Plumpynut niger

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Plumpynut niger

  1. 1. grand formatOn peut en finiravec la faimLa Journée mondiale de l’alimentation s’ouvrira avec unenouvelle encourageante : le nombre de personnes souffrantde malnutrition a diminué en 2010. On peut donc fairereculer la faim. État des lieux et reportage au Niger, où nosenvoyés spéciaux racontent comment les ONG expérimententdes aliments supernutritifs : le Plumpy’nut pour les urgencesvitales et le Plumpy’doz en traitement de fond.À Sarkin Yamma, au Niger, l’ONGlocale Forsani assurela distribution de Plumpy’doz.Cette pâte alimentaire à based’arachide, concentrée en vitamines,permet de prévenir les états demalnutrition sévère chez les enfants.Photos : Tomas Van HoutryveTexte : Anne Guion
  2. 2. 36 La Vie - 14 octobre 2010vaincre la faim grand formatÀ Niamey, au Niger, une usine fabrique le Plumpy’nut. Cet aliment thérapeutique a sauvé la vie de milliers d’enfants malnutris.La Vie - 14 octobre 2010 37dubitatifs : faut-il être pessimiste ouoptimiste face aux enjeux de l’alimen-tation et de la malnutrition ?Version pessimiste, cette persistancede la malnutrition– qui,danssaphaselaplus aiguë, s’avère mortelle, chaqueannée, pour cinq à six millions de per-sonnes, principalement des enfants demoins de 5 ans – donne des argumentsaux catastrophistes et aux néo-mal-thusianistes qui pointent tout à la fois« l’accélération de la démographie pla-nétaire, filant à toute vitesse vers les9 milliards d’habitants » et la capacitéagricole, à leurs yeux limitée, de laTerre. Ces pessimistes soulignentaussi la perversité des échanges liés àlamondialisation,évoquantles« émeu-tes de la faim » qui ont secoué, en 2007,plusieurs capitales du Sud et mis enévidence la transformation des habi-les petits paysans qui vivaient tantbien que mal de leur lopin deviennentdes ouvriers agricoles prolétarisés etmalnutris faute de ressources.Mais on entend aussi aujourd’huides voix plus optimistes. Celles d’agro-nomesquiexpliquentqu’auprixd’unedouble révolution verte, à la fois pro-ductiviste et écologique, le mondepeut nourrir le monde. Respectueusesdes ressources en eau et du sol, fon-dées sur l’amélioration naturelle desrendements, ces agricultures paysan-nes locales, attentives à l’environne-ment, déconnectées des lobbies inter-nationaux qui imposent OGM etsemences brevetées, fortes de débou-chés protégés de la concurrence despays du Nord, organisées et génératri-ces de revenus, pourraient s’imposercomme la solution d’avenir. Elles com-mencent d’ailleurs à recueillir lessuffrages (et les financements) desorganisations internationales. Cou-pléesàl’essordesmicrofinancements,à l’éducation et aux soins de santén16 octobre, Journée mondiale del’alimentation. Ce pourrait êtreun « marronnier », une journée inter-nationale de plus où il conviendraitde penser fugitivement aux enjeux dela malnutrition sur notre planètepour oublier tout aussitôt. Il existe,pourtant, une nouvelle légèrementencourageante. Pour la première foisdepuis quinze ans, la FAO, l’Organi-sation des Nations unies pour l’ali-mentation et l’agriculture, annonceun recul de la faim dans le monde.Très modeste, bien sûr : 925 millionsd’individus au total souffrent de lafaim en 2010, contre 1,023 milliard en2009. Une baisse qui peut semblerdérisoire face à un chiffre énorme etscandaleux, puisqu’un individu sursix continue de vivre dans les affresde ne pas pouvoir – ou mal – se nour-rir. Une baisse qui paraît fragile, àla merci d’une hausse des prix agri-coles, d’un renforcement de la criseéconomique mondiale et du désé-quilibre des échanges