L’architecture et la représentation de la communauté:l’espace, le haut et le basGuy Lanoue,Université de Montréal, 2009
Le design monumental (le monumentalisme)utilise:• 1) la lumière• 2) les masses• 3) l’espace (le vide)• 4) la gestaltdans l...
Plusieurs signes architecturauxtransforment l’espace public en marqueurdu statuquo politique, mais Goodsell(1988:10) en a ...
Une maison privée (reconstruite), Ostia AnticaLes détails architecturaux de l’espaceprivé sont également significatifs pou...
Édifice, 16e siècle, RomeImmeuble contemporain, RomeNotez le rez-de-chaussée distinctLa continuité dans l’idéation de l’éd...
Le Parthénon, Athènesun exemple du monumentalisme étatique
L’Acropole, Athènes, et le message de l’État «parfait»Il est impossible de constater visuellement(et ceci est l’effet voul...
L’Acropole aujourd’hui
Les colonnes deviennent des synecdoques del’ensemble, car le bâtiment n’est pas techniquementréalisable sans eux; la décor...
Temple, Paestum (Italie centrale)Notez la domination des colonnes, qui cachent même les murs internes du bâtiment(la cella...
Même si la partiesupérieure de l’arche estrelativement massive, l’œilest inexorablement portévers le bas par les arches, l...
La technologie du toitDans l’économie politique du visuel, le toit définit un espace ouvert qui est symbole de lacommunaut...
Les toits romainsSource: http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_ancient_roofs
Les toits grecsSource: http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_ancient_roofsÀ noter que l’envergure des toits grecs,même ceux...
Église romanesque, MilanNotez que les espaces ouverts des arches portent l’attention de l’œil vers le basEst-ce que l’addi...
Église classique, RomeBasilique St-Paul-hors-les-mursL’ampleur de l’espace intérieur estlimitée par la capacité structurel...
Église romanesque, VeniseL’utilisation del’arche et de lacoupole dans unetentative d’alléger lepoids du toit (mais enaugme...
Les étapes pour construire une coupole byzantineLa coupole est une arche tournée 360 degrés
L’intérieur du Panthéon, RomeAttribué au Consul Agrippa mais projeté par HadrienL’intérieur mesureexactement 142 pieds del...
Une autre vue du PanthéonLes fausses portes dansles murs semblent lesalléger, pour dissimulerl’épaisseur des mursobligatoi...
Église néo-romaine (Rome),avec emphase sur la façadeLa façade exagérée enhauteur (qui dépasse levrai toit) est unetentativ...
Église néo-romaine (Rome)avec emphase sur la façadeIci, on voit clairement l’effet de la façade exagérée
Notez qu’avecl’utilisation del’arcboutant, une partiedu rôle technique dumur (soutenir le toit)est transféré àl’extérieur,...
Style gothique (Notre-Dame, Paris)La structure portante(les arcboutants) est icimanifestement visible:elle est à l’extérie...
Gothique, avec plan intérieurUne des conséquences de l’adoption de cestyle est d’alléger les murs. Il est doncpossible de ...
Façade, Notre-Dame, ParisNotez la rosette centrale pour illuminerl’intérieur; sur le plan technique, ceciest plus facileme...
Cathédrale gothique, Chartres (France)
Cathédrale gothique, Bath (Angleterre)Ici, on voit les murs «disparaitre» grâce au génie mécanique gothique
Illumination de l’intérieur d’une église néo-romaine, gauche, et gothique, à droite
La symétrie et les portesPourquoi les édifices sont-il symétriques en Occident, ou l’étaient jusqu’au 20e siècle?Autrement...
Par contraste, une ville médiévale non romaine (Sibiu, Transylvanie)Les rues sont sinueuses, le plan non rectangulaire
Les portes attachées à ces rues étaient deslieux névralgiques, car elles représentaientdes points de pénétration de l’espa...
Quelques villes adhérentes au modèle romain: Turin (Castra Taurinorum, Italie); Trier (AugustTreverorum, Allemagne); Speye...
Les sociétés asiatiques où se trouve cegenre de temple ont une organisationsociale différente de celle de l’Europeoccident...
