Rapport annuel 2009
Un acteUR essentiel
de la défense des libeRtés
pUbliqUes
   Créée en 1973, l’Institution du Médiateur de la République est une
   autorité indépendante qui met gracieusement ses compétences au
   service des citoyens, personnes physiques ou morales pour amélio-
   rer leurs relations avec l’administration et les services publics. elle
   traite les litiges au cas par cas, vérifie si l’organisme objet d’une
   plainte s’est ou non conformé à la mission de service public dont il
   a la charge, relève les dysfonctionnements et rétablit les droits du
   requérant. lorsqu’une décision administrative, pourtant conforme
   à la règle de droit, vient heurter les droits de la personne, le Média-
   teur de la République dispose d’un pouvoir de recommandation en
   équité. Il peut également faire usage de son pouvoir d’injonction
   lorsque l’État ne se conforme pas à une décision prise par la justice
   en faveur des administrés. le Médiateur de la République est éga-
   lement doté d’un important pouvoir de proposition de réformes qui
   lui permet de contribuer à l’amélioration des procédures adminis-
   tratives et de la législation pour que le droit soit adapté aux évolu-
   tions de la société et que cessent les iniquités.
   l’Institution doit sa réactivité et son efficacité à la qualité de ses col-
   laborateurs du siège, à sa présence territoriale assurée par quel-
   que trois-cents délégations, à sa souplesse d’action et au travail
   en réseau qui la caractérisent. Nommé en conseil des ministres, le
   Médiateur de la République, qui dispose d’un mandat unique de six
   ans, est irrévocable et inamovible. le Médiateur de la République
   est membre de droit de la Commission Nationale Consultative des
   Droits de l’Homme.




   les données chiffrées de ce rapport portent sur l’année 2009.
   Sa date de rédaction est arrêtée au 1er février 2010.

   Médiateur de la République – 7, rue Saint-Florentin – 75008 Paris
   Tél. : 01 55 35 24 24 – Fax : 01 55 35 24 25 – www.mediateur-republique.fr
sommaire


édito	                                                                          p. 2

FoCUS	–	La	médiation	S’éLargit	aU	SeCteUr	de	La	Santé		                         p. 6

L’	année	en	ChiFFreS	                                                           p. 8

tabLeaU	deS	réFormeS	                                                           p. 11

bLoC-noteS		                                                                    p. 12

L’USager	et	L’état	FaCe	à	La	CriSe		                                            p. 13
Citoyen-administration	:	la	grande	incompréhension	                             p. 14
Le	citoyen	seul	face	à	un	cadre	mouvant	et	insécurisant	                        p. 23
de	nouveaux	liens	marqués	par	la	défiance	et	la	suspicion	                      p. 31
	
paCiFier	LeS	reLationS,	apaiSer	LeS	tenSionS	:		
La	ContribUtion	dU	médiateUr		                                                  p. 39
des	réponses	à	la	demande	de	«	vivre	ensemble	»	                                	 . 40	
                                                                                p
des	propositions	pour	un	système	plus	humain	                                   p. 47
Les	grandes	orientations	pour	2010	                                             p. 57

Un	ombUdSman	à	La	FrançaiSe	                                                    p. 63
Les	réponses	du	médiateur	de	la	république	aux	grands	défis	de	notre	société	   p. 64	
Une	expertise	au	service	des	droits	de	l’homme		                                p. 71
Le	défenseur	des	droits,	un	ombudsman	à	la	française	                           p. 75

portrait	de	L’inStitUtion	                                                      p. 78

geStion	adminiStrative	et	FinanCière	2009	                                      p. 88




                                   médiateur de la république                             1
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        édito


                                              défense des droits : une dimension nouvelle
                                              Le	 constat	 n’est	 pas	 neuf,	 notre	 société	 est	 fracturée,	
                                              mais	jamais	cette	réalité	n’a	été	aussi	aiguë.	poste	d’ob-
                                              servation	privilégié	des	évolutions	sociales,	des	souffran-
                                              ces	des	femmes	et	des	hommes,	le	médiateur	de	la	répu-
                                              blique	apprécie	en	effet	quotidiennement,	au	travers	des	
                                              requêtes	qui	lui	sont	adressées,	la	vitesse	et	la	prégnance	
                                              avec	lesquelles	le	sentiment	d’injustice	se	diffuse	dans	la	
                                              société.	il	perçoit	aussi	l’urgence	et	la	difficulté	qu’il	y	a	à	
                                              contrer	ce	sentiment,	mêlant	angoisse	et	rancœur,	prêt	à	
                                              se	déverser	dans	les	pires	exutoires.
                                              Le	premier	fossé	entre	les	citoyens	et	l’état,	c’est	celui	
                                              que	creuse	la	loi	par	une	complexité	croissante,	qui	met	
                                              sa	compréhension	hors	de	portée	de	l’individu.	La	consé-
                                              quence	:	les	administrés	méconnaissent	leurs	droits,	en	
                                              mesurent	mal	la	portée	et	ont	souvent	du	mal	à	les	res-
                                              pecter.	Face	à	eux,	des	fonctionnaires	peinent	à	appliquer	
                                              la	loi,	à	comprendre	la	finalité	de	leurs	actions.	Se	consi-
                                              dérant	 comme	 de	 simples	 pions	 dans	 un	 système	 qui	
                                              les	dépasse	et	leur	impose	sa	force	d’inertie,	ils	cèdent	
                                              parfois	à	la	tentation	d’une	application	des	textes	plus	
                                              formelle	qu’humaine.	Cette	rupture	est	accentuée	par	
                                              l’agressivité	ou	la	violence,	qui	prennent	peu	à	peu	le	pas	
                                              sur	le	respect	de	l’autre.	des	deux	côtés,	un	sentiment	
                                              de	fragilité	et	d’isolement	qui	ne	laisse	en	partage	que	la	
        Jean-paul delevoye,                   souffrance.
        Médiateur de la République            à	cet	éloignement	s’ajoute	pour	le	citoyen	l’impression	
                                              d’être	«	ballotté	»	par	d’incessants	changements	cen-
                                              sés	l’avantager,	mais	qui	lui	semblent	pourtant	s’accom-
                                              plir	toujours	à	son	détriment.	ainsi	de	la	réorganisation	
                                              d’edF-gdF	au	nom	de	l’ouverture	à	la	concurrence,	qui	a	
                                              débouché	pour	l’usager	sur	un	recul	qualitatif	de	l’offre	de	
                                              services	et	a	parfois	même	été	source	de	préjudices.	L’im-
                                              pact	de	la	crise	est	venu	aggraver	la	situation,	accroissant	
                                              le	contraste	entre	la	richesse	collective	de	la	France	et	la	
                                              situation	des	moins	favorisés.	Jamais	le	risque	de	bas-
                                              culer	dans	la	précarité	n’a	semblé	si	grand	à	autant	de	
                                              nos	concitoyens.	Les	travaux	de	sociologues	comme	éric	
                                              maurin	ont	récemment	rappelé	l’immense	écart	entre	
                                              la	peur	du	déclassement,	partagée	désormais	par	une	


2                                    rapport annuel 2009
majorité	de	Français,	notamment	les	classes	moyennes	               l’usager,	par	définition	difficilement	quantifiable.	on	peut	
et	supérieures,	et	la	réalité	du	déclassement	qui	touche	           mesurer	le	délai	de	réponse	moyen,	par	exemple,	d’une	
une	frange	de	la	société,	les	plus	vulnérables,	hélas.	             institution.	mais	est-il	possible	de	mesurer	la	douleur	affé-
d’autant	que,	face	à	la	détresse	d’un	nombre	croissant	             rente	à	ces	temps	de	latence	et	d’incertitude	?	à	l’heure	où	
de	citoyens	au	parcours	de	vie	marqué	par	des	ruptures	             la	transparence	s’affirme	comme	le	principal	moteur	de	la	
–	aussi	bien	professionnelles,	familiales,	que	géographi-           confiance	et	où	les	citoyens	veulent	pouvoir	mesurer	avec	
ques	–,	les	réponses	de	la	société	en	termes	de	politiques	         justesse	la	qualité	des	services	rendus,	un	débat	s’im-
de	solidarité,	au	travers	du	ra,	de	la	CmU	ou	de	la	loi	dalo,	      pose	sur	la	validité	des	indicateurs	de	performance.	Lui	
font	 montre	 d’une	 efficacité	 déclinante.	 Loin	 de	 lisser	     seul	pourra	écarter	le	soupçon	d’instrumentalisation	qui	
les	aspérités	de	la	vie,	les	solutions	proposées	par	l’état	        pèse	sur	ces	outils	de	mesure	et	prévenir	le	risque	d’une	
face	aux	accidents	de	la	vie,	inadaptées	à	des	trajectoires	        nouvelle	fracture	entre	administrations	et	administrés.	
qui	ne	sont	plus	linéaires,	induisent	trop	souvent,	entre	          La	rationalisation	tant	souhaitée	des	administrations	est	
la	naissance	d’une	situation	de	détresse	et	le	versement	           censée	mettre	fin	à	la	gabegie	et	optimiser	l’efficacité	et	
d’aides,	un	décalage	temporel	pénalisant.	trop	distendu,	           le	rendement	des	organisations	du	travail	dans	la	fonction	
le	filet	social	qui	doit	atténuer	les	chocs	en	vient	à	infli-       publique.	Fort	logiquement,	cette	rationalisation	se	tra-
ger	des	blessures	supplémentaires	à	ceux	qu’il	est	censé	           duit	d’abord	par	une	standardisation	des	réponses	et	un	
aider.	il	paraît	pourtant	impératif	que	les	services	publics	       traitement	de	masse	des	dossiers	appuyé	par	l’outil	infor-
n’ajoutent	pas	une	souffrance	évitable	à	une	souffrance	            matique.	dans	le	même	temps,	on	constate	une	demande	
initiale.	Se	pose	donc	la	nécessité	d’une	réflexion	appro-          de	personnalisation	de	la	part	des	usagers	et	un	souhait	
fondie	sur	les	politiques	de	solidarité,	leurs	effets	sur	le	       de	ne	pas	être	assimilés	à	un	numéro	de	dossier,	pour	
comportement,	la	socialisation	et	le	vécu.	                         une	affaire	qui	est	parfois	l’histoire	de	toute	une	vie,	avec	
                                                                    ce	qu’elle	comporte	d’incertitudes	et	de	souffrances.	Ces	
dans	 ce	 contexte	 social	 tendu,	 il	 est	 indispensable	 de	     deux	tendances,	personnalisation	et	rationalisation,	ne	
parvenir	à	une	utilisation	optimale	des	deniers	publics.	           sont	opposées	qu’en	apparence	et	je	suis	convaincu	de	la	
C’est	donc	avec	raison	que	le	législateur	et	les	services	          possibilité	de	trouver	des	solutions	compatibles.	
de	l’état	ont	mis	en	place	une	politique	de	lutte	contre	les	
fraudes.	 mener	 cet	 indispensable	 combat	 a	 cependant	          Finalement,	notre	système	dans	son	ensemble	se	fragilise	
conduit	à	un	durcissement	du	régime	de	la	preuve,	qui	              d’année	en	année.	L’époque	où	le	«	vivre	ensemble	»	se	
pénalise	aujourd’hui	les	honnêtes	gens,	qui	constituent	            fondait	sur	l’existence	de	règles	communes,	sur	des	auto-
la	très	grande	majorité	de	la	population,	en	les	plaçant	en	        rités	de	proximité	les	faisant	respecter,	et	sur	des	citoyens	
position	de	présumés	coupables.	Si	l’objectif	est	louable,	         qui	les	connaissaient	et	y	adhéraient	semble	révolue.	Les	
comment	ne	pas	voir	dans	la	méthode	la	promesse	d’une	              espérances	collectives	ont	cédé	la	place	aux	inquiétudes	
dégradation	des	liens	entre	les	administrés	et	leurs	admi-          collectives	et	aux	émotions	médiatiques.	notre	société	
nistrations	?	ici	aussi,	une	autorité	indépendante	comme	           gère	son	angoisse	par	une	décharge	d’agressivité	là	où	
le	médiateur	de	la	république	peut	aider	à	définir	un	fais-         nous	attendions	un	regain	de	solidarité.	J’en	veux	pour	
ceau	d’indices	acceptables	à	défaut	de	preuve	et	à	sécuri-          preuve	la	généralisation	et	la	banalisation	des	faits	de	
ser	le	fonctionnaire	chargé	du	dossier.	en	s’appuyant	sur	          violence,	à	l’école,	en	famille,	dans	les	hôpitaux,	envers	
ses	capacités	d’analyse	et	sa	profonde	connaissance	des	            la	 police.	 Les	 grandes	 équations	 qui	 permettaient	 le	
lois	et	des	mécanismes	administratifs,	il	faut	parvenir	à	          consensus	au	sein	de	notre	société	semblent	marquées	
trouver	un	juste	équilibre	entre	défiance	et	confiance,	car	        d’obsolescence	:	un	diplôme	ne	garantit	plus	un	travail,	
il	n’est	pas	possible	de	vivre	dans	un	système	où	l’admi-           une	intervention	étatique	ne	garantit	plus	la	correction	
nistré	fait	figure	d’éternel	suspect.                               ou	la	suppression	d’une	injustice.	notre	société	en	quête	
vient	s’ajouter	un	facteur	supplémentaire	brouillant	la	            de	sens	se	révèle	aujourd’hui	plus	usée	psychologique-
situation	:	la	distorsion	de	plus	en	plus	marquée	entre	la	         ment	que	physiquement.	L’individualisme	met	en	exergue	
réalité	vécue	par	les	administrés	et	le	reflet	qu’en	donnent	       l’individu	et	le	valorise	dans	ses	réussites.	il	l’isole	dans	
les	multiples	indicateurs	dont	disposent	les	services	de	           ses	échecs	et	développe	alors	parfois	le	mépris	de	soi	qui	
l’état.	Contractualiser	les	objectifs,	valoriser	les	résultats,	    engendre	le	mépris	des	autres.	alors	qu’il	faut	réinventer	
imprégner	l’ensemble	de	la	sphère	publique	de	la	culture	           les	modalités	comme	la	finalité	du	«	vivre	ensemble	»	et	
de	la	performance,	pourquoi	pas	?	encore	faudrait-il	que	           enrayer	la	spirale	de	l’échec	et	du	mépris	lorsqu’elle	se	
ces	indicateurs	soient	pertinents	et	n’aient	pas	pour	seule	        présente,	maintenir	et	développer	nos	capacités	d’écoute	
finalité	de	satisfaire	une	hiérarchie	ou	de	servir	de	faire-        est	 primordial.	 La	 philosophie	 qui	 guide	 mon	 action	
valoir	médiatique.	encore	faudrait-il,	également,	que	ces	          répond	précisément	à	ces	défis	:	aider	nos	concitoyens	à	
indicateurs	parviennent	d’une	manière	ou	d’une	autre	à	             adopter	un	état	d’esprit	plus	positif,	en	passant	de	la	ges-
intégrer	la	dimension	psychologique	de	la	relation	avec	            tion	des	peurs	à	la	motivation	de	nouvelles	espérances.	La	      OOO




                                                    médiateur de la république                                                             3
édito

    E




    OOO   reconstruction	du	«	vivre	ensemble	»	ne	pourra	se	faire	            orienter.	La	mauvaise	première	réponse	ou	l’absence	de	
          sans	offrir	à	chacun	une	place	au	sein	du	collectif,	indé-          réponse	génère	de	la	frustration.	La	mauvaise	orientation	
          pendamment	de	sa	valeur	sur	le	marché	du	travail,	une	              génère	un	coût	en	temps	humain	évitable,	un	encombre-
          place	où	son	utilité	d’être	social	soit	affirmée	et	sa	dignité	     ment	non	avenu,	et	à	nouveau	de	la	frustration.	L’accueil	
          d’être	humain	respectée.	                                           doit	 être	 considérablement	 développé	 et	 le	 personnel	
                                                                              destiné	à	occuper	ce	genre	de	poste	qualifié	et	formé	en	
          des réponses à la fragilité et à l’insécurité                       conséquence.
          Souvent	perçue	par	les	citoyens	comme	l’ultime	recours	
          pour	solutionner	leur	problème,	l’institution	du	médiateur	         en	consolidant	mon	propre	dispositif	d’accueil,	j’ai	néan-
          de	la	république	est	en	prise	directe	avec	la	détresse,	la	         moins	constaté	que	l’écoute	ne	suffisait	plus	et	que,	face	
          douleur	et	les	drames	humains,	aux	ressorts	complexes.	             au	désespoir	et	à	la	solitude,	l’accompagnement	de	chaque	
          J’ai	mis	en	place	de	nouveaux	outils	pour	accroître	les	            administré	tout	au	long	du	traitement	de	son	dossier	s’im-
          capacités	d’écoute	de	l’institution.	Sur	le	plan	des	nou-           posait	comme	une	évidence.	en	découle	la	nécessité	d’in-
          velles	technologies,	«	e-mediateur	»	est	un	guichet	d’in-           venter	de	nouvelles	attitudes	administratives,	à	partir	d’un	
          formation	de	premier	niveau	permettant	à	l’internaute	de	           tryptique	:	écoute,	réponse,	conseil	–	mission	dans	laquelle	
          connaître	le	rôle	du	médiateur	(ce	qu’il	fait	et	ne	fait	pas),	     l’institution	se	veut	pionnière	–	afin	de	ne	jamais	laisser	une	
          de	savoir	si	le	médiateur	est	compétent	pour	un	problème	           question	non	résolue	ou	une	démarche	non	aboutie.	il	ne	
          donné	et	d’être	réorienté	vers	un	délégué	ou	bien	le	bon	           faut	plus	gérer	un	dossier	mais	accompagner	une	personne	
          organisme,	de	recevoir	directement	dans	sa	message-                 pour	l’aider	à	surmonter	une	difficulté.	accueillir	c’est	res-
          rie	les	outils	d’information	sur	le	médiateur,	cela	via	les	        pecter,	accompagner	c’est	reconstruire.
          messageries	instantanées	gmail	et	msn,	à	toute	heure	du	
          jour	et	de	la	nuit,	et	notamment	lorsque	les	bureaux	sont	          autre	impératif	:	favoriser	le	vote	de	lois	créant	des	droits	
          fermés	(des	pics	de	connexions	sont	enregistrés	la	nuit	et	         qui	puissent	être	mis	en	œuvre	sans	complexité	excessive.	
          le	week-end).	Le	formulaire	de	saisine	en	ligne	permet	             dans	le	cas	contraire,	on	débouche	sur	un	texte	difficile-
          à	toute	personne	de	déposer	sa	réclamation	auprès	du	               ment	applicable	qui	alimente	la	colère	du	citoyen	et	se	
          médiateur	de	la	république	via	le	site	internet.	Contraire-         retourne in fine	contre	le	législateur.	C’est	l’exemple	du	
          ment	au	système	de	courriel	classique,	les	dossiers	reçus	          dossier	médical,	théoriquement	transmis	au	demandeur	
          par	ce	biais	sont	presque	en	totalité	de	la	compétence	de	          sous	huit	jours,	délai	qui,	en	pratique,	se	révèle	impossi-
          l’institution.	Le	nombre	de	requêtes	a	significativement	           ble	à	tenir.	Faire	converger	l’objectif	législatif	et	la	réalité	
          augmenté	avec	ce	nouveau	mode	de	saisine.	                          en	s’appuyant	sur	une	meilleure	évaluation	des	politiques	
                                                                              publiques	 doit	 donc	 constituer	 une	 véritable	 ambition.	
          du	point	de	vue	de	l’accueil	téléphonique,	le	basculement	          d’autant	que	l’inflation	législative	peut	également	créer	
          des	lignes	téléphoniques	du	standard,	en	cas	d’affluence,	          des	difficultés	d’application	des	textes,	voire	générer	des	
          sur	l’ensemble	des	postes	téléphoniques	des	secrétaires	            situations	d’iniquité.	La	loi	doit	susciter	des	espérances,	
          vise	à	réduire	le	nombre	d’appels	perdus	et	les	attentes	           pas	des	illusions.
          trop	longues.                                                       pour	éviter	un	recul	de	la	qualité	du	service	public,	il	faut	
          Ces	outils	répondent	à	deux	problématiques	voisines,	qui	           tirer	des	enseignements	de	la	fusion	anpe-Unedic	et	des	
          revêtent	une	importance	capitale	:	celle	de	l’écoute	et	celle	      réorganisations	 du	 régime	 des	 salariés	 indépendants	
          de	l’accueil.	notre	société	développe	des	moyens	d’ex-              (rSi).	poursuivre	cette	démarche	impose	que	les	acteurs	
          pression	pour	chacun,	innovation	technologique	à	l’appui.	          mettent	en	place	des	procédés	et	des	moyens	afin	d’éviter	
          mais	quelle	place	accorde-t-elle	aujourd’hui	à	l’écoute	?	il	       qu’elle	ne	se	traduise	pour	l’usager	par	une	dégradation	
          est	toujours	plus	difficile	d’écouter	que	de	parler	!	et	pour-      de	la	qualité	du	service	et	une	plus	grande	complexité.	Se	
          tant,	nous	sommes	en	présence	de	personnes	de	plus	en	              pose	ici	la	question	de	l’accompagnement	du	changement,	
          plus	nombreuses	qui	ne	trouvent	nulle	oreille	attentive	à	          parfaitement	 clair	 dans	 les	 objectifs	 mais	 trop	 négligé	
          leur	situation	et	à	leur	douleur	et	qui,	la	frustration	aidant,	    dans	sa	conduite	effective.	réorganiser	les	services	de	
          sont	de	plus	en	plus	déterminées	à	se	faire	entendre	:	les	         l’état	est	sans	doute	nécessaire,	mais	il	faut	se	garder	
          séquestrations	de	patrons,	cette	année	en	sont	une	illus-           de	la	précipitation,	se	donner	le	temps	de	la	maturation	
          tration.	Je	maintiens	que	notre	société,	dont	le	caractère	         et	définir	un	véritable	mode	de	conduite	de	l’action.	La	
          anxiogène	n’est	guère	en	passe	de	diminuer,	a	plus	que	             dimension	humaine	du	changement	est	par	ailleurs	trop	
          jamais	besoin	de	lieux	d’écoute	et	de	décompression.                souvent	ignorée	dans	le	management,	tant	de	l’entreprise	
          L’accueil	 est	 encore	 aujourd’hui	 considéré	 comme	 une	         que	des	services	étatiques.	Combler	cette	lacune	c’est	
          fonction	mineure	dans	les	organisations	du	travail.	C’est	          réduire	la	souffrance.	il	faut	aussi	intégrer	le	fait	que	les	
          pourtant	le	point	d’entrée	de	l’usager	dans	l’organisation	         carrières	et	les	vies	ne	sont	plus	linéaires,	et	adapter	les	
          et	dont	les	deux	missions	sont	déterminantes	:	écouter	et	          systèmes	à	ces	nouvelles	formes	de	trajectoire.


4                                                                    rapport annuel 2009
défendre les plus faibles,                                          portants	 conflits	 d’intérêts,	 peine	 à	 convaincre	 de	 son	
promouvoir le respect mutuel                                        impartialité.	il	n’est	plus	perçu	comme	le	recours	contre	
dans	la	perspective	de	ce	changement,	l’action	du	média-            les	injustices,	parfois	accusé	d’aggraver	ces	injustices	et	
teur	de	la	république	se	traduit	par	des	propositions	de	           non	plus	de	les	corriger.	La	loi	n’apparaît	plus	comme	le	
réforme	dans	plusieurs	domaines,	avec	une	ligne	direc-              bouclier	du	plus	faible	contre	le	plus	fort,	mais	comme	
trice	claire	:	attirer	l’attention	du	législateur	sur	les	situa-    une	nouvelle	arme	aux	mains	du	plus	fort	pour	asseoir	sa	
tions	injustes	et	suggérer	des	solutions	pour	y	remédier.	          domination	contre	le	plus	faible.	Le	système	légal	n’étant	
C’est	ainsi	qu’en	2009,	il	a	émis	des	propositions	concer-          plus	le	calque	d’un	système	juste,	la	tentation	est	grande	
nant	le	droit	des	consommateurs,	les	accidents	médicaux,	           soit	de	se	diriger	vers	les	systèmes	illégaux,	miroirs	aux	
les	victimes	d’essais	nucléaires,	les	autopsies	judiciaires,	       alouettes	promettant	une	autre	justice	et	cachant	les	pires	
l’indemnisation	des	victimes	de	l’amiante	et	le	pacs,	avec	         exploitations,	soit	de	laisser	libre	cours	à	sa	colère	et	son	
l’idée	qu’il	faut	garantir	à	chacun	une	égalité	de	traite-          exaspération	contre	le	système	établi,	dans	les	accès	de	
ment	devant	la	loi.	L’année	2010	verra	mes	services	pour-           violence	 que	 nous	 ne	 connaissons	 désormais	 que	 trop	
suivre	leurs	efforts	sur	les	enfants	nés	sans	vie	et	la	rela-       bien.	Le	soupçon	est	une	gangrène	pour	notre	démocra-
tion	travail-santé,	la	maltraitance	des	patients,	mais	aussi	       tie.	Lorsque	ce	soupçon	est	nourri	par	les	acteurs	publics	
les	violences	et	incivilités	des	patients	et	de	leurs	proches	      eux-mêmes,	 capables	 de	 décrédibiliser	 une	 institution	
envers	les	professionnels	de	santé.	Le	but	est	d’agir	et	de	        entière	pour	leur	seul	dessein	personnel,	lorsque	acteurs	
valoriser	le	respect	réciproque	par	un	effort	de	pédagogie	         locaux	et	décideurs	centraux	s’opposent	au	sujet	de	la	
et	d’éducation.                                                     décentralisation	 et	 ravivent	 les	 anciennes	 querelles,	 il	
de	fait,	l’année	2009	aura	marqué	un	tournant	dans	la	              convient	d’appeler	à	nouveau	à	la	responsabilité	de	tous	
vie	de	l’institution.	Les	collaborations	avec	la	Cour	euro-         les	acteurs	publics.	Comment,	à	partir	d’un	service	public,	
péenne	 des	 droits	 de	 l’homme	 ou	 le	 défenseur	 des	           reconstruire	des	citoyens	et	restaurer	le	politique,	voilà	
enfants	nous	ont	permis	de	réunir	sur	plusieurs	dossiers,	          la	vraie	question	?	Je	jetterai	toutes	mes	forces	dans	ce	
comme	ceux	de	la	kafala	ou	des	mineurs	étrangers	isolés,	           chantier	en	2010	dans	la	réalisation	de	solides	partena-
l’ensemble	des	interlocuteurs	concernés	dans	une	totale	            riats	pour	que	tous	oeuvrions	dans	le	même	sens	et	opti-
indépendance,	favorisant	une	approche	transversale	de	              misions	notre	action.
chaque	sujet	pour	mieux	en	saisir	tous	les	aspects	et	y	            Le	 politique	 doit	 (re)faire	 les	 preuves	 de	 son	 efficacité	
apporter	ensemble	une	solution	globale.	Le	passage	au	              d’abord.	privilégiant	la	gestion	des	carrières	à	l’innovation	
défenseur	des	droits	permettra	 de	mener	encore	plus	               et	la	prise	de	risque,	le	respect	des	procédures	au	respect	
efficacement	ce	type	de	démarche.	il	marquera	aussi	une	            des	usagers,	le	service	public	a	fini	par	davantage	défen-
nouvelle	étape	dans	l’action	pour	la	défense	et	la	promo-           dre	la	pérennité	des	structures,	le	confort	de	système	aux	
tion	des	droits	de	l’homme.                                         intérêts	des	administrés.	il	s’agit	de	rompre	avec	cette	
Sur	le	plan	international,	l’action	s’est	poursuivie	notam-         culture	en	replaçant	au	cœur	de	l’action	publique	et	de	son	
ment	par	le	renforcement	de	l’association	des	médiateurs	           organisation	le	citoyen	et	en	encourageant	la	prise	de	ris-
francophones,	à	présent	bien	installée	dans	le	paysage,	            que.	Sous	couvert	de	principe	de	précaution,	nous	avons	
et	qui	va	s’ouvrir	aux	réseaux	anglophone	et	arabophone.	           fini	par	entretenir	l’illusion	d’une	société	sans	risque	et	
en	2010	se	tiendra	la	quatrième	réunion	des	médiateurs	             ainsi	un	certain	immobilisme.	on	ne	nous	demande	pas	de	
du	bassin	méditerranéen	en	espagne,	avec	une	ambition	:	            garantir	le	«	risque	zéro	»	mais	de	s’assurer	que	les	fac-
développer	le	dialogue	là	où	il	n’existe	plus.	Le	partenariat	      teurs	de	risque	ont	été	pris	en	compte.	
avec	l’arménie	dans	le	cadre	de	l’appel	d’offres	européen	          Le	politique	doit	enfin	répondre	à	cette	quête	du	sens,	en	
remporté	par	la	France	va	se	renforcer,	de	même	que	la	             s’interrogeant	d’abord	sur	la	finalité,	l’efficacité	et	la	lisi-
collaboration	avec	les	services	de	l’onu	afin	d’aboutir	à	          bilité	de	son	action	et	en	y	associant	les	citoyens.	Le	temps	
une	véritable	reconnaissance	du	rôle	des	ombudsmans,	               d’écoute	ne	produit	pas	de	richesses	immédiates	mais	il	
dont	le	médiateur	de	la	république,	devenu	défenseur	des	           produit	du	sens.	
droits,	fera	alors	partie.                                          aider	les	décideurs	politiques	à	garder	du	recul	et	à	pren-
                                                                    dre	 le	 temps	 de	 la	 réflexion,	 concilier	 l’impatience	 de	
restaurer la confiance                                              l’opinion	et	la	qualité	de	la	décision	:	autant	d’exigences	
et redonner du sens à l’action publique                             auxquelles	une	autorité	forte	et	indépendante	peut	aider	
Le	doute	exprimé	par	nos	concitoyens	envers	leurs	insti-            à	satisfaire.	plus	globalement,	il	s’agit	de	trouver,	dans	le	
tutions	appelle	une	réponse	forte.                                  nouveau	rapport	qui	émerge	entre	le	collectif	et	l’individu,	
L’excellence	et	l’exemplarité	de	l’action	publique	et	des	          un	espace	d’équilibre	entre	l’autorité	légale	et	le	respect	
acteurs	publics,	sur	les	bases	de	l’éthique	et	de	la	transpa-       de	la	personne.	dans	ce	contexte,	le	passage	du	médiateur	
rence,	sont	les	seuls	moyens	de	regagner	cette	confiance	           de	la	république	au	défenseur	des	droits	arrive	à	point	
qui	fait	aujourd’hui	tant	défaut.	Le	politique,	au	cœur	d’im-       nommé.	K                                                           E



                                                    médiateur de la république                                                             5
focus


    la médiation s’élargit au secteur de la santé

    Créé	début	2009,	le	pôle	Santé	et	Sécurité	des	Soins	(p3S)	parachève	le	champ	
    de	compétences	de	l’institution.	Saisi	notamment	sur	des	difficultés	d’accès	au	droit,		
    des	défauts	de	soins	et	des	conflits	consécutifs	à	des	aléas	ou	des	fautes	thérapeutiques,	
    il	exerce	sa	mission	dans	un	climat	nouveau	de	méfiance	entre	une	opinion	en	demande	
    de	transparence	et	un	monde	médical	sous	pression.


    La loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à            ticulier, a valeur pédagogique pour les professionnels : elle
    la qualité du système de santé a certes marqué une avan-              ne cherche pas à désigner un coupable, mais à permettre
    cée significative pour les droits du malade, notamment en             une exploitation positive de l’erreur.
    instaurant les Commissions des relations avec les usagers
    et de la qualité de la prise en charge (CRUQPC). Celles ci            la « judiciarisation » croissante des conflits
    permettent en effet aux usagers des établissements de                 Dans ce nouveau cadre, quelles grandes tendances se
    santé de rencontrer les personnels médicaux en présence               dégagent de l’activité du Médiateur de la République en
    d’un médecin médiateur afin de les aider à trouver des                matière de santé ? En premier lieu, l’amplification d’un phé-
    solutions aux problèmes rencontrés. Dans les faits, cepen-            nomène déjà constaté auparavant : l’accroissement des
    dant, ces usagers en situation de blocage ignorent souvent            demandes d’information concernant l’accès au droit des
    la manière de saisir cet interlocuteur, voire son existence           usagers et, plus généralement, une exigence plus grande
    même. Fort de son expérience sur d’autres terrains de                 de transparence. En regard de ce comportement nouveau,
    conflits potentiels, le Médiateur de la République offre aux          les professionnels de santé manifestent parfois une ten-
    réclamants, depuis un an, un lieu d’écoute et d’information,          dance à la rétention d’informations et au repli.
    et à tous les acteurs de la santé des moyens de renouer le            Ce phénomène va de pair avec une autre grande tendance,
    dialogue là où il était rompu.                                        la « judiciarisation » croissante des conflits. Les personnes
    Les missions du Pôle Santé et Sécurité des Soins ne s’arrê-           qui s’estiment victimes d’une erreur ou d’un dysfonctionne-
    tent pas là. Son rôle de médiation dans des dossiers liés à un        ment dont elles ont à souffrir sont de plus en plus tentées
    préjudice susceptible d’entraîner des poursuites disciplinai-         de porter l’affaire devant les tribunaux, parfois pour obtenir
    res ou d’engager une responsabilité pénale, civile ou admi-           non seulement réparation, mais une sanction pénale, admi-
    nistrative fait de lui un observateur privilégié d’événements         nistrative ou civile à l’égard de la personne ou de l’établis-
    indésirables graves. Il était donc logique de lui confier une         sement estimé fautif. Certes, le phénomène, à l’étranger
    mission d’alerte de l’autorité sanitaire. C’est ce qui a été fait     d’ailleurs aussi bien qu’en France, dépasse largement le
    par le biais de partenariats avec le ministère de la Santé, la        cadre des questions de santé : on sait que d’une manière
    Haute Autorité de santé, l’Institut de veille sanitaire, l’Afssaps    générale, les conflits se règlent de plus en plus dans les
    (Agence française de sécurité sanitaire et de produits de             prétoires. Le fait est même plus net dans d’autres domai-
    santé), le Conseil de l’ordre des médecins et même l’Autorité         nes, car le nombre de procès intentés à des médecins est
    de sûreté nucléaire. Il s’agit du seul système en Europe qui          régulièrement surestimé par le corps médical lui-même.
    permette d’assurer, au travers d’un recoupement systémati-            Mais il entraîne ici une conséquence grave : il entretient et
    que des informations, une veille sanitaire par l’intermédiaire        amplifie les situations de blocage. Les professionnels de
    des usagers du service de santé. Dans cet esprit, le Pôle             santé sont d’autant plus tentés d’opposer le secret, à tout
    Santé et Sécurité des Soins cherche à promouvoir un signa-            le moins de retenir certaines informations, qu’ils redoutent
    lement plus systématique des incidents médicaux, condition            des suites judiciaires. À l’occasion de tout acte médical pèse
    indispensable à l’identification des dysfonctionnements et à          désormais sur les professionnels de santé la peur du pro-
    l’amélioration des pratiques. La médiation physique, en par-          cès, qui encourage la tentation du repli.


6                                                                rapport annuel 2009
médiatisation des « affaires »                                       le défi de la maltraitance ordinaire
et rôle pervers de l’information en ligne                            Enfin, on ne s’étonnera pas d’apprendre que les recours au
Lorsqu’il y a eu décès d’un patient ou complications graves,         Médiateur de la République sont d’autant plus nombreux, et
le médecin justifie souvent son silence par la crainte de ne         portent sur des dossiers d’autant plus lourds, que le per-
pas se faire comprendre s’il s’exprime en termes techni-             sonnel de santé est sous pression. C’est particulièrement
ques. Mais ce silence, cette rétention d’informations, sont          le cas dans les services d’urgences, qui doivent faire face
très mal vécus par la victime ou ses proches, qui réclament          à des demandes toujours plus nombreuses, et d’ailleurs
la transparence. Dans le cas d’une personne décédée, la              pas toujours fondées médicalement. Le risque d’une
famille ne se contente pas d’une explication en quelques             vigilance prise en défaut, d’une mauvaise évaluation de
lignes mais exige la communication de la totalité du dossier,        l’urgence ou d’une erreur de diagnostic est d’autant plus
alors que le chirurgien ou l’établissement concerné discute          grand. De surcroît, on comprend bien que le droit à l’infor-
le caractère « communicable » des différents éléments.               mation préalable du patient en cas d’opération ne puisse
L’attitude hostile des proches se nourrit de ce refus de don-        être aussi bien assuré dans le cas d’une intervention d’ur-
ner l’information, refus qui est parfois considéré comme             gence. Les conflits dont le Médiateur est saisi trouvent sou-
plus grave que l’erreur médicale elle-même. Ainsi se déve-           vent leur origine dans cette pression.
loppe une spirale de l’incompréhension qui débouche sur              On en trouve aussi une conséquence dans un autre phéno-
des situations de blocage total. Seule une médiation impar-          mène, que le Pôle Santé et Sécurité des Soins du Médiateur
tiale, qui commence par un examen approfondi du dossier              considère comme un défi majeur à relever : ce que l’on peut
médical, peut alors permettre de renouer le dialogue.                appeler la maltraitance ordinaire dans les établissements
Ces situations de blocage sont amplifiées par deux phéno-            de santé. Sur l’ensemble des 4 795 requêtes des usagers
mènes. Le premier est la médiatisation d’« affaires » médi-          du système de santé instruites, près de 8 % faisaient état
cales qui amènent l’opinion publique à réagir avec excès :           directement d’un fait de maltraitance « ordinaire ». Qu’il
sans remonter jusqu’à celle du sang contaminé ou de l’hor-           s’agisse de déficits en matière d’hygiène, d’une prise en
mone de croissance, on se souvient de l’impact qu’ont eu             compte insuffisante de la douleur ou des caractéristiques
dans l’opinion le décès d’un petit garçon à l’hôpital à la suite     du patient – âge, handicap, isolement, vulnérabilité –, ces
d’une erreur d’ampoule et plusieurs incidents en radiothé-           faits ne sont pas toujours à mettre sur le compte d’un défaut
rapie. Précisément, la création du P3S s’est trouvée surve-          d’action des professionnels ; ils s’aggravent parfois du fait
nir au milieu de plusieurs de ces « affaires », donc en pleine       que le patient est accueilli dans un service inadapté. De
crise de confiance vis-à-vis du monde médical. L’autre phé-          telles situations entraînent aussi une souffrance pour celui
nomène qui apparaît manifestement au Médiateur de la                 qui en est témoin et rendent encore moins supportable le
République est l’influence des multiples sources d’informa-          stress au travail. Cette pression vient alors s’ajouter à celle
tions qu’Internet met à la disposition du grand public. Des          que subissent parfois les professionnels de santé de la
usagers mal informés, parfois sur la foi de « posts » publiés        part des patients ou de leurs proches : incivilités, menaces,
sur des forums sans aucun contrôle scientifique, opposent            intimidations, humiliations, violences verbales, voire physi-
au corps médical des certitudes fondées sur des éléments             ques. Le rôle du Médiateur, qui dans un cas sur cinq est saisi
de connaissance parcellaires, inadaptés à la situation ou            par les professionnels de santé eux-mêmes – notamment
mal interprétés.                                                     sur les questions de maltraitance –, est aussi de prendre
Intervenant dans un tel climat de tension, le Médiateur de           soin des soignants, sans les stigmatiser, et de promouvoir
la République doit d’abord clarifier la situation en faisant         avec leur concours une politique de « bientraitance ». K
la distinction entre trois événements possibles : compli-
cation médicale (due à l’état de santé antérieur du patient),
aléa thérapeutique et accident médical fautif. La tâche, qui
suppose un examen approfondi du dossier et l’écoute des
personnels mis en cause, est rendue plus difficile par une
compréhension paradoxale des aléas médicaux de la part
des réclamants : collectivement, les gens comprennent que
le risque zéro n’existe pas, mais ne l’admettent pas indivi-
duellement. À cet égard, la loi de mars 2002, qui a reconnu
l’aléa et la réparation, n’a pas toujours été bien comprise.




                                                     médiateur de la république                                                        7
l’ année en chiffres

    les résultats globaux de l’institution

    en	2009,	le	nombre	d’affaires	transmises	au	médiateur	de	la	république,	services	centraux	
    et	délégués,	a	augmenté	de	16	%	par	rapport	à	2008,	avec	un	total	de	76	286	affaires	reçues.	
    Les	demandes	d’informations	et	d’orientation	auprès	des	délégués	ont	progressé	de	7,5	%	
    par	rapport	à	l’année	précédente.	L’institution	a	traité	43		481	réclamations	dont	13		222
    via	les	services	centraux	du	médiateur	de	la	république,	à	paris.	




                                                                                             saisine directe

                                                                  traitées par
                                                                  les services centraux
                                                                  (siège	de	l’institution)
     nombre d’affaires                                                                       11 897
     reçues
                               réclamations
                                                                  13 222                     (+ 88 %)
     par l’ensemble                                               (+ 84,3 %)
     de l’institution
                                                                                             saisine indirecte
                                                                  traitées par
                                                                  les délégués               1 625
                               43 481
                                                                  (échelon	de	proximité)
                                                                                             (+ 12 %)

                               (+ 24,2 %)

                               demandes                           30 259
                               d’informations                     (+ 8,7 %)
                               et d’orientation
                               (traitées	par	les	délégués	du	
                               médiateur	de	la	république)

     76 286
     (+ 16,2 %)
                               32 805
                               (+ 7,5 %)




8                                                       rapport annuel 2009
l’activité des services centraux
                                                                                            • Environ 15 497 appels
                      nombre de réclamations reçues                                           téléphoniques au standard
                                                         13 222                               de l’Institutition
                                                          1 669   formulaires web
                                                                  depuis le 01/09/09
                                                          2 387   courriels
                                                                                            • 2 387 courriels de réclamation
                                                                                                  13 222
                                               7 176
                        6 948
                                   6 716
                                                                                              et 1 669 formulaires web
                                                                                                    1 669 formulaires web
                                                                                                          depuis le 01/09/09
                                                                  Services centraux                    13 222
                                                          9 166   dont                                     2 387   courriels
                                                                  2 723 de Pôle Santé      7 176
                                                                                            • 2 806 669 formulaires webcentre
                                                                                                   1
                                                                                                      appelsleau
                                                                  6 948
                                                                  et Sécurité des Soins                   depuis 01/09/09
                                                                              6 716
                                                                                              d’appel Services centraux
                                                                                                   2 387 du Pôle Santé
                                                                                                          courriels
                                                                                           7 176 9 166 dont
                          2006     2007        2008       2009    6 948                       et Sécurité desdes Soins
                                                                                                          2 723 de PôleSoins
                                                                                                                       Santé
                                                                              6 716                       et Sécurité
                                                                                                          Services centraux
                                                                                                           9 166   dont
                      l’évolution du nombre de dossiers traités par l’institution mérite des 723 de Pôle Santé importants
                                                         2006     2007       2008
                                                                                           2
                                                                                    2009 etcommentaires
                                                                                              Sécurité des Soins

                      Le nombre de saisines « papier » est         Ensuite, l’évolution du nombre de                   De même, cette demande potentielle
                      resté globalement stable d’une année         2006       2007     2008       2009
                                                                   dossiers est le résultat du rattache-               se transforme en demande réelle
                      sur l’autre. Mais dans le même temps         ment du Pôle Santé et Sécurité des                  à partir du moment où l’institution
                      tout au long des sept premiers mois          Soins au Médiateur depuis le 1er jan-               et son réseau de proximité sont de
                      de l’année, le nombre de dossiers            vier 2009.                                          mieux en mieux connus.
                      transmis par courriels (des deman-
                      des souvent laconiques ou des dos-           Au-delà de ces commentaires « tech-                 Il convient cependant de regretter
                      siers incomplets) n’a cessé d’aug-           niques », il convient de noter que la               qu’un certain nombre d’organismes
                      menter. Le Médiateur a donc mis en           demande potentielle à l’égard de                    de proximité qui pourraient être à
                      place à partir de septembre 2009 le          l’institution ne peut que croître pour              même de répondre, d’orienter, voire
                      « formulaire » de saisine préformaté,        des raisons de complexité croissante                de traiter une partie des demandes
                      qui a remplacé le courriel.                  du système administratif d’un coté et               ou des petites difficultés des usagers
                                                                   d’une précarité croissante de l’autre.              ne jouent plus leur rôle.

