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Repenser la place des individus au
travail dans une société numérique

”

Veille et
articles - 2013
En 2013, la Fing a engagé le programme
Digiwork pour réfléchir sur ce que le
numérique changeait au travail, en partant
du point de vue des individus, dans leur
relation aux collectifs de travail, aux
organisations, dans la gestion de leur
parcours professionnel, …

”

Un premier travail collaboratif de
cartographie a mis en lumière quatre
grands axes de transformation : “l’individu
au travail”, “nouveaux collectifs, nouveaux
managements”, “nouveaux espaces,
nouvelles temporalités” et “valeur du
travail, mesure de l’activité et rétribution”.
Un travail de veille régulier et la rédaction
d’articles ont nourri ces thématiques tout
au long de l’année 2013. C’est l’ensemble
de ces ressources que vous retrouverez
dans ce document.
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SOmmaire

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Veille

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Veille

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Veille

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Veille

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Etat des lieux
1. Ce que le numérique fait au travail et réciproquement
2. La dynamique d’internet. Prospective 2030
3. Interview fictive - Prospective sur le travail en 2053
4. Scénarios - Questions Numériques
Veille à découvrir en page 18.

L’individu au travail
1. Numérique : la génération Y, nouvelle chienlit ?
2.L’auto-entrepreneur, un travailleur de notre temps
3. Le travailleur de demain sera un mouton à dix pattes
4. Et vous, vous faites quoi... ?
Veille à découvrir en page 32.

Nouveaux collectifs, nouveaux
managements
1. Le futur du travail dans l’entreprise : l’agilité... ou le néant
2. Le numérique, vecteur d’innovations sociales au travail ?
3. Productivité ou innovation, faut-il choisir
4.Les données : quels effets sur le monde du travail ?
5. Attention, une entreprise virtuelle peut en cacher une autre
Veille à découvrir en page 52.

Nouveaux espaces, nouvelles temporalités
1. Les espaces de coworking, une tendance qui se confirme
2. Le temps, marqueur intemporel de la lutte des classes et des genres ?
3. Evolution du corps, évolution du travail
Veille à découvrir en page 66.

Valeur du travail, mesure de l’activité,
rétribution
1. Qu’est-ce que le numérique change à la création de valeur par le travail ?
2.Le futur du travail dans l’entreprise : ...sans l’entreprise ?
3. Numérique 1 – Emploi zéro !
Veille à découvrir en page 82.

Index par mots-clés
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1. Etat des
lieux
ARTICLES

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VEILLE

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Au lancement de Digiwork se trouvent
quelques travaux préparatoires : une
participation au rapport « Futur de
l’Internet », un article dans Internet Actu,
quelques scénarios de rupture issus de
Questions Numériques.
Cela a nourri, entre autres, l’interview
fictive, réalisée pour le numéro spécial
de la revue Travail & Changement de
l’ANACT.
Articles

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ArticleS

loppement intégrés...) a souvent été
synonyme de gains de productivité, mais
aussi de nouvelles formes de bureaucratie, de taylorisme, et de surveillance.

1. Ce que le
numérique
fait au travail
et réciproquement
Amandine brugière /
Aurialie jublin

Paru le 10 Mars 2013 sur
internetactu.net le média de la
fing

C’est essentiellement sous l’angle de
l’emploi et de la crise économique que
la question du travail se pose aujourd’hui
dans les médias. Or depuis les années
90, les économies des pays de l’OCDE se
caractérisent par une croissance faible
(ponctuée de crises économiques régulières) et un taux de chômage élevé. Le
temps de travail a diminué de manière
constante, l’emploi à temps partiel a
augmenté ainsi que le chômage longue
durée. La part du travail dans le Produit
intérieur brut a elle aussi diminué. De là à
croire que le travail rapporte moins, il n’y
a qu’un pas...
Une crise du marché de l’emploi
qui cache des évolutions plus
profondes des pratiques de
travail
Vis-à-­is de ces “tendances de fond”
v
observées sur deux décennies dans
presque tous les pays de l’OCDE, l’impact des technologies numériques est
habituellement pointé à deux titres :
>>    Elles constituent le principal support
de la globalisation, de la mise en
réseau de l’économie et de sa financiarisation, produisant en particulier
une très forte interdépendance et
une mise en concurrence mondiale
des économies comme l’expliquait
déjà Manuel Castells dans La société
en réseau ;
>>    Elle accélère la croissance de la productivité du travail ; productivité qui
transforme les tâches, les fonctions
nécessaires à l’activité, et en particulier en diminue le nombre. Dès
1995, Jérémy Rifkin dans La fin du
travail prévoyait que les TIC, ayant
gagné tous les pans de l’économie
(suite à l’informatisation massive
des entreprises et des marchés
financiers durant les années 80)
conduiraient à une productivité très

forte des entreprises, et une “croissance sans emploi”.
Aujourd’hui même, l’économie numérique, secteur de grande productivité
et porteur de croissance, se révèle
peu créatrice d’emplois, à l’image de la
Silicon Valley en perte nette d’emplois
depuis 15 ans. Les auteurs de l’Age de
la Multitude y voient là les signes d’un
affaiblissement du “travail” au profit de
“l’activité” : “Depuis dix ans, on croit que
le numérique va créer des emplois. Or il
crée peu d’emplois directs, et contribue
plutôt à supprimer des bureaucraties ou
des rentes. L’optimisation sans précédent qu’il permet (dans le domaine de
la consommation, des services) devrait
contribuer à faire baisser le travail, au
sens ancien du terme. Mais pas l’activité : car en amont du travail proprement dit (produire un service, un bien,
un contenu), on voit se développer toute
une activité de veille, d’autoformation,
d’e­ éputation, de connexion, d’échanges,
r
d’expérimentations...”.
Derrière les problématiques d’emploi
pourraient bien se cacher des évolutions profondes de ce qui pourrait/
devrait être reconnu comme du “travail
productif”.
Le numérique, à l’origine d’un malentendu croissant entre les individus et les organisations ?
Des débuts de l’informatisation des entreprises (années 80/90) à la démocratisation des outils (à partir des années
2000), le numérique a outillé des évolutions successives dans les manières
d’organiser le travail et de le contrôler,
dans les manières de produire et de
commercialiser, générant beaucoup de
changements, et donc de tensions.
Le développement des systèmes d’informations (les progiciels de gestion
intégrés, les environnements de déve-

Le découpage (unbundling) possible de
toute la chaîne de valeur a permis de
nouvelles souplesses dans la production
(le mode projet, la “production juste­ ­
à
temps”) mais a aussi facilité les externalisations, les délocalisations...
L’individualisation des équipements,
leur portabilité et l’informatique dans
les nuages sont en train de modifier les
conditions de travail comme le soulignait
la récente note d’analyse du Centre
d’analyse stratégique sur l’impact des
TIC sur les conditions de travail, et d’en
faire éclater l’unité de temps et de lieu.
On travaille plus facilement à distance,
en mobilité, à des heures décalées. Un
des effets les plus communément ressentis est celui d’un brouillage des frontières entre vie professionnelle et vie
privée : on travaille de chez soi, on gère
des communications personnelles – téléphone, sms, tweet – pendant les heures
de travail. On amène au travail son équipement personnel (le phénomène Bring
your own device, Byod), plus performant,
moins bridé. On utilise l’équipement professionnel à des fins personnelles (films,
jeux pour enfants...).
Cela engendre en particulier deux tensions :
>>    Celle liée à l’injonction paradoxale
d’une “autonomie sous contrôle”
faite au travailleur connecté : d’un
côté on attend de lui autonomie,
prise d’initiative, responsabilité, et
de l’autre on contrôle en temps réel
ses résultats, ses déplacements, ses
communications...
>>    Celle liée à la coexistence dans le
temps et dans l’espace des activités contraintes, choisies, personnelles, de loisirs, etc. Si le “travail­
gagne pain” ne réussit pas sa mue
en “sources d’épanouissement ou
réalisation de soi“, il court le risque
d’un investissement moindre de la
part des individus. Le rapport au
travail se construit aujourd’hui, et
peut­être plus fortement encore
chez les jeunes générations, autour
d’attentes expressives et relationnelles très fortes.

1. Ce que le numérique fait au travail et réciproquement

Cette dernière tension pourrait en
outre être renforcée par une montée
des revendications autour du “travail
gratuit” (qu’on appelle le digital labor).
L’économie sous­acente aux réseaux est
j
en train de mettre à jour de nouvelles
formes de production de valeur, basées
sur la captation des traces d’usages.
Par là, c’est la notion même de “travail”
qui est bousculée puisque toutes activités développées sur les réseaux (la
production ou le partage de contenu,
les réseaux sociaux, la navigation, les
recherches...) constituent une forme
de travail gratuit alimentant “l’Internet­
Factory”. Cette tension montante entre
travail et activité est forte de conséquences, car “l’activité” n’est pas encore
source de revenus, alors même qu’elle
est sous­endue par des dépenses put
bliques importantes d’éducation, de
protection sociale, d’accès aux réseaux...
Si de nouvelles fiscalités se cherchent
autour de la captation des données, cela
ne constitue d’un début de réponse.
En attendant, le malentendu entre les
organisations et les individus va croissant. Les entreprises avouent leurs difficultés à obtenir de leurs collaborateurs
l’engagement et l’audace qu’elles en espèrent. Les individus disent ne pas trouver dans les organisations, le contexte
pour “se réaliser”. Ils se sentent souvent
peu écoutés, mal reconnus dans leurs
efforts. Ils s’investissent moins dans des
entreprises qui, sentent­ investissent
ils,
moins en eux.
La flexibilité n’a pas été cet opérateur
magique attendu, entre les attentes des
entreprises en matière d’adaptation aux
fluctuations des marchés, et les aspirations des individus, en matière d’autonomisation et de construction d’itinéraire
professionnel diversifié et sécurisé.
Pour éviter le divorce, il devient urgent
de re­ uestionner ce qu’est le travail à
q
l’ère du numérique, au regard de ses
différentes caractéristiques : production
de richesse, obtention de revenu, liberté
de création, épanouissement personnel,
obtention de droits et de protection...
Explorer de nouveaux modèles
Si le numérique est l’une des causes
de la crise du travail (mais pas la seule
!), il fait aussi partie des solutions. C’est
1. Ce que le numérique fait au travail et réciproquement

grâce au numérique que des millions
de travailleurs organisent plus souplement leur travail, inventent de nouvelles
formes de collaboration, élargissent
leurs réseaux et leurs horizons professionnels. C’est grâce aux réseaux qu’ont
pu émerger des projets collectifs auparavant inimaginables : Wikipedia, le logiciel libre, les communautés de pratiques,
lecrowdsourcing... Et ce qui donnait lieu
– hier – à la production collaborative de
biens informationnels s’étend aujourd’hui
à la production de biens tangibles : les
voitures “crowdsourcées” de Local
Motors, de Fiat... Des espaces de travail
émergent (FabLab, Biolab), où les outils
de production, basés sur des technologies de pointe sont mutualisés. La jeune
entreprise innovante se développe aussi
“hors les murs”, à travers les espaces de
co­ orking ou même, complètement en
w
réseau.
Certes, ces initiatives sont encore très
émergentes, pas toujours stabilisées.
Mais elles dessinent des formes nouvelles d’organisation du travail dont on
peut extrapoler des “modèles”, extraire
des questionnements, voire tirer de premiers enseignements.
En particulier trois phénomènes nous
apparaissent comme source d’innovation et/ou de nouvelles conflictualités :
>>    L’affirmation, au travail, “d’individus autonomes, connectés, outillés,
en réseau” : tel des compagnons
modernes, ces “nomades coopératifs” qu’évoque P. Vandramin
dans son livre Le travail au singulier,
affinent leurs outils, leurs méthodes,
leur savoir­
faire, leur communauté,
leur engagement au fil des expériences professionnelles. La démocratisation des outils numériques
et le développement de pratiques
de Byod pourraient laisser croire à
un phénomène d’individualisation et
d’indépendance vis­ ­ is des organiàv
sations. Or il pourrait s’agir – aussi et
surtout – d’un rapport au travail mu
par la recherche d’épanouissement
personnel et d’un apprentissage
permanent par les pairs comme le
montrent les pratiques de multi­
tasking, ou des slashers, ceux qui
cumulent plusieurs emplois.
>>    Notons que ces postures, d’une

Articles

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grande proximité avec la philosophie des Hackers (“Changer sa vie
plutôt que de changer la vie” ; “Get
paid, get fit, make something cool“)
sont le fait de populations instruites,
cultivées. Ce qui rejoint les thèses
du capitalisme cognitif sur le “travail
vivant”, et le travail comme “production de soi” qu’évoquait André Gorz
dans L’immatériel.
>>    Les organisations, les entreprises
sont parfois déstabilisées par ces
nouvelles tendances, tentant d’y
résister, plutôt que d’en tirer parti.
Pour les individus en revanche,
l’enjeu est de réussir à construire la
cohérence de leur itinéraire professionnel et le sécuriser.
>>    L’émergence de pratiques collaboratives spontanées à la base de
nouveaux collectifs de travail : les
individus se forgent au fil des expériences des réseaux personnels, à
partir des communautés d’intérêts
auxquelles ils appartiennent, de
relations personnelles et professionnelles. Mélangeant liens forts
et liens faibles “activables à tout
moment”, ces réseaux s’émancipent
des frontières des organisations.
Les interactions dans l’entreprise
ne se limitent plus aux collègues de
bureau.
>>    Sur les réseaux, de nouvelles collaborations productives émergent
autour d’abord de biens informationnels ou dans le cadre d’événements collaboratifs (hackathon,
barcamp, start­up week­end...), mais
aussi pour la production de biens
tangibles, comme le montre le projet
Wikspeed (l’ingénieur américain
Joe Justice ayant réussi à monter
des équipes “instantanées” partout
dans le monde pour une production
collaborative de véhicule moins cher,
plus durable, en open source).
>>    Ces dynamiques se caractérisent
par une forte dimension identitaire,
par l’affirmation de l’appartenance
à une communauté, par le primat
de la finalité du projet, et des valeurs
qu’il sous­end. De nouveaux modes
t
de management y sont expérimentés. Mais ces dynamiques ont aussi
du mal à dépasser la durée de vie

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ArticleS

des projets. Cela interroge le format
que devraient prendre les organisations : leur niveau de souplesse
comme de durabilité et de stabilité.
>>    Les nouvelles formes de mesure
de l’activité et ses rétributions : la
production de valeur ne se limite
plus à la production des entreprises
(mesure du PIB), et les activités productives ne se limitent pas au travail.
Aux capacités des salariés, des
fournisseurs, ou de l’outil de production, viennent s’ajouter celles des
clients­
utilisateurs pouvant devenir
des contributeurs actifs, comme
le montre, à l’extrême, l’exemple
de cette entreprise canadienne
Sensorica (citée par Lionel Maurel).
Grâce à une traçabilité des contributions et une évaluation par les
pairs, cette entreprise a fait de la
collaboration le cœur de son activité.
>>    Le numérique change la donne en ce
qu’il permet de mesurer, compter,
tracer un très grand nombre d’activités, et donc aussi, de donner de la
visibilité aux externalités positives,
au mode de contributions multiples.
Cela devrait sans doute modifier à
l’avenir les formes de mesure et rétribution de l’activité productive. On le
voit déjà à travers les revendications
autour du travail gratuit, autour de
nouvelles fiscalités sur la réutilisation des données personnelles, les
monnaies complémentaires, comme
moyen de rétribution des individus
(valoriser les compétences ou inciter
aux pratiques durables, à l’exemple
du projet Tinkuy), ou de transactions
entre les entreprises comme commencent à le proposer certaines
monnaies complémentaires (vidéo).
Cela questionne aussi l’entreprise
comme cadre organisant et rémunérant l’activité inventive.
La Fing ouvre, avec une diversité de partenaires, une réflexion collective sur les
évolutions du travail et de l’entreprise à
l’ère du numérique. S’étendant sur toute
l’année 2013, cette réflexion s’attachera
à explorer les ruptures possibles. Les
partenaires se laissent le droit “d’imaginer”, de concevoir des modèles nouveaux, libres, hors normes, afin de stimuler l’intelligence collective, et donner
envie aux acteurs de faire bouger les

1. Ce que le numérique fait au travail et réciproquement

lignes.
Suivez la réflexion au fil de l’eau et participez à l’alimenter sur le réseau social
de la Fing.
2. La dynamique d’internet. Prospective 2030

2. La dynamique
d’internet.
Prospective
2030
Telecom Paris & FING

Chapitre Travail & Entreprises,
Etude prospective,
Commissariat général à la
stratégie et à la prospective,
paru en Mai 2013 sur www.
strategie.gouv.fr

Internet forme sans aucun doute l’innovation la plus importante de la fin du
XXe siècle. Aujourd’hui, plus de 2,5 milliards d’êtres humains y sont connectés.
Demain, internet nous reliera également
à des dizaines de milliards d’objets, de
capteurs, de robots, qui dialogueront
entre eux et prendront progressivement
en charge des pans entiers de la gestion
de notre vie quotidienne.
La dynamique d’internet influence
l’ensemble de notre économie, offrant
de réelles opportunités de croissance
mais obligeant des secteurs entiers à
s’adapter.
Plus largement, internet bouleverse les
organisations, les modes de production, le travail, le rapport au savoir et à
la connaissance, l’expression démocratique, les liens sociaux et le rôle de la
puissance publique.Nous ne sommes
qu’à l’aube des transformations numériques de nos sociétés.
À partir d’une analyse rétrospective
d’internet, cette étude a cherché à dégager les tendances que crée une histoire
forte désormais de plus de vingt ans,
sans négliger les ruptures que suscite
une croissance jusqu’à présent quasi
exponentielle.

Extrait du chapitre 1.4. Travail et
activité : vers un brouillage des
frontières
« Les transformations de la «vie numérique» se combinent avec celles, nombreuses, de la vie au travail. Il serait
abusif de surestimer la causalité numérique, qui n’est pas toujours déterminante parmi de nombreux autres facteurs. Les modalités actuelles et futures
du travail, comme les transformations
des organisations, influeront sur les
usages de l’internet par les bouleversements des tâches, de la localisation, des
liens aux organisations, que choisissent
ou subissent les individus au travail.
Réciproquement, les possibilités numériques amplifient un ensemble de tensions entre les normes qu’elles imposent
et les capacités qu’elles distribuent.
Les dispositifs numériques et leurs
usages mettent en visibilité le brouillage
des frontières entre vie privée, vie sociale
et vie professionnelle. L’exercice d’un

Articles

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travail aujourd’hui est la condition majeure d’appartenance sociale : c’est un
facteur essentiel d’identité, de lien social,
d’accès aux droits et à la protection.
La démocratisation des technologies
numériques a permis l’individualisation
des équipements, des usages, et ce de
manière concomitante à un processus
d’individualisation des objectifs professionnels, des trajectoires. Cette individualisation est notamment caractérisée
par l’injonction croissante à l’autonomie
au travail, faite aux individus. Celle-ci
s’accompagne de pressions accrues :
abstraction et complexité, productivité,
et contrôle, dépendance informatique...

1. Un travail de plus en plus abstrait,
complexe et individualisé. L’usage des
TIC contribue à changer la nature du travail et des compétences mises en œuvre
pour l’exercer : la part d’abstraction (ne
serait-ce que lecture, écriture) devient
de plus en plus grande. «Le commercial ne voit plus le client, le vendeur ne
voit plus le stock, l’opérateur ne touche
plus la vanne... Il ne s’agit plus d’agir directement mais de recueillir, traiter et
transformer des volumes d’information
toujours plus importants» (BenedettoMeyer M., Klein T., in CAS 2012).
La surcharge informationnelle, due au
traitement d’un nombre croissant d’informations morcelées, désordonnées,
crée un stress qui se cumule à des problèmes de dispersion de l’attention au
travail (Datchary, 2004). Produire un
travail de qualité nécessite de savoir/
pouvoir se déconnecter.
Les TIC joueraient aussi sur la complexification et l’individualisation des tâches,
les individus étant invités à organiser
leur propre travail, à travailler en «mode
projet» et sur plusieurs projets simultanés, à collaborer et être disponibles pour
leurs clients et partenaires extérieurs.
En définitive, de l’individualisation des
tâches à l’individualisation des trajectoires, le pas est franchi.
La part croissante d’immatériel dans
le travail, et la dématérialisation d’un
nombre croissant d’activités font coexister au quotidien le travail et les centres
d’intérêts personnels des individus, voire
à créer des ponts entre eux. Pour autant
tout le monde accède à un travail choisi

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ArticleS

et épanouissant, réunissant les deux
polarités. Mais cette proximité engendre
un niveau d’exigence plus élevé ou des
frustrations plus grandes, participant
au divorce entre les entreprises et leurs
salariés.
Enfin rappelons que les systèmes informatiques génèrent aussi un certain
nombre d’emplois aux activités prescrites, basiques, peu abstraites. Les nouveaux ouvriers de l’informatique.

2. Intensification du travail et accroissement de la productivité individuelle. Le
travail est sous pression : de la recherche
de productivité, de l’intensification du
rythme, de la complexification des
tâches, d’un univers marchand hyperconcurrentiel et interdépendant, d’une
exigence d’hyperréactivité aux clients.
Dans ce contexte, les TIC jouent un rôle
d’équipement «des normes de productivité, des visées managériales, de la mise
en concurrence et du volume de l’activité» et d’enrichissement de «la panoplie
des outils de contrôle» (Chevallet et al.,
2012). Néanmoins, l’intensification du
travail (les indicateurs d’intensification
sont la nécessité de travailler dans des
délais serrés, à des rythmes rapides,
sous des pressions externes ou en respectant des normes rigides) , observée
durant les années 1990, semble s’être
ralentie dans la deuxième moitié des
années 2000 (Eurofound, 2011). Pour 67
% des travailleurs européens, le rythme
du travail dépend en premier lieu des
demandes des clients, des usagers, des
patients. Or la communication par les TIC
participe à créer une culture de l’immédiateté (se sentir obligé de répondre
à un email dès réception). «L’ubiquité»
permise par la portabilité des équipements participe à cette intensification
et à l’accroissement de la productivité individuelle « grâce à la réduction
des exigences spatiales et temporelles
dans la réalisation du travail, l’accroissement de la flexibilité, la diminution des
coûts de coordination, l’amélioration
de la communication et de l’échange
de connaissances, (...) l’immédiateté de
l’accès à l’information, la hausse de la
performance dans la prise de décision,
l’accroissement de la réactivité face aux
clients» (Besseyre des Horts, 2006).

2. La dynamique d’internet. Prospective 2030

3. Un contrôle accru mais inégalement
réparti. Les TIC renforcent les mesures
de contrôle du travail, et ce de plusieurs
manières (Chevallet et al., 2012) : la
prescription visant à encadrer par des
normes et des procédures de qualité
le travail, le contrôle direct via la surveillance, la traçabilité, ou la remontée
en temps réel des résultats, ou enfin
le contrôle exercé par les pairs ou les
clients. «Les TIC offrent ainsi des modalités de contrôle inédites et performantes qui s’ajoutent ou se substituent
à celles qui existent déjà». La fréquence
du contrôle dans les entreprises utilisant
les TIC semble s’intensifier (Greenan et
al., 2012), sauf pour les utilisateurs de
TIC avancés, qui «apparaissent comme
un salariat de confiance». Le travail
nomade équipé en TIC apparaît aussi
moins contrôlé et plus autonome que
les autres (Coutrot, 2004). Tandis que
d’autres catégories de métiers ou d’entreprises (voice-picking, téléopérateurs)
versent dans l’excès inverse, engendrant
baisse de l’engagement au travail et
risques psycho-sociaux.
Par la traçabilité et la mesure de soi
qu’elles rendent possibles, les TIC participent aussi à des mécanismes de
contrôle de l’individu sur lui-même : elles
amplifient un phénomène de rétroaction: auto-évaluation, autorégulation,
sentiment de responsabilité accru.

4. Panne, incident, dysfonctionnement
informatiques. Les individus sont de
plus en plus dépendants du bon fonctionnement des équipements informatiques et du système d’information des
entreprises. Selon l’enquête COI 2006,
la moitié des salariés déclare un rythme
de travail perturbé par des pannes et
incidents informatiques. Ce qui est de
l’ordre de la perturbation pour les salariés d’entreprises peut se révéler une
véritable paralysie pour les travailleurs
à domicile, indépendants ou télétravailleurs, ne pouvant compter que sur eux.
Si la tendance à l’individualisation se
confirme, c’est parce que les cadres
établis du travail sont, pour beaucoup,
en voie d’éclatement : le lieu, le temps, la
hiérarchie, jusqu’aux frontières même de
l’activité «travail».
>>    Lire la suite en consultant l’étude
3. Interview fictive - Prospective sur le travail en 2053

3. Interview
fictive Prospective
sur le travail
en 2053
anact

Publiée dans la revue Travail
& Changement, n°32, de
l’ANACT, paru en Mai 2013
sur

www.anact.fr

Comment l’informatisation a-telle modifié l’organisation des
entreprises ?
L’informatisation et surtout la portabilité des équipements ont pulvérisé l’entreprise physique. Ces vingt dernières
années, on a assisté à une disparition
presque totale de l’immobilier d’entreprise dans le secteur des services. Le
mouvement gagne aujourd’hui de manière significative les structures industrielles, qui démultiplient les espaces
locaux de fabrication, afin de diminuer
les coûts de transport et revivifier l’économie locale durable.
Les entreprises n’ont quasiment plus
de siège social. Les actifs immatériels
sont dans le “cloud”. Les réseaux sociaux
d’entreprise sont devenus le socle de
référence et d’appartenance à une entreprise : l’espace où se déroule tous les
échanges, où circulent toutes les informations. Mais dans les années 10, c’était
rare : les pionniers de l’internet ont expérimenté et montré le chemin. C’est une
transformation complète des RH que
l’on vit aujourd’hui. Il faut apprendre à
manier les données, les traces d’usages
laissés sur les réseaux sociaux d’entreprises avec justesse, car elles ne disent
pas tout de l’individu au travail et du
travail « réel ». Google, avec son People
Analytics en a fait les frais en son temps.
L’entreprise ne s’en est jamais remise.
Cette “immatérialisation” des RH
s’est installée sans provoquer
de choc social, étonnement…
C’est vrai ! Sans doute le doit-on à la généralisation progressive des processus
de décisions collectifs au sein des entreprises, qui est l’un des effets collatéraux
majeurs de la révolution numérique.
Puisque l’entreprise n’a plus de lieux
et que le travail est devenu en grande
partie immatériel, les employeurs ont
du redoubler d’ingéniosité pour fidéliser leurs salariés. L’employé choisit la
structure où il souhaite travailler selon la
palette des services proposés (infrastructures, loisirs, services santé, services
famille…) ainsi que les valeurs promues.
De son côté, l’entreprise choisit ses employés dont elle connaît au travers des
réseaux tous les aspects de la vie. Le
travail devient en quelque sorte un lieu

Articles

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de rencontre entre des intérêts et des
convictions partagées. Rien ne peut dès
lors fonctionner qui ne soit conçu, décidé,
validé, évalué de manière commune.
D’où… le grand débat public ouvert en Europe sur les problématiques de rémunération ?
Oui, mais sur ce sujet, la pression est
aussi venue de l’extérieur, ou disons d’une
fusion des rôles entre les employésclients-consommateurs-usagers, devenus chacun des contributeurs majeurs
des écosystèmes de production. Il aura
fallu moins de trente ans à l’économie
collaborative pour faire éclater la chaîne
de valeur, avec un cœur de l’entreprise
qui s’est atrophié et un maillage de soustraitance formelle ou informelle qui s’est
à l’inverse considérablement étendu. La
grande vague de revendications sociales
autour de nouveaux modèles de rémunération qui a traversé l’Europe en 2050
témoigne d’une prise de conscience
aigue des enjeux de la part des citoyens
: la masse de données, de contenus, d’informations, d’évaluations, de co-production, de services qu’ils injectent dans les
réseaux constitue une formidable matière première pour des entreprises qui
les exploitent massivement sans contrepartie financière.
La récente instauration d’un revenu minimum d’existence, alimenté par la taxe
sur les droits de réutilisation des données individuelles, constitue la première
pierre d’une refonte radicale de la rétribution du travail.

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ArticleS

3. Interview fictive - Prospective sur le travail en 2053
4. Scénarios - Questions Numériques

4. Scénarios
- Questions
Numériques
La fing

Scénarios de rupture tirés des
cahiers d’enjeux Questions
Numériques 2011 - 2012 www.
fing.org

1. DES PLACES TAHRIR DANS LES
ENTREPRISES
>>    2013 > SudLeaks hacke les conseils
d’administrations.
>>    2014 > Le management de la multinationale Axum tombe suite à une
révolte des salariés. Ses concurrents en profitent, avant de subir la
même chose.
>>    2015 > « Grenelle » mondial des
entreprises. Un fragile accord est
trouvé pour réduire le pouvoir des
actionnaires.
>>    2020 > Le multi-entreprenariat s’est
largement répandu, et devient un
moteur essentiel de la croissance.
A peine sorties de la tourmente économique des années 2008-2012, les entreprises font face à une nouvelle crise
– interne, cette fois.
Les salariés ont payé un lourd tribut à
la crise : dégraissages, salaires bloqués,
retour d’un management autoritaire, tyrannie de l’urgence et focalisation sur le
court terme. Le sens de leur métier leur
échappe. Ils ont souvent le sentiment de
mal servir leurs clients. Équipés de tous
les outils électroniques possibles, ils se
sentent invités à s’impliquer toujours
plus, avec toujours moins d’autonomie
pour le faire.
Et ils s’en parlent. Ils font fuiter l’information interne quand elle les choque. Dans
les forums de discussion, ils publient, ils
dénoncent. Leurs cibles : le management
qui ne prend pas sa part des sacrifices,
et le pouvoir anonyme des actionnaires,
qui absorbent en dividendes l’essentiel
de leurs efforts tout en paraissant se
moquer de leur culture d’entreprise. Les
secrets deviennent publics, le management perd son emprise.
Par l’intermédiaire des réseaux sociaux,
la révolte devient révolution. Au terme
d’une série d’opérations « coup de poing
», les salariés d’une première entreprise
renversent leur équipe de direction.
Ceux d’une autre obtiennent des actionnaires majoritaires un pacte dans lequel
ils s’engagent à contribuer au développement de long terme de l’entreprise.
Chaque succès étend la contagion.
A partir de 2014, malgré un chômage

Articles

Page 14

élevé, de nombreux salariés quittent leur
entreprise, forts des réseaux informels
qu’ils ont tissés auprès de clients et de
partenaires. Ils organisent leur activité
en réseaux, auprès de plusieurs clients
et employeurs. Plusieurs dispositifs les y
aident comme le « wiki des compétences
» ou des plates-formes de collaboration.
Un nouveau contrat de travail se répand
rapidement : le multi-entreprenariat. Il
devient de plus en plus difficile pour les
entreprises d’attirer et de fidéliser des
salariés à plein temps.

2. GÉNÉRATIONS « CHACUN POUR SOI »
>>    2012 > Les 18-25 ans quittent massivement Facebook et reconstruisent
leurs liens ailleurs, sur des espaces
fragmentés mais dédiés.
>>    2014 > Le mouvement « Design for
me », qui appelait à différencier les
interfaces pour rendre possible
les mêmes usages entre générations, produit l’effet inverse. L’outil
a induit des usages spécifiques qui
deviennent de véritables marqueurs
identitaires générationnels.
>>    2017 > Les entreprises réorganisent
leurs espaces et leur management,
leurs critères d’évaluation sont
pondérés en fonction de l’âge et de
la génération.
Début 2014, la tour que livre Jean Nouvel
à la multinationale Babel, à La Défense,
propose une organisation inédite :
chaque bloc de 4 étages est alloué à une
génération, selon sa date de naissance :
« 1949-1959 » en haut, puis « 1969-1979
», puis « 1989 et plus », et ainsi de suite.
Chaque bloc est organisé et équipé
d’une manière spécifique. Entre chaque
bloc, un étage « intergénérationnel », celui
où l’on trouve les salles de réunion, les
espaces de détente, la cafétéria…
Babel et Jean Nouvel ont pris ce
parti à contrecœur, mais instruits par
l’expérience. Il faut se rendre à l’évidence : chaque génération a désormais ses propres cultures, technologies, méthodes, esthétique, services,
communautés…
De la consommation aux sociabilités
quotidiennes, même en famille, en pas-

Page 15

ArticleS

4. Scénarios - Questions Numériques

sant par les manières d’apprendre et de
travailler, il n’existe presque plus aucune
référence commune.
Sur le marché du travail, le « CV PDF » des
vieux côtoie la qualité des recommandations en ligne par des pairs et l’obfuscation de certaines informations plus gênantes. à la maison, si certains moments
communs tels que les repas demeurent,
la plupart volent en éclat devant les pratiques individuelles, les outils de synchronisation se trouvant priés d’organiser la
continuité.
Dans l’entreprise, on répartit aussi les
responsabilités par génération : celles
qui nécessitent d’être multitâches, celles
qui ont besoin d’une énergie concentrée
autour d’un projet, celles qui nécessitent
de penser à long terme…
C’est la société toute entière qui fonctionne à plusieurs vitesses. Même les
grands réseaux sociaux en ligne se fragmentent, la « portabilité » des données
facilitant toutefois l’interaction entre les
uns et les autres.
En revanche, c’est dans l’échange entre
les générations que l’on va chercher les
idées neuves, ou encore, les valeurs les
plus essentielles. En admettant la scission des générations, aurait-on finalement enrichi leur interaction ?

3.
LA
TENTE
TRAVAILLEUR

QUECHUA

DU

>>    2012 > à cause de la pression
foncière, la distance moyenne domicile-travail autour des agglomérations françaises franchit le seuil des
50 km.
>>    2014 > Les transports impossibles, le
litre d’essence à 3 euros, la pénurie
d’argent public éloignent toute
perspective de désengorgement
du RER et des TER , dont les tarifs
augmentent.
>>    2015 > Prenant acte de l’explosion
des situations de travail nomade, le
droit du travail européen supprime
la référence au « lieu de travail ».
Avril 2012 : l’esplanade de la Défense
se réveille avec, au pied des principales tours de bureaux, une dizaine de

tentes, dont les habitants ne sont autres
que des employés de ces bureaux. En
quelques semaines, cette pratique fait
boule de neige. Les pouvoirs publics,
qui ont d’abord choisi d’ignorer le phénomène pour ne pas lui donner trop
d’importance, convoquent les principaux
employeurs concernés pour leur demander d’intervenir auprès de leurs salariés.
Embarras.
Confrontés à l’engorgement durable du
RER, au renchérissement du carburant,
à la rigueur salariale et à la pression
foncière qui les a inexorablement éloignés, les employés expliquent n’avoir
pas d’autre choix que de se rapprocher radicalement de leur lieu de travail.
Moins coûteuse, cette solution est aussi
beaucoup moins fatigante pour eux (plus
de 2h30 gagnées par jour) et bien pratique pour le management. D’autant que,
malgré les grands discours, le télétravail
continue de se heurter à la résistance de
la majorité des employeurs comme des
employés.
Deux profils de travailleurs émergent.
Les « travailhabitants » des villes choisissent, au moins quelques jours par
semaine, des solutions précaires de logement à proximité immédiate de leur
travail, poussant Quechua à augmenter
sa gamme avec des yourtes du plus bel
effet, et ouvrant un nouveau marché au
camping car. Les solutions trouvées, sauvages dans un premier temps, sont peu
à peu négociées avec les employeurs
qui consentent à l’amélioration des
douches et vestiaires de leurs bureaux.
Les aménageurs installent prises électriques, Wi-Fi et vidéosurveillance dans
les espaces occupés par les tentes. Les
travailhabitants utilisent également les
réseaux télécoms des entreprises pour
leurs usages privés, contraignant les responsables informatiques à une violente
régulation des accès.
De leur côté, les « habitravailleurs » des
champs parviennent, la plupart du
temps, à ne pas se déplacer pour travailler, se détachant peu à peu du corps
social de l’entreprise. Sur leur CV, ils indiquent désormais qu’ils disposent d’un
équipement professionnel connecté à
domicile (ils en précisent le débit, la qualité, la sécurité). Loin de se limiter aux
cols blancs, cette situation concerne de
4. Scénarios - Questions Numériques

plus en plus d’employés et même d’ouvriers. Les uns et les autres ont essayé
toutes sortes de transports intelligents,
collectifs, mutualisés. Ils y ont renoncé,
les jugeant trop contraignantes.

4. Cdi c’est fini ?
Le contrat de travail à durée indéterminée et à plein temps n’a plus la cote.
Face aux variations de plus en plus rapides des marchés, les entreprises en
réduisent la proportion de toutes les
manières possibles : CDD, intérim, externalisation, automatisation… Mais beaucoup de salariés, en particulier les plus
jeunes et les plus qualifiés, préfèrent
également d’autres formules. Les uns
multiplient les emplois à temps partiel,
voire les petits boulots, pour augmenter
leurs revenus et réduire leur risque en
cas de licenciement.
Les autres choisissent d’organiser leur
temps de manière à saisir toutes les
opportunités, à concilier leurs différents centres d’intérêt. La pluriactivité
se développe dans toutes les catégories sociales, depuis les «travailleurs
pauvres» contraints de cumuler plusieurs jobs, jusqu’aux cadres qui développent des activités complémentaires
en auto-entrepreneurs.
Un nombre croissant de salariés bascule vers un statut libéral ou recourt au
portage salarial, tout en travaillant au
sein de petits collectifs d’indépendants.
Ils cumulent contrats de travail, missions
d’intérim, commandes, projets entrepreneuriaux, formation, activités bénévoles…
Leur temps de travail rémunéré varie en
fonction des missions, mais aussi de leurs
autres engagements, de leur forme physique, des différents moments de leur
vie. De leur côté, les entreprises se réorganisent autour de noyaux restreints de
salariés stables, aux côtés desquels des
collaborateurs viennent prendre place
pour des missions spécifiques. Leurs
bureaux se vident, sauf lors de périodes
de surchauffe. Certaines entreprises réduisent leurs surfaces, d’autres les partagent et les rendent accessible aux travailleurs flexibles, même si ceux-ci n’ont
aucun lien avec l’entreprise.
Chaque individu devient responsable
de développer et de valoriser son «em-

Articles

Page 16

ployabilité». Les réseaux sociaux jouent
un rôle central. C’est par eux que l’on
se fait connaître et que l’on trouve de
quoi s’employer ; que l’on travaille au
sein d’équipes projets, que l’on se forme
réciproquement, que l’on s’échange des
accréditations qui certifient nos compétences ; que l’on articule ses différentes
activités et les cercles de relations qui
vont avec…
Si cette tendance convient bien aux
«travailleurs du savoir» et à certains
travailleurs manuels très qualifiés,
son extension aux jeunes qui n’ont pas
encore de réseaux, ainsi qu’aux travailleurs plus âgés et moins qualifiés, pose
en revanche des problèmes majeurs. Il
faut inventer un nouveau filet de sécurité. L’»allocation universelle», versée à
chacun sans condition, devient d’actualité en Europe. En attendant, la tension
monte entre travailleurs «stables», qui
rêvent de la liberté des autres et payent
leur sécurité d’horaires contraignants
et de salaires peu attractifs, et les
«flexibles» qui s’inquiètent du lendemain
et, plus encore, de leur retraite.

Page 17

ArticleS

4. Scénarios - Questions Numériques
VEille

The Future of Work

MIT Technoloy Review

des emplois devenus obsolètes ou
non compétitifs ?

#Futur #Robot #Travail

Il y a un an, la revue du MIT sortait
un numéro spécial sur le futur du
travail. Au sommaire : «La créativité
peut-elle être automatisée?», «La
nouvelle vague des robots d’usine»,
«Automatiser ou périr», «Les travailleurs humains, managés par un algorithme», ... A lire ou relire.

Métamorphose
numérique
(La) - Vers une société de
la connaissance et de la
coopération

www.editionsalternatives.com
#Futur #Technologie

Le monde connaît aujourd’hui un développement sans précédent du fait
des technologies de l’information et
de la communication. Le numérique
(Internet, réseaux, informatique, etc.)
se déploie à grande vitesse et certains de nos usages ne peuvent plus
se concevoir sans lui. Ce livre n’est
pas un livre sur la technologie mais
sur l’homme. Il rompt en cela avec
les approches centrées sur les techniques et propose une vision inspirante du futur numérique que nous
sommes en train d’inventer.

12 technologies qui vont
changer le monde (et tuer des
emplois)

Rue89
#Futur #Technologie

Un rapport de McKinsey liste des
innovations qui auraient un impact
économique colossal. Mais que faire

Numérique et emploi : la création créatrice ?

Manpowergroup
#emploi #Futur #Robot

La robotique créerait 3,5 millions
d’emplois dans le monde d’ici 2025...
Plus loin que l’image des fermetures
d’usines, symboles de la première
phase du processus de destruction
créatrice, peut-on regarder l’horizon
d’une innovation technologique portant un nouvel élan de l’emploi ?

Page 18

Page 19

Veille

Etat des lieux
Page 20

Page 21

2. L’individu au
travail
ARTICLES

22/31

VEILLE

32/35

Fini le temps où l’individu était rattaché
à une organisation pour le restant de sa
vie. L’exigence de flexibilité imposée par
le marché d’un côté, le développement
de la robotisation et l’automatisation de
l’autre, enfin la recherche de sens et du
développement personnel ont conduit
les individus, bon an mal an, à se forger
leur propre « écosystème d’activités » :
ils affinent eux-mêmes leurs outils de
travail, leurs savoirs et leurs expertises,
leurs réseaux. Ils articulent sans
cesse des activités rémunérées et
non-rémunérées, et se constituent
par-là une « diaspora d’organisations »
(publiques / privées / formelles /
informelles) essentielle à leur trajectoire
professionnelle, et constitutive de leur
identité.
Articles Page 22

Page 23

ArticleS

Et normalement, leur prétendue agilité
d’usages, leurs « usages natifs » devraient
être un atout, devraient faire d’eux une
ressource rare, une valeur recherchée,
ce qui n’est pas le cas. Cette appellation
de Digital Natives est pleine d’ambigüité

1. Numérique :
la génération
Y, nouvelle
chienlit ?
Amandine brugière

Paru le 11Juin 2013 sur www.
metiseurope.eu

D’où vient la défiance des chefs d’entreprise, des managers vis-à-vis des jeunes
générations ?
Cette fantasmatique
génération Y, - et ce sera pire avec la
génération Z dit-on, marquerait-elle une
nouvelle « chienlit » pour les entreprises?
Le constat semble, en tout cas, celui
d’une incompréhension, d’une difficulté
à intégrer les jeunes générations, à les
impliquer, à les faire adhérer à la culture
de l’entreprise, à comprendre leur mode
de fonctionnement.
Rappelons, en introduction, que la défiance vis-à-vis de la jeunesse est une
figure politique classique, le jeune étant
porteur des bouillonnements et des
transformations de demain, et donc
d’une remise en cause de l’ordre établi.
Rappelons aussi qu’aujourd’hui dans
un marché de l’emploi atrophié, avec
un nombre d’activités rémunérées qui
ne couvre pas la population active, les
jeunes d’un côté mais les moins jeunes
aussi de l’autre, sont laissés de côté.
C’est quand même une des explications
de ce parcours extrêmement long d’intégration et de sécurisation des trajectoires (7 ans en moyenne).
Mais dans le champ du travail, ce clivage
générationnel vient se greffer en plus sur
la nouvelle donne technologique.
Il est vrai que le monde du travail est en
pleine transformation sous l’influence
des technologies (ce qui est encore
relativement peu pris en compte). Les
technologies numériques sont désormais partout, elles ont intégré toute la
chaîne de valeur des organisations : l’outil de production, l’administration, communication, le commerce, la finance, le
marketing.
>>    L’informatisation a modifié le
contenu même du travail : toujours
plus dématérialisé ou médié par des
interfaces, et donc nécessitant plus

de réflexivité.
>>    Elles font éclater le cadre spatiotemporel de l’entreprise : on peut
travailler en dehors, en mobilité.

Quand on compare les statistiques du
taux d’équipement des 20/30 ans et
des plus de 70 ans (qui n’ont pas connu
l’informatisation au travail), le décalage
est important en effet. Mais si on prend
en compte la génération des baby-boomers, les écarts se resserrent en termes
d’équipement

>>    Elles transforment considérablement les marchés financiers (algorithmes prévisionnels, les données
prédictives,
High-Frequency
Trading).

>>    téléphonie mobile 98% des 18-39
ans, contre 85% des plus de 60 ans

>>    Elles modifient les modes de recrutement et même la gestion des ressources humaines qui s’appuient
de plus en plus sur l’analyse des
données et des traces d’usages
laissées par les individus sur les
ordinateurs et les réseaux internes
(«People Analytics» de Google)

comme en termes d’usages :

>>    L’ubiquité des outils et des réseaux
brouillent les frontières entre vie
professionnelle et vie privée : le
travail déborde sur la sphère privée,
mais la vie personnelle se gère aussi
du bureau.
>>    La figure des salariés - clients contributeurs - consommateurs
se confondent : c’est l’économie
collaborative.
>>    L’impact des technologies sur le
travail c’est aussi l’automatisation,
la robotisation, l’augmentation de
la productivité d’un côté, la diminution d’un certain nombre d’emplois
de l’autre. L’économie numérique
crée de la croissance mais avec peu
d’emploi.
>>    Enfin le numérique est à la fois
moyen de production, moyen de
mesure de la valeur et supports de
nouvelles formes de rétribution.
Bref, tout se transforme. Mais aussi
nombreuses et profondes soient-elles,
ces transformations touchent toutes les
générations, pas seulement les jeunes.

>>    Ordinateurs au domicile : 94% des
18-39, contre 70% des plus de 60
ans

>>    les jeunes et les baby-boomers ont
un panel d’usages identiques : mail,
chat, navigation, e-administration,
e-commerce, réseaux sociaux, etc.
Certains usages sont plus teintés
générationnellement (le chat, le
SMS, le téléchargement d’un côté /
le-administration de l’autre),
>>    envoi de SMS : 98% pour les 18-24
ans, 87% pour les 25-39, 37% pour
les plus de 60 ans
ce qui correspond - grosso modo - aux
situations de vie des personnes, et à
leurs centres d’intérêts.
Cette appellation «digital natives» met
surtout en évidence le fait que les jeunes
n’ont pas d’autres référents d’usages.
Mais cette position leur confère justement un peu moins de réflexivité sur
leurs pratiques, que ceux qui ont du
s’adapter, ce qui devrait constituer un
avantage.

