LE PIÉTON ET SON GPS
Une exploration urbaine de Nantes
en parcours commentés
Hélène-Marie Juteau
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LE PIÉTON ET SON GPS
UNE EXPLORATION URBAINE DE NANTES
EN PARCOURS COMMENTÉS
Hélène-Marie Juteau
Master 2 DYATER
Départe...
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REMERCIEMENTS
Merci aux huit enquêtés de nous avoir consacré du temps et d’avoir participé à
notre travail avec enthousi...
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SOMMAIRE
Introduction 8
Chapitre I/
État de la littérature scientifique sur le rapport
entre les technologies de l’infor...
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2- Présentation générale des enquêtés 31
2-1 Notre population 31
2-2 Présentation des enquêtés 32
2-3 Le protocole d’enq...
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5- Lire la ville avec le GPS :
une autre manière de s’approprier l’espace 71
5-1 Donner du sens à l’espace et ses lieux ...
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INTRODUCTION
Dans la société hypermobile dans laquelle les individus sont dispersés, la mobilité
est encadrée par divers...
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espaces/sociétés, et que nous préférons appeler la dimension spatiales des sociétés »1.
L’entrée par les représentations...
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• « L’engagement » dans l’espace est diminué. L’individu s’en imprègne moins.
Cependant il développe une autre attentio...
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Chapitre I
ÉTAT DE LA LITTÉRATURE SCIENTIFIQUE SUR LE
RAPPORT ENTRE LES TECHNOLOGIES DE
L’INFORMATION ET DE LA COMMUNIC...
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- Les mondes communautaires et leur spatialité
C’est notamment Howard Rheingold qui, en 2002, s’est spécialisé dans les...
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l’augmentation de la mobilité physique grâce aux TIC, ainsi que la manière dont les
individus réorganisent leur vie quo...
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présenté lors de la Conference on Human factors in computing systems (CHI),
en avril 2009, les résultats d’une experime...
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2- “Wayfinding with a GPS-based mobile navigation system: a comparaison
with maps and direct experience.”
Il s’agit d’u...
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L’intérêt est de comprendre comment les utilisateurs trouvent leur chemin et
acquièrent une connaissance spatiale. Les ...
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certains automobilistes par des autoroutes et des routes de campagne. D’autres doivent
se rendre chez un ami ou bien à ...
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repérage structuré par la morphologie urbaine : les routes, les masses de bâti, les
ronds-points ou encore le nom des r...
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Chapitre II
PENSER L’ESPACE, L’INDIVIDU ET SON GPS
LE CADRE CONCEPTUEL
1- Les quatre entrées conceptuelles
Notre travai...
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Enfin nous considérons l’espace du point de vue des TIC et plus exactement du GPS.
Nous utilisons les concepts
- de sér...
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pratiques de la ville, l’aspect affectif de l’espace et enfin l’espace ressenti par l’individu,
l’espace vu par le corp...
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objets et leurs caractères géométriques »1, d’autre part, comme notre implication,
subjective qui consiste à nous proje...
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Chapitre III
PARCOURS COMMENTÉS ACCOMPAGNÉS ET EN
SOLITAIRE :
UNE DÉCOUVERTE DE NANTES PAR DES PIÉTONS
LA MÉTHODOLOGIE ...
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des travaux sur les TIC et la mobilité quotidienne. De plus, nous avons pensé que
travailler sur un espace inconnu alla...
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discours modaux et référentiels, obtenus à partir d’entretiens centrés d’une part sur les
conceptions des acteurs et d’...
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des habitants de Nantes1, le thème du déménagement et la construction identitaire
autour de la mobilité2, ou encore sur...
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L’analyse se concentre sur la manière dont l’enquêté fait exister autrui, les
« associations temporelles » (ce qu’un él...
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Les parcours commentés et itinéraires sont donc des méthodes d’enquête qui
permettent de relever des éléments de représ...
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1-4-2 Les cartes mentales, un outil du géographe
Dans les années 1990, la géographie, notamment étrangère, se saisit de...
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aussi celles qui sont liées à la personne, à ses connaissances, à sa familiarité avec les
lieux, à son expérience spati...
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Notre technique d’enquête inclut volontairement la photographie. J-P Thibaud et J-
Y Petiteau lui consacrent une place ...
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2-2 Présentation des enquêtés
ENQUÊTÉS TIC
Fabrice, 26 ans Fabrice est célibataire, vit en colocation à Rennes et
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d’un futur lieu de promenade.
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La visite de Nantes est agréable pour lui. À aucun moment il
ne semble être dérangé par l’enquête et ses dispositifs.
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Nous avons dû gérer les changements fréquents de contexte : le café, la voiture,
Nantes, le restaurant… Il fallait donc...
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Notre guide d’entretien aborde les thèmes suivants, en cohérence avec nos
hypothèses de départ :
- La préparation au vo...
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Pendant le parcours, nous avions prévu des questions de relance afin de récupérer le
plus d’informations possibles et d...
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l’espace, l’outil et les autres, dont nous-mêmes. L’enquêté pouvait Twitter ou accéder à
un réseau social.
Plan du parc...
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- Le parcours sans Smartphone :
Le trajet était le même. Les consignes aussi. Les individus étaient guidés oralement
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- Le parcours commenté en solitaire sans Smartphone : nous leur notions
seulement les points par lesquels ils devaient ...
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Nous voulions aussi leur faire prendre les transports en commun, pour les mêmes
raisons que pendant le parcours : voir ...
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En répondant à la même consigne : « Pouvez-vous dessiner le trajet que vous venez
de faire ? », sur une feuille de form...
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Chapitre IV
LES NOUVELLES REPRÉSENTATIONS DE L’ESPACE
DES INDIVIDUS ÉQUIPÉS DU GPS
LES RÉSULTATS D’ENQUÊTE
Six catégori...
Le piéton et son gps Exploration urbaine en parcours commentés
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Le GPS est un outil ancré dans les pratiques de mobilités urbaines. Nous disposons de peu d’informations concernant son usage et son influence sur les représentations de l’espace par les piétons. La nécessité d’identifier la place du GPS dans la perception de l’espace des citadins conduit à choisir une approche pluridisciplinaire au croisement de la géographie sociale, de la sociologie des usages et des sciences de l’information et de la communication. Grâce à une enquête basée sur des parcours commentés à Nantes, nous analysons les usages du GPS et la manière dont les individus passent d’un espace numérique à l’espace physique de la ville.

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  1. 1. LE PIÉTON ET SON GPS Une exploration urbaine de Nantes en parcours commentés Hélène-Marie Juteau
  2. 2. 2
  3. 3. 3 LE PIÉTON ET SON GPS UNE EXPLORATION URBAINE DE NANTES EN PARCOURS COMMENTÉS Hélène-Marie Juteau Master 2 DYATER Département de géographie Université Rennes II Juin 2014
  4. 4. 4 REMERCIEMENTS Merci aux huit enquêtés de nous avoir consacré du temps et d’avoir participé à notre travail avec enthousiasme. Merci à Éric Le Breton pour son soutien. Merci à nos proches, amis et famille. Merci à mes parents.
  5. 5. 5 SOMMAIRE Introduction 8 Chapitre I/ État de la littérature scientifique sur le rapport entre les technologies de l’information et de la communication et l’espace 11 Chapitre II/ Penser l’espace, l’individu et son GPS Le cadre conceptuel 19 1- Les quatre entrées conceptuelles 19 1-1 Le concept d’espace 19 1-2 Les usages et comportements des individus 20 1-3 Les représentations de l’espace 20 1-4 Les perceptions de l’espace 21 2- La méthode d’analyse d’enquête : l’analyse inductive 21 Chapitre III/ Parcours commentés accompagnés et en solitaire : une découverte de Nantes par des piétons La méthodologie d’enquête 23 1- Généralités et cadrage de l’enquête 23 1-1 L’enquête exploratoire 23 1-2 L’entretien semi-directif 24 1-3 Les méthodes des parcours commentés et de l’itinéraire 25 1-4 Le choix des cartes mentales comme outil d’analyse des représentations de l’espace 28 1-5 L’utilisation de la photographie dans les trajets urbains 30
  6. 6. 6 2- Présentation générale des enquêtés 31 2-1 Notre population 31 2-2 Présentation des enquêtés 32 2-3 Le protocole d’enquête 34 2-4 Les étapes de la journée d’enquête 35 Chapitre IV/ Les nouvelles représentations de l’espace des individus équipés du GPS. Les résultats d’enquête 43 1- Les rapports contradictoires des individus avec leur GPS 44 1-1 Les différents comportements et usages du GPS 44 1-2 Des discours ambivalents autour du GPS : de la sécurité à la surveillance 47 1-3 La prise de conscience de la perte de compétence 50 2- De la ville consommable à la découverte urbaine : les différentes manières de pratiquer la ville 53 2-1 « La ville ça sert d’abord à consommer » 53 2-2 De la ville « fast food » à la ville dynamique 54 2-3 Naviguer en ville 55 2-4 Le GPS créateur de sérendipité 57 3- Les représentations communes de la ville 58 3-1 La ville, un espace d’émancipation et de libération 58 3-2 La ville, un centre animé 59 3-3 Le passage obligé 60 4- Maîtriser l’espace avec le GPS 63 4-1 Le trajet au centre de la mobilité 63 4-2 Être maître de ses déplacements : le GPS un outil d’engagement dans la mobilité 68
  7. 7. 7 5- Lire la ville avec le GPS : une autre manière de s’approprier l’espace 71 5-1 Donner du sens à l’espace et ses lieux 71 5-2 Savoir se repérer : les atouts du GPS 75 5-3 Les accompagnateurs du voyage 87 5-4 Les transports en commun, un moment à part du voyage 89 6- Les images du GPS marquent les représentations de la ville 92 6-1 Le nouveau rapport à l’espace : passer du GPS à l’espace physique de la ville 92 6-2 Le GPS domine les perceptions et représentations de l’espace 97 7- Éléments de synthèse 102 Conclusion 109 Bibliographie 112
  8. 8. 8 INTRODUCTION Dans la société hypermobile dans laquelle les individus sont dispersés, la mobilité est encadrée par divers outils qui rassurent. Ce sont des outils d’accompagnement des déplacements. Le GPS et le Smartphone en font partie. Ils pallient ce que l’on perd lorsque l’on bouge : le contact avec les autres, avec sa « base », la faible capacité d’action avec un corps embarqué ou en mouvement, la perte des points de repère, de sa situation, la perte de familiarité avec les lieux etc. Lorsque nous nous déplaçons, nous avons le choix de nous renseigner sur les lieux, les trajets, de consulter des guides de voyages, d’appeler un service de renseignement, une connaissance etc. Ce panel de possibilités rassurantes et organisatrices fait partie de la mobilité contemporaine. Le GPS et le Smartphone participent au changement de paradigme de la mobilité, qui consiste à penser qu’elle n’est plus un moment de perte mais un moment riche en possibilités. Dans ce cadre, les outils d’aide à la mise en action sont répartis en deux temps : ils ne sont pas forcément des outils numériques, mais nous concentrons nos propos sur ce type de média. Premièrement, ceux qui anticipent le mouvement et aident l’individu à construire sa mobilité. Ce sont les outils de préparation au voyage : les cartes communautaires, les sites de conseils ou forums, les sites de visionnage de l’espace en 360° (Gare 360°, Street View), les sites des transports qui mettent à disposition des plans des réseaux parfois interactifs (celui des TCL ou de la RATP), etc. Deuxièmement, ceux sont les outils qui accompagnent le déplacement, c’est-à-dire les outils nomades : le GPS, le Smartphone et ses applications. Quelle que soit leur forme (un jeu ou un plan), leur lien avec la mobilité ou leur utilité, elles sont toutes à considérer dans ce cadre. Nous nous penchons sur le second temps du cadre de la mobilité, plus exactement sur le GPS. Après avoir précédemment travailler sur les déplacements piétonniers en ville, la question du rôle du GPS dans les déplacements s’est posée. Nous mettons en lien cet outil nomade avec les représentations de la ville. L’espace est porteur de significations sociales et individuelles qui interviennent dans l’action des citadins. Chaque individu a donc sa propre représentation de l’espace qui l’entoure et c’est grâce à cela qu’il se l’approprie. Nos travaux s’inscrivent dans une démarche épistémologique entamée dans les années 1950 en géographie, notamment avec les travaux d’Eric Dardel sur la mise en récit de l’espace1. C’est ensuite la géographie américaine qui légitime la compétence de la discipline à s’emparer du concept, avec les travaux de Roger M. Downs et David Stea2 sur les pratiques individuelles de l’espace analysées par les cartes mentales. Ils inspirent notamment Antoine Bailly, un des spécialistes français des représentations de l’espace en géographie. Nos travaux s’inscrivent de plus dans une problématique centrale de la géographie sociale, celle de « l’appropriation de l’espace doit nécessairement se trouver sur le chemin de tout géographe qui interroge ce que l’on appelle généralement les rapports 1 Dardel E., Pinchemel P., Besse J-M., L’homme et la Terre Nature de la réalité géographique, éditons du CTHS, 1990, 199 p. 2 Downs R.M. and Stea D., Image and Environment, Aldine Publishing Co., Chicago, 1973, 439 p.
