’est définitivement adopté qu’au IVe, tous les textes non
retenus dans le canon sont alors considérés comme apocryphe. La technique du codex (livre de feuilles
de papyrus reliées) se développe, les chrétiens l’adoptent. Il existe même de toutes petites éditions
d’évangile que l’on porte comme amulette.
Comme on croyait le monde prêt de finir (cf. la bonne nouvelle du Royaume de Dieu qui est proche),
on ne s’est pas soucié dans un premier temps de composer des livres pour l’avenir. Finalement, des
apôtres, seul Thomas a écrit et ses textes n’ont pas été retenus pour le Nouveau Testament écrit par
de nombreux auteurs qui au mieux sont des hommes qui ont vu un ou plusieurs hommes qui ont vu
l’homme Jésus. On a donc une totale incertitude sur les rédacteurs des évangiles, et la conviction que
de nombreuses retouches ont été faites, que tous les textes sont des recompositions. Quand on a deux
récits d’un même fait, il est extrêmement rare qu’ils soient d’accord, et quand on en a qu’un, n’est-ce
pas une raison de plus d’être perplexe.
Les évangiles sont des biographies légendaires qui n’ont pas été écrites avec la participation d’une
divinité, elles peuvent contenir de l’histoire, mais tout n’est pas historique, il est clair que les miracles
racontés par les évangiles n’ont pas eu de réalité. Ces légendes ne sont pas nées toutes seules, on les
a aidées à naître. Les actes des apôtres, par exemple, sont une œuvre de littérature, une
démonstration, une reconstruction historique. Quand ce texte est écrit, il y a déjà rupture entre les
différents courants des premiers chrétiens, mais les actes présentent la communauté unie, à la
différence des évangiles où l’on insiste sur les aspects négatifs de la famille de Jésus, à l’exception de
sa mère. Jean dit même que ses frères ne croyaient pas en lui.
La théologie cherche à construire une unité, à faire des ponts entre différentes choses. Les actes, écrits
en 80/90 soit ~30 ans plus tard que les épîtres de Paul, passent sous silence les épîtres (c’est étonnant)
ainsi que les différences entre les courants (c’est moins étonnant). Les épîtres de Paul prennent des
distances avec la loi juive, Luc (l’auteur des actes) dit que Paul est respectueux de la loi juive, car il
cherche à enraciner Paul à Jérusalem et à judaïser ses propos.
La bible est pleine d’obscurités et de contradictions, on peut lui faire dire ce que l’on veut. Elle dit
même que Dieu demande aux hommes de pardonner à leurs ennemis, alors que lui-même ne le fait
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pas (cf. l’enfer). Faites ce que je dis, pas ce que je fais. La Bible décrit un univers magique avec des
forces obscures ou divines, très loin d’un univers rationnel avec des lois de la physique, de la biologie
… C’est la foi face à la science, qui seule cherche la vérité pure. Enfin, on notera que l’annonce de la
bonne nouvelle (évangile = bonne nouvelle en grec) a été tardive et limitée, l’homo sapiens existait
depuis plus de 300 000 ans, mais elle prétend quand même que tout le monde va être jugé, alors que
la bonne nouvelle n’a pas été diffusée à l’immense majorité des personnes vivant sur terre.
6 - Querelles théologiques
Si l’on excepte Thomas, dont l’évangile n’a pas été retenu dans le canon, les apôtres n’ont laissé aucun
écrit qui nous soit parvenu. Plus la communauté compte de gentils (des païens convertis) plus elle se
déjudaïse (par exemple au niveau du manger, du shabbat) et la Torah est acceptée pour son éthique,
mais pas toujours pour les pratiques. Il y a au début deux courants centrifuges, les Hébreux qui parlent
araméen sont très attachés à la loi de Moïse, à la Torah, les Hellénistes des juifs libéraux (de culture
helléniste - Égypte, Inde … - à l’époque, 15% de la population parlait grec) sont pour abolir le temple
et la loi. Paul s’inscrit dans la ligne helléniste. Enfin, l’ensemble des premiers acteurs, y compris Paul,
meurt avant la destruction du temple de Jérusalem en 70 (répression des Romains suite à la rébellion
juive de 66), avant le développement du judaïsme rabbinique et la rédaction des actes des apôtres.
Au IIe siècle, il existe 3 écoles de théologie en parallèle : Justin (apôtres), Valentin (helléniste), Marcion
(paulinien).
Marcion (85-160) qui s’appuie exclusivement sur Paul et un Nouveau Testament (sans Luc) met en
lumière les contradictions entre Anciens Testaments et Jésus. Par exemple : œil pour œil, versus, si on
te frappe une joue, tend l’autre. Il en déduit que Jésus n’est pas l’envoyé du dieu de la Torah. Des
communautés marcionites se développeront jusqu’au IVe siècle où persécutées (pour les catholiques
se sont des hérétiques) elles disparaîtront au Ve.
Valentin se différencie principalement sur différents points : la résurrection charnelle est un leurre, le
seul éveil qui vaille est celui de l’esprit, possible dès cette vie ; la chute originelle ne vient pas d’un
péché, mais d’un désir de connaissance ; il faut s’initier aux mystères qui anticipent la vie future
(méditation, éveil de l’esprit, connaissance). C’est une des formes du gnosticisme : la connaissance
(gnosis) prolonge la foi (pistis).
Il existera 80 versions différentes du gnosticisme rivalisant d’extravagances, apportant leurs réponses
à d’où vient le mal, le salut dépend du savoir pas de la conduite, avec une grande variété de pratiques
allant de l’ascèse à la grande licence. Pour répliquer aux gnostiques, la grande église a dû se constituer
un Nouveau Testament (cf. le premier, celui de Muratori ~150) et marquer que la rédemption par la
grâce est différente de la rédemption par la connaissance.
La diversité au IIe siècle concerne aussi l’unité de Dieu, par exemple Jésus est-il un homme-dieu, un
homme seulement, une apparence humaine seulement. Il est aujourd’hui difficile de connaître les
théories de l’époque {dithéisme (père/fils) ; trithéisme (père/fils/Saint-Esprit) ; 1 seul sous deux noms},
car il ne reste que les réfutations de la grande église.
Au IIIe siècle se développeront d’autres divergences avec les montanistes, les novatiens, les donatistes,
les mélitiens et surtout en Mésopotamie, les manichéens. Mani (216 – 274/277), un ange lui est apparu
et il s’est fait prophète comme Bouddha ou Zoroastre ... Il se dit apôtre de Jésus, développe un
syncrétisme avec sa propre genèse. Soutenu par un empereur perse, il finira par être persécuté par les
successeurs de celui-ci, et ses adeptes aussi dans l’Empire romain. Mais son mouvement a continué
(cf. Saint-Augustin qui fut adepte de 373 à 382), il finit par disparaître dans le monde méditerranéen
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au VIe, mais perdurera jusqu’au XVIIe au Turkestan (dans un syncrétisme fortement marqué par le
bouddhisme).
Au IVe siècle se développe la crise de l’arianisme autour de la nature divine de Jésus. Arius (250-336)
professe que Dieu est unique, non engendré, sa substance ne peut être divisée et tout ce qui est en
dehors de lui, est créé ex nihilo de par sa volonté ; le verbe est un intermédiaire entre Dieu et le monde,
antérieur au monde matériel, mais non éternel ; Jésus est une créature distincte du Père, il lui est donc
subordonné, et sa substance fait l’objet de débats avec différentes versions de l’arianisme
(dissemblance du père et du fils, ressemblance, substance semblable). Le concile de Nicée (325) ne
permettra pas de régler le problème et l’empereur Théodose 380 par un édit et le concile de
Constantinople de 381, définit comme hérétique toute position non conforme à Nicée
(consubstantialité : Jésus est de la substance de son père) et à la formule trinitaire.
Au Ve siècle il y a d’autres crises, la nestorienne (428) qui affirme que deux natures séparées, l'une
divine, l'autre humaine, coexistent en Jésus-Christ et la crise monophysite qui affirme que le Jésus n'a
qu'une seule nature, qui est divine, et qui a absorbé sa nature humaine. L’église de Rome,
généralement soutenue sur ce sujet par les empereurs, retient la formule du concile de Chalcédoine
(451) définissant le dyophysisme, c'est-à-dire les deux natures du Christ, vrai dieu et vrai homme,
parfait dans sa divinité comme dans son humanité (les catholiques, les orthodoxes, les protestants
sont toujours sur cette ligne). Les diverses tentatives de surpasser ces divergences échouent (cf.
concile de Constantinople II en 553).
Il faut noter que les églises nées des schismes dépendent de sièges épiscopaux, d’aires culturelles et
linguistiques de différentes nations, ce qui laisse penser qu’il n’y a pas que des différences doctrinales
comme cause de leur création. Il faut aussi comprendre que tout cela a donné lieu à de multiples
synodes, conciles, des pressions physiques, jusqu’à la mort d’un archevêque à la suite de mauvais
traitements (cf. l’épisode du brigandage d’Éphèse), à des arrestations, des meurtres en Égypte, en Syrie
… de nombreuses disputes entre Rome (rattachée à l’apôtre Pierre) et Constantinople (nouvelle Rome
de l’empereur) pour la nomination d’évêques.
7 - Luttes de pouvoirs internes à l’église et avec les empereurs
En plus d’être l’un des cinq sièges apostoliques, dont la tradition dit qu’ils ont été initiés par l’un des
apôtres du Christ, Rome a toujours revendiqué la primauté, car l’église y a été fondée par Pierre (tu es
Pierre …). À chaque controverse, la question de la primauté revient, de plus Rome fait la promotion
d’un principe d’indépendance juridictionnelle par rapport à Constantinople (la nouvelle Rome) et
cherche à cantonner les interventions des empereurs en matière religieuse et surtout théologique.
Au-delà des premiers édits de tolérance, les interventions au sein de l’église on prit de l’ampleur avec
Constantin (272-337) qui conquiert l’orient en champion des chrétiens alors opprimés par le
coempereur Maxence qu’il va abattre. Constantin édicte de nombreuses prescriptions favorables aux
chrétiens et confisque les biens précieux des cultes païens, au profit de la construction d’églises.
Constantin se présente comme chrétien dès 312, même s’il repousse son baptême à son lit de mort
(pour ne pas être sous la coupe de l’église ?), il institue aussi que le clergé est un groupe social privilégié
(évêques jugés par leur pair).
À partir du moment où Constantin devient le seul maître de l’empire (324), le processus pro chrétien
s’accélère, mais les possibilités d’interventions ont des limites, car « les conciles des évêques sont
inspirés par Dieu, même l’empereur n’a pas l’autorité pour contrarier leurs discours ». Constance II
(337-361) comme son père Constantin pensait avoir la mission divine de propager le christianisme, il
le fit en Occident par des contraintes progressives et imposa un credo commun à l’Orient et l’Occident
(plus réticent).
Dieu, y es-tu ? 35/68
Il y a aura une contre-réforme manquée avec le coempereur Julien l’Apostat (361-363) qui en voulait
à Constantin qui avait massacré sa famille. Puis Jovien (363-364) rétablit le christianisme, mais pas dans
la même situation que du temps de Constantin ou Constance II, il réduit les subventions, les tolérances
religieuses … Plus tard, Théodose (379/395) empereur d’Orient institue l’orthodoxie de Nicée
(destruction des temples partout) ; Gratien empereur d’Occident (367-383) suit avec un peu de retard
la même voie.
De 343 (au Concile de Sardique – Sofia - convoqué par les empereurs Constant et Constance II), à 545
où le pape Vigile est embarqué de force pour Constantinople, les relations entre Rome et les
empereurs ont été tumultueuses. De très nombreux conciles ont été organisés pour gérer les positions
sur différents sujets, les affrontements idéologiques, les querelles dogmatiques, les schismes dans un
contexte où interviennent les différents sièges apostoliques, mais aussi les empereurs et les évêques
qui leur sont proches. La controverse sur l’emploi de l’expression « Patriarche œcuménique » qui
définit le garant de l’orthodoxie est révélatrice. Il faudra attendre 607 pour que le Pape Grégoire le
grand décide que le siège apostolique de St Pierre de Rome sera le chef de toutes les églises.
8 - Barbares et christianisme
Depuis déjà un siècle, les Wisigoths étaient à la frontière de l’Empire romain sur la mer Noire au-delà
du Danube, mais l’avancée des Huns les pousse à se réfugier en deçà du bas Danube avec l’accord de
l’empereur Valens (364-378). Une mutinerie de fédérés goths provoque une bataille en 378 à
Andrinople (aujourd’hui Edirne en Turquie) qui se solde par un désastre pour l’armée romaine et même
la mort de Valens.
En 410, les Wisigoths conduits par Alaric prennent et pillent Rome durant trois jours. Rome incapable
de l’empêcher tolère l’installation d’envahisseurs qui dans un premier temps coopèrent, puis prennent
leur indépendance, l’empereur d’occident Romulus Augustule est finalement déposé en 476 par le
barbare Odoacre qui lui-même succombe aux Ostrogoths de Théodoric, avec l’assentiment de
l’empereur de Constantinople Zénon. Les Francs petit à petit prennent le contrôle de la gaule.
Les barbares sont vus par les Romains et les chrétiens de façon très raciste et négative, mais aussi par
les chrétiens comme une punition divine due à la mauvaise conduite des Romains. Un parallèle est fait
entre les Goths et Gog l’ennemi d’Israël qui vient du nord, c’est vu comme un signe de vieillissement
du monde, de déclin, de fin du monde. Cependant, certains chrétiens voient les barbares comme des
êtres comme tout le monde appelé à la rédemption et pas des sauvages fatalement perdus. Enfin les
Goths sont présentés de façon favorable par différents historiens de l’époque : nombreuses qualités,
vertus, respect des catholiques alors qu’ils sont ariens.
Les barbares étaient majoritairement chrétiens, mais hérétiques ariens (cependant très hétérodoxes).
L’évêque Ulfila (un Wisigoth couronné en 341) adopte la position de l’arianisme et traduit la bible en
gothique (de langue parlée le gothique devient langue écrite). Le christianisme a pénétré le monde
barbare par les prisonniers, les marchands, les anciens de l’armée romaine qui s’étaient christianisés
et retournaient chez eux ; par l’installation d’église officielle sur leur territoire ; par leur installation
dans des territoires dépendants de l’Empire romain (ex. des Wisigoths).
L’arianisme des Wisigoths se propage à d’autres peuples germaniques (Ostrogoths, Vandales,
Burgondes …). Il y a cependant des persécutions en 348 et 370 de Goths chrétiens (ariens ou
catholiques) par un roi goth Athanaric défenseur des traditions gothiques, cela provoque une
migration en 348 vers l’Empire romain. Les barbares étaient plus facilement ariens que catholiques
pour affirmer leur différence, indépendance avec l’Empire romain, d’hôtes et fédérées à l’empire, les
nations barbares cherchaient leur autonomie. Ils manifestaient parfois de l’intolérance, attaquant les
Dieu, y es-tu ? 36/68
catholiques en réponse à l’intolérance des catholiques envers les ariens. Ils avaient leurs propres
synodes ariens, enfin en 589 le roi des Wisigoths Récarède Ier impose le christianisme nicéen à ses
sujets au concile de Tolède et met ainsi fin officiellement à l'arianisme qui n'est plus toléré dans le
royaume wisigothique.
Pendant ce temps, Clovis, dont l’épouse burgonde est catholique, se convertit. Les Gallo-Romains
catholiques cherchent l’appui de Clovis devenu catholique, contre les Wisigoths encore ariens, d’où la
bataille contre Alaric II à Vouillé en 507. Les Lombards se christianisent (ariens et même catholiques)
même s’il y a survivance de paganisme. Donc à la fin du Ve siècle, malgré les invasions barbares, le
christianisme est la religion dominante dans les territoires de l’ex-Empire romain d’occident.
9 - Évêques et organisation de l’église
La chrétienté calque son organisation sur celle de l’empire. Au diocèse (nom civil de l’organisation
romaine) correspond une église locale ou une paroisse, diocèse ou paroisse les appellations ont
longtemps été indifférenciées, au début le terme paroisse était pour les églises provisoires. Une église
n’est pleinement constituée que si elle a à sa tête un évêque. Au sein des évêchés, il y a des paroisses
et on multiplie les baptistères ruraux. Au début du Ve il y a 120 provinces, la direction de chacune est
confiée à un métropolitain (l’évêque qui préside au chef-lieu de province). Enfin, il y a 5 patriarcats :
Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem (le nombre se réduira au VIIe siècle en fonction
des conquêtes des Arabes).
Toutes ses institutions ont une vie plus ou moins autonome, mais aux grandes fêtes (Noël, Pâques …)
les fidèles étaient invités à se regrouper aux chefs-lieux. Le concile de Vaison (529) pousse les paroisses
à créer des « écoles » permettant de former localement les intervenants. L’organisation de l’église est,
à la chute de l’empire, impactée par l’organisation des royaumes et leur géométrie variable. Il y a des
conflits de compétences, rivalités locales ou personnelles et enjeux de styles pastoraux.
Le personnage clé, c’est l’évêque. Les églises élisaient leurs évêques, il pouvait y en avoir plusieurs
dans une même ville. Cependant, il y avait une hiérarchie des églises, du fait de l’ancienneté de l’église,
de la taille des cités … Il existait des évêques de campagne qui n’avaient pas tous les droits, par exemple
recruter. Le code Justinien (527-565) impose aux évêques d’être célibataires et de suivre un le cursus
suivant : lecteur, sous-diacre, diacre, prêtre, évêque. Cependant, la charge attirait des ambitieux du
fait des revenus. De nombreuses églises dans les grandes communautés ont de véritables fortunes
financières, disposant de flotte et faisant du commerce, mais il y a de grandes disparités entre les
églises.
L’évêque au sein de la cité, de peu de choses au IIe siècle, devient « patron » au VIe, par exemple il
peut rendre la justice (justice épiscopale), si les deux parties sont d’accord (sauf affaire criminelle).
L’évêque à la tête d’une charge gère de plus en plus de personnes, par exemple en 250 à Rome ~200
personnes. À la chute de l’Empire romain d’Occident, l’évêque a une dimension politique
incontestable, étant élu à vie, il représente un pouvoir stable sur la scène politique et administrative,
il bénéficie d’une bonne image, de la connaissance de la population, il a des ressources financières
régulières. Sociologiquement, il y a de tout, mais le plus souvent ils sont éduqués. Il existe des familles
où l’entrée dans le clergé est une tradition dès le IVe.
10 - Christianisation de la société
L’église va progressivement formater la société en s’opposant aux autres cultes, construisant de
nombreux édifices, développant le culte des saints, prenant en charge des services publics,
christianisant le calendrier, inventant des temps chrétiens (baptême, mariage, confession-rémission
des péchés, pénitence, enterrement), accaparant la culture.
Dieu, y es-tu ? 37/68
L’église n’avait aucun scrupule à détruire les lieux de cultes païens (les statues de marbre étaient
transformées en chaux), pour les remplacer par des sanctuaires nouveaux. Les destructions des
temples étaient opérées en particulier par les hommes en noir (moines) qui boivent et mangent
beaucoup. L’église s’en prend aussi aux juifs (ex. Synagogue de Clermont-Ferrand brûlée en 576), à
Tour des juifs migrent vers Marseille, il y a aussi des baptêmes par contrainte.
Il y avait 5 évêchés gaulois au début du IV et plus de 100 au VIIe, les cathédrales, les baptistères, les
résidences épiscopales ont été multipliés et il y avait une compétition entre les villes sur la qualité des
monuments. Un culte des saints s’est développé qui a conquis l’espace urbain avec des édifices de
culte, la création de sanctuaires pour garder la mémoire de lieux saints, de personnages saints …, des
maisons religieuses, monastères, maisons pour les femmes, les moniales, cimetières près des reliques
(cf. Alyscamps à Arles)
Les tombes vénérées étaient surprenantes pour les Romains et les Juifs qui éprouvaient une horreur
sacrée devant la mort et pour qui le contact avec un cadavre était une impureté majeure. Cependant
est érigé à Rome dès 199/217 un petit monument à la gloire des apôtres (Pierre et Paul), et au IVe a
lieu un grand développement, Constantin fait construire une basilique en ce lieu et englobe le petit
monument. Il existe des témoignages de pèlerinage en Palestine dès 333/335, des saints locaux (Lyon,
Arles …) et des saints importés (avec les importés mieux considérés que les locaux), le développement
des reliques par contact, des saints inventés (on retrouve des reliques), des saints nouveaux
(biographie légendaire), la découverte de la vraie croix par sainte Hélène (la mère de Constantin), la
découverte du tombeau du christ à l’occasion de la construction par Constantin d’une basilique à
Jérusalem. À noter qu’il y a des opposants et des réticences, face à la force du culte des saints que les
évêques eux-mêmes ont du mal à contrôler.
Les églises prennent progressivement en charge des services publics, ne secourent pas seulement les
plus démunis, mais agissent comme fonctionnaires royaux (administration …), et ceci en compétition
avec d’autres autorités. Par exemple depuis Constantin l’église d’Alexandrie dispose de vivres qui lui
sont donnés par l’État pour les veuves, les vierges consacrées et les pauvres.
L’église professe que les pauvres sont nécessaires aux riches, s’ils veulent faire leur salut, sauver leur
âme, ils doivent partager leurs richesses de leur vivant et en héritage (recommandation de donner 25
à 50% de ses biens en héritage, pour financer des messes, des dons). Les pauvres ce sont les malades,
les veuves … ceux qui ne travaillent pas. À noter que si les esclaves sont comme des frères, il n’y a pas
de remise en cause de l’esclavage, et les églises sont elles-mêmes propriétaires d’esclaves. L’église est
là pour la redistribution, mais tout cet argent enrichit l’église qui par exemple au début du VIe est le
plus gros propriétaire terrien en Égypte. Cette richesse renforce le mouvement édilitaire.
La culture elle aussi est christianisée. Julien l’Apostat (361-363) interdit d’enseigner les classiques
païens. Les philosophes sont présentés comme des voleurs d’idées (qu’est-ce que Platon sinon un
Moïse parlant grec). Justinien (527-565) interdit aux païens de délivrer tout enseignement. Cependant,
les chrétiens (comme les juifs) promeuvent l’importance du livre et de la lecture auprès de tout le
monde, cela conduit à plus de lecture et une démocratisation de la culture dans l’antiquité tardive. Il
se développe une large interprétation des textes (près de la lettre, jeu de mots, de façon allégorique,
psychologique, astrologique, mystère, double langage, langage secret). Les prédicateurs se trouvant
aux origines de la diffusion du message évangélique, conduit à faire de l’éloquence une qualité
recherchée, indispensable pour les évêques qui adaptent leurs discours à leurs auditoires. Enfin,
malgré le tu ne feras pas d’idole, traditionnel des juifs, on voit l’émergence d’une iconographie
chrétienne dès le IIIe siècle.
Dieu, y es-tu ? 38/68
11 – Étapes du développement du christianisme
Le développement du christianisme s’est opéré dans le contexte de la Pax Romana. Au début de notre
ère, du fait de la domination romaine on pouvait voyager en sécurité, de ce fait naquit une « économie
monde » qui se développa pendant deux siècles avant de ressentir au milieu du IIIe siècle les effets des
dissensions politiques et des invasions barbares. Un certain équilibre restauré au début du IVe
n’empêchera pas l’économie de régresser rapidement jusqu’à la chute de l’Empire d’Occident en 476.
D’après les estimations actuelles, à la fin du Ve siècle, 60% des personnes habitant les territoires de
l’ex-Empire romain (Orient et Occident) étaient des chrétiens (au sens large), alors qu’à la fin du IIe
siècle ils n’étaient que 0,4%.
À l’époque de Jésus, les Juifs représentaient 8% de la population de l’Empire et pour les Romains dans
un premier temps, les chrétiens relevaient d’une variante du judaïsme. Il faudra attendra la fin du 1°
siècle pour voir une première mention distinguant les chrétiens des juifs. De la mort du christ à la fin
du IIe siècle, le nombre de chrétiens passe de quelques dizaines à ~300 000 soit 0,4% de la population.
Ils se concentrent dans quelques communautés urbaines, qui se trouvent (avec les noms des pays
actuels) en Israël, Égypte, Liban, Syrie, Turquie, Grèce, Italie et Gaule où il y a 2 archevêchés (Marseille
et Lyon).
De 200 à 300 apr. J.-C., le nombre de chrétiens passe de 0,4 à 10% soit une augmentation annuelle de
3 à 4% qu’il est difficile d’expliquer, d’autant plus que les chrétiens, intransigeants sur leur non-
participation aux cultes païens et leur dénonciation des inégalités de la société romaine, sont souvent
dénoncés, parfois pourchassés, voir persécutés, même si certains empereurs sont plus tolérants (cf.
édit de tolérance de Gallien en 260). Il faut noter qu’après l’assassinat de Commode en 192, il y a eu
une guerre civile, et un peu plus tard une période anarchique de 235 à 285, pendant laquelle 22
empereurs issus de l’armée se sont succédé. Ces crises successives ont largement miné les institutions
et les traditions romaines.
De 300 à 350 apr. J.-C., le passage de 10 à 50% s’explique sans doute par le soutient des empereurs :
autorisation du culte chrétien par Galère en 311 et surtout Constantin qui se fait chrétien et cherche à
unifier les peuples de l’Empire dans un même culte qu’il favorise et qu’il cherche à instrumentaliser.
L’intérêt d’une religion partagée est évident pour un dirigeant. De plus, il y a récupération des trésors
des cultes païens que l’on a fini par interdire. Constantin créa une nouvelle monnaie d’or le Solidus
(~4,5g d’or pur) grâce à la confiscation des importants stocks d’or thésaurisés dans les temples païens.
Cette monnaie assura une stabilité, car elle fut émise dans une quantité considérable, elle sera
d’ailleurs la valeur refuge de l’Empire byzantin jusqu’au XIe siècle. Constantin et son fils Constance II
ont aussi par exemple subventionné les églises, pour s’occuper des pauvres, des veuves, des sans-
emploi … Le bon peuple s’est rallié au culte des empereurs.
12 – Raisons du succès du christianisme
Le développement du christianisme aux I° et IIe siècle se fait dans un monde ancien qui se caractérise
par une harmonie religieuse, où tant de nations différentes et mêmes ennemies respectaient les
religions des uns et des autres. Il y avait cependant un fort courant de scepticisme vis-à-vis de la
multitude des dieux, mais les Romains étaient attachés à une maxime de tolérance universelle. Seuls
les Juifs développaient un grand zèle à défendre leur peuple et leur religion avec peu de prosélytisme.
Les chrétiens vont faire de même, mais eux avec un fort prosélytisme, ils vont même considérer les
dieux païens comme des démons, professer une horreur de l’idolâtrie, et leur obsession de se
conserver pur, les amène à être contre tout ce qui est associé aux jeux, aux théâtres, aux libations aux
dieux pendant les repas, aux décorations des temples (statues …). Pour les pères de l’église de
Dieu, y es-tu ? 39/68
l’époque, Apollon et les muses sont les agents de l’esprit infernal et la musique, la peinture, la poésie,
l’éloquence ont des origines impures. Les premiers chrétiens avaient en horreur les fêtes associées à
la religion romaine et menaient une guerre sainte contre l’empire des démons.
D’autre part, y a un fort intérêt des populations pour cette religion qui se préoccupe plus des individus,
apporte des réponses et des valeurs différentes des religions païennes (amour du prochain et amour
de Dieu, recherche de la vérité, résurrection, immortalité de l’âme, paix entre les hommes). Il y a un
prosélytisme très actif qui s’appuie sur des écrits, qui cible tout le monde et qui rencontre un écho
favorable auprès de nombreux peuples aux cultures différentes au sein de l’Empire romain (44
territoires différents sous domination romaine), comme auprès des nombreux peuples barbares qui
finissent par l’envahir (au moins 12 peuples différents).
La doctrine d’une vie future a sans doute en particulier beaucoup plu. En effet, il existait bien dans
l’antiquité des réflexions philosophiques au sujet de l’esprit qui devait être d’une substance différente
du corps et être éventuellement immortel, mais la plupart des personnes rejetaient ces idées et aucun
grand homme ne semble avoir envisagé ou craint une récompense, une punition après sa mort. Alors
qu’avec le christianisme, il y a la promesse d’un bonheur éternel sous condition d’adopter la croyance
et d’observer les préceptes de l’évangile. De plus pour les premiers chrétiens, il y a la croyance que la
fin du monde est très proche et tous les problèmes de l’Empire, dont les attaques des barbares, étaient
vus comme les terribles calamités qui annonçaient la fin du monde.
À l’époque, la croyance/superstition en un don de l’église à faire des miracles a aussi compté. En effet,
l’église depuis le temps des apôtres a toujours prétendu à une succession de pouvoirs miraculeux de
certains de ces membres : don des langues, visions, prophéties, pouvoir de chasser les démons, de
guérir les malades, de ressusciter les morts …
La morale pure et austère des premiers chrétiens a aussi été un atout pour le prosélytisme. Les fidèles
qui entretenaient un grand mépris du monde professaient des sentiments de patience, de douceur et
d’humilité. Ils prenaient souvent au sens le plus littéral les préceptes rigides enseignés par Jésus et les
apôtres que l’on a par la suite expliqués d’une manière moins stricte et plus figurée. Ils condamnaient
les plaisirs et le luxe, le célibat était vu comme l’état qui approche le plus la perfection divine, le
mariage était toléré, mais le divorce interdit, ils avaient une aversion pour les objets de guerre et de
gouvernement et se détournaient du service de l’état ou de l’armée. Ils obtiendront même la
suppression des jeux (Théodose 492).
Le fonctionnement « républicain » de l’Église primitive a dû aussi plaire. Liberté et égalité primitive du
gouvernement de l’église, les évêques et les prêtres sont au début élus annuellement, même si dès la
fin du 1° siècle on constitua des magistratures perpétuelles, ce qui engendra un progrès de l’autorité
épiscopale au détriment des paroisses. Il y avait aussi des conciles provinciaux et vers la fin du IIe siècle
en Orient il y a des synodes provinciaux, même si par après on constate la prééminence des églises
métropolitaines. D’un point de vue financier, on est passé de la mise en commun des biens, à
l’acceptation que certains ne versent que des tributs. Du temps de l’empereur Dèce (251), l’opinion
des magistrats était que les chrétiens de Rome possédaient des richesses considérables qu’ils
distribuaient aux pauvres, même si certains évêques en profitaient pour leurs plaisirs.
Au fil du temps, une organisation forte se met en place, se structure, résiste aux pressions des
empereurs, aux querelles théologiques, aux querelles de pouvoirs en son sein, cumule les richesses et
devient une institution puissante, stable, durable, avec un chef à sa tête (il y a eu jusqu’à présent 266
papes). L’église a en partie créé la religion chrétienne, en régissant les dogmes et les pratiques, ces
dernières ont été, pour une grande majorité, inventées au fur et à mesure. On a même défini un mot
pour caractériser toutes les affirmations ou déclarations théologiques qui ne dérivent pas de la
révélation divine : un théologoumène (ex. la résurrection des corps).
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Le christianisme s’est développé de façon extraordinaire en cinq siècles du fait : d’un contexte/marché
favorable (tolérance en matière de religion, déclin de l’Empire romain) ; d’une doctrine/offre qui a
séduit (valeurs, immortalité de l’âme, résurrection …) ; d’un zèle/pugnacité à combattre la concurrence
(intolérance vis-à-vis des cultes païens et des variantes dans les interprétations) ; de premiers
fidèles/affiliés prosélytes et exemplaires (qualité morale, vie austère …) ; d’actions/communications
spectaculaires (miracles, pouvoirs miraculeux …) ; d’une organisation et des forces prosélytes
rapidement structurées (évêques, prêtres, moines …) qui a su s’adapter au fil du temps. Tout cela
m’amène à penser que le développement du christianisme est un chef-d’œuvre de marketing et de
management.
Pour le marketing (voir paragraphe précédent : contexte/marché, offre, forces prosélytes, pugnacité
face à la concurrence, affiliés exemplaires, communications) et pour le management, il faut prendre
en compte la résilience de l’organisation et sa capacité d’adaptation : au départ un monothéisme
simple, à l’arrivée un mystère avec le père, le fils, le Saint-Esprit ; au départ une variante du judaïsme,
puis jusqu’à Vatican II un antisémitisme chrétien ; au départ le rejet des idoles et de l’imagination
superstitieuse des polythéistes, à l’arrivée toutes sortes de reliques, d’icônes sacrées ; au départ le
rejet des hommes divinisés et des dieux privés comme ceux qui protégeaient les associations romaines,
à l’arrivée des saints protecteurs (des métiers, des villes …) qui ont la même fonction ; au départ le
rejet de la richesse, à l’arrivée une église richissime ; au départ pas d’intervention dans le domaine
temporel (refus de servir l’état, l’armée …), à l’arrivée : croisades, inquisition …
Le christianisme a su conquérir une suprématie sur le marché des religions, et a su durer en s’adaptant
pour devenir quelque chose de très différent de ce qu’il était à l’origine avec les premiers chrétiens,
c’est un chef-d’œuvre de marketing et de management.
