Réalisé par : Labhiri Said Encadré par M.:
Abdelhay SADIQ
‘’Le roman n’est pas l’écriture d’une
aventure mais l’aventure d’une écriture’’
Jean Ricardou
1
Introduction
I- Gros plan sur le Nouveau roman
 Définition
 Précurseurs et pionniers
 L’expression « Nouveau roman »
 Nouveau roman, l’antipode du roman traditionnel
 Le nouveau roman et le cinéma
II- Etude comparative entre le roman traditionnel et le
nouveau roman
Conclusion
Bibliographie
2
Le Nouveau roman, désigne des œuvres
publiées en France à partir des années 1950,
par un groupe d'écrivains et dont l'action
essentielle a été de contester au roman de
pouvoir montrer une quelconque réalité autre
que littéraire.
3
Chronologie
Fondation
des
Éditions
de Minuit
Direction
de Jérôme
Lindon
Roland
Barthes :
Le Degré
zéro de
l'écriture
Le prix
Renaudot
à La
Modification
Manifeste
des 121
L'année
dernière
à
Marienb
ad
Colloque
de Cerisy-
la-Salle
L'Amant
prix
Goncourt
Claude
Simon
Prix Nobel
de
littérature
1942 1948 1953 1957 1960 1961 1971 1984 1985
4
Tableau illustratif du contexte historique littéraire du Nouveau Roman
Né en 1926, Michel Butor enseigne la philosophie et le
français dans des universités étrangères.
Alain Robbe-Grillet est né en 1922.
Claude Simon, qui nous a quitté le 9 juillet à l’âge de 91
ans, est né en 1913.
Nathalie Sarraute, née en 1902 en Russie.
5
6
Jean Ricardeau
7
 L’expression « Nouveau roman » concerne un
groupe d’écrivains que Jean Ricardou préfère
appeler une « collection d'écrivains », mus par une
même ambition, mais de tempérament et
de style fort dissemblables.
Le premier Nouveau roman
1953
8
Le roman
traditionnel
Se place de
point de vue
rétrospectif
Le nouveau
roman
Se place de
point de vue
prospectif
9
Le roman traditionnel
Le roman traditionnel vise à
donner l’illusion du réel, à
nous faire croire que ce qu’il
raconte est vrai ! Son auteur
vise une certaine conformité
avec le réel.
C’est un roman linéaire
Le Nouveau roman
Le nouveau roman, quant à lui,
détruit souvent l’illusion du réel.
L’écriture est pour lui un but
essentiel : intellectualisation
totale de l’art du romancier.
Il n’est pas nécessairement
linéaire
10
Le personnage n’offre pas une
psychologie fouillée dans le
Nouveau roman. Cette
psychologie peut même être floue
dans la mesure où le personnage
est un être tellement complexe
qu’il ne peut être défini
clairement. Parfois même la
psychologie est absente laissant
plutôt la place à des actions
révélant à elles seules le
caractère du personnage.
11
Dans le nouveau
roman, le lecteur est
davantage mis à
contribution puisqu’il
devient le second
créateur de l’œuvre !
12
Dans ses débuts, le cinéma sombre dans l’illusion
réaliste et le meilleur film est « celui dont les
formes (narratives ou plastiques) auront le moins
d’existence et dont seule la diégèse, l’histoire
racontée sera ressentie par le public.
Film réaliste
Pour Alain Robbe-Grillet, cette
reproduction fidèle de la réalité
fait disparaitre le cinéma en tant
qu’art
13
La caméra ne dévoile pas le réel, elle
l’imagine : choisir la place de l’appareil
et définir le cadrage, ce sont déjà deux
opérations de l’imaginaire : c’est une
objectivité subjective.
Il est donc nécessaire de rendre au travail
filmique les ambitions de l’importance qui
étaient les siennes à l’époque du cinéma
muet.
14
15
Texte1
Le père Goriot, vieillard de soixante-neuf ans environ, s’était retiré chez madame Vauquer, en 1813, après avoir quitté les
affaires. Il y avait d’abord pris l’appartement occupé par madame Couture, et donnait alors douze cents francs de pension, en
homme pour qui cinq louis de plus ou de moins étaient une bagatelle. Madame Vauquer avait rafraichi les trois chambres de
cet appartement moyennant une indemnité préalable qui paya, dit-on, la valeur d’un méchant ameublement composé de
rideaux en calicot jaune, de fauteuils en bois verni couverts en velours d’Utrecht, de quelques peintures à la colle, et de
papiers que refusaient les cabarets de la banlieue.