                                7%
                      taux de réussite des médiations                                                               13 222
                                                                                                                      1 669    formulaires web
                                                                                                                               depuis le 01/09/09
                       16 %                                                   7 %Médiations réussies                  2 387    courriels
          84 %                             2009
                                                            93 %                                    7 176
                                                                              6 948
                                                                                  Médiations non réussies
                       16 %                                                   7%        6 716
                                                                                                                               Services centraux
                                                                                                                      9 166    dont Médiations réussies
                                 2008                                                     2009
                                                  84 %                                                       93 %              2 723 de Pôle Santé
                                                                                                                               et Sécurité des Soins réussies
                                                                                                                                     Médiations non
                                                                                                                                    Médiations réussies
                                 2008                                               2009
                                                  84 %                         2006    2007
                                                                                                             93 % 2009
                                                                                                           2008                     Médiations non réussies
                                   8%
       24,1 %                                  47 %
                                                                  Justice
                        7%
                   répartition des dossiers clos par domaines d’intervention
                  11,5 %                                      8%  Social
                                    2009 %
                                     24,1                         Affaires générales
                                                                                     47 %
                    13,5 %                                7% 8 %                                                                    Justice
                  11,5 %                                          Agents publics - pensions
         18,3 % %
            17,5                     24,1 %                                          47 %                                           Social
                          2008                                    Fiscal
                                                                      2009                                                          Justice
                                                          7%
                                                      13,5 %                                                                        Affaires générales
            17,5 %       14,3 %                                   Pôle Santé et Sécurité des Soins                                  Social
                                       10,2 %
                                       18,3 %                                                                                       Agents publics - pensions
                          2008                                        2009                                                          Affaires générales
               28,6 %                                 13,5 %                                                                        Fiscal

                                       18,3 %             14,3 %                                                                    Agents publics - pensions
                                                                                                                                    Pôle Santé et Sécurité des Soins
                                                                           10,2 %
                                                                  Demandes relatives
17 %           28,6 %                     17 %                    à un service public, dont :                                       Fiscal
                         25 %                             14,3 %                                                                    Pôle Santé et Sécurité des Soins
                                                                        Justice
                                                                           10,2 %
                                                                                           Social                                   Demandes relatives
                                        17 %                                                        17 %                            à un service public, dont :
                   25 %                    2009                         25 %            Affaires générales
                                                                         médiateur de la république                                       Justice                      9
        31 %                                               33 %                                                                     Demandes relatives
                            11 %        17 %                                               Agents17 % - pensions
                                                                                                 publics                            à un service public, dont :
                                                                                                                                          Social
2008                                         2009
              16 %                      84 %                  7%                       93 %           Médiations non réussies


         L’année	en	ChiFFreS
       11,5 %
         16 %            24,1 %
                                                 8%
                                                 7%              47 %                Médiations réussies
               2008                                    2009                          Justice
                            84 %            7%                      93 %             Médiations non réussies
17,5 %                                                                               Social
       11,5 % 2008
               2008                              8 % 2009
                                                       2009
                                                                                     Médiations réussies
                                                                                     Affaires générales
                          24,1 %
                            84 %        13,5 %                   4793 %
                                                                    %
                                                                                     Médiations non réussies
                                                                                      Justice
                                                                                     Agents publics - pensions
                           18,3 %            7%
17,5 % %
   28,6 l’ activité des délégués                                                      Social
                                                                                     Fiscal
                2008                        14,3 %      2009                          Affaires générales
       11,5 %                           13,5 % 8 %        10,2 %                     Pôle Santé et Sécurité des Soins
                         24,1 %                                  47 %    13 222       Agents publics - pensions
                            18,3 %                                                   Justice
         information – domaines concernés 7 %                             1 669 formulaires web
17,528,6 % %
                                                                                      Fiscal
     %11,5                                       8%
                                             14,3 %
                                                                                depuis le 01/09/09
                                                                                     Social
                                                                                     Demandes relatives
               2008 17 % 24,1 %                        2009 17 % 47 %
                                                           10,2 % 7 176 2 387 courrielsserviceet Sécurité des Soins
                                                                                      Pôle Santé
                                                                                     à un
                                                                                     Affaires générales dont :
                                                                                                  public,
     25 %                               13,525 % 6 948
                                             %
                                            7%                                       Justice
                                                                                           Justice
17,5 %                     18,3 %                         6 716                      Agents publics - pensions
                                                                                     Social
                                                                                Services centraux
                                                                                           Social
               2008                                    2009                     dontFiscal
   28,6 %                               13,514,3 % 2009 17%
                                             %
                                                                          9 166      Affaires générales
                                                                                2 723Demandes relatives
                                                                                      de Pôle Santé
               2008 17 %                                                                   Affaires générales
                                                                                     Pôle Santé etpublic, dont :
                                                                                      à un service Sécurité des
                                                                                et Sécurité des Soins
    12 % %
      25                   31 %
                           18,3 %          11 % %
                                             25           10,2 % 33 %                Agents publics - pensions Soins
                                                                                            Justice
                                                                                           Agents publics - pensions
   28,6 %                                     4 % 2006     2007    2008   2009
                                                                                     Fiscal
                                                                                            Social
        4%                                  14,3 %                                         Fiscal
                2008      75 %                          2009 % 75 %
                                                          10,2                       Pôle Santé et Sécurité des Soins
                                                                                            Affaires générales
                       36 % 17 %                                    35 % 17 %                         Affaires d’ordre privé
                                                                                                      Demandes relatives
                                     31 %                                            33 %             à un service public, dont :
       12 %                                            11 %
        25 %                                           25 %                                                  Agents publics - pensions
                                                                                                            Justice
          4 %11 %                                 4 %10 %                                                    Fiscal
                              11 %                               10 %                                 Demandes relatives
                                                                                                            Social
                            75 %
                              17 %                               17 % 75 %
         3%
        25 %      36 %                           3%
                                                25 %        35 %
                                                                                                      àAffaires d’ordre privé :
                                                                                                        un service public, dont
                                                                                                      Justice + étrangers
           réclamations – répartition par domaines d’intervention
                 2008                                      2009                                             Affaires générales
                                                                                                            Justice
                                     31 %                                            33 %             Social
       12 %                                            11 %                                                 Agents publics - pensions
                                                                                                            Social
          4%
                11 %2008 11 %                            4%   10 %2009 10 %                           Affaires générales + urbanisme
                                                                                                            Fiscal générales
                    2008                                          2009
                             75 %%
                              34                                           75 %%
                                                                            39                              Affaires
         3%                   31 %                       3%                 33 %                       Justice + étrangers
                                                                                                      Agents publics - pensions
       12 %            36 %                            11 %         35 %                              Affaires d’ordre privé- pensions
                                                                                                            Agents publics
                                                                                                       Social
                                                                                                      Fiscal
        41 %
          4%                                           38 %
                                                        4%                                                  Fiscal
                                                                                                       Affaires générales + urbanisme
                    2008
               11 % 36 %          75 %                        10 % 35 % 10 %7539 %
                                                                   2009       %
                              11 % 34 %                                                               Affaires d’ordre privé
                                                                                                       Agents publics - pensions
        3%                                              3%                                            Justice + étrangers
                                                                                                       Fiscal
              6%
        41 %11 %                                        38 %10 %%
                                                               6                                      Social
         3%           11 %                                 3%         10 %                            Dossiers instruits
        3%
       5%        2008                                   3%
                                                        5%       2009                                 Affaires+ étrangers+ urbanisme
                                                                                                      Justice générales
                                                                                                      Autres transmissions
                                     34 %                                            39 %
                                     71 %                                             71 %            Agents publics - pensions
                                                                                                      Social
                                                                                                      Réclamations non justifiées
     12%        6% 2008 %
                                               12%         6%2009                                     Fiscal
        41 %%
           3          16
                   2008                          38 % % 2009 %
                                                     3          7                                     Affaires générales + urbanisme
                                                                                                      Abandons/désistements
                                                                                                       Dossiers instruits
                               34 %
       35%réclamations – suites données
         %                                       35%
                                                   %                 39 %                             Transmission au siège
                                                                                                      Agents publics - pensions
                                                                                                       Autres transmissions
                                                                                                      (compétence du siège)
                                71 %                                   71 %                           Fiscal
                                                                                                      Rejet sans suite justifiées
                                                                                                       Réclamations non
     12% %
        41                                      12%%
                                                 38                                                   (hors compétence)
                                                                                                                    Médiations réussies
                6 %2008     2008
                                         84 %             6 %2009 2009         93 %                    Abandons/désistements
       3%  3%                                     3% 3%                                               Dossiers instruits
                                                                                                       Transmission au siège non réussies
                                                                                                                    Médiations
        5%                                        5%                                                   (compétence du siège)
                                                                                                      Autres transmissions
        19,65 % %
                6              71 %              17,65 % 6 %           71 %
                                                                                                       Rejet sans suite
                                                                                                       (hors compétence)
                                                                                                      Réclamations non justifiées
     12% 3 %       2008
                                               12% 3 %       2009
                                                                                                      Dossiers instruits
        5%                                        5%                                                  Abandons/désistements
                                                                                                      Autres transmissions
       3%                      71 %              3%                    71 %
                                                                                                      Médiations réussies
                                                                                                      Transmission au siège
                                                                                                      Réclamations non justifiées
                                                                                                      (compétence du siège)
     12% 19,65 % 11,5 %
                   2008
                                80,35 %        12%17,65 % 2009 %8     82,35 %                         Médiations non réussies
                                                                                                      Rejet sans suite
                   2008                                      2009                                     Abandons/désistements
                                      24,1 %                                47 %                      (hors compétence)
       3%                                        3%       7%
                                                                                                      TransmissionJustice
                                                                                                                    au siège
                                                                                                      (compétenceréussies
                                                                                                       Médiations du siège)
            17,5 %                                                                                                 Social
                                                                                                      Rejet sans suite
                    2008    2008 80,35 %                     2009 2009 82,35 %
                                                                                                       Médiations non réussies
                                                                                                      (hors compétence)
        19,65 %                                  17,65 %                                                           Affaires générales
            réclamations – taux de réussite des délégués %
                                                      13,5
                                                                                                                   Agents publics - pensions
                                        18,3 %
        19,65 %28,6 %                            17,65 %                                                           Fiscal
                                                                                                      Médiations réussies
                   2008
                                                          14,3 %
                                                            2009                                      Médiations non réussies et Sécurité des Soins
                                                                                                                   Pôle Santé
                                80,35 %                              10,2 % %
                                                                      82,35
                                                                                                      Médiations réussies
                       2008                                         2009                              Médiations non réussies
                                      80,35 %                                        82,35 %                       Demandes relatives
                                         17 %                                           17 %                       à un service public, dont :
                     25 %                                          25 %                                                  Justice

                                                                                                                         Social

                                 2008                                           2009                                     Affaires générales
                                                31 %                                           33 %
10                   12 %                                       11 %
                                                               rapport annuel 2009                                       Agents publics - pensions

                        4%                                          4%                                                   Fiscal
tableau des réformes

les propositions de réforme satisfaites en 2009

obJet                                                                                             date de clôture

Condition d’inactivité pour percevoir l’AAH (allocation aux adultes handicapés)                          07/01/2009
Remboursement anticipé des créances de carry back                                                        23/01/2009
Instauration d’un recours juridictionnel pour les prises de position formelles                           23/01/2009
de l’administration fiscale
Reconnaissance en France des unions civiles étrangères                                                   04/06/2009
                                                                                                  Satisfaction partielle

Assurance maladie coordination RSI et régime général Sécurité sociale                                    16/06/2009
Insaisissabilité de la majoration de pension au titre de l’assistance tierce personne                    25/06/2009
Automaticité de l’application du solde bancaire insaisissable (SBI)                                      25/06/2009
Possibilité de conclure un Pacs en Nouvelle Calédonie et Wallis et Futuna                                27/07/2009
Procédures disciplinaires applicables aux médecins du service public                                     19/08/2009
Exonération de la redevance audiovisuelle des téléviseurs loués par les détenus                          19/08/2009
Reclassement en catégorie A de fonctionnaires de l’État de catégorie B                                   18/09/2009
                                                                                                  Satisfaction partielle

Extension du bénéfice du capital décès au partenaire lié à un fonctionnaire                                 07/12/09
par un pacte civil de solidarité



les propositions de réforme ayant abouti au début de l’année 2010

obJet                                                                                             date de clôture

Création d’un dispositif d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français                     05/01/2010
Reconnaissance en France des unions civiles étrangères                                                   13/01/2010
                                                                                        Entrée en application définitive




les propositions de réforme non satisfaites en 2009

obJet                                                                                             date de clôture

Accès aux derniers indices pour les professeurs de collège                                               04/06/2009
Validation des périodes d’invalidité au titre de la retraite proportionnelle des non salariés agricoles 25/06/2009
Pension des commandants de sapeurs-pompiers professionnels                                               28/07/2009
Application automatique de la technique du quotient pour les revenus différés                            07/12/2009
Départ anticipé à la retraite de certains fonctionnaires handicapés                                      07/12/2009
Intégration d’anciens élèves du cycle international de l’Ena                                             07/12/2009




                                              médiateur de la république                                                   11
bloc-notes

     p. 14                                      p. 49                                      p. 68
     fiabilité et clarté                        mieux protéger                             prévenir la maltraitance
     de l’information :                         les consommateurs                          des personnes vulnérables
     le point de blocage                        Le Médiateur se mobilise depuis            dans le milieu médical
     pour les citoyens face                     cinq ans sur la problématique du cré-      Ce que l’on peut appeler la mal-
     à l’administration                         dit à la consommation.                     traitance ordinaire est à placer au
     De nombreuses demandent qui par-                                                      rang des grandes menaces de notre
     viennent au Médiateur ou à ses délé-       p. 52                                      société. Non seulement le Médiateur
     gués auraient pu être évitées si les       pacs, améliorer                            observe une croissance des problè-
     services administratifs concernés          le dispositif                              mes liés à ces actes, mais les trouve
     avaient joué leur rôle et apporté des      Alors que l’on célébrait cette année       sous-jacents à de nombreux dossiers
     réponses concrètes.                        les 10 ans du Pacs, les imperfections      qu’il traite.
                                                de ce système appellent des modi-
     p. 24                                      fications, notamment au regard de          p. 71
     le régime social                           l’amélioration des droits sociaux.         l’expertise
     des indépendants                                                                      de l’institution sollicitée
     en question                                p. 55                                      au plan international
     Le régime social des indépendants          les expertises médicales                   Le Médiateur, en association avec le
     (RSI), né de la fusion de deux régi-       judiciaires                                Défenseur du peuple de l’Espagne,
     mes, illustre bien les difficultés inhé-   La qualité des expertises médicales        a été choisi par la Commission euro-
     rentes aux démarches de simplifi-          judiciaires, dans un cadre conten-         péenne pour mettre en œuvre un
     cation d’une organisation complexe.        tieux, fait l’objet de critiques récur-    jumelage institutionnel au profit de
     Il assure, depuis le 1er janvier 2008,     rentes qui mettent en cause à la fois      l’Arménie.
     une mission d’interlocuteur social         la crédibilité de la justice et celle de
     unique pour l’ensemble de la protec-       la médecine.                               p. 75
     tion sociale des artisans, des indus-                                                 le défenseur des droits,
     triels et des commerçants.                 p. 67                                      un ombudsman
                                                l’amélioration                             à la française
     p. 35                                      de la protection                           Plusieurs rapports parlementaires
     prudence exagérée                          des mineurs – la kafala                    avaient formulé le souhait de voir un
     lors du renouvellement                     Modalité spécifique de recueil d’un        certain nombre d’autorités indépen-
     des papiers d’identité                     enfant en droit musulman, la kafala        dantes mutualiser davantage leur
     La prudence exagérée de l’adminis-         est assimilé en droit français à une       action. C’est dans ce contexte que la
     tration dans la délivrance des papiers     délégation parentale. Cependant la         révision constitutionnelle de juillet
     d’identité des Français nés à l’étran-     perception juridique de la kafala en       2008 a crée un Défenseur des droits.
     ger, ou dont l’un des parents est né à     France et les textes en vigueur posent
     l’étranger, est très mal vécue par les     de multiples obstacles à la demande        p. 78
     intéressés. Le Médiateur est inter-        des familles françaises ou binationa-      portrait de l’institution,
     venu.                                      les qui accueillent ces enfants.           des agents et des délégués
                                                                                           Les domaines de compétence ont été
                                                                                           élargis et la capacité d’écoute ren-
                                                                                           forcée.




12                                                           rapport annuel 2009
l’usager et l’état face à la crise


Si l’épicentre de la crise que nous avons connue cette année est à situer
dans la sphère financière et économique, l’onde de choc a quelque
peu secoué la sphère publique, par ailleurs relativement épargnée.
La crise joue alors le rôle de révélateur de difficultés latentes dans
la relation qu’entretiennent les usagers avec leur administration, tan-
tôt invisibles car profondément enfouies, tantôt visibles mais copieu-
sement ignorées. Sont alors pointés du doigt la lutte pour obtenir des
informations claires, rapides et fiables au même titre que le déficit
d’accompagnement lorsque le monde autour change brutalement,
notamment lorsque les institutions et la législation elles-mêmes
changent. La crise, rendant tangibles ces problèmes, les rend plus
insupportables : on observe alors la tension monter chez les protago-
nistes, jusqu’au point de blocage et parfois d’affrontement.


                                                •••


citoyen-administration : la grande incompréhension                    p. 14
FiabiLité	et	CLarté	de	L’inFormation	:	Le	point	de	bLoCage		
poUr	LeS	CitoYenS	FaCe	à	L’adminiStration                             p. 14	
deS	adminiStrationS	en	maL	de	repèreS                                 p. 19

le citoyen seul face à un cadre mouvant et insécurisant               p. 23
Une	inFLation	LégiSLative	QUi	ContribUe	à	L’inStabiLité	de	La	norme   p. 23	
Une	rationaLiSation	SoUrCe	de	dYSFonCtionnementS                      p. 24
LeS	dommageS	CoLLatéraUX	de	L’oUvertUre	à	La	ConCUrrenCe		
dU	SeCteUr	de	L’énergie                                               p. 24
LeS	ConSéQUenCeS	pratiQUeS	de	La	réorganiSation		
deS	ServiCeS	déConCentréS	de	L’état                                   p. 25
deS	doSSierS	«	poLYmorpheS	»                                          p. 26

de nouveaux liens marqués par la défiance et la suspicion             p. 31
paS	de	«	préSomption	d’innoCenCe	»	poUr	L’adminiStré                  p. 31
deS	réponSeS	de	pLUS	en	pLUS	vioLenteS	de	part	et	d’aUtre             p. 34




                            médiateur de la république                         13
l’usager et l’état face à la crise


     citoyen-administration : la grande incompréhension
     Que	ce	soit	entre	elles	ou	en	direction	de	leurs	publics,	les	administrations	éprouvent	de	nombreuses	
     difficultés	à	offrir	une	communication	efficace	et	harmonieuse.	en	résulte	bien	souvent	pour	le	citoyen	
     une	absence	de	réponse	à	ses	demandes	ou	des	explications	insuffisantes,	voire	contradictoires.		
     Face	à	ce	qu’il	perçoit	comme	un	mépris	à	son	égard,	l’usager	éprouve	de	surcroît	le	sentiment	d’être	
     ballotté	et	même	malmené	par	des	services	administratifs	dont	les	comportements	lui	apparaissent	
     désinvoltes.	d’un	côté	comme	de	l’autre,	ce	type	de	situation	est	générateur	de	fortes	insatisfactions,	
     de	stress	et	de	tensions.	


     fiabilité et clarté de l’information :
     le point de blocage pour les citoyens face à l’administration

     C’est un sentiment diffus que les       en	témoigne		le	cas	de	madame	C.,	           Sur le terrain, un peu plus de 50 %
     citoyens sont de plus en plus nom-     masseur-kinésithérapeute,	qui	lors	           des 62 000 demandes traitées par
     breux à ressentir, dans un éventail    d’une	visite	à	domicile,	a	laissé	son	        les délégués du Médiateur de la
     de situations large, et plus spécia-   véhicule	sur	un	emplacement	«	livrai-         République ne sont pas des récla-
     lement lorsqu’ils ont affaire à la     son	»,	croyant	que	sa	qualité	d’auxiliaire	   mations envers les services publics,
     puissance publique : celui d’être      médicale	l’y	autorisait.	elle	a	été	verba-    telles que les définit la loi de 1973,
     face à un vertigineux empilement       lisée	et	a	acquitté	sa	contravention.	elle	   mais des besoins d’éclaircissement
     de lois et de règlements, dont ils     a	ensuite	saisi	le	médiateur	de	la	répu-      de la part de personnes perdues
     n’arrivent à savoir qu’avec diffi-     blique,	non	pour	contester	l’amende	          dans la complexité des procédures
     culté lesquels s’appliquent à leur     mais,	ne	sachant	où	se	renseigner,	pour	      ou qui ont le sentiment de ne pas
     situation particulière. Au travers     être	informée	des	conditions	dans	les-        avoir été accueillies et écoutées.
     des dossiers qu’ils examinent, les     quelles	les	auxiliaires	médicaux	pou-         Ces administrés entrent en contact
     services du Médiateur de la Répu-      vaient	stationner	à	paris	lors	de	leurs	      avec le réseau de délégués de l’Ins-
     blique constatent très souvent         visites	à	domicile.	Le	médiateur	de	la	       titution parce qu’ils ne savent plus
     que, devant cette impénétrable         république	l’a	informée	de	la	création	       à qui s’adresser ou n’ont pas obtenu
     nébuleuse normative, les citoyens      par	le	conseil	de	paris	de	la	carte	de	       les réponses souhaitées par les ser-
     sont avant tout demandeurs d’in-       stationnement	«	Sésame	soins	à	domi-          vices administratifs concernés. Une
     formations, d’un guide les aidant à    cile	»	pour	les	professionnels	de	santé	      grande partie de l’activité du réseau
     trouver leur chemin dans la masse      intervenant	dans	la	capitale.	il	lui	a	pré-   consiste donc à écouter ces person-
     des textes et d’un mode d’emploi       cisé	le	coût	de	la	carte,	les	possibilités	   nes, à leur expliquer les démarches
     leur permettant de déterminer où       de	stationnement	offertes	par	celle-ci	       à accomplir, à les informer de leurs
     trouver le renseignement qui leur      ainsi	que	le	lieu	et	modalités	d’obten-       droits et à les réorienter. De nom-
     sera utile.                            tion	de	ce	document.	                         breuses demandes qui parviennent


14                                                        rapport annuel 2009
aux délégués auraient pu être évi-
tées si les services concernés avaient
apporté des réponses concrètes. Dans
ces cas, l’Institution donne simplement
aux administrés les outils nécessaires
pour débloquer leur situation et rede-
venir maîtres de leurs démarches.
Quand il s’agit d’informer une vic-
time des suites données par la justice
à son dépôt de plainte, l’intervention
du délégué permet d’atténuer le
sentiment d’injustice, qui augmente
devant la lenteur et le silence de la
justice.

 monsieur	J.	a	été	victime		en	août	
2007	d’une	chute	de	vélo	occasionnée	
par	un	chien	non	tenu	en	laisse.	devant	
le	refus	de	la	propriétaire	de	l’animal	
de	donner	les	coordonnées	de	son	
assurance	pour	le	remboursement	
des	dégâts	sur	son	cycle	(plus	de	1	000	    Médiateur de la République a donc         Le	 médiateur	 a	 expliqué	 à	 mon-
euros),	il	dépose	une	plainte.	La	gen-      pour rôle de clarifier et rendre plus     sieur	L.,	agent	de	la	fonction	publique	
darmerie	qui	instruit	cette	affaire	n’a	    lisibles les textes et décisions qui le   territoriale,	qu’il	était	dans	une	situa-
pas	réglé	le	dossier	un	an	plus	tard.       concernent.                               tion	différente	de	celle	des	salariés	
monsieur	J.	demande	au	délégué	de	                                                    uniquement	indemnisés	par	la	Sécu-
l’aider.	Ce	dernier	contacte	la	gendar-      monsieur	L.,	sapeur-pompier	pro-         rité	sociale	pour	lesquels	la	loi	fiscale	
merie	et	il	apprend	que	la	procédure	       fessionnel,	a	été	victime	d’un	acci-      prévoyait	expressément	une	exonéra-
a	été	transmise	en	avril	2008	à	la	jus-     dent	du	travail	entraînant	un	arrêt	      tion	avant	la	loi	de	finances	pour	2010.
tice	en	vue	de	l’engagement	de	pour-        de	plusieurs	mois.	il	a	interrogé	son	
suites.	Un	appel	au	ministère	public	       centre	des	impôts	sur	le	régime	fis-      Le besoin d’informations du contri-
confirme	que	la	plainte	sera	évoquée	       cal	applicable	aux	indemnités	jour-       buable ne répond pas seulement à la
à	une	audience	du	tribunal…	en	2009.        nalières	perçues	à	ce	titre.	dans	        complexité des textes, mais aussi à
                                            un	premier	temps,	on	lui	a	répondu	       son besoin de sécurité. En effet, le
Le besoin d’informations du citoyen         que	ces	indemnités	n’étaient	pas	         système fiscal français, parce qu’il
est particulièrement net, et légitime,      imposables	puis,	dans	un	second	          repose en grande partie sur le prin-
dans une matière complexe comme             temps,	le	service	des	impôts	lui	a	       cipe de la déclaration contrôlée, qui
la fiscalité. Il est d’autant plus grand    affirmé	l’inverse.	il	a	alors	consulté	   comporte ultérieurement la possibi-
qu’il part d’une profonde incompré-         un	autre	centre	des	impôts	qui	lui	a	     lité de rectifications, suppose que le
hension car, il faut bien le dire, dans     confirmé	le	caractère	non	imposa-         contribuable soit entouré de garan-
la plupart des cas soumis au Média-         ble	de	ces	sommes.	il	a	également	        ties. Sachant exactement quels sont
teur de la République, le contribua-        saisi	le	conciliateur	fiscal	de	son	      ses droits et obligations, il doit pou-
ble ne comprend pas son dossier.            département,	qui	lui	a	précisé	que	       voir être sûr du bien-fondé de la posi-
À cette complexité fiscale répondent        le	traitement	alloué	aux	fonctionnai-     tion adoptée par l’administration fis-
deux nécessités : un besoin de péda-        res	atteints	de	maladie	devrait	être	     cale. C’est à cette condition qu’il peut
gogie et un besoin de garanties.            considéré	dans	sa	totalité	comme	un	      prévenir tout risque de contentieux.
Il faut cependant nuancer en gardant        revenu	imposable.	                        C’est particulièrement vrai lorsqu’il
à l’esprit que pour une part, cette         Ces	réponses	contradictoires,	source	     s’agit d’une entreprise qui a un projet
complexité est le corollaire de la jus-     d’insécurité	juridique	pour	le	récla-     d’investissement, ou d’un profession-
tice et de l’équité fiscales : pour assu-   mant,	l’ont	conduit	à	solliciter	le	      nel libéral qui installe un cabinet.
rer l’égalité de tous devant l’impôt, la    médiateur	de	la	république	afin	d’ob-     S’il est nécessaire au contribua-
loi est souvent obligée d’entrer dans       tenir	une	explication	sur	l’existence	    ble de s’entourer de garanties pour
le détail de nombreux cas et s’efforce      des	différents	régimes	fiscaux	appli-     prévenir tout contentieux avec l’ad-
de prévoir toutes les situations pos-       cables	aux	indemnités	journalières	       ministration fiscale, il lui est tout
sibles. Vis-à-vis du contribuable, le       d’accident	du	travail.	                   autant indispensable de comprendre           OOO




                                                   médiateur de la république                                                            15
L’USager	et	L’état	FaCe	à	La	CriSe
           CItOyEN-ADMINIStRAtION : LA gRANDE INCOMPRÉHENSION



     OOO   pourquoi un redressement lui est          que celui de satisfaire le besoin réel   Ayant souvent créé une activité
           éventuellement appliqué. Or, sur ce       d’informations du contribuable. Le       indépendante ou libérale sans avoir
           point, dont l’application peut paraî-     Médiateur de la République a alors un    compris tous les modes de calcul,
           tre évidente, il reste des progrès à      rôle important, puisqu’il peut deman-    ils sont désorientés par les cotisa-
           accomplir : malgré la loi du 11 juillet   der à l’administration de motiver plus   tions variables, les calculs sur des
           1979 sur la motivation des actes          précisément sa décision.                 bases forfaitaires avec régularisa-
           administratifs, en l’espèce l’article                                              tion a posteriori. Finissant par ne
           L. 57 du Livre des procédures fisca-      le citoyen perdu dans                    plus rien comprendre à ce qui leur
           les, le contribuable n’est pas toujours   le labyrinthe des cotisations            est demandé, ils ne gardent au fond
           en situation de bien comprendre et        Dès que l’on touche au domaine           qu’un sentiment d’injustice face aux
           de faire valoir ses droits. Souvent,      social, on ne compte plus les assu-      injonctions qui leur sont faites.
           l’administration respecte la lettre       rés qui se plaignent de ne pas com-      Derrière de nombreuses réclamations
           de la loi, mais se borne à des motiva-    prendre les modes de calcul des          adressées au Médiateur de la Républi-
           tions techniques, parfois laconiques,     cotisations qu’on leur réclame. Les      que se cachent des drames humains,
           parfois au contraire surabondantes,       explications qui leur sont données,      comme ceux de familles se retrouvant
           voire purement formelles. Il arrive       quand ils parviennent à en obtenir,      sans indemnisation pendant l’étude
           même dans certains cas que cette          sont nettement insuffisantes et les      de leur dossier, à l’instar de Monsieur
           motivation soit tellement imprécise       conduisent bien souvent à saisir le      et Madame X., en situation de grande
           que l’on puisse l’assimiler à un défaut   Médiateur de la République pour les      précarité financière, qui ont déposé
           de motivation.                            aider à interpréter correctement les     une demande de revenu de solidarité
           Lorsque ces réclamations sont recon-      demandes des organismes sociaux.         active (RSA) auprès d’une caisse d’al-
           nues fondées, on constate davantage       Les affiliés au Régime social des        locations familiales (Caf).
           le souci de l’administration de répon-    indépendants (RSI) sont particu-
           dre aux exigences qui lui sont impo-      lièrement nombreux à se perdre            Ce	couple,		dont	les	revenus	attei-
           sées par la loi et la jurisprudence       dans les subtilités de leur régime.      gnaient	à	peine	300	euros	par	mois,	
                                                                                              était	sur	le	point	de	se	voir	couper	
                                                                                              l’eau	et	l’électricité	dans	les	plus	brefs	
                                                                                              délais,	faute	de	pouvoir	honorer	ses	
                                                                                              factures.	en	effet,	depuis	la	fin	de	
                                                                                              contrat	de	monsieur	X.,	deux	mois	
                                                                                              s’étaient	écoulés	pour	l’instruction	
                                                                                              de	son	dossier	de	chômage	auprès	de	
                                                                                              la	division	chômage	de	l’armée.	vu	la	
                                                                                              situation	du	couple	X.,	les	services	du	
                                                                                              médiateur	de	la	république	ont	traité	
                                                                                              son	dossier	en	cellule	d’urgence.	ils	
                                                                                              se	sont	rapprochés	de	la	division	pour	
                                                                                              une	prise	de	contact	auprès	des	ser-
                                                                                              vices	de	la	Caf	concernée	ainsi	que	de	
                                                                                              la	personne	en	charge	de	la	demande	
                                                                                              de	rSa.	L’intervention	du	médiateur	
                                                                                              de	la	république	a	permis	de	décou-
                                                                                              vrir	qu’une	attestation	de	chômage	
                                                                                              manquante	était	la	cause	du	retard	de	
                                                                                              traitement	et	de	porter	à	la	connais-
                                                                                              sance	des	différents	interlocuteurs	
                                                                                              l’existence	de	cette	pièce,	débloquant	
                                                                                              ainsi	l’ensemble	du	dossier.

                                                                                              Le contexte de crise économique
                                                                                              accentue leur sentiment d’être
                                                                                              traités de manière injuste, inégale,
                                                                                              discriminatoire, quand les admi-
                                                                                              nistrés ont respecté les procédures
                                                                                              et se sentent pénalisés sans raison.


16                                                                rapport annuel 2009
Grande alors est la tentation d’es-       des ministères encore                      plus tangible que face au savoir des
sayer de passer outre et de forcer la     aux abonnés absents                        médecins, acquis au cours d’études
main d’une administration dont ils        Quand l’organisme concerné ne se           longues et réputées difficiles, les
considèrent qu’elle a mal traité leur     rend pas aux arguments du Média-           particuliers ont l’impression que se
dossier. Il faut également prendre en     teur de la République pour apporter        dresse devant eux un infranchissable
compte la tendance, de plus en plus       une solution ou une réponse, ce der-       mur de la connaissance. Depuis que
répandue chez certains assurés, de        nier remonte la chaîne de décision         la structure qui fonctionnait au sein
choisir à la carte les prestations les    étape par étape, jusqu’au ministre         de la Haute Autorité de santé (HAS)
plus avantageuses. Face à ces com-        s’il le faut, afin d’attirer l’attention   a rejoint les services du Médiateur
portements se pose une question : la      au plus haut niveau sur un refus           de la République sous le nom de Pôle
politique d’information en la matière     de modifier son interprétation des         Santé et Sécurité des Soins (P3S),
est-elle suffisante au regard des         textes. Il peut suggérer au minis-         un accroissement flagrant de deman-
droits potentiels des assurés, mais       tère un nouveau texte (règlement,          des d’informations concernant l’ac-
surtout, est-elle encore adaptée ?        circulaire, décret) pour préciser de       cès au droit des usagers du système
Certes, le droit à l’information des      façon claire l’application de la loi et    de santé est à noter. Pratiquement
citoyens est devenu incontournable et     contourner la résistance de l’orga-        tous les dossiers qui lui sont soumis,
les efforts de communication des ins-     nisme. Le Médiateur de la Républi-         notamment en matière d’accidents
titutions publiques se sont renforcés     que peut également demander la             médicaux, se doublent d’un pro-
pour se rapprocher au mieux du quo-       position du ministère sur le texte         blème d’accès aux informations. La
tidien des usagers. Les citoyens ont      qui fonde la saisine et l’ensemble de      phrase-type du réclamant est : « J’ai
également davantage pris conscience       l’affaire. Il faut cependant s’armer de    essayé de savoir, mais on ne m’a
des devoirs que l’administration a        patience, car les délais de réponse        pas répondu ». Lors de la surve-
envers eux. Mais la lente montée de       peuvent être assez longs, notam-           nance d’un accident médical, cette
l’individualisme et la plus récente       ment lorsque les demandes sont             demande forte de transparence peut
mais néanmoins brutale irruption          adressées au ministère du Travail,         se heurter à une certaine rétention
de la crise ont modifié les compor-       des Relations sociales, de la Famille      d’information, voire au déni, en par-
tements. Le résultat ? Une exigence       et des Solidarités et au ministère de      tie par peur, par réaction d’autopro-
chaque jour plus forte pour que la        l’Agriculture, voire de certains éta-      tection. Ces comportements peuvent
loi et la règle soient mises au profit    blissements publics. Lourdeur du           déboucher sur la rupture totale de
des intérêts particuliers. À divers       processus, lenteur et pesanteur de         dialogue, voire un conflit, avec de la
degrés mais toujours avec force, c’est    la hiérarchie… L’absence de réponse        part du patient ou de ses ayants droit
ce qu’expriment certaines réclama-        ne traduit pas seulement une volonté       une réelle volonté de le judiciariser.
tions adressées au Médiateur par          de ne pas répondre, mais parfois une       Il s’agit là d’un phénomène nouveau,
des citoyens devenus peu à peu des        incapacité à le faire. Si cette situa-     dont on perçoit la montée en puis-
« consommateurs » de service public.      tion, déjà pointée par les services du     sance.
À cet égard, la qualité et l’efficacité   Médiateur de la République en 2008,        Cependant, les personnes qui, soup-
du site « service-public.fr » semblent    a paru s’améliorer début 2009, cette       çonnant une erreur médicale ou
montrer la voie à suivre. Il resterait    apparente réactivité n’a pas duré et       thérapeutique, contactent le Média-
cependant à inventer, au bénéfice         le silence est redevenu une réponse        teur de la République, reconnaissent
des usagers qui ne maîtrisent pas les     courante aux demandes de l’Insti-          souvent n’avoir pas posé de question
technologies de l’information et de la    tution.                                    au médecin ou au chirurgien qui les
communication (TIC), un équivalent                                                   avait prises en charge, encore moins
en termes d’accueil physique. C’est la    l’information médicale,                    saisi le médecin médiateur de l’hôpi-
demande formulée depuis plusieurs         une denrée rare                            tal. Cette médiation existe pourtant,
années par le Médiateur, qui souhaite     Dans le domaine de la santé aussi,         du moins en théorie, dans tous les
que soient créés des centres d’accès      l’information des citoyens reste           établissements hospitaliers depuis
au droit à plus large échelle.            insuffisante. Ce déficit est d’autant      la loi de 2002 sur les droits des        OOO




                                                 médiateur de la république                                                         17
L’USager	et	L’état	FaCe	à	La	CriSe
           CItOyEN-ADMINIStRAtION : LA gRANDE INCOMPRÉHENSION



     OOO   malades, qui a également créé les           le	chirurgien,	par	son	intervention,	a	     contentait de fixer un délai maximal
           Commissions de relations avec les           déclenché	une	hémorragie	massive	           de quinze jours à un mois, il serait
           usagers et de la qualité de la prise        qui	n’a	pu	être	maîtrisée	et	a	abouti	à	    possible d’exiger sa stricte applica-
           en charge (CRUQPC). Souvent, le             la	constitution	d’une	hémiplégie	gau-       tion et de mettre ainsi un terme à
           praticien ou l’établissement aurait         che	définitive.                             des frustrations de part et d’autre.
           pu leur fournir une réponse satisfai-       devant	l’incompréhension	générée	           Pour la communication des dos-
           sante, mais ils n’ont pas voulu, ou pas     par	la	survenue	d’un	tel	drame,	mon-        siers médicaux, des progrès restent
           osé, commencer par cette étape. On          sieur	F.	et	sa	famille	ont	saisi	le	pôle	   à accomplir dans un cas : lorsqu’il
           se résout difficilement à exprimer          Santé	et	Sécurité	des	Soins.	en	effet,	     concerne une personne décédée.
           son mécontentement à un médecin,            il	avait	seulement	été	informé	d’une	       On constate alors de la part des
           car en ce domaine, les tabous sont          exploration	parfaitement	bénigne	et	        établissements une certaine inertie,
           encore forts. Par ailleurs, dans une        banale	de	sa	gorge	pour	un	«	gan-           un comportement que le Médiateur
           petite ville qui possède un seul hôpi-      glion	»,	sans	qu’il	ait	été	fait	mention	   de la République qualifie d’« atten-
           tal, certains se demandent comment          des	risques	possibles	liés	à	l’acte	        tisme précautionneux ». Il ne porte
           y retourner après un litige. Le droit       chirurgical.	Une	analyse	minutieuse	        pas sur le délai de communication,
           de poser une simple question n’ap-          du	dossier	a	été	entreprise	par	les	        ni à proprement parler sur le prin-
           paraît pas toujours naturel. Même           médecins	du	pôle,	ce	qui	a	permis	de	       cipe même de cette communication,
           vis-à-vis du médecin médiateur de           délivrer	une	information	intelligible	      mais sur le caractère communicable
           l’établissement, les patients n’ont         sur	les	circonstances	de	la	survenue	       des documents.
           pas en effet un sentiment d’indépen-        de	cet	accident	médical.	
           dance totale.                                                                            restée	24	heures		sur	un	brancard	
           Les interventions du Médiateur de la        Si ces demandes d’informations ini-         aux	urgences	avant	d’être	hospitali-
           République concernent aussi les cas         tiales sont en hausse, l’Institution se     sée,	madame	S.,	finalement	opérée,	
           de complication mal comprise, atten-        réjouit d’avoir en revanche observé         est	décédée	pendant	l’intervention.	La	
           due ou non par le corps médical, après      une baisse des réclamations portant         famille	de	madame	S.,	notamment	son	
           une intervention chirurgicale. Son          sur les difficultés d’accès au dossier      mari	et	sa	fille,	a	été	reçue	par	le	chef	
           rôle est alors de permettre au patient      médical par l’usager. Cette amélio-         de	service	des	urgences	quinze	jours	
           mécontent de faire la différence            ration fait suite à l’intervention du       après	son	décès	pour	évoquer	les	
           entre complication attendue et non          Médiateur de la République auprès du        «	errances	diagnostiques	»	de	son	
           attendue, et de surmonter l’opposi-         ministère de la Santé et des directions     équipe,	leur	formuler	des	excuses	et	
           tion entre deux points de vue : le sien     d’hôpitaux, motivée par les nombreu-        les	assurer	que	le	dossier	médical	
           (« On ne m’avait pas expliqué » ou          ses réclamations dont il avait été saisi.   était	à	leur	disposition.	malheureu-
           « On m’avait expliqué, mais d’une           Elles portaient en particulier sur le       sement,	après	maintes	réclamations	
           façon qui ne me permettait pas de           non-respect des délais de communi-          de	ce	dossier	durant	trois	mois	et	rup-
           comprendre ») et celui du praticien,        cation des dossiers médicaux.               ture	de	tout	dialogue	avec	l’hôpital,	
           qui affirme avoir délivré une infor-        On sait que la loi du 4 mars 2002,          monsieur	S.	a	décidé	de	saisir	le	pôle	
           mation loyale et complète.                  dite « loi Kouchner », sur le droit des     Santé	et	Sécurité	des	Soins	de	l’ins-
                                                       malades, permet au patient l’accès          titution.
             monsieur	F.,	79	ans,	a	consulté	à	        direct à son dossier médical. Pour          L’article	L.	1110-4	du	Code	de	la	santé	
           l’hôpital	un	chirurgien	oto-rhino-          une hospitalisation qui remonte à           publique	prévoit	que	le	secret	médical	
           l
           	 aryngologiste	(orL)	pour	une	gêne	        moins de cinq ans, l’établissement          ne	fait	pas	obstacle	à	ce	que	les	infor-
           de	l’arrière-gorge	avec	raclements	         dispose d’un délai de huit jours pour       mations	concernant	une	personne	
           permanents.	L’orL	a	constaté	une	           le communiquer. Or, le délai moyen          décédée	soient	délivrées	à	ses	ayants	
           tuméfaction	de	la	paroi	postérieure	        constaté était de trois mois, avec          droit	dans	la	mesure	où	elles	leur	sont	
           du	larynx	qui	s’étend	au	pharynx	et	a	      des écarts d’un à neuf mois ; il n’est      nécessaires	pour	leur	permettre	de	
           décidé	de	réaliser	une	fibroscopie,	qui	    désormais plus que d’un mois en             connaître	les	causes	de	la	mort,	de	
           a	confirmé	le	diagnostic.	Le	praticien	     moyenne. Il faut cependant recon-           défendre	la	mémoire	du	défunt	ou	de	
           a	alors	décidé	d’effectuer,	étonnam-        naître que dans de nombreux cas             faire	valoir	leurs	droits,	sauf	volonté	
           ment	sans	autres	examens	préalables	        ce délai légal est impossible à tenir :     contraire	exprimée	par	la	personne	
           (scanner	ou	irm),	et	sous	anesthésie	       pour peu que la personne soit pas-          avant	son	décès.	La	direction	du	pôle	
           générale,	une	exploration	de	cette	         sée dans plusieurs services (urgen-         Santé	est	donc	intervenue	auprès	de	
           tuméfaction	en	vue	de	réaliser	des	         ces, réanimation, soins intensifs,          la	direction	du	ChU	pour	rappeler	les	
           biopsies.	Celle-ci	s’est	en	fait	révélée	   chirurgie), il est vain d’imaginer que      textes	et	ainsi	permettre	la	récupéra-
           être	une	malformation	vasculaire	de	        son « parcours » puisse être recons-        tion	du	dossier	médical.
           l’artère	carotide	interne	gauche,	et	       titué en si peu de temps. Si la loi se


18                                                                   rapport annuel 2009
des administrations en mal de repères

une mise en œuvre tardive                prise, après enquête, par le minis-       louables, force est de constater qu’il
des dispositions législatives            tre chargé des anciens combattants.       faudra encore au minimum 20 ans
Concernant la lenteur des admi-          D’après les derniers chiffres fournis     pour venir à bout de la totalité des
nistrations à faire appliquer une        par le ministère de la Défense dans       dossiers ! Le Médiateur de la Répu-
législation, l’exemple de la mise en     une note du 23 avril 2009, 55 757         blique a dès lors interrogé le minis-
œuvre de la loi de 1985 sur la men-      dossiers ont été traités, tandis que      tère de la Justice sur la possibilité
tion « mort en déportation » est         les historiens estiment que 115 000       d’apporter des allégements à la pro-
emblématique : 24 ans après son          à 160 0 0 0 per son nes ser a ient        cédure d’instruction actuelle, ren-
adoption, moins de la moitié des         concernées. Le Médiateur de la            due inutilement longue par la dou-
dossiers ont été traités ! Selon cette   République s’est inquiété auprès          ble intervention du ministère de la
loi, la mention « mort en déporta-       des ministères compétents des dif-        Défense et des tribunaux lorsqu’un
tion » est portée sur l’acte de décès    ficultés d’application de cette loi. En   acte de décès doit être préalable-
de toute personne de nationalité         réponse, le ministère de la Justice a     ment établi. Un amendement en ce
française, résidant en France ou sur     adressé une circulaire (datée du 29       sens sera proposé au Sénat dans le
un territoire antérieurement placé       octobre 2008) à tous les parquets,        cadre de l’examen de la proposition
sous la souveraineté, le protectorat     afin de clarifier certains points de      de simplification et d’amélioration
ou la tutelle de la France, qui, ayant   procédure et de favoriser un traite-      de la qualité du droit.
fait l’objet d’un transfert dans une     ment uniformisé des dossiers. Par
prison ou un camp de concentra-          ailleurs, le ministère de la Défense a    des lois mal appliquées
tion, y est décédée. La même men-        indiqué avoir augmenté les moyens         faute d’instructions claires,
tion est portée sur l’acte de décès      des services compétents, afin d’ac-       longues à obtenir
si la personne a succombé à l’occa-      célérer le rythme des régularisa-         Parmi les raisons expliquant parfois
sion de son transfert. La décision       tions, qui pourrait atteindre 3 000       l’inaction des services de l’adminis-
de faire apposer cette mention est       mentions par an. Malgré ces efforts       tration s’en trouve une quasi impa-
                                                                                   rable : l’absence de décret d’applica-
                                                                                   tion ou de circulaire. Dans la plupart
                                                                                   des cas, même avec la meilleure
                                                                                   volonté, les administrations concer-
                                                                                   nées ne peuvent appliquer le texte
                                                                                   incriminé sans ce « mode d’emploi ».
                                                                                   La circulaire, par les précisions
                                                                                   qu’elle fournit, évite des erreurs
                                                                                   qui pourraient être préjudiciables
                                                                                   aux administrés. Le Médiateur de
                                                                                   la République doit donc fréquem-
                                                                                   ment exposer ces considérations
                                                                                   aux citoyens qui l’ont saisi et qui ne
                                                                                   comprennent pas qu’on leur refuse
                                                                                   le bénéfice d’un texte pourtant voté
                                                                                   par le Parlement.
                                                                                   Encore faut-il que la circulaire,
                                                                                   lorsqu’elle existe, soit effectivement
                                                                                   diffusée à tous les agents concernés.
                                                                                   Elles sont toutes consultables sur le
                                                                                   site : www.circulaires.gouv.fr.          OOO




