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Prénom : Thiena.
Âge : 29 ans au début et à la fin on ne sait plus.
Carte génétique : des lettres ADN qui se finissent en IAN brodées sur
un drapeau bleu blanc rouge.
Formation : l’école de la vie, de l’art, des lois et du vent.
Signe astro : un taureau qui rugit comme une lionne et qui danse
comme Lady Gaga quand personne ne la regarde.
Défaut et qualité : elle a un avis sur tout.
Péchés mignons : les soudjouks et les cornichons.
Passion : l’art des écorchés vifs et le son des rockeurs morts à leurs
vingt-sept printemps et plus.
Mission : dire bonjour, porter un tablier, des gants Mapa quand c’est
possible et sourire à des fions toute la journée.
Cadre dans la mode depuis sept ans, Thiena atterrit au pays du SIF
(ou sillon interfessier pour les connaisseurs), dont elle ne connaît ni les
codes ni les lois. Co-patronne d’un SPA basé dans une petite banlieue
bourgeoise de la région parisienne, elle enfile un tablier de bouchère pour
jouer une fausse experte de la beauté qui va très vite déchanter. Entre les
points noirs non extraits depuis des décennies, les dingues en liberté et
les obsédés du cul qui cherchent plus qu’une stimulation du bulbe pilaire,
la traversée du SIF est bourrée de sables mouvants.
ISBN : 979-10-93125-00-8
-:HTLATD=VWZUU]:
EtDieucréa
lesilloninterfessier
Sandie
Khougassian
photo : Antoine Agoudjian
Sillon_fessier_couverture02:Kougassian 26/02/2014 15:48 Page 1
Sandie Khougassian
Et Dieu créa le sillon
interfessier
© Sandie Khougassian, 2013.
ISBN : 979-10-93125-00-8
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article
L. 122-5 (2° et 3°a), d’une part, que les « copies ou reproductions stricte-
ment réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation
collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un
but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction
intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants
droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit
constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et
suivants du code de la propriété intellectuelle.
3
Sandie Khougassian
Elle est née en France, son prénom vient d’on ne sait où,
elle ne l’a pas choisi, son nom vient de loin, un confetti sur
la carte du monde au carrefour de l’Europe et de l’Orient,
une contrée lointaine chargée d’histoires, d’églises,
d’abricotiers et de café. Fille d’une gauloise blonde et d’un
berger des temps modernes, Sandie Khougassian est la bou-
ture d’un électrochoc biculturel. Depuis sa naissance, le
bœuf bourguignon et les dolmas trempent dans le même
plat, le rosé et le raki valsent dans le même verre, les tradi-
tions se chevauchent et trinquent au mariage des genres.
Bref, ses journées ont toutes les couleurs du monde. Elle
adore la langue française même si dans son plus jeune âge
l’effervescence de son esprit curieux et amoureux de tout
n’arrivait pas toujours à trouver les mots pour décrire cette
abondance de richesses de la vie. Son nom suscite très tôt
des curiosités, des interrogations, des craintes, des inimitiés
mais aussi des sympathies. Elle parvient à tracer son chemin,
faire des études d’art dans une école parisienne de bran-
leuses chics, mondaines et sans cervelle, pratiquer du tou-
risme dans une fac de droit de futurs chômeurs, suivre des
stages dans des galeries d’art tenues par des stars pas vrai-
ment stars, à tricoter des volumes de chandails pour des
centrales d’achat européennes, et un beau jour se retrouver
les pieds collés dans une flaque de cire. Et Dieu créa le Sillon
Interfessier est son premier roman.
Extrait du roman " Et Dieu créa le sillon interfessier " de Sandie Khougassian
« Plus une société a besoin de services,
plus elle est imparfaite, précaire et exposée à périr. »
GUY-RENÉ PLOUR
Les personnages et les situations de ce récit étant purement
fictifs, toute ressemblance avec des SIF, des personnes ou des
situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite !
À mes parents.
Extrait du roman " Et Dieu créa le sillon interfessier " de Sandie Khougassian
9
Destination : SIF
– Maillot intégral, quarante euros, s’il vous plaît.
Je crois que ma première épilation a commencé comme
ça, un pied dans la cire et une main dans l’huile aux fleurs,
le début d’un cauchemar olfactif. Mon tablier perlait de cire,
mon visage de sueur. Je n’avais jamais épilé de ma vie. Je me
suis retrouvée face à la cliente qui ne voulait plus aucun poil
pubien.
Euh, oui, pas de problème. Vous êtes sensible à la douleur ?
Cela ne vous dérange pas si la peau part avec ? pensais-je très
fort.
Sans réfléchir, j’étalais une pâte rose bonbon comme celle
que l’on trouve dans les candy stores bourrée de glucose et
d’arômes artificiels. Et là, d’un seul geste, genre pro du mi-
lieu, je vis tous les poils pris au piège dans ce caramel pour
Alice au pays des merveilles. Coup du sort ou pas, tout était
parti, enfin presque parti…
J’avais trouvé une vidéo sur YouTube, le secret du ter-
rible procédé y est dévoilé sans réserve et sans floutage. Ma
leçon a duré trois minutes et quarante-huit secondes. Je n’ai
pas rembobiné le film de la killeuse du poil. Sous le secré-
taire, mes siamoises de rotules claquaient des dents et, j’en
ai encore des crampes.
– C’est une première pour moi, je ne me suis jamais fait
faire complètement le maillot.
Moi aussi !!! En observation étouffée. Mais elle ne se dou-
tait de rien.
10
– Je vais souffrir ? Non ? demandait la cliente espérant le
bémol dans ma réponse.