Deux tentatives d’orienter l’œil vers un élément structurel:décoration italienne (à gauche), qui renforce l’idée du toit m...
Véranda, Asie centraleNotez les fausses colonnes, qui agissent de trompe-œil, car elles sabotent l’idée de lacolonne comme...
Toit chinois traditionnel à plusieursniveaux et pentes, détournant l’attentionde son rôle architectural principal; sacourb...
Temple chinois à Suzhuo,JiangsuIci, on voit mieux l’effet esthétiquedu toit «détaché», qui s’intègremieux dans le milieu b...
Grand palais, Bangkok, ThaïlandeNotez la métaphorisation du toit du palais transformé en chapeau-couronne;un élément archi...
Temple vietnamienNotez les murs portants transformés visuellement en arches et donc en galléries, pour soulignerl’espace a...
La ville défendue (sacrée), Beijing, ChineUne autre aperçue du toit flottant qui a l’effet d’alléger la structure portante...
Pagode japonaiseYakushiji Toto (730 av.J.-C.) montrant l’effetdu toit flottant
Temple, JaponUn autre exemple de 1407, qui démontre la persistance de ce styleet donc son importance dans le langage local...
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Architecture et représentation de la communauté

  1. 1. L’architecture et la représentation de la communauté:l’espace, le haut et le basGuy Lanoue,Université de Montréal, 2009
  2. 2. Le design monumental (le monumentalisme)utilise:• 1) la lumière• 2) les masses• 3) l’espace (le vide)• 4) la gestaltdans le but de définir un rapport particulier entrel’ensemble et ses composants, qui est unemétaphore pour le rapport individu-communauté.Dans l’architecture et le design en occident, il y aune tension entre la structure portante (censé êtrecamouflée) et la façade (censé être la synecdoquede l’édifice ou du monument), comme il y avaitun jeu visuel entre le haut et le bas, quireprésentaient, comme on peut supposer, unsystème de hiérarchie sociale.Depuis l’époque victorienne en Europe, lesarchitectes ont utilisé le fer pour mettre lastructure portante en évidence, plutôt de lacacher), la transformant ainsi en entitémonumentale. Bref, la structure portante(colonnes, arches, murs) était traditionnellementcontrastée et cachée par la façade ou «cachée»par un toit massif; aujourd’hui, elle est devenue(comme dans l’exemple à gauche) un véhiculemétaphorique pour le rapport entre l’individu etle social qu’il représente.
  3. 3. Plusieurs signes architecturauxtransforment l’espace public en marqueurdu statuquo politique, mais Goodsell(1988:10) en a identifié quatre quisemblent être partagés en Occident depuisl’époque classique:• 1) tels espaces sont totalement contrôléspar les autorités• 2) l’accès par le public est restreint etcontrôlé• 3) leur destination politique est bienconnue• 4) ils sont renfermésJ’ajouterais une 5e: tels espaces sont deslieux où se manifeste la tension entre lessignes de l’individu et les métaphores de lacommunauté.Tels lieux sont donc des espaces rituels,car a) ils sont composés d’un nombrelimité d’objets-signes, et b) cescomposants sont organisés selon unmodèle assez précis.Goodsell, Charles1988 The Social Mean of Civic Space: Studying Political Authority throughArchitecture, University of Kansas Press, Lawrence
  4. 4. Une maison privée (reconstruite), Ostia AnticaLes détails architecturaux de l’espaceprivé sont également significatifs pourcomprendre l’image de lacommunauté.Ici, dans un style devenu iconique pourl’Italie, le rez-de-chaussée estclairement distingué des étagessupérieurs. Cet étage est censé êtreaccessible au public, en contraste avecles autres, destinés à l’usage privé.Aujourd’hui, les bâtiments italiensconservent cette distinction, avec descommerces et ateliers situés au niveaude la rue, surmontés d’appartementsprivés. Chaque édifice estsémiotiquement organisé comme unepyramide (sans qu’il y assume laforme), avec la base qui représente ladimension publique (qui est facilement«pénétrée» et donc sémiotiquement«féminine», et le sommet qui est signedu privé ou de l’intime, du haut etdonc de la tête, du masculin, et dupouvoir de la gouvernance.
