METAPHORES DU POUVOIR
DANS LA PROSE HISTORIQUE ROUMAINE (1948-1989)
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progrès économique – et le ...
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Metaphores_du_pouvoir_dans_la_prose_historique_roumaine_AM_UPB_27_mai_2011

  1. 1. METAPHORES DU POUVOIR DANS LA PROSE HISTORIQUE ROUMAINE (1948-1989) Asistent asociat Matei Andreea Olivia Universitatea „Politehnica” București – Facultatea de Inginerie în Limbi Străine Résumé : L’étude des mythes politiques de la période communiste et de la manière dont ils se reflètent dans la littérature nous aide à comprendre l’évolution de la société, à trouver un sens plus profond de la vie sociale, à manifester notre mécontentement par rapport à la bureaucratie omnipotente et à éviter les projets de « bonheur obligatoire » ou les utopies de la société purifiée du point de vue ethnique. Si l’on procède à une relecture mythologique du roman historique, on peut remarquer que le temps des romans historiques est celui de l’histoire événementielle, mais aussi celui des mœurs étrangères aux usages contemporains et celui du temps transhistorique des mythes. Le mythe et la fiction historique entretiennent une relation de parenté. Le mythe transfigure la réalité, conformément à sa propre logique, et veut trouver une vérité essentielle dans tout acte humain existentiel. Sous la force du mythe du pouvoir, le roman historique se métamorphose, devient allégorie ou parabole ayant des connotations philosophiques. L’histoire se révèle alors un moyen pratique et efficace d’aborder les interrogations contemporaines et on peut citer dans ce sens des romans comme Groapa, Princepele ou Saptamana nebunilor, d’Eugen Barbu, Calpuzanii, de Silviu Angelescu, ou Printul Ghica, de Dana Dumitriu. Mots-clé : prose, histoire, idéologie, mythe, pouvoir Cet ouvrage se propose d’analyser certains aspects de la prose historique roumaine, par rapport à l’idéologie qui l’a influencée dans la période 1948-1989. Je considère que ce type de prose illustre l’idéologie de la société où il est apparu, qu’il est fort influencé par la doctrine communiste, qui lui impose certaines contraintes, qui le pervertit et l’oblige à recourir à toute sorte de stratégies de dissimulation pour survivre. Si l’on procède à une relecture mythologique du roman historique européen, on peut remarquer que le temps des romans historiques est celui de l’histoire événementielle, mais aussi celui des mœurs étrangères aux usages contemporains et celui du temps transhistorique des mythes. Le mythe et la fiction historique entretiennent une relation de parenté. Le mythe transfigure la réalité, conformément à sa propre logique, et veut trouver une vérité essentielle dans tout acte humain existentiel. Le mythe se fige dans ces romans sous la forme de certaines métaphores ; la métaphore du pouvoir en est une des plus importantes. D′ailleurs, sous la force de cette métaphore, le roman historique se métamorphose, il devient allégorie ou parabole ayant des connotations philosophiques. L’histoire se révèle parfois un moyen pratique et efficace d’aborder les interrogations contemporaines. Par exemple, Brigitte Krulic analyse les images et les mythes du pouvoir dans le roman historique français. Elle poursuit l’apparition de l’image du bon et du mauvais gouvernement dans le roman Les Rois maudits de Maurice Druon et remarque le fait que le portrait de Philippe le Bel, le « Roi de fer », accentue un certain nombre de traits qui esquissent le stéréotype politique et idéologique des « rois qui ont fait la France » abondamment diffusé par les manuels scolaires et l’imagerie républicaine depuis 1880, tant il importait d’affirmer la légitimité de l’État républicain héritier de la France immémoriale. On retrouve d’autres hypostases de l’image mythique du gouvernement dans les romans historiques consacrés à la figure d’Henri IV, Henri le Béarnais. La figure du Béarnais condense tout à la fois le mythe fondateur du grand homme dont l’œuvre marque l’histoire 1
  2. 2. d’une empreinte durable – la tolérance religieuse, la restauration de l’autorité de l’État, le progrès économique – et le conte de fées d’une improbable fortune. Mais Brigitte Krulic accorde une attention particulière au Henri IV d’Heinrich Mann (le frère aîné de Thomas Mann). Il s’agit de l’œuvre Le Roman d’Henri IV. La jeunesse du roi. Dans le roman d’Heinrich Mann Henri de Navarre incarne la joie de vivre et d’agir, remplit la fonction guerrière et la fonction nourricière et représente le prince qui a partagé la vie de son peuple et en comprend les aspirations et les besoins. Cet Henri IV d’Heinrich Mann représente la figure symétriquement inversé de la cynique Catherine de Médicis, mais surtout du dictateur haïssable et des « mauvais rêves » nés d’un abîme où s’engloutissent les valeurs de la civilisation. L’allusion à Hitler est évidente, mais en fait on peut parler du dictateur intemporel, de la figure mythique du Dictateur. Le roman