– Disons que vous n’allez crier qu’une seule fois.
La cliente rigolait jaune. Je fermais les yeux et tirais la
bande d’un coup sec.
– WHOUAAAAAAAAAAAAAA !!!
Elle se mit alors à hurler comme une poule que l’on
égorge vivante. Il était dix heures quinze du matin et c’était
mon premier rendez-vous de la journée. J’étais mal.
– Ça y est, j’ai fait un côté. Je n’aurais même pas à passer
une deuxième bande. Il reste la deuxième lèvre. Allez, soyez
courageuse.
– Stop ! Stop ! Ça fait trop mal !
Elle chialait et gloussait en même temps. Ses mains
étaient scotchées à son pubis.
– On arrête si vous voulez mais franchement, ça fait bi-
zarre. Regardez, vous ne pouvez pas partir comme ça. On
dirait que la tête de Barracuda1
s’est coincée entre vos jambes.
Elle éclata de rire.
– Mon mari me tanne avec cette saleté de maillot intégral.
Je voudrais lui faire la surprise.
– On finit la surprise, alors ? Mais vous devez retirer vos
mains.
– Attendez, encore deux minutes.
Elle me suppliait.
– Le temps de tremper ma spatule. Et hop, c’est parti.
1
Le Barracuda des années 1980, ça vous dit quelque chose ? Si vous
vous souvenez de la série, Agence tous risques, vous devriez vous
rappeler aussi de la célèbre crête iroquoise de Laurence Tureaud, dit
Mister T… Et franchement, avoir la tête de Barracuda entre les
jambes, c’est un délire pubien des plus étranges !
11
J’arrachais la deuxième bande.
– AïïïïïïïïïïïïïïïïE !!!
La cliente plongea à nouveau ses mains mais trop tôt
pour elle et, surtout trop tard pour moi…
– Merde ! Oh ! Excusez-moi.
C’était sorti tout seul. Ses mains s’étaient collées sur la
bande de cire tiède.
– C’est de ma faute, dit-elle.
Je ne le montrais pas à ma cliente mais j’étais prête à
prendre la fuite. Ce n’était pas de ma faute si cette conne
s’était enlisée dans cette putain de résine synthétique.
– Ne bougez pas, je vais décoller vos mains tout douce-
ment de la cire et ensuite retirer la bande restante de votre
maillot. Allons-y, respirez à fond.
J’attrapais ses doigts un par un en maintenant tant bien
que mal la glu rose. Il restait des poils, beaucoup de poils et
à chaque tentative, madame Abibatou entraînait ses cin-
glantes vocalises.
– AïïïïïïïïïE ! AïE ! AïïïïïïïïïE ! AïE ! AïïïïïïïïïE !
– Bon, on va changer de tactique.
– Comment allez-vous faire ???
– OK, inspirez à fond, ne regardez pas.
Je ne pouvais plus m’épargner la vue de cet enfer, je de-
vais regarder tout et sans ménagement. J’emprisonnais alors
ses deux mains dans les miennes et serrais fort.
– Vous êtes sûre de ce que vous faites ?
Non, je n’en savais foutre rien, les amygdales2
de mon
cerceau lançaient des SOS invisibles. Je priais pour que mon
plan B marche.
2
Amygdales, structure cérébrale bilatérale en forme d’amande. Elles
jouent un rôle essentiel dans la gestion des émotions, de l’anxiété et
12
– Ne vous inquiétez pas. Fermez les yeux. Inspirez.
J’inspirai en tandem quand soudain quatre mains s’éle-
vèrent triomphalement vers le ciel.
– Scratchhhhhhhhhhhhh !
– OUAïlïE !!!!!!
Madame Abibatou se redressa et s’affala aussi prompte-
ment sur son dos.
– C’est finiiiii !!! Il ne me reste plus qu’à nettoyer vos
mains, disais-je toute fière de moi.
Elle soufflait comme une lapine qui venait d’être coursée
par un loup. J’expirais un grand souffle de soulagement.
– Je m’en souviendrai. Mon mari a intérêt à apprécier.
– Moi aussi, vous pouvez me croire.
Ouf, pas de pénal pour ma première épilation. Pour fêter
ça, mes petites lèvres épinglèrent fiévreusement ma douce
meurtrière. Madame Abibatou était partie et déjà loin de
mes sueurs froides.
En dehors du magasin, non loin de l’entrée, je voyais des
badauds accolés contre le mur de l’immeuble d’en face. Je
pouvais entendre distinctement leur conversation tellement
la chaussée était étroite. J’allumais le feu de ma détente bien
méritée.
– C’est nouveau ? C’est quoi ?
– Je crois qu’il s’agit d’une boucherie halal. Des gens ont
entendu des cris de poulet.
– C’est vrai ?
– Oui, oui, les animaux braillaient. Ils ont dû les égorger,
ces salauds !
des réactions de peur. Les miennes étaient à ce moment-là en
alerte rouge !
13
– Ils n’ont pas lésiné sur les moyens, en tout cas. C’est
vraiment luxueux pour un abattoir…
Je manquais de m’étouffer. Je jetais ma clope dans le ca-
niveau et m’éclipsais en rasant les murs. L’enseigne n’avait
pas encore été posée sur la façade du SPA. Je contactais
illico presto la société chargée de notre signalétique.
À midi trente, une femme descendit les marches de
l’entrée du magasin.
– Bonjour mademoiselle. Je voudrais savoir si vous faites
l’épilation du maillot intégral ?
– Encore !!!
– Comment ça !?
– Euh, non, pardon, nous venons d’ouvrir et j’ai la tête
dans les derniers détails de notre organisation. Veuillez
m’excuser.
