Qu'est-ce que le digital labor

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Séminaire d'Antonio A. CASILLI (Telecom ParisTech / EHESS) au Collège des Bernardins (Paris, 26 mars 2013) dans le cadre de l'axe "L'entreprise: propriété, création collective, monde commun" (Département EHS).

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Qu'est-ce que le digital labor

  1. 1. Quest-ce que le Digital labor ? Antonio A. Casilli Collège des Bernardins Département EHS « Lentreprise: propriété, création collective, monde commun » 26 mars 2013
  2. 2. Digital labor : une notion sans équivalent ?
  3. 3.  Apparition sur Internet d’un débat qui renvoie à une réflexion en cours Florilège de titres de blogs (2012)  “Facebook is Not a Factory (But Still Exploits its Users) (Cyborgology)  “Is Facebook “Using” Its Members?” (Blog ASA)  “Is Facebook Exploiting Workers?” (Unionbook blog)
  4. 4.  Commençons par dire ce que le digital labor n’est pas  La notion de digital labor ne désigne pas le travail assisté par ordinateur au sein d’une entreprise  La notion de digital labor ne désigne le travail des salariés des entreprises du secteur numérique Mais le digital labor s’articule avec ces deux formes de travail
  5. 5.  Le digital labor désigne les activités sur les résaux socionumériques qui peuvent s’assimiler au travail parce que productrices de valeur La locution “travail numérique” ne restitue pas le sens du labor en tant que rapport social et champ de conflictualités Quel travail ? Quelle valeur ? Quels conflits ?
  6. 6. La naissance d’un objet de recherche
  7. 7.  Le débat autour des cultures d’Internet des dernières années a été dominé par la prophétie du triomphe des amateurs  Démarche volontaire de mise en commun de contenus  Générosité des usagers  Culture participative remplace la culture de consommation
  8. 8.  Renaissance de la communauté sur le Web Le « rêve de sociologues » : observer des comportements pro- sociaux qui entraitennent liens de partage, support, coopération Facteurs de participation (P. Kollock)  Don et contre-don (ex. principe tit for tat de Bittorrent)  Désir de reconnaissance (ex. Youtube celebrities)  Sentiment d’efficacité (ex. Wikipedia)
  9. 9.  Don et contre don Echos du potlatch de Marcel Mauss Forme de prestation totale dans les sociétés archaïques qui serait en train de refaire surface au sein du Web  Échange non commercial ?  Nocopyright, free-software ?  Pro-am ?
  10. 10.  Récemment, un changement de cap de la recherche :  Don et amateurisme, ruses du capitalisme en réseau  L’économie de la contribution, une manière de produire du travail non- rémunéré  Prédation du libre et de la sous- traitance ouverte par les grandes entreprises industrielles  Précarisation des salariés grâce récupération marchande des usagers (standing reserve) ?
  11. 11.  On assiste à la prolifération de modèles d’affaire mixtes gratuit/payant (freemium, souscriptions, etc.) Monétisation des UGC (user- generated contents) Des plus spécialisés aux « Gastarbeiter du numérique »:  Bloggers  Podcasters  Fan  « Turkers »
  12. 12. La fiche de paie d’un travailleur du Mechanical Turk d’Amazon
  13. 13.  Arrêter de concevoir la production de la valeur comme un acte volontaire (ex. publication, documentation, coding ) Se concentrer sur « l’extraction » de données des usagers En ligne de principe le simple acte d’être en ligne produit de la valeur Contribution à faible intensité et à faible expertise, mise à profit via algorithmes et fouilles de données
  14. 14. Digital labor, avatar du travail cognitif ?