Qu’est-ce qui clive alors les générations
au travail? Si ce n’est pas tout à fait ou de manière pas si évidente - l’usage
technique des outils, c’est peut-être tout
simplement un certain rapport au travail, qui diffère, par les idéologies sousjacentes sur lesquelles il prend appui.
Car la technologie n’est pas neutre, elle
n’est pas dépourvue d’idéologie.
Dans son passionnant ouvrage Aux

1. Numérique : la génération Y, nouvelle chienlit ?

sources de l’utopie numérique, l’essayiste américain Fred Turner décrypte
l’influence de la contre-culture américaine des années 70 sur la cyberculture,
la culture des réseaux. C’est sur la Côte
Ouest des Etats-Unis, que la greffe du
numérique a prise, sous l’influence des
communautés hippies. Celles-ci ont
placé l’individu au cœur de leur projet
d’émancipation : plutôt que de prendre
appui sur le pouvoir, il s’agissait de se
réinventer soi-même - pour changer le
monde.
Cette philosophie libertaire à l’origine des
réseaux internet s’est conjuguée ensuite
à des courants plus libéraux.
Une hypothèse que je vous propose
aujourd’hui, est de considérer que cette
« philosophie Hackers », pour le dire de
manière un peu rapide, porte des valeurs aujourd’hui dominantes chez les
jeunes.
On pourrait la caractériser par les éléments suivants :
>>    s’inscrire dans un projet qui ait du
sens,
>>    se faire plaisir,
>>    se sentir appartenir
communauté,

à

une

>>    affirmer son individualité,
>>    continuer à apprendre et se former.
Récemment une revue en ligne sur l’emploi résumait cette philosophie Hackers
de la manière suivante « Get Paid, Get Fit
and make something cool ! » : qui est une
version un peu plus libérale. La recherche
du sens et du plaisir, du développement
personnel a pris le dessus.
Aujourd’hui les outils numériques participent à mettre l’ensemble des activités
que l’on mène sur un même plan : on
gère à partir d’un même support, dans
un même espace temps l’ensemble de
ses activités. On ne gère plus un emploi,
mais toute sa vie active : car chaque élément - loisirs, familles, engagement associatif, militant - comptent : constituant
des expériences, des réseaux, des passerelles, des apprentissages nouveaux
- potentiellement des compétences, une
employabilité. Cela participe à mettre en
tension ce qui a du sens, et de ce qui n’en
a pas, dans notre quotidien, et cela, dans
un contexte d’instabilité de l’emploi, de
1. Numérique : la génération Y, nouvelle chienlit ?

précarité financière, etc.
On peut pousser certaines de ces tendances à leur paroxysme pour voir ce
qu’elle donnerait (ce qu’on fait à la FING,
dans le cadre de nos travaux Digiwork)
>>    «Turn over subi des entreprises»
>>    «Tous intermittents : un travail si je
veux, quand je veux !»
>>    «Les réseaux interpersonnels d’activités» : comme le véritable point
d’appartenance
>>    «La place Tahrir dans les entreprises»
: ou la force des mobilisations virales
>>    «Des congés illimités» : la maîtrise de
son temps
>>    «L’entreprise comme utopie sociale»
: le choix des valeurs
Reconsidérer le rapport au travail, c’est
prendre en compte le rapport à l’activité. Ces aspirations à agencer/gérer
différemment sa vie active que l’on
identifie chez les jeunes - où l’activité
prend le dessus sur le travail - ne sont
pourtant pas tout à fait nouvelles : elles
ressemblent beaucoup à celles des retraités actifs / ces baby-boomers - qui
conjuguent aisément poursuite d’une
vie professionnelle - à un rythme choisi
-, solidarités familiales, engagements
associatifs, parfois politiques, développement personnel, formation, apprentissage - certes, avec le revenu d’existence
en plus.
Finalement, il y a peut-être beaucoup à
prendre ou à apprendre de nos aînés.

Articles Page 24

Page 25

ArticleS

1. Numérique : la génération Y, nouvelle chienlit ?
2. L’auto-entrepreneur, un travailleur de notre temps

2. L’autoentrepreneur,
un travailleur
de notre
temps
Aurialie jublin

Paru le 17Juin 2013 sur www.
fing.tumblr.com le blog de la
Fing

La mobilisation des auto-entrepreneurs
pour la défense de leur statut a fait un
peu parler d’elle du fait de l’utilisation
amusante du terme ”poussin” (en référence à la récente ”révolte des Pigeons”)
et du hastag #pioupiou. Elle fait en tout
cas écho à de nombreux concepts identifiés au cours des premiers mois de
l’expédition Digiwork : individualisation
du travail, nouveaux collectifs de travail,
nouvelles formes de rémunération, ect.
Le statut d’auto-entrepreneur (décrié
principalement par les artisans du bâtiment qui y voit une concurrence déloyale), les compagnons du devoir ou
l’indépendant sont des figures que nous
explorons particulièrement dans l’expédition Digiwork pour toutes les représentations qui les entourent : l’autonomie (l’individu est son seul responsable,
il n’y a, a priori, pas de lien de subordination), la gestion libre de son temps (il
choisit quand il travaille, que ce soit dans
la journée, la semaine ou l’année), l’apprentissage continue (d’outils récents,
de nouvelles compétences), la gestion
de son employabilité, … tout en essayant
de renverser les règles.
La fin du travail, annoncée par Jérémy
Rifkin dans les années 90, devient de jour
en jour une réalité : après les emplois des
ouvriers, ce sont maintenant les emplois
du secteur tertiaire qui sont menacés
par l’automatisation et la robotisation.
L’individu doit donc développer de nouvelles activités rémunératrices pour
pouvoir continuer à vivre. A partir d’une
compétence, d’un savoir-faire, il imagine son emploi, propose une activité,
il capitalise des expériences, construit
son environnement de travail, il se crée
son réseau et va parfois dans des espaces de coworking pour le développer
et rencontrer physiquement d’autres
personnes.
Les auto-entrepreneurs partagent un
même statut, mais pas une même activité (commerce ou services, développeur
web ou coach en développement personnel, en passant par fabriquant de
bijoux), et c’est en ça que le ”collectif des
Poussins”, leader de la contestation, est
un cas intéressant de formation d’un collectif en ligne d’individualités disparates,
qui se sont fédérées autour d’une cause,
à coup de pétition et de tweets. Nous

Articles Page 26

observons ainsi la création de nouveaux
collectifs, émergeant spontanément,
issus d’une communauté d’intérêt installés ou non (il y a quelques années sortait
par exemple le blog lafusionpourlesnuls.
compour la mobilisation des employés
de la fusion de l’ANPE et de l’Assedic
dans Pôle Emploi).
Enfin, les auto-entrepreneurs encourent
les mêmes risques : isolement, précarité,
droits sociaux peu nombreux. La limitation des charges sociales octroyée aux
auto-entrepreneurs pouvait ainsi être
vue comme une compensation à la précarité : “Vous n’êtes pas salarié, vous
avez une activité rémunératrice limitée,
des droits sociaux encore plus limités,
donc vous payez peu de charges”. Or
l’abaissement du plafond de l’activité,
équivalent à un smic par mois (pour les
activités de services), revient à une légalisation de la précarité : “Vous n’êtes pas
salarié, vous avez une activité rémunératrice encore plus réduite, des droits sociaux toujours très limités, mais débrouillez-vous avec ça”.
Notre propos dans l’expédition Digiwork
n’est pas de faire l’apologie de l’autonomie et du libéralisme, en prônant que
tout le monde doit être responsable de
son employabilité. En imaginant le scénario “Tous intermittents”, dans lequel
l’individu devenait le “gestionnaire autonome de son portefeuille d’activités” et
où les entreprises étaient ”des “boîtes à
projet” dans lesquelles les individus, porteurs de leur savoir-faire, se retrouvent
pour collaborer sur une mission”, nous
mettions en avant la nécessité d’inventer de nouveaux modèles de solidarité
pour pallier les risques de précarisation
des itinéraires personnels. La question
de la redistribution de la valeur et de la
rémunération est centrale : car si le numérique change la manière dont on produit, il change aussi la manière dont on
mesure la valeur. Il est même le support
à de nouvelles formes de rétribution. Il
faut prendre acte du fait que le travail,
l’activité s’élaborent différemment, et
nécessitent de nouvelles redéfinitions
des solidarités.
Pour le moment, nous en sommes
encore au début de notre réflexion, mais
nous espérons pouvoir apporter des
pistes d’action innovantes sur le sujet
d’ici quelques semaines.

Page 27

ArticleS

2. L’auto-entrepreneur, un travailleur de notre temps
3. Le “travailleur” de demain sera un mouton à dix pattes

3. Le
“travailleur”
de demain
sera un
mouton à dix
pattes
Aurialie jublin

Paru le 11 Mars 2013 sur
www.fing.tumblr.com le blog de
la

Fing

Le numérique a changé l’activité productive et va continuer à la faire évoluer.
Dans un monde de plus en plus informatisé, connecté, automatisé, robotisé, l’humain va devoir développer de nouvelles
compétences, principalement dans les
activités de services. Les 2 études reprises ci-après (une française et une
américaine) ont cherché à les décrire,
sans s’attacher à des activités particulières ou aux possibles métiers du futur.
Dans l’étude du CAS et de la DGT sur
“L’impact des technologies de l’information et de la communication sur les
conditions de travail”, Yves Lasfargue
décrit les 10 évolutions qui modifient
les conditions de travail dans la société
numérique (p. 87). Ainsi, le “travailleur”
devra savoir gérer :
>>    les changements permanents (du
matériel, des logiciels)
>>    la numérisation et l’abstraction (ainsi
que la dématérialisation, les trois
provoquant un sentiment de déshumanisation des relations)
>>    les informations de plus en plus
écrites (impliquant l’exclusion des
illettrés)
>>    l’interactivité et l’instantanéité
>>    la surabondance des informations
>>    la logique contractuelle (obligation
de suivre des procédures, d’atteindre des objectifs)
>>    le temps et l’urgence
>>    l’espace et le travail à distance
>>    la vulnérabilité (des systèmes complexes fragilisés par les pannes, les
attaques, …)
>>    la traçabilité et la transparence
Institute for the future a été un peu plus
loin en décrivant les 10 compétences nécessaires en 2020 (j’ai gardé les notions
en anglais, car leur traduction n’est pas
toujours aisée en français). Ces compétences sont les suivantes :
>>    Sense-making : capacité à déterminer le sens profond de ce qui est
exprimé (différencier les homonymes, par ex)
>>    Social intelligence : capacité à se
connecter aux autres d’une façon
profonde et directe, à comprendre

Articles Page 28

les réactions des autres et à stimuler
des interactions
>>    Novel & adaptative thinking :
capacité à penser et à arriver à des
solutions et des réponses au-delà
de ce qui est appris par cœur ou
basé sur des règles
>>    Cross-cultural
competency
:
capacité à travailler dans différents
milieux culturels
>>    Computational thinking : capacité
à traduire une importante somme
de données et d’informations dans
des concepts abstraits et à comprendre un raisonnement basé sur
des données
>>    New-media literacy : capacité à
évaluer et à développer du contenu
qui utilise les nouvelles formes
de média, et à s’appuyer sur ces
médias pour une communication
convaincante
>>    Transdisciplinarity : capacité à comprendre des concepts venant de
diverses disciplines
>>    Design mindset : capacité à représenter et développer des taches et
des processus de travail pour les
résultats voulus
>>    Cognitive load management :
capacité à filtrer l’information par
importance, et à comprendre
comment maximiser le fonctionnement cognitif en utilisant une variété
d’outils et de techniques
>>    Virtual collaboration : capacité à
travailler de façon productive, à
mener une mission et à montrer sa
présence comme un membre d’une
équipe virtuelle.
Une grande partie de ces compétences
sont des actions que les robots ne savent
pas encore faire. Dans cet article de The
Economist, intitulé “Robocolleague”, l’auteur conclue en écrivant : “les entreprises
peuvent trouver plus intéressant d’investir dans des technologies qui améliorent la productivité des travailleurs nationaux moins qualifiés, en augmentant
leurs salaires. Un jour, les robots intelligents pourront changer cette situation.

Mais tant que les humains conserveront
l’avantage de la flexibilité cognitive, les
entreprises continueront de tirer parti
de travailleurs pleins de bonne volonté.”

Page 29

ArticleS

3. Le “travailleur” de demain sera un mouton à dix pattes
4. Et vous, vous faites quoi ?

4. Et vous,
vous faites
quoi ?
Aurialie jublin

Paru le 26 Février 2013 sur
www.fing.tumblr.com le blog de
la

Fing

Dans une soirée ou sur Twitter, on se
présente souvent en disant où l’on travaille et ce que l’on fait. : “Bonjour, je suis
Machin, je suis responsable Bidule chez
Truc et compagnie.” Lors du 1e atelier de
l’expédition Digiwork, une personne avait
fait la remarque suivante : “Comment on
se présente si on n’est plus un “métier”
?” Les personnes sans emploi peuvent
en effet ressentir une gêne. Et pourtant
sans emploi ne veut pas dire sans activité, cela veut seulement dire “sans activité salarié”. Allez dire aux contributeurs
de Wikipedia , aux hommes et femmes
au foyer qui s’occupent de leurs enfants,
ou aux cuisiniers-amateurs-blogueursà-leurs-heures, … qu’ils sont sans activité
ou qu’ils ne contribuent pas à l’économie.
Et puis, un métier, une fonction ne disent
pas grand-chose de ce que l’on fait au
quotidien.
Dans un article intitulé “La fin du travail tel
qu’on le connaît”, Josh Bersin, un spécialiste des questions RH, propose de remplacer le mot “travail” (“job”) par “rôle”
et “fonction” par “série de tâches et de
spécialités”. Le mot “rôle” m’a fait spontanément penser à l’histoire de JeanPaul Sartre sur le garçon de café, utilisée
pour expliquer ses concepts d’”essence”,
“existence” et de “mauvaise foi”. Selon
Sartre, le garçon de café en fait des
tonnes (“Il a le geste vif et appuyé, un
peu trop précis, un peu trop rapide, il
vient vers les consommateurs d’un pas
un peu trop vif, il s’incline avec un peu
trop d’empressement, sa voix, ses yeux
expriment un intérêt un peu trop plein de
sollicitude pour la commande du client”),
car il joue à être un garçon de café, pour
se persuader lui-même qu’il se confond
avec sa fonction, qu’il est sa fonction.
Sartre a pris l’exemple du garçon de
café, mais il aurait très bien pu prendre
un boucher, un publicitaire ou un manager, chacun jouerait sa fonction.
Mais les slashers l’ont bien compris, ils
cumulent les activités et multiplient les
opportunités pour vivre plusieurs expériences en une même journée, appartenir à différents univers, s’épanouir
dans un domaine qui les passionnent,
développer des compétences, nourrir un
profil original… Freddy Krueger, vendeur
de glaces la journée et tueur psycho-

Articles Page 30

pathe d’enfants la nuit, ne dira sûrement
pas le contraire !
Par contre, sur le problème sémantique autour des mots “travail”, “activité”,
“emploi”, “métier”, “fonction”, “rôle”, … je
ne suis pas sûre qu’il soit d’une grande
aide.

Page 31

ArticleS

4. Et vous, vous faites quoi ?
VEille Page 32

The new artisans
network era

of

the

Harold Jarche
#Artisan (philosophie)
#Ecosystème d’activité #Individu

Petit extrait d’un article d’Harold
Jarche qui a fait la même analyse
que Digiwork sur l’individu équipé, autonome et connecté, l’émergence de
pratique collaboratives et de collectifs et les nouvelles formes de création de valeur : «Knowledge artisans
are amplified versions of their preindustrial counterparts. Augmented
by technology, they rely on their
networks and skills to solve complex
problems and test new ideas. Small
groups of highly productive knowledge artisans are capable of producing goods and services that used
to take much larger teams and resources. In addition to redefining how
work is done, knowledge artisans are
creating new organizational structures and business models, such as
virtual companies, crowd-sourced
product development, and alternative currencies.»

Chez les « intellos précaires
», un travail qui prend tout le
temps

L’humanité
#Discontinuité du parcours
#Temps

Confrontés à la discontinuité des
emplois et des activités, subissant
pour l’écrasante majorité d’entre
eux l’inconfort de rémunérations à
la fois faibles et aléatoires, des dizaines de milliers de travailleurs dans
les industries dites «créatives» sont
contraints de rester disponibles en
permanence.

«Une idée, un boulot» : le garagiste qui apprend à ses clients
à réparer

répartition des richesses produites,
devront évoluer pour offrir un avenir
à la «troisième révolution industrielle».

franceinfo
#Artisan #Individu #Compétence

Yann Raguenes, un jeune mécanicien
automobile de 27 ans, a ouvert «Un
garage et vous», à Les Sorinières,
près de Nantes, où il met à la disposition de ses clients, ses conseils et son
matériel.

«Comment être heureux au
travail en vivant dans un esprit de pauvreté?»

L’express
#Sens #Valeur

La pauvreté est combattue comme
une source de malheur, mais aussi
présentée comme une voie de bonheur lorsqu’elle touche l’esprit et
non l’existence matérielle. Philippe
Laurent s’interroge sur son sens au
travail.

Outils sociaux sur l’espace de
travail

Microsoft
#Espace de travail #Outils
sociaux #Service

Microsoft a mené une enquête dans
32 pays sur l’utilisation des «outils
sociaux» dans l’entreprise. Malgré
les restrictions de l’entreprise et
les hésitations du management, les
travailleurs veulent utiliser les outils
sociaux sur leur lieu de travail, même
si cela signifie dépenser leur propre
argent. Après Bring Your Own Device
(Apportez Votre Équipement personnel, en français), voilà le Bring Your
Own Service.

Le travail disparaît, intervention de Paul Jorion

Ce soir ou Jamais
Quand les robots remplaceront les hommes

Economie Matin
#Automatisation #Disparition de
l’emploi #Robot

Un court article de Jean-Michel
Billaut, gourou de l’internet français,
qui a le mérite d’extraire les principaux
sujets de controverses du scénario
de la robotisation massive de nos sociétés. L’esclave était le prototype du
robot 0.0, le prolétaire sa version 1.0,
et les robots biologistes constitueront la prochaine étape du robot 2.0.
Les modèles d’innovation qui supportent la croissance, ainsi que la

#Automatisation #Compensation

Face à l’augmentation continue du
chômage, il rappelle notamment
la proposition du Suisse Jean de
Sismondi (1773-1842) selon laquelle
tout ouvrier remplacé par une machine bénéficie d’une rente, indexée
sur la richesse créée désormais par
celle-ci.

After your job is gone

TechCrunch

Page 33

Veille

breux liens, l’auteur Jon Evans fait un
historique de la disparition du travail,
touchant tout d’abord les ouvriers du
secteur secondaire puis les employés
du secteur tertiaire, dans lequel les
avocats, financiers et chirurgiens ne
sont pas à l’abri. Il imagine ensuite
un monde se divisant en deux catégories : une minorité décroissante de
très riches - les travailleurs des technologies, les barons de la finance, et
ceux qui ont hérité leur fortune, pour
la plupart - vivant dans une poignée
de villes idylliques dégoulinant de richesse, et/ou leur maison d’été est à
proximité des plages, des lacs et des
montagnes ... et la majorité qui gagne
peu, avec des contrats de travail occasionnels et des petits boulots, trop
pauvre pour même visiter les lieux où
les riches vivent, travaillent et jouent.

Matthieu ou chronique de la
disparition du travail

Metis
#Contrainte #Disparition du
travail #Individu

Extrait : «Matthieu expérimente l’emploi en même temps que l’invisibilité
de son travail. Le travail a disparu.
Comme dans la publicité, les tâches
qui lui sont demandées en ont la
forme, la couleur mais n’en sont pas.
Il en a les obligations, les allers retours
quotidiens, les horaires, la subordination, l’ambiance morose, mais il n’en a
pas les opportunités. Il n’en rencontre
pas les dimensions expressives que
revendiquent même des salariés plus
modestes des caisses de grande
distribution. Il n’arrive pas à se sentir
utile, il ne participe pas à un collectif,
il n’est pas autonome et il ne voit rien
d’intéressant dans ce qu’il a à faire.»

Identité professionnelle : un
métier et beaucoup plus

Cursus

#Disparition du travail

#Activité #Emploi #Identité
#Individu

Illustrant son propos par de nom-

« Que faites-vous dans la vie ? » À

L’individu au travail

cette question banale, on répond le
plus souvent en donnant le nom de
son métier, ou de sa fonction dans
l’entreprise qui nous emploie. Mais
que répond-on lorsqu’on est sans
emploi ? Sans emploi et très investi
dans une ou plusieurs activités ? Que
répond t-on lorsqu’on occupe plusieurs emplois ? Lors que son emploi
ne correspond à aucun nom habituel
? Que l’on occupe un emploi alimentaire mais que l’on construit à côté
une expertise passionnante ?

Qu’est-ce que le nouveau « CDII
» ou « CDI intermittent » ?

Andre Gorz

YouTube
#Artisan #Individu #Travail
(concept)

Le travail est une invention du capitalisme industriel. Durant l’antiquité, le travail ne se déroulait
pas dans la sphère publique. Les
femmes travaillaient (ou sinon les
esclaves), les hommes faisaient de
la politique. Le travail était mal vu.
Pour Max Weber, au Moyen-âge il
n’y avait pas de travail mais des besognes, des peines, des labeurs (paysans), et des œuvres (des artisans).

Democratie & Socialisme
#Contrat #Temps

Le CDII ou contrat à durée indéterminée intermittent est, de fait, une
sorte de contrat à temps partiel
annualisé : le salarié va alterner des
périodes travaillées et non travaillées,
et sa rémunération sera « lissée » sur
l’année : comment payer quatre mois
de travail en douze fois ? Il sera « ouvert » aux entreprises de moins de 50
salariés (dans un premier temps dit «
expérimental »).

Apprendre à entreprendre
dans un monde en réseau

Email : Not Dead, Evolving

Harvard Business Review
#Email #Infographie #Outil

Le HBR a mené une enquête en
2012 auprès de 2.600 travailleurs
aux États-Unis, Royaume-Uni et en
Afrique du Sud qui utilisent l’email
quotidiennement. Les résultats indiquent que l’email n’est pas mort
(les gens passent la moitié de leur
journée de travail à les traiter), mais
qu’il a évolué. Il est devenu une archive
consultable, la source de la responsabilité d’un manager, l’outil de collaboration le plus efficace des travailleurs,
un moyen d’avoir de l’information, ...

Cursus
#Automatisation #Robot

Les applications numériques ont beau
nous rendre la vie plus simple et plus
excitante au quotidien, force est de
constater aussi qu’elles ont détruit
un nombre considérable d’emplois.
Grosso modo, toutes les tâches routinières qui pouvaient être programmées et automatisées l’ont été ou
sont en passe de l’être. Des robots
et des logiciels remplacent les travailleurs dans de multiples domaines; le
mouvement, qui a touché en premier
lieu les processus industriels, s’est rapidement étendu au procès des services. Il touche désormais les professions intellectuelles dites supérieures.

Pour un Google Now du poste
de travail

Bloc-notes de Bertrand Duperrin
#Espace de travail numérique
#Outil

Alors que les outils grand public envahissent le bureau et que l’on croule
sous les informations, l’auteur pense
que l’application Google Now, service
prédictif qui pousse à l’utilisateur,
sans qu’il n’ait rien demandé, les informations dont il a besoin quand il en a
besoin, va devenir indispensable sur
le poste de travail. Par exemple, un
commercial pourrait recevoir l’information selon laquelle il devrait tout de
suite se mettre en route, vu les em-
VEille Page 34

L’individu au travail

bouteillages, ou des données du CRM
quand il est chez un client.

Une vision de la formation
tout au long de la vie en
Europe pour 2030

Missing Out/Peur de rater quelque
chose) est le nouveau mal des employés hyper connectés, mais qui ne
se limite pas pour autant à la sphère
professionnelle. Il est souvent lié au
FONK (Fear Of Not Knowing/Peur de
ne pas savoir).

Email : combien de temps encore ?

formation-professionnelle.fr
#Compétence #Espace de travail
numérique

Au-delà de la question de la formation, l’article aborde une thématique
traitée dans Digiwork, celle de l’environnement de travail, dans lequel la
démonstration des compétences
et des aptitudes sera préférée aux
diplômes ; la performance des employés sera mesurée et quantifiée en
continu au travers de systèmes de
mesures numériques ; les limites du
public/privé, professionnel/ personnel, bureau/domicile, réel/virtuel, formel/informel seront confuses, ...

LinkedIn wants to be your
personal assistant with new
Contacts app

Los Angeles Times
#Application #Réseaux sociaux

Comme un assistant personnel virtuel, la nouvelle application, baptisée
LinkedIn Contacts, réunit dans un seul
endroit les informations de contacts
des divers e-mails, le calendrier de
l’utilisateur et l’adresse des services
d’annuaire. Il met également automatiquement à jour les informations
des contact à chaque fois qu’il y a
un changement, que ce soit dans le
Google de l’utilisateur ou d’un compte
Outlook. Sont inclus dans ces informations les détails de conversations
et de réunions passées que vous
avez eues avec le contact.

Rialland, maître de conférence à
Sciences-Po Paris, consultante en
gestion de l’information dans l’entreprise, pour «Comprendre et maîtriser
la déferlante d’informations».

Les agences d’emploi : 16 millions de missions d’intérim ... en
autres

France Culture

manpowergroup

Peut-on se passer de l’email ?
500 milliards de mail sont envoyés
chaque jour dans le monde. Créé il y
a 30 ans, ce moyen de communication a conquis le monde, individus et
entreprises. Plus que jamais utilisé,
l’email est aussi plus que jamais remis en cause. Une émission produite
par Telecom EM, et à écouter sur le
MOOC de France culture.

#Intérim #Parcours
professionnel

En 2012, après deux années de redressement, l’emploi intérimaire a
chuté de 11,6%. Mais le travail temporaire demeure un vecteur d’accès à l’emploi, souligne le Prisme
(Professionnels de l’intérim, services
et métiers de l’emploi) dans son bilan
annuel. Surtout, les agences d’emploi
s’affirment comme un acteur de référence de la sécurisation des parcours professionnels et de la réactivité RH.

8 atouts des candidats ayant
mené
une
reconversion
professionnelle

Itaquecoaching.com
#Employabilité #Parcours
professionnel #Reconversion

Les itinéraires bis de la vie professionnelle ont beau être en passe de
devenir la norme, les recruteurs frileux continueraient à camper dans les
idées reçues sur l’employabilité des
personnes au «parcours atypique».
Et entre autres celle des candidats
ayant changé de métier. Pourtant,
ils ont d’autant plus d’atouts qu’ils on
suivi ce parcours difficile.

#Email #Outil #Radio

Jobs in the Future

Wagepoint.org
#Compétence #Métier

De nombreuses fonctions n’existaient pas dans l’entreprise il y a 10
ans, (développeur d’application, social media manager, expert en développement durable, designer orienté
usage, ...), cette infographie propose
10 nouveaux métiers en 2030 (manager d’avatars, architecte digital, nano‐
médecin, ...) et les 5 compétences à
développer (esprit critique, résolution
de problème, créativité, esprit d’entreprenariat, culture numérique).

«Infobésité», le mal du siècle

Viuz.com

FranceTVInfo

#Souffrance

#souffrance #Vidéo

Le syndrome de FOMO (Fear Of

Les conseils de Caroline Sauvajol-

Veille

L’individu au travail

pas que les seniors ou les personnes
peu qualifiées.

Quels seront les métiers de
demain ?

Mode(s) d’emploi
#Compétence #Info pratiques
#Métier

Liste de quelques guides pratiques à
consulter en ligne gratuitement sur les
nouvelles compétences, les métiers
cadres en émergence, les métiers des
jeux vidéos, ...

Fidbacks, le profil de confiance

Le blog de
collaborative

la

consommation

#Ecosystème d’activité
#Réputation #Service

Lancé en janvier 2013, le site Fidbacks
permet à ses membres de créer et
partager un profil agrégeant l’ensemble des commentaires qu’ils
ont reçus sur les différentes plateformes d’échanges entre particuliers qu’ils utilisent (Airbnb, Buzzcar,
Couchsurfing, Blablacar, Deways,
eBay, Etsy, Priceminister, VadrouilleCovoiturage, Zilok ...). Ainsi, grâce à
Fidbacks, un nouveau membre sur un
site pourra attester de sa réputation
complète agrégée et certifiée par
Fidbacks directement sur son profil et
ce dès le premier jour.

In a hyper-connected world it
is healthy to disconnect
L’obsolescence
(programmée) de nos compétences : la
course contre la montre

pinterest

ManpowerGroup

Une infographie sur la déconnexion
volontaire pour bien profiter de ses
vacances... pour celles et ceux qui en
auront.

#Compétence

Fomo, nouveau mal du siècle

Page 35

Résultats de l’enquête du Centre
européen pour le développement
de la formation professionnelle
(CEDEFOP) sur la perte, le vieillissement ou l’inadaptation des compétences, phénomène qui ne concerne

#Déconnexion #Souffrance

Le travail peut-il à nouveau
nous faire vivre ?

RH Info
#engagement

Les contextes qui permettaient à
une personne de trouver une raison
stable pour s’impliquer dans son travail sont en grande partie révolus. Les
comportements cyniques en matière
sociale ont fait tomber les illusions.

Dossier Real Humans

Slate
#Robot #pop culture

Arte diffusait le mois dernier la série
Real Humans, racontant la cohabitation, plus ou moins facile, entre les
humains et les hubots (robots à visage humain qui aident au quotidien
les humains). Relations humain-hubot,
activistes anti-hubot, discrimination
envers les hubots, hubots se battant
pour leur liberté, ... les thèmes abordés par la série sont nombreux et Real
Humans apportent donc un éclairage
intéressant sur la thématique Robot/
Humain.

Erik Brynjolfsson : La solution pour la croissance ? Faire
la course avec les machines....

Ted
#video

Alors que les machines s’approprient
davantage de travail, beaucoup se
retrouvent sans emploi ou voient leurs
augmentations de salaire sans cesse
repoussées. Est-ce la fin de la croissance ? Non, selon Erik Brynjolfsson
- ce sont simplement les difficultés
grandissantes d’une économie radicalement réorganisée. Un cas fascinant qui expose pourquoi les grandes
innovations sont devant nous... si nous
considérons les ordinateurs comme
faisant partie de notre équipe.
Page 36

Page 37

3. Nouveaux
collectifs,
nouveaux
managements
ARTICLES

38/51

VEILLE

52/55

L’hyperconnexion des individus au
travail et leur mise en réseaux modifient
la manière dont les collectifs productifs
- inventifs se forment. Les frontières
inter-services, ou internes-externes à
l’organisation se diluent. Les collectifs
se structurent autour de valeurs,
d’enjeux et de finalités partagés. Ils
articulent réseaux physiques et réseaux
numériques. Cela en appelle à de
nouvelles formes de management des
équipes et des projets, à de nouvelles
représentativités des collectifs ; et
ouvre aussi sur de nouvelles formes de
mobilisation-revendication.
Articles Page 38

Page 39

ArticleS

Les entreprises se transforment
pour survivre
>>    Ce qui ressort des témoignages
des chefs d’entreprises et chercheurs réunis par la Fing, c’est que
les réponses sont à trouver dans la
souplesse et l’ouverture :

1. Le futur du
travail dans
l’entreprise
(1/2) : l’agilité…
ou le néant ?
Equipe des ateliers de
l’emploi, Manpower

Paru le 10 Juillet 2013 sur

Le numérique déstabilise les entreprises
parce qu’il accélère un double-mouvement qui brouille ses frontières :
>>    les usages privés ont évolué de
manière fulgurante et s’immiscent dans l’entreprise au point de
remettre en cause ses codes – hiérarchiques en particulier ;
>>    dans le même temps, le modèle
tayloriste dépérit, les relations de
travail « à vie » n’existent plus et les
collaborations ponctuelles se multiplient : les collectifs d’hier ont muté,
et le concept même de salariat – au
cœur de tout l’édifice du travail, en
France en particulier – devient flou.

internetactu.net le média de la
fing

A ces deux questions déterminantes
de l’avenir du « vivre ensemble » dans le
collectif qu’est l’entreprise, l’expédition
Digiwork de la Fing a tenté d’apporter
des éléments de réponses lors de Futur
en Seine 2013. Quel modèle d’organisation les entreprises peuvent-elles adopter alors que le numérique permet à
chaque salarié de transformer son rapport de pouvoir à l’entreprise ?

L’individu au pouvoir signe-t-il la
mort de l’entreprise ?
Après l’ère industrielle qui faisait du salarié un subordonné stricto sensu, simple
exécutant, on assiste au retour de l’individu dans l’entreprise, et avec lui d’une
certaine confusion entre vies privée et
professionnelle – et/ou publique. Ce phénomène ne se cantonne pas au travail,
ce sont tous les citoyens qui subissent
une “injonction sociale à l’individualisation”, estime Anne-France Kogan, enseignant-chercheur à l’Ecole des Mines de
Nantes. Aujourd’hui, l’autonomie devient
une valeur cardinale et l’individu doit être
responsable de ses choix, en substance.
Le numérique incarne autant qu’il accé-

lère radicalement le processus : les salariés font entrer leur téléphone mobile,
tablette ou ordinateur portable dans
l’entreprise, leurs réseaux de connaissances professionnelles et d’affinités
personnelles s’entremêlent, leurs passions se conjuguent au travail collectif,
leurs talents et créativités doivent fonctionner ensemble à l’ère de l’innovation…

In fine, l’entreprise aujourd’hui doit gérer
autant de quêtes du bonheur qu’il y a
d’individus en son sein. Car dans une économie dont la créativité est le moteur, le
génie de chacun tout comme sa relation
au collectif sont déterminants : la prise
en compte de l’individu dans toute sa
complexité, intime comme sociale, est
une donnée tout à fait nouvelle dans les
entreprises !
Plus prosaïque, l’exemple de l’utilisation professionnelle de son téléphone
ou ordinateur portable personnel (phénomène connu sous l’acronyme Byod,
pour Bring your own device), qui pose
d’importants problèmes de sécurité des
données et de compatibilité logicielle, est
typique des transformations actuelles
: où se situe la frontière entre travail et
activité personnelle, activité associative,
temps libre ? Comment décompter le
temps de travail quand on peut traiter la
demande d’un client dans les transports
en commun et pendant les vacances ?
Comment faire vivre un collectif quand
le “lieu de travail” perd de sa signification (c’est la question qui a conduit
Marissa Mayer à décider l’interdiction
du télétravail chez Yahoo) ? Ces questions sont plus qu’essentielles, elles sont
existentielles : Comment les entreprises
pourront-elles survivre dans leur forme
actuelle, alors que tous les fondements
de leur existence moderne sont sapés ?
Sauront-elles se montrer suffisamment
agiles pour se réinventer ?

>>    un management qui cherche plus
à stimuler et accompagner qu’à
imposer, ce qui se concrétise par
exemple par un accompagnement
plutôt qu’une interdiction du Byod ;
>>    un fonctionnement en “entreprise
étendue” qui se diffuse : au cœur
de la réussite de Poult, ce modèle
partenarial destiné à favoriser la
réalisation de projets est aujourd’hui
revendiqué par des grandes entreprises dans leur relation avec leur
écosystème de PME sous-traitantes ;
>>    une organisation qui brise les
silos, cherche à favoriser le travail
“en mode start-up” et stimule l’
“intrapreneuriat” (concept qui veut
que le salarié soit un entrepreneur à
l’intérieur de l’entreprise)…;
>>    des entités qui deviennent “apprenantes”, en créant notamment leurs
propres universités.
Face
aux
mutations
numériques,
Nathalie Andrieu, directrice générale
en charge du numérique au Groupe La
Poste n’a eu d’autre choix que de revoir
son modèle économique, son organisation et son fonctionnement. Elle explique
ainsi que son entreprise cherche aujourd’hui à valoriser, parmi ses salariés,
quatre traits de caractère propres aux
entrepreneurs :
>>    1. goût du risque ;
>>    2. non conformisme ;
>>    3. capacité d’organisation et efficacité personnelle ;
>>    4. capacité à se remettre en cause.

“L’entreprise
étendue”
prend
corps grâce au numérique
Elle préconise d’adopter le modèle de
“l’entreprise étendue”, qui fonctionne en
écosystème en intégrant ses sous-trai-

1. Le futur du travail dans l’entreprise (1/2) : l’agilité… ou le néant ?

tants et tous les acteurs d’un projet : “On
doit travailler ensemble, faire coopérer
start-ups et grandes entreprises, au lieu
de les opposer. Une entreprise comme
La Poste a besoin d’être bousculée par
des startups qui remettent en cause les
habitudes, les rythmes”, reconnaît-elle.
“Ce n’est que comme ça que la France
pourra reprendre un temps d’avance”.
Ceci étant dit, l’arrivée de “l’extérieur”
dans l’entreprise et la prise de pouvoir d’individus qui y font entrer leur vie
privée via les appareils numériques (le
fameux Byod), pose un défi de taille
aux responsables informatiques : comment éviter l’anarchie ? Comment éviter
de perdre le contrôle, avec tout ce que
cela implique en termes de sécurité des
informations confidentielles notamment
? Poussés par la démocratisation des
usages privés (la “consumérisation de
l’IT”, c’est-à-dire des technologies de
l’information”, le fait que des produits initialement conçus pour un usage domestique soient adaptés au marché professionnel), les employés construisent peu
à peu un Shadow IT – une informatique
parallèle – où chacun amène et utilise
l’outil qu’il préfère, en contournant la
norme. Une telle fronde douce, sans revendication, est une nouveauté pour les
entreprises !
Pour Philippe Bletterie, responsable
du management chez Alcatel-Lucent,
l’alternative est claire : “soit la patrouille
s’adapte, soit non, et on travaille moins
bien, dans de moins bonnes conditions”.
Sans accompagnement des usages, le
mal-être guette ; plus fondamentalement, au-delà des “risques psycho-sociaux”, il s’agit selon lui de savoir intégrer
le nouveau capital apporté par l’individu
au lieu de verrouiller les accès.
L’adaptation d’Alcatel-Lucent à cette
nouvelle réalité du travail s’est traduite
par l’élaboration d’un nouveau cadre
favorisant à la fois l’autonomie et le partage, avec notamment une bibliothèque
d’applications
professionnelles
que
chaque collaborateur choisit selon ses
propres besoins et, surtout, la création
d’un “Youtube d’entreprise” accessible
à distance. Baptisé OpenTouch Video
Store, cette plateforme concrétise la
notion d’entreprise étendue en permettant aux collaborateurs, fournisseurs,
1. Le futur du travail dans l’entreprise (1/2) : l’agilité… ou le néant ?

clients et partenaires d’Alcatel-Lucent
de partager des documents vidéo en
lien avec leur activité – sans aucun matériel ni logiciel spécifique requis. Une
solution collaborative qui fluidifie la communication de l’entreprise avec toutes
ses parties prenantes, valorise l’apport
de chacun et stimule l’échange, tout en
faisant confiance à l’auto-régulation
sans pour autant sacrifier la maîtrise des
données.

Quand les usages et l’innovation
font la loi, le management se
réinvente
Corollaire de ce changement, l’élaboration d’un outil numérique en entreprise
ne se fait plus en top-down aujourd’hui
: ce n’est plus la Direction qui décide et
les salariés qui appliquent, notamment
parce que les usages individuels ont pris
une telle place dans la vie de chacun
que l’entreprise perdrait énormément
de temps, d’énergie et d’argent en cherchant à les contrer. Le DSI (Directeur
des systèmes d’information) voit son
rôle stratégique évoluer, il “s’ancre dans
le business“ – en offrant des solutions à
même d’augmenter la productivité – et
devient force de proposition pour assurer une politique numérique en phase
avec les usages. Pour satisfaire au mieux
aux préférences de chacun, les expérimentations et développements “par
itération” se multiplient, qui facilitent les
réactions rapides et flexibles au changement, autorisant les tests et les retours
en arrière. Le but : améliorer le bien-être
au travail tout en stimulant l’innovation.
Autre exemple encore avec Poult,
leader de la biscuiterie (1/5e des biscuits
vendus en France), qui connaît une croissance annuelle à deux chiffres – souvent
supérieure à 20%. La recette de Laurent
Noël, son responsable R&D et Innovation
: libérer les initiatives, notamment en
instaurant un leadership tournant pour
éviter que ne se cristallisent des lieux
de pouvoirs, et ainsi challenger sans
cesse la créativité de ses équipes – le
tout accompagné d’une communication
intensive et transparente (transmission
de tous les comptes de résultats) ainsi
que d’une politique de formation étoffée.
Chez Poult, le postulat de l’empowerment des salariés consiste en la “déhié-

Articles Page 40

rarchisation”, la suppression des strates
et des postes de contrôle – deux échelons hiérarchiques ont déjà disparu.
Plutôt que d’interdire, le rôle des managers et des responsables des ressources
humaines de Poult est donc de définir le
sens et les objectifs du travail, en aidant
l’individu à se responsabiliser, en libérant
leurs capacités d’innovation. Au sein de
cette biscuiterie, les employés sont des
“intrapreneurs” et s’inscrivent dans un
véritable écosystème : participation aux
pôles de compétitivité, création d’incubateurs internes (structures d’appui au
développement de projets innovants),
etc.

Vers
l’entreprise-artiste,
royaume des déviants ?
Poult est-elle pionnière ? Quel sera le
modèle de demain ? Quelle mythologie
remplacera celle, moribonde, des “merveilles de l’industrie” ? C’est la question
essentielle, selon Armand Hatchuel, professeur titulaire de la chaire “théories
de la conception” de l’Ecole des Mines,
coauteur de Refonder l’Entreprise (qui lui
a valu plusieurs prix littéraires, dont celui
de la Fondation ManpowerGroup pour
l’emploi) et pilote du projet de recherche
“L’entreprise, formes de la propriété et
responsabilités sociales” au Collège des
Bernardins. “Le processus d’innovation
est aujourd’hui le même que celui de la
création artistique”, assène-t-il. Pour lui,
la mutation de La Poste relève de cette
démarche : “Je ne suis plus ce que vous
pensez que je suis !”, proclamerait l’entreprise auprès de ses parties prenantes.

Henri Seydoux, PDG de l’entreprise de
systèmes et kits mains libres Parrot,
abonde dans son sens : “l’entreprise
d’aujourd’hui est un monde de saltimbanques”, sur le modèle de la Sillicon
Valley. Elle s’appuie sur des créatifs,
dont la valeur ajoutée repose avant
tout sur la capacité d’étonnement et à
penser contre la norme. Pour lui comme
pour Armand Hatchuel, la réticence des
Français au changement viendrait du fait
que les fondations du travail sont ancrées
dans nos imaginaires collectifs comme si
elles étaient par nature immuables. Pour
Armand Hatchuel : “Les termes « inno-

Page 41

ArticleS

vation » et « entreprise » sont historiquement ancrés, idéologisés ! Le modèle
d’innovation qui s’est imposé est celui
issu de la science. Connu de tous, il est
aujourd’hui saturé. Henri Seydoux estime
pour sa part que la planification qui a
fait la gloire de l’industrie est dépassée.
Pourtant, on ferait comme si elle pouvait encore avoir cours aujourd’hui, et
ce “mensonge” serait destructeur pour
l’aventure humaine qu’est l’entreprise
: “il est difficile de faire fonctionner des
collectifs fondés sur des leurres !”. Dans
un monde d’incertitude, un business
plan “doit tenir en une demie-page” et
les spécifications logicielles (c’est-à-dire
l’ensemble explicite d’exigences à satisfaire par un produit) seraient à bannir
parce qu’elles font croire en la possibilité
de totalement maîtriser le futur : “elles
transmettent une croyance dans un
monde idéalisé ; au final, elles induisent
en erreur”.
En somme, l’entreprise doit retrouver
sa raison d’être : “créer !”, rappelle Henri
Seydoux. “Devoir dégager des bénéfices, c’est sa contrainte, pas sa gloire”.
Pour Armand Hatchuel aussi, le seul
salut de l’entreprise, aujourd’hui, résiderait dans son basculement ontologique
: “L’entreprise du futur doit protéger le
déviant, car c’est le déviant qui innove et
qui est capable de créer de la rationalité
dans l’inconnu”.

Pour pousser ce changement, le chercheur propose deux options :
>>    Refondre les cadres légaux, car
notre code du travail (1891) serait
obsolète
et
alimenterait
des
archaïsmes structurels. Et de
proposer un modèle : la “Flexible
purpose Corporation” créée en
Californie (Etats-Unis). Alors que la
loi américaine impose aux dirigeants
d’entreprises de poursuivre un
objectif unique (maximiser la performance de l’entreprise dans l’intérêt
des actionnaires), ce nouveau statut
permet d’élargir la mission principale de l’entreprise et d’éviter que
la maximisation du profit des seuls
actionnaires en soit l’unique horizon.
>>    Redéfinir le gouvernement de l’entreprise, le management, pour le
rendre authentiquement “horizon-

1. Le futur du travail dans l’entreprise (1/2) : l’agilité… ou le néant ?

tal” et transformer les managers en
accompagnateurs du changement.
Peut-être même jusqu’au point de
“virer tous les chefs”, comme le préconise le gourou du management
Gary Hamel.

Hors de l’agilité, point de salut ?
La conférence Entreprise du futur lors
du Futur en Seine 2013 par l’Atelier de
l’emploiSi les entreprises cherchent à
anticiper et accompagner les bouleversements de leurs fondations, c’est parce
qu’ils remettent en cause leur existence
même. Comme l’explique Daniel Kaplan,
délégué général de la Fing, elles doivent
toutes prendre conscience, aujourd’hui,
de la nécessité d’évoluer en profondeur
si elles veulent éviter que ne surgissent
“des places Tahrir dans les entreprises”.
Reste, qu’au bout de ce tunnel de l’inconnu que “l’agilité” représente, il pourrait y avoir la lumière. Pour clore une
conférence passionnée sur l’entreprise
du futur, qui a donné lieu à de nombreux questionnements sur l’avenir de la
croissance, Philippe Lemoine, président
de la Fing, a rappelé que, en 1870, tous
les acteurs d’une société à genoux et à
bout de souffle se sont mis à dépasser
leur rôle pour trouver une voie de réenchantement et accéder à la “modernité”.
Résultat : en 1889, la tour Eiffel symbolisait le renouveau français lors de l’Exposition universelle de Paris. “En quinze ans,
on reprend la main sur le futur !”, s’enthousiasme Philippe Lemoine. Un mot
d’ordre, donc, pour que les entreprises
et tous leurs collaborateurs participent
activement à la réécriture d’un destin
commun : agilisez-vous !

L’Atelier de l’emploi

L’atelier de l’emploi est un blog de tendances, décryptages, analyses et solutions pour l’emploi édité par Manpower
Group. Ce double compte rendu des
ateliers et conférences portant sur l’avenir du travail organisés dans le cadre de
Futur en Seine 2013 est publié en partenariat avec l’expédition Digiwork de la
Fing.
2. Les outils numériques vecteurs d’innovations sociales ?

2. Les outils
numériques
vecteurs
d’innovations
sociales ?
Julien camacho

Paru le 02 Avril 2013 sur fing.
tumblr.com le blog de la Fng

Le colloque co-organisé par la DIRECCTE
IDF, la DGT et la FING le 12 mars dernier
proposait un tour d’horizon des transformations du travail liées au numérique,
constitué d’interventions de professionnels et d’experts ponctués de tables
rondes. Le débat s’ouvrait sur les risques
et les opportunités que ces évolutions
impliquées pour les conditions de travail
de demain.

Vous trouverez le compte-rendu de ces
échanges sous la forme de 4 articles –
libres - analysant les propos des intervenants et les réactions-questions du
public.
Voici présenté ici le premier de cette
série d’articles portant sur la première
table ronde et réunissant les participants suivants :
>>    Philippe Vogin, Groupe Renault
>>    Jérôme Introvigne, Groupe Poult
>>    Olivier Jouan, Scop Port-Parallèle
>>    Michel Lallement, CNAM

Le thème de la table ronde inaugurale
portant sur le « renouvellement du cadre
de travail » était l’occasion de questionner l’intégration des outils numériques
dans la sphère professionnelle. Les expériences relatées par les organisations
présentes (de grande ou de petite taille,
ancienne ou émergente) mettaient à
jour des approches très différentes où le
numérique était tantôt le vecteur, tantôt
le porteur de nouvelles aspirations au
travail. Les reconfigurations à l’œuvre
dans le travail et son organisation ouvraient sur un questionnement plus large
se rapportant aux enjeux socio-économiques qu’impliquent la diffusion et la
démocratisation des TIC.
Les entreprises intègrent et s’approprient de manière différenciée, selon
leur typologie, les outils numériques. Un
groupe industriel de la taille de RENAULT
n’évalue pas les opportunités et les
risques que représentent les TIC comme
peut le faire une Coopérative d’Activité et
d’Emploi - SCOP de 150 collaborateurs,
ou la biscuiterie POULT qui emploie 1300
personnes. Les trois premières interventions se présentaient donc comme des

Articles Page 42

exemples saisissants de la manière dont
des collectifs de tailles et de formes différentes s’approprient les TIC dans leur
environnement de travail.
Philippe Vogin, responsable des conditions de travail du groupe Renault a
dressé le bilan de la réflexion interne que
la diffusion progressive du télétravail
avait générée chez RENAULT. L’approche
se focalisait en priorité sur les conséquences de l’utilisation croissante des
TIC sur la santé au travail, et évoquait
la nécessité d’en cadrer les enjeux juridiques et managériaux, de stabiliser un
rapport vie privée/vie professionnelle en
tension, et d’accompagner au plus près
les situations de télétravail.