                                                médiateur de la république                                                        19
L’USager	et	L’état	FaCe	à	La	CriSe
           CItOyEN-ADMINIStRAtION : LA gRANDE INCOMPRÉHENSION



     OOO    monsieur	m.		a	été	victime	d’une	usur-      courrier	et	ses	différents	contacts	         madame	a.		a	pu	mesurer	combien	
           pation	des	plaques	d’immatriculation	        téléphoniques,	il	s’est	adressé	au	         peut	être	long	le	traitement	d’une	
           de	son	véhicule.	il	n’a	pas	rencontré	       délégué	du	médiateur	en	mars	2008.	         demande.	déclarée	en	incapacité	
           de	difficulté	particulière	pour	faire	       Le	dossier	de	monsieur	m.,	détenu	par	      d’au	moins	80	%	en	octobre	1975,	
           reconnaître	qu’il	n’était	pas	l’auteur	de	   la	préfecture,	étant	clair,	le	délégué	     elle	a	pu,	par	téléphone,	bénéficier	
           l’excès	de	vitesse	constaté	en	octobre	      est	intervenu	auprès	du	correspon-          à	ce	titre	du	dispositif	de	départ	à	la	
           2006	puisqu’à	cette	date,	il	était	en	       dant	du	service	des	cartes	grises.	         retraite	anticipé	et	a	donc	fait	liquider	
           vacances	en	Corse	avec	son	véhicule	         Celui-ci,	qui	connaissait	parfaitement	     sa	pension	de	vieillesse	du	régime	
           et	que	le	véhicule	flashé	était	d’une	       ce	dossier,	indique	au	délégué	qu’un	       agricole	le	1er	juillet	2006,	à	l’âge	de	
           autre	marque	que	la	sienne.                  courrier	en	réponse	était	en	prépara-       57	ans.	puis,	le	29	juin	2007,	elle	a	
           L’officier	du	ministère	public	chargé	       tion	et	qu’il	devait	aller	dans	le	sens	    sollicité	de	la	mutualité	sociale	agri-
           du	contrôle	automatisé	l’a	d’ailleurs	       de	la	demande	de	monsieur	m..	après	        cole	(mSa)	l’attribution	de	la	majora-
           mis	hors	de	cause	pour	l’infraction	         deux	relances	téléphoniques,	il	est	        tion	de	pension,	laquelle	concerne	
           commise	en	novembre.                         confirmé	au	délégué	qu’un	courrier	a	       les	assurés	titulaires	d’une	retraite	
           après	avoir	déposé	plainte,	mon-             été	envoyé	à	l’intéressé.	                  anticipée	au	titre	du	handicap,	selon	
           sieur	m.	demande	néanmoins	par	              Ce	courrier,	du	8	avril	2008,	précise	      les	textes	découlant	de	la	loi	n°	2005-
           précaution	le	changement	de	l’imma-          que	le	remboursement	est	autorisé	          102	du	11	février	2005.	La	mSa	l’a	
           triculation	de	son	véhicule.	Le	service	     par	l’application	d’une	circulaire	du	      informée	qu’elle	ne	pouvait	accéder	
           des	cartes	grises	n’autorise	ce	chan-        ministère	de	la	Justice	qui	n’avait	pas	    à	sa	demande,	car	elle	attendait	des	
           gement	qu’à	condition	d’acquitter	une	       été	diffusée	en	préfecture	et	qu’il	est	    précisions	du	ministère.	Sollicité,	     	
           taxe	de	46	€	correspondant	à	un	cheval	      accordé	nonobstant	le	classement	           le	médiateur	de	la	république	a,	en	
           fiscal.		monsieur	m.	procède	au	chan-        sans	suite	de	la	plainte	de	l’intéressé.	   juin	2008	et	mars	2009,attiré	l’at-
           gement,	s’acquitte	de	cette	somme	           Le	chef	du	bureau	précise	au	délégué	       tention	du	ministère	sur	le	fait	que	
           mais,	conformément	aux	indications	          qu’il	regrette	cette	mauvaise	commu-        madame	 a.,	 ainsi	 que	 beaucoup	
           portées	sur	le	formulaire	de	requête	        nication	entre	ministères.                  d’autres	assurés	susceptibles	de	
           en	exonération	joint	au	procès-verbal,	      monsieur	m.	remercie	le	délégué	du	         bénéficier	de	ce	dispositif,	étaient	
           il	dépose	aussitôt	une	demande	d’exo-        médiateur	de	son	intervention,	qui	         pénalisés.	La	caisse	centrale	de	la	
           nération	auprès	de	la	préfecture,	afin	      a	permis	« de trouver une solution en       mSa	l’a	informé	le	21	août	2009	que	la	
           de	se	faire	rembourser	les	frais	de	         moins d’un mois pour régler un problème     circulaire	du	3	août	2009	donnant	les	
           changement	de	carte	grise.	n’ayant	          qui n’avait pas trouvé de solution malgré   instructions	nécessaires	avait	enfin	
           obtenu	aucune	réponse	à	son	dernier	         une lutte acharnée de deux ans ».           été	transmise	et	que,	par	conséquent,	   	
                                                                                                    le	dossier	de	madame	a.	pourrait	être	
                                                                                                    prochainement	traité,	près	de	quatre	
                                                                                                    années	et	demie	après	le	vote	de	la	
                                                                                                    loi	et	deux	ans	après	sa	première	
                                                                                                    demande…

                                                                                                    Au-delà de la complexité des tex-
                                                                                                    tes, il faut aussi chercher la cause
                                                                                                    de cet état de fait dans l’instrumen-
                                                                                                    talisation de la loi. Au fil des ans,
                                                                                                    les parlementaires ont été appelés
                                                                                                    à examiner un nombre croissant
                                                                                                    de lois dont l’objectif n’était que
                                                                                                    de répondre à la préoccupation du
                                                                                                    moment. Les citoyens, eux, n’en
                                                                                                    continuent pas moins à demander
                                                                                                    l’application de ces lois, expression
                                                                                                    de la souveraineté nationale. Autre
                                                                                                    point de blocage qui revient souvent
                                                                                                    dans les réclamations : le cloisonne-
                                                                                                    ment volontaire dans leur domaine
                                                                                                    des différents acteurs et de leurs
                                                                                                    représentants, qui ne daignent par-
                                                                                                    fois même pas donner à l’usager


20                                                                   rapport annuel 2009
l’information qui lui serait utile sous   droits à la retraite leurs agents nés    manière, on sait que certaines per-
prétexte que cela ne relève pas de        entre 1957 et 1959, comme les textes     sonnes appellent abusivement les
leur compétence. Avec le sentiment        les y invitaient.                        pompiers, qui ont d’ailleurs décidé
grandissant d’être traité comme                                                    de lancer une campagne d’informa-
quantité négligeable par l’admi-          les urgences                             tion à ce sujet.
nistration, l’administré en vient à       au bord de la congestion                 Les professionnels de l’urgence
questionner la notion même de ser-        Au chapitre des services publics         travaillent sous une telle pression
vice public, même s’il ne mesure pas      désorientés, il faut également évo-      qu’ensuite, il est difficile de soutenir
toujours bien le manque de moyens,        quer, dans le domaine de la santé, les   qu’ils auraient mal fait leur travail.
notamment humains, qui perdure            délais de prise en charge trop longs     Dans la très grande majorité des cas,
de l’autre côté du guichet.               dans des services d’urgences hospi-      incontestablement, ce travail reste
                                          taliers sous pression permanente.        bien fait. Le Pôle Santé et Sécurité
une interconnexion                        On retrouve ces délais jugés abusifs,    des Soins du Médiateur de la Répu-
des systèmes inefficace                   avec parfois des conséquences très       blique a eu cependant à connaître
Depuis les lois de 2003 réformant les     graves, au cœur des griefs formu-        des cas où la notion d’urgence avait
régimes de retraite, le droit à l’in-     lés par les usagers. Comment pour-       échappé à la vigilance du médecin,
formation s’est nettement amélioré        rait-il en être autrement dès lors que   voire de comportements tout à fait
(création du traitement informatisé       les urgences sont « embolisées » par     fautifs : un malade que l’on n’a pas
relatif aux échanges interrégimes         des demandes toujours plus nom-          daigné examiner, une complication
de retraite par le décret 2009-1553       breuses ? Le recours au service des      mal anticipée, une douleur (par
du 14 décembre 2009). S’il fonc-          urgences d’un hôpital n’est pas tou-     exemple thoracique ou abdominale)
tionne efficacement et fournit une        jours fondé, même si les personnes       mal évaluée.
information sûre et complète pour         qui s’y présentent ont l’impression
la plupart des assurés des régimes        que c’est bien le cas. De nombreuses      madame	b.,	53	ans,		se	plaint	de	dou-
de retraite légalement obligatoires,      personnes, par exemple, s’adressent      leurs	abdominales	d’apparition	bru-
des difficultés subsistent autour         à lui pour des affections bénignes au    tale.	après	intervention	du	médecin	
du régime de la fonction publique         lieu de consulter tout simplement        traitant,	une	occlusion	intestinale	
d’État. Une administration centrale       leur médecin généraliste.                aiguë	est	évoquée	et	il	procède	à	son	
comme celle de l’Éducation natio-         On rencontre en amont les difficul-      transfert	rapide	aux	urgences	hospi-
nale, par exemple, peine à réaliser       tés de la régulation par le Samu, un     talières	pour	avis	chirurgical.	à	l’arri-
les reconstitutions de carrière. Le       service très exposé qui devient le       vée,	madame	b.	est	rapidement	prise	
problème n’est pas tant de calculer       réceptacle de la demande sociale, de     en	charge	par	un	médecin	urgentiste	
le montant des pensions de retraite,      la misère, en même temps qu’il doit      qui	établit	les	mêmes	constatations	
la période de référence considérée        traiter de véritables urgences néces-    cliniques	mais	conclut	à	une	constipa-
étant celle des six derniers mois         sitant une prise en charge médicale      tion	sévère	à	partir	de	la	radiographie	
de traitement, mais plutôt la vali-       immédiate. On trouve là toute la         de	l’abdomen.	madame	b.	va	alors	
dation du nombre de trimestres            problématique de l’accès aux soins       passer	près	de	24	heures	aux	urgen-
effectués. En effet, d’une académie       des personnes vulnérables, celles        ces	sur	un	brancard	avant	d’être	hos-
à l’autre, la faible compatibilité des    qui relèvent par exemple de la psy-      pitalisée.	moins	de	12	heures	après	
systèmes informatiques et le man-         chiatrie et appellent trop facilement    son	hospitalisation,	son	état	de	santé	
que d’interconnexion constituent          le Samu. Le service finit par connaî-    va	rapidement	se	dégrader.	en	dépit	
un frein majeur à la circulation de       tre et repérer quelques « habitués »,    d’une	intervention	chirurgicale	réa-
l’information. Avec l’autonomie des       qui téléphonent deux ou trois fois       lisée	en	urgence,	elle	décédera	le	
universités, le problème risque fort      par nuit, au risque de ne pas retenir    lendemain.	aux	termes	de	l’analyse	
de s’amplifier. D’ores et déjà, nom-      l’attention du permanencier quand        du	dossier	médical,	il	est	apparu	que	
bre d’établissements universitaires       leur appel relèvera un jour d’une        la	prise	en	charge	initiale	par	le	ser-
ont été incapables d’informer sur les     « véritable » urgence. De la même        vice	des	urgences	du	ChU	n’était	pas	       OOO




                                                 médiateur de la république                                                          21
L’USager	et	L’état	FaCe	à	La	CriSe
           CItOyEN-ADMINIStRAtION : LA gRANDE INCOMPRÉHENSION



     OOO   conforme	aux	données	acquises	de	la	
           science	médicale	et	que	le	diagnostic	
           d’occlusion	intestinale	aiguë	avait	été	
           beaucoup	trop	tardif.

           L’affluence aux services d’urgen-
           ces est aussi, on l’a dit, cause d’une
           information insuffisante : un méde-
           cin, un soignant sous pression ris-
           que forcément de consacrer moins
           de temps et d’attention à l’échange
           avec le patient.

           quand résorber des inégalités
           conduit à en créer de nouvelles
           Jusqu’en 2003, l’essentiel du droit
           aux avantages familiaux des fonc-
           tionnaires prévu par le Code des
           pensions était ouvert aux seules
           femmes. Après un arrêt de la Cour
           de justice des communautés euro-
           péennes (CJCE) pointant une dis-
           crimination, la France a entrepris de      ou professeurs ayant accouché ou            tre	fonctionnaires,	agents	du	sec-
           réformer le régime de la bonification      adopté pendant les vacances scolai-         teur	privé	et	contractuels	du	secteur	
           pour l’éducation des enfants par la        res sans prendre de congé de mater-         public	(qui	relèvent	pour	la	retraite	du	
           loi du 21 août 2003 portant réforme        nité ou d’adoption…                         droit	privé).	
           des retraites. Désormais, la boni-
           fication pour enfant est attribuée          madame	L.,		enseignante	et	mère	           En outre, malgré une jurispru-
           aux fonctionnaires tant homme              de	deux	enfants	adoptés	en	1984	et	         dence qui évolue positivement, des
           que femme, mais à condition qu’ils         1992,	a	pu	s’en	rendre	compte.	elle	a	      imprécisions demeurent, pour le
           justifient d’une interruption d’acti-      contesté	le	fait	que,	dans	le	cadre	du	     cas de jumeaux ou d’adoption dou-
           vité continue d’au moins deux mois,        calcul	de	sa	pension	de	retraite,	un	       ble. Le Médiateur de la République
           dans le cadre d’un congé statu-            seul	de	ses	enfants	avait	été	retenu	       a étendu le champ de sa proposition
           taire. Elle a par ailleurs été étendue     au	titre	de	la	bonification	pour	enfant.	   de réforme afférente aux adoptions à
           aux femmes ayant accouché avant            en	effet,	pour	son	premier	fils,	l’adop-    l’ensemble du dispositif de bonifica-
           leur prise de fonction, sous certai-       tion	ayant	eu	lieu	à	l’approche	d’une	      tion pour enfant dans la perspective
           nes conditions. En apparence plus          période	de	vacances	scolaires,	elle	        du chantier des retraites de 2010 et
           égalitaires, ces textes ont toutefois      n’avait	pas	sollicité	de	congé	d’adop-      d’une éventuelle remise à plat de
           généré de nouvelles iniquités. Ainsi,      tion.	Le	médiateur	de	la	république	        l’ensemble. K
           les nombreux cas dont a été saisi le       a	attiré	l’attention	du	ministre	de	la	
           Médiateur de la République laissent        Fonction	publique	sur	les	inégalités	
           apparaître que les nouveaux textes         de	traitement	engendrées	par	cette	
           ont finalement conduit à exclure les       loi,	mais	la	proposition	de	réforme	
           hommes du droit à la bonification au       faite	à	ce	sujet	n’a	jamais	été	prise	en	
           lieu de les en faire profiter. En effet,   compte.
           la condition de suspension d’activité      madame	L.	a	saisi	le	tribunal	admi-
           continue durant deux mois est en           nistratif,	mais	ses	chances	de	voir	sa	
           général remplie pour les femmes qui        situation	rétablie	sont	quasi	nulles,	
           ont bénéficié d’un congé postnatal,        sauf,	peut-être,	si	étaient	mises	en	
           dont la durée est supérieure à deux        œuvre,	dans	le	cadre	du	rendez-vous	
           mois, mais rarement pour les hom-          de	2010	sur	les	retraites,	les	préconi-
           mes... Les nouvelles dispositions ont      sations	du	médiateur	de	la	république	
           également conduit à en priver cer-         ou	toute	autre	disposition	qui	serait	de	
           taines femmes qui en bénéficiaient         nature	à	corriger	les	disparités,	tant	
           auparavant, femmes institutrices           entre	fonctionnaires	entre	eux	qu’en-


22                                                                 rapport annuel 2009
le citoyen seul face à un cadre mouvant
et insécurisant
Face	à	l’empilement	ininterrompu	des	textes	législatifs	et	réglementaires,	les	citoyens	
ont	l’impression	croissante	d’être	en	butte	à	une	véritable	jungle	administrative.	Le	citoyen	se	trouve	
souvent	seul,	sans	aucun	mode	d’emploi	auquel	se	référer	ni	interlocuteur	auquel	s’adresser.		
dans	ce	contexte,	forte	est	la	tentation	de	considérer	que	les	dispositifs	publics	censés	protéger	
les	citoyens	sont	défaillants	et	ne	remplissent	plus	leur	fonction	première	de	service	au	public.		
beaucoup	finissent	par	se	figurer	que	le	système	se	protège	plus	qu’il	ne	protège	les	administrés.	


une inflation législative qui contribue à l’instabilité de la norme

Que se passe-t-il quand la loi change        remettait	en	cause	sa	date	potentielle	   titre	de	la	période	d’apprentissage	ne	
entre le moment où un administré             de	départ	à	la	retraite.                  permettait	la	validation	que	de	deux	
s’en prévaut et celui où elle est effec-     Le	médiateur	de	la	république	a	pu	       trimestres	pour	l’année	1966,	au	lieu	
tivement appliquée ? Monsieur R. a           lui	faire	savoir	que,	en	application	     des	quatre	inscrits	par	erreur	par	la	
découvert le problème avec surprise          des	dispositions	réglementaires	en	       Crav.	par	ailleurs,	pour	les	assurés	
lorsqu’il a voulu prendre sa retraite.       vigueur	à	la	date	du	versement	des	       nés	comme	lui	en	1952,	le	nombre	de	
                                             cotisations	arriérées,	son	rachat	au	     trimestres	requis	pour	l’ouverture	du	    OOO

 né	en	1952,		il	a	commencé	sa	car-
rière	 professionnelle	 à	 l’âge	 de	
14	ans.	Fin	2007,	après	un	licencie-
ment,	il	a	entrepris	des	démarches	
auprès	de	la	caisse	régionale	d’assu-
rance	vieillesse	(Crav)	pour	bénéficier	
des	dispositions	relatives	au	départ	
à	la	retraite	anticipé	pour	carrière	
longue.	ne	disposant	que	de	161	tri-
mestres	cotisés	sur	les	168	requis	à	
l’époque	pour	avoir	droit	au	dispositif	à	
l’âge	de	56	ans,	monsieur	r.	a	procédé	
auprès	de	l’Urssaf,	le	13	mars	2008,	
au	versement	des	cotisations	permet-
tant	la	régularisation	de	sa	période	
d’apprentissage	du	1er	juillet	1966	au	
31	décembre	1969.	informé,	dans	un	
premier	temps,	que	ce	rachat	permet-
tait	la	validation	des	sept	trimestres	
manquants,	il	s’est	ensuite	entendu	
dire	que	le	rachat	ne	concernerait	
finalement	que	cinq	trimestres,	ce	qui	


                                                    médiateur de la république                                                         23
L’USager	et	L’état	FaCe	à	La	CriSe
           LE CItOyEN SEUL FACE À UN CADRE MOUVANt Et INSÉCURISANt



     OOO   droit	à	une	retraite	à	taux	plein	à	l’âge	   le changement, c’est bien celui des        milieu du gué. Facteur d’insécurité
           de	60	ans	a	été	porté	à	164	trimestres,	     retraites, qui dépend par ailleurs         pour les administrés, qui ont de plus
           ce	qui	a	entraîné	une	modification	des	      beaucoup de la situation finan-            en plus de difficultés à anticiper leur
           conditions	leur	permettant	un	départ	        cière des caisses. Ainsi, la vague de      situation et ses modifications, cette
           anticipé	pour	carrière	longue.               départs anticipés qui avait découlé        frénésie législative est d’autant plus
                                                        de la loi de 2003, et qui avait été sui-   préoccupante que la question est
           S’il est un domaine qui évolue, d’un         vie d’une évolution réglementaire          encore loin d’être tranchée.
           point de vue législatif, plus vite que       plus restrictive du droit en la matière,
           la capacité des administrés à suivre         a laissé de nombreux citoyens au



           une rationalisation source de dysfonctionnements

           Face à la multiplicité des organis-          de toute l’information nécessaire          merçants. Ainsi, un seul avis d’appel
           mes et des administrations, des              à son orientation dans le nouveau          de cotisations est envoyé aux assu-
           entreprises de rationalisation de l’or-      dispositif et à la compréhension des       rés. Cet objectif de simplification
           ganisation administrative sont régu-         règles qui lui sont applicables, de        est malheureusement difficile à per-
           lièrement menées dans différents             nombreuses réclamations montrent           cevoir tant les dysfonctionnements
           secteurs. Réduire les délais de trai-        qu’il s’est bien souvent senti victime     consécutifs à la mise en place de la
           tement des demandes, simplifier le           de la rationalisation plutôt que béné-     convergence des systèmes infor-
           parcours de l’administré, diminuer           ficiaire.                                  matiques du RSI et des Urssaf sont
           le nombre d’interlocuteurs et de             Le Régime social des indépendants          nombreux et complexes à résoudre.
           démarches à effectuer… Les objec-            (RSI), né de la fusion des deux régi-      Pour les personnes pâtissant de ces
           tifs de ces opérations sont simples          mes de retraite des artisans et des        retards, les rares explications, trop
           et clairs : faciliter les rapports des       commerçants et du régime d’assu-           techniques ou incomplètes et dans
           citoyens avec leurs administrations          rance maladie des professions arti-        lesquelles le mauvais rôle échoit
           et accroître l’efficacité des processus      sanales, commerciales et libérales,        commodément à l’informatique, sont
           pour le bénéfice de tous. L’introduc-        illustre bien les difficultés inhéren-     perçues au mieux comme de l’indif-
           tion de l’informatique dans les roua-        tes aux démarches de simplification        férence, sinon comme du mépris
           ges de l’appareil d’État a permis des        d’une organisation complexe. En            alors même que le personnel du RSI
           avancées non négligeables au service         effet, le RSI assure, depuis le 1er jan-   a une réelle volonté d’assurer au
           de cette ambition. Mais le recours           vier 2008, une mission d’interlocu-        mieux la mission de service public
           aux outils technologiques a parfois          teur social unique (ISU) pour l’en-        qui lui est dévolue.
           été la source de nombreux tracas.            semble de la protection sociale des
           Quant au citoyen, faute de disposer          artisans, des industriels et des com-



           les dommages collatéraux de l’ouverture à la concurrence
           du secteur de l’énergie

           Les grandes mutations de structure           services publics s’est brouillée :         République n’a pu que constater
           ou d’organisation engagées, ou sur           erreurs de facturation, mauvais            la défaillance des centres d’appel
           le point de l’être, dans les servi-          contact (voire absence de contact)         chargés d’assurer le traitement des
           ces publics souffrent souvent d’un           avec les services clients ou cour-         réclamations et l’insuffisante infor-
           accompagnement insuffisant en                riers sans réponse ont poussé de           mation des clients. De nombreux
           matière d’information et d’accueil           nombreux usagers à solliciter l’aide       exemples en témoignent.
           du public. L’ouverture à la concur-          des délégués. Grâce aux relations
           rence d’EDF-GDF en est un exemple            établies par l’Institution avec le          madame	a.		a	constaté,	durant	le	
           significatif.                                médiateur de GDF, plus récem-              dernier	trimestre	2007,	que	gdF	avait	
           L’ouverture à la concurrence du              ment avec celui d’EDF et celui de          prélevé	sur	son	compte	des	montants	
           secteur de l’électricité et du gaz a         l’énergie, les délégués ont pu réta-       qui	ne	la	concernaient	pas,	l’adresse	
           parfois eu des effets néfastes sur le        blir entre les fournisseurs d’énergie      mentionnée	étant	erronée.	L’intéres-
           quotidien des clients des deux prin-         et leurs clients un contact parfois        sée	a	sollicité	le	service	clients	durant	
           cipaux fournisseurs d’énergie. La            interrompu pendant plusieurs mois.         plusieurs	mois.	n’obtenant	pas	de	
           bonne image de ces deux anciens              Une fois encore, le Médiateur de la        réponse,	elle	a	saisi	un	délégué	du	


24                                                                   rapport annuel 2009
médiateur	de	la	république.	en	mars	          2008.	or,	depuis	cette	date,	la	fourni-     Le	service	d’edF	concerné	(installé	
2009,	ce	dernier	a	contacté	gdF,	qui	a	       ture	effective	du	gaz	n’a	pas	été	mise	     dans	l’isère)	téléphone	au	délégué	du	
pris	en	charge	la	réclamation,	instruit	      en	place	et	l’intéressé	a	tenté	sans	suc-   médiateur	un	mois	plus	tard	pour	lui	
le	dossier	et	fait	procéder	à	la	régula-      cès	d’obtenir	une	explication	par	télé-     faire	connaître	la	difficulté	à	laquelle	
risation	et	au	remboursement,	atten-          phone.	L’assistante	sociale	du	secteur	     il	est	confronté	:	le	téléphone	de	mon-
dus	depuis	plus	d’un	an,	des	sommes	          a	également	tenté	d’entrer	en	com-          sieur	g.	n’est	plus	en	service	(effec-
indûment	prélevées.	                          munication	avec	le	service	d’edF,	par	      tivement,	l’abonnement	a	été	résilié	
                                              téléphone,	en	vain.	de	ce	fait,	durant	     pour	défaut	de	paiement)	et	donc,	
 pour	bénéficier		des	services	d’edF	         la	période	hivernale,	monsieur	g.	a	dû	     edF	est	dans	l’impossibilité	d’entrer	
dans	la	meuse,	il	faut	avoir	le	télé-         recourir	à	l’utilisation	d’un	chauffage	    en	contact	avec	lui	pour	fixer	un	ren-
phone	!	                                      électrique	d’appoint,	en	l’absence	de	      dez-vous	pour	la	mise	en	service	de	
monsieur	g.,	58	ans,	est	invalide	du	         gaz.	il	saisit	le	délégué	du	médiateur	     l’installation.	autrement	dit,	edF	ne	
travail	et	vit	seul.	venant	d’être	relogé,	   le	20	janvier	2009	lors	d’une	visite	en	    contacte	le	client,	pour	l’installation	
à	la	suite	d’une	expulsion	locative,	il	      préfecture.	Ce	dernier	passe	aussitôt	      du	gaz,	que	par	téléphone	!	Le	rendez-
rencontre	des	difficultés	pour	obtenir	       plusieurs	appels	téléphoniques	à	la	        vous	a	été	ultérieurement	pris	par	
l’exécution	d’un	contrat	de	fourniture	       direction	régionale	d’edF	et	confirme	      l’intermédiaire	de	l’assistante	sociale	
de	gaz,	qu’il	a	signé	avec	edF,	en	mars	      sa	demande	par	courrier.                    du	secteur.



les conséquences pratiques
de la réorganisation des services déconcentrés de l’état

En termes de compréhension par le             politiques publiques (RGPP) dans            cipalement dans les départements
public, des problèmes d’envergure             les départements. Ce grand chantier         mais aussi les régions, ne restera pas
risquent de se poser avec la mise en          de réorganisation complète des ser-         sans conséquence pour les usagers.
œuvre de la Révision générale des             vices déconcentrés de l’État, prin-         Les directions départementales
                                                                                          traditionnelles, comme Jeunesse
                                                                                          et Sports, Équipement ou Agricul-
                                                                                          ture, seront totalement fondues
                                                                                          dans de nouveaux organigrammes
                                                                                          qui ne correspondront plus à ce que
                                                                                          connaît le public. L’ensemble des
                                                                                          appellations, sigles, interlocuteurs
                                                                                          et coordonnées seront modifiés.
                                                                                          Même si cette réforme est réalisée
                                                                                          pour gagner en efficacité et offrir un
                                                                                          meilleur service, dans un premier
                                                                                          temps les habitudes seront profon-
                                                                                          dément bouleversées, avec de pro-
                                                                                          bables dysfonctionnements.
                                                                                          Le Médiateur de la République craint
                                                                                          que ces modifications n’aient pas été
                                                                                          suffisamment accompagnées d’in-
                                                                                          formations et d’explications pour le
                                                                                          public. Il est normal que l’adminis-
                                                                                          tration ait commencé à travailler           OOO




                                                     médiateur de la république                                                             25
L’USager	et	L’état	FaCe	à	La	CriSe
           LE CItOyEN SEUL FACE À UN CADRE MOUVANt Et INSÉCURISANt



     OOO   en interne pour gérer les problèmes     nications nationales ont bien été       d’informer les administrés sur les
           d’organisation. Mais dans un second     réalisées sur le thème de la réforme,   conséquences concrètes des réfor-
           temps, il semble essentiel que les      mais aucune ne fournissait d’expli-     mes entreprises, le ministère de
           services s’adressent directement au     cations pratiques. Ces dernières ne     l’Économie et des Finances compte
           public pour les informer des chan-      pouvant être réalisées qu’au niveau     parmi les institutions ayant réalisé
           gements opérés, tant le succès d’une    départemental, le Médiateur de la       le plus de progrès, notamment à pro-
           opération de rationalisation repose     République aurait souhaité que les      pos du paiement des impôts.
           sur sa capacité à être comprise par     préfets reçoivent des consignes très
           les administrés. Quelques commu-        précises. Quant à cette nécessité



           des dossiers « polymorphes »

           Le constat est alarmant : les situa-    touchent douloureusement les per-       logement social. L’intervention du
           tions de détresse dans lesquelles       sonnes les moins favorisées. C’est      Médiateur de la République a per-
           les citoyens perçoivent l’Institution   ainsi que de nombreuses réclama-        mis dans plusieurs cas de surseoir à
           comme leur ultime recours repré-        tions en lien avec la loi Dalo (droit   l’expulsion en attendant qu’une pro-
           sentent une proportion croissante       au logement opposable) lui sont         position ait pu leur être faite. Un par-
           des réclamations. Poste d’observa-      parvenues, émanant la plupart du        tenariat vient également d’être signé
           tion privilégié des grandes évolu-      temps de locataires en passe d’être     entre le secrétaire d’État chargé du
           tions de notre société, le Médiateur    expulsés. Éligibles au droit au loge-   Logement et de l’Urbanisme et les
           de la République est aussi devenu un    ment, ils n’en risquent pas moins de    délégués du Médiateur pour garan-
           baromètre du climat social, souvent     se retrouver sans logement avant        tir l’accès effectif aux droits fonda-
           confronté, par son contact perma-       qu’une solution d’hébergement ne        mentaux des populations les plus
           nent avec toutes les couches de la      leur soit proposée, eu égard aux        précaires (voir page 46).
           population, aux problématiques qui      longs délais d’attente en matière de    Mais cette tâche demande mesure
                                                                                           et vigilance, car face à la hausse des
                                                                                           loyers et à la détérioration des situa-
                                                                                           tions économiques individuelles, la
                                                                                           question du logement est rarement
                                                                                           simple. La protection des droits de
                                                                                           chacun s’y révèle parfois épineuse
                                                                                           et d’un équilibre délicat, les proprié-
                                                                                           taires étant parfois eux aussi dans
                                                                                           une situation financière précaire et
                                                                                           les locataires pouvant faire preuve
                                                                                           de mauvaise foi. Il faut également
                                                                                           compter avec celles et ceux qui,
                                                                                           demandeurs d’un logement social,
                                                                                           se sont installés dans une logique
                                                                                           d’accumulation des démarches,
                                                                                           vues comme moyen de pression et
                                                                                           de négociation vis-à-vis des admi-
                                                                                           nistrations, et qui, une conception
                                                                                           erronée de l’Institution en tête, sai-
                                                                                           sissent le Médiateur de la Républi-
                                                                                           que en imaginant ainsi faire accélé-
                                                                                           rer les procédures.
                                                                                           Leurs requêtes reflètent l’évolu-
                                                                                           tion d’une société qu’ils perçoivent
                                                                                           comme de plus en plus injuste et
                                                                                           dans laquelle tous les recours sont
                                                                                           bons pour tenter de rééquilibrer une
                                                                                           situation défavorable. Il est à noter
                                                                                           que certains saisissent le Médiateur


26                                                             rapport annuel 2009
de la République en sachant perti-          responsabilité	du	ministère	de	l’inté-       un véritable réexamen de la situa-
nemment que leur demande n’est              rieur.	aussi	le	médiateur	de	la	répu-        tion fiscale.
pas recevable, dans le seul espoir de       blique	a-t-il	saisi	le	premier	ministre	     Cela étant, le développement des
ralentir des procédures judiciaires.        afin	que	celui-ci	arbitre.	La	saisine	est	   contestations globales semble trou-
                                            en	cours	d’examen.                           ver sa source dans des compor-
complexité et opacité                                                                    tements administratifs litigieux,
du système : des tendances                  des litiges globaux révélateurs              critiquables ou appréciés comme
à inverser                                  de dysfonctionnements                        illégaux par le Médiateur.
Les dossiers dont est saisi le Média-       L’analyse des litiges portés à la            Parmi ces comportements critiqua-
teur de la République concernent de         connaissance du Médiateur de la              bles, cinq lui ont paru, cette année,
plus en plus souvent un nombre d’ac-        République, notamment dans le                mériter un examen plus particulier :
teurs important, ce qui donne lieu à        domaine fiscal, traduit une évolu-           • lorsque l’administration applique
un traitement long et complexe. Le          tion vers des contestations revêtant            sa doctrine de manière rétroac-
cas des litiges autour des infractions      un caractère d’ensemble. Certes, il             tive : elle bouleverse les prévisions
routières, où les multiples interlocu-      a encore à connaître d’affaires dans            des contribuables instaurant ainsi
teurs peinent de surcroît à coordon-        lesquelles le réclamant pointe un               un climat d’insécurité juridique
ner leurs actions, illustre bien com-       dysfonctionnement très précis ou se             et de défiance vis-à-vis de l’action
ment l’on peut rapidement arriver à         fonde sur un point de droit très parti-         administrative ;
des situations kafkaïennes.                 culier, mais elles ne constituent plus,      • lorsque l’administration participe à
                                            et de loin, la majorité des dossiers.           l’instabilité normative : par exem-
 monsieur	F.,		circulant	sur	un	cyclo-      Cette situation tient pour une part             ple dans le domaine d’actualités
moteur,	a	commis	une	infraction	au	         au développement par l’administra-              des crédits d’impôt en faveur des
Code	de	la	route.	alors	même	qu’un	         tion fiscale d’organes de médiation             énergies renouvelables. Les pom-
permis	de	conduire	n’était	pas	néces-       propres, tel que le conciliateur fiscal         pes à chaleur air/air ont en effet
saire	pour	le	véhicule	qu’il	conduisait,	   départemental, chargés de régler                été successivement exclues du
il	s’est	vu	retirer	plusieurs	points	de	    les litiges à l’amiable, et pour une            crédit d’impôt (arrêté du 1er février
son	permis	de	conduire.	ayant	été	sol-      autre part au développement de l’ad-            2005), puis réintégrées à condi-
licité	pour	faire	un	stage	de	sensibili-    ministration en ligne (échange de               tion notamment de présenter un
sation	destiné	à	récupérer	les	points	      courriels avec le centre des impôts,            niveau minimal de performance
perdus,	il	a	dû	s’acquitter	de	la	somme	    déclarations par Internet, souscrip-            (arrêté du 1er décembre 2005).
de	235	euros.	à	la	suite	de	l’interven-     tion de formulaires en ligne, etc.).            L’administration a ensuite exigé
tion	du	médiateur	de	la	république	         Le Médiateur de la République, qui              par voie d’instruction qu’elles
auprès	du	ministre	de	l’intérieur,	les	     accompagne ce mouvement depuis                  comportent des unités intérieures
points	retirés	à	tort	par	l’administra-     2004, se réjouit d’ailleurs de la               équipant l’ensemble des pièces de
tion	ont	été	rendus	à	monsieur	F.	res-      poursuite de cette évolution et de              vie (instruction du 18 mai 2006)
tait	toutefois	en	suspens	le	problème	      son inscription dans le long terme.             pour finalement exclure ces unités
du	remboursement	des	frais	de	stage.	       Cependant, la véritable garantie du             de la base du crédit d’impôt (ins-
or,	le	ministre	de	l’intérieur	a	indiqué	   contribuable tient à la possibilité de          truction du 11 juillet 2007) ;
au	médiateur	de	la	république	qu’il	        faire réexaminer sa situation fiscale        • lorsque l’administration demande
n’entendait	pas	y	consentir	dès	lors	       par une autorité indépendante avec              une preuve exagérément for-
que	la	demande	de	remboursement	            les moyens appropriés. En interne,              maliste, en particulier dans des
résultait	d’une	erreur	d’un	service	        en effet, le conciliateur fiscal dépar-         cas d’usurpation d’identité (voir
placé	fonctionnellement	sous	la	res-        temental confirme le plus souvent               aussi page 32) qui l’ont conduite
ponsabilité	des	autorités	judiciaires.	     la décision du service local et son             à attribuer à un contribuable des
de	son	côté,	le	ministère	de	la	Justice	    intervention conduit fréquemment à              revenus qu’il n’avait pas perçus.
estime	que	la	réparation	relève	de	la	      un abandon des pénalités plutôt qu’à            Si l’on peut comprendre qu’elle         OOO




                                                   médiateur de la république                                                             27
L’USager	et	L’état	FaCe	à	La	CriSe
           LE CItOyEN SEUL FACE À UN CADRE MOUVANt Et INSÉCURISANt



     OOO     soit naturellement soupçonneuse,         En deuxième lieu, on peut citer          muler une proposition de réforme
             il est regrettable qu’elle attende       comme comportement pouvant être          tendant à autoriser l’établissement
             les conclusions d’une enquête de         apprécié comme illégal le fait que       d’une taxation séparée en cas de
             police, alors même que la percep-        l’administration ajoute parfois des      revenus différés, à rendre plus équi-
             tion des revenus en cause suppo-         conditions supplémentaires à celles      table l’imposition des trop-perçus et
             serait des conditions matérielles        que prévoit la loi. Cela n’entre pour-   à limiter la pratique des interrup-
             manifestement impossibles à rem-         tant pas dans ses attributions et a      tions de prescription abusives. Il a
             plir : un chiffre d’affaires à l’évi-    pour effet de restreindre le nombre      également suggéré que la Charte du
             dence irréaliste compte tenu des         de bénéficiaires. L’Institution a eu     contribuable soit désormais rendue
             moyens matériels et humains mis          à connaître de nombreux cas de ce        opposable à l’administration.
             en œuvre, ou encore deux emplois         type, notamment des crédits d’im-
             à temps plein censés être tenus          pôts relatifs aux énergies renouvela-    des parcours de vie
             simultanément à plusieurs centai-        bles, à la mobilité professionnelle ou   qui ne sont plus sécurisés
             nes de kilomètres l’un de l’autre ;      à la garde de jeunes enfants.            Le Médiateur de la République
           • lorsque l’administration a recours       En troisième lieu, certaines déci-       constate que, pour un nombre crois-
             à des constructions juridiques           sions administratives conservatoi-       sant de ses concitoyens, les rapports
             contraires à la réalité, qui, par        res apparaissent comme abusives          avec l’administration sont de plus en
             exemple, entraînent l’imposition         dès lors qu’elles sont destinées         plus marqués par des ruptures, qui
             de revenus non perçus. Tel a été le      à prolonger la période pendant           touchent souvent les plus fragiles.
             sort réservé aux indemnités ver-         laquelle un contribuable peut être       Résultat : des trajectoires indivi-
             sées à certains retraités des Char-      redressé.                                duelles susceptibles de connaître à
             bonnages de France ;                     Dans le cas soumis au Médiateur          tout moment une « sortie de route ».
           • lorsque l’administration fiscale         de la République, l’administration,      Accentuée par le contexte de crise
             prend des mesures d’application          qui disposait d’un délai de trois ans    économique, l’angoisse de l’accident
             tardives. Ainsi, le Médiateur de la      pour corriger une déclaration, a         qui pénalise ou exclut prend de plus
             République a été saisi d’un certain      notifié juste avant la fin de ce délai   en plus souvent la forme d’une inter-
             nombre de dossiers dans lesquels         un redressement, en contestant           vention de l’administration dans des
             une mesure favorable à une caté-         une déduction à l’aide d’une moti-       parcours de vie qui ne connaissent
             gorie de personnes était prise, mais     vation quelconque dont le seul but       plus la sécurité.
             sa concrétisation tardait à venir.       était visiblement de faire repartir le
             On peut citer le cas des déchar-         délai à zéro et se donner ainsi trois    ➜ des retraites
             ges de responsabilité solidaire          ans de plus pour trouver la bonne        difficiles à liquider
             lorsque, après une séparation,           motivation. Or, ce délai de trois        Ce peut être le cas d’une personne
             l’ex-mari organise son insolvabilité     années constitue normalement             désireuse de liquider sa retraite,
             pour échapper à ses obligations et       une garantie pour le contribuable,       au terme d’une vie professionnelle
             laisser à l’ex-épouse, qui en outre      qui doit pouvoir, au terme de cette      passée pour partie à l’étranger. Dans
             conserve souvent la charge des           période, s’estimer définitivement en     les cas où les caisses de retraite
             enfants, la responsabilité de rem-       règle. Cette garantie s’est trouvée      étrangères, notamment d’Algérie
             bourser les dettes fiscales.             ici contournée puisque c’est seule-      et des pays d’Afrique, ne répondent
                                                      ment au bout de douze ans, après         pas aux demandes de la caisse fran-
           Par ailleurs, sans s’immiscer dans         un second changement de motiva-          çaise, la reconstitution de carrière
           le champ de compétence du juge, le         tion, que le contribuable a pu enfin     est impossible, ce qui empêche la
           Médiateur a été amené, au vu de plu-       savoir pourquoi sa déclaration était     liquidation de la retraite ou ne l’auto-
           sieurs dossiers révélant des dysfonc-      contestée.                               rise qu’à taux réduit. Le Médiateur
           tionnements, à apprécier comme             Le Médiateur de la Répu blique a         saisit alors ces caisses et en informe
           illégaux certains comportements            également observé qu’en cas de           le médiateur du pays concerné –
           administratifs.                            contrôle fiscal aboutissant à une        quand il y en a un. La démarche,
           Il en est ainsi, en premier lieu, du       taxation d’office des résultats d’une    cependant, n’est pas toujours assu-
           recours à la procédure de rectifica-       entreprise, l’administration avait       rée du succès. Et malgré les fré-
           tion imposée à des personnes ayant         tendance à exagérer les évaluations      quentes interventions des services
           bénéficié à tort de l’aide à la mobilité   alors qu’elle a pourtant l’obligation    du Médiateur de la République sur
           dans le cadre de la politique de l’em-     d’approcher au plus près la réalité.     ce type de dossiers et la collabora-
           ploi, obtenue à la suite de la sous-       Enfin, le traitement des réclamations    tion développée récemment avec la
           cription d’imprimés déclaratifs obli-      reçues en 2009 a d’ailleurs conduit      Cnav et les Cram, une solution défi-
           gatoires mal conçus et incomplets.         le Médiateur de la République a for-     nitive reste à trouver.


28                                                                 rapport annuel 2009
➜ des cotisations à régulariser
Il arrive même qu’en remplissant
son devoir de citoyen, l’administré
se retrouve lésé et peine à se faire
rétablir dans ses droits.