Nord-Sud. Etqui rend, de fait, les observateurstudes alimentaires des populations,qui les rendent tributaires des denréesd’importation, et par conséquent deshausses des cours mondiaux. Un ren-chérissement du blé aux États-Unis serépercute directement sur le budgetdu ménage égyptien, grand amateurde pain, et celui du riz thaïlandais, surle consommateur sénégalais. Cesmêmes pessimistes rajoutent que lesproduits des agricultures subvention-nées des pays du Nord viennentconcurrencer les productions locales.Quand le poulet breton arrive moinscher que la volaille locale sur le mar-ché de Douala, c’est toute la filièreavicolecamerounaisequiestprivéederevenus, et des milliers de petits pay-sans qui, faute d’argent, basculentdans la malnutrition. Ces analystesrappellent également le choix de cer-tains pays émergents de bâtir leurdéveloppement sur des cultures d’ex-portation. Au Brésil, par exemple, quia fait le choix de consacrer des mil-lions d’hectares à des cultures de rentecomme le soja ou les agrocarburants,primaires, ces nouvelles agriculturespaysannes seront à même de venir àbout, disent les experts, de 90 % descas de malnutrition de la planète.Il y a enfin la révolution des nouveauxproduits nutritionnels thérapeutiquesqui permettent de mieux combattre lamalnutrition aiguë sévère : celle quitue 10 000 enfants chaque jour. Cellequi sévit dans les conflits ensanglan-tant les pays du Sud, qui rôde dans lescamps de réfugiés, qui surgit à l’occa-siond’unecatastrophenaturelle.Ici,ilest possible d’être raisonnablementoptimiste. Comme le montre AnneGuion dans son reportage au Niger,des progrès considérables sont faitssur le terrain. On peut donc venir àbout du plus grand scandale de notresiècle en cumulant les savoir-fairenutritionnel et agricole. Encore fau-drait-ilunevolontépolitiquequilibèrequelques milliards de dollars. Et quise fait toujours attendre. Quitte à don-ner raison aux pessimistes. ●CHRISTIAN TROUBÉatlasdesmondialisations/lavielemondeL’Atlas des mondialisationsn Plus de 70 experts et journalisteslivrent leur analyse sur les multiplesfacettes de la mondialisation. De l’économieà la culture, en passant par la société,l’environnementou les sciences,200 cartesoriginales (dontest tirée celle quenous publionsci-dessus)conçues parnos cartographesenrichissent cespoints de vue.Après lesreligions en 2007,les migrationsen 2008 etles civilisations en 2009, l’Atlas desmondialisations, coédité par La Vie-Le Monde,aide à mieux comprendre le monde. Avecla profondeur de champ qui s’impose commela marque de fabrique de ces ouvrages :éclairer le présent à la lumière du passé.L’Atlas des mondialisations, en kiosquesle 21 octobre (12 €). À commander page 41.Production et insécurité alimentairesL’Afrique devient un enjeu pour les pays à fort développement qui n’ont pas assez de terres arables pour être autosuffisants.grand format vaincre la faimOn peut donc venir à bout du plusgrand scandale de notre siècleen cumulant les savoir-faire
  3. 3. À l’inverse du Plumpy’doz,le Plumpy’nut, utiliséuniquement en situationd’urgence médicale, a faitses preuves. Cette pâteà base d’arachide, trèscalorique, résistante à lachaleur et emballée dansun sachet étanche, a permisde guérir des enfants pourlesquels les traitementshabituels étaient inefficacesvoire mortels.La Vie - 14 octobre 2010 39Avant la fin de l’année,400 000 enfantsnigériens jusqu’à2 ans vont bénéficierd’un traitementde Plumpy’doz.Mais les complémentsalimentaires ne sontpas la panacée. Leureffet pervers : freinerl’investissementdans des programmesde développementagricoles, seulscapables d’éradiquervraiment la famine.