Peut-être l’insouciante générosité que mit à se laisser attraper le père Goriot, qui vers cette époque était
respectueusement nommé monsieur Goriot, le fit-elle considérer comme un imbécile qui ne connaissait rien aux affaires.
Goriot vint muni d’une garde-robe bien fournie, le trousseau magnifique du négociant qui ne se refuse rien en se retirant
du commerce (…) Habituellement vêtu d’un habit bleu-barbeau, il prenait chaque jour un gilet de piqué blanc, sous lequel
fluctuait son ventre piriforme et proéminent, qui faisait rebondir une lourde chaîne d’or garnie de breloques. Sa tabatière,
également en or, contenait un médaillon plein de cheveux qui le rendaient en apparence coupable de quelques bonnes
fortunes. Lorsque son hôtesse l’accusa d’être un galantin, il laissa errer sur ses lèvres le gai sourire du bourgeois dont on a
flatté le dada.
Honoré de Balzac, Le père Goriot.
16
Texte 2
Maintenant, A… est entrée dans la chambre, par la porte intérieure qui donne sur le couloir central. Elle ne
regarde pas vers la fenêtre, grande ouverte, par où-depuis la porte- elle apercevrait ce coin de terrasse. Elle s’est
maintenant retournée vers la porte pour la refermer. Elle est toujours habillée de la robe claire, à col droit, très collante,
qu’elle portait au déjeuner. Christiane, une fois de plus, lui a rappelé que des vêtements moins ajustés permettent de
mieux supporter la chaleur. Mais A… s’est contentée de sourire : elle ne souffrait pas de chaleur. (…)
Les boucles noires de ses cheveux se déplacent d’un mouvement souple, sur les épaules et le dos, lors qu’elle
tourne la tête. (…)
Elle fait quelques pas dans la chambre et s’approche de la grosse commode, dont elle ouvre le tiroir supérieur. Elle
remue les papiers, dans la partie droite du tiroir, se penche et, afin d’en mieux voir le fond, tire un peu plus le casier
vers elle. Après de nouvelles recherches, elle se redresse et demeure immobile, les coudes au corps, les deux avant-bras
repliés et cachés par le buste – tenant sans aucun doute une feuille de papier entre les mains.
Alain- Robbe Grillet , La jalousie.
17
Roman traditionnel: Le père Goriot, de Balzac
(Extrait)
Nouveau Roman : La jalousie, de Robbe-Grillet
(Extrait)
Personnages nommés, définis.
(Le père Goriot : vieil homme de soixante-neuf ans,
commerçant, généreux, naïf… / Madame Vauquer :
propriétaire d’un appartement, « femme d’affaires »,
flatteuse par intérêt…. / Madame Couture : ancienne
pensionnaire chez Madame Vauquer)
Personnages anonymes désignés par des initiales (A…) ,
représentés par une anaphore pronominale (Elle), parfois
nommés mais sans avoir des informations sur leur statut,
leur caractère ou leur passé (Christiane)
Objets significatifs et symboliques : la chaîne et la
tabatière en or nous signalent que Le père Goriot est riche,
élégant, bourgeois, fumeur…
Objets non significatifs : la commode passe pour un simple
meuble de la chambre, elle ne nous donne aucune
information sur la protagoniste.
18
- Temps défini (1813).
- Ordre chronologique assuré par les temps du
récit.
- Temps vaguement défini, imprécis : emploi du
déictique « maintenant ».
- Absence de l’ordre chronologique traditionnel: le
présent domine le passage.
Espace significatif : un espace qui permet de
dévoiler l’état et le statut des personnages, ainsi
permet-il au lecteur d’émettre des hypothèses sur
le cours de l’histoire (l’intrigue).
Par exemple l’appartement méchamment
meublé montre la situation financière de la
propriétaire.
Espace non significatif : un espace qui ne donne aucune
idée ni sur le personnage ni sur l’intrigue.
La chambre, dans ce passage, ne suggère rien en plus
que des éléments morts : « porte », « fenêtre »,
« commode »… qui n’offrent au lecteur aucune idée claire
ni sur le personnage A… ni sur la suite de l’histoire.
