Éthique et jugement moral

    Un survol des questions
Quatre formes de réflexion
morale
 Déontologique: fais ce que dois, obéis aux codes
  moraux, respecte les normativités en place. Une
  action est bonne parce qu’elle obéit à des règles
  bonnes et qu’elle est animée par une bonne intention.
 Téléologique – utilitariste: fais en sorte que le
  maximum de gens soient heureux à la suite de ta
  décision. Une action est bonne si ses conséquences
  sont bonnes, créent du bonheur.
 Éthique de la responsabilité: quoique tu fasses, aies
  le souci des conséquences de tes choix sur autrui et
  sur le monde avant d’obéir, même à un code
  d’éthique.
 Éthique de la sollicitude : élan vers l’Autre qui souffre,
  qui a besoin d’aide.
Société postmoderne, pluralité des
valeurs
 Absence de références absolues et immuables, qui
  engendre une solitude morale parfois insoutenable :
  « que dois-je faire? »

 Valeurs collectives rivales et opposées qui multiplient
  les situations de dissonance cognitive pour les
  individus (exemples: performance et solidarité,
  individualisme et solidarité)

 Pression vers le conformisme reste très forte
Les valeurs: au carrefour de l’individu et
de la société (la culture)
  Représentent un idéal, ce qu’il est « bien » de faire
   ou de vouloir (dimension cognitive-normative)
  N’ont de sens que dans une communauté, avec
   autrui (dimension sociale)
  Permettent de désigner ce qui compte pour le sujet
   (la personne humaine) et qui lui permet de trancher
   entre des options (dimension pratique)
  Horizon toujours inaccessible, mais auquel on croit
   (dimension spirituelle)
La liberté, au coeur de l’éthique
 4 aspects ou dimensions de la liberté:
   Le libre-arbitre (« ça me tente »)
   L’autonomie de la volonté (sujet rationnel)
   La liberté pratique (réflexivité, décision, action)
   Les libertés civiles fondamentales
 Pas d’enjeu éthique s’il n’y a pas de liberté d’action et
  de pensée
 Liberté est liée à l’identité par le biais de la
  responsabilité de soi, de ses actes à travers le temps
Éthique ou morale? Variations selon les
auteurs
Morale:
   • ensemble des normes et règles, prescriptions et proscriptions
   • mais aussi mode de vie (mœurs): renvoie à la communauté,
     à la société en général par le biais des comportements des
     individus et des institutions qui la constituent
   • Nécessaire rempart contre le mal?
Éthique:
   • réflexion de second degré sur la morale et les normes (méta-
     morale)
   • au pluriel, des « morales sectorielles », liées à des pratiques
     professionnelles
   • Visée éthique: avoir une vie bonne. Cela renvoie à la
     personne, à l’individu, mais qui est toujours inséré dans une
     communauté, comme le montre Ricoeur.
La philosophie morale selon Ricoeur
Podcast sur le pardon
Paul Ricoeur, (Soi-même comme un
autre, 1990: 200)
 « C'est donc par convention que je réserverai le
  terme d'éthique pour la visée d'une vie accomplie et
  celui de morale pour l'articulation de cette visée dans
  des normes caractérisées à la fois par la prétention à
  l'universalité et par un effet de contrainte »
 Visée éthique: « une vie bonne pour et avec autrui
  dans des institutions justes ».
 Morale donne des guides. Quand ils sont
  insuffisants, l’éthique (la visée de la vie bonne, pour