  4. 4. 40 La Vie - 6 décembre 2010 La Vie - 14 octobre 2010 41nDe minuscules vertèbres roulentsous la peau tendue de son dos.Un regard fixe. C’est un corps posé là.Lamaria a 6 mois, elle pèse 3 kg, lepoids d’un nouveau-né en France. À lavoir, allongée sur un lit du Centre deréhabilitation et d’éducation nutri-tionnelle intensive (Creni) de l’hôpitalde Maradi, à environ 600 km à l’est deNiamey, la capitale du Niger, on doutede sa survie. Et pourtant, le pédiatreest optimiste : « Elle s’en sortira ; lePlumpy’nutatoutchangé ».LePlumpy’­nut (« noix dodue », en français), c’estune pâte beige clair à base d’arachidequi a révolutionné la lutte contre lamalnutrition sévère aiguë, lorsquel’enfantaatteintunemaigreurextrêmeet se trouve en danger de mort. À quel-ques mètres de là, des femmes sontassisesàl’extérieur,leurenfantsurlesgenoux. L’un d’entre eux mâchonneun petit sachet en aluminium, duPlumpy’nut. La transformation estspectaculaire. Il y a quelques sourires.Une main minuscule attrape le doigtpointé du médecin. Entre ces deuxphases de traitement, il s’est écouléseulement une petite dizaine de jours.Très bientôt, si tout se passe bien,Lamaria pourra, elle aussi, mangerson premier sachet de Plumpy’nut.Puis elle quittera le centre pour ren-trer chez elle avec sa maman.Tout commence donc par un produitmiracle, une incroyable réussite qui amis fin à une époque dont les humani-De nos envoyés spéciaux au Nigeruutaires se souviennent avec effroi. Pen-danttrenteans,20 %à60 %desenfantspris en charge dans les centres derenutrition mourraient, malgré lessoins. Des années d’impuissance. Il afalluattendreledébutdesannées1990,pour que les scientifiques se penchentenfinsurlaquestion.Pourquoitantdemortalité chez les enfants hospitali-sés ?« Auparavant,onpensaitquepourtraiter un enfant malnutri, il suffisaitdeluidonneràmanger,expliqueAnne-Dominique Israël, nutritionniste àAction contre la faim (ACF). Les scien-tifiques se sont rendu compte qu’à unmoment, les traitements habituelsn’étaient plus efficaces ou, pire, qu’ilspouvaient être mortels, car le corpsd’un enfant malnutri sévèrement réa-git différemment. » De ces recherches,sont nés les laits enrichis F100 et F75En 2005, le Plumpy’nut a guéri90 % des 60 000 enfantsatteints de malnutrition sévèreDes cacahuètespour combattre la famineSeules les arachidesqui entrent dansla composition duPlumpy’doz sontachetées aux paysansnigériens. L’huilede palme vient deMalaisie, le sucred’Argentine…Au Centrede réhabilitationet d’éducationnutritionnelle del’hôpital de Maradi,les enfants les plustouchés sont d’abordnourris avec du laitfortifié, administrévia une sonde nasale,avant de recevoirdu Plumpy’nut.Malgré les progrès dansla prise en charge des enfants,les hôpitaux manquentde moyens pour faire faceà la demande de soins.
  5. 5. nants : 90 % de guérisons, 3 % seule-ment de mortalité. Deux ans plus tard,l’OMS, l’Unicef, le Pam et le Comitépermanent des Nations unies pour lanutrition recommandent les RUTFdansunedéclarationcommuneencou-rageant « la prise en charge commu-nautaire de la malnutrition ».Sarkin Yamma, un village à une heurede piste de Maradi. Une longue file detissus colorés s’étire sur le terre-pleincentral. Les femmes sont là depuis lepetitmatin.Etlorsqu’onleurdemandela raison de leur présence, elles répon-dent : « Biscit ! », le biscuit, ou encore :« Plumpy ». Mais cette fois-ci, pas dePlumpy’nut. Les femmes repartentavec son petit frère : quatre pots dePlumpy’doz. Une pâte, également,qui contient le même concentré envita­mines avec moins de calories.400 000 enfants nigériens jusqu’à 2 ansdevraientainsirecevoiravantlafindel’année un traitement de Plumpy’doz.Objectif  : prévenir la malnutritionmodérée, lutter en amont contre lafaim qui s’abat avec une régularitétragique sur ce pays en partie sahé-lien. « Très vite, nous nous sommes ditque nous ne pouvions pas attendre queles enfants tombent dans la malnutri-tion sévère avant de réagir », se sou-vient Susan Shepherd, la coordina-trice médicale chargée des program-mes de nutrition de MSF. L’ONGreprend alors contact avec MichelLescanne et les chercheurs de Nutri-set et leur demande de créer un nou-veau produit. En 