Roman traditionnel: Le père Goriot, de Balzac
(Extrait)
Nouveau Roman : La jalousie, de Robbe-Grillet
(Extrait)
19
Description significative : la description du père Goriot
nous découvre un bourgeois de fortune, coquet,
galantin qui aime les flatteries…
(« Habituellement vêtu d’un habit bleu-barbeau…
Lorsque son hôtesse l’accusa d’être un galantin, il laissa
errer sur ses lèvres le gai sourire du bourgeois dont on a
flatté le dada. »)
Description non significative : la description de A… est
purement objective. Elle nous ne renseigne aucunement sur
la psychologie du personnage
(« Les boucles noires de ses cheveux se déplacent d’un
mouvement souple, sur les épaules et le dos, lorsque
qu’elle tourne la tête. »)
Roman traditionnel: Le père Goriot, de Balzac
(Extrait)
Nouveau Roman (La jalousie, de Robbe-Grillet)
(Extrait)
Intrigue remarquable : le lecteur peut imaginer le cours
de l’histoire et prévoir l’intrigue.
Par exemple, la manière avec laquelle s’adresse
Madame Vauquer à son pensionnaire laisse prévoir une
relation intime entre les deux protagonistes. Ou encore,
une faillite probable de ce pensionnaire insouciamment
généreux.
Intrigue mal aperçue : le lecteur se trouve devant un
personnage anonyme, « vide » d’âme, qui se mêle aux
objets, le tout ne donne aucun indice pour prévoir quel
courant va prendre le récit. On a l’impression que le récit se
trouve dans un cul-de-sac et qu’il ne « démarre » jamais !
20
Focalisation zéro : le narrateur parait
omniscient, il sait tout sur les personnages:
nom, âge, passé, caractère …
(« Le père Goriot, vieillard de soixante-
neuf ans environ, s’était retiré chez madame
Vauquer, en 1813, après avoir quitté les
affaires . »)
Focalisation externe : le narrateur passe pour une
caméra qui a accédé à la chambre de A… Il relate
les actions de A… sans avoir des informations sur
ce personnage.
(« A… est entrée dans la chambre, par la porte
intérieure qui donne sur le couloir central. (…) Elle
s’est maintenant retournée vers la porte pour la
refermer. »)
Roman réaliste : le personnage du père Goriot
fait appel à la bourgeoisie du 19ème siècle.
Nouveau roman qui rompt avec le réalisme : le
personnage A… n’a pas de reflet réel, il est
dépourvu de sens.
Roman traditionnel: Le père Goriot, de Balzac
(Extrait)
Nouveau Roman (La jalousie, de Robbe-Grillet)
(Extrait)
21
D’après cette étude comparative des deux passages, il se montre
clairement qu’il y a un bouleversement total des canons romanesques
propres au roman traditionnel (personnages, intrigue, temporalité ,
spatialité, effet du réel…)
Le Nouveau Roman fait de ces canons des témoins muets qui ne
renseignent sur rien.
22
Le Nouveau Roman a instauré une plume « rebelle » qui s’est insurgée contre
les canons romanesques traditionnels réduisant les lecteurs, comme disait Nathalie
Sarraute, à « des oiseaux qui tentaient de picorer les raisins de Zeuxis ».
En effet, croyant trouver leur réalité psychologique dans le roman traditionnel,
les « vieux lecteurs » se plongent dans des lectures plutôt distraites et distractives
qu’analytiques et critiques.
Or, cette « réalité pipée » n’est qu’un trompe-l’œil qui affuble le lecteur d’un
galbe de satisfaction stupide et naïve d’avoir trouvé « son double » dans les pages
qu’il a lues.
En revanche, à en croire Nathalie Sarraute, « la réalité n’est pas la principale
affaire des Nouveaux Romanciers mais la forme [car] la véritable valeur de l’œuvre,
c’est le style. »
En d’autres termes d’Alain Robbe-Grillet, « les formes romanesques doivent
évoluer pour rester vivantes; [alors], chaque romancier, chaque roman doit inventer23
 Jean Ricardeau,1Le Nouveau
Roman,978,Paris,Seuil
 Alain ROBBE-GRILLET, 1963 : Pour un nouveau
roman, Editions de Minuit.