Olivier Jouan, gérant de la Coopérative
d’activité et d’emploi “Port Parallèle”,
mettait en avant les possibilités de gestion souple et démocratique qu’autorisent les TIC pour le modèle entrepreneurial coopératif. La mutualisation des
services métiers aux “coopérateurs” (i.e.
membres de la scop), et la collaboration
à distance s’avèrent indispensables pour
rendre opérantes les valeurs du collectif
et le partage des responsabilités. Pour
O. Jouan, la perspective d’une économie
de la contribution, à laquelle les principes coopératifs correspondent, est
rendue envisageable par la diffusion des
TIC.

Le groupe POULT apparaissait comme
la synthèse d’une entreprise industrielle
et d’une forme d’organisation souple
et horizontale. Les cadres traditionnels
sont largement remis en question ici :
l’entreprise est vue comme une plateforme d’innovation et les outils numériques comme solutions pour parvenir à
instaurer un système participatif d’amélioration continue et d’intelligence économique. Les réflexions menées sur les
capacités d’adaptation du groupe dans
un contexte économique concurrentiel
fort ont été l’occasion de remettre à
plat l’organisation du travail. Les choix du
décloisonnement des silos fonctionnels,
de la « déhiérarchisation » et de la démocratisation des processus décisionnels,
de l’autonomisation des opérateurs,
reflètent la logique d’une démarche
d’hyper-innovation d’organisation et de

Page 43

ArticleS

2. Les outils numériques vecteurs d’innovations sociales ?

production.

Enfin, à l’occasion d’une présentation sur
les fonctionnements des Hackerspaces
ou FabLab[1] – véritables espaces d’innovations sociales et technologiques -,
le sociologue du travail Michel Lallement
est revenu sur les origines de ces lieux,
à la source de l’utopie numérique[2]. On
peut considérer en effet que les premières expériences de bricolage informatique au fond des garages - à la façon
de Steve Jobs - qui se sont développées
en Californie à partir des années 70 sont
fondatrices de l’idéologie de ces “nouveaux lieux de production”. Or ce sont
des espaces physiquement situés (on
sort de la mythologie de la dématérialisation) expérimentant des formes de
partage des savoirs, d’auto-fabrication
numérique, et de production flexible
personnalisée, rendues envisageables
par les TIC.

Le sociologue met en exergue les enjeux
du travail du point de vue des valeurs
hackers, que sont le plaisir au travail, l’efficacité (hack en anglais signifie à la fois
un geste simple et efficace), et la vision
de l’acte de travail comme œuvre ou ouvrage d’art (la distinction entre l’artiste
et l’artisan s’estompe). Il nous rappelle
notamment que l’apparition de ces initiatives aura été le lieu des premières
tensions entre l’exploitation marchande
des TIC et le développement d’une communauté du libre.

On voit que le sujet l’inclusion des TIC
dans les modes de travail, tout en nourrissant les réflexions sur les conditions
pratiques de leur diffusion et de leur
utilisation, ne laisse pas de questionner,
à un niveau plus général, les tendances
productivistes de nos sociétés et l’organisation du travail qu’elles engendrent.
L’outil numérique apparaît comme le
catalyseur de nouvelles aspirations individuelles et collectives dans le rapport au
travail.

Retrouvez les articles relatant la suite
des débats cette semaine sur le réseau
social de la fing.

>>    [1] Voir l’ouvrage de Fabien Eychenne,
aux éditions FYP ‘la fabrique des
possibles” : Fab Lab : L’avant-garde
de la nouvelle révolution industrielle
>>    [2] Voir l’ouvrage de Fred Turner, aux
éditions C&F Aux sources de l’utopie
numérique : De la contre-culture à
la cyberculture, Stewart Brand, un
homme d’influence - http://cfeditions.com/Turner
3. Productivité ou innovation, faut-il choisir ?

3. Productivité ou innovation, faut-il
choisir ?
aurialie jublin

Paru le 27 Février 2013 sur
fing.tumblr.com le blog de la

Fng

On sait bien que l’innovation et les progrès techniques ont permis d’augmenter
la productivité des salariés au cours de
siècles passés. En posant la question «
Productivité ou innovation, faut-il choisir
? », je fais référence à la publication sur
All Things D d’un mémo interne du responsable RH de Yahoo, qui a jeté un froid
chez les adeptes du télétravail. En effet,
à partir de juin, il est demandé à tous les
travailleurs à distance de réintégrer les
bureaux de Yahoo pour permettre aux
salariés d’”être physiquement tous ensemble”, mais aussi parce que “la rapidité et la qualité sont souvent sacrifiées
quand nous travaillons de la maison”
(certains voient dans cette annonce, un
moyen de provoquer un certain nombre
de départs, qui ne seront pas appelés
“licenciements”).

Comme le rappelle un article du New
York Times, Google et Facebook ne généralisent pas le télétravail mais le permettent au cas par cas. Ils préfèrent
en effet garder captifs leurs salariés
sur leurs lieux de travail, en leur fournissant plusieurs services utiles et/ou
ludiques (nourriture gratuite, salle de
sport, …), permettant ainsi “les interactions et les expériences” entre les salariés, souhaitées par la direction de Yahoo
: “Certaines des meilleures décisions et
idées viennent des discussions dans les
couloirs et à la cafétéria, des nouvelles
rencontres et des réunions improvisées.”

Mais le New York Times pose bien la
question induite par cette décision
(“whether the ability to work from home,
and other flexible arrangements, leads
to greater productivity or inhibits innovation and collaboration”) : la possibilité de
travailler à la maison, et les autres arrangements flexibles, mènent-ils à une plus
grande productivité (du fait d’une meilleure concentration, de la non perte de
temps dans les transports, d’une meilleure gestion de ses temps professionnels et personnels) ou bien freinent-ils
l’innovation et la collaboration ?

C’est vrai que seul chez lui, le salarié
pourra difficilement participer au tournage de la version “Harlem Shake” de

Articles Page 44

son organisation, ce grand moment de
créativité et de partage qui a remplacé le ringard Lip dub. Mais finalement,
la principale crainte de nombreux employeurs envers leurs salariés télétravailleurs est souvent que ces derniers
se la coulent douce, à regarder tous les
“Harlem Shake” du monde. Or, un salarié
qui a décidé de ne pas travailler saura
parfaitement le faire en étant dans les
locaux de son organisation (Absolument
dé-bor-dée de Zoé Shépard en est un
exemple). Tout n’est qu’une question de
confiance entre le salarié et son employeur. Mais c’est plus facile à dire qu’à
mettre en place…

Bon, moi, maintenant, je vais finir de lire
ce très instructif Dilbert ;-)

Page 45

ArticleS

3. Productivité ou innovation, faut-il choisir ?
4. Les données : quels effets sur le monde du travail ?

4. Les données : quels
effets sur le
monde du
travail ?
rafael millan

Paru le 03 Avril 2013 sur fing.
tumblr.com le blog de la Fng

Le colloque co-organisé par la DIRECCTE
IDF, la DGT et la FING le 12 mars dernier
proposait un tour d’horizon des transformations du travail liées au numérique,
constitué d’interventions de professionnels et d’experts ponctués de tables
rondes. Le débat s’ouvrait sur les risques
et les opportunités que ces évolutions
impliquées pour les conditions de travail
de demain. Vous trouverez le compterendu de ces échanges sous la forme de
4 articles – libres - analysant les propos
des intervenants et les réactions-questions du public. Voici le troisième sur la
thématique “L’entreprise et ses salariés
face au déferlement des données : un
modus vivendi est-il possible ?”, dont les
intervenants étaient :
>>    Daniel Ratier, DGT
>>    François Bancilhon, Data Publica
>>    Sophie Vullier-Tavernier, Cnil
>>    Georges Epinette, CIGREF, Groupe
Les Mousquetaires

Une conséquence directe de l’informatisation des entreprises est que n’importe quelle organisation produit, stocke,
récolte un très grand nombre de données pouvant potentiellement aider à
mieux comprendre son activité. Cette
deuxième partie du colloque avait pour
objectif d’analyser l’impact de ce déferlement de données sur le monde professionnel. Au cours des échanges est
apparue très vite une tension entre le
potentiel des données en termes d’analyse et performance, et des inquiétudes
concernant la vie privée, la gouvernance
des données et l’identité des individus.

Comme l’a expliqué François Bacilhon,
fondateur de la Start-up Data Publica,
la donnée a de plus en plus de volume,
de vitesse et de variété. Cela génère de
nouveaux besoins en termes de traitement de ces données, et donc de nouveaux métiers. En effet, les datas ont
un énorme potentiel. Plusieurs cas ont
été exposés pendant la table ronde.
Par exemple, les données des moteurs
de recherche peuvent aider à prédire
le taux de chômage avant même que
les chiffres officiels ne soient publiés.
Ou bien, les grandes surfaces peuvent
utiliser les données afin de prédire des

Articles Page 46

comportements très précis sur leurs
consommateurs.

Mais cela n’est pas sans soulever aussi
un certain nombre de problèmes. Pour
Georges Epinette directeur des systèmes d’informations du groupe Des
Mousquetaires et membre du CIGREF,
l’utilisation des données doit être équilibrée, c’est-à-dire que la performance
pouvant être apportée par les données
ne doit pas être un prétexte pour justifier tous les usages. En effet, la donnée
est soumise à des enjeux juridiques, de
gouvernance, de responsabilité et de
protection des données personnelles.
Sophie Vuiller-Travernier directrice de
la prospective à la CNIL s’est questionnée quant à la préservation de l’humain
dans l’utilisation des algorithmes prédictifs ou de prise de décision. Il est possible, par exemple, de se faire refuser
un prêt d’après une analyse algorithmique (crédit scoring). A cela, François
Bacilhon a précisé qu’il était possible
de documenter, auditer ou corriger des
algorithmes, à différence de certains critères « humains » de prise de décision,
impossibles à analyser à cause de leur
subjectivité.

La question de l’usage des données dans
et par l’entreprise recouvre des problématiques larges et complexes, qui ne
doivent pas être prises seulement sous
l’angle de la régulation, des restrictions.
Le pôle d’innovation et prospective de
la CNIL a justement pour but d’anticiper
et de comprendre les transformations
numériques dans leur dimension actives
et pro-actives. En ce qui concerne la
donnée, la Cnil n’a pas encore pris de
position tranchée. Elle remarque, cependant, une augmentation des plaintes
dans le monde professionnel : 6 000 par
an, soit une croissance de 10 à 15 %. En
premier rang se situent les plaintes sur
la vidéo-surveillance (donc pas nécessairement liées à la « data » telle qu’on l’a
entend dans ce colloque). Cependant, en
2e et 3e place on retrouve les plaintes
concernant la géolocalisation et le droit
d’accès aux dossiers des entreprises ;
on voit donc que les données font partie
des inquiétudes des salariés.

Page 47

ArticleS

Grâce aux témoignages apportés pendant cette table ronde, on identifie un
enjeu essentiel d’encadrement et de
protection de certains principes de vie
privée et d’identité humaine, tout en
valorisant la capacité des données d’assister les entreprises dans la compréhension des comportements liés à son
activité économique. Ces enjeux pourraient redoubler aussi face au développement des interfaces sensorielles et à
la sophistication des interfaces hommemachine ou cerveau-machine. Si la plupart de ces outils sont encore en phase
de recherche et développement, précise
Daniel Ratier de la Direction générale
du Travail, certains sont déjà intégrés
aux entreprises, avec des effets parfois assez négatifs observés (voice picking), où l’humain devient le maillon d’une
chaîne robotisée.

4. Les données : quels effets sur le monde du travail ?
5. Attention, une entreprise virtuelle peut en cacher une autre...

5. Attention,
une entreprise virtuelle peut en
cacher une
autre…
Amandine Brugière/
Aurialie Jublin/
Jacques-François
Marchandise

Paru en Novembre 2013 dans
la revue Personnel n°544 de
l’ANDRH

L’entreprise n’est plus un univers clos,
fermé sur lui-même. Voilà qui ne fait
plus de doutes pour personne, tant la
presse s’empare régulièrement de ces
sujets. La conception «moderne» du
travail et de l’entreprise, héritée de la
révolution industrielle, ne reflète plus la
réalité des pratiques actuelles, ni le vrai
visage des organisations. Mais qu’est-ce
que l’entreprise aujourd’hui ? Qui peut
dessiner le contour réel de l’activité productive d’une organisation, incluant les
interactions qui se tissent entre les collaborateurs et l’extérieur - partenaires,
sous-traitants,
consultants,
clientscontributeurs ? Comment représentet-on aujourd’hui les frontières d’une entreprise et ses «actifs» - pas seulement
financiers ?
A l’heure des réseaux sociaux et R.S.
d’entreprise, de l’explosion de l’équipement numérique individuel, de la traçabilité des usages et des données, il devient
paradoxalement de plus en plus difficile
de définir le périmètre des entreprises.
Celui-ci serait-il devenu essentiellement
virtuel ? Ou est-ce le terme même d’entreprise qui serait dépassé ?
C’est une question que nous nous
sommes posés dans le cadre de l’Expédition DigiWork de la FING

L’entreprise virtuelle à l’entreprise étendue
Depuis le début de l’informatisation des
entreprises à aujourd’hui, de grandes
évolutions technologiques se sont succédées. D’abord le réseau local puis l’EDI
(échanges de données informatisées),
la gestion de données, puis l’apparition des progiciels de gestion intégrée,
des workflow, des groupware, des CRM
- gestion de la relation client, de l’Internet, des sites web. Aujourd’hui l’entreprise fraye avec le cloud computing, les
systèmes embarqués, les puces RFID
et les objets communicants, les réseaux
sociaux d’entreprises… L’informatisation/
numérisation s’est étendue à toute la
chaîne de valeur. Le numérique a outillé
les manières d’organiser le travail et de
le contrôler, les manières de produire
et de commercialiser, de communiquer,
générant beaucoup de changements.
En 40/50 ans, l’entreprise se serait-elle
donc complètement virtualisée ?

Articles Page 48

Page 49

ArticleS

L’entreprise au-delà d’elle-même
Par le terme de « virtualisation », on se
figure un double numérique, fidèle, par
sa taille, aux frontières de l’entreprise.
Or, si une part grandissante des actifs
s’est dématérialisée, et est stockée sur
des serveurs distants (le cloud), -- les
rendant disponibles en tout lieu, en
toute heure --, cela a eu surtout pour
effet un éclatement des process. Le
coeur de l’activité s’est moins enfui dans
les nuages qu’il ne s’est « saucissonné
», compartimenté (« unbundling »), facilitant alors l’externalisation, la sous ou
co-traitance. L’entreprise constituait un
ensemble, qui s’est petit à petit dissocié, au profit d’un éco-système d’organisations, pour plus de réactivité et de
productivité.

Dans son ouvrage Benetton ou l’entreprise virtuelle, Frédéric Fréry décrit
l’entreprise virtuelle comme l’entreprise
capable d’intégrer de façon horizontale
(co-traitance) d’autres entreprises pour
réaliser - en temps réel si besoin - une
chaîne de production. Le terme de virtuel, repris de l’expression « mémoire virtuelle » désigne d’ailleurs la possibilité de
solliciter des capacités supplémentaires.
Cela conduit à des réseaux souples d’entreprises, interdépendantes, mais juridiquement et financièrement séparées.
Ainsi, Benetton, exemple éloquent, est
constitué de « près de 10.000 sociétés.
90 % de la production sont confiés à 450
sous-traitants de la région de Trévise
(Vénétie), la distribution est assurée par
7.000 boutiques indépendantes, rassemblées par zones géographiques sous
la responsabilité d’un peu moins de cent
agents autonomes, et les modèles sont
conçus par des designers free-lance ».
(http:// www.lesechos.fr/formations/
manag_info/articles/article_4_9.htm)
Cela n’est possible bien sûr, que grâce
à des capacités de mise en réseau, de
communication en temps réel, de partage sécurisé d’informations et des données, et d’un réseau logistique.
Plutôt que virtuelle, l’entreprise contemporaine apparaît donc surtout considérablement étendue et poreuse…

L’activité productive étendue à un réseau
d’entreprises est une réalité éprouvée
dans les industries textile, aéronautique,
automobile, la grande distribution… Le
champ de l’économie numérique n’est
pas épargné, avec son lot d’entreprises
dissociant l’activité de conception d’un
côté (concentrée aux Etats-Unis ou en
Europe…) et de production de l’autre
(déployée en Asie…). Mais il recèle aussi
d’exemples encore plus surprenants
d’activité de production dépassant largement les frontières de l’entreprise et
questionnant même cette appellation.
Ainsi en va-t-il des « plateformes », et
pour les plus connus d’entre elles : l’App
Store d’Apple et Google Play. La puissance de ces plateformes, et leur modèle
économique, reposent sur la production par « d’autres » d’applications: qu’ils
soient contributeurs, usagers, entreprises extérieures, entrepreneurs, etc.
En juillet 2013 l’App Store comptabilisait
plus de 900 000 applications, payantes
ou gratuites, qui auraient nécessité des
milliards d’investissement si Apple avait
voulu les produire par lui-même.
Dans un genre assez proche, on voit
apparaître des sociétés n’ayant officiellement plus (ou très peu) d’employés,
à l’instar de l’entreprise canadienne
Sensorica. Celle-ci fonctionne grâce à
l’apport de contributeurs extérieurs,
rémunérés à partir du moment où les
contributions, d’abord évaluées par les
pairs, sont commercialisées.
On voit aussi apparaître des productions
de biens et de services s’effectuant hors
de tout cadre d’entreprise ou même
d’organisation. Ainsi en est-il du projet
Wikispeed, porté par une quarantaine
de bénévoles, réunis suite à l’appel de
l’ingénieur américain Joe Justice sur les
réseaux sociaux. Ce groupe a récemment réussi l’exploit de produire une
voiture – en open source – moins cher,
moins polluante, moins consommatrice
d’essence. Inspiré des modes de productions agiles informatiques, cette initiative n’a pas encore trouvé son statut
juridique – le statut d’ONG lui ayant été
refusé sous prétexte que la production
automobile impliquait un but lucratif…
A sa manière, le logiciel libre montre
depuis plus de 20 ans la capacité d’indi-

5. Attention, une entreprise virtuelle peut en cacher une autre...

vidus – qui ne se connaissent pas, et ne
sont pas situés dans un même lieu géographique - à produire collectivement
des biens informationnels. Le caractère
de bien commun concédé à ces productions par les licences GNU-GPL n’empêche pas leur utilisation dans un cadre
de prestations de services. Ces productions collaboratives peuvent donc aussi
être source de revenus pour des tiers.
Derrière ces exemples, que l’on pourrait multiplier, se cache un fait nouveau
que les auteurs de l’Âge de la Multitude,
Nicolas Colin et Henri Verdier, analyse
de la façon suivante : « la principale
dimension de la révolution numérique
est la puissance désormais à l’œuvre
à l’extérieur des organisations, la puissance des individus éduqués, outillés,
connectés, la puissance de ce que nous
appelons la multitude. Parce qu’elle leur
est extérieure, cette puissance échappe
aux organisations. Parce qu’elles doivent
apprendre à capter cette puissance, les
organisations vont devoir apprendre à
concevoir de nouvelles stratégies et à en
assumer les conséquences radicales. (…)
Toutes ces transformations, ces accélérations et ces redistributions du pouvoir
créatif nous ont fait changer d’ère industrielle ».

Redonner un cadre juridique à «
l’activité collaborative productive inventive »
A l’ère du numérique, les manières de
travailler et de produire collectivement
changent, (voir à ce sujet la cartographie
réalisée dans le cadre de l’expédition
DigiWork). « L’activité collaborative productive inventive » ne se décrète plus
– seulement – au sein d’organigramme
rigide : elle se « favorise », elle se capte
au cœur d’interactions de travail, qui
peuvent largement dépasser les frontières de l’entreprise. Ce qui n’est pas
sans soulever de tensions :
>>    sur le management et la gouvernance d’entités étendues, composées d’éléments internes et
externes ;
>>    sur la propriété intellectuelle et le
droit d’exploitation des productions
collaboratives;
>>    sur la confiance, la sécurité des
5. Attention, une entreprise virtuelle peut en cacher une autre...

données ;
>>    sur le partage de la valeur et la
rémunération des « contributeurs ».

Il ne fait plus doute que l’entité « entreprise » est amenée à changer, dans ses
objectifs – pas seulement lucratifs –
dans sa gouvernance et ses modes de
dialogue social, pour inclure l’ensemble
des contributeurs – internes / externes /
mobiles / sédentaires ; dans ses modes
de partage et de redistribution de la
valeur.
Dans leur ouvrage Refonder l’entreprise,
Blanche Ségrestin et Armand Hatchuel
rappellent que l’entreprise se définissait à la fin du 19e siècle comme l’entité
capable d’organiser l’activité inventive
au sein d’espaces de coopération et de
transformation des individus (l’innovation
impliquant des apprentissages collectifs
sur le long terme). Pour revenir à cette
définition originelle, depuis dévoyée, les
auteurs en appellent à un nouveau droit
pour l’entreprise, à de nouveaux statuts
(« la société à objet social étendu ») ou
(« l’entreprise à progrès collectif »). Voilà
des propositions qui font bouger les
lignes ! Reste à savoir ce qui jouera le rôle
de levier de transformations…

Articles Page 50

Page 51

ArticleS

5. Attention, une entreprise virtuelle peut en cacher une autre...
VEille

Page 52

Page 53

Veille

Nouveaux collectifs, nouveaux managements

5 conseils clés pour faciliter
la mise en œuvre de projets
collaboratifs

Les Echos

des

à ses internautes de recommander
le meilleur candidat avec à la clef la
possibilité de gagner de l’argent.

L’analyse des grandes quantités de
données – le Big Data – est appelée
à révolutionner bien des domaines.
L’emploi et les ressources humaines
pourraient même devenir l’un de
ses premiers terrains d’application, comme l’indique les nombreux
exemples cités : Google et son laboratoire des RH People Analysis ;
LinkedIn et son service Recruiter qui
permet de proposer aux employeurs
“les utilisateurs qu’ils devraient embaucher” ; la Bank of America qui
utilise des capteurs pour étudier les
mouvements et les interactions de
ses employés et comprendre ainsi
la façon dont ils travaillent et interagissent ; …

Réflexions sur l’entreprise et
l’environnement de travail de
demain

La Tribune

Entreprise 2.0

Tout le monde veut innover. La plupart des entreprises sont convaincues de le faire. Et pourtant, le doute
est permis : savons-nous ce qui distingue les innovateurs (individus et
entreprises) des autres ?

Internetactu.net
#Algorithmes #Données #RH

RH, pourquoi (et comment) Big
Data va révolutionner votre
façon de recruter !

que les outils collaboratifs lui seront
vraiment utiles.

Innover, c’est désobéir

#Ecosystème #Espace de
collaboration #Réseau

Frédéric Cavazza a fait une synthèse
du rapport de PSFK «Future of Work»
sur les changements organisationnels
et culturels dans les environnements
de travail. Les grandes thématiques
sont les suivantes : écosystème de
prestataires ou indépendants pour
développer son activité ; flexibilité
des espaces physiques, imbrication
des espaces de collaboration physique, mobile et virtuel ; mise en
place de réseau d’apprentissage,
de formation et de capitalisation
des connaissances ... Des pistes de
réflexion et des liens accompagnent
cette synthèse.

#Innovation

Exemple pratique de l’utilisation et
l’exploitation des données dans une
entreprise pour améliorer le recrutement et diminuer le turnover.

Recrutement: coopter et gagner de l’argent

FranceInfo
#Recrutement #Réseaux sociaux

C’est une des nouvelles techniques de
recrutement qui arrivent en France:
la cooptation sur les réseaux sociaux.
Le site «My Job Compagny» propose

Les 9 types de collaborateurs selon CentralDesktop

CentralDesktop
#Collaboratif #Infographie

Vous êtes à peu près sûrs de vous
reconnaître dans un des personnages décrits dans cette infographie
: que ce soit dans l’expert (qui connaît
toutes les bonnes pratiques collaboratives de la structure), le meneur
(qui aide les membres de son équipe
à finaliser leur trouvaille), dans
l’»homme (ou femme) des silos» (qui
aime travailler seul) ou encore dans
le sceptique à qui l’on doit prouver

Harvard Business Review

La DRH en 2020: 6 prédictions
audacieuses

Dokker.com
#RH

La DRH est condamnée. Il n’existe
pas de futur viable pour la fonction
RH et les professionnels de la RH
seront inévitablement remplacés par
des logiciels. Du moins c’est ce que
certains affirment.

Facebook fait beaucoup parler, et
est abonné à la une des magazines
et des quotidiens pour ses frasques
boursières ou la façon dont le réseau
social réinvente les liens sociaux. Mais
peut-être passons nous à côté de ce
qui fait le succès de la compagnie, sa
culture interne d’innovation.

Le gouvernement autorise
le portage salarial mais lui
rogne les ailes

Zevillage
Management RH de Google : Top
10 des pratiques innovantes

Journal du net
#Management #RH

Contrairement aux leaders de leurs
marchés qui doivent leur réussite à
une longue existence, la réputation
de leurs produits/services, ou à des
acquisitions stratégiques, le succès
de Google est dû à la gestion de son
capital humain.

#Ecosystème #Intermédiaire
#Portage salarial

L’accord paritaire de 2010 sur le portage salarial, pratique qui consiste
pour des entreprises, jouant un rôle
d’intermédiaire, à salarier un individu effectuant une mission pour une
autre société, est devenu applicable
samedi, avec la publication au Journal
Officiel d’un arrêté du ministère du
Travail. Un dispositif malheureusement réservé aux cadres, avec un
plancher de salaire élevé.

managérial en levier de croissance.

Havard Business Review

Voilà dix ans que nous sommes entrés dans l’ère des réseaux sociaux,
véritable phénomène de société,
l’engouement du public pour ces plateformes virtuelles d’interactions a
progressivement suscité l’intérêt des
entreprises. Elles y ont vu un levier de
communication personnalisable peu
onéreux, mais l’adoption de stratégies de communication cohérentes
reste tributaire des outils informatiques, et de l’organisation interne des
entreprises.

Internal

#Culture interne #Innovation
#Réseau social

MyRHLine.com
#Données #Recrutement

Une collaboration réussie entre le
monde académique et les entreprises
doit favoriser le transfert de technologie et ainsi créer un écosystème
de l’innovation performant. David
Simplot-Ryl, directeur du centre de
recherche Inria Lille - Nord Europe (un
acteur membre du réseau J’Innove
en Nord-Pas-de-Calais) délivre ses 5
conseils clés pour faciliter la mise en
œuvre de projets collaboratifs.

Inside
Facebook’s
Innovation Culture

Media

#Communication #Réseaux
sociaux

#Collaboratif

L’emploi
à
l’épreuve
algorithmes

Five Reasons Social
Won’t Consolidate

Pôle emploi ouvre une passerelle vers Viadeo

Le Monde Informatique
#Recrutement #Réseaux sociaux

Viadeo et Pôle emploi ont conclu un
partenariat pour développer l’usage
des réseaux sociaux professionnels
chez les demandeurs d’emploi et fluidifier la diffusion des offres d’emploi
et des CV. Un partenariat avec l’Apec
et Viadeo existe depuis janvier 2010.

Chez Expectra, les candidats
peuvent postuler en 1 clic avec
Viadeo, LinkedIn et Doyoubuzz !

Distinguer la société des
mythes par l’analyse des réseaux sociaux

Recrutement mobile et sociale

Internetactu.net

Expectra permettait aux candidats
de répondre à leurs offres via leur
profil Viadeo depuis 1 an et vient donc
d’élargir les possibilités de postuler à
un poste. Mais la réponse classique
avec envoi de CV gagne largement le
match face aux réseaux sociaux pour
le moment, puisque sur un an et près
de 400.000 candidatures, moins de
7% ont postulé via leur profil Viadeo.

#Réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont à la mode,
mais ils ont toujours existé, et les mathématiques s’y intéressent depuis
quelques années déjà… Mais peut-on
utiliser la théorie des réseaux pour
examiner des rapports sociaux très
anciens, et, en allant plus loin encore,
concernant des univers au moins partiellement imaginaires ? Et que peuton en tirer ?

#Recrutement #Réseaux sociaux

L’adoption des RSE et plateformes collaboratives progresse lentement

Isaac Getz : « L’organisation
où les salariés sont libres
vaincra toujours les concurrents traditionnels

Entreprise 2.0

Collaboratif-info.fr

Frédéric Cavazza fait une synthèse
de 4 études sur le sujet, qui sont peu
réjouissantes au final. Sa conclusion
: si les entreprises se targuent d’un
déploiement de solutions modernes
(RSE, accès mobile…), elles sont beaucoup moins volontaires pour initier
une mutation en profondeur des habitudes de travail. Ce qui manque le
plus est la mise en place d’une réelle
dynamique de changement où la direction et le middle management ex-

#Autonomie #Management

Professeur à l’ESCP et co-auteur de
« Liberté & Cie, Quand la liberté des
salariés fait le bonheur des entreprises », Isaac Getz est spécialiste
de l’innovation et du leadership libérateur. Il propose aux entreprises et
à leurs dirigeants une méthode pour
repenser et transformer leur modèle

#Collaboration #Management
#Réseau
VEille Page 54

Nouveaux collectifs, nouveaux managements

pliquent, stimulent et participent de
façon active à la transformation des
outils et processus métiers.

Two People Doing The Same
Job? It’s Not Crazy For
Engineers

Fastcompany Co.Labs

Infographie de l’enquête d’Expectra
sur les tendances RH 2012

L’énorme potentiel de LinkedIn,
le «Facebook sérieux des pros»

Le Nouvel Observateur
#Liens #Réseaux sociaux

Embaucher deux personnes pour
faire le même travail semble absurde et c’est pourtant ce que font
de nombreuses entreprises développant des logiciels, afin d’accroître
la productivité et réduire les coûts.
Cette pratique, appelée «pair programming», augmente l’innovation en
forçant les développeurs à discuter
leurs idées, verbaliser leurs solutions,
découvrir des aspects d’un problème
qu’ils n’avaient pas vu au 1e abord, …
avant de taper la 1e ligne de code.

Retour sur l’enquête menée par
FaberNovel sur LinkedIn, le réseau
social qui génère le plus de revenus par heure passée sur le réseau,
dont les membres ont la plus grande
valeur (théorique), qui est aussi une
vrai plateforme «business», et dont
l’ambition est de «créer la carte numérique de l’économie globale, en
identifiant les connections entre les
gens, les métiers, les compétences,
les entreprises et le savoir professionnel - et montrer en temps réel
les tendances liées aux opportunités
économiques».

Your New
Algorithm

Les réseaux sociaux en Europe:
amis ou ennemis de l’économie?

#Collaboration #Productivité

Secretary:

An

The Wall Street Journal

MyEurop

#Algorithme #Productivité
#Relations de travail

#Collaboration #Productivité
#Recrutement #Réseaux sociaux

Des start-ups créent des logiciels
qui cherchent à améliorer la vie des
employés. Ainsi le logiciel RelateIQ recueille constamment des signaux de
données pour déterminer si les relations de travail avec des partenaires
internes ou externes se refroidissent
; Sociometric Solutions utilise une
méthode proche pour améliorer les
conversations. tenXer gère les modifications de code et les heures passées en réunion pour aider à mieux
maîtriser sa productivité. Yesware
tente d’améliorer la productivité par
e-mail.

D’après certaines études, les réseaux
sociaux distrairaient les salariés de
leur travail et seraient ainsi responsables de pertes faramineuses pour
les économies des États. D’autres
affirment qu’ils permettraient d’augmenter la productivité des employés
en améliorant la communication et
la collaboration entre eux. Quant aux
employeurs, ils s’en servent de plus
en plus pour leur recrutement. Les
réseaux sociaux, pas vraiment un
ennemi de l’économie.

Vers la fin des hackathons ?
Infographie : Les tendances RH
2012

Expectra
#Infographie #RH

01net
#Coproduction #Innovation
#Interne/Externe

Conclusion de l’article : «Le hackathon brouille les repères traditionnels

de l’innovation fermée qui imprègne
encore la culture organisationnelle de
nombreuses entreprises. Mais passé
le week-end, le hackathon va permettre de faire la preuve de faisabilité de l’innovation ouverte, il va révéler
tout le potentiel d’une démarche de
collaboration avec des partenaires
externes. Le hackathon devient alors
un levier puissant d’évangélisation
interne dans l’entreprise.»

Unilever
systématise
co-création

la

L’Usine digitale
#Coproduction #Créativité
#Réseau

Les clients n’ont pas qu’un avis, ils
ont aussi des idées. Unilever est bien
décidé à en systématiser la collecte
pour l’aider à innover. Pour ce faire,
il a signé un accord-cadre avec la
plate-forme en ligne d’Eyeka, une
start-up française qui fédère, dans
150 pays, quelque 250 000 membres
prêts à participer à des concours de
créativité.

Ludification : technique de management ou simple outil de
communication

Les Echos
#Ludification #Management

Depuis une décennie, accentués
par le développement des entreprises du net, de nouveaux modes
de management ont émergé transformant profondément les relations
interindividuelles et hiérarchiques au
sein de nombreuses organisations.
Un exemple est l’apparition de la
ludification qui tend à transformer
les espaces communs de l’entreprise en un espace de détente et de
divertissement.

Comment comprendre et optimiser l’entreprise « agile »

Gpomag

Page 55

Veille

#Connaissances #Partage

Alors que les applications mobiles
professionnelles ne cessent de se développer, il est primordial d’optimiser
l’information des connaissances, sa
gestion, son partage, son accès ou sa
diffusion à tous les collaborateurs de
l’entreprise.

100% web, 100% mobile : l’entreprise sans frontières

Manpowergroup
#Frontières #Management
#Organisation

« Les mutations de l’IT pour l’entreprise digitale » : le titre de la convention
CRIP de cette année souligne l’étroite
imbrication des transformations technologiques et du changement managérial au sein de l’organisation 2.0 - un
concept hier encore un peu nébuleux,
auquel la réalité quotidienne de l’entreprise donne aujourd’hui un contenu
complexe mais très concret.

Le recrutement non-cadre est
l’avenir du recrutement

RmsNews
#Recrutement #Réseaux sociaux

Est ce que le recrutement non-cadre
sur internet existe aujourd’hui ? Le recrutement cadre a lui atteint une certaine maturité avec les sites emploi ou
sur les réseaux sociaux (près de 60%
à 70% des cadres ont un profil sur 1
réseau social professionnel). Mais
qu’en est-il pour les non-cadres ?
Manque de moyens, faible connexion,
pas d’adresses mail…autant de raisons qui ont vu ce marché décoller si
tardivement malgré de nombreuses
tentatives.

RH et réseaux sociaux : retour
à la réalité !

Les Talents d’Alex
#Compétence #Réseaux sociaux

Nouveaux collectifs, nouveaux managements

Comment les entreprises et leur DRH
se saisissent ou pas des réseaux sociaux comme un outil potentiellement
efficace pour la découverte de talents.
Trois profils-type ressortent de la
table ronde organisée par l’IGS FC
Lyon à laquelle se sont succédés une
quarantaine de RH.
Page 56

Page 57

4. Nouveaux
espaces,
nouvelles
temporalités
ARTICLES

58/65

VEILLE

66/67

Les collaborations professionnelles sont
constamment hybridées d’interactions
physiques et numériques, de présentiel,
de mobilité. L’ubiquité des réseaux
participe à l’interpénétration des
différents temps de vie (professionnel,
personnel, de loisirs, familial). Il en
résulte un éclatement des frontières
spatio-temporelles des organisations,
une recomposition de l’immobilier
de bureau, et de la géographie des
entreprises. Le temps de travail est plus
difficile à mesurer. Désormais, le temps
et l’espace ne sont plus les principaux
critères d’encadrement et de contrôle
du travail.
Articles Page 58

Page 59

ArticleS

des clients ou partenaires.

1. Les espaces
de coworking,
une tendance
qui se
confirme
julien camacho

Paru le 02 Juillet 2013 sur
fing.tumblr.com le blog de la

Fng

Le phénomène du coworking connaît
un essor rapide, au point d’être évoqué
dans chaque discussion sur les évolutions récentes du travail. Les espaces
de travail partagés composent, avec les
télécentres mais aussi les pôles de mobilité, les cafés et tous les espaces proposant une connexion WIFI, la nébuleuse
des « tiers-lieux » qui forme le chemin
connecté entre nos domiciles et les entreprises. Le nombre de ces espaces
partagés a connu une progression exponentielle dans le monde depuis 2006,
passant ainsi de 1130 à 2150 lieux entre
2011 et 20121.
L’hexagone se classe au 6ème rang
mondial avec 121 lieux en activité, derrière l’Allemagne (230), l’Espagne (199),
et l’Angleterre (154). Les Etats-Unis,
pays pionnier, compte pas moins de 750
espaces de ce type sur son territoire,
mais, à comparer au plan continental, on
en dénombre 25 % de plus en Europe
qu’en Amérique du nord.
Même si l’on voit se développer des
initiatives similaires en milieu rural, qui
revêtent plutôt la forme de télécentres
et s’adressent essentiellement aux télétravailleurs, la quasi totalité des espaces
de coworking se situent dans les grands
centres urbains qui polarisent l’activité
économique. Les villes françaises commencent à suivre le mouvement, avec les
régions Ile-de-france, Rhône-Alpes,et
Aquitaine en tête, mais de façon très
hétérogène. Leur meilleure répartition
sur le territoire constitue un des enjeux
majeurs d’aménagement pour la région
Ile-de-France dont 27 des 31 espaces
actuellement actifs se concentrent sur
Paris.

Une typologie primaire de l’usager
moyen nous apprend qu’il s’agit deux
fois sur trois d’un homme, âgé de 34 ans,
et ayant suivi des études supérieures.

Les coworkers sont majoritairement des
personnes qui télétravaillaient auparavant de leur domicile, mais la présence
croissante de salariés habituellement
confinés aux bureaux traditionnels apparaît comme une tendance durable. De
l’aveu des personnes interrogées, leur
fréquentation régulière de ces tiers-lieux
a un impact positif sur l’extension de la
sphère sociale et du réseau professionnel, et sur la productivité.

Voilà pour la Big Picture, mais qu’en est-il
du terrain, des formes que prennent les
espaces partagés de travail, des pratiques et des usages qui s’y cultivent
et en émergent. Grâce au coworktour
organisé récemment par La Fonderie
(agence numérique IdF), l’occasion
nous a été donné d’être accueillis dans
quelques d’espaces de coworking franciliens et de rencontrer leurs fondateurs
et fondatrices. Tentons une synthèse
des particularités et des traits communs
qui constituent les caractéristiques et
l’identité de ces lieux.
Le premier constat concerne la diversité
d’aménagement de l’espace physique.
En dehors du fait que tous les lieux de
coworking se définissent par leur capacité à accueillir des usagers aux pratiques
diverses, et de façon plus ou moins temporaires, sur la base d’une mutualisation
de l’espace et de l’énergie, on garde surtout à l’esprit que chaque lieu est fondé
sur une architecture particulière. On
peut privilégier l’espace ouvert décloisonné, constitué du mobilier bureautique
minimaliste et modulaire, comme le fait
Ici Montreuil. On peut souhaiter l’équilibre entre espaces ouverts et espaces
plus intimistes destinés aux discussions
comme c’est le cas au Tank ou au Labo
de l’édition, ou, à l’image de Soleilles ou
de BGE, opter pour des cloisonnements
matérialisés qui autorisent les réunions
plus formelles, ou les rencontres avec

La disposition de l’espace intérieur
constitue un choix infléchie par le type de
public professionnel auquel il s’adresse.
En effet, il est souvent de mise que l’activité d’un espace de coworking corresponde à un secteur économique particulier, voire à une catégorie de métiers
connexes. Lap Top ou Studio Singuliers,
par exemple, rassemblent des travailleurs de la création et de la conception
numérique, designers, graphistes. Le
Labo de l’édition, comme son nom l’indique, réunit les acteurs du livre, papier
et numérique.
On touche ici à la dimension socio-professionnelle des lieux de coworking, et
à leur fonction de connecteur. Ils sont
souvent le point de convergence ou de
mise en relation des différents acteurs
d’un écosystème, qui y voient l’opportunité de s’affranchir des cloisons du
marché ou de l’entreprise pour penser
de nouvelles manières de collaborer, de
concevoir ou de mener des projets. Le
Tank est adossé à la société Spintank, qui
en a fait une sorte d’incubateur, où se
rencontrent ses salariés et des indépendants extérieurs, et au sein duquel une
approche ouverte de l’innovation prend
forme. Ce sont encore des « ressourceries » pour les indépendants en quête de
supports stratégique, comptable, financier, juridique, etc…

Dans le même sens, certains des lieux se
présentent comme des incubateurs de
start-up, leur offrant ainsi des loyers relativement modérés, l’accès à un réseau
d’intérêt, et la possibilité de trouver des
financements. Soleilles et Le labo de
l’édition intègrent des espaces entièrement dédiés au démarrage de projets
entrepreneuriaux innovants.
Leur modèle économique est également
différent d’un projet à l’autre, même si
les responsables sont unanimes sur le
constat que la simple mise à disposition
d’un espace de coworking ne produit pas
de bénéfices suffisants pour dégager
des salaires, avec des abonnements qui
se situent dans une fourchette de 290€
à 450€ par mois. Cela pousse les structures à diversifier leur activité, en louant
une partie des locaux à des entreprises,
en proposant des accompagnements à

1. Les espaces de coworking, une tendance qui se confirme

la création de projets ou des prestations
de coaching.

Certains sont portés par la force publique, comme Le labo de l’édition, mais
la plupart sont le fruit de l’investissement
privé de ses fondateurs, qui investissent
en Europe en moyenne 46500€ dans
l’ouverture de l’espace. Ici Montreuil
constitue une exception à plus d’un titre,
puisqu’il réunit un financement croisé
public/privé (un budget total de 500k€),
qu’il s’est structuré en SCIC (Coopérative
d’intérêt Collectif) en intégrant les collectivités locales dès le portage de projet,
et qu’il regroupe une impressionnante
diversité de parties-prenantes. L’espace
des coworkeurs y cohabite avec des artisans (bois, métal, couture, bijouterie..) qui
mutualisent leurs outils, des artistes, des
designers, un restaurant, et un espace
d’exposition. Le concept du lieu tient en
une idée, être capable, sur une semaine,
d’avoir une idée et de la vendre.
Les acteurs publics se saisissent progressivement de l’enjeu que représentent l’essaimage de ces espaces pour
les territoires et les bassins d’emplois.
Ils prennent notamment conscience de
la relative précarité des modèles économiques qui les supportent, et qui ne
permettent que rarement de pérenniser
un poste d’animation, pourtant indispensable à leur fonctionnement et à leur
développement. Ainsi, le premier appel à
projet à la création de tiers-lieux porté
par la région Ile-de-France a permis à 14
lieux de bénéficier d’aides (à hauteur de
800k€), et a été reconduit cette année
avec une enveloppe proche du million
d’euros. L’implication de la force publique
s’avère également utile lorsqu’il s’agit de
définir un projet à l’échelle d’un territoire,
elle apparaît alors comme un entremetteur capable d’initier des synergies
économiques cohérentes. Cependant,
même si l’acteur public se fait plus présent, de nombreux porteurs de projet
considèrent qu’il est primordial que ce
mouvement reste de nature privée, associative ou entrepreneuriale, et continue de promouvoir l’innovation ascendante (bottom-up).
La multiplication des tiers-lieux se
confirme comme une tendance durable,
et à laquelle sont liées certaines évolu-
1. Les espaces de coworking, une tendance qui se confirme

tions et transformations du travail que
pointe l’expédition Digiwork menée par
la FING depuis février 2013. Le travailleur
se fait à la fois, plus mobile, reconfigurant ainsi les frontières et l’organisation
de l’entreprise, et mobilisable, à condition que les modes de management
l’intègrent comme partie-prenante et
pas seulement comme un exécutant.
Les modes de management se reconfigurent pour laisser davantage d’autonomie et renforcer la participation aux
prises de décisions. La progression des
statuts indépendants dans la population
active n’est pas qu’une conséquence
mécanique de la crise économique, elle
indique probablement un changement
plus profond dans le rapport au salariat.
Si ce dernier a progressé ces cinquante
dernières années, et constitue plus que
jamais la norme (2), on constate également une progression des statuts
indépendants voulue, et pas seulement subie. La chimère du plein emploi
s’éloigne encore un peu plus à mesure
que le taux de chômage atteint de nouveaux sommets, et la précarisation des
parcours professionnels donnent aussi
lieu à de nouvelles postures face au
travail. La notion d’activité se substitue
progressivement à celle de travail, et
les évolutions des dernières décennies
ayant consacré le basculement vers des
carrières composées de plusieurs expériences successives, voient aujourd’hui
émerger une tendance à la pluri-activité. Les réflexions et les initiatives sur
des rapports renouvelés à la création de
valeur et à la rémunération des activités
(monnaies complémentaires ou sociales,
revenu d’existence), restées jusque-là
marginales, se diffusent plus largement
et apparaissent comme des éléments
de solutions non négligeables.

Le travail est au centre de l’organisation
sociale et de nos modèles de solidarité,
et, à ce titre, nécessite qu’on le pense
dans une approche pluri-dimensionnelle susceptible de rendre compte de
la complexité des rapports qui s’y articulent. C’est l’objectif que s’est donné la
FING en lançant l’expédition Digiwork qui
se poursuivra jusqu’à la fin de l’année,
et qui sera, d’ici là, jalonnée de nouvelles
rencontres et ateliers.

Articles Page 60

La Fonderie vient de lancer, lors de l’édition 2013 de Futur en Seine, son projet
de cartographie collaborative des acteurs franciliens du numérique. Vous
retrouverez tous les lieux cités dans cet
article sur cette carte, dont un aperçu
est consultable ci-dessous. Repérez l’espace de coworking qui retient votre attention et faites vous votre propre idée.

>>    1. Tous les chiffres et les statistiques
utilisés dans cet article sont tirés
de l’enquête menée annuellement
par le magazine en ligne deskmag
et du site de l’agence berlinoise
deskwanted (Copyrights Creative
Commons)
>>    2. L’emploi, nouveaux enjeux – INSEE
- Édition 2008

Page 61

ArticleS

1. Les espaces de coworking, une tendance qui se confirme
2. Le temps, marqueur intemporel de la lutte des classes et des genres ?