  9. 9. 9 espaces/sociétés, et que nous préférons appeler la dimension spatiales des sociétés »1. L’entrée par les représentations de l’espace et son appropriation nous permettent alors de penser l’espace de manière dynamique. Ces travaux s’inscrivent par ailleurs dans une réflexion déjà engagée sur la ville numérique, ou encore appelée ville 2.0, la ville hybride (Pierre Musso), soit la ville connectée à ses habitants et visiteurs. La ville numérique est en effet aujourd’hui au cœur des problématiques d’aménagement urbain et de la politique de la ville. L’accessibilité des services urbains est retravaillée avec le numérique, tout comme l’accès à la vie culturelle de la ville ou encore la citoyenneté et la place de la parole habitante. Le citoyen a accès à la vie publique comme cela ne l’a jamais été grâce aux données en libre services, aux médias et aux réseaux sociaux. Les chercheurs s’emparent de plus en plus du rapport entre les TIC et les usages de la ville. Ainsi, en 2011, Stéphanie Vuillemin s’interroge sur les modifications que l’utilisation des logiciels de navigation peut provoquer sur les systèmes de représentation de l’espace des individus2 . Nos travaux s’inscrivent dans cet axe de recherche. Notre objectif est d’apporter un éclairage sur la mobilité « augmentée » résolument inscrit dans une démarche de géographie sociale. Notre enquête apporte des éléments de réponse à la question suivante : en quoi la navigation urbaine assistée par le GPS influence-t-elle les systèmes de représentation de l’espace des piétons ? Nous comparons les représentations de l’espace d’usagers et de non-usagers du GPS lors de leurs déplacements dans un espace de découverte, à Nantes. Nous cherchons à comprendre les dimensions spatiales et sociales de l’évolution des représentations. Nous ne faisons qu’évoquer la préparation au voyage. Selon nous, peu d’études sont disponibles sur la question. Les recherches se concentrent sur les TIC et les transports, les territoires numériques, en particulier la ville numérique, ou encore le problème de fractures territoriales liées aux réseaux de télécommunication. Nous souhaitons tester les hypothèses suivantes : • Avec le GPS, la préparation au voyage prend moins de temps, l’espace est vécu dans l’instant. • Avec le GPS, l’espace est maîtrisé et anticipé et, par conséquent, plus rassurant. Les sentiments d’inconnu, de perte n’existent plus. L’espace est entièrement accessible. • L’espace est considéré comme un passage obligé pour se rendre d’un lieu à un autre. Le GPS rend la mobilité fonctionnelle et vécue sous la forme de trajet d’un point A à B. • Le GPS est un nouveau mode d’interaction et d’appropriation de l’espace urbain. C’est un outil qui brouille la lisibilité de l’espace, autant qu’il apporte de nouvelles clés de lecture de la ville. • Il y a un déplacement des points du système de repérage des individus. Ils pensent l’espace non plus dans sa globalité, mais centré sur eux et leurs activités • L’espace de référence devient l’espace virtuel, celui de la carte numérique. 1 Séchet R. et Veschambre V.(dir), Penser et faire la géographie sociale Contributions à une épistémologie de la géographie sociale, PUR, 2006, p. 295. 2 Vuillemin Stéphanie, « Quand l’ailleurs devient familier », in EspaceTemps.net, Dans l’air, 28.02.2011.
  10. 10. 10 • « L’engagement » dans l’espace est diminué. L’individu s’en imprègne moins. Cependant il développe une autre attention à lui. • Les autres font moins l’objet de demande, ils sont une ressource aspatiale qui disparaît. • Le temps prend une dimension centrale dans les déplacements. Il les conditionne. Pour répondre à ces hypothèses, nous avons mis au point un protocole d’enquête particulier que nous détaillons dans le troisième chapitre du mémoire. Dans le premier chapitre nous présentons avant tout un état de la littérature scientifique analysant le rapport entre le GPS et l’espace. Nous exposons ensuite notre cadre conceptuel autour quatre entrées : l’espace, les usages et comportements des individus, les représentations et les perceptions de l’espace. Le quatrième chapitre est consacré à l’analyse de nos résultats d’enquête.
  11. 11. 11 Chapitre I ÉTAT DE LA LITTÉRATURE SCIENTIFIQUE SUR LE RAPPORT ENTRE LES TECHNOLOGIES DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION ET L’ESPACE Plusieurs approches abordent les TIC et l’espace. Nous en distinguons sept. - L’approche par l’accessibilité et la fracture numérique Sur ce plan, de nombreux travaux portent sur l’accessibilité de l’espace lié au handicap ou aux difficultés d’insertion sociale. Nous pouvons évoquer les auteurs tels que Pascal Plantard, anthropologue des usages des TIC1, ou encore Craig Phillips, enseignant pour non-voyants et spécialiste de l’orientation et de la mobilité. Il s’est penché sur l’étude de l’apprentissage de l’usage du GPS par les non-voyants2. - Les jeux vidéo et les mondes virtuels Citons Hovig Ter Minassian3 qui décrit les différentes spatialités du jeu vidéo. Il différencie l’espace médiatisé du support numérique, l’espace du joueur et ceux autour du jeu vidéo (ceux de l’industrie du jeu vidéo, de l’environnement du joueur, etc.). Concernant l’analyse des échelles dans l’espace du jeu vidéo, Rudolph P. Darken et John L. Sibert s’intéressent au wayfinding et aux différentes manières de se repérer dans l’espace virtuel4. Les auteurs rendent compte de trois façons de trouver son chemin selon les joueurs : la « recherche naïve » (naive search), c’est-à-dire sans aucune connaissance a priori de l’espace, la « recherche indiquée » (primed search), pour laquelle le point d’arrivée est indiqué et enfin l’« exploration » (exploration), pendant laquelle il n’y a pas de point de chute. Nous pouvons la rapprocher de l’errance. 1 Plantard P. (dir), Pour en finir avec la fracture numérique, Fyp, coll. Usages, 2011, 168 p. 2 Phillips C. L., “Getting from here to there and knowing where: teaching global positioning systems to students with visual impairments”, in Journal of Visual Impairments & Blindness, oct-nov 2011, p. 675-680. 3 Ter Minassian H. et Rufat S. (dir), Espaces et temps des jeux vidéo, Éditions Questions Théoriques, coll. Lecture>Play, 2012, 291 p. 4 Darken R.P. et Sibert J. L., « Wayfinding strategies and behaviors in large virtual worlds », Conference on Human factors in computing systems (CHI), April 13-18, 1996 Vancouver, British Columbia, Canada, 16 p.
  12. 12. 12 - Les mondes communautaires et leur spatialité C’est notamment Howard Rheingold qui, en 2002, s’est spécialisé dans les communautés virtuelles, en y décrivant de nouveaux codes sociaux. Les idées particulièrement intéressantes pour notre travail sont celles de la « visibilité de l’autre », du problème de la saturation cognitive liée à l’accession et la stimulation de l’information diffusée en continu et enfin l’idée de « tribus itinérantes d’utilisateurs de téléphone » (rowing phone tribes)1. - L’apprentissage de la ville et de la mobilité Nous faisons référence ici aux innovations telles que les urban games2 ou l’élaboration d’outils pédagogiques mis en place par la politique de la Ville, les missions locales ou les programmes de recherche privés3, pour inscrire la ville et la mobilité dans des logiques d’apprentissage et de mise en accessibilité. - Le territoire numérique et ses imaginaires Olivier Jonas parvient à relier l’imaginaire du cyberespace avec l’aménagement du territoire, les modes de vie des individus et leur mobilité avec les TIC dans une étude pour le CERTU4. Pierre Musso est l’un des spécialistes des imaginaires des télécommunications. Les dernières recherches qu’il pilote au sein de la chaire « Modélisation des imaginaires, Innovation et Création » alimentent les réflexions sur les nouvelles représentations de la ville hybride. - Les TIC et les perceptions de l’espace Les travaux sur la perception de l’espace et les TIC sont dispersés dans plusieurs disciplines : la géographie, la psychologie, les sciences de l’information et de la communication ou encore l’ergonomie. Cette dispersion de la recherche est significative d’un sujet qui rassemble différents types de questionnements mais qui actuellement ne connaît, selon nous, aucune analyse globale. Les recherches sont souvent trop ciblées et exploratoires voire pour les psychologues, expérimentales. - La navigation et les TIC. La mobilité physique et la mobilité « virtuelle » Le sujet est traité en plusieurs axes. Les questions de la mobilité quotidienne et des TIC sont les plus récurrentes1. Elles posent le problème de la baisse ou de 1 Rheingold H., Smart mobs The next social revolution, Transforming cultures and communities in the age of instant access, Basic Books, 2002, p. XVII. 2 Voir les jeux urbains de Xilabs : www.xilabs.fr 3 Voir les travaux d’Eric Le Breton sur l’apprentissage de la ville et de la mobilité, avec le programme « Ville Lisible » de l’Institut pour la Ville en Mouvement. www.ville-en- mouvement.com 4 Jonas O., Territoires numériques. Interrelations entre les technologies de l'information et de communication et l'espace, les territoires, les temporalités, La documentation française, coll. Les dossiers du CERTU, 2001, 141 p.
  13. 13. 13 l’augmentation de la mobilité physique grâce aux TIC, ainsi que la manière dont les individus réorganisent leur vie quotidienne2. Très proche de cet axe, les travaux sur les TIC et le travail ont notamment été publiés par Valérie Fernandez et Laurie Marrauld3. Ils nous renseignent sur l’organisation des journées de salariés mobiles et l’évolution de leur spatialité grâce au téléphone portable. Un autre axe de recherche consiste à travailler sur l’effet de la géolocalisation. Il concerne tous les travaux sur la cartographie égocentrée, le GPS4. Enfin une des pistes des plus développées, surtout par les chercheurs anglo-saxons, se concentrent sur le wayfinding, c’est-à-dire le processus cognitif qui permet aux individus de trouver leur chemin, de construire un trajet et de se repérer. De nombreux travaux se penchent sur la question du GPS dans la voiture et se rapprochent de l’étude des représentations de l’espace. Peu de travaux s’intéressent aux piétons et aux TIC. Ce sont en tout cas des travaux expérimentaux. Souvent ces travaux concernent l’espace du quotidien. L’espace vécu de la découverte, le tourisme est peu étudié. Marie-Christine Lafond de l’Université de Laval, au Québec, étudie « Le design d’applications mobiles pour la navigation urbaine en contexte touristique ». Parmi nos lectures, quatre articles nous permettent de cadrer notre sujet : 1- En 2003, Andrew J. May, Tracy Ross, Steven H. Bayer et Mikko J. Tarkiainen, analysent l’information donnée par le GPS dans leur article « Pedestrian navigation aids : information requirements and design implications », publié dans Pers Ubiquit Comput, revue pluridisciplinaire, spécialisée dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication. 2- Le deuxième article est rédigé par des chercheurs japonais en psychologie, et science de l’information, publié dans le Journal of Psychology, en 2008 : T. Ishikawa, H. Fujiwara, O. Imai, .i Okabe, “Wayfinding with a GPS-based mobile navigation system: a comparaison with maps and direct experience”. 3- G. Leshed, T. Velden, O. Rieger, B. Kot et P. Sengers, chercheurs en sciences de l'information et de la communication, exposent les résultats d’une analyse de la perception de l'espace pendant la navigation en voiture accompagnée du GPS: “In-car GPS navigation engagement with and disengagement from the environment”, présenté au CHI en 2008. 4- Jae-Woo Chung et Chris Schmandt, sont deux chercheurs du MIT (Cambridge) et présentent, dans l’article “Going my way: a user-aware route planner”, 1 Sur la mobilité et la vie quotidienne voir les réflexions de Alain Rallet, Anne Aguiléra et Caroline Guillot, « Diffusion des TIC et mobilité. Permanence et renouvellement des problématiques de recherche », in Flux, n°78, 2009, p. 7-16. 2 Voir l’article de Line T., Jain J., Lyons G., “The role of ICTs in everyday lives”, in Journal of Transport Geography vol. 19, 2011, p. 1490-1499. 3 Fernandez V. et Marrauld L., “Usages des téléphones portables et pratiques de la mobilité L’analyse de « journaux de bord » de salariés mobiles », in Revue française de gestion, 2012/7, n°226, p. 137-149. 4 Meng L., « Egocentric design of map-based mobile services », in The cartographic journal, The British Cartographic Society, vol. 42, n°1, juin 2005, p. 5-13.