 Nathalie SARRAUTE, 1956 : l’Ere du soupçon,
Paris, Gallimard.
 Sites internet
24
25

Le Nouveau Roman

  • 1.
    Réalisé par :Labhiri Said Encadré par M.: Abdelhay SADIQ ‘’Le roman n’est pas l’écriture d’une aventure mais l’aventure d’une écriture’’ Jean Ricardou 1
  • 2.
    Introduction I- Gros plansur le Nouveau roman  Définition  Précurseurs et pionniers  L’expression « Nouveau roman »  Nouveau roman, l’antipode du roman traditionnel  Le nouveau roman et le cinéma II- Etude comparative entre le roman traditionnel et le nouveau roman Conclusion Bibliographie 2
  • 3.
    Le Nouveau roman,désigne des œuvres publiées en France à partir des années 1950, par un groupe d'écrivains et dont l'action essentielle a été de contester au roman de pouvoir montrer une quelconque réalité autre que littéraire. 3
  • 4.
    Chronologie Fondation des Éditions de Minuit Direction de Jérôme Lindon Roland Barthes: Le Degré zéro de l'écriture Le prix Renaudot à La Modification Manifeste des 121 L'année dernière à Marienb ad Colloque de Cerisy- la-Salle L'Amant prix Goncourt Claude Simon Prix Nobel de littérature 1942 1948 1953 1957 1960 1961 1971 1984 1985 4 Tableau illustratif du contexte historique littéraire du Nouveau Roman
  • 5.
    Né en 1926,Michel Butor enseigne la philosophie et le français dans des universités étrangères. Alain Robbe-Grillet est né en 1922. Claude Simon, qui nous a quitté le 9 juillet à l’âge de 91 ans, est né en 1913. Nathalie Sarraute, née en 1902 en Russie. 5
  • 6.
  • 7.
  • 8.
     L’expression «Nouveau roman » concerne un groupe d’écrivains que Jean Ricardou préfère appeler une « collection d'écrivains », mus par une même ambition, mais de tempérament et de style fort dissemblables. Le premier Nouveau roman 1953 8
  • 9.
    Le roman traditionnel Se placede point de vue rétrospectif Le nouveau roman Se place de point de vue prospectif 9
  • 10.
    Le roman traditionnel Leroman traditionnel vise à donner l’illusion du réel, à nous faire croire que ce qu’il raconte est vrai ! Son auteur vise une certaine conformité avec le réel. C’est un roman linéaire Le Nouveau roman Le nouveau roman, quant à lui, détruit souvent l’illusion du réel. L’écriture est pour lui un but essentiel : intellectualisation totale de l’art du romancier. Il n’est pas nécessairement linéaire 10
  • 11.
    Le personnage n’offrepas une psychologie fouillée dans le Nouveau roman. Cette psychologie peut même être floue dans la mesure où le personnage est un être tellement complexe qu’il ne peut être défini clairement. Parfois même la psychologie est absente laissant plutôt la place à des actions révélant à elles seules le caractère du personnage. 11
  • 12.
    Dans le nouveau roman,le lecteur est davantage mis à contribution puisqu’il devient le second créateur de l’œuvre ! 12
  • 13.
    Dans ses débuts,le cinéma sombre dans l’illusion réaliste et le meilleur film est « celui dont les formes (narratives ou plastiques) auront le moins d’existence et dont seule la diégèse, l’histoire racontée sera ressentie par le public. Film réaliste Pour Alain Robbe-Grillet, cette reproduction fidèle de la réalité fait disparaitre le cinéma en tant qu’art 13
  • 14.
    La caméra nedévoile pas le réel, elle l’imagine : choisir la place de l’appareil et définir le cadrage, ce sont déjà deux opérations de l’imaginaire : c’est une objectivité subjective. Il est donc nécessaire de rendre au travail filmique les ambitions de l’importance qui étaient les siennes à l’époque du cinéma muet. 14
  • 15.
  • 16.