Vilaine spontanéité !
– Je peux repasser demain si vous êtes occupée.
– Non, non. Oui, nous faisons le maillot intégral.
– Vous pourriez me prendre maintenant ? J’ai une heure
devant moi avant de retrouver mon bureau.
– Oui madame.
Pas le choix, j’avais un centre esthétique et pas une bou-
cherie.
– C’est parfait.
– Je vous conduis à la cabine.
La femme se déshabilla. J’attendis dehors puis entrai.
– Vous n’allez pas crier ?
J’étais en plein flippe et comment ne pas l’être après
Abibatou et, après la conversation des badauds.
14
– Pourquoi voulez-vous que je crie ? J’ai l’habitude de-
puis le temps. Ça ne fait pas du bien, c’est certain, mais de là
à hurler. Il ne faut pas exagérer.
Même formule, j’étalais, j’arrachais et ne fus pas déran-
gée par la cliente. Elle lisait son journal dans une inémoti-
vité déconcertante.
J’eus terminé, et non mécontente de moi je m’apprêtais à
prendre la crème pour adoucir tout ça, quand…
– Vous ne faites pas le SIF ?
– Le SIF !!!???
Mes oreilles se noyèrent en pleine mer.
– Oui, le sillon interfessier.
– Euh, oui, oui, tout de suite, madame.
Le sillon interfessier !??? Je questionnais désespérément
mon cerveau sans trouver la case définition. Mes yeux firent
naufrage au large d’une terre inconnue.
Madame Fouré était en train de m’apprendre mon nou-
veau vocabulaire, et quel vocabulaire. Je n’avais aucune idée
de ce qu’elle me demandait. Elle plia ses jambes en arrière
et m’exhiba son trou du cul en réponse à ma question.
Putain, comment je vais faire ??? Pas le temps d’aller
consulter YouTube, me dis-je.
Je replongeais mon bâton dans le bac et beurrais le toast
dans une improvisation au bord de la gerbe.
La cliente fut ravie de ressembler à un coq déplumé.
C’était la première d’une longue liste, je pensais qu’il
s’agissait d’un cas isolé, mais pas du tout. Je dus créer alors
une nouvelle zone à la carte. Elles voulaient toutes, ce que
j’appelle, le modèle « crâne rasé » entre les jambes. Je suis
sûre aujourd’hui que Gustave Courbet doit s’en retourner
15
dans sa tombe, mais où est donc passé L’origine du Monde3
?
Dans le vide-ordures des centres esthétiques mon gars, la
génitrice de ce monde est devenue une actrice porno hardcore
abonnée au câble – interdit aux moins de dix-huit ans.
Vieilles avec les lèvres pendantes ou jeunes avec les lèvres
tendues, elles revendiquent toutes leur sexualité débridée.
Pendant ce temps-là, le marché du X grossit ses tiroirs-
caisses avec une nouvelle consommatrice dont le profil est
infini et ingérable : la ménagère au foyer avec trois bambins,
un lapin et deux chats, la veuve noire qui s’attaque à tous les
copains mâles de son défunt mari, l’étudiante déjantée qui
cumule les histoires de cul sur les sites de rencontre, la di-
vorcée parachutée par son chasseur de mari, la célibataire de
cinquante ans qui vient de rencontrer un jeune don Juan
amateur de femmes mûres…
Et à côté de celles qui se la jouent porno star à la maison,
il y a celles qui s’épilent une fois par an, c’est-à-dire, juste
pour le Nouvel An, comme j’ai pu le constater chaque trente
et un décembre de chaque année, historique de la cliente à
l’appui sur le logiciel du centre ! J’imagine qu’elles ne de-
vaient se livrer aux plaisirs charnels que le trente et un au
soir, que le sous-vêtement était neuf aussi ce jour-là, et que
le mari avait tout intérêt à être dispo le jour J, après quoi il y
avait prescription de libido, si maigre était-t-elle. Pour les
trois cent soixante-cinq jours restants, le partenaire devait
supporter Gorilles dans la brume4
avec une haleine de phoque
et des pieds bouffés par la corne.
3
L’origine du Monde, 1866, peinture de Gustave Courbet, peintre
français. Gros plan sur le triangle pubien du dix-neuvième siècle !
4
Gorilles dans la brume, 1988, États-Unis, film réalisé par Michael
Apted. La fin est monstrueuse…
16
Mais Napoléon ne disait-il pas à sa Joséphine d’épouse
« Ne te lave pas, j’arrive », quinze jours avant son départ ;
enfin en même temps, c’était deux semaines et non une année
complète. Je dois dire que c’est un autre trip où l’hygiène ne
copine pas avec la savonnette mais avec le sexe oui.
Oui, parlons-en de l’hygiène, s’il existe le trompe-l’œil, le
trompe odeur, en revanche, lui, ne trompe pas. J’ai senti des
hommes et des femmes dont le parfum camouflait très mal
l’odeur d’un corps fâché avec l’idée de douche ou de bain,
un supplice pour les narines. À ces moments-là, j’aurais
aimé le port obligatoire du masque et des gants Mapa5
triple épaisseur montant jusqu’aux épaules, genre oversize.
D’ailleurs, il m’en a coûté un herpès géant sur le visage de
dégoût. C’est horrible de devoir toucher les gens quand vous
sentez qu’ils ont dû se laver il y a un quart de siècle. Il faut
dire aussi que le français est plutôt un bad boy en matière
d’hygiène corporelle.