  14. 14. 14 présenté lors de la Conference on Human factors in computing systems (CHI), en avril 2009, les résultats d’une experimentation d’un nouveau modèle de GPS Pour chaque article nous présentons les éléments les plus pertinents en vue de nos recherches. 1- « Pedestrian navigation aids: information requirements and design implications » Cet article est le résultat d’une enquête exploratoire. Les deux objectifs de cette étude sont, d’une part, l’acquisition d’une meilleure compréhension des informations dont les piétons ont besoin lors de la navigation, et d’autre part, l’identification des éléments qui doivent intervenir dans les applications mobiles d’aide au déplacement. May et al. interrogent les éléments fondamentaux de la navigation : les directions, les distances, le positionnement et les points de repère. Les auteurs soulignent avant tout quelques points intéressants sur les formes que prennent les indications du GPS. Ils remarquent notamment l’indication turn by turn, c’est-à-dire celle qui est donnée au fur et à mesure du trajet. Cette indication est efficace pour l’automobiliste, mais l’est-elle autant pour le piéton ? L’enquête se déroule à Loughborough, dans les Midlands de l’est du Royaume Uni. Elle s’organise autour de deux groupes de dix personnes. Les enquêtés du premier groupe font un parcours dans la ville et repèrent en marchant les éléments qui permettraient de guider un touriste dans le ville. Le second groupe les dessine sur un fond de plan de ville. L’analyse des résultats ne montre que peu de différences entre les deux groupes. Ce sont au final les points de repère qui structurent la navigation urbaine. Ce sont les feux tricolores, les indications piétonnes, les stations-services, les lieux publics, les parcs, les restaurants ou encore les pubs. Les individus du groupe « carte mentale », ont relevé plus de points de repère familiers en les indiquant, non par leur fonction, mais par leur nom. L’élément urbain qui suit les points de repère est la forme des rues. La distance et le nom des rues n’interviennent qu’à la fin du trajet, pour confirmer le point d’arrivée auprès d’un passant. Les auteurs retiennent donc les éléments suivant pour l’optimisation des applications de navigation : - les points de repères personnalisés et nommés. - l’inutilité de la notion de distance pour le piéton. - l’indication doit être donnée à un moment particulier de la navigation : aux points de décision, c’est-à-dire aux nœuds (croisement, changement de direction, milieu de chemin) tout en identifiant tout au long du chemin des points de repère. - une information doit venir confirmer la décision prise lors de la navigation.
  15. 15. 15 2- “Wayfinding with a GPS-based mobile navigation system: a comparaison with maps and direct experience.” Il s’agit d’une étude sur les comportements lors de la « navigation » quotidienne, c’est-à-dire la planification et l’organisation des déplacements impliquant une destination. Selon les auteurs, la navigation implique un processus cognitif en 3 étapes : 1- L’orientation dans l’espace (localisation et orientation). 2- La mise en place d’un plan de route. 3- La pratique du plan de route. Avec ce processus, les individus acquièrent une connaissance de l’espace environnant via leurs représentations (connaissance subjective ou « internal representations »), et via les aides à la navigation (connaissance objective ou « external représentations ») Les auteurs donnent des éléments de repère sur le plan et le GPS. Les cartes et plans papier facilitent la compréhension de l’espace et aident lors du repérage spatial. Mais la connaissance qu’on en retire est liée à un type de trajet, une perspective. En outre le lien entre la carte, l’espace et le moi (notre position) est loin d’être évident d’où l’abondante littérature sur l’apprentissage des cartes. Les systèmes de navigation peuvent prendre différentes formes : les GPS à commandes verbales, les « static maps » comme celle de Google, proches des cartes interactives, le plan en 3D, les animations ou encore l’environnement virtuel. En général les études montrent qu’en termes de temps de trajet et de distance, les GPS à commandes verbales sont plus efficaces que les cartes routières, la 2D l’est plus que la 3D et les cartes plus que les plans aériens. L’étude exploratoire consiste en la comparaison de trois types d’aides lors de la navigation : le plan papier, le GPS sur Smartphone et l’aide oral donnée par un accompagnateur (direct experience). Ishikawa et al. enquêtent auprès de 66 étudiants, 11 hommes et 55 femmes, entre 18 et 28 ans. L’enquête est réalisée au Japon, à Chiba, dans la zone résidentielle de Kashiwa. Comme dans toute enquête exploratoire, la méthode est très précise. Elle s’organise en trois étapes : 1- Le questionnaire de départ, le Santa Barbara Sense-of-direction-scale. Il a pour objectif de connaître l’expérience de la personne avec le GPS, de connaître ses capacités à se repérer et son évaluation personnelle de son sens de l’orientation. 2- Les parcours avec GPS pour certains, avec le plan papier pour d’autres et enfin l’aide de l’accompagnateur. Le trajet est seulement indiqué pour le groupe des individus équipés du GPS. Le groupe équipé de plans n’a que le point de départ et d’arrivée. Les individus aidés par l’accompagnateur font le trajet deux fois : la première avec les indications de l’accompagnateur, la seconde fois sans. 3- A la fin du parcours les participants doivent estimer la direction du point de départ et dessiner un plan de route comme s’ils devaient à leur tour indiquer le chemin à quelqu’un.
  16. 16. 16 L’intérêt est de comprendre comment les utilisateurs trouvent leur chemin et acquièrent une connaissance spatiale. Les auteurs notent deux différences fondamentales entre l’usage du GPS et celui du plan : - avec le GPS, il s’agit de suivre la route indiquée en vérifiant que le curseur qui indique la position de l’utilisateur est toujours sur le chemin tracé (on est projeté sur le plan interactif). Avec la carte, l’enquêté vérifie lui-même sa position, il doit se positionner lui-même, ce qui implique un effort de réflexion pour faire le lien entre l’espace réel-sa représentation sur le plan-sa position. - le GPS ne montre pas toute la route. L’écran se met à jour au fur et à mesure, contrairement à la carte qui fait apparaitre le point de départ et d’arrivée. Les résultats rendent compte de la direction choisie, de la distance parcourue, du temps de trajet, du nombre d’arrêts et d’erreurs de direction. Les utilisateurs du GPS marchent plus longtemps. Ils n’ont pas pris les routes les plus courtes. Ils se sont aussi plus souvent arrêtés que les autres pour se réorienter. Ils sont plus lents que les enquêtés de la direct experience. Au sujet de l’acquisition de connaissance de l’espace, les résultats sont les mêmes : les usagers du GPS font plus d’erreurs. Ils sont moins précis dans leur dessin et ne parviennent pas à organiser l’espace parcouru. Les auteurs proposent de justifier ce résultat en prenant en compte le petit écran du Smartphone qui ne laisse pas entièrement visible le chemin. De plus, la nouveauté du système GPS peut expliquer les faibles taux de réussite. L’outil n’est pas encore approprié. Les utilisateurs du GPS sont plus occupés à regarder l’écran que l’espace environnant et perdent alors des informations que l’espace réel leur donne. Les « meilleurs » résultats se trouvent chez les enquêtés de la direct experience. Ils font l’effort de retenir, comprendre et apprendre l’espace qui les entoure, puisqu’ils n’ont pas d’aide par la suite. Nous considérons que l’intérêt de ces résultats est limité. Ils sont fortement déterminés par le manque d’appropriation de l’appareil. 3- « In-car GPS navigation engagement with and disengagement from the environment » L’objectif de cette étude est la mise en garde sur la perte d’attention et le désengagement des automobilistes vis-à-vis de l’espace. Le désengagement est la perte du contact corporel avec le paysage. Il a pour conséquence une perte de compétence lors de la navigation et un éloignement avec l’environnement et les autres personnes. Face à cette hypothèse, les auteurs considèrent l’utilisation du GPS (en voiture) comme un gain de liberté qui implique de nouvelles pratiques de l’espace, dans lesquelles le plan apparaît comme un élément de renseignement spatial fondamental dans l’appropriation de l’espace. Leshed et al. rejettent néanmoins le déterminisme technologique et sont attentif à ne pas reprendre les discours a priori sur les conséquences de l’usage du GPS. L’enquête est exploratoire. Elle se passe à New-York. Leur méthode repose sur l’observation de 10 automobilistes mis en situation. Elle concerne les pratiques quotidiennes de la ville. Plusieurs trajets sont organisés. Le but est de faire passer
  17. 17. 17 certains automobilistes par des autoroutes et des routes de campagne. D’autres doivent se rendre chez un ami ou bien à un rendez-vous en ville. Le temps de l’enquête dure entre 1 et 3 heures pour chaque enquêté. Il y a plusieurs passagers dans la voiture. - Sur la navigation : L’enquête démontre que les individus perdent le réflexe de vérifier où se trouve le point d’arrivée. Ils entrent les informations dans le GPS sans savoir si le lieu se trouve au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest de la ville. Le temps calculé est un élément fondamental pour les conducteurs. Les usagers ont tendance à suivre le GPS sans prêter attention aux paysages traversés. Ils suivent aveuglément les instructions de l’appareil. Ce point est cependant nuancé par certaines attitudes d’enquêtés. Certains préfèrent vérifier les informations données. - Sur l’orientation : Lorsque le GPS mène les conducteurs dans un espace inconnu, ils s’inquiètent d’être perdu. En ne reconnaissant pas l’environnement, ils perdent la confiance accordée au GPS. Ils sont désorientés. Ils choisissent alors de revoir le trajet en sélectionnant sur le parcours des points familiers. Cette désorientation provoque chez les individus un sentiment de perte de compétence. Le GPS fait en quelque sorte comprendre à l’individu qu’il ne peut plus se débrouiller seul puisqu’il ne reconnaît pas l’environnement. Certains refusent alors ce sentiment et préfère vérifier plus longuement sur le plan du GPS en zoomant et « dézoomant » sur la zone. Le GPS est largement utilisé pour la navigation quotidienne et dans des espaces connus. De fait, les utilisateurs sont souvent en désaccord avec l’appareil, n’approuvant pas les routes qu’il propose. Dans ce cas, ils utilisent seulement le plan du GPS, sans les instructions. Certains admettent que l’outil leur permet de découvrir certains lieux, même dans l’espace quotidien. En reliant les deux espaces, celui du GPS et l’espace physique, les individus prennent entièrement part à leur mobilité. Ils sont actifs. - Sur l’expérience de la conduite : Le GPS altèrent les échanges avec les passagers. L’automobiliste, concentré sur la route et les indications du GPS, en oublie les autres. En outre, les interactions se font davantage avec l’appareil. Il devient un agent actif et personnalisé. Les individus le désignent avec des pronoms comme « il » ou « elle », selon la voix choisie. L’espace de référence devient celui du GPS. Il donne du sens à l’espace physique. 4- « Going my way: a user-aware route planner » Cet article est un compte rendu d’expérience. Schmandt et Chung testent avec des enquêtés un nouveau type de GPS. Ils partent du postulat que les individus se repèrent dans l’espace avec des lieux spécifiques : les lieux fréquentés habituellement, des établissements symboliques de la ville, les lieux de consommation. Leur compréhension de la ville ainsi que leur capacité à avoir une image mentale de celle-ci, à l’utiliser et la raconter, dépendent de ces points. Or le GPS propose principalement un mode de
  18. 18. 18 repérage structuré par la morphologie urbaine : les routes, les masses de bâti, les ronds-points ou encore le nom des rues. Aujourd’hui les GPS et notamment Google map propose de plus en plus de points de repère commerciaux. Néanmoins ces points restent impersonnels. L’application mise au point tente de personnaliser les indications du GPS : « Going my way attempts to give directions the way one’s friend might ». L’objectif du travail est avant tout de définir des points de repère significatifs pour les individus et de les intégrer par la suite aux trajets que propose le GPS. Leurs hypothèses de départ sont les suivantes : -Les individus se souviennent mieux des lieux lorsqu’ils sont situés dans une intersection -Les lieux de la ville sont particulièrement mémorables lorsqu’ils font partie d’une chaîne comme Starbucks -Le repérage se fait plus facilement quand un texte accompagne l’indication. Douze enquêtés participent à l’élaboration de points de repère dans la ville de Cambridge. Ils accompagnent chaque lieu choisis d’indications précises, sous forme de textes, ainsi que d’une description de l’emplacement du lieu et de son adresse précise. Suite à cette première étape, cinq individus de l’enquête précédente testent la nouvelle application. Ils peuvent utiliser divers modes de transport pour se rendre dans cinq lieux (restaurants, café, librairie etc.) répartis dans la ville de Cambridge. En moyenne, les enquêtés reconnaissent moins de huit points de repère. En somme, les directions sont plus simples à comprendre. Les individus considèrent de plus qu’ils étaient en mesure de deviner le point d’arrivée en fonction des points de repère donnés pendant le trajet. Ils admettent aussi avoir mémorisé le trajet jusqu’à destination. Cette étude nous montre que la parole des autres, puisqu’il s’agit ici de suivre un trajet décrit de la même manière que le ferait un accompagnateur, reste centrale dans le repérage. Les quatre articles détaillés ne traitent pas la question du rapport GPS-espace de manière exhaustive. Ils permettent cependant de relever les principaux questionnements et résultats d’enquêtes sur le sujet. Ils justifient de plus notre travail, en l’inscrivant dans une trame de recherche nouvelle. Notre cadre conceptuel se base sur cet état de l’art.