***
Dieu, y es-tu ? 41/68
Annexe – 1
L’Empire romain à la mort de Constantin en 337
Dieu, y es-tu ? 42/68
Annexe – 2
Invasion barbares 375-476
Organisation de l’église à l’époque de Justinien 527-565
Dieu, y es-tu ? 43/68
Annexe – 3
Le développement du christianisme en résumé
Le christianisme a su conquérir une suprématie sur le marché des religions, et a su durer en s’adaptant
pour devenir quelque chose de très différent de ce qu’il était à l’origine avec les premiers chrétiens,
c’est un chef-d’œuvre de marketing et de management.
Pour le marketing :
• Sur un marché existant certainement depuis toujours (l’homme se pose des questions : création …
quid après la mort), et un contexte favorable dans les premiers siècles (tolérance en matière de
religion, déclin de l’Empire romain),
• Avec un produit, une doctrine/offre qui a séduit (valeurs, immortalité de l’âme, résurrection …),
• Grâce à une force de vente de premiers fidèles/affiliés prosélytes et exemplaires (qualité morale,
vie austère …), zélés, pugnaces à combattre la concurrence (intolérance vis-à-vis des cultes païens
et des variantes dans les interprétations),
• En développant des actions/communications spectaculaires (miracles, pouvoirs miraculeux …),
• En structurant rapidement l'église (une organisation des forces prosélytes : évêques, prêtres,
moines …), qui s’est adaptée au fil du temps.
Pour le management, il faut prendre en compte la résilience de l’organisation, due à sa capacité
d’adaptation, au départ :
• Un monothéisme simple, à l’arrivée un mystère avec le père, le fils, le Saint-Esprit,
• Une variante du judaïsme, puis jusqu’à Vatican II un antisémitisme chrétien,
• Le rejet des idoles et de l’imagination superstitieuse des polythéistes, à l’arrivée toutes sortes de
reliques, d’icônes sacrées,
• Le rejet des hommes divinisés et des dieux privés comme ceux qui protégeaient les associations
romaines, à l’arrivée des saints protecteurs (des métiers, des villes …) qui ont exactement la même
fonction,
• Le rejet de la richesse, à l’arrivée une église richissime,
• Pas d’intervention dans le domaine temporel (refus de servir l’état, l’armée …), à l’arrivée :
croisades, inquisition …
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Du Ve au XVe
expansion et effondrement
de l’empire chrétien unifié
Dieu, y es-tu ? 45/68
Introduction
La période qui va du Ve au XVe siècle a vu l’effondrement de l’Empire romain d’Occident,
l’effondrement de l’Empire romain d’Orient en 1453 avec la prise de Constantinople par les Ottomans
et l’effondrement de l’Empire chrétien unifié.
L’Empire romain d’occident s’effondre en 476 lorsqu’Odoacre, le chef du peuple germanique des
Hérules à qui on a refusé le statut de fédéré, dépose le dernier empereur Romulus Augustule. Il sera
lui-même battu et assassiné en 493, par le roi des Ostrogoths Théodoric soutenu par l’empereur
romain d’orient Zénon.
Si l’Empire romain d’occident a disparu, l’espace qu’il contrôlait est occupé par différents peuples
(Ostrogoths, Wisigoths, Francs, Burgondes, Alamans …) qui sont chrétiens. Ainsi à la fin du VIe siècle le
Christianisme reste la religion des nouveaux états, il a surmonté de nombreuses querelles
théologiques, l’église est organisée, a consolidé son pouvoir et limite l’emprise des empereurs de
Constantinople. Cependant, il faut noter qu’à cette époque le centre de gravité du christianisme est
l’Orient, où l’on trouve 4 des 5 sièges patriarcaux et 49 des 75 sièges métropolitains.
Les 9 siècles suivants vont voir Rome s’affirmer, prendre sa totale indépendance vis-à-vis des
empereurs, imposer ses inventions, développer une théocratie pontificale qui finalement s’effondrera,
après avoir notamment fait mener des croisades pour en partie répondre à l’Islam qui a impacté
particulièrement l’Orient. La fin de la théocratie papale marquera aussi l’effondrement de l’empire
chrétien unifié.
Plan
1 – Rome prend son indépendance de Constantinople – p46
2 – Querelles entre l’orient et l’occident, notamment avec l’invention de la liturgie – p47
3 – Établissement du pouvoir du pape – p48
4 – Théocratie pontificale – p48
5 – Croisades – p49
6 – Défi islamique et recul du christianisme – p50
7 – Crise de croissance de l’occident chrétien – p51
8 – Effondrement de l’empire chrétien unifié – p52
Annexe
1 – L’Empire romain en 476 et l’organisation de l’église au VIe – p53
2 – Les Empires au IXe et les croisades à partir du XIe – p54
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1 – Rome prend son indépendance de Constantinople
En matière de religion après 476, le contrôle impérial de l’occident et donc de Rome demeure une
réalité politique, par exemple le choix du patriarche est fait par l’Empereur sur une liste de trois noms
qu’il ne suit pas toujours, mais compte tenu des pressions que l’orient subit (Perses, Arabes, Slaves,
Avars …), le patriarche de Rome échappe petit à petit à l’empereur, et finalement à partir de 740,
l’investiture du pape par Constantinople ne fut plus demandée.
La période du VIIe au XIe siècle est dominée par l’expansion franque en Europe. Le pape ne s’appuie
plus sur Constantinople et s’allie en 754 avec les Francs contre les Lombards. Le christianisme s’étend
au-delà du périmètre de l’ex-Empire romain d’occident, du fait des conquêtes et des missions des
Francs : Germanie VIIIe, Scandinavie IXe-Xie, Bulgarie IXe, nombreux peuples slaves IXe-Xe, aux
environs de l’an mil la conversion de l’Europe centrale est achevée (Otton III).
Charlemagne a considéré l’église comme un instrument administratif, voire militaire, de l’extension de
son pouvoir dans les terres conquises (avec violence, politique de soumission et conversions forcées).
Le système politique de l’empire carolingien imitait très consciencieusement celui de la Rome antique,
avec comme modèle Constantin 1° et Théodose 1° : sacralisation du pouvoir royal, le roi recevant son
autorité de Dieu, menant une politique de conquête et de christianisation.
Beaucoup de rois prenaient Josias pour modèle (réformateur du code dans l’Ancien Testament) et
Théodose (droit romain). Ils considéraient que l’observation de la foi et l’adoption d’attitude
chrétienne étaient de leur responsabilité. Ce sont les Carolingiens qui ont donné à l’église sa place
privilégiée. De ce fait, il y eut un renforcement des liens rois carolingiens / papes, certains papes furent
même choisis par des rois, mais tous revendiquèrent leur indépendance/prérogatives une fois élus.
Du VIIIe au IXe siècle, les Carolingiens firent des efforts pour : unifier la chrétienté occidentale ; avoir
des textes, notamment la bible, sans erreurs de copistes et en accord avec le Saint-Siège, alors qu’il
existait une grande variété de textes « corrigés » ; uniformiser les pratiques (rites, liturgie), chasser les
pratiques non romaines et idem pour les chants avec la naissance des chants grégoriens.
Concrètement, les Carolingiens promeuvent une réorganisation avec la politique culturelle suivante :
1 langue, 1 liturgie, 1 règle monastique, des jeux communs avec les savants et les artistes, des efforts
pédagogiques avec la création de la minuscule caroline, moins noble que l’onciale, moins savante que
la minuscule mérovingienne, cette écriture cursive est un excellent instrument de multiplication des
textes. On fixe aussi par exemple quelques rituels qui comme celui de la messe ne changeront pas
jusqu’aux années 1960 et on instrumentalise l’art.
En gros, il s’agit d’une synthèse avec beaucoup de reprises des Mérovingiens, on fait du neuf avec de
l’ancien et on tire un trait sur l’antiquité. Cependant, des habitudes locales perdurent, la variété était
encore grande au Xe et XIe, mais Rome s’impose comme le point de référence, le langage latin y a joué
un rôle, le latin était courant, le français n’émerge qu’à partir du Xe. La décision des Carolingiens de
revenir à un Latin « classique » précipite la séparation entre la langue du culte et les langues
vernaculaires romanes.
Enfin, malgré la fin de l’unité politique du monde franc, il y aura un prolongement de l’œuvre
carolingienne dans un occident désuni, les acquis carolingiens étant assimilés, améliorés, diffusés.
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2 – Querelles entre l’orient et l’occident, notamment avec l’invention de la liturgie
Les chrétiens ont commencé à se diviser dès le IVe quand ils sont sortis de la clandestinité, avec de
façon non limitative :
• La querelle sur l’énergie unique du christ, le monoénergisme, une première version de
monothélisme qui a donné lieu à des persécutions (un pape arrêté, un prélat mutilé …) ;
• Le filioque : le dogme de la trinité avec le Saint-Esprit, qui dépend du père et du fils (occident),
alors que pour les Grecs (orient), il ne dépend que du père (père incréé, responsable du fils, le
Saint-Esprit est une projection du père) ;
• L’iconoclasme : l’orient est contre les icônes, l’occident est pour (780 fin de l’iconoclasme en
orient, retour de l’iconoclasme, puis restauration des icônes en 843) ;
• De nombreuses différences : des langues (3 langues sacrées pour s’adresser à Dieu : hébreu, grec,
latin), des pratiques (pain levé …), des monachismes …
• Enfin avec la primauté revendiquée par Rome.
L’invention de la liturgie a entretenu les conflits. Au VIIe il n’existe pas de liste des sacrements, il faudra
attendre le XIIe pour avoir la liste des 7 sacrements :
• Baptême des enfants : à la mort de Charlemagne (814), les barbares sont presque tous chrétiens,
le baptême des enfants devient la norme (Pâques ou Pentecôte) ;
• Onction des malades, dont le bébé mal en point à la naissance ;
• Réconciliation/pénitence : jusqu’à la fin du VIe, une seule réconciliation est possible (on attendait
donc le plus possible). Changement au VIIe et possibilité de recours multiples aux prêtres. Latran
IV en 1215 recommande la confession une fois par an. La confession est un moyen de pression
avec l’excommunication sur ceux qui ne se présentent pas ;
• Eucharistie : la messe contribue à constituer un corps social. Au moyen âge la communion est
rarissime (jusqu’à Vatican II, très rare). 1215 le concile de Latran recommande aux fidèles une fois
l’an, les Dominicains 3 fois. VII-VIIIe, usage de faire des messes pour les morts (30 en 30j) et le
défunt est assuré de sortir du purgatoire. La confession et la communion sont les signes de
l’appartenance effective à la communauté chrétienne ;
• Confirmation (par l’évêque), du baptême qui n’a pas été fait par l’évêque. On ne sait pas à quoi
elle sert ;
• Ordination ;
• Sacrement du mariage : en 888/889 la cérémonie du mariage devient obligatoire pour le légitimer.
Il est possible pour un homme de se marier 2 ou 3 fois s’il n’a toujours pas de descendant, mais le
4e mariage est totalement interdit. Le mariage est une sanctification de la vie laïque. Au départ,
une affaire laïque tolérée (droit romain, coutume germanique), le divorce n’est pas admis. Le
mariage devient un sacrement à partir du XIIIe avec des règles (pas d’inceste, pas d’exogamie
religieuse, pas d’endogamie familiale …), pour les hommes 14 ans, les femmes 12, publicité de la
cérémonie pour faciliter les enquêtes, consentement ou consommation (la relation sexuelle
achève le processus).
Entre Rome et Constantinople il y a eu de nombreux schismes, notamment en 867, 1054, 1204, et au
XIIIe le problème du purgatoire, le mot lui-même étant apparu en 1170. Il y eut de nombreux conciles
pour recréer une unité, mais en vain. On vit l’apparition de la notion de décision canonique (décision
qui crée le droit). Les conciles permirent de contenir des schismes (monothélisme, iconoclasme …),
mais si la séparation entre l’orient et l’occident ne s’est pas faite là (IXe/XIe), c’est que les
communautés étaient confrontées à des problèmes plus cruciaux : communautés sous le joug
islamique, conversion des Bulgares, des Vikings et autres peuples.
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3 – Établissement du pouvoir du pape
Dans les conciles, l’évêque de Rome a toujours été assis à la droite de l’empereur. Dès l’empereur
Gélase 1° (492-496) il y a séparation des pouvoirs, mais aussi une collaboration avec les autorités. À
l’issue du 1° millénaire, la primauté pontificale est acquise. Les papes s’arrogent le droit exclusif de
juger, de déposer les évêques et imposent leur suprématie hiérarchique dans le clergé pour traiter les
problèmes de l’époque : concubinage des prêtres (nicolaïsme), trafic des charges, des sacrements,
recherches de richesse (simonie).
En 160 ans, du Xe au début du XIe siècle, 45 papes vont se succéder, certains accusés de licence morale
et de corruption politique, mais ils étaient résilients et avaient toujours pour but d’augmenter
l’autorité papale. La réforme grégorienne a été un processus d’émancipation de l’église par rapport à
la cour impériale afin de dégager les clercs de l’emprise des laïcs. Cette réforme a été portée par
différents papes : Léon IX, Nicolas II, Alexandre II, Grégoire VII (grand promoteur à qui on attribuera la
paternité de la réforme grégorienne).
Le pape (Grégoire VII – 1015-1085) revendique l’héritage impérial à partir d’un faux texte disant que
Constantin aurait donné le pouvoir aux papes sur l’occident. Il défend la primauté du spirituel sur le
laïc, la supériorité du pape sur tous les monarques, le pouvoir des rois n’est légitime que s’il est mis en
place avec le pape, sinon excommunions de rois et impositions de repentances. Grégoire VII a même
eu un projet de croisade qui ne sera pas réalisé. Du XIe au XIIIe se construit la monarchie pontificale,
la réforme grégorienne est censée s’achever en 1122, mais l’impulsion se poursuit jusqu’au XIVe.
Cependant, tout cela n’a pas été simple, il y a eu entre autres 50 ans de lutte entre empereurs et
grégoriens avec à un moment donné jusqu’à 6 papes concurrents nommés par des laïcs, des
excommunications de rois, d’empereurs.
En parallèle, pour atteindre son objectif pastoral et moraliser la société, la papauté s’est organisée
pour déployer son autorité sur tout le monde : centralisation monarchique au profit du pape. En
matière de droit et juridiction : le pape est la source de la loi (nombreux conciles, multiplication des
décrétales). Le pouvoir laïque et le peuple sont censés être soumis aux clercs (eux-mêmes ayant une
règle stricte), avec pour objectif d’établir une société chrétienne, au moyen d’un encadrement social
contrôlé par l’église. Cependant, la pression pour une autonomie des clercs et la multiplication des
frictions avec les autorités laïques se sont finalement traduites par une autonomisation des autorités
laïques.
4 – Théocratie pontificale
La papauté fait reconnaître le pouvoir de l’église sur l’ordre normatif de l’humanité et impose le
légalisme médiéval : « l’église est la maîtresse du droit romain par donation de Constantin ». Le pape
ne doit être jugé par personne. La papauté succombe à la tentation du "dominium mundi "(la
domination du monde, en matière de suprématie politique et spirituelle).
Le gouvernement pontifical du monde se traduit par une harmonisation de la liturgie, une
uniformisation juridique de l’ensemble de la chrétienté dont l’Espagne reconquise qui abandonne les
pratiques wisigothiques, de nombreux conciles dans les années 1070/1080 pour mieux unifier la
chrétienté, la fondation de l’inquisition (1231-1233), et les terres reprises aux musulmans sont
considérées comme appartenant à l’Église, les monarques qui les gèrent étant les vassaux du pape.
Enfin, dès la fin du XIe, les croisades furent pour les papes un moyen de galvaniser les énergies
chrétiennes latines, de resserrer les rangs et de se poser face aux autres mondes.
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La croisade fut un moyen d’unifier la chrétienté, de construire une Europe chrétienne. Il a existé des
croisades contre des chrétiens, notamment lorsqu’il y a eu plusieurs papes concurrents, des croisades
contre les hérétiques (divergences doctrinales) albigeois, hussites …
5 – Croisades
Du VIIe au Xe, les chrétiens subissent des déconfitures face aux musulmans sur terre comme sur mer,
mais cela change du fait de la rivalité des 3 califats et de la décomposition du royaume d’Espagne en
petits royaumes.
Première croisade
Urbain II appelle à délivrer Jérusalem (18/11/1089), les foules crient « Dieu le veut ». La 1° croisade
s’effectue par voie terrestre, Antioche est prise en 1095 (tous les musulmans et les juifs sont
massacrés), Jérusalem est prise en 1099. Les musulmans qui ne vivaient pas dans les villes qui ont
résisté purent continuer à vivre normalement. Il y a création de 4 états latins comptant 140 000
Occidentaux qui représentent 20% de la population locale. Tout cela vit sous perfusions militaires,
financières de l’occident et sous la pression des musulmans (djihad). Les croisés massacrent des juifs
en différents endroits en Europe. Les croisés sont censés avoir une vie ascétique, les croisades devant
apporter la rémission des péchés, des indulgences, des pardons … cependant des bordels itinérants les
accompagnent. En fait, seuls les grands profitent financièrement des croisades ainsi que les marchands
(Gêne, Venise, Pise).
De l’organisation d’une croisade
D’abord, il faut soulever l’enthousiasme (lettres, prêches …), puis faire prononcer des vœux (on est
excommunié si pas accompli, lettre pour prouver sa participation), remettre des croix, des objets, de
l’eau bénite. Il existe des ventes de dispenses papales qui amènent des financements. Les biens des
familles sont sous la protection de l’église à partir de la prise de la croix (dettes reportées, exemption
de péages, accueils …). Au niveau du coût, cela représente pour un paysan ~1 an de revenu, 5 ans pour
un chevalier, plus pour un seigneur, mais les vassaux financent le seigneur. Les rois créent des impôts
(10%), les papes imposent les clercs (10%), tout cela participe à la création du premier système fiscal
général en occident.
Les croisades : de la guerre licite à la guerre sanctifiée
Les premiers chrétiens étaient d’un pacifisme radical, mais devenu religion d’État, il y a eu une réflexion
sur la violence légitime et un parallèle avec le djihad. Ainsi Saint Augustin prône la défense de l’empire
chrétien, ceci sera réactualisé par les Carolingiens qui se veulent le bras armé de l’église. Cette violence
licite demande une pénitence au soldat meurtrier, cependant des guerriers sont canonisés et des
combattants des hérétiques deviennent saints et martyrs.
Dans la guerre, il est impératif de respecter les biens de l’église et de ne pas s’en prendre aux inermes
(personnes sans arme : veuve, orphelin, paysan, marchand, pèlerin). Il y a des périodes interdites à la
guerre : trêve de Dieu. L’église assure la vie éternelle à ceux qui meurent pour la vérité de la foi (les
soldats craignaient de mourir avant d’avoir fait pénitence), puis le soldat mort pour la cause papale est
considéré comme martyr. Il est aussi possible d’accomplir une pénitence sous forme guerrière. Le
concept de guerre sainte est à maturité dès Grégoire VII.
L’église dit que Dieu punit les chrétiens coupables en donnant la victoire aux musulmans, mais que si
les chrétiens se réforment, la victoire est au bout de la guerre sainte de reconquête. Pour rivaliser avec
le djihad, on fait des soldats morts aux combats des bienheureux, mais la conversion forcée est illégale
en raison du droit de tout homme au libre arbitre. La lutte armée pour une cause juste (veuve, orphelin
…) devient un ministère (bénédiction des chevaliers, des armes …). Tout cela aboutit aux ordres
militaires (concile de Troyes en 1129), ces derniers attirent des fonds, conquièrent des territoires
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(notamment lors de la reconquête de l’Espagne. Cependant sur la fin du XIIIe on cherche partout à s’en
débarrasser (cf. Philippe le Bel et les Templiers).
Les autres croisades
• 2e croisade : elle est conduite par les rois de France (Louis VII et Aliénor d’Aquitaine) et
d’Allemagne, c’est un échec. Saladin (d’origine kurde) reprend Jérusalem en 1187
• 3e croisade : Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste, Frédéric 1° (Barberousse) … reprennent Acre
en 1191, et signent un traité avec Saladin
• 4e croisade 1202 : prise et mise à sac de Constantinople par les croisés latins qui s’y installent, ils
en seront chassés par l’Empereur byzantin en 1261
• 5e croisade 1217 : échec
• 6e croisade 1228 : reconquête de Jérusalem qui sera reprise par les Turcs en 1244
• 7e croisade 1248 : conduite avec Saint Louis, elle ne donne rien, la situation s’étant compliquée du
fait des Mongols
• 8e croisade 1267 : Saint Louis attaque Tunis (pourquoi ?) et meurt d’une épidémie.
À noter qu’en parallèle des dernières croisades, les Mamelouks reprennent Antioche, Acre, Césarée,
ne restait que Chypre jusqu’en 1489. Tous les ordres militaires se retirent. Il y a une lutte contre les
Ottomans (plaine danubienne, Balkans), la perte des comptoirs des Génois et des Vénitiens, de
nombreuses autres opérations militaires, mais sans inversion du rapport de force défavorable aux
Occidentaux. Il faudra attendre 1571 (Lépante) et 1683 (Siège de Vienne).
La reconquête de l’Espagne a été faite principalement par des Espagnols, mais cela était vu par le pape
comme une croisade. L’Estonie, les pays baltes (Lettonie, Finlande) eurent aussi leurs croisades, avec
des ordres locaux comme les chevaliers teutoniques.
6 – Défi islamique et recul du christianisme
Lors de la conquête arabe (à partir de 630), il existe des Arabes christianisés dans différentes régions,
des peuples comme les : Ghassanides (Syrie), Lakhmides (Arabie), Banu Taghlib (Mésopotamie),
Tanakh … et beaucoup font l’objet de conversion forcée à l’islam. L’Afrique du Nord est conquise de
639 à 717.
L’évolution du christianisme en terre d’islam fut différente d’une région à l’autre. Au début, les Arabes
s’appuient sur l’organisation chrétienne et prélèvent des impôts, puis à la disparition des différents
califats, l’organisation est très décentralisée et l’organisation chrétienne se dissout. Le chrétien en
terre d’islam est certes protégé, mais avec un statut inférieur légal (sociétés protégées soumises à un
statut d’infériorité). Les chrétiens lors de la conquête pouvaient être dépossédés de leurs biens,
avaient interdiction de monter à cheval et de porter des armes. Un musulman pouvait épouser une
chrétienne, mais un chrétien ne pouvait pas épouser une musulmane. Il y a au Moyen-Orient de 1003
à 1021 des persécutions.
Bien loin de s’unir contre l’Islam, les chrétiens orientaux (nestoriens, melkites, monophysites,
jacobites, coptes …) demeuraient divisés. Pour eux la conquête arabe est un châtiment de Dieu,
Mahomet l’antéchrist est précurseur de la fin des temps.
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Les églises chrétiennes orientales :
• Église monothélite (ou maronite) : le christ à une nature double (humaine/divine) et il n’y a qu’une
seule volonté divine
• Église grecque chalcédonienne (ou melkite) : l’Esprit saint procède du père, mais ils sont contre le
filioque de Charlemagne (l’Esprit saint procède du père et du fils) et contre l’iconoclasme
• Église monophysite d’Égypte (ou copte) : le christ n’a qu’une nature
• Église monophysite syriaque (jacobite) : était contre Byzance et ont favorisé les Arabes
• Église syriaque orientale (ou nestorienne) : le christ à deux natures, une humaine et une divine
(dyophysisme).
Communautés chrétiennes en terre d’islam :
• Des communautés chrétiennes résistent (églises syriennes, coptes, melkites, chaldéennes,
maronites, arméniennes, géorgiennes), restent chrétiennes, mais au prix de grandes épreuves ;
• L’Éthiopie reste catholique, mais au prix de grandes épreuves
• En Nubie, c'est la fin de la chrétienté
• Des chrétientés d’Asie et d’Extrême-Orient seuls subsistent la chrétienté indienne (le Khan de la
horde d’Or s’étant converti à l’islam et Tamerlan portant l’islam sans la tolérance habituelle des
Mongols traditionnellement animistes)
• La terre sainte accueille des chrétiens pour des raisons politico-commerciales
• Le christianisme maghrébin n’a pas laissé beaucoup de traces
• Les Mozarabes en al-Andalus, des chrétiens convertis à l’Islam par intérêts, mais qui restent assez
indépendants. Ce sont des chrétiens qui ne veulent pas de confrontation, mais la langue arabe
s’impose d’où l’appellation de Mozarabes
• Il y a eu une émigration continuelle des chrétiens vers le nord depuis le VIIIe
• L’islamisation est plus ou moins rapide, en fonction de la plus ou moins solide christianisation des
territoires, et l’arabisation a été plus ou moins facilitée selon les endroits, par exemple le Syriaque,
une langue sémite, était proche.
Apport du christianisme dans le monde arabe :
• Sources chrétiennes de l’islam
• Il existe des parallèles entre le Coran et diverses branches du christianisme : monophysisme
abyssin et surtout nestorianisme syriaque
• Influence chrétienne sur l’islam, sur la civilisation islamique
• Chrétiens et musulmans : débats sur trinité et incarnation, négation de la crucifixion et de la
réincarnation
• De nombreux éléments de la vie de Mahomet sont les pendants de la vie de Jésus
• Mahomet : une venue non annoncée, pas de miracles, les récits de ses activités ne viennent pas
d’un terrain fiable, des erreurs historiques dans le Coran (ex. Marie/Miriam)
• Traduction du Coran en Latin au XIIe
• Les minorités musulmanes en terre chrétienne sont plus ou moins bien traitées par les autorités
civiles, et mal traitées par le clergé (par les moines clunisiens par exemple).
7 – Crise de croissance de l’occident chrétien
De 1309 à 1378, les papes toujours reconnus comme unique chef de l’Église résident à Avignon, mais
Grégoire XI meurt le 27/03/1378 et il a deux successeurs l’un Urbain IV élu à Rome, l’autre Clément VII
à Avignon, c’est le grand schisme. Les papes en Avignon sont sous la « dépendance » du roi de France
et celui de Rome sous la pression des familles nobles de Rome, cela durera jusqu’en 1418. À Avignon,
les papes ont développé une gestion centralisée qui sera copiée par les souverains laïcs qui remettront
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en cause la grande centralisation des pouvoirs du pape, développeront des intérêts nationaux et des
églises nationales de plus en plus autonomes vis-à-vis du pape.
Martin V (1417-1431) a tout fait de Rome pour que l’église soit reconnue comme un état, en
développant un jeu commun et des pratiques communes entre les princes et l’église, en particulier des
bonnes façons de centraliser notamment en matière de fiscalité, en augmentant la présence de l’église
dans les états, en acceptant des églises d’état avec des spécificités nationales, en promouvant la
religion comme garantie d’une cohésion maximale de toute communauté politique, l’église et l’état en
tant que structures complémentaires du contrôle social.
8 – Effondrement de l’empire chrétien unifié
1440 : démonstration que la donation de Constantin est un faux
Constantin était censé avoir donné au pape Sylvestre le pouvoir sur l’Occident et la papauté en usa à
partir de l’an mil pour justifier ses prétentions politiques. L’humaniste Laurent Valla démontre en 1440
que la donation de Constantin est une tromperie. Cette démonstration est considérée comme l'acte
fondateur de la critique moderne des textes (religieux ou autres).
1453 : disparition de l’Empire grec et création de l’Empire ottoman
Le Moyen-Orient est contrôlé par les Mamelouks, les ordres militaires chrétiens sont partis.
Constantinople, pris par les croisés en 1204, repris en 1261 par l’Empereur qui s’était réfugié à Nicée,
vit sous la pression des Latins de Rome et la menace des Turques. Rome conditionne son aide militaire
à un retour à l’obédience de Rome [problèmes principaux : le filioque (la trinité) ; les azymes (azyme
latin/pain normal en orient) ; le primat du pape ; le purgatoire]. Il y a une union éphémère, à la suite
de contacts officieux avec un parti favorable à l’union menant au concile œcuménique de Ferrare
(Florence 1438/1439) qui traite de quatre questions : l’Esprit saint ; l’eucharistie ; le purgatoire ; le
primat du pape. On arrive à une union, mais dix ans après il n’y a pas d’application côté grec. La prise
de Constantinople par les Ottomans en 1453 met fin à tout. Le pape Pie II a voulu réagir, mais il n’y a
pas eu de croisade.
Extension de l’Empire ottoman
Après la chute de Constantinople, la majorité des Grecs rejette l’union avec Rome et accepte la
domination ottomane (plutôt le turban des Turques que la mitre des Latins), ceux qui sont favorables
se réfugient en Italie. Il y a des luttes contre les Ottomans dans la plaine danubienne et les Balkans, la
perte de comptoirs génois et vénitiens, de nombreuses opérations militaires, mais sans inversion du
rapport de force favorable aux Ottomans, il faudra attendre le XVIe (Lépante …). La création de l’Empire
ottoman signe la disparition de l’empire grec, des monarchies chrétiennes dans les Balkans. Les
Ottomans au XVe ont conquis le monde grec et au XVIe se sont attaqués aux Latins.
1547 : Ivan le Terrible se fait couronner empereur de la 3e Rome
En 1448, l’Église russe prend son indépendance, prêche la guerre contre les Mongols et non plus la
soumission. En 1480, Ivan III s’émancipe du joug mongol. En 1552 les Russes prennent Kazan la capitale
tatare (équivalent à la prise de Constantinople par Mehmed II), il y a des conversions forcées jusqu’en
1563. Pour célébrer la prise de Kazan, on construit à Moscou l’église du Bienheureux Basile. La Russie
devenue religieusement autonome se déclare la 3e Rome. Plus tard, les Russes s’attaqueront aux
Polonais (Latins).
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Annexe 1
Organisation de l’église à l’époque de l’Empereur Justinien (527 – 565)
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Annexe 2
Les Empires au IXe siècle
Les croisades
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Préface
Pour réaliser cette quatrième note de synthèse, je me suis principalement fondé sur le tome 2 de
l’Histoire générale du christianisme et quelques recherches internet. Ce tome 2, s’est révélé d'une
qualité moindre que le tome 1 qui m’avait servi pour les notes 2 & 3, il défend surtout le point de vue
catholique et occulte de nombreux faits importants comme le comportement lamentable du pape
Alexandre VI, les crimes des guerres de religion, la responsabilité de l’église dans les nombreux travers
de l’ancien régime, dans les exactions des colonisations …
L’étude de l’histoire du christianisme dans la période qui va de la Renaissance à nos jours m’a donc
apporté beaucoup moins de plaisir. Les notes qui suivent rapportent qu’après la chute de l’empire
chrétien unifié au XVe siècle, la décomposition a continué dans le cadre de la Renaissance, du temps
des lumières, avec respectivement la réforme et la Révolution française qui a exporté ses idées, puis
sous les coups de boutoir du libéralisme, du communisme, des guerres mondiales … Finalement, cette
période marque la fin de l’emprise chrétienne sur les sociétés.
Plan
1 - Trois siècles du temps de la Renaissance à la Révolution française – p57
11 – L’éclosion du protestantisme – p57
12 – Les guerres de religion en France - p58
13 – Le christianisme dans le monde – p58
14 - La place des églises dans la société – p59
15 - Les religions face aux lumières – p60
16 – Les religions face à la révolution – p60
2 - Le christianisme de la révolution de 1789 à Vatican II - p61
21 - Le christianisme et la Révolution française -p61
22 - Le christianisme et les États – p61
23 - Le christianisme, le libéralisme et la guerre – p62
24 - Le christianisme et le communisme – p62
25 - Le christianisme et Vatican II – p63
Annexes :
1 – Diffusion de la réforme et des lumières – p64
2 – Révolution – Restauration – p65
3 – Christianisme dans la société et liberté religieuse dans le monde – p66
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1 - Trois siècles du temps de la Renaissance à la Révolution française
11 – L’éclosion du protestantisme
Alors que l’empire chrétien unifié s’effondre en parallèle de la chute de Constantinople et que la guerre
de Cent Ans prend fin (1453), le monde de la fin du XVe et du XVIe vit des évolutions majeures :
techniques (poudre à canon, imprimerie, canaux à écluse …) ; intellectuelles (traduction d’Archimède,
livre de Vésale en médecine, Copernic …) ; religieuses (grands débats sur les écritures, réforme …) ;
géopolitique (découverte de l’Amérique, route des Indes …) …, c’est une période que l’on connaît sous
le nom de Renaissance.
Dans ce contexte la théologie va finir par être contestée en tant que forme suprême du savoir au profit
des sciences naturelles. Cependant dans un premier temps sur le terrain de la religion il y a eu de fortes
tensions, amorcées en Espagne par les Rois Catholiques (répression des juifs, création de l’inquisition),
en France (dénonciation des maux de l’église : absentéisme, cumul des bénéfices …) en Italie où le
pape Alexandre VI a bien écorné l’image de la papauté (nombreux enfants dont certains durant son
pontificat, simonie, corruption, népotisme, exécutions d’opposants, organisation de fêtes
orgiaques …).
L’église est consciente d’un besoin de réformes (structure, mauvaises habitudes …), mais personne ne
veut l’imposer, on cherche à convaincre, on fait quelques évolutions qui mettront un ou deux siècles
pour être généralisées. Les réformes catholiques traitent des problèmes de comportements pas de foi
et la contre-réforme qui sera menée sera répressive avec notamment l’inquisition.