 C’est	ce	qui	est	arrivé			à	madame	L.,	
qui	a	rempli	la	fonction	de	juré	devant	
la	Cour	d’assises	de	la	gironde	du	
6	octobre	1997	au	2	avril	1998.	Comme	
tout	salarié,	son	contrat	de	travail	a	
été	suspendu	pendant	cette	période	
et	elle	a	bénéficié	d’une	indemnité	qui	
n’était	pas	soumise	à	cotisations.	ainsi,	
sa	retraite	a	été	liquidée	en	calculant	
un	salaire	de	base	égal	à	la	moyenne	
de	ses	22	meilleures	années,	au	nom-
bre	desquelles	figurent	les	années	
1997	et	1998	amputées	de	la	période	
où	elle	avait	été	jurée.	
Le	médiateur	de	la	république	a	pris	
contact	avec	la	caisse	régionale	d’as-
surance	maladie,	l’arrco,	ainsi	que	
l’Urssaf	pour	chiffrer	le	préjudice	subi.	
Les	organismes	ont	donné	l’ensemble	
des	éléments	chiffrés,	sans	qu’il	soit	
pour	autant	possible	d’obtenir	l’éva-
luation	des	cotisations	à	acquitter	
pour	l’assurance	vieillesse	de	base	;	
l’Urssaf	a	en	effet	indiqué	que	ce	dos-
sier	ne	saurait	être	régularisé	dans	le	     culé	par	les	services	du	médiateur,	lui	   ➜ une mise en disponibilité
cadre	de	la	procédure	des	cotisations	       soit	proposée.	à	partir	de	ce	cas	indi-    d’office pour raisons de santé
arriérées	d’assurance	vieillesse,	son	       viduel,	une	proposition	de	réforme	a	      qui pénalise
activité	de	juré	n’étant	pas	analysée	       été	formulée	afin	que	soit	procédé	au	     L’Institution est régulièrement solli-
comme	une	activité	salariée.                 prélèvement	des	cotisations	et	contri-     citée à propos de mises en disponi-
Le	médiateur	de	la	république	a	alors	       butions	sociales	sur	les	indemnités	       bilité d’office pour raisons de santé
saisi	conjointement	le	ministère	de	la	      versées	aux	jurés	d’assises.	à	la	suite	   d’un agent public. Théoriquement, la
Justice	ainsi	que	celui	en	charge	des	       de	multiples	échanges,	le	ministère	de	    mise en disponibilité est décidée par
relations	sociales,	afin	que	soient	         la	Justice	a	accepté,	dans	l’hypothèse	    l’administration lorsqu’un fonction-
définies	les	modalités	d’une	éven-           considérée,	la	mise	en	place	du	dis-       naire a été déclaré inapte à repren-
tuelle	régularisation	exceptionnelle.	       positif	suivant	:	paiement	par	ces	per-    dre ses fonctions par le comité médi-
après	de	nombreuses	relances,	la	            sonnes	de	leurs	propres	cotisations	       cal et qu’il a épuisé tous ses droits
Chancellerie	a	accepté,	au	regard	du	        sociales	puis	remboursement	par	           statutaires à congés. Typiquement,
caractère	particulier	de	la	situation	de	    le	ministère	sur	justificatifs,	assorti	   le Médiateur de la République est
madame	L.,	qu’une	indemnité	égale	           d’une	indemnisation.	Une	circulaire	       saisi de la situation d’un agent en
au	montant	du	préjudice,	tel	que	cal-        est	en	attente.	                           fin de congés statutaires et dont        OOO




                                                    médiateur de la république                                                         29
L’USager	et	L’état	FaCe	à	La	CriSe
           LE CItOyEN SEUL FACE À UN CADRE MOUVANt Et INSÉCURISANt



     OOO   l’aptitude médicale à exercer ses        peuvent parfois se retrouver privés      de l’imposition des non-résidents. Il
           fonctions, du fait de lenteurs inhé-     de toute rémunération entre leur         s’agit toutefois d’une situation bien
           rentes au système ou de carences         dernier traitement et leur reclasse-     particulière, et assez exceptionnelle
           de l’administration, n’a pas pu être     ment ou, le cas échéant, le paiement     dans la mesure où, d’une manière
           établie en temps opportun. En effet,     de leurs arrérages de pension, voire     générale, l’administration fiscale
           tant que le comité médical et, le cas    leur licenciement (avec les indem-       fonctionne bien. Dans ce cas précis,
           échéant, la commission de réforme,       nités de chômage associées). Après       cependant, on peut lui reprocher des
           ne se sont pas prononcés sur un          avoir été frappés par la maladie, ils    retards, des défauts de réponse, des
           niveau d’invalidité et sur les éven-     se retrouvent donc en situation de       erreurs d’homonymie non corrigées,
           tuelles adaptations à réaliser pour      précarité, ce qui est ressenti comme     sources de litiges, lesquels se pro-
           rendre au fonctionnaire son poste,       une violence injustifiée à leur encon-   longent parfois sur une durée inac-
           ce dernier se retrouve placé en dis-     tre. Le Médiateur de la République       ceptable, comme en témoigne le cas
           ponibilité d’office pour raisons de      intervient donc régulièrement pour       de Monsieur C..
           santé. Échouer dans ce « no man’s        tenter de démêler ces situations pré-
           land » administratif est d’autant        occupantes et rappeler aux adminis-       il	s’est	installé		sur	l’île	de	madagas-
           plus problématique que, malgré les       trations que la mise en disponibilité    car	en	2005	et	dépend	donc	du	centre	
           textes lui garantissant une rémuné-      d’office pour raisons de santé doit      des	impôts	des	non-résidents.	il	a	
           ration, il arrive que la personne mise   toujours s’accompagner d’une rému-       reçu	le	15	novembre	2007	une	notifi-
           en disponibilité ne perçoive alors       nération.                                cation	d’avis	à	tiers	détenteur	sur	son	
           plus aucune rémunération. Même                                                    compte	bancaire	pour	une	créance	
           si la réglementation est strictement     ➜ les non-résidents ou l’erreur          d’impôt	sur	le	revenu	au	titre	des	
           appliquée, la variabilité des durées     fiscale récurrente                       années	1998	et	2001.	or,	monsieur	C.	
           de procédure et le caractère parfois     Il est un service fiscal avec lequel     affirme	avoir	payé	l’intégralité	de	ses	
           contradictoire des décisions médi-       le Médiateur de la République ren-       impôts	pour	l’année	1998	et	a	produit	
           cales font que les agents concernés      contre des difficultés : celui chargé    son	avis	de	non-imposition	pour	l’an-
                                                                                             née	2001.	il	a	constaté	que	sur	le	for-
                                                                                             mulaire	d’avis	reçu	apparaît	le	nom	de	
                                                                                             madame	d.,	en	qualité	de	destinataire,	
                                                                                             à	côté	du	sien.	or,	le	réclamant	affirme	
                                                                                             ne	pas	connaître	cette	personne.	
                                                                                             après	avoir	adressé	sans	succès	
                                                                                             une	 réclamation	 auprès	 du	 cen-
                                                                                             tre	des	impôts	des	non-résidents	et	
                                                                                             constaté	une	saisie	sur	son	compte	
                                                                                             bancaire	pour	le	montant	total	de	la	
                                                                                             créance,	monsieur	C.	a	saisi	le	minis-
                                                                                             tre	du	budget	ainsi	que	la	présidence	
                                                                                             de	la	république.	il	n’a	reçu	que	des	
                                                                                             courriers	accusant	bonne	réception	
                                                                                             de	sa	demande	et	lui	indiquant	que	
                                                                                             son	dossier	était	transmis	au	centre	
                                                                                             des	impôts	des	non-résidents	pour	
                                                                                             instruction.	monsieur	C.	a	alors	solli-
                                                                                             cité	l’intervention	du	médiateur	de	la	
                                                                                             république,	qui	a	saisi	à	son	tour	le	
                                                                                             centre	des	impôts	des	non-résidents.	
                                                                                             or,	il	se	trouve	toujours	actuellement	
                                                                                             dans	l’attente	de	la	réponse	de	ce	ser-
                                                                                             vice	administratif.	K




30                                                               rapport annuel 2009
de nouveaux liens marqués
par la défiance et la suspicion
à	force	de	s’inscrire	dans	la	durée,	les	ratés	et	autres	imperfections	du	système,		
dont	le	fonctionnement	s’est	grippé	en	plus	d’avoir	été	perverti,	ont	amené	les	usagers		
et	les	administrations	à	adopter	de	nouveaux	comportements.	Face	à	cette	nouvelle	situation,		
le	droit	a	commencé	à	céder	le	pas	à	la	force	de	part	et	d’autre,	induisant	une	modification		
en	profondeur	des	rapports	entre	les	usagers	et	leurs	administrations.	


pas de « présomption d’innocence » pour l’administré
En matière de droit, la question de la      bilistes sont peu nombreux à remet-        les contrevenants à éteindre l’action
preuve est essentielle. Elle fonde la       tre en cause la réalité de l’infraction,   publique en procédant au paiement
légitimité d’une demande de la part         se pose en revanche la question de la      de l’amende forfaitaire minorée, ce
de l’administré. Mais il est des preuves    contestation du montant de l’amende        qui vaut reconnaissance de l’infrac-
impossibles à apporter si un dispositif     forfaitaire. En ce domaine, le pro-        tion. Elles tendent, de plus, à les dis-
de faisceau d’indices n’est pas admis.      blème est qu’un grand nombre d’en-         suader de former un recours par le
À cet égard, l’Institution a été saisie     tre eux affirment n’avoir jamais reçu      mécanisme de l’obligation de consi-
de nombreux cas de contraventions           l’amende initiale, envoyée par lettre      gnation du montant de l’amende en
majorées, alors que l’intéressé assu-       simple, et qu’ils n’ont par conséquent     cas de contestation. Par ailleurs, le
rait n’avoir jamais reçu le premier avis,   pas payée, et se plaignent de recevoir     Médiateur de la République a été
et même dans certains cas, avoir été        une amende majorée, celle-là par           amené à appeler l’attention du Garde
dans l’impossibilité d’utiliser son véhi-   lettre recommandée. Les services           des Sceaux sur la propension de cer-
cule aux lieu et date mentionnés.           du Médiateur de la République ont          tains officiers du ministère public
À force de voir sa bonne foi remise         pu constater que la bonne foi mani-        (OMP) à se prononcer directement
presque systématiquement en cause,          feste de ces automobilistes n’était, le    au fond sur les contestations sans les
l’administré en vient à se demander         plus souvent pas prise en compte par       transmettre au juge lorsque les condi-
si la valeur de la présomption d’in-        l’administration. Les lettres simples      tions de recevabilité sont réunies. En
nocence ne varie pas selon les par-         n’étant pas sécurisées, la preuve de       réponse, une circulaire du 7 avril
ties en présence et ne tourne pas,          la non-réception de l’amende initiale,     2006 relative à la politique pénale en
par principe, en sa défaveur en cas         qui se trouve à la charge du contreve-     matière de contrôle automatisé de
de conflit avec une administration          nant, est quasi impossible à apporter.     la vitesse a rappelé cette obligation
jugée toute-puissante. Dès lors, la         Chez nos voisins d’outre-Rhin, où le       imposée aux OMP par l’article 530-1
méfiance s’installe dans ses rapports       niveau de contestation est nettement       du Code de procédure pénale (CPP).
avec les services publics et fragilise      plus faible, l’amende initiale est tou-    Enfin, les réclamations adressées
les liens entre État et citoyens.           jours envoyée par lettre recomman-         au Médiateur ont également mis en
                                            dée… Attaché à l’efficacité de la lutte    lumière des distorsions de traitement
l’automobiliste                             contre la délinquance routière mais        des paiements selon que ceux-ci sont
est toujours coupable                       soucieux qu’elle ne fasse pas obsta-       effectués en ligne ou par voie postale
En ces temps de lutte contre l’insé-        cle au libre exercice des droits des       au regard des délais imposés par le
curité routière, le nombre de procès-       citoyens, le Médiateur de la Répu-         Code de procédure pénale (CPP)
verbaux relatifs aux infractions de         blique a par ailleurs constaté que         dans la mesure où les paiements
circulation a explosé. Si les automo-       les procédures en vigueur incitent         effectués par cette voie ne sont pris      OOO




                                                   médiateur de la république                                                           31
L’USager	et	L’état	FaCe	à	La	CriSe
           DE NOUVEAUx LIENS MARQUÉS PAR LA DÉFIANCE Et LA SUSPICION



     OOO   en compte qu’à la date de leur trai-          admis	depuis		le	1er	janvier	2007	à	          toutes	ces	pièces,	auxquelles	s’ajou-
           tement par le centre de Rennes. Il a         faire	valoir	ses	droits	à	la	retraite,	        tent	divers	documents	administratifs	
           donc en conséquence formulé une              monsieur	i.,	de	nationalité	algérienne,	       officiels	et	attestations	d’employeurs,	
           proposition de réforme tendant à la          demeure	dans	un	foyer	Sonacotra	à	             sont	adressées	à	la	Cram	pour	démon-
           prise en compte, au nom du respect           martigues	alors	que	sa	famille	réside	         trer	que	le	réclamant	est	la	victime	
           de la loi et de l’équité, de la date indi-   en	algérie.	en	septembre	2008,	la	             d’une	fausse	déclaration,	d’autant	que	
           quée par le cachet de l’opérateur pos-       Cram	du	sud-est,	qui	est	l’organisme	          l’hypothèse	d’une	utilisation	fraudu-
           tal comme preuve de règlement sous           payeur,	cesse	le	paiement	de	sa	pen-           leuse	des	documents	officiels	perdus	
           réserve de présence du timbre fiscal         sion	au	motif	qu’une	enquête	est	dili-         ne	peut	être	écartée.	grâce	au	dossier	
           dans l’envoi ou de l’encaissement            gentée	pour	fraude.	Cette	décision	fait	       monté	avec	l’aide	du	délégué,	l’inter-
           ultérieur du chèque. À cet égard, il a       suite	à	la	réception	par	l’administra-         ruption	de	paiement	(qui	était	due	à	un	
           noté avec satisfaction que l’Assemblée       tion	d’un	acte	de	décès	établi	en	algé-        acte	de	décès	adressé	à	la	Cram	par	
           nationale vient d’adopter en première        rie	aux	nom,	prénom,	date	et	lieu	de	          une	personne	dénonçant	une	usurpa-
           lecture un amendement instituant             naissance	de	l’intéressé.                      tion	d’identité	en	algérie)	a	été	levée.
           l’article 14 bis de la proposition de loi    nonobstant	de	nombreuses	démar-
           de simplification et d’amélioration de       ches	aussi	bien	personnelles	que	par	          prouver ses droits à la retraite
           la qualité du droit n° 1890 modifiant        l’intermédiaire	des	services	sociaux	          L’administration manifeste aussi un
           en ce sens l’article 530 du CPP.             de	sa	ville	de	résidence,	le	réclamant	        niveau d’exigence particulièrement
                                                        ne	peut	arriver	à	prouver	qu’il	est	bien	      élevé au sujet des reconstitutions
           l’usurpation d’identité,                     le	titulaire	de	la	pension	qui	lui	a	été	      de carrière en vue de la liquidation
           un phénomène mal pris                        délivrée	par	la	caisse	régionale	d’as-         d’une retraite. La problématique la
           en compte, qui rend                          surance	maladie.	après	sept	mois	              plus souvent rencontrée est celle
           les citoyens méfiants                        de	pérégrinations	administratives	             où une caisse de retraite rejette la
           Les particuliers se retrouvent parfois       infructueuses,	il	saisit	le	délégué.	          demande d’un administré au motif
           dans des situations kafkaïennes dans         Ce	dernier	s’emploie	à	reconstituer	           qu’aucune cotisation ne lui a été
           leurs rapports avec la police ou la jus-     la	carrière	et	le	parcours	de	vie	du	          versée, à charge pour l’administré
           tice. Les cas d’usurpation d’identité,       requérant.	il	rassemble	tout	un	fais-          de produire l’ensemble des pièces
           qui font l’objet de nombreux dossiers        ceau	d’éléments	tendant,	d’une	part,	          justifiant de sa situation et de ses
           traités par l’Institution, en sont le sym-   à	apporter	les	preuves	de	l’identité	et	       droits. Or, il peut parfois s’agir d’une
           bole. Selon un rapport du Centre de          de	l’état	civil	du	réclamant	et,	d’autre	      absence de versement des cotisations
           recherche pour l’étude et l’observation      part,	à	authentifier	son	existence.            par un employeur rencontrant des
           des conditions de vie (Credoc), publié       pour	cela,	il	se	réfère	à	deux	faits	          difficultés économiques. Apporter
           en octobre 2009, un Français a plus          marquants	de	la	vie	de	ce	retraité	:	          des preuves relatives à des périodes
           de risques de subir une usurpation           le	premier	concerne	l’existence	d’un	          de travail remontant souvent à plu-
           d’identité qu’un cambriolage ou un           frère	jumeau	qui	aurait	toujours	vécu	         sieurs décennies relève du tour de
           vol de voiture. Le coût pour la société      en	algérie	et	dont	le	décès,	survenu	          force. Mieux vaut donc, pour chaque
           d’un tel phénomène frôle les qua-            en	février	2007,	serait	à	l’origine	           salarié, conserver précieusement ses
           tre milliards d’euros. Chaque année          de	la	mesure	prise	par	la	Cram.	Le	            bulletins de salaire et s’assurer régu-
           en France, plus de 210 000 person-           deuxième	est	la	perte	en	février	2006	         lièrement de la réalité du versement
           nes sont victimes d’une usurpation           par	monsieur	L.	de	son	certificat	de	          de ses cotisations en demandant à
           d’identité. Conséquence directe de la        résidence	algérien	ainsi	que	de	son	           l’Assurance vieillesse un relevé de
           sophistication des services, l’usurpa-       passeport.                                     carrière, notamment lorsque son
           tion d’identité peut frapper n’importe       pour	preuve	de	son	existence	physi-            employeur a fait l’objet d’un redresse-
           qui, notamment par l’obtention des           que,	son	médecin	traitant	ainsi	que	           ment ou d’une liquidation judiciaire.
           coordonnées bancaires. Ce délit peut         son	bailleur	acceptent	d’attester	que	         Il n’est malheureusement pas tou-
           avoir des conséquences extrêmement           l’intéressé	est	bien	en	vie.	L’authentifi-     jours évident de rassembler les fiches
           néfastes. Le recours à la justice consti-    cation	de	son	état	civil	est	obtenue	par	      de paie sur près de 40 années de vie
           tue difficilement une réponse, puisque       la	délivrance	d’un	certificat	de	vie	éta-      professionnelle, notamment pour
           de nombreuses plaintes n’aboutissent         bli	par	l’officier	de	l’état	civil	du	consu-   les administrés ayant perdu tout ou
           pas. Les délégués du Médiateur de la         lat	général	d’algérie	à	marseille	et	la	       partie de cette documentation dans
           République ont souvent été appelés           vérification	des	données	inscrites	sur	        un sinistre. La règle veut alors que
           à intervenir pour des cas considérés         son	passeport	algérien	et	celles	de	           le demandeur prouve avoir payé ses
           comme insolubles par les victimes,           son	certificat	de	résidence	algérien	          cotisations en produisant des pièces
           principalement dans les domaines fis-        établi	par	les	services	de	la	préfec-          probantes et concordantes consti-
           caux et routiers.                            ture	des	bouches-du-rhône.                     tuant des présomptions raisonnables


32                                                                    rapport annuel 2009
de la réalité de son activité profession-   est aussi possible dans certaines cir-      fois et prennent des décisions illéga-
nelle sur les années litigieuses. Mais      constances mais cette procédure se          les. Celles-ci doivent en principe être
l’intransigeance des règles imposées        révèle très onéreuse. La lutte contre       retirées mais certaines d’entre elles
par les administrations est telle que       la fraude, qui s’est intensifiée ces der-   ont créé des droits au profit de leur
des administrés n’hésitent pas à par-       nières années, a sa part dans cette         bénéficiaire. Le Conseil d’État a donc
ler de « présomption de culpabilité »       situation. Si sa nécessité n’est plus à     encadré cette possibilité de retrait
à leur égard, alors même qu’ils sont        démontrer, elle fait aussi des dégâts       dans sa jurisprudence et considéré
victimes d’un cas de force majeure.         collatéraux importants, essentielle-        que les décisions individuelles créa-
En cette période de tension sur le          ment chez les citoyens les plus faibles.    trices de droits ne pouvaient être
marché de l’emploi, les assurés s’ef-       Quand le manque de vigilance d’une          retirées que dans un délai de quatre
forcent du mieux qu’ils peuvent de          époque est compensé par la sévérité         mois. Sur ce fondement, le Média-
produire tous les documents à leur          accrue de la suivante, ce sont souvent      teur de la République a pu intervenir
disposition dans l’espoir d’obtenir         eux qui en paient le prix.                  sur de nombreux dossiers, comme
une retraite plus avantageuse. Cer-                                                     celui de Madame D., qui a appelé son
tes, une régularisation demeure pos-        la problématique des                        attention sur un litige concernant le
sible, notamment en réunissant un           décisions à objet pécuniaire                remboursement d’une dette de son
faisceau de présomptions de verse-          créatrices de droits                        défunt mari.
ment ou au moins de précompte des           Face à la complexité des textes et à la
cotisations. Un rachat ou une régu-         diversité des situations individuelles,      Celui-ci,	 ingénieur	 des	 travaux	
larisation de cotisations prescrites        les administrations se trompent par-        publics,	avait	bénéficié	d’un	congé	de	
                                                                                        longue	durée	(CLd)	à	plein	traitement	
                                                                                        du	7	juillet	2002	au	6	juillet	2005,	puis	à	
                                                                                        demi-traitement	à	compter	du	7	juillet	
                                                                                        2005.	Cependant,	lors	du	renouvelle-
                                                                                        ment	du	CLd,	les	services	du	ministère	
                                                                                        lui	avaient	accordé	le	bénéfice	d’un	CLd	
                                                                                        avec	plein	traitement	du	7	janvier	au	
                                                                                        6	juillet	2006	par	un	arrêté	du	25	nov-
                                                                                        embre	2005	et	ce	n’est	que	par	arrêté	
                                                                                        du	11	juillet	2006,	soit	plus	de	7sept	
                                                                                        mois	après,	que	l’erreur	a	été	rectifiée.	
                                                                                        Les	dispositions	de	l’arrêté	du	11	juillet	
                                                                                        2006,	modifiant	l’arrêté	du	25	novembre	
                                                                                        2005,	étaient	donc	tardives	et	le	titre	de	
                                                                                        perception,	d’un	montant	de	6	154,34	€
                                                                                        émis	le	29	novembre	2007	à	l’encontre	
                                                                                        de	sa	veuve,	se	fondait	ainsi	sur	des	
                                                                                        dispositions	illégales.	Sur	ces	motifs,	
                                                                                        le	médiateur	a	demandé	et	obtenu	l’an-
                                                                                        nulation	du	titre	de		 erception.
                                                                                                             p

                                                                                        Après plusieurs années d’évolution
                                                                                        vers des solutions plus favorables
                                                                                        à la sécurité juridique des admi-
                                                                                        nistrés, notamment l’assimilation
                                                                                        des décisions non formalisées à                OOO




                                                   médiateur de la république                                                                33
L’USager	et	L’état	FaCe	à	La	CriSe
           DE NOUVEAUx LIENS MARQUÉS PAR LA DÉFIANCE Et LA SUSPICION



     OOO   des décisions explicites, le Conseil       tage, n’a pas le caractère d’une            Peut-on admettre que l’administra-
           d’État a néan moi ns précisé le            décision accordant un avantage              tion puisse verser des émoluments
           12 octobre 2009 la distinction entre       financier et constitue une simple           sans l’avoir préalablement décidé,
           décision créatrice de droits et sim-       erreur de liquidation ». Dès lors, il       fût-ce implicitement ? Le Conseil
           ple erreur de liquidation ce qui,          devient difficile, pour l’agent desti-      d’État vient de répondre positive-
           pour certains, pourrait s’apparenter       nataire d’un titre de perception émis       ment à cette question en renvoyant
           à un revirement de jurisprudence.          à son encontre par l’administration,        les effets préjudiciables au régime
           En effet, il précise dans son arrêt        de savoir comment répondre. Soute-          de la responsabilité pour faute. Pour
           que « le maintien indu du verse-           nir l’existence d’une décision créa-        l’administré, l’incertitude redevient
           ment d’un avantage financier à             trice de droits ? Mettre en cause la        la règle et l’action contentieuse obli-
           un agent public, alors même que            responsabilité fautive de l’adminis-        gatoire. Un travail de partenariat est
           le bénéficiaire a informé l’ordon-         tration ? Soulever la responsabilité        en cours sur ce sujet, visant à amé-
           nateur qu’il ne remplit plus les           pécuniaire du comptable qui n’a pas         liorer la situation.
           conditions de l’octroi de cet avan-        vérifié le bien-fondé de la dépense ?



           des réponses de plus en plus violentes de part et d’autre

           Il a été noté plus haut que dans le        y a décès du patient ou conséquences        ticulier Internet et ses forums. Des
           domaine médical, une demande               morbides importantes.                       usagers surinformés, poly-informés,
           d’explication de la part du patient ou     Dans les échanges qu’ils ont avec           mais le plus souvent mal informés,
           de sa famille pouvait se traduire, si la   le Pôle Santé et Sécurité des Soins         opposent au corps médical des élé-
           réponse est jugée insuffisante, par la     (P3S) de l’Institution, les médecins        ments de connaissance scientifique
           rupture totale du dialogue. Dans de        se justifient souvent en expliquant         parcellaires, inadaptés à la situation
           tels cas, l’on assiste de plus en plus     qu’ils craignent de ne pas se faire         ou mal interprétés, donc des certi-
           fréquemment à un double comporte-          comprendre, ou d’être mal compris,          tudes non fondées.
           ment générateur de violence, verbale       s’ils utilisent des termes techniques.      Si la violence gagne sans cesse du
           et parfois physique : d’un côté, des       Cette attitude peut aller jusqu’au          terrain dans la société, les lieux où
           professionnels de santé qui s’enfer-       développement d’attitudes de repli          l’on soigne la personne, qui devraient
           ment dans des attitudes d’autopro-         sur soi, de réelle rétention d’infor-       par définition en être exempts, ne le
           tection, de l’autre des usagers dont       mations, voire de déni, qui, loin de        sont plus : compte tenu des phéno-
           l’incompréhension se transforme en         les protéger, ne font que renforcer         mènes qui viennent d’être décrits,
           agressivité. Il est important de noter     l’agressivité du demandeur.                 ils sont eux aussi de plus en plus fré-
           que la rétention d’informations de         La situation s’aggrave avec un              quemment le théâtre d’altercations,
           la part du corps médical est vécue         deuxième phénomène dont le Média-           voire de confrontations physiques,
           par le patient comme une transgres-        teur de la République a pu observer         qui soulignent de façon dramatique
           sion encore plus grave que l’accident      l’émergence : la volonté des patients       la nécessité d’une bonne médiation
           médical lui-même.                          de judiciariser les conflits. La peur       conduite à temps.
           Pourquoi ce comportement de la part        du procès pèse désormais sur les
           des professionnels ? Dans les cas dits     professionnels de santé avant tout           dans	le	cas	d’un	décès		consécutif	
           des EIG (événements indésirables           acte médical. Pourtant, si les dem-         à	une	mauvaise	prise	en	charge	aux	
           graves), sur le principe, ils admettent    andes d’indemnisation sont effecti-         urgences,	le	discours	de	la	famille,	
           tous le « devoir de vérité », mais pas     vement de plus en plus fréquentes,          empreint	d’une	grande	violence	et	
           nécessairement un devoir de vérité         les actions au pénal sont très loin         menaçant	de	s’en	prendre	physi-
           intégrale. Dans la majorité des cas,       d’atteindre l’importance imaginaire         quement	au	médecin	urgentiste,	a	
           quand une complication liée aux            que leur prête l’opinion publique           amené	le	médiateur	de	la	république	
           soins est survenue, les médecins           puisque l’on observe une dizaine de         à	prévenir	le	praticien	mis	en	cause	
           affirment qu’ils donnent une expli-        procès par an.                              via	sa	direction	du	risque	potentiel	
           cation ; mais ils vont en minimiser        Enfin, un dernier phénomène, lui            d’agression	à	son	encontre.	dans	un	
           l’aspect iatrogène (provoqué par le        aussi de plus en plus apparent, contri-     deuxième	temps,	l’équipe	médicale	
           médecin, le traitement ou les médi-        bue à cette tension, voire à cette vio-     du	pôle	Santé	et	Sécurité	des	Soins	
           caments), ne pas décrire clairement        lence, entre le corps médical et le         a	analysé	l’ensemble	de	la	prise	en	
           l’existence d’une erreur. Le profes-       patient ou sa famille : c’est l’influence   charge	du	patient	car	celle-ci	posait	
           sionnel est d’autant moins précis          des multiples vecteurs d’information        de	nombreuses	questions	quant	à	sa	
           dans les informations fournies qu’il       à destination du grand public, en par-      pertinence.	Une	médiation	a	été	fina-


34                                                                  rapport annuel 2009
lement	organisée	entre	la	famille	et	le	     avait	 été	 injustement	 privée	 des	       tion	du	médiateur	de	la	république,	la	
médecin,	qui	arguera	des	difficultés	        indemnités	qui	lui	étaient	dues	et	elle	    préfecture	a	consenti	à	suspendre	sa	
d’exercice	aux	urgences	face	à	une	          a	obtenu	gain	de	cause.                     demande	de	restitution	dans	l’attente	
demande	toujours	croissante.                                                             d’une	décision	du	ministère	de	la	Jus-
La	famille	n’a	pas	souhaité	porter	          Ce type de litige se rencontre aussi        tice,	ce	qui	s’est	révélé	après	coup	jus-
plainte	mais	faire	appel	à	la	CrCi	pour	     avec les établissements publics             tifié.	en	effet,	ce	dernier	a	considéré	
obtenir	une	expertise	médicale	et	           hospitaliers, mais dans le cas des          qu’ils	étaient	effectivement	français	
pour	que	soit	établi	ou	non	le	carac-        conseils généraux, l’intervention du        et	a	demandé	au	tribunal	d’instance	
tère	fautif	de	cette	prise	en	charge.	       Médiateur de la République butte            de	leur	délivrer	un	certificat	de	natio-
                                             sur un point majeur : lui opposant le       nalité	française.
en cas de mauvaise volonté                   principe de libre administration des
Si les organismes se cachent parfois         collectivités locales, certains vont        Si la décision de l’administration
derrière les procédures en cours ou          jusqu’à ignorer les rappels à la loi et     n’avait ici rien d’illégal et si aucun dys-
l’examen du dossier par une juri-            ne laissent à l’usager comme issue          fonctionnement n’est à relever, elle n’en
diction pour justifier leur absence          que la voie contentieuse.                   constituait pas moins un drame pour
de réponse, il leur arrive également                                                     ce couple et ses enfants. Pour justifier
de jouer la carte de l’intimidation          l’excès de zèle,                            son empressement et sa sévérité, l’ad-
envers l’administré, par exemple en          source de préjudices                        ministration se réfugie derrière la loi
recouvrant abusivement des créan-            Dans certains domaines, l’adminis-          et le zèle nécessaire à la lutte contre la
ces, comme Madame O. a pu s’en               tration a développé une tendance à          fraude. D’autant que le principe préva-
rendre compte.                               l’hyperréactivité qui se manifeste          lant en matière de document sécurisé
                                             parfois par des décisions tellement         est d’accorder une attention des plus
 elle	s’est	vu	confier		la	garde	de	ses	     rapides qu’en limitant drastique-           vigilantes lors de leur établissement
deux	petites	filles	en	qualité	de	tiers	     ment les possibilités de réaction de        et d’appliquer les mêmes règles aux
digne	de	confiance,	dans	le	cadre	de	        l’administré, elles en deviennent           demandes de renouvellement.
l’exécution	de	jugements	en	assis-           préjudiciables pour lui.                    Bien que récente, cette prudence
tance	éducative	rendus	par	le	juge	des	                                                  exagérée de l’administration dans
enfants	de	C.	et,	à	partir	de	mai	2003,	      monsieur	et	madame	n.		en	ont	fait	        la délivrance de documents d’iden-
par	celui	de	p.	durant	la	période	où	elle	   l’expérience	lorsqu’ils	ont	voulu	          tité tend à se généraliser, comme
a	résidé	dans	l’a.,	elle	n’a	jamais	été	     obtenir	du	tribunal	d’instance	la	          en témoignent les courriers reçus
informée	que,	en	tant	que	«	tiers	digne	     délivrance	d’un	certificat	de	natio-        par l’Institution émanant de Fran-
de	confiance	»,	elle	pouvait	percevoir	      nalité	française	pour	leurs	enfants	        çais nés à l’étranger ou dont l’un des
des	indemnités	d’entretien.	elle	n’a	eu	     mineurs.	Le	tribunal	d’instance	leur	       parents est né à l’étranger. Pour les
connaissance	de	leur	existence	que	          a	notifié	un	refus.	Les	parents	ont	        personnes concernées, bien souvent
lorsqu’un	autre	département	les	lui	a	       alors	formé	un	recours	auprès	du	           françaises de naissance, cette remise
servies	sans	qu’elle	ait	eu	besoin	de	       ministère	de	la	Justice,	comme	le	leur	     en cause de leur nationalité, compo-
faire	une	quelconque	démarche.	Fin	          permet		’article	31-3	du	Code	civil.	or,	
                                                      l                                  sante essentielle de leur identité,
2006,	elle	a	sollicité	auprès	du	dépar-      à	la	suite	des	décisions	de	refus	et	       est très mal vécue. CEla génère le
tement	de	l’a.	le	paiement	rétroactif	       avant	même	qu’il	ne	soit	statué	sur	ce	     sentiment d’être méprisé, de voir sa
des	prestations	auxquelles	elle	esti-        recours,	monsieur	et	madame	n.	ont	         situation fragilisée mais aussi d’être
mait	avoir	droit	depuis	1998.	n’ayant	       reçu	un	courrier	de	la	préfecture	leur	     stigmatisé et « ostracisé » en raison
été	indemnisée	que	partiellement	et	         demandant	de	restituer	les	cartes	          de son nom ou de ses lointaines ori-
faisant	valoir	qu’elle	avait	été	mal	ren-    nationales	d’identité	(Cni)	sécurisées	     gines, sans oublier une vive incom-
seignée	sur	ses	droits,	elle	a	sollicité	    et	les	passeports	en	cours	de	validité	     préhension puisque posséder une
l’aide	du	médiateur	de	la	république.        précédemment	délivrés.	Sensibilisée	        CNI implique d’avoir, lors de son éta-
Ses	services	ont	estimé	que	madame	o.	       sur	le	recours	à	l’étude	par	l’interven-    blissement, prouvé sa nationalité…            OOO




                                                    médiateur de la république                                                               35
L’USager	et	L’état	FaCe	à	La	CriSe
           DE NOUVEAUx LIENS MARQUÉS PAR LA DÉFIANCE Et LA SUSPICION



     OOO   Autant de raisons pour le citoyen         demment sous administration fran-          connaître l’état de traitement de sa
           de nourrir du ressentiment à l’égard      çaise et les rapatriés d’Afrique du        demande et d’adapter son compor-
           de la puissance publique. Si les illé-    Nord ainsi que celles nées en France       tement et ses plans en fonction de
           galités sont relativement rares, les      de parents étrangers entre le 26 jan-      ces informations.
           comportements soit désinvoltes soit       vier 1889 et le 1er janvier 1976.
           trop pointilleux de certaines admi-                                                  Le manque de promptitude peut
           nistrations ont néanmoins pour effet      Toutefois, il apparaît, à la lumière       également se manifester dans le
           de malmener quelquefois les liber-        des réclamations reçues, que cer-          domaine judiciaire, plus particuliè-
           tés individuelles, d’autant que sont      tains services continuent à adopter        rement sur les suites données à une
           parfois exigées des preuves presque       une interprétation très extensive          plainte. Si le Médiateur de la Républi-
           impossibles à apporter, comme les         de la notion de doute et demandent         que ne peut intervenir dans les pro-
           actes de naissance des parents, des       systématiquement la production             cédures juridictionnelles en cours ni
           grands-parents, voire des arrière-        d’un certificat de nationalité avec les    connaître des litiges entre personnes
           grands-parents, qu’il faut obtenir        contraintes qui s’y rattachent pour        privées, il peut cependant être saisi
           des autorités judiciaires de pays où      les usagers. Le Médiateur entend           en matière de plaintes. En effet, les
           les fichiers d’état civil de certaines    réexaminer ce problème avec les            personnes qui déposent plainte doi-
           époques n’existent plus... Ici, le rôle   services concernés et il est possible      vent impérativement être informées,
           du Médiateur de la République est         qu’un texte d’un rang supérieur à la       conformément aux dispositions du
           d’informer les administrés sur les        circulaire soit nécessaire.                Code de procédure pénale, des suites
           voies de recours, mais aussi sur les                                                 données à ce dépôt afin de garantir
           différentes modalités d’obtention         la lenteur                                 leurs droits. C’est par exemple la date
           de la nationalité française. À noter      facteur d’insécurité                       de notification d’un classement sans
           qu’ à la demande des sénateurs des        La loi du 12 avril 2000, relative aux      suite qui fera courir le délai d’exer-
           Français de l’étranger, le Médiateur      droits des citoyens dans leurs rela-       cice d’autres recours, comme la cita-
           de la République a mis en place en        tions avec l’administration, prévoit       tion directe, la saisine du procureur
           2009 un délégué dédié aux Français        que le silence gardé pendant deux          général, la plainte avec constitution
           de l’étranger.                            mois à la suite d’une demande vaut         de partie civile.
           Il est également intervenu à ce sujet     refus de celle-ci. Mais dans les faits,
           auprès du ministre de l’Intérieur. Il     compte tenu du volume de dossiers          Au cœur des libertés individuel-
           lui a été indiqué qu’une circulaire       et des délais de traitement que cela       les se trouve la liberté d’épouser la
           en date du 24 septembre 2007 rela-        induit pour des administrations sou-       personne de son choix. S’il suffit
           tive aux conditions de délivrance et      vent surmenées, il faut souvent bien       de se rendre à la mairie de sa com-
           de renouvellement des CNI, avait          plus de deux mois pour fournir une         mune dans la plupart des cas, le
           été adressée aux services préfec-         réponse aux administrés, sans que          formalisme et les règles régissant le
           toraux chargés de l’instruction de        ce silence traduise forcément un           mariage se compliquent lorsqu’un(e)
           ces demandes. Ses termes ont été          refus. Pour l’administré, cependant,       Français(e) désire épouser un res-
           rappelés dans une circulaire du           cette lenteur dans la prise de déci-       sortissant étranger dans un autre
           2 décembre 2009. Celle-ci précise         sion et l’absence d’informations sur       pays. La loi du 14 novembre 2006,
           que la détention d’une carte dite         l’avancement du processus créent de        entrée en vigueur le 1er mars 2007,
           « sécurisée » dont il est demandé le      l’insécurité et peuvent devenir pré-       a introduit l’obligation pour tout res-
           renouvellement constitue une pré-         judiciables. Que faire en attendant ?      sortissant français désireux de le
           somption de possession d’état de          Un recours en considérant qu’il y a        faire de se voir délivrer par les auto-
           la nationalité française sauf si un       eu une décision implicite de refus ?       rités consulaires françaises com-
           élément du dossier est de nature à        Rien, au risque de voir un refus arri-     pétentes un certificat de capacité à
           introduire un doute. Elle indique         ver plus tard ? Il est des projets qui     mariage. Ce document est délivré
           également que peuvent entrer dans         ne peuvent souffrir plusieurs mois         après l’accomplissement des forma-
           le champ d’application de la dis-         d’attente pour être menés à bien…          lités de publication des bancs préa-
           pense du certificat de nationalité        À titre d’exemple, la Commission           lables au mariage.
           par application de ce même concept        de recours contre les refus de visa        En pratique, à la suite de la demande
           de possession d’état de français les      (CRV) met en moyenne quinze mois           de publication des bancs, les autori-
           personnes nées à l’étranger pouvant       à instruire un dossier, du fait de l’af-   tés consulaires, après instruction du
           justifier de leur possession d’état       flux des demandes et des effectifs         dossier, les publient et délivrent le
           et de celle d’au moins un de leurs        affectés à ce service. Dans ce cas         certificat de capacité à mariage avec
           parents, les personnes nées dans          de figure, l’intervention du Média-        la possibilité d’ordonner au préalable
           un département ou territoire précé-       teur de la République permet de            l’audition des futurs époux qui se


36                                                                rapport annuel 2009
fera, pour le conjoint français, par
l’intermédiaire de l’officier de l’état
civil de sa commune de résidence.
Au cours de l’entretien sera vérifiée
la réalité de l’intention matrimo-
niale des futurs époux par le biais de
questions relatives essentiellement à
la connaissance réciproque des élé-
ments de vie de chacun d’eux. En
principe, le respect de ces démar-
ches facilitera, après le mariage, sa
transcription sur les registres d’état
civil consulaires français et l’obten-
tion du visa de conjoint français. Le
Médiateur de la République a pour-
tant été saisi d’un certain nombre de
cas dans lesquels les futurs époux           ter la transcription sur les registres     situation aboutit bien souvent à une
avaient rencontré des difficultés, soit      d’état civil en France et l’obtention      impasse. Le dialogue est alors rompu
pour obtenir le certificat de capacité       du visa pour le conjoint du ressortis-     et le renouer devient particulièrement
à mariage, soit après la célébration         sant français, tel n’est pas toujours le   difficile, malgré les efforts constants
du mariage pour obtenir un visa de           cas. Les services du Médiateur de la       du Médiateur de la République en
conjoint français.                           République ont eu à connaître de plu-      ce sens. S’il est toujours possible
                                             sieurs dossiers laissant à penser que      de tenter de rétablir le contact, par
 monsieur	g.		a	entrepris,	au	mois	de	       la délivrance de ce document n’ex-         l’intermédiaire des correspondants
mai	2009,	toutes	les	démarches	en	vue	       clut pas des difficultés ultérieures.      du Médiateur de la République dans
de	son	mariage	au	maroc	avec	made-           Dans au moins deux cas, le certificat      différents organismes ou encore via
moiselle	Y.	après	l’audition	des	futurs	     de capacité à mariage a été délivré,       les autorités de tutelle, il faut bien
époux,	les	autorités	consulaires	leur	       non par le consulat lui-même, mais à       souvent attendre la fin de la procé-
ont	indiqué	que	le	certificat	leur	serait	   la suite d’une décision du procureur       dure invoquée par l’administration
délivré	dans	un	délai	de	deux	mois.	Le	      de la République de Nantes, inter-         concernée pour justifier son blocage.
mariage	est	donc	organisé	pour	la	fin	       rogé par les autorités consulaires qui     Le cas de Monsieur B., confronté à
du	mois	d’octobre.	Sans	nouvelles	de	        avaient émis un doute sur l’intention      cette situation, est éclairant.
leur	dossier	début	août,	monsieur	g.	        matrimoniale. Une fois sa réalité éta-
se	rapproche	des	autorités	consulai-         blie par une instruction, le certificat     bénéficiaire		de	la	carte	de	résident	
res,	qui	lui	apprennent	que,	un	doute	       a pu être délivré et le mariage a eu       algérien,	monsieur	b.	a	sollicité	auprès	
existant	sur	la	validité	du	mariage,	son	    lieu. Pourtant, dans les deux cas, les     de	la	caisse	d’allocations	familiales	
dossier	sera	soumis	à	l’appréciation	du	     autorités consulaires ont à nouveau        (Caf)	le	versement	des	prestations	
procureur	de	la	république	de	nantes.	       émis des doutes au moment de la            familiales	pour	ses	trois	enfants	titu-
en	réalité,	il	ne	sera	transmis	au	par-      transcription à l’état civil et, tout en   laires,	depuis	le	18	novembre	2003,	du	
quet	de	nantes	qu’en	octobre	2009…	          sursoyant à transcrire, ont de nou-        document	de	circulation	pour	étranger	
Compte	tenu	de	ce	délai,	la	célébration	     veau saisi le parquet de Nantes.           mineur	(dCem).	La	Caf	lui	ayant	opposé	
du	mariage	a	dû	être	annulée	et	repor-                                                  un	refus,	il	a	saisi,	le	12	décembre	2005,	
tée	à	une	date	ultérieure.                   du silence                                 la	commission	de	recours	amiable	
                                             à la rupture du dialogue                   (Cra)	qui,	en	date	du	7	février	2006,	    	
Si la délivrance préalable d’un cer-         Lorsque l’administration se réfugie        a	émis	un	avis	favorable	à	l’ouverture	
tificat à mariage est censée facili-         dans le silence, justifié ou non, la       des	droits	aux	prestations	demandées	         OOO




                                                    médiateur de la république                                                              37
L’USager	et	L’état	FaCe	à	La	CriSe
           DE NOUVEAUx LIENS MARQUÉS PAR LA DÉFIANCE Et LA SUSPICION



     OOO   en	se	référant	à	la	jurisprudence	de	        est pas favorable et vont jusqu’à met-       mation avant tout acte et se montrer
           la	Cour	de	cassation	selon	laquelle	le	      tre en cause l’action des magistrats         plus rigoureux. Pour l’organisation
           dCem	validait	la	régularité	de	l’entrée	     ou des avocats. C’est pourtant oublier       du colloque singulier qui permet de
           et	du	séjour	des	enfants	en	France.	         l’article 11 de la loi de 1973, qui inter-   délivrer toute l’information néces-
           Cette	décision	a	toutefois	été	annulée	      dit au Médiateur de la République            saire et d’éclairer le choix du patient,
           par	la	direction	régionale	des	affaires	     « d’intervenir dans une procédure            les chirurgiens pourraient prendre
           sanitaires	et	sociales	(drass),	le	24	       engagée devant une juridiction, ni           exemple sur les consultations de pré-
           mars	2006.	monsieur	b.	a	alors	contesté	     de remettre en cause le bien-fondé           anesthésie, qui apparaissent mieux
           cette	annulation	devant	le	tribunal	des	     d’une décision juridictionnelle ».           organisées. Le Pôle Santé et Sécurité
           affaires	de	sécurité	sociale	(tass)	et	                                                   des Soins a eu à connaître de cas où
           saisi	le	médiateur	de	la	république.	        en matière médicale, le refus                la réaction du patient était d’autant
           aux	objections	de	l’institution,	la	drass	   de l’aléa thérapeutique                      plus violente que ce colloque singu-
           a	opposé	une	fin	de	non-recevoir	en	         Dans le domaine médical, les ten-            lier avait été tenu par un chirurgien
           expliquant	que,	l’audience	étant	fixée	      sions entre réclamants d’une part,           alors que l’intervention avait finale-
           au	5	juin	2009,	elle	ne	pouvait	interve-     établissements hospitaliers et pra-          ment été réalisée par un autre.
           nir	dans	ce	dossier	avant	la	décision	de	    ticiens d’autre part, deviennent             Pour le Médiateur de la République,
           la	juridiction.                              d’autant plus vives que la tolérance         la loi de mars 2002 n’a pas toujours
                                                        vis-à-vis du risque diminue.                 été bien comprise, alors qu’elle éta-
           À noter qu’à partir du 5 avril 2010, le      Le risque zéro est malheureusement           blissait l’équité en reconnaissant
           silence cessera d’être une réponse           aussi impossible à atteindre en ce           l’aléa et en organisant sa réparation.
           dans au moins un domaine : celui des         domaine qu’en d’autres. Or, si cette         Sans doute peut-on déceler dans
           visas. Un règlement communautaire            réalité est admise collectivement, elle      cette incompréhension la lointaine
           obligeant les autorités compétentes          ne l’est pas au plan individuel, en face     conséquence de l’affaire dite du sang
           des pays de l’espace Schengen à              d’un cas personnel concret. Lorsque          contaminé : depuis lors, l’expression
           motiver les refus de visa de courte          le patient ou sa famille réclame une         « responsable, mais pas coupable »
           durée et répondre dans les quinze            médiation, quel qu’en soit le niveau,        est considérée à tort comme un
           jours sera effectif à partir de cette        elle passe nécessairement par une            refus d’accepter les conséquences
           date. Les services du Médiateur de           étape : faire la différence entre com-       d’un accident. La notion de respon-
           la République prévoient, malgré              plication et aléa, entre aléa et acci-       sabilité sans faute, qui fait pourtant
           cette avancée, que de nombreuses             dent médical fautif. Un écart entre ce       partie de notre droit, n’est pas com-
           réclamations sur cette question ne           qui était attendu par le corps médical       prise, et donc mal acceptée.
           manqueront pas de lui parvenir,              et ce qui a été compris par le patient       Il faut, enfin, noter que la média-
           le temps que les administrations             ne constitue pas un accident médical.        tisation croissante des accidents
           concernées appliquent systémati-             Pourtant, ces différentes notions se         médicaux, phénomène relativement
           quement la nouvelle disposition.             confondent dans l’esprit des récla-          récent, alourdit le climat. Sans doute
                                                        mants, qui ne retiennent que leur            ne déplore-t-on pas aujourd’hui
           des jugements                                dommage. Le Médiateur de la Répu-            davantage d’accidents qu’aupara-
           de plus en plus contestés                    blique est par exemple souvent saisi         vant, mais les médias et l’opinion,
           Depuis plusieurs années, la société          par des personnes qui se plaignent           aussitôt alertés, ont tendance à sur-
           française se judiciarise. Le recours         de complications, parfois il est vrai        réagir. Là encore, on peut y voir la
           au procès est entré dans les mœurs :         des inflammations sévères, liées à la        conséquence d’affaires comme celle
           les citoyens demandent avec une              radiothérapie qu’elles ont subie, alors      du sang contaminé ou de l’hormone
           insistance grandissante à la justice         même que grâce à ce traitement elles         de croissance, ou encore d’incidents
           de trancher des litiges portant sur les      ont guéri d’un cancer. Ces personnes         plus récents en radiothérapie. K
           moindres aspects de leur vie et sont         expliquent alors que, si elles avaient
           de plus en plus nombreux à pousser           connu ce risque de complications,
           les portes des tribunaux en exigeant         elles n’auraient peut-être pas accepté
           que l’État leur donne raison. Mais de        la radiothérapie.
           là à l’acceptation des décisions de jus-     Les services du Médiateur de la
           tice, il y a un pas qu’ils sont nombreux     République notent ainsi un retard
           à n’avoir pas encore franchi. Certains       dans l’information des usagers sur
           n’hésitent pas à saisir le Médiateur de      le caractère évitable ou non évitable
           la République en arguant d’un dys-           d’un événement, particulièrement
           fonctionnement du service public de          dans ce domaine de la radiothérapie.
           la justice quand un jugement ne leur         Il faut à cet égard améliorer l’infor-


38                                                                    rapport annuel 2009
pacifier les relations,
apaiser les tensions :
la contribution du médiateur
Écoute, accompagnement et pédagogie : face à la détresse, à la vio-
lence, à la solitude, au sentiment d’injustice, à la défiance, la démarche
du Médiateur de la République, empreinte d’humanité, constitue déjà
une première réponse. Son rôle est aussi d’agir et d’inciter à l’action.
Alors que les politiques publiques consistent de plus en plus souvent
à gérer les peurs et à privilégier le terrain émotionnel, le Médiateur
de la République met à profit sa position privilégiée d’observateur de
la société pour explorer et analyser le champ public, afin de proposer
sans relâche au législateur des pistes d’évolution et d’amélioration
des dispositifs existants.