  15. 15.  La audience commodity de Dallas Walker Smythe Les médias sont des marchés bifaces qui s’appuient sur une « triangulation invisible » entre diffuseurs, annonceurs et public Brouillage de la frontière entre rôle individuel de travailleur et de consommateur Brouillage des temps de travail
  16. 16.  « Weisure », de Dalton Conley (2009) « Playbor » de Julian Kücklich (2005) « Letravail du consommateur » de Marie-Anne Dujarier (2008)  « Quasi-employés »  Externalisation de tâches simplifiées  Captation de productions bénévoles  Délégation du travail d’organisation (consommateur « contremaître » et « formateur’)
  17. 17.  Peut-on parler d’exploitation parce que les travailleurs ne sont pas rémunérés ? Capitalisme industriel, jamais uniquement basé sur travail salarié Free labor qui échappe à l’échange marchand, tout aussi important La spécificité est le travail cognitif, c- à-d l’« inscription du travailleur dans dialogue, coopération et échanges sociaux non marchands » (P. Dieuaide)
  18. 18.  Travail cognitif : crise du travail – évaporation du travail Usine sociale, post-fordisme, toyotisme Travail immatériel et affectif Le cœur de la valeur n’est plus l’activité mécanique mais « l’activité intelligible » Les compétences individuelles ne sont plus mobilisées : valorisation de l’intersubjectif et du collectif
  19. 19.  Précarisation de la « classe créative » (Florida), de la « virtual class » (Kroker), des « sublimes » (Aguiton & Cardon) Production d’une cognitive surplus de masse : voilà ce qui est mis à profit dans le capitalisme cognitif « Cognitariat » (Toffler, 1983) « Pronetariat » (De Rosnay, 2006)
  20. 20.  Transformation du rapport dialectique entre exploitation et aliénation (Eran Fisher) Heureux et exploités ? Eudaimonie comme promesse de réconcialiation entre activité quotidienne et Wesen individuelle Produire du lien social qui compense pour l’exploitation du travail ?
  21. 21. Conflictualités et digital labor
  22. 22.  Trois modalités conflictuelles autour du digital labor  Instances de collectivisation forcée des données produites  Démarches de syndicalisation des usagers des services en ligne  Levier de la fiscalité numérique
  23. 23.  Création de lien au sein de communautés antagonistes « Piratage » comme médium alternatif pour contourner l’exploitation du digital labor (Nick Dyer-Witheford, 2010) Nouveaux mouvements accompagnés par instances de collectivisation de données Anonymous, Lulzsec, Wikileaks: expropriation et de partage de données de BDD
  24. 24.  Levier juridique:  Class action  Post-regulation Syndacalisme en ligne (social network unionism) Associations d’usagers se forment pour contrer la gestion par les grandes plateformes du web social des données produits par les utilisateurs
  25. 25.  Mise à disposition des données personnelles présentée comme une nouvelle ‘norme sociale’ par les entrepreneurs de morale à la Zuckerberg Evolutionn’est pas automatique ni linéaire mais sujette à controverses Périodicité des « affaires » : réactions virulentes des usagers qui s’organisent, conséquences en termes de sanctions et rétropédalages
  26. 26.  Rôle des États Détermination de la valeur pour la détermination des impôts Fiscalité numérique Le rapport Nicolas Colin et Pierre Collin (2013) : reconnaissance du « travail gratuit » des usagers Taxe sur l’exploitation des données générées par les utilisateurs pour valoriser les externalités positives
  27. 27.  Reconnaissance des externalités positives que le Web produit Le web comme le bien commun fondamental auquel les usagers contribuent Mais s’il y a une utilisation commerciale des contributions aux commons, cette valeur doit revenir sous une forme ou une autre à la collectivité qui l’a fait émerger
  28. 28. Merci !Email:casilli@telecom-paristech.frBlog:http://www.bodyspacesociety.euTwitter:@bodyspacesoc