En Europe, la France est le pays qui rechigne le plus
notre célèbre petit cube qui fait des bulles quand on le fric-
tionne. Mais comme il faut s’en douter, il faut bien camou-
fler la sueur du tricolore. Les ménages vont dépenser des
sommes monstrueuses en parfums et autres feintes odo-
rantes. Alors, pourquoi se laver ?
J’ai trouvé des chiffres atterrants sur l’hygiène française,
de quoi conforter mon opinion sur la propreté dans nos
frontières et dans le périmètre de ma prison rose. Seulement
vingt-six pour cent des Français prennent une douche ou un
5
Mapa, producteur mondial de gants en latex. Le partenaire
protection de nos petites mains !
17
bain par jour ! L’enquête du TNS6
nous apprend dans une
étude réalisée en 2007, sur un panel de douze mille foyers,
que nous faisons seulement quatorze fois notre toilette par
semaine. Alors que nos voisins italiens, sur ces mêmes sept
jours, pratiquent le rituel dix-neuf fois. Les Espagnols, Al-
lemands ou Anglais y passent une fois de plus que nous. Et
curieusement, la Française passe une heure dix par jour à
briquer chez elle (selon ces mêmes sources statistiques). Je
demande à voir…
Encore mieux, en mai 2008, d’après un sondage réalisé
par GlaxoSmithKline Santé Grand Public7
et Ifop8
, « un
Français sur cinq se brosse les dents moins d’une fois par
jour » (ce sondage a été réalisé en mai 2008 auprès d’un
échantillon de 1 028 personnes représentatif de la popula-
tion française âgée de 15 ans et plus).
6
TNS, groupe d’information sur les marchés, leader mondial
d’analyse du consommateur et un des premiers fournisseurs d’études
sociales et politiques. TNS est aussi un fournisseur majeur dans le
domaine des panels consommateurs, de la mesure des audiences TV
et des services d’intelligence media. TNS couvre un réseau global
étendu sur 70 pays et compte plus de 13 000 employés dans le
monde. TNS World panel a été créé en France en 1969, à l’initiative
d’industriels et de distributeurs.
7
GlaxoSmithKline Santé Grand Public, le n°2 en France du marché
de la santé bucco-dentaire et un acteur majeur des médicaments
d’automédication, avec près de 30 marques différentes.
8
IFOP, L’Institut français d’opinion publique, entreprise de mar-
keting international dont la devise est « Global strength in marketing
intelligence » (littéralement : puissance globale dans la stratégie
mercatique). L’une de ses principales activités est la réalisation de
sondages d’opinion pour la presse, des partis politiques ou des
entreprises.
18
Selon des données de l’Association dentaire française,
chaque année, nous consommons 1,4 brosses à dents par ha-
bitant contre 4 recommandées et 3,5 tubes de dentifrice
contre 7 conseillés (données sans mesure de temps, ni de la
fréquence, ni de la technique de brossage). Chaque français
dépense en moyenne deux cent cinq euros par an pour la
cosmétique (source INSEE9
2005), soit huit cent vingt euros
pour une famille de quatre personnes ! Chaque famille dé-
pense deux cent vingt euros par an pour les produits d’en-
tretien (source étude TNS word panel).
Voilà le verdict : la France pue de la gueule, du slip, des
aisselles, des pieds et, sous son toit, même si la TNS prétend
le contraire. Les grandes marques de la parfumerie et socié-
tés spécialisées dans le désodorisant s’en frottent les mains, à
croire qu’il y a de l’argent à se faire sur les gens crades.
Cela me rappelle un homme qui s’était présenté au SPA.
Le centre esthétique étant mixte, les surprises furent toutes
aussi unisexes.
Un samedi matin vers dix heures, un homme débarqua
sans rendez-vous. On m’appela à l’accueil, le client en ques-
tion voulait la totale et être épilé de bas en haut sans distinc-
tion de zone. Je l’accompagnais en cabine et je sentais déjà
l’émanation de sa peau, de ses cheveux et de ses vêtements.
La transpiration, la friture et les pires égouts du monde pis-
saient dans le même trou. Le cocktail d’odeurs était insou-
tenable.
9
INSEE, L’Institut national de la statistique et des études écono-
miques est l’institut national de statistique français. Il est chargé de
la production et de l’analyse des statistiques officielles en France.
19
Il n’avait pas pris sa douche et il s’était jeté dans ses fringues
tout suintant de sa nuit agitée. J’avais la nausée à chaque
contraction de narine. Je n’avais qu’une hâte, terminer au plus
vite ce déchet humain. Malheureusement, ce qu’il faut savoir
est que, lorsque la peau est moite, la cire n’adhère pas, il faut
donc talquer tout le corps, et parfois, cela ne suffit pas. Pour le
sujet en question, j’ai dû vider les trois quarts de ma bouteille
de talc, et tant pis pour l’économie de produit. On aurait dit un
bonhomme des neiges, mais loin d’être inodore.
Bien évidemment, Monsieur voulait entamer la conversa-
tion. Et je devais rester polie, cela faisait partie du job.
– Je voudrais que vous m’épiliez toutes les zones, les
pieds, les jambes, le torse, le dos, les mains, les bras, les ais-
selles, pour être tout doux pour ma chérie.
Tu as une chérie, toi ? Enfin, s’il en avait vraiment une.
Des femmes qui aiment le Kolinski10
sur le dos, je veux bien,
mais l’authentique à quatre pattes dans le coin de la
chambre, moins sûr.
Il avait enchaîné sur le jazz, la musique de fond en était
le thème ce jour-là. Curieusement, il avait une culture mu-
sicale le drôle de spécimen. Étant mélomane, il n’avait pas
réussi à détourner mon esprit de son fumet rassis.