  19. 19. 19 Chapitre II PENSER L’ESPACE, L’INDIVIDU ET SON GPS LE CADRE CONCEPTUEL 1- Les quatre entrées conceptuelles Notre travail articule quatre entrées : 1- Le concept d’espace 2- Les usages et comportements des individus 3- Les représentations de l’espace 4- Les perceptions de l’espace 1-1 Le concept d’espace Nous distinguons avant tout l’espace comme réalité physique et subjective des individus et celui de l’interface du GPS, qui est une représentation abstraite de l’espace, un espace conçu par des experts et par la suite approprié par les usagers. L’usager est actuellement au cœur de la conception. Le statut de concepteur n’a plus les mêmes frontières qu’auparavant1. Il s’agit dans ce travail de comprendre comment ces deux formes d’espaces cohabitent et de quelles manières les individus passent de l’un à l’autre. Nous faisons de fait référence aux concepts et notions qui définissent l’espace : - Le lieu comme point repérable, situé et identifiable, que l’on peut s’approprier et séparé d’un autre lieu par une distance et un temps. - Les lieux et leur appropriation par les individus forment un territoire, notion que nous intégrons aussi à nos réflexions sur l’espace et le GPS. - Le système de repérage propre des individus permet de relier ces lieux physiques entre eux selon une logique individuelle. - La notion d’échelle est pour nous particulièrement pertinente. Nous explorons la manière dont les individus voient et se représentent l’espace à partir d’un plan interactif avec lequel il est possible de changer d’échelle en continu. - Nous faisons brièvement référence à la notion de paysage, comme réalité perceptible, porteuse de significations fortes liées à une culture, une société et plus ou moins appropriable. 1 Sur le rapport concepteurs-usagers voir les travaux de Patrice Flichy et notamment son article « Technique, usage et représentations », in Réseaux, La Découverte, n°148-149, 2008/2, p. 147- 174.
  20. 20. 20 Enfin nous considérons l’espace du point de vue des TIC et plus exactement du GPS. Nous utilisons les concepts - de sérendipité : découverte d’un lieu, d ‘un élément urbain, faite par hasard ou en cherchant autre chose. - de désengagement spatial : concept développé par Leshed et al.1. Le désengagement spatial consiste en l’altération de l’emprise et de l’attention à l’espace. Les capacités des individus à construire des cartes mentales de l’espace et à mémoriser les paysages traversés sont réduites, 1-2 Les usages et comportements des individus Par cette entrée, nous explorons le rapport des individus avec les TIC en général. Leurs comportements et leurs discours sont à prendre en compte. Nous nous sommes référé à la sociologie des usages, notamment aux travaux d’Alain Gras ou encore de Patrice Flichy (cf. bibliographie). Nous considérons aussi les habitudes de mobilité et d’usage de la ville. Pour comprendre les représentations des individus, il nous fallait pouvoir recueillir des informations sur leurs habitudes de vie. Les pratiques des individus ne peuvent être écartées de la recherche sur les représentations de l’espace. 1-3 Les représentations de l’espace Les représentations spatiales s’élaborent grâce aux éléments inhérents à l’espace et à ceux sélectionnés par l’individu lors des interactions avec l’espace pratiqué. Face à ce référentiel spatial, se trouve le référentiel a-spatial, qui englobe tous les éléments inhérents à l’individu (formation, degré de maîtrise de la mobilité, connaissance de langue, des codes, etc.). Traiter des représentations spatiales renvoie à prendre en compte la manière dont l’individu, à partir de l’espace concret, de sa mémoire de l’espace et des significations qu’il lui accorde, élabore une image de l’espace où des éléments sont reliés les uns aux autres. Les représentations spatiales sont des guides pour l’action et renvoie à des réalités abstraites et construites à partir de caractéristiques individuelles, collectives et de l’environnement/milieu. Partir du postulat que les TIC et plus exactement le GPS peuvent changer nos représentations spatiales, c’est considérer qu’entre la réalité spatiale et nos représentations de cette réalité, nous utilisons un outil, un substitut figuratif symbolique, qui nous apporte des informations simplifiées sur la réalité qui nous entoure et propose un référentiel spatial significativement différent du nôtre (d’où le dilemme concepteurs/utilisateurs). Il y a trois éléments fondamentaux à prendre en compte lorsque l’on fait le lien entre la représentation de l’espace et le GPS : l’information en temps réel, l’ « égocentrage » et le modèle cognitif de l’espace imposé à l’utilisateur. Nous considérons que les représentations de l’espace sont construites par les représentations collectives de l’espace, les ambiances de la ville, les cartes mentales et donc les images, les formes de la ville que l’on garde en mémoire, les significations individuelles accordées à la ville et ses lieux ; le parcours de vie de la personne et ses 1 Op cit., Leshed Gilly et al., 2008.
  21. 21. 21 pratiques de la ville, l’aspect affectif de l’espace et enfin l’espace ressenti par l’individu, l’espace vu par le corps, qui relève davantage de la perception. 1-4 Les perceptions de l’espace Les perceptions de l’espace renvoie à l’espace senti et ressenti de la ville, c’est-à-dire à la manière dont les individus voient, sentent, ressentent l’espace avec le corps et ses cinq sens. Cette entrée nous oriente vers les travaux de Jean-François Augoyard sur les déplacements piétonniers dans le quartier d’Arlequin à Grenoble1 et plus récemment vers les travaux du CRESSON et notamment de Rachel Thomas, sur les ambiances urbaines. Avec cette entrée nous abordons donc trois concepts importants : - les ambiances - la lisibilité urbaine, c’est-à-dire le décodage de la ville, de ses sens et les compétences de lecture d’un environnement - l’habiter, que nous ne faisons qu’effleurer en parlant de projection de l’habiter, de l’imagination habitante comme appropriation de l’espace. 2- La méthode d’analyse d’enquête : l’analyse inductive Les catégories d’analyse de l’enquête sont inductives. La démarche vise à donner du sens aux nombreuses données recueillis qui prennent de nombreuses formes : données audio, photographies, cartes mentales, tracés des parcours et itinéraires. Le but de cette démarche est de remettre en question les hypothèses de départ au regard du terrain. L’analyse inductive est présentée par Mireille Blais et Stéphane Martineau2. Dans ce type de démarche, les objectifs de recherche guident l’analyse, et les catégories qui classent les résultats sont le produit de l’interprétation des données recueillis. Nous travaillons sur les représentations de l’espace. L’objectif est, autant que faire se peut, de comprendre la manière dont les individus voient le monde et quels sens ils lui donnent. Blais et Martineau nomment cette approche celle du « sujet héroïque », soit la « démarche phénoménologique qui vise à comprendre le sens que le sujet projette sur le monde »3. Ainsi, notre travail s’inscrit entre la démarche inductive et phénoménologique. Inductive parce que nos catégories découlent de notre terrain, elles ne sont pas préétablies, et phénoménologique parce que notre souci est d’explorer la manière dont les individus ressentent l’expérience de la découverte de l’espace avec et sans GPS. Maurice Merleau-Ponty considère la perception de l’espace comme, d’une part, « la connaissance qu’un sujet désintéressé pourrait prendre des relations spatiales entre les 1 Augoyard J –F., Pas à Pas Essai sur le cheminement quotidien en milieu urbain, A la Croisée, Bernin, 1ère édition 1979, rééd. 2010, 224 p. 2 Blais M. et Martineau S., « L’analyse inductive générale : description d’une démarche visant à donner un sens à des données brutes » in Recherches qualitatives, vol. 26 (2), 2006, p. 1-18. 3 Ibid., p.3.
  22. 22. 22 objets et leurs caractères géométriques »1, d’autre part, comme notre implication, subjective qui consiste à nous projeter le monde. La perception présente un aspect objectif, en ce sens qu’elle découle du réel, et que le réel est indéniable. L’expérience de l’espace nous engage aussi profondément et nous créons alors une spatialité complexe, qui nous est propre, mêlant plusieurs mondes. Nous projetons notre vécu sur l’espace « objectif ». Ainsi si « l’espace est existentiel, nous aurions pu dire aussi bien que l’existence est spatiale, c’est-à-dire que, par une nécessité intérieure, elle s’ouvre sur un « dehors » au point que l’on peut parler d’un espace mental et d’un monde de significations et des objets de pensée qui se constituent en elles. »2 C’est pourquoi nous pouvons dire que le piéton projette ses mondes sur l’espace. Nous nous intéressons aux ambiances. Celles-ci sont le résultat des formes, de contextes et d’enjeux accordés aux espaces urbains. Elles émanent d’un lieu, mais c’est aussi nous en tant que piétons qui y participons. Elles convoquent ainsi les sensations et la perception et sont reliées aux notions de gêne, de confort et d’esthétisme. Notre corps s’en imprègne lorsqu’il est en marche. Aujourd’hui, les ambiances urbaines sont l’objet de nombreuses recherches. Elles sont au cœur des réflexions sur la ville. En France, le Centre de Recherche sur l’Espace Sonore et l’Environnement Urbain (CRESSON, Grenoble) concentre les études sur les ambiances urbaines. Avec à sa tête la sociologue Rachel Thomas, le laboratoire se penche la notion d’ambiance en la déclinant sur plusieurs plans et parfois de manière expérimentale. L’intérêt est d’alimenter les innovations méthodologiques. L’environnement, les pratiques des individus, la mobilité, les imaginaires font partie des nombreuses entrées des travaux de recherche du CRESSON. Rachel Thomas aborde alors le « faire corps avec la ville »3. La sociologue entend par là le fait de pouvoir s’emparer d’elle, de s’en saisir en étant de passage. L’entrée par les ambiances nous a incité à choisir le parcours commentés comme un de nos dispositifs d’enquête. La position du chercheur in situ est en effet une méthode, proche de l’ethnographie, qui lui permet de s’imprégner des lieux pour vivre l’expérience sensible de l’espace. 1 Merleau-Ponty M., Phénoménologie de la perception, Gallimard, 1ère édition 1945, rééd. 2011, p. 332. 2 Ibid., p. 346. 3 Thomas Rachel (dir), Marcher en ville Faire corps, prendre corps, donner corps aux ambiances urbaines, Éditions des archives contemporaines, Paris, 2010, 194 p.