est animé d’idéaux humanitaristes, mais aussi d’une intention moralisatrice, qui représente en même temps une solution contre les maux infligés aux hommes par n’importe quel dictateur, de n’importe quelle époque ou espace. Brigitte Krulic présente ensuite les figures des hommes d’État et des favoris des princes (le « grand ministre » s’opposant systématiquement au « favori »), les héros « à la française » et les femmes fatales de l’histoire de la France. Elle met en évidence le fait que les mythes liés à la fuite du temps se déclinent en plusieurs versions qui se répondent et se complètent : l’âge d’or, l’éternel retour, la conspiration, l’âge de la décadence et de la chute, le mythe millénariste du sauveur. Selon Brigitte Krulic, la mise en scène du passé suggère le désir de se distancier d’un présent désenchanté, et incite même à penser à un esprit conservateur de ce type de roman. La fiction du XIXe siècle représente l’érosion des hiérarchies et la massification sociale et participe, en s’en démarquant, du désenchantement du monde. C’est un paradoxe encore plus profond dans le cas du roman historique, car en reconstituant l’âge aristocratique et monarchique, il recompose en fait le mythe de l’âge d’or. B. Krulic identifie un certain nombre de constantes de la représentation de « l’âge d’or aristocratique » : le mépris de l’argent et de l’accumulation des richesses (le « galant homme »), l’héroïsme, la modestie et la délicatesse, la pratique du duel, qui atteste de la logique de l’honneur et des « passions énergiques ». Le souci d’établir un lien entre la France monarchique et la France postrévolutionnaire est plus qu’évident et il traverse, d’ailleurs, toute l’histoire du XIXe siècle. On essaie de définir l’identité nationale et cela signifie se situer par rapport à la tradition et au présent, ce n’est pas, comme dans d’autres pays d’Europe, défendre son droit à l’existence, le droit d’être une nation indépendante qui a un État. La fuite du temps peut être vécue comme la perte d’un paradis originel qui fournissait un point de repère (« c’était mieux avant »). L’histoire semble une succession imprévisible d’événements et c’est pourquoi on cherche un principe d’intelligibilité qui puisse lui donner un sens. Voilà la naissance du mythe de la conspiration, dont les phases de revitalisation correspondent à des périodes de mutations sociales et politiques. Les faits apparaissent comme calculés et pensés par une volonté souveraine, le plus souvent maléfique. Mais cette volonté peut être identifiée et combattue. Le recours à ce mythe est plus facile que l’accommodation à la réalité opaque. Souvent, le mythe de l’âge d’or et le mythe de la conspiration se complètent et se renforcent : la déchéance de la société est imputable aux conspirateurs qui songent à une transformation radicale. Les plus fréquents sont le complot franc-maçon, le complot juif mondial (diffusé par la fiction romanesque de la fin du XIXe siècle). Le mythe de la conspiration apparaît dans les romans consacrés à la Révolution française (Les Dieux ont soif d’Anatole France, Un conte de deux villes de Charles Dickens, Les Chouans de Balzac, Quatrevingt-treize de Victor Hugo). 2
  3. 3. Dans la littérature roumaine, un roman très intéressant, à sujet historique, où on trouve plusieurs métaphores du pouvoir est le roman Princepele (Le Prince) d’Eugen Barbu. Les opinions critiques vis-à-vis de cette œuvre sont partagées et le roman a été encadré dans la galerie des romans historiques ou des paraboles ou des romans politiques, totalisateurs ou baroques. On peut d’ailleurs le considérer un intertexte postmoderne, une fraude littéraire, un plagiat ou même un collage, si on pense aux Caietele Princepelui (Les Cahiers du Prince)1 . Eugen Simion identifie, dans son étude consacré à Eugen Barbu dans le IIème volume de Scriitori romani de azi, le modèle stylistique du roman Princepele (qui serait Craii de Curtea Veche, de Mateiu Caragiale), les sources d’inspiration en ce qui concerne le monde et l’atmosphère phanariote (les ouvrages de Nicolae Filimon et Ion Ghica) et affirme que toutes les spéculations qu’on pourrait faire sur l’identité du Prince ou sur la chronologie n’ont pas d’objet puisque l’intention de l’écrivain n’est pas de décrire une époque historique strictement délimitée, mais de surprendre l’essence d’un phénomène, l’essence du phanariotisme2 . Simion précise qu’il s’agit de trois éléments/ personnages importants dans la parabole imaginée par Eugen Barbu : le Prince, messer Ottaviano et Ioan Valahul. Le Prince est un phanariote cultivé, mais aussi cruel et qui souffre à cause d’une mélancolie sans remède (melanholia). Ottaviano est un chiromancien, un cabaliste et un alchimiste, qui a visité plusieurs cours européennes. Sa philosophie du pouvoir est celle du Prince de Machiavel, basée sur l’habileté, sur la science d’être en même temps le renard et le loup. Ioan Valahul est le troisième élément la parabole et le moins réussi du point de vue