2. Le temps,
marqueur
intemporel de
la lutte des
classes et des
genres ?
aurialie jublin

Paru le 03 Avril 2013 sur fing.
tumblr.com le blog de la Fng

Le colloque co-organisé par la DIRECCTE
IDF, la DGT et la FING le 12 mars dernier
proposait un tour d’horizon des transformations du travail liées au numérique,
constitué d’interventions de professionnels et d’experts ponctués de tables
rondes. Le débat s’ouvrait sur les risques
et les opportunités que ces évolutions
impliquées pour les conditions de travail
de demain. Vous trouverez le compterendu de ces échanges sous la forme de
4 articles – libres - analysant les propos
des intervenants et les réactions-questions du public. Le premier compte-rendu a été publié hier, voici le deuxième sur
la thématique “La stabilisation des frontières du temps et des lieux de travail
est elle envisageable ?”, dont les intervenants étaient :
>>    Anca Boboc, Orange Labs
>>    Monique Boutrand, Secrétaire nationale CFDT cadres
>>    Patricia Maladry, chef du service de
l’inspection médicale du travail
>>    Patrick Storhaye,
Flexity SAS

Président

de

“La stabilisation des frontières du temps
et des lieux de travail est-elle envisageable ? “, telle était la question posée à
la 2e table ronde de la matinée. L’usage
observé chez les individus au travail de
plusieurs comptes mails (perso/pro),
de plusieurs téléphones portables, de
répertoire différencié entre contacts
pro et contacts perso, semble traduire la
volonté explicite de séparer les sphères
privées et professionnelles. Pourtant les
interventions ont montré une grande
disparité des profils dans la façon de
gérer les temps de la journée. Ce clivage n’est pas sans rappeler celui qui
existe entre les travailleurs et le patronat
depuis l’instauration du travail moderne,
caractérisé notamment par la mise en
place de l’horloge sur le lieu de travail (le
temps étant indiqué par le soleil ou les
marées avant le XVIIIe siècle), l’abandon
du travail à domicile, la spécialisation des
taches, …
Anca Boboc, sociologue du travail chez
Orange Labs explique en effet que la
manière dont les travailleurs appréhendent la gestion de leurs temps professionnel et personnel s’explique par

Articles Page 62

Page 63

ArticleS

différents facteurs : âge, profession,
sexe, organisation du travail, temps de
transport, structure familiale, niveau
d’équipement… Ainsi, selon les enquêtes
qu’elle a menées, le portrait type du télétravailleur, est le suivant : homme entre
30 et 49 ans, cadre dans une grande
entreprise (+ de 1.000 salariés) du secteur des télécoms, vivant dans une
grande agglomération. Mais paradoxalement, le débordement de la vie professionnelle dans la sphère privée (comme
par exemple, regarder ses mails professionnels le dimanche soir) est plus
important chez les femmes managers
encadrant, précise Monique Boutrand,
secrétaire nationale de la CFDT Cadres.
Les femmes passeraient une grande
partie de la journée à gérer les autres
et termineraient alors leur “vrai” travail
le soir. Cette situation n’est pas nouvelle,
comme nous l’a rappelé Anca Boboc
: depuis des siècles, les femmes sont
en effet des “amortisseurs temporels”
dans la société, selon une expression
de Dominique Méda, dans le sens où ce
sont elles qui gèrent la logistique du quotidien et font face aux urgences.

vasculaires, cardiaques, … Sans compter
que le sommeil est souvent lui-même
troublé. Selon Patricia Maladry, sur 1000
personnes, 30% gardent leur téléphone
allumé sur leur table de nuit, 60% de ces
30% reçoivent des mails ou des SMS et
40% y répondent (ce qui fait 72 personnes au final).

Toutefois, il est important de rappeler
que pour certains, la porosité des temps
professionnel et personnel est vraiment très satisfaisante car elle permet
de gérer leur journée et leur semaine
comme bon leur semble. Le cadre voit
ainsi cette autonomie comme un marqueur de reconnaissance lié à son
statut. Par ailleurs, Monique Boutrand
souligne qu’il faut bien voir que la notion
de temps de travail dans le contrat d’un
cadre n’a plus vraiment de sens puisqu’il
ne fait pas 35h/semaine, que de nombreuses heures de travail ont lieu hors
du cadre de l’entreprise. Par contre, il
serait important de penser et de mettre
en avant la notion de repos. Ce que
confirme Patricia Maladry, chef du service de l’inspection médicale du travail,
en précisant que toutes les enquêtes
menées par ses services confirment la
dictature de l’urgence, l’instantanéité,
le contrôle, le suivi, … permis par les TIC
et ressentis par les travailleurs depuis
quelques années. Ainsi, s’il est nécessaire d’avoir 11h de repos quotidien selon
la législation européenne, dormir moins
de 6h par nuit provoque des troubles

Finalement comme le dit Patrick Strohaye
tout est une question de limites : les limites que l’on doit s’imposer, les limites
que notre corps nous impose. Il souligne
que la notion de plaisir est également à
prendre en compte : on rappelle souvent
que le mot travail vient du latin “tripalium” (“torture”), ne devrait-on pas voir
le travail comme l’“opus” (“œuvre”) ? S’il
n’y a pas de projet derrière ce que l’on
fait, s’il n’y a pas de sens, alors le travail est souffrance. L’équilibre entre vie
privée et vie professionnelle est en fait
une question d’équilibre et d’harmonie
entre ce que l’on fait et ce que l’on est.
Mens sana in opere sano (un esprit sain
dans un travail sain).

Deux autres constats sur les limites neurobiologiques ont également été faits
par Patricia Maladry et Patrick Storhaye,
ancien DRH et président de Flexity : les
personnes qui feraient plusieurs choses
en même temps seraient finalement
mauvais en tout car ils mélangeraient
les flots d’informations. Quant aux télétravailleurs, certains ont tendance à
surinvestir, à faire plus d’heures que
leurs collègues en entreprises, par peur
du jugement de ces derniers, d’où du
surmenage et des troubles cognitifs.
Les technologies ne sont donc pas les
déterminants de ces dérives, mais des
révélateurs, notamment des dysfonctionnements communicationnels et relationnels de l’entreprise.

2. Le temps, marqueur intemporel de la lutte des classes et des genres ?
3. Evolution du corps, évolution du travail

3. Evolution
du corps,
évolution du
travail
aurialie jublin

Paru le 20 Mars 2013 sur

Suite à une enquête auprès de 2000
personnes travaillant dans un bureau et
utilisant des outils informatiques mobiles
(tablettes, ordinateurs et téléphones
portables), Steelcase a formalisé 9 nouvelles positions au travail dans un bureau,
menant à la conception d’une nouvelle
chaise de bureau, leur cœur de métier.
Nous sommes, bien sûr, bien loin des
préconisations de la médecine du travail
et plus proche des positions observées
chez des jeunes, à qui ma mamie aurait
envie de dire “Allez redresse-toi un peu,
ce n’est pas bon pour ton dos”.

fing.tumblr.com le blog de la

Fng

En voyant cette image, j’ai pensé à
la façon dont les humains se déplacent dans le film d’animation WALL-E.
Comme le montre cette vidéo (à partir
de 1’05), les humains sont en position
assise, confortablement callés dans un
fauteuil allant prestement d’un point
à un autre. Ils sont obèses, ne pensent
qu’à consommer, ne travaillent plus, ce
sont les robots qui font tous.

Il n’est plus question de travail dans le
monde décrit dans WALL-E, mais ce
scénario extrême et plutôt lointain (fin du
XXIIe siècle), remis dans notre contexte
soulève des interrogations : Comment
sont rémunérés les humains si les
robots font tous ? Comment peuvent-ils
consommer à longueur de journée produits et services sans argent ? Ont-ils mis
en place une sorte de “cotisation Rose”,
une taxe sur les robots, ordinateurs et
systèmes experts, pour contrebalancer
la destruction des emplois ? Comment
l’entreprise Buy n Large gagne de l’argent ? Comment est créée et distribuée la valeur dans cette société ? Bref,
comment fonctionne cette société ?

Il n’y a pas de réponse à ces questions
bien sûr, car ce n’est qu’un film d’animation, mais il est intéressant de se pencher sur les conséquences d’une société
où “avant la fin de ce siècle, 70% des emplois d’aujourd’hui seront remplacés par
l’automatisation”. Ce sujet sera certainement traité lors de la prochaine session d’atelier Digiwork, fin avril. Et n’allez
pas croire que je fais une fixation sur les
robots…

Articles Page 64

Page 65

ArticleS

3. Evolution du corps, évolution du travail
VEille Page 66

Augmenter la réalité sociale
sur le lieu de travail

voit que le travail flexible et la mobilité
sont bons pour la productivité.

MIT Technology Review
#Données #Espace de travail

Ben Waber, auteur de «People
Analytics:
How
Social
Sensing
Technology Will Transform Business»,
revient pour Technology Review sur la
façon d’augmenter la réalité sociale
sur les lieux de travail. Que se passet-il quand l’espace de travail, les murs
qui séparent les gens, voire même la
machine à café, sont déterminés par
les données ?

L’embouteillage,
reaux du futur ?

comme

bu-

Révolution
numérique
et
coworking : Vers une ville
vaporeuse?

DNArchi.fr
#Espace de travail #Coworking

Francesco Cingolani s’engage ici pour
le coworking qu’il met en œuvre dans
son espace SuperBelleville. Il questionne l’évolution de nos espaces
physiques de travail à l’ère de la
dématérialisation de nos supports
de représentation, d’interactions sociales comme d’information.

Transit-city
#Espace de travail #Mobilité

En partant d’une BD des années 70,
qui montre comment les embouteillages peuvent engendrer une
vraie révolution urbaine à partir du
moment où on les aborde d’une façon radicalement différente, l’auteur
suggère que l’on essaie d’imaginer
les embouteillages autrement que
comme de simples temps de vacuité.

Mobilité et télétravail sont
bons pour la productivité selon une étude de Citrix

Zevillage

«Un bureau au top, ça rapporte ?» Interview d’Alain
d’Iribarne

Cadremploi.fr
#Espace de travail #Productivité

Performance au travail, et si tout
commençait par les bureaux ? Cet
argument de poids en faveur de
votre espace de travail est aussi le
titre du dernier ouvrage d’Alain d’Iribarne, publié aux éditions Italiques.
Le président du conseil scientifique
de l’observatoire Actineo de la qualité de vie au travail nous explique
pourquoi un bureau agréable est
aussi rentable.

#Mobilité #Télétravail

Entretien avec Sophie Vandriessche,
directrice commerciale EMEA chez
Citrix, qui commente l’étude 2013 «
Télétravail et mobilité » que l’entreprise a conduite auprès de 1262 entreprises sur 3 continents et où l’on

Un rapport récent de la compagnie
Gensler, spécialisée dans l’ergonomie et l’architecture globale du lieu
de travail, montre que les employés
passent davantage de temps à cibler
le travail mais se trouvent moins efficaces qu’auparavant.

Too much collaboration is
hurting worker productivity

QZ.com
#Collaboration #Espace de
travail #Productivité

Bureaux et coworking en Ile
de France: il reste beaucoup
de places

Bureaux à Partager
#Coworking #Espace de travail
#Infographie

Dans cette infographie proposée par
Bureaux à Partager, plateforme de
location de bureaux et de coworking,
il est annoncé d’entrée que 13% des
espaces de travail sont libres en Ile
de France, ce qui représente 100 000
appartements d’une superficie de 60
m2, uniquement sur le territoire francilien. Une enquête menée par HEC
Junior Conseil pour AOS Studley et
Bureaux à Partager.

Page 67

Veille

Nouveaux espaces, Nouvelles temporalités
Page 68

Page 69

5. Valeur
du travail,
mesure de
l’activité,
rétribution
ARTICLES
VEILLE

70/81
82/83

Si les pratiques individuelles de
travail, les interactions collectives, le
cadre spatio-temporel de l’activité
productive changent, ce n’est pas
sans conséquence sur la définition
de la valeur produite par le travail.
Or le numérique est à la fois un outil
de production, un outil de mesure
et de quantification, un support
pour les interactions, un vecteur de
rétribution (financier, symbolique). Les
rôles de travailleurs-contributeurs–
consommateurs s’interconnectent.
Des externalités positives ou négatives
peuvent être mesurées, captées. Une
économie collaborative se met en place,
ainsi qu’une économie des communs,
bousculant les frontières traditionnelles
du marchand et non-marchand. Tout
cela pourrait faire évoluer la manière
dont, demain, on mesure la valeur
de l’activité productive et dont on la
rétribue.
Articles

1. Qu’estce que le
numérique
change à la
création de
valeur par le
travail ?
Amandine brugière

Paru le 04 Avril 2013 sur fing.
tumblr.com le blog de la Fing

Selon la théorie économique, « ce qui
crée de la valeur, c’est l’activité de travail
», rappelait Romain Chevallet, chercheur
à l’ANACT. Donc pour trouver le travail, il
suffit de chercher la valeur.
Jusqu’à présent le travail productif se
trouvait clairement identifié dans l’entreprise. Il y était même circonscrit. Les
activités développées dans la sphère
privée étaient considérées comme nonproductives, relevant de l’économie informelle(1). Or, avec la numérisation de
l’ensemble des activités - sphères professionnelle et privée -, et la génération
de données qui l’accompagne, la production de valeur ne se limite plus à la
seule activité des entreprises… Les frontières de ce qui peut/doit être considéré
comme du « travail » devraient en être
irrémédiablement étendues…

Plus
d’agilité
entreprises…

pour

les

Avec le développement de l’informatique et l’individualisation des outils, le
contenu du travail est devenu de plus en
plus abstrait, médié par des systèmes
d’informations. La numérisation des
tâches, le développement de services,
le découpage en projets ont conféré
une nouvelle agilité à l’entreprise : permettant la rationalisation des process,
l’intensification des rythmes, l’augmentation de la productivité. Pour Daniel
Kaplan, délégué général de la FING, cette
efficacité a, jusque là, profité essentiellement aux entreprises. Tandis que les
individus peinent à s’adapter à l’augmentation des flux, des rythmes, à l’infobésité, et ne voient pas de contrepartie
à l’engagement et la souplesse qui leur
sont demandés. L’incitation à la responsabilisation au travail et à l’autonomie se
retrouve entièrement sous contrôle(2).
Premier paradoxe soulevé…

Plus
d’invisibilité
individus…

Page 70

pour

les

La possibilité de contrôler et suivre en
temps réel l’ensemble des actions des
individus est allée de pair avec une survalorisation des dimensions objectives
du travail, au détriment des dimensions subjectives. Deuxième paradoxe
soulevé : ce ne sont pas les spécificités individuelles - qualitatives - qui ressortent, mais le résultat global - quantitatif. Pour Romain Chevallet, le travail
réel en est devenu invisible(3). Le don,
le contre-don, la part de formation par
les pairs, l’entraide, les phases de calage,
bref toutes les dimensions informelles
– gratuites - du travail, essentielles à la
réalisation des tâches et au travail en
équipe, ne sont plus prises en compte.
Alors même que le travail abstrait exige
de l’individu une réflexivité plus grande,
un temps de préparation d’adaptation,
d’apprentissage, de prise en main des
systèmes. D’où la difficulté à « remettre
la main sur son travail », à « le maîtriser »
soulignait R. Chevallet.

Mais des activités connexes qui
prennent de la valeur…
Enfin, troisième paradoxe soulevé : la
traçabilité des usages et la génération
de données ont conféré de la valeur aux
actions des individus en dehors du cadre
du travail. « Toutes les activités menées
sur les réseaux ou sur des terminaux
numériques produisent continuellement
de la donnée, qui est porteuse de valeur
pour les plateformes qui délivrent les
services », explique Antonio Casilli, sociologue à Telecom Paris Tech. « Les systèmes algorithmiques sont sous-tendus
par le travail de fourmis de millions d’internautes utilisateurs ». Ici le travail n’est
plus cantonné aux bureaux, aux usines, il
ne se définit plus par rapport à des horaires de production. Il est omniprésent :

Page 71

ArticleS

1. Qu’est-ce que le numérique change à la création de valeur par le travail ?

partout et en tout temps : il comprend les
données générées lors des activités sur
les réseaux par les « foules » et captées
à leur insu, mais aussi toutes les formes
volontaires de contribution (commentaire, évaluation, recherche, publication
de textes, d’images-photos-vidéos, : les
pratiques de web2.0 en général). Il prend
la forme d’une exploitation extrême au
sens où il n’est pas rémunéré, au mieux
fait-il l’objet d’un accroissement du capital symbolique des individus (notoriété),
alors qu’il est sous-tendu par des dépenses publiques importantes (éducation, protection sociale, accès aux
réseaux, etc.). Mais il s’agit d’une exploitation « heureuse » sans aliénation, précise Antonio Casilli : celle d’un travail plaisir (« weisure » en anglais, fusion de work/
travail et leisure/loisirs).
Une partie du monde universitaire se
demande comment faire reconnaître ce
travail comme « un travail ». Des formes
de revendication montent autour des
réseaux sociaux, des groupes d’utilisateurs(4) se fédèrent pour mener des
actions de partage ou de réappropriation des données. Avec le récent rapport
Colin&Collin, des réflexions autour de
nouvelles fiscalités ont été développées.

éviter les ruptures
A l’intérieur - comme à l’extérieur - de
l’entreprise, les individus « donnent » : de
leur temps, de leur intelligence, du potentiel de leur réseau, de leur expertise
‘outils’ et ‘usage’. Partout où elles se développent, ces activités produisent de la
valeur. Or les rétributions ou les contreparties sont maigres. « Il faut rééquilibrer
les termes de l’échange », alerte Daniel
Kaplan.
Une manière de dépasser les tensions
actuelles qui pèsent sur le travail peut
être de considérer la question autrement. Et si on allait au bout de cette
figure de l’individu autonome, connecté ?
Si on tirait toutes les conséquences de
l’individualisaton du travail ? Les outils, les
méthodes, les réseaux, les compétences
que les individus affinent au fil de leurs
expériences devraient constituer « un
vrai capital ». Quand ils rentreraient dans
l’entreprise, s’associeraient à un projet,
ils devraient pouvoir le faire valoir en
tant que tel, et non plus être contraints

de tout oublier pour se fondre dans les
« process corporate ». De même, quand
les individus quittent une entreprise/un
projet, ce capital devrait être enrichi de
manière visible par de nouvelles preuves
de compétences, par des réseaux élargis. Les individus emporteraient alors
avec eux ce capital, pour le faire valoir
ailleurs. Sans doute faudrait-il pour cela :
>>    sécuriser les liens avec les anciennes
entreprises d’accueil : pourquoi pas
constituer des diasporas d’entreprises autour de l’individu ouvrant
des droits de formation, des liens
commerciaux
prolongés,
une
employabilité prioritaire… ;
>>    sécuriser les situations de pluriactivité (qui pourraient devenir la norme,
ne serait-ce qu’au regard d’un
principe d’étalement des risques) ;
>>    faciliter les « translations » : pouvoir
se former pour changer de domaine,
de secteur métier, exploiter toutes
ses compétences…

Le rééquilibrage des termes de l’échange
peut se faire autour de rétributions
monétaires bien sûr, mais aussi autour
de nouvelles valeurs marchandes ou
d’usages, de nouvelles formes de valorisation, qui restent à inventer.
>>    (1) : Voir l’article fondateur de 1981,
écrit par Annie Fouquet et Anne
Chadeau http: « Peut-on mesurer
le travail domestique ? » http://
www.persee.fr/web/revues/home/
prescrip t/ ar tic le/ estat_0 3361454_1981_num_136_1_4521
et
des statistiques de l’Insee sur le
travail domestique http://www.
i n s e e . fr / fr / t h em e s / d o c u m e nt .
asp?ref_id=ip1423
>>    (2) Voir les scénarios de rupture «
CDI, c’est fini » http://fing.org/?CDIc-est-fini, « Des Places Tarhrir
dans les entreprises » http://
fing.org/?Les-autres-ruptures ,
Questions Numériques 2012/2013
FING
>>    (3) Voir sur ce thème du travail
invisible l’ouvrage de Pierre-Yves
Gomez Le travail invisible, enquête
sur une disparition, Ed. François
Bourin
http://www.zevillage.
net/2013/03/07/le-travail-invisible-
1. Qu’est-ce que le numérique change à la création de valeur par le travail ?

quel-role-pour-la-gratuitele-monde-du-travail/

dans-

>>    (4) Voici une forme de mobilisation des travailleurs, dans le cas,
très particulier, des activités de
Mechanical Turk développées par
Amazon
http://turkopticon.differenceengines.com/

Articles

Page 72

Page 73

ArticleS

1. Qu’est-ce que le numérique change à la création de valeur par le travail ?
2. Le futur du travail dans l’entreprise (2/2) : … sans l’entreprise ?

2. Le futur du
travail dans
l’entreprise
(2/2) : … sans
l’entreprise ?
Equipe des ateliers de
l’emploi, Manpower

Paru le 18 Juillet 2013 sur
internetactu.net le média de la
fing

Le numérique sape les fondements
historiques de “l’entreprise”. Hors de
celle-ci, point de travail ? L’entreprise
n’a pourtant pas toujours existé en tant
que telle ni dans sa forme actuelle, c’est
une construction sociale… dont le numérique déstabilise les fondations. Car, aujourd’hui, les “nouvelles technologies” ne
sont plus seulement des outils à son service, elles constituent aussi de nouveaux
moyens de production, de mesure de la
valeur et de rétribution. Est-ce au point
de déconnecter radicalement le travail
de l’entité “entreprise” ? Cette question
était au coeur des échanges sur l’avenir
du travail, lors du dernier festival Futur
en Seine.
Avec le numérique, tout s’automatise
progressivement, ou presque : les caissières de supermarché s’effacent, les
ouvriers se font rares, les voitures sans
conducteurs et articles écrits par des
robots deviennent une réalité… Cette
rapidité du progrès technologique nous
conduit à repenser en profondeur les
notions de “travail” et de “salaire”…

Les machines prennent-elles le
travail ?
Une récente étude de McKinsey sur les
technologies de rupture qui vont bouleverser nos économies et nos vies laisse
craindre que cette automatisation généralisée n’augmente le chômage et ne
creuse le fossé entre les plus qualifiés
et ceux qui n’auront pas bénéficié de la
formation suffisante pour bien vivre ce
changement. Plusieurs auteurs contemporains comme Marc Andreesen (et son
célèbre “le logiciel dévore le monde”), ou
John Evans (et son “Une fois que votre
travail aura disparu”) partagent ce point
de vue : les technologies détruisent
l’emploi.

Deux chiffres édifiants appuient cette
vision :
>>    Kodak embauche 140 000 salariés
et croule sous les dettes, tout l’inverse d’Instagram – racheté à prix
d’or par Facebook – et de ses 13
salariés, rappelle Benjamin Tincq,
de OuiShare, pour résumer le
paradoxe;
>>    les géants du numérique tels que

Articles

Page 74

Google, Microsoft, Apple, Facebook,
ou encore Intel emploient aujourd’hui
quelque 150 à 200 000 personnes à
eux tous quand, hier, General Electric
comptait à elle seule 300 000
salariés… Pour Henri Seydoux, PDG
du concepteur de drones et de kits
mains libres Parrot, c’est la preuve
que nous n’en sommes qu’au début
de la massification du chômage…
Bien sûr, les activités et productions de
Kodak et Instagram ne sont pas vraiment
comparables, pas plus que General
Eletric ne l’est avec les géants de l’internet. Reste que ces entreprises sont les
symboles de leur époque et des formes
d’organisation du marché – et du marché
du travail notamment.

Nous n’aurions encore rien vu des tensions sociales qui pourraient se dessiner à l’avenir : le modèle de la start-up
pour tous et des individus entrepreneurs
d’eux-mêmes, ces radieux freelances
planétaires… ne serait qu’un rêve de
nantis, de “bobos”… Cette vision pessimiste est même revendiquée par Henri
Seydoux, qui craint que nous n’ayons
plus rien d’”utile” à créer – utile au sens
de “répondant à des besoins primaires”.
Dans ce monde “d’artistes” (voir notre
précédent billet), tout le monde n’aura
pas une place.

Travail et salariat : des notions
obsolètes ?
Cette destruction engendrée par le
numérique préfigure-t-elle une grande
phase de création d’emplois, comme le
veut la théorie de la destruction créatrice de Schumpeter ? De nouvelles
Trente, Quarante ou Cinquante glorieuses sont-elles devant nous, comme
nous y invitait Philippe Lemoine ? De
nouveaux emplois – aujourd’hui encore
inconnus, ou presque – se substituerontils à ceux qui sont aujourd’hui balayés
par les technologies et la mondialisation ? Les économies “industrialisées”
n’auraient-elles pas muté en basculant
dans une ère d’abondance matérielle
(ou plus précisément “immatérielle”) qui,
par nature, rendrait notre conception du
travail archaïque ? La crise financière, qui

Page 75

ArticleS

2. Le futur du travail dans l’entreprise (2/2) : … sans l’entreprise ?

a mis tant de gens au chômage et dans
la rue, est-elle le symptôme de la fin d’un
monde, du début d’un grand chaos qui
défie notre capacité à bâtir un Nouveau
Monde sur les ruines de l’ancien? Quand
certains redoutent le néant, d’autres
tentent de se projeter dans ce monde
qui ne se dévoile qu’en clair-obscur,
entre l’ombre des usines qui ferment et
le pâle soleil de la Silicon Valley…

leur exemple.

La marchandisation de soi

>>    la richesse du nombre : “1 milliard de
personnes travaillent gratuitement
pour Facebook”, avance Benjamin
Tincq de OuiShare ; et le crowdsourcing est de la captation gratuite de
valeur à L’âge de la multitude, par
externalisation sans rémunération
de ce qui autrefois avait un coût et
s’avérait moins efficace, car plus
aliénant, estime encore Antonio
Casilli.

Tous les emplois pourront-ils être remplacés par des données ? Certains le
pensent, qualifiant même le Big Data de
“nouvel or noir”.
Le numérique porte en lui une marchandisation de soi inédite, qu’elle soit explicite
– on vend ses services comme on vend
sa voiture sur Le Bon Coin (aujourd’hui
deuxième site emploi de France), on
tweete pour se faire remarquer des recruteurs (le personal branding, le marketing de soi, devient même une capacité à
cultiver) – ou implicite (toute information
devient monétisable, tous nos comportements sur le web sont susceptibles
d’être “trackés” et dévoilés à des fins de
vente…).
Dans ce Nouveau Monde où même la
vie privée devient marchande émergent
les problématiques du travail “caché”,
“invisible” ou “gratuit” – selon les appellations. Pour Antonio Casilli, spécialiste
de la sociologie des réseaux à Télécom
Paris Tech, ce sont “de nouvelles formes
d’exploitation du travail” qui prennent
forme aujourd’hui avec le Digital Labor. A
l’ère du weasure (contraction de work et
leasure, travail et loisir), le travail est partout : nous produisons constamment de
la donnée “en nous amusant”, sans être
rémunérés. Une nouvelle forme d’exploitation tout simplement, mais débarrassée de la conscience de la servitude : “au
XIXe siècle, l’exploitation c’est beaucoup
d’aliénation pour peu d’efficacité ; au
XXe, c’est peu d’aliénation pour beaucoup d’efficacité”.
Pour autant, parce qu’il permet notamment de faire du loisir un travail, et viceversa, le numérique a rendu possible la
construction collective de biens communs à l’échelle internationale, sans rémunération, dont Wikipedia est le meil-

De nouvelles conceptions de la création
de valeur peuvent désormais être explorées :
>>    la valeur du réseau : aujourd’hui, la
productivité est le problème des
robots, la nouvelle richesse est celle
du réseau, de la mise en relation des
idées ;

Les solutions des architectes du
Nouveau Monde
Ces nouvelles formes de contributions
ont-elles vocation à être rémunérées ?
Si oui, comment ? Par un salaire ? Une
rétribution symbolique ? Autre chose ?…
Plusieurs acteurs du numérique proposent de nouveaux modèles de mesure
de la valeur et de la rémunération, qui
visent davantage une maximisation du
bonheur et de la justice sociale, que “la
croissance pour la croissance” :

>>    Les value driven networks (ou
“réseaux guidés par la valeur”)
comme Sensorica ou CocconProjects
: les contributions sont acceptées
à priori, puis la communauté juge
de leur valeur, et les rémunère en
conséquence. Le contributeur peut
ensuite devenir sociétaire.
>>    La Peer production License (ou
“licence de production de pairs à
pairs”, modèle défendu par Michael
Bauwens, fondateur de la P2P
Foundation) : toutes les personnes
contribuant à la production d’un bien
commun peuvent en bénéficier gratuitement, les autres doivent payer
une licence pour l’exploiter (comme
si Wikipedia n’était accessible gra-
2. Le futur du travail dans l’entreprise (2/2) : … sans l’entreprise ?

tuitement qu’à ses contributeurs).
>>    La redistribution de la taxe sur les
données (proposition de Colin &
Collin, auteurs du rapport sur la fiscalité de numérique) : une partie
de la valeur de Facebook est créée
par les utilisateurs, elle pourrait être
taxée pour les rétribuer. La valeur
d’usage devient ainsi une valeur
marchande, celle du Prosommateur.
>>    Le
micro-paiement
universel
(Universal micro-payment system)
proposé par Jaron Lanier. Ce qui
provoque le chômage dans une
économie où les données sont si précieuses, c’est la gratuité de l’information : toute contribution devrait
donc être rémunérée (plus aucune
donnée ne serait jamais créée gratuitement dans ce modèle, comme
si le moindre post sur Facebook
nous rapportait de l’argent).
>>    L’économie du partage, en plein
boom, qui supprime des intermédiaires et permet de monétiser des
actifs qui, auparavant, ne l’étaient
pas : c’est le modèle d’AirBnB, qui
permet à chacun d’être rémunéré en
qualité d’hôte – même si cela pose
d’autres questions de régulation.
>>    L’invention d’un nouveau système
monétaire virtuel, comme celui des
Bitcoins, qui viendrait se substituer à
celui qui existe actuellement.
>>    Ou encore, le revenu de base
inconditionnel (proche du revenu
minimum garanti).

Mais qui dominera le futur ?

A qui appartient le futur ?, interroge
Jaron Lanier, quand Antonio Casilli
décrit “une lutte pour se voir réattribuer
la valeur créée”. Dès lors, en érigeant de
nouvelles normes de la valeur du travail
et de la rémunération, les architectes du
Nouveau Monde vont-ils créer les conditions du bonheur et de l’égalité pour tous
? Rien n’est moins sûr, prévient Alain d’Iribarne, chercheur au CNRS, car “le bien
commun est commun pour le groupe
social qui le considère comme tel”.
Selon lui, les nouveaux modèles nés de
la transformation numérique ne font pas
exception : à l’instar du modèle de l’entre-

Articles

Page 76

prise, ils sont le produit d’une construction sociale. Alors, le numérique va-t-il
faire émerger une inédite organisation
mondiale des coopérations individuelles
ou, à l’inverse, de nouveaux modèles
de domination à une échelle tout aussi
spectaculaire ? Quel film de science-fiction sera notre réalité demain, pouvonsnous encore écrire son scénario ?

L’Atelier de l’emploi

L’atelier de l’emploi est un blog de tendances, décryptages, analyses et solutions pour l’emploi édité par Manpower
Group. Ce double compte rendu des
ateliers et conférences portant sur l’avenir du travail organisés dans le cadre de
Futur en Seine 2013 est publié en partenariat avec l’expédition Digiwork de la
Fing.

Page 77

ArticleS

2. Le futur du travail dans l’entreprise (2/2) : … sans l’entreprise ?
3. Numérique 1 – Emploi zéro !

3. Numérique
1 – Emploi
zéro !
Nicolas Debock

Paru le 19 Janvier 2014 sur le
blog

Wiseweb

J’aime le web et j’aime le monde numérique plus généralement. Les nouvelles
technologies ont permis de créer une
valeur absolument gigantesque, elles
ont créé de nouveaux marchés inimaginables il y a quelques années, en somme
elles ont largement augmenté la taille du
gâteau !
En revanche, il ne fait plus trop de doute
que le numérique détruit beaucoup plus
d’emplois qu’il n’en crée, il va même
peut-être détruire tous les emplois…
Pour éviter tout de suite les remarques
et commentaires : je ne me plains pas
de ce fait, je l’accepte, et je pense que
nous devrions collectivement réfléchir à
la société dans un monde post-emploi.
Cette idée du numérique qui détruit l’emploi est en train de monter fortement et
elle est de plus en plus documentée. Rien
que cette semaine, la couverture de The
Economist , un billet sur France culture
ou encore une interview de Paul Jaurion
dans le figaro. Sans parler des livres
comme Who owns the future de Jaron
Lanier, ou encore The second machine
age.
Certes, le numérique crée aussi de l’emploi. Mon métier est d’investir dans des
startups et de les accompagner pendant leurs premières années. Quand
elles trouvent leur marché, elles passent
de 4 salariés à 10, 20, 100 salariés et
plus au fil des années.
Cependant la plupart de ces startups
créent des services, des solutions technologiques qui optimisent et automatisent des process faits auparavant en
partie par des hommes. Ou alors elles
désintermédient des acteurs en place
et globalement permettent de faire
à 5 ce qui nécessitait 30 personnes
auparavant.
Le numérique lui-même est pris dans
ce tourbillon. D’après ce rapport (pdf),
le nombre d’employés par start-up
se réduit au fil des années. Et dans
chaque conférence, on entend toujours
les mêmes histoires de sociétés qui dominent un marché avec très peu d’employés (Instagram: 13 employés, Lending
club 150 employés)
Il ne fait aucun doute que le numérique
crée et libère une énorme valeur : les
chiffres de progression de la producti-

Articles

Page 78

vité ne laissent aucune place au doute,
comme l’évoque ce billet récent de Gilles
Babinet . Mais croyez-vous vraiment
que ces progrès de productivité créent
des emplois. La destruction créatrice
de Schumpeter fonctionne parfaitement au 21ème siècle. D’énormes pans
d’industries sont détruits, éclatés, transformés par de nouveaux modèles, uniquement possibles grâce aux capacités
numériques. Il y a bien destruction puis
création d’une valeur plus grande. Mais
une création de valeur n’implique plus
forcément une création d’emploi. Nous
sommes trop habitués à raisonner en
termes d’emplois, à lier la valeur collective à la création d’emplois. Le chômage
est l’indicateur clé qu’il faut maîtriser,
faire diminuer… Nos politiques ne raisonnent que comme cela, rappelez vous
« travaillez plus pour gagnez plus » de
Sarkozy, ou » l’inversion de la courbe du
chômage » chère à Hollande.
Il y a bien comme toujours destruction et
création d’emplois. Cependant ce n’est
pas un jeu à somme nulle, et surtout
les emplois détruits sont très différents
des emplois créés, comme l’explique cet
excellent article d’Hubert Guillaud dans
Internet Actu :

« Aujourd’hui, tout le monde s’interroge
sur la durée, la nature, l’ampleur de la
phase de destruction de l’emploi. On
estime à 7,5 millions le nombre d’emplois perdus ces 5 dernières années
aux Etats-Unis, principalement des
emplois intermédiaires (entre 38 et 68
000 dollars par an soit entre 27 et 50
000 euros). Sur les 3,5 millions d’emplois créés sur la même période, 29%
concernent des salaires élevés, 69% des
salaires très bas, et seulement 2% des
salaires intermédiaires. Dans la zone
euro, la disparition d’emplois de salariés
intermédiaires s’élève à 6,7 millions et la
création d’emplois à 4,3 millions, essentiellement des emplois peu rémunérés là
encore. Source InternetActu »

La classe moyenne est donc en train de
s’enfoncer vers la pauvreté. Ce genre
de mouvement n’est malheureusement
jamais trop bon pour l’économie mais
surtout pour la démocratie. Mais ceci est
un autre débat.

Page 79

ArticleS

3. Numérique 1 – Emploi zéro !

Voici quelques tendances fortes que j’ai
pu découvrir sur l’impact du numérique
sur le travail et surtout l’emploi.

L’automatisation
robotisation

et

la

C’est l’axe le plus évident, le plus tarte à
la crème. Nous voyons apparaître des algorithmes et des robots qui remplacent
simplement et directement des activités faites auparavant par les hommes.
Les robots dans les usines, l’impression
3D sont autant d’exemples d’optimisation de la production qui remplacent et
démultiplient la force humaine certes
mais aussi pour des taches de plus en
plus complexes. De la transformation
des secteurs primaires et secondaires
(agricultures et production) issue de la
révolution industrielle et la mécanisation,
la puissance numérique va transformer
le secteur tertiaire des services qui représente aujourd’hui 80% des emplois.

« Le premier âge était celui de la
Révolution Industrielle inaugurée à la fin
du 18ème par la machine à vapeur. Le
Premier Age, c’est celui où la machine
remplace la puissance musculaire de
l’homme, où cette puissance augmente
à chaque évolution, mais où l’homme
est toujours nécessaire pour prendre
les décisions. Et même, plus la machine
évolue, plus la présence de l’homme est
nécessaire pour la contrôler. Le premier
âge, c’est donc celui d’une complémentarité entre l’homme et la machine.
Le Deuxième Age est très différent : on
automatise de plus en plus de tâches
cognitives et on délègue à la machine les
systèmes de contrôle qui décident à quoi
la puissance va servir. Et dans bien des
cas, des machines intelligentes prennent
de meilleures décisions que les humains.
Le Deuxième âge, ce n’est donc plus
celui de la complémentarité hommemachine, mais celui d’une substitution. Et
ce qui rend possible ce phénomène, ce
sont trois caractéristiques majeures des
technologies contemporaines : elles sont
numériques, combinatoires et exponentielles. »
Source: Xavier de la Porte sur france
culture

Prenons l’exemple des google cars. On
sait aujourd’hui faire conduire une voiture sans conducteur dans les rues
d’une ville. Et quand demain cette ville
sera remplie de capteurs, quand les voitures de devant et de derrière transmettront leur vitesse, il y aura comme
des rails numériques et dynamiques
permettant d’assister la voiture dans sa
conduite. Pensez-vous que l’on parlera
encore dans 20 ans de la querelle taxi vs
VTC quand tous ceux-ci seront remplacés en grande partie par des robots et
des algos ?
Les régies publicitaires sur internet sont
aussi une illustration de cette tendance,
d’autant plus intéressante car la création et destruction s’est faite sur un
cycle très court. Lors de la première ère
du web, parmi les premières entreprises
créées, il y a eu l’ecommerce et les régies
publicitaires. Ces dernières ont traité
le web comme un média et ont donc
permis la monétisation de l’audience.
C’est aujourd’hui encore le modèle économique d’une grande partie du web
grand public. De 95 à 2005, il s’est créé
un grand nombre de régies publicitaire
web et mobile. Il y a eu un mouvement
de concentration assez naturel sur ce
genre d’activité, mais surtout l’arrivée
du programatic advertising qui, tel un
ouragan, est passé sur ces régies dont
l’essentiel de la force de travail était
des commerciaux vendant de l’espace
d’affichage. Avec le Ad exchanges, un
humain seul peut acheter ou vendre des
milliards d’impressions. Ces régies, qui
en 10 ans ont créé beaucoup d’emplois,
sont en train d’être désintermédiées par
des places de marchés et automatisées
par des algorithmes. Alors que, dans le
même temps, le nombre d’impressions
potentielles, le nombres d’écrans et le
nombre d’annonceurs explosent.

L’économie horizontale
La véritable puissance du web est dans
son organisation en réseau décentralisé
(plus ou moins neutre…) et donc sa capacité à supporter les organisations et
des modèles économiques en réseaux.
Le succès actuel de la consommation
collaborative avec des startups comme
airbnb, blablacar, kisskissbank, La ruche
3. Numérique 1 – Emploi zéro !

qui dit oui (disclaimer à l’anglosaxon :
mon employeur est investisseur dans La
ruche Qui dit Oui et KissKissBankBank)
permettent d’acheter, de partager,
de louer les biens et services d’autres
consommateurs.
Ces
plateformes
créent énormément de valeur en rapprochant directement offre et demande
et en supprimant les intermédiaires.
Elles entraînent une situation intéressante : d’un côté elles concurrencent
fortement des modèles anciens (hôtellerie, banque, transport) en les désintermédiant, mais ces intermédiaires sont
des emplois de services très nombreux.
Dans un premier temps ces startups
augmentent la taille du gâteau mais, en
grossissant, elles finissent par cannibaliser les acteurs historiques (parlez de
Blablacar à la SNCF…).
D’un autre coté, avec leurs modèles de
particuliers à particuliers, ces services
créent de nouvelles sources de revenus
pour ces participants. On ne peut pas
appeler directement cela des emplois
car ils ne sont pas réguliers, mais ce sont
bien des revenus complémentaires pour
les participants.

Le crowdsourcing
Au-delà de la création/destruction
d’emploi, le numérique fait aussi émerger de nouvelles sorte de travailleurs. On
pourrait dire des humains qui travaillent
pour des robots.
Il y a certes des robots qui transforment
de plus en plus la façon de travailler
dans les usines et entrepôts. Cette vidéo
des robots utilisés dans les entrepôts
d’amazon est assez parlante.
Beaucoup moins connu mais beaucoup
plus impressionnant, Mechanical turk est
un autre service d’amazon qui est une
plateforme de crowdsourcing. C’est une
véritable place de marché du travail ou
bien une bourse à l’emploi géante.
Mechanical Turk est un service qui
permet de crowdsourcer une série de
tâches répétitives. Chaque tâche est décrite comme un HIT (Human Intelligence
Task).
Les utilisateurs sont, d’un côté, des entreprises ayant une grande quantité

Articles Page 80

de process assez répétitifs mais qui ne
peuvent être encore résolus par des algorithmes, et de l’autre, des individus qui
sont payés à la tâche (taper un texte,
tagger une image, rechercher une série
de données…).
Le mot crowdsourcer est assez ambigu
: derrière la foule il y a bien une somme
d’individus, et chacun de ces individus
effectue une série de taches répétitives
avec un salaire horaire pour un utilisateur concentré entre 3 et 5$ de l’heure,
d’après ce rapport .
Personnellement, je ne suis pas choqué
par ces plateformes qui créent de nouvelles sources de revenus qui plus est
partout dans le monde, dans des pays
où de tels salaires sont largement audessus du niveau moyen.

« What started as a niche experiment
has become a major global industry. Like
some other activities, like work at call
centers, digital piecework represents a
form of virtual labor migration that denationalizes employment. Research by
Panos Ipeirotis, a computer expert at
the Stern School of Business at New York
University, estimates that Mechanical
Turk alone engages 500,000 active workers in more than 100 countries, with
workers heavily concentrated in two
countries: the United States (with 50
percent of the total) and India (with 40
percent). » Source blog economix

Mais il est vrai que cela fait réfléchir sur
une relation travailleur/employeur assez
favorable à l’employeur (pas de contrat
de travail, pas de salaire minimum, pas
de « benefits »…) .De plus il y a un côté
un peu ironique quand on sait qu’en effectuant ces taches informatiques, l’utilisateurs (à 70% des femmes) permet
d’améliorer petit à petit l’algorithme qui
le remplacera.
Je pense qu’il faut regarder ce type
de plateformes (il en existe d’autres)
comme des sources de revenus complémentaires mais non pas comme unique
source de revenu. On peut aussi espérer
qu’il y aura des taches et des missions
des plus en plus intéressantes.
Il existe d’autres types d’emplois proches
du crowdsourcing créés par l’indus-

Page 81

ArticleS

trie numérique : Trebor Scholz a réalisé une carte de cet écosystème mais
aussi d’excellentes présentations : The
Internet as Playground and a factory
Je recommande le visionnage de cette
présentation de Trebor Scholz qui couvre
Mechanical Turk mais aussi le concept de
travail gratuit.

Le travail gratuit
Dernière tendance forte, l’organisation en réseau qu’apporte le numérique
à permis l’éclosion du travail gratuit.
Wikipedia, openstreetmap ou même
encore les personnes qui sous-titrent
les films et séries que l’on trouve sur les
réseau de téléchargements. Ces personnes ne détruisent pas spécialement
beaucoup d’emplois, mais il est très intéressant de voir que des utilisateurs font
des travaux gratuits sciemment ou inconsciemment comme l’illustre l’histoire
de recaptcha. Des personnes prennent
de leur temps pour enrichir des bases de
données ouvertes et partagées par tous,
construire des logiciels opensource….
Il y a quelques années, quand Facebook
a voulu internationaliser sa plateforme,
il a fait appel à ses utilisateurs pour la
traduction de l’ensemble des fonctionnalités du site. C’est un très bon exemple
de l’utilisation de la foule (en l’occurrence
ici sa communauté) pour effectuer une
tache de l’entreprise. Certains vont
jusqu’à dire que l’utilisation des réseaux
sociaux est une forme de travail gratuit
car nous fournissons nos données gratuitement, en échange d’une plateforme
qui les monétise.

Conclusion
Les réflexions autour du travail et du numérique (destruction massive d’emploi,
microtache, travail gratuit, production
et consommation collaborative) mènent
rapidement vers des questions politiques. Quelle organisation de la société
peut s’adapter à ses évolutions. A titre
personnel, je pense que le Basic Income
(revenu de vie : verser un salaire à tous
les citoyens quels que soient leurs activités, leur richesse ou leur revenu déjà
existant) est une des bonnes pistes à

3. Numérique 1 – Emploi zéro !

creuser.
Je le répète, je ne suis pas un décliniste,
je ne crois pas en la décroissance, et je
pense que tenter de ralentir ces innovations n’a aucun sens. Nous vivons il me
semble une époque incroyable de changement accéléré, de changement de paradigme. Cependant, certains modèles
de pensées globaux de nos sociétés raisonnent encore dans le paradigme précédent. L’emploi est un exemple : de nos
jours, c’est encore la source principale de
revenu, un attribut social important, une
des sources de financement de notre
système social, un indicateur macroéconomique important. J’ai le sentiment
que dans l’économie de demain, il aura
perdu beaucoup de ses attributs.
J’aime le progrès, j’aime le numérique et
j’estime que nous avons gagné : les machines travaillent pour nous. Maintenant
tachons d’inventer la société qui va avec
ce nouveau postulat.
VEille Page 82

Page 83

Veille

Mozilla’s Open Badges

MozillaWiki
#Certification #Compétence
#Reconnaissance

Bonus.ly

Bonus.ly
#Prime #Reconnaissance
#Service

Start-up américaine qui a imaginé
un système de pair-à-pair d’attribution des primes. Une fois le budget
prime établi (financier ou non), les
personnes évaluent le travail de leurs
collègues et les récompensent sous
forme de points, le décompte final
permet de définir le montant à verser à chacun. L’avantage du système
: une meilleure reconnaissance du
travail par ses collègues, une répartition plus transparente des primes
et au final une communication plus
positive.

du temps sur Internet et travaillent
gratuitement (rédaction de blog,
contribution sur Wikipedia, participation à des forums…). Le manager doit
trouver la juste part de gratuit dans
l’entreprise, retrouver le gratuit dans
l’entreprise Ex. du hackathon des
cheminots de la SNCF (sur 3 jours
dont un week-end) ou le Museomix
qui ont montré l’envie de rencontre et
de collaboration avec des gens différents et la liberté de développer des
idées innovantes.

Digital labor : portrait de
l’internaute en travailleur
exploité

Place de la Toile

Youtube
#Contrôle #Gratuité #Informel
#Reconnaissance #Vidéo

Interventions de Pierre-Yves Gomez,
auteur de l’ouvrage Le travail invisible : enquête sur une disparition, et
d’Emile Hooge, consultant chez Nova7
Tout doit être comptabilisé dans l’entreprise, car ce qui compte c’est la
performance. Mais dans tout travail,
il y a une part «gratuite» : on donne
son temps (en restant un peu plus
longtemps), des conseils, on participe
à la vie commune, ... ce qui permet
de vivre dignement son travail, d’être
quelqu’un au travail, de s’engager,
... Les normes et les contrôles diminuent la part du don et «détruisent»
ainsi la gratuité du travail. C’est
pourquoi beaucoup de personnes,
contraintes dans leur travail, passent

Digital labor ou digital volunteer ? Marx à l’heure du
web 2.0

Communication Internet
#Digital Labor #Exploitation
#Temps

Dans cette émission de Place de la
Toile du 08/12/12, Antonio Casilli et
Yann Moulier-Boutang parlent de la
notion de «digital labor» et de l’exploitation sans aliénation de l’internaute, qui «travaille» sans s’en rendre
compte et sans être rémunéré,
lorsqu’il blogue, publie de photos sur
Flickr, «like» un article sur Facebook,
fait une recherche sur Google, … Le
seul fait d’être en ligne produit de la
valeur.