  23. 23. 23 Chapitre III PARCOURS COMMENTÉS ACCOMPAGNÉS ET EN SOLITAIRE : UNE DÉCOUVERTE DE NANTES PAR DES PIÉTONS LA MÉTHODOLOGIE D’ENQUÊTE 1- Généralités et cadrage de l’enquête 1-1 L’enquête exploratoire Peu d’études sont disponibles sur le GPS et les représentations de l’espace. Ainsi notre enquête est exploratoire. L’enquête concerne les TIC pendant le voyage, c’est-à-dire en tant qu’auxiliaire du voyage. C’est pourquoi notre méthodologie d’enquête met en scène des trajets. Nous interrogeons les enquêtés dans des situations de mouvement. Nous analysons, avant tout, l’usage du Smartphone lors des déplacements, pour ensuite évaluer les différences de représentations mentales de l’espace entre les individus qui utilisent les outils d’aide au déplacement et ceux qui ne les utilisent pas. Nous testons des hypothèses dans un contexte donné. L’idée est de constater les effets qu’une variable indépendante – parcourir les rues de Nantes avec ou sans GPS - produit sur les individus. Ils sont placés dans des situations imposées. Dès lors, pour les besoins de l’enquête, nous provoquons parfois des comportements. L’exploration renvoie au caractère pilote de l’enquête. En effet, en France, notre question n’a pas encore été explorée. À notre connaissance, aucune enquête n’a été mise en place pour comprendre les effets des TIC sur les représentations mentales de l’espace du piéton. De nombreux travaux examinent le sujet aux USA et en Grande- Bretagne, notamment au MIT. Nous l’avons vu dans l’état de l’art (cf. p. 7). La plupart d’entre eux sont exploratoires et utilisent des méthodes d’enquêtes qui consistent en l’analyse du design de l’appareil mobile ou en des itinéraires et cartes mentales ou encore des journaux de bord. Notre dispositif d’enquête consiste en des parcours commentés accompagnés pour certains, et en solitaire pour d’autres, suivis les uns et les autres par un « atelier carte mentale ». Notre terrain se déroule à Nantes, pour plusieurs raisons. Premièrement, nous voulions travailler dans une grande ville. Deuxièmement, celle-ci devait être peu connue, voire inconnue des enquêtés, pour questionner non pas l’espace du quotidien mais l’espace vécu de la découverte. Ce choix particulier nous a permis de nous éloigner
  24. 24. 24 des travaux sur les TIC et la mobilité quotidienne. De plus, nous avons pensé que travailler sur un espace inconnu allait peut-être faciliter l’analyse des résultats et mettre davantage en avant les différences entre les « enquêtés TIC », c’est-à-dire ceux qui mobilisent le Smartphone lors des déplacements et le second groupe d’enquêtés, les non-usagers du GPS. Les représentations de l’espace quotidien sont, selon nous, plus complexes à étudier. Elles sont plus fournies en symboles, en souvenirs, en références autobiographiques etc. Nous voulions en quelque sorte éclaircir le terrain pour nous concentrer sur le lien entre espace et TIC. 1-2 L’entretien semi-directif 1-2-1 Quelques éléments de base de l’entretien Le choix de l’entretien semi-directif permet de cadrer l’exploration tout en laissant des marges de manœuvre et des possibilités d’expression aux enquêtés. Il instaure un équilibre entre le chercheur et l’enquêté, pour que ce dernier ne se sente pas dans un interrogatoire. Les questions ne doivent pas orienter les réponses des enquêtés. L’entretien ne doit pas non plus débuter par des questions sur le profil de la personne, c’est-à-dire sur son âge, sa profession, son cadre familial… Dans notre cas, ces informations étaient, le plus souvent, introduites dans l’entretien par l’enquêté lui- même. Pendant l’entretien, le chercheur doit maintenir un rôle particulier. Il doit être discret et réceptif. Il entre en empathie avec l’autre. L’idée est d’acquiescer à ce que l’enquêté dit, pour le laisser penser qu’il est en confiance et favoriser ainsi la discussion. Cette technique permet de comprendre le système de pensée de l’individu1. La difficulté est de rester dans la bonne position durant tout l’entretien : rester concentré sur le guide d’entretien, tout en suivant le discours de l’enquêté, ainsi que son attitude. Le chercheur doit prêter attention au choix de l’environnement. Le lieu est porteur de signification et participe de la construction du cadre de l’entretien2. Il doit écouter l’interviewé attentivement afin de traiter l’information contenue dans le discours en temps réel, de donner du sens aux paroles de l’enquêté selon le guide d’entretien et les hypothèses émises. C’est ce que Blanchet et Gotman appellent « l’écoute active ». Il doit aussi gérer ses interventions, les relances, pour favoriser le discours et éviter les digressions. Nous faisons référence ici à l’interaction pendant l’entretien et l’attention constante que le chercheur maintient durant le temps de l’échange. André Guittet, dans L’entretien3, décrit précisément cet interagir : cela touche au territoire, à la posture, au regard etc. 1-2-2 Nos entretiens Notre enquête vise « la connaissance d’un système pratique (les pratiques elles- mêmes et ce qui les relie : idéologies, symboles, etc.), [et nécessite] la production de 1 Kaufmann J-C., L’entretien compréhensif, coll. 128 Sociologie, Nathan, 1ère édition 1996, rééd. 2003, p. 51. 2 Blanchet A. et Gotman A., L’enquête et ses méthodes : l’entretien, Nathan, 1992, p. 70. 3 Guittet A., L’entretien, Armand Colin, 1983, 2ème édition 1997, 158 p.
  25. 25. 25 discours modaux et référentiels, obtenus à partir d’entretiens centrés d’une part sur les conceptions des acteurs et d’autre part sur les descriptions des pratiques »1. Nous suivons cette méthode d’entretien décrite par Gotman et Blanchet en 1992. Notre travail consiste à obtenir des éléments de représentations de l’espace, de la mobilité des individus et des éléments de représentations de l’espace avec le GPS. En outre, nous interrogeons les individus sur leurs pratiques de la ville, leurs habitudes de mobilité, etc. pour construire notre analyse d’enquête de manière précise. Nos entretiens précèdent et complètent d’autres moyens d’enquêtes (les parcours et cartes mentales). Ils ont donc un rôle particulier. Ils nous servent à cadrer notre sujet d’une part, d’autre part à recueillir un discours global sur des thèmes qui s’entrecroisent dans notre problématique. Ils nous ont aussi permis d’introduire l’enquête et les autres dispositifs et de rassurer les enquêtés sur la démarche qui souvent leur paraissait stressante. Nous leur expliquions les étapes de la journée avec le plus de précisions possible en appuyant sur le fait qu’il ne s’agissait en rien d’un test, mais d’une enquête ouverte, où toutes les réponses étaient envisageables. De plus les itinéraires demandent à l’enquêté de prévoir avant tout un entretien (non-directif). Dans notre cas, nous avons fait le choix d’entretiens semi-directifs. 1-3 Les méthodes des parcours commentés et de l’itinéraire Nous pouvons différencier deux sortes de « parcours »2 pendant lesquels l’enquête consiste en un trajet avec un individu : celle de Jean-Yves Petiteau, l’ « itinéraire » et celle définie par Jean-Paul Thibaud, le « parcours commenté ». L’une part d’une entrée « espace vécu », l’autre d’une entrée « ville sensible » et « ambiances urbaines », s’inscrivant ainsi dans les recherches du CRESSON. Dans les deux cas, la notion d’espace est réhabilitée et prend un sens et une importance particulière dans l’enquête. Il est un élément de départ. C’est pourquoi nous avons choisi de nous inspirer de ces méthodes. 1-3-1 L’itinéraire L’itinéraire est une démarche qui se déroule dans l’espace de l’habitant. L’enquête a pour but de recueillir la « parole habitante », comme un témoignage et un récit aussi « valables » que celui du spécialiste3. Le terrain d’origine est le territoire, ses mutations et la mobilité de ses habitants. Cette méthode apparaît dans un contexte de demande publique à partir des années 1970, alors que les aménageurs prennent conscience de l’importance de la parole, du vécu quotidien et des usages des habitants. Les commandes sont nombreuses et diversifiées. Elles concernent des recherches sur les représentations du centre-ville de Cholet4, les mutations périurbaines et les pratiques 1 Op .cit., Blanchet A. et Gotman A., 1992, p. 33. 2 Grosjean M. et Thibaud J-P., L’espace Urbain en Méthode, Editions Parenthèses, 2001, p. 63- 99. 3 Petiteau J-Y. et Pasquier É., « La méthode des itinéraires : récits et parcours », Grosjean M. et Thibaud J-P., in L’espace Urbain en Méthode, Editions Parenthèses, 2001, p. 64. 4 Petiteau J-Y. en collaboration avec Le Roy F., Domaine humain-perception, dans le cadre de l’atelier d’urbanisme de Cholet, contrat « Ville moyenne de Cholet », 1975.
  26. 26. 26 des habitants de Nantes1, le thème du déménagement et la construction identitaire autour de la mobilité2, ou encore sur les territorialités des métiers et l’exemple de la coupure de l’espace de travail des dockers3. L’itinéraire est l’histoire de vie d’un habitant. Pour l’enquêteur, il s’agit de suivre la rhétorique de chaque enquêté. La méthode s’inscrit dès dans la lignée des travaux de Jean-François Augoyard4. L’habitant décide de la longueur de l’itinéraire. Il endosse le rôle de guide. Le trajet est précédé d’un entretien non-directif, pendant lequel le chercheur et l’enquêté font connaissance et instaurent un climat de confiance qui permet le bon déroulement du récit de vie spatialisé. Le roman-photo chronologique est un moyen de restitution des données, qui peut être accompagné d’une cartographie. 1-3-2 Le parcours commenté La méthode du parcours commenté diffère de la précédente sur plusieurs points. Un des exemples sur lequel nous nous sommes penché, est « La traversée polyglotte » du Forum des Halles, à Paris. C’est une étude du CRESSON sur les ambiances sonores et lumineuses du Forum5, réalisée en 1997 par J-P Thibaud et G. Chelkoff. Le but n’est pas ici de faire parler l’habitant sur son espace quotidien. D’ailleurs, le parcours commenté peut être envisagé par toutes sortes d’usagers de l’espace, dont les touristes. Le point de départ n’est pas l’espace connu, mais l’espace public. C’est une méthode d’enquête qui vise avant tout à observer et décrire l’espace public, à analyser sa dimension intersubjective, la place des autres pour l’enquêté. Elle s’inscrit dans les courants de réflexions et de recherches phénoménologiques et d’écologie de la perception. Là encore, l’expérience se fait forcément dans le mouvement. On accorde une grande importance à l’attention de l’enquêté, tout comme à ses gestes, ses postures, ses regards. Cette méthode permet au chercheur de se pencher sur la manière dont les individus, les passants, perçoivent l’espace public, cadre contextualisant l’expérience. « Marcher, percevoir et décrire » résument l’intention de la démarche. Ce qui compte avant tout, est de mettre en évidence les ambiances ressenties de la ville. Le discours de l’enquêté fait l’objet d’une analyse minutieuse. Il fait appel à sa conscience discursive. Toute la difficulté de ce travail revient à faire parler la personne, à ce qu’elle mette des mots sur ses sensations. Concrètement, le parcours commenté est précédé par un moment d’observation des lieux. Le contexte doit être étudié en amont. Les parcours sont ensuite réalisés en faisant varier les trajets. 1 Petiteau J-Y, Bienvenue G., en collaboration avec Cahier S., Le Roy F, Stoïca M., Habiter Nantes, quartiers populaires et habitat ouvrier du XIXème siècle à aujourd’hui, Paris, Plan urbain/Ministère de l’environnement, 1980. 2 Petiteau J-Y, (avec la participation scientifique de Alain Médam et de Michel Péraldi) Déménager, emménager dans l’ancien et le nouveau monde, Plan urbain/Ministère de l’environnement, 1995. 3 Petiteau J-Y, « Itinéraires : l’estuaire de la Loire », in Interlope la curieuse (Nantes), n°1, 1990 ; Petiteau J-Y, Rolland I., « Itinéraire de Jean Bricard », in Interlope la curieuse (Nantes), n°9/10, 1994. 4 Op cit. Augoyard J-F, 2010. 5 Chelkoff G. et Thibaud J-P, Ambiances sous la ville, Grenoble, Cresson/Plan urbain, 1997, multig.