J’arrivais sur la fin de l’épilation, et croyez-moi ou pas, le
déchet avait sa bestiole entre les jambes qui ressuscitait, je
n’en revenais pas. En fait, il prenait du plaisir à chaque dé-
collement de bandes. Je l’aurais attaché, bandeau sur les
yeux, et fouetté en même temps, le monsieur aurait gémi de
plaisir.
Et là, au degré le plus haut de l’écœurement, il me de-
manda si nous faisions l’épilation du maillot intégral pour
10
Kolinski, fourrure de putois.

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Extrait du roman " Et Dieu créa le sillon interfessier " de Sandie Khougassian

  • 1. Prénom : Thiena. Âge : 29 ans au début et à la fin on ne sait plus. Carte génétique : des lettres ADN qui se finissent en IAN brodées sur un drapeau bleu blanc rouge. Formation : l’école de la vie, de l’art, des lois et du vent. Signe astro : un taureau qui rugit comme une lionne et qui danse comme Lady Gaga quand personne ne la regarde. Défaut et qualité : elle a un avis sur tout. Péchés mignons : les soudjouks et les cornichons. Passion : l’art des écorchés vifs et le son des rockeurs morts à leurs vingt-sept printemps et plus. Mission : dire bonjour, porter un tablier, des gants Mapa quand c’est possible et sourire à des fions toute la journée. Cadre dans la mode depuis sept ans, Thiena atterrit au pays du SIF (ou sillon interfessier pour les connaisseurs), dont elle ne connaît ni les codes ni les lois. Co-patronne d’un SPA basé dans une petite banlieue bourgeoise de la région parisienne, elle enfile un tablier de bouchère pour jouer une fausse experte de la beauté qui va très vite déchanter. Entre les points noirs non extraits depuis des décennies, les dingues en liberté et les obsédés du cul qui cherchent plus qu’une stimulation du bulbe pilaire, la traversée du SIF est bourrée de sables mouvants. ISBN : 979-10-93125-00-8 -:HTLATD=VWZUU]: EtDieucréa lesilloninterfessier Sandie Khougassian photo : Antoine Agoudjian Sillon_fessier_couverture02:Kougassian 26/02/2014 15:48 Page 1
  • 2. Sandie Khougassian Et Dieu créa le sillon interfessier
  • 3. © Sandie Khougassian, 2013. ISBN : 979-10-93125-00-8 Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L. 122-5 (2° et 3°a), d’une part, que les « copies ou reproductions stricte- ment réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite » (art. L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du code de la propriété intellectuelle.
  • 4. 3 Sandie Khougassian Elle est née en France, son prénom vient d’on ne sait où, elle ne l’a pas choisi, son nom vient de loin, un confetti sur la carte du monde au carrefour de l’Europe et de l’Orient, une contrée lointaine chargée d’histoires, d’églises, d’abricotiers et de café. Fille d’une gauloise blonde et d’un berger des temps modernes, Sandie Khougassian est la bou- ture d’un électrochoc biculturel. Depuis sa naissance, le bœuf bourguignon et les dolmas trempent dans le même plat, le rosé et le raki valsent dans le même verre, les tradi- tions se chevauchent et trinquent au mariage des genres. Bref, ses journées ont toutes les couleurs du monde. Elle adore la langue française même si dans son plus jeune âge l’effervescence de son esprit curieux et amoureux de tout n’arrivait pas toujours à trouver les mots pour décrire cette abondance de richesses de la vie. Son nom suscite très tôt des curiosités, des interrogations, des craintes, des inimitiés mais aussi des sympathies. Elle parvient à tracer son chemin, faire des études d’art dans une école parisienne de bran- leuses chics, mondaines et sans cervelle, pratiquer du tou- risme dans une fac de droit de futurs chômeurs, suivre des stages dans des galeries d’art tenues par des stars pas vrai- ment stars, à tricoter des volumes de chandails pour des centrales d’achat européennes, et un beau jour se retrouver les pieds collés dans une flaque de cire. Et Dieu créa le Sillon Interfessier est son premier roman.
  • 6. « Plus une société a besoin de services, plus elle est imparfaite, précaire et exposée à périr. » GUY-RENÉ PLOUR
  • 7. Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des SIF, des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite !
  • 10. 9 Destination : SIF – Maillot intégral, quarante euros, s’il vous plaît. Je crois que ma première épilation a commencé comme ça, un pied dans la cire et une main dans l’huile aux fleurs, le début d’un cauchemar olfactif. Mon tablier perlait de cire, mon visage de sueur. Je n’avais jamais épilé de ma vie. Je me suis retrouvée face à la cliente qui ne voulait plus aucun poil pubien. Euh, oui, pas de problème. Vous êtes sensible à la douleur ? Cela ne vous dérange pas si la peau part avec ? pensais-je très fort. Sans réfléchir, j’étalais une pâte rose bonbon comme celle que l’on trouve dans les candy stores bourrée de glucose et d’arômes artificiels. Et là, d’un seul geste, genre pro du mi- lieu, je vis tous les poils pris au piège dans ce caramel pour Alice au pays des merveilles. Coup du sort ou pas, tout était parti, enfin presque parti… J’avais trouvé une vidéo sur YouTube, le secret du ter- rible procédé y est dévoilé sans réserve et sans floutage. Ma leçon a duré trois minutes et quarante-huit secondes. Je n’ai pas rembobiné le film de la killeuse du poil. Sous le secré- taire, mes siamoises de rotules claquaient des dents et, j’en ai encore des crampes. – C’est une première pour moi, je ne me suis jamais fait faire complètement le maillot. Moi aussi !!! En observation étouffée. Mais elle ne se dou- tait de rien.