2007, c’est SusanShepherd, elle-même, qui se charge devanter les bénéfices de ce nouveau« Plumpy » auprès des autorités nigé-riennes pour obtenir l’autorisationd’importation. Le Plumpy’doz est né.Et avec lui, une nouvelle gamme deproduits : les aliments complémentai-res prêts à la consommation.Aujourd’hui, le petit pot orange etblanc est partout. Dans les entrepôts deForsani (Forum santé Niger), l’ONGnigérienne qui travaille en partena-riat avec MSF France, à Maradi, ilsoccupent quasiment tout l’espace :13 500 cartons de Plumpy’doz – soitprès de 500 000 pots ! – y sont stockésdans une chaleur étouffante. C’estbeaucoup, alors même que, pour l’ins-42 La Vie - 14 octobre 2010fabriqués par Nutriset, une sociétéfrançaise dont le siège se trouve enpleine campagne normande, à Malau-nay. « C’était la première fois qu’unproduit spécifique était créé, se sou-vient aujourd’hui Michel Lescanne,ingénieur agroalimentaire et PDGfondateurdeNutriset.Auparavant,onenvoyait tout et n’importe quoi dans lescentres de renutrition. Dans les années1980,j’aimêmevu,enÉthiopie,unstockde Slim-Fast, un substitut alimentairede régime… » Mais, malgré les laitsenrichis, la mortalité reste élevée,notamment à cause des abandons desoin. Impossible pour une mère derester plusieurs semaines au chevetde son enfant malade alors que le restede sa famille l’attend à la maison. Lestraitements exigent aussi beaucoupd’eau potable, du bois de chauffage etdu personnel en quantité. Des élé-ments souvent difficiles à réunir parles humanitaires lors des crises.Michel Lescanne s’associe alorsavec André Briend, un nutritionnistede l’Institut de recherche pour le déve-loppement, afin de mettre au point unproduit qui permet à la mère de soi-gner son enfant chez elle, au village.Ils expérimentent gaufres, beignets…Et tombent d’accord sur une pâte…Elle ne contient pas d’eau (ce quiempêche le développement des bacté-ries) et est emballée dans un sachetétanche. Ajoutez à cela une formulemagique (et secrète), qui empêche lapâte de « déphaser » aux températuresextrêmes, comme un vulgaire pot depâte à tartiner. Et voici le Plumpy’nut,qui supporte la chaleur (30 °C) et seconserve deux ans. Dans la foulée,d’autres produits apparaissent. On lesappelle les « Ready to use therapeuticfood » (RUTF) ou, en français, « ali-ments thérapeutiques prêts à consom-mer ». En 2005, Médecins sans frontiè-res fait la démonstration de leur effi-cacité à grande échelle au Niger. Alorsqu’une nouvelle fois la famine s’abatdanslepays,MSFsoigne60 000 enfantsmalnutris sévèrement avec le Plum-py’nut. Les résultats sont impression-tant, aucune étude scientifique n’aencore clairement prouvé leur effica-cité in situ. « Tout se joue entre 0 et2 ans, explique Susan Shepherd, unenutrition équilibrée permet à l’enfantde faire face plus efficacement auxmaladies. Or, au Niger et dans le restedu Sahel, les enfants sont désarmés. LePlumpy’doz permet de booster leursdéfenses immunitaires. »Une solution simple à un problèmequi semble pourtant très complexe.Retour à Sarkin Yamma. Raqia, l’unedes mères qui a participé à la distribu-tion, nous emmène chez elle à GarinSaoudé, un petit village à une demi-heure de route de là. Une cour entou-rée de murs en terre ocre. Troisfamilles vivent ici. Et, surprise, cen’est pas le dénuement total imaginé.Unepouleetsespoussinstraversentlacour. Il y a aussi des pintades, des chè-vres et des vaches. « Les villageois ontde quoi constituer une ration alimen-taire équilibrée minimale », confirmeainsi Touré Brahima, médecin ivoi-rien, responsable des études chez Épi-centre, une ONG créée par MSF.« Même les familles les plus modestesont des œufs, du mil, des haricots, dusoja. Mais ils préfèrent vendre leur pro-duction. » Pourquoi ? À cause dusurendettement. Lorsque les récoltessont mauvaises plusieurs années desuite, les paysans sont obligés de ven-dre le mil récolté pour rembourserleurs dettes. Mais pas seulement : lessuperstitions jouent également unrôle. Les parents, par exemple, ne don-nent pas d’œufs aux enfants. La fauteà une vieille croyance qui dit que l’en-fant se mettra alors à voler.Dans les villages Haoussa, l’ethniemajoritaire autour de Maradi, où la poly-gamie est très importante, la femmesubvient seule aux besoins alimen-taires des enfants grâce à son lopin deterre. Pendant la journée, les enfantsne mangent que la « boule », une sortede soupe de mil. La mère ne préparequ’un seul repas, celui du soir, lorsquele père est présent. Ajoutez à cela unsevrage maternel souvent brutal. Uncercle vicieux s’est enclenché. « Lamèrequin’apasunealimentationéqui-librée va donner naissance à un enfantavec un petit poids de naissance, moinsLes paysans sont obligésde vendre le mil récolté pourrembourser leurs dettesuuPUBuugrand format vaincre la faim