  27. 27. 27 L’analyse se concentre sur la manière dont l’enquêté fait exister autrui, les « associations temporelles » (ce qu’un élément rappelle en mémoire), les « transitions perceptives » (s’il fait plus chaud, s’il y a plus de monde), le « champ verbal de l’apparence » (l’incertitude langagière) et enfin les « formulations réflexives » (celles concernant l’ « orientation perceptive » et « motrice »1). 1-3-3 Nos parcours commentés Nous nous sommes globalement inspiré de la méthode des parcours commentés. Une de nos entrées d’étude est la « ville sensible ». Elle est, selon nous, indispensable pour comprendre une partie des représentations. Nous devions travailler sur l’écologie de l’attention des individus, passage obligé lorsque l’on ajoute un objet numérique à l’intérieur d’un trajet. La perception de l’espace traversé a pu être étudiée grâce au parcours. Une des consignes données aux enquêtés était de faire une description précise de leurs sensations et perceptions de l’espace découvert. De plus, nous avons travaillé sur l’espace public, nous avons cherché à intégrer dans notre analyse la manière dont les autres sont perçus et intégrés dans le trajet par nos enquêtés. Nous n’avons pas eu à proprement parler d’observation préalable, si ce n’est lors du choix du tracé proposé aux enquêtés. Nous avons fait le choix d’imposer des points de repères obligés aux enquêtés pour avoir des éléments clairs de comparaison entre les deux groupes. Cependant notre méthode diffère des parcours commentés et se rapproche des itinéraires sur plusieurs points : premièrement, le nombre d’enquêtés. Notre échantillon est composé de huit individus. La méthode du parcours commenté, telle qu’elle est définit par Jean-Paul Thibaud, est efficace avec vingt enquêtés. Les études par itinéraires peuvent se baser sur des échantillons plus faibles2. Deuxièmement, la durée des parcours commentés dépasse les vingt minutes conseillées. Le premier parcours dure 1h30, en moyenne, le second en solitaire dure une heure. Troisièmement, nous avons ajouté au préalable des parcours, un long entretien semi- directif, d’une heure ou plus. Ce n’est pas un entretien non-directif, puisque l’intérêt n’était pas celui du récit de vie. Ces trois éléments confirment que notre but de recherche ne repose pas essentiellement sur les ambiances urbaines, mais sur les représentations de l’espace. Les seconds parcours commentés se faisaient en solitaire. Nous placions l’enquêté en situation d’autonomie, cela pour montrer comment l’individu réagi sans être gêné par la présence de l’enquêteur. De plus dans ce cas, la personne se retrouve active dans son déplacement, position qui influence la perception de l’espace3 et sa mémorisation, tout comme l’anxiété spatiale, davantage ressentie lorsque la personne est seule. 1 Op cit., Thibaud J-P, 2001, p. 87. 2 Les itinéraires sur les dockers cités plus haut en compte cinq. 3 Amar G. et al., (coord), Cognition & Mobilité, actes du séminaire 2006-2008 de la prospective RATP, n°158, 2010, 311 p.
  28. 28. 28 Les parcours commentés et itinéraires sont donc des méthodes d’enquête qui permettent de relever des éléments de représentation de l’espace. L’intérêt est de pouvoir revenir avec les enquêtés sur les trajets et de « réactiver l’image des lieux en mémoire afin d’apprécier les connaissances environnementales… »1. Couplés aux cartes mentales, dont nous détaillerons les principes plus loin, nous pensons avoir mis au point un moyen complet de récupérer des informations sur les points de repères des individus, sur leur lecture de la ville mais aussi sur leurs perceptions et leurs représentations. 1-4 Le choix des cartes mentales comme outil d’analyse des représentations de l’espace La carte mentale est l’une des méthodes d’enquête qui permet de relever les représentations de l’espace des individus. Elle désigne la mise en forme de la représentation mentale de l’espace d’un individu. C’est la représentation graphique d’une représentation mentale d’un espace. Il y a, d’une part, des éléments spatiaux intériorisés par les individus qui, d’autre part, sont exprimés sous la forme d’un dessin. C’est une façon de rendre compte d’une géographie subjective, d’une manière de voir, de ressentir et de s’approprier l’espace. 1-4-1 Les fondements de la carte mentale Dès 1913, Charles Trowbridge émet l’hypothèse que la manière dont les individus se déplacent renvoie à une cartographie mentale. Les cartes mentales sont dès le début associées à la mobilité des hommes. En 1960, l’urbaniste Kevin Lynch, dans The Image of the City 2 , choisit cette méthode pour analyser la centralité des lieux à Los Angeles, Boston et New Jersey. Il retient cinq composantes de la carte mentale : les chemins et les routes, les limites de la ville, soit, ses discontinuités, les nœuds, c’est-à-dire les points névralgiques de la ville, les quartiers, souvent bien délimités avec une identité propre et enfin les points de repère utiles à la navigation urbaine. Ces composantes sont une base qu’il convient encore aujourd’hui d’analyser. De la même manière, Gärling, Böök et Lindberg3, en 1984, catégorisent les informations que l’on peut recueillir à l’aide des cartes mentales en ajoutant une catégorie supplémentaire à celles de Lynch : le projet de déplacement. Dans ce cas, les auteurs distinguent deux types d’informations : ceux qui concernent les éléments physiques et ceux qui concernent les relations spatiales. Le projet de déplacement relie typiquement deux points en donnant du sens au déplacement : on parle de distance, de proximité… Gärling, Böök et Lindberg insistent sur les lieux, les relations spatiales, les points de repères et les points de références, qui diffèrent des premiers dans le sens qu’ils ne sont pas uniquement spatiaux mais sont de réels points sémantiques4. 1 Ramadier T., « Les représentations cognitives de l’espace : modèles, méthodes et utilité », Moser G., Weiss K. (dir), in Espace de vie Aspects de la relation homme-environnement, Armand Colin, 2003, p. 189. 2 Lynch K., The Image of the City, The MIT press, 1960, 194 p. 3 Gärling T., Böök A., Lindberg E., « Cognitive mapping of large-scale environments », in Environment and Behavior, 16 (1), 1984, p. 3-34. 4 Op cit., Ramadier T., 2003.
  29. 29. 29 1-4-2 Les cartes mentales, un outil du géographe Dans les années 1990, la géographie, notamment étrangère, se saisit des cartes mentales. Robert M. Kitchin1 et Reginald G.Golledge2 affirment, en 1994, que l’utilisation de cette méthode dans les enquêtes sur les comportements spatiaux est précieuse. En 1997, Bob Rowntree parle d’outil géographique de poids dans l’analyse de la perception et cognition de l’espace, s’il est doublé d’un entretien3. À son tour, Valérie Poublan-Attas4, dans sa thèse sur la déformation de représentations de l’espace par les transports en commun, utilise les cartes mentales comme méthodologie d’enquête. En 2003, Anne Fournand publie dans les Annales de Géographie un compte rendu de recherches menées à Garges-lès-Gonesse5. Elle utilise les cartes mentales avec des adolescents pour comprendre leurs représentations du quartier. Récemment, Servane Gueben-Venière6 revient sur l’utilisation des cartes mentales par la géographie de l’environnement. Elle donne notamment pour exemple ses propres recherches sur les représentations du littoral aux Pays-Bas. Ces quelques exemples montrent l’intérêt des cartes mentales et inscrivent nos travaux dans une continuité méthodologique. 1-4-3 L’analyse des cartes mentales En analysant une carte mentale, on cherche à comprendre sa structure, les éléments grâce auxquels l’individu a construit la carte. Shemyakin, en 1962, décrit deux types de représentations de l’espace : la « route map » qui suit le cheminement de la personne et « la survey map » qui expose un point de vue plus global et topologique. En 1970, Appleyard7 propose une typologie intéressante des cartes mentales : les « cartes séquentielles », dans lesquelles les éléments sont reliés entre eux par des axes et les « cartes spatiales », qui donnent l’importance aux seuls lieux. Un des éléments qui requiert aussi l’attention du chercheur lors de l’analyse des cartes mentales est la distorsion spatiale, c’est-à-dire la manière dont les individus déforment les relations entre les éléments. Pour Lynch, c’est ce qui renvoie à la lisibilité de l’espace, soit à la capacité d’un individu de lire les rapports dans l’espace physique pour ensuite les réorganiser sur une feuille blanche. Par distorsion, nous entendons 1 Kitchin R M., « Cognitive maps : what are they and why study them », in Journal of environmental and psychology, n°14, 1994, p.1-19. 2 Gärling, T., Golledge, R. G., « Environmental perception and cognition », in E. H. Zube & G. T. Moore (Eds.), Advances in environment, behavior, and design, Vol. 2, New York: Plenum Press, 1989, p. 203-236. 3 Rowntree B., « Les cartes mentales, outil géographique pour la connaissance urbaine. Le cas d’Angers », in Norois, n°176, 1997, p. 585-604. 4 Poublan-Attas V., L’espace urbain déformé : transports collectifs et cartes mentales, Thèse de doctorat soutenue le 12 juin 1998 à l’ENPC, sous la direction de Jean-Marc Offner, 377 p. 5 Fournand A., « Images d’une cité Cartes mentales et représentations spatiales des adolescents de Garges-lès-Gonesse », in Les Annales de Géographie, n°633, Armand Colin, 2003, p. 537- 550. 6 Gueben-Venière S., « En quoi les cartes mentales, appliquées à l’environnement littoral, aident-elles au recueil et à l’analyse des représentations spatiales », in EchoGéo [En ligne], 17 | 2011, mis en ligne le 26 septembre 2011, consulté le 10 avril 2014. URL : http://echogeo.revues.org/12573 ; DOI : 10.4000/echogeo.12573 7 Appleyard D., « Styles and methods of structuring a city », in Environment and behavior, 2, 1970, p. 100-117.
  30. 30. 30 aussi celles qui sont liées à la personne, à ses connaissances, à sa familiarité avec les lieux, à son expérience spatiale, mais aussi à sa mobilité, aux modes de transport utilisé… Bref, tout ce qui renvoie à la lisibilité sociale1. Concrètement, sur la carte, elles apparaissent sous la forme de vide, de déformation des rapports d’échelles, de lignes flottantes, d’erreurs de localisation et de morphologie, etc. 1-4-4 La place des cartes mentales dans notre dispositif d’enquête Les cartes mentales nous servent à comprendre les représentations individuelles d’un espace. Nous avons choisi cette méthode de récupération de données pour comparer les éléments qui diffèrent d’un groupe à l’autre et tenter de mettre en exergue les changements dus au GPS. Pour nous, les cartes mentales complètent et apportent une image supplémentaire aux relevés de données des entretiens et des parcours commentés. Nous avons opéré de la façon suivante : sur une feuille blanche, les 8 enquêtés devaient, pour les parcours accompagnés ou en solitaire, retracer le trajet. La consigne était précise et identique aux deux moments pédestres : « Pouvez-vous dessiner le trajet ? ». Nous nous sommes assuré que les individus se trouvent toujours dans les mêmes conditions, aient le même matériel, c’est-à-dire des crayons de couleurs. Nous avons enregistré les séances d’élaboration des cartes mentales ; les commentaires des enquêtés sont importants. Nous avons suivi les étapes du dessin en notant l’ordre chronologique des éléments dessinés. 1-5 L’utilisation de la photographie dans les trajets urbains L’usage de la photographie dans les enquêtes de sciences humaines et sociales prend une ampleur particulière. En témoigne, la littérature participant à la réflexion et à l’intégration de cet outil dans les techniques d’enquête, en particulier en ethnologie et en anthropologie. Citons par exemple Luiz Eduardo Robinson Achutti pour l’ethnographie2, ou encore Michaël Meyer sur la photographie des espaces sociaux urbains3. En géographie, Eva Bigando a récemment publié un article traitant de la « photo elicitation interview », c’est-à-dire l’intégration de photographies pendant les entretiens4. En 2013, Sylvain Maresca et Michaël Meyer publient un Précis de Photographie : usage du sociologue5. 1 Op. cit., Ramadier T., p.187. 2 Achutti Luiz Eduardo Robinson, L’homme sur la photo. Manuel de photoethnographie, Paris, Téraèdre, 2004, 144 p. 3 Du May et Meyer Michaël, « Photographier les paysages sociaux urbains. Itinéraires visuels dans la ville », in ethnophiques.org, 17, 2008. 4 Eva Bigando, « De l’usage de la photo elicitation interview pour appréhender les paysages du quotidien : retour sur une méthode productrice d’une réflexivité habitante », in Cybergeo : European Journal of Geography [En ligne], Politique, Culture, Représentations, document 645, mis en ligne le 17 mai 2013, consulté le 15 avril 2014. URL : http://cybergeo.revues.org/25919 ; DOI : 10.4000/cybergeo.25919 5 Maresca Sylvain et Meyer Michaël, Précis de photographie à l’usage des sociologues, coll. Didact Sociologie, PUR, 2013, 109 p.