  • 11. 10 – Je vais souffrir ? Non ? demandait la cliente espérant le bémol dans ma réponse. – Disons que vous n’allez crier qu’une seule fois. La cliente rigolait jaune. Je fermais les yeux et tirais la bande d’un coup sec. – WHOUAAAAAAAAAAAAAA !!! Elle se mit alors à hurler comme une poule que l’on égorge vivante. Il était dix heures quinze du matin et c’était mon premier rendez-vous de la journée. J’étais mal. – Ça y est, j’ai fait un côté. Je n’aurais même pas à passer une deuxième bande. Il reste la deuxième lèvre. Allez, soyez courageuse. – Stop ! Stop ! Ça fait trop mal ! Elle chialait et gloussait en même temps. Ses mains étaient scotchées à son pubis. – On arrête si vous voulez mais franchement, ça fait bi- zarre. Regardez, vous ne pouvez pas partir comme ça. On dirait que la tête de Barracuda1 s’est coincée entre vos jambes. Elle éclata de rire. – Mon mari me tanne avec cette saleté de maillot intégral. Je voudrais lui faire la surprise. – On finit la surprise, alors ? Mais vous devez retirer vos mains. – Attendez, encore deux minutes. Elle me suppliait. – Le temps de tremper ma spatule. Et hop, c’est parti. 1 Le Barracuda des années 1980, ça vous dit quelque chose ? Si vous vous souvenez de la série, Agence tous risques, vous devriez vous rappeler aussi de la célèbre crête iroquoise de Laurence Tureaud, dit Mister T… Et franchement, avoir la tête de Barracuda entre les jambes, c’est un délire pubien des plus étranges !
  • 12. 11 J’arrachais la deuxième bande. – AïïïïïïïïïïïïïïïïE !!! La cliente plongea à nouveau ses mains mais trop tôt pour elle et, surtout trop tard pour moi… – Merde ! Oh ! Excusez-moi. C’était sorti tout seul. Ses mains s’étaient collées sur la bande de cire tiède. – C’est de ma faute, dit-elle. Je ne le montrais pas à ma cliente mais j’étais prête à prendre la fuite. Ce n’était pas de ma faute si cette conne s’était enlisée dans cette putain de résine synthétique. – Ne bougez pas, je vais décoller vos mains tout douce- ment de la cire et ensuite retirer la bande restante de votre maillot. Allons-y, respirez à fond. J’attrapais ses doigts un par un en maintenant tant bien que mal la glu rose. Il restait des poils, beaucoup de poils et à chaque tentative, madame Abibatou entraînait ses cin- glantes vocalises. – AïïïïïïïïïE ! AïE ! AïïïïïïïïïE ! AïE ! AïïïïïïïïïE ! – Bon, on va changer de tactique. – Comment allez-vous faire ??? – OK, inspirez à fond, ne regardez pas. Je ne pouvais plus m’épargner la vue de cet enfer, je de- vais regarder tout et sans ménagement. J’emprisonnais alors ses deux mains dans les miennes et serrais fort. – Vous êtes sûre de ce que vous faites ? Non, je n’en savais foutre rien, les amygdales2 de mon cerceau lançaient des SOS invisibles. Je priais pour que mon plan B marche. 2 Amygdales, structure cérébrale bilatérale en forme d’amande. Elles jouent un rôle essentiel dans la gestion des émotions, de l’anxiété et
  • 13. 12 – Ne vous inquiétez pas. Fermez les yeux. Inspirez. J’inspirai en tandem quand soudain quatre mains s’éle- vèrent triomphalement vers le ciel. – Scratchhhhhhhhhhhhh ! – OUAïlïE !!!!!! Madame Abibatou se redressa et s’affala aussi prompte- ment sur son dos. – C’est finiiiii !!! Il ne me reste plus qu’à nettoyer vos mains, disais-je toute fière de moi. Elle soufflait comme une lapine qui venait d’être coursée par un loup. J’expirais un grand souffle de soulagement. – Je m’en souviendrai. Mon mari a intérêt à apprécier. – Moi aussi, vous pouvez me croire. Ouf, pas de pénal pour ma première épilation. Pour fêter ça, mes petites lèvres épinglèrent fiévreusement ma douce meurtrière. Madame Abibatou était partie et déjà loin de mes sueurs froides. En dehors du magasin, non loin de l’entrée, je voyais des badauds accolés contre le mur de l’immeuble d’en face. Je pouvais entendre distinctement leur conversation tellement la chaussée était étroite. J’allumais le feu de ma détente bien méritée. – C’est nouveau ? C’est quoi ? – Je crois qu’il s’agit d’une boucherie halal. Des gens ont entendu des cris de poulet. – C’est vrai ? – Oui, oui, les animaux braillaient. Ils ont dû les égorger, ces salauds ! des réactions de peur. Les miennes étaient à ce moment-là en alerte rouge !
  • 14. 13 – Ils n’ont pas lésiné sur les moyens, en tout cas. C’est vraiment luxueux pour un abattoir… Je manquais de m’étouffer. Je jetais ma clope dans le ca- niveau et m’éclipsais en rasant les murs. L’enseigne n’avait pas encore été posée sur la façade du SPA. Je contactais illico presto la société chargée de notre signalétique. À midi trente, une femme descendit les marches de l’entrée du magasin. – Bonjour mademoiselle. Je voudrais savoir si vous faites l’épilation du maillot intégral ? – Encore !!! – Comment ça !? – Euh, non, pardon, nous venons d’ouvrir et j’ai la tête dans les derniers détails de notre organisation. Veuillez m’excuser. Vilaine spontanéité ! – Je peux repasser demain si vous êtes occupée. – Non, non. Oui, nous faisons le maillot intégral. – Vous pourriez me prendre maintenant ? J’ai une heure devant moi avant de retrouver mon bureau. – Oui madame. Pas le choix, j’avais un centre esthétique et pas une bou- cherie. – C’est parfait. – Je vous conduis à la cabine. La femme se déshabilla. J’attendis dehors puis entrai. – Vous n’allez pas crier ? J’étais en plein flippe et comment ne pas l’être après Abibatou et, après la conversation des badauds.