                                              •••


des réponses à la demande de « vivre ensemble »                      p. 40
La	médiation	poUr	Faire	prévaLoir	L’éCoUte	et	Le	diaLogUe            p. 40
renForCer	LeS	partenariatS	aU	béneFiCe	de	L’adminiStré               p. 44
La	médiation	gagne	dU	terrain                                        p. 46

des propositions pour un système plus humain                         p. 47

les grandes orientations pour 2010                                   p. 57
QUeLQUeS	noUveLLeS	propoSitionS	de	réForme	à	SUivre	en	2010          p. 57
Le	noUveaU	rendeZ-voUS	SUr	LeS	retraiteS	                            p. 58
Le	SUivi	de	La	bonne	eXéCUtion	deS	propoSitionS	aboUtieS	            p. 58
LeS	eFFortS	à	poUrSUivre	en	2010                                     p. 59




                          médiateur de la république                         39
pacifier les relations,
     apaiser les tensions :
     la contribution du médiateur


     des réponses à la demande de « vivre ensemble »
     paradoxalement,	la	montée	de	la	défiance	envers	les	pouvoirs	publics	et	les	institutions	qui	
     les	incarnent	s’accompagne	d’une	demande	des	citoyens	toujours	plus	forte	pour	davantage	
     de	protection	et	de	régulation	de	la	part	de	l’état.	Le	médiateur	de	la	république,	autorité	neutre,	
     a	développé	une	expertise	considérable	dans	les	domaines	législatif	et	réglementaire	et	acquis	
     une	connaissance	profonde	du	paysage	administratif	français	qui	font	de	lui	un	acteur	essentiel		
     de	la	sphère	publique	et	lui	permettent	de	contribuer	efficacement	à	réduire	les	tensions	sociales,	
     à	recréer	de	solides	liens	de	confiance	entre	administrations	et	administrés	et	à	recentrer	l’action	
     publique	sur	l’intérêt	général.	
     L’institution	bénéficie,	pour	ce	faire,	d’un	outil	humain	sans	équivalent	:	celui	des	281	délégués	
     bénévoles	qui	la	représentent	sur	l’ensemble	du	territoire.	pour	apaiser	les	tensions,	rien	ne	vaut	
     l’écoute	d’une	personne	physiquement	présente	et	disponible.	L’usager	parle	de	ses	difficultés		
     à	une	personne	qui	l’accueille	et	lui	consacre	tout	le	temps	nécessaire	à	son	affaire.		
     Qui	plus	est,	ce	délégué	a	lui	aussi	créé	un	réseau	de	correspondants	dûment	identifiés	et	facilement	
     joignables	dans	chacun	des	organismes	avec	lesquels	les	usagers	rencontrent	des	difficultés.	
     réintroduire	une	dimension	humaine	dans	les	rouages	administratifs	est	la	clé	du	succès		
     de	la	médiation.	


     la médiation pour faire prévaloir l’écoute et le dialogue

     Il est intéressant de noter que le          ce type a été rencontrée par l’ensem-     accorder	une	autorisation	d’occupa-
     Médiateur de la République est sou-         ble des services du Médiateur de la       tion	transitoire	jusqu’au	31	octobre	
     vent obligé de mener une « médiation        République.                               2007,	dans	l’attente	de	la	réponse	du	
     globale ». L’exemple type en est les                                                  maire	de	paris	sur	la	délimitation	des	
     contestations de contrôle fiscal, qui        au	lendemain		de	la	publication	de	la	   zones	de	stationnement	supérieur	à	
     représentent une part importante des        loi	n°	1772	du	30	décembre	2006	sur	      un	mois.	
     dossiers du secteur. Dans un cas parti-     l’eau	et	les	milieux	aquatiques,	voies	   Le	 projet	 de	 délimitation	 de	 ces	
     culièrement éclairant, le règlement du      navigables	de	France	(vnF)	a	consi-       zones	restant	toujours	à	cette	date	
     litige soulevait à la fois un problème de   déré	que	la	reconduction	tacite	des	      à	l’examen,	vnF	a	décidé	de	pro-
     procédure, un défaut de preuves et un       titres	d’occupation	du	domaine	public	    roger	 ces	 autorisations	 jusqu’au	
     défaut de motivation des pénalités ; il     fluvial	était	entachée	d’illégalité.	     30	janvier	2008	pour	les	uns,	et	au	   	
     appelait donc une médiation globale.        vnF	a	ainsi	proposé	à	l’ensemble	des	     31	mars	2008	pour	les	autres.	à	l’issue	
     Loin d’être limitée à la matière fis-       propriétaires	de	bateaux-logements,	      de	ces	échéances,	le	maire	de	paris	
     cale, la nécessité d’une médiation de       jusqu’alors	autorisés	à	paris,	de	leur	   n’ayant	toujours	pas	délivré	son	avis,	


40                                                            rapport annuel 2009
vnF	a	considéré	que	les	propriétaires	       été	pénalisés	par	l’absence	d’avis	     	   élargir la médiation
des	péniches	stationnaient	irréguliè-        du	maire	de	paris	sur	les	zones	de	sta-     En 2009, le Médiateur de la Répu-
rement	et	a	décidé	de	leur	facturer	des	     tionnement	de	bateaux-logements,	           blique et ses services ont adopté
indemnités	d’occupation	majorées,	           avis	requis	par	les	textes,	même	           les mêmes méthodes de travail que
conformément	à	l’article	L.	2125-8	          si	c’est	vnF	qui	délivre	et	gère	les	       celles pratiquées quotidiennement
du	Code	général	de	la	propriété	des	         conventions	d’occupation	du	domaine	        sur le terrain par ses délégués afin
personnes	publiques.	Ce	n’est	qu’une	        public.	                                    de prendre davantage en compte le
fois	l’accord	du	maire	de	paris	reçu,	au	                                                besoin d’écoute et de dialogue dans
début	du	mois	de	juin	2008,	qu’il	leur	a	    À l’inverse, le règlement amiable d’un      chaque action de médiation. Ainsi,
été	proposé	des	conventions	d’occupa-        litige individuel acquiert parfois une      la médiation physique, c’est-à-dire la
tion	temporaire	valable	du	1er	juin	2008	    portée d’ensemble. Bien que la déci-        rencontre effective du réclamant par
au	31	mai	2013	et	qu’il	a	été	mis	fin	aux	   sion individuelle prise par l’adminis-      un représentant du Médiateur, ou de
redevances	majorées.	                        tration à l’initiative du Médiateur de      plusieurs personnes en conflit sous
à	l’issue	de	l’action	du	médiateur	          la République ne puisse faire juris-        son arbitrage, a eu une importance
de	 la	 république,	 et	 notamment	          prudence – puisqu’il n’est pas une ins-     particulière sur certains dossiers. Si
de	la	médiation	physique	réunis-             tance judiciaire –, la réponse se révèle    elle a parfois permis de trouver une
sant,	au	printemps	2009,		les	ser-           valable pour tous les contribuables         solution, elle a d’abord et avant tout
vices	de	vnF	et	ceux	du	médiateur,	          placés dans la même situation. Aussi le     permis de recréer des liens entre les
vnF	a	décidé	de	proroger	jusqu’au	       	   Médiateur demande-t-il au ministre,         administrations concernées et de
30	juin	2008	les	dispositions	tran-          au nom de l’équité, d’aligner la situa-     réunir en un même lieu les protago-
sitoires	que	lal	société	avait	prises	       tion de toutes les personnes concer-        nistes d’une affaire autour d’un but
pour	l’application	des	articles	69	et	       nées sur celle du requérant qui vient       commun bien identifié, condition
70	de	la	loi	du	30	décembre	2006,	et	        d’être modifiée. C’est ce qui s’est par     préalable à toute reprise de dialogue.
de	proposer	des	autorisations	de	sta-        exemple produit dans le cas déjà cité       Si la médiation ne permet pas tou-
tionnement	aux	occupants	concernés	          de la prime à la mobilité : le ministre a   jours de trouver une solution immé-
sur	la	base	desquelles	une	nouvelle	         donné des instructions pour que l’en-       diate et concrète au problème sou-
facturation	non	majorée	serait	émise,	       semble des rectifications, qui concer-      levé, elle n’en parvient pas moins à
entraînant	ainsi	l’annulation	des	           naient plusieurs dizaines de milliers       remettre les difficultés de l’adminis-
créances	nées	de	l’occupation	sans	          de personnes, soient abandonnées. Il        tré au centre des préoccupations de
titre	jusqu’au	30	juin	2008.	                en est allé de même dans le cas des         chaque administration, ce qui est
ainsi,	les	occupants	réguliers	du	           mineurs retraités, avec cette fois plu-     déjà une victoire en soi.
domaine	 public	 fluvial	 n’ont	 pas	        sieurs milliers de cas.
                                                                                          alors	qu’elle	était	mineure,		made-
                                                                                         moiselle	X.	a	hérité	de	son	père	d’une	
                                                                                         société	a.,	qui	exploitait	un	chantier	
                                                                                         de	déchirage	de	péniches	et	a	été	
                                                                                         mise	sous	tutelle.	Le	décès	de	son	
                                                                                         père	était	survenu	alors	qu’un	projet	
                                                                                         de	renouvellement	de	la	convention	
                                                                                         d’occupation	temporaire	(Cot)	du	
                                                                                         domaine	public	fluvial	était	en	attente	
                                                                                         de	signature	avec	vnF.	Une	autre	
                                                                                         société	b.,	partenaire	de	la	société	
                                                                                         a.,	a	rapidement	fait	savoir	au	notaire	
                                                                                         en	charge	de	la	succession	son	sou-
                                                                                         hait	de	pérenniser	l’exploitation	du	
                                                                                         site.	Celui-ci	a	alors	pris	l’attache	
                                                                                         des	responsables	de	vnF	pour	obte-
                                                                                         nir	la	reconduction	de	la	convention	
                                                                                         d’occupation	ainsi	que	l’agrément	
                                                                                         d’exploitation	afin	de	céder	la	société	
                                                                                         a.	à	la	société	b..	en	l’absence	d’avan-
                                                                                         cement	du	dossier	de	reprise,	malgré	
                                                                                         les	multiples	démarches	du	notaire,	
                                                                                         de	la	société	b.	et	du	président	du	       OOO




                                                    médiateur de la république                                                            41
paCiFier	LeS	reLationS,	apaiSer	LeS	tenSionS	:	La	ContribUtion	dU	médiateUr
           DES RÉPONSES À LA DEMANDE DE « VIVRE ENSEMBLE »



     OOO   conseil	général	de	la	Seine-maritime,	        a.	étant	de	nouveau	engagée	avec	les	       sieur	p.,	qui	a	ainsi	obtenu	satisfaction	
           ce	dernier	a	été	dans	l’obligation	d’en	      communes,	le	médiateur	de	la	répu-          et	a	renoncé	à	son	intention	de	saisir	
           référer	au	juge	des	tutelles,	le	retard	      blique	a	adressé	une	recommanda-            le	tribunal	administratif.
           dans	le	traitement	du	dossier	de	             tion	en	équité	au	président	de	vnF	en	
           reprise	engendrant	des	conséquen-             vue	d’obtenir	la	remise	gracieuse	des	      renforcer la complémentarité
           ces	extrêmement	préjudiciables	aux	           redevances	d’occupation	sans	titre	         entre les dispositifs existants
           intérêts	de	mademoiselle	X..	malgré	          réclamées	à	mademoiselle	X.	et	la	          S’il est un domaine où la médiation
           cela,	la	société	a.	ne	s’est	toujours	pas	    prise	en	charge	de	la	remise	en	état	       physique a su s’imposer avec succès,
           vu	délivrer	de	Cot	ni	d’agrément	d’ex-        du	site	par	vnF.                            c’est bien celui de la santé. Le Pôle
           ploitation,	empêchant	ainsi	la	reprise	                                                   Santé et Sécurité des Soins (PS3) du
           de	son	activité	par	la	société	b..	       	   En privilégiant le contact direct           Médiateur de la République a déve-
           en	outre,	un	procès-verbal	d’infrac-          avec les parties en cause, l’Institu-       loppé une activité soutenue d’orien-
           tion	a	été	dressé	à	l’encontre	de	la	         tion parvient souvent à éviter des          tation des usagers vers les structures
           société	a.	pour	occupation	sans	droit	        contentieux, comme en témoigne              de médiation locales (les CRUQPC,
           ni	titre	du	domaine	public	fluvial	et	il	a	   l’exemple ci-dessous.                       Commissions des relations avec les
           été	réclamé	à	mademoiselle	X.,	en	tant	                                                   usagers et de la qualité de la prise en
           qu’héritière,	52	181,81	€	d’indemnités	        monsieur	p.,		exploitant	agricole	en	      charge) et régionales (CRCI, Com-
           d’occupation.	par	ailleurs,	le	préfet	a	      ille-et-vilaine,	fait	part	à	la	déléguée	   missions régionales de conciliation
           informé	mademoiselle	X.	de	sa	res-            d’un	désaccord	l’opposant	à	la	mairie	      et d’indemnisation). Environ 30 %
           ponsabilité	pour	ce	qui	concernait	la	        de	b.	depuis	la	signature	d’un	arrêté	      des requêtes parvenues au P3S ont
           remise	en	état	du	site.	Les	dernières	        interdisant	la	circulation	des	véhicu-      été aussitôt traitées par son centre
           démarches	du	notaire	et	de	l’avocat	de	       les	de	plus	de	3,5	tonnes	sur	le	che-       dédié car elles consistaient en une
           mademoiselle	X.	ne	recevant	aucune	           min	d’exploitation	menant	à	l’une	de	       demande d’informations ou d’orien-
           réponse,	mademoiselle	X.,	devenue	            ses	parcelles.	or,	cette	interdiction,	     tation vers ces instances.
           majeure	et	privée	d’un	actif	qui	se	          sollicitée	par	des	habitants	de	la	com-     Pour les affaires plus complexes,
           transformait	en	un	passif	conséquent,	        mune,	avait	pour	conséquence	l’im-          le Médiateur de la République, sol-
           a	sollicité	l’intervention	du	médiateur	      possibilité	pour	le	réclamant	d’accé-       licité par les usagers – et, il faut le
           de	la	république.	à	l’occasion	d’une	         der	à	son	champ	afin	de	l’exploiter,	au	    souligner, dans 15 % des cas envi-
           première	réunion,	vnF	a	précisé	que	          risque	d’entraîner	des	pertes	écono-        ron par des professionnels de santé
           l’appel	d’offres	pour	la	reprise	du	site	     miques	pour	son	exploitation.               (directeurs d’établissement de
           était	rédigé	mais	qu’il	ne	pouvait	rai-       il	avait	fait	part	au	maire	de	cette	       soins, médecins, etc.) –, s’emploie à
           sonnablement	être	publié	dès	lors	            situation,	mais	celui-ci	confirmait	sa	     les régler de façon rationnelle et non
           qu’il	avait	peu	de	chances	de	suc-            décision	en	expliquant	que	cet	arrêté	      passionnelle avec un large recours à
           cès.	en	effet,	la	difficulté	du	dossier	      avait	été	pris	pour	assurer	la	sécurité	    la médiation physique. Lorsqu’une
           résidait	dans	le	fait	que	le	site	était	      dans	le	village	et	précisait	qu’un	autre	   conversation téléphonique, souvent
           enclavé	et	que	les	documents	d’urba-          accès	au	terrain	de	monsieur	p.	était	      longue, avec le patient n’a permis
           nisme	des	deux	communes	concer-               possible.                                   de conclure avec certitude ni à une
           nées	n’étaient	pas	très	clairs	sur	la	        or,	 monsieur	 p.	 affirmait	 que	 ce	      complication courante ni à l’évolu-
           possibilité	de	maintenir	à	cet	endroit	       deuxième	accès	comportait	des	inter-        tion normale de sa maladie compte
           une	installation	classée	pour	la	pro-         dictions	relatives	au	transport	de	pro-     tenu des antécédents, les médecins
           tection	de	l’environnement,	d’autant	         duits	polluants,	ce	que	l’intéressé	se	     du P3S de l’Institution demandent
           que	les	communes	semblaient	plus	             devait	de	respecter,	et	que	cette	pro-      copie du dossier pour mener une
           se	diriger	vers	un	projet	de	«	parc	          position	ne	pouvait	être	retenue.           analyse approfondie à partir de piè-
           vert	».	toutefois,	à	l’occasion	d’une	        La	déléguée	demande	alors	un	ren-           ces médicales. Après instruction du
           deuxième	réunion,	à	laquelle	ont	par-         dez-vous	au	maire.	Ce	dernier	lui	          dossier et avec l’accord du patient
           ticipé	les	communes	concernées,	il	a	         confirme	de	vive	voix	les	raisons	de	       ou de la famille, le Médiateur de
           été	convenu	que	vnF,	qui	a	pour	projet	       cet	arrêté,	en	particulier	la	protec-       la République prend contact avec
           de	réhabiliter	le	site	en	vue	d’un	chan-      tion	des	usagers.	toutefois,	il	se	dit	     l’équipe médicale concernée et lui
           tier	naval	modèle,	établisse	un	cahier	       prêt	à	réunir	les	parties	en	cause	afin	    propose une médiation médicale.
           des	charges	strict	avec	maîtrise	des	         de	trouver	une	solution	et	à	tenir	la	      Faisant part des interrogations qui
           nuisances	sonores	ainsi	qu’un	dia-            déléguée	informée	des	suites	qui	en	        ont surgi sur la prise en charge de
           gnostic	de	pollution	et	que	les	com-          découleraient.	peu	de	temps	après,	         ce patient, les services du Médiateur
           munes	examineraient	ce	projet.	La	            il	lui	fait	parvenir	copie	d’un	nouvel	     de la République proposent d’en-
           discussion	relative	à	l’avenir	du	site	       arrêté	modifiant	le	précédent	et	per-       voyer sur place le médecin coordi-
           anciennement	exploité	par	la	société	         mettant	l’accès	au	champ	par	mon-           nateur et un spécialiste du domaine


42                                                                    rapport annuel 2009
concerné pour discuter avec l’équipe        de	diagnostic	prénatal	ainsi	que	la	        sitions sont la source d’une iniquité ou
du dossier et analyser toute la prise       nécessité	de	recourir	à	des	collègues	      d’une injustice manifeste, soit parce
en charge. Cet échange doit permet-         plus	expérimentés	dans	des	situations	      qu’elles laissent subsister un vide juri-
tre de repérer d’éventuels dysfonc-         jugées	difficiles;	pour	rappeler,	enfin,	   dique, soit parce que leurs effets ont
tionnements, de dégager les points          que	si	le	dépistage	des	cardiopathies	      été mal évalués. Loin de se contenter
à améliorer et les axes de progrès à        ne	semble	pas	encore	aujourd’hui	           de dénoncer le dysfonctionnement,
mettre en œuvre pour qu’un incident         améliorer	la	survie	et	la	qualité	de	vie	   la proposition de réforme émise par
similaire ne se reproduise pas.             des	enfants	à	naître,	il	permet	au	moins	   l’Institution détaille aussi précisément
Cette première médiation physique           un	entretien	prénatal	approfondi	avec	      que possible le dispositif qui doit se
est vécue par les professionnels            des	parents	informés,	qui	peuvent	          substituer au texte existant.
de santé non comme une nouvelle             ainsi	espérer	être	accompagnés	dans	        Outre l’autosaisine, les demandes de
source de contraintes, mais comme           leur	choix	d’une	interruption	médicale	     réforme transmises à l’Institution pro-
une opportunité d’apprendre et de           de	grossesse	ou	d’une	prise	en	charge	      viennent de différents horizons de la
s’améliorer : c’est l’exploitation posi-    optimale	à	la	naissance.	                   société civile. Le service des réformes
tive de l’erreur pour progresser.                                                       peut être sollicité par des parlemen-
                                            La première médiation physique a            taires, des magistrats, des avocats,
 madame	v.,		37	ans,	a	donné	nais-          aussi pour but d’en préparer une            les administrations elles-mêmes ou
sance	à	une	petite	fille.	très	rapide-      seconde, cette fois avec le patient ou      des associations. Mais ce sont bien
ment,	le	nouveau-né	a	présenté	des	         sa famille. Pour aboutir, cette ultime      souvent les délégués, qui permettent
troubles	cardiaques	graves	en	rap-          rencontre ne peut être organisée que        de repérer des dysfonctionnements
port	avec	des	anomalies	majeures	du	        s’il y a eu au préalable discussion et      grâce à leur présence sur le terrain,
cœur	gauche.	L’enfant	décédera	après	       remise en cause collective entre pro-       ou les secteurs d’instruction au tra-
cinq	jours	de	vie	des	suites	d’une	car-     fessionnels de santé ; à ce moment          vers des réclamations individuelles
diopathie	congénitale	extrêmement	          peut se dégager une vision du dossier       impossibles à faire aboutir.
grave.	Les	parents	de	cette	petite	fille	   commune et partagée entre le Pôle           Une fois alerté, le secteur des réfor-
ont	saisi	le	pôle	Santé	et	Sécurité	des	    Santé et Sécurité des Soins (P3S)           mes procède à des investigations à
Soins	du	médiateur	de	la	république	        du Médiateur de la République et            une analyse juridique et technique
pour	non-dépistage	échographique	           l’équipe médicale concernée. C’est à        poussée. Reste ensuite à convaincre
de	malformation	cardiaque	fœtale.	          cette condition qu’une action correc-       les décideurs politiques, afin que la
L’analyse	du	dossier	obstétrical	a	été	     tive pourra être ensuite proposée à la      proposition de réforme connaisse
confiée	à	l’équipe	médicale	du	pôle.	   	   victime ou à sa famille.                    un prolongement législatif ou régle-
il	a	conclu	que	l’examen	du	cœur	fœtal	     Le P3S a ainsi mené à bien plus de          mentaire.
n’avait	pas	bénéficié	de	toute	la	ri-       soixante médiations physiques au            Dans cette optique, le Médiateur de
gueur	méthodologique	exigée	et	d’un	        cours de l’année 2009.                      la République s’appuie de plus en
médecin	échographiste	qui,	confronté	                                                   plus sur un travail en réseau. Face
à	des	difficultés	dans	la	réalisation	de	   la place croissante du travail              aux difficultés rencontrées pour
l’examen,	avait	omis	de	faire	appel	à	      en réseau pour conduire                     faire prendre en compte ses propo-
des	tiers	plus	compétents.	Le	dépis-        les propositions de réforme                 sitions de réforme (non-réponse des
tage	anténatal	des	cardiopathies	reste	     Les propositions de réforme émises          ministères, enlisement des groupes
encore	aujourd’hui	difficile,	et	20	à	      par le Médiateur de la République           de travail interministériels, irrece-
40	%	des	cardiopathies	congénitales	        visent un texte législatif ou réglemen-     vabilité financière des amendements
graves	échappent	au	diagnostic	écho-        taire, voire une circulaire, qui posent     parlementaires, etc.), le Médiateur
graphique.	L’équipe	médicale	du	p3S	a	      des difficultés dans leur application       de la République a choisi de diver-
donc	rencontré	le	médecin	concerné	         auprès du public ou encore le fonc-         sifier ses modes d’intervention pour
pour	rappeler	les	recommandations	          tionnement d’une administration,            faire aboutir ou, à défaut, porter
du	Comité	technique	de	l’échographie	       lorsque ces comportements ou dispo-         à la connaissance d’un plus grand           OOO




                                                   médiateur de la république                                                             43
paCiFier	LeS	reLationS,	apaiSer	LeS	tenSionS	:	La	ContribUtion	dU	médiateUr
           DES RÉPONSES À LA DEMANDE DE « VIVRE ENSEMBLE »



                                                                                              problèmes existant pour les enfants
                             proposition de réforme :                                         recueillis en kafala, ou encore le bilan
                           de la naissance à l’adoption                                       de la réforme du recours subrogatoire
                                                                                              des tiers payeurs sur le montant des
                                                                                              indemnités allouées aux victimes de
             1.	La	demande	de	réForme                                                         dommages corporels. Il a également
                 – toute personne (physique ou morale) est susceptible de saisir
                                                                                              organisé des groupes de travail sur le
                   le Médiateur de la République d’une demande de réforme.
                 – Le Médiateur de la République dispose d’un pouvoir d’autosaisine
                                                                                              régime des enfants nés sans vie, les
                   en la matière. Celui-ci est notamment alimenté par les cas traités         améliorations de la législation sur le
                   par les secteurs d’instruction ou par les délégués du Médiateur.           Pacs et l’accès des personnes attein-
                                                                                              tes de déficiences psychiques ou
             2. inStrUCtion	de	La	demande                                                     d’affections chroniques aux services
                 par le secteur des réformes, avec deux issues possibles.                     d’accompagnement à l’emploi.
                 •	élaboration	d’une	proposition	de	réforme,	en	cas	:
                    – de dysfonctionnement récurrent d’une administration
                      ou d’un service public ;                                                Dans la même perspective, des collo-
                    – de conséquences inéquitables résultant de l’application                 ques ont été organisés par le Média-
                      d’une norme réglementaire ou législative.                               teur à l’Assemblée nationale sur les
                 •	Clôture	négative	de	la	demande	:                                           thèmes de l’expertise médicale judi-
                 lorsque le Médiateur estime, après examen, que la demande                    ciaire, de la réparation amiable des
                 de réforme qui lui a été adressée est injustifiée.
                                                                                              accidents médicaux ainsi que sur le
             3.		envoi	de	La	propoSition	de	réForme	à	L’enSembLe	                             problème du crédit à la consomma-
                 deS	miniStreS	ConCernéS                                                      tion et du malendettement.
                                                                                              Afin de promouvoir ses propositions
             4.	envoi	aUX	parLementaireS                                                      et de partager son expertise, le
                 Lorsqu’elle est de niveau législatif, la proposition de réforme              Médiateur de la République a éga-
                 est également communiquée aux présidents des commissions
                                                                                              lement rencontré régulièrement les
                 parlementaires concernées et aux rapporteurs des projets ou
                 propositions de loi susceptibles de l’intégrer.                              ministres au cours de l’année et a
                                                                                              été entendu par des groupes de tra-
             5. Le	Comité	interminiStérieL	de	SUivi                                           vail et des commissions parlemen-
                 Le Médiateur peut demander l’inscription d’une proposition de réforme        taires. Il a ainsi été auditionné sur
                 à l’ordre du jour d’un comité interministériel placé sous la présidence      le projet de loi portant réforme du
                 du ministre chargé de la réforme de l’État.
                                                                                              crédit à la consommation ; pour la
             6. CLôtUre	de	La	propoSition	de	réForme                                          préparation de la loi portant réforme
                 Lorsque la proposition de réforme est satisfaite par une mesure              de l’hôpital et relative aux patients,
                 adéquate ou, plus rarement, lorsqu’elle fait l’objet d’un rejet justifié     à la santé et aux territoires ; à pro-
                 de la part des pouvoirs publics, le Médiateur procède à sa clôture.          pos du projet de loi instaurant un
                                                                                              dispositif d’indemnisation des victi-
                                                                                              mes des essais nucléaires français ;
     OOO   nombre d’interlocuteurs les problè-        gnostic et de dégager des pistes de     dans le cadre des débats relatifs à
           mes qu’il soulève. Il s’efforce d’orga-    solution qui seront ensuite soutenues   la prise en charge des victimes de
           niser lui-même le débat en mettant         ou acceptées par les participants.      l’amiante ; sur la modification des
           en présence les différents acteurs                                                 droits des personnes liées par un
           concernés (associations, organismes        L’année 2009 aura donc vu la tenue      Pacs ; dans le cadre de la révision
           publics, magistrats, avocats, parle-       de tables rondes présidées par le       des lois bioéthiques, dans le cadre
           mentaires, représentants des minis-        Médiateur de la République, notam-      de la préparation à la création du
           tères…) afin de faire émerger un dia-      ment sur le statut juridique et les     Défenseur des droits.



           renforcer les partenariats au bénéfice de l’administré

           Afin de remettre l’humain au cen-          constituent le paysage administra-      sionnent, les services du Médiateur
           tre des rapports entre administra-         tif français s’est imposé au fil des    de la République entretiennent et
           tions et citoyens, renforcer les liens     années comme une priorité pour          développent un réseau d’interlo-
           du Médiateur de la République              Jean-Paul Delevoye. Au gré des          cuteurs, concluent des partena-
           avec les différents organismes qui         dossiers et des contacts qu’ils occa-   riats, avec l’idée que ces rapports


44                                                                  rapport annuel 2009
privilégiés permettront d’apporter        de retraite complémentaire des             naires désireux d’utiliser leurs Cesu
plus rapidement des réponses aux          salariés) s’est elle aussi révélée fruc-   pour régler leurs frais de crèche ont
citoyens qui saisissent le Médiateur      tueuse. L’année 2010 devrait offrir de     rencontré des problèmes pour les
de la République.                         nombreuses occasions d’intensifier         faire valoir auprès de certaines crè-
Parmi les partenariats qui ont mar-       et de consolider les liens avec l’Ins-     ches, notamment municipales, qui
qué l’année 2009, celui conclu par        titution. Elle permettra également         ont purement et simplement refusé
convention le 21 octobre avec le          d’approfondir la collaboration avec        ce moyen de paiement. Pour justi-
Pôle Emploi figure en bonne place.        l’Agence centrale des organismes de        fier leur position, les élus locaux ont
Avant la fusion des Assedic et de         sécurité sociale (Acoss) et la Caisse      argué du fait qu’il leur était néces-
l’ANPE au sein du nouvel organisme,       d’assurance maladie des industries         saire d’adhérer au centre de règle-
le Médiateur de la République dis-        électrique et gazière (Camieg).            ment du Cesu pour pouvoir accepter ce
posait uniquement d’un réseau de          Les équipes du Médiateur de la             mode de paiement, solution génératrice
correspondants efficaces et iden-         République ont pu, pour la première        de coûts qu’ils refusaient d’assumer.
tifiés dans les Assedic. Pour faire       fois en 2009, s’appuyer sur le réseau      Après une intervention infructueuse
face aux difficultés rencontrées          des Caisses régionales d’assurance         auprès du ministère des Finances et
lors de la mise en place du nou-          maladie (Cram) pour faire avancer          sans réponse de celui des Affaires
veau réseau de correspondants, il         les demandes relatives aux retraites       sociales, l’Institution a entrepris de
a été décidé de formaliser les liens      impliquant des caisses de retraite         se rapprocher du réseau des caisses
entre le Pôle Emploi et l’Institution.    étrangères. En vertu d’un accord           d’allocation familiale (Caf), qui sont
Signée le 21 octobre 2009 par Jean-       avec le Médiateur de la Républi-           les partenaires principaux des crè-
Paul Delevoye et Christian Charpy,        que, la Caisse nationale d’assurance       ches par le biais de conventionne-
directeur général du Pôle Emploi, la      vieillesse permet au secteur social        ments, dans le cadre de leur action
convention de partenariat redéfinit       de solliciter l’appui des Cram pour        sanitaire et sociale. L’Institution a
également les pouvoirs du médiateur       traiter ce type de dossier, dont le        proposé d’inclure l’exigence d’ad-
national du service public de l’emploi    nombre va croissant, et parvenir à         hésion au centre de règlement du
et les modes de collaboration avec        des reconstitutions de carrière plus       Cesu dans le renouvellement des
le Médiateur de la République. Elle       rapides.                                   conventions. En parallèle, la Caisse
prévoit également que les délégués        Des partenariats de fait peuvent           nationale d’allocations familiales a
disposent, dans chaque région, d’un       également se nouer lorsque les ser-        mis le Médiateur de la République
correspondant.                            vices du Médiateur de la République        en contact avec l’Agence des servi-
                                          sont amenés à se pencher sur un            ces à la personne, qui est devenue
L’année 2009 aura également vu            dossier particulier. De nombreux           un véritable partenaire avec lequel il
le renforcement et l’approfondis-         agents de la fonction publique béné-       a agi pour débloquer la situation. En
sement des liens entre les services       ficient, de par les œuvres sociales de     janvier 2009, leur action commune
du Médiateur de la République et la       leurs administrations, de primes de        a permis de faire exonérer de frais
Caisse interprofessionnelle de pré-       crèche. Dans le cadre du dévelop-          de traitement les Cesu attribués par
voyance et d’assurance vieillesse         pement des services à la personne          les Caf aux personnes en situation
(Cipav). En revanche, les saisines        a été mis au point un chèque emploi        critique dans le cadre du plan de
reçues par le Médiateur de la Répu-       service universel (Cesu) dont le           relance de l’économie. Poursuivant
blique ont montré que les rapports        préfinancement est assuré par l’em-        leur travail sur ce dossier toute l’an-
de la Cipav avec ses affiliés n’avaient   ployeur. Le ministère de la Justice        née, le Médiateur de la République
pas connu la même amélioration.           et le ministère de l’Agriculture se        et l’Agence des services à la per-
La collaboration avec l’Agirc (Asso-      sont rapidement situés parmi les           sonne ont réussi à obtenir l’adop-
ciation générale des institutions de      administrations ayant le plus œuvré        tion d’un décret interministériel le
retraite complémentaire des cadres)       au succès de ce mode de prise en           19 octobre 2009 exonérant toutes les
et l’Arrco (Association pour le régime    charge. Cependant, des fonction-           crèches des frais relatifs au Cesu.       OOO




                                                 médiateur de la république                                                          45
paCiFier	LeS	reLationS,	apaiSer	LeS	tenSionS	:	La	ContribUtion	dU	médiateUr
           DES RÉPONSES À LA DEMANDE DE « VIVRE ENSEMBLE »



     OOO   Les relations avec le Régime social        nale et du ministère de l’Économie,        En matière de droit au logement,
           des indépendants (RSI) ont, elles          trouve une pertinence renouvelée.          le Médiateur de la République et le
           aussi, connu un nouvel essor en 2009.      Ce partenariat devra permettre de          secrétaire d’État en charge du Loge-
           Pour la première fois, l’ensemble des      définir un vade-mecum commun à             ment et de l’Urbanisme ont signé
           correspondants du Médiateur de la          toutes les administrations dans la         un protocole d’accord fin décembre
           République au sein du RSI ont été          gestion des situations génératrices        2009 pour garantir l’accès effectif
           réunis au siège de la Caisse nationale     d’indus ou de trop perçus afin d’of-       aux droits fondamentaux des popu-
           du RSI, en compagnie de l’équipe du        frir aux administrés davantage de          lations les plus précaires. Ce disposi-
           secteur social et du directeur général     sécurité juridique vis-à-vis des déci-     tif fait des délégués du Médiateur les
           de l’Institution. Après la désignation     sions des administrations.                 interlocuteurs des associations et du
           de ces correspondants en 2008 et           Un pas supplémentaire a été franchi        référent unique (personne chargée
           leur entrée en fonction cette année,       dans le sens des attentes du Médiateur     de suivre chaque SDF) pour lever
           l’année 2010 devrait permettre d’en-       puisque lors de la dernière réunion du     les freins à l’accès effectif aux droits
           richir les liens avec le Médiateur de la   groupe de travail le 1er décembre, il a    fondamentaux des personnes les
           République et de développer de nou-        été convenu qu’une réforme législa-        plus exclues (prestations sociales,
           veaux axes de collaboration.               tive était nécessaire afin qu’une règle    prise en charge des soins, droit au
                                                      claire soit posée pour distinguer l’er-    logement, domiciliation…).
           En matière de décisions à objet            reur de liquidation du fait générateur
           pécuniaire créatrices de droits, le        de droit, fixer le délai de contestation   Enfin, le Médiateur a également
           travail en commun, engagé depuis           et caractériser la bonne foi du fonc-      signé une convention avec la Cham-
           le printemps 2009 à l’initiative du        tionnaire. Il est également prévu de       bre nationale des huissiers de justice
           Médiateur de la République et des          traiter les incidences fiscales des trop   à la mi-décembre.
           médiateurs de l’Éducation natio-           perçus de rémunération.



           la médiation gagne du terrain

           Le rôle de l’Institution est de s’adres-   La mise en œuvre du programme est           C’est	l’exemple		de	monsieur	r.,	
           ser à toute la population, y compris       quasiment arrivée à son terme. Au          détenu	âgé	de	65	ans,	qui	a	sollicité	
           aux détenus. La convention signée le       1er janvier 2010, ce sont 58 770 déte-     auprès	de	sa	caisse	de	retraite	la	
           16 mars 2005 entre le Médiateur de         nus (dont 3 140 outre-mer), soit           liquidation	de	sa	pension	en	février	
           la République et le Garde des Sceaux       94 % de l’effectif total, répartis sur     2008.	pour	régulariser	son	dossier,	la	
           a donné le coup d’envoi d’une action       164 sites pénitentiaires, qui béné-        caisse	lui	a	demandé	sa	carte	d’iden-
           novatrice de l’Institution : la mise en    ficient d’un accès direct à un délé-       tité,	sa	carte	vitale	et	les	références	
           place, à titre expérimental, de per-       gué du Médiateur de la République.         de	son	compte	bancaire.	après	huit	
           manences de délégués bénévoles             Parmi ces sites, 60 disposent d’une        mois	de	délai	et	plusieurs	relances,	
           dans des établissements pénitentiai-       permanence régulière, les 104              il	a	fini	par	obtenir	sa	carte	nationale	
           res. La seule façon de mesurer l’am-       autres étant desservis au cas par          d’identité	et	sa	carte	vitale.	mais	il	
           pleur des besoins dans ce domaine          cas. 149 délégués (soit près de la         subsistait	un	blocage	du	centre	de	
           était de permettre à l’Institution         moitié de l’effectif total du réseau)      détention	pour	l’obtention	de	la	pho-
           d’aller à la rencontre des détenus.        sont actuellement impliqués dans           tocopie	de	la	carte	vitale	et	l’autorisa-
           C’est ainsi que dix établissements         ce programme. Le Médiateur de la           tion	d’ouvrir	un	compte	bancaire.	de	
           pénitentiaires, comptant au total          République maintient donc bien évi-        ce	fait,	il	ne	pouvait	toujours	pas	tou-
           7 500 détenus, soit plus de 10 % de la     demment l’objectif qu’il avait fixé :      cher	sa	pension.	après	l’intervention	
           population pénale française, ont été       assurer, avant le terme de son man-        d’un	délégué	du	médiateur	de	la	répu-
           choisis pour une phase d’expérimen-        dat, un accès direct à un délégué du       blique	auprès	de	la	direction	du	centre	
           tation. Cette dernière s’est achevée       Médiateur de la République à tous          de	détention,	les	deux	problèmes	ont	
           en septembre 2006 sur un bilan très        les détenus.                               pu	être	résolus.
           positif. Le Médiateur de la Républi-       Dans ce cadre, les délégués sont
           que et le Garde des Sceaux ont signé       souvent appelés à traiter des dos-         Fort de cette expérience de terrain,
           en janvier 2007 une convention qui         siers variés de détenus, débloquant        le Médiateur a été associé à la rédac-
           prévoit la généralisation progres-         des cas extrêmement divers mais            tion de la loi pénitentiaire (voir
           sive, d’ici à 2010, de l’accès des déte-   ayant pour point commun de placer          page 66). K
           nus aux délégués du Médiateur de la        les détenus dans des situations for-
           République.                                tement dommageables.


46                                                                 rapport annuel 2009
des propositions pour un système plus humain
La	montée	de	la	précarité,	la	fragilisation	et	la	paupérisation	d’une	partie	de	la	population	–	constats	
partagés	par	le	médiateur	de	la	république	et	ses	délégués	–	inspirent	fortement	les	propositions	
de	réforme	qu’il	soumet	aux	décideurs	politiques.	