  29. 29. Références•Aguiton, Christophe & Dominique Cardon (2007) The Strength of Weak Cooperation: An attempt to Understand the Meaning ofWeb2.0, Communications & Strategies, 65, p. 51-65.•Barbrook, Richard (2005 [1998]) The Hi-Tech Gift Economy, First Monday, Special Issue #3: Internet banking, e-money, andInternet gift economies.•Bauwens, Michel & Jacob Rigi (2012) - Is Facebook Exploiting Workers A response from Jacob Rigi and Michel Bauwens’response to Rigi http://www.unionbook.org/profiles/blogs/is-facebook-exploiting-workers-a-response-from-jacob-rigi-and•Berardi, Franco (Bifo) (2001) La fabbrica dellinfelicità. New economy e movimento del cognitariato, Rome : DeriveApprodi.•Berardi, Franco (Bifo) (2010) « Cognitarian Subjectivation »e-flux http://www.e-flux.com/journal/cognitarian-subjectivation/•Brabham, Daren C. (2011) « The Myth of the Amateur Crowds. A critical discourse analysis of crowdsourcing coverage »Information, Communication & Society, vol. 15, no. 3•Bruns, Axel (2007) « Who controls the means of produsage?, Re-public Re-imagining Democracy »no. 13, numéro spécial"Towards a critique of the social web", 2 déc, http://www.re-public.gr/en/?p=277•Casilli, Antonio A. (2000) Stop Mobbing, Rome : DeriveApprodi•Casilli, Antonio A. (2010) Les liaisons numériques. Vers une nouvelle socialisation ?, Paris : Seuil•Colin, Nicolas & Pierre Collin (2013) Rapport relatif la fiscalité du secteur numérique, Paris : La Documentation Française.•Conley, Dalton (2009) Elsewhere, U.S.A.: How We Got from the Company Man, Family Dinners, and the Affluent Society to theHome Office, BlackBerry Moms, and Economic Anxiety, New York : Knopf Doubleday Publishing Group.•Dieuaide, Patrick (2011) "Travail cognitif", Communications, n° 88, (numéro spécial Cultures du Numérique, dir. A. A. Casilli), p.177-185 .•Dujarier, Marie-Anne (2008) Le travail du consommateur. De McDo à eBay : comment nous coproduisons ce que nousachetons, Paris : La Découverte.•Dyer-Witheford, Nick (2010) Digital Labour, Species Being and the Global Worker. Ephemera 10 (3/4): 484-503.•Fisher, Eran (2012) « How Less Alienation Creates More Exploitation? Audience Labour on Social Network Sites» tripleC -Cognition, Communication, Co-operation, vol. 10, no. 2•Flichy, Patrice (2010) Le sacre de l’amateur. Sociologie des passions ordinaires à lère numérique, Paris : Seuil.
  30. 30. Références•Formenti, Carlo (2011) Felici e sfruttati: Capitalismo digitale ed eclissi del lavoro, Milan, Egea•Fuchs, Christian (2012) "Dallas Smythe Today - The Audience Commodity, the Digital Labour Debate, Marxist Political Economyand Critical Theory. Prolegomena to a Digital Labour Theory of Value", tripleC - Cognition, Communication, Co-operation, vol.10, nᵒ p. 692-740 (accessible en ligne : http://triple-c.at/index.php/tripleC/article/view/443) 2,•Keen, Andrew (2007) The Cult of the Amateur: How Todays Internet Is Killing Our Culture, Boston : Nicholas Brealey.•Kollock, Peter & Marc Smith (1999) Communities in Cyberspace, London : Routledge.•Kücklich, Julian (2005) « Precarious Playbour: Modders and the Digital Games Industry »The Fibreculture Journal, no. 5•Lévy, Pierre (1994) Lintelligence collective. Pour une anthropologie du cyberspace, Paris : La Découverte.•Moulier Boutang, Yann (2007) Le capitalisme cognitif : La Nouvelle Grande Transformation, Paris : Ed. Amsterdam.•Peters, Michael A. & Ergin Bulut (dir.) (2011) Cognitive Capitalism, Education and Digital Labor, Berlin, Peter Lang•Prener, Chris (2012) « Is Facebook “Using” Its Members? »Work in Progress, Blog of the American Sociological AssociationsOOWS, 22 février•Rey, P. J. (2012) « Alienation, Exploitation, and Social Media »American Behavioral Scientist, vol. 56, no. 4•Rey, P. J. (2012) « Facebook is Not a Factory (But Still Exploits its Users », Cyborgology, 15 février•Rheingold, Howard (1993) The virtual community. Homesteading on the electronic frontier, Reading : Addison-Wesley.•Scholz, Trebor (2007) « What the MySpace generation should know about working for free labour »Re-public Re-imaginingDemocracy, no. 13, numéro spécial "Towards a critique of the social web", 2 déc http://www.re-public.gr/en/?p=138/•Scholz, Trebor (2012) "Digital Labor: Introduction", in Id. Digital Labor: The Internet as Playground and Factory, NewYork, Routledge.•Toffler, Alvin (1983) Previews & Premises, New York : William Morrow & Co•Tubaro, Paola, Casilli Antonio A. & Yassaman Sarabi (eds) (2012) Testing the “end of privacy” hypothesis in computer-mediatedcommunication: an agent-based modelling approach, Final report THEOP Project, Fondation CIGREF – ISD programme.•Wellman, Barry (ed.) (1999) Networks In the global village: Life in contemporary communities, Boulder : Westview.

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