de la construction. Lui aussi, il est un astrologue, mais il illustre la vision populaire sur les mystères de la vie et du monde, ainsi qu’un autre point de vue sur l’histoire, celui de la résistance, de la préservation (des valeurs)3 . Malheureusement, dit le critique cité, le roman ne résiste pas par son aspect parabolique, mais par son atmosphère, par la peinture d’un monde coloré, fanatique, crépusculaire. Alexandru George voit dans Princepele un hybride d’une époque pseudo historique, un livre qui sert aux buts revendicatifs de l’auteur, avec un personnage et une atmosphère ratés. Il dit que l’auteur du roman ne connaît qu’une méthode, celle du cumul, d’un cumul de vulgarité, d’immoralité, qui mélange le vice à l’élégance, le crime à la subtilité et la dépravation au cynisme4 . Tous ces traits du roman sont pour Doinita Milea des arguments qui soutiennent l’idée que l’œuvre en discussion, très mobile et très décorée, serait une œuvre baroque5 . Donc, Princepele pourrait être un roman historique, placé dans l’époque phanariote, vers la fin du XVIIIe siècle, une époque tourmentée par des épidémies de peste, des complots, des actes de cruauté et des orgies des boyards. L’œuvre finit d’une manière exemplaire, par la décapitation du Prince et l’arrivée d’un nouveau domnitor… l’histoire se replie donc sur elle-même, le cercle est complet, puis il s’ouvre à nouveau. Dans un autre niveau de la lecture, on peut voir dans Princepele un poème du monde crépusculaire, un espace tragique, tel la Venise d’un autre roman d’Eugen Barbu, Saptamana nebunilor (La Semaine des fous). L’atmosphère baroque est chargée d’inquiétude, d’anxiété et de panique ; on assiste à une invasion des papillons, on voit des eaux marécageuses, des horloges obsessifs, le monde est un théâtre, un carnaval et un labyrinthe. 1 Milea, Doinița, Romanul istoric românesc (thèse de doctorat), coordinateur scientifique Acad. Eugen Simion, București, Universitatea București, 1998, p. 179 2 Simion, Eugen, Scriitori romani de azi, Bucuresti-Chisinau, Litera International, II, 2002, p. 292 3 Ibidem, p. 293 4 George, Alexandru, Alte note la cazul Eugen Barbu, dans România literară, 27, no. 11, 1994, p. 11 5 Milea, Doinița, op. cit., p. 179 3
  4. 4. Et bien sûr, on pense aussi aux aspects initiatiques et hermétiques de l’œuvre (on peut citer dans ce sens les préoccupations d’Ottaviano et même d’Ioan Valahul, l’éros comme facteur cosmique, l’obsession de l’aquatique et du feu, les symboles des maçons etc.). Enfin, dans ce qu’il a le plus profond, Princepele est une parabole du pouvoir dans un roman politique. Ottaviano est l’esclave de l’idée du pouvoir, il confie au Prince qu’il n’existe que pour le servir et pour servir l’idée de pouvoir, mais l’autre, le monarque, est trop fatigué et dégoûté pour répondre aux aspirations d’Ottaviano, qui recourt alors à toutes les ruses qu’il connaît pour stimuler son maître dans la quête du pouvoir. Le roman politique devient encore un pamphlet, une fable sur les mœurs contemporaines (à l’auteur). Qu’est-ce qu’on peut découvrir derrière ces niveaux de lecture et surtout derrière les figures du Prince, de messer Ottaviano, d’Ioan Valahul ? Caché derrière le Prince beaucoup de critiques ont vu le visage d’Eugen Barbu, qui serait donc capable d’un rêve plus grand, plus profond qu’il ne laissait pas voir : fatigué, dégoûté par les mœurs des contemporains, par l’atmosphère de l’époque, son âme serait en quête d’une chose invisible, de l’ineffable, de l’Absolu. Mais je considère que le mythe du pouvoir, qui constitue l’ossature du roman, peut être mis en relation surtout avec la figure du grand Conducator, de Nicolae Ceausescu, et du Dictateur de tous les espaces et de toutes les époques. Voilà le fil qui unit l’œuvre d’Heinrich Mann et celle d’Eugen Barbu : l’infâme figure du Dictateur, qu’il soit le résultat d’un régime naziste ou d’un régime communiste, ce qui démontre d’ailleurs l’identité de nature de ces régimes nés de conjonctures différentes et partant d’idéologies passablement antagonistes. Si leurs idéologies se distinguent sur plusieurs points, ils ont en commun une haine de la démocratie et un mépris total de la dignité humaine. Ces deux régimes ne sont que deux facettes différentes d’un seul phénomène : le totalitarisme. Bibliographie : 1. Livres Barbu, Eugen, Princepele, editia a II-a, Cluj, Dacia, 1971 Krulic, Brigitte, Fascination du roman historique: intrigues, héros et femmes fatales, Paris, Autrement, 2007 Mann, Heinrich, Le Roman d’Henri IV. La jeunesse du roi, Paris, Gallimard, 1972 Simion, Eugen, Scriitori romani de azi, Bucuresti-Chisinau, Litera International, II, 2002 2. Articles George, Alexandru, Alte note la cazul Eugen Barbu, dans România literară, 27, no. 11, 1994, p. 11 3. Autres ressources Milea, Doinița, Romanul istoric românesc (thèse de doctorat), coordinateur scientifique Acad. Eugen Simion, Bucuresti, Universitatea Bucuresti, 1998 4

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