  5. 5. Édifice, 16e siècle, RomeImmeuble contemporain, RomeNotez le rez-de-chaussée distinctLa continuité dans l’idéation de l’édificeest signe que les tensions entre individu et communauté existent toujours; dans ce cas,la décoration propre à chaque étage est évidemment liée à la présence d’un système dehiérarchisation – les divisions de classe sont importantes pour cette société
  6. 6. Le Parthénon, Athènesun exemple du monumentalisme étatique
  7. 7. L’Acropole, Athènes, et le message de l’État «parfait»Il est impossible de constater visuellement(et ceci est l’effet voulu par les architectesde ce monument) que les bases du toit(dans les deux dimensions de longueur etde profondeur du linteau) ne sont pasparfaitement droites ni parallèles à la basede la structure. En effet, les partiescentrales des deux dimensions (indiquéespar les deux flèches) dévient del’horizontale d’approximativement 3 cm,et ceci pour créer une illusion optique queces linteaux vus du bas sont droits etparallèles, car l’œil, en regardant vers lehaut, les aurait déformés; une personneaurait pensé que les architectes se sonttrompés. Le sous-texte qui lie la perfectionde l’édifice au pouvoir étatique aurait étésaboté.Ceci est la même déformation («la distorsion en barillet») du haut et du basd’une photographie produit par des lentilles non corrigées utilisées dans desappareils photo bas de gamme.http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/59/Lens_distorsion.png/300px-Lens_distorsion.png
  8. 8. L’Acropole aujourd’hui
  9. 9. Les colonnes deviennent des synecdoques del’ensemble, car le bâtiment n’est pas techniquementréalisable sans eux; la décoration de la colonne estune tentative de cacher et donc d’affaiblir cettemétaphore, la transformant ainsi en métonymie,pour cacher la structure portante, ou au moinsréduire son impact visuel. Le résultat est latransformation de cet élément structurel en détailesthétique, et d’orienter l’œil vers la façade, mêmequand, dans le cas des structures gréco-romaines,strictement parlant, il n’y en a pas, car les murs dutemple (la cellule; nous sommes toujours dans ledomaine du monumentalisme) sont souvententourés de colonnes et érigés en tout cas àl’intérieur de l’édifice. En fait, la décoration«végétale» transforme la base et surtout lechapiteau en élément terrestre, comme les flutesallègent les colonnes en faisant disparaitre leurqualité massive dans une masse de lignes fines.Même dans l’absence de végétation, comme dans lestyle ionique, la décoration reprend les thèmes dutoit, donc une partie de la colonne est visuellementattachée au toit par ses décorations partagées.Les trois catégories («ordres») decolonnes de l’Antiquité(corinthienne, ionique, dorique)
  10. 10. Temple, Paestum (Italie centrale)Notez la domination des colonnes, qui cachent même les murs internes du bâtiment(la cella, «cellule», la partie interne définie par les murs intérieurs)Les architectes devaientaffronter un problèmeesthétique: le poids visuel decette masse de colonnes et parles murs de la cella sembledominer au point de créer undéséquilibre visuel, et donc ilsont décoré la plinthe du toit, ouparfois ils ont placé des statuesautour de son périmètre, pourcréer l’impression d’un toit plusmassif et donc en équilibre avecla base. Cependant, ilsrisquaient de sombrer dans uncercle vicieux, car chaqueaugmentation du poids du toitrenforçait, évidemment, lebesoin d’y placer plus decolonnes portantes.Dans la logique du monumentalisme étatique, un haut (toit) trop petit ou visuellement faible est signede la faiblesse de l’État: le haut doit toujours dominer le bas. On y ajoute des décorations à la friseprécisément pour signaler l’importance du haut.