  6. 6. de Maradi, les paysans ne cultiventquasiment que du mil. « Pourtant,dans certaines zones, ceux-ci pour-raient mettre en place des culturesvivrières et ainsi aller vers davantagede sécurité alimentaire », témoigneTouré Brahima. Une question de prio-rité. La communauté internationale atoujours favorisé l’aide alimentaire,qui permet d’écouler les surplus dessystèmes agricoles occidentaux. En2009, la FAO, l’organisation desNations unies pour l’alimentation etl’agriculture, a ainsi dépensé 266 mil-lions de dollars (191 millions d’euros)dans des programmes de soutien auxagriculteurs des pays en voie de déve-loppement. Alors que les dépenses duProgramme alimentaire mondial(Pam) dépassaient les 8 milliards dedollars (5 milliards d’euros). Un fosséde 2,5 kg, poursuit Touré Brahima. Or,il est très difficile ensuite pour l’enfantde rattraper ce retard. Pour éradiquercette malnutrition chronique, il fauttravailler sur le couple mère-enfant àlong terme. On sauve des vies avec lePlumpy’nut mais il faut aller plus loin.Il est illusoire de penser que le Plum-py’dozseulementvaprévenirlamalnu-trition. Chaque année, on ne fait quemettre des pansements. »Des pansements qui coûtent cher : ilfaut compter 35 € par enfant environpour un traitement de six mois dePlumpy’doz. « C’est autant d’argentquin’estpasdépensédanslesprogram-mes de sensibilisation à la nutrition oude développement », dénonce MichelRoulet, un pédiatre nutritionniste deTerredeshommes-Suisse,lapremièreONG à avoir mis en garde contre leseffets pervers d’une distribution mas-sive de ces aliments complémentai-res. Et de fait, sur le terrain, le désé-quilibre est patent. Dans les environs44 La Vie - 14 octobre 2010qui devrait s’accentuer. Dans unrécent rapport, la Banque mondialerecommande aux agences d’aidehumanitaire (Unicef, Pam) d’aug-menter leurs achats de produits detraitement et de prévention (RUTF etaliments complémentaires) pouratteindre 6,2 milliards de dollars paran, soit 4,4 milliards d’euros (contre250 millions d’euros aujourd’hui). Dequoi aiguiser les appétits des fabri-cants qui rêvent de capter des parts dece gâteau.Une manne que Nutriset affirme par-tager avec le monde en développement.La société française a ainsi développéla production locale des produitsPlumpy via un réseau de franchisésnommés Plumpyfield. Au Niger, c’estSTA (Société de transformation ali-mentaire), une entreprise familialede Niamey, qui produit une partie duPlumpy’nut et devrait se lancer d’icipeu dans la fabrication du Plum-py’doz. Du Plumpy local, certes, maispas si nigérien que cela… La visitedes stocks de matières premières del’usine offre ainsi un bon résumé descomplexités de la mondialisation.Seules les arachides sont achetéesaux paysans nigériens. L’huile depalme vient de Malaisie, le sucred’Argentine. Le cacao, qui entre dansla composition d’un produit, vient deCôte d’Ivoire, mais il a été acheté… enEurope. L’usine n’a pas la capacité deproduction de celle de Nutriset àMalaunay. Résultat : le Plumpy’nut« made in Niger » est plus cher quecelui venant de Normandie.Qu’importe, pour Susan Shepherd :« La lutte contre la malnutrition passepar le développement d’une industrieagroalimentaire de produits pourbébé, le “baby food”, à condition biensûrdepasserdelagratuitéaupayant. »« D’ici quatre à cinq ans, nous allonsvoir apparaître de plus en plus de pro-duits alimentaires pour traiter cequ’on appelle la malnutrition chroni-que. C’est un marché, car les clientspotentiels sont très nombreux », aver-tit Michel Roulet. Derrière tout cela,se profilent les enjeux économiquesdu