En partant de l’émission de Place
de la Toile citée plus haut, l’auteur
de l’article repose la question de
l’exploitation et de l’aliénation de
l’internaute, évoque la révolte des
utilisateurs d’Instagram ayant refusé
l’exploitation lucrative de leurs photos
et propose de changer l’expression
«digital labor» par «digital volunteer».
Il finit par la citation suivante : «Pour
Marx, les prolétaires sont ceux qui
doivent vendre leur force de travail
pour vivre. Les utilisateurs du web 2.0
sont peut-être ceux qui doivent donner de leur temps pour exister.»

Digital labor landscape

«Pay with a tweet»

Mindmeister

Réseau Fing.org

#Cartographie #Digital Labor
#Services

#Réseaux sociaux #Service
#Valeur

Cartographie très riche des différentes formes de «digital labor» (illustrées par des exemples de services,
sites et plateformes) : rémunérée
(support technique, tutorat en ligne,
Mechanical Turk), non rémunérée
(Yahoo Answer, commentaires, son-

Système de paiement social où les
gens ne donnent pas de l’argent pour
accéder à un contenu, mais paient
avec la valeur de leur réseau social. A
chaque fois que quelqu’un paie avec
un tweet, il informe tous ses amis de
l’existence du produit.

#Digital Labor #Exploitation

Le travail invisible : le gratuit
a-t-il une place dans le monde
du travail ?

dage), mise à disposition de contenu
(blog, Twitter, Youtube), orientée bien
commun (wikipedia, Fix my street),
orientée co-innovation (réparation
de voitures, vélo, …), géolocalisée
(Foursquare, internet des objets),
liée au jeu (Second Life, World of
Warcraft), émotionnelle (Facebook),
mobile, …

La numérisation progressive de l’ensemble des domaines d’activité se
traduit par l’apparition de nouveaux
métiers et de nouvelles compétences.
Si les outils digitaux offrent un accès
incomparable à la connaissance et
aux savoirs, encore faut-il que des dispositifs de reconnaissance et de certification des apprentissages voient le
jour. L’exemple de mozilla...

Un revenu de base pour tous
et sans condition? Une idée au
service de l’esprit d’entreprise

La Tribune
#Esprit d’entreprendre #Revenu
minimum d’existence

On dit aussi que l’allocation universelle
pourrait favoriser l’esprit d’entreprise... On distribue un revenu dés le
début et sans condition, on stabilise
les perspectives d’avenir des citoyens,
qui seront plus enclins à prendre des
risques car ils sauront que quoiqu’il arrive, s’ils ratent, ils trouveront un filet
de sécurité.

Valeur du travail, Mesure de l’activité, Rétribution
Page 84

Page 85

6. Index par
mots-clés
Index Page 86

Activité
Algorithmes
Application

33
52 54

Intérim

34

Intermédiaire

53

Interne/Externe

54

Artisan

32 33

Liens

54

Automatisation

32 33

Ludification

34

Autonomie

53

Management

Cartographie

82

Métier

Certification

83

Mobilité

Collaboratif/Collaboration
Communication
Compensation
Compétence

52 53 54 66

Organisation

54
52 53 54 55
34 35
66
55

53

Outil

32

Outils sociaux

32

Parcours professionnel

34

32 34 35 55 83

33 34

Connaissance

55

Partage

55

Contrat

33

Pop culture

35

Contrainte

33

Portage salarial

53

Contrôle

82

Prime

82

Coproduction

54

Productivité

Coworking

66

Radio

Créativité

54

Reconnaissance

Culture interne

53

Reconversion

Déconnexion

35

Recrutement

Digital labor

82

Relations de travail

32

Réputation

Discontinuité du parcours
Disparition du travail
Donnée
Ecosystème d’activité

35
83
52

Sens

Employabilité

34

Service

Engagement

35

Souffrance

52
32 33 34 66

Temps
Travail

Frontières

55

Valeur

Futur

18

Vidéo

33
32 33
33 52 54 66
82
52 53 54

32 35 82
34 35
18

83

82

32

66

82

Identité

18 32 33 35

Technologie

Exploitation

Gratuité

34 52 53 54 55 82

Télétravail

Esprit d’entreprendre

Innovation

54

RH
Robot

Informel

52 53 54 55

Revenu minimum d’existence

18 33

Infographie

34

52 66
32 35 52 53
33 34

Individu

82 83

Réseaux sociaux

Emploi

Espace de travail

34

32 33

Email

Espace de collaboration

54 66

32 33 82
18 33
32 82
34 35 82

Page 87
Page 88

Repenser la place des individus au
travail dans une société numérique

”

”