  31. 31. 31 Notre technique d’enquête inclut volontairement la photographie. J-P Thibaud et J- Y Petiteau lui consacrent une place à part entière dans le dispositif d’enquête. La photographie sert surtout lors de la restitution des données. Dans les parcours comme dans les enquêtes, elle sert au chercheur à organiser ses données et, pour les itinéraires, à recréer les récits de vie des habitants de manière chronologique. Elle sert aussi à recontextualiser la parole de l’enquêté, à redonner du sens aux discours et à l’espace. Pour l’itinéraire, elle devient un roman-photo; pour le parcours commenté, elle est un témoignage visuel de l’ambiance urbaine. Nous avons tenu à ce que l’enquêté prennent les photographies. Nous voulions qu’il choisisse ce qui, selon lui, était important à photographier. Meyer et Maresca parlent de « photographie participative ». Cette technique « permet de travailler sur les représentations [que les personnes étudiées] se font d’elles-mêmes ou de leur situation »1. Avec cette méthode, nous donnons à l’enquêté un « pouvoir » supplémentaire favorisant le rapport de confiance et lui demandons de consacrer davantage d’attention au parcours. Cette demande a parfois été mal vécue. Le fait de prendre des photographies dans un espace de découverte renvoie forcément à la figure du touriste, que certains enquêtés ne voulaient pas assumer. 2- Présentation générale des enquêtés 2-1 Notre population Nous nous sommes entretenu avec 8 personnes, 5 hommes et 3 femmes, âgés de 24 ans à 49 ans. Le protocole d’enquête durait une journée pour chaque personne. Nous avons construit deux groupes d’individus équitablement répartis : un avec les individus qui utilisent le Smartphone et le GPS, lors des déplacements, l’autre avec les individus qui se déplacent sans ces outils. L’usage ou le non-usage de l’appareil était notre seul critère de distinction des deux sous-groupes. Nous n’avons pas effectué de typologie plus fine pour de multiples raisons. D’une part, parce que les journées d’enquête étaient longues. Ce choix ne pouvait pas nous permettre d’expérimenter ces journées sur un échantillon varié et important. De plus notre intérêt n’était pas de prendre des types d’usagers pour point de départ. Cette démarche d’enquête nous a aussi forcée à enquêter avec des personnes faisant partie de notre large champ de connaissances. Il n’y a cependant ni amis ni proches. 1 Ibid., p. 55.
  32. 32. 32 2-2 Présentation des enquêtés ENQUÊTÉS TIC Fabrice, 26 ans Fabrice est célibataire, vit en colocation à Rennes et travaille dans l’aménagement du territoire. Il a passé la première partie de sa vie dans une petite ville du Finistère à dominante rurale. Fabrice utilise l’IPhone depuis plus de 5 ans. Il en change lorsqu’un nouveau modèle sort. « L’IPhone a changé [sa] manière de vivre les déplacements » Fabrice a une bonne expérience du voyage et de la ville. Il a voyagé à l’étranger plusieurs fois et souvent seul, dans le cadre de ses études. La ville et les transports ne présentent pas a priori de grandes difficultés de compréhension L’expérience proposée à Fabrice est bien vécue. Il apprécie de découvrir Nantes. Il comprend l’étude et joue le jeu pour toutes les étapes. Edouard, 28 ans Edouard est pompier professionnel à Rennes et vit en couple, dans une commune de 7000 habitants à 20 km de Rennes. Il n’apprécierait pas de vivre dans une ville plus grande, malgré les avantages pratiques. Il a toujours vécu dans des petites villes et pense que « l’éducation reçue conditionne souvent nos choix de lieux de vie. On désire ce que l’on a connu. ». Depuis un an, il a fait le choix de l’IPhone, le téléphone le plus pratique selon lui. Edouard voyage le plus souvent possible. Même s’il n’y vit pas, il connaît la complexité des grandes villes et cela de l’effraie pas. Il retrouve ses repères facilement. L’expérience proposée est vécue comme une course. Pendant le parcours en solitaire, Edouard court pour revenir le plus vite possible. Il s’éloigne cependant à quelques reprises du tracé du GPS pour visiter la ville. Yannick, 27 ans Yannick vit en couple, dans une petite ville des Côtes d’Armor. Il a un enfant. Il possède un Smartphone Samsung. Lui aussi préfère les petites villes, en raison du confort de vie qu’elles procurent. Il a vécu dans le périurbain ou dans des petites villes. Yannick est commercial, il a l’habitude de se déplacer en voiture. Ses trajets sont toujours construits et préparés. Il connaît seulement les pourtours de Nantes, les Zones industrielles et artisanales. L’expérience est bien vécue, un peu appréhendée. Il est cependant rassuré de se déplacer à pied dans la ville. Il prend l’enquête comme une visite touristique et une découverte
  33. 33. 33 d’un futur lieu de promenade. Anne, 40 ans Anne vit en couple, à Rennes. Elle est chercheuse au CNRS. Elle aime la ville et ne peut vivre ailleurs. Rennes est sans doute un peu trop petite pour elle. Elle a aussi vécu dans des petites villes pendant son enfance. Elle voyage beaucoup et n’a pas de mal à appréhender l’espace qu’elle ne connaît pas. Elle se perd rarement. Anne possède un BlackBerry. Elle utilise très souvent le GPS pour préparer et pendant ses déplacements. L’expérience que nous lui proposons est bien vécue. ENQUÊTÉS SANS TIC Pierre, 24 ans Pierre est célibataire, vit en colocation à Cesson-Sévigné. Il est étudiant en sociologie. Il ne possède pas de Smartphone, il n’en voit pas l’utilité. Pierre a toujours vécu à la campagne. La ville, c’était la découverte accompagnant le début de ses études. Il voyage peu, il n’aime pas ça. Ce qu’il aime dans la ville : la dérive. Il n’a pas d’inquiétude quant à la découverte d’une ville. Il s’approprie l’espace sans grande difficulté. La journée à Nantes est vécue comme une visite touristique. Il accepte avec une petite réserve de porter le boitier GPS. Servane, 25 ans Servane est en couple et vit en colocation, à Rennes. Elle est étudiante en géographie. Rennes est la ville de ses études. Son objectif est de partir vivre à la campagne, elle n’aime pas la ville. Elle possède un Smartphone, mais l’utilise comme un simple téléphone. Très réfractaire aux évolutions technologiques, elle y voit « la perte de l’humain ». Servane voyage peu et visite rarement de nouvelles villes. Elle a beaucoup de difficultés pour se repérer et comprendre la manière dont une ville est construite. Elle se perd très souvent. Elle appréhende l’expérience, même si pour elle, se perdre est une habitude. Elle se prête au jeu avec quelques craintes. L’étape de la carte mentale est stressante. Arthur, 26 ans Arthur est célibataire, vit à Rennes. Il est étudiant en langues. Il a vécu toute son enfance à la campagne. Il désire vivre en ville. Tout comme Pierre, la ville est découverte avec les études. La ville, c’est la liberté. Au moment de l’enquête, il ne possédait pas de Smartphone. Aujourd’hui il a fait le choix d’un IPhone, pour des questions pratiques. Il voyage très souvent et se déplace beaucoup. L’arrivée dans une ville inconnue ne pose pas problème. Il aime se perdre pour découvrir des coins.
  34. 34. 34 La visite de Nantes est agréable pour lui. À aucun moment il ne semble être dérangé par l’enquête et ses dispositifs. Jean, 49 ans Jean est célibataire, a deux enfants. Il vit à Rennes depuis 10 ans. Il a beaucoup déménagé et a toujours vécu dans des grandes villes. Il aime vivre en ville Il n’a pas de Smartphone, il n’a pas eu l’occasion d’en acheter, mais serait intéressé. Il voyage beaucoup et comprend vite comment se repérer. L’expérience proposée est bien vécue. Il se prête au jeu. 2-3 Le protocole d’enquête Notre terrain comporte de nombreuses étapes. La journée d’enquête demandait beaucoup d’attention de la part de l’enquêté mais surtout de la part du chercheur. Nous avons pris le risque de mettre en place de longues rencontres et d’articuler plusieurs méthodes d’enquête pour pouvoir analyser le mieux possible les représentations de l’espace. Les journées d’enquête s’organisent en 5 étapes. 1- L’entretien préalable au parcours commenté. 2- Le parcours commenté accompagné à Nantes : le trajet est choisi par l’enquêteur, qui accompagne l’enquêté en le dirigeant, tout en lui laissant des marges de manœuvre. Il y a deux sortes de parcours : un avec et l’autre sans Smartphone 3- Le débriefing : réception de commentaires, questions supplémentaires, « atelier carte mentale » 4- Le parcours commenté en solitaire : l’enquêté doit passer par des points obligatoires indiqués sur une feuille. Il décide de son trajet. Il est seul. Il y a deux sortes de parcours : l’un avec Smartphone, l’autre sans 5- Le débriefing, avec un second « atelier carte mentale » Nous avons conscience que ces différentes étapes mettent les enquêtés dans des situations imposées. Néanmoins cette enquête est exploratoire et vise à comprendre les effets des TIC sur nos représentations. Même si nous convenons que nous pouvons parfois forcer certains usages, cela entre dans les limites de notre terrain. Les parcours devaient rendre compte, non seulement des descriptions des individus mais aussi de nos observations quant à l’utilisation du téléphone dans un environnement donné. Ce travail de terrain est comparatif, cela nous semble indispensable pour rendre compte d’une quelconque évolution des représentations. Lors de l’analyse nous avons pu mettre plus facilement en relief les « nouvelles » représentations des individus grâce à la présence du groupe sans TIC.
  35. 35. 35 Nous avons dû gérer les changements fréquents de contexte : le café, la voiture, Nantes, le restaurant… Il fallait donc créer des moments de pause (la voiture, le restaurant) et revenir ensuite à l’enquête. Il y avait un effort consacré à l’effacement et la reprise des rôles enquêtés/enquêteurs, à la remobilisation et la démobilisation de la personne. • La journée d’enquête commençait à 9 h. • L’entretien précédant les parcours se déroulait toujours au même endroit, dans un café. Pour chaque enquêté, ils ont duré approximativement 1 heure. • Nous prenions ensuite la route pour Nantes, en voiture. Durant le trajet, aucune allusion n’était faite ni à l’enquête, ni à la ville de Nantes. Les sujets de conversation ne devaient pas rappeler à l’enquêté l’objet du voyage. Nous voulions réserver les moments de voyage comme des temps de pause, indispensables, selon nous, lors d’une enquête aussi longue. • Une fois arrivés à Nantes, nous entamions le parcours. Nous équipions l’enquêté du matériel (micro-cravate et dictaphone ; GPS ; appareil photo). Le parcours durait 1 heure ½ en moyenne. • À l’issue du parcours, nous nous rendions dans un restaurant. Avant le repas, nous leur demandions de dessiner la carte mentale de ce qu’ils avaient vu. • Là encore le temps du repas était un vrai temps de pause de 1 heure environ. • Nous nous rendions ensuite au point de départ du parcours commenté en solitaire, qui durait une heure. • Nous nous retrouvions dans un café, pour finir la journée avec la carte mentale du parcours • Nous quittions Nantes en fin de journée, généralement vers 17h30-18h. Tous les enquêtés ont apprécié de passer du temps à Nantes, de découvrir la ville. Nous pouvons cependant insister sur l’aspect chronophage et énergivore de cette journée, surtout pour l’enquêteur. 2-4 Les étapes de la journée d’enquête 2-4-1 L’entretien Les parcours étaient précédés d’entretiens semi-directifs d’une heure ou plus pour une première approche avec les enquêtés. Ils nous ont servis à recueillir des éléments de généralité sur le sujet, à toucher de plus près les représentations des individus. Nous avons détaillé cette étape plus haut. L’entretien se passait toujours au même endroit, dans un lieu neutre, c’est-à-dire ni chez la personne ni chez le chercheur mais dans un café. A la fin de l’entretien, nous leur présentions les démarches à venir et leur demandions s’ils acceptaient d’être équipés d’un micro-cravate, d’un dictaphone, d’un GPS et d’un appareil photographique.