BOP, le « Bottom of the pyramid »,la base de la pyramide, du nom de lathéorie, très en vogue dans les écolesde commerce, de CK Prahalad, unéconomiste américain d’origineindienne. « La base de la pyramide »,ce sont les 4 milliards de personnesqui vivent avec moins de 5 dollars parjour.Soitunmarchépotentielénorme,pour peu que l’on s’adapte à cettepopulation. Nutriset et son parte-naire nigérien se sont lancés dansl’aventure. Ils ont créé le Grandibien,une pâte chocolatée conditionnée endose de 10 g, sorte de concentré dePlumpy’nut, vendues dans les phar-macies nigériennes pour 35 f  CFA,soit moins de 0,1 €. Et accompagnentleur démarche d’un volet social avecl’aide d’ONG locales.Mais cet afflux de produits occiden-taux a déjà des conséquences sur lesmodes de vie. Les produits RUTFdéchaînent les passions. De nombreu-ses tricheries ont lieu lors des distri-butions de Plumpy’doz. Nous avonsrencontré des femmes qui adaptaientleur emploi du temps de la semaine enfonction des déplacements des ONG.Certaines ont déjà marché une jour-née entière, leur enfant sur le dos,pour rejoindre un point de distribu-tion. Le sachet de Plumpy’nut se vendillégalement 150 f  CFA (0,20 €) sur lemarché de Maradi.Les ONG commencent à se poserdes questions. Action contre la faim(ACF) mène en ce moment une étudesur les conséquences de l’introduc-tion massive de Plumpy’doz. « Lespremiers résultats montrent que lescompléments alimentaires ne sont pasla panacée, affirme Anne-DominiqueIsraël. Si on développe l’éducation à lanutrition, les programmes de dévelop-pement de l’agriculture, les habitantsont moins besoin de ces produits. » Lasection suisse de MSF présente àvaincre la faim grand formatPrès de Maradi, les paysansne cultivent que du mil.La mise en place de culturesvivrières pourrait pourtantleur assurer une meilleuresécurité alimentaire.La Vie - 14 octobre 2010 61« Injuste. Les enfants malnutrissont mieux soignés que ceuxqui souffrent de paludisme »Terre des hommes a pointé leseffets pervers d’une distributionmassive de Plumpy’dozZinder, à l’est de Maradi, a, elle, optéplutôt pour la distribution du Sup-plementary Plumpy, un autre pro-duit Nutriset, distribué non pas àl’ensemble d’une classe d’âge maisuniquement aux enfants souffrant demalnutrition aiguë modérée. « Il fautse méfier d’une certaine vision nutri-tionniste du monde, affirme MichelRoulet. La nutrition ne peut pas toutrégler. Après la Seconde Guerre mon-diale, si le statut nutritionnel desenfants européens a progressé, ce n’estpas seulement parce qu’on s’est mis àdistribuer du lait dans les écoles. C’estun ensemble de progrès qui a permiscela : l’accès à l’éducation et à lasanté… » Or, le Niger, l’un des pays lesplus pauvres du monde, en est loin.Le manque de moyens est criant. Lagratuité des soins pour les enfants de5 ans a bien été mise en place en 2007,mais peu d’efforts ont été faits pourpermettre aux hôpitaux de faire faceà la demande.À l’hôpital de Maradi, le chef duservice de pédiatrie Atte Sanoussi està bout de force. Après nous avoir faitvisiter le Centre de renutrition où setrouvait Lamaria, il insiste pournous montrer son service de pédia-trie. Le contraste est saisissant. Larégionfaitfaceàunpicdepaludisme.Les enfants sont parfois trois par lit.Il n’y a pas de réanimateur. « Nous nepouvons pas faire d’anesthésies,confie-t-il. Nous perdons beaucoupd’enfants… » Dans la salle de néona-talogie, il repère un prématuré de1,6 kg posé sur un lit. Celui se trouveen détresse respiratoire. L’infir-mière ne l’a pas remarqué : elle estseule pour surveiller une cinquan-taine de jeunes patients, dont unevingtaine en soins intensifs. Il n’y aque deux extracteurs d’oxygène dansl’hôpital. Elle part à la recherche del’un des deux. Il faut débrancher unenfant pour secourir le prématuréqui en a davantage besoin. « C’estinjuste, s’insurge le pédiatre, lesenfants malnutris sont mieux soignésque ceux qui souffrent de paludisme.Or, si on veut vraiment réduire le tauxde mortalité infantile, il faut s’occu-per de toutes les maladies. En ne trai-tant que la malnutrition, on ne par-court qu’un bout du chemin. » luu

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