Dans l’espace germanique, c’est le temps de la réforme qui émerge entre 1517 et 1555 essentiellement
en milieu urbain, à partir des écoles cathédrales qui existaient depuis le XIIe, mais qui ont fini par
accepter des laïcs. Luther (1483 – 1546) était un étudiant laïc qui dans un moment d’angoisse, à
l’occasion d’un orage, en appelle à Sainte-Anne et promet de se faire prêtre. Il sera excommunié en
1521 après avoir publié 95 thèses remettant en cause la pratique des indulgences, le purgatoire, le
libre arbitre de l’homme …
Protégé par le Prince électeur de Saxe, Luther traduit l’Ancien et le Nouveau Testament en allemand.
Au nom de la réforme, on sécularise des terres ecclésiastiques, des paysans se mettent à avoir le même
type de revendication, il y a aussi des révoltes de chevaliers … et bien évidemment des répressions
sanglantes. À Zurich, Zwingli (1484-1531) promeut des réformes proches, mais différentes de celles de
Luther. Des mouvements analogues ont lieu à Bâle, à Strasbourg, dans les vallées des Alpes.
En Angleterre, Henri VIII (1491-1547) veut se remarier et prend son indépendance vis-à-vis du pape,
mais ce sont des hommes de Cambridge qui l’orientèrent vers le protestantisme. Le fisc royal d’Henri
VIII encaisse les sommes avant versées au Pape. L’Écosse passe à la réforme entre autres pour des
raisons politiques. Danemark, Suède, Norvège passent à la réforme. À noter que là où le
protestantisme a établi ses points d’ancrage durables, ce sont les institutions politiques qui ont pris en
main l’aspect religieux.
Dans l’espace de langue française, on note des prémices à Meaux, mais c’est surtout Genève qui est
passée à la réforme par l’action de Guillaume Farel, même si c’est Calvin (1509-1564) qui va devenir la
grande figure. Calvin aurait eu la mission de Dieu de réformer l’église, de faire en sorte qu’elle se retire
de la sujétion, de la tyrannie papale, que les chrétiens abandonnent les mauvaises craintes (Dieu est
bon), qu’ils se comportent en fils et non en esclaves du Bon Dieu. Pour lui l’église est l’interprète de la
bible, de la parole de Dieu, il y a prédestination à l’élection ou au rejet de la vie éternelle, c’est du
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ressort de la volonté divine et il réfute l’élection par les œuvres ou les mérites. Cela diffère de la
position catholique où Dieu se contente de maintenir la liberté de l’homme, même s’il concourt à tout
acte humain, car la volonté n’agit que si elle est mue par Dieu, mue par la cause première de la volonté
humaine libre.
12 – Les guerres de religion en France
En France l’intérêt que porte la noblesse aux idées nouvelles se traduit par une première manifestation
du protestantisme politique avec la conjuration d’Amboise en mars 1560 qui visait de réaliser un coup
d’État contre le jeune Roi de France François II. Une répression a suivi, et dans l’optique de faire une
conciliation des états généraux sont tenus à Orléans à partir de décembre 1560, et si l’édit de juillet
1561 n’accorde pas la liberté religieuse, il fait reculer les persécutions.
Cependant, il y aura en France huit guerres de religion qui se sont déroulées en trois grandes phases :
premièrement de 1562 à 1572 ; deuxièmement de 1573 à 1584 ; troisièmement de 1585 à 1598. Les
guerres de religion prennent fin grâce à Henri IV qui promulgue en avril 1598 l’édit de Nantes qui
accepte en France une deuxième religion, mais interdit les pasteurs étrangers. Au niveau de l’église, il
y a bien quelques réformes en 1615, mais le Roi continue de nommer les évêques et le parlement
résiste au centralisme de Rome.
Les guerres ont terriblement appauvri la France, les historiens ont du mal à estimer le nombre de morts
qu’elles ont généré. Finalement, il est admis que la population a régressé passant de 17/18 millions à
16 en 1600 du fait des guerres directement, indirectement du fait des famines, de la peste, des
conditions climatiques, comme le très rigoureux hiver 1594-1595 ...
Une deuxième religion est donc acceptée en France, mais en 1680, il ne restera que la moitié des
temples qui existaient en 1598 du fait de la Politique de Louis XIV contre les protestants et en 1683
seulement 1/3 des droits d’exercices autorisés par l’Édit de Nantes sont encore valables. Finalement,
en 1685, l’édit de Fontainebleau révoque l’édit de Nantes. Il y a alors restauration d’un protestantisme
clandestin, des représailles et 10 000 personnes sont déportées soit 1% des protestants. Il faudra
attendre Voltaire et son intervention dans l’affaire Calas (1761-1765) pour que l’image des protestants
change de séditieux en victimes. En 1788, à la veille de la révolution, il y a en France environ 600 000
protestants encadrés par 150 pasteurs.
13 – Le christianisme dans le monde
En parallèle des événements ci-dessus évoqués, le christianisme s’est répandu dans le monde à partir
d’une bulle papale de 1433 qui a partagé le monde entre le Portugal et l’Espagne (traité de Tortillas)
et les découvertes de la route maritime des Indes, de l’Amérique …
La christianisation de l’Amérique du Sud a été l’occasion de nombreuses exactions tant des colons que
des missionnaires. La mort de nombreux Américains du Sud du fait de microbes est à l’époque vue
comme l’expiation des péchés de leurs ancêtres. Des lois protègent, mais infantilisent les Indiens, par
exemple au Pérou où l’inquisition est à la manœuvre (200 exécutions et de nombreux morts en prison),
notamment contre la pratique du concubinage et le laxisme des mœurs.
L’évangélisation du continent nord-américain ne fut pas une réussite. La christianisation de l’Asie
(XVII/XVIIIe) a suscité des espoirs et des déboires : nombreuses antennes portugaises, évangélisation
des Philippines par les Espagnols, persécution des chrétiens au Japon, les missions amorcées par
Rome présentent un bilan modeste dû à la mauvaise formation du clergé et à des problèmes liés aux
rites.
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Le protestantisme n’a quasiment pas touché la Russie qui a créé son patriarcat en 1539. Les Russes qui
ont en partie gagné la guerre russo-polonaise (1654-1667) ont respecté la liberté des traditions des
régions conquises.
Enfin, les Ottomans refluent d’Europe à partir du XVIIe, mais les chrétiens d’orient (églises syriennes,
melkite d’Antioche, Orthodoxe …) ont dû continuer à survivre sous le joug du croissant avec le statut
de dhimmi (personne soumise à un impôt spécifique du fait de ne pas être musulmane).
14 - La place des églises dans la société
L’église est alors en compétition, en concurrence, avec les états (justice, taxes pour les pauvres …) et
avec la science (surnaturel, miracles …), pour le contrôle de la société. Elle a la main mise sur
l’éducation des princes, des élites, sur les confesseurs des rois, sur la direction de conscience …
Cependant, le contrôle est différent dans les villes et dans les campagnes où persiste des croyances
magiques anciennes (depuis des millénaires), confortées par la promotion des miracles, l’ostentation
de reliques, les processions, le dualisme Dieu/Diable, les exorcismes et une vision du monde imprégnée
de forces occultes, animistes, de divinités campagnardes.
Dans ce contexte, se développeront des persécutions relatives à la foi, beaucoup en Espagne du fait
de l’inquisition, peu en Italie et relatives à la sorcellerie, beaucoup autour du Rhin (150km de part et
d’autre) ou dans les petits pays, petits états, villes indépendantes et moins dans les grands pays
(Angleterre, France, Hollande, Espagne) où les juges professionnels ont cherché à limiter les abus.
Cependant, entre 1400 et 1750, environ 100 000 personnes furent accusées de sorcellerie en Europe,
40 à 50% furent exécutées (75% étaient des femmes). Beaucoup de personnes accusées de sorcellerie
étaient des guérisseurs.
En Europe, les différences religieuses (catholiques, protestants) viennent de, suivent ou impliquent les
divisions politiques : le Nord est protestant, le Sud est catholique. En 1648, le traité de Westphalie, qui
met fin à la guerre de Trente Ans, a acté que les états sont seuls responsables des religions de leur pays
(pas d’interférence extérieure tolérée) et ceci engendra des évolutions locales des pratiques
religieuses. Par exemple chez les catholiques, les achats d’indulgence s’arrêteront sauf en Espagne,
différents protestantismes dus en particulier aux facteurs nationaux verront le jour et les deux grands
courants (Luther/Calvin) s’opposeront directement à d’autres courants radicaux (anabaptiste,
spiritualiste, millénariste, antitrinitaire).
Les mentalités évoluent, on passe d’un soupçon que les nouveaux riches ont dû pécher pour arriver,
d’une hostilité que l’argent puisse faire de l’argent (intérêts), de la considération que le travail est une
pénitence du péché originel, à une acceptation graduelle des nouveaux comportements économiques
(les Rois de France empruntent beaucoup, les monts de piétés italiens facturaient 5% de leurs frais
administratifs). Chez les protestants, il y a une contestation des images sacrées et un iconoclasme, bien
que Luther travaille avec Cranach. Chez les catholiques, on passe des réticences vis-à-vis de l’art (le
jugement dernier de Michel Ange est critiqué pour ses nus), au triomphe au XVIIe de l’art au service
de la foi et de l’église.
La Russie, dès la conquête des Khanats hérités de l’empire mongol (Kazan en 1552 …), devient un
empire multiethnique et multiconfessionnel qui impose : tolérance, cohabitation, interdiction du
prosélytisme. Les différentes religions sont tolérées, mais les juifs se verront cantonnés à n’être qu’en
Russie blanche. Les empereurs interviennent très souvent dans l’organisation des différentes églises
et imposent une bureaucratisation, un fort encadrement, une réduction du nombre de monastères,
un contrôle de la formation des clercs.
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15 - Les religions face aux lumières
Les recherches bibliques par les protestants établissent que les textes n’ont pas été écrits aux moments
des faits qu’ils rapportent, ni avant pour ceux qui annoncent des prophéties, les auteurs ne sont pas
ceux auxquels la tradition les attribue, ils ont fait l’objet de nombreux remaniement. La plus ancienne
bible connue date du milieu du IVe, et il ne reste que 400 de ses 700 feuillets.
Il y a alors des discussions sans fin sur les différences constatées entre le livre de la nature et la bible
(deux œuvres de Dieu), des débats entre foi et raison (développement du rationalisme scientifique)
entre cœur et raison (la religion non soluble dans le rationalisme). Les études scientifiques et
historiques alimentent à l’égard de la religion des doutes qui avaient toujours existé de manière
latente, ceux qui refusent le rigorisme religieux sont considérés comme des libertins, enfin on rappelle
les suggestions d’Averroès sur l’origine politique des religions.
S’opposent deux écoles, ceux qui considèrent les écritures comme inspirées qu’il faut interprétées (les
allégories qui renferment un sens littéral vrai, les paraboles qui sont des fables dont les personnages
et les faits n’ont jamais existé, mais qui doivent avoir un sens, les métaphores qui nous font passer du
concret à l’abstrait par analogie) et ceux pour qui l’ignorance des hommes et leur don à l’imagination
les ont poussés à se figurer que les dieux étaient les instigateurs des phénomènes naturels, suivant
l’idée « timor fecit deos » (la peur a fait les dieux).
La critique fut une des grandes activités du temps des lumières, elle constatait que tous les philosophes
avant Platon avaient soutenu que l’âme était matérielle et disparaissait avec la mort, elle dénonçait
les religions factices comme des monstres mille fois pires que Denys, Néron … Cependant, les libres
penseurs étaient le plus souvent déistes, constataient qu’un besoin de religion était exprimé par une
grande partie de la population et recommandaient de séparer la religion de la morale. Voltaire
préconisait d’écraser l’infâme (combat contre les prêtres), mais pensait que le peuple avait besoin
d’une récompense/pénitence pour être moral.
16 – Les religions face à la révolution
Aux prémices de la révolution, le clergé se solidarise avec le tiers état, à un moment les biens de l’église
sont apportés pour sauver l’État. La liberté religieuse a été discutée de 1787 à 1790, puis finalement
obtenue par les catholiques, la dîme est décrétée arbitraire et l’église est nationalisée, les prêtres
doivent être salariés de l’État, mais il n’y a pas de religion d’État. Une constitution civile du clergé est
définie, il y a une réorganisation des structures des diocèses, les évêques ne sont plus nommés par le
pape.
Le pape finit par s’opposer à ses évolutions, l’opposition devient conflit. Les évolutions comme la
laïcisation de l’état civil, la possibilité de divorcer, le mariage des prêtres … vont augmenter le décalage.
La terreur de 1792 va fortement toucher le clergé qui représentait 1% de la population, mais a compté
pour 6% des victimes. À l’automne 93, une forte déchristianisation s’opère, avec des fermetures
d’églises, l’obligation des prêtres de se marier, ce qui conduit les 2/3 du clergé à abdiquer son
sacerdoce.
La liberté religieuse est expressément garantie, mais cela reste sur le papier. Robespierre pense que la
Révolution a besoin d’une onction surnaturelle et tente de créer le culte de l’être suprême, une sorte
de religion civile à la Rousseau, mais cela sera un échec.
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2 - Le christianisme de la révolution de 1789 à Vatican II
21 - Le christianisme et la Révolution française
La révolution a adopté la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, établit l’égalité des droits, la
liberté d'opinion et de la presse, le respect de la propriété ... Les anciens privilèges sont
abolis (privilège de l’aristocratie, droit d’aînesse, féodalisme, servage …). Dans ce contexte de
changement de la société, le clergé n’a plus ses habituels moyens de pression.
Selon le principe que les conquérants habiles ne sont jamais brouillés avec les prêtres, Bonaparte
négocie un concordat avec le pape et remet l’église en selle, même si elle a dû céder sur de nombreux
points. Il y a un rétablissement des cultes et des structures, ce qui n’est pas sans poser des problèmes
avec ceux qui avaient suivi les exigences de la révolution. La paix religieuse est rétablie, les jésuites
sont de retour, mais un esprit voltairien perdure.
Le modèle français est en partie importé en Italie. Partout, on fait des concordats sauf en Espagne
(retour de l’inquisition). La séparation de l’église et de l’État marque une sécularisation des sociétés,
du côté des protestants il y a un éclatement en différentes églises, du côté des catholiques, un
resserrement autour du pape. Partout, la coexistence de confessions religieuses différentes devient de
plus en plus commune, mais il y a quand même de nombreux conflits.
En 1815, il y a 25000 desservants en France pour 30000 paroisses, elles étaient 40000 en 1789. La
baisse des effectifs du clergé nécessite de composer avec les jureurs, les exilés … Après Napoléon, il y
a une restauration du despotisme éclairé, de l’alliance du trône et de l’autel, qui prend des accents
intégristes et intolérants. Restauration d’une église gardienne de l’ordre établi, de la sécurité, des
structures sociales, des valeurs traditionnelles, avec pour objectif de rechristianiser les populations.
Cependant, cette restauration est imparfaite.
En Russie il y a une grande croissance de l’église orthodoxe en nombre d’évêchés, de monastères, de
prêtres, mais qui proportionnellement est inférieure à la croissance démographique. Au même
moment qu’est promulguée la libération des serfs (1861), s’établit le Narodnost (sentiment national)
qui se fonde sur le principe d’avoir un même souverain, une même foi orthodoxe. Les autres
confessions subissent des réunions, des conversions forcées. Cependant en parallèle le nombre de
personnes qui négligent la confession annuelle s’accroît (~9% chez les fonctionnaires).
22 - Le christianisme et les États
Alors que la liberté de culte avait été refusée par le pape, Pie IX (catholique très conservateur, béatifié
en 2000) aggrave le fossé entre les chrétiens avec les concepts de l’Immaculée Conception et
l’infaillibilité du pape. De plus au milieu du XIXe, les églises chrétiennes doivent faire face aux
mouvements nationalistes en Italie, Pologne, Irlande, Hongrie … Partout, l’école devient de plus en
plus laïque, la religion est vue comme étant contre les sciences.
Une séparation de l’église et de l’État s’impose dans de nombreux pays sous des formes différentes :
pure aux USA, mixte en Belgique, hostiles dans les pays latins (avec nationalisation des biens de l’église,
démantèlement des ordres religieux). L’Amérique latine se modernise, cherche à minimiser l’influence
de l’église et voit se développer de l’anticléricalisme.
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En parallèle, il y a une certaine pénétration du christianisme dans des cultures non européennes, du
fait d’un dynamisme missionnaire au début du XIXe, d’une mobilisation antiesclavagiste dans la
deuxième moitié du XIXe et de l’accompagnement de la colonisation censée apporter la civilisation.
Les protestants traduisent et diffusent la bible en différentes langues. Les orthodoxes monteront des
missions en Perse, Japon, Alaska et particulièrement en Sibérie où en 1917 il y aura 10 diocèses, 3488
grandes églises et cathédrales pour 2571 paroisses, 62 monastères, 894 moines, 2766 moniales.
Cependant, l’enculturation du christianisme dans la culture sibérienne est fragile.
23 - Le christianisme, le libéralisme et la guerre
Le libéralisme (liberté de pensée, d’expression, de presse, d’enseignement, de chaire, d’association …)
progresse et les confessions en profitent pour accentuer leur prosélytisme. Cependant, profitant d’une
conjoncture économique positive de 1850 à 1880, positivisme et scientisme qui rejettent les religions
se répandent, l’urbanisation s’accroît, la multiplication des paroisses et l’accroissement de leur taille
poussent à une certaine déchristianisation. En parallèle dans les Balkans, on se libère du joug ottoman.
En 1914, de part et d’autre, les églises soutiennent leur nation. L’union sacrée de Poincaré n’a pas au
départ de caractère religieux, mais il se développe un syncrétisme avec la nation laïque, et une croisade
des démocraties qu’en l’Axe s’associe aux Ottomans. Après la guerre, il y aura une querelle entre
catholiques et orthodoxes sur le devenir de Sainte Sophie à Istanbul. Quant à Pie XI, il dénoncera, en
1922, une paix artificielle qui entretient tous les ressentiments.
Entre les deux guerres mondiales, les confessions vont faire évoluer leurs positions : reconnaissance
de l’autonomie du temporel, révolution missiologique, il ne s’agit plus de simplement baptiser, mais
de planter l’église, de s’adapter aux autochtones (clergé, épiscopat local, reliques … religion
autochtone) et chez les protestants on met en place la triple autonomie (financière, administrative,
missionnaire).
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, partout les églises chrétiennes ont cherché à œuvrer et une
multitude de soutiens ont été apportés aux victimes. Cependant, on a souvent reproché à l’Église
catholique, notamment à son plus haut niveau avec le pape Pie XII, de s’être surtout attachée à
préserver les intérêts du Saint-Siège.
24 - Le christianisme et le communisme
En Russie, depuis 1700 l’Église orthodoxe était subordonnée au Tsar. Selon Marx, le communisme
commence avec l’athéisme, donc avec les bolcheviques à partir de septembre 1918 les persécutions
commencent. Lénine va conduire la terreur rouge jusqu’en 1921 pendant laquelle 28 évêques,
plusieurs milliers de prêtres, diacres, moines et 12000 laïcs ont été tués. À partir de 1929, il y a une
destruction systématique de toutes les églises et face à la résistance des évêques et de la population,
une campagne sera menée qui fera 8000 morts. Finalement en 1939 il ne reste que quelques centaines
d’églises dans l’ensemble de l’URSS (il y en avait 40 000 en 29), 4 évêques sur 200, 2000 prêtres sur
40 000.
En 1942, ce qui reste de l’Église orthodoxe russe appelle à lutter contre les nazis, collecte des dons,
finance un détachement et un escadron aérien. L’année suivante, Staline faisant une manœuvre de
politique internationale, fait un concordat oral avec l’Église orthodoxe, cela ne l’empêche pas en
parallèle de liquider l’Église uniate d’Ukraine qui était rattachée au pape.
Cependant en 1949 les persécutions reprennent et si en 1964 dans le périmètre de l’URSS il y a 8000
églises et trois séminaires, en 1988 il n’y en plus que 6893 dont 4000 en Ukraine (dont 2000 anciennes
uniates), alors qu’on estime alors que 70% de la population croit en Dieu. Étant donné que le rêve
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communiste ne fonctionne plus, on cherche à récupérer l’église pour manipuler le rêve (faire croire en
Dieu & au communisme), il y a une renaissance et en 1995 on compte 16000 églises et 16 séminaires.
25 - Le christianisme et Vatican II
Vatican I (1869/1870) avait été un concile inachevé, mais avait établi l’infaillibilité du pape. Lors du
concile Vatican II (1962-1965), les participants rejettent les textes préparés, ils (une majorité face à
une minorité, dont Lefebvre) imposent une ouverture sur le monde, la recherche biblique récente,
l’œcuménisme, la possibilité des églises locales, la liberté pour toutes les religions, l’abandon de
l’accusation de déicide contre les juifs, et si on s’interroge sur l’infaillibilité du pape on ne la remet pas
en cause.
Pour les catholiques, la bible devient donc un texte historique comme les autres, avec des aléas dans
la transmission. Les écrits sont de leur temps et reflètent les opinions de leur époque. L’exégète doit
retrouver le sens de ce qui est dit. La parole est sacrée, mais la transmission est humaine. Il faut
rechercher ce que Dieu a voulu transmettre et les catholiques distinguent le Jésus historique du Jésus
de la foi. Cependant, on notera que si l’œcuménisme entre protestants, orthodoxes et catholiques
génère de nombreuses conférences, cela ne débouche sur rien de concret et les différences de fond
restent entières.
Si en 1900, 83% des chrétiens étaient européens, le reste du monde ne représentant que 17%, en 2000
les Européens représentent 40% des chrétiens, le reste du monde 60%. Entre 1951 et 2004, le nombre
des baptisés catholiques passe de 9 à 149 millions en Afrique noire, proportion idem chez les
protestants. En même temps, 200 millions de chrétiens vivaient sous l’emprise du régime communiste
et l’effondrement de l’empire soviétique a généré un grand dynamisme de la chrétienté dans les pays
libérés.
La construction de l’Europe est d’inspiration chrétienne et humaniste (pour Tocqueville, le
catholicisme répond au besoin de la démocratie), mais on n’y note que la pratique religieuse est en
baisse, par exemple la pratique dominicale est passée de 30% en 1960 à 10% en 1990. En France, moins
de 40% des enfants suivent le catéchisme.
La globalisation, qui a été impulsée par l’Amérique qui en profite pleinement, voit une perte de poids
de l’Europe, et est mal vécue par les musulmans qui trouvent qu’elle favorise la culture chrétienne.
Finalement, les chrétiens qui ne sont que 1,8 milliard sur une population mondiale de 7,7 soit ~23%,
ne gouvernent plus vraiment le monde, et le gouverneront d’autant moins dans le futur parce que
l’Asie qui représente 62% de la population mondiale, est à 93% non chrétienne.
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Annexe 1 : Diffusion de la réforme et des lumières
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Annexe 2 : Révolution – Restauration
Les trois ordres Le clergé face aux révolutionnaires
Le concordat de 1801 Les prêtres jureurs de 1790
La restauration 1814-1830
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Annexe 3 : Christianisme dans la société et liberté religieuse dans le monde
Le christianisme et la guerre Le communisme une idée chrétienne
devenue folle
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En conclusion
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Pour clore mes recherches concernant la religion amorcée en avril 2019, j’ai voulu aborder la
problématique de l’athéisme afin de finalement me positionner sur le sujet de l’existence d’un dieu,
sachant que tout mon travail m’a renforcé dans mon rejet spontané des religions.
De toutes mes recherches, il ressort pour moi que les religions sont humaines, qu’elles existent sans
intervention divine, surnaturelle, et qu’humaines, elles génèrent donc des problèmes (avec Dieu : St
Barthélémy, Djihad … sans Dieu : Staline, Mao, Pol Pot …). Faire la part entre les aspects positifs des
religions, comme l’union des communautés, la transmission de valeurs … et les aspects négatifs,
comme l’intolérance des croyants, les guerres de religion, les créations purement fantasmatiques
comme l’enfer, les péchés (originel, véniel, mortel) … est difficile et je ne sais pas vraiment conclure
quant à l’intérêt des religions pour les sociétés. Cependant, il faut noter que l’on ne connaît pas de
grande civilisation sans mythe, sans rite, sans croyance en certaines forces invisibles et surnaturelles.
Si l’on peut se passer de religion, on ne peut pas se passer de communauté, de valeurs, mais ses valeurs
transmissent par les religions, n’ont pas besoin de Dieu pour exister, elles correspondent à ce qui est
bien pour vivre ensemble : sincérité, courage, générosité, douceur, compassion, justice, amour. On
imagine mal une société qui essaierait de fonctionner en privilégiant l’inverse de ces valeurs :
mensonge, lâcheté, égoïsme, violence, cruauté, injustice, haine. Donc plus qu’une révélation, ces
valeurs sont le fruit de l’expérience, de la sagesse des communautés passées.
Quant à l’existence d’un dieu créateur, force est de constater comme le fait André Comte-Sponville
dans son livre « L’esprit de l’athéisme », la faiblesse des preuves ou des expériences de son existence,
et l’incompréhensibilité des explications que les hommes ont tenté de donner. Force aussi de constater
que si Dieu existe il a aussi créé le mal, un homme limité et crédule qui s’invente des croyances qui
correspondent à ses désirs (vie éternelle, retrouver les êtres chers, être aimé du créateur …). C’est trop
beau pour être vrai ! Comme le dit Spinoza, « Nous sommes disposés par nature à croire facilement ce
que nous espérons, et difficilement au contraire ce dont nous avons peur » et les manipulateurs en
profitent.
Il ne faut pas se laisser subjuguer par les prophètes, les saints, les mystiques qui même s’ils apportent
des messages primordiaux (l’universel humain, la priorité de l’amour, l’accueil des bannis … l’humilité
… l’impermanence …) ne sont que des guides qui peuvent nous inspirer. Il faut être fidèle au vrai, au
rationalisme et refuser les sophismes, il faut être fidèle à l’amour, à l’humanisme, refuser le nihilisme
et son « rien n’a d’importance ». Ici, on n’oubliera pas le proverbe chinois qui dit « les professeurs
ouvrent les portes, mais vous devez entrer vous-même ».
La grande question n’est pas de sauver son moi, mais de s’en libérer, non de s’enfermer dans son âme,
mais d’habiter l’univers, d’accéder à l’universel, au vrai en se libérant de soi. Il faut comme dit Kant
« se libérer du cher petit moi » et de ses petits intérêts, ses petites rancœurs, angoisses, soucis,
frustrations, espérances, complaisances, vanités … C’est l’ego qui enferme et l’esprit qui libère.
Finalement, pour moi, les religions sont à coup sûr des créations humaines, mais pour l’existence de
Dieu, comme on ne peut pas prouver que quelque chose n’existe pas, on ne peut pas prouver que Dieu
n’existe pas, donc je suis obligé de constater que la science ne sait pas, que je ne sais pas, mais je suis
convaincu que les dieux des religions sont des inventions instrumentalisées par des manipulateurs.

Réflexion sur les religions : Dieu y es-tu ?

  • 1.
    Dieu, y es-tu? « Ce n’est pas parce qu’une chose est bonne que nous la désirons, c’est parce que nous la désirons que nous la jugeons bonne » Spinoza Michel Bruley novembre 2022
  • 2.
    Dieu, y es-tu? 1/68 Introduction J’ai consacré pendant une quarantaine de mois, d’avril 2019 à juillet 2022, de trente à soixante minutes par jour à me documenter sur la religion chrétienne et son histoire. J’ai lu divers textes, à commencer par la bible, les deux tomes d’histoire générale du christianisme, la vie de Jésus d’Ernest Renan …, visionné une douzaine de documentaires et bien sûr effectué de très nombreuses recherches sur internet. Dans tous les cas, j’ai pris des notes que j’ai largement utilisées pour rédiger mes différents documents. Finalement, j’ai formalisé les fascicules suivants : 1. Dieu est une invention instrumentalisée par des manipulateurs (page 3) 2. Le christianisme est un chef-d’œuvre de marketing et de management (page 25) 3. Du Ve au XVe – expansion et effondrement de l’empire chrétien unifié (page 44) 4. De la renaissance à nos jours : fin de l’emprise chrétienne sur le monde (page 55) J’ai clos tout cela par la lecture d’un livre sur l’athéisme qui m’a amené à écrire une dernière page : en conclusion (page 67). Finalement, j’ai relu et finalisé cette compilation en novembre 2022. Bonne lecture
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    Dieu, y es-tu? 2/68 Dieu est une invention instrumentalisée par des manipulateurs
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    Dieu, y es-tu? 3/68 Préface J’ai le sentiment que jamais je n’ai été croyant, Adam & Ève, Noé … je n’y ai jamais trop cru, le père, le fils, le Saint-Esprit, le trois en un, j’ai toujours trouvé cela incompréhensible. Les curés, les gesticulations et les contraintes religieuses m’ont toujours été rébarbatifs. En un mot comme en cent, je pense que j’ai toujours eu un athéisme instinctif. Au printemps 2019, préparant une commande de livres, je me suis avisé que je n’avais jamais lu le livre le plus publié au monde, à savoir la Bible. J’ai donc décidé de la lire et comme j’avais chez moi la Bible de ma belle-mère, je me suis mis à lire à raison d’environ six pages par jour, les 1638 pages de l’Ancien et du Nouveau Testament. Commencée le 29/04/2019, j’ai achevé ma lecture le 08/03/2020. J’ai de plus lu des dossiers de la revue Le Point, « Histoire des textes sacrés », « Comment Dieu est né ». J’ai fait aussi des recherches sur internet, j’ai regardé un documentaire sur « Les manuscrits de la mer morte ». Lors de toute cette recherche, j’ai pris beaucoup de notes qui m’ont fourni la matière de ce document. J’avais déjà travaillé le sujet des religions en 2005 en lisant le « Larousse des Religions » qui m’avait permis d’avoir une vision d’ensemble, mais m’avait laissé sur ma faim. Aujourd’hui, tout est pour moi beaucoup plus clair, et je suis passé d’un athéisme instinctif à un athéisme argumenté où Dieu est une création de l’homme et les religions sont instrumentalisées par des manipulateurs malins. Dans les pages qui suivent, j’ai regroupé différentes notes et remarques qui reviennent plusieurs fois sur certains faits, mais j’ai laissé ces redondances, car elles portent sur des points qui m’ont particulièrement marqué. L’ensemble est structuré de la façon suivante : d’abord, je fais un rappel de l’historique de ma relation avec la religion, puis je tente d’expliquer pourquoi je pense que les religions sont des constructions humaines, ensuite j’ai placé mes remarques sur la Bible, remarques sur le fond, remarques sur la forme. Enfin, j’ai conclu par une synthèse de ce que finalement je pense de Dieu et des religions.