  11. 11. Même si la partiesupérieure de l’arche estrelativement massive, l’œilest inexorablement portévers le bas par les arches, lastructure portante. C’estleur qualité «ouverte»,voulue par les architectespour alléger l’ensemble, quidoit être opposée par lelinteau énorme en haut;visuellement, lacomposition sembledéséquilibrée, mais «bien»parce que les personnesvivant dans les régimesétatiques ont normalisél’idée que le haut domine lebas.L’arche de Constantin, Rome
  12. 12. La technologie du toitDans l’économie politique du visuel, le toit définit un espace ouvert qui est symbole de lacommunauté: plus tel espace est-il grand, selon la logique sémiotique de métaphorisation dulieu, plus la communauté est solidaire. La motivation pour le développement de nouvellestechnologies est peut-être liée au besoin de mieux représenter l’unité de l’empire.http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3d/Affresco_dell%27aspetto_antico_della_basilica_costantiniana_di_san_pietro_nel_IV_secolo.jpg/649px-Affresco_dell%27aspetto_antico_della_basilica_costantiniana_di_san_pietro_nel_IV_secolo.jpgUn toit triangulé:l’ancien St-Pierre, Romehttp://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8a/Model_temple_of_Aphaia_Glyptothek_Munich.jpg/800px-Model_temple_of_Aphaia_Glyptothek_Munich.jpgUn toit à linteau:un modèle du temple d’Aphaia, Grèce
  13. 13. Les toits romainsSource: http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_ancient_roofs
  14. 14. Les toits grecsSource: http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_ancient_roofsÀ noter que l’envergure des toits grecs,même ceux triangulés, est plus petitecomparée aux toits romains, par unfacteur de deux ou trois. Puisque lesdeux utilisaient essentiellement la mêmetechnologie, la différence, logiquement,est due à des visions esthétiquesdivergentes: les Romains semblaientressentir plus le besoin de construire engrand, de symboliser leur communautédiverse et hautement polarisée (par lesdivisions de classe qui menaçaient de lasaboter) en créant des espaces grandsdont le symbolisme soulignait l’unionsymbolique de tous les protagonistes dusocial. Ils avaient également besoin deconstruire de grands toits, de grandes«têtes» qui menaient l’œil vers le haut etdonc vers l’État force motrice derrièreces projets monumentaux.
  15. 15. Église romanesque, MilanNotez que les espaces ouverts des arches portent l’attention de l’œil vers le basEst-ce que l’addition destours (après que l’Église aitsupprimé la décorationmassive et «païenne» desplinthes du toit, pourretourner vers une simplicitésymbolique) serait-elle unetentative de mener l’œil versle haut, la source symboliquede l’autorité de l’Église?
  16. 16. Église classique, RomeBasilique St-Paul-hors-les-mursL’ampleur de l’espace intérieur estlimitée par la capacité structurelle despoutres (en bois) du toit; les mursdoivent être massifs pour supporter lepoids du toit; plus large est l’espaceintérieur, plus les poutres sont énormeset donc plus les murs doivent êtrerenforcés pour les soutenir; le plafondvisible (qui peut cacher un toit lourd,mais invisible de l’intérieur) est doncparfois suspendu de la structure «vraie»du toit pour l’alléger visuellement. Onvoit ici l’utilisation de coffrets (ou«caissons», dont l’utilisation dans lacoupole du Panthéon est son traitsignalétique). Ils vont alléger le toitvisuellement: les règles changent unefois qu’on passe à l’intérieur, car le toitne doit pas être si lourd qu’il donnel’impression d’écraser le public. C’estun autre sous texte de l’esthétiqueétatique, qui veut communiquer lasolidarité de la communauté en dépit deses clivages de classe.
  17. 17. Église romanesque, VeniseL’utilisation del’arche et de lacoupole dans unetentative d’alléger lepoids du toit (mais enaugmentant sonimpacte visuelle etdonc orienter l’œilvers le haut; le toitcomme structure«disparait», pour êtreremplacé par unefantaisie flottantecomme une voile.