  • 15. 14 – Pourquoi voulez-vous que je crie ? J’ai l’habitude de- puis le temps. Ça ne fait pas du bien, c’est certain, mais de là à hurler. Il ne faut pas exagérer. Même formule, j’étalais, j’arrachais et ne fus pas déran- gée par la cliente. Elle lisait son journal dans une inémoti- vité déconcertante. J’eus terminé, et non mécontente de moi je m’apprêtais à prendre la crème pour adoucir tout ça, quand… – Vous ne faites pas le SIF ? – Le SIF !!!??? Mes oreilles se noyèrent en pleine mer. – Oui, le sillon interfessier. – Euh, oui, oui, tout de suite, madame. Le sillon interfessier !??? Je questionnais désespérément mon cerveau sans trouver la case définition. Mes yeux firent naufrage au large d’une terre inconnue. Madame Fouré était en train de m’apprendre mon nou- veau vocabulaire, et quel vocabulaire. Je n’avais aucune idée de ce qu’elle me demandait. Elle plia ses jambes en arrière et m’exhiba son trou du cul en réponse à ma question. Putain, comment je vais faire ??? Pas le temps d’aller consulter YouTube, me dis-je. Je replongeais mon bâton dans le bac et beurrais le toast dans une improvisation au bord de la gerbe. La cliente fut ravie de ressembler à un coq déplumé. C’était la première d’une longue liste, je pensais qu’il s’agissait d’un cas isolé, mais pas du tout. Je dus créer alors une nouvelle zone à la carte. Elles voulaient toutes, ce que j’appelle, le modèle « crâne rasé » entre les jambes. Je suis sûre aujourd’hui que Gustave Courbet doit s’en retourner
  • 16. 15 dans sa tombe, mais où est donc passé L’origine du Monde3 ? Dans le vide-ordures des centres esthétiques mon gars, la génitrice de ce monde est devenue une actrice porno hardcore abonnée au câble – interdit aux moins de dix-huit ans. Vieilles avec les lèvres pendantes ou jeunes avec les lèvres tendues, elles revendiquent toutes leur sexualité débridée. Pendant ce temps-là, le marché du X grossit ses tiroirs- caisses avec une nouvelle consommatrice dont le profil est infini et ingérable : la ménagère au foyer avec trois bambins, un lapin et deux chats, la veuve noire qui s’attaque à tous les copains mâles de son défunt mari, l’étudiante déjantée qui cumule les histoires de cul sur les sites de rencontre, la di- vorcée parachutée par son chasseur de mari, la célibataire de cinquante ans qui vient de rencontrer un jeune don Juan amateur de femmes mûres… Et à côté de celles qui se la jouent porno star à la maison, il y a celles qui s’épilent une fois par an, c’est-à-dire, juste pour le Nouvel An, comme j’ai pu le constater chaque trente et un décembre de chaque année, historique de la cliente à l’appui sur le logiciel du centre ! J’imagine qu’elles ne de- vaient se livrer aux plaisirs charnels que le trente et un au soir, que le sous-vêtement était neuf aussi ce jour-là, et que le mari avait tout intérêt à être dispo le jour J, après quoi il y avait prescription de libido, si maigre était-t-elle. Pour les trois cent soixante-cinq jours restants, le partenaire devait supporter Gorilles dans la brume4 avec une haleine de phoque et des pieds bouffés par la corne. 3 L’origine du Monde, 1866, peinture de Gustave Courbet, peintre français. Gros plan sur le triangle pubien du dix-neuvième siècle ! 4 Gorilles dans la brume, 1988, États-Unis, film réalisé par Michael Apted. La fin est monstrueuse…
  • 17. 16 Mais Napoléon ne disait-il pas à sa Joséphine d’épouse « Ne te lave pas, j’arrive », quinze jours avant son départ ; enfin en même temps, c’était deux semaines et non une année complète. Je dois dire que c’est un autre trip où l’hygiène ne copine pas avec la savonnette mais avec le sexe oui. Oui, parlons-en de l’hygiène, s’il existe le trompe-l’œil, le trompe odeur, en revanche, lui, ne trompe pas. J’ai senti des hommes et des femmes dont le parfum camouflait très mal l’odeur d’un corps fâché avec l’idée de douche ou de bain, un supplice pour les narines. À ces moments-là, j’aurais aimé le port obligatoire du masque et des gants Mapa5 triple épaisseur montant jusqu’aux épaules, genre oversize. D’ailleurs, il m’en a coûté un herpès géant sur le visage de dégoût. C’est horrible de devoir toucher les gens quand vous sentez qu’ils ont dû se laver il y a un quart de siècle. Il faut dire aussi que le français est plutôt un bad boy en matière d’hygiène corporelle. En Europe, la France est le pays qui rechigne le plus notre célèbre petit cube qui fait des bulles quand on le fric- tionne. Mais comme il faut s’en douter, il faut bien camou- fler la sueur du tricolore. Les ménages vont dépenser des sommes monstrueuses en parfums et autres feintes odo- rantes. Alors, pourquoi se laver ? J’ai trouvé des chiffres atterrants sur l’hygiène française, de quoi conforter mon opinion sur la propreté dans nos frontières et dans le périmètre de ma prison rose. Seulement vingt-six pour cent des Français prennent une douche ou un 5 Mapa, producteur mondial de gants en latex. Le partenaire protection de nos petites mains !