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    Dieu, y es-tu? 4/68 Sommaire 1 - Historique de ma relation avec la religion page 5 Enfance à Troyes Au collège en Suisse Dans ma vie 2 - Les religions sont des constructions humaines page 7 Quand, comment … a commencé le fait religieux ? La multiplication des croyances fruit de l’imagination humaine Dieu vu par les philosophes Pourquoi les religions ont-elles eu autant de succès ? Quelle place les religions ont-elles eue dans l’histoire ? En résumé, que sont les religions ? 3 - Bible : remarques sur le fond page 11 Premières impressions Qu’en est-il de Dieu ? Relation de Dieu et des hommes Que faire ? Au-delà de la crainte recommandée, il y a des consignes Les testaments concernent qui ? De la crucifixion Morale/Éthique Prêtres La vérité serait dans les écritures Qu'en est-il de l’apport des consignes de la bible à la société ? 4 - Bible : remarque sur la forme page 16 Remarque générale sur la forme Remarque particulière sur la naissance de Moïse copiée sur celle de Sargon Les auteurs de la bible Les textes d’un point de vue littéraire Autres remarques sur les textes 5 - Synthèse de ce que je pense de Dieu et des religions page 19 Dieu est une invention utile Les religions sont instrumentalisées par des manipulateurs Les Écritures saintes sont des fables Les rites religieux sont archaïques et parfois barbares Dieu, né du désir des sages (cf. Le Véda), dois rester une affaire privée Annexes page 21 Tableau des religions (nombre de croyants) Tableau de l’expansion des religions via les routes de la soie Table générale de la bible Quelques dessins humoristiques
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    Dieu, y es-tu? 5/68 1 - Historique de ma relation à la religion Enfance à Troyes Mes parents n’étaient pas pratiquants. Je ne les ai jamais vus dans une église, en dehors de baptêmes, communions des enfants, mariages, enterrements ou visites touristiques, comme lorsque nous sommes allés voir le magnifique jubé en bois de l’église de Villemaur sur Vanne. Le dimanche lorsque j’habitais Troyes et que j’avais déjà un certain âge, peut-être 7 ans, mes sœurs et moi allions à la messe. Nous allions à l’église de la Madeleine (magnifique jubé en pierre) qui était à 200 mètres de la maison pour assister à la sortie de la messe et voir des amis. Nous arrivions un peu avant la fin de l’office, restions dans l’entrée, côté gauche, près du bénitier et sortions les premiers dès "l’ite missa est". En fait, je suivais mes sœurs et quand elles sont parties en pension je ne suis plus allé à la messe à Troyes. Mes sœurs « allaient à la messe » uniquement pour voir leurs copines à la sortie. Nous restions à discuter puis les gens se dispersaient et nous rentrions. Bien que je fusse au Lycée public, j’ai été inscrit au catéchisme. J’en garde un très mauvais souvenir, car j’ai souvent été puni, probablement pour dissipation, et je me souviens des punitions qui consistaient à rester à genoux pendant suffisamment longtemps pour avoir vraiment mal. Une fois, j’ai dû en plus d’être à genoux mettre les bras en croix. Je ne faisais pas que chahuter, j’écoutais aussi et posais des questions qui n’obtenaient pas de réponses satisfaisantes à mes yeux, car invariablement il s’agissait de croire et d’avoir la foi, ce qui est un peu court. À l’époque, j’ai cru qu’il y avait des réponses, mais que le prêtre écourtait la discussion, car j’étais trop jeune pour entendre des explications complètes. Ces absences de réponse et cette éducation traumatisante étaient peu efficaces pour m’amener à apprendre. À l’occasion de ma communion solennelle, j’ai dû passer un examen de catéchisme que j’ai raté, le prêtre ne voulait pas que je fasse ma communion. Ma mère a dit au prêtre que si je ne la faisais pas cette année-là, mon père ne voudrait pas que je la fasse l’année d’après. Le prêtre a cédé, la réception familiale avec ma cousine qui faisait aussi sa communion a bien eu lieu, ma mère était soulagée. Au collège en Suisse Quand je me suis retrouvé à l’Institut Florimont à Genève à la rentrée de septembre 1962, j’ai été amené à participer aux prières deux fois par jour (matin et soir) et à assister à la messe du dimanche plus toutes sortes de messes spéciales tout au long de l’année à l’occasion de fêtes religieuses. La première année de pensionnat, je me suis même laissé entraîner par un copain à servir la messe deux ou trois fois, cela l’amusait, il mangeait des hosties et goûtait le vin de messe, cela ne m’a pas emballé. Pendant les six ans de mon internat, j’ai donc été amené à participer à beaucoup de moments religieux. Aux questions que nous avons pu poser mes camarades et moi nous n’avons pas obtenu de réponses plus intéressantes qu’à Troyes et tout se résume à la grâce de la foi. D’un point de vue plus positif, la messe du dimanche donnait l’occasion d’entendre une belle chorale, car un groupe de chanteurs venait œuvrer à la chapelle et leur prestation était retransmise en direct par une radio suisse. En revanche, les prêches et prières à la chapelle à la longue ont fini par vraiment m’insupporter. Pour ma dernière année à Florimont, comme il ne me voulait plus à l’internat, j’étais dans une famille qui habitait à quelques centaines de mètres de l’institut. Si j’ai dès lors échappé aux prières, je suis allé pendant plusieurs mois avec eux à la messe le dimanche, car sans être des forcenés de la religion, il faisait partie de la chorale de leur église au Petit Lancy. Au bout d’un moment, je n’y suis plus allé.
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    Dieu, y es-tu? 6/68 Dans ma vie Après le collège, j’ai adopté la pratique de mes parents n’allant dans les églises que pour les baptêmes, communions, mariages, enterrements ou visites touristiques. Même les parents d’Annick qui à l’époque pratiquait n’ont pas réussi à m’entraîner à les suivre, ils ont eux-mêmes relâché leurs pratiques par après. Annick et moi nous sommes cependant mariés à l’église et plus tard Damien a été baptisé et a fait sa communion, bien qu’entre temps nous ne soyons jamais allés à un office. Cependant, plusieurs fois dans ma vie j’ai essayé de m’intéresser à la religion, mais je n’ai jamais accroché. Une des choses que je ne supporte pas du tout, ce sont les rites et tout le charabia qui va avec. Les prêches sont, la plupart du temps, incompréhensibles et le tout se résume à, on ne comprend rien, mais il faut y croire. Au-delà de mon absence de foi, quand j’étais jeune, je ne supportais pas la pression sociale que la religion exerçait sur nos faits et gestes. J’ai donc pendant longtemps « bouffer du curé » comme on disait à l’époque. Puis la religion catholique s’est mise à régresser en France, à ne plus représenter grand-chose et je ne m’en suis plus préoccupé. Si je vis très bien sans religion, j’apprécie les cérémonies religieuses pour les enterrements. Je crois que pour ceux qui restent, il est nécessaire d’avoir une cérémonie pour célébrer le défunt et lui dire au revoir. Il est intéressant de noter que justement l’Église catholique cherche aujourd’hui à limiter ses interventions dans ce domaine, alors qu’il y a une demande. Il faudrait créer des cérémonies civiles dans des lieux qui peuvent accueillir du monde. Enfin pour les enfants il faudrait aussi remplacer la religion qui parlait de morale, de relation aux autres … par une éducation adéquate qui n’intègre pas de surnaturel, de culpabilisation, de rites inutiles et surtout de paroles incompréhensibles auxquelles il faut croire sous peine d’être damné pour l’éternité. 1° Communion à Troyes : je suis au 1° plan le 4e en partant de la droite
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    Dieu, y es-tu? 7/68 2 - Les religions sont des constructions humaines Quand, comment … a commencé le fait religieux ? Pour le philosophe anglais Herbert Spencer (1820-1903), le culte des ancêtres serait à l'origine même de la religion. L’admiration, la crainte, du chef remarquable (par sa force ou sa bravoure, du grand inventeur ou d’un conquérant …) qu'il faut se rendre propice, même après sa mort. Par conséquent, à l'origine de toute religion se trouverait la peur d'un homme puissant et supérieur. Autrement dit, les dieux ne seraient que la transformation ultérieure des ancêtres ou des héros divinisés. La divinisation est le fait d'élever au rang de dieu une personne, un animal ou une chose. Dans l'Antiquité grecque, l'évhémérisme postulait que les dieux étaient des personnages réels qui avaient été divinisés après leur mort. Les souverains de différentes civilisations ont été divinisés, à différentes périodes comme chez les Égyptiens, dont le pharaon devenait l'incarnation d'Horus, dans le culte impérial des Romains ou encore celui de l'Empereur du Japon, divinité incarnée. Dans de nombreuses civilisations, le chef, le roi, s’il n’est pas un dieu, est un interlocuteur des dieux. Soleil, terre (Pachamama), montagnes, feu, vent … ont été divinisés : dans la mythologie grecque, Hélios est le dieu du Soleil personnifié. Le Soleil est un symbole très puissant pour les hommes. Il occupe une place dominante dans chaque culture. Souvent, le Soleil représente le pouvoir. Cet astre donne la vie et si le Soleil venait à disparaître, ou même si ses rayons ne nous parvenaient plus, la vie s’éteindrait sur Terre, d’où le symbole de vie (donneur de vie). Les montagnes étaient filles de la Terre. On les regardait presque comme des lieux sacrés, souvent même on les adorait comme des divinités. Etc. Les rituels funéraires datent de la nuit des temps (cf. tombe de néandertalien ayant plus de 100 000 ans). Aucune civilisation, de la plus fruste à la plus civilisée, n'a pu échapper à l'angoisse de la mort. Établir un rite, c'est donner un cadre, des balises, un rythme qui peut soutenir et canaliser la peur, la rendre plus compréhensible aussi. Les religions animistes se caractérisent par l’importance du culte des ancêtres et des forces de la nature, elles conçoivent les choses comme étant vivantes et douées d'intention. L’animisme est une forme primitive de causalité dans laquelle la réalité tout entière tend à être conçue comme peuplée d’êtres animés, dotés d’un vouloir être et d’un vouloir faire plus ou moins conscient. Ainsi les nuages bougent parce qu’ils veulent bouger, comme le font les animaux lorsqu’ils se déplacent. Pour la mentalité animiste, la cause première des phénomènes est considérée comme interne aux êtres qui y sont impliqués. Les animismes renvoient aux mythologies foisonnantes des débuts de l’humanité, mais ce ne sont pas des religions révélées, adossées à des Écritures sacrées, un corpus doctrinal organisé par des institutions et des pouvoirs hiérarchiques. La théorie de Spencer est contestée et les animismes ne sont peut-être pas les plus anciennes religions. En fait, personne ne sait répondre à la question : quand, comment … le fait religieux a commencé ? Mais l’origine du sacré comme résultat du processus, langage, abstraction, pensée métaphysique, sépulture, animisme … semble très possible. La multiplication des croyances fruit de l’imagination humaine Quoi qu’il en soit, on constate qu’il existe et a existé un très grand nombre de mythologies, de croyances, de religions dans le monde à travers les millénaires, fruits d’une imagination humaine débordante : théories mésopotamiennes, dieux égyptiens, védisme, bouddhisme, dieux grecs,
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    Dieu, y es-tu? 8/68 romains, dogons, invention du dieu unique, monothéisme radical de l’islam avec Al-Ilâh appelé Allah par les musulmans. Les premières religions n’ont probablement pas été créées ex nihilo, mais ont été le résultat d’un processus de création progressive de mythologies inventées par des hommes pour répondre à des questions (création du monde : qui, comment …), création de l’homme (pourquoi imparfait, sens de l’existence …), à des peurs (puissance des éléments, des êtres vivants …), que se passe-t-il après la mort (croyance dans une vie après la mort), crainte des morts, besoin de maîtriser l’environnement, de fixer des bonnes conduites de vie, pratiques, prières pour se concilier les morts, le(s) dieu(x) (qu’attendent- ils des hommes) … Quelque soit leurs origines, leurs formes, les religions se sont multipliées et sophistiquées, s’empruntant des éléments, s’empilant les unes sur les autres comme le judaïsme, le christianisme, l’islam tout en conservant des rites, des fêtes, des dates clés païennes ou de religions plus anciennes (fête de printemps, de la saint jean, sacrifice des moutons …). Typologie des différentes formes de croyance : • Le polythéisme admet l'existence de plusieurs dieux. Ex. : l'hindouisme, le paganisme grec et romain … • L'hénothéisme désigne un système polythéiste dans lequel une divinité occupe une place plus importante que les autres. Ex. : selon Thomas Römer, la religion israélite ancienne est un hénothéisme. • Le monothéisme, par opposition au polythéisme, n'admet qu'un seul dieu, distinct du monde, transcendant. Ex. : le christianisme, l'islam. • Le théisme admet l'existence d'un dieu créateur du monde, personnel, juge, rémunérateur • Le déisme, par opposition au théisme, admet Dieu, créateur du monde, organisateur, mais pas qu'il soit personnel et juge. • Le panthéisme identifie Dieu au monde. Ex. : le stoïcisme, Spinoza. Il faut noter qu’au XXIe siècle il naît toujours des religions que l’on a tendance à considérer comme des sectes, comme les Romains ont fait à propos du christianisme à l’époque. Dieu vu par les philosophes Le sujet de l’existence ou non d’un ou plusieurs dieux, est si crucial pour les hommes qu’au-delà des religions, ils l’ont de tout temps réfléchi au sein ou en dehors des religions. Dieu vu par les philosophes et d’autres : • Xénophane (Dieu unique et dominateur), • Platon (ordre dans le chaos), • Aristote (Dieu comme intellect), • Épicure (Dieu impassible et bienheureux), • Plotin (monde émanation de l’intelligence même), • Augustin (un créateur infiniment bon), • Spinoza (Dieu est le monde), • Leibniz (Dieu du meilleur des mondes possibles), • Feuerbach (Dieu création de l’homme), • Pascal (le pari), • Kant (impossible d’affirmer l’existence de Dieu), • Hegel (la logique c’est Dieu), • Nietzsche (Dieu est mort)
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    Dieu, y es-tu? 9/68 • Sartre (se libérer de l’existence de Dieu), • Freud (Dieu permet de se libérer d’une réalité angoissante), • Lacan (la notion de faute originelle est sadique) Conclusion : l’homme a construit des explications et a cru à ses illusions inventées, mais de fait, les religions ont confiné l’homme dans des impensables anxiogènes. Pourquoi les religions ont-elles eu autant de succès ? Les religions ont eu un immense succès parce qu’elles ont été utiles aux pratiquants en leur apportant des explications, en calmant leurs peurs, en leur offrant des moyens d’agir, en reliant les personnes par le partage des mythes. Le mot religion est un mot emprunté au latin ‘religio’ à l’étymologie controversée, mais que les chrétiens se plaisent à rattacher au verbe ‘religare’ (relier) et ainsi la religion aurait pour objet les relations que l’on entretient avec la divinité. Les religions ont eu du succès aussi, car elles ont été instrumentalisées, « confisquées » par les élites (chefs, prêtres …) pour avoir du pouvoir sur les populations. Machiavel a dit « celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes ». Les religions appellent toutes, entre autres, à la soumission aux divinités. Il est clair que les castes dirigeantes ont trouvé dans les religions, même en dehors de théocratie, le moyen par la manipulation des croyances d’avoir du pouvoir sur les hommes. Les sources de pouvoirs ne sont pas si nombreuses, la force, l’argent, la séduction … l’escroquerie, l’instrumentalisation des peurs et des espoirs facilités par l’ignorance … l’exploitation de questionnements … Il est certain aussi que les religions font la promotion de règles très utiles aux gouvernants. Exemples tirés de la bible : • L’homme né coupable, il y a des fautes collectives, il doit se soumettre à Dieu (et aux autorités), • La sagesse c’est de craindre Dieu (et les autorités), • Les femmes doivent se soumettre en tout à leur mari (et les maris aux autorités), • Esclaves obéissez à vos maîtres (et aux autorités), • Soyez soumis, à cause du seigneur, à toute autorité humaine (page 1611 de ma bible), • Enfin, si malgré vos bons comportements vous êtes dans les problèmes, la parole magique « les voies du seigneur sont impénétrables » permet d’éluder toute explication. Quelle place les religions ont-elles eue dans l’histoire ? Dans de nombreuses civilisations, le chef est considéré comme un dieu, ou à défaut il est l’interlocuteur privilégié des dieux, si ce n’est pas le cas le chef doit alors composer avec des prêtres qui ont souvent beaucoup de pouvoir (cf. problème rencontré par Akhenaton) et avec qui il faut composer, quelques fois de façon très profitable (cf. la conversion de Clovis qui obtient ainsi le soutien des évêques bien implantés auprès de la majorité de la population qui n’était pas franque). La religion est aussi, souvent, un bon moyen pour mobiliser les populations et servir des desseins politiques : c’est le cas de l’Islam qui a su amener les Arabes à la conquête du monde ou du Catholicisme pour les croisades au Moyen-Orient, la reconquête en Espagne … Enfin, je constate que même en dehors des théocraties (toujours présentent : Tibet/Dalaï-Lama, Iran …) et du mélange des genres entre temporel et spirituel, les religions ont participé aux malheurs des peuples par le
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    Dieu, y es-tu? 10/68 déclenchement ou l’association à de nombreuses guerres ou exactions (conversions forcées, statut inférieur, assassinat légal du non-croyant …). La politique explique aussi les nombreuses divisions au sein des religions (schismes, hérésies …) qui génèrent des séparations, des luttes fratricides (catholiques/orthodoxes, sunnites/chiites …), car les causes religieuses sont souvent dérisoires et les enjeux de liberté/pouvoir expliquent bien mieux ses antagonismes. Aujourd’hui encore les religions, ces mythes qui tuent, sont très importantes dans de nombreux pays (Italie, USA … Maroc, Arabie Saoudite … Inde …), et les islamistes mènent une guerre partout dans le monde pour essayer d’imposer leur vue et soumettre les infidèles à leurs mythologies soi-disant révélées et formalisées au VIIe siècle de notre ère. En résumé, que sont les religions ? Les religions sont des constructions humaines, dont on ne sait pas bien ni quand ni comment, les hommes ont commencé à les multiplier. Les religions ont eu du succès parce qu’elles ont apporté aux croyants quelque chose, de façon non exhaustive : explication du monde, exorcisation de la mort, effet communautaire … solution aux remords (il n’y a pas de péché que Dieu ne pardonne pas, si le repentir est sincère), espérance (je vais à l’église parce qu’on y parle de vie éternelle), etc. Les religions ont aussi eu du succès, car elles ont été utilisées par les élites qui voulant maîtriser le peuple, instrumentalisent, les peurs, les questions existentielles que les hommes se posent et leur besoin de se relier, de faire communauté, face aux difficultés de la vie. L'anthropologie, l'ethnographie et plus généralement toutes les sciences humaines montrent, à la plupart des époques connues, l'association systématique de concepts religieux extrêmement variés dans la naissance de toutes les sociétés examinées et permettent ainsi de conclure que le religieux et le politique sont toujours associés, pour le meilleur parfois et pour le pire (guerre, inquisition …) très souvent.
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    Dieu, y es-tu? 11/68 3 - Bible : remarques sur le fond Premières impressions La première chose qui m’a sauté aux yeux à la lecture de la bible, c’est la faible place des éléments de fond. Dans l’Ancien Testament, qui dans la version que j’ai lue fait 1277 pages, il y aurait d’après les experts 613 commandements, dont les femmes doivent se soumettre en tout à leur mari et esclave obéissez à vos maîtres. La moitié des 613 commandements sont dans le Lévitique qui traite pour l’essentiel de rites. Dans la même ligne, j’ai noté que les 10 commandements sont évoqués par deux fois dans Le Décalogue, à chaque fois en une demi-page, alors que des dizaines de pages dans d’autres parties sont dévolues au culte, aux accessoires, à l’habillement & aux prérogatives des prêtres, notamment à leurs parts des offrandes … Les descriptions de l’histoire d’Israël et de Juda, ce ne sont que luttes contre les autres peuples, guerres, meurtres, complots. Par exemple, la conquête de Canaan a amené la prise de villes et le massacre de ses habitants (hommes, femmes, enfants) passés au fil de l’épée, mais on gardait le gros et le petit bétail. En fait, peu de choses moralement remarquables dans l’Ancien Testament, le tout présenté de façon partisane, où par exemple Dalila qui est une résistante philistine qui n’a pas de sang sur les mains est présentée comme une salope, alors que Judith qui est une résistante israélienne qui a du sang sur les mains est une héroïne. Il y a aussi beaucoup d’histoires qui se résument à : « tu suis Yahvé sinon tu auras des problèmes » et au fait qu’être sage, c’est craindre Dieu. La sagesse c’est la crainte de Dieu : « crains Dieu et révère ses prêtres ». Le discours des sages, c’est d’eux que tu apprendras à servir les grands. Même si le Nouveau Testament prend parfois des distances par rapport à l’Ancien, comme pour la loi du Talion remplacée par la charité envers tous les hommes, même les ennemis, les apôtres rapportent que Jésus a dit « si vous croyez Moïse (auteur du Pentateuque), vous me croirez aussi ». Qu’en est-il de Dieu ? Le dictionnaire nous dit : « Dieu serait l’être suprême, créateur et incréé, souverainement bon et juste, dont tout dépend et qui ne dépend de rien ». Dans l’Ancien Testament, Dieu a différents noms (El Shadddaï, Membré …), celui de Yahvé apparaît plus récemment dans les textes vers -800 av. J.-C. Yahvé dans un premier temps, a des rivaux, mais il les surpasse tous, il est le dieu des dieux, puis le Dieu unique, même si l’on cite Dieu le père, le christ, le fils, le paraclet l’Esprit saint, mais que le tout ne fait qu’un. Le Christ quant à lui est un peu magicien (il fait des guérisons, multiplie les pains, marche sur l’eau, se fait obéir par le vent & la mer). Cependant pour la fin du monde le Christ dit que seul le père connaît le jour et l’heure ; l’unité du père, du fils, du Saint-Esprit, n’empêche pas les différences ! Les prophètes nous parlent d’un dieu de justice (Amos), d’amour (Osée), de sainteté (Isaïe). Cependant quel que soit son nom, Dieu dans l’Ancien Testament a des caractéristiques très humaines : jaloux, colérique … il demande des meurtres … il se venge et lui-même parfois va trop loin dans sa vengeance. Yahvé est colérique, même s’il est plusieurs fois précisé qu’il est lent à la colère. « Yahvé visite les peuples pour les punir, les éprouver ou leur faire du bien », « l’épée de Yahvé est pleine de sang ». Matthieu citant le Christ rapporte qu’il a dit « je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ». Tant dans l’Ancien Testament que dans le nouveau, je comprends que Dieu s’intéresse surtout au peuple élu, les juifs des douze tribus d’Israël. Par exemple : Dieu a aidé à la conquête sanglante de
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    Dieu, y es-tu? 12/68 Canaan durant laquelle les autochtones ont été ou massacrés ou réduits en esclavage ; Dieu s’en est pris à Tyr, pays d’incirconcis qui était contre Babylone, avait abandonné Jérusalem et s’était réjoui de sa chute ; Jésus cité par Matthieu aurait dit « je n’ai été envoyé que pour les brebis perdues d’Israël ». C’est, semble-t-il, Paul qui s’intéresse aux non-juifs et va leur prêcher la bonne parole, mais dans l’Apocalypse de Jean seront sauvés ceux qui sont marqués du sceau de Dieu soit 144 000 personnes, et précisément 12 000 par tribu (12 000 x 12 tribus d’Israël =144 000). Relation de Dieu et des hommes Notre relation avec Dieu commence mal, car il nous a condamnés à naître impurs, à mourir ..., c’est la conséquence d’une punition collective à la suite de la faute d’Adam et Ève. Nous sommes tous coupables, mais nous pouvons être sauvés, obtenir la vie éternelle ... si nous avons la foi. Il n’est pas nécessaire de comprendre, l’important c’est la foi. Tout le bien vient de Dieu, tout le mal vient de nous : mea culpa, mea maxima culpa. Il faut comprendre que Dieu est bon, mais il peut te mettre à l’épreuve et t’en faire baver. Dans l’Ancien Testament, Dieu fait un tas d’interventions, souvent terribles, pour montrer aux hommes qu’il est Dieu. Il peut aussi te mettre des choses dans l’esprit pour te pousser au bien ou au mal. Dans le Nouveau Testament, il est écrit : « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde ». Jésus dit « nul ne peut venir à moi, si le père qui m’a envoyé ne l’attire ». Enfin, de façon constante dans l’Ancien et le Nouveau Testament, il est écrit que la sagesse se résume à la crainte de Dieu. Pierre dit « celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable ». Enfin, il est recommandé de suivre « le discours des sages, c’est d’eux que tu apprendras à servir les grands ». Que devons-nous faire ? La Bible comporte beaucoup d’histoires édifiantes qui se résument à : tu suis Yahvé sinon tu auras des problèmes. Il est recommandé de chercher la justice, l’humilité … et peut-être serons-nous à l’abri au jour de la colère de Yahvé. Dans le Pater, la partie « ne nous soumets pas à la tentation » qui a été corrigée récemment est pourtant bien dans l’esprit de l’Ancien Testament. C’est d’après nos paroles que nous serons justifiés ou condamnés (quid des actes ?). Seule la foi sauve. Celui qui aura tenu bon jusqu’au bout sera sauvé. Celui qui croira sera sauvé, celui qui ne croira pas ne sera pas sauvé (quid des actes ?). Il nous est recommandé de nous abandonner à la providence (??). Pour Paul, les païens convertis n’ont pas besoin de suivre toutes les lois, les rites des juifs, dont la circoncision ; la pratique des lois ne justifiera personne, seule la foi compte. Enfin, tu ne seras pas fêté si tu t’es échiné à bien faire ; la fête c’est pour le fils prodige, car « doit-on avoir gré au serviteur d’avoir fait ce qui est prescrit ? ». Au-delà de la crainte recommandée, il y a des consignes L’Ancien Testament, d’après les experts, contient 613 lois, dont la moitié sont dans le Lévitique qui est structuré en quatre chapitres (1 - rituels et sacrifices, 2 - investiture des prêtres, 3 - règles relatives au pur et l’impur : animaux, contacts impurs, maladie …, 4 - lois de sainteté : immolation & sacrifices, adultères … le grand prêtre ne peut épouser qu’une vierge pas une veuve …). Par ailleurs, j’ai constaté que dans le Pentateuque, les 10 commandements sont cités deux fois et expédiés à chaque fois en une demi-page, alors que tout ce qui concerne les prêtres (services, habits, repas sacrés, impôts …) fait l’objet de long développement.
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    Dieu, y es-tu? 13/68 Si l’Ancien Testament contient de nombreuses lois, dont les dix commandements, le Nouveau Testament en apporte d’autres dont en particulier le « tu aimeras ton prochain comme toi-même », dont l’esprit est remarquable, mais qui met la barre haute, ou le fait qu’il faut se séparer de tout (biens, personnes y compris ses parents) selon l’évangile de Luc, ce qui est particulièrement inhumain pour ce qui concerne les parents/frères/sœurs. Ces deux extrêmes sont étonnants. Sauf erreur de ma part, le Nouveau Testament ne contient pas d’interdits alimentaires, ni de fêtes, ni de carêmes … toutes choses qui ont dû être ajoutées par la suite pour animer/maîtriser le troupeau et commémorer la vie du Christ tout au long de l’année (naissance … ascension). Ces rites de création « récente » sont acceptables au XXIe siècle, au contraire de ceux de l’Ancien Testament qui sont « d’époque » avec sacrifices d’animaux, statut des femmes & des concubines, esclaves … Dans le code Deutéronomique par exemple, il y a l’étonnant statut de la captive (cela doit dater de la conquête de Canaan). Comment traiter la captive : d’abord, on lui rase les cheveux, on la laisse pleurer pendant un mois, puis on peut la prendre pour femme, mais si ou bout d’un certain temps on n’en veut plus, on peut lui rendre sa liberté, mais on n’a pas le droit de la vendre (si on ne la pas prise pour femme on peut la vendre). Les testaments concernent qui ? Pour ce qui est de l’Ancien Testament, il n’y a aucun doute, il concerne les juifs, les circoncis (peuple élu, alliance …). On peut s’étonner que le créateur, s’il existe, ait privilégié un petit peuple de nomades (cf. le recensement de Moïse dans le livre « Les Nombres » de 603 550 hommes de 20 ans et plus, hors Lévites et leur tribu patriarcale, soit probablement ~3 millions au total), alors que la terre compte ~160 millions d’habitants à cette époque (-1200 av. J.-C.). Pour le Nouveau Testament, c’est moins évident. Certes, Paul a prêché l’universalité du message du Christ et dit que les païens, les incirconcis sont concernés, mais il dit aussi que lors de sa traversée de l’Asie Mineure, « il parcourut la Phrygie et le territoire galate, le Saint-Esprit l’ayant empêché d’annoncer la bonne parole en Asie ». Il dit aussi dans l’Épître aux Romains « Israël demeure le peuple élu ». En fait hors Paul, tout pointe plutôt vers les juifs. Luc rapporte que le Christ a promis comme récompense aux apôtres « vous mangerez et boirez à ma table en mon royaume, et vous siégerez sur des trônes, pour juger les douze tribus d’Israël ». Enfin, la nouvelle Jérusalem messianique de l’apocalypse fait référence aux douze tribus d’Israël. De la crucifixion Le Christ se distingue en expliquant particulièrement bien les écritures, ces prêches attirent beaucoup de monde, il y a beaucoup de guérisons, de miracles … de faits magiques (multiplication des pains, marche sur l’eau …), enfin il est crucifié et ressuscite. Cependant, il n’est peut-être pas si clair que cela puisqu’il s’étonne lui-même que les apôtres parfois ne comprennent pas, il leur dit même « vous avez l’esprit bouché ». Mais la doctrine frappe les esprits et on relate en exemple la conversion d’un proconsul, pour montrer que des instruits aussi étaient séduits. La passion est évidemment l’événement le plus fort. Dieu a envoyé son fils et ce dernier se sacrifie pour sauver le monde. Cependant pour moi la crucifixion est dans la lignée de l’Ancien Testament et de ces nombreux sacrifices d’animaux pour complaire à Dieu et de même que l’on mangeait une partie des animaux sacrifiés, on mange le Christ avec l’eucharistie. C’est la même logique de sacrifice à Dieu.
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    Dieu, y es-tu? 14/68 En fin de compte, les bonnes paroles du Christ sont largement dépassées par la violence de l’événement, j’ai l’impression que la foi se fonde plus sur la folie du message de la crucifixion que sur la morale proposée. Morale/Éthique Morale et éthique viennent de deux mots, l’un latin, l’autre Grec qui signifie à peu près la même chose (les mœurs, les caractères, les façons de vivre et d’agir). La morale qui se veut une règle impérative de conduite, s’intéresse à ce que l’on doit faire en distinguant le bien et le mal, alors que l’éthique, cherche à définir une norme de ce qu’il serait bon de faire, distingue les bonnes conduites souhaitables, des mauvaises. Toutes les sociétés décrètent des obligations, des interdits et promeuvent des valeurs. Suivant les lieux, les époques, les obligations et les interdits peuvent être différents. Cependant, les valeurs humaines sont, semble-t-il, plus universelles : sincérité plutôt que mensonge, générosité plutôt qu’égoïsme, courage plutôt que lâcheté, honnêteté plutôt que malhonnêteté, douceur/compatissance/amour plutôt que violence, cruauté, haine … Il s’agit de normes que l’humanité, par expérience, a sélectionnées parce qu’elles sont favorables à la vie en société, au développement du groupe … et que des choix inverses (mensonge … vol … meurtre … haine …) seraient invivables. Toutes les religions définissent leur morale, leurs obligations, leurs interdits. La bible contient donc tout cela. Cependant, je note que l’Ancien et le Nouveau Testament ne sont pas toujours en phase, par exemple : loi du Talion / pardon des offenses … la circoncision, de nombreux rites, des interdits alimentaires sont spécifiques à l’Ancien Testament … le Nouveau Testament n’impose rien dans ces domaines … Prêtres Dans l’Ancien Testament, de nombreuses pages sont consacrés aux « prêtres », détaillant leurs prérogatives, les rites, les habits et accessoires. Nul doute que leur statut leur donne du pouvoir dans la communauté. Pouvoir spirituel, mais aussi temporel et ceux à toutes les époques. Le temple de Jérusalem au temps de Josias était un lieu de perception et de conservation des impôts. En prenant exemple avec la religion catholique, je constate que le prêtre de base est très tourné vers le spirituel, que sa hiérarchie s’occupe aussi de temporel et s’éloigne aussi souvent beaucoup de ses missions. Les papes qui ont eu des enfants sont nombreux, sans parler des grands politiques comme en France Richelieu. La religion a d’abord été instrumentalisée par les prêtres avant d’être récupérée par les dirigeants comme Constantin par exemple qui y ont vu l’outil idéal de soumission.