    Texte1 Le père Goriot,vieillard de soixante-neuf ans environ, s’était retiré chez madame Vauquer, en 1813, après avoir quitté les affaires. Il y avait d’abord pris l’appartement occupé par madame Couture, et donnait alors douze cents francs de pension, en homme pour qui cinq louis de plus ou de moins étaient une bagatelle. Madame Vauquer avait rafraichi les trois chambres de cet appartement moyennant une indemnité préalable qui paya, dit-on, la valeur d’un méchant ameublement composé de rideaux en calicot jaune, de fauteuils en bois verni couverts en velours d’Utrecht, de quelques peintures à la colle, et de papiers que refusaient les cabarets de la banlieue. Peut-être l’insouciante générosité que mit à se laisser attraper le père Goriot, qui vers cette époque était respectueusement nommé monsieur Goriot, le fit-elle considérer comme un imbécile qui ne connaissait rien aux affaires. Goriot vint muni d’une garde-robe bien fournie, le trousseau magnifique du négociant qui ne se refuse rien en se retirant du commerce (…) Habituellement vêtu d’un habit bleu-barbeau, il prenait chaque jour un gilet de piqué blanc, sous lequel fluctuait son ventre piriforme et proéminent, qui faisait rebondir une lourde chaîne d’or garnie de breloques. Sa tabatière, également en or, contenait un médaillon plein de cheveux qui le rendaient en apparence coupable de quelques bonnes fortunes. Lorsque son hôtesse l’accusa d’être un galantin, il laissa errer sur ses lèvres le gai sourire du bourgeois dont on a flatté le dada. Honoré de Balzac, Le père Goriot. 16
  • 17.
    Texte 2 Maintenant, A…est entrée dans la chambre, par la porte intérieure qui donne sur le couloir central. Elle ne regarde pas vers la fenêtre, grande ouverte, par où-depuis la porte- elle apercevrait ce coin de terrasse. Elle s’est maintenant retournée vers la porte pour la refermer. Elle est toujours habillée de la robe claire, à col droit, très collante, qu’elle portait au déjeuner. Christiane, une fois de plus, lui a rappelé que des vêtements moins ajustés permettent de mieux supporter la chaleur. Mais A… s’est contentée de sourire : elle ne souffrait pas de chaleur. (…) Les boucles noires de ses cheveux se déplacent d’un mouvement souple, sur les épaules et le dos, lors qu’elle tourne la tête. (…) Elle fait quelques pas dans la chambre et s’approche de la grosse commode, dont elle ouvre le tiroir supérieur. Elle remue les papiers, dans la partie droite du tiroir, se penche et, afin d’en mieux voir le fond, tire un peu plus le casier vers elle. Après de nouvelles recherches, elle se redresse et demeure immobile, les coudes au corps, les deux avant-bras repliés et cachés par le buste – tenant sans aucun doute une feuille de papier entre les mains. Alain- Robbe Grillet , La jalousie. 17
  • 18.
    Roman traditionnel: Lepère Goriot, de Balzac (Extrait) Nouveau Roman : La jalousie, de Robbe-Grillet (Extrait) Personnages nommés, définis. (Le père Goriot : vieil homme de soixante-neuf ans, commerçant, généreux, naïf… / Madame Vauquer : propriétaire d’un appartement, « femme d’affaires », flatteuse par intérêt…. / Madame Couture : ancienne pensionnaire chez Madame Vauquer) Personnages anonymes désignés par des initiales (A…) , représentés par une anaphore pronominale (Elle), parfois nommés mais sans avoir des informations sur leur statut, leur caractère ou leur passé (Christiane) Objets significatifs et symboliques : la chaîne et la tabatière en or nous signalent que Le père Goriot est riche, élégant, bourgeois, fumeur… Objets non significatifs : la commode passe pour un simple meuble de la chambre, elle ne nous donne aucune information sur la protagoniste. 18
  • 19.
    - Temps défini(1813). - Ordre chronologique assuré par les temps du récit. - Temps vaguement défini, imprécis : emploi du déictique « maintenant ». - Absence de l’ordre chronologique traditionnel: le présent domine le passage. Espace significatif : un espace qui permet de dévoiler l’état et le statut des personnages, ainsi permet-il au lecteur d’émettre des hypothèses sur le cours de l’histoire (l’intrigue). Par exemple l’appartement méchamment meublé montre la situation financière de la propriétaire. Espace non significatif : un espace qui ne donne aucune idée ni sur le personnage ni sur l’intrigue. La chambre, dans ce passage, ne suggère rien en plus que des éléments morts : « porte », « fenêtre », « commode »… qui n’offrent au lecteur aucune idée claire ni sur le personnage A… ni sur la suite de l’histoire. Roman traditionnel: Le père Goriot, de Balzac (Extrait) Nouveau Roman : La jalousie, de Robbe-Grillet (Extrait) 19
  • 20.