Partenaires de l’expédition

Avec le soutien des grands partenaires de la Fing

Veille et articles-digiwork_2013

  • 1.
    Page 1 Repenser laplace des individus au travail dans une société numérique ” Veille et articles - 2013 En 2013, la Fing a engagé le programme Digiwork pour réfléchir sur ce que le numérique changeait au travail, en partant du point de vue des individus, dans leur relation aux collectifs de travail, aux organisations, dans la gestion de leur parcours professionnel, … ” Un premier travail collaboratif de cartographie a mis en lumière quatre grands axes de transformation : “l’individu au travail”, “nouveaux collectifs, nouveaux managements”, “nouveaux espaces, nouvelles temporalités” et “valeur du travail, mesure de l’activité et rétribution”. Un travail de veille régulier et la rédaction d’articles ont nourri ces thématiques tout au long de l’année 2013. C’est l’ensemble de ces ressources que vous retrouverez dans ce document.
  • 2.
    Page 2 SOmmaire Page 3 05/19 Articles Veille 21/35 Articles Veille 37/55 Articles Veille 57/67 Articles Veille 69/83 Articles Veille 85/86 Etatdes lieux 1. Ce que le numérique fait au travail et réciproquement 2. La dynamique d’internet. Prospective 2030 3. Interview fictive - Prospective sur le travail en 2053 4. Scénarios - Questions Numériques Veille à découvrir en page 18. L’individu au travail 1. Numérique : la génération Y, nouvelle chienlit ? 2.L’auto-entrepreneur, un travailleur de notre temps 3. Le travailleur de demain sera un mouton à dix pattes 4. Et vous, vous faites quoi... ? Veille à découvrir en page 32. Nouveaux collectifs, nouveaux managements 1. Le futur du travail dans l’entreprise : l’agilité... ou le néant 2. Le numérique, vecteur d’innovations sociales au travail ? 3. Productivité ou innovation, faut-il choisir 4.Les données : quels effets sur le monde du travail ? 5. Attention, une entreprise virtuelle peut en cacher une autre Veille à découvrir en page 52. Nouveaux espaces, nouvelles temporalités 1. Les espaces de coworking, une tendance qui se confirme 2. Le temps, marqueur intemporel de la lutte des classes et des genres ? 3. Evolution du corps, évolution du travail Veille à découvrir en page 66. Valeur du travail, mesure de l’activité, rétribution 1. Qu’est-ce que le numérique change à la création de valeur par le travail ? 2.Le futur du travail dans l’entreprise : ...sans l’entreprise ? 3. Numérique 1 – Emploi zéro ! Veille à découvrir en page 82. Index par mots-clés
  • 3.
    Page 4 Page 5 1.Etat des lieux ARTICLES 06/17 VEILLE 18/19 Au lancement de Digiwork se trouvent quelques travaux préparatoires : une participation au rapport « Futur de l’Internet », un article dans Internet Actu, quelques scénarios de rupture issus de Questions Numériques. Cela a nourri, entre autres, l’interview fictive, réalisée pour le numéro spécial de la revue Travail & Changement de l’ANACT.
  • 4.
    Articles Page 6 Page 7 ArticleS loppementintégrés...) a souvent été synonyme de gains de productivité, mais aussi de nouvelles formes de bureaucratie, de taylorisme, et de surveillance. 1. Ce que le numérique fait au travail et réciproquement Amandine brugière / Aurialie jublin Paru le 10 Mars 2013 sur internetactu.net le média de la fing C’est essentiellement sous l’angle de l’emploi et de la crise économique que la question du travail se pose aujourd’hui dans les médias. Or depuis les années 90, les économies des pays de l’OCDE se caractérisent par une croissance faible (ponctuée de crises économiques régulières) et un taux de chômage élevé. Le temps de travail a diminué de manière constante, l’emploi à temps partiel a augmenté ainsi que le chômage longue durée. La part du travail dans le Produit intérieur brut a elle aussi diminué. De là à croire que le travail rapporte moins, il n’y a qu’un pas... Une crise du marché de l’emploi qui cache des évolutions plus profondes des pratiques de travail Vis-à-­is de ces “tendances de fond” v observées sur deux décennies dans presque tous les pays de l’OCDE, l’impact des technologies numériques est habituellement pointé à deux titres : >>    Elles constituent le principal support de la globalisation, de la mise en réseau de l’économie et de sa financiarisation, produisant en particulier une très forte interdépendance et une mise en concurrence mondiale des économies comme l’expliquait déjà Manuel Castells dans La société en réseau ; >>    Elle accélère la croissance de la productivité du travail ; productivité qui transforme les tâches, les fonctions nécessaires à l’activité, et en particulier en diminue le nombre. Dès 1995, Jérémy Rifkin dans La fin du travail prévoyait que les TIC, ayant gagné tous les pans de l’économie (suite à l’informatisation massive des entreprises et des marchés financiers durant les années 80) conduiraient à une productivité très forte des entreprises, et une “croissance sans emploi”. Aujourd’hui même, l’économie numérique, secteur de grande productivité et porteur de croissance, se révèle peu créatrice d’emplois, à l’image de la Silicon Valley en perte nette d’emplois depuis 15 ans. Les auteurs de l’Age de la Multitude y voient là les signes d’un affaiblissement du “travail” au profit de “l’activité” : “Depuis dix ans, on croit que le numérique va créer des emplois. Or il crée peu d’emplois directs, et contribue plutôt à supprimer des bureaucraties ou des rentes. L’optimisation sans précédent qu’il permet (dans le domaine de la consommation, des services) devrait contribuer à faire baisser le travail, au sens ancien du terme. Mais pas l’activité : car en amont du travail proprement dit (produire un service, un bien, un contenu), on voit se développer toute une activité de veille, d’autoformation, d’e­ éputation, de connexion, d’échanges, r d’expérimentations...”. Derrière les problématiques d’emploi pourraient bien se cacher des évolutions profondes de ce qui pourrait/ devrait être reconnu comme du “travail productif”. Le numérique, à l’origine d’un malentendu croissant entre les individus et les organisations ? Des débuts de l’informatisation des entreprises (années 80/90) à la démocratisation des outils (à partir des années 2000), le numérique a outillé des évolutions successives dans les manières d’organiser le travail et de le contrôler, dans les manières de produire et de commercialiser, générant beaucoup de changements, et donc de tensions. Le développement des systèmes d’informations (les progiciels de gestion intégrés, les environnements de déve- Le découpage (unbundling) possible de toute la chaîne de valeur a permis de nouvelles souplesses dans la production (le mode projet, la “production juste­ ­ à temps”) mais a aussi facilité les externalisations, les délocalisations... L’individualisation des équipements, leur portabilité et l’informatique dans les nuages sont en train de modifier les conditions de travail comme le soulignait la récente note d’analyse du Centre d’analyse stratégique sur l’impact des TIC sur les conditions de travail, et d’en faire éclater l’unité de temps et de lieu. On travaille plus facilement à distance, en mobilité, à des heures décalées. Un des effets les plus communément ressentis est celui d’un brouillage des frontières entre vie professionnelle et vie privée : on travaille de chez soi, on gère des communications personnelles – téléphone, sms, tweet – pendant les heures de travail. On amène au travail son équipement personnel (le phénomène Bring your own device, Byod), plus performant, moins bridé. On utilise l’équipement professionnel à des fins personnelles (films, jeux pour enfants...). Cela engendre en particulier deux tensions : >>    Celle liée à l’injonction paradoxale d’une “autonomie sous contrôle” faite au travailleur connecté : d’un côté on attend de lui autonomie, prise d’initiative, responsabilité, et de l’autre on contrôle en temps réel ses résultats, ses déplacements, ses communications... >>    Celle liée à la coexistence dans le temps et dans l’espace des activités contraintes, choisies, personnelles, de loisirs, etc. Si le “travail­ gagne pain” ne réussit pas sa mue en “sources d’épanouissement ou réalisation de soi“, il court le risque d’un investissement moindre de la part des individus. Le rapport au travail se construit aujourd’hui, et peut­être plus fortement encore chez les jeunes générations, autour d’attentes expressives et relationnelles très fortes. 1. Ce que le numérique fait au travail et réciproquement Cette dernière tension pourrait en outre être renforcée par une montée des revendications autour du “travail gratuit” (qu’on appelle le digital labor). L’économie sous­acente aux réseaux est j en train de mettre à jour de nouvelles formes de production de valeur, basées sur la captation des traces d’usages. Par là, c’est la notion même de “travail” qui est bousculée puisque toutes activités développées sur les réseaux (la production ou le partage de contenu, les réseaux sociaux, la navigation, les recherches...) constituent une forme de travail gratuit alimentant “l’Internet­ Factory”. Cette tension montante entre travail et activité est forte de conséquences, car “l’activité” n’est pas encore source de revenus, alors même qu’elle est sous­endue par des dépenses put bliques importantes d’éducation, de protection sociale, d’accès aux réseaux... Si de nouvelles fiscalités se cherchent autour de la captation des données, cela ne constitue d’un début de réponse. En attendant, le malentendu entre les organisations et les individus va croissant. Les entreprises avouent leurs difficultés à obtenir de leurs collaborateurs l’engagement et l’audace qu’elles en espèrent. Les individus disent ne pas trouver dans les organisations, le contexte pour “se réaliser”. Ils se sentent souvent peu écoutés, mal reconnus dans leurs efforts. Ils s’investissent moins dans des entreprises qui, sentent­ investissent ils, moins en eux. La flexibilité n’a pas été cet opérateur magique attendu, entre les attentes des entreprises en matière d’adaptation aux fluctuations des marchés, et les aspirations des individus, en matière d’autonomisation et de construction d’itinéraire professionnel diversifié et sécurisé. Pour éviter le divorce, il devient urgent de re­ uestionner ce qu’est le travail à q l’ère du numérique, au regard de ses différentes caractéristiques : production de richesse, obtention de revenu, liberté de création, épanouissement personnel, obtention de droits et de protection... Explorer de nouveaux modèles Si le numérique est l’une des causes de la crise du travail (mais pas la seule !), il fait aussi partie des solutions. C’est
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    1. Ce quele numérique fait au travail et réciproquement grâce au numérique que des millions de travailleurs organisent plus souplement leur travail, inventent de nouvelles formes de collaboration, élargissent leurs réseaux et leurs horizons professionnels. C’est grâce aux réseaux qu’ont pu émerger des projets collectifs auparavant inimaginables : Wikipedia, le logiciel libre, les communautés de pratiques, lecrowdsourcing... Et ce qui donnait lieu – hier – à la production collaborative de biens informationnels s’étend aujourd’hui à la production de biens tangibles : les voitures “crowdsourcées” de Local Motors, de Fiat... Des espaces de travail émergent (FabLab, Biolab), où les outils de production, basés sur des technologies de pointe sont mutualisés. La jeune entreprise innovante se développe aussi “hors les murs”, à travers les espaces de co­ orking ou même, complètement en w réseau. Certes, ces initiatives sont encore très émergentes, pas toujours stabilisées. Mais elles dessinent des formes nouvelles d’organisation du travail dont on peut extrapoler des “modèles”, extraire des questionnements, voire tirer de premiers enseignements. En particulier trois phénomènes nous apparaissent comme source d’innovation et/ou de nouvelles conflictualités : >>    L’affirmation, au travail, “d’individus autonomes, connectés, outillés, en réseau” : tel des compagnons modernes, ces “nomades coopératifs” qu’évoque P. Vandramin dans son livre Le travail au singulier, affinent leurs outils, leurs méthodes, leur savoir­ faire, leur communauté, leur engagement au fil des expériences professionnelles. La démocratisation des outils numériques et le développement de pratiques de Byod pourraient laisser croire à un phénomène d’individualisation et d’indépendance vis­ ­ is des organiàv sations. Or il pourrait s’agir – aussi et surtout – d’un rapport au travail mu par la recherche d’épanouissement personnel et d’un apprentissage permanent par les pairs comme le montrent les pratiques de multi­ tasking, ou des slashers, ceux qui cumulent plusieurs emplois. >>    Notons que ces postures, d’une Articles Page 8 grande proximité avec la philosophie des Hackers (“Changer sa vie plutôt que de changer la vie” ; “Get paid, get fit, make something cool“) sont le fait de populations instruites, cultivées. Ce qui rejoint les thèses du capitalisme cognitif sur le “travail vivant”, et le travail comme “production de soi” qu’évoquait André Gorz dans L’immatériel. >>    Les organisations, les entreprises sont parfois déstabilisées par ces nouvelles tendances, tentant d’y résister, plutôt que d’en tirer parti. Pour les individus en revanche, l’enjeu est de réussir à construire la cohérence de leur itinéraire professionnel et le sécuriser. >>    L’émergence de pratiques collaboratives spontanées à la base de nouveaux collectifs de travail : les individus se forgent au fil des expériences des réseaux personnels, à partir des communautés d’intérêts auxquelles ils appartiennent, de relations personnelles et professionnelles. Mélangeant liens forts et liens faibles “activables à tout moment”, ces réseaux s’émancipent des frontières des organisations. Les interactions dans l’entreprise ne se limitent plus aux collègues de bureau. >>    Sur les réseaux, de nouvelles collaborations productives émergent autour d’abord de biens informationnels ou dans le cadre d’événements collaboratifs (hackathon, barcamp, start­up week­end...), mais aussi pour la production de biens tangibles, comme le montre le projet Wikspeed (l’ingénieur américain Joe Justice ayant réussi à monter des équipes “instantanées” partout dans le monde pour une production collaborative de véhicule moins cher, plus durable, en open source). >>    Ces dynamiques se caractérisent par une forte dimension identitaire, par l’affirmation de l’appartenance à une communauté, par le primat de la finalité du projet, et des valeurs qu’il sous­end. De nouveaux modes t de management y sont expérimentés. Mais ces dynamiques ont aussi du mal à dépasser la durée de vie Page 9 ArticleS des projets. Cela interroge le format que devraient prendre les organisations : leur niveau de souplesse comme de durabilité et de stabilité. >>    Les nouvelles formes de mesure de l’activité et ses rétributions : la production de valeur ne se limite plus à la production des entreprises (mesure du PIB), et les activités productives ne se limitent pas au travail. Aux capacités des salariés, des fournisseurs, ou de l’outil de production, viennent s’ajouter celles des clients­ utilisateurs pouvant devenir des contributeurs actifs, comme le montre, à l’extrême, l’exemple de cette entreprise canadienne Sensorica (citée par Lionel Maurel). Grâce à une traçabilité des contributions et une évaluation par les pairs, cette entreprise a fait de la collaboration le cœur de son activité. >>    Le numérique change la donne en ce qu’il permet de mesurer, compter, tracer un très grand nombre d’activités, et donc aussi, de donner de la visibilité aux externalités positives, au mode de contributions multiples. Cela devrait sans doute modifier à l’avenir les formes de mesure et rétribution de l’activité productive. On le voit déjà à travers les revendications autour du travail gratuit, autour de nouvelles fiscalités sur la réutilisation des données personnelles, les monnaies complémentaires, comme moyen de rétribution des individus (valoriser les compétences ou inciter aux pratiques durables, à l’exemple du projet Tinkuy), ou de transactions entre les entreprises comme commencent à le proposer certaines monnaies complémentaires (vidéo). Cela questionne aussi l’entreprise comme cadre organisant et rémunérant l’activité inventive. La Fing ouvre, avec une diversité de partenaires, une réflexion collective sur les évolutions du travail et de l’entreprise à l’ère du numérique. S’étendant sur toute l’année 2013, cette réflexion s’attachera à explorer les ruptures possibles. Les partenaires se laissent le droit “d’imaginer”, de concevoir des modèles nouveaux, libres, hors normes, afin de stimuler l’intelligence collective, et donner envie aux acteurs de faire bouger les 1. Ce que le numérique fait au travail et réciproquement lignes. Suivez la réflexion au fil de l’eau et participez à l’alimenter sur le réseau social de la Fing.
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    2. La dynamiqued’internet. Prospective 2030 2. La dynamique d’internet. Prospective 2030 Telecom Paris & FING Chapitre Travail & Entreprises, Etude prospective, Commissariat général à la stratégie et à la prospective, paru en Mai 2013 sur www. strategie.gouv.fr Internet forme sans aucun doute l’innovation la plus importante de la fin du XXe siècle. Aujourd’hui, plus de 2,5 milliards d’êtres humains y sont connectés. Demain, internet nous reliera également à des dizaines de milliards d’objets, de capteurs, de robots, qui dialogueront entre eux et prendront progressivement en charge des pans entiers de la gestion de notre vie quotidienne. La dynamique d’internet influence l’ensemble de notre économie, offrant de réelles opportunités de croissance mais obligeant des secteurs entiers à s’adapter. Plus largement, internet bouleverse les organisations, les modes de production, le travail, le rapport au savoir et à la connaissance, l’expression démocratique, les liens sociaux et le rôle de la puissance publique.Nous ne sommes qu’à l’aube des transformations numériques de nos sociétés. À partir d’une analyse rétrospective d’internet, cette étude a cherché à dégager les tendances que crée une histoire forte désormais de plus de vingt ans, sans négliger les ruptures que suscite une croissance jusqu’à présent quasi exponentielle. Extrait du chapitre 1.4. Travail et activité : vers un brouillage des frontières « Les transformations de la «vie numérique» se combinent avec celles, nombreuses, de la vie au travail. Il serait abusif de surestimer la causalité numérique, qui n’est pas toujours déterminante parmi de nombreux autres facteurs. Les modalités actuelles et futures du travail, comme les transformations des organisations, influeront sur les usages de l’internet par les bouleversements des tâches, de la localisation, des liens aux organisations, que choisissent ou subissent les individus au travail. Réciproquement, les possibilités numériques amplifient un ensemble de tensions entre les normes qu’elles imposent et les capacités qu’elles distribuent. Les dispositifs numériques et leurs usages mettent en visibilité le brouillage des frontières entre vie privée, vie sociale et vie professionnelle. L’exercice d’un Articles Page 10 travail aujourd’hui est la condition majeure d’appartenance sociale : c’est un facteur essentiel d’identité, de lien social, d’accès aux droits et à la protection. La démocratisation des technologies numériques a permis l’individualisation des équipements, des usages, et ce de manière concomitante à un processus d’individualisation des objectifs professionnels, des trajectoires. Cette individualisation est notamment caractérisée par l’injonction croissante à l’autonomie au travail, faite aux individus. Celle-ci s’accompagne de pressions accrues : abstraction et complexité, productivité, et contrôle, dépendance informatique... 1. Un travail de plus en plus abstrait, complexe et individualisé. L’usage des TIC contribue à changer la nature du travail et des compétences mises en œuvre pour l’exercer : la part d’abstraction (ne serait-ce que lecture, écriture) devient de plus en plus grande. «Le commercial ne voit plus le client, le vendeur ne voit plus le stock, l’opérateur ne touche plus la vanne... Il ne s’agit plus d’agir directement mais de recueillir, traiter et transformer des volumes d’information toujours plus importants» (BenedettoMeyer M., Klein T., in CAS 2012). La surcharge informationnelle, due au traitement d’un nombre croissant d’informations morcelées, désordonnées, crée un stress qui se cumule à des problèmes de dispersion de l’attention au travail (Datchary, 2004). Produire un travail de qualité nécessite de savoir/ pouvoir se déconnecter. Les TIC joueraient aussi sur la complexification et l’individualisation des tâches, les individus étant invités à organiser leur propre travail, à travailler en «mode projet» et sur plusieurs projets simultanés, à collaborer et être disponibles pour leurs clients et partenaires extérieurs. En définitive, de l’individualisation des tâches à l’individualisation des trajectoires, le pas est franchi. La part croissante d’immatériel dans le travail, et la dématérialisation d’un nombre croissant d’activités font coexister au quotidien le travail et les centres d’intérêts personnels des individus, voire à créer des ponts entre eux. Pour autant tout le monde accède à un travail choisi Page 11 ArticleS et épanouissant, réunissant les deux polarités. Mais cette proximité engendre un niveau d’exigence plus élevé ou des frustrations plus grandes, participant au divorce entre les entreprises et leurs salariés. Enfin rappelons que les systèmes informatiques génèrent aussi un certain nombre d’emplois aux activités prescrites, basiques, peu abstraites. Les nouveaux ouvriers de l’informatique. 2. Intensification du travail et accroissement de la productivité individuelle. Le travail est sous pression : de la recherche de productivité, de l’intensification du rythme, de la complexification des tâches, d’un univers marchand hyperconcurrentiel et interdépendant, d’une exigence d’hyperréactivité aux clients. Dans ce contexte, les TIC jouent un rôle d’équipement «des normes de productivité, des visées managériales, de la mise en concurrence et du volume de l’activité» et d’enrichissement de «la panoplie des outils de contrôle» (Chevallet et al., 2012). Néanmoins, l’intensification du travail (les indicateurs d’intensification sont la nécessité de travailler dans des délais serrés, à des rythmes rapides, sous des pressions externes ou en respectant des normes rigides) , observée durant les années 1990, semble s’être ralentie dans la deuxième moitié des années 2000 (Eurofound, 2011). Pour 67 % des travailleurs européens, le rythme du travail dépend en premier lieu des demandes des clients, des usagers, des patients. Or la communication par les TIC participe à créer une culture de l’immédiateté (se sentir obligé de répondre à un email dès réception). «L’ubiquité» permise par la portabilité des équipements participe à cette intensification et à l’accroissement de la productivité individuelle « grâce à la réduction des exigences spatiales et temporelles dans la réalisation du travail, l’accroissement de la flexibilité, la diminution des coûts de coordination, l’amélioration de la communication et de l’échange de connaissances, (...) l’immédiateté de l’accès à l’information, la hausse de la performance dans la prise de décision, l’accroissement de la réactivité face aux clients» (Besseyre des Horts, 2006). 2. La dynamique d’internet. Prospective 2030 3. Un contrôle accru mais inégalement réparti. Les TIC renforcent les mesures de contrôle du travail, et ce de plusieurs manières (Chevallet et al., 2012) : la prescription visant à encadrer par des normes et des procédures de qualité le travail, le contrôle direct via la surveillance, la traçabilité, ou la remontée en temps réel des résultats, ou enfin le contrôle exercé par les pairs ou les clients. «Les TIC offrent ainsi des modalités de contrôle inédites et performantes qui s’ajoutent ou se substituent à celles qui existent déjà». La fréquence du contrôle dans les entreprises utilisant les TIC semble s’intensifier (Greenan et al., 2012), sauf pour les utilisateurs de TIC avancés, qui «apparaissent comme un salariat de confiance». Le travail nomade équipé en TIC apparaît aussi moins contrôlé et plus autonome que les autres (Coutrot, 2004). Tandis que d’autres catégories de métiers ou d’entreprises (voice-picking, téléopérateurs) versent dans l’excès inverse, engendrant baisse de l’engagement au travail et risques psycho-sociaux. Par la traçabilité et la mesure de soi qu’elles rendent possibles, les TIC participent aussi à des mécanismes de contrôle de l’individu sur lui-même : elles amplifient un phénomène de rétroaction: auto-évaluation, autorégulation, sentiment de responsabilité accru. 4. Panne, incident, dysfonctionnement informatiques. Les individus sont de plus en plus dépendants du bon fonctionnement des équipements informatiques et du système d’information des entreprises. Selon l’enquête COI 2006, la moitié des salariés déclare un rythme de travail perturbé par des pannes et incidents informatiques. Ce qui est de l’ordre de la perturbation pour les salariés d’entreprises peut se révéler une véritable paralysie pour les travailleurs à domicile, indépendants ou télétravailleurs, ne pouvant compter que sur eux. Si la tendance à l’individualisation se confirme, c’est parce que les cadres établis du travail sont, pour beaucoup, en voie d’éclatement : le lieu, le temps, la hiérarchie, jusqu’aux frontières même de l’activité «travail». >>    Lire la suite en consultant l’étude
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    3. Interview fictive- Prospective sur le travail en 2053 3. Interview fictive Prospective sur le travail en 2053 anact Publiée dans la revue Travail & Changement, n°32, de l’ANACT, paru en Mai 2013 sur www.anact.fr Comment l’informatisation a-telle modifié l’organisation des entreprises ? L’informatisation et surtout la portabilité des équipements ont pulvérisé l’entreprise physique. Ces vingt dernières années, on a assisté à une disparition presque totale de l’immobilier d’entreprise dans le secteur des services. Le mouvement gagne aujourd’hui de manière significative les structures industrielles, qui démultiplient les espaces locaux de fabrication, afin de diminuer les coûts de transport et revivifier l’économie locale durable. Les entreprises n’ont quasiment plus de siège social. Les actifs immatériels sont dans le “cloud”. Les réseaux sociaux d’entreprise sont devenus le socle de référence et d’appartenance à une entreprise : l’espace où se déroule tous les échanges, où circulent toutes les informations. Mais dans les années 10, c’était rare : les pionniers de l’internet ont expérimenté et montré le chemin. C’est une transformation complète des RH que l’on vit aujourd’hui. Il faut apprendre à manier les données, les traces d’usages laissés sur les réseaux sociaux d’entreprises avec justesse, car elles ne disent pas tout de l’individu au travail et du travail « réel ». Google, avec son People Analytics en a fait les frais en son temps. L’entreprise ne s’en est jamais remise. Cette “immatérialisation” des RH s’est installée sans provoquer de choc social, étonnement… C’est vrai ! Sans doute le doit-on à la généralisation progressive des processus de décisions collectifs au sein des entreprises, qui est l’un des effets collatéraux majeurs de la révolution numérique. Puisque l’entreprise n’a plus de lieux et que le travail est devenu en grande partie immatériel, les employeurs ont du redoubler d’ingéniosité pour fidéliser leurs salariés. L’employé choisit la structure où il souhaite travailler selon la palette des services proposés (infrastructures, loisirs, services santé, services famille…) ainsi que les valeurs promues. De son côté, l’entreprise choisit ses employés dont elle connaît au travers des réseaux tous les aspects de la vie. Le travail devient en quelque sorte un lieu Articles Page 12 de rencontre entre des intérêts et des convictions partagées. Rien ne peut dès lors fonctionner qui ne soit conçu, décidé, validé, évalué de manière commune. D’où… le grand débat public ouvert en Europe sur les problématiques de rémunération ? Oui, mais sur ce sujet, la pression est aussi venue de l’extérieur, ou disons d’une fusion des rôles entre les employésclients-consommateurs-usagers, devenus chacun des contributeurs majeurs des écosystèmes de production. Il aura fallu moins de trente ans à l’économie collaborative pour faire éclater la chaîne de valeur, avec un cœur de l’entreprise qui s’est atrophié et un maillage de soustraitance formelle ou informelle qui s’est à l’inverse considérablement étendu. La grande vague de revendications sociales autour de nouveaux modèles de rémunération qui a traversé l’Europe en 2050 témoigne d’une prise de conscience aigue des enjeux de la part des citoyens : la masse de données, de contenus, d’informations, d’évaluations, de co-production, de services qu’ils injectent dans les réseaux constitue une formidable matière première pour des entreprises qui les exploitent massivement sans contrepartie financière. La récente instauration d’un revenu minimum d’existence, alimenté par la taxe sur les droits de réutilisation des données individuelles, constitue la première pierre d’une refonte radicale de la rétribution du travail. Page 13 ArticleS 3. Interview fictive - Prospective sur le travail en 2053
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    4. Scénarios -Questions Numériques 4. Scénarios - Questions Numériques La fing Scénarios de rupture tirés des cahiers d’enjeux Questions Numériques 2011 - 2012 www. fing.org 1. DES PLACES TAHRIR DANS LES ENTREPRISES >>    2013 > SudLeaks hacke les conseils d’administrations. >>    2014 > Le management de la multinationale Axum tombe suite à une révolte des salariés. Ses concurrents en profitent, avant de subir la même chose. >>    2015 > « Grenelle » mondial des entreprises. Un fragile accord est trouvé pour réduire le pouvoir des actionnaires. >>    2020 > Le multi-entreprenariat s’est largement répandu, et devient un moteur essentiel de la croissance. A peine sorties de la tourmente économique des années 2008-2012, les entreprises font face à une nouvelle crise – interne, cette fois. Les salariés ont payé un lourd tribut à la crise : dégraissages, salaires bloqués, retour d’un management autoritaire, tyrannie de l’urgence et focalisation sur le court terme. Le sens de leur métier leur échappe. Ils ont souvent le sentiment de mal servir leurs clients. Équipés de tous les outils électroniques possibles, ils se sentent invités à s’impliquer toujours plus, avec toujours moins d’autonomie pour le faire. Et ils s’en parlent. Ils font fuiter l’information interne quand elle les choque. Dans les forums de discussion, ils publient, ils dénoncent. Leurs cibles : le management qui ne prend pas sa part des sacrifices, et le pouvoir anonyme des actionnaires, qui absorbent en dividendes l’essentiel de leurs efforts tout en paraissant se moquer de leur culture d’entreprise. Les secrets deviennent publics, le management perd son emprise. Par l’intermédiaire des réseaux sociaux, la révolte devient révolution. Au terme d’une série d’opérations « coup de poing », les salariés d’une première entreprise renversent leur équipe de direction. Ceux d’une autre obtiennent des actionnaires majoritaires un pacte dans lequel ils s’engagent à contribuer au développement de long terme de l’entreprise. Chaque succès étend la contagion. A partir de 2014, malgré un chômage Articles Page 14 élevé, de nombreux salariés quittent leur entreprise, forts des réseaux informels qu’ils ont tissés auprès de clients et de partenaires. Ils organisent leur activité en réseaux, auprès de plusieurs clients et employeurs. Plusieurs dispositifs les y aident comme le « wiki des compétences » ou des plates-formes de collaboration. Un nouveau contrat de travail se répand rapidement : le multi-entreprenariat. Il devient de plus en plus difficile pour les entreprises d’attirer et de fidéliser des salariés à plein temps. 2. GÉNÉRATIONS « CHACUN POUR SOI » >>    2012 > Les 18-25 ans quittent massivement Facebook et reconstruisent leurs liens ailleurs, sur des espaces fragmentés mais dédiés. >>    2014 > Le mouvement « Design for me », qui appelait à différencier les interfaces pour rendre possible les mêmes usages entre générations, produit l’effet inverse. L’outil a induit des usages spécifiques qui deviennent de véritables marqueurs identitaires générationnels. >>    2017 > Les entreprises réorganisent leurs espaces et leur management, leurs critères d’évaluation sont pondérés en fonction de l’âge et de la génération. Début 2014, la tour que livre Jean Nouvel à la multinationale Babel, à La Défense, propose une organisation inédite : chaque bloc de 4 étages est alloué à une génération, selon sa date de naissance : « 1949-1959 » en haut, puis « 1969-1979 », puis « 1989 et plus », et ainsi de suite. Chaque bloc est organisé et équipé d’une manière spécifique. Entre chaque bloc, un étage « intergénérationnel », celui où l’on trouve les salles de réunion, les espaces de détente, la cafétéria… Babel et Jean Nouvel ont pris ce parti à contrecœur, mais instruits par l’expérience. Il faut se rendre à l’évidence : chaque génération a désormais ses propres cultures, technologies, méthodes, esthétique, services, communautés… De la consommation aux sociabilités quotidiennes, même en famille, en pas- Page 15 ArticleS 4. Scénarios - Questions Numériques sant par les manières d’apprendre et de travailler, il n’existe presque plus aucune référence commune. Sur le marché du travail, le « CV PDF » des vieux côtoie la qualité des recommandations en ligne par des pairs et l’obfuscation de certaines informations plus gênantes. à la maison, si certains moments communs tels que les repas demeurent, la plupart volent en éclat devant les pratiques individuelles, les outils de synchronisation se trouvant priés d’organiser la continuité. Dans l’entreprise, on répartit aussi les responsabilités par génération : celles qui nécessitent d’être multitâches, celles qui ont besoin d’une énergie concentrée autour d’un projet, celles qui nécessitent de penser à long terme… C’est la société toute entière qui fonctionne à plusieurs vitesses. Même les grands réseaux sociaux en ligne se fragmentent, la « portabilité » des données facilitant toutefois l’interaction entre les uns et les autres. En revanche, c’est dans l’échange entre les générations que l’on va chercher les idées neuves, ou encore, les valeurs les plus essentielles. En admettant la scission des générations, aurait-on finalement enrichi leur interaction ? 3. LA TENTE TRAVAILLEUR QUECHUA DU >>    2012 > à cause de la pression foncière, la distance moyenne domicile-travail autour des agglomérations françaises franchit le seuil des 50 km. >>    2014 > Les transports impossibles, le litre d’essence à 3 euros, la pénurie d’argent public éloignent toute perspective de désengorgement du RER et des TER , dont les tarifs augmentent. >>    2015 > Prenant acte de l’explosion des situations de travail nomade, le droit du travail européen supprime la référence au « lieu de travail ». Avril 2012 : l’esplanade de la Défense se réveille avec, au pied des principales tours de bureaux, une dizaine de tentes, dont les habitants ne sont autres que des employés de ces bureaux. En quelques semaines, cette pratique fait boule de neige. Les pouvoirs publics, qui ont d’abord choisi d’ignorer le phénomène pour ne pas lui donner trop d’importance, convoquent les principaux employeurs concernés pour leur demander d’intervenir auprès de leurs salariés. Embarras. Confrontés à l’engorgement durable du RER, au renchérissement du carburant, à la rigueur salariale et à la pression foncière qui les a inexorablement éloignés, les employés expliquent n’avoir pas d’autre choix que de se rapprocher radicalement de leur lieu de travail. Moins coûteuse, cette solution est aussi beaucoup moins fatigante pour eux (plus de 2h30 gagnées par jour) et bien pratique pour le management. D’autant que, malgré les grands discours, le télétravail continue de se heurter à la résistance de la majorité des employeurs comme des employés. Deux profils de travailleurs émergent. Les « travailhabitants » des villes choisissent, au moins quelques jours par semaine, des solutions précaires de logement à proximité immédiate de leur travail, poussant Quechua à augmenter sa gamme avec des yourtes du plus bel effet, et ouvrant un nouveau marché au camping car. Les solutions trouvées, sauvages dans un premier temps, sont peu à peu négociées avec les employeurs qui consentent à l’amélioration des douches et vestiaires de leurs bureaux. Les aménageurs installent prises électriques, Wi-Fi et vidéosurveillance dans les espaces occupés par les tentes. Les travailhabitants utilisent également les réseaux télécoms des entreprises pour leurs usages privés, contraignant les responsables informatiques à une violente régulation des accès. De leur côté, les « habitravailleurs » des champs parviennent, la plupart du temps, à ne pas se déplacer pour travailler, se détachant peu à peu du corps social de l’entreprise. Sur leur CV, ils indiquent désormais qu’ils disposent d’un équipement professionnel connecté à domicile (ils en précisent le débit, la qualité, la sécurité). Loin de se limiter aux cols blancs, cette situation concerne de
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    4. Scénarios -Questions Numériques plus en plus d’employés et même d’ouvriers. Les uns et les autres ont essayé toutes sortes de transports intelligents, collectifs, mutualisés. Ils y ont renoncé, les jugeant trop contraignantes. 4. Cdi c’est fini ? Le contrat de travail à durée indéterminée et à plein temps n’a plus la cote. Face aux variations de plus en plus rapides des marchés, les entreprises en réduisent la proportion de toutes les manières possibles : CDD, intérim, externalisation, automatisation… Mais beaucoup de salariés, en particulier les plus jeunes et les plus qualifiés, préfèrent également d’autres formules. Les uns multiplient les emplois à temps partiel, voire les petits boulots, pour augmenter leurs revenus et réduire leur risque en cas de licenciement. Les autres choisissent d’organiser leur temps de manière à saisir toutes les opportunités, à concilier leurs différents centres d’intérêt. La pluriactivité se développe dans toutes les catégories sociales, depuis les «travailleurs pauvres» contraints de cumuler plusieurs jobs, jusqu’aux cadres qui développent des activités complémentaires en auto-entrepreneurs. Un nombre croissant de salariés bascule vers un statut libéral ou recourt au portage salarial, tout en travaillant au sein de petits collectifs d’indépendants. Ils cumulent contrats de travail, missions d’intérim, commandes, projets entrepreneuriaux, formation, activités bénévoles… Leur temps de travail rémunéré varie en fonction des missions, mais aussi de leurs autres engagements, de leur forme physique, des différents moments de leur vie. De leur côté, les entreprises se réorganisent autour de noyaux restreints de salariés stables, aux côtés desquels des collaborateurs viennent prendre place pour des missions spécifiques. Leurs bureaux se vident, sauf lors de périodes de surchauffe. Certaines entreprises réduisent leurs surfaces, d’autres les partagent et les rendent accessible aux travailleurs flexibles, même si ceux-ci n’ont aucun lien avec l’entreprise. Chaque individu devient responsable de développer et de valoriser son «em- Articles Page 16 ployabilité». Les réseaux sociaux jouent un rôle central. C’est par eux que l’on se fait connaître et que l’on trouve de quoi s’employer ; que l’on travaille au sein d’équipes projets, que l’on se forme réciproquement, que l’on s’échange des accréditations qui certifient nos compétences ; que l’on articule ses différentes activités et les cercles de relations qui vont avec… Si cette tendance convient bien aux «travailleurs du savoir» et à certains travailleurs manuels très qualifiés, son extension aux jeunes qui n’ont pas encore de réseaux, ainsi qu’aux travailleurs plus âgés et moins qualifiés, pose en revanche des problèmes majeurs. Il faut inventer un nouveau filet de sécurité. L’»allocation universelle», versée à chacun sans condition, devient d’actualité en Europe. En attendant, la tension monte entre travailleurs «stables», qui rêvent de la liberté des autres et payent leur sécurité d’horaires contraignants et de salaires peu attractifs, et les «flexibles» qui s’inquiètent du lendemain et, plus encore, de leur retraite. Page 17 ArticleS 4. Scénarios - Questions Numériques
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    VEille The Future ofWork MIT Technoloy Review des emplois devenus obsolètes ou non compétitifs ? #Futur #Robot #Travail Il y a un an, la revue du MIT sortait un numéro spécial sur le futur du travail. Au sommaire : «La créativité peut-elle être automatisée?», «La nouvelle vague des robots d’usine», «Automatiser ou périr», «Les travailleurs humains, managés par un algorithme», ... A lire ou relire. Métamorphose numérique (La) - Vers une société de la connaissance et de la coopération www.editionsalternatives.com #Futur #Technologie Le monde connaît aujourd’hui un développement sans précédent du fait des technologies de l’information et de la communication. Le numérique (Internet, réseaux, informatique, etc.) se déploie à grande vitesse et certains de nos usages ne peuvent plus se concevoir sans lui. Ce livre n’est pas un livre sur la technologie mais sur l’homme. Il rompt en cela avec les approches centrées sur les techniques et propose une vision inspirante du futur numérique que nous sommes en train d’inventer. 12 technologies qui vont changer le monde (et tuer des emplois) Rue89 #Futur #Technologie Un rapport de McKinsey liste des innovations qui auraient un impact économique colossal. Mais que faire Numérique et emploi : la création créatrice ? Manpowergroup #emploi #Futur #Robot La robotique créerait 3,5 millions d’emplois dans le monde d’ici 2025... Plus loin que l’image des fermetures d’usines, symboles de la première phase du processus de destruction créatrice, peut-on regarder l’horizon d’une innovation technologique portant un nouvel élan de l’emploi ? Page 18 Page 19 Veille Etat des lieux
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    Page 20 Page 21 2.L’individu au travail ARTICLES 22/31 VEILLE 32/35 Fini le temps où l’individu était rattaché à une organisation pour le restant de sa vie. L’exigence de flexibilité imposée par le marché d’un côté, le développement de la robotisation et l’automatisation de l’autre, enfin la recherche de sens et du développement personnel ont conduit les individus, bon an mal an, à se forger leur propre « écosystème d’activités » : ils affinent eux-mêmes leurs outils de travail, leurs savoirs et leurs expertises, leurs réseaux. Ils articulent sans cesse des activités rémunérées et non-rémunérées, et se constituent par-là une « diaspora d’organisations » (publiques / privées / formelles / informelles) essentielle à leur trajectoire professionnelle, et constitutive de leur identité.
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    Articles Page 22 Page23 ArticleS Et normalement, leur prétendue agilité d’usages, leurs « usages natifs » devraient être un atout, devraient faire d’eux une ressource rare, une valeur recherchée, ce qui n’est pas le cas. Cette appellation de Digital Natives est pleine d’ambigüité 1. Numérique : la génération Y, nouvelle chienlit ? Amandine brugière Paru le 11Juin 2013 sur www. metiseurope.eu D’où vient la défiance des chefs d’entreprise, des managers vis-à-vis des jeunes générations ? Cette fantasmatique génération Y, - et ce sera pire avec la génération Z dit-on, marquerait-elle une nouvelle « chienlit » pour les entreprises? Le constat semble, en tout cas, celui d’une incompréhension, d’une difficulté à intégrer les jeunes générations, à les impliquer, à les faire adhérer à la culture de l’entreprise, à comprendre leur mode de fonctionnement. Rappelons, en introduction, que la défiance vis-à-vis de la jeunesse est une figure politique classique, le jeune étant porteur des bouillonnements et des transformations de demain, et donc d’une remise en cause de l’ordre établi. Rappelons aussi qu’aujourd’hui dans un marché de l’emploi atrophié, avec un nombre d’activités rémunérées qui ne couvre pas la population active, les jeunes d’un côté mais les moins jeunes aussi de l’autre, sont laissés de côté. C’est quand même une des explications de ce parcours extrêmement long d’intégration et de sécurisation des trajectoires (7 ans en moyenne). Mais dans le champ du travail, ce clivage générationnel vient se greffer en plus sur la nouvelle donne technologique. Il est vrai que le monde du travail est en pleine transformation sous l’influence des technologies (ce qui est encore relativement peu pris en compte). Les technologies numériques sont désormais partout, elles ont intégré toute la chaîne de valeur des organisations : l’outil de production, l’administration, communication, le commerce, la finance, le marketing. >>    L’informatisation a modifié le contenu même du travail : toujours plus dématérialisé ou médié par des interfaces, et donc nécessitant plus de réflexivité. >>    Elles font éclater le cadre spatiotemporel de l’entreprise : on peut travailler en dehors, en mobilité. Quand on compare les statistiques du taux d’équipement des 20/30 ans et des plus de 70 ans (qui n’ont pas connu l’informatisation au travail), le décalage est important en effet. Mais si on prend en compte la génération des baby-boomers, les écarts se resserrent en termes d’équipement >>    Elles transforment considérablement les marchés financiers (algorithmes prévisionnels, les données prédictives, High-Frequency Trading). >>    téléphonie mobile 98% des 18-39 ans, contre 85% des plus de 60 ans >>    Elles modifient les modes de recrutement et même la gestion des ressources humaines qui s’appuient de plus en plus sur l’analyse des données et des traces d’usages laissées par les individus sur les ordinateurs et les réseaux internes («People Analytics» de Google) comme en termes d’usages : >>    L’ubiquité des outils et des réseaux brouillent les frontières entre vie professionnelle et vie privée : le travail déborde sur la sphère privée, mais la vie personnelle se gère aussi du bureau. >>    La figure des salariés - clients contributeurs - consommateurs se confondent : c’est l’économie collaborative. >>    L’impact des technologies sur le travail c’est aussi l’automatisation, la robotisation, l’augmentation de la productivité d’un côté, la diminution d’un certain nombre d’emplois de l’autre. L’économie numérique crée de la croissance mais avec peu d’emploi. >>    Enfin le numérique est à la fois moyen de production, moyen de mesure de la valeur et supports de nouvelles formes de rétribution. Bref, tout se transforme. Mais aussi nombreuses et profondes soient-elles, ces transformations touchent toutes les générations, pas seulement les jeunes. >>    Ordinateurs au domicile : 94% des 18-39, contre 70% des plus de 60 ans >>    les jeunes et les baby-boomers ont un panel d’usages identiques : mail, chat, navigation, e-administration, e-commerce, réseaux sociaux, etc. Certains usages sont plus teintés générationnellement (le chat, le SMS, le téléchargement d’un côté / le-administration de l’autre), >>    envoi de SMS : 98% pour les 18-24 ans, 87% pour les 25-39, 37% pour les plus de 60 ans ce qui correspond - grosso modo - aux situations de vie des personnes, et à leurs centres d’intérêts. Cette appellation «digital natives» met surtout en évidence le fait que les jeunes n’ont pas d’autres référents d’usages. Mais cette position leur confère justement un peu moins de réflexivité sur leurs pratiques, que ceux qui ont du s’adapter, ce qui devrait constituer un avantage. Qu’est-ce qui clive alors les générations au travail? Si ce n’est pas tout à fait ou de manière pas si évidente - l’usage technique des outils, c’est peut-être tout simplement un certain rapport au travail, qui diffère, par les idéologies sousjacentes sur lesquelles il prend appui. Car la technologie n’est pas neutre, elle n’est pas dépourvue d’idéologie. Dans son passionnant ouvrage Aux 1. Numérique : la génération Y, nouvelle chienlit ? sources de l’utopie numérique, l’essayiste américain Fred Turner décrypte l’influence de la contre-culture américaine des années 70 sur la cyberculture, la culture des réseaux. C’est sur la Côte Ouest des Etats-Unis, que la greffe du numérique a prise, sous l’influence des communautés hippies. Celles-ci ont placé l’individu au cœur de leur projet d’émancipation : plutôt que de prendre appui sur le pouvoir, il s’agissait de se réinventer soi-même - pour changer le monde. Cette philosophie libertaire à l’origine des réseaux internet s’est conjuguée ensuite à des courants plus libéraux. Une hypothèse que je vous propose aujourd’hui, est de considérer que cette « philosophie Hackers », pour le dire de manière un peu rapide, porte des valeurs aujourd’hui dominantes chez les jeunes. On pourrait la caractériser par les éléments suivants : >>    s’inscrire dans un projet qui ait du sens, >>    se faire plaisir, >>    se sentir appartenir communauté, à une >>    affirmer son individualité, >>    continuer à apprendre et se former. Récemment une revue en ligne sur l’emploi résumait cette philosophie Hackers de la manière suivante « Get Paid, Get Fit and make something cool ! » : qui est une version un peu plus libérale. La recherche du sens et du plaisir, du développement personnel a pris le dessus. Aujourd’hui les outils numériques participent à mettre l’ensemble des activités que l’on mène sur un même plan : on gère à partir d’un même support, dans un même espace temps l’ensemble de ses activités. On ne gère plus un emploi, mais toute sa vie active : car chaque élément - loisirs, familles, engagement associatif, militant - comptent : constituant des expériences, des réseaux, des passerelles, des apprentissages nouveaux - potentiellement des compétences, une employabilité. Cela participe à mettre en tension ce qui a du sens, et de ce qui n’en a pas, dans notre quotidien, et cela, dans un contexte d’instabilité de l’emploi, de
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    1. Numérique :la génération Y, nouvelle chienlit ? précarité financière, etc. On peut pousser certaines de ces tendances à leur paroxysme pour voir ce qu’elle donnerait (ce qu’on fait à la FING, dans le cadre de nos travaux Digiwork) >>    «Turn over subi des entreprises» >>    «Tous intermittents : un travail si je veux, quand je veux !» >>    «Les réseaux interpersonnels d’activités» : comme le véritable point d’appartenance >>    «La place Tahrir dans les entreprises» : ou la force des mobilisations virales >>    «Des congés illimités» : la maîtrise de son temps >>    «L’entreprise comme utopie sociale» : le choix des valeurs Reconsidérer le rapport au travail, c’est prendre en compte le rapport à l’activité. Ces aspirations à agencer/gérer différemment sa vie active que l’on identifie chez les jeunes - où l’activité prend le dessus sur le travail - ne sont pourtant pas tout à fait nouvelles : elles ressemblent beaucoup à celles des retraités actifs / ces baby-boomers - qui conjuguent aisément poursuite d’une vie professionnelle - à un rythme choisi -, solidarités familiales, engagements associatifs, parfois politiques, développement personnel, formation, apprentissage - certes, avec le revenu d’existence en plus. Finalement, il y a peut-être beaucoup à prendre ou à apprendre de nos aînés. Articles Page 24 Page 25 ArticleS 1. Numérique : la génération Y, nouvelle chienlit ?
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    2. L’auto-entrepreneur, untravailleur de notre temps 2. L’autoentrepreneur, un travailleur de notre temps Aurialie jublin Paru le 17Juin 2013 sur www. fing.tumblr.com le blog de la Fing La mobilisation des auto-entrepreneurs pour la défense de leur statut a fait un peu parler d’elle du fait de l’utilisation amusante du terme ”poussin” (en référence à la récente ”révolte des Pigeons”) et du hastag #pioupiou. Elle fait en tout cas écho à de nombreux concepts identifiés au cours des premiers mois de l’expédition Digiwork : individualisation du travail, nouveaux collectifs de travail, nouvelles formes de rémunération, ect. Le statut d’auto-entrepreneur (décrié principalement par les artisans du bâtiment qui y voit une concurrence déloyale), les compagnons du devoir ou l’indépendant sont des figures que nous explorons particulièrement dans l’expédition Digiwork pour toutes les représentations qui les entourent : l’autonomie (l’individu est son seul responsable, il n’y a, a priori, pas de lien de subordination), la gestion libre de son temps (il choisit quand il travaille, que ce soit dans la journée, la semaine ou l’année), l’apprentissage continue (d’outils récents, de nouvelles compétences), la gestion de son employabilité, … tout en essayant de renverser les règles. La fin du travail, annoncée par Jérémy Rifkin dans les années 90, devient de jour en jour une réalité : après les emplois des ouvriers, ce sont maintenant les emplois du secteur tertiaire qui sont menacés par l’automatisation et la robotisation. L’individu doit donc développer de nouvelles activités rémunératrices pour pouvoir continuer à vivre. A partir d’une compétence, d’un savoir-faire, il imagine son emploi, propose une activité, il capitalise des expériences, construit son environnement de travail, il se crée son réseau et va parfois dans des espaces de coworking pour le développer et rencontrer physiquement d’autres personnes. Les auto-entrepreneurs partagent un même statut, mais pas une même activité (commerce ou services, développeur web ou coach en développement personnel, en passant par fabriquant de bijoux), et c’est en ça que le ”collectif des Poussins”, leader de la contestation, est un cas intéressant de formation d’un collectif en ligne d’individualités disparates, qui se sont fédérées autour d’une cause, à coup de pétition et de tweets. Nous Articles Page 26 observons ainsi la création de nouveaux collectifs, émergeant spontanément, issus d’une communauté d’intérêt installés ou non (il y a quelques années sortait par exemple le blog lafusionpourlesnuls. compour la mobilisation des employés de la fusion de l’ANPE et de l’Assedic dans Pôle Emploi). Enfin, les auto-entrepreneurs encourent les mêmes risques : isolement, précarité, droits sociaux peu nombreux. La limitation des charges sociales octroyée aux auto-entrepreneurs pouvait ainsi être vue comme une compensation à la précarité : “Vous n’êtes pas salarié, vous avez une activité rémunératrice limitée, des droits sociaux encore plus limités, donc vous payez peu de charges”. Or l’abaissement du plafond de l’activité, équivalent à un smic par mois (pour les activités de services), revient à une légalisation de la précarité : “Vous n’êtes pas salarié, vous avez une activité rémunératrice encore plus réduite, des droits sociaux toujours très limités, mais débrouillez-vous avec ça”. Notre propos dans l’expédition Digiwork n’est pas de faire l’apologie de l’autonomie et du libéralisme, en prônant que tout le monde doit être responsable de son employabilité. En imaginant le scénario “Tous intermittents”, dans lequel l’individu devenait le “gestionnaire autonome de son portefeuille d’activités” et où les entreprises étaient ”des “boîtes à projet” dans lesquelles les individus, porteurs de leur savoir-faire, se retrouvent pour collaborer sur une mission”, nous mettions en avant la nécessité d’inventer de nouveaux modèles de solidarité pour pallier les risques de précarisation des itinéraires personnels. La question de la redistribution de la valeur et de la rémunération est centrale : car si le numérique change la manière dont on produit, il change aussi la manière dont on mesure la valeur. Il est même le support à de nouvelles formes de rétribution. Il faut prendre acte du fait que le travail, l’activité s’élaborent différemment, et nécessitent de nouvelles redéfinitions des solidarités. Pour le moment, nous en sommes encore au début de notre réflexion, mais nous espérons pouvoir apporter des pistes d’action innovantes sur le sujet d’ici quelques semaines. Page 27 ArticleS 2. L’auto-entrepreneur, un travailleur de notre temps
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    3. Le “travailleur”de demain sera un mouton à dix pattes 3. Le “travailleur” de demain sera un mouton à dix pattes Aurialie jublin Paru le 11 Mars 2013 sur www.fing.tumblr.com le blog de la Fing Le numérique a changé l’activité productive et va continuer à la faire évoluer. Dans un monde de plus en plus informatisé, connecté, automatisé, robotisé, l’humain va devoir développer de nouvelles compétences, principalement dans les activités de services. Les 2 études reprises ci-après (une française et une américaine) ont cherché à les décrire, sans s’attacher à des activités particulières ou aux possibles métiers du futur. Dans l’étude du CAS et de la DGT sur “L’impact des technologies de l’information et de la communication sur les conditions de travail”, Yves Lasfargue décrit les 10 évolutions qui modifient les conditions de travail dans la société numérique (p. 87). Ainsi, le “travailleur” devra savoir gérer : >>    les changements permanents (du matériel, des logiciels) >>    la numérisation et l’abstraction (ainsi que la dématérialisation, les trois provoquant un sentiment de déshumanisation des relations) >>    les informations de plus en plus écrites (impliquant l’exclusion des illettrés) >>    l’interactivité et l’instantanéité >>    la surabondance des informations >>    la logique contractuelle (obligation de suivre des procédures, d’atteindre des objectifs) >>    le temps et l’urgence >>    l’espace et le travail à distance >>    la vulnérabilité (des systèmes complexes fragilisés par les pannes, les attaques, …) >>    la traçabilité et la transparence Institute for the future a été un peu plus loin en décrivant les 10 compétences nécessaires en 2020 (j’ai gardé les notions en anglais, car leur traduction n’est pas toujours aisée en français). Ces compétences sont les suivantes : >>    Sense-making : capacité à déterminer le sens profond de ce qui est exprimé (différencier les homonymes, par ex) >>    Social intelligence : capacité à se connecter aux autres d’une façon profonde et directe, à comprendre Articles Page 28 les réactions des autres et à stimuler des interactions >>    Novel & adaptative thinking : capacité à penser et à arriver à des solutions et des réponses au-delà de ce qui est appris par cœur ou basé sur des règles >>    Cross-cultural competency : capacité à travailler dans différents milieux culturels >>    Computational thinking : capacité à traduire une importante somme de données et d’informations dans des concepts abstraits et à comprendre un raisonnement basé sur des données >>    New-media literacy : capacité à évaluer et à développer du contenu qui utilise les nouvelles formes de média, et à s’appuyer sur ces médias pour une communication convaincante >>    Transdisciplinarity : capacité à comprendre des concepts venant de diverses disciplines >>    Design mindset : capacité à représenter et développer des taches et des processus de travail pour les résultats voulus >>    Cognitive load management : capacité à filtrer l’information par importance, et à comprendre comment maximiser le fonctionnement cognitif en utilisant une variété d’outils et de techniques >>    Virtual collaboration : capacité à travailler de façon productive, à mener une mission et à montrer sa présence comme un membre d’une équipe virtuelle. Une grande partie de ces compétences sont des actions que les robots ne savent pas encore faire. Dans cet article de The Economist, intitulé “Robocolleague”, l’auteur conclue en écrivant : “les entreprises peuvent trouver plus intéressant d’investir dans des technologies qui améliorent la productivité des travailleurs nationaux moins qualifiés, en augmentant leurs salaires. Un jour, les robots intelligents pourront changer cette situation. Mais tant que les humains conserveront l’avantage de la flexibilité cognitive, les entreprises continueront de tirer parti de travailleurs pleins de bonne volonté.” Page 29 ArticleS 3. Le “travailleur” de demain sera un mouton à dix pattes
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    4. Et vous,vous faites quoi ? 4. Et vous, vous faites quoi ? Aurialie jublin Paru le 26 Février 2013 sur www.fing.tumblr.com le blog de la Fing Dans une soirée ou sur Twitter, on se présente souvent en disant où l’on travaille et ce que l’on fait. : “Bonjour, je suis Machin, je suis responsable Bidule chez Truc et compagnie.” Lors du 1e atelier de l’expédition Digiwork, une personne avait fait la remarque suivante : “Comment on se présente si on n’est plus un “métier” ?” Les personnes sans emploi peuvent en effet ressentir une gêne. Et pourtant sans emploi ne veut pas dire sans activité, cela veut seulement dire “sans activité salarié”. Allez dire aux contributeurs de Wikipedia , aux hommes et femmes au foyer qui s’occupent de leurs enfants, ou aux cuisiniers-amateurs-blogueursà-leurs-heures, … qu’ils sont sans activité ou qu’ils ne contribuent pas à l’économie. Et puis, un métier, une fonction ne disent pas grand-chose de ce que l’on fait au quotidien. Dans un article intitulé “La fin du travail tel qu’on le connaît”, Josh Bersin, un spécialiste des questions RH, propose de remplacer le mot “travail” (“job”) par “rôle” et “fonction” par “série de tâches et de spécialités”. Le mot “rôle” m’a fait spontanément penser à l’histoire de JeanPaul Sartre sur le garçon de café, utilisée pour expliquer ses concepts d’”essence”, “existence” et de “mauvaise foi”. Selon Sartre, le garçon de café en fait des tonnes (“Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d’un pas un peu trop vif, il s’incline avec un peu trop d’empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client”), car il joue à être un garçon de café, pour se persuader lui-même qu’il se confond avec sa fonction, qu’il est sa fonction. Sartre a pris l’exemple du garçon de café, mais il aurait très bien pu prendre un boucher, un publicitaire ou un manager, chacun jouerait sa fonction. Mais les slashers l’ont bien compris, ils cumulent les activités et multiplient les opportunités pour vivre plusieurs expériences en une même journée, appartenir à différents univers, s’épanouir dans un domaine qui les passionnent, développer des compétences, nourrir un profil original… Freddy Krueger, vendeur de glaces la journée et tueur psycho- Articles Page 30 pathe d’enfants la nuit, ne dira sûrement pas le contraire ! Par contre, sur le problème sémantique autour des mots “travail”, “activité”, “emploi”, “métier”, “fonction”, “rôle”, … je ne suis pas sûre qu’il soit d’une grande aide. Page 31 ArticleS 4. Et vous, vous faites quoi ?