  18. 18. Les étapes pour construire une coupole byzantineLa coupole est une arche tournée 360 degrés
  19. 19. L’intérieur du Panthéon, RomeAttribué au Consul Agrippa mais projeté par HadrienL’intérieur mesureexactement 142 pieds delarge et de haut,et la coupole repose surdes murs de 71 pieds dehauteur. La coupole estconstruite en béton, quiest allégé par l’utilisationde coffres (les éléments àl’apparence de cellulesou fenêtres). Le toitmassif (la coupole)semble «disparaitre»grâce à ce design.Coffre
  20. 20. Une autre vue du PanthéonLes fausses portes dansles murs semblent lesalléger, pour dissimulerl’épaisseur des mursobligatoirement massifsafin de supporter unecoupole si grande (laplus grande de laplanète après Saint-Pierre). Ces faussesportes signalent uneouverture, comme sicette partie supérieureétait au rez-de-chaussée.Les murs doncapparaissent plus légersqu’ils le sont en réalité.
  21. 21. Église néo-romaine (Rome),avec emphase sur la façadeLa façade exagérée enhauteur (qui dépasse levrai toit) est unetentative de mieuxéquilibrer haut et bas,de minimiser le rôledes murs commestructure portante.
  22. 22. Église néo-romaine (Rome)avec emphase sur la façadeIci, on voit clairement l’effet de la façade exagérée
  23. 23. Notez qu’avecl’utilisation del’arcboutant, une partiedu rôle technique dumur (soutenir le toit)est transféré àl’extérieur, et doncdésormais il devienttechniquementpossible d’alléger lesmurs, vus del’intérieur. Il est doncmoins nécessaired’utiliser de plintheshautement décorées etde fausses façadespour harmoniser lehaut et le bas.Le style gothiqueL’arcboutant
  24. 24. Style gothique (Notre-Dame, Paris)La structure portante(les arcboutants) est icimanifestement visible:elle est à l’extérieur dela structure commetelle. L’effet estd’alléger l’intérieur et,ironiquement, departiellement cacher lesespaces ouverts définispar l’arche exagérée dustyle gothique; enfin,ces renforcementsagissent de flèchesvisuelles et portentl’œil vers le haut de lastructure
  25. 25. Gothique, avec plan intérieurUne des conséquences de l’adoption de cestyle est d’alléger les murs. Il est doncpossible de percer les murs avec des fenêtres,qui vont davantage alléger les murs et aussiaugmenter la quantité de lumière qui pénètrel’intérieur.
  26. 26. Façade, Notre-Dame, ParisNotez la rosette centrale pour illuminerl’intérieur; sur le plan technique, ceciest plus facilement réalisable avec lestyle gothique, avec ces murs «minces»(relativement!); notez aussi lestentatives de décorer les superficies dubâtiment, car les espaces ouvertsdéfinis par les arches gothiques sont enfait plus grands que les ouverturescréées par l’arche romaine. La qualitépointue de l’arche ainsi quel’hyperdécoration et les arcboutantsportent l’attention de l’œil vers le haut,un message sémiotique juste pour uneéglise.
  27. 27. Cathédrale gothique, Chartres (France)
  28. 28. Cathédrale gothique, Bath (Angleterre)Ici, on voit les murs «disparaitre» grâce au génie mécanique gothique
  29. 29. Illumination de l’intérieur d’une église néo-romaine, gauche, et gothique, à droite
  30. 30. La symétrie et les portesPourquoi les édifices sont-il symétriques en Occident, ou l’étaient jusqu’au 20e siècle?Autrement dit, comment est-ce que la symétrie est-elle devenue la base de l’harmonie visuelleet donc du plaisir esthétique? Il y a bien sur plusieurs réponses, mais il ne faut pas négligerl’aménagement de la ville romaine qui devient notre héritage architectural. La majorité étaitdes colonies militaires, donc, planifiées. Ces villes avaient essentiellement deux ruesprincipales, une Nord-Sud (Cardo Maximus, essentiellement, «le point cardinal»*), ruedominante, et l’autre Est-Ouest (Decumanus Maximus, essentiellement, «le grand pouvoir dudixième [légion]»), l’orientation secondaire.http://media-2.web.britannica.com/eb-media/95/22195-004-4AECE421.gifLondres, 200 AD. On voit lesdeux rues principales. Ce planétait typique des villesromaines, sauf, évidemment,Rome, qui a grandi de façon nonplanifiée.* Hypothèse: au moment de la fondation de Rome, au nord et au sudse trouvaient ses plus grands ennemis (les Étrusques au nord; lesVolsci au sud) et ses plus grands alliés (les Sabines, au nord).http://www.theflorentine.net/media/issues/firenze-centro.jpgFlorence aujourd’hui; onvoit toutefois les anciensmurs romains, le Cardo etle Decumanus (flèche)