  • 18. 17 bain par jour ! L’enquête du TNS6 nous apprend dans une étude réalisée en 2007, sur un panel de douze mille foyers, que nous faisons seulement quatorze fois notre toilette par semaine. Alors que nos voisins italiens, sur ces mêmes sept jours, pratiquent le rituel dix-neuf fois. Les Espagnols, Al- lemands ou Anglais y passent une fois de plus que nous. Et curieusement, la Française passe une heure dix par jour à briquer chez elle (selon ces mêmes sources statistiques). Je demande à voir… Encore mieux, en mai 2008, d’après un sondage réalisé par GlaxoSmithKline Santé Grand Public7 et Ifop8 , « un Français sur cinq se brosse les dents moins d’une fois par jour » (ce sondage a été réalisé en mai 2008 auprès d’un échantillon de 1 028 personnes représentatif de la popula- tion française âgée de 15 ans et plus). 6 TNS, groupe d’information sur les marchés, leader mondial d’analyse du consommateur et un des premiers fournisseurs d’études sociales et politiques. TNS est aussi un fournisseur majeur dans le domaine des panels consommateurs, de la mesure des audiences TV et des services d’intelligence media. TNS couvre un réseau global étendu sur 70 pays et compte plus de 13 000 employés dans le monde. TNS World panel a été créé en France en 1969, à l’initiative d’industriels et de distributeurs. 7 GlaxoSmithKline Santé Grand Public, le n°2 en France du marché de la santé bucco-dentaire et un acteur majeur des médicaments d’automédication, avec près de 30 marques différentes. 8 IFOP, L’Institut français d’opinion publique, entreprise de mar- keting international dont la devise est « Global strength in marketing intelligence » (littéralement : puissance globale dans la stratégie mercatique). L’une de ses principales activités est la réalisation de sondages d’opinion pour la presse, des partis politiques ou des entreprises.
  • 19. 18 Selon des données de l’Association dentaire française, chaque année, nous consommons 1,4 brosses à dents par ha- bitant contre 4 recommandées et 3,5 tubes de dentifrice contre 7 conseillés (données sans mesure de temps, ni de la fréquence, ni de la technique de brossage). Chaque français dépense en moyenne deux cent cinq euros par an pour la cosmétique (source INSEE9 2005), soit huit cent vingt euros pour une famille de quatre personnes ! Chaque famille dé- pense deux cent vingt euros par an pour les produits d’en- tretien (source étude TNS word panel). Voilà le verdict : la France pue de la gueule, du slip, des aisselles, des pieds et, sous son toit, même si la TNS prétend le contraire. Les grandes marques de la parfumerie et socié- tés spécialisées dans le désodorisant s’en frottent les mains, à croire qu’il y a de l’argent à se faire sur les gens crades. Cela me rappelle un homme qui s’était présenté au SPA. Le centre esthétique étant mixte, les surprises furent toutes aussi unisexes. Un samedi matin vers dix heures, un homme débarqua sans rendez-vous. On m’appela à l’accueil, le client en ques- tion voulait la totale et être épilé de bas en haut sans distinc- tion de zone. Je l’accompagnais en cabine et je sentais déjà l’émanation de sa peau, de ses cheveux et de ses vêtements. La transpiration, la friture et les pires égouts du monde pis- saient dans le même trou. Le cocktail d’odeurs était insou- tenable. 9 INSEE, L’Institut national de la statistique et des études écono- miques est l’institut national de statistique français. Il est chargé de la production et de l’analyse des statistiques officielles en France.
  • 20. 19 Il n’avait pas pris sa douche et il s’était jeté dans ses fringues tout suintant de sa nuit agitée. J’avais la nausée à chaque contraction de narine. Je n’avais qu’une hâte, terminer au plus vite ce déchet humain. Malheureusement, ce qu’il faut savoir est que, lorsque la peau est moite, la cire n’adhère pas, il faut donc talquer tout le corps, et parfois, cela ne suffit pas. Pour le sujet en question, j’ai dû vider les trois quarts de ma bouteille de talc, et tant pis pour l’économie de produit. On aurait dit un bonhomme des neiges, mais loin d’être inodore. Bien évidemment, Monsieur voulait entamer la conversa- tion. Et je devais rester polie, cela faisait partie du job. – Je voudrais que vous m’épiliez toutes les zones, les pieds, les jambes, le torse, le dos, les mains, les bras, les ais- selles, pour être tout doux pour ma chérie. Tu as une chérie, toi ? Enfin, s’il en avait vraiment une. Des femmes qui aiment le Kolinski10 sur le dos, je veux bien, mais l’authentique à quatre pattes dans le coin de la chambre, moins sûr. Il avait enchaîné sur le jazz, la musique de fond en était le thème ce jour-là. Curieusement, il avait une culture mu- sicale le drôle de spécimen. Étant mélomane, il n’avait pas réussi à détourner mon esprit de son fumet rassis. J’arrivais sur la fin de l’épilation, et croyez-moi ou pas, le déchet avait sa bestiole entre les jambes qui ressuscitait, je n’en revenais pas. En fait, il prenait du plaisir à chaque dé- collement de bandes. Je l’aurais attaché, bandeau sur les yeux, et fouetté en même temps, le monsieur aurait gémi de plaisir. Et là, au degré le plus haut de l’écœurement, il me de- manda si nous faisions l’épilation du maillot intégral pour 10 Kolinski, fourrure de putois.