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    VEille Page 32 Thenew artisans network era of the Harold Jarche #Artisan (philosophie) #Ecosystème d’activité #Individu Petit extrait d’un article d’Harold Jarche qui a fait la même analyse que Digiwork sur l’individu équipé, autonome et connecté, l’émergence de pratique collaboratives et de collectifs et les nouvelles formes de création de valeur : «Knowledge artisans are amplified versions of their preindustrial counterparts. Augmented by technology, they rely on their networks and skills to solve complex problems and test new ideas. Small groups of highly productive knowledge artisans are capable of producing goods and services that used to take much larger teams and resources. In addition to redefining how work is done, knowledge artisans are creating new organizational structures and business models, such as virtual companies, crowd-sourced product development, and alternative currencies.» Chez les « intellos précaires », un travail qui prend tout le temps L’humanité #Discontinuité du parcours #Temps Confrontés à la discontinuité des emplois et des activités, subissant pour l’écrasante majorité d’entre eux l’inconfort de rémunérations à la fois faibles et aléatoires, des dizaines de milliers de travailleurs dans les industries dites «créatives» sont contraints de rester disponibles en permanence. «Une idée, un boulot» : le garagiste qui apprend à ses clients à réparer répartition des richesses produites, devront évoluer pour offrir un avenir à la «troisième révolution industrielle». franceinfo #Artisan #Individu #Compétence Yann Raguenes, un jeune mécanicien automobile de 27 ans, a ouvert «Un garage et vous», à Les Sorinières, près de Nantes, où il met à la disposition de ses clients, ses conseils et son matériel. «Comment être heureux au travail en vivant dans un esprit de pauvreté?» L’express #Sens #Valeur La pauvreté est combattue comme une source de malheur, mais aussi présentée comme une voie de bonheur lorsqu’elle touche l’esprit et non l’existence matérielle. Philippe Laurent s’interroge sur son sens au travail. Outils sociaux sur l’espace de travail Microsoft #Espace de travail #Outils sociaux #Service Microsoft a mené une enquête dans 32 pays sur l’utilisation des «outils sociaux» dans l’entreprise. Malgré les restrictions de l’entreprise et les hésitations du management, les travailleurs veulent utiliser les outils sociaux sur leur lieu de travail, même si cela signifie dépenser leur propre argent. Après Bring Your Own Device (Apportez Votre Équipement personnel, en français), voilà le Bring Your Own Service. Le travail disparaît, intervention de Paul Jorion Ce soir ou Jamais Quand les robots remplaceront les hommes Economie Matin #Automatisation #Disparition de l’emploi #Robot Un court article de Jean-Michel Billaut, gourou de l’internet français, qui a le mérite d’extraire les principaux sujets de controverses du scénario de la robotisation massive de nos sociétés. L’esclave était le prototype du robot 0.0, le prolétaire sa version 1.0, et les robots biologistes constitueront la prochaine étape du robot 2.0. Les modèles d’innovation qui supportent la croissance, ainsi que la #Automatisation #Compensation Face à l’augmentation continue du chômage, il rappelle notamment la proposition du Suisse Jean de Sismondi (1773-1842) selon laquelle tout ouvrier remplacé par une machine bénéficie d’une rente, indexée sur la richesse créée désormais par celle-ci. After your job is gone TechCrunch Page 33 Veille breux liens, l’auteur Jon Evans fait un historique de la disparition du travail, touchant tout d’abord les ouvriers du secteur secondaire puis les employés du secteur tertiaire, dans lequel les avocats, financiers et chirurgiens ne sont pas à l’abri. Il imagine ensuite un monde se divisant en deux catégories : une minorité décroissante de très riches - les travailleurs des technologies, les barons de la finance, et ceux qui ont hérité leur fortune, pour la plupart - vivant dans une poignée de villes idylliques dégoulinant de richesse, et/ou leur maison d’été est à proximité des plages, des lacs et des montagnes ... et la majorité qui gagne peu, avec des contrats de travail occasionnels et des petits boulots, trop pauvre pour même visiter les lieux où les riches vivent, travaillent et jouent. Matthieu ou chronique de la disparition du travail Metis #Contrainte #Disparition du travail #Individu Extrait : «Matthieu expérimente l’emploi en même temps que l’invisibilité de son travail. Le travail a disparu. Comme dans la publicité, les tâches qui lui sont demandées en ont la forme, la couleur mais n’en sont pas. Il en a les obligations, les allers retours quotidiens, les horaires, la subordination, l’ambiance morose, mais il n’en a pas les opportunités. Il n’en rencontre pas les dimensions expressives que revendiquent même des salariés plus modestes des caisses de grande distribution. Il n’arrive pas à se sentir utile, il ne participe pas à un collectif, il n’est pas autonome et il ne voit rien d’intéressant dans ce qu’il a à faire.» Identité professionnelle : un métier et beaucoup plus Cursus #Disparition du travail #Activité #Emploi #Identité #Individu Illustrant son propos par de nom- « Que faites-vous dans la vie ? » À L’individu au travail cette question banale, on répond le plus souvent en donnant le nom de son métier, ou de sa fonction dans l’entreprise qui nous emploie. Mais que répond-on lorsqu’on est sans emploi ? Sans emploi et très investi dans une ou plusieurs activités ? Que répond t-on lorsqu’on occupe plusieurs emplois ? Lors que son emploi ne correspond à aucun nom habituel ? Que l’on occupe un emploi alimentaire mais que l’on construit à côté une expertise passionnante ? Qu’est-ce que le nouveau « CDII » ou « CDI intermittent » ? Andre Gorz YouTube #Artisan #Individu #Travail (concept) Le travail est une invention du capitalisme industriel. Durant l’antiquité, le travail ne se déroulait pas dans la sphère publique. Les femmes travaillaient (ou sinon les esclaves), les hommes faisaient de la politique. Le travail était mal vu. Pour Max Weber, au Moyen-âge il n’y avait pas de travail mais des besognes, des peines, des labeurs (paysans), et des œuvres (des artisans). Democratie & Socialisme #Contrat #Temps Le CDII ou contrat à durée indéterminée intermittent est, de fait, une sorte de contrat à temps partiel annualisé : le salarié va alterner des périodes travaillées et non travaillées, et sa rémunération sera « lissée » sur l’année : comment payer quatre mois de travail en douze fois ? Il sera « ouvert » aux entreprises de moins de 50 salariés (dans un premier temps dit « expérimental »). Apprendre à entreprendre dans un monde en réseau Email : Not Dead, Evolving Harvard Business Review #Email #Infographie #Outil Le HBR a mené une enquête en 2012 auprès de 2.600 travailleurs aux États-Unis, Royaume-Uni et en Afrique du Sud qui utilisent l’email quotidiennement. Les résultats indiquent que l’email n’est pas mort (les gens passent la moitié de leur journée de travail à les traiter), mais qu’il a évolué. Il est devenu une archive consultable, la source de la responsabilité d’un manager, l’outil de collaboration le plus efficace des travailleurs, un moyen d’avoir de l’information, ... Cursus #Automatisation #Robot Les applications numériques ont beau nous rendre la vie plus simple et plus excitante au quotidien, force est de constater aussi qu’elles ont détruit un nombre considérable d’emplois. Grosso modo, toutes les tâches routinières qui pouvaient être programmées et automatisées l’ont été ou sont en passe de l’être. Des robots et des logiciels remplacent les travailleurs dans de multiples domaines; le mouvement, qui a touché en premier lieu les processus industriels, s’est rapidement étendu au procès des services. Il touche désormais les professions intellectuelles dites supérieures. Pour un Google Now du poste de travail Bloc-notes de Bertrand Duperrin #Espace de travail numérique #Outil Alors que les outils grand public envahissent le bureau et que l’on croule sous les informations, l’auteur pense que l’application Google Now, service prédictif qui pousse à l’utilisateur, sans qu’il n’ait rien demandé, les informations dont il a besoin quand il en a besoin, va devenir indispensable sur le poste de travail. Par exemple, un commercial pourrait recevoir l’information selon laquelle il devrait tout de suite se mettre en route, vu les em-
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    VEille Page 34 L’individuau travail bouteillages, ou des données du CRM quand il est chez un client. Une vision de la formation tout au long de la vie en Europe pour 2030 Missing Out/Peur de rater quelque chose) est le nouveau mal des employés hyper connectés, mais qui ne se limite pas pour autant à la sphère professionnelle. Il est souvent lié au FONK (Fear Of Not Knowing/Peur de ne pas savoir). Email : combien de temps encore ? formation-professionnelle.fr #Compétence #Espace de travail numérique Au-delà de la question de la formation, l’article aborde une thématique traitée dans Digiwork, celle de l’environnement de travail, dans lequel la démonstration des compétences et des aptitudes sera préférée aux diplômes ; la performance des employés sera mesurée et quantifiée en continu au travers de systèmes de mesures numériques ; les limites du public/privé, professionnel/ personnel, bureau/domicile, réel/virtuel, formel/informel seront confuses, ... LinkedIn wants to be your personal assistant with new Contacts app Los Angeles Times #Application #Réseaux sociaux Comme un assistant personnel virtuel, la nouvelle application, baptisée LinkedIn Contacts, réunit dans un seul endroit les informations de contacts des divers e-mails, le calendrier de l’utilisateur et l’adresse des services d’annuaire. Il met également automatiquement à jour les informations des contact à chaque fois qu’il y a un changement, que ce soit dans le Google de l’utilisateur ou d’un compte Outlook. Sont inclus dans ces informations les détails de conversations et de réunions passées que vous avez eues avec le contact. Rialland, maître de conférence à Sciences-Po Paris, consultante en gestion de l’information dans l’entreprise, pour «Comprendre et maîtriser la déferlante d’informations». Les agences d’emploi : 16 millions de missions d’intérim ... en autres France Culture manpowergroup Peut-on se passer de l’email ? 500 milliards de mail sont envoyés chaque jour dans le monde. Créé il y a 30 ans, ce moyen de communication a conquis le monde, individus et entreprises. Plus que jamais utilisé, l’email est aussi plus que jamais remis en cause. Une émission produite par Telecom EM, et à écouter sur le MOOC de France culture. #Intérim #Parcours professionnel En 2012, après deux années de redressement, l’emploi intérimaire a chuté de 11,6%. Mais le travail temporaire demeure un vecteur d’accès à l’emploi, souligne le Prisme (Professionnels de l’intérim, services et métiers de l’emploi) dans son bilan annuel. Surtout, les agences d’emploi s’affirment comme un acteur de référence de la sécurisation des parcours professionnels et de la réactivité RH. 8 atouts des candidats ayant mené une reconversion professionnelle Itaquecoaching.com #Employabilité #Parcours professionnel #Reconversion Les itinéraires bis de la vie professionnelle ont beau être en passe de devenir la norme, les recruteurs frileux continueraient à camper dans les idées reçues sur l’employabilité des personnes au «parcours atypique». Et entre autres celle des candidats ayant changé de métier. Pourtant, ils ont d’autant plus d’atouts qu’ils on suivi ce parcours difficile. #Email #Outil #Radio Jobs in the Future Wagepoint.org #Compétence #Métier De nombreuses fonctions n’existaient pas dans l’entreprise il y a 10 ans, (développeur d’application, social media manager, expert en développement durable, designer orienté usage, ...), cette infographie propose 10 nouveaux métiers en 2030 (manager d’avatars, architecte digital, nano‐ médecin, ...) et les 5 compétences à développer (esprit critique, résolution de problème, créativité, esprit d’entreprenariat, culture numérique). «Infobésité», le mal du siècle Viuz.com FranceTVInfo #Souffrance #souffrance #Vidéo Le syndrome de FOMO (Fear Of Les conseils de Caroline Sauvajol- Veille L’individu au travail pas que les seniors ou les personnes peu qualifiées. Quels seront les métiers de demain ? Mode(s) d’emploi #Compétence #Info pratiques #Métier Liste de quelques guides pratiques à consulter en ligne gratuitement sur les nouvelles compétences, les métiers cadres en émergence, les métiers des jeux vidéos, ... Fidbacks, le profil de confiance Le blog de collaborative la consommation #Ecosystème d’activité #Réputation #Service Lancé en janvier 2013, le site Fidbacks permet à ses membres de créer et partager un profil agrégeant l’ensemble des commentaires qu’ils ont reçus sur les différentes plateformes d’échanges entre particuliers qu’ils utilisent (Airbnb, Buzzcar, Couchsurfing, Blablacar, Deways, eBay, Etsy, Priceminister, VadrouilleCovoiturage, Zilok ...). Ainsi, grâce à Fidbacks, un nouveau membre sur un site pourra attester de sa réputation complète agrégée et certifiée par Fidbacks directement sur son profil et ce dès le premier jour. In a hyper-connected world it is healthy to disconnect L’obsolescence (programmée) de nos compétences : la course contre la montre pinterest ManpowerGroup Une infographie sur la déconnexion volontaire pour bien profiter de ses vacances... pour celles et ceux qui en auront. #Compétence Fomo, nouveau mal du siècle Page 35 Résultats de l’enquête du Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (CEDEFOP) sur la perte, le vieillissement ou l’inadaptation des compétences, phénomène qui ne concerne #Déconnexion #Souffrance Le travail peut-il à nouveau nous faire vivre ? RH Info #engagement Les contextes qui permettaient à une personne de trouver une raison stable pour s’impliquer dans son travail sont en grande partie révolus. Les comportements cyniques en matière sociale ont fait tomber les illusions. Dossier Real Humans Slate #Robot #pop culture Arte diffusait le mois dernier la série Real Humans, racontant la cohabitation, plus ou moins facile, entre les humains et les hubots (robots à visage humain qui aident au quotidien les humains). Relations humain-hubot, activistes anti-hubot, discrimination envers les hubots, hubots se battant pour leur liberté, ... les thèmes abordés par la série sont nombreux et Real Humans apportent donc un éclairage intéressant sur la thématique Robot/ Humain. Erik Brynjolfsson : La solution pour la croissance ? Faire la course avec les machines.... Ted #video Alors que les machines s’approprient davantage de travail, beaucoup se retrouvent sans emploi ou voient leurs augmentations de salaire sans cesse repoussées. Est-ce la fin de la croissance ? Non, selon Erik Brynjolfsson - ce sont simplement les difficultés grandissantes d’une économie radicalement réorganisée. Un cas fascinant qui expose pourquoi les grandes innovations sont devant nous... si nous considérons les ordinateurs comme faisant partie de notre équipe.
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    Page 36 Page 37 3.Nouveaux collectifs, nouveaux managements ARTICLES 38/51 VEILLE 52/55 L’hyperconnexion des individus au travail et leur mise en réseaux modifient la manière dont les collectifs productifs - inventifs se forment. Les frontières inter-services, ou internes-externes à l’organisation se diluent. Les collectifs se structurent autour de valeurs, d’enjeux et de finalités partagés. Ils articulent réseaux physiques et réseaux numériques. Cela en appelle à de nouvelles formes de management des équipes et des projets, à de nouvelles représentativités des collectifs ; et ouvre aussi sur de nouvelles formes de mobilisation-revendication.
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    Articles Page 38 Page39 ArticleS Les entreprises se transforment pour survivre >>    Ce qui ressort des témoignages des chefs d’entreprises et chercheurs réunis par la Fing, c’est que les réponses sont à trouver dans la souplesse et l’ouverture : 1. Le futur du travail dans l’entreprise (1/2) : l’agilité… ou le néant ? Equipe des ateliers de l’emploi, Manpower Paru le 10 Juillet 2013 sur Le numérique déstabilise les entreprises parce qu’il accélère un double-mouvement qui brouille ses frontières : >>    les usages privés ont évolué de manière fulgurante et s’immiscent dans l’entreprise au point de remettre en cause ses codes – hiérarchiques en particulier ; >>    dans le même temps, le modèle tayloriste dépérit, les relations de travail « à vie » n’existent plus et les collaborations ponctuelles se multiplient : les collectifs d’hier ont muté, et le concept même de salariat – au cœur de tout l’édifice du travail, en France en particulier – devient flou. internetactu.net le média de la fing A ces deux questions déterminantes de l’avenir du « vivre ensemble » dans le collectif qu’est l’entreprise, l’expédition Digiwork de la Fing a tenté d’apporter des éléments de réponses lors de Futur en Seine 2013. Quel modèle d’organisation les entreprises peuvent-elles adopter alors que le numérique permet à chaque salarié de transformer son rapport de pouvoir à l’entreprise ? L’individu au pouvoir signe-t-il la mort de l’entreprise ? Après l’ère industrielle qui faisait du salarié un subordonné stricto sensu, simple exécutant, on assiste au retour de l’individu dans l’entreprise, et avec lui d’une certaine confusion entre vies privée et professionnelle – et/ou publique. Ce phénomène ne se cantonne pas au travail, ce sont tous les citoyens qui subissent une “injonction sociale à l’individualisation”, estime Anne-France Kogan, enseignant-chercheur à l’Ecole des Mines de Nantes. Aujourd’hui, l’autonomie devient une valeur cardinale et l’individu doit être responsable de ses choix, en substance. Le numérique incarne autant qu’il accé- lère radicalement le processus : les salariés font entrer leur téléphone mobile, tablette ou ordinateur portable dans l’entreprise, leurs réseaux de connaissances professionnelles et d’affinités personnelles s’entremêlent, leurs passions se conjuguent au travail collectif, leurs talents et créativités doivent fonctionner ensemble à l’ère de l’innovation… In fine, l’entreprise aujourd’hui doit gérer autant de quêtes du bonheur qu’il y a d’individus en son sein. Car dans une économie dont la créativité est le moteur, le génie de chacun tout comme sa relation au collectif sont déterminants : la prise en compte de l’individu dans toute sa complexité, intime comme sociale, est une donnée tout à fait nouvelle dans les entreprises ! Plus prosaïque, l’exemple de l’utilisation professionnelle de son téléphone ou ordinateur portable personnel (phénomène connu sous l’acronyme Byod, pour Bring your own device), qui pose d’importants problèmes de sécurité des données et de compatibilité logicielle, est typique des transformations actuelles : où se situe la frontière entre travail et activité personnelle, activité associative, temps libre ? Comment décompter le temps de travail quand on peut traiter la demande d’un client dans les transports en commun et pendant les vacances ? Comment faire vivre un collectif quand le “lieu de travail” perd de sa signification (c’est la question qui a conduit Marissa Mayer à décider l’interdiction du télétravail chez Yahoo) ? Ces questions sont plus qu’essentielles, elles sont existentielles : Comment les entreprises pourront-elles survivre dans leur forme actuelle, alors que tous les fondements de leur existence moderne sont sapés ? Sauront-elles se montrer suffisamment agiles pour se réinventer ? >>    un management qui cherche plus à stimuler et accompagner qu’à imposer, ce qui se concrétise par exemple par un accompagnement plutôt qu’une interdiction du Byod ; >>    un fonctionnement en “entreprise étendue” qui se diffuse : au cœur de la réussite de Poult, ce modèle partenarial destiné à favoriser la réalisation de projets est aujourd’hui revendiqué par des grandes entreprises dans leur relation avec leur écosystème de PME sous-traitantes ; >>    une organisation qui brise les silos, cherche à favoriser le travail “en mode start-up” et stimule l’ “intrapreneuriat” (concept qui veut que le salarié soit un entrepreneur à l’intérieur de l’entreprise)…; >>    des entités qui deviennent “apprenantes”, en créant notamment leurs propres universités. Face aux mutations numériques, Nathalie Andrieu, directrice générale en charge du numérique au Groupe La Poste n’a eu d’autre choix que de revoir son modèle économique, son organisation et son fonctionnement. Elle explique ainsi que son entreprise cherche aujourd’hui à valoriser, parmi ses salariés, quatre traits de caractère propres aux entrepreneurs : >>    1. goût du risque ; >>    2. non conformisme ; >>    3. capacité d’organisation et efficacité personnelle ; >>    4. capacité à se remettre en cause. “L’entreprise étendue” prend corps grâce au numérique Elle préconise d’adopter le modèle de “l’entreprise étendue”, qui fonctionne en écosystème en intégrant ses sous-trai- 1. Le futur du travail dans l’entreprise (1/2) : l’agilité… ou le néant ? tants et tous les acteurs d’un projet : “On doit travailler ensemble, faire coopérer start-ups et grandes entreprises, au lieu de les opposer. Une entreprise comme La Poste a besoin d’être bousculée par des startups qui remettent en cause les habitudes, les rythmes”, reconnaît-elle. “Ce n’est que comme ça que la France pourra reprendre un temps d’avance”. Ceci étant dit, l’arrivée de “l’extérieur” dans l’entreprise et la prise de pouvoir d’individus qui y font entrer leur vie privée via les appareils numériques (le fameux Byod), pose un défi de taille aux responsables informatiques : comment éviter l’anarchie ? Comment éviter de perdre le contrôle, avec tout ce que cela implique en termes de sécurité des informations confidentielles notamment ? Poussés par la démocratisation des usages privés (la “consumérisation de l’IT”, c’est-à-dire des technologies de l’information”, le fait que des produits initialement conçus pour un usage domestique soient adaptés au marché professionnel), les employés construisent peu à peu un Shadow IT – une informatique parallèle – où chacun amène et utilise l’outil qu’il préfère, en contournant la norme. Une telle fronde douce, sans revendication, est une nouveauté pour les entreprises ! Pour Philippe Bletterie, responsable du management chez Alcatel-Lucent, l’alternative est claire : “soit la patrouille s’adapte, soit non, et on travaille moins bien, dans de moins bonnes conditions”. Sans accompagnement des usages, le mal-être guette ; plus fondamentalement, au-delà des “risques psycho-sociaux”, il s’agit selon lui de savoir intégrer le nouveau capital apporté par l’individu au lieu de verrouiller les accès. L’adaptation d’Alcatel-Lucent à cette nouvelle réalité du travail s’est traduite par l’élaboration d’un nouveau cadre favorisant à la fois l’autonomie et le partage, avec notamment une bibliothèque d’applications professionnelles que chaque collaborateur choisit selon ses propres besoins et, surtout, la création d’un “Youtube d’entreprise” accessible à distance. Baptisé OpenTouch Video Store, cette plateforme concrétise la notion d’entreprise étendue en permettant aux collaborateurs, fournisseurs,
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    1. Le futurdu travail dans l’entreprise (1/2) : l’agilité… ou le néant ? clients et partenaires d’Alcatel-Lucent de partager des documents vidéo en lien avec leur activité – sans aucun matériel ni logiciel spécifique requis. Une solution collaborative qui fluidifie la communication de l’entreprise avec toutes ses parties prenantes, valorise l’apport de chacun et stimule l’échange, tout en faisant confiance à l’auto-régulation sans pour autant sacrifier la maîtrise des données. Quand les usages et l’innovation font la loi, le management se réinvente Corollaire de ce changement, l’élaboration d’un outil numérique en entreprise ne se fait plus en top-down aujourd’hui : ce n’est plus la Direction qui décide et les salariés qui appliquent, notamment parce que les usages individuels ont pris une telle place dans la vie de chacun que l’entreprise perdrait énormément de temps, d’énergie et d’argent en cherchant à les contrer. Le DSI (Directeur des systèmes d’information) voit son rôle stratégique évoluer, il “s’ancre dans le business“ – en offrant des solutions à même d’augmenter la productivité – et devient force de proposition pour assurer une politique numérique en phase avec les usages. Pour satisfaire au mieux aux préférences de chacun, les expérimentations et développements “par itération” se multiplient, qui facilitent les réactions rapides et flexibles au changement, autorisant les tests et les retours en arrière. Le but : améliorer le bien-être au travail tout en stimulant l’innovation. Autre exemple encore avec Poult, leader de la biscuiterie (1/5e des biscuits vendus en France), qui connaît une croissance annuelle à deux chiffres – souvent supérieure à 20%. La recette de Laurent Noël, son responsable R&D et Innovation : libérer les initiatives, notamment en instaurant un leadership tournant pour éviter que ne se cristallisent des lieux de pouvoirs, et ainsi challenger sans cesse la créativité de ses équipes – le tout accompagné d’une communication intensive et transparente (transmission de tous les comptes de résultats) ainsi que d’une politique de formation étoffée. Chez Poult, le postulat de l’empowerment des salariés consiste en la “déhié- Articles Page 40 rarchisation”, la suppression des strates et des postes de contrôle – deux échelons hiérarchiques ont déjà disparu. Plutôt que d’interdire, le rôle des managers et des responsables des ressources humaines de Poult est donc de définir le sens et les objectifs du travail, en aidant l’individu à se responsabiliser, en libérant leurs capacités d’innovation. Au sein de cette biscuiterie, les employés sont des “intrapreneurs” et s’inscrivent dans un véritable écosystème : participation aux pôles de compétitivité, création d’incubateurs internes (structures d’appui au développement de projets innovants), etc. Vers l’entreprise-artiste, royaume des déviants ? Poult est-elle pionnière ? Quel sera le modèle de demain ? Quelle mythologie remplacera celle, moribonde, des “merveilles de l’industrie” ? C’est la question essentielle, selon Armand Hatchuel, professeur titulaire de la chaire “théories de la conception” de l’Ecole des Mines, coauteur de Refonder l’Entreprise (qui lui a valu plusieurs prix littéraires, dont celui de la Fondation ManpowerGroup pour l’emploi) et pilote du projet de recherche “L’entreprise, formes de la propriété et responsabilités sociales” au Collège des Bernardins. “Le processus d’innovation est aujourd’hui le même que celui de la création artistique”, assène-t-il. Pour lui, la mutation de La Poste relève de cette démarche : “Je ne suis plus ce que vous pensez que je suis !”, proclamerait l’entreprise auprès de ses parties prenantes. Henri Seydoux, PDG de l’entreprise de systèmes et kits mains libres Parrot, abonde dans son sens : “l’entreprise d’aujourd’hui est un monde de saltimbanques”, sur le modèle de la Sillicon Valley. Elle s’appuie sur des créatifs, dont la valeur ajoutée repose avant tout sur la capacité d’étonnement et à penser contre la norme. Pour lui comme pour Armand Hatchuel, la réticence des Français au changement viendrait du fait que les fondations du travail sont ancrées dans nos imaginaires collectifs comme si elles étaient par nature immuables. Pour Armand Hatchuel : “Les termes « inno- Page 41 ArticleS vation » et « entreprise » sont historiquement ancrés, idéologisés ! Le modèle d’innovation qui s’est imposé est celui issu de la science. Connu de tous, il est aujourd’hui saturé. Henri Seydoux estime pour sa part que la planification qui a fait la gloire de l’industrie est dépassée. Pourtant, on ferait comme si elle pouvait encore avoir cours aujourd’hui, et ce “mensonge” serait destructeur pour l’aventure humaine qu’est l’entreprise : “il est difficile de faire fonctionner des collectifs fondés sur des leurres !”. Dans un monde d’incertitude, un business plan “doit tenir en une demie-page” et les spécifications logicielles (c’est-à-dire l’ensemble explicite d’exigences à satisfaire par un produit) seraient à bannir parce qu’elles font croire en la possibilité de totalement maîtriser le futur : “elles transmettent une croyance dans un monde idéalisé ; au final, elles induisent en erreur”. En somme, l’entreprise doit retrouver sa raison d’être : “créer !”, rappelle Henri Seydoux. “Devoir dégager des bénéfices, c’est sa contrainte, pas sa gloire”. Pour Armand Hatchuel aussi, le seul salut de l’entreprise, aujourd’hui, résiderait dans son basculement ontologique : “L’entreprise du futur doit protéger le déviant, car c’est le déviant qui innove et qui est capable de créer de la rationalité dans l’inconnu”. Pour pousser ce changement, le chercheur propose deux options : >>    Refondre les cadres légaux, car notre code du travail (1891) serait obsolète et alimenterait des archaïsmes structurels. Et de proposer un modèle : la “Flexible purpose Corporation” créée en Californie (Etats-Unis). Alors que la loi américaine impose aux dirigeants d’entreprises de poursuivre un objectif unique (maximiser la performance de l’entreprise dans l’intérêt des actionnaires), ce nouveau statut permet d’élargir la mission principale de l’entreprise et d’éviter que la maximisation du profit des seuls actionnaires en soit l’unique horizon. >>    Redéfinir le gouvernement de l’entreprise, le management, pour le rendre authentiquement “horizon- 1. Le futur du travail dans l’entreprise (1/2) : l’agilité… ou le néant ? tal” et transformer les managers en accompagnateurs du changement. Peut-être même jusqu’au point de “virer tous les chefs”, comme le préconise le gourou du management Gary Hamel. Hors de l’agilité, point de salut ? La conférence Entreprise du futur lors du Futur en Seine 2013 par l’Atelier de l’emploiSi les entreprises cherchent à anticiper et accompagner les bouleversements de leurs fondations, c’est parce qu’ils remettent en cause leur existence même. Comme l’explique Daniel Kaplan, délégué général de la Fing, elles doivent toutes prendre conscience, aujourd’hui, de la nécessité d’évoluer en profondeur si elles veulent éviter que ne surgissent “des places Tahrir dans les entreprises”. Reste, qu’au bout de ce tunnel de l’inconnu que “l’agilité” représente, il pourrait y avoir la lumière. Pour clore une conférence passionnée sur l’entreprise du futur, qui a donné lieu à de nombreux questionnements sur l’avenir de la croissance, Philippe Lemoine, président de la Fing, a rappelé que, en 1870, tous les acteurs d’une société à genoux et à bout de souffle se sont mis à dépasser leur rôle pour trouver une voie de réenchantement et accéder à la “modernité”. Résultat : en 1889, la tour Eiffel symbolisait le renouveau français lors de l’Exposition universelle de Paris. “En quinze ans, on reprend la main sur le futur !”, s’enthousiasme Philippe Lemoine. Un mot d’ordre, donc, pour que les entreprises et tous leurs collaborateurs participent activement à la réécriture d’un destin commun : agilisez-vous ! L’Atelier de l’emploi L’atelier de l’emploi est un blog de tendances, décryptages, analyses et solutions pour l’emploi édité par Manpower Group. Ce double compte rendu des ateliers et conférences portant sur l’avenir du travail organisés dans le cadre de Futur en Seine 2013 est publié en partenariat avec l’expédition Digiwork de la Fing.
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    2. Les outilsnumériques vecteurs d’innovations sociales ? 2. Les outils numériques vecteurs d’innovations sociales ? Julien camacho Paru le 02 Avril 2013 sur fing. tumblr.com le blog de la Fng Le colloque co-organisé par la DIRECCTE IDF, la DGT et la FING le 12 mars dernier proposait un tour d’horizon des transformations du travail liées au numérique, constitué d’interventions de professionnels et d’experts ponctués de tables rondes. Le débat s’ouvrait sur les risques et les opportunités que ces évolutions impliquées pour les conditions de travail de demain. Vous trouverez le compte-rendu de ces échanges sous la forme de 4 articles – libres - analysant les propos des intervenants et les réactions-questions du public. Voici présenté ici le premier de cette série d’articles portant sur la première table ronde et réunissant les participants suivants : >>    Philippe Vogin, Groupe Renault >>    Jérôme Introvigne, Groupe Poult >>    Olivier Jouan, Scop Port-Parallèle >>    Michel Lallement, CNAM Le thème de la table ronde inaugurale portant sur le « renouvellement du cadre de travail » était l’occasion de questionner l’intégration des outils numériques dans la sphère professionnelle. Les expériences relatées par les organisations présentes (de grande ou de petite taille, ancienne ou émergente) mettaient à jour des approches très différentes où le numérique était tantôt le vecteur, tantôt le porteur de nouvelles aspirations au travail. Les reconfigurations à l’œuvre dans le travail et son organisation ouvraient sur un questionnement plus large se rapportant aux enjeux socio-économiques qu’impliquent la diffusion et la démocratisation des TIC. Les entreprises intègrent et s’approprient de manière différenciée, selon leur typologie, les outils numériques. Un groupe industriel de la taille de RENAULT n’évalue pas les opportunités et les risques que représentent les TIC comme peut le faire une Coopérative d’Activité et d’Emploi - SCOP de 150 collaborateurs, ou la biscuiterie POULT qui emploie 1300 personnes. Les trois premières interventions se présentaient donc comme des Articles Page 42 exemples saisissants de la manière dont des collectifs de tailles et de formes différentes s’approprient les TIC dans leur environnement de travail. Philippe Vogin, responsable des conditions de travail du groupe Renault a dressé le bilan de la réflexion interne que la diffusion progressive du télétravail avait générée chez RENAULT. L’approche se focalisait en priorité sur les conséquences de l’utilisation croissante des TIC sur la santé au travail, et évoquait la nécessité d’en cadrer les enjeux juridiques et managériaux, de stabiliser un rapport vie privée/vie professionnelle en tension, et d’accompagner au plus près les situations de télétravail. Olivier Jouan, gérant de la Coopérative d’activité et d’emploi “Port Parallèle”, mettait en avant les possibilités de gestion souple et démocratique qu’autorisent les TIC pour le modèle entrepreneurial coopératif. La mutualisation des services métiers aux “coopérateurs” (i.e. membres de la scop), et la collaboration à distance s’avèrent indispensables pour rendre opérantes les valeurs du collectif et le partage des responsabilités. Pour O. Jouan, la perspective d’une économie de la contribution, à laquelle les principes coopératifs correspondent, est rendue envisageable par la diffusion des TIC. Le groupe POULT apparaissait comme la synthèse d’une entreprise industrielle et d’une forme d’organisation souple et horizontale. Les cadres traditionnels sont largement remis en question ici : l’entreprise est vue comme une plateforme d’innovation et les outils numériques comme solutions pour parvenir à instaurer un système participatif d’amélioration continue et d’intelligence économique. Les réflexions menées sur les capacités d’adaptation du groupe dans un contexte économique concurrentiel fort ont été l’occasion de remettre à plat l’organisation du travail. Les choix du décloisonnement des silos fonctionnels, de la « déhiérarchisation » et de la démocratisation des processus décisionnels, de l’autonomisation des opérateurs, reflètent la logique d’une démarche d’hyper-innovation d’organisation et de Page 43 ArticleS 2. Les outils numériques vecteurs d’innovations sociales ? production. Enfin, à l’occasion d’une présentation sur les fonctionnements des Hackerspaces ou FabLab[1] – véritables espaces d’innovations sociales et technologiques -, le sociologue du travail Michel Lallement est revenu sur les origines de ces lieux, à la source de l’utopie numérique[2]. On peut considérer en effet que les premières expériences de bricolage informatique au fond des garages - à la façon de Steve Jobs - qui se sont développées en Californie à partir des années 70 sont fondatrices de l’idéologie de ces “nouveaux lieux de production”. Or ce sont des espaces physiquement situés (on sort de la mythologie de la dématérialisation) expérimentant des formes de partage des savoirs, d’auto-fabrication numérique, et de production flexible personnalisée, rendues envisageables par les TIC. Le sociologue met en exergue les enjeux du travail du point de vue des valeurs hackers, que sont le plaisir au travail, l’efficacité (hack en anglais signifie à la fois un geste simple et efficace), et la vision de l’acte de travail comme œuvre ou ouvrage d’art (la distinction entre l’artiste et l’artisan s’estompe). Il nous rappelle notamment que l’apparition de ces initiatives aura été le lieu des premières tensions entre l’exploitation marchande des TIC et le développement d’une communauté du libre. On voit que le sujet l’inclusion des TIC dans les modes de travail, tout en nourrissant les réflexions sur les conditions pratiques de leur diffusion et de leur utilisation, ne laisse pas de questionner, à un niveau plus général, les tendances productivistes de nos sociétés et l’organisation du travail qu’elles engendrent. L’outil numérique apparaît comme le catalyseur de nouvelles aspirations individuelles et collectives dans le rapport au travail. Retrouvez les articles relatant la suite des débats cette semaine sur le réseau social de la fing. >>    [1] Voir l’ouvrage de Fabien Eychenne, aux éditions FYP ‘la fabrique des possibles” : Fab Lab : L’avant-garde de la nouvelle révolution industrielle >>    [2] Voir l’ouvrage de Fred Turner, aux éditions C&F Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence - http://cfeditions.com/Turner
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    3. Productivité ouinnovation, faut-il choisir ? 3. Productivité ou innovation, faut-il choisir ? aurialie jublin Paru le 27 Février 2013 sur fing.tumblr.com le blog de la Fng On sait bien que l’innovation et les progrès techniques ont permis d’augmenter la productivité des salariés au cours de siècles passés. En posant la question « Productivité ou innovation, faut-il choisir ? », je fais référence à la publication sur All Things D d’un mémo interne du responsable RH de Yahoo, qui a jeté un froid chez les adeptes du télétravail. En effet, à partir de juin, il est demandé à tous les travailleurs à distance de réintégrer les bureaux de Yahoo pour permettre aux salariés d’”être physiquement tous ensemble”, mais aussi parce que “la rapidité et la qualité sont souvent sacrifiées quand nous travaillons de la maison” (certains voient dans cette annonce, un moyen de provoquer un certain nombre de départs, qui ne seront pas appelés “licenciements”). Comme le rappelle un article du New York Times, Google et Facebook ne généralisent pas le télétravail mais le permettent au cas par cas. Ils préfèrent en effet garder captifs leurs salariés sur leurs lieux de travail, en leur fournissant plusieurs services utiles et/ou ludiques (nourriture gratuite, salle de sport, …), permettant ainsi “les interactions et les expériences” entre les salariés, souhaitées par la direction de Yahoo : “Certaines des meilleures décisions et idées viennent des discussions dans les couloirs et à la cafétéria, des nouvelles rencontres et des réunions improvisées.” Mais le New York Times pose bien la question induite par cette décision (“whether the ability to work from home, and other flexible arrangements, leads to greater productivity or inhibits innovation and collaboration”) : la possibilité de travailler à la maison, et les autres arrangements flexibles, mènent-ils à une plus grande productivité (du fait d’une meilleure concentration, de la non perte de temps dans les transports, d’une meilleure gestion de ses temps professionnels et personnels) ou bien freinent-ils l’innovation et la collaboration ? C’est vrai que seul chez lui, le salarié pourra difficilement participer au tournage de la version “Harlem Shake” de Articles Page 44 son organisation, ce grand moment de créativité et de partage qui a remplacé le ringard Lip dub. Mais finalement, la principale crainte de nombreux employeurs envers leurs salariés télétravailleurs est souvent que ces derniers se la coulent douce, à regarder tous les “Harlem Shake” du monde. Or, un salarié qui a décidé de ne pas travailler saura parfaitement le faire en étant dans les locaux de son organisation (Absolument dé-bor-dée de Zoé Shépard en est un exemple). Tout n’est qu’une question de confiance entre le salarié et son employeur. Mais c’est plus facile à dire qu’à mettre en place… Bon, moi, maintenant, je vais finir de lire ce très instructif Dilbert ;-) Page 45 ArticleS 3. Productivité ou innovation, faut-il choisir ?
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    4. Les données: quels effets sur le monde du travail ? 4. Les données : quels effets sur le monde du travail ? rafael millan Paru le 03 Avril 2013 sur fing. tumblr.com le blog de la Fng Le colloque co-organisé par la DIRECCTE IDF, la DGT et la FING le 12 mars dernier proposait un tour d’horizon des transformations du travail liées au numérique, constitué d’interventions de professionnels et d’experts ponctués de tables rondes. Le débat s’ouvrait sur les risques et les opportunités que ces évolutions impliquées pour les conditions de travail de demain. Vous trouverez le compterendu de ces échanges sous la forme de 4 articles – libres - analysant les propos des intervenants et les réactions-questions du public. Voici le troisième sur la thématique “L’entreprise et ses salariés face au déferlement des données : un modus vivendi est-il possible ?”, dont les intervenants étaient : >>    Daniel Ratier, DGT >>    François Bancilhon, Data Publica >>    Sophie Vullier-Tavernier, Cnil >>    Georges Epinette, CIGREF, Groupe Les Mousquetaires Une conséquence directe de l’informatisation des entreprises est que n’importe quelle organisation produit, stocke, récolte un très grand nombre de données pouvant potentiellement aider à mieux comprendre son activité. Cette deuxième partie du colloque avait pour objectif d’analyser l’impact de ce déferlement de données sur le monde professionnel. Au cours des échanges est apparue très vite une tension entre le potentiel des données en termes d’analyse et performance, et des inquiétudes concernant la vie privée, la gouvernance des données et l’identité des individus. Comme l’a expliqué François Bacilhon, fondateur de la Start-up Data Publica, la donnée a de plus en plus de volume, de vitesse et de variété. Cela génère de nouveaux besoins en termes de traitement de ces données, et donc de nouveaux métiers. En effet, les datas ont un énorme potentiel. Plusieurs cas ont été exposés pendant la table ronde. Par exemple, les données des moteurs de recherche peuvent aider à prédire le taux de chômage avant même que les chiffres officiels ne soient publiés. Ou bien, les grandes surfaces peuvent utiliser les données afin de prédire des Articles Page 46 comportements très précis sur leurs consommateurs. Mais cela n’est pas sans soulever aussi un certain nombre de problèmes. Pour Georges Epinette directeur des systèmes d’informations du groupe Des Mousquetaires et membre du CIGREF, l’utilisation des données doit être équilibrée, c’est-à-dire que la performance pouvant être apportée par les données ne doit pas être un prétexte pour justifier tous les usages. En effet, la donnée est soumise à des enjeux juridiques, de gouvernance, de responsabilité et de protection des données personnelles. Sophie Vuiller-Travernier directrice de la prospective à la CNIL s’est questionnée quant à la préservation de l’humain dans l’utilisation des algorithmes prédictifs ou de prise de décision. Il est possible, par exemple, de se faire refuser un prêt d’après une analyse algorithmique (crédit scoring). A cela, François Bacilhon a précisé qu’il était possible de documenter, auditer ou corriger des algorithmes, à différence de certains critères « humains » de prise de décision, impossibles à analyser à cause de leur subjectivité. La question de l’usage des données dans et par l’entreprise recouvre des problématiques larges et complexes, qui ne doivent pas être prises seulement sous l’angle de la régulation, des restrictions. Le pôle d’innovation et prospective de la CNIL a justement pour but d’anticiper et de comprendre les transformations numériques dans leur dimension actives et pro-actives. En ce qui concerne la donnée, la Cnil n’a pas encore pris de position tranchée. Elle remarque, cependant, une augmentation des plaintes dans le monde professionnel : 6 000 par an, soit une croissance de 10 à 15 %. En premier rang se situent les plaintes sur la vidéo-surveillance (donc pas nécessairement liées à la « data » telle qu’on l’a entend dans ce colloque). Cependant, en 2e et 3e place on retrouve les plaintes concernant la géolocalisation et le droit d’accès aux dossiers des entreprises ; on voit donc que les données font partie des inquiétudes des salariés. Page 47 ArticleS Grâce aux témoignages apportés pendant cette table ronde, on identifie un enjeu essentiel d’encadrement et de protection de certains principes de vie privée et d’identité humaine, tout en valorisant la capacité des données d’assister les entreprises dans la compréhension des comportements liés à son activité économique. Ces enjeux pourraient redoubler aussi face au développement des interfaces sensorielles et à la sophistication des interfaces hommemachine ou cerveau-machine. Si la plupart de ces outils sont encore en phase de recherche et développement, précise Daniel Ratier de la Direction générale du Travail, certains sont déjà intégrés aux entreprises, avec des effets parfois assez négatifs observés (voice picking), où l’humain devient le maillon d’une chaîne robotisée. 4. Les données : quels effets sur le monde du travail ?
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    5. Attention, uneentreprise virtuelle peut en cacher une autre... 5. Attention, une entreprise virtuelle peut en cacher une autre… Amandine Brugière/ Aurialie Jublin/ Jacques-François Marchandise Paru en Novembre 2013 dans la revue Personnel n°544 de l’ANDRH L’entreprise n’est plus un univers clos, fermé sur lui-même. Voilà qui ne fait plus de doutes pour personne, tant la presse s’empare régulièrement de ces sujets. La conception «moderne» du travail et de l’entreprise, héritée de la révolution industrielle, ne reflète plus la réalité des pratiques actuelles, ni le vrai visage des organisations. Mais qu’est-ce que l’entreprise aujourd’hui ? Qui peut dessiner le contour réel de l’activité productive d’une organisation, incluant les interactions qui se tissent entre les collaborateurs et l’extérieur - partenaires, sous-traitants, consultants, clientscontributeurs ? Comment représentet-on aujourd’hui les frontières d’une entreprise et ses «actifs» - pas seulement financiers ? A l’heure des réseaux sociaux et R.S. d’entreprise, de l’explosion de l’équipement numérique individuel, de la traçabilité des usages et des données, il devient paradoxalement de plus en plus difficile de définir le périmètre des entreprises. Celui-ci serait-il devenu essentiellement virtuel ? Ou est-ce le terme même d’entreprise qui serait dépassé ? C’est une question que nous nous sommes posés dans le cadre de l’Expédition DigiWork de la FING L’entreprise virtuelle à l’entreprise étendue Depuis le début de l’informatisation des entreprises à aujourd’hui, de grandes évolutions technologiques se sont succédées. D’abord le réseau local puis l’EDI (échanges de données informatisées), la gestion de données, puis l’apparition des progiciels de gestion intégrée, des workflow, des groupware, des CRM - gestion de la relation client, de l’Internet, des sites web. Aujourd’hui l’entreprise fraye avec le cloud computing, les systèmes embarqués, les puces RFID et les objets communicants, les réseaux sociaux d’entreprises… L’informatisation/ numérisation s’est étendue à toute la chaîne de valeur. Le numérique a outillé les manières d’organiser le travail et de le contrôler, les manières de produire et de commercialiser, de communiquer, générant beaucoup de changements. En 40/50 ans, l’entreprise se serait-elle donc complètement virtualisée ? Articles Page 48 Page 49 ArticleS L’entreprise au-delà d’elle-même Par le terme de « virtualisation », on se figure un double numérique, fidèle, par sa taille, aux frontières de l’entreprise. Or, si une part grandissante des actifs s’est dématérialisée, et est stockée sur des serveurs distants (le cloud), -- les rendant disponibles en tout lieu, en toute heure --, cela a eu surtout pour effet un éclatement des process. Le coeur de l’activité s’est moins enfui dans les nuages qu’il ne s’est « saucissonné », compartimenté (« unbundling »), facilitant alors l’externalisation, la sous ou co-traitance. L’entreprise constituait un ensemble, qui s’est petit à petit dissocié, au profit d’un éco-système d’organisations, pour plus de réactivité et de productivité. Dans son ouvrage Benetton ou l’entreprise virtuelle, Frédéric Fréry décrit l’entreprise virtuelle comme l’entreprise capable d’intégrer de façon horizontale (co-traitance) d’autres entreprises pour réaliser - en temps réel si besoin - une chaîne de production. Le terme de virtuel, repris de l’expression « mémoire virtuelle » désigne d’ailleurs la possibilité de solliciter des capacités supplémentaires. Cela conduit à des réseaux souples d’entreprises, interdépendantes, mais juridiquement et financièrement séparées. Ainsi, Benetton, exemple éloquent, est constitué de « près de 10.000 sociétés. 90 % de la production sont confiés à 450 sous-traitants de la région de Trévise (Vénétie), la distribution est assurée par 7.000 boutiques indépendantes, rassemblées par zones géographiques sous la responsabilité d’un peu moins de cent agents autonomes, et les modèles sont conçus par des designers free-lance ». (http:// www.lesechos.fr/formations/ manag_info/articles/article_4_9.htm) Cela n’est possible bien sûr, que grâce à des capacités de mise en réseau, de communication en temps réel, de partage sécurisé d’informations et des données, et d’un réseau logistique. Plutôt que virtuelle, l’entreprise contemporaine apparaît donc surtout considérablement étendue et poreuse… L’activité productive étendue à un réseau d’entreprises est une réalité éprouvée dans les industries textile, aéronautique, automobile, la grande distribution… Le champ de l’économie numérique n’est pas épargné, avec son lot d’entreprises dissociant l’activité de conception d’un côté (concentrée aux Etats-Unis ou en Europe…) et de production de l’autre (déployée en Asie…). Mais il recèle aussi d’exemples encore plus surprenants d’activité de production dépassant largement les frontières de l’entreprise et questionnant même cette appellation. Ainsi en va-t-il des « plateformes », et pour les plus connus d’entre elles : l’App Store d’Apple et Google Play. La puissance de ces plateformes, et leur modèle économique, reposent sur la production par « d’autres » d’applications: qu’ils soient contributeurs, usagers, entreprises extérieures, entrepreneurs, etc. En juillet 2013 l’App Store comptabilisait plus de 900 000 applications, payantes ou gratuites, qui auraient nécessité des milliards d’investissement si Apple avait voulu les produire par lui-même. Dans un genre assez proche, on voit apparaître des sociétés n’ayant officiellement plus (ou très peu) d’employés, à l’instar de l’entreprise canadienne Sensorica. Celle-ci fonctionne grâce à l’apport de contributeurs extérieurs, rémunérés à partir du moment où les contributions, d’abord évaluées par les pairs, sont commercialisées. On voit aussi apparaître des productions de biens et de services s’effectuant hors de tout cadre d’entreprise ou même d’organisation. Ainsi en est-il du projet Wikispeed, porté par une quarantaine de bénévoles, réunis suite à l’appel de l’ingénieur américain Joe Justice sur les réseaux sociaux. Ce groupe a récemment réussi l’exploit de produire une voiture – en open source – moins cher, moins polluante, moins consommatrice d’essence. Inspiré des modes de productions agiles informatiques, cette initiative n’a pas encore trouvé son statut juridique – le statut d’ONG lui ayant été refusé sous prétexte que la production automobile impliquait un but lucratif… A sa manière, le logiciel libre montre depuis plus de 20 ans la capacité d’indi- 5. Attention, une entreprise virtuelle peut en cacher une autre... vidus – qui ne se connaissent pas, et ne sont pas situés dans un même lieu géographique - à produire collectivement des biens informationnels. Le caractère de bien commun concédé à ces productions par les licences GNU-GPL n’empêche pas leur utilisation dans un cadre de prestations de services. Ces productions collaboratives peuvent donc aussi être source de revenus pour des tiers. Derrière ces exemples, que l’on pourrait multiplier, se cache un fait nouveau que les auteurs de l’Âge de la Multitude, Nicolas Colin et Henri Verdier, analyse de la façon suivante : « la principale dimension de la révolution numérique est la puissance désormais à l’œuvre à l’extérieur des organisations, la puissance des individus éduqués, outillés, connectés, la puissance de ce que nous appelons la multitude. Parce qu’elle leur est extérieure, cette puissance échappe aux organisations. Parce qu’elles doivent apprendre à capter cette puissance, les organisations vont devoir apprendre à concevoir de nouvelles stratégies et à en assumer les conséquences radicales. (…) Toutes ces transformations, ces accélérations et ces redistributions du pouvoir créatif nous ont fait changer d’ère industrielle ». Redonner un cadre juridique à « l’activité collaborative productive inventive » A l’ère du numérique, les manières de travailler et de produire collectivement changent, (voir à ce sujet la cartographie réalisée dans le cadre de l’expédition DigiWork). « L’activité collaborative productive inventive » ne se décrète plus – seulement – au sein d’organigramme rigide : elle se « favorise », elle se capte au cœur d’interactions de travail, qui peuvent largement dépasser les frontières de l’entreprise. Ce qui n’est pas sans soulever de tensions : >>    sur le management et la gouvernance d’entités étendues, composées d’éléments internes et externes ; >>    sur la propriété intellectuelle et le droit d’exploitation des productions collaboratives; >>    sur la confiance, la sécurité des
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    5. Attention, uneentreprise virtuelle peut en cacher une autre... données ; >>    sur le partage de la valeur et la rémunération des « contributeurs ». Il ne fait plus doute que l’entité « entreprise » est amenée à changer, dans ses objectifs – pas seulement lucratifs – dans sa gouvernance et ses modes de dialogue social, pour inclure l’ensemble des contributeurs – internes / externes / mobiles / sédentaires ; dans ses modes de partage et de redistribution de la valeur. Dans leur ouvrage Refonder l’entreprise, Blanche Ségrestin et Armand Hatchuel rappellent que l’entreprise se définissait à la fin du 19e siècle comme l’entité capable d’organiser l’activité inventive au sein d’espaces de coopération et de transformation des individus (l’innovation impliquant des apprentissages collectifs sur le long terme). Pour revenir à cette définition originelle, depuis dévoyée, les auteurs en appellent à un nouveau droit pour l’entreprise, à de nouveaux statuts (« la société à objet social étendu ») ou (« l’entreprise à progrès collectif »). Voilà des propositions qui font bouger les lignes ! Reste à savoir ce qui jouera le rôle de levier de transformations… Articles Page 50 Page 51 ArticleS 5. Attention, une entreprise virtuelle peut en cacher une autre...
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    VEille Page 52 Page 53 Veille Nouveauxcollectifs, nouveaux managements 5 conseils clés pour faciliter la mise en œuvre de projets collaboratifs Les Echos des à ses internautes de recommander le meilleur candidat avec à la clef la possibilité de gagner de l’argent. L’analyse des grandes quantités de données – le Big Data – est appelée à révolutionner bien des domaines. L’emploi et les ressources humaines pourraient même devenir l’un de ses premiers terrains d’application, comme l’indique les nombreux exemples cités : Google et son laboratoire des RH People Analysis ; LinkedIn et son service Recruiter qui permet de proposer aux employeurs “les utilisateurs qu’ils devraient embaucher” ; la Bank of America qui utilise des capteurs pour étudier les mouvements et les interactions de ses employés et comprendre ainsi la façon dont ils travaillent et interagissent ; … Réflexions sur l’entreprise et l’environnement de travail de demain La Tribune Entreprise 2.0 Tout le monde veut innover. La plupart des entreprises sont convaincues de le faire. Et pourtant, le doute est permis : savons-nous ce qui distingue les innovateurs (individus et entreprises) des autres ? Internetactu.net #Algorithmes #Données #RH RH, pourquoi (et comment) Big Data va révolutionner votre façon de recruter ! que les outils collaboratifs lui seront vraiment utiles. Innover, c’est désobéir #Ecosystème #Espace de collaboration #Réseau Frédéric Cavazza a fait une synthèse du rapport de PSFK «Future of Work» sur les changements organisationnels et culturels dans les environnements de travail. Les grandes thématiques sont les suivantes : écosystème de prestataires ou indépendants pour développer son activité ; flexibilité des espaces physiques, imbrication des espaces de collaboration physique, mobile et virtuel ; mise en place de réseau d’apprentissage, de formation et de capitalisation des connaissances ... Des pistes de réflexion et des liens accompagnent cette synthèse. #Innovation Exemple pratique de l’utilisation et l’exploitation des données dans une entreprise pour améliorer le recrutement et diminuer le turnover. Recrutement: coopter et gagner de l’argent FranceInfo #Recrutement #Réseaux sociaux C’est une des nouvelles techniques de recrutement qui arrivent en France: la cooptation sur les réseaux sociaux. Le site «My Job Compagny» propose Les 9 types de collaborateurs selon CentralDesktop CentralDesktop #Collaboratif #Infographie Vous êtes à peu près sûrs de vous reconnaître dans un des personnages décrits dans cette infographie : que ce soit dans l’expert (qui connaît toutes les bonnes pratiques collaboratives de la structure), le meneur (qui aide les membres de son équipe à finaliser leur trouvaille), dans l’»homme (ou femme) des silos» (qui aime travailler seul) ou encore dans le sceptique à qui l’on doit prouver Harvard Business Review La DRH en 2020: 6 prédictions audacieuses Dokker.com #RH La DRH est condamnée. Il n’existe pas de futur viable pour la fonction RH et les professionnels de la RH seront inévitablement remplacés par des logiciels. Du moins c’est ce que certains affirment. Facebook fait beaucoup parler, et est abonné à la une des magazines et des quotidiens pour ses frasques boursières ou la façon dont le réseau social réinvente les liens sociaux. Mais peut-être passons nous à côté de ce qui fait le succès de la compagnie, sa culture interne d’innovation. Le gouvernement autorise le portage salarial mais lui rogne les ailes Zevillage Management RH de Google : Top 10 des pratiques innovantes Journal du net #Management #RH Contrairement aux leaders de leurs marchés qui doivent leur réussite à une longue existence, la réputation de leurs produits/services, ou à des acquisitions stratégiques, le succès de Google est dû à la gestion de son capital humain. #Ecosystème #Intermédiaire #Portage salarial L’accord paritaire de 2010 sur le portage salarial, pratique qui consiste pour des entreprises, jouant un rôle d’intermédiaire, à salarier un individu effectuant une mission pour une autre société, est devenu applicable samedi, avec la publication au Journal Officiel d’un arrêté du ministère du Travail. Un dispositif malheureusement réservé aux cadres, avec un plancher de salaire élevé. managérial en levier de croissance. Havard Business Review Voilà dix ans que nous sommes entrés dans l’ère des réseaux sociaux, véritable phénomène de société, l’engouement du public pour ces plateformes virtuelles d’interactions a progressivement suscité l’intérêt des entreprises. Elles y ont vu un levier de communication personnalisable peu onéreux, mais l’adoption de stratégies de communication cohérentes reste tributaire des outils informatiques, et de l’organisation interne des entreprises. Internal #Culture interne #Innovation #Réseau social MyRHLine.com #Données #Recrutement Une collaboration réussie entre le monde académique et les entreprises doit favoriser le transfert de technologie et ainsi créer un écosystème de l’innovation performant. David Simplot-Ryl, directeur du centre de recherche Inria Lille - Nord Europe (un acteur membre du réseau J’Innove en Nord-Pas-de-Calais) délivre ses 5 conseils clés pour faciliter la mise en œuvre de projets collaboratifs. Inside Facebook’s Innovation Culture Media #Communication #Réseaux sociaux #Collaboratif L’emploi à l’épreuve algorithmes Five Reasons Social Won’t Consolidate Pôle emploi ouvre une passerelle vers Viadeo Le Monde Informatique #Recrutement #Réseaux sociaux Viadeo et Pôle emploi ont conclu un partenariat pour développer l’usage des réseaux sociaux professionnels chez les demandeurs d’emploi et fluidifier la diffusion des offres d’emploi et des CV. Un partenariat avec l’Apec et Viadeo existe depuis janvier 2010. Chez Expectra, les candidats peuvent postuler en 1 clic avec Viadeo, LinkedIn et Doyoubuzz ! Distinguer la société des mythes par l’analyse des réseaux sociaux Recrutement mobile et sociale Internetactu.net Expectra permettait aux candidats de répondre à leurs offres via leur profil Viadeo depuis 1 an et vient donc d’élargir les possibilités de postuler à un poste. Mais la réponse classique avec envoi de CV gagne largement le match face aux réseaux sociaux pour le moment, puisque sur un an et près de 400.000 candidatures, moins de 7% ont postulé via leur profil Viadeo. #Réseaux sociaux Les réseaux sociaux sont à la mode, mais ils ont toujours existé, et les mathématiques s’y intéressent depuis quelques années déjà… Mais peut-on utiliser la théorie des réseaux pour examiner des rapports sociaux très anciens, et, en allant plus loin encore, concernant des univers au moins partiellement imaginaires ? Et que peuton en tirer ? #Recrutement #Réseaux sociaux L’adoption des RSE et plateformes collaboratives progresse lentement Isaac Getz : « L’organisation où les salariés sont libres vaincra toujours les concurrents traditionnels Entreprise 2.0 Collaboratif-info.fr Frédéric Cavazza fait une synthèse de 4 études sur le sujet, qui sont peu réjouissantes au final. Sa conclusion : si les entreprises se targuent d’un déploiement de solutions modernes (RSE, accès mobile…), elles sont beaucoup moins volontaires pour initier une mutation en profondeur des habitudes de travail. Ce qui manque le plus est la mise en place d’une réelle dynamique de changement où la direction et le middle management ex- #Autonomie #Management Professeur à l’ESCP et co-auteur de « Liberté & Cie, Quand la liberté des salariés fait le bonheur des entreprises », Isaac Getz est spécialiste de l’innovation et du leadership libérateur. Il propose aux entreprises et à leurs dirigeants une méthode pour repenser et transformer leur modèle #Collaboration #Management #Réseau
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    VEille Page 54 Nouveauxcollectifs, nouveaux managements pliquent, stimulent et participent de façon active à la transformation des outils et processus métiers. Two People Doing The Same Job? It’s Not Crazy For Engineers Fastcompany Co.Labs Infographie de l’enquête d’Expectra sur les tendances RH 2012 L’énorme potentiel de LinkedIn, le «Facebook sérieux des pros» Le Nouvel Observateur #Liens #Réseaux sociaux Embaucher deux personnes pour faire le même travail semble absurde et c’est pourtant ce que font de nombreuses entreprises développant des logiciels, afin d’accroître la productivité et réduire les coûts. Cette pratique, appelée «pair programming», augmente l’innovation en forçant les développeurs à discuter leurs idées, verbaliser leurs solutions, découvrir des aspects d’un problème qu’ils n’avaient pas vu au 1e abord, … avant de taper la 1e ligne de code. Retour sur l’enquête menée par FaberNovel sur LinkedIn, le réseau social qui génère le plus de revenus par heure passée sur le réseau, dont les membres ont la plus grande valeur (théorique), qui est aussi une vrai plateforme «business», et dont l’ambition est de «créer la carte numérique de l’économie globale, en identifiant les connections entre les gens, les métiers, les compétences, les entreprises et le savoir professionnel - et montrer en temps réel les tendances liées aux opportunités économiques». Your New Algorithm Les réseaux sociaux en Europe: amis ou ennemis de l’économie? #Collaboration #Productivité Secretary: An The Wall Street Journal MyEurop #Algorithme #Productivité #Relations de travail #Collaboration #Productivité #Recrutement #Réseaux sociaux Des start-ups créent des logiciels qui cherchent à améliorer la vie des employés. Ainsi le logiciel RelateIQ recueille constamment des signaux de données pour déterminer si les relations de travail avec des partenaires internes ou externes se refroidissent ; Sociometric Solutions utilise une méthode proche pour améliorer les conversations. tenXer gère les modifications de code et les heures passées en réunion pour aider à mieux maîtriser sa productivité. Yesware tente d’améliorer la productivité par e-mail. D’après certaines études, les réseaux sociaux distrairaient les salariés de leur travail et seraient ainsi responsables de pertes faramineuses pour les économies des États. D’autres affirment qu’ils permettraient d’augmenter la productivité des employés en améliorant la communication et la collaboration entre eux. Quant aux employeurs, ils s’en servent de plus en plus pour leur recrutement. Les réseaux sociaux, pas vraiment un ennemi de l’économie. Vers la fin des hackathons ? Infographie : Les tendances RH 2012 Expectra #Infographie #RH 01net #Coproduction #Innovation #Interne/Externe Conclusion de l’article : «Le hackathon brouille les repères traditionnels de l’innovation fermée qui imprègne encore la culture organisationnelle de nombreuses entreprises. Mais passé le week-end, le hackathon va permettre de faire la preuve de faisabilité de l’innovation ouverte, il va révéler tout le potentiel d’une démarche de collaboration avec des partenaires externes. Le hackathon devient alors un levier puissant d’évangélisation interne dans l’entreprise.» Unilever systématise co-création la L’Usine digitale #Coproduction #Créativité #Réseau Les clients n’ont pas qu’un avis, ils ont aussi des idées. Unilever est bien décidé à en systématiser la collecte pour l’aider à innover. Pour ce faire, il a signé un accord-cadre avec la plate-forme en ligne d’Eyeka, une start-up française qui fédère, dans 150 pays, quelque 250 000 membres prêts à participer à des concours de créativité. Ludification : technique de management ou simple outil de communication Les Echos #Ludification #Management Depuis une décennie, accentués par le développement des entreprises du net, de nouveaux modes de management ont émergé transformant profondément les relations interindividuelles et hiérarchiques au sein de nombreuses organisations. Un exemple est l’apparition de la ludification qui tend à transformer les espaces communs de l’entreprise en un espace de détente et de divertissement. Comment comprendre et optimiser l’entreprise « agile » Gpomag Page 55 Veille #Connaissances #Partage Alors que les applications mobiles professionnelles ne cessent de se développer, il est primordial d’optimiser l’information des connaissances, sa gestion, son partage, son accès ou sa diffusion à tous les collaborateurs de l’entreprise. 100% web, 100% mobile : l’entreprise sans frontières Manpowergroup #Frontières #Management #Organisation « Les mutations de l’IT pour l’entreprise digitale » : le titre de la convention CRIP de cette année souligne l’étroite imbrication des transformations technologiques et du changement managérial au sein de l’organisation 2.0 - un concept hier encore un peu nébuleux, auquel la réalité quotidienne de l’entreprise donne aujourd’hui un contenu complexe mais très concret. Le recrutement non-cadre est l’avenir du recrutement RmsNews #Recrutement #Réseaux sociaux Est ce que le recrutement non-cadre sur internet existe aujourd’hui ? Le recrutement cadre a lui atteint une certaine maturité avec les sites emploi ou sur les réseaux sociaux (près de 60% à 70% des cadres ont un profil sur 1 réseau social professionnel). Mais qu’en est-il pour les non-cadres ? Manque de moyens, faible connexion, pas d’adresses mail…autant de raisons qui ont vu ce marché décoller si tardivement malgré de nombreuses tentatives. RH et réseaux sociaux : retour à la réalité ! Les Talents d’Alex #Compétence #Réseaux sociaux Nouveaux collectifs, nouveaux managements Comment les entreprises et leur DRH se saisissent ou pas des réseaux sociaux comme un outil potentiellement efficace pour la découverte de talents. Trois profils-type ressortent de la table ronde organisée par l’IGS FC Lyon à laquelle se sont succédés une quarantaine de RH.