  31. 31. Par contraste, une ville médiévale non romaine (Sibiu, Transylvanie)Les rues sont sinueuses, le plan non rectangulaire
  32. 32. Les portes attachées à ces rues étaient deslieux névralgiques, car elles représentaientdes points de pénétration de l’espace sacré àl’intérieure des murs (on construisait un muren traçant un sillage avec une charrue, doncen creusant dans la terre sacrée, donc en«pénétrant» la terre, qui, comme lieu del’agriculture, est féminine), et en soulevantla charrue aux endroits qu’elle traversait lesrues principales projetées. Les Romainsétaient donc conscients du symbolismesexuel de l’identité féminine de la ville, de lacivilisation, de la terre mère qui «enracinait»les murs et donc la ville. En limitant, enprincipe, les portes aux axes principaux, ilslimitaient l’accès à la ville non seulementpour des raisons de sécurité et de protection,mais également soulignaient le symbolismede la pénétration. En limitant ces points defaiblesse symbolique, ils ont souligné lesymbolisme de chaque acte individuel depénétrer les murs. En adoptant deux axes, eten limitant le nombre de portes – bref, enadhérent à un modèle rigide – la ville esttransformée en espace rituel. Encombinaison avec l’image du corps politiquemasculin et de la civilisation féminine, lasexualisation de l’espace urbain moyennantcette symétrie militaire devient la base del’esthétique de la ville et de ces édifices.http://www.fotoeweb.it/Rimini/FotoRimini/Rimini%20Arco%20d%27Augusto.jpgPorte romaine àRimini (27 av. J.-C.);comme plusieurs deces portes, elle étaittellement large qu’onne pouvait la fermer.Son rôle défensif n’estdonc pas primordial.http://galenfry.com/eh61/trier.jpgPorte romaine àTrier (Allemagne;190 AD); un autreexemple d’uneporte trop grandequ’on puisse lafermer. Ellesymbolise que lepouvoir sémiotiquede la ville est plusimportant dupouvoir individuel.
  33. 33. Quelques villes adhérentes au modèle romain: Turin (Castra Taurinorum, Italie); Trier (AugustTreverorum, Allemagne); Speyer (Noviomagus, Allemagne); Paris (Lutetia, France); Londres(Londinium, Grande-Bretagne); Pompéi (Italie); Lincoln (Lindum Colonia, Grande-Bretagne); AlbaIulia (Apulum, Romanie); Tiberias (Israël); Florence (Florentia, Italie)En ritualisant l’entrer et le sortir de leurs villes, les Romains ont créé des villes qui étaient des endroitssacrés (selon eux), où le pouvoir sémiotique du lieu était rehaussé. Ne l’oublions pas, les villes sontféminines et donc «faibles» pour souligner la nécessité d’une vigilance constante. En augmentant lepouvoir de la porte et donc de la ville, l’Agir passe de l’individu à la ville. Donc, l’individu, un sujetactif, devient passif, et la ville devient un sujet actif. Autrement dit, le fait de marcher et donc delittéralement pénétrer la ville ne signifie pas que l’individu est «actif». Qui a plus de pouvoir sémiotique?Clairement, la ville. Donc, c’est la ville qui agit sur l’individu et non l’inverse, dans le sens de«l’accueillir», de «permettre» la pénétration. La symétrie du plan d’aménagement était donc le moteurqui déclenchait ce processus de ritualisation, qui projetait le pouvoir individuel sur une entité spatiale, laville et ses murs.http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/78/Newport_Arch2.jpgNewport Arch, Lincoln (Lindum Colonia), Grande-BretagneQuelques villes romaines avaient des portes aubout de leurs rues principales, sans pourtantconstruire les murs qui les auraientnormalement liés. Ceci démontre encore une foisque les portes n’étaient pas nécessairement desstructures défensives, mais des enginssymboliques pour penser le rapport à la ville.