    Description significative :la description du père Goriot nous découvre un bourgeois de fortune, coquet, galantin qui aime les flatteries… (« Habituellement vêtu d’un habit bleu-barbeau… Lorsque son hôtesse l’accusa d’être un galantin, il laissa errer sur ses lèvres le gai sourire du bourgeois dont on a flatté le dada. ») Description non significative : la description de A… est purement objective. Elle nous ne renseigne aucunement sur la psychologie du personnage (« Les boucles noires de ses cheveux se déplacent d’un mouvement souple, sur les épaules et le dos, lorsque qu’elle tourne la tête. ») Roman traditionnel: Le père Goriot, de Balzac (Extrait) Nouveau Roman (La jalousie, de Robbe-Grillet) (Extrait) Intrigue remarquable : le lecteur peut imaginer le cours de l’histoire et prévoir l’intrigue. Par exemple, la manière avec laquelle s’adresse Madame Vauquer à son pensionnaire laisse prévoir une relation intime entre les deux protagonistes. Ou encore, une faillite probable de ce pensionnaire insouciamment généreux. Intrigue mal aperçue : le lecteur se trouve devant un personnage anonyme, « vide » d’âme, qui se mêle aux objets, le tout ne donne aucun indice pour prévoir quel courant va prendre le récit. On a l’impression que le récit se trouve dans un cul-de-sac et qu’il ne « démarre » jamais ! 20
  • 21.
    Focalisation zéro :le narrateur parait omniscient, il sait tout sur les personnages: nom, âge, passé, caractère … (« Le père Goriot, vieillard de soixante- neuf ans environ, s’était retiré chez madame Vauquer, en 1813, après avoir quitté les affaires . ») Focalisation externe : le narrateur passe pour une caméra qui a accédé à la chambre de A… Il relate les actions de A… sans avoir des informations sur ce personnage. (« A… est entrée dans la chambre, par la porte intérieure qui donne sur le couloir central. (…) Elle s’est maintenant retournée vers la porte pour la refermer. ») Roman réaliste : le personnage du père Goriot fait appel à la bourgeoisie du 19ème siècle. Nouveau roman qui rompt avec le réalisme : le personnage A… n’a pas de reflet réel, il est dépourvu de sens. Roman traditionnel: Le père Goriot, de Balzac (Extrait) Nouveau Roman (La jalousie, de Robbe-Grillet) (Extrait) 21
  • 22.
    D’après cette étudecomparative des deux passages, il se montre clairement qu’il y a un bouleversement total des canons romanesques propres au roman traditionnel (personnages, intrigue, temporalité , spatialité, effet du réel…) Le Nouveau Roman fait de ces canons des témoins muets qui ne renseignent sur rien. 22
  • 23.
    Le Nouveau Romana instauré une plume « rebelle » qui s’est insurgée contre les canons romanesques traditionnels réduisant les lecteurs, comme disait Nathalie Sarraute, à « des oiseaux qui tentaient de picorer les raisins de Zeuxis ». En effet, croyant trouver leur réalité psychologique dans le roman traditionnel, les « vieux lecteurs » se plongent dans des lectures plutôt distraites et distractives qu’analytiques et critiques. Or, cette « réalité pipée » n’est qu’un trompe-l’œil qui affuble le lecteur d’un galbe de satisfaction stupide et naïve d’avoir trouvé « son double » dans les pages qu’il a lues. En revanche, à en croire Nathalie Sarraute, « la réalité n’est pas la principale affaire des Nouveaux Romanciers mais la forme [car] la véritable valeur de l’œuvre, c’est le style. » En d’autres termes d’Alain Robbe-Grillet, « les formes romanesques doivent évoluer pour rester vivantes; [alors], chaque romancier, chaque roman doit inventer23
  • 24.
     Jean Ricardeau,1LeNouveau Roman,978,Paris,Seuil  Alain ROBBE-GRILLET, 1963 : Pour un nouveau roman, Editions de Minuit.  Nathalie SARRAUTE, 1956 : l’Ere du soupçon, Paris, Gallimard.  Sites internet 24
  • 25.