La fragilisation et la paupérisation      prendre en compte l’évolution de        C’est le sens de la proposition de
d’une partie de la population repré-      la société dans des domaines aussi      réforme relative à l’octroi des allo-
sentent la principale source d’inspi-     divers que la famille, les droits des   cations familiales aux parents
ration des propositions de réforme        consommateurs, le besoin de trans-      d’enfants étrangers : le versement
du Médiateur de la République.            parence et d’accès au droit. Lorsque    des prestations familiales, au titre
L’une des propositions de l’Institu-      la loi apparaît lacunaire, ou même      d’enfants étrangers, est soumis à un
tion, longuement développée dans          inexistante, pour protéger les plus     double contrôle visant à s’assurer
son précédent rapport de 2008, est        faibles et rétablir un relatif équi-    de la régularité du séjour de l’étran-
tout d’abord de renforcer, dans tous      libre entre les intérêts en présence,   ger demandeur de la prestation et
les services publics, la fonction d’ac-   le Médiateur de la République pro-      de celle de l’entrée et du séjour de
cueil et d’information de ces popu-       pose aux décideurs politiques des       l’enfant mineur pour lequel elle est
lations écartées de la technologie.       modifications du droit existant ou      sollicitée. L’article L. 512-2 du Code
L’Institution s’attache également à       de son application.                     de la Sécurité sociale (CSS) énu-
                                                                                  mère limitativement sept situations
                                                                                  ouvrant droit aux prestations fami-
                                                                                  liales dont celle des enfants entrés
                                                                                  dans le cadre de la procédure de
                                                                                  regroupement familial.

                                                                                  Le Médiateur de la République a été
                                                                                  saisi de nombreuses réclamations
                                                                                  de familles étrangères en situation
                                                                                  régulière dont les enfants dont elles
                                                                                  ont la charge et qui résident de façon
                                                                                  permanente avec elles ne sont pas
                                                                                  entrés sur le territoire conformé-
                                                                                  ment à l’une des situations énumé-
                                                                                  rées par l’article visé ci-dessus. Les
                                                                                  caisses d’allocation familiale oppo-
                                                                                  sent un refus absolu à leur demande
                                                                                  de prestations, ce qui peut être gra-
                                                                                  vement préjudiciable à ces enfants
                                                                                  et à leurs conditions de vie.
                                                                                  Faute d’obtenir une réponse des
                                                                                  pouvoirs publics plus conforme à
                                                                                  l’intérêt de ces enfants, le Médiateur   OOO




                                                 médiateur de la république                                                      47
paCiFier	LeS	reLationS,	apaiSer	LeS	tenSionS	:	La	ContribUtion	dU	médiateUr
           DES PROPOSItIONS POUR UN SyStèME PLUS HUMAIN



     OOO   considère qu’il y a lieu de modifier      mettant de compenser la réduction        pleinement contribué à l’améliora-
           l’article L. 512-2 du CSS de façon        d’espérance de vie des personnels        tion du sort des victimes en permet-
           à rendre possible la régularisation       de l’État dont la santé a été mise       tant l’indemnisation des aléas médi-
           de la situation des enfants concer-       en danger pour avoir participé aux       caux et en facilitant les procédures.
           nés lorsqu’elle est conforme à leur       essais nucléaires français.              Néanmoins, ce dispositif nécessite
           intérêt.                                  Dans sa réponse à l’Institution, en      quelques perfectionnements et un
           En proposant cela, il se borne à rap-     date du 11 mars 2009, le ministre de     approfondissement afin de permet-
           peler la position du Conseil consti-      la Défense a fait part de son accord     tre à un plus grand nombre de victi-
           tutionnel (décision du 15 décembre        de principe sur plusieurs points, dont   mes d’en bénéficier. Dans cette pers-
           2005), qui considère qu’il n’est pas      la réparation intégrale du préjudice     pective, le Médiateur a soumis aux
           interdit de déroger à la règle selon      subi et le régime unique d’indemni-      pouvoirs publics les propositions de
           laquelle le regroupement familial         sation pour tous ; le renversement       réforme suivantes : l’élargissement
           ne peut être demandé que pour des         de la charge de la preuve au bénéfice    du droit d’accès au dispositif par
           enfants résidant hors de France à         des victimes ; la publication d’une      l’abaissement des seuils de gravité
           la date de la demande. Il ajoute que      liste unique des maladies radio-         des préjudices ; la possibilité que la
           lorsqu’il sera procédé, dans le cadre     induites. Il a en revanche rejeté deux   Commission nationale des accidents
           de la procédure de regroupement           propositions : la création d’un fonds    médicaux (CNAMed) puisse user
           familial, à la régularisation de la       public dédié et celle d’une allocation   de son pouvoir de recommandation
           situation d’un enfant déjà entré en       de préretraite.                          pour proposer quelques éléments de
           France, cet acte de régularisation        Un projet de loi visant à instaurer un   définition de la notion de « troubles
           devra ouvrir droit aux prestations        dispositif d’indemnisation des victi-    particulièrement graves dans les
           familiales.                               mes des essais nucléaires français a     conditions d’existence » (TPGCE) ;
           D’autres actions visent à améliorer       été ensuite proposé au Parlement.        l’amélioration de la prise en compte
           les droits des victimes de dommages       Jean-Paul Delevoye s’est beaucoup        des victimes dites « par ricochet »,
           corporels et le fonctionnent des dis-     impliqué dans ce débat parlemen-         personnes de l’entourage de la vic-
           positifs d’indemnisation.                 taire. Le texte définitif a été adopté   time qui subissent les effets de l’acci-
                                                     le 22 décembre introduisant, notam-      dent médical. Ces mesures apparais-
           victimes d’essais nucléaires,             ment, la reconnaissance d’une pré-       sent essentielles pour les victimes
           d’accidents médicaux                      somption de causalité entre la mala-     d’accidents médicaux qui se retrou-
           ou de dommages corporels                  die et les essais nucléaires, lorsque    vent dans des situations souvent dra-
           Les civils et militaires dont la santé    les conditions prévues par la loi sont   matiques.
           a été mise en danger par des essais       réunies, le respect de la procédure      Dans le même ordre d’idée , le droit
           nucléaires français pratiqués entre       contradictoire et la nécessité pour      en matière de dommage corporel ne
           1960 et 1996 dans le Sahara algérien      le ministre de la Défense de motiver     constitue pas aujourd’hui un droit
           et en Polynésie française éprouvent       ses décisions de rejet des deman-        unifié et homogène. Sa réparation est
           les plus grandes difficultés pour faire   des. Le Médiateur se félicite de         éclatée entre de nombreuses procé-
           reconnaître leurs préjudices et obte-     ces avancées, qui vont dans le sens      dures, tantôt juridictionnelles, tan-
           nir réparation. À l’occasion du pro-      d’un dispositif plus transparent et      tôt amiables, faisant intervenir des
           jet de loi présenté par le ministère      impartial. Il regrette cependant que     acteurs variés (compagnies privées
           de la Défense pour traiter ce pro-        le droit à réparation des proches des    d’assurances, fonds d’indemnisation,
           blème, le Médiateur de la Républi-        victimes pour leurs préjudices pro-      juges). Cette organisation engendre
           que a formulé plusieurs propositions      pres ne soit finalement pas prévu        d’importantes iniquités entre victi-
           pour parvenir à l’instauration d’un       par le texte. Il espère une parution     mes et une forte insécurité juridique.
           mécanisme de réparation équitable :       rapide des décrets d’application et      Il est possible de voir deux victimes
           l’établissement d’une liste des mala-     souhaite que ceux-ci garantissent        présentant le même dommage obte-
           dies radio-induites par une autorité      le fonctionnement indépendant du         nir deux indemnisations très sensi-
           scientifique indépendante ; une pré-      comité d’indemnisation et prennent       blement différentes, selon qu’elle est
           somption de lien de causalité entre       en compte l’ensemble des patholo-        décidée par voie juridictionnelle ou
           la maladie constatée et l’irradiation     gies concernées.                         amiable, mais également en fonction
           nucléaire ; une réparation intégrale                                               de la localisation géographique des
           des préjudices par un fonds public        Autre sujet majeur d’intervention du     victimes ou du type de juridiction
           spécifique et indépendant ; un droit      Médiateur de la République : l’amé-      compétente.
           à réparation ouvert aux ayants droit      lioration du dispositif de réparation    Si l’unification des procédures d’in-
           de la victime ; ou encore la création     amiable des accidents médicaux créé      demnisation actuelles paraît hors
           d’une allocation de préretraite per-      par la loi du 4 mars 2002. Ce texte a    de portée, il semble en revanche


48                                                               rapport annuel 2009
envisageable de proposer des outils      Jean-Paul Delevoye a formulé des         dure de rétablissement personnel
méthodologiques communs à tous           propositions de réforme dont plu-        et la composition de la commission
les acteurs de l’indemnisation du        sieurs objectifs ont été repris par      de surendettement a été élargie à
dommage corporel. À la suite du          le projet de loi portant réforme du      un membre d’association sociale ou
rapport Dintilhac, qui établissait       crédit à la consommation en cours        familiale et à un juriste.
une nomenclature de référence dans       d’examen au Parlement. S’agissant        L’encadrement de la publicité a été
le but d’améliorer l’égalité de trai-    de l’obligation de vérification de la    renforcé, mais le Médiateur persiste
tement et la sécurité juridique des      solvabilité de l’emprunteur, le projet   à demander que les risques encou-
victimes, le Médiateur de la Répu-       de loi prévoit la consultation, avant    rus en cas de retard ou d’inexécution
blique a formulé une proposition de      tout octroi de prêt, du Fichier natio-   des obligations y figurent aussi. Le
réforme permettant de donner une         nal des incidents de remboursement       Parlement devrait également ajouter
force juridique à cette nomenclature     des crédits aux particuliers (FICP),     une disposition relative à l’éducation
et de rendre son utilisation obliga-     qui devient obligatoire sous peine       budgétaire et financière.
toire. Cette proposition permettrait     de déchéance des intérêts. De plus,      Le délai de rétractation est porté,
également de créer une base de don-      le fonctionnement de ce fichier va       en vertu des règles européennes, à
nées nationale de l’indemnisation du     être plus efficace, avec une mise à      quatorze jours. Le Médiateur de la
dommage corporel, qui recenserait        jour plus réactive. Conformément         République regrette cependant que
l’ensemble des décisions d’indem-        aux souhaits du Médiateur, les           le dispositif adopté permette de ver-
nisation, qu’elles soient juridiction-   délais d’inscription au FICP ont été     ser les fonds et de les utiliser avant
nelles ou amiables, et présenterait      harmonisés et réduits à cinq ans         l’expiration de ce délai, ce qui le
pour chaque décision les circons-        pour les bénéficiaires de la procé-      rend en pratique inopérant.              OOO

tances de l’espèce, le montant de
l’indemnité allouée et sa répartition.
Le Médiateur suggère également la
création, sous la tutelle du ministère
de la Justice, d’une commission natio-
nale pluraliste qui contribuerait à la
diffusion d’une approche globale de
la réparation du dommage corporel
et exercerait une fonction régulatrice
par la diffusion des bonnes pratiques.

mieux protéger
les consommateurs
Parmi les autres préoccupations
émergentes au sein de la population,
le Médiateur de la République se
mobilise depuis cinq ans sur la pro-
blématique du crédit à la consom-
mation. Cette facilité de paiement,
qui séduit un public de plus en plus
large et pallie la faiblesse des reve-
nus, possède un revers de médaille
qui plonge parfois le consomma-
teur dans le surendettement. Afin
de protéger ceux qui y ont recours,


                                                médiateur de la république                                                       49
paCiFier	LeS	reLationS,	apaiSer	LeS	tenSionS	:	La	ContribUtion	dU	médiateUr
           DES PROPOSItIONS POUR UN SyStèME PLUS HUMAIN



     OOO   Pour les contrats de crédit renouve-      conventions de compte de dépôt,            ratoire et la modération des frais
           lable, bien que le projet de loi men-     le client devant être préalablement        pour les personnes surendettées.
           tionne que chaque échéance doive          informé de leur modification. Il est       En octobre 2009, la ministre de
           comprendre un remboursement               aussi avisé chaque année, au moyen         l’Économie et des Finances a confié
           minimal du capital emprunté, ces          d’un récapitulatif, du montant des         à Marielle Cohen-Branche, magis-
           crédits, qui sont les plus dangereux      frais payés l’année précédente.            trate à la Cour de cassation, une
           pour le surendettement, ne sont           Néanmoins, dans le contexte actuel         mission d’analyse et de proposition
           pas suffisamment encadrés. Sans           de crise économique, et au vu des          sur les relations entre les personnes
           requérir leur interdiction totale, le     réclamations qui lui sont adressées,       surendettées et les banques. Cette
           Médiateur estime souhaitable que          le Médiateur de la République a sou-       mission s’intéressera notamment
           leur reconduction ne soit plus tacite     haité proposer au Gouvernement             à la question des frais bancaires et
           mais passe par une demande écrite         de nouvelles initiatives plus pro-         au fonctionnement des comptes. Le
           de l’emprunteur.                          tectrices des clients des banques.         Médiateur de la République espère
           Enfin, l’Institution est satisfaite du    Ces propositions, fruit d’une longue       que ses propositions seront reprises
           travail entamé par le ministère de        réflexion, portent tout d’abord sur        à cette occasion.
           la Justice et la Banque de France         l’adoption d’un lexique officiel des       L’action du Médiateur de la Répu-
           concernant la communication d’in-         termes désignant les différentes           blique a également permis de corri-
           formations entre les fichiers des         catégories de frais bancaires et la        ger une imperfection du décret du
           juridictions civiles et ceux tenus par    création d’un site Internet gouver-        11 septembre 2002, qui instituait le
           les commissions de surendettement         nemental permettant aux banques            solde bancaire insaisissable (SBI),
           des particuliers. Une amélioration        d’afficher le montant de leurs frais,      permettant à toute personne faisant
           de la connaissance des dossiers et        sur une base déclarative, à l’instar       l’objet d’une procédure de saisie de
           une réduction des délais d’instruc-       du site « envoidargent.org ». Il est       demander à l’établissement teneur
           tion devraient en résulter. Au-delà       ensuite proposé d’étendre l’envoi du       du compte la mise à disposition
           de cette connexion, le Médiateur de       récapitulatif de frais bancaires aux       immédiate, et pour un délai d’un
           la République est favorable à un croi-    titulaires d’un livret A, celui-ci étant   mois, d’une somme à caractère ali-
           sement des fichiers entre les com-        parfois utilisé comme un compte de         mentaire d’un montant au plus égal
           missions de surendettement et les         dépôt. Il est également suggéré aux        à celui du RMI mensuel (à présent
           bureaux des hypothèques, afin que         banques d’assurer une information          RSA). Selon les associations de
           les commissions disposent du maxi-        préalable du client, par message           consommateurs et les rares études
           mum d’informations relatives au           électronique ou SMS, en cas de pré-        disponibles, le SBI demeurait sous-
           patrimoine immobilier des intéres-        lèvement de frais non récurrent,           utilisé du fait notamment de son
           sés et évitent, le cas échéant, d’avoir   notamment lors d’un découvert, de          caractère méconnu et d’une appli-
           recours à la vente du bien. De même,      façon à faciliter le redressement de       cation subordonnée à une demande
           l’accès des commissions au système        la situation. Concernant les chèques       expresse. Le Médiateur de la Répu-
           d’immatriculation des véhicules, qui      insuffisamment provisionnés, il est        blique a donc proposé de rendre
           fait état du parc automobile en cir-      proposé d’abaisser le plafond des          automatique l’activation du SBI, afin
           culation, semble souhaitable afin de      frais de rejet pour les chèques de         qu’il puisse s’appliquer dès la saisie
           renforcer la connaissance des actifs      montant modique et de supprimer la         bancaire, sans demande préalable.
           des demandeurs.                           pénalité libératoire versée au Trésor      À la suite de son intervention, un
           L’attention du Médiateur de la            Public. Enfin, la création d’une caté-     amendement à la loi du 12 mai 2009,
           République a également été appe-          gorie de frais minorés pour les per-       relative à la simplification et à la cla-
           lée sur certains excès constatés en       sonnes surendettées est souhaitée.         rification du droit et d’allègement
           matière de frais bancaires, en ter-       Ces propositions ont été transmises        des procédures, a été adopté en ce
           mes tant de lisibilité que de mon-        aux ministres concernés en juillet         sens. Cette mesure est entrée en
           tant. La Commission européenne,           2009 en faisant valoir que le mar-         vigueur le 1er août 2009.
           au travers de l’étude sur les services    ché bancaire, où se confrontent les        Cependant, une difficulté d’applica-
           financiers publiée le 22 septembre,       clients souvent en situation difficile     tion s’est fait jour, certains réseaux
           est d’ailleurs venue appuyer les          et la puissance des banques, doit          bancaires n’appliquant pas l’auto-
           réflexions du Médiateur. Au cours         plus que tout autre être soumis à des      maticité du SBI en cas d’opposition
           des dix dernières années, de nom-         règles strictes garantissant la trans-     administrative pour une amende,
           breux progrès ont certes été accom-       parence. Le ministère de l’Économie        dans l’attente d’un décret d’applica-
           plis quant à la transparence de ces       et des Finances s’est montré réservé       tion et alors même que les services
           frais : les stipulations en matière       sur ces réformes, à l’exception de la      fiscaux font mention du SBI automa-
           tarifaire doivent figurer dans les        mesure concernant la pénalité libé-        tique dans la lettre notifiant l’oppo-


50                                                                rapport annuel 2009
sition au redevable. Une demande         qui, elles, n’étaient pas exonérées de       times d’une maladie professionnelle
de clarification a donc été adressée     la redevance et la répercutaient sur         occasionnée par l’amiante ou qui ont
au ministre compétent par le Média-      les détenus. À la demande pressante          été exposées à ce risque. Sous réserve
teur de la République.                   de Jean-Paul Delevoye, le ministre           de l’arrêt de toute activité profession-
                                         du Budget a, par une instruction du          nelle, celles-ci peuvent, parfois dès
exonération de la redevance              10 juillet 2009, mis fin à cette injustice   50 ans, bénéficier d’une allocation
audiovisuelle : une injustice            en faisant bénéficier les associations       de cessation anticipée d’activité des
corrigée au bénéfice                     socioculturelles de l’exonération.           travailleurs de l’amiante (Acaata),
des détenus                                                                           créée par la loi de financement de
En 2009, le Médiateur a obtenu du        le douloureux dossier                        la Sécurité sociale pour 1999 et qui
ministre du Budget que soit corrigée     de l’amiante                                 est délivrée aux intéressés jusqu’à ce
une anomalie qui portait préjudice à     Le cas des salariés victimes de              qu’ils remplissent les conditions pour
de nombreux détenus. Des délégués        maladies du fait d’une exposition à          percevoir une pension de retraite à
intervenant dans les prisons avaient     l’amiante a occasionné une mobilisa-         taux plein. Initialement prévu pour
alerté le Médiateur, en 2008, sur        tion de longue haleine du Médiateur          les salariés du secteur privé relevant
une disparité choquante entre les        de la République. Depuis 2005, sur la        du régime général, ce dispositif a
détenus qui avaient les moyens de        base des nombreuses réclamations             ensuite été étendu à d’autres sec-
s’acheter un téléviseur et qui étaient   dont il a été saisi, Jean-Paul Delevoye      teurs professionnels (salariés agrico-
exonérés de la redevance audiovi-        appelle avec constance l’attention des       les, ouvriers de l’État du ministère de
suelle du fait de leur non assujettis-   pouvoirs publics sur les lacunes du          la Défense, marins, etc.).
sement à la taxe d’habitation et ceux    dispositif spécifique de préretraite         Le Médiateur de la République a mis
qui louaient ces mêmes téléviseurs       destiné à compenser la réduction de          en lumière la disparité des règles
à des associations socioculturelles      l’espérance de vie des personnes vic-        entre les régimes d’assurance mala-
                                                                                      die servant cette allocation et leur
                                                                                      manque de coordination, aboutis-
                                                                                      sant à traiter de manière très inéqui-
                                                                                      table les victimes de l’amiante. Cette
                                                                                      situation est particulièrement préju-
                                                                                      diciable pour les personnes qui, du
                                                                                      fait de changements dans leur car-
                                                                                      rière professionnelle, sont affiliées
                                                                                      à différents régimes d’assurance.
                                                                                      Par ailleurs, certaines victimes de
                                                                                      l’amiante peuvent être privées du
                                                                                      droit d’accès à l’Acaata, uniquement
                                                                                      parce qu’elles relèvent d’un régime
                                                                                      ne prévoyant pas cette allocation
                                                                                      (fonctionnaires, professions indé-
                                                                                      pendantes, salariés dépendant du
                                                                                      régime minier, etc.) ou encore parce
                                                                                      qu’elles sont employées par des
                                                                                      entreprises sous-traitantes. Ce peut
                                                                                      être le cas d’un salarié travaillant
                                                                                      pour un sous-traitant d’une entre-
                                                                                      prise ayant l’amiante pour cœur de
                                                                                      métier, exposé au danger comme les         OOO




                                                 médiateur de la république                                                            51
paCiFier	LeS	reLationS,	apaiSer	LeS	tenSionS	:	La	ContribUtion	dU	médiateUr
           DES PROPOSItIONS POUR UN SyStèME PLUS HUMAIN



     OOO   salariés de cette entreprise, et qui       de la loi n° 2006-1640 de finance-          en	décembre	2007,		un	parlementaire	
           n’aura pas la possibilité de bénéficier    ment de la Sécurité sociale pour           avait	alerté	le	médiateur	sur	la	situa-
           du dispositif Acaata. Par exemple,         2007 du 21 décembre 2006 prévoyait         tion	de	messieurs	g.	et	b.,	respecti-
           une association a saisi la Halde,          que des décrets devaient procéder          vement	de	nationalité	américaine	et	
           qui a redirigé sa demande vers le          à la révision des conditions d’octroi      danoise,	vivant	à	nantes	et	ayant	préa-
           Médiateur de la République. Elle fait      de l’Acaata et du fonctionnement du        lablement	conclu	un	«	pacte	d’union	»	
           état de la mutuelle d’une entreprise       Fonds de cessation anticipée d’ac-         (équivalent	du	pacs)	au	danemark.	
           navale dont les salariés ne peuvent        tivité des travailleurs de l’amiante       non	reconnue	en	France,	cette	union	
           bénéficier de l’Acaata dans la mesure      (FCAATA), mais ces textes ne sont          civile	ne	leur	permet	pas	de	bénéfi-
           où cette mutuelle n’est pas inscrite       toujours pas parus à ce jour.              cier	des	droits	associés	au	pacs	;	par	
           sur la liste des établissements, ports     Le sujet ne se trouve pas davantage        conséquent,	les	intéressés	souhaitent	
           et, le cas échéant, métiers, appar-        résolu dans la loi de financement de       conclure	un	pacs.	or,	la	conclusion	
           tenant à certains des secteurs d’ac-       la Sécurité sociale pour 2009, dont la     d’un	tel	contrat	par	deux	personnes	
           tivité dans lesquels l’amiante a été       seule mesure concernant l’amiante a        étrangères	est	conditionnée	à	la	pré-
           utilisée et qui est fixée par arrêté       consisté à supprimer la contribution       sentation	de	plusieurs	pièces	d’état	
           interministériel. Si cette décision        au FCAATA des entreprises « lis-           civil,	dont	un	certificat	de	célibat	fourni	
           paraît fondée au regard de la loi de       tées » du fait d’avoir exposé leurs        par	leur	pays	d’origine.	Ce	qui	ne	peut	
           1999, il n’en subsiste pas moins une       salariés à l’amiante. Les motifs invo-     être	le	cas,	leur	«	pacte	d’union	»	étant	
           inégalité de traitement manifeste.         qués pour cette suppression ont été        mentionné.	il	leur	faudrait,	pour	obte-
           Face à cette situation, les services       le faible rendement de cette contri-       nir	un	certificat	de	célibat,	rompre	
           du Médiateur de la République ont          bution et les difficultés qu’elle posait   leur	«	pacte	d’union	»	et	perdre	alors	
           émis plusieurs recommandations             aux entreprises en cause. Enfin,           plusieurs	de	leurs	droits	(réversion	de	
           de réforme : étendre le bénéfice           à l’occasion du débat sur l’amiante        retraite,	par	exemple).
           du dispositif de l’Acaata à toute          dans le cadre du PLFSS pour 2010,
           personne reconnue atteinte d’une           le ministre des Affaires sociales a        Pour mettre fin à cette impossibi-
           maladie professionnelle causée par         annoncé la publication d’un décret         lité, l’Institution a proposé, en col-
           l’amiante ; inclure le droit d’accès       devant exclure certaines indem-            laboration avec le ministère de la
           à l’Acaata dans l’ensemble des régi-       nités salariales des rémunérations         Justice, une réforme permettant
           mes ; prendre en compte la ques-           prises en compte pour déterminer le        d’introduire dans le Code civil une
           tion de la sous-traitance ; ou encore      montant de l’allocation et ce, malgré      règle de conflit de lois, comme pour
           harmoniser les conditions de prise         des arrêts de la Cour de cassation         le mariage, reconnaissant que ces
           en charge au sein des différents           qui vont à l’encontre de cette exclu-      partenariats étrangers sont soumis
           régimes. Malgré plusieurs rapports         sion. Le Médiateur de la République        aux règles de fond et de forme de
           officiels sur ce drame sanitaire, qui      ne peut que déplorer cette conti-          la loi du lieu de l’enregistrement. Il
           pointaient précisément les lacunes         nuelle absence de volonté politique        serait ainsi possible d’apprécier la
           des différents dispositifs de prise en     d’appliquer les recommandations            validité de ces partenariats et l’éten-
           charge des victimes et formulaient         d’amélioration de la prise en charge       due de leurs effets sur notre terri-
           des propositions d’amélioration            des victimes de l’amiante et de met-       toire. Bien sûr, conformément aux
           (dont celles préconisées par l’Insti-      tre fin aux iniquités existantes. Une      règles de droit international privé, la
           tution), à ce jour aucune suite n’a été    lettre adressée à Monsieur Darcos          loi étrangère serait écartée si elle est
           donnée à ces recommandations par           le 19 novembre 2009 reste toujours         contraire à l’ordre public français.
           le ministère des Affaires sociales. Ce     sans réponse.                              Un amendement en ce sens a été
           dernier renvoie tantôt à la négocia-                                                  examiné, et rejeté, par l’Assemblée
           tion entre les partenaires sociaux,        pacs : reconnaissance                      nationale en octobre 2008. Après
           tantôt aux conclusions d’un nouveau        des partenariats étrangers                 plusieurs démarches, il a finale-
           rapport commandé par le Gouver-            et amélioration des droits                 ment été adopté en avril 2009. Cette
           nement. Ainsi, au cours du débat sur       sociaux                                    règle, inscrite à l’article 515-7-1 du
           le projet de loi de financement de la      Alors que l’on célébrait cette année       Code civil, pose un cadre général,
           Sécurité sociale (PLFSS) pour 2010,        les 10 ans du Pacte civil de solidarité    attendu de longue date par la doc-
           le ministre a informé les députés          (Pacs), les imperfections de ce dis-       trine et les praticiens du droit, qui
           qu’il avait saisi l’Afsset (Agence fran-   positif appellent des modifications,       demande ensuite application par les
           çaise de sécurité sanitaire de l’envi-     notamment au regard de la reconnais-       différentes administrations et orga-
           ronnement et du travail), qui devrait      sance des partenariats étrangers. En       nismes. Deux instructions fiscales
           rendre son rapport « dans les semai-       effet, plusieurs cas se sont posés sur     ont été publiées en ce sens les 29 et
           nes à venir ». Pourtant, l’article 119     le modèle suivant.                         30 décembre 2009.


52                                                                 rapport annuel 2009
Au-delà de cette proposition de
réforme, le Médiateur de la Répu-
blique a préconisé quatre autres
améliorations de la législation sur
le Pacs : la mise en place d’un congé
pour conclusion d’un Pacs dans le
secteur privé, l’attribution d’une
pension de réversion pour le par-
tenaire survivant, le versement du
capital décès aux personnes pac-
sées dans la fonction publique, et
la modification du dispositif des
indemnités de mobilité spécifique
aux militaires (ICM).
Ces propositions ont été envoyées
aux ministres concernés en février
et mars 2009. Après la mise en place
de groupes de travail sur ces sujets,
la première proposition a été ren-      tion, obligatoire, est délivré par le    homosexuelle, dans laquelle une
voyée à la négociation entre parte-     président du conseil général après       personne célibataire était engagée
naires sociaux, la seconde sera exa-    avis d’une commission d’agrément.        lors de l’instruction de sa demande
minée en 2010 lors des débats sur       Cette commission se prononce au          d’agrément pour une adoption, devait
les retraites et le décret prenant en   terme d’une enquête sociale et psy-      être prise en compte au regard des
compte les pacsés dans le disposi-      chologique qui doit s’assurer « que      besoins et de l’intérêt d’un enfant
tif des ICM devrait être édicté début   les conditions offertes par le deman-    adopté. L’influence de l’orientation
2010. Enfin, le Médiateur de la Répu-   deur sur les plans familial, éducatif    sexuelle a eu un rôle décisif sur l’ap-
blique salue l’avancée constituée par   et psychologique correspondent           préciation de la demande, entraînant
le décret du 20 novembre 2009, qui      au besoin et à l’intérêt d’un enfant     une différence de traitement. Le
autorise les partenaires liés à un      adopté ». Malgré les évolutions          Conseil d’État avait statué sur une
fonctionnaire d’État ou hospita-        législatives et réglementaires de la     requête formulée par une personne
lier par un pacte civil de solidarité   procédure d’agrément visant à sa         célibataire à l’encontre d’un refus
(Pacs) à percevoir le capital décès     généralisation et sa simplification,     d’agrément notifié par le président
prévu par l’article D. 712-19 du Code   celle-ci continue de faire l’objet de    du conseil général du Jura le 26 nov-
de la Sécurité sociale. Jusqu’alors,    divergences, notamment jurispru-         embre 1998. Or, en février 2009,
outre les enfants du fonctionnaire      dentielles.                              l’orientation sexuelle a une nouvelle
décédé, seul l’époux ou l’épouse de     Par un arrêt du 22 janvier 2008, la      fois été opposée, de manière impli-
celui-ci pouvait prétendre au verse-    France a été condamnée par la Cour       cite, à la requérante pour fonder un
ment de ce capital.                     Européenne des Droits de l’Homme         nouveau refus. On ne peut trouver
                                        (CEDH), à la suite d’un arrêt du         de justification à ce raisonnement
le problème de la procédure             Conseil d’État, incompatible avec les    puisque la loi française ouvre le
d’agrément pour adopter                 dispositions combinées des articles      droit à l’adoption d’un enfant à toute
Le Code civil autorise l’adoption par   14 (interdiction de la discrimina-       personne célibataire, sans aucune
un couple marié et par toute per-       tion) et 8 (droit au respect de la vie   précision sur l’orientation sexuelle
sonne célibataire âgée de plus de       privée) de la CEDH. Dans cet arrêt,      de l’adoptant ou la nécessité d’un
28 ans. L’agrément en vue d’adop-       il a été considéré que la relation       référent de l’autre sexe.                 OOO




                                               médiateur de la république                                                        53
paCiFier	LeS	reLationS,	apaiSer	LeS	tenSionS	:	La	ContribUtion	dU	médiateUr
           DES PROPOSItIONS POUR UN SyStèME PLUS HUMAIN



     OOO   Face au refus ostensible d’une col-       tionnements auxquels ce défaut d’en-     d’une nature particulière qui méri-
           lectivité territoriale de respecter la    cadrement est susceptible d’aboutir.     terait quelques dispositions spéci-
           Convention européenne, le Média-          L’autopsie est la pratique de diver-     fiques. L’autopsie constitue en effet
           teur a formulé une proposition de         ses incisions sur un corps mort dans     une atteinte à l’intégrité du cadavre
           réforme afin d’introduire dans la         le but d’en examiner les organes         qui peut être vécue de façon dou-
           procédure d’agrément prévue par           internes. Elle est dite « judiciaire »   loureuse par les familles.
           le Code de l’action sociale et des        ou « médico-légale » lorsqu’elle est     Comme toute autre mesure d’ins-
           familles le principe de l’intérêt supé-   effectuée sur mandat judiciaire dans     truction et d’expertise, l’autopsie
           rieur de l’enfant, qui ne saurait être    le cadre d’une enquête, notamment        judiciaire peut être ordonnée par le
           écarté au bénéfice d’appréciations        pour déterminer les origines d’un        juge d’instruction ou – le plus sou-
           subjectives.                              décès dont la cause est inconnue ou      vent – par le procureur de la Répu-
           Depuis, le tribunal administratif de      suspecte.                                blique sur le fondement de l’article 74
           Besançon a, le 10 novembre 2009,          Ainsi que l’a relevé le rapport pré-     du Code de procédure pénale. Par
           accordé à la requérante le droit          senté en janvier 2006 par la mis-        ailleurs, comme l’indique le rapport
           d’accueillir un enfant, néanmoins le      sion interministérielle en vue d’une     déjà cité, la médecine légale n’est
           besoin de clarification et de préci-      réforme de la médecine légale,           régie que par un ensemble de cir-
           sion persiste.                            « l’absence de cadre légal ou régle-     culaires (huit au total) peu structu-
                                                     mentaire est une caractéristique         rantes et mal articulées entre elles,
           renforcer l’encadrement                   majeure de la médecine légale            dont les prescriptions n’ont de sur-
           juridique des autopsies                   française ». Les autopsies judiciai-     croît guère été mises en œuvre. Ce
           judiciaires                               res, qui constituent une des com-        défaut d’encadrement normatif est
           Le Médiateur de la République est         posantes de cette médecine légale,       d’autant plus étonnant que le régime
           également appelé à intervenir dans        ne font l’objet d’aucune disposition     juridique des autopsies médicales
           le domaine de l’éthique. Dans ce          particulière dans le Code de procé-      (menées à des fins thérapeutiques
           cadre, son attention s’est portée sur     dure pénale, alors que l’on peut esti-   ou scientifiques) a été quant à lui
           les lacunes du régime juridique des       mer que les prélèvements humains         clarifié par la loi du 6 août 2004 rela-
           autopsies judiciaires et les dysfonc-     constituent une mesure d’enquête         tive à la bioéthique.
                                                                                              Plusieurs affaires instruites par
                                                                                              l’Institution mettent en évidence
                                                                                              les problèmes occasionnés par cette
                                                                                              carence. Le manque de contrôle sur
                                                                                              les activités médico-légales peut
                                                                                              conduire à des pratiques médi-
                                                                                              cales portant atteinte à la dignité
                                                                                              du corps du défunt, la restitution
                                                                                              du corps étant effectuée dans un
                                                                                              état inconvenant et choquant pour
                                                                                              les proches. Il convient à cet égard
                                                                                              de signaler que l’obligation faite aux
                                                                                              médecins de s’assurer de la meilleure
                                                                                              restauration possible du corps, for-
                                                                                              mulée à l’article L. 1232-5 du Code
                                                                                              de la santé publique, ne s’applique
                                                                                              qu’aux autopsies médicales et n’est
                                                                                              pas expressément prévue pour les
                                                                                              autopsies judiciaires.
                                                                                              Certes, des dispositions juridiques
                                                                                              consacrent le respect dû aux morts
                                                                                              mais il s’agit de principes généraux
                                                                                              qui ne visent pas spécialement la
                                                                                              médecine légale. On observe égale-
                                                                                              ment un manque de précisions sur
                                                                                              les conditions de restitution de la
                                                                                              dépouille, puisqu’il n’existe pas de
                                                                                              dispositions juridiques relatives aux


54                                                                rapport annuel 2009
principes et délais de cette restitu-      À la suite de la transmission de ces        débattues lors d’un colloque orga-
tion. Le corps reste ainsi à la dispo-     propositions aux ministères concer-         nisé par le Médiateur à l’Assemblée
sition de l’autorité judiciaire, jusqu’à   nés, le ministère de la Justice a           nationale le 6 octobre 2009.
ce que sa restitution soit autorisée       informé l’Institution par courrier, en      Il n’y a pas de bonnes expertises
par ladite autorité. Cette situation a     juillet 2009, des initiatives prises pour   sans de bons experts. C’est pour-
donné lieu à une condamnation de la        remédier aux différents problèmes           quoi le Médiateur de la République
France par la Cour Européenne des          constatés. Une circulaire a été diffu-      a préconisé de renforcer le pro-
Droits de l’Homme (arrêt Pannullo          sée auprès des parquets afin d’har-         cessus de sélection des experts en
et Forte du 30 octobre 2001).              moniser leurs pratiques en matière          revoyant notamment les modalités
Enfin se pose le problème du devenir       d’autopsies judiciaires et d’appeler        d’établissement de la liste nationale
des prélèvements humains. Comme            leur attention sur la nécessité de          des experts judiciaires, actuelle-
l’a relevé la Cour d’appel de Tou-         veiller à la restitution des corps aux      ment dressée par le bureau de la
louse dans son arrêt du 28 avril 2009      familles dans un état digne.                Cour de cassation. Une commission
sur une affaire particulièrement           Il demeure cependant nécessaire de          nationale de l’expertise pourrait
douloureuse portée à l’attention du        combler certaines lacunes des règles        être constituée, associant, outre
Médiateur de la République, « il n’y       juridiques encadrant ces autopsies,         des magistrats et des experts, les
a pas de disposition légale précise        notamment quant au statut des pré-          compagnies nationales d’experts,
sur la façon dont doivent être trai-       lèvements biologiques placés sous           les représentants des principaux
tés les prélèvements faits pendant         scellés et à la réponse pouvant être        ordres et organismes professionnels
une autopsie judiciaire ».                 apportée à une demande de restitu-          concernés ainsi que des représen-
Ces prélèvements ne sont en effet          tion de ces prélèvements. Dans sa           tants des particuliers. Cette liste
pas concernés par les articles             réponse, le Garde des Sceaux indi-          pourrait servir de référence pour
R. 1335-9 à R. 1335-12 du Code de la       que qu’un groupe de travail intermi-        la désignation des experts méde-
santé publique, qui fixent les règles      nistériel, sous l’égide de la Chancel-      cins dans un contexte aussi bien
relatives à l’élimination des pièces       lerie, a été constitué dans le but de       de règlement juridictionnel que de
anatomiques. Ces règles visent uni-        définir un cadre juridique pour ces         règlement amiable du litige.
quement les organes ou membres             scellés de nature particulière.
recueillis à l’occasion des activités de                                               Pour être inscrit sur la liste, le can-
soins ou d’activités assimilées (ensei-    la qualité des expertises                   didat devrait attester ses qualifica-
gnement, recherche et production           médicales judiciaires                       tions et exercer la profession au titre
industrielle dans les domaines de          en question                                 de laquelle il revendique sa qualité
la médecine humaine et vétérinaire         La qualité des expertises médicales,        d’expert. La commission chargée
ainsi qu’activités de thanatopraxie).      notamment lorsqu’elles intervien-           de l’établissement de la liste natio-
Le Médiateur de la République pré-         nent dans un cadre contentieux, fait        nale pourrait participer à la for-
conise l’adoption des mesures sui-         l’objet de critiques récurrentes qui        mation continue des experts, en
vantes : l’extension aux autopsies         mettent en cause la crédibilité à la        collaboration avec les compagnies
judiciaires de l’obligation faite au       fois de la justice et de la médecine.       nationales d’experts. La désignation
médecin de s’assurer de la meilleure       Au terme d’une réflexion collective         par le juge d’un expert en dehors
restauration possible du corps ; la        menée avec des personnalités qua-           de cette liste ou des listes locales
transposition en droit interne de la       lifiées, le Médiateur de la République      établies au niveau des cours d’ap-
jurisprudence de la CEDH concer-           a soumis aux pouvoirs publics une           pel devrait être limitée à des cir-
nant le droit des proches à obtenir la     proposition de réforme prenant en           constances exceptionnelles et faire
restitution du corps du défunt dans        compte chaque stade du proces-              l’objet d’une décision motivée. Pour
un délai approprié ; la définition d’un    sus d’expertise et préconisant trois        les expertises complexes, il convien-
statut juridique spécifique aux pré-       objectifs : compétence, indépen-            drait d’avoir recours à la collégialité.
lèvements humains.                         dance, contrôle. Ces pistes ont été         Concer na nt la réa l isation des          OOO




                                                  médiateur de la république                                                            55
paCiFier	LeS	reLationS,	apaiSer	LeS	tenSionS	:	La	ContribUtion	dU	médiateUr
           DES PROPOSItIONS POUR UN SyStèME PLUS HUMAIN



     OOO   expertises, la création d’un système     promouvoir la culture                    que » qui serve aux deux finalités
           de contrôle de la pertinence scienti-    du signalement dans la santé             d’alerte et de surveillance. Concer-
           fique des arguments et des conclu-       Au-delà des propositions de réforme      nant la remontée d’informations de
           sions des experts serait plus qu’utile   avancées par le Médiateur de la          la part du citoyen, le Pôle Santé et
           ainsi qu’une évaluation par les          République, son action vise aussi à      Sécurité des Soins de l’Institution
           magistrats de la qualité des répon-      améliorer au quotidien le comporte-      constitue aujourd’hui la préfigura-
           ses obtenues aux questions posées.       ment des acteurs. C’est par exemple      tion d’un système à guichet unique.
           L’expert devrait expliciter sa démar-    le cas dans le domaine de la santé,      Il est un observatoire privilégié des
           che méthodologique et présenter          où l’Institution cherche à développer    événements indésirables graves et
           un pré-rapport soumis à un débat         au sein du corps médical une culture     des accidents rapportés par des
           contradictoire. En effet, le respect     du signalement des incidents et acci-    usagers. Ces événements signalés
           du principe du contradictoire (c’est-    dents qui reste encore trop faible.      au Médiateur de la République sont
           à-dire le fait que dans le cours d’un    Cette insuffisance s’explique par        dans 40 % des cas liés à un préjudice
           procès, chacune des parties a été        deux facteurs. En premier lieu,          susceptible d’entraîner des pour-
           mise en mesure de discuter à la          lorsqu’ils effectuent ces signale-       suites disciplinaires ou d’engager
           fois l’énoncé des faits et les moyens    ments, les professionnels de santé       la responsabilité pénale, civile ou
           juridiques que ses adversaires lui       ne disposent pas de mesures de           administrative d’un professionnel
           ont opposés) bien qu’inhérent au         protection, de sorte qu’ils peuvent      de santé.
           débat judiciaire, semble insuffi-        craindre que la transmission de ces      Les collaborations avec le ministère
           samment mis en œuvre pour les            informations ne les pénalise, que        de la Santé et des Sports, l’Institut
           expertises. Les parties ont souvent      la fiche de signalement se retrouve      de veille sanitaire, et l’Afssaps, des
           le plus grand mal à se faire préciser    dans le dossier du patient, voire        actions de partenariat avec l’Autorité
           la méthodologie et à pouvoir discu-      qu’elle soit utilisée par une personne   de sûreté nucléaire, le rapproche-
           ter les conclusions de l’expert. Les     mal intentionnée.                        ment avec le Conseil national de l’or-
           experts eux-mêmes regrettent de          L’insuffisance des signalements tient    dre des médecins et l’Ordre national
           ne pas disposer d’informations sur       aussi à la complexité des démarches      des infirmiers, l’accord passé avec la
           le devenir de leurs rapports et sur      à accomplir et à la multiplicité de      Haute Autorité de santé sont autant
           l’appréciation qui en a été faite par    leurs destinataires. Soit l’exemple      d’actions qui permettent au Média-
           le juge et les parties au procès. Le     d’une personne qui dans un hôpital       teur de la République de remplir une
           Médiateur de la République sug-          se ferait opérer pour une prothèse       mission de veille et d’alerte d’autant
           gère par ailleurs que les expertises     de hanche, serait transfusée lors de     plus efficace qu’il recueille un grand
           soient évaluées à la fin de la procé-    cette intervention et décéderait. En     nombre d’informations émanant à
           dure judiciaire.                         pareil cas, on peut identifier jusqu’à   la fois des professionnels de santé
           Afin d’éviter que des conflits d’inté-   neuf signalements possibles puisque      et des usagers. Car prise indivi-
           rêts ne viennent perturber l’exper-      l’on pourrait suspecter un problème      duellement, une information n’a pas
           tise et entacher l’ensemble de la pro-   infectieux (à signaler à la Direction    de sens ; mais recoupée, elle peut
           cédure à laquelle elle se rattache, le   des affaires sanitaires et sociales),    constituer une alerte pour l’autorité
           Médiateur de la République propose       ou lié à la transfusion (Établisse-      sanitaire sur un événement suscep-
           qu’une déclaration d’indépendance        ment français du sang), ou encore        tible de mettre en danger une autre
           soit effectuée par l’expert à l’occa-    au matériel utilisé (Afssaps), etc.      personne ou d’avoir un impact de
           sion de chaque désignation. Cette        Par ailleurs, ces signalements doi-      santé publique. K
           déclaration viendrait compléter le       vent être faits à des personnes qui
           serment d’accomplir sa mission en        ne communiquent pas systémati-
           son « honneur et conscience » qu’il      quement entre elles, ce qui rend
           prête au moment de son inscription.      l’analyse de l’accident encore plus
           Enfin, le droit à l’expertise dans le    complexe.
           cadre d’une procédure judiciaire         Comme il n’est pas de progrès pos-
           civile se trouve compromis par son       sible sans signalement des événe-
           coût et par la règle obligeant le        ments indésirables survenant dans
           demandeur à faire l’avance des frais.    les établissements de santé, il faut
           Une transparence et une relative         mettre en place un système assu-
           harmonisation des honoraires s’im-       rant la protection de ceux qui l’uti-
           posent, le niveau des tarifs devant      lisent et cohérent pour les acteurs
           aussi correspondre à la qualité et au    de terrain ; pour les professionnels
           niveau de complexité de l’expertise.     de santé, une sorte de « guichet uni-