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    Page 56 Page 57 4.Nouveaux espaces, nouvelles temporalités ARTICLES 58/65 VEILLE 66/67 Les collaborations professionnelles sont constamment hybridées d’interactions physiques et numériques, de présentiel, de mobilité. L’ubiquité des réseaux participe à l’interpénétration des différents temps de vie (professionnel, personnel, de loisirs, familial). Il en résulte un éclatement des frontières spatio-temporelles des organisations, une recomposition de l’immobilier de bureau, et de la géographie des entreprises. Le temps de travail est plus difficile à mesurer. Désormais, le temps et l’espace ne sont plus les principaux critères d’encadrement et de contrôle du travail.
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    Articles Page 58 Page59 ArticleS des clients ou partenaires. 1. Les espaces de coworking, une tendance qui se confirme julien camacho Paru le 02 Juillet 2013 sur fing.tumblr.com le blog de la Fng Le phénomène du coworking connaît un essor rapide, au point d’être évoqué dans chaque discussion sur les évolutions récentes du travail. Les espaces de travail partagés composent, avec les télécentres mais aussi les pôles de mobilité, les cafés et tous les espaces proposant une connexion WIFI, la nébuleuse des « tiers-lieux » qui forme le chemin connecté entre nos domiciles et les entreprises. Le nombre de ces espaces partagés a connu une progression exponentielle dans le monde depuis 2006, passant ainsi de 1130 à 2150 lieux entre 2011 et 20121. L’hexagone se classe au 6ème rang mondial avec 121 lieux en activité, derrière l’Allemagne (230), l’Espagne (199), et l’Angleterre (154). Les Etats-Unis, pays pionnier, compte pas moins de 750 espaces de ce type sur son territoire, mais, à comparer au plan continental, on en dénombre 25 % de plus en Europe qu’en Amérique du nord. Même si l’on voit se développer des initiatives similaires en milieu rural, qui revêtent plutôt la forme de télécentres et s’adressent essentiellement aux télétravailleurs, la quasi totalité des espaces de coworking se situent dans les grands centres urbains qui polarisent l’activité économique. Les villes françaises commencent à suivre le mouvement, avec les régions Ile-de-france, Rhône-Alpes,et Aquitaine en tête, mais de façon très hétérogène. Leur meilleure répartition sur le territoire constitue un des enjeux majeurs d’aménagement pour la région Ile-de-France dont 27 des 31 espaces actuellement actifs se concentrent sur Paris. Une typologie primaire de l’usager moyen nous apprend qu’il s’agit deux fois sur trois d’un homme, âgé de 34 ans, et ayant suivi des études supérieures. Les coworkers sont majoritairement des personnes qui télétravaillaient auparavant de leur domicile, mais la présence croissante de salariés habituellement confinés aux bureaux traditionnels apparaît comme une tendance durable. De l’aveu des personnes interrogées, leur fréquentation régulière de ces tiers-lieux a un impact positif sur l’extension de la sphère sociale et du réseau professionnel, et sur la productivité. Voilà pour la Big Picture, mais qu’en est-il du terrain, des formes que prennent les espaces partagés de travail, des pratiques et des usages qui s’y cultivent et en émergent. Grâce au coworktour organisé récemment par La Fonderie (agence numérique IdF), l’occasion nous a été donné d’être accueillis dans quelques d’espaces de coworking franciliens et de rencontrer leurs fondateurs et fondatrices. Tentons une synthèse des particularités et des traits communs qui constituent les caractéristiques et l’identité de ces lieux. Le premier constat concerne la diversité d’aménagement de l’espace physique. En dehors du fait que tous les lieux de coworking se définissent par leur capacité à accueillir des usagers aux pratiques diverses, et de façon plus ou moins temporaires, sur la base d’une mutualisation de l’espace et de l’énergie, on garde surtout à l’esprit que chaque lieu est fondé sur une architecture particulière. On peut privilégier l’espace ouvert décloisonné, constitué du mobilier bureautique minimaliste et modulaire, comme le fait Ici Montreuil. On peut souhaiter l’équilibre entre espaces ouverts et espaces plus intimistes destinés aux discussions comme c’est le cas au Tank ou au Labo de l’édition, ou, à l’image de Soleilles ou de BGE, opter pour des cloisonnements matérialisés qui autorisent les réunions plus formelles, ou les rencontres avec La disposition de l’espace intérieur constitue un choix infléchie par le type de public professionnel auquel il s’adresse. En effet, il est souvent de mise que l’activité d’un espace de coworking corresponde à un secteur économique particulier, voire à une catégorie de métiers connexes. Lap Top ou Studio Singuliers, par exemple, rassemblent des travailleurs de la création et de la conception numérique, designers, graphistes. Le Labo de l’édition, comme son nom l’indique, réunit les acteurs du livre, papier et numérique. On touche ici à la dimension socio-professionnelle des lieux de coworking, et à leur fonction de connecteur. Ils sont souvent le point de convergence ou de mise en relation des différents acteurs d’un écosystème, qui y voient l’opportunité de s’affranchir des cloisons du marché ou de l’entreprise pour penser de nouvelles manières de collaborer, de concevoir ou de mener des projets. Le Tank est adossé à la société Spintank, qui en a fait une sorte d’incubateur, où se rencontrent ses salariés et des indépendants extérieurs, et au sein duquel une approche ouverte de l’innovation prend forme. Ce sont encore des « ressourceries » pour les indépendants en quête de supports stratégique, comptable, financier, juridique, etc… Dans le même sens, certains des lieux se présentent comme des incubateurs de start-up, leur offrant ainsi des loyers relativement modérés, l’accès à un réseau d’intérêt, et la possibilité de trouver des financements. Soleilles et Le labo de l’édition intègrent des espaces entièrement dédiés au démarrage de projets entrepreneuriaux innovants. Leur modèle économique est également différent d’un projet à l’autre, même si les responsables sont unanimes sur le constat que la simple mise à disposition d’un espace de coworking ne produit pas de bénéfices suffisants pour dégager des salaires, avec des abonnements qui se situent dans une fourchette de 290€ à 450€ par mois. Cela pousse les structures à diversifier leur activité, en louant une partie des locaux à des entreprises, en proposant des accompagnements à 1. Les espaces de coworking, une tendance qui se confirme la création de projets ou des prestations de coaching. Certains sont portés par la force publique, comme Le labo de l’édition, mais la plupart sont le fruit de l’investissement privé de ses fondateurs, qui investissent en Europe en moyenne 46500€ dans l’ouverture de l’espace. Ici Montreuil constitue une exception à plus d’un titre, puisqu’il réunit un financement croisé public/privé (un budget total de 500k€), qu’il s’est structuré en SCIC (Coopérative d’intérêt Collectif) en intégrant les collectivités locales dès le portage de projet, et qu’il regroupe une impressionnante diversité de parties-prenantes. L’espace des coworkeurs y cohabite avec des artisans (bois, métal, couture, bijouterie..) qui mutualisent leurs outils, des artistes, des designers, un restaurant, et un espace d’exposition. Le concept du lieu tient en une idée, être capable, sur une semaine, d’avoir une idée et de la vendre. Les acteurs publics se saisissent progressivement de l’enjeu que représentent l’essaimage de ces espaces pour les territoires et les bassins d’emplois. Ils prennent notamment conscience de la relative précarité des modèles économiques qui les supportent, et qui ne permettent que rarement de pérenniser un poste d’animation, pourtant indispensable à leur fonctionnement et à leur développement. Ainsi, le premier appel à projet à la création de tiers-lieux porté par la région Ile-de-France a permis à 14 lieux de bénéficier d’aides (à hauteur de 800k€), et a été reconduit cette année avec une enveloppe proche du million d’euros. L’implication de la force publique s’avère également utile lorsqu’il s’agit de définir un projet à l’échelle d’un territoire, elle apparaît alors comme un entremetteur capable d’initier des synergies économiques cohérentes. Cependant, même si l’acteur public se fait plus présent, de nombreux porteurs de projet considèrent qu’il est primordial que ce mouvement reste de nature privée, associative ou entrepreneuriale, et continue de promouvoir l’innovation ascendante (bottom-up). La multiplication des tiers-lieux se confirme comme une tendance durable, et à laquelle sont liées certaines évolu-
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    1. Les espacesde coworking, une tendance qui se confirme tions et transformations du travail que pointe l’expédition Digiwork menée par la FING depuis février 2013. Le travailleur se fait à la fois, plus mobile, reconfigurant ainsi les frontières et l’organisation de l’entreprise, et mobilisable, à condition que les modes de management l’intègrent comme partie-prenante et pas seulement comme un exécutant. Les modes de management se reconfigurent pour laisser davantage d’autonomie et renforcer la participation aux prises de décisions. La progression des statuts indépendants dans la population active n’est pas qu’une conséquence mécanique de la crise économique, elle indique probablement un changement plus profond dans le rapport au salariat. Si ce dernier a progressé ces cinquante dernières années, et constitue plus que jamais la norme (2), on constate également une progression des statuts indépendants voulue, et pas seulement subie. La chimère du plein emploi s’éloigne encore un peu plus à mesure que le taux de chômage atteint de nouveaux sommets, et la précarisation des parcours professionnels donnent aussi lieu à de nouvelles postures face au travail. La notion d’activité se substitue progressivement à celle de travail, et les évolutions des dernières décennies ayant consacré le basculement vers des carrières composées de plusieurs expériences successives, voient aujourd’hui émerger une tendance à la pluri-activité. Les réflexions et les initiatives sur des rapports renouvelés à la création de valeur et à la rémunération des activités (monnaies complémentaires ou sociales, revenu d’existence), restées jusque-là marginales, se diffusent plus largement et apparaissent comme des éléments de solutions non négligeables. Le travail est au centre de l’organisation sociale et de nos modèles de solidarité, et, à ce titre, nécessite qu’on le pense dans une approche pluri-dimensionnelle susceptible de rendre compte de la complexité des rapports qui s’y articulent. C’est l’objectif que s’est donné la FING en lançant l’expédition Digiwork qui se poursuivra jusqu’à la fin de l’année, et qui sera, d’ici là, jalonnée de nouvelles rencontres et ateliers. Articles Page 60 La Fonderie vient de lancer, lors de l’édition 2013 de Futur en Seine, son projet de cartographie collaborative des acteurs franciliens du numérique. Vous retrouverez tous les lieux cités dans cet article sur cette carte, dont un aperçu est consultable ci-dessous. Repérez l’espace de coworking qui retient votre attention et faites vous votre propre idée. >>    1. Tous les chiffres et les statistiques utilisés dans cet article sont tirés de l’enquête menée annuellement par le magazine en ligne deskmag et du site de l’agence berlinoise deskwanted (Copyrights Creative Commons) >>    2. L’emploi, nouveaux enjeux – INSEE - Édition 2008 Page 61 ArticleS 1. Les espaces de coworking, une tendance qui se confirme
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    2. Le temps,marqueur intemporel de la lutte des classes et des genres ? 2. Le temps, marqueur intemporel de la lutte des classes et des genres ? aurialie jublin Paru le 03 Avril 2013 sur fing. tumblr.com le blog de la Fng Le colloque co-organisé par la DIRECCTE IDF, la DGT et la FING le 12 mars dernier proposait un tour d’horizon des transformations du travail liées au numérique, constitué d’interventions de professionnels et d’experts ponctués de tables rondes. Le débat s’ouvrait sur les risques et les opportunités que ces évolutions impliquées pour les conditions de travail de demain. Vous trouverez le compterendu de ces échanges sous la forme de 4 articles – libres - analysant les propos des intervenants et les réactions-questions du public. Le premier compte-rendu a été publié hier, voici le deuxième sur la thématique “La stabilisation des frontières du temps et des lieux de travail est elle envisageable ?”, dont les intervenants étaient : >>    Anca Boboc, Orange Labs >>    Monique Boutrand, Secrétaire nationale CFDT cadres >>    Patricia Maladry, chef du service de l’inspection médicale du travail >>    Patrick Storhaye, Flexity SAS Président de “La stabilisation des frontières du temps et des lieux de travail est-elle envisageable ? “, telle était la question posée à la 2e table ronde de la matinée. L’usage observé chez les individus au travail de plusieurs comptes mails (perso/pro), de plusieurs téléphones portables, de répertoire différencié entre contacts pro et contacts perso, semble traduire la volonté explicite de séparer les sphères privées et professionnelles. Pourtant les interventions ont montré une grande disparité des profils dans la façon de gérer les temps de la journée. Ce clivage n’est pas sans rappeler celui qui existe entre les travailleurs et le patronat depuis l’instauration du travail moderne, caractérisé notamment par la mise en place de l’horloge sur le lieu de travail (le temps étant indiqué par le soleil ou les marées avant le XVIIIe siècle), l’abandon du travail à domicile, la spécialisation des taches, … Anca Boboc, sociologue du travail chez Orange Labs explique en effet que la manière dont les travailleurs appréhendent la gestion de leurs temps professionnel et personnel s’explique par Articles Page 62 Page 63 ArticleS différents facteurs : âge, profession, sexe, organisation du travail, temps de transport, structure familiale, niveau d’équipement… Ainsi, selon les enquêtes qu’elle a menées, le portrait type du télétravailleur, est le suivant : homme entre 30 et 49 ans, cadre dans une grande entreprise (+ de 1.000 salariés) du secteur des télécoms, vivant dans une grande agglomération. Mais paradoxalement, le débordement de la vie professionnelle dans la sphère privée (comme par exemple, regarder ses mails professionnels le dimanche soir) est plus important chez les femmes managers encadrant, précise Monique Boutrand, secrétaire nationale de la CFDT Cadres. Les femmes passeraient une grande partie de la journée à gérer les autres et termineraient alors leur “vrai” travail le soir. Cette situation n’est pas nouvelle, comme nous l’a rappelé Anca Boboc : depuis des siècles, les femmes sont en effet des “amortisseurs temporels” dans la société, selon une expression de Dominique Méda, dans le sens où ce sont elles qui gèrent la logistique du quotidien et font face aux urgences. vasculaires, cardiaques, … Sans compter que le sommeil est souvent lui-même troublé. Selon Patricia Maladry, sur 1000 personnes, 30% gardent leur téléphone allumé sur leur table de nuit, 60% de ces 30% reçoivent des mails ou des SMS et 40% y répondent (ce qui fait 72 personnes au final). Toutefois, il est important de rappeler que pour certains, la porosité des temps professionnel et personnel est vraiment très satisfaisante car elle permet de gérer leur journée et leur semaine comme bon leur semble. Le cadre voit ainsi cette autonomie comme un marqueur de reconnaissance lié à son statut. Par ailleurs, Monique Boutrand souligne qu’il faut bien voir que la notion de temps de travail dans le contrat d’un cadre n’a plus vraiment de sens puisqu’il ne fait pas 35h/semaine, que de nombreuses heures de travail ont lieu hors du cadre de l’entreprise. Par contre, il serait important de penser et de mettre en avant la notion de repos. Ce que confirme Patricia Maladry, chef du service de l’inspection médicale du travail, en précisant que toutes les enquêtes menées par ses services confirment la dictature de l’urgence, l’instantanéité, le contrôle, le suivi, … permis par les TIC et ressentis par les travailleurs depuis quelques années. Ainsi, s’il est nécessaire d’avoir 11h de repos quotidien selon la législation européenne, dormir moins de 6h par nuit provoque des troubles Finalement comme le dit Patrick Strohaye tout est une question de limites : les limites que l’on doit s’imposer, les limites que notre corps nous impose. Il souligne que la notion de plaisir est également à prendre en compte : on rappelle souvent que le mot travail vient du latin “tripalium” (“torture”), ne devrait-on pas voir le travail comme l’“opus” (“œuvre”) ? S’il n’y a pas de projet derrière ce que l’on fait, s’il n’y a pas de sens, alors le travail est souffrance. L’équilibre entre vie privée et vie professionnelle est en fait une question d’équilibre et d’harmonie entre ce que l’on fait et ce que l’on est. Mens sana in opere sano (un esprit sain dans un travail sain). Deux autres constats sur les limites neurobiologiques ont également été faits par Patricia Maladry et Patrick Storhaye, ancien DRH et président de Flexity : les personnes qui feraient plusieurs choses en même temps seraient finalement mauvais en tout car ils mélangeraient les flots d’informations. Quant aux télétravailleurs, certains ont tendance à surinvestir, à faire plus d’heures que leurs collègues en entreprises, par peur du jugement de ces derniers, d’où du surmenage et des troubles cognitifs. Les technologies ne sont donc pas les déterminants de ces dérives, mais des révélateurs, notamment des dysfonctionnements communicationnels et relationnels de l’entreprise. 2. Le temps, marqueur intemporel de la lutte des classes et des genres ?
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    3. Evolution ducorps, évolution du travail 3. Evolution du corps, évolution du travail aurialie jublin Paru le 20 Mars 2013 sur Suite à une enquête auprès de 2000 personnes travaillant dans un bureau et utilisant des outils informatiques mobiles (tablettes, ordinateurs et téléphones portables), Steelcase a formalisé 9 nouvelles positions au travail dans un bureau, menant à la conception d’une nouvelle chaise de bureau, leur cœur de métier. Nous sommes, bien sûr, bien loin des préconisations de la médecine du travail et plus proche des positions observées chez des jeunes, à qui ma mamie aurait envie de dire “Allez redresse-toi un peu, ce n’est pas bon pour ton dos”. fing.tumblr.com le blog de la Fng En voyant cette image, j’ai pensé à la façon dont les humains se déplacent dans le film d’animation WALL-E. Comme le montre cette vidéo (à partir de 1’05), les humains sont en position assise, confortablement callés dans un fauteuil allant prestement d’un point à un autre. Ils sont obèses, ne pensent qu’à consommer, ne travaillent plus, ce sont les robots qui font tous. Il n’est plus question de travail dans le monde décrit dans WALL-E, mais ce scénario extrême et plutôt lointain (fin du XXIIe siècle), remis dans notre contexte soulève des interrogations : Comment sont rémunérés les humains si les robots font tous ? Comment peuvent-ils consommer à longueur de journée produits et services sans argent ? Ont-ils mis en place une sorte de “cotisation Rose”, une taxe sur les robots, ordinateurs et systèmes experts, pour contrebalancer la destruction des emplois ? Comment l’entreprise Buy n Large gagne de l’argent ? Comment est créée et distribuée la valeur dans cette société ? Bref, comment fonctionne cette société ? Il n’y a pas de réponse à ces questions bien sûr, car ce n’est qu’un film d’animation, mais il est intéressant de se pencher sur les conséquences d’une société où “avant la fin de ce siècle, 70% des emplois d’aujourd’hui seront remplacés par l’automatisation”. Ce sujet sera certainement traité lors de la prochaine session d’atelier Digiwork, fin avril. Et n’allez pas croire que je fais une fixation sur les robots… Articles Page 64 Page 65 ArticleS 3. Evolution du corps, évolution du travail
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    VEille Page 66 Augmenterla réalité sociale sur le lieu de travail voit que le travail flexible et la mobilité sont bons pour la productivité. MIT Technology Review #Données #Espace de travail Ben Waber, auteur de «People Analytics: How Social Sensing Technology Will Transform Business», revient pour Technology Review sur la façon d’augmenter la réalité sociale sur les lieux de travail. Que se passet-il quand l’espace de travail, les murs qui séparent les gens, voire même la machine à café, sont déterminés par les données ? L’embouteillage, reaux du futur ? comme bu- Révolution numérique et coworking : Vers une ville vaporeuse? DNArchi.fr #Espace de travail #Coworking Francesco Cingolani s’engage ici pour le coworking qu’il met en œuvre dans son espace SuperBelleville. Il questionne l’évolution de nos espaces physiques de travail à l’ère de la dématérialisation de nos supports de représentation, d’interactions sociales comme d’information. Transit-city #Espace de travail #Mobilité En partant d’une BD des années 70, qui montre comment les embouteillages peuvent engendrer une vraie révolution urbaine à partir du moment où on les aborde d’une façon radicalement différente, l’auteur suggère que l’on essaie d’imaginer les embouteillages autrement que comme de simples temps de vacuité. Mobilité et télétravail sont bons pour la productivité selon une étude de Citrix Zevillage «Un bureau au top, ça rapporte ?» Interview d’Alain d’Iribarne Cadremploi.fr #Espace de travail #Productivité Performance au travail, et si tout commençait par les bureaux ? Cet argument de poids en faveur de votre espace de travail est aussi le titre du dernier ouvrage d’Alain d’Iribarne, publié aux éditions Italiques. Le président du conseil scientifique de l’observatoire Actineo de la qualité de vie au travail nous explique pourquoi un bureau agréable est aussi rentable. #Mobilité #Télétravail Entretien avec Sophie Vandriessche, directrice commerciale EMEA chez Citrix, qui commente l’étude 2013 « Télétravail et mobilité » que l’entreprise a conduite auprès de 1262 entreprises sur 3 continents et où l’on Un rapport récent de la compagnie Gensler, spécialisée dans l’ergonomie et l’architecture globale du lieu de travail, montre que les employés passent davantage de temps à cibler le travail mais se trouvent moins efficaces qu’auparavant. Too much collaboration is hurting worker productivity QZ.com #Collaboration #Espace de travail #Productivité Bureaux et coworking en Ile de France: il reste beaucoup de places Bureaux à Partager #Coworking #Espace de travail #Infographie Dans cette infographie proposée par Bureaux à Partager, plateforme de location de bureaux et de coworking, il est annoncé d’entrée que 13% des espaces de travail sont libres en Ile de France, ce qui représente 100 000 appartements d’une superficie de 60 m2, uniquement sur le territoire francilien. Une enquête menée par HEC Junior Conseil pour AOS Studley et Bureaux à Partager. Page 67 Veille Nouveaux espaces, Nouvelles temporalités
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    Page 68 Page 69 5.Valeur du travail, mesure de l’activité, rétribution ARTICLES VEILLE 70/81 82/83 Si les pratiques individuelles de travail, les interactions collectives, le cadre spatio-temporel de l’activité productive changent, ce n’est pas sans conséquence sur la définition de la valeur produite par le travail. Or le numérique est à la fois un outil de production, un outil de mesure et de quantification, un support pour les interactions, un vecteur de rétribution (financier, symbolique). Les rôles de travailleurs-contributeurs– consommateurs s’interconnectent. Des externalités positives ou négatives peuvent être mesurées, captées. Une économie collaborative se met en place, ainsi qu’une économie des communs, bousculant les frontières traditionnelles du marchand et non-marchand. Tout cela pourrait faire évoluer la manière dont, demain, on mesure la valeur de l’activité productive et dont on la rétribue.
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    Articles 1. Qu’estce quele numérique change à la création de valeur par le travail ? Amandine brugière Paru le 04 Avril 2013 sur fing. tumblr.com le blog de la Fing Selon la théorie économique, « ce qui crée de la valeur, c’est l’activité de travail », rappelait Romain Chevallet, chercheur à l’ANACT. Donc pour trouver le travail, il suffit de chercher la valeur. Jusqu’à présent le travail productif se trouvait clairement identifié dans l’entreprise. Il y était même circonscrit. Les activités développées dans la sphère privée étaient considérées comme nonproductives, relevant de l’économie informelle(1). Or, avec la numérisation de l’ensemble des activités - sphères professionnelle et privée -, et la génération de données qui l’accompagne, la production de valeur ne se limite plus à la seule activité des entreprises… Les frontières de ce qui peut/doit être considéré comme du « travail » devraient en être irrémédiablement étendues… Plus d’agilité entreprises… pour les Avec le développement de l’informatique et l’individualisation des outils, le contenu du travail est devenu de plus en plus abstrait, médié par des systèmes d’informations. La numérisation des tâches, le développement de services, le découpage en projets ont conféré une nouvelle agilité à l’entreprise : permettant la rationalisation des process, l’intensification des rythmes, l’augmentation de la productivité. Pour Daniel Kaplan, délégué général de la FING, cette efficacité a, jusque là, profité essentiellement aux entreprises. Tandis que les individus peinent à s’adapter à l’augmentation des flux, des rythmes, à l’infobésité, et ne voient pas de contrepartie à l’engagement et la souplesse qui leur sont demandés. L’incitation à la responsabilisation au travail et à l’autonomie se retrouve entièrement sous contrôle(2). Premier paradoxe soulevé… Plus d’invisibilité individus… Page 70 pour les La possibilité de contrôler et suivre en temps réel l’ensemble des actions des individus est allée de pair avec une survalorisation des dimensions objectives du travail, au détriment des dimensions subjectives. Deuxième paradoxe soulevé : ce ne sont pas les spécificités individuelles - qualitatives - qui ressortent, mais le résultat global - quantitatif. Pour Romain Chevallet, le travail réel en est devenu invisible(3). Le don, le contre-don, la part de formation par les pairs, l’entraide, les phases de calage, bref toutes les dimensions informelles – gratuites - du travail, essentielles à la réalisation des tâches et au travail en équipe, ne sont plus prises en compte. Alors même que le travail abstrait exige de l’individu une réflexivité plus grande, un temps de préparation d’adaptation, d’apprentissage, de prise en main des systèmes. D’où la difficulté à « remettre la main sur son travail », à « le maîtriser » soulignait R. Chevallet. Mais des activités connexes qui prennent de la valeur… Enfin, troisième paradoxe soulevé : la traçabilité des usages et la génération de données ont conféré de la valeur aux actions des individus en dehors du cadre du travail. « Toutes les activités menées sur les réseaux ou sur des terminaux numériques produisent continuellement de la donnée, qui est porteuse de valeur pour les plateformes qui délivrent les services », explique Antonio Casilli, sociologue à Telecom Paris Tech. « Les systèmes algorithmiques sont sous-tendus par le travail de fourmis de millions d’internautes utilisateurs ». Ici le travail n’est plus cantonné aux bureaux, aux usines, il ne se définit plus par rapport à des horaires de production. Il est omniprésent : Page 71 ArticleS 1. Qu’est-ce que le numérique change à la création de valeur par le travail ? partout et en tout temps : il comprend les données générées lors des activités sur les réseaux par les « foules » et captées à leur insu, mais aussi toutes les formes volontaires de contribution (commentaire, évaluation, recherche, publication de textes, d’images-photos-vidéos, : les pratiques de web2.0 en général). Il prend la forme d’une exploitation extrême au sens où il n’est pas rémunéré, au mieux fait-il l’objet d’un accroissement du capital symbolique des individus (notoriété), alors qu’il est sous-tendu par des dépenses publiques importantes (éducation, protection sociale, accès aux réseaux, etc.). Mais il s’agit d’une exploitation « heureuse » sans aliénation, précise Antonio Casilli : celle d’un travail plaisir (« weisure » en anglais, fusion de work/ travail et leisure/loisirs). Une partie du monde universitaire se demande comment faire reconnaître ce travail comme « un travail ». Des formes de revendication montent autour des réseaux sociaux, des groupes d’utilisateurs(4) se fédèrent pour mener des actions de partage ou de réappropriation des données. Avec le récent rapport Colin&Collin, des réflexions autour de nouvelles fiscalités ont été développées. éviter les ruptures A l’intérieur - comme à l’extérieur - de l’entreprise, les individus « donnent » : de leur temps, de leur intelligence, du potentiel de leur réseau, de leur expertise ‘outils’ et ‘usage’. Partout où elles se développent, ces activités produisent de la valeur. Or les rétributions ou les contreparties sont maigres. « Il faut rééquilibrer les termes de l’échange », alerte Daniel Kaplan. Une manière de dépasser les tensions actuelles qui pèsent sur le travail peut être de considérer la question autrement. Et si on allait au bout de cette figure de l’individu autonome, connecté ? Si on tirait toutes les conséquences de l’individualisaton du travail ? Les outils, les méthodes, les réseaux, les compétences que les individus affinent au fil de leurs expériences devraient constituer « un vrai capital ». Quand ils rentreraient dans l’entreprise, s’associeraient à un projet, ils devraient pouvoir le faire valoir en tant que tel, et non plus être contraints de tout oublier pour se fondre dans les « process corporate ». De même, quand les individus quittent une entreprise/un projet, ce capital devrait être enrichi de manière visible par de nouvelles preuves de compétences, par des réseaux élargis. Les individus emporteraient alors avec eux ce capital, pour le faire valoir ailleurs. Sans doute faudrait-il pour cela : >>    sécuriser les liens avec les anciennes entreprises d’accueil : pourquoi pas constituer des diasporas d’entreprises autour de l’individu ouvrant des droits de formation, des liens commerciaux prolongés, une employabilité prioritaire… ; >>    sécuriser les situations de pluriactivité (qui pourraient devenir la norme, ne serait-ce qu’au regard d’un principe d’étalement des risques) ; >>    faciliter les « translations » : pouvoir se former pour changer de domaine, de secteur métier, exploiter toutes ses compétences… Le rééquilibrage des termes de l’échange peut se faire autour de rétributions monétaires bien sûr, mais aussi autour de nouvelles valeurs marchandes ou d’usages, de nouvelles formes de valorisation, qui restent à inventer. >>    (1) : Voir l’article fondateur de 1981, écrit par Annie Fouquet et Anne Chadeau http: « Peut-on mesurer le travail domestique ? » http:// www.persee.fr/web/revues/home/ prescrip t/ ar tic le/ estat_0 3361454_1981_num_136_1_4521 et des statistiques de l’Insee sur le travail domestique http://www. i n s e e . fr / fr / t h em e s / d o c u m e nt . asp?ref_id=ip1423 >>    (2) Voir les scénarios de rupture « CDI, c’est fini » http://fing.org/?CDIc-est-fini, « Des Places Tarhrir dans les entreprises » http:// fing.org/?Les-autres-ruptures , Questions Numériques 2012/2013 FING >>    (3) Voir sur ce thème du travail invisible l’ouvrage de Pierre-Yves Gomez Le travail invisible, enquête sur une disparition, Ed. François Bourin http://www.zevillage. net/2013/03/07/le-travail-invisible-
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    1. Qu’est-ce quele numérique change à la création de valeur par le travail ? quel-role-pour-la-gratuitele-monde-du-travail/ dans- >>    (4) Voici une forme de mobilisation des travailleurs, dans le cas, très particulier, des activités de Mechanical Turk développées par Amazon http://turkopticon.differenceengines.com/ Articles Page 72 Page 73 ArticleS 1. Qu’est-ce que le numérique change à la création de valeur par le travail ?
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    2. Le futurdu travail dans l’entreprise (2/2) : … sans l’entreprise ? 2. Le futur du travail dans l’entreprise (2/2) : … sans l’entreprise ? Equipe des ateliers de l’emploi, Manpower Paru le 18 Juillet 2013 sur internetactu.net le média de la fing Le numérique sape les fondements historiques de “l’entreprise”. Hors de celle-ci, point de travail ? L’entreprise n’a pourtant pas toujours existé en tant que telle ni dans sa forme actuelle, c’est une construction sociale… dont le numérique déstabilise les fondations. Car, aujourd’hui, les “nouvelles technologies” ne sont plus seulement des outils à son service, elles constituent aussi de nouveaux moyens de production, de mesure de la valeur et de rétribution. Est-ce au point de déconnecter radicalement le travail de l’entité “entreprise” ? Cette question était au coeur des échanges sur l’avenir du travail, lors du dernier festival Futur en Seine. Avec le numérique, tout s’automatise progressivement, ou presque : les caissières de supermarché s’effacent, les ouvriers se font rares, les voitures sans conducteurs et articles écrits par des robots deviennent une réalité… Cette rapidité du progrès technologique nous conduit à repenser en profondeur les notions de “travail” et de “salaire”… Les machines prennent-elles le travail ? Une récente étude de McKinsey sur les technologies de rupture qui vont bouleverser nos économies et nos vies laisse craindre que cette automatisation généralisée n’augmente le chômage et ne creuse le fossé entre les plus qualifiés et ceux qui n’auront pas bénéficié de la formation suffisante pour bien vivre ce changement. Plusieurs auteurs contemporains comme Marc Andreesen (et son célèbre “le logiciel dévore le monde”), ou John Evans (et son “Une fois que votre travail aura disparu”) partagent ce point de vue : les technologies détruisent l’emploi. Deux chiffres édifiants appuient cette vision : >>    Kodak embauche 140 000 salariés et croule sous les dettes, tout l’inverse d’Instagram – racheté à prix d’or par Facebook – et de ses 13 salariés, rappelle Benjamin Tincq, de OuiShare, pour résumer le paradoxe; >>    les géants du numérique tels que Articles Page 74 Google, Microsoft, Apple, Facebook, ou encore Intel emploient aujourd’hui quelque 150 à 200 000 personnes à eux tous quand, hier, General Electric comptait à elle seule 300 000 salariés… Pour Henri Seydoux, PDG du concepteur de drones et de kits mains libres Parrot, c’est la preuve que nous n’en sommes qu’au début de la massification du chômage… Bien sûr, les activités et productions de Kodak et Instagram ne sont pas vraiment comparables, pas plus que General Eletric ne l’est avec les géants de l’internet. Reste que ces entreprises sont les symboles de leur époque et des formes d’organisation du marché – et du marché du travail notamment. Nous n’aurions encore rien vu des tensions sociales qui pourraient se dessiner à l’avenir : le modèle de la start-up pour tous et des individus entrepreneurs d’eux-mêmes, ces radieux freelances planétaires… ne serait qu’un rêve de nantis, de “bobos”… Cette vision pessimiste est même revendiquée par Henri Seydoux, qui craint que nous n’ayons plus rien d’”utile” à créer – utile au sens de “répondant à des besoins primaires”. Dans ce monde “d’artistes” (voir notre précédent billet), tout le monde n’aura pas une place. Travail et salariat : des notions obsolètes ? Cette destruction engendrée par le numérique préfigure-t-elle une grande phase de création d’emplois, comme le veut la théorie de la destruction créatrice de Schumpeter ? De nouvelles Trente, Quarante ou Cinquante glorieuses sont-elles devant nous, comme nous y invitait Philippe Lemoine ? De nouveaux emplois – aujourd’hui encore inconnus, ou presque – se substituerontils à ceux qui sont aujourd’hui balayés par les technologies et la mondialisation ? Les économies “industrialisées” n’auraient-elles pas muté en basculant dans une ère d’abondance matérielle (ou plus précisément “immatérielle”) qui, par nature, rendrait notre conception du travail archaïque ? La crise financière, qui Page 75 ArticleS 2. Le futur du travail dans l’entreprise (2/2) : … sans l’entreprise ? a mis tant de gens au chômage et dans la rue, est-elle le symptôme de la fin d’un monde, du début d’un grand chaos qui défie notre capacité à bâtir un Nouveau Monde sur les ruines de l’ancien? Quand certains redoutent le néant, d’autres tentent de se projeter dans ce monde qui ne se dévoile qu’en clair-obscur, entre l’ombre des usines qui ferment et le pâle soleil de la Silicon Valley… leur exemple. La marchandisation de soi >>    la richesse du nombre : “1 milliard de personnes travaillent gratuitement pour Facebook”, avance Benjamin Tincq de OuiShare ; et le crowdsourcing est de la captation gratuite de valeur à L’âge de la multitude, par externalisation sans rémunération de ce qui autrefois avait un coût et s’avérait moins efficace, car plus aliénant, estime encore Antonio Casilli. Tous les emplois pourront-ils être remplacés par des données ? Certains le pensent, qualifiant même le Big Data de “nouvel or noir”. Le numérique porte en lui une marchandisation de soi inédite, qu’elle soit explicite – on vend ses services comme on vend sa voiture sur Le Bon Coin (aujourd’hui deuxième site emploi de France), on tweete pour se faire remarquer des recruteurs (le personal branding, le marketing de soi, devient même une capacité à cultiver) – ou implicite (toute information devient monétisable, tous nos comportements sur le web sont susceptibles d’être “trackés” et dévoilés à des fins de vente…). Dans ce Nouveau Monde où même la vie privée devient marchande émergent les problématiques du travail “caché”, “invisible” ou “gratuit” – selon les appellations. Pour Antonio Casilli, spécialiste de la sociologie des réseaux à Télécom Paris Tech, ce sont “de nouvelles formes d’exploitation du travail” qui prennent forme aujourd’hui avec le Digital Labor. A l’ère du weasure (contraction de work et leasure, travail et loisir), le travail est partout : nous produisons constamment de la donnée “en nous amusant”, sans être rémunérés. Une nouvelle forme d’exploitation tout simplement, mais débarrassée de la conscience de la servitude : “au XIXe siècle, l’exploitation c’est beaucoup d’aliénation pour peu d’efficacité ; au XXe, c’est peu d’aliénation pour beaucoup d’efficacité”. Pour autant, parce qu’il permet notamment de faire du loisir un travail, et viceversa, le numérique a rendu possible la construction collective de biens communs à l’échelle internationale, sans rémunération, dont Wikipedia est le meil- De nouvelles conceptions de la création de valeur peuvent désormais être explorées : >>    la valeur du réseau : aujourd’hui, la productivité est le problème des robots, la nouvelle richesse est celle du réseau, de la mise en relation des idées ; Les solutions des architectes du Nouveau Monde Ces nouvelles formes de contributions ont-elles vocation à être rémunérées ? Si oui, comment ? Par un salaire ? Une rétribution symbolique ? Autre chose ?… Plusieurs acteurs du numérique proposent de nouveaux modèles de mesure de la valeur et de la rémunération, qui visent davantage une maximisation du bonheur et de la justice sociale, que “la croissance pour la croissance” : >>    Les value driven networks (ou “réseaux guidés par la valeur”) comme Sensorica ou CocconProjects : les contributions sont acceptées à priori, puis la communauté juge de leur valeur, et les rémunère en conséquence. Le contributeur peut ensuite devenir sociétaire. >>    La Peer production License (ou “licence de production de pairs à pairs”, modèle défendu par Michael Bauwens, fondateur de la P2P Foundation) : toutes les personnes contribuant à la production d’un bien commun peuvent en bénéficier gratuitement, les autres doivent payer une licence pour l’exploiter (comme si Wikipedia n’était accessible gra-
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    2. Le futurdu travail dans l’entreprise (2/2) : … sans l’entreprise ? tuitement qu’à ses contributeurs). >>    La redistribution de la taxe sur les données (proposition de Colin & Collin, auteurs du rapport sur la fiscalité de numérique) : une partie de la valeur de Facebook est créée par les utilisateurs, elle pourrait être taxée pour les rétribuer. La valeur d’usage devient ainsi une valeur marchande, celle du Prosommateur. >>    Le micro-paiement universel (Universal micro-payment system) proposé par Jaron Lanier. Ce qui provoque le chômage dans une économie où les données sont si précieuses, c’est la gratuité de l’information : toute contribution devrait donc être rémunérée (plus aucune donnée ne serait jamais créée gratuitement dans ce modèle, comme si le moindre post sur Facebook nous rapportait de l’argent). >>    L’économie du partage, en plein boom, qui supprime des intermédiaires et permet de monétiser des actifs qui, auparavant, ne l’étaient pas : c’est le modèle d’AirBnB, qui permet à chacun d’être rémunéré en qualité d’hôte – même si cela pose d’autres questions de régulation. >>    L’invention d’un nouveau système monétaire virtuel, comme celui des Bitcoins, qui viendrait se substituer à celui qui existe actuellement. >>    Ou encore, le revenu de base inconditionnel (proche du revenu minimum garanti). Mais qui dominera le futur ? A qui appartient le futur ?, interroge Jaron Lanier, quand Antonio Casilli décrit “une lutte pour se voir réattribuer la valeur créée”. Dès lors, en érigeant de nouvelles normes de la valeur du travail et de la rémunération, les architectes du Nouveau Monde vont-ils créer les conditions du bonheur et de l’égalité pour tous ? Rien n’est moins sûr, prévient Alain d’Iribarne, chercheur au CNRS, car “le bien commun est commun pour le groupe social qui le considère comme tel”. Selon lui, les nouveaux modèles nés de la transformation numérique ne font pas exception : à l’instar du modèle de l’entre- Articles Page 76 prise, ils sont le produit d’une construction sociale. Alors, le numérique va-t-il faire émerger une inédite organisation mondiale des coopérations individuelles ou, à l’inverse, de nouveaux modèles de domination à une échelle tout aussi spectaculaire ? Quel film de science-fiction sera notre réalité demain, pouvonsnous encore écrire son scénario ? L’Atelier de l’emploi L’atelier de l’emploi est un blog de tendances, décryptages, analyses et solutions pour l’emploi édité par Manpower Group. Ce double compte rendu des ateliers et conférences portant sur l’avenir du travail organisés dans le cadre de Futur en Seine 2013 est publié en partenariat avec l’expédition Digiwork de la Fing. Page 77 ArticleS 2. Le futur du travail dans l’entreprise (2/2) : … sans l’entreprise ?
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    3. Numérique 1– Emploi zéro ! 3. Numérique 1 – Emploi zéro ! Nicolas Debock Paru le 19 Janvier 2014 sur le blog Wiseweb J’aime le web et j’aime le monde numérique plus généralement. Les nouvelles technologies ont permis de créer une valeur absolument gigantesque, elles ont créé de nouveaux marchés inimaginables il y a quelques années, en somme elles ont largement augmenté la taille du gâteau ! En revanche, il ne fait plus trop de doute que le numérique détruit beaucoup plus d’emplois qu’il n’en crée, il va même peut-être détruire tous les emplois… Pour éviter tout de suite les remarques et commentaires : je ne me plains pas de ce fait, je l’accepte, et je pense que nous devrions collectivement réfléchir à la société dans un monde post-emploi. Cette idée du numérique qui détruit l’emploi est en train de monter fortement et elle est de plus en plus documentée. Rien que cette semaine, la couverture de The Economist , un billet sur France culture ou encore une interview de Paul Jaurion dans le figaro. Sans parler des livres comme Who owns the future de Jaron Lanier, ou encore The second machine age. Certes, le numérique crée aussi de l’emploi. Mon métier est d’investir dans des startups et de les accompagner pendant leurs premières années. Quand elles trouvent leur marché, elles passent de 4 salariés à 10, 20, 100 salariés et plus au fil des années. Cependant la plupart de ces startups créent des services, des solutions technologiques qui optimisent et automatisent des process faits auparavant en partie par des hommes. Ou alors elles désintermédient des acteurs en place et globalement permettent de faire à 5 ce qui nécessitait 30 personnes auparavant. Le numérique lui-même est pris dans ce tourbillon. D’après ce rapport (pdf), le nombre d’employés par start-up se réduit au fil des années. Et dans chaque conférence, on entend toujours les mêmes histoires de sociétés qui dominent un marché avec très peu d’employés (Instagram: 13 employés, Lending club 150 employés) Il ne fait aucun doute que le numérique crée et libère une énorme valeur : les chiffres de progression de la producti- Articles Page 78 vité ne laissent aucune place au doute, comme l’évoque ce billet récent de Gilles Babinet . Mais croyez-vous vraiment que ces progrès de productivité créent des emplois. La destruction créatrice de Schumpeter fonctionne parfaitement au 21ème siècle. D’énormes pans d’industries sont détruits, éclatés, transformés par de nouveaux modèles, uniquement possibles grâce aux capacités numériques. Il y a bien destruction puis création d’une valeur plus grande. Mais une création de valeur n’implique plus forcément une création d’emploi. Nous sommes trop habitués à raisonner en termes d’emplois, à lier la valeur collective à la création d’emplois. Le chômage est l’indicateur clé qu’il faut maîtriser, faire diminuer… Nos politiques ne raisonnent que comme cela, rappelez vous « travaillez plus pour gagnez plus » de Sarkozy, ou » l’inversion de la courbe du chômage » chère à Hollande. Il y a bien comme toujours destruction et création d’emplois. Cependant ce n’est pas un jeu à somme nulle, et surtout les emplois détruits sont très différents des emplois créés, comme l’explique cet excellent article d’Hubert Guillaud dans Internet Actu : « Aujourd’hui, tout le monde s’interroge sur la durée, la nature, l’ampleur de la phase de destruction de l’emploi. On estime à 7,5 millions le nombre d’emplois perdus ces 5 dernières années aux Etats-Unis, principalement des emplois intermédiaires (entre 38 et 68 000 dollars par an soit entre 27 et 50 000 euros). Sur les 3,5 millions d’emplois créés sur la même période, 29% concernent des salaires élevés, 69% des salaires très bas, et seulement 2% des salaires intermédiaires. Dans la zone euro, la disparition d’emplois de salariés intermédiaires s’élève à 6,7 millions et la création d’emplois à 4,3 millions, essentiellement des emplois peu rémunérés là encore. Source InternetActu » La classe moyenne est donc en train de s’enfoncer vers la pauvreté. Ce genre de mouvement n’est malheureusement jamais trop bon pour l’économie mais surtout pour la démocratie. Mais ceci est un autre débat. Page 79 ArticleS 3. Numérique 1 – Emploi zéro ! Voici quelques tendances fortes que j’ai pu découvrir sur l’impact du numérique sur le travail et surtout l’emploi. L’automatisation robotisation et la C’est l’axe le plus évident, le plus tarte à la crème. Nous voyons apparaître des algorithmes et des robots qui remplacent simplement et directement des activités faites auparavant par les hommes. Les robots dans les usines, l’impression 3D sont autant d’exemples d’optimisation de la production qui remplacent et démultiplient la force humaine certes mais aussi pour des taches de plus en plus complexes. De la transformation des secteurs primaires et secondaires (agricultures et production) issue de la révolution industrielle et la mécanisation, la puissance numérique va transformer le secteur tertiaire des services qui représente aujourd’hui 80% des emplois. « Le premier âge était celui de la Révolution Industrielle inaugurée à la fin du 18ème par la machine à vapeur. Le Premier Age, c’est celui où la machine remplace la puissance musculaire de l’homme, où cette puissance augmente à chaque évolution, mais où l’homme est toujours nécessaire pour prendre les décisions. Et même, plus la machine évolue, plus la présence de l’homme est nécessaire pour la contrôler. Le premier âge, c’est donc celui d’une complémentarité entre l’homme et la machine. Le Deuxième Age est très différent : on automatise de plus en plus de tâches cognitives et on délègue à la machine les systèmes de contrôle qui décident à quoi la puissance va servir. Et dans bien des cas, des machines intelligentes prennent de meilleures décisions que les humains. Le Deuxième âge, ce n’est donc plus celui de la complémentarité hommemachine, mais celui d’une substitution. Et ce qui rend possible ce phénomène, ce sont trois caractéristiques majeures des technologies contemporaines : elles sont numériques, combinatoires et exponentielles. » Source: Xavier de la Porte sur france culture Prenons l’exemple des google cars. On sait aujourd’hui faire conduire une voiture sans conducteur dans les rues d’une ville. Et quand demain cette ville sera remplie de capteurs, quand les voitures de devant et de derrière transmettront leur vitesse, il y aura comme des rails numériques et dynamiques permettant d’assister la voiture dans sa conduite. Pensez-vous que l’on parlera encore dans 20 ans de la querelle taxi vs VTC quand tous ceux-ci seront remplacés en grande partie par des robots et des algos ? Les régies publicitaires sur internet sont aussi une illustration de cette tendance, d’autant plus intéressante car la création et destruction s’est faite sur un cycle très court. Lors de la première ère du web, parmi les premières entreprises créées, il y a eu l’ecommerce et les régies publicitaires. Ces dernières ont traité le web comme un média et ont donc permis la monétisation de l’audience. C’est aujourd’hui encore le modèle économique d’une grande partie du web grand public. De 95 à 2005, il s’est créé un grand nombre de régies publicitaire web et mobile. Il y a eu un mouvement de concentration assez naturel sur ce genre d’activité, mais surtout l’arrivée du programatic advertising qui, tel un ouragan, est passé sur ces régies dont l’essentiel de la force de travail était des commerciaux vendant de l’espace d’affichage. Avec le Ad exchanges, un humain seul peut acheter ou vendre des milliards d’impressions. Ces régies, qui en 10 ans ont créé beaucoup d’emplois, sont en train d’être désintermédiées par des places de marchés et automatisées par des algorithmes. Alors que, dans le même temps, le nombre d’impressions potentielles, le nombres d’écrans et le nombre d’annonceurs explosent. L’économie horizontale La véritable puissance du web est dans son organisation en réseau décentralisé (plus ou moins neutre…) et donc sa capacité à supporter les organisations et des modèles économiques en réseaux. Le succès actuel de la consommation collaborative avec des startups comme airbnb, blablacar, kisskissbank, La ruche
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    3. Numérique 1– Emploi zéro ! qui dit oui (disclaimer à l’anglosaxon : mon employeur est investisseur dans La ruche Qui dit Oui et KissKissBankBank) permettent d’acheter, de partager, de louer les biens et services d’autres consommateurs. Ces plateformes créent énormément de valeur en rapprochant directement offre et demande et en supprimant les intermédiaires. Elles entraînent une situation intéressante : d’un côté elles concurrencent fortement des modèles anciens (hôtellerie, banque, transport) en les désintermédiant, mais ces intermédiaires sont des emplois de services très nombreux. Dans un premier temps ces startups augmentent la taille du gâteau mais, en grossissant, elles finissent par cannibaliser les acteurs historiques (parlez de Blablacar à la SNCF…). D’un autre coté, avec leurs modèles de particuliers à particuliers, ces services créent de nouvelles sources de revenus pour ces participants. On ne peut pas appeler directement cela des emplois car ils ne sont pas réguliers, mais ce sont bien des revenus complémentaires pour les participants. Le crowdsourcing Au-delà de la création/destruction d’emploi, le numérique fait aussi émerger de nouvelles sorte de travailleurs. On pourrait dire des humains qui travaillent pour des robots. Il y a certes des robots qui transforment de plus en plus la façon de travailler dans les usines et entrepôts. Cette vidéo des robots utilisés dans les entrepôts d’amazon est assez parlante. Beaucoup moins connu mais beaucoup plus impressionnant, Mechanical turk est un autre service d’amazon qui est une plateforme de crowdsourcing. C’est une véritable place de marché du travail ou bien une bourse à l’emploi géante. Mechanical Turk est un service qui permet de crowdsourcer une série de tâches répétitives. Chaque tâche est décrite comme un HIT (Human Intelligence Task). Les utilisateurs sont, d’un côté, des entreprises ayant une grande quantité Articles Page 80 de process assez répétitifs mais qui ne peuvent être encore résolus par des algorithmes, et de l’autre, des individus qui sont payés à la tâche (taper un texte, tagger une image, rechercher une série de données…). Le mot crowdsourcer est assez ambigu : derrière la foule il y a bien une somme d’individus, et chacun de ces individus effectue une série de taches répétitives avec un salaire horaire pour un utilisateur concentré entre 3 et 5$ de l’heure, d’après ce rapport . Personnellement, je ne suis pas choqué par ces plateformes qui créent de nouvelles sources de revenus qui plus est partout dans le monde, dans des pays où de tels salaires sont largement audessus du niveau moyen. « What started as a niche experiment has become a major global industry. Like some other activities, like work at call centers, digital piecework represents a form of virtual labor migration that denationalizes employment. Research by Panos Ipeirotis, a computer expert at the Stern School of Business at New York University, estimates that Mechanical Turk alone engages 500,000 active workers in more than 100 countries, with workers heavily concentrated in two countries: the United States (with 50 percent of the total) and India (with 40 percent). » Source blog economix Mais il est vrai que cela fait réfléchir sur une relation travailleur/employeur assez favorable à l’employeur (pas de contrat de travail, pas de salaire minimum, pas de « benefits »…) .De plus il y a un côté un peu ironique quand on sait qu’en effectuant ces taches informatiques, l’utilisateurs (à 70% des femmes) permet d’améliorer petit à petit l’algorithme qui le remplacera. Je pense qu’il faut regarder ce type de plateformes (il en existe d’autres) comme des sources de revenus complémentaires mais non pas comme unique source de revenu. On peut aussi espérer qu’il y aura des taches et des missions des plus en plus intéressantes. Il existe d’autres types d’emplois proches du crowdsourcing créés par l’indus- Page 81 ArticleS trie numérique : Trebor Scholz a réalisé une carte de cet écosystème mais aussi d’excellentes présentations : The Internet as Playground and a factory Je recommande le visionnage de cette présentation de Trebor Scholz qui couvre Mechanical Turk mais aussi le concept de travail gratuit. Le travail gratuit Dernière tendance forte, l’organisation en réseau qu’apporte le numérique à permis l’éclosion du travail gratuit. Wikipedia, openstreetmap ou même encore les personnes qui sous-titrent les films et séries que l’on trouve sur les réseau de téléchargements. Ces personnes ne détruisent pas spécialement beaucoup d’emplois, mais il est très intéressant de voir que des utilisateurs font des travaux gratuits sciemment ou inconsciemment comme l’illustre l’histoire de recaptcha. Des personnes prennent de leur temps pour enrichir des bases de données ouvertes et partagées par tous, construire des logiciels opensource…. Il y a quelques années, quand Facebook a voulu internationaliser sa plateforme, il a fait appel à ses utilisateurs pour la traduction de l’ensemble des fonctionnalités du site. C’est un très bon exemple de l’utilisation de la foule (en l’occurrence ici sa communauté) pour effectuer une tache de l’entreprise. Certains vont jusqu’à dire que l’utilisation des réseaux sociaux est une forme de travail gratuit car nous fournissons nos données gratuitement, en échange d’une plateforme qui les monétise. Conclusion Les réflexions autour du travail et du numérique (destruction massive d’emploi, microtache, travail gratuit, production et consommation collaborative) mènent rapidement vers des questions politiques. Quelle organisation de la société peut s’adapter à ses évolutions. A titre personnel, je pense que le Basic Income (revenu de vie : verser un salaire à tous les citoyens quels que soient leurs activités, leur richesse ou leur revenu déjà existant) est une des bonnes pistes à 3. Numérique 1 – Emploi zéro ! creuser. Je le répète, je ne suis pas un décliniste, je ne crois pas en la décroissance, et je pense que tenter de ralentir ces innovations n’a aucun sens. Nous vivons il me semble une époque incroyable de changement accéléré, de changement de paradigme. Cependant, certains modèles de pensées globaux de nos sociétés raisonnent encore dans le paradigme précédent. L’emploi est un exemple : de nos jours, c’est encore la source principale de revenu, un attribut social important, une des sources de financement de notre système social, un indicateur macroéconomique important. J’ai le sentiment que dans l’économie de demain, il aura perdu beaucoup de ses attributs. J’aime le progrès, j’aime le numérique et j’estime que nous avons gagné : les machines travaillent pour nous. Maintenant tachons d’inventer la société qui va avec ce nouveau postulat.
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    VEille Page 82 Page83 Veille Mozilla’s Open Badges MozillaWiki #Certification #Compétence #Reconnaissance Bonus.ly Bonus.ly #Prime #Reconnaissance #Service Start-up américaine qui a imaginé un système de pair-à-pair d’attribution des primes. Une fois le budget prime établi (financier ou non), les personnes évaluent le travail de leurs collègues et les récompensent sous forme de points, le décompte final permet de définir le montant à verser à chacun. L’avantage du système : une meilleure reconnaissance du travail par ses collègues, une répartition plus transparente des primes et au final une communication plus positive. du temps sur Internet et travaillent gratuitement (rédaction de blog, contribution sur Wikipedia, participation à des forums…). Le manager doit trouver la juste part de gratuit dans l’entreprise, retrouver le gratuit dans l’entreprise Ex. du hackathon des cheminots de la SNCF (sur 3 jours dont un week-end) ou le Museomix qui ont montré l’envie de rencontre et de collaboration avec des gens différents et la liberté de développer des idées innovantes. Digital labor : portrait de l’internaute en travailleur exploité Place de la Toile Youtube #Contrôle #Gratuité #Informel #Reconnaissance #Vidéo Interventions de Pierre-Yves Gomez, auteur de l’ouvrage Le travail invisible : enquête sur une disparition, et d’Emile Hooge, consultant chez Nova7 Tout doit être comptabilisé dans l’entreprise, car ce qui compte c’est la performance. Mais dans tout travail, il y a une part «gratuite» : on donne son temps (en restant un peu plus longtemps), des conseils, on participe à la vie commune, ... ce qui permet de vivre dignement son travail, d’être quelqu’un au travail, de s’engager, ... Les normes et les contrôles diminuent la part du don et «détruisent» ainsi la gratuité du travail. C’est pourquoi beaucoup de personnes, contraintes dans leur travail, passent Digital labor ou digital volunteer ? Marx à l’heure du web 2.0 Communication Internet #Digital Labor #Exploitation #Temps Dans cette émission de Place de la Toile du 08/12/12, Antonio Casilli et Yann Moulier-Boutang parlent de la notion de «digital labor» et de l’exploitation sans aliénation de l’internaute, qui «travaille» sans s’en rendre compte et sans être rémunéré, lorsqu’il blogue, publie de photos sur Flickr, «like» un article sur Facebook, fait une recherche sur Google, … Le seul fait d’être en ligne produit de la valeur. En partant de l’émission de Place de la Toile citée plus haut, l’auteur de l’article repose la question de l’exploitation et de l’aliénation de l’internaute, évoque la révolte des utilisateurs d’Instagram ayant refusé l’exploitation lucrative de leurs photos et propose de changer l’expression «digital labor» par «digital volunteer». Il finit par la citation suivante : «Pour Marx, les prolétaires sont ceux qui doivent vendre leur force de travail pour vivre. Les utilisateurs du web 2.0 sont peut-être ceux qui doivent donner de leur temps pour exister.» Digital labor landscape «Pay with a tweet» Mindmeister Réseau Fing.org #Cartographie #Digital Labor #Services #Réseaux sociaux #Service #Valeur Cartographie très riche des différentes formes de «digital labor» (illustrées par des exemples de services, sites et plateformes) : rémunérée (support technique, tutorat en ligne, Mechanical Turk), non rémunérée (Yahoo Answer, commentaires, son- Système de paiement social où les gens ne donnent pas de l’argent pour accéder à un contenu, mais paient avec la valeur de leur réseau social. A chaque fois que quelqu’un paie avec un tweet, il informe tous ses amis de l’existence du produit. #Digital Labor #Exploitation Le travail invisible : le gratuit a-t-il une place dans le monde du travail ? dage), mise à disposition de contenu (blog, Twitter, Youtube), orientée bien commun (wikipedia, Fix my street), orientée co-innovation (réparation de voitures, vélo, …), géolocalisée (Foursquare, internet des objets), liée au jeu (Second Life, World of Warcraft), émotionnelle (Facebook), mobile, … La numérisation progressive de l’ensemble des domaines d’activité se traduit par l’apparition de nouveaux métiers et de nouvelles compétences. Si les outils digitaux offrent un accès incomparable à la connaissance et aux savoirs, encore faut-il que des dispositifs de reconnaissance et de certification des apprentissages voient le jour. L’exemple de mozilla... Un revenu de base pour tous et sans condition? Une idée au service de l’esprit d’entreprise La Tribune #Esprit d’entreprendre #Revenu minimum d’existence On dit aussi que l’allocation universelle pourrait favoriser l’esprit d’entreprise... On distribue un revenu dés le début et sans condition, on stabilise les perspectives d’avenir des citoyens, qui seront plus enclins à prendre des risques car ils sauront que quoiqu’il arrive, s’ils ratent, ils trouveront un filet de sécurité. Valeur du travail, Mesure de l’activité, Rétribution
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    Page 84 Page 85 6.Index par mots-clés
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    Index Page 86 Activité Algorithmes Application 33 5254 Intérim 34 Intermédiaire 53 Interne/Externe 54 Artisan 32 33 Liens 54 Automatisation 32 33 Ludification 34 Autonomie 53 Management Cartographie 82 Métier Certification 83 Mobilité Collaboratif/Collaboration Communication Compensation Compétence 52 53 54 66 Organisation 54 52 53 54 55 34 35 66 55 53 Outil 32 Outils sociaux 32 Parcours professionnel 34 32 34 35 55 83 33 34 Connaissance 55 Partage 55 Contrat 33 Pop culture 35 Contrainte 33 Portage salarial 53 Contrôle 82 Prime 82 Coproduction 54 Productivité Coworking 66 Radio Créativité 54 Reconnaissance Culture interne 53 Reconversion Déconnexion 35 Recrutement Digital labor 82 Relations de travail 32 Réputation Discontinuité du parcours Disparition du travail Donnée Ecosystème d’activité 35 83 52 Sens Employabilité 34 Service Engagement 35 Souffrance 52 32 33 34 66 Temps Travail Frontières 55 Valeur Futur 18 Vidéo 33 32 33 33 52 54 66 82 52 53 54 32 35 82 34 35 18 83 82 32 66 82 Identité 18 32 33 35 Technologie Exploitation Gratuité 34 52 53 54 55 82 Télétravail Esprit d’entreprendre Innovation 54 RH Robot Informel 52 53 54 55 Revenu minimum d’existence 18 33 Infographie 34 52 66 32 35 52 53 33 34 Individu 82 83 Réseaux sociaux Emploi Espace de travail 34 32 33 Email Espace de collaboration 54 66 32 33 82 18 33 32 82 34 35 82 Page 87
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    Page 88 Repenser laplace des individus au travail dans une société numérique ” ” Partenaires de l’expédition Avec le soutien des grands partenaires de la Fing