  et avec autrui dans des institutions justes) doit
  prendre le relais sous la forme du « jugement moral
  en situation ».
 « légitimité d'un recours de la norme à la
  visée, lorsque la norme conduit à des impasses
  pratiques » (P. 201)
Enjeux de l’éthique
contemporaine
 La Shoah et le procès Eichmann: quand la
    loyauté et l’obéissance aux règles édictées
    par l’État sont immorales et destructrices de
    notre humanité…
   « Comment répondre de nos actes lorsqu’on
    ne peut plus se contenter d’obéir à une
    instance supérieure qui saurait à notre place
    ce qu’il faut faire? » (Russ et Leguil)
   Idéal situé dans une tradition culturelle et
    politique: celle des Lumières, du sujet libre et
    rationnel
   Kant : Sapere Aude! Ose penser par toi-
    même!
   Pensée critique et réflexion éthique:
    inséparables
Éthique de la responsabilité
 Environnement: Hans Jonas et le principe
  responsabilité: « L’humanité doit agir de
  telle sorte que les conséquences de son
  action soient compatibles avec la
  permanence d’une vie authentiquement
  humaine sur la Terre »
 Sciences: le principe de précaution
  l’emporte sur la productivité scientifique
 Exemple de David Suzuki et la génétique
 Le projet de loi 112 sur la pauvreté : souci
  public des conséquences incarné dans une
  loi
Le jugement moral
 Pas seulement le jugement rationnel de
  celui ou celle qui domine ses passions
 Nourri par les intuitions morales (héritées
  de la socialisation), mais aussi par les
  émotions
 Analyse, synthèse, capacité de juger et
  d’évaluer les options, « culture morale »
  (références à des jugements antérieurs),
  imagination morale: imaginer les
  conséquences des différentes options.
 Prudence et humilité (Aristote)
Les conflits moraux
 Expérience éthique du manque (vie
  insatisfaisante) ou du conflit (impossibilité de faire
  un choix acceptable ou complètement justifiable)
 Un dilemme moral consiste en un conflit
  impliquant des raisons/intuitions morales qui
  donnent lieu à des obligations apparemment
  incompatibles : dissonance cognitive
Éthique et langage
• L’éthique ne se joue pas seulement dans une
  mystérieuse « conscience »: elle se dit, se
  nomme, s’argumente, se débat dans le langage.
• Habermas: Ce qui est moral doit pouvoir être
  argumenté et débattu publiquement; la
  justification rationnelle.
• L’éthique narrative, ouverte à toutes les
  dimensions du jugement moral, du conflit de
  normes à la sagesse pratique (les contes et
  fables!)
• Les débats publics: de l’éthique collective
Une démarche de réflexion éthique dans
un contexte social pluraliste
 Narration de l’expérience éthique et
  formulation du conflit ou du dilemme
 Délibération (examen des faits, des
  valeurs et des raisons d’agir) et son terme:
  la décision
 Justification de la décision par de bonnes
  raisons: l’argumentation publique
 La poursuite du dialogue malgré les
  désaccords (accord de base, écoute,
  compromis), dans le respect et l’égalité –
  sans violence
 Ne pas ignorer les enjeux de pouvoir
Bilan: posture morale de l’éthique de
responsabilité
 Inquiétude, doute
 Reconnaissance de la faillibilité et de la fragilité
  humaines, mais aussi de la possibilité de
  l’intégrité/fidélité à un horizon moral
 Solitude et absence de repères, mais capacité de
  dialoguer, de raconter, de nommer