56                                                               rapport annuel 2009
les grandes orientations pour 2010
en	2010,	le	médiateur	entend	poursuivre	son	action	réformatrice	selon	quatre	grandes	orientations	:	
le	suivi	des	nouvelles	propositions,	la	participation	au	rendez-vous	sur	les	retraites,	le	suivi	
de	l’exécution	des	propositions	satisfaites	et	une	attention	particulière	à	certains	dossiers	anciens	
bloqués	ou	repoussés.


quelques nouvelles propositions de réforme à suivre en 2010

l’amélioration des droits                 et l’autre visant à renforcer les droits   ➜ la situation des enfants
des victimes de dommages                  des victimes dans les différents dis-      recueillis en france selon
corporels                                 positifs.                                  la procédure dite de la kafala
Le Médiateur a été alerté par divers      Ces propositions font l’objet d’une        Ce dossier est évoqué plus avant
partenaires qui mettaient en cause        consultation de grande ampleur             dans le rapport ; on le résumera ici
plusieurs aspects du fonctionne-          auprès des différents acteurs concer-      en disant que le Médiateur souhaite
ment du dispositif d’indemnisation        nés (associations, magistrats, avocats     obtenir des réponses pour améliorer
des victimes d’accidents de la cir-       spécialisés, universitaires, assureurs,    la situation de ces enfants d’origine
culation, mis en place par la loi du      parlementaires). Ces problèmes             maghrébine, le plus souvent orphe-
5 février 1985, dite loi Badinter. Le     avaient déjà donné lieu à d’impor-         lins, recueillis par des familles fran-
Médiateur a d’abord organisé un col-      tants rapports, celui de la commission     çaises et qui ne bénéficient ni de la
loque sur le dispositif de réparation     dirigée par Madame Lambert-Faivre          protection accordée dans leur pays
amiable des accidents médicaux            sur le droit du dommage corporel           d’origine par la kafala judiciaire ni
créé par la loi Kouchner.                 ou celui du groupe de travail dirigé       de la protection accordée par le droit
Fort des ces échanges et de ces           par Monsieur Jean-Pierre Dintilhac,        français de l’adoption.
témoignages faisant apparaître que        président de chambre honoraire de
la multiplicité et l’empilement des       la Cour de cassation, ce dernier ayant     ➜ l’octroi des allocations
dispositifs génèrent des iniquités        apporté un soutien de poids au tra-        familiales aux parents d’enfants
pour les victimes, plus ou moins bien     vail du Médiateur.                         étrangers
indemnisées et assistées en fonction      Enfin, les propositions du Médiateur       Le Médiateur entend obtenir des
du dispositif en cause, il a été décidé   rejoignent les préoccupations du Parle-    réponses tant juridiques qu’humai-
d’aller au-delà d’une réforme ponc-       ment puisqu’une une proposition de loi     nes au problème posé par le refus
tuelle de ces dispositifs particuliers    a été déposée à l’Assemblée nationale      opposé par les caisses d’allocations
pour proposer une réforme plus            par Monsieur Guy Lefrand « visant à        familiales de verser des prestations
globale et cohérente de l’ensemble        améliorer l’indemnisation des victimes     à des parents étrangers en situation
des dispositifs d’indemnisation des       de dommages corporels à la suite d’un      régulière dont les enfants dont ils
dommages corporels.                       accident de la circulation ».              ont la charge sont entrés sur le terri-
Deux propositions de réforme com-                                                    toire national en dehors de la procé-
plémentaires sont donc en cours           l’amélioration                             dure de regroupement familial.
d’élaboration, l’une proposant d’uni-     de la protection des enfants               Il a tout d’abord alerté le ministre
fier les outils méthodologiques utili-    Ce thème fait l’objet de plusieurs pro-    du Travail, des Relations sociales,
sés par les différents acteurs de l’in-   positions en cours d’élaboration ou déjà   de la Famille, de la Solidarité et de
demnisation du dommage corporel           communiquées aux pouvoirs publics.         la Ville, par une lettre en date du       OOO




                                                 médiateur de la république                                                          57
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           LES gRANDES ORIENtAtIONS POUR 2010



     OOO   11 février 2009 réitérée le 10 avril sui-   ➜ fiscalité des successions             de la loi du 5 mars 2007 portant
           vant sur ce problème et ce, d’autant        et donations concernant                 réforme de la protection juridique
           plus que des jugements défavorables         les adoptés simples                     des majeurs pour laquelle le Média-
           aux caisses d’allocations familiales        Contrairement au régime fiscal          teur s’était beaucoup impliqué, il en
           sont rendus. Les lettres sont restées       applicable à la personne adoptée        a effectué un bilan à la lumière des
           sans réponse, c’est pourquoi une            de façon plénière, dont la situation    principales observations, critiques
           proposition de réforme a été adres-         est assimilée à celle de l’enfant né    et réclamations dont il a été desti-
           sée au nouveau ministre en octobre          au sein de la famille considérée,       nataire, s’agissant notamment du
           dernier.                                    l’adopté simple est considéré comme     contenu des décrets d’application
                                                       un étranger sur le plan fiscal vis-à-   nécessités par la loi.
           ➜ la réforme de la procédure                vis de sa famille adoptive.             Ce dispositif important et complexe,
           d’agrément en vue d’adopter                 C’est pourquoi, à un moment où          au sein duquel interviennent de nom-
           L’agrément en vue d’adoption, visé          une réflexion s’est engagée en vue      breux acteurs de la santé, du social et
           par l’article 353-1 du Code civil, est      de rendre le dispositif français        de la justice, mérite à l’évidence quel-
           délivré par le président du conseil         d’adoption plus efficace et de mieux    ques apports complémentaires.
           général après avis d’une commission         répondre à la grande diversité des      C’est l’objet d’une proposition de
           d’agrément.                                 situations familiales, le Médiateur     réforme qui porte sur les modalités
           Afin de mettre un terme aux contro-         de la République propose d’appor-       de financement de la prise en charge
           verses jurisprudentielles et aux dis-       ter des aménagements aux règles en      des majeurs protégés, le contrôle
           parités constatées entre les dépar-         vigueur en vue de réduire les droits    des comptes de tutelle et les moda-
           tements, le Médiateur a formulé             de succession que doivent acquitter     lités de l’inventaire du patrimoine, la
           une proposition de réforme visant à         les adoptés simples sans aller toute-   situation des mandataires judiciaires
           introduire dans la procédure d’agré-        fois jusqu’à aligner leur régime sur    bénévoles, la qualité de créanciers
           ment prévue par le Code de l’action         celui des adoptés pléniers.             privilégiés reconnue aux majeurs pro-
           sociale et des familles le principe de                                              tégés en cas de liquidation judiciaire
           l’intérêt supérieur de l’enfant, qui ne     l’amélioration de la protection         de l’organisme de tutelle, le renforce-
           saurait être écarté au bénéfice d’ap-       des incapables majeurs                  ment des moyens des conseils géné-
           préciations subjectives.                    Un an après l’entrée en vigueur         raux et des magistrats.



           le nouveau rendez-vous sur les retraites

           En 2008, le Médiateur avait com-            expose de façon détaillée les pro-      prise en compte des périodes d’in-
           muniqué aux ministres compétents            positions du Médiateur de la Répu-      validité des non-salariés agricoles,
           14 propositions de réforme visant           blique. Elles portent sur les points    la validation des stages de formation
           à enrichir le débat sur les retraites       suivants : les avantages familiaux,     des chômeurs, la validation des ser-
           qui devait avoir lieu cette année-là        la retraite anticipée pour carrière     vices militaires effectués à l’étran-
           conformément à la loi du 21 août            longue, la réversion entre conjoints    ger ou dans les Tom avant 1989, le
           2003 portant réforme des retraites.         et anciens conjoints survivants, le     volontariat pour le développement,
           Dans son rapport d’information              cumul emploi-retraite, les surcoti-     l’activité accessoire de secrétaire de
           sur le rendez-vous de 2008 sur              sations pour temps partiel dans la      mairie et le droit à l’information.
           les retraites, en date du 8 octobre         fonction publique, les chômeurs en      Le rendez-vous sur les retraites ayant
           2008, le député Denis Jacquat, rap-         fin de carrière, la prise en compte     été reporté en 2010, le Médiateur va
           porteur sur l’assurance vieillesse          de la dernière année travaillée dans    promouvoir la prise en compte par
           pour la commission des affaires             le calcul du salaire annuel moyen et    les pouvoirs publics de ses observa-
           culturelles, familiales et sociales,        la situation des polypensionnés, la     tions et de ses propositions.



           le suivi de la bonne exécution des propositions abouties

           Le Médiateur de la République exerce        C’est notamment le cas dans trois       fichiers de police judiciaire réalisée
           un suivi des propositions de réforme        domaines : la réforme du recours        à des fins d’enquête administrative
           pour lesquelles il a obtenu satisfac-       subrogatoire contre tiers (RCT),        (Stic et Judex) et les avoirs non
           tion mais qui peuvent faire l’objet de      le renforcement des garanties judi-     réclamés de l’assurance-vie.
           difficultés dans leur application.          ciaires pour la consultation des


58                                                                 rapport annuel 2009
tuées en 2009 ont permis d’identifier
                                                                                  14 424 contrats et de verser 121 mil-
                                                                                  lions d’euros supplémentaires aux
                                                                                  bénéficiaires (montant à ajouter aux
                                                                                  87 millions d’euros versés en 2009
                                                                                  dans le cadre du dispositif Agira-I
                                                                                  de la loi du 15 décembre 2005).

                                                                                  Le Médiateur suit avec intérêt la pro-
                                                                                  position de loi déposée au Sénat par
                                                                                  Hervé Maurey, qui prône la publi-
                                                                                  cation par les assureurs, en marge
                                                                                  des rapports annuels, de données
                                                                                  statistiques concernant les contrats
                                                                                  et encours détenus et reversés et
                                                                                  relatives aux démarches entreprises
le recours subrogatoire                 tes de préjudices et d’une table de       pour la recherche des bénéficiaires.
contre tiers payeurs                    concordance ; les incidences sur la       De même, il ne s’interdit pas d’éten-
Le Médiateur a organisé une table       conduite des expertises médica-           dre le débat aux livrets d’épargne
ronde avec les acteurs concernés        les ; enfin, la nécessité éventuelle      non réclamés.
en vue d’effectuer un bilan de la       d’un complément de réforme.
réforme introduite par l’article 25                                               la reconnaissance
de la loi du 21 décembre 2006. Ont      les avoirs non réclamés                   des partenariats civils
été évoqués le problème particulier     de l’assurance vie : satisfaction !       étrangers
des accidents du travail et des allo-   Le Médiateur se réjouit de consta-        Le Médiateur suit l’entrée en appli-
cations temporaires d’invalidité,       ter que le traitement du stock des        cation concrète de l’article 1er de la
notamment à la suite des arrêts         avoirs non réclamés, rendu possible       loi n° 2009-526 du 12 mai 2009 de
de la Cour de cassation en date du      par la consultation du fichier Insee      simplification et de clarification du
19 mai, du 11 juin, et du 22 octobre    prévue par la loi du 17 décembre          droit et d’allègement des procédu-
2009 ; la nécessité d’une officiali-    2007, est désormais une réalité. Les      res, qui a introduit l’article 515-7-1
sation de la nomenclature des pos-      6 millions d’interrogations effec-        du Code civil.



les efforts à poursuivre en 2010

Le Médiateur attache une attention      des pouvoirs publics, dès 2005, sur       article, alors même que la viabilité
particulière à certains anciens dos-    la nécessité de consolider et d’adap-     constitue l’un des deux critères
siers bloqués ou trop vite repoussés.   ter le régime juridique des enfants       conduisant à conférer la personna-
                                        nés sans vie, c’est-à-dire des enfants    lité juridique au fœtus décédé ; par
le régime juridique                     décédés avant la déclaration de           ailleurs, le Médiateur a signalé cer-
des enfants nés sans vie                naissance à l’état civil. Ce régime est   taines conséquences inéquitables
Autre sujet douloureux sur lequel       fixé par l’article 79-1 du Code civil     découlant de l’acte d’enfant sans vie
l’Institution se mobilise depuis de     et souffre de deux principales fai-       prévu par le 2e alinéa de cet article.
nombreuses années : l’état civil des    blesses : l’absence d’une définition      Pour sortir de cette zone d’ombre, le
enfants nés sans vie. Le Médiateur      normative de la notion de « viabi-        Médiateur de la République a notam-
de la République a appelé l’attention   lité » mentionnée à l’alinéa 1er de cet   ment préconisé de donner une base        OOO




                                               médiateur de la république                                                        59
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           LES gRANDES ORIENtAtIONS POUR 2010



     OOO   juridique opposable aux critères de       un poids de 500 grammes) mais sur         le don du corps à la science
           viabilité à partir des recommanda-        la production d’un certificat médi-       L’attention du Médiateur de la Répu-
           tions de l’Organisation mondiale de       cal d’accouchement. Une circulaire        blique a notamment été appelée à
           la santé (OMS).                           interministérielle en date du 19 juin     plusieurs reprises sur les problèmes
           À l’instigation du Médiateur, le          2009 s’efforce de préciser les condi-     rencontrés par les familles de per-
           décret n° 2008-32 et l’arrêté du          tions d’établissement de ce certifi-      sonnes ayant fait don de leur corps
           9 janvier 2008 ont permis l’octroi du     cat, mais le flou de la notion d’accou-   à la médecine. Deux difficultés
           congé de paternité pour un enfant         chement et l’absence de définition        particulières ont été identifiées : le
           né sans vie (uniquement lorsque           de la notion de viabilité posent aussi    devenir du corps après traitement
           l’enfant décédé a atteint le seuil de     de sérieux problèmes pour l’appli-        par les établissements donataires et
           viabilité). Sous la pression de la Cour   cation du 1er alinéa de l’article 79-1    les frais supportés par les donateurs
           de cassation, deux autres décrets         du Code civil, lequel prévoit la déli-    ou leurs ayants droit. En théorie,
           (n° 2008-798 et n° 2008-800 du            vrance d’un acte de naissance et de       l’établissement donataire assure à
           20 août 2008) et leurs arrêtés d’ap-      décès (donc l’attribution de la per-      ses frais l’inhumation ou la créma-
           plication sont parus au Journal           sonnalité juridique) lorsque l’enfant     tion du corps. Cependant, la plupart
           Officiel du 22 août 2008.                 est déclaré « né vivant et viable ». Le   des établissements, voire la totalité,
           Le premier permet aux couples             Médiateur est ainsi préoccupé par la      ne pratiquent plus depuis 1998 que
           non mariés ne possédant pas déjà          persistance d’une réelle insécurité       la crémation après utilisation des
           un livret de famille de solliciter la     juridique, puisque l’on s’en remet à      corps.
           délivrance de ce document aux fins        l’appréciation individuelle des pro-      S’agissant des frais supportés, les
           d’y inscrire, à titre symbolique, leur    fessionnels de santé pour l’établis-      établissements en charge de cette
           enfant né sans vie.                       sement d’actes aux conséquences           question ont mis en œuvre des pra-
           Le second décret et son arrêté d’ap-      juridiques lourdes.                       tiques disparates assorties de tarifi-
           plication visent à préciser les condi-    C’est pourquoi le Médiateur a décidé      cations propres. Ainsi, les donateurs
           tions d’établissement de l’acte d’en-     de poursuivre l’instruction de cette      se sont vu imputer des « frais de
           fant sans vie, qui n’est plus fondé       proposition de réforme, en soumet-        dossier » forfaitaires correspondant
           sur les seuils de viabilité définis par   tant ce sujet aux députés de la mis-      le plus souvent au fonctionnement
           l’OMS (22 semaines d’aménorrhée ou        sion de révision des lois bioéthiques.    du service et plus précisément aux
                                                                                               frais d’incinération, parfois asso-
                                                                                               ciés à l’obligation de souscrire des
                                                                                               contrats d’assurance obsèques dési-
                                                                                               gnant les établissements comme
                                                                                               bénéficiaires, et facturer les frais de
                                                                                               transport du lieu de décès à l’établis-
                                                                                               sement donataire.
                                                                                               Pour remédier à ce phénomène, le
                                                                                               Médiateur de la République avait pré-
                                                                                               conisé la mise en place d’un groupe
                                                                                               de travail copiloté par le ministère
                                                                                               de l’Enseignement supérieur et de
                                                                                               la Recherche et le ministère de l’In-
                                                                                               térieur. Ainsi, il a pu être dégagé
                                                                                               un scénario global de réforme de
                                                                                               la procédure de don de corps, por-
                                                                                               tant notamment sur l’introduction
                                                                                               d’une disposition législative sur
                                                                                               l’encadrement juridique des restes
                                                                                               humains, l’obligation d’une informa-
                                                                                               tion précise du donateur quant aux
                                                                                               traitements et au devenir possible
                                                                                               de son corps et la prise en charge
                                                                                               des différents frais. Ces propositions
                                                                                               ont été transmises en avril 2008
                                                                                               aux cabinets des deux ministères
                                                                                               pilotes (Enseignement supérieur et


60                                                                rapport annuel 2009
Intérieur) et sont encore, à ce jour,     Le Code de la Sécurité sociale (arti-      pour 2009 a en effet prévu que la vic-
en attente d’arbitrage. Elles ont été     cles L. 323-4-1 et D. 323-3) prévoit la    time continue de bénéficier de ses
prises en compte par la mission de        possibilité pour le médecin-conseil        indemnités journalières pendant une
révision des lois bioéthiques.            de consulter le médecin du travail au      période maximale de trente jours.
                                          cours de toute interruption de tra-        Il apparaît nécessaire d’étudier les
médecine du travail                       vail dépassant trois mois. Cette mise      conditions dans lesquelles cette dis-
et sécurité sociale :                     en relation a pour objet de préparer       position pourrait être étendue à l’as-
renforcer la collaboration                les conditions et les modalités de la      surance maladie.
À la fin d’un arrêt maladie, l’insuf-     reprise du travail ou d’envisager des      Le projet d’accord sur la réforme
fisance de la collaboration entre les     démarches de reclassement.                 de la médecine du travail issu de
médecins du travail et les méde-          Si ces mesures paraissent aller dans       la concertation entre les partenai-
cins-conseils du service médical de       le bon sens, l’expérience a révélé que     res sociaux a émis des propositions
l’assurance maladie peut causer de        ce dispositif s’avère peu opération-       visant à prévenir la désinsertion
graves préjudices pour le salarié.        nel en raison de son caractère non         professionnelle des salariés en arrêt
En effet, l’interruption du verse-        contraignant, puisque la consultation      maladie. Ce projet préconisait ainsi
ment des indemnités journalières          du médecin du travail par le méde-         d’instituer une commission col-
(IJ) prononcée par la Caisse d’as-        cin-conseil dépend de la libre initia-     légiale composée du médecin du
surance maladie, sur l’avis de son        tive de ce dernier. Le Médiateur de la     travail, du médecin-conseil de l’as-
médecin-conseil estimant que l’as-        République propose de rendre cette         surance maladie et, le cas échéant,
suré est apte à reprendre un emploi,      collaboration systématique en cas de       du médecin traitant, chargée de pro-
peut aller de pair avec la décision du    difficultés prévisibles à la reprise du    poser au salarié une visite de prére-
médecin du travail d’engager une          travail d’un assuré. Deuxième pro-         prise. Si, lors de la visite de reprise,
procédure d’inaptitude profession-        blème : les imprécisions du décret         le médecin du travail déclare le sala-
nelle. Or, pendant la durée de cette      d’application du 23 décembre 2004,         rié inapte et que le reclassement se
procédure (qui peut durer jusqu’à         qui ne fait état ni de la nature des       révèle impossible, l’employeur peut
six ou sept semaines), le salarié se      informations transmissibles, ni des        procéder au licenciement dans un
trouve privé de ressources : il ne        modalités de leur communication            délai de vingt et un jours suivant
perçoit pas d’IJ, puisqu’il n’est plus    entre les médecins. Le Médiateur de        la déclaration d’inaptitude. L’ac-
en arrêt maladie ; il ne reçoit pas non   la République a donc préconisé de          cord prévoyait que, pendant cette
plus de salaire, du fait de l’inexé-      compléter ce décret en ce sens et de       période, le salarié serait indemnisé
cution de sa prestation de travail.       mettre en place une fiche de liaison       par l’assurance maladie. Lorsque, à
Afin de remédier à ces incohéren-         formalisant la communication des           l’issue du délai de vingt et un jours,
ces, le Médiateur de la République a      données médicales pertinentes.             le salarié n’était pas licencié, l’em-
engagé un travail de réflexion avec la    La troisième et principale difficulté      ployeur devait reprendre le verse-
CNAMTS, qui a d’ores et déjà débou-       est liée au préjudice financier injuste-   ment de son salaire.
ché sur des mesures. La CNAMTS a          ment subi par le salarié faisant l’objet   Face au refus des syndicats d’enté-
ainsi diffusé plusieurs circulaires au    d’une procédure d’inaptitude. Comme        riner l’accord global sur la réforme
sein de son réseau pour développer        il a été vu précédemment, l’intéressé      de la médecine du travail, l’initiative
la collaboration entre l’assuré social,   ne peut en effet bénéficier, durant        appartient désormais aux pouvoirs
le médecin-conseil, le médecin du         toute la durée de cette procédure, ni      publics. Le ministre Xavier Darcos,
travail et l’employeur, de manière à      de sa rémunération, ni de ses indem-       qui a présenté le 4 décembre 2009 les
faciliter la reprise du travail après     nités pour maladie. Ce problème a          axes qu’il entendait donner à cette
un arrêt maladie de longue durée.         d’ores et déjà été pris en considération   réforme, a prévu, parmi ceux-ci, la
Le législateur est ensuite intervenu      s’agissant des accidents du travail ou     systématisation des visites de pré-
dans le cadre de la loi du 13 août        des maladies professionnelles. La loi      reprise et des contacts préalables
2004 relative à l’assurance maladie.      de financement de la Sécurité sociale      entre médecins.                            OOO




                                                 médiateur de la république                                                           61
paCiFier	LeS	reLationS,	apaiSer	LeS	tenSionS	:	La	ContribUtion	dU	mediateUr
           LES gRANDES ORIENtAtIONS POUR 2010



     OOO   les actes réglementaires en attente

           Alors qu’une réponse positive du        iatrogènes et des infections nosoco-     qué au Médiateur de la République,
           ministre ou de l’administration         miales (Oniam). Toutefois, le dispo-     par courrier en date du 8 octobre
           concernés a été transmise au Média-     sitif ne sera opérationnel qu’après la   2008, avoir donné des instructions
           teur de la République, un certain       publication du décret d’application      pour préparer un projet de décret,
           nombre de propositions de réforme       soumis au Conseil d’État et toujours     afin de satisfaire la proposition
           n’ont pu aboutir faute de publication   en attente.                              de réforme. À ce jour, malgré une
           de l’acte réglementaire annoncé.                                                 récente relance, le décret annoncé
                                                   sécuriser le régime d’invalidité         n’est toujours pas paru.
           à quand l’indemnisation                 des fonctionnaires civils
           des victimes de l’hépatite c            de l’état                                ➜ document équivalent
           par une transfusion sanguine ?          Le Médiateur de la République a émis     à l’avis français d’imposition
           À l’instigation du Médiateur, l’arti-   une proposition de réforme visant à      pour les ressortissants
           cle 67 de la loi de financement de la   éviter que des fonctionnaires civils     communautaires
           Sécurité sociale pour 2009 a prévu      de l’État, radiés des cadres pour        La proposition visait à remplacer
           l’indemnisation des personnes           invalidité par leur administration       l’exigence de production d’un avis
           contaminées par le virus de l’hé-       d’emploi après avis de la commission     d’imposition français, pour les res-
           patite C à la suite d’opérations de     de réforme, se voient refuser par le     sortissants communautaires, par la
           transfusion sanguine réalisées par      Service des pensions l’ouverture du      production d’un document équiva-
           des structures de droit privé par       droit à pension civile d’invalidité au   lent, afin de faciliter leurs démar-
           l’Office national d’indemnisation des   motif d’une instruction défectueuse.     ches, d’une part pour l’attribution
           accidents médicaux, des affections      Les ministres compétents ont indi-       d’un logement social et, d’autre part
                                                                                            pour l’obtention d’un « prêt à taux
                                                                                            zéro » soumis à des conditions de
                                                                                            ressources. Un groupe de travail
                                                                                            mis en place sur ce problème sous
                                                                                            l’égide du ministère des Finances a
                                                                                            conclu en juillet 2008 à la proposi-
                                                                                            tion d’édiction d’une instruction fis-
                                                                                            cale toujours attendue. K




62                                                              rapport annuel 2009
un ombudsman à la française
S’il est une caractéristique des droits de l’Homme qu’il faut répéter
et défendre sans relâche, c’est bien celle de leur universalité. Rien
d’étonnant, donc, à ce que le Médiateur de la République, largement
investi dans les débats de société en France, soit tant sollicité pour
soutenir et renforcer l’action des institutions nationales des droits de
l’Homme à travers le monde. Devenu une référence en ce domaine de
par son expertise reconnue au niveau international, il a entamé l’élar-
gissement de ses pouvoirs et missions et deviendra le Défenseur des
droits en 2010, un véritable ombudsman à la française.


                                               •••


les réponses du médiateur de la république
aux grands défis de notre société                                           p. 64
Une	Coopération	toUJoUrS	aCtive	aveC	La	CnCdh                               p. 64
danS	La	«	JUngLe	»	de	CaLaiS                                                p. 65
La	QUeStion	pénitentiaire	toUJoUrS	d’aCtUaLité                              p. 66
Kafala	et	proteCtion	deS	enFantS	étrangerS	:	Le	progrèS	par	La	médiation    p. 67
prévenir	La	maLtraitanCe	deS	perSonneS	vULnérabLeS	danS	Le	miLieU	médiCaL   p. 68

une expertise au service des droits de l’homme                              p. 71
L’eUrope	de	La	médiation                                                    p. 71
Une	eXpertiSe	reConnUe	aU	pLan	internationaL                                p. 72

le défenseur des droits, un ombudsman à la française                        p. 75




                                                                                    OOO




                           médiateur de la république                                     63
un ombudsman à la française

     les réponses du médiateur de la république
     aux grands défis de notre société
     une coopération touJours active avec la cncdh

     Les travaux menés en collabora-         Commission en vertu de l’arrêté          du port du voile intégral, la bioéthi-
     tion avec la Commission Nationale       du 1er avril 2009 relatif à la compo-    que, la traite des êtres humains, le
     Consultative des Droits de l’Homme      sition de la CNCDH. La réflexion a       « délit de solidarité » et, bien sûr, la
     (CNCDH) ont été assez intenses avec     notamment porté sur le projet de         prochaine instauration du Défen-
     le renouvellement de cet organe et      loi pénitentiaire, la situation des      seur des droits.
     la nomination des nouveaux mem-         mineurs étrangers isolés (MEI), le       Ce thème a d’ailleurs entraîné la
     bres en début d’année. Il est à noter   droit d’asile, les questions relatives   constitution d’un groupe de travail
     que le Médiateur de la République       à l’immigration, la réforme de la jus-   spécifique en septembre. Ce groupe,
     est le seul membre de droit de cette    tice des mineurs, l’épineux dossier      auquel le Médiateur de la République
                                                                                      a apporté une contribution active
                                                                                      et par lequel il a été auditionné, a
                                                                                      notamment entendu M. Beauvois,
                                                                                      président de la Commission natio-
                                                                                      nale de déontologie de la sécurité
                                                                                      (CNDS) ; M. Delarue, contrôleur
                                                                                      général des lieux de privation de
                                                                                      liberté ; Mme Versini, Défenseure
                                                                                      des enfants ; M. Leclerc, président
                                                                                      de la Commission d’accès aux docu-
                                                                                      ments administratifs (Cada) ; et un
                                                                                      représentant de M. Schweitzer, pré-
                                                                                      sident de la Haute autorité de lutte
                                                                                      contre les discriminations et pour
                                                                                      l’égalité (Halde). Ses objectifs : per-
                                                                                      mettre à la sous-commission dont il
                                                                                      dépend de rendre un avis aidant à
                                                                                      définir les contours de l’Institution
                                                                                      qui se substituera au Médiateur de la
                                                                                      République, à préciser ses missions
                                                                                      et ses pouvoirs. La contribution du
                                                                                      Médiateur de la République au sein


64                                                        rapport annuel 2009
de ce groupe de travail s’est en par-     ciations, acteurs incontournables        à sa conception », expliquent les
tie inspirée des multiples entretiens     de la vie sociale, à participer à la     services du Médiateur de la Républi-
qu’il a eus tout au long de l’année       construction du Défenseur des            que. Basées sur le projet de loi orga-
avec le milieu associatif et plusieurs    droits, une institution qui sera         nique présenté le 9 septembre, les
autorités administratives indépen-        pour elles un interlocuteur de           réflexions du Médiateur de la Répu-
dantes, comme la Cnil, la Cada et         premier plan et avec lequel les          blique devraient permettre d’éclai-
le contrôleur général des lieux pri-      liens seront d’autant plus étroits       rer les futurs débats parlementaires
vatifs de liberté. « L’ambition du        et la collaboration d’autant plus        sur le Défenseur des droits.
Médiateur était d’inviter les asso-       efficace qu’elles auront participé



dans la « Jungle » de calais

la situation difficile                    plaintes des riverains, la fermeture     difficultés rencontrées par les admi-
des migrants                              du centre d’accueil de jour géré par     nistrateurs ad hoc dans l’exécution
Face à un contexte politique et           le Secours Catholique, qui deman-        de leur mission.
social en mouvement, la question          dait en contrepartie l’ouverture d’un    En outre, la détermination de l’âge
des droits de l’Homme prend depuis        véritable centre d’accueil pour les      étant crucial dans ce type de dos-
plusieurs années une importance           personnes vulnérables. Après de          sier, le Médiateur de la République
croissante dans l’activité du Média-      longues négociations, un protocole       a recommandé le développement
teur de la République. En 2009, ce        d’accord a finalement pu être signé,     de la recherche de moyens de
que les médias ont appelé la « jun-       grâce à l’intervention du Médiateur      détection modernes afin de ne plus
gle » de Calais a sans doute consti-      de la République, qui est parvenu à      avoir recours à terme à l’expertise
tué l’une des affaires les plus emblé-    recréer des liens de confiance entre     osseuse, actuel procédé de détermi-
matiques à cet égard. Dès janvier,        la mairie et l’association. Il prévoit   nation de l’âge par examen osseux.
Jean-Paul Delevoye, alerté sur la         que le local d’accueil du Secours        Concernant la demande d’asile du
situation des migrants à Calais, s’est    Catholique fermera dès que le cen-       mineur, il suggère la présence d’une
rapproché des acteurs de ce dos-          tre d’accueil de jour pour les popu-     personne compétente en la matière
sier afin de mettre son expertise au      lations vulnérables, mis à disposi-      et d’un interprète ainsi que la forma-
service de la résolution des aspects      tion par la mairie et exploité par le    tion des personnels de l’Office fran-
humanitaires de la question. Depuis       Secours Catholique, ouvrira ses por-     çais de protection des réfugiés et
la fermeture du centre de Sangatte,       tes, en mars 2010.                       apatrides (Ofpra) aux besoins spéci-
en 2002, les associations ont joué un                                              fiques du mineur étranger isolé.
rôle essentiel dans la distribution       la contribution du médiateur             Le Médiateur de la République a éga-
des repas, les services de douches        de la république                         lement pris contact avec l’Assemblée
ainsi que la protection et l’informa-     Le ministre de l’Immigration, de         des départements de France afin
tion des migrants. Cependant, en          l’Intégration, de l’Identité nationale   de dégager des solutions pour une
raison des difficultés rencontrées,       et du Développement solidaire, Éric      meilleure coordination des compé-
le milieu associatif a remis en cause     Besson, a décidé en mai la mise en       tences entre l’État et les collectivités
l’aide qu’il apportait et a demandé à     place d’un groupe de travail sur les     locales sur la prise en charge des
l’État de prendre part à l’effort. Face   mineurs étrangers isolés (MEI)           MEI.
au blocage de la situation, le Média-     regroupant les ministères concer-        Enfin, à la suite du démantèlement
teur de la République s’est attaché       nés (notamment l’Intérieur, la Jus-      de la « jungle » de Calais, le Média-
à renouer, en dehors des médias,          tice et les Affaires sociales) ainsi     teur de la République, lors de sa
les fils du dialogue entre les acteurs    que le Médiateur de la République        visite du 25 septembre au centre
institutionnels et associatifs. Acteur    et des associations comme la Croix       d’hébergement de Vitry-sur-Orne
neutre et indépendant, il a ainsi pu      Rouge Française, France Terre            (Moselle), où les mineurs de Calais
amener les parties en présence à des      d’asile et Enfants du Monde Droits       avaient été transportés, a fait trois
avancées. Si des solutions ont ainsi      de l’Homme. Le Médiateur de la           propositions.
pu rapidement être trouvées sur la        République s’est positionné, lors        • Le dispositif exceptionnel mis
distribution des repas, la question       des séances de travail de groupe,          en place pour les MEI de Calais
de l’accueil de jour et du service des    sur différentes problématiques rela-       (installé par l’État à hauteur de
douches s’est révélée plus difficile à    tives aux MEI, comme leur prise en         700 000 euros) devrait être géné-
régler. La mairie de Calais avait sou-    charge et leur protection dès leur         ralisé à tous les MEI présents sur
haité, du fait du nombre croissant de     arrivée en France, ainsi que sur les       le territoire national.                  OOO




                                                 médiateur de la république                                                         65
Un	ombUdSman	à	La	FrançaiSe
           LES RÉPONSES DU MÉDIAtEUR DE LA RÉPUBLIQUE AUx gRANDS DÉFIS DE NOtRE SOCIÉtÉ



     OOO   • L’État devrait créer, pour la prise     sur les MEI, a apporté son soutien à       rapidement mises en œuvre et, pour
             en charge des MEI, un solide par-       cette initiative, le vice-président de     la plupart, inspirées par le Média-
             tenariat avec les collectivités loca-   la Commission européenne, Jacques          teur de la République. Parmi elles,
             les afin de remédier aux difficultés    Barrot, invité à se prononcer sur la       la séparation complète des mineurs
             rencontrées par ces dernières dans      dernière proposition du Médiateur          et des majeurs en zone d’attente ; la
             la gestion du dispositif, notamment     de la République, a annoncé, dès           mise en place d’une permanence, à
             au problème posé par les délais         début 2010, la présentation par la         l’aéroport de Roissy, pour les admi-
             d’obtention des ordonnances de          Commission européenne d’un plan            nistrateurs ad hoc chargés d’ac-
             placement provisoire préalable à        d’action sur les mineurs non-accom-        compagner les MEI non admis sur le
             la mise en œuvre des services de        pagnés. Source d’un engagement             territoire français ; un renforcement
             l’Aide sociale à l’enfance (ASE).       majeur de l’Union européenne, ce           du nombre et de la formation de ces
           • Créer un fonds de protection euro-      plan d’action a vocation à faire de la     derniers. Plusieurs autres proposi-
             péen des MEI, considérant que la        prévention, la protection et la (ré)       tions appelant des consultations
             gestion des flux migratoires est        intégration, les axes prioritaires pour    complémentaires et des arbitrages
             une problématique qui nécessite         un renforcement des droits de ces          ont été mises à l’étude.
             une solution européenne.                mineurs. Par ailleurs, les réflexions
           Si Éric Besson, au travers des            du groupe ont abouti à proposer
           conclusions du groupe de travail          plusieurs actions susceptibles d’être



           la question pénitentiaire touJours d’actualité

           Fort de son expérience au sein des        mes et à l’égalité des chances entre       pour enrichir les réflexions concer-
           établissements pénitentiaires, le         les hommes et les femmes sur le            nant l’application des règles péniten-
           Médiateur de la République a été          thème des femmes dans les lieux            tiaires européennes dans les prisons
           auditionné en mai 2009 par la délé-       privatifs de liberté, et a été sollicité   françaises.
           gation du Sénat aux droits des fem-       par l’administration pénitentiaire         L’action de l’Institution à l’égard des
                                                                                                détenus s’exerce également dans son
                                                                                                pouvoir de proposer des réformes. La
                                                                                                loi pénitentiaire a répondu favora-
                                                                                                blement à deux questions, soulevées
                                                                                                par le Médiateur de la République, à
                                                                                                partir des observations de ses délé-
                                                                                                gués dans les prisons. La première
                                                                                                revient à généraliser les points d’ac-
                                                                                                cès au droit (PAD) dans les établis-
                                                                                                sements pénitentiaires. En effet, les
                                                                                                besoins des détenus en matière d’in-
                                                                                                formation juridique, en particulier
                                                                                                dans les domaines extérieurs aux
                                                                                                compétences de l’Institution (droit
                                                                                                de la famille, exercice de l’autorité
                                                                                                parentale, successions, etc.), sont
                                                                                                aujourd’hui constatés par l’ensem-
                                                                                                ble des intervenants. En témoignent
                                                                                                les résultats très positifs enregistrés
                                                                                                dans des établissements comme
                                                                                                Fresnes, les Baumettes ou encore
                                                                                                Meaux-Chauconin, où la qualité des
                                                                                                dispositifs mis en place est reconnue.
                                                                                                Malheureusement, seule une moitié
                                                                                                environ des établissements béné-
                                                                                                ficient officiellement de l’existence
                                                                                                d’un PAD. Cette existence apparaît
                                                                                                même parfois assez théorique lors-


66                                                                rapport annuel 2009
que la prestation n’est pas adaptée        des détenus. Les réclamations des          joué par les délégués en prison en
aux caractéristiques de l’établisse-       détenus pour perte d’objets person-        officialisant leur présence dans ces
ment, comme pour la maison d’arrêt         nels à l’occasion de transferts, notam-    établissements dans l’article 6 de
de Villepinte où, pour 900 détenus, le     ment, font partie des sujets pour les-     cette loi :
PAD se résumait à une demi-journée         quels les délégués sont fréquemment        « Article 6 – Afin de permettre
mensuelle de permanence d’un avo-          sollicités. Le Comité d’orientation        aux personnes détenues de béné-
cat, différent à chaque permanence.        restreint (COR) avait recommandé           ficier des dispositions de la loi n°
Ces disparités s’expliquent par le fait    de rendre obligatoires des inventai-       73-6 du 3 janvier 1973 instituant
que la mise en place des PAD dans les      res contradictoires. Cette disposi-        un Médiateur de la République,
prisons ne peut se faire qu’à l’initia-    tion, qui ne figurait pas dans le projet   le Médiateur de la République
tive de chaque Conseil départemen-         de loi parce qu’elle relevait d’un texte   désigne pour chaque établisse-
tal d’accès au droit (CDAD), dans le       réglementaire, peut encore aboutir         ment pénitentiaire un ou plu-
cadre de la loi du 10 juillet 1991 modi-   dans le cadre des relations suivies        sieurs délégués affectés à cette
fiée relative à l’aide juridique.          qu’entretiennent l’Institution et l’ad-    mission. »
Le second point concerne l’établisse-      ministration pénitentiaire.
ment obligatoire d’inventaires contra-     On peut également se réjouir du fait
dictoires pour les effets personnels       que le législateur ait reconnu le rôle



Kafala et protection des enfants étrangers : le progrès par la médiation

La réponse des pouvoirs publics            est abandonné ou ne peut être élevé        noncent	l’adoption	de	l’enfant	au	profit	
autour de certaines thématiques            par ses parents – ne crée pas de lien      du	couple,	sur	la	base	de	cette	kafala.	
traitées par le Médiateur de la Répu-      de filiation entre l’enfant concerné et    monsieur	L.,	ressortissant	allemand,	
blique n’est pas toujours satisfai-        la personne qui en assume la protec-       s’adresse	aux	autorités	de	son	pays,	
sante. Pour pallier ce qu’elles per-       tion. En droit français, il peut être      qui	reconnaissent	le	jugement	suisse	
çoivent comme une faible volonté           assimilé à une délégation d’autorité       d’adoption,	conférant	ainsi	la	nationa-
de s’attaquer à ces problématiques         parentale. Cependant, la perception        lité	allemande	à	l’enfant.	madame	L.,	
qui font leur quotidien sur le terrain,    juridique de la kafala en France et        ressortissante	française,	se	tourne	
les associations ont pris l’habitude       les textes en vigueur posent de mul-       également	vers	les	autorités	con-
de solliciter régulièrement l’Institu-     tiples obstacles à la demande des          sulaires	françaises	et	engage	les	
tion. L’action et les propositions du      familles françaises ou binationales        mêmes	démarches	auprès	du	tri-
Médiateur de la République sur le          qui accueillent ces enfants et qui les     bunal	de	grande	instance	de	nan-
sujet de la kafala fournissent une         considèrent comme les leurs.               tes,	seule	autorité	compétente	pour	
illustration de ce mouvement.                                                         reconnaître	cette	adoption.	or,	le	par-
Modalité spécifique de recueil d’un         Le	couple	L.		en	a	fait	l’expérience	     quet	de	nantes	refuse	de	reconnaître	
enfant en droit musulman, la kafala        et	a	vécu	un	véritable	parcours	du	        des	effets,	en	France,	à	ce	jugement,	
est définie comme une mesure de            combattant.	monsieur	et	madame	L.	         au	motif	que	celui-ci	a	été	prononcé	
protection de l’enfance distincte de       vivent	en	Suisse	et	y	ont	engagé	des	      sur	la	base	d’une	kafala,	et	que	le	Code	
l’adoption, interdite dans de nom-         démarches	 en	 vue	 d’adopter	 un	         civil	français	interdit	toute	adoption	
breux pays de tradition musulmane.         enfant.	après	avoir	obtenu	l’agrément	     d’un	enfant	dont	la	loi	personnelle	(ici	
Environ 1 000 enfants seraient dans        suisse,	ils	ont	recueilli	au	maroc	l’en-   la	loi	marocaine)	prohibe	l’adoption.	h.	
cette situation en France à l’heure        fant	h.,	par	kafala	prononcée	par	les	     ne	peut	donc	être	considéré	comme	
actuelle. Ce recueil légal – qui peut      autorités	judiciaires	marocaines.	Un	      le	fils	du	couple	ni	se	voir	conférer	la	
être prononcé devant un notaire ou         an	après	leur	retour	en	Suisse	avec	h.,	   nationalité	française.	ne	comprenant	
par voie judiciaire lorsque l’enfant       les	autorités	judiciaires	suisses	pro-     pas	cette	décision	et	les	différences	de	   OOO




                                                  médiateur de la république                                                            67
Un	ombUdSman	à	La	FrançaiSe
           LES RÉPONSES DU MÉDIAtEUR DE LA RÉPUBLIQUE AUx gRANDS DÉFIS DE NOtRE SOCIÉtÉ



     OOO   législation	existant	au	sein	des	divers	   hors de France, ou pour obtenir un             représentants de l’Association des
           pays	européens,	madame	L.	saisit	le	       titre de séjour à leur majorité. Elle a        départements de France ;
           médiateur	de	la	république,	qui	a	pu	      également des répercussions sur les          • élaborer une circulaire à l’atten-
           apporter	des	explications	au	couple,	      droits sociaux des intéressés, qui ne          tion des postes consulaires visant
           et	l’orienter	vers	d’autres	démarches.	    peuvent prétendre aux prestations              à unifier les règles applicables
                                                      familiales.                                    en matière de délivrance des
           À l’exception des kafalas pronon-          À l’initiative du Médiateur de la              visas pour les enfants recueillis
           cées par les autorités judiciaires         République, les différents acteurs             en kafala ; étudier la possibilité
           algériennes, ces difficultés débutent      du dossier (ministères, ambassades,            d’étendre la délivrance des visas
           lorsqu’un couple demande, au titre         associations de parents, magistrats,           de long séjour au titre du regrou-
           du regroupement familial, à faire          parlementaires, représentant de la             pement familial à tous les enfants
           venir en France le jeune recueilli         Défenseure des enfants) ont été réu-           régulièrement recueillis en kafala,
           par kafala. Au vu des réclamations         nis dans les locaux de l’Institution.          conformément à la jurisprudence
           transmises au Médiateur de la Répu-        Ils ont pu établir un diagnostic par-          du Conseil d’État ;
           blique, ou à la lecture du dernier rap-    tagé et sont convenus de poursuivre          • clarifier par voie de circulaire
           port de la Défenseure des enfants,         les échanges pour travailler ensem-            interministérielle auprès des
           force est de constater que les déci-       ble, notamment dans les directions             administrations françaises et des
           sions de refus de visa demeurent           suivantes :                                    organismes sociaux la notion de
           fréquentes. Cette situation favorise       • consolider le dispositif d’enquête           kafala et ses implications en droit
           l’entrée illégale de ces enfants en          sociale en vue du recueil d’un               français en vue de faciliter l’ouver-
           France, qui se heurteraient jusqu’à          enfant en kafala en lui conférant            ture des droits sociaux au profit de
           leur majorité à des difficultés liées        une base juridique et en détermi-            l’enfant ainsi recueilli ;
           à cette situation : notamment pour           nant l’autorité compétente . Cette         • consacrer une séance de réflexion
           obtenir un document de circula-              réflexion donnera lieu à une réu-            à la question de la kafala vis-à-vis
           tion leur permettant de se déplacer          nion de travail conjointe avec des           de l’adoption en droit français.