  34. 34. Les sociétés asiatiques où se trouve cegenre de temple ont une organisationsociale différente de celle de l’Europeoccidentale, et donc les tensions quientourent le rapport entre l’individu etla communauté s’expriment de façondifférente. Par exemple, notez que lastructure portante est quasimentcomplètement cachée par le décor, àdifférence des églises occidentales. Àdire la vérité, les temples asiatiquessont en général beaucoup plus petits etintimes que les églises occidentales etdonc les architectes locaux ne doiventpas affronter le problème de couvrir unespace intérieur gigantesque (ce qui lesoblige, en Occident, d’adopter de toitsimposants et donc de murs portantsmassifs). Un peu partout en Asie (en lesAsies!) où on pratique la riziculture, lemonumentalisme symbole de lacommunauté se manifeste parl’investissement dans les terrasses etnon dans les temples.Temple, Thaïlande septentrionale
  35. 35. Deux tentatives d’orienter l’œil vers un élément structurel:décoration italienne (à gauche), qui renforce l’idée du toit massif (même quand cet élément n’est pasnécessaire sur le plan structural); décoration chinoise (à droite), qui tente de l’alléger en faisant un pontvisuel entre le toit et les poutres portantes; notez aussi l’utilisation de symboles du monde végétal(feuilles d’acanthe) en Occident (donc, un élément terrestre), et de motifs fauniques en Orient (les lignesévoquent le dragon, qui est une créature de l’air qui contrôle l’eau (la pluie, par exemple); il est doncplus léger et certainement plus bénéfique que le dragon de la mythologie occidentale).http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/17/Jade_dragon_2.jpg/220px-Jade_dragon_2.jpgBijou en jade enforme de dragon,approx. 300 ansa.J.C.
  36. 36. Véranda, Asie centraleNotez les fausses colonnes, qui agissent de trompe-œil, car elles sabotent l’idée de lacolonne comme structure portante et définissent une gestalt d’arches multiples.
  37. 37. Toit chinois traditionnel à plusieursniveaux et pentes, détournant l’attentionde son rôle architectural principal; sacourbature crée l’impression que le toitest plus léger qu’il l’est en réalité; ilsemble flotter, et donc l’œil le voit plushaut qu’il l’est en réalité.http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/9f/HighStatusRoofDeco.jpg/300px-HighStatusRoofDeco.jpgLes architectes chinois parfois faisaient commeleurs confrères occidentaux, en décorant le toitpour porter l’œil vers le haut. Ceci étaitgénéralement réservé pour les édifices étatiquesles plus importants, pour souligner le haut(surtout que les figures sont mythologiques)
  38. 38. Temple chinois à Suzhuo,JiangsuIci, on voit mieux l’effet esthétiquedu toit «détaché», qui s’intègremieux dans le milieu bucolique;notez que l’attention est portée versle haut par la courbature du toit.
  39. 39. Grand palais, Bangkok, ThaïlandeNotez la métaphorisation du toit du palais transformé en chapeau-couronne;un élément architectural se transforme en élément artistique;notez également la décoration de la plinthe du toit pour cacher son rôle architectural
  40. 40. Temple vietnamienNotez les murs portants transformés visuellement en arches et donc en galléries, pour soulignerl’espace aux dépens de la structure portante. Notez également les toits métaphorisés en plateauxde service, métaphore du repas et de la fête. Notez aussi que le toit semble flotter, quisymboliquement allège la structure portante inférieure.
  41. 41. La ville défendue (sacrée), Beijing, ChineUne autre aperçue du toit flottant qui a l’effet d’alléger la structure portanteOn voit qu’il est possible de construire des structures majestueuses qui communiquent l’idéedu léger (mais qui ont le même effet et but que leurs homologues occidentaux, de diminuerl’individu devant l’architecture monumentale censée représenter le pouvoir étatique)
  42. 42. Pagode japonaiseYakushiji Toto (730 av.J.-C.) montrant l’effetdu toit flottant
  43. 43. Temple, JaponUn autre exemple de 1407, qui démontre la persistance de ce styleet donc son importance dans le langage local de l’espace social.

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