éThique et morale avec narration

  • 1.
    Éthique et jugementmoral Un survol des questions
  • 2.
    Quatre formes deréflexion morale  Déontologique: fais ce que dois, obéis aux codes moraux, respecte les normativités en place. Une action est bonne parce qu’elle obéit à des règles bonnes et qu’elle est animée par une bonne intention.  Téléologique – utilitariste: fais en sorte que le maximum de gens soient heureux à la suite de ta décision. Une action est bonne si ses conséquences sont bonnes, créent du bonheur.  Éthique de la responsabilité: quoique tu fasses, aies le souci des conséquences de tes choix sur autrui et sur le monde avant d’obéir, même à un code d’éthique.  Éthique de la sollicitude : élan vers l’Autre qui souffre, qui a besoin d’aide.
  • 3.
    Société postmoderne, pluralitédes valeurs Absence de références absolues et immuables, qui engendre une solitude morale parfois insoutenable : « que dois-je faire? » Valeurs collectives rivales et opposées qui multiplient les situations de dissonance cognitive pour les individus (exemples: performance et solidarité, individualisme et solidarité) Pression vers le conformisme reste très forte
  • 4.
    Les valeurs: aucarrefour de l’individu et de la société (la culture) Représentent un idéal, ce qu’il est « bien » de faire ou de vouloir (dimension cognitive-normative) N’ont de sens que dans une communauté, avec autrui (dimension sociale) Permettent de désigner ce qui compte pour le sujet (la personne humaine) et qui lui permet de trancher entre des options (dimension pratique) Horizon toujours inaccessible, mais auquel on croit (dimension spirituelle)
  • 5.
    La liberté, aucoeur de l’éthique  4 aspects ou dimensions de la liberté:  Le libre-arbitre (« ça me tente »)  L’autonomie de la volonté (sujet rationnel)  La liberté pratique (réflexivité, décision, action)  Les libertés civiles fondamentales  Pas d’enjeu éthique s’il n’y a pas de liberté d’action et de pensée  Liberté est liée à l’identité par le biais de la responsabilité de soi, de ses actes à travers le temps
  • 6.
    Éthique ou morale?Variations selon les auteurs Morale: • ensemble des normes et règles, prescriptions et proscriptions • mais aussi mode de vie (mœurs): renvoie à la communauté, à la société en général par le biais des comportements des individus et des institutions qui la constituent • Nécessaire rempart contre le mal? Éthique: • réflexion de second degré sur la morale et les normes (méta- morale) • au pluriel, des « morales sectorielles », liées à des pratiques professionnelles • Visée éthique: avoir une vie bonne. Cela renvoie à la personne, à l’individu, mais qui est toujours inséré dans une communauté, comme le montre Ricoeur. La philosophie morale selon Ricoeur Podcast sur le pardon
  • 7.
    Paul Ricoeur, (Soi-mêmecomme un autre, 1990: 200)  « C'est donc par convention que je réserverai le terme d'éthique pour la visée d'une vie accomplie et celui de morale pour l'articulation de cette visée dans des normes caractérisées à la fois par la prétention à l'universalité et par un effet de contrainte »  Visée éthique: « une vie bonne pour et avec autrui dans des institutions justes ».  Morale donne des guides. Quand ils sont insuffisants, l’éthique (la visée de la vie bonne, pour et avec autrui dans des institutions justes) doit prendre le relais sous la forme du « jugement moral en situation ».  « légitimité d'un recours de la norme à la visée, lorsque la norme conduit à des impasses pratiques » (P. 201)
  • 8.
    Enjeux de l’éthique contemporaine La Shoah et le procès Eichmann: quand la loyauté et l’obéissance aux règles édictées par l’État sont immorales et destructrices de notre humanité…  « Comment répondre de nos actes lorsqu’on ne peut plus se contenter d’obéir à une instance supérieure qui saurait à notre place ce qu’il faut faire? » (Russ et Leguil)  Idéal situé dans une tradition culturelle et politique: celle des Lumières, du sujet libre et rationnel  Kant : Sapere Aude! Ose penser par toi- même!  Pensée critique et réflexion éthique: inséparables
  • 9.
    Éthique de laresponsabilité  Environnement: Hans Jonas et le principe responsabilité: « L’humanité doit agir de telle sorte que les conséquences de son action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur la Terre »  Sciences: le principe de précaution l’emporte sur la productivité scientifique  Exemple de David Suzuki et la génétique  Le projet de loi 112 sur la pauvreté : souci public des conséquences incarné dans une loi
  • 10.
    Le jugement moral Pas seulement le jugement rationnel de celui ou celle qui domine ses passions  Nourri par les intuitions morales (héritées de la socialisation), mais aussi par les émotions  Analyse, synthèse, capacité de juger et d’évaluer les options, « culture morale » (références à des jugements antérieurs), imagination morale: imaginer les conséquences des différentes options.  Prudence et humilité (Aristote)
  • 11.
    Les conflits moraux Expérience éthique du manque (vie insatisfaisante) ou du conflit (impossibilité de faire un choix acceptable ou complètement justifiable)  Un dilemme moral consiste en un conflit impliquant des raisons/intuitions morales qui donnent lieu à des obligations apparemment incompatibles : dissonance cognitive
  • 12.
    Éthique et langage •L’éthique ne se joue pas seulement dans une mystérieuse « conscience »: elle se dit, se nomme, s’argumente, se débat dans le langage. • Habermas: Ce qui est moral doit pouvoir être argumenté et débattu publiquement; la justification rationnelle. • L’éthique narrative, ouverte à toutes les dimensions du jugement moral, du conflit de normes à la sagesse pratique (les contes et fables!) • Les débats publics: de l’éthique collective
  • 13.
    Une démarche deréflexion éthique dans un contexte social pluraliste  Narration de l’expérience éthique et formulation du conflit ou du dilemme  Délibération (examen des faits, des valeurs et des raisons d’agir) et son terme: la décision  Justification de la décision par de bonnes raisons: l’argumentation publique  La poursuite du dialogue malgré les désaccords (accord de base, écoute, compromis), dans le respect et l’égalité – sans violence  Ne pas ignorer les enjeux de pouvoir
  • 14.
    Bilan: posture moralede l’éthique de responsabilité  Inquiétude, doute  Reconnaissance de la faillibilité et de la fragilité humaines, mais aussi de la possibilité de l’intégrité/fidélité à un horizon moral  Solitude et absence de repères, mais capacité de dialoguer, de raconter, de nommer