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    Dieu, y es-tu? 15/68 La vérité serait dans les écritures Les religions poussent l’idée qu’elles détiennent la vérité, et pour celles qui ont un « LIVRE » que la vérité est dans ce livre. Par exemple dans les Actes des Apôtres il est dit qu’un proconsul, c’est-à-dire une personne instruite, embrasse la foi parce qu’il est vivement frappé par la doctrine, les écritures démontrant que Jésus est le christ. Les écritures fixent des règles, il paraît que l’Ancien Testament contient 613 lois, mais si d’une part on se relie aux traditions juives de l’Ancien Testament, d’autre part on s’en différencie et il est dit en plusieurs endroits que le chrétien n’a pas à suivre la loi juive. Cependant, il est dit aussi que le Christ n’est pas venu abolir la loi, mais la parfaire. Si les juifs ont des interdits alimentaires, il n’y en a pas dans le Nouveau Testament, ni carême, ni … Dans le Coran tous les textes n’ont pas le même niveau de vérité il existe la notion de versets abrogés par un verset plus exigeant. Par exemple, il est dit dans différents versets : 1° le vin apporte du bon et du mauvais, mais le mauvais l’emporte. 2° il est interdit d’être saoul quand on doit prier. 3° il faut s’éloigner du vin. Au départ, il existait différentes versions du Coran, puis on a fixé un texte, puis les sunnites ont voulu qu’on le prenne de façon littérale. Le Coran est dit incréé et donc intouchable. On notera au passage que Mahomet n’a pas fixé de rites, ils sont venus après. Les textes détiendraient la vérité, mais celle -ci ne serait donc pas toujours si évidente (4 évangiles et versions plurielles de la foi, versets abrogés …). D’ailleurs pour les Juifs, les textes ne se lisent pas, ils s’étudient et s’interprètent, pour ouvrir sa pensée et s’interpréter nous-mêmes. Il y a d’ailleurs la Tora écrite / orale, le Talmud qui est un ensemble de nombreux commentaires et de synthèses. Le XXIe siècle verra-t-il la fin de la puissance des livres ? Résisteront-ils au monde numérique, au partage de connaissances, à l’accès analytique assisté aux textes religieux qui permettent de traquer la « vérité » ? Quid de l’apport des consignes de la bible à la société La bible contient des consignes qui n’ont pas toutes le même intérêt, certaines sont positives à suivre comme règles de conduite pour les hommes, pour la vie en société, d’autres sont négatives et certaines interrogent (???). Par exemple : • Positif : Aimer ses frères comme soi-même • Négatif : Mea culpa (toutes les fautes viennent des hommes) • ??? : résurrection des morts • Positif : Universalité (la religion est pour tout le monde) • Positif : Pardonner, mais négatif tendre l’autre joue • ??? : L’homme à l’image de Dieu • Positif : les 10 commandements, mais ils sont un peu justes si on les compare aux codex mésopotamiens d’Ur-Nammu (-2100), de Lipit-Ishtar (-1930) d’Hammurabi (-1750, visible au Louvre, 282 articles) • Positif : Contre-pouvoir des religieux à la loi du plus fort • Négatif : Guerres (croisades, djihads, colonisations chrétiennes ou musulmanes, destructions de cultures …) • Négatif : Religion et savoir (les religions ont été un frein, cf. la condamnation de Galilée)
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    Dieu, y es-tu? 16/68 4 - Bible : remarque sur la forme Remarque générale sur la forme La Bible est un ensemble de textes narratifs, qui racontent des histoires écrites par un grand nombre d’auteurs différents, histoires qui ont été sélectionnées au fil du temps pour former un ensemble. En ce qui concerne le Nouveau Testament, la première liste complète des 27 livres, ne date que de 367, même si l’essentiel des livres faisait déjà l’objet d’un consensus bien avant. Les premiers textes de la Bible sont très anciens et par rapport à notre ère dateraient de -1250 ans et les plus récents du premier siècle. Ces textes à l’origine ont été écrits dans différentes langues et ont fait l’objet de nombreuses traductions, ce qui crée de l’incertitude et nécessite parfois de prendre des distances. Ainsi, quand il y a des propositions moralement curieuses, alors on a en note la remarque que « la traduction est incertaine ». Mais la traduction est bonne pour « Fais travailler ton esclave, tu trouveras le repos », « Ne parais pas devant le seigneur les mains vides », « Une femme accepte n’importe quel mari », « Pourquoi se révolter contre le bon plaisir du Très-Haut ». Moïse aurait écrit le Pentateuque : Genèse, Exode, Lévitique …, mais au-delà du fait que le dernier chapitre décrit sa mort, les experts nous disent aujourd’hui que ce texte a été composé à partir de quatre sources différentes, ce qui explique bien des variations, des versions différentes …. Par exemple : Dieu a de nombreux noms différents selon les textes, dont Shaddaï & Yahvé, ce dernier nom n’apparaissant jamais dans les textes antérieurs à -800 ; le Dieu des textes les plus anciens a des rivaux, puis au fil du temps il est le plus grand des dieux, pour finir par être le seul Dieu ; il existe deux versions de la création de l’homme et de la femme, dans l’une mâle et femelle furent créés à la fois, dans l’autre la femme est créée à partir d’une côte de l’homme. Remarque particulière sur la naissance de Moïse copiée sur celle de Sargon L’histoire de Moïse, bébé « sauvé des eaux » – c’est ce que son nom signifie –, semble s’être inspirée de celle de Sargon d’Akkad (personnage historique incontestable) qui a régné entre -2335 et -2279, bien avant l’existence présumée de Moïse (l’exode est généralement situé entre -1250 et -1230). Sargon fut un grand roi qui a fait l’objet de nombreuses légendes, dont celle concernant sa naissance, qui est aujourd’hui consultable au Musée du Louvre, sur trois tablettes trouvées à Ninive. Les textes concernant Sargon et Moïse ont tellement de similitudes qu’il est probable que l’un soit un plagiat de l’autre, ou que les deux aient été influencés par une source commune. Dans les deux récits, on retrouve : • Un enfant aux humbles origines (C’est mieux perçu là où la majorité de la population est pauvre. La population peut plus facilement s’identifier à son ascension) • Une mère qui craint pour la vie de son enfant • Un enfant envoyé sur un fleuve dans un panier de roseaux enduit de bitume • Un enfant recueilli et adopté (l’adoption de Sargon légitime sa royauté tandis que celle de Moïse l’introduit dans la cour du roi égyptien) • L’enfant ne connaît pas son père • Il est destiné à un avenir prometteur : devenir un grand leader • Le crédit est donné à un dieu.
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    Dieu, y es-tu? 17/68 En conclusion, je suis de ceux qui pensent que les scribes judéens ont construit la figure de Moïse à l’image du fondateur de la dynastie assyrienne. Les auteurs de la bible Les auteurs de tous ces textes sont des hommes, il n’y a aucune femme, certains disent parler au nom de Dieu (Isaïe dit le seigneur m’a donné une langue de disciple) ou rapporter les paroles du fils de Dieu (les apôtres). Des textes sont reconnus par les chrétiens comme inspirés, les livres des Maccabées par exemple, même si on a du mal à voir ce qu’ils apportent en matière de moral ou de foi. Des auteurs ont des orientations politiques spécifiques à leur temps, dont on a du mal à comprendre en quoi elles nous concernent, par exemple Jérémie et Ezéchiel sont pro-Babylone (inclinez votre nuque et servez le roi de Babylone), le grand état qui a asservi les juifs qui seront libérés par les Perses, à la chute de Babylone. Au fil du temps, les auteurs prennent des distances avec les premiers textes. Par exemple, les premières descriptions, de la conquête de la terre promise, citent ouvertement le passage au fil de l’épée des habitants des villes conquises, revendiquant que l’on peut tout faire au nom de Dieu. Puis un autre texte de la Bible dit que c’est Dieu qui les a exterminés devant les israélites le peuple élu. Ce sont les premiers chrétiens qui ont conçu la bible en sélectionnant des textes pour créer quelque chose d’harmonieux et exclure le surnaturel de type magique, nous disent les experts. Les manuscrits de la mer morte, dont certains sont de -200 avant notre ère, nous montrent une diversité de textes, de versions, où par exemple Yahvé n’aurait pas toujours été célibataire et il aurait eu des fils. En fin de compte, je comprends que la bible a été créée à partir de nombreux textes différents, écrits, réécrits, traduits, calibrés avec des visions théologiques, des visions de communication … L’ordre de rédaction du Nouveau Testament (Marc, Matthieu, Luc) va du plus simple au plus littéraire avec ajout d’éléments théologiques, les textes se recoupent, se complètent et certains éléments figurent dans les manuscrits de la mer morte pourtant très antérieurs, les experts imaginent des sources aujourd’hui disparues ayant inspiré les apôtres. Les textes d’un point de vue littéraire Les textes de l’Ancien et du Nouveau Testament sont des narrations qui d’un point de vue littéraire peuvent être assimilées, selon les cas, à des contes, de l’histoire romancée, de la propagande … avec beaucoup de faits brutaux relatés (meurtres, batailles, massacres), des visions fantastiques ou horrifiques. Certains experts ont parlé d’une littérature de diaspora avec la saga qui va d’Abraham à Joseph en 42 générations ; pour moi : • Les discours sur la création ou l’arche de Noé sont de jolis contes, qui sont analogues à l’Épopée de Gilgamesh, l’une des œuvres littéraires les plus anciennes de l’humanité, dont la première version connue a été rédigée à Babylone au XVIIIe siècle avant notre ère • Les plaies, la sortie d’Égypte, la conquête de Canaan … c’est de l’histoire romancée • Les grandes batailles rangées où Dieu intervient pour la victoire sont la relation de guerres souvent très violentes, avec lors de la conquête de la terre promise, la prise de nombreuses villes qui amène : à passer au fil de l’épée les hommes, les femmes et les enfants, mais à préserver le gros et le petit bétail • La vision du char de Yahvé décrite par Ezéchiel, tous les archanges et les anges que l’on retrouve régulièrement relèvent du genre fantastique où dominent des éléments surnaturels
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    Dieu, y es-tu? 18/68 • La mort de Razis qui s’arrache lui-même ses entrailles, la prophétie contre Gog où les vainqueurs seront invités par Yahvé à manger la chair des héros, et l’Apocalypse de Jean, relèvent du genre littéraire de l’horreur • L’avènement du roi juste est un summum de promesses politiques décrivant un temps où : mourir à 100 ans sera mourir jeune, le loup et l’agnelet paîtront ensemble … Autres remarques sur les textes Très souvent, les textes disent que certains faits sont les réalisations de prophéties, mais on ne retrouve pas les prophéties en question avec les moteurs de recherches par mots clés. D’autre part, certains moments importants de la vie de Jésus sont décrits de façon différente dans les quatre évangiles, ce qui n’est pas fondamentalement étrange puisqu’il y a quatre témoignages. Cependant par exemple, le chemin de croix, tel qu’on l’a dans les églises avec ses nombreuses stations, semble en partie inventé, car on ne retrouve de loin pas tous les éléments dans les évangiles. Parmi les moments clés qui me posent aussi des problèmes, il y a l’arrestation, la condamnation et la mort où pour ce dernier événement par exemple, Jean est le seul à nous parler de la présence de Marie et du coup de lance. Si les textes sont normalement influencés par le contexte des époques où ils ont été écrits, ce qui explique la piètre place de la femme, la pratique de l’esclavage, les sacrifices des animaux pour plaire aux dieux (Shaddaï, Yahvé …) … ; les libertés prises avec l’histoire ou la géographie sont plus étonnantes. Il faudrait aussi parler : des exagérations quantitatives (ex. des batailles opposant 400 000 hommes à 800 000 hommes avec 500 000 morts, à comparer à Qadesh où les Égyptiens sont 20 000 & les Hittites 50 000) ; de la réécriture de l’histoire comme pour Ezéchias et Sennachérib dans les chroniques ; de l’oracle d’Ezéchiel contre l’Égypte qui n’a rien à voir avec la réalité (cf. Ahmosis II) ; d’Hérode le grand qui mort en -4 n’a pu ordonner le massacre des Innocents, ce qui a amené Voltaire à le contester ; de l’annonce de la fin du monde moult fois répétée « cette génération ne passera pas que tout soit arrivé ».
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    Dieu, y es-tu? 19/68 5 - Synthèse de ce que je pense de Dieu & des religions Dieu est une invention utile Dans le monde une très large majorité de personnes sont adeptes d’une religion, ceci depuis la nuit des temps, et de nouveaux avatars religieux naissent régulièrement. Les religions semblent répondre à un besoin né des questions, des angoisses des hommes face à l’univers, à la vie en général, à leur origine, à leur destinée mortelle, au sens de tout cela et en particulier de leur vie. Alors face à ce besoin ils ont inventé des réponses, des histoires et en particulier ils ont inventé des êtres extraordinaires aux pouvoirs infinis, les dieux qu'il faut craindre et adorer. Les religions ont eu et ont encore du succès, car elles sont bénéfiques aux croyants qui ont la foi ou que cela arrange d’y croire. Dans son livre « Le Celte », Mario Vargas Llosa fait dire à son héros des remarques qui me semblent très révélatrices même si elles n’épuisent pas le sujet : « Notre religion (la religion catholique) est surtout faite pour ceux qui souffrent. Les humiliés, les affamés, les vaincus. C’est cette foi qui nous empêche de nous désintégrer ». « Au sujet de Dieu, il faut croire, et non raisonner. Si on raisonne, Dieu part en fumée comme une bouffée de cigarette ». Les religions sont instrumentalisées par des manipulateurs Non seulement les religions sont utiles aux croyants, mais aussi aux élites qui les instrumentalisent. Fortes de leurs vérités, les religions ont autorité sur le croyant et prônent la soumission, le respect des responsables, des dirigeants : rends à César ce qui est à César, dit la Bible. Pour le Coran, l’homme est au plus près de Dieu quand dans la prière il a le nez à terre en signe de soumission. La voie du Taoïsme consiste au lâcher-prise, au refus de l’excès de vouloir. Conditionnés par les religions, les hommes deviennent des moutons que le bon berger peut conduire, peut manipuler. Au-delà de l’instrumentalisation des peurs, des désarrois, les religions créent des communautés qui entre autres sécurisent les individus et permettent de mobiliser les hommes pour de grandes réalisations collectives. Si les constructions de cathédrales, de mosquées … peuvent être vues comme des aventures collectives bénéfiques, les guerres de religion, les croisades, les djihads … les conversions forcées au catholicisme ou à l’islam par exemple sont des crimes contre l’humanité. Les Écritures saintes sont des fables Pour le croyant, la vérité est dans les Écritures saintes, et peu importe le grand décalage entre les vérités des textes et celles des scientifiques en général, des historiens ou des archéologues en particulier. Lors d’un débat sur le célibat des prêtres catholiques, Benoît XVI a fait valoir que le célibat avait ses racines dans l’Ancien Testament. Cependant, il ne faut sans doute pas prendre les textes au pied de la lettre (création, déluge, Noé … passage de la mer Rouge …), ni les juger à l’aune d’aujourd’hui, car à ce jeu, Mahomet pourrait être accusé de pédophilie, à 52 ans il épouse Aïcha qui a 6 ans et a des relations sexuelles avec elle 3 ans plus tard. Quand on lit les textes sacrés, il faut bien prendre en compte le contexte de leurs auteurs, autres temps, autres mœurs. Les textes disent que Dieu a créé l’homme à son image, la réalité est plutôt que l’homme a inventé des dieux à son image du fait de son incapacité à imaginer autre chose. Dès lors, les dieux imaginés ont beaucoup de caractéristiques humaines comme la colère par exemple, la bible dit « Dieu est en colère après les païens ». Il est en colère parce que tous les hommes ne croient pas alors que « la voix des
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    Dieu, y es-tu? 20/68 prédicateurs a retenti partout dans le monde ». On notera qu’à l’époque de Saint Paul il y a 250 millions d’habitants sur terre et que seul un infime pourcentage a été en contact avec un prédicateur chrétien. Les rites religieux sont archaïques et parfois barbares Comme les religions se sont construites dans le temps, elles gardent des traces de comportements archaïques comme les sacrifices d’animaux dans l’Islam. Dans la même ligne, la passion du christ consiste à répéter les sacrifices des animaux du passé, mais avec le fils de dieu, et de même que l’on mangeait une partie des animaux sacrifiés, on mange le christ avec l’eucharistie. On est bien dans une logique de sacrifice à dieu. Si l’Ancien Testament contient de nombreuses lois, il est intéressant de noter que ni Jésus ni Mahomet n’ont établi tous les rites qui sont imposés aux croyants, rites qui ont été créés pour contrôler le troupeau au profit des religieux, des rois qui se trouvent facilement des ascendances divines, des onctions divines permettant d’asseoir leur pouvoir. Le bon peuple lui doit porter à perpétuité la faute originelle de ses ancêtres Adam et Ève. Dieu, né du désir des sages (cf. Le Véda), dois rester une affaire privée Enfin, j’ai bien conscience qu’il est facile de discourir de l’existence ou non d’un Dieu quand on est confortablement installé chez soi, quand on a toujours été dans le confort, on aborde différemment les questions existentielles, privilégiant Woody Allen « La vie est une maladie mortelle, sexuellement transmissible », aux Écritures saintes qui veulent vous faire porter la faute d’hypothétiques ancêtres. Finalement, je pense que les croyances relèvent de la vie privée et n’ont pas à interférer dans la société, ni surtout générer des guerres.
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    Dieu, y es-tu? 21/68 Annexe 1 – Tableau des religions
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    Dieu, y es-tu? 22/68 Annexe 2 – Expansion des religions par les routes de la soie
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    Dieu, y es-tu? 23/68 Annexe 3 - Table générale de la bible La bible se compose de deux grandes parties : 1° - L’Ancien Testament (78% de la Bible) : • Le pentateuque (15% - Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome) o La création et la chute, Le déluge, Noé, Abraham, Sodome et Gomorrhe, Isaac et Jacob, Joseph o L’Exode, Moïse, Les plaies d’Égypte, Le passage de la mer des roseaux, La marche au désert o L’alliance au Sinaï, Le Lévitique, Etapes au désert, Le code Deutéronomique • Les livres Historiques (23%) o La terre promise, Jéricho, Dalila, Booz épouse Ruth, Généalogie de David o David, Goliath, Le jugement de Salomon, Judith et d’Holopherne • Les livres poétiques et sapientiaux (23%) • Les livres prophétiques (19%) 2° - Le Nouveau Testament (22% de la Bible) : • Les évangiles synoptiques : Matthieu, Marc, Luc • L’évangile et les épîtres de Jean • Epitres de Paul • Epitres catholiques • Apocalypse de Jean
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    Dieu, y es-tu? 24/68 Annexe 4 – Quelques dessins humoristiques Pour le Véda : Dieu nait du désir des sages
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    Dieu, y es-tu? 25/68 Le christianisme est un chef d’œuvre de marketing et de management « L’imagination ne sait pas inventer, c’est l’action qui invente » Alain.
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    Dieu, y es-tu? 26/68 Introduction Après avoir lu la bible et fait quelques recherches sur le thème des religions, j’ai écrit mon fascicule intitulé « Dieu est une invention instrumentalisée par des manipulateurs ». Compte tenu du sentiment que j’avais eu à la lecture de la bible, j’étais interloqué par le succès du christianisme, et j’ai voulu comprendre. J’ai donc creusé ma connaissance du Christ et lu « La vie de Jésus » de Renan, ainsi que d’autres textes. Il en ressort que les évangiles sont des légendes et que finalement je n’ai pas trouvé de réponse à mes interrogations sur le succès du christianisme. Dès lors, je me suis intéressé aux premiers chrétiens qui ont lancé le christianisme et à l’église qui a inventé la religion chrétienne. Pour cela, je me suis documenté dans deux directions, sur les premiers chrétiens et sur l’Empire romain. Concrètement, j’ai vu une dizaine de films d’Arte sur l’origine du christianisme, lu la première partie d'« Histoire générale du christianisme », partie consacrée aux sept premiers siècles, lu « Infographie de la Rome antique », lu le Ch15 d'« Histoire et décadence de l’Empire romain », consacré aux causes de l’accroissement du christianisme et fait de nombreuses recherches ponctuelles d'affinage ou de recoupement sur internet. Les pages qui suivent sont une synthèse structurée de mes notes prises tout au long de mes lectures et recherches, elles couvrent les six premiers siècles du christianisme. 0. Vie de Jésus - p27 1. Religions dans l’Empire romain – p28 2. Disciples de Jésus – p29 3. Premiers chrétiens – p30 4. Premières églises – p31 5. Textes saints – p32 6. Querelles théologiques – p33 7. Luttes de pouvoirs – p34 8. Barbares et christianisme – p35 9. Évêques et organisation de l’église – p36 10. Christianisation de la société – p37 11. Étapes du développement du christianisme – p38 12. Raisons du succès du christianisme – p39 Annexes 1 - L’Empire romain à la mort de Constantin - L’évolution du christianisme – p41 2 - Les invasions barbares - l’organisation de l’église à l’époque de Justinien – p42 3 – Le développement du christianisme en résumé – p43
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    Dieu, y es-tu? 27/68 0 – Vie de Jésus Le christianisme démarre avec Jésus. Il se développe grâce aux apôtres, avec en particulier Paul qui l’oriente fortement, grâce aux premiers chrétiens et surtout à l’église qui adaptera ou inventera la plupart des dogmes ou des pratiques. Donc tout commence avec Jésus qui est pris pour le messie des Juifs, ce que l’immense majorité de ces derniers ne reconnaîtront pas, car il ne correspond pas aux attentes, notamment avec sa mort sur la croix. L’une des grandes questions qui animeront le monde chrétien des premiers temps est celle de la nature du Christ. Est-il un dieu, un homme, l’un ou l’autre, les deux à la fois, de même nature/niveau que Dieu le père ou subordonné … ? Lui-même ne s’est jamais dit dieu, mais fils de Dieu, ce qui n’éclaire pas totalement le sujet. L’église au concile de Chalcédoine en 451 a opté pour le trithéisme (père/fils/Saint- Esprit) avec Jésus vrai dieu et vrai homme (les ariens, les monophysites … sont sur une autre ligne). Jésus est né à Nazareth quelques années avant l’an 1, il avait des frères, des sœurs dont il semble qu’il ait été l’aîné. Après sa mort, la communauté de ses fidèles comprend des membres de sa famille, sa mère et en particulier son frère Jacques. Ce dernier est largement cité dans les textes. Paul parle de Jacques, Marc parle d’un frère de Jésus, Jacques est pour Luc un personnage clé… Cependant finalement pour l’église Jésus n’a ni frère ni sœur et Marie a toujours été vierge. Jésus a peu fréquenté l’école et n’eut aucune connaissance de l’état du monde, il semble ignorer la Pax Romana. Il ne connut pas plus les sciences grecques qui excluent les forces surnaturelles et ne différait pas de ses compatriotes qui croyaient qu’en priant on peut changer la marche des nuages, de la maladie … Jésus n’attache jamais beaucoup d’importance aux événements politiques. C’était un charpentier. Aucun de ses disciples n’appartenait à une classe sociale élevée. La vie de Jésus ne s’écoule que dans le monde fermé du Judaïsme, mieux quasi uniquement en Galilée. L’entourage de Jésus, des gens simples, ignorants, croyant aux spectres, ayant une instruction juive fort incomplète. Jésus s’est révolté contre l’autorité paternelle, et sa famille ne semble pas l’avoir aimé, il est dur avec elle. Sa famille conteste sa mission divine, y compris sa mère. Ce n’est qu’après la mort de Jésus que sa mère s’attire une grande considération. Jésus à quelques égards est un anarchiste, il veut anéantir la richesse et pourquoi pas s’en emparer, intervertir les rangs, les derniers seront les premiers. Cependant, grâce à Jésus, les vies les plus abominables ont leur échappée sur un coin du ciel : vie simple et joyeuse, pas d’ascétisme, donner aux pauvres, c’est prêter à Dieu. Le royaume de Dieu appartient aux enfants, il faut devenir enfants pour y entrer. La bonne nouvelle / le paradis est un grand jardin où l’on vivrait bien. Jésus reconnaît la supériorité de Jean le baptiste tant qu’il est avec lui. Après la mort de Jean le baptiste, le mot d’ordre est la bonne nouvelle, l’annonce que le règne de Dieu est proche, que Dieu vengera ses saints. Pas d’influence grecque ou autre, sauf peut-être les principes d’Hillel et surtout les livres de l’Ancien Testament. Trois temps dans les prophéties de Jésus : 1° aphorismes empruntés, 2° belles prédications morales, 3° politique décidée (la loi sera abolie, c’est lui qui révélera le royaume de Dieu). Maximes empruntées : ne fait pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on fasse à toi-même et il allait à l’excès : joue droite/joue gauche, aimez vos ennemis, si ton œil est une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi, ne jugez pas vous ne serez pas jugé ... Intransigeance de Jésus : « qui n’est pas avec moi est contre moi ». Rapport de Jésus avec les païens et les samaritains : le prochain dans le judaïsme était surtout le coreligionnaire. Il est possible que Jésus ait varié sur ce point, les disciples ont peut-être fléchi les idées dans le sens des préjugés, des habitudes.
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    Dieu, y es-tu? 28/68 Toute l’antiquité, à l’exception des écoles scientifiques de la Grèce, admettait le miracle. Jésus professait qu’avec la foi et la prière l’homme a tout pouvoir sur la nature. Miracles : guérisons, expulsion des démons. Imposition des mains, onction d’huile … des pratiques très répandues dans l’Église primitive. Aucune trace d’une morale appliquée ni d’un droit coranique dans l’enseignement de Jésus (exception le mariage, il se prononce contre le divorce), nulle théologie, quelques vues indéterminées sur le Père/le fils/le Saint-Esprit. Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même et me suive (Luc XIV 33). Renan dit : finalement, l’évangile est devenu une utopie (célibat, pauvreté … et la famille, l’amitié, la patrie n’ont aucun sens) que bien peu s’inquiètent de réaliser. Deux règles : l’une médiocrement héroïque pour le commun, l’autre parfaite pour les exaltés. Ce que Jésus « exigeait » le plus impérativement, c’était la foi (Matth. VIII 10, mais on n’oublie pas que « nul ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire » Jean, VI 44). Rendez à César … marque la séparation du temporel et du spirituel (à chaque manipulateur, son domaine). Les discours prêtés à Jésus n’ont aucune authenticité. Son œuvre fut de créer un cercle de disciple, il s’est fait aimer et après sa mort on ne cesse de l’aimer, sa doctrine est très peu dogmatique, mais c’est un esprit nouveau, on adhère à Jésus en vue du royaume de Dieu. La philosophie ne suffit pas au grand nombre, il lui faut la sainteté. Jésus a annoncé le royaume et c’est l’église qui est venue. Jésus crucifié en avril 30, un trahit, un renie, les autres fuient, seules quelques femmes regardèrent de loin. Jésus n’a pas organisé sa succession, persuadé que le royaume arriverait tout de suite. La crucifixion et la résurrection surprennent, prennent à contre-pieds par rapport aux attentes vis-à-vis du messie. Jésus est ressuscité, il va revenir bientôt, Paul dit, nous le verrons revenir, il doit vaincre toutes les forces opposées. Jésus n’a pas pensé créer une nouvelle religion ! Jésus ne se s’est jamais déclaré dieu, seulement fils de Dieu (quid du trithéisme). Dieu carotte et bâton, un père indigne : si tu es sage je t’aimerais toujours, si tu désobéis tu y iras chez celui qui fait souffrir. Dieu justicier, mystérieux et obscur, tyrannique (carotte et bâton). Dieu peut-il demander aux hommes de pardonner à leurs ennemis et lui-même ne pas le faire (faites ce que je dis, pas ce que je fais) ? Dieu n’est que le miroir des préoccupations humaines. Dieu qui prêche le pardon des fautes, n’en donne pas l’exemple et nous demande d’être meilleur que lui (jugement enfer/vie éternelle, seul un petit nombre sera sauvé). Cependant, il y a la dédramatisation de la mort. 1 - Religions dans l’Empire romain La religion chrétienne naît en Palestine du temps de l’Empire romain, la crucifixion de Jésus a lieu le 7 avril 30 sur ordre de Ponce Pilate, gouverneur de Judée sous le règne de l’Empereur Tibère (14-37). Dans un premier temps, les chrétiens ne se distinguent pas vraiment des juifs et par exemple en 62 ces derniers ne les considèrent pas comme des schismatiques. À l’époque, 8% de la population de l’Empire est juive soit 6 à 7 millions, mais il existe différents judaïsmes : • Sadducéens = hommes du temple, se fondent sur la Torah et cherchent à convertir les païens, • Pharisiens = hommes des synagogues, se fondent sur la Torah et les Prophètes, ne cherchent pas les païens, • Esséniens = ils s’isolent, se fondent sur les mêmes textes, plus d’autres écrits et rejettent les païens, • Sicaires, Zélotes … tenants d’une solution violente contre Rome. La première mention des chrétiens par les Romains daterait de ~100 du temps de Trajan (98-117), à propos de persécutions de personnes refusant de pratiquer, reconnaître les cultes romains, dont ceux dus aux empereurs déifiés.
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    Dieu, y es-tu? 29/68 Dans l’Empire romain, il existait une pluralité de religions. Les Romains, en plus de leurs nombreuses divinités, admettaient l’existence de celles des autres, trouvaient des équivalences avec les leurs, et ont adopté de nombreux mythes des peuples qu’ils ont conquis. Chaque cité (2000 à 3000 citées dans l’Empire) pouvait avoir sa propre religion publique, ainsi que chaque famille (dieux du foyer, mânes des ancêtres : le père de famille en étant le prêtre) et chaque groupe privé (association, groupe professionnel, etc.). Seule l’adhésion à une association relevait d’une décision, pour les autres, les religions s’imposaient du fait de la naissance, de l’adoption, de l’obtention de la nationalité, de l’affranchissement. La religion de la ville de Rome s’appuyait sur le mythe de sa fondation et a évoluée, au début de la république elle se fonde sur la triade Jupiter, Minerve, Junon, cette dernière étant une adoption, car elle était historiquement la déesse tutélaire de la cité voisine de Veies. Les mythes des dieux romains sont largement inspirés de la mythologie grecque et à l’époque de l’Empire des correspondances sont établies (un syncrétisme) avec les divinités des peuples conquis (par exemple, le dieu gaulois Teutatès est assimilé à Mars). Parmi les dieux, il y avait des êtres d’exception qui avaient accédé à l’immortalité, ainsi des hommes étaient divinisés et avait droit à un culte, à des prêtres (cf. le mythe d’Hercule). Les empereurs morts, incinérés, devenaient des êtres divinisés. Dans l’Est de l’empire, les empereurs recevaient de leur vivant des honneurs équivalents aux dieux, sans être encore divinisés, dans l’Ouest, c’est leur génie, leur double divin qui recevait un culte. Pour les Romains, la puissance des dieux est inquiétante, il faut grâce au culte, aux rites, aux consultations divinatoires, vivre en bonne entente avec eux, rechercher la paix des dieux, leur protection, attirer leur appui (victoire, succès dans les entreprises). Le calendrier romain consacre 109 jours aux dieux, dont 61 de fêtes publiques (cérémonies avec sacrifices ou rites, consultations des dieux) ou de jeux. Par exemple, les Saturnales aux alentours du solstice d’hiver du 17 au 24 décembre. La religion pour les Romains, c’est de la diplomatie, beaucoup plus des rites que de la foi, elle ne se préoccupe pas non plus de consoler l’homme des malheurs qui lui arrive sur terre, elle ne fournit pas plus de réponses sur une possible survie après la mort. Ce n’est qu’au contact des peuples qui se posaient ces questions que les Romains vont s’en préoccuper, par exemple certains suivront ainsi le culte d'Isis ou de Mithra et plus tard le christianisme, qui promettent la résurrection à leurs adeptes. Polythéiste, la religion romaine était importante pour la cohésion de l’État qui de façon généralement tolérante déterminait si d’autres cultes étaient licites. Le judaïsme avait obtenu un statut de religion licite et même le droit de faire des offrandes pour Rome ou les empereurs à leur propre dieu. Au début, le christianisme fut interdit, notamment parce que les chrétiens refusaient de participer au culte de la religion romaine or la participation aux rites était une exigence de citoyenneté, d’implication dans la communauté, de plus ils se réclamaient d’un homme condamné à mort pour rébellion. 2 - Disciples de Jésus Jésus n’a pas fondé l’église, mais une forme de croyance du judaïsme avec quelques signes d’ouverture vers les païens. Le christ n’a pas été accepté par la majorité des juifs, car un Messie crucifié ce n’est pas ce qui était attendu dans l’Ancien Testament. Quand Jésus est crucifié, les disciples sont défaillants. Le groupe se reconstitue cependant après la résurrection qui fait l’objet de nombreuses relations différentes, et dans un premier temps ne convainc pas tout le monde (cf. Matthieu).
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    Dieu, y es-tu? 30/68 « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église » (Matthieu ch16). De quand date cette parole, est-elle vraiment de Jésus, si exact pourquoi Marc et Luc n’en parlent pas ? Pierre n’a pas eu un pouvoir particulier, mais Pierre est une figure symbolique. Dans le Ch18 de Matthieu, les apôtres sont désignés comme les continuateurs, successeurs de Jésus, cependant, à côté des disciples dont Pierre … et plus tard Paul, il y a la famille de Jésus dont son frère Jacques. La communauté qui se réfère à Jésus après sa mort se compose donc des disciples et de sa famille. On notera que les catholiques n’ont jamais reconnu que Jésus avait des frères et sœurs. Marie est restée vierge et immaculée. Marc (ch6) parle du fils de Marie (un enfant illégitime ? cf. littérature polémique juive, le père de Jésus serait un légionnaire romain du nom de Ben Panthera). Pour certains, ce sont des demi-frères, ils sont les enfants de Joseph déjà vieux quand il accueille Marie. Pour Jérôme, les frères sont les enfants d’une autre Marie, Jacques est donc un cousin. On joue aussi sur le langage, frère en Sémite signifie qu’on est de la même famille (cousin), alors qu’en grec il y a deux mots et frère est différent de cousin, les textes grecs parlent de frères. Paul (1° aux Corinthiens) et les actes donnent une figure différente de Jacques. Dans l’épître de Paul aux Galates (en 50) il y a une citation de Jacques. Dans l’évangile de Marc (fin des années 60) pas de Jacques, mais un frère de Jésus. Dans les Actes, Jacques est un personnage clé de la communauté de Jérusalem. À la disparition de Pierre de Palestine correspond la prise de pouvoir de Jacques (les actes ch12). Pourquoi Jacques a-t-il succédé à Pierre ? Pourquoi une autorité forte a-t-elle été donnée à quelqu’un qui ne faisait pas partie des 12 ? Jacques le juste, frère de Jésus, est un juif très pieux qui va au temple, est dans le judaïsme, est très conservateur ; l’épître de Jacques, montre qu’il n’est pas favorable aux gentils (païens convertis) ; c’est un ascète qui meurt à Jérusalem en 62 à cause d’un responsable juif qui craint son autorité. Au fur et à mesure du développement de l'église, Jacques est marginalisé, puis oublié, on lui fait perdre son identité, Jésus n’a pas de frère, Jacques est victime de la déjudaïsation de l’église. 3 - Premiers chrétiens (chrestos = partisan du messie) Les premiers disciples de Jésus se considèrent comme juifs, mais ils auront assez rapidement trois rites particuliers : baptême, imposition des mains qui donne l’esprit, fraction du pain. Parce que le royaume de Dieu est proche, que Jésus a dit « Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n'arrive » (Matth. XXIV, 34), les premiers chrétiens se mettent à vivre en communauté pour porter la bonne parole et attendre ensemble le moment proche du jugement dernier. Il semblerait que ces premières communautés aient fonctionné comme des sectes « communisantes » avec mise en commun des biens, prédominance de la communauté sur l’individu, capacité de remettre les péchés, à exclure, préparation à la vie éternelle … La communauté est exigeante comme le montre l’épisode d’Ananie et Saphire qui seraient morts foudroyés par Dieu de n’avoir pas donné tout le produit de la vente d’un terrain - Actes des Apôtres (5. 1-11). Il y a aussi une attitude antifamiliale, du fait d’un suivi strict d’une assertion de Jésus « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (Matth. X, 37) et un renoncement à la sexualité, à la reproduction qui n’a aucun sens avec l’arrivée imminente du royaume de Dieu. Au concile de 49, on décide de supprimer tout ce qui fait obstacle à la conversion des païens, personne n’est obligé de devenir juif pour être chrétien (en 52 les non juifs peuvent ne pas se faire circoncire). L’église s’affirme universelle (catholicos en grec signifie universel). Le christianisme se développe dans le monde romain, tolérant envers les cultes étrangers à condition de ne pas remettre en question la religion romaine. Le premier chrétien persécuté en 64, Étienne un diacre de Jérusalem l’a été, car il fut accusé de blasphème par le chef de la religion juive.