  36. 36. 36 Notre guide d’entretien aborde les thèmes suivants, en cohérence avec nos hypothèses de départ : - La préparation au voyage. - L’attitude lors d’un voyage/trajet. - Le rapport à la ville. - Les habitudes de mobilité. - La conception du temps. - La perception de la ville. - Le rapport à l’autre dans la ville. - L’aspect économique de l’usage ou du non-usage du Smartphone. - L’apprentissage et la lisibilité de la ville. Nous avons fait le choix de travailler sur des thèmes larges, afin de comprendre le mieux possible les représentations de l’espace des individus. L’enjeu ici est de bien introduire les thèmes de la recherche. Souvent, dans notre cas, les individus faisaient eux-mêmes les enchaînements. Nous choisissions le lieu de rendez-vous afin qu’il reste le même pour tous les enquêtés. Cela pour des raisons pratiques, notamment celle de la tranquillité. Le dictaphone n’était jamais entre nous mais sur le côté et peu visible, pour l’introduire discrètement dans nos échanges. Nous demandions l’accord aux enquêtés avant de lancer l’enregistrement. 2-4-2 Le parcours commenté accompagné L’unique trajet du parcours était dessiné par l’enquêteur. Il durait environ une heure et demie. Les parcours étaient enregistrés avec un dictaphone et une micro-cravate. Les enquêtés prenaient des photographies des éléments qui leur semblaient importants et frappants. Ils étaient équipés d’un GPS qui récupérait les données spatiales du trajet1. Deux types de parcours ont été comparés : - Le parcours avec le GPS-Smartphone : Nous avons fait passer les enquêtés par des points stratégiques, par le centre et un quartier plus périphérique, par des endroits où les individus peuvent flasher des codes QR, des places, des lieux symboliques et connus ainsi que des lieux inconnus. Le trajet était entré dans le GPS au début du parcours, étape par étape. Nous avons utilisé à plusieurs reprises les transports en commun : le bus et le tramway. Les enquêtés TIC, prenaient les photos avec leur portable ou l’appareil photo, au choix. Nous leur avons aussi demandés de télécharger au préalable l’application mobile des transports en commun de la Tan (entreprise qui gère le service de transport de Nantes). 1 Suite à un incident technique, nous avons malheureusement perdu les données GPS de nos enquêtés. Elles n’étaient cependant pas indispensables à l’analyse des résultats d’enquête.
  37. 37. 37 Pendant le parcours, nous avions prévu des questions de relance afin de récupérer le plus d’informations possibles et de faire parler les enquêtés. Elles questionnaient leur orientation, leur perception, les ambiances, leur rapport au GPS, aux autres. • «Où sommes-nous ? Décrivez-moi ce que vous voyez ? • Savez-vous où nous sommes par rapport au point de départ ? • Dans quelle direction allons-nous ? • Des questions de qualification du lieu : Aimez-vous cet endroit ? Pourquoi ? Vous rappelle-t-il quelque chose ? • Avez-vous l’impression d’être toujours à Nantes ? • Comprenez-vous ce que le GPS vous indique ? • Pourquoi utilisez-vous à ce moment votre téléphone ? • Que voyez-vous ? A quoi cet endroit vous fait-il penser ? • Lorsque l’on passe une borne : cela vous donne-t-il envie de vous arrêter ? Pourquoi ? • Avez-vous l’impression de trouver votre chemin rapidement ? • Qu’est-ce que le GPS vous indique ? Qu’est-ce que la borne vous raconte ? • Comment vous sentez-vous ? Avez-vous l’impression d’être perdu ? • Avez-vous l’impression d’être sur une île (île de Nantes, un point du trajet) » Les grandes étapes du parcours étaient les suivantes : • Départ école d’architecture sur l’île de Nantes : nous souhaitions partir de l’île pour travailler sur son effet discontinu • Quai de la fosse : dans la continuité. Il mène au centre piéton, espace très fourni en ruelles, repères etc. • Place de la bourse : les places sont en principes des éléments forts de repérage. L’objectif n’était pas de perdre nos enquêtés, mais de leur donner des points de repères précis. • Place du commerce • Place royale • Saint Nicolas : tout comme les places, l’église est un monument important pour l’orientation. • Arrêt du Tram ligne 2 vers Orvault Grand Val, « Place du cirque » : nous voulions intégrer les transports en commun pour deux raisons. Étudier leur effet tunnel et marquer une pause dans le parcours. • Tram jusqu’à « Saint Félix Faure » • Faire le tour de l’église Saint Félix • Retour jusque « Vincent Gâche » • Vers la galerie des machines : lieu symbolique de la ville de Nantes. Nous avons recueilli leurs impressions et sensations. Nous avons observé leurs attitudes par rapport au Smartphone : de quelle manière ils l’utilisent, ce qu’ils regardent, ce qu’ils entendent à certains moments, la manière dont ils s’arrêtent et lisent l’information donnée par le GPS ou le service mobile. Nous avons prêté attention à la façon dont ils nous parlaient lors du trajet, observé les interactions entre l’individu,
  38. 38. 38 l’espace, l’outil et les autres, dont nous-mêmes. L’enquêté pouvait Twitter ou accéder à un réseau social. Plan du parcours commenté accompagné
  39. 39. 39 - Le parcours sans Smartphone : Le trajet était le même. Les consignes aussi. Les individus étaient guidés oralement par l’enquêteur. A part la direction, ils n’avaient aucune autre indication. Ils devaient se débrouiller seul pour se repérer. Le trajet n’était pas dirigiste. Les enquêtés avaient des points de repères, mais libre à eux de choisir leur chemin. Les questions de relance étaient les mêmes, à l’exception de celles concernant le Smartphone, ainsi que les observations. 2-4-3 Débriefing et carte mentale Après le parcours, nous nous installions dans un restaurant, peu bruyant et le même pour tous les individus. Nous recueillions leurs impressions, là encore ils étaient enregistrés. Nous avons pu leur poser des questions supplémentaires : • « Avez-vous l’impression que vous pourriez refaire le trajet sans aide ? • Le Smartphone vous a-t-il aidé ? » Les enquêtés avaient à leur disposition une feuille vierge de format A3 (le parcours étaient assez long et complexe et exigeait selon nous ce format) et une palette de crayons de couleur. Ils étaient enregistrés et commentaient leur dessin. Nous notions dans l’ordre les éléments qui apparaissaient, sous forme de liste. La consigne était la suivante : « Pouvez-vous dessiner le trajet que vous venez de faire ? » Nous rassurerions l’enquêté sur l’idée d’un test ou d’un contrôle. Selon l’individu enquêté, nous abordions ce point avec beaucoup de tact. L’exercice peut parfois être mal vécu, lorsque la personne considère qu’elle ne sait pas dessiner, par exemple. 2-4-4 Le parcours commenté en solitaire Les enquêtés étaient seuls pour le second parcours commenté. Ils devaient passer par des points obligatoires, mais décidaient entièrement du trajet. Ils étaient enregistrés et munis d’un GPS embarqué. Le trajet durait environ une heure. Les enquêtés prenaient des photos. Pour qu’ils ne soient pas gênés de parler sans être accompagnés, nous leur fournissions des oreillettes de téléphone qui pouvaient donner l’impression qu’ils étaient en ligne avec un interlocuteur. Là encore, il y avait deux types de parcours : - Le parcours commenté en solitaire avec Smartphone : les enquêtés utilisaient l’outil comme ils le voulaient ; le trajet n’avait pas été rentré dans le GPS. Ils devaient parler seuls et commenter à voix haute ce qu’ils faisaient, voyaient, ce qu’ils ressentaient…
  40. 40. 40 - Le parcours commenté en solitaire sans Smartphone : nous leur notions seulement les points par lesquels ils devaient passer, sans autre aide. Avant de débuter, nous donnions aux enquêtés une note avec les points de repères et quelques consignes. Voici ce qui était indiqué aux « enquêtés TIC » : « Vous allez effectuer un parcours commenté seul. Vous disposez de votre Smartphone que vous pouvez utiliser à votre convenance. Vous êtes enregistré avec le dictaphone. Vous êtes muni d’un GPS qui enregistre votre trajet. Lors du parcours, vous pouvez vous procurer tous types d’aides pour trouver les points repères (téléphone, plan, personnes). Vous prenez des photographies de ce qui vous intéresse sur le trajet. Je vous demande d’expliquer toutes vos actions. De mettre en mots tout ce que vous faîtes, ce que vous voyez, ainsi que toutes vos impressions, sensations, toutes les idées qui vous viennent à l’esprit en passant par tel ou tel endroit. Si un lieu vous rappelle un souvenir, s’il vous fait penser à quelque chose, pourquoi vous le trouvez agréable ou au contraire déplaisant. Vous pouvez décrire tout ce que vous voyez et percevez, ce que vous entendez et ressentez, toutes les difficultés que vous rencontrez sur le chemin. J’aimerais que vous décriviez la manière dont vous utilisez le Smartphone, si c’est le cas, et pourquoi, comment et avec quoi vous vous repérez. Le point de départ est la gare de Nantes. Les autres points de repères sont les suivants : • Gare sortie Sud, vous arrivez devant une exposition temporaire de photographies, flashez les QR codes, dites ce que vous en pensez. • La cité des congrès • Stade Marcel Saupin • Le boulevard Malakoff • Les tours marrons • L’arrêt de bus « Madrid », n°58, proche du pont Eric Tabarly • Retour à la gare en transport en commun (bus et tram) » Nous avons souhaité faire un trajet complètement différent du parcours commenté accompagné. Les enquêtés ne passaient pas dans les rues piétonnes mais dans de grands espaces où domine la voiture. Puisque nous travaillons sur la ville sensible et les représentations de la ville, nous tenions à amener les individus dans une autre ambiance de la ville. Les « tours marrons » font partie des grands ensembles du quartier Malakoff. L’idée était aussi de trouver un espace avec des QR codes facile d’accès : l’accès sud de la gare.
  41. 41. 41 Nous voulions aussi leur faire prendre les transports en commun, pour les mêmes raisons que pendant le parcours : voir à quel point ils composent une rupture avec l’espace. Les transports en commun servaient aussi à raccourcir le chemin du retour, pour ne pas alourdir la marche. La Loire et l’Erdre pouvaient leur servir de repère. Plan du parcours commenté en solitaire 2-4-5 Débriefing et carte mentale Nous nous donnions rendez-vous, à la fin de chaque parcours, au même endroit. Nous nous installions dans un café calme. Nous faisions un petit débriefing. Comme pour le parcours, nous posions ce type de questions : • « Comment vous sentez-vous ? Racontez-moi votre trajet ? • Vous êtes-vous perdu ? • Qu’avez-vous ressenti ? • Avez-vous l’impression d’avoir retenu votre chemin ? • Avez-vous demandé de l’aide ? • Vous êtes vous servi des plans de ville ? • Avez-vous appelé quelqu’un ? • Le téléphone vous a-t-il aidé ? Comment l’avez-vous utilisé ?»
  42. 42. 42 En répondant à la même consigne : « Pouvez-vous dessiner le trajet que vous venez de faire ? », sur une feuille de format A4, (le trajet étant plus court et plus facile), les enquêtés dessinaient le trajet avec une palette de crayon de couleur. Ils étaient enregistrés et commentaient leur dessin. Nous notions dans l’ordre les éléments qui apparaissaient, sous forme de liste.
  43. 43. 43 Chapitre IV LES NOUVELLES REPRÉSENTATIONS DE L’ESPACE DES INDIVIDUS ÉQUIPÉS DU GPS LES RÉSULTATS D’ENQUÊTE Six catégories ressortent de l’analyse du terrain : 1- Le rapport contradictoire des individus avec leur GPS 2- De la ville consommable à la découverte urbaine : les différentes manières de pratiquer la ville 3- Les représentations communes de la ville 4- Maîtriser l’espace avec le GPS 5- Lire la ville avec le GPS : une autre manière de s’approprier l’espace 6- Les images du GPS marquent les représentations de la ville Nous avons choisi de suivre l’ordre de ces catégories pour présenter les résultats, et nous reviendrons à l’issue de cette présentation sur une synthèse des thématiques. Avant tout, nous devons préciser un point sur les QR codes. Le QR code est un code barre qui une fois flashé par l’appareil mobile, renvoie à une page internet, à une vidéo en ligne ou encore une information géographique sur un plan. Les QR codes étaient intégrés au processus d’enquête. Néanmoins dès les premiers temps sur le terrain, nous avons pu constater que les individus n’en n’avaient pas ou très peu l’usage. D’une part parce qu’ils sont très peu visibles dans la rue. D’autre part, parce qu’ils sont considérés comme des supports de publicités. L’information qui y est rattachée n’est pas, selon tous les enquêtés, une information « valable » et « utile ». Nous avons donc fait le choix de les écarter de l’analyse, puisqu’ils ne sont pas des éléments numériques permettant aux individus d’appréhender l’espace. Nous ne remettons pas en question leur rôle à jouer dans l’appropriation urbaine, bien au contraire. Ils pourraient devenir des points de repères judicieux une fois mis en avant et introduit dans une trame cohérente.

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