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    Dieu, y es-tu? 31/68 Pour les Romains juifs et chrétiens, c’est pareil. Cependant rapidement, les chrétiens refusent le culte impérial (IIe siècle), déclarent que les dieux romains sont de faux dieux, remettent en cause les inégalités de la société romaine. Des persécutions ont lieu périodiquement jusqu’en 313, souvent à cause de dénonciation comme à Lyon en 177. Au IIe et au début du IIIe, la religion chrétienne est même interdite par certains empereurs qui organisent des persécutions, alors que d’autres prennent des édits de tolérance. Le nombre de chrétiens reste très faible jusqu’à la fin du IIe siècle (0,40% de la population de l’Empire), au moment de l’édit de Tolérance de l’Empereur Gallien en 260, ils représentent 2%. Au début du IIIe ils sont ~10%, ce qui montre une forte croissance sur un siècle et que la politique de répression ne fonctionne pas, ce qui pousse Galère à autoriser le culte chrétien en 311. Puis avec par exemple l’édit de Tolérance de Constantin (Milan 313), l’interdiction des sacrifices païens (341), la fermeture des temples païens en Orient (356), le rejet du polythéisme comme religion d’État (382), les destructions de temples en Syrie, Égypte, Afrique (386), l’interdiction des cultes privés à Rome (391), la destruction des temples païens ruraux (399), le nombre de chrétiens dépasse les 50% dans la deuxième moitié du IIIe siècle et Théodose proclame le christianisme comme seule « Religion d’État ». On notera cependant que la progression des mesures favorables aux chrétiens n’a pas été aussi linéaire que décrite ci-dessus, il y eut aussi des édits demandant à tous de sacrifier aux dieux romains (249, 257), des persécutions (de 303 à 313), des tentatives de retour en arrière par exemple, l’édit de Daïa contre les chrétiens (312) ou le rétablissement du paganisme et les mesures contre les chrétiens en 361 par l’Empereur Julien que les chrétiens feront passer à la postérité sous le nom de Julien l’Apostat. 4 - Premières églises Pour les premiers chrétiens, Jésus ressuscité va revenir bientôt, Paul, dans l’Épître aux Thessaloniciens, dit "nous le verrons revenir", il croit qu’il sera encore vivant quand Jésus viendra établir le royaume de Dieu. 20 ans plus tard, il le dit encore aux Romains, puis quand il est en prison, il envisage que lui ne le verrait pas. Le temps passant, il faut s’installer dans la durée. Au lieu du royaume espéré, c’est l’église qui s’est installée. Les églises sont des communautés qui ont des pouvoirs pour annoncer la bonne nouvelle, relier les personnes, juger, exclure … À la fin du 1° siècle, il existe des communautés (surtout des juifs chrétiens qui professent Jésus), mais les églises ne s’organiseront vraiment comme un tout qu’au IVe siècle. On ignore comment les 1° communautés ont proliféré. Il existait des petits groupes (groupe = EKKLESIA en grec, le terme va s’imposer) qui ont la même foi, mais ne constituent pas une organisation structurée. Cependant en 100, Ignace d’Antioche décrit l’organisation des églises autour des évêques, des presbytères, et des diacres. L’objectif de l’organisation est de sauvegarder l’unité autour d’un seul chef de la communauté, l’évêque qui au départ est le surveillant des équipes, lui-même sous le contrôle de la communauté, sélectionné avec soin (mari d’une seule femme, sobre, pondéré, de bonne tenue, hospitalier, capable d’enseigner, ni buveur, ni batailleur, ni querelleur, ni cupide, mais doux). À partir du IIe et au IIIe on constate l’accroissement des pouvoirs de l’évêque, une concentration monarchique des pouvoirs versus un pouvoir collégial, il est chef, gestionnaire, recruteur … Élu par la communauté, en fait par l’élite, le peuple est simple témoin, puis au IVe il y a des interventions du pouvoir civil (parfois directement les empereurs), il est ratifié, élu par ses pairs. Finalement, l’empereur Justinien (527-565) impose que les évêques soient exclusivement recrutés chez les célibataires (notamment pour éviter les problèmes liés aux successions).
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    Dieu, y es-tu? 32/68 Le commerce a joué un grand rôle dans le développement du christianisme. Une église (une communauté par exemple : 155 hommes, 1500 veuves et des nécessiteux) c’est : une bibliothèque ; un entrepôt (tuniques, voiles, chaussures, ceintures …) ; une assistance aux pauvres (soupe populaire – comme cela existait chez les juifs et chez les Romains avec l’évergétisme = un riche qui fait profiter des pauvres de sa fortune) ; le soin des morts (fossoyeurs, cimetière communautaire, tombes pour attendre la résurrection) ; et un commerce, ce dernier sera finalement interdit en 345. 5 - Textes saints : la bible La Bible contient ~1,2 million de mots, et le message du christianisme a donc des caractéristiques de volume, de valeur, de véracité … qui le rend complexe à interpréter (nombreuses contradictions) et donc à comprendre. La Bible se compose de l’Ancien Testament, repris des juifs et du Nouveau Testament spécifique aux chrétiens. Ce dernier comprend 4 évangiles et les actes des apôtres. Au IIe siècle, il existe une cinquantaine de textes, une quinzaine « d’évangiles » dont celui de l’apôtre Thomas. Au début, chaque église a ses textes, et ses compromis locaux (pratiques, croyance …). Paul lui-même adapte ses discours à ses auditoires. La culture est surtout orale, avec des lectures à haute voix, des lettres aux églises pour lecture publique. La langue des 1° églises est le grec, puis il y a des traductions en latin (vieille Latine), syriaque, copte (150, 250). C’est Marcion (85-160) qui crée un 1° canon des écritures, mais dissident de la grande église, il ne sera pas retenu. Irénée de Lyon (130-202) dit que les 4 évangiles sont fidèles à la réalité et aux dits originaux. Le canon se fixe au IIe siècle, mais n’est définitivement adopté qu’au IVe, tous les textes non retenus dans le canon sont alors considérés comme apocryphe. La technique du codex (livre de feuilles de papyrus reliées) se développe, les chrétiens l’adoptent. Il existe même de toutes petites éditions d’évangile que l’on porte comme amulette. Comme on croyait le monde prêt de finir (cf. la bonne nouvelle du Royaume de Dieu qui est proche), on ne s’est pas soucié dans un premier temps de composer des livres pour l’avenir. Finalement, des apôtres, seul Thomas a écrit et ses textes n’ont pas été retenus pour le Nouveau Testament écrit par de nombreux auteurs qui au mieux sont des hommes qui ont vu un ou plusieurs hommes qui ont vu l’homme Jésus. On a donc une totale incertitude sur les rédacteurs des évangiles, et la conviction que de nombreuses retouches ont été faites, que tous les textes sont des recompositions. Quand on a deux récits d’un même fait, il est extrêmement rare qu’ils soient d’accord, et quand on en a qu’un, n’est-ce pas une raison de plus d’être perplexe. Les évangiles sont des biographies légendaires qui n’ont pas été écrites avec la participation d’une divinité, elles peuvent contenir de l’histoire, mais tout n’est pas historique, il est clair que les miracles racontés par les évangiles n’ont pas eu de réalité. Ces légendes ne sont pas nées toutes seules, on les a aidées à naître. Les actes des apôtres, par exemple, sont une œuvre de littérature, une démonstration, une reconstruction historique. Quand ce texte est écrit, il y a déjà rupture entre les différents courants des premiers chrétiens, mais les actes présentent la communauté unie, à la différence des évangiles où l’on insiste sur les aspects négatifs de la famille de Jésus, à l’exception de sa mère. Jean dit même que ses frères ne croyaient pas en lui. La théologie cherche à construire une unité, à faire des ponts entre différentes choses. Les actes, écrits en 80/90 soit ~30 ans plus tard que les épîtres de Paul, passent sous silence les épîtres (c’est étonnant) ainsi que les différences entre les courants (c’est moins étonnant). Les épîtres de Paul prennent des distances avec la loi juive, Luc (l’auteur des actes) dit que Paul est respectueux de la loi juive, car il cherche à enraciner Paul à Jérusalem et à judaïser ses propos. La bible est pleine d’obscurités et de contradictions, on peut lui faire dire ce que l’on veut. Elle dit même que Dieu demande aux hommes de pardonner à leurs ennemis, alors que lui-même ne le fait
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    Dieu, y es-tu? 33/68 pas (cf. l’enfer). Faites ce que je dis, pas ce que je fais. La Bible décrit un univers magique avec des forces obscures ou divines, très loin d’un univers rationnel avec des lois de la physique, de la biologie … C’est la foi face à la science, qui seule cherche la vérité pure. Enfin, on notera que l’annonce de la bonne nouvelle (évangile = bonne nouvelle en grec) a été tardive et limitée, l’homo sapiens existait depuis plus de 300 000 ans, mais elle prétend quand même que tout le monde va être jugé, alors que la bonne nouvelle n’a pas été diffusée à l’immense majorité des personnes vivant sur terre. 6 - Querelles théologiques Si l’on excepte Thomas, dont l’évangile n’a pas été retenu dans le canon, les apôtres n’ont laissé aucun écrit qui nous soit parvenu. Plus la communauté compte de gentils (des païens convertis) plus elle se déjudaïse (par exemple au niveau du manger, du shabbat) et la Torah est acceptée pour son éthique, mais pas toujours pour les pratiques. Il y a au début deux courants centrifuges, les Hébreux qui parlent araméen sont très attachés à la loi de Moïse, à la Torah, les Hellénistes des juifs libéraux (de culture helléniste - Égypte, Inde … - à l’époque, 15% de la population parlait grec) sont pour abolir le temple et la loi. Paul s’inscrit dans la ligne helléniste. Enfin, l’ensemble des premiers acteurs, y compris Paul, meurt avant la destruction du temple de Jérusalem en 70 (répression des Romains suite à la rébellion juive de 66), avant le développement du judaïsme rabbinique et la rédaction des actes des apôtres. Au IIe siècle, il existe 3 écoles de théologie en parallèle : Justin (apôtres), Valentin (helléniste), Marcion (paulinien). Marcion (85-160) qui s’appuie exclusivement sur Paul et un Nouveau Testament (sans Luc) met en lumière les contradictions entre Anciens Testaments et Jésus. Par exemple : œil pour œil, versus, si on te frappe une joue, tend l’autre. Il en déduit que Jésus n’est pas l’envoyé du dieu de la Torah. Des communautés marcionites se développeront jusqu’au IVe siècle où persécutées (pour les catholiques se sont des hérétiques) elles disparaîtront au Ve. Valentin se différencie principalement sur différents points : la résurrection charnelle est un leurre, le seul éveil qui vaille est celui de l’esprit, possible dès cette vie ; la chute originelle ne vient pas d’un péché, mais d’un désir de connaissance ; il faut s’initier aux mystères qui anticipent la vie future (méditation, éveil de l’esprit, connaissance). C’est une des formes du gnosticisme : la connaissance (gnosis) prolonge la foi (pistis). Il existera 80 versions différentes du gnosticisme rivalisant d’extravagances, apportant leurs réponses à d’où vient le mal, le salut dépend du savoir pas de la conduite, avec une grande variété de pratiques allant de l’ascèse à la grande licence. Pour répliquer aux gnostiques, la grande église a dû se constituer un Nouveau Testament (cf. le premier, celui de Muratori ~150) et marquer que la rédemption par la grâce est différente de la rédemption par la connaissance. La diversité au IIe siècle concerne aussi l’unité de Dieu, par exemple Jésus est-il un homme-dieu, un homme seulement, une apparence humaine seulement. Il est aujourd’hui difficile de connaître les théories de l’époque {dithéisme (père/fils) ; trithéisme (père/fils/Saint-Esprit) ; 1 seul sous deux noms}, car il ne reste que les réfutations de la grande église. Au IIIe siècle se développeront d’autres divergences avec les montanistes, les novatiens, les donatistes, les mélitiens et surtout en Mésopotamie, les manichéens. Mani (216 – 274/277), un ange lui est apparu et il s’est fait prophète comme Bouddha ou Zoroastre ... Il se dit apôtre de Jésus, développe un syncrétisme avec sa propre genèse. Soutenu par un empereur perse, il finira par être persécuté par les successeurs de celui-ci, et ses adeptes aussi dans l’Empire romain. Mais son mouvement a continué (cf. Saint-Augustin qui fut adepte de 373 à 382), il finit par disparaître dans le monde méditerranéen
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    Dieu, y es-tu? 34/68 au VIe, mais perdurera jusqu’au XVIIe au Turkestan (dans un syncrétisme fortement marqué par le bouddhisme). Au IVe siècle se développe la crise de l’arianisme autour de la nature divine de Jésus. Arius (250-336) professe que Dieu est unique, non engendré, sa substance ne peut être divisée et tout ce qui est en dehors de lui, est créé ex nihilo de par sa volonté ; le verbe est un intermédiaire entre Dieu et le monde, antérieur au monde matériel, mais non éternel ; Jésus est une créature distincte du Père, il lui est donc subordonné, et sa substance fait l’objet de débats avec différentes versions de l’arianisme (dissemblance du père et du fils, ressemblance, substance semblable). Le concile de Nicée (325) ne permettra pas de régler le problème et l’empereur Théodose 380 par un édit et le concile de Constantinople de 381, définit comme hérétique toute position non conforme à Nicée (consubstantialité : Jésus est de la substance de son père) et à la formule trinitaire. Au Ve siècle il y a d’autres crises, la nestorienne (428) qui affirme que deux natures séparées, l'une divine, l'autre humaine, coexistent en Jésus-Christ et la crise monophysite qui affirme que le Jésus n'a qu'une seule nature, qui est divine, et qui a absorbé sa nature humaine. L’église de Rome, généralement soutenue sur ce sujet par les empereurs, retient la formule du concile de Chalcédoine (451) définissant le dyophysisme, c'est-à-dire les deux natures du Christ, vrai dieu et vrai homme, parfait dans sa divinité comme dans son humanité (les catholiques, les orthodoxes, les protestants sont toujours sur cette ligne). Les diverses tentatives de surpasser ces divergences échouent (cf. concile de Constantinople II en 553). Il faut noter que les églises nées des schismes dépendent de sièges épiscopaux, d’aires culturelles et linguistiques de différentes nations, ce qui laisse penser qu’il n’y a pas que des différences doctrinales comme cause de leur création. Il faut aussi comprendre que tout cela a donné lieu à de multiples synodes, conciles, des pressions physiques, jusqu’à la mort d’un archevêque à la suite de mauvais traitements (cf. l’épisode du brigandage d’Éphèse), à des arrestations, des meurtres en Égypte, en Syrie … de nombreuses disputes entre Rome (rattachée à l’apôtre Pierre) et Constantinople (nouvelle Rome de l’empereur) pour la nomination d’évêques. 7 - Luttes de pouvoirs internes à l’église et avec les empereurs En plus d’être l’un des cinq sièges apostoliques, dont la tradition dit qu’ils ont été initiés par l’un des apôtres du Christ, Rome a toujours revendiqué la primauté, car l’église y a été fondée par Pierre (tu es Pierre …). À chaque controverse, la question de la primauté revient, de plus Rome fait la promotion d’un principe d’indépendance juridictionnelle par rapport à Constantinople (la nouvelle Rome) et cherche à cantonner les interventions des empereurs en matière religieuse et surtout théologique. Au-delà des premiers édits de tolérance, les interventions au sein de l’église on prit de l’ampleur avec Constantin (272-337) qui conquiert l’orient en champion des chrétiens alors opprimés par le coempereur Maxence qu’il va abattre. Constantin édicte de nombreuses prescriptions favorables aux chrétiens et confisque les biens précieux des cultes païens, au profit de la construction d’églises. Constantin se présente comme chrétien dès 312, même s’il repousse son baptême à son lit de mort (pour ne pas être sous la coupe de l’église ?), il institue aussi que le clergé est un groupe social privilégié (évêques jugés par leur pair). À partir du moment où Constantin devient le seul maître de l’empire (324), le processus pro chrétien s’accélère, mais les possibilités d’interventions ont des limites, car « les conciles des évêques sont inspirés par Dieu, même l’empereur n’a pas l’autorité pour contrarier leurs discours ». Constance II (337-361) comme son père Constantin pensait avoir la mission divine de propager le christianisme, il le fit en Occident par des contraintes progressives et imposa un credo commun à l’Orient et l’Occident (plus réticent).
  • 36.
    Dieu, y es-tu? 35/68 Il y a aura une contre-réforme manquée avec le coempereur Julien l’Apostat (361-363) qui en voulait à Constantin qui avait massacré sa famille. Puis Jovien (363-364) rétablit le christianisme, mais pas dans la même situation que du temps de Constantin ou Constance II, il réduit les subventions, les tolérances religieuses … Plus tard, Théodose (379/395) empereur d’Orient institue l’orthodoxie de Nicée (destruction des temples partout) ; Gratien empereur d’Occident (367-383) suit avec un peu de retard la même voie. De 343 (au Concile de Sardique – Sofia - convoqué par les empereurs Constant et Constance II), à 545 où le pape Vigile est embarqué de force pour Constantinople, les relations entre Rome et les empereurs ont été tumultueuses. De très nombreux conciles ont été organisés pour gérer les positions sur différents sujets, les affrontements idéologiques, les querelles dogmatiques, les schismes dans un contexte où interviennent les différents sièges apostoliques, mais aussi les empereurs et les évêques qui leur sont proches. La controverse sur l’emploi de l’expression « Patriarche œcuménique » qui définit le garant de l’orthodoxie est révélatrice. Il faudra attendre 607 pour que le Pape Grégoire le grand décide que le siège apostolique de St Pierre de Rome sera le chef de toutes les églises. 8 - Barbares et christianisme Depuis déjà un siècle, les Wisigoths étaient à la frontière de l’Empire romain sur la mer Noire au-delà du Danube, mais l’avancée des Huns les pousse à se réfugier en deçà du bas Danube avec l’accord de l’empereur Valens (364-378). Une mutinerie de fédérés goths provoque une bataille en 378 à Andrinople (aujourd’hui Edirne en Turquie) qui se solde par un désastre pour l’armée romaine et même la mort de Valens. En 410, les Wisigoths conduits par Alaric prennent et pillent Rome durant trois jours. Rome incapable de l’empêcher tolère l’installation d’envahisseurs qui dans un premier temps coopèrent, puis prennent leur indépendance, l’empereur d’occident Romulus Augustule est finalement déposé en 476 par le barbare Odoacre qui lui-même succombe aux Ostrogoths de Théodoric, avec l’assentiment de l’empereur de Constantinople Zénon. Les Francs petit à petit prennent le contrôle de la gaule. Les barbares sont vus par les Romains et les chrétiens de façon très raciste et négative, mais aussi par les chrétiens comme une punition divine due à la mauvaise conduite des Romains. Un parallèle est fait entre les Goths et Gog l’ennemi d’Israël qui vient du nord, c’est vu comme un signe de vieillissement du monde, de déclin, de fin du monde. Cependant, certains chrétiens voient les barbares comme des êtres comme tout le monde appelé à la rédemption et pas des sauvages fatalement perdus. Enfin les Goths sont présentés de façon favorable par différents historiens de l’époque : nombreuses qualités, vertus, respect des catholiques alors qu’ils sont ariens. Les barbares étaient majoritairement chrétiens, mais hérétiques ariens (cependant très hétérodoxes). L’évêque Ulfila (un Wisigoth couronné en 341) adopte la position de l’arianisme et traduit la bible en gothique (de langue parlée le gothique devient langue écrite). Le christianisme a pénétré le monde barbare par les prisonniers, les marchands, les anciens de l’armée romaine qui s’étaient christianisés et retournaient chez eux ; par l’installation d’église officielle sur leur territoire ; par leur installation dans des territoires dépendants de l’Empire romain (ex. des Wisigoths). L’arianisme des Wisigoths se propage à d’autres peuples germaniques (Ostrogoths, Vandales, Burgondes …). Il y a cependant des persécutions en 348 et 370 de Goths chrétiens (ariens ou catholiques) par un roi goth Athanaric défenseur des traditions gothiques, cela provoque une migration en 348 vers l’Empire romain. Les barbares étaient plus facilement ariens que catholiques pour affirmer leur différence, indépendance avec l’Empire romain, d’hôtes et fédérées à l’empire, les nations barbares cherchaient leur autonomie. Ils manifestaient parfois de l’intolérance, attaquant les
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    Dieu, y es-tu? 36/68 catholiques en réponse à l’intolérance des catholiques envers les ariens. Ils avaient leurs propres synodes ariens, enfin en 589 le roi des Wisigoths Récarède Ier impose le christianisme nicéen à ses sujets au concile de Tolède et met ainsi fin officiellement à l'arianisme qui n'est plus toléré dans le royaume wisigothique. Pendant ce temps, Clovis, dont l’épouse burgonde est catholique, se convertit. Les Gallo-Romains catholiques cherchent l’appui de Clovis devenu catholique, contre les Wisigoths encore ariens, d’où la bataille contre Alaric II à Vouillé en 507. Les Lombards se christianisent (ariens et même catholiques) même s’il y a survivance de paganisme. Donc à la fin du Ve siècle, malgré les invasions barbares, le christianisme est la religion dominante dans les territoires de l’ex-Empire romain d’occident. 9 - Évêques et organisation de l’église La chrétienté calque son organisation sur celle de l’empire. Au diocèse (nom civil de l’organisation romaine) correspond une église locale ou une paroisse, diocèse ou paroisse les appellations ont longtemps été indifférenciées, au début le terme paroisse était pour les églises provisoires. Une église n’est pleinement constituée que si elle a à sa tête un évêque. Au sein des évêchés, il y a des paroisses et on multiplie les baptistères ruraux. Au début du Ve il y a 120 provinces, la direction de chacune est confiée à un métropolitain (l’évêque qui préside au chef-lieu de province). Enfin, il y a 5 patriarcats : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem (le nombre se réduira au VIIe siècle en fonction des conquêtes des Arabes). Toutes ses institutions ont une vie plus ou moins autonome, mais aux grandes fêtes (Noël, Pâques …) les fidèles étaient invités à se regrouper aux chefs-lieux. Le concile de Vaison (529) pousse les paroisses à créer des « écoles » permettant de former localement les intervenants. L’organisation de l’église est, à la chute de l’empire, impactée par l’organisation des royaumes et leur géométrie variable. Il y a des conflits de compétences, rivalités locales ou personnelles et enjeux de styles pastoraux. Le personnage clé, c’est l’évêque. Les églises élisaient leurs évêques, il pouvait y en avoir plusieurs dans une même ville. Cependant, il y avait une hiérarchie des églises, du fait de l’ancienneté de l’église, de la taille des cités … Il existait des évêques de campagne qui n’avaient pas tous les droits, par exemple recruter. Le code Justinien (527-565) impose aux évêques d’être célibataires et de suivre un le cursus suivant : lecteur, sous-diacre, diacre, prêtre, évêque. Cependant, la charge attirait des ambitieux du fait des revenus. De nombreuses églises dans les grandes communautés ont de véritables fortunes financières, disposant de flotte et faisant du commerce, mais il y a de grandes disparités entre les églises. L’évêque au sein de la cité, de peu de choses au IIe siècle, devient « patron » au VIe, par exemple il peut rendre la justice (justice épiscopale), si les deux parties sont d’accord (sauf affaire criminelle). L’évêque à la tête d’une charge gère de plus en plus de personnes, par exemple en 250 à Rome ~200 personnes. À la chute de l’Empire romain d’Occident, l’évêque a une dimension politique incontestable, étant élu à vie, il représente un pouvoir stable sur la scène politique et administrative, il bénéficie d’une bonne image, de la connaissance de la population, il a des ressources financières régulières. Sociologiquement, il y a de tout, mais le plus souvent ils sont éduqués. Il existe des familles où l’entrée dans le clergé est une tradition dès le IVe. 10 - Christianisation de la société L’église va progressivement formater la société en s’opposant aux autres cultes, construisant de nombreux édifices, développant le culte des saints, prenant en charge des services publics, christianisant le calendrier, inventant des temps chrétiens (baptême, mariage, confession-rémission des péchés, pénitence, enterrement), accaparant la culture.
  • 38.
    Dieu, y es-tu? 37/68 L’église n’avait aucun scrupule à détruire les lieux de cultes païens (les statues de marbre étaient transformées en chaux), pour les remplacer par des sanctuaires nouveaux. Les destructions des temples étaient opérées en particulier par les hommes en noir (moines) qui boivent et mangent beaucoup. L’église s’en prend aussi aux juifs (ex. Synagogue de Clermont-Ferrand brûlée en 576), à Tour des juifs migrent vers Marseille, il y a aussi des baptêmes par contrainte. Il y avait 5 évêchés gaulois au début du IV et plus de 100 au VIIe, les cathédrales, les baptistères, les résidences épiscopales ont été multipliés et il y avait une compétition entre les villes sur la qualité des monuments. Un culte des saints s’est développé qui a conquis l’espace urbain avec des édifices de culte, la création de sanctuaires pour garder la mémoire de lieux saints, de personnages saints …, des maisons religieuses, monastères, maisons pour les femmes, les moniales, cimetières près des reliques (cf. Alyscamps à Arles) Les tombes vénérées étaient surprenantes pour les Romains et les Juifs qui éprouvaient une horreur sacrée devant la mort et pour qui le contact avec un cadavre était une impureté majeure. Cependant est érigé à Rome dès 199/217 un petit monument à la gloire des apôtres (Pierre et Paul), et au IVe a lieu un grand développement, Constantin fait construire une basilique en ce lieu et englobe le petit monument. Il existe des témoignages de pèlerinage en Palestine dès 333/335, des saints locaux (Lyon, Arles …) et des saints importés (avec les importés mieux considérés que les locaux), le développement des reliques par contact, des saints inventés (on retrouve des reliques), des saints nouveaux (biographie légendaire), la découverte de la vraie croix par sainte Hélène (la mère de Constantin), la découverte du tombeau du christ à l’occasion de la construction par Constantin d’une basilique à Jérusalem. À noter qu’il y a des opposants et des réticences, face à la force du culte des saints que les évêques eux-mêmes ont du mal à contrôler. Les églises prennent progressivement en charge des services publics, ne secourent pas seulement les plus démunis, mais agissent comme fonctionnaires royaux (administration …), et ceci en compétition avec d’autres autorités. Par exemple depuis Constantin l’église d’Alexandrie dispose de vivres qui lui sont donnés par l’État pour les veuves, les vierges consacrées et les pauvres. L’église professe que les pauvres sont nécessaires aux riches, s’ils veulent faire leur salut, sauver leur âme, ils doivent partager leurs richesses de leur vivant et en héritage (recommandation de donner 25 à 50% de ses biens en héritage, pour financer des messes, des dons). Les pauvres ce sont les malades, les veuves … ceux qui ne travaillent pas. À noter que si les esclaves sont comme des frères, il n’y a pas de remise en cause de l’esclavage, et les églises sont elles-mêmes propriétaires d’esclaves. L’église est là pour la redistribution, mais tout cet argent enrichit l’église qui par exemple au début du VIe est le plus gros propriétaire terrien en Égypte. Cette richesse renforce le mouvement édilitaire. La culture elle aussi est christianisée. Julien l’Apostat (361-363) interdit d’enseigner les classiques païens. Les philosophes sont présentés comme des voleurs d’idées (qu’est-ce que Platon sinon un Moïse parlant grec). Justinien (527-565) interdit aux païens de délivrer tout enseignement. Cependant, les chrétiens (comme les juifs) promeuvent l’importance du livre et de la lecture auprès de tout le monde, cela conduit à plus de lecture et une démocratisation de la culture dans l’antiquité tardive. Il se développe une large interprétation des textes (près de la lettre, jeu de mots, de façon allégorique, psychologique, astrologique, mystère, double langage, langage secret). Les prédicateurs se trouvant aux origines de la diffusion du message évangélique, conduit à faire de l’éloquence une qualité recherchée, indispensable pour les évêques qui adaptent leurs discours à leurs auditoires. Enfin, malgré le tu ne feras pas d’idole, traditionnel des juifs, on voit l’émergence d’une iconographie chrétienne dès le IIIe siècle.
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    Dieu, y es-tu? 38/68 11 – Étapes du développement du christianisme Le développement du christianisme s’est opéré dans le contexte de la Pax Romana. Au début de notre ère, du fait de la domination romaine on pouvait voyager en sécurité, de ce fait naquit une « économie monde » qui se développa pendant deux siècles avant de ressentir au milieu du IIIe siècle les effets des dissensions politiques et des invasions barbares. Un certain équilibre restauré au début du IVe n’empêchera pas l’économie de régresser rapidement jusqu’à la chute de l’Empire d’Occident en 476. D’après les estimations actuelles, à la fin du Ve siècle, 60% des personnes habitant les territoires de l’ex-Empire romain (Orient et Occident) étaient des chrétiens (au sens large), alors qu’à la fin du IIe siècle ils n’étaient que 0,4%. À l’époque de Jésus, les Juifs représentaient 8% de la population de l’Empire et pour les Romains dans un premier temps, les chrétiens relevaient d’une variante du judaïsme. Il faudra attendra la fin du 1° siècle pour voir une première mention distinguant les chrétiens des juifs. De la mort du christ à la fin du IIe siècle, le nombre de chrétiens passe de quelques dizaines à ~300 000 soit 0,4% de la population. Ils se concentrent dans quelques communautés urbaines, qui se trouvent (avec les noms des pays actuels) en Israël, Égypte, Liban, Syrie, Turquie, Grèce, Italie et Gaule où il y a 2 archevêchés (Marseille et Lyon). De 200 à 300 apr. J.-C., le nombre de chrétiens passe de 0,4 à 10% soit une augmentation annuelle de 3 à 4% qu’il est difficile d’expliquer, d’autant plus que les chrétiens, intransigeants sur leur non- participation aux cultes païens et leur dénonciation des inégalités de la société romaine, sont souvent dénoncés, parfois pourchassés, voir persécutés, même si certains empereurs sont plus tolérants (cf. édit de tolérance de Gallien en 260). Il faut noter qu’après l’assassinat de Commode en 192, il y a eu une guerre civile, et un peu plus tard une période anarchique de 235 à 285, pendant laquelle 22 empereurs issus de l’armée se sont succédé. Ces crises successives ont largement miné les institutions et les traditions romaines. De 300 à 350 apr. J.-C., le passage de 10 à 50% s’explique sans doute par le soutient des empereurs : autorisation du culte chrétien par Galère en 311 et surtout Constantin qui se fait chrétien et cherche à unifier les peuples de l’Empire dans un même culte qu’il favorise et qu’il cherche à instrumentaliser. L’intérêt d’une religion partagée est évident pour un dirigeant. De plus, il y a récupération des trésors des cultes païens que l’on a fini par interdire. Constantin créa une nouvelle monnaie d’or le Solidus (~4,5g d’or pur) grâce à la confiscation des importants stocks d’or thésaurisés dans les temples païens. Cette monnaie assura une stabilité, car elle fut émise dans une quantité considérable, elle sera d’ailleurs la valeur refuge de l’Empire byzantin jusqu’au XIe siècle. Constantin et son fils Constance II ont aussi par exemple subventionné les églises, pour s’occuper des pauvres, des veuves, des sans- emploi … Le bon peuple s’est rallié au culte des empereurs. 12 – Raisons du succès du christianisme Le développement du christianisme aux I° et IIe siècle se fait dans un monde ancien qui se caractérise par une harmonie religieuse, où tant de nations différentes et mêmes ennemies respectaient les religions des uns et des autres. Il y avait cependant un fort courant de scepticisme vis-à-vis de la multitude des dieux, mais les Romains étaient attachés à une maxime de tolérance universelle. Seuls les Juifs développaient un grand zèle à défendre leur peuple et leur religion avec peu de prosélytisme. Les chrétiens vont faire de même, mais eux avec un fort prosélytisme, ils vont même considérer les dieux païens comme des démons, professer une horreur de l’idolâtrie, et leur obsession de se conserver pur, les amène à être contre tout ce qui est associé aux jeux, aux théâtres, aux libations aux dieux pendant les repas, aux décorations des temples (statues …). Pour les pères de l’église de
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    Dieu, y es-tu? 39/68 l’époque, Apollon et les muses sont les agents de l’esprit infernal et la musique, la peinture, la poésie, l’éloquence ont des origines impures. Les premiers chrétiens avaient en horreur les fêtes associées à la religion romaine et menaient une guerre sainte contre l’empire des démons. D’autre part, y a un fort intérêt des populations pour cette religion qui se préoccupe plus des individus, apporte des réponses et des valeurs différentes des religions païennes (amour du prochain et amour de Dieu, recherche de la vérité, résurrection, immortalité de l’âme, paix entre les hommes). Il y a un prosélytisme très actif qui s’appuie sur des écrits, qui cible tout le monde et qui rencontre un écho favorable auprès de nombreux peuples aux cultures différentes au sein de l’Empire romain (44 territoires différents sous domination romaine), comme auprès des nombreux peuples barbares qui finissent par l’envahir (au moins 12 peuples différents). La doctrine d’une vie future a sans doute en particulier beaucoup plu. En effet, il existait bien dans l’antiquité des réflexions philosophiques au sujet de l’esprit qui devait être d’une substance différente du corps et être éventuellement immortel, mais la plupart des personnes rejetaient ces idées et aucun grand homme ne semble avoir envisagé ou craint une récompense, une punition après sa mort. Alors qu’avec le christianisme, il y a la promesse d’un bonheur éternel sous condition d’adopter la croyance et d’observer les préceptes de l’évangile. De plus pour les premiers chrétiens, il y a la croyance que la fin du monde est très proche et tous les problèmes de l’Empire, dont les attaques des barbares, étaient vus comme les terribles calamités qui annonçaient la fin du monde. À l’époque, la croyance/superstition en un don de l’église à faire des miracles a aussi compté. En effet, l’église depuis le temps des apôtres a toujours prétendu à une succession de pouvoirs miraculeux de certains de ces membres : don des langues, visions, prophéties, pouvoir de chasser les démons, de guérir les malades, de ressusciter les morts … La morale pure et austère des premiers chrétiens a aussi été un atout pour le prosélytisme. Les fidèles qui entretenaient un grand mépris du monde professaient des sentiments de patience, de douceur et d’humilité. Ils prenaient souvent au sens le plus littéral les préceptes rigides enseignés par Jésus et les apôtres que l’on a par la suite expliqués d’une manière moins stricte et plus figurée. Ils condamnaient les plaisirs et le luxe, le célibat était vu comme l’état qui approche le plus la perfection divine, le mariage était toléré, mais le divorce interdit, ils avaient une aversion pour les objets de guerre et de gouvernement et se détournaient du service de l’état ou de l’armée. Ils obtiendront même la suppression des jeux (Théodose 492). Le fonctionnement « républicain » de l’Église primitive a dû aussi plaire. Liberté et égalité primitive du gouvernement de l’église, les évêques et les prêtres sont au début élus annuellement, même si dès la fin du 1° siècle on constitua des magistratures perpétuelles, ce qui engendra un progrès de l’autorité épiscopale au détriment des paroisses. Il y avait aussi des conciles provinciaux et vers la fin du IIe siècle en Orient il y a des synodes provinciaux, même si par après on constate la prééminence des églises métropolitaines. D’un point de vue financier, on est passé de la mise en commun des biens, à l’acceptation que certains ne versent que des tributs. Du temps de l’empereur Dèce (251), l’opinion des magistrats était que les chrétiens de Rome possédaient des richesses considérables qu’ils distribuaient aux pauvres, même si certains évêques en profitaient pour leurs plaisirs. Au fil du temps, une organisation forte se met en place, se structure, résiste aux pressions des empereurs, aux querelles théologiques, aux querelles de pouvoirs en son sein, cumule les richesses et devient une institution puissante, stable, durable, avec un chef à sa tête (il y a eu jusqu’à présent 266 papes). L’église a en partie créé la religion chrétienne, en régissant les dogmes et les pratiques, ces dernières ont été, pour une grande majorité, inventées au fur et à mesure. On a même défini un mot pour caractériser toutes les affirmations ou déclarations théologiques qui ne dérivent pas de la révélation divine : un théologoumène (ex. la résurrection des corps).
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    Dieu, y es-tu? 40/68 Le christianisme s’est développé de façon extraordinaire en cinq siècles du fait : d’un contexte/marché favorable (tolérance en matière de religion, déclin de l’Empire romain) ; d’une doctrine/offre qui a séduit (valeurs, immortalité de l’âme, résurrection …) ; d’un zèle/pugnacité à combattre la concurrence (intolérance vis-à-vis des cultes païens et des variantes dans les interprétations) ; de premiers fidèles/affiliés prosélytes et exemplaires (qualité morale, vie austère …) ; d’actions/communications spectaculaires (miracles, pouvoirs miraculeux …) ; d’une organisation et des forces prosélytes rapidement structurées (évêques, prêtres, moines …) qui a su s’adapter au fil du temps. Tout cela m’amène à penser que le développement du christianisme est un chef-d’œuvre de marketing et de management. Pour le marketing (voir paragraphe précédent : contexte/marché, offre, forces prosélytes, pugnacité face à la concurrence, affiliés exemplaires, communications) et pour le management, il faut prendre en compte la résilience de l’organisation et sa capacité d’adaptation : au départ un monothéisme simple, à l’arrivée un mystère avec le père, le fils, le Saint-Esprit ; au départ une variante du judaïsme, puis jusqu’à Vatican II un antisémitisme chrétien ; au départ le rejet des idoles et de l’imagination superstitieuse des polythéistes, à l’arrivée toutes sortes de reliques, d’icônes sacrées ; au départ le rejet des hommes divinisés et des dieux privés comme ceux qui protégeaient les associations romaines, à l’arrivée des saints protecteurs (des métiers, des villes …) qui ont la même fonction ; au départ le rejet de la richesse, à l’arrivée une église richissime ; au départ pas d’intervention dans le domaine temporel (refus de servir l’état, l’armée …), à l’arrivée : croisades, inquisition … Le christianisme a su conquérir une suprématie sur le marché des religions, et a su durer en s’adaptant pour devenir quelque chose de très différent de ce qu’il était à l’origine avec les premiers chrétiens, c’est un chef-d’œuvre de marketing et de management. ***
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    Dieu, y es-tu? 41/68 Annexe – 1 L’Empire romain à la mort de Constantin en 337
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    Dieu, y es-tu? 42/68 Annexe – 2 Invasion barbares 375-476 Organisation de l’église à l’époque de Justinien 527-565
  • 44.
    Dieu, y es-tu? 43/68 Annexe – 3 Le développement du christianisme en résumé Le christianisme a su conquérir une suprématie sur le marché des religions, et a su durer en s’adaptant pour devenir quelque chose de très différent de ce qu’il était à l’origine avec les premiers chrétiens, c’est un chef-d’œuvre de marketing et de management. Pour le marketing : • Sur un marché existant certainement depuis toujours (l’homme se pose des questions : création … quid après la mort), et un contexte favorable dans les premiers siècles (tolérance en matière de religion, déclin de l’Empire romain), • Avec un produit, une doctrine/offre qui a séduit (valeurs, immortalité de l’âme, résurrection …), • Grâce à une force de vente de premiers fidèles/affiliés prosélytes et exemplaires (qualité morale, vie austère …), zélés, pugnaces à combattre la concurrence (intolérance vis-à-vis des cultes païens et des variantes dans les interprétations), • En développant des actions/communications spectaculaires (miracles, pouvoirs miraculeux …), • En structurant rapidement l'église (une organisation des forces prosélytes : évêques, prêtres, moines …), qui s’est adaptée au fil du temps. Pour le management, il faut prendre en compte la résilience de l’organisation, due à sa capacité d’adaptation, au départ : • Un monothéisme simple, à l’arrivée un mystère avec le père, le fils, le Saint-Esprit, • Une variante du judaïsme, puis jusqu’à Vatican II un antisémitisme chrétien, • Le rejet des idoles et de l’imagination superstitieuse des polythéistes, à l’arrivée toutes sortes de reliques, d’icônes sacrées, • Le rejet des hommes divinisés et des dieux privés comme ceux qui protégeaient les associations romaines, à l’arrivée des saints protecteurs (des métiers, des villes …) qui ont exactement la même fonction, • Le rejet de la richesse, à l’arrivée une église richissime, • Pas d’intervention dans le domaine temporel (refus de servir l’état, l’armée …), à l’arrivée : croisades, inquisition …
  • 45.
    Dieu, y es-tu? 44/68 Du Ve au XVe expansion et effondrement de l’empire chrétien unifié
  • 46.
    Dieu, y es-tu? 45/68 Introduction La période qui va du Ve au XVe siècle a vu l’effondrement de l’Empire romain d’Occident, l’effondrement de l’Empire romain d’Orient en 1453 avec la prise de Constantinople par les Ottomans et l’effondrement de l’Empire chrétien unifié. L’Empire romain d’occident s’effondre en 476 lorsqu’Odoacre, le chef du peuple germanique des Hérules à qui on a refusé le statut de fédéré, dépose le dernier empereur Romulus Augustule. Il sera lui-même battu et assassiné en 493, par le roi des Ostrogoths Théodoric soutenu par l’empereur romain d’orient Zénon. Si l’Empire romain d’occident a disparu, l’espace qu’il contrôlait est occupé par différents peuples (Ostrogoths, Wisigoths, Francs, Burgondes, Alamans …) qui sont chrétiens. Ainsi à la fin du VIe siècle le Christianisme reste la religion des nouveaux états, il a surmonté de nombreuses querelles théologiques, l’église est organisée, a consolidé son pouvoir et limite l’emprise des empereurs de Constantinople. Cependant, il faut noter qu’à cette époque le centre de gravité du christianisme est l’Orient, où l’on trouve 4 des 5 sièges patriarcaux et 49 des 75 sièges métropolitains. Les 9 siècles suivants vont voir Rome s’affirmer, prendre sa totale indépendance vis-à-vis des empereurs, imposer ses inventions, développer une théocratie pontificale qui finalement s’effondrera, après avoir notamment fait mener des croisades pour en partie répondre à l’Islam qui a impacté particulièrement l’Orient. La fin de la théocratie papale marquera aussi l’effondrement de l’empire chrétien unifié. Plan 1 – Rome prend son indépendance de Constantinople – p46 2 – Querelles entre l’orient et l’occident, notamment avec l’invention de la liturgie – p47 3 – Établissement du pouvoir du pape – p48 4 – Théocratie pontificale – p48 5 – Croisades – p49 6 – Défi islamique et recul du christianisme – p50 7 – Crise de croissance de l’occident chrétien – p51 8 – Effondrement de l’empire chrétien unifié – p52 Annexe 1 – L’Empire romain en 476 et l’organisation de l’église au VIe – p53 2 – Les Empires au IXe et les croisades à partir du XIe – p54
  • 47.
    Dieu, y es-tu? 46/68 1 – Rome prend son indépendance de Constantinople En matière de religion après 476, le contrôle impérial de l’occident et donc de Rome demeure une réalité politique, par exemple le choix du patriarche est fait par l’Empereur sur une liste de trois noms qu’il ne suit pas toujours, mais compte tenu des pressions que l’orient subit (Perses, Arabes, Slaves, Avars …), le patriarche de Rome échappe petit à petit à l’empereur, et finalement à partir de 740, l’investiture du pape par Constantinople ne fut plus demandée. La période du VIIe au XIe siècle est dominée par l’expansion franque en Europe. Le pape ne s’appuie plus sur Constantinople et s’allie en 754 avec les Francs contre les Lombards. Le christianisme s’étend au-delà du périmètre de l’ex-Empire romain d’occident, du fait des conquêtes et des missions des Francs : Germanie VIIIe, Scandinavie IXe-Xie, Bulgarie IXe, nombreux peuples slaves IXe-Xe, aux environs de l’an mil la conversion de l’Europe centrale est achevée (Otton III). Charlemagne a considéré l’église comme un instrument administratif, voire militaire, de l’extension de son pouvoir dans les terres conquises (avec violence, politique de soumission et conversions forcées). Le système politique de l’empire carolingien imitait très consciencieusement celui de la Rome antique, avec comme modèle Constantin 1° et Théodose 1° : sacralisation du pouvoir royal, le roi recevant son autorité de Dieu, menant une politique de conquête et de christianisation. Beaucoup de rois prenaient Josias pour modèle (réformateur du code dans l’Ancien Testament) et Théodose (droit romain). Ils considéraient que l’observation de la foi et l’adoption d’attitude chrétienne étaient de leur responsabilité. Ce sont les Carolingiens qui ont donné à l’église sa place privilégiée. De ce fait, il y eut un renforcement des liens rois carolingiens / papes, certains papes furent même choisis par des rois, mais tous revendiquèrent leur indépendance/prérogatives une fois élus. Du VIIIe au IXe siècle, les Carolingiens firent des efforts pour : unifier la chrétienté occidentale ; avoir des textes, notamment la bible, sans erreurs de copistes et en accord avec le Saint-Siège, alors qu’il existait une grande variété de textes « corrigés » ; uniformiser les pratiques (rites, liturgie), chasser les pratiques non romaines et idem pour les chants avec la naissance des chants grégoriens. Concrètement, les Carolingiens promeuvent une réorganisation avec la politique culturelle suivante : 1 langue, 1 liturgie, 1 règle monastique, des jeux communs avec les savants et les artistes, des efforts pédagogiques avec la création de la minuscule caroline, moins noble que l’onciale, moins savante que la minuscule mérovingienne, cette écriture cursive est un excellent instrument de multiplication des textes. On fixe aussi par exemple quelques rituels qui comme celui de la messe ne changeront pas jusqu’aux années 1960 et on instrumentalise l’art. En gros, il s’agit d’une synthèse avec beaucoup de reprises des Mérovingiens, on fait du neuf avec de l’ancien et on tire un trait sur l’antiquité. Cependant, des habitudes locales perdurent, la variété était encore grande au Xe et XIe, mais Rome s’impose comme le point de référence, le langage latin y a joué un rôle, le latin était courant, le français n’émerge qu’à partir du Xe. La décision des Carolingiens de revenir à un Latin « classique » précipite la séparation entre la langue du culte et les langues vernaculaires romanes. Enfin, malgré la fin de l’unité politique du monde franc, il y aura un prolongement de l’œuvre carolingienne dans un occident désuni, les acquis carolingiens étant assimilés, améliorés, diffusés.
  • 48.
    Dieu, y es-tu? 47/68 2 – Querelles entre l’orient et l’occident, notamment avec l’invention de la liturgie Les chrétiens ont commencé à se diviser dès le IVe quand ils sont sortis de la clandestinité, avec de façon non limitative : • La querelle sur l’énergie unique du christ, le monoénergisme, une première version de monothélisme qui a donné lieu à des persécutions (un pape arrêté, un prélat mutilé …) ; • Le filioque : le dogme de la trinité avec le Saint-Esprit, qui dépend du père et du fils (occident), alors que pour les Grecs (orient), il ne dépend que du père (père incréé, responsable du fils, le Saint-Esprit est une projection du père) ; • L’iconoclasme : l’orient est contre les icônes, l’occident est pour (780 fin de l’iconoclasme en orient, retour de l’iconoclasme, puis restauration des icônes en 843) ; • De nombreuses différences : des langues (3 langues sacrées pour s’adresser à Dieu : hébreu, grec, latin), des pratiques (pain levé …), des monachismes … • Enfin avec la primauté revendiquée par Rome. L’invention de la liturgie a entretenu les conflits. Au VIIe il n’existe pas de liste des sacrements, il faudra attendre le XIIe pour avoir la liste des 7 sacrements : • Baptême des enfants : à la mort de Charlemagne (814), les barbares sont presque tous chrétiens, le baptême des enfants devient la norme (Pâques ou Pentecôte) ; • Onction des malades, dont le bébé mal en point à la naissance ; • Réconciliation/pénitence : jusqu’à la fin du VIe, une seule réconciliation est possible (on attendait donc le plus possible). Changement au VIIe et possibilité de recours multiples aux prêtres. Latran IV en 1215 recommande la confession une fois par an. La confession est un moyen de pression avec l’excommunication sur ceux qui ne se présentent pas ; • Eucharistie : la messe contribue à constituer un corps social. Au moyen âge la communion est rarissime (jusqu’à Vatican II, très rare). 1215 le concile de Latran recommande aux fidèles une fois l’an, les Dominicains 3 fois. VII-VIIIe, usage de faire des messes pour les morts (30 en 30j) et le défunt est assuré de sortir du purgatoire. La confession et la communion sont les signes de l’appartenance effective à la communauté chrétienne ; • Confirmation (par l’évêque), du baptême qui n’a pas été fait par l’évêque. On ne sait pas à quoi elle sert ; • Ordination ; • Sacrement du mariage : en 888/889 la cérémonie du mariage devient obligatoire pour le légitimer. Il est possible pour un homme de se marier 2 ou 3 fois s’il n’a toujours pas de descendant, mais le 4e mariage est totalement interdit. Le mariage est une sanctification de la vie laïque. Au départ, une affaire laïque tolérée (droit romain, coutume germanique), le divorce n’est pas admis. Le mariage devient un sacrement à partir du XIIIe avec des règles (pas d’inceste, pas d’exogamie religieuse, pas d’endogamie familiale …), pour les hommes 14 ans, les femmes 12, publicité de la cérémonie pour faciliter les enquêtes, consentement ou consommation (la relation sexuelle achève le processus). Entre Rome et Constantinople il y a eu de nombreux schismes, notamment en 867, 1054, 1204, et au XIIIe le problème du purgatoire, le mot lui-même étant apparu en 1170. Il y eut de nombreux conciles pour recréer une unité, mais en vain. On vit l’apparition de la notion de décision canonique (décision qui crée le droit). Les conciles permirent de contenir des schismes (monothélisme, iconoclasme …), mais si la séparation entre l’orient et l’occident ne s’est pas faite là (IXe/XIe), c’est que les communautés étaient confrontées à des problèmes plus cruciaux : communautés sous le joug islamique, conversion des Bulgares, des Vikings et autres peuples.
  • 49.
    Dieu, y es-tu? 48/68 3 – Établissement du pouvoir du pape Dans les conciles, l’évêque de Rome a toujours été assis à la droite de l’empereur. Dès l’empereur Gélase 1° (492-496) il y a séparation des pouvoirs, mais aussi une collaboration avec les autorités. À l’issue du 1° millénaire, la primauté pontificale est acquise. Les papes s’arrogent le droit exclusif de juger, de déposer les évêques et imposent leur suprématie hiérarchique dans le clergé pour traiter les problèmes de l’époque : concubinage des prêtres (nicolaïsme), trafic des charges, des sacrements, recherches de richesse (simonie). En 160 ans, du Xe au début du XIe siècle, 45 papes vont se succéder, certains accusés de licence morale et de corruption politique, mais ils étaient résilients et avaient toujours pour but d’augmenter l’autorité papale. La réforme grégorienne a été un processus d’émancipation de l’église par rapport à la cour impériale afin de dégager les clercs de l’emprise des laïcs. Cette réforme a été portée par différents papes : Léon IX, Nicolas II, Alexandre II, Grégoire VII (grand promoteur à qui on attribuera la paternité de la réforme grégorienne). Le pape (Grégoire VII – 1015-1085) revendique l’héritage impérial à partir d’un faux texte disant que Constantin aurait donné le pouvoir aux papes sur l’occident. Il défend la primauté du spirituel sur le laïc, la supériorité du pape sur tous les monarques, le pouvoir des rois n’est légitime que s’il est mis en place avec le pape, sinon excommunions de rois et impositions de repentances. Grégoire VII a même eu un projet de croisade qui ne sera pas réalisé. Du XIe au XIIIe se construit la monarchie pontificale, la réforme grégorienne est censée s’achever en 1122, mais l’impulsion se poursuit jusqu’au XIVe. Cependant, tout cela n’a pas été simple, il y a eu entre autres 50 ans de lutte entre empereurs et grégoriens avec à un moment donné jusqu’à 6 papes concurrents nommés par des laïcs, des excommunications de rois, d’empereurs. En parallèle, pour atteindre son objectif pastoral et moraliser la société, la papauté s’est organisée pour déployer son autorité sur tout le monde : centralisation monarchique au profit du pape. En matière de droit et juridiction : le pape est la source de la loi (nombreux conciles, multiplication des décrétales). Le pouvoir laïque et le peuple sont censés être soumis aux clercs (eux-mêmes ayant une règle stricte), avec pour objectif d’établir une société chrétienne, au moyen d’un encadrement social contrôlé par l’église. Cependant, la pression pour une autonomie des clercs et la multiplication des frictions avec les autorités laïques se sont finalement traduites par une autonomisation des autorités laïques. 4 – Théocratie pontificale La papauté fait reconnaître le pouvoir de l’église sur l’ordre normatif de l’humanité et impose le légalisme médiéval : « l’église est la maîtresse du droit romain par donation de Constantin ». Le pape ne doit être jugé par personne. La papauté succombe à la tentation du "dominium mundi "(la domination du monde, en matière de suprématie politique et spirituelle). Le gouvernement pontifical du monde se traduit par une harmonisation de la liturgie, une uniformisation juridique de l’ensemble de la chrétienté dont l’Espagne reconquise qui abandonne les pratiques wisigothiques, de nombreux conciles dans les années 1070/1080 pour mieux unifier la chrétienté, la fondation de l’inquisition (1231-1233), et les terres reprises aux musulmans sont considérées comme appartenant à l’Église, les monarques qui les gèrent étant les vassaux du pape. Enfin, dès la fin du XIe, les croisades furent pour les papes un moyen de galvaniser les énergies chrétiennes latines, de resserrer les rangs et de se poser face aux autres mondes.
  • 50.
    Dieu, y es-tu? 49/68 La croisade fut un moyen d’unifier la chrétienté, de construire une Europe chrétienne. Il a existé des croisades contre des chrétiens, notamment lorsqu’il y a eu plusieurs papes concurrents, des croisades contre les hérétiques (divergences doctrinales) albigeois, hussites … 5 – Croisades Du VIIe au Xe, les chrétiens subissent des déconfitures face aux musulmans sur terre comme sur mer, mais cela change du fait de la rivalité des 3 califats et de la décomposition du royaume d’Espagne en petits royaumes. Première croisade Urbain II appelle à délivrer Jérusalem (18/11/1089), les foules crient « Dieu le veut ». La 1° croisade s’effectue par voie terrestre, Antioche est prise en 1095 (tous les musulmans et les juifs sont massacrés), Jérusalem est prise en 1099. Les musulmans qui ne vivaient pas dans les villes qui ont résisté purent continuer à vivre normalement. Il y a création de 4 états latins comptant 140 000 Occidentaux qui représentent 20% de la population locale. Tout cela vit sous perfusions militaires, financières de l’occident et sous la pression des musulmans (djihad). Les croisés massacrent des juifs en différents endroits en Europe. Les croisés sont censés avoir une vie ascétique, les croisades devant apporter la rémission des péchés, des indulgences, des pardons … cependant des bordels itinérants les accompagnent. En fait, seuls les grands profitent financièrement des croisades ainsi que les marchands (Gêne, Venise, Pise). De l’organisation d’une croisade D’abord, il faut soulever l’enthousiasme (lettres, prêches …), puis faire prononcer des vœux (on est excommunié si pas accompli, lettre pour prouver sa participation), remettre des croix, des objets, de l’eau bénite. Il existe des ventes de dispenses papales qui amènent des financements. Les biens des familles sont sous la protection de l’église à partir de la prise de la croix (dettes reportées, exemption de péages, accueils …). Au niveau du coût, cela représente pour un paysan ~1 an de revenu, 5 ans pour un chevalier, plus pour un seigneur, mais les vassaux financent le seigneur. Les rois créent des impôts (10%), les papes imposent les clercs (10%), tout cela participe à la création du premier système fiscal général en occident. Les croisades : de la guerre licite à la guerre sanctifiée Les premiers chrétiens étaient d’un pacifisme radical, mais devenu religion d’État, il y a eu une réflexion sur la violence légitime et un parallèle avec le djihad. Ainsi Saint Augustin prône la défense de l’empire chrétien, ceci sera réactualisé par les Carolingiens qui se veulent le bras armé de l’église. Cette violence licite demande une pénitence au soldat meurtrier, cependant des guerriers sont canonisés et des combattants des hérétiques deviennent saints et martyrs. Dans la guerre, il est impératif de respecter les biens de l’église et de ne pas s’en prendre aux inermes (personnes sans arme : veuve, orphelin, paysan, marchand, pèlerin). Il y a des périodes interdites à la guerre : trêve de Dieu. L’église assure la vie éternelle à ceux qui meurent pour la vérité de la foi (les soldats craignaient de mourir avant d’avoir fait pénitence), puis le soldat mort pour la cause papale est considéré comme martyr. Il est aussi possible d’accomplir une pénitence sous forme guerrière. Le concept de guerre sainte est à maturité dès Grégoire VII. L’église dit que Dieu punit les chrétiens coupables en donnant la victoire aux musulmans, mais que si les chrétiens se réforment, la victoire est au bout de la guerre sainte de reconquête. Pour rivaliser avec le djihad, on fait des soldats morts aux combats des bienheureux, mais la conversion forcée est illégale en raison du droit de tout homme au libre arbitre. La lutte armée pour une cause juste (veuve, orphelin …) devient un ministère (bénédiction des chevaliers, des armes …). Tout cela aboutit aux ordres militaires (concile de Troyes en 1129), ces derniers attirent des fonds, conquièrent des territoires
  • 51.
    Dieu, y es-tu? 50/68 (notamment lors de la reconquête de l’Espagne. Cependant sur la fin du XIIIe on cherche partout à s’en débarrasser (cf. Philippe le Bel et les Templiers). Les autres croisades • 2e croisade : elle est conduite par les rois de France (Louis VII et Aliénor d’Aquitaine) et d’Allemagne, c’est un échec. Saladin (d’origine kurde) reprend Jérusalem en 1187 • 3e croisade : Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste, Frédéric 1° (Barberousse) … reprennent Acre en 1191, et signent un traité avec Saladin • 4e croisade 1202 : prise et mise à sac de Constantinople par les croisés latins qui s’y installent, ils en seront chassés par l’Empereur byzantin en 1261 • 5e croisade 1217 : échec • 6e croisade 1228 : reconquête de Jérusalem qui sera reprise par les Turcs en 1244 • 7e croisade 1248 : conduite avec Saint Louis, elle ne donne rien, la situation s’étant compliquée du fait des Mongols • 8e croisade 1267 : Saint Louis attaque Tunis (pourquoi ?) et meurt d’une épidémie. À noter qu’en parallèle des dernières croisades, les Mamelouks reprennent Antioche, Acre, Césarée, ne restait que Chypre jusqu’en 1489. Tous les ordres militaires se retirent. Il y a une lutte contre les Ottomans (plaine danubienne, Balkans), la perte des comptoirs des Génois et des Vénitiens, de nombreuses autres opérations militaires, mais sans inversion du rapport de force défavorable aux Occidentaux. Il faudra attendre 1571 (Lépante) et 1683 (Siège de Vienne). La reconquête de l’Espagne a été faite principalement par des Espagnols, mais cela était vu par le pape comme une croisade. L’Estonie, les pays baltes (Lettonie, Finlande) eurent aussi leurs croisades, avec des ordres locaux comme les chevaliers teutoniques. 6 – Défi islamique et recul du christianisme Lors de la conquête arabe (à partir de 630), il existe des Arabes christianisés dans différentes régions, des peuples comme les : Ghassanides (Syrie), Lakhmides (Arabie), Banu Taghlib (Mésopotamie), Tanakh … et beaucoup font l’objet de conversion forcée à l’islam. L’Afrique du Nord est conquise de 639 à 717. L’évolution du christianisme en terre d’islam fut différente d’une région à l’autre. Au début, les Arabes s’appuient sur l’organisation chrétienne et prélèvent des impôts, puis à la disparition des différents califats, l’organisation est très décentralisée et l’organisation chrétienne se dissout. Le chrétien en terre d’islam est certes protégé, mais avec un statut inférieur légal (sociétés protégées soumises à un statut d’infériorité). Les chrétiens lors de la conquête pouvaient être dépossédés de leurs biens, avaient interdiction de monter à cheval et de porter des armes. Un musulman pouvait épouser une chrétienne, mais un chrétien ne pouvait pas épouser une musulmane. Il y a au Moyen-Orient de 1003 à 1021 des persécutions. Bien loin de s’unir contre l’Islam, les chrétiens orientaux (nestoriens, melkites, monophysites, jacobites, coptes …) demeuraient divisés. Pour eux la conquête arabe est un châtiment de Dieu, Mahomet l’antéchrist est précurseur de la fin des temps.
  • 52.
    Dieu, y es-tu? 51/68 Les églises chrétiennes orientales : • Église monothélite (ou maronite) : le christ à une nature double (humaine/divine) et il n’y a qu’une seule volonté divine • Église grecque chalcédonienne (ou melkite) : l’Esprit saint procède du père, mais ils sont contre le filioque de Charlemagne (l’Esprit saint procède du père et du fils) et contre l’iconoclasme • Église monophysite d’Égypte (ou copte) : le christ n’a qu’une nature • Église monophysite syriaque (jacobite) : était contre Byzance et ont favorisé les Arabes • Église syriaque orientale (ou nestorienne) : le christ à deux natures, une humaine et une divine (dyophysisme). Communautés chrétiennes en terre d’islam : • Des communautés chrétiennes résistent (églises syriennes, coptes, melkites, chaldéennes, maronites, arméniennes, géorgiennes), restent chrétiennes, mais au prix de grandes épreuves ; • L’Éthiopie reste catholique, mais au prix de grandes épreuves • En Nubie, c'est la fin de la chrétienté • Des chrétientés d’Asie et d’Extrême-Orient seuls subsistent la chrétienté indienne (le Khan de la horde d’Or s’étant converti à l’islam et Tamerlan portant l’islam sans la tolérance habituelle des Mongols traditionnellement animistes) • La terre sainte accueille des chrétiens pour des raisons politico-commerciales • Le christianisme maghrébin n’a pas laissé beaucoup de traces • Les Mozarabes en al-Andalus, des chrétiens convertis à l’Islam par intérêts, mais qui restent assez indépendants. Ce sont des chrétiens qui ne veulent pas de confrontation, mais la langue arabe s’impose d’où l’appellation de Mozarabes • Il y a eu une émigration continuelle des chrétiens vers le nord depuis le VIIIe • L’islamisation est plus ou moins rapide, en fonction de la plus ou moins solide christianisation des territoires, et l’arabisation a été plus ou moins facilitée selon les endroits, par exemple le Syriaque, une langue sémite, était proche. Apport du christianisme dans le monde arabe : • Sources chrétiennes de l’islam • Il existe des parallèles entre le Coran et diverses branches du christianisme : monophysisme abyssin et surtout nestorianisme syriaque • Influence chrétienne sur l’islam, sur la civilisation islamique • Chrétiens et musulmans : débats sur trinité et incarnation, négation de la crucifixion et de la réincarnation • De nombreux éléments de la vie de Mahomet sont les pendants de la vie de Jésus • Mahomet : une venue non annoncée, pas de miracles, les récits de ses activités ne viennent pas d’un terrain fiable, des erreurs historiques dans le Coran (ex. Marie/Miriam) • Traduction du Coran en Latin au XIIe • Les minorités musulmanes en terre chrétienne sont plus ou moins bien traitées par les autorités civiles, et mal traitées par le clergé (par les moines clunisiens par exemple). 7 – Crise de croissance de l’occident chrétien De 1309 à 1378, les papes toujours reconnus comme unique chef de l’Église résident à Avignon, mais Grégoire XI meurt le 27/03/1378 et il a deux successeurs l’un Urbain IV élu à Rome, l’autre Clément VII à Avignon, c’est le grand schisme. Les papes en Avignon sont sous la « dépendance » du roi de France et celui de Rome sous la pression des familles nobles de Rome, cela durera jusqu’en 1418. À Avignon, les papes ont développé une gestion centralisée qui sera copiée par les souverains laïcs qui remettront
  • 53.
    Dieu, y es-tu? 52/68 en cause la grande centralisation des pouvoirs du pape, développeront des intérêts nationaux et des églises nationales de plus en plus autonomes vis-à-vis du pape. Martin V (1417-1431) a tout fait de Rome pour que l’église soit reconnue comme un état, en développant un jeu commun et des pratiques communes entre les princes et l’église, en particulier des bonnes façons de centraliser notamment en matière de fiscalité, en augmentant la présence de l’église dans les états, en acceptant des églises d’état avec des spécificités nationales, en promouvant la religion comme garantie d’une cohésion maximale de toute communauté politique, l’église et l’état en tant que structures complémentaires du contrôle social. 8 – Effondrement de l’empire chrétien unifié 1440 : démonstration que la donation de Constantin est un faux Constantin était censé avoir donné au pape Sylvestre le pouvoir sur l’Occident et la papauté en usa à partir de l’an mil pour justifier ses prétentions politiques. L’humaniste Laurent Valla démontre en 1440 que la donation de Constantin est une tromperie. Cette démonstration est considérée comme l'acte fondateur de la critique moderne des textes (religieux ou autres). 1453 : disparition de l’Empire grec et création de l’Empire ottoman Le Moyen-Orient est contrôlé par les Mamelouks, les ordres militaires chrétiens sont partis. Constantinople, pris par les croisés en 1204, repris en 1261 par l’Empereur qui s’était réfugié à Nicée, vit sous la pression des Latins de Rome et la menace des Turques. Rome conditionne son aide militaire à un retour à l’obédience de Rome [problèmes principaux : le filioque (la trinité) ; les azymes (azyme latin/pain normal en orient) ; le primat du pape ; le purgatoire]. Il y a une union éphémère, à la suite de contacts officieux avec un parti favorable à l’union menant au concile œcuménique de Ferrare (Florence 1438/1439) qui traite de quatre questions : l’Esprit saint ; l’eucharistie ; le purgatoire ; le primat du pape. On arrive à une union, mais dix ans après il n’y a pas d’application côté grec. La prise de Constantinople par les Ottomans en 1453 met fin à tout. Le pape Pie II a voulu réagir, mais il n’y a pas eu de croisade. Extension de l’Empire ottoman Après la chute de Constantinople, la majorité des Grecs rejette l’union avec Rome et accepte la domination ottomane (plutôt le turban des Turques que la mitre des Latins), ceux qui sont favorables se réfugient en Italie. Il y a des luttes contre les Ottomans dans la plaine danubienne et les Balkans, la perte de comptoirs génois et vénitiens, de nombreuses opérations militaires, mais sans inversion du rapport de force favorable aux Ottomans, il faudra attendre le XVIe (Lépante …). La création de l’Empire ottoman signe la disparition de l’empire grec, des monarchies chrétiennes dans les Balkans. Les Ottomans au XVe ont conquis le monde grec et au XVIe se sont attaqués aux Latins. 1547 : Ivan le Terrible se fait couronner empereur de la 3e Rome En 1448, l’Église russe prend son indépendance, prêche la guerre contre les Mongols et non plus la soumission. En 1480, Ivan III s’émancipe du joug mongol. En 1552 les Russes prennent Kazan la capitale tatare (équivalent à la prise de Constantinople par Mehmed II), il y a des conversions forcées jusqu’en 1563. Pour célébrer la prise de Kazan, on construit à Moscou l’église du Bienheureux Basile. La Russie devenue religieusement autonome se déclare la 3e Rome. Plus tard, les Russes s’attaqueront aux Polonais (Latins).
  • 54.
    Dieu, y es-tu? 53/68 Annexe 1 Organisation de l’église à l’époque de l’Empereur Justinien (527 – 565)
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    Dieu, y es-tu? 54/68 Annexe 2 Les Empires au IXe siècle Les croisades
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    Dieu, y es-tu? 56/68 Préface Pour réaliser cette quatrième note de synthèse, je me suis principalement fondé sur le tome 2 de l’Histoire générale du christianisme et quelques recherches internet. Ce tome 2, s’est révélé d'une qualité moindre que le tome 1 qui m’avait servi pour les notes 2 & 3, il défend surtout le point de vue catholique et occulte de nombreux faits importants comme le comportement lamentable du pape Alexandre VI, les crimes des guerres de religion, la responsabilité de l’église dans les nombreux travers de l’ancien régime, dans les exactions des colonisations … L’étude de l’histoire du christianisme dans la période qui va de la Renaissance à nos jours m’a donc apporté beaucoup moins de plaisir. Les notes qui suivent rapportent qu’après la chute de l’empire chrétien unifié au XVe siècle, la décomposition a continué dans le cadre de la Renaissance, du temps des lumières, avec respectivement la réforme et la Révolution française qui a exporté ses idées, puis sous les coups de boutoir du libéralisme, du communisme, des guerres mondiales … Finalement, cette période marque la fin de l’emprise chrétienne sur les sociétés. Plan 1 - Trois siècles du temps de la Renaissance à la Révolution française – p57 11 – L’éclosion du protestantisme – p57 12 – Les guerres de religion en France - p58 13 – Le christianisme dans le monde – p58 14 - La place des églises dans la société – p59 15 - Les religions face aux lumières – p60 16 – Les religions face à la révolution – p60 2 - Le christianisme de la révolution de 1789 à Vatican II - p61 21 - Le christianisme et la Révolution française -p61 22 - Le christianisme et les États – p61 23 - Le christianisme, le libéralisme et la guerre – p62 24 - Le christianisme et le communisme – p62 25 - Le christianisme et Vatican II – p63 Annexes : 1 – Diffusion de la réforme et des lumières – p64 2 – Révolution – Restauration – p65 3 – Christianisme dans la société et liberté religieuse dans le monde – p66
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    Dieu, y es-tu? 57/68 1 - Trois siècles du temps de la Renaissance à la Révolution française 11 – L’éclosion du protestantisme Alors que l’empire chrétien unifié s’effondre en parallèle de la chute de Constantinople et que la guerre de Cent Ans prend fin (1453), le monde de la fin du XVe et du XVIe vit des évolutions majeures : techniques (poudre à canon, imprimerie, canaux à écluse …) ; intellectuelles (traduction d’Archimède, livre de Vésale en médecine, Copernic …) ; religieuses (grands débats sur les écritures, réforme …) ; géopolitique (découverte de l’Amérique, route des Indes …) …, c’est une période que l’on connaît sous le nom de Renaissance. Dans ce contexte la théologie va finir par être contestée en tant que forme suprême du savoir au profit des sciences naturelles. Cependant dans un premier temps sur le terrain de la religion il y a eu de fortes tensions, amorcées en Espagne par les Rois Catholiques (répression des juifs, création de l’inquisition), en France (dénonciation des maux de l’église : absentéisme, cumul des bénéfices …) en Italie où le pape Alexandre VI a bien écorné l’image de la papauté (nombreux enfants dont certains durant son pontificat, simonie, corruption, népotisme, exécutions d’opposants, organisation de fêtes orgiaques …). L’église est consciente d’un besoin de réformes (structure, mauvaises habitudes …), mais personne ne veut l’imposer, on cherche à convaincre, on fait quelques évolutions qui mettront un ou deux siècles pour être généralisées. Les réformes catholiques traitent des problèmes de comportements pas de foi et la contre-réforme qui sera menée sera répressive avec notamment l’inquisition. Dans l’espace germanique, c’est le temps de la réforme qui émerge entre 1517 et 1555 essentiellement en milieu urbain, à partir des écoles cathédrales qui existaient depuis le XIIe, mais qui ont fini par accepter des laïcs. Luther (1483 – 1546) était un étudiant laïc qui dans un moment d’angoisse, à l’occasion d’un orage, en appelle à Sainte-Anne et promet de se faire prêtre. Il sera excommunié en 1521 après avoir publié 95 thèses remettant en cause la pratique des indulgences, le purgatoire, le libre arbitre de l’homme … Protégé par le Prince électeur de Saxe, Luther traduit l’Ancien et le Nouveau Testament en allemand. Au nom de la réforme, on sécularise des terres ecclésiastiques, des paysans se mettent à avoir le même type de revendication, il y a aussi des révoltes de chevaliers … et bien évidemment des répressions sanglantes. À Zurich, Zwingli (1484-1531) promeut des réformes proches, mais différentes de celles de Luther. Des mouvements analogues ont lieu à Bâle, à Strasbourg, dans les vallées des Alpes. En Angleterre, Henri VIII (1491-1547) veut se remarier et prend son indépendance vis-à-vis du pape, mais ce sont des hommes de Cambridge qui l’orientèrent vers le protestantisme. Le fisc royal d’Henri VIII encaisse les sommes avant versées au Pape. L’Écosse passe à la réforme entre autres pour des raisons politiques. Danemark, Suède, Norvège passent à la réforme. À noter que là où le protestantisme a établi ses points d’ancrage durables, ce sont les institutions politiques qui ont pris en main l’aspect religieux. Dans l’espace de langue française, on note des prémices à Meaux, mais c’est surtout Genève qui est passée à la réforme par l’action de Guillaume Farel, même si c’est Calvin (1509-1564) qui va devenir la grande figure. Calvin aurait eu la mission de Dieu de réformer l’église, de faire en sorte qu’elle se retire de la sujétion, de la tyrannie papale, que les chrétiens abandonnent les mauvaises craintes (Dieu est bon), qu’ils se comportent en fils et non en esclaves du Bon Dieu. Pour lui l’église est l’interprète de la bible, de la parole de Dieu, il y a prédestination à l’élection ou au rejet de la vie éternelle, c’est du
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    Dieu, y es-tu? 58/68 ressort de la volonté divine et il réfute l’élection par les œuvres ou les mérites. Cela diffère de la position catholique où Dieu se contente de maintenir la liberté de l’homme, même s’il concourt à tout acte humain, car la volonté n’agit que si elle est mue par Dieu, mue par la cause première de la volonté humaine libre. 12 – Les guerres de religion en France En France l’intérêt que porte la noblesse aux idées nouvelles se traduit par une première manifestation du protestantisme politique avec la conjuration d’Amboise en mars 1560 qui visait de réaliser un coup d’État contre le jeune Roi de France François II. Une répression a suivi, et dans l’optique de faire une conciliation des états généraux sont tenus à Orléans à partir de décembre 1560, et si l’édit de juillet 1561 n’accorde pas la liberté religieuse, il fait reculer les persécutions. Cependant, il y aura en France huit guerres de religion qui se sont déroulées en trois grandes phases : premièrement de 1562 à 1572 ; deuxièmement de 1573 à 1584 ; troisièmement de 1585 à 1598. Les guerres de religion prennent fin grâce à Henri IV qui promulgue en avril 1598 l’édit de Nantes qui accepte en France une deuxième religion, mais interdit les pasteurs étrangers. Au niveau de l’église, il y a bien quelques réformes en 1615, mais le Roi continue de nommer les évêques et le parlement résiste au centralisme de Rome. Les guerres ont terriblement appauvri la France, les historiens ont du mal à estimer le nombre de morts qu’elles ont généré. Finalement, il est admis que la population a régressé passant de 17/18 millions à 16 en 1600 du fait des guerres directement, indirectement du fait des famines, de la peste, des conditions climatiques, comme le très rigoureux hiver 1594-1595 ... Une deuxième religion est donc acceptée en France, mais en 1680, il ne restera que la moitié des temples qui existaient en 1598 du fait de la Politique de Louis XIV contre les protestants et en 1683 seulement 1/3 des droits d’exercices autorisés par l’Édit de Nantes sont encore valables. Finalement, en 1685, l’édit de Fontainebleau révoque l’édit de Nantes. Il y a alors restauration d’un protestantisme clandestin, des représailles et 10 000 personnes sont déportées soit 1% des protestants. Il faudra attendre Voltaire et son intervention dans l’affaire Calas (1761-1765) pour que l’image des protestants change de séditieux en victimes. En 1788, à la veille de la révolution, il y a en France environ 600 000 protestants encadrés par 150 pasteurs. 13 – Le christianisme dans le monde En parallèle des événements ci-dessus évoqués, le christianisme s’est répandu dans le monde à partir d’une bulle papale de 1433 qui a partagé le monde entre le Portugal et l’Espagne (traité de Tortillas) et les découvertes de la route maritime des Indes, de l’Amérique … La christianisation de l’Amérique du Sud a été l’occasion de nombreuses exactions tant des colons que des missionnaires. La mort de nombreux Américains du Sud du fait de microbes est à l’époque vue comme l’expiation des péchés de leurs ancêtres. Des lois protègent, mais infantilisent les Indiens, par exemple au Pérou où l’inquisition est à la manœuvre (200 exécutions et de nombreux morts en prison), notamment contre la pratique du concubinage et le laxisme des mœurs. L’évangélisation du continent nord-américain ne fut pas une réussite. La christianisation de l’Asie (XVII/XVIIIe) a suscité des espoirs et des déboires : nombreuses antennes portugaises, évangélisation des Philippines par les Espagnols, persécution des chrétiens au Japon, les missions amorcées par Rome présentent un bilan modeste dû à la mauvaise formation du clergé et à des problèmes liés aux rites.
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    Dieu, y es-tu? 59/68 Le protestantisme n’a quasiment pas touché la Russie qui a créé son patriarcat en 1539. Les Russes qui ont en partie gagné la guerre russo-polonaise (1654-1667) ont respecté la liberté des traditions des régions conquises. Enfin, les Ottomans refluent d’Europe à partir du XVIIe, mais les chrétiens d’orient (églises syriennes, melkite d’Antioche, Orthodoxe …) ont dû continuer à survivre sous le joug du croissant avec le statut de dhimmi (personne soumise à un impôt spécifique du fait de ne pas être musulmane). 14 - La place des églises dans la société L’église est alors en compétition, en concurrence, avec les états (justice, taxes pour les pauvres …) et avec la science (surnaturel, miracles …), pour le contrôle de la société. Elle a la main mise sur l’éducation des princes, des élites, sur les confesseurs des rois, sur la direction de conscience … Cependant, le contrôle est différent dans les villes et dans les campagnes où persiste des croyances magiques anciennes (depuis des millénaires), confortées par la promotion des miracles, l’ostentation de reliques, les processions, le dualisme Dieu/Diable, les exorcismes et une vision du monde imprégnée de forces occultes, animistes, de divinités campagnardes. Dans ce contexte, se développeront des persécutions relatives à la foi, beaucoup en Espagne du fait de l’inquisition, peu en Italie et relatives à la sorcellerie, beaucoup autour du Rhin (150km de part et d’autre) ou dans les petits pays, petits états, villes indépendantes et moins dans les grands pays (Angleterre, France, Hollande, Espagne) où les juges professionnels ont cherché à limiter les abus. Cependant, entre 1400 et 1750, environ 100 000 personnes furent accusées de sorcellerie en Europe, 40 à 50% furent exécutées (75% étaient des femmes). Beaucoup de personnes accusées de sorcellerie étaient des guérisseurs. En Europe, les différences religieuses (catholiques, protestants) viennent de, suivent ou impliquent les divisions politiques : le Nord est protestant, le Sud est catholique. En 1648, le traité de Westphalie, qui met fin à la guerre de Trente Ans, a acté que les états sont seuls responsables des religions de leur pays (pas d’interférence extérieure tolérée) et ceci engendra des évolutions locales des pratiques religieuses. Par exemple chez les catholiques, les achats d’indulgence s’arrêteront sauf en Espagne, différents protestantismes dus en particulier aux facteurs nationaux verront le jour et les deux grands courants (Luther/Calvin) s’opposeront directement à d’autres courants radicaux (anabaptiste, spiritualiste, millénariste, antitrinitaire). Les mentalités évoluent, on passe d’un soupçon que les nouveaux riches ont dû pécher pour arriver, d’une hostilité que l’argent puisse faire de l’argent (intérêts), de la considération que le travail est une pénitence du péché originel, à une acceptation graduelle des nouveaux comportements économiques (les Rois de France empruntent beaucoup, les monts de piétés italiens facturaient 5% de leurs frais administratifs). Chez les protestants, il y a une contestation des images sacrées et un iconoclasme, bien que Luther travaille avec Cranach. Chez les catholiques, on passe des réticences vis-à-vis de l’art (le jugement dernier de Michel Ange est critiqué pour ses nus), au triomphe au XVIIe de l’art au service de la foi et de l’église. La Russie, dès la conquête des Khanats hérités de l’empire mongol (Kazan en 1552 …), devient un empire multiethnique et multiconfessionnel qui impose : tolérance, cohabitation, interdiction du prosélytisme. Les différentes religions sont tolérées, mais les juifs se verront cantonnés à n’être qu’en Russie blanche. Les empereurs interviennent très souvent dans l’organisation des différentes églises et imposent une bureaucratisation, un fort encadrement, une réduction du nombre de monastères, un contrôle de la formation des clercs.
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    Dieu, y es-tu? 60/68 15 - Les religions face aux lumières Les recherches bibliques par les protestants établissent que les textes n’ont pas été écrits aux moments des faits qu’ils rapportent, ni avant pour ceux qui annoncent des prophéties, les auteurs ne sont pas ceux auxquels la tradition les attribue, ils ont fait l’objet de nombreux remaniement. La plus ancienne bible connue date du milieu du IVe, et il ne reste que 400 de ses 700 feuillets. Il y a alors des discussions sans fin sur les différences constatées entre le livre de la nature et la bible (deux œuvres de Dieu), des débats entre foi et raison (développement du rationalisme scientifique) entre cœur et raison (la religion non soluble dans le rationalisme). Les études scientifiques et historiques alimentent à l’égard de la religion des doutes qui avaient toujours existé de manière latente, ceux qui refusent le rigorisme religieux sont considérés comme des libertins, enfin on rappelle les suggestions d’Averroès sur l’origine politique des religions. S’opposent deux écoles, ceux qui considèrent les écritures comme inspirées qu’il faut interprétées (les allégories qui renferment un sens littéral vrai, les paraboles qui sont des fables dont les personnages et les faits n’ont jamais existé, mais qui doivent avoir un sens, les métaphores qui nous font passer du concret à l’abstrait par analogie) et ceux pour qui l’ignorance des hommes et leur don à l’imagination les ont poussés à se figurer que les dieux étaient les instigateurs des phénomènes naturels, suivant l’idée « timor fecit deos » (la peur a fait les dieux). La critique fut une des grandes activités du temps des lumières, elle constatait que tous les philosophes avant Platon avaient soutenu que l’âme était matérielle et disparaissait avec la mort, elle dénonçait les religions factices comme des monstres mille fois pires que Denys, Néron … Cependant, les libres penseurs étaient le plus souvent déistes, constataient qu’un besoin de religion était exprimé par une grande partie de la population et recommandaient de séparer la religion de la morale. Voltaire préconisait d’écraser l’infâme (combat contre les prêtres), mais pensait que le peuple avait besoin d’une récompense/pénitence pour être moral. 16 – Les religions face à la révolution Aux prémices de la révolution, le clergé se solidarise avec le tiers état, à un moment les biens de l’église sont apportés pour sauver l’État. La liberté religieuse a été discutée de 1787 à 1790, puis finalement obtenue par les catholiques, la dîme est décrétée arbitraire et l’église est nationalisée, les prêtres doivent être salariés de l’État, mais il n’y a pas de religion d’État. Une constitution civile du clergé est définie, il y a une réorganisation des structures des diocèses, les évêques ne sont plus nommés par le pape. Le pape finit par s’opposer à ses évolutions, l’opposition devient conflit. Les évolutions comme la laïcisation de l’état civil, la possibilité de divorcer, le mariage des prêtres … vont augmenter le décalage. La terreur de 1792 va fortement toucher le clergé qui représentait 1% de la population, mais a compté pour 6% des victimes. À l’automne 93, une forte déchristianisation s’opère, avec des fermetures d’églises, l’obligation des prêtres de se marier, ce qui conduit les 2/3 du clergé à abdiquer son sacerdoce. La liberté religieuse est expressément garantie, mais cela reste sur le papier. Robespierre pense que la Révolution a besoin d’une onction surnaturelle et tente de créer le culte de l’être suprême, une sorte de religion civile à la Rousseau, mais cela sera un échec.
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    Dieu, y es-tu? 61/68 2 - Le christianisme de la révolution de 1789 à Vatican II 21 - Le christianisme et la Révolution française La révolution a adopté la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, établit l’égalité des droits, la liberté d'opinion et de la presse, le respect de la propriété ... Les anciens privilèges sont abolis (privilège de l’aristocratie, droit d’aînesse, féodalisme, servage …). Dans ce contexte de changement de la société, le clergé n’a plus ses habituels moyens de pression. Selon le principe que les conquérants habiles ne sont jamais brouillés avec les prêtres, Bonaparte négocie un concordat avec le pape et remet l’église en selle, même si elle a dû céder sur de nombreux points. Il y a un rétablissement des cultes et des structures, ce qui n’est pas sans poser des problèmes avec ceux qui avaient suivi les exigences de la révolution. La paix religieuse est rétablie, les jésuites sont de retour, mais un esprit voltairien perdure. Le modèle français est en partie importé en Italie. Partout, on fait des concordats sauf en Espagne (retour de l’inquisition). La séparation de l’église et de l’État marque une sécularisation des sociétés, du côté des protestants il y a un éclatement en différentes églises, du côté des catholiques, un resserrement autour du pape. Partout, la coexistence de confessions religieuses différentes devient de plus en plus commune, mais il y a quand même de nombreux conflits. En 1815, il y a 25000 desservants en France pour 30000 paroisses, elles étaient 40000 en 1789. La baisse des effectifs du clergé nécessite de composer avec les jureurs, les exilés … Après Napoléon, il y a une restauration du despotisme éclairé, de l’alliance du trône et de l’autel, qui prend des accents intégristes et intolérants. Restauration d’une église gardienne de l’ordre établi, de la sécurité, des structures sociales, des valeurs traditionnelles, avec pour objectif de rechristianiser les populations. Cependant, cette restauration est imparfaite. En Russie il y a une grande croissance de l’église orthodoxe en nombre d’évêchés, de monastères, de prêtres, mais qui proportionnellement est inférieure à la croissance démographique. Au même moment qu’est promulguée la libération des serfs (1861), s’établit le Narodnost (sentiment national) qui se fonde sur le principe d’avoir un même souverain, une même foi orthodoxe. Les autres confessions subissent des réunions, des conversions forcées. Cependant en parallèle le nombre de personnes qui négligent la confession annuelle s’accroît (~9% chez les fonctionnaires). 22 - Le christianisme et les États Alors que la liberté de culte avait été refusée par le pape, Pie IX (catholique très conservateur, béatifié en 2000) aggrave le fossé entre les chrétiens avec les concepts de l’Immaculée Conception et l’infaillibilité du pape. De plus au milieu du XIXe, les églises chrétiennes doivent faire face aux mouvements nationalistes en Italie, Pologne, Irlande, Hongrie … Partout, l’école devient de plus en plus laïque, la religion est vue comme étant contre les sciences. Une séparation de l’église et de l’État s’impose dans de nombreux pays sous des formes différentes : pure aux USA, mixte en Belgique, hostiles dans les pays latins (avec nationalisation des biens de l’église, démantèlement des ordres religieux). L’Amérique latine se modernise, cherche à minimiser l’influence de l’église et voit se développer de l’anticléricalisme.
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    Dieu, y es-tu? 62/68 En parallèle, il y a une certaine pénétration du christianisme dans des cultures non européennes, du fait d’un dynamisme missionnaire au début du XIXe, d’une mobilisation antiesclavagiste dans la deuxième moitié du XIXe et de l’accompagnement de la colonisation censée apporter la civilisation. Les protestants traduisent et diffusent la bible en différentes langues. Les orthodoxes monteront des missions en Perse, Japon, Alaska et particulièrement en Sibérie où en 1917 il y aura 10 diocèses, 3488 grandes églises et cathédrales pour 2571 paroisses, 62 monastères, 894 moines, 2766 moniales. Cependant, l’enculturation du christianisme dans la culture sibérienne est fragile. 23 - Le christianisme, le libéralisme et la guerre Le libéralisme (liberté de pensée, d’expression, de presse, d’enseignement, de chaire, d’association …) progresse et les confessions en profitent pour accentuer leur prosélytisme. Cependant, profitant d’une conjoncture économique positive de 1850 à 1880, positivisme et scientisme qui rejettent les religions se répandent, l’urbanisation s’accroît, la multiplication des paroisses et l’accroissement de leur taille poussent à une certaine déchristianisation. En parallèle dans les Balkans, on se libère du joug ottoman. En 1914, de part et d’autre, les églises soutiennent leur nation. L’union sacrée de Poincaré n’a pas au départ de caractère religieux, mais il se développe un syncrétisme avec la nation laïque, et une croisade des démocraties qu’en l’Axe s’associe aux Ottomans. Après la guerre, il y aura une querelle entre catholiques et orthodoxes sur le devenir de Sainte Sophie à Istanbul. Quant à Pie XI, il dénoncera, en 1922, une paix artificielle qui entretient tous les ressentiments. Entre les deux guerres mondiales, les confessions vont faire évoluer leurs positions : reconnaissance de l’autonomie du temporel, révolution missiologique, il ne s’agit plus de simplement baptiser, mais de planter l’église, de s’adapter aux autochtones (clergé, épiscopat local, reliques … religion autochtone) et chez les protestants on met en place la triple autonomie (financière, administrative, missionnaire). Pendant la Deuxième Guerre mondiale, partout les églises chrétiennes ont cherché à œuvrer et une multitude de soutiens ont été apportés aux victimes. Cependant, on a souvent reproché à l’Église catholique, notamment à son plus haut niveau avec le pape Pie XII, de s’être surtout attachée à préserver les intérêts du Saint-Siège. 24 - Le christianisme et le communisme En Russie, depuis 1700 l’Église orthodoxe était subordonnée au Tsar. Selon Marx, le communisme commence avec l’athéisme, donc avec les bolcheviques à partir de septembre 1918 les persécutions commencent. Lénine va conduire la terreur rouge jusqu’en 1921 pendant laquelle 28 évêques, plusieurs milliers de prêtres, diacres, moines et 12000 laïcs ont été tués. À partir de 1929, il y a une destruction systématique de toutes les églises et face à la résistance des évêques et de la population, une campagne sera menée qui fera 8000 morts. Finalement en 1939 il ne reste que quelques centaines d’églises dans l’ensemble de l’URSS (il y en avait 40 000 en 29), 4 évêques sur 200, 2000 prêtres sur 40 000. En 1942, ce qui reste de l’Église orthodoxe russe appelle à lutter contre les nazis, collecte des dons, finance un détachement et un escadron aérien. L’année suivante, Staline faisant une manœuvre de politique internationale, fait un concordat oral avec l’Église orthodoxe, cela ne l’empêche pas en parallèle de liquider l’Église uniate d’Ukraine qui était rattachée au pape. Cependant en 1949 les persécutions reprennent et si en 1964 dans le périmètre de l’URSS il y a 8000 églises et trois séminaires, en 1988 il n’y en plus que 6893 dont 4000 en Ukraine (dont 2000 anciennes uniates), alors qu’on estime alors que 70% de la population croit en Dieu. Étant donné que le rêve
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    Dieu, y es-tu? 63/68 communiste ne fonctionne plus, on cherche à récupérer l’église pour manipuler le rêve (faire croire en Dieu & au communisme), il y a une renaissance et en 1995 on compte 16000 églises et 16 séminaires. 25 - Le christianisme et Vatican II Vatican I (1869/1870) avait été un concile inachevé, mais avait établi l’infaillibilité du pape. Lors du concile Vatican II (1962-1965), les participants rejettent les textes préparés, ils (une majorité face à une minorité, dont Lefebvre) imposent une ouverture sur le monde, la recherche biblique récente, l’œcuménisme, la possibilité des églises locales, la liberté pour toutes les religions, l’abandon de l’accusation de déicide contre les juifs, et si on s’interroge sur l’infaillibilité du pape on ne la remet pas en cause. Pour les catholiques, la bible devient donc un texte historique comme les autres, avec des aléas dans la transmission. Les écrits sont de leur temps et reflètent les opinions de leur époque. L’exégète doit retrouver le sens de ce qui est dit. La parole est sacrée, mais la transmission est humaine. Il faut rechercher ce que Dieu a voulu transmettre et les catholiques distinguent le Jésus historique du Jésus de la foi. Cependant, on notera que si l’œcuménisme entre protestants, orthodoxes et catholiques génère de nombreuses conférences, cela ne débouche sur rien de concret et les différences de fond restent entières. Si en 1900, 83% des chrétiens étaient européens, le reste du monde ne représentant que 17%, en 2000 les Européens représentent 40% des chrétiens, le reste du monde 60%. Entre 1951 et 2004, le nombre des baptisés catholiques passe de 9 à 149 millions en Afrique noire, proportion idem chez les protestants. En même temps, 200 millions de chrétiens vivaient sous l’emprise du régime communiste et l’effondrement de l’empire soviétique a généré un grand dynamisme de la chrétienté dans les pays libérés. La construction de l’Europe est d’inspiration chrétienne et humaniste (pour Tocqueville, le catholicisme répond au besoin de la démocratie), mais on n’y note que la pratique religieuse est en baisse, par exemple la pratique dominicale est passée de 30% en 1960 à 10% en 1990. En France, moins de 40% des enfants suivent le catéchisme. La globalisation, qui a été impulsée par l’Amérique qui en profite pleinement, voit une perte de poids de l’Europe, et est mal vécue par les musulmans qui trouvent qu’elle favorise la culture chrétienne. Finalement, les chrétiens qui ne sont que 1,8 milliard sur une population mondiale de 7,7 soit ~23%, ne gouvernent plus vraiment le monde, et le gouverneront d’autant moins dans le futur parce que l’Asie qui représente 62% de la population mondiale, est à 93% non chrétienne.
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    Dieu, y es-tu? 64/68 Annexe 1 : Diffusion de la réforme et des lumières
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    Dieu, y es-tu? 65/68 Annexe 2 : Révolution – Restauration Les trois ordres Le clergé face aux révolutionnaires Le concordat de 1801 Les prêtres jureurs de 1790 La restauration 1814-1830
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    Dieu, y es-tu? 66/68 Annexe 3 : Christianisme dans la société et liberté religieuse dans le monde Le christianisme et la guerre Le communisme une idée chrétienne devenue folle
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    Dieu, y es-tu? 67/68 En conclusion
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    Dieu, y es-tu? 68/68 Pour clore mes recherches concernant la religion amorcée en avril 2019, j’ai voulu aborder la problématique de l’athéisme afin de finalement me positionner sur le sujet de l’existence d’un dieu, sachant que tout mon travail m’a renforcé dans mon rejet spontané des religions. De toutes mes recherches, il ressort pour moi que les religions sont humaines, qu’elles existent sans intervention divine, surnaturelle, et qu’humaines, elles génèrent donc des problèmes (avec Dieu : St Barthélémy, Djihad … sans Dieu : Staline, Mao, Pol Pot …). Faire la part entre les aspects positifs des religions, comme l’union des communautés, la transmission de valeurs … et les aspects négatifs, comme l’intolérance des croyants, les guerres de religion, les créations purement fantasmatiques comme l’enfer, les péchés (originel, véniel, mortel) … est difficile et je ne sais pas vraiment conclure quant à l’intérêt des religions pour les sociétés. Cependant, il faut noter que l’on ne connaît pas de grande civilisation sans mythe, sans rite, sans croyance en certaines forces invisibles et surnaturelles. Si l’on peut se passer de religion, on ne peut pas se passer de communauté, de valeurs, mais ses valeurs transmissent par les religions, n’ont pas besoin de Dieu pour exister, elles correspondent à ce qui est bien pour vivre ensemble : sincérité, courage, générosité, douceur, compassion, justice, amour. On imagine mal une société qui essaierait de fonctionner en privilégiant l’inverse de ces valeurs : mensonge, lâcheté, égoïsme, violence, cruauté, injustice, haine. Donc plus qu’une révélation, ces valeurs sont le fruit de l’expérience, de la sagesse des communautés passées. Quant à l’existence d’un dieu créateur, force est de constater comme le fait André Comte-Sponville dans son livre « L’esprit de l’athéisme », la faiblesse des preuves ou des expériences de son existence, et l’incompréhensibilité des explications que les hommes ont tenté de donner. Force aussi de constater que si Dieu existe il a aussi créé le mal, un homme limité et crédule qui s’invente des croyances qui correspondent à ses désirs (vie éternelle, retrouver les êtres chers, être aimé du créateur …). C’est trop beau pour être vrai ! Comme le dit Spinoza, « Nous sommes disposés par nature à croire facilement ce que nous espérons, et difficilement au contraire ce dont nous avons peur » et les manipulateurs en profitent. Il ne faut pas se laisser subjuguer par les prophètes, les saints, les mystiques qui même s’ils apportent des messages primordiaux (l’universel humain, la priorité de l’amour, l’accueil des bannis … l’humilité … l’impermanence …) ne sont que des guides qui peuvent nous inspirer. Il faut être fidèle au vrai, au rationalisme et refuser les sophismes, il faut être fidèle à l’amour, à l’humanisme, refuser le nihilisme et son « rien n’a d’importance ». Ici, on n’oubliera pas le proverbe chinois qui dit « les professeurs ouvrent les portes, mais vous devez entrer vous-même ». La grande question n’est pas de sauver son moi, mais de s’en libérer, non de s’enfermer dans son âme, mais d’habiter l’univers, d’accéder à l’universel, au vrai en se libérant de soi. Il faut comme dit Kant « se libérer du cher petit moi » et de ses petits intérêts, ses petites rancœurs, angoisses, soucis, frustrations, espérances, complaisances, vanités … C’est l’ego qui enferme et l’esprit qui libère. Finalement, pour moi, les religions sont à coup sûr des créations humaines, mais pour l’existence de Dieu, comme on ne peut pas prouver que quelque chose n’existe pas, on ne peut pas prouver que Dieu n’existe pas, donc je suis obligé de constater que la science ne sait pas, que je ne sais pas, mais je suis convaincu que les dieux des religions sont des inventions instrumentalisées par des manipulateurs.