           prévenir la maltraitance des personnes vulnérables
           dans le milieu médical

           Autre défi à relever : celui de la mal-    vulnérables. Au sein de cette popu-          matière d’hygiène, tous les cas où la
           traitance. Le Médiateur de la Répu-        lation, on voit monter les problèmes         douleur n’est pas prise en compte,
           blique estime que ce que l’on peut         posés par les handicapés, les patients       ceux aussi où la personne, faute de
           appeler la « maltraitance ordinaire »      relevant de la psychiatrie, les SDF,         surveillance, et de réponse à ses
           est à placer au rang des grandes           les enfants obèses accueillis dans les       appels, va essayer de se déplacer
           menaces de notre société. Non seu-         établissements de santé : des gens           par elle-même, faire une chute et se
           lement il observe une croissance des       considérés comme différents, donc            blesser. De tels faits se passent très
           problèmes liés à ces actes, mais les       traités différemment.                        souvent en gériatrie, mais aussi en
           trouve sous-jacents à de nombreux                                                       soins de suite, à propos de patients
           dossiers qu’il a à traiter.                 Un	adolescent		est	hospitalisé	du	fait	     qui se retrouvent dans des services
           C’est la plupart du temps la famille       d’une	suspicion	d’appendicite.	Une	          non appropriés et dont on ne prend
           qui sollicite le Médiateur de la Répu-     appendicectomie	est	pratiquée	dès	le	        en compte ni l’âge, ni les antécédents
           blique, car la personne – quand elle       lendemain.	après	cette	intervention,	        médicaux, ni l’isolement.
           n’est pas décédée – n’a pas la capa-       la	mère	de	l’enfant	décrira	un	manque	
           cité d’appeler, ni de s’exprimer. Beau-    d’écoute	et	d’information	de	la	part	du	      Christophe,	14	ans	et	demi,		est	suivi	
           coup de dossiers relèvent de cette         chirurgien.	Ce	dernier,	lors	de	sa	visite	   par	son	médecin	traitant	pour	une	
           « maltraitance ordinaire » dans les        postopératoire,	fera	preuve,	sans	rai-       maladie	de	Crohn	(affection	chro-ni-
           établissements de santé. Il s’agit d’un    son	apparente,	d’un	comportement	            que	inflammatoire	du	tube	digestif).	
           véritable tabou, celui d’une société       extrêmement	maltraitant	à	l’encontre	        il	est	hospitalisé	en	urgence,	après	
           qui va mal, et dont de ce fait les pro-    de	ce	jeune	patient	:	«	pourquoi	je	t’ai	    consultation,	devant	la	suspicion	d’une	
           fessionnels sont aussi sous pression,      opéré	?	de	toute	façon,	tu	es	entouré	       occlusion	intestinale	aiguë.	après	
           stressés, violents avec eux-mêmes et       de	graisse	et	tu	vas	bientôt	crever	».       confirmation	du	diagnostic,	le	service	
           violents avec les autres. Le problème                                                   de	pédiatrie	générale	étant	complet,	
           ne concerne pas que les personnes          Ce tabou de la maltraitance ordi-            Christophe	est	hospitalisé,	en	cham-
           âgées, mais toutes les personnes           naire recouvre tous les déficits en          bre	seule,	dans	le	service	de	chirur-


68                                                                  rapport annuel 2009
gie	digestive	adulte,	pour	y	subir	
immédiatement	une	intervention	
chirurgicale,	en	raison	d’une	menace	
possible	 de	 nécrose	 d’une	 anse	
intestinale.	Les	suites	immédiates	
de	l’intervention	chirurgicale	sont	
simples.	après	quatre	jours,	Chris-
tophe	présente	des	troubles	diges-
tifs	à	type	de	diarrhées	profuses	et	
de	douleurs	abdominales.	Une	fièvre	
relativement	élevée	est	constatée	
par	le	personnel	infirmier.	Un	bilan	
sanguin	est	pratiqué,	permettant	de	
confirmer	l’existence	d’une	infection.	
au	cours	des	cinq	jours	suivants,	
l’état	général	de	Christophe	va	se	
dégrader	devant	l’indifférence	des	
soignants	qui	en	ont	la	charge.	Les	
bilans	sanguins	se	succèdent,	confir-
mant	une	septicémie,	mais	aucun	
traitement	antibiotique	n’est	mis	en	
route.	Christophe	est	décrit	par	ses	
parents	comme	un	adolescent	«	fra-
gile	»	depuis	l’annonce	de	sa	maladie	
de	Crohn.	il	est	d’un	naturel	timide,	
plutôt	craintif	et	pleure	facilement.	
pourtant,	le	personnel	infirmier	ne	
semble	pas	prendre	en	compte	cette	
dimension	pour	adapter	son	compor-         Les parents, estimant ne pas avoir         que les enfants ne doivent pas être
tement,	bien	au	contraire.	au	cours	       obtenu une écoute attentive et com-        admis dans les services adultes ;
des	onze	jours	d’hospitalisation	qui	      passionnelle de la part de la direc-       qu’un enfant hospitalisé a le droit
vont	précéder	son	décès,	en	raison	        tion et des professionnels de santé,       d’avoir ses parents auprès de lui
d’un	état	de	choc	d’origine	infec-         ont saisi le Médiateur de la Républi-      jour et nuit quel que soit sont âge
tieuse,	les	infirmières	ne	vont	avoir	     que, exprimant l’espoir que de tels        ou son état ; que l’équipe soignante
de	cesse	de	le	soumettre	à	des	bri-        faits ne se reproduisent plus. Une         doit être formée à répondre aux
mades,	notamment	la	nuit	:	« arrête        réunion entre les parents et l’hôpital     besoins psychologiques et émo-
de pleurnicher… »	;	« Nous ne sommes       à des fins de médiation a été orga-        tionnels de l’enfant et qu’il doit
pas là pour ramasser ta merde… » ;         nisée rapidement et chacune des            être traité avec tact et compréhen-
« Pas la peine de réclamer ta mère,        parties a pu s’exprimer librement et       sion en toute circonstance ;
elle ne viendra pas… ».	Christophe	se	     défendre ses positions. Le constat       • d’autre part, une réflexion sur la
confiait	effectivement	à	sa	mère,	cha-     dressé, la direction de l’établisse-       mise en place d’un recueil systé-
que	nuit,	avec	un	téléphone	portable,	     ment s’est engagée à mener :               matique des cas de maltraitance
relatant	ses	douleurs	non	soulagées	       • d’une part, une sensibilisation des      par les professionnels de santé.
et	ses	angoisses	d’être	disputé	par	         soignants sur la notion de « bien-     Cependant, un certain nombre de
les	infirmières	lorsqu’il	souillait	son	     traitance », en rappelant la charte    facteurs sont cités par les profes-
lit,	pris	de	violentes	diarrhées.            de l’enfant hospitalisé, notamment     sionnels de santé pour expliquer la      OOO




                                                  médiateur de la république                                                       69
Un	ombUdSman	à	La	FrançaiSe
           LES RÉPONSES DU MÉDIAtEUR DE LA RÉPUBLIQUE AUx gRANDS DÉFIS DE NOtRE SOCIÉtÉ



     OOO   maltraitance : leur « souffrance », les   constituent eux-mêmes désormais             s’impatienter puis à s’énerver. Les
           conditions d’exercice contraignantes,     une catégorie de victimes « à ris-          infirmières d’accueil prennent alors
           un encadrement parfois défaillant         que ». Il est parfois difficile, pour les   le temps de lui expliquer que ces
           et une organisation beaucoup trop         professionnels de santé, d’affronter        deux patientes présentent des critè-
           rigide. Ces problèmes ne sont pas         une agressivité mal contrôlée, exer-        res de gravité et que leur pronostic
           toujours à mettre sur le compte d’un      cée à leur encontre : incivilités, pro-     vital serait engagé en l’absence de
           défaut d’action des professionnels        pos violents ou obscènes, menaces,          prise en charge rapide. L’homme,
           et constituent aussi une souffrance       intimidations, humiliations et, plus        n’entendant rien, commence à les
           pour ceux qui en sont témoins ; d’où      rarement, coups.                            menacer, les accuse d’incompétence
           un surcroît de stress au travail, par-    Au cours des dix premiers mois de           et affirme qu’il va tout faire pour
           fois de maladies touchant les pro-        l’année 2009, les services du Média-        qu’elles ne puissent plus exercer.
           fessionnels. L’Institution est aussi      teur de la République ont recueilli         L’infirmière, rapportant ce témoi-
           l’endroit où l’on peut prendre soin       près de 60 réclamations de la part de       gnage au Médiateur de la Républi-
           des soignants pour ce qui concerne        professionnels de santé qui témoi-          que, décrira la fréquence de ce type
           la maltraitance, sans les stigmatiser.    gnaient ainsi de violences avérées à        de situation et sa crainte croissante
           De l’ordre de 40 % des réclamations       leur encontre.                              d’être la cible de violences de la part
           émanant des professionnels se font        Une femme se présente aux urgen-            de certaines personnes manifestant
           d’ailleurs sur ce sujet.                  ces obstétricales, accompagnée de           de l’impatience aux urgences.
           Si le malade, personne vulnérable         son mari. Ce dernier, voyant que            Ces situations représentent une
           par excellence, demeure une vic-          deux femmes sont reçues en prio-            contrainte psychique majeure, pou-
           time « privilégiée », les soignants       rité, avant la sienne, commence à           vant aboutir au « burn out » (syn-
                                                                                                 drome d’épuisement professionnel)
                                                                                                 des individus et à des comporte-
                                                                                                 ments déviants pouvant mettre en
                                                                                                 défaut la continuité et la sécurité
                                                                                                 des soins.
                                                                                                 Le Médiateur de la République a
                                                                                                 l’occasion de constater la lourdeur
                                                                                                 de ces questions lors de visites qu’il
                                                                                                 mène, de jour ou de nuit, dans des
                                                                                                 services hospitaliers. K




70                                                                 rapport annuel 2009
une expertise au service des droits de l’homme

l’europe de la médiation

renforcer les liens                         le contrôle de l’exécution des arrêts   de la jurisprudence de la Cour afin
de la médiation européenne…                 de la Cour Européenne des Droits        de prévenir de nouvelles condam-
Le Médiateur de la République est           de l’Homme (CEDH), consolidant          nations de la France en cas de non-
un interlocuteur privilégié du com-         ainsi son étroite collaboration avec    respect de ses obligations au regard
missaire aux droits de l’Homme du           le Comité des ministres du Conseil      de la Convention Européenne des
Conseil de l’Europe. Ce lien solide         de l’Europe, chargé de surveiller       Droits de l’Homme. C’est pourquoi
permet des échanges réguliers sur           l’exécution par les États membres       le Médiateur de la République, en
l’activité de l’Institution et le partage   des arrêts de la Cour. Réaffirmant      raison de l’expertise reconnue qu’il a
de son expertise sur des thèmes             l’importance des arrêts de la CEDH      acquise dans les situations de lieux
particuliers. Aujourd’hui, cette rela-      et la nécessité de leur exécution en    d’enfermement, s’est intéressé à l’état
tion s’inscrit plus que jamais dans         droit interne, il a maintenu, en lien   d’exécution de l’arrêt Frérot contre
le cadre du projet « Peer-to-Peer »,        avec la CNCDH, sa vigilance autour      France condamnant la France pour          OOO

financé par l’Union européenne et le
Conseil de l’Europe, mis en œuvre
par le commissaire aux droits de
l’Homme en 2008-2009 et reconduit
pour la période 2010-2011. Animé
avec l’ambition de constituer un
réseau actif de structures nationales
des droits de l’Homme – en portant
une attention particulière aux États
membres du Conseil de l’Europe qui
ne font pas partie de l’UE –, il prévoit,
via ses différents ateliers de travail
thématiques, de faciliter et de valori-
ser les échanges d’expériences entre
les médiateurs, ombudsmans et
commissions des droits de l’Homme
afin de renforcer les liens au sein du
système européen de défense et de
protection des droits de l’Homme.

… et améliorer le suivi
des arrêts de la cedh
Le Médiateur de la République a
également poursuivi sa contribution,
comme il s’y était engagé auprès du
Commissaire, qui visait à améliorer


                                                   médiateur de la république                                                       71
Un	ombUdSman	à	La	FrançaiSe
           UNE ExPERtISE AU SERVICE DES DROItS DE L’HOMME



     OOO   violation des articles 3 (interdiction      pratiques condamnées par la CEDH             CNCDH ont fait part au Comité de
           de la torture, des traitements inhu-        en matière de fouilles corporelles et        leurs observations et recommanda-
           mains ou dégradants), 6 §1 (droit           de rétention de la correspondance            tions relatives à l’évolution du droit
           à un procès équitable), 8 (droit au         des personnes détenues étaient tou-          français, conseillant, entre autres
           respect de la correspondance) et 13         jours d’actualité. La France, notam-         mesures, un encadrement plus strict
           (droit à l’exercice d’un recours effec-     ment dans la préparation de son pro-         du recours aux fouilles intégrales et
           tif) de la Convention Européenne            jet de loi pénitentiaire, n’avait donc       l’introduction d’un principe de pro-
           des Droits de l’Homme.                      pas pris les mesures nécessaires per-        portionnalité afin d’en limiter la pra-
           En effet, à la suite des rapports d’ac-     mettant de satisfaire aux mesures            tique, ainsi que l’adoption d’une défi-
           tivité du contrôleur général des lieux      générales demandées par le Comité            nition élargie de la correspondance
           de privation de liberté et de la Com-       des ministres, pour éviter la répéti-        des détenus.
           mission nationale de déontologie de la      tion des violations. En conséquence,
           sécurité (CNDS), il est apparu que les      le Médiateur de la République et la



           une expertise reconnue au plan international

           Les multiples sollicitations reçues par     pour la sécurité et la coopération en        réunion du Bureau de l’AOMF à Paris
           le Médiateur pour un partage de son         Europe, l’Organisation de coopéra-           le 31 mars 2009. Il a soutenu la prépa-
           expertise témoignent de la qualité et       tion et de développement économi-            ration d’une étude sur l’état de l’en-
           de l’efficacité du modèle institution-      ques et le Programme des Nations             fance en francophonie et des méca-
           nel français de médiation comme             unies pour le développement, est             nismes institutionnels de protection
           source d’inspiration pour l’action en       devenue une institution dynamique,           des droits de l’enfant, conduite avec
           faveur de la démocratie et de la bonne      animée par 45 collaborateurs moti-           le soutien de l’Organisation interna-
           gouvernance par rapport au modèle           vés et très présents sur le terrain.         tionale de la francophonie. Son avan-
           défendu dans les pays anglo-saxons.         Elle a pu, de fait, asseoir son indé-        cement a pu être constaté lors du
                                                       pendance. Par ses prises de position         6e congrès de l’AOMF à Québec, en
           le jumelage avec l’arménie,                 fermes et courageuses, elle s’est bâti       septembre. Le rapport de synthèse
           une initiative inédite                      une réputation de sérieux et une cré-        de ce travail, présenté à Tunis en
           Le Médiateur de la République, en           dibilité incontestable qui en font un        novembre, a offert à tous les acteurs
           association avec le Défenseur du            interlocuteur incontournable sur les         de la francophonie des pistes de
           peuple de l’Espagne, a été choisi par       problématiques liées aux droits de           réflexion portant sur les développe-
           la Commission européenne au terme           l’Homme. Ce programme de coopéra-            ments législatifs et institutionnels en
           d’une procédure d’appel d’offres, pour      tion d’un million d’euros, qui a officiel-   matière de protection et de promo-
           mettre en œuvre un jumelage insti-          lement été lancé le 26 octobre 2009          tion efficaces des droits de l’enfant.
           tutionnel au profit du Défenseur des        en Arménie, doit donc renforcer l’ins-       L’AOMF a par ailleurs aidé à la mise
           droits de l’Homme de la république          titution pour lui permettre de mieux         en place d’un Médiateur des enfants
           d’Arménie, premier jumelage insti-          protéger et promouvoir l’état de droit       au Burkina Faso et au Sénégal.
           tutionnel financé par l’Union euro-         et la bonne gouvernance. Pendant             Des sessions de formation ont été
           péenne dans ce pays. C’est dans ce          dix-huit mois, les visites régulières        organisées en mai et décembre 2009
           contexte que le Médiateur de la Répu-       d’experts des services du Médiateur          au Centre de formation et d’échanges
           blique s’est rendu en visite officielle à   de la République, par ailleurs chef de       en médiation de Rabat. En présence
           Erevan le 6 juillet 2009, afin de ren-      projet, l’organisation de séminaires,        d’une vingtaine de participants
           contrer son homologue et les ministres      de formations du personnel, de visite        d’Afrique francophone, d’Europe et
           des Affaires étrangères et de la Justice    d’études ou de campagnes de com-             du Moyen-Orient, des experts de
           de la république d’Arménie. Il avait        munication permettront le partage            l’Institution ont été mis à la disposi-
           auparavant été représenté à la confé-       des expériences et des pratiques,            tion de l’AOMF pour dispenser des
           rence organisée par l’ombudsman             pour un enrichissement mutuel.               enseignements sur les techniques de
           d’Arménie sur la liberté d’expression                                                    médiation et des moyens d’interven-
           et le procès équitable, où un message       un acteur au sein du monde                   tion du Médiateur.
           sur l’indépendance de l’ombudsman           francophone                                  Des formations bilatérales ont égale-
           avait été délivré en son nom.               Secrétaire général de l’Association          ment été organisées au Burkina Faso
           En 2006, ce pays s’est doté d’un Défen-     des ombudsmans et médiateurs de              et au Mali sur le rôle des délégués du
           seur des droits de l’Homme qui, grâce       la francophonie (AOMF), le Média-            Médiateur en vue de leur mise en
           aux financements de l’Organisation          teur de la République a accueilli la         place dans ces pays.


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le rayonnement                           lioration de leurs relations avec les      des liens renforcés
de la médiation reconnu                  citoyens et du fonctionnement des          avec la méditerranée
par l’onu                                services publics, ce projet de réso-       et le monde arabe
En marge de la 12e session du Conseil    lution insiste sur leur contribution       Au premier semestre 2009, les struc-
des Droits de l’Homme de l’Onu à         à l’instauration de l’état de droit et     tures de la nouvelle Association des
Genève, le 24 septembre, le Média-       au respect des principes d’égalité et      ombudsmans de la méditerranée
teur de la République a été invité à     de justice.                                (AOM), créée à Marseille l’année pré-
participer à la table ronde qui s’est    Valorisant également la place de la        cédente, ont été mises en place avant
tenue autour du thème « le rôle des      coopération internationale dans l’ac-      l’inauguration des locaux du siège
ombudsmans, médiateurs et insti-         tivité et l’efficacité de la médiation,    de l’AOM le 4 novembre à Tanger. Le
tutions nationales de défense des        la résolution encourage les États          Médiateur de la République, secré-
droits de l’Homme dans le système        membres à mettre en place des              taire général de l’AOM, a organisé la
de promotion et de protection des        ombudsmans, médiateurs et autres           rencontre du conseil d’administration
droits de l’Homme ». Cette rencontre     institutions nationales de défense         en juin 2009 à Stockholm, en marge
s’inscrivait dans la lignée de l’adop-   des droits de l’Homme ou à les ren-        de la conférence de l’Institut interna-
tion par la 3e commission de l’assem-    forcer, à tout mettre en œuvre pour        tional de l’ombudsman. Il a également
blée générale de l’Organisation des      faciliter leur action, à mieux les faire   co-organisé, les 14 et 15 décembre
Nations unies, traitant notamment        connaître des citoyens et à suivre         à Athènes, une conférence inter-
des questions relatives aux droits de    davantage leurs recommandations.           nationale de l’AOM sur le thème de
l’Homme d’un projet de résolution        Ce projet de résolution sera présenté      « la transparence dans les services
sur ce même thème le 6 novembre          à la prochaine session de l’assemblée      publics et le rôle du Médiateur ». Une
2008. Considérant qu’ils doivent être    générale des Nations unies, en sep-        résolution a été adoptée à la suite de
indépendants et autonomes, rap-          tembre 2010, et viendra donc consa-        l’assemblée générale de l’association,
pelant leur rôle en matière de ges-      crer la reconnaissance internationale      dans laquelle les médiateurs mem-
tion des affaires publiques dans les     du rôle des institutions nationales de     bres se sont engagés à développer
administrations ainsi que de l’amé-      médiation au sein des démocraties.         leur coopération avec l’Onu, notam-
                                                                                    ment en faisant la promotion auprès
                                                                                    de leurs États de la ratification des
                                                                                    instruments internationaux relatifs à
                                                                                    la privation de liberté.
                                                                                    L’expertise du Médiateur de la
                                                                                    République a été largement sollici-
                                                                                    tée, notamment dans le cadre de la
                                                                                    coopération initiée en 2008 avec le
                                                                                    département des droits de l’Homme
                                                                                    de la Ligue arabe et plusieurs pays
                                                                                    arabes, qui s’est poursuivie au pre-
                                                                                    mier semestre 2009. Des relations
                                                                                    privilégiées se sont développées avec
                                                                                    l’Égypte, qui a choisi de s’inspirer du
                                                                                    modèle français pour créer une ins-
                                                                                    titution nationale de médiation. Le
                                                                                    Médiateur de la République a reçu le
                                                                                    président de l’Agence centrale pour
                                                                                    l’organisation et l’administration
                                                                                    d’Égypte, à la faveur d’une visite        OOO




                                                médiateur de la république                                                          73
Un	ombUdSman	à	La	FrançaiSe
           UNE ExPERtISE AU SERVICE DES DROItS DE L’HOMME



     OOO   organisée par le programme Sigma          d’un médiateur de la République            Un accord de coopération va égale-
           (programme conjoint UE/OCDE en            au Liban – organisé par le Centre          ment être signé avec l’institution de
           faveur de la bonne gouvernance).          professionnel de médiation de l’uni-       l’ombudsman brésilien à la suite d’une
           Deux rencontres ont également eu          versité Saint-Joseph de Beyrouth le        visite effectuée en novembre 2009 à
           lieu au Caire, avec le ministre de la     vendredi 6 novembre 2009 – et est          l’occasion d’un colloque international
           réforme administrative, en vue de la      intervenu lors de la table ronde « Le      à Brasilia sur le rôle de l’ombudsman
           création d’un médiateur en Égypte.        Médiateur de la République, protec-        dans le renforcement de la démocra-
           Le Médiateur est ensuite intervenu        teur des citoyens ».                       tie participative, dans le cadre de
           lors de deux conférences organisées                                                  l’année de la France au Brésil.
           au Caire, en mai et décembre, respec-     Enfin, dans sa volonté de promouvoir
           tivement sur la lutte contre la corrup-   la coopération internationale entre les    Le Médiateur de la République a
           tion et la création d’un ombudsman        institutions de médiation et de défen-     participé en juin 2009 au congrès
           en Égypte et sur le thème « l’ombuds-     dre la cause des droits de l’Homme,        mondial de l’Institut International de
           man, le dialogue culturel et les droits   Jean-Paul Delevoye a organisé, le          l’Ombudsman, organisé à Stockholm
           de l’Homme dans une société en            1er février 2010, un colloque interna-     à l’occasion du 200e anniversaire de
           changement », en lien avec le réseau      tional qui réunissait à Paris la Ligue     la création de l’Ombudsman suédois.
           diplomatique français.                    des États arabes et le Conseil de l’Eu-    Il est intervenu pour présenter à ses
           Faisant suite à la coopération initiée    rope autour de la Charte arabe des         120 homologues étrangers l’origina-
           en 2008 avec le Comité national des       droits de l’Homme et de la Convention      lité du modèle français de médiation.
           droits de l’Homme du Qatar – l’équi-      Européenne des Droits de l’Homme.          En France, le Médiateur de la Répu-
           valent de la Commission Nationale         Parmi les thématiques abordées             blique a participé, en tant que mem-
           Consultative des Droits de l’Homme        figuraient la liberté religieuse,          bre, à la réunion du conseil d’admi-
           française –, une délégation du minis-     la discrimination, l’universalisme et      nistration du Forum mondial des
           tère de l’Intérieur du Qatar s’est ren-   le relativisme des droits de l’Homme,      droits de l’Homme en vue du choix
           due en visite officielle en France où     ainsi que leur effectivité. M. Robert      du thème et de l’organisation du
           elle a été reçue par le Médiateur de      Badinter y a traité du thème de l’abo-     4e forum, qui se déroulera à Nantes
           la République. Intéressée par la poli-    lition de la peine de mort.                du 28 juin au 1er juillet 2010.
           tique de gestion des flux migratoires
           de la France, la délégation a visité      une forte présence                         À l’occasion de sa visite au Luxem-
           le centre de rétention administra-        sur la scène internationale                bourg, le 24 mars, le Médiateur de la
           tive du Mesnil-Amelot. La création        Le 10 décembre 2009 à Varsovie, la         République a présenté à son homo-
           d’un centre de formation à Doha est       préparation du projet de convention        logue luxembourgeois les méthodes
           également à l’étude pour mars 2010        de coopération entre Monsieur Janusz       et modalités de la mise en place du
           entre le Comité National des Droits       Kochanowski, commissaire pour la           Pôle Santé et Sécurité des Soins
           de l’Homme du Qatar et le Média-          protection des droits civiques de la       auprès de l’Institution ainsi que la
           teur de la République.                    république de Pologne, et Monsieur         réforme constitutionnelle qui va ins-
           Le modèle français de Médiateur a         Jean-Paul Delevoye, Médiateur de la        taurer le Défenseur des droits, insti-
           également été présenté lors d’une         République française, devrait permet-      tution que le Grand-Duché aimerait
           conférence internationale organisée       tre prochainement le lancement du          lui aussi créer. Il a ensuite rencontré
           en mai à Ankara sur les droits de         réseau de coopération dans le cadre du     le Premier ministre et le président
           l’Homme et la création d’un média-        partenariat d’Europe orientale décidé      du Parlement. En mai, une déléga-
           teur indépendant en Turquie. Le           par l’Union européenne. Ce programme       tion de l’ombudsman des Pays-Bas a
           Médiateur de la République a éga-         de coopération, initiative conjointe       rencontré le Médiateur de la Répu-
           lement été sollicité par la ministre      de ces deux institutions, a vocation à     blique pour des échanges autour de
           des Droits de l’Homme d’Irak, qui         soutenir les institutions nationales de    la coopération entre le Médiateur
           souhaitait s’inspirer du modèle           médiation d’Arménie, d’Azerbaïdjan,        de la République et la Commission
           français pour mettre en place des         de Biélorussie, de Géorgie, de Moldavie    Nationale Consultative des Droits
           structures de droits de l’Homme           et d’Ukraine sur la période 2009-2013.     de l’Homme française, en vue de la
           dans son pays. Le Liban a lui aussi       Cette convention, basée sur une coo-       création d’une Commission analo-
           demandé à bénéficier de l’expertise       pération volontaire des partenaires, a     gue aux Pays-Bas. Plus récemment,
           française à la suite du vote de la loi    pour principal objectif de renforcer les   le Médiateur fédéral belge s’est éga-
           instaurant l’institution de médiation     pouvoirs des ombudsmans et de par-         lement intéressé aux délégués du
           au pays du cèdre. Le Médiateur de la      ticiper à la construction d’une société    Médiateur français dans les prisons
           République a ainsi participé au col-      démocratique en accordant une place        avec pour objectif d’installer un sys-
           loque de promotion de l’institution       importante aux droits individuels.         tème similaire en Belgique. K


74                                                                rapport annuel 2009
le défenseur des droits,
un ombudsman à la française
Que de chemin parcouru depuis la          Depuis de nombreuses années, plu-      ce contexte que les travaux de la
loi du 3 janvier 1973 qui institua le     sieurs universitaires avaient appelé   commission présidée en 2007 par
Médiateur de la République ! L’Insti-     de leurs vœux une constitutionna-      Édouard Balladur ont abouti à la
tution, dont la création fut à l’époque   lisation du rôle du Médiateur de la    proposition, d’une part, d’accroître
votée à une voix près seulement, a        République.                            les pouvoirs actuels de l’Institution,
su depuis trouver sa place dans la                                               d’autre part, de permettre la saisine
société, a largement contribué au         Par ailleurs, divers rapports parle-   directe et, enfin, de regrouper un
débat démocratique et est devenue         mentaires avaient formulé le souhait   certain nombre d’autorités.
un acteur indispensable en matière        de voir un certain nombre d’auto-
de rapprochement de la sphère             rités indépendantes mutualiser         Le rapport propose « que le Média-
publique et des citoyens.                 davantage leur action. C’est dans      teur de la République voie sa
                                                                                 dénomination modifiée et que
                                                                                 l’existence d’un Défenseur des
                                                                                 droits fondamentaux soit expres-
                                                                                 sément consacrée par un titre de
                                                                                 la Constitution ».

                                                                                 Cet ombudsman à la française,
                                                                                 Jean-Paul Delevoye l’appelait de ses
                                                                                 vœux depuis longtemps, soutenu
                                                                                 par plusieurs anciens ministres et
                                                                                 d’éminents juristes. Dès 2007, Jean-
                                                                                 Paul Delevoye a demandé à ses
                                                                                 collaborateurs de travailler sur les
                                                                                 pistes d’évolution législative envisa-
                                                                                 geables pour améliorer le fonction-
                                                                                 nement et l’impact de l’Institution.
                                                                                 Ponctuellement assistées par des
                                                                                 constitutionnalistes et des publi-
                                                                                 cistes, les équipes du Médiateur
                                                                                 de la République ont réalisé des
                                                                                 enquêtes, études et questionnaires
                                                                                 afin, notamment, de comparer les
                                                                                 pouvoirs des ombudsmans en place
                                                                                 aux niveaux européen et interna-
                                                                                 tional. Leurs analyses ont nourri les
                                                                                 propositions que Jean-Paul Dele-
                                                                                 voye a portées aux décideurs poli-
                                                                                 tiques pour orienter l’évolution du
                                                                                 Médiateur de la République.              OOO




                                                médiateur de la république                                                      75
Un	ombUdSman	à	La	FrançaiS
           LE DÉFENSEUR DES DROItS, UN OMBUDSMAN À LA FRANçAISE



     OOO   La révision constitutionnelle du               l’ensemble institutionnel chargé de        En l’état, le projet de loi présente
           23 juillet 2008 a officiellement créé          la protection des droits et libertés       certaines avancées et le Défenseur
           le Défenseur des droits en lui consa-          plus cohérent et efficace, le Défen-       des droits devrait se voir effective-
           crant le titre XI bis de la Constitu-          seur des droits devrait voir ses attri-    ment conférer des pouvoirs et des
           tion du 4 octobre 1958. En l’élevant           butions couvrir celles exercées par        moyens d’action plus importants.
           au niveau constitutionnel, la Répu-            le Médiateur de la République, et          Son pouvoir d’injonction sera d’abord
           blique a voulu montrer l’autorité              s’élargir à celles du Défenseur des        renforcé. Il pourra ainsi enjoindre
           qu’elle entendait reconnaître à la             enfants et de la Commission natio-         l’administration ou l’organisme
           future institution, comme l’ont déjà           nale de déontologie de la sécurité.        concerné de prendre les mesures
           fait certains de ses voisins euro-             Le Défenseur des droits renforcera         nécessaires si les recommandations
           péens, tels l’Espagne, la Suède ou             aussi ses liens avec d’autres autori-      qu’il a formulées n’ont pas été sui-
           encore le Portugal. La constitution-           tés administratives indépendantes          vies d’effet. Le Défenseur des droits
           nalisation répond à une volonté de             intervenant dans le domaine de la          pourra proposer aux parties au litige
           lui donner une assise plus grande au           protection des droits, notamment           de conclure une transaction. Il aura
           sein de l’édifice institutionnel et un         la Haute autorité de lutte contre          la possibilité d’être entendu devant
           rang la plaçant davantage au-dessus            les discriminations et pour l’égalité      toute juridiction afin de présenter
           des acteurs politiques et des autres           (Halde) et la Commission nationale         ses observations dans une affaire en
           services publics. En accordant à               de l’informatique et des libertés          cours, qu’elle soit civile, administra-
           chacun la possibilité de le saisir             (Cnil), dont il deviendra membre           tive ou pénale. Enfin, il pourra sai-
           directement, le législateur a égale-           des collèges.                              sir le Conseil d’État d’une demande
           ment souhaité ouvrir l’Institution                                                        d’avis sur l’interprétation ou la por-
           au plus grand nombre et favoriser              Ces dispositions restent encore            tée d’un texte législatif ou régle-
           ainsi un meilleur accès au droit. Le           à préciser. Ce sera tout l’objet du        mentaire, afin de prévenir les éven-
           Défenseur des droits pourra en effet           débat parlementaire qui se tiendra         tuelles difficultés d’interprétation
           être saisi par toute personne s’esti-          en 2010 et qui validera définitive-        divergente des textes applicables.
           mant lésée par le fonctionnement du            ment le champ de compétences,              Le Défenseur des droits disposera
           service public et disposera en outre           l’organisation et les pouvoirs du          de surcroît de moyens d’inspection
           d’une faculté d’autosaisine.                   Défenseur des droits. Jean-Paul            et d’investigation plus développés.
                                                          Delevoye poursuit sa réflexion, avec       Il pourra ordonner la communica-
           La mise en œuvre effective du                  ses services et quelques experts,          tion de toutes informations et pièces
           Défenseur des droits nécessite une             sur cette nouvelle institution ; il for-   et disposera d’un droit d’accès aux
           loi organique précisant le statut, les         mulera d’ailleurs des propositions         locaux administratifs ou privés.
           missions et les pouvoirs de cette              d’amélioration supplémentaires en          Parmi les sujets qui restent au cœur
           nouvelle institution. Un premier               2010 lors des auditions parlemen-          des propositions du Médiateur, la
           texte a été adopté en Conseil des              taires qui jalonneront la finalisa-        question de la recommandation en
           ministres en septembre 2009 puis               tion de la loi organique instituant le     équité occupera une place de pre-
           transmis au Sénat. Destiné à rendre            Défenseur des droits.                      mier plan. En effet, dans le domaine
                                                                                                     du règlement amiable, qui constitue
             Titre XI bis, article 71-1 de la Constitution du 4 octobre 1958 modifiée                le cœur de son activité, le Médiateur
                                                                                                     de la République se heurte souvent
              « Le Défenseur des droits veille au respect des droits et libertés par
                                                                                                     à une difficulté particulière tenant à
             les administrations de l’État, les collectivités territoriales, les établissements
                                                                                                     la contradiction existant entre deux
             publics ainsi que par tout organisme investi d’une mission de service public,
             ou à l’égard duquel la loi organique lui attribue des compétences. Il peut être         textes législatifs.
             saisi, dans les conditions prévues par la loi organique, par toute personne             De même, dans le cadre du règle-
             s’estimant lésée par le fonctionnement d’un service public ou d’un organisme            ment des dossiers proposés par le
             visé au premier alinéa. Il peut se saisir d’office. La loi organique définit            Médiateur de la République, celui-
             les attributions et les modalités d’intervention du Défenseur des droits.               ci peut être appelé à émettre ce que
             Elle détermine les conditions dans lesquelles il peut être assisté par un               l’on appelle une recommandation en
             collège pour l’exercice de certaines de ses attributions. Le Défenseur des              équité, dans des cas particuliers.
             droits est nommé par le président de la République pour un mandat de
                                                                                                     Cette notion, mentionnée à l’article 9
             six ans non renouvelable, après application de la procédure prévue au dernier
                                                                                                     de la loi du 3 janvier 1973 modifiée,
             alinéa de l’article 13. Ses fonctions sont incompatibles avec celles de membre
             du gouvernement et de membre du Parlement. Les autres incompatibilités                  constitue l’un des principaux fonde-
             sont fixées par la loi organique. Le Défenseur des droits rend compte                   ments de l’action du Médiateur de
             de son activité au président de la République et au Parlement. »                        la République. Rarement utilisée,
                                                                                                     et destinée à l’être avec parcimonie,


76                                                                       rapport annuel 2009
elle vise principalement à permet-         connue, voire inconnue – n’est pas      tant toute disposition contraire.
tre de solutionner un dossier soit en      toujours comprise et acceptée par       L’exonération de toute responsa-
l’absence de textes, soit en cas de        les divers services publics auxquels    bilité, notamment financière, des
conflits de textes de même valeur          elle est adressée. La loi organique     agents qui exécuteront une recom-
et, enfin, lorsque les conséquences        pourrait donc préciser les modalités    mandation en équité du Défenseur
de l’application d’un texte créent         d’exécution des recommandations         des droits devrait également être
à titre individuel une situation par-      en équité du Défenseur des droits       prévue pour donner toute son effi-
ticulièrement inéquitable. Dans ces        afin d’en réaffirmer la primauté. »     cience à ce pouvoir si original. Dans
cas exceptionnels, le Médiateur tente      Il conviendrait, en effet, de prévoir   la même optique, un rapport parti-
de proposer une solution compatible        que l’intervention du Défenseur des     culier au Parlement sur ces recom-
avec l’esprit de la loi ou du règlement.   droits sur le fondement de l’équité     mandations à incidences financières
« Une telle recommandation – peu           puisse être mise en œuvre nonobs-       pourrait être envisagé.

                                                                                   Le Défenseur des droits constitue
                                                                                   donc une avancée institutionnelle
                                                                                   indéniable et répond à la logique
                                                                                   de rationalisation et à la recherche
                                                                                   d’efficacité tant souhaitées. Le pro-
                                                                                   grès le plus sensible se situe à n’en
                                                                                   pas douter du côté des réclamants
                                                                                   eux-mêmes : les personnes s’esti-
                                                                                   mant victimes bénéficieront bientôt
                                                                                   d’un interlocuteur plus aisément
                                                                                   identifiable et pourront le saisir avec
                                                                                   davantage de facilités.
                                                                                   Le Médiateur n’est pas décideur
                                                                                   politique, c’est au législateur de déci-
                                                                                   der du contenu de ce projet de loi.
                                                                                   Le Médiateur garde néanmoins la
                                                                                   liberté d’interpeller le politique sur
                                                                                   certains points et de rappeler quel-
                                                                                   ques principes immuables : quels
                                                                                   que soient le périmètre et l’organi-
                                                                                   sation interne choisis, le Défenseur
                                                                                   ne pourra que conférer à chacune
                                                                                   des autorités indépendantes qu’il
                                                                                   regroupera en son sein des pouvoirs
                                                                                   et des moyens d’action supplémen-
                                                                                   taires. Hisser le Défenseur au niveau
                                                                                   constitutionnel ne peut que se tra-
                                                                                   duire par un « effet d’aspiration
                                                                                   ascendante » pour ces autorités. Les
                                                                                   débats à venir devront privilégier la
                                                                                   défense des causes et des person-
                                                                                   nes par rapport à la sauvegarde des
                                                                                   structures. K


                                                  médiateur de la république                                                  77
portrait de l’institution
     toute l’activité des services du Médiateur de la République tend vers
     un objectif : que chaque réclamation trouve une réponse, l’usager
     étant guidé dans le labyrinthe administratif. Plus facilement acces-
     sible aux citoyens, l’Institution a renforcé ses capacités d’écoute,
     notamment en mettant en place un formulaire éléctronique, en ache-
     vant sa couverture du milieu carcéral ou encore en favorisant la mon-
     tée en puissance du Pôle Santé et Sécurité des Soins. Créé le 1er jan-
     vier 2009, ce dernier est venu compléter le champ de compétences du
     Médiateur de la République. Forces de propositions reconnues pour
     faire évoluer les cadres législatifs, les secteurs de l’Institution ont de
     plus inscrit leur action dans la perspective du passage au Défenseur
     des droits.


                                                   •••


     direction du développement territorial
     Les	délégués	:	des	femmes	et	des	hommes	proches		
     de	ceux	qui	ont	besoin	d’eux                                           p. 79	

     le secteur recevabilité
     orienter,	informer	et	traiter	les	urgences                             p. 80

     le secteur des affaires générales
     Une	forte	technicité	dans	un	environnement	en	constante	évolution      p. 81

     le secteur agents publics-pensions
     Carrière,	précarité,	chômage,	maladie,	pensions	:		
     des	réclamations	polymorphes                                           p. 82	

     le secteur Justice
     orienter	le	réclamant	et	faciliter	le	dialogue	avec	l’administration   p. 83	

     le secteur social
     pour	une	meilleure	compréhension	entre	assurés	et	organismes		
     de	protection	sociale                                                  p. 84	

     le secteur fiscal
     vers	de	meilleures	garanties	pour	le	contribuable                      p. 85	

     le secteur des réformes
     Comment	engager	les	autorités	à	accepter	le	débat	public		
     sur	des	questions	essentielles                                         p. 86

     le pôle santé et sécurité des soins
     Comprendre,	intervenir,	alerter                                        p. 87


78                                    rapport annuel 2009
DIRECtION DU DÉVELOPPEMENt tERRItORIAL
les délégués : des femmes et des hommes
proches de ceux qui ont besoin d’eux

Un	développement	du	réseau	orienté	vers	la	proximité	:		
419	points	d’accueil	permettent	à	tous	les	publics	de	recourir	à	l’institution.


À la fin de l’année 2009, 281 délégués accueillent    281	délégués                 pénitentiaires, bénéficient d’un accès direct à

                                                      419	points	
le public dans 419 points d’accueil, chiffre en                                    un délégué du Médiateur. 60 de ces sites dis-
constante progression au cours de ces derniè-                                      posent d’une permanence régulière, les 104
                                                      d’accueil
res années. Fidèle à sa mission, l’Institution                                     autres étant desservis au cas par cas. 149 délé-
cherche toujours à se rapprocher de ceux qui
ont le plus besoin d’elle, comme les habitants
                                                      57 500       	               gués (soit plus de la moitié de l’effectif total du
                                                                                   réseau) sont actuellement impliqués dans ce
                                                      détenus	bénéficient	
des quartiers sensibles et les personnes handi-       d’un	accès		                 programme.
capées ou détenues.                                   à	un	délégué	
                                                                                   un développement harmonieux grâce
210 délégués accueillent aujourd’hui le public                                     à la mutualisation des savoir-faire
dans des structures de proximité comme les                                         Une croissance aussi importante ne doit pas
maisons de la justice et du droit, les maisons                                     se faire au détriment de la qualité des inter-
de service public ou les points d’accès au droit,                                  ventions. Les délégués bénéficient d’une for-
ou encore les structures mises à disposition                                       mation permanente assurée par l’Institution
par les collectivités territoriales. 108 délégués                                  (près de 250 jours de formation assurés en
les reçoivent toujours en préfecture et 33 en                                      2009). L’ensemble des délégués ont accès aux
sous-préfecture. La plupart des implantations                                      outils informatiques de l’Institution (messa-
récentes résultent du souci permanent des                                          gerie et portail intranet), qui permettent à la
délégués de se rapprocher des usagers : c’est                                      fois un apport documentaire et des échanges
ainsi que les cinq délégués du gard reçoivent                                      à l’intérieur du réseau.
le public dans douze points d’accueil différents,                                  Enfin, les délégués sont également incités à
ou que certains autres délégués ont dédou-                                         mutualiser leurs savoir-faire par le biais du tra-
blé leur lieu de permanence, comme à Liévin,                                       vail collégial. Aujourd’hui, 226 délégués, issus
dans le Pas-de-Calais, ou à Saint-Denis de La                                      de 73 départements différents, soit plus des
Réunion. La situation des points d’accueil n’est                                   deux tiers du réseau, se retrouvent régulière-
pas figée : si l’activité d’un lieu d’accueil n’est                                ment pour des réunions de travail qui favori-
pas satisfaisante, la permanence est trans-                                        sent la cohésion dans l’approche des dossiers
férée. C’est ainsi qu’en 2009, celle de Vernon,                                    et leur apportent un appui supplémentaire en
dans l’Eure, a été transférée à Louviers, celle                                    instaurant des échanges réguliers entre eux.
de Vandœuvre-lès-Nancy à Briey et celle de                                         Ces délégués se retrouvent désormais qua-
Saint-André à Saint-Pierre à la Réunion.                                           tre ou cinq fois par an, dans un cadre inter-
                                                                                   départemental, pour des réunions de travail
une implantation renforcée                                                         regroupant une dizaine de participants. Le
en milieu carcéral                                                                 regroupement se fait sur des critères géo-
La mise en œuvre du programme a été pour-                                          graphiques ou de facilité de transport. Les
suivie à un rythme soutenu et, fin 2009, le                                        régions Centre, Bretagne, Limousin et Cham-
bilan peut être considéré comme satisfaisant :                                     pagne-Ardenne ont découvert ce type de
57 500 détenus (dont 3 140 en outre-mer), soit                                     travail depuis le début de l’année 2009 et la
94 % de l’effectif total, répartis sur 164 sites                                   démarche se poursuit.


                                                      médiateur de la république                                                         79
OOO




           LE SECtEUR RECEVABILItÉ
           orienter, informer et traiter les urgences

           La	recevabilité	est	la	plate-forme	d’accueil	et	d’orientation	des	réclamations	qui	arrivent	
           à	l’institution.	toute	urgence	détectée	est	traitée	par	une	cellule	dédiée.	elle	apporte	
           des	réponses	aux	réclamations	non	recevables	et	les	dirige	vers	les	organismes	compétents.


           Le secteur de la Recevabilité remplit deux mis-   6 443 dossiers	            La deuxième mission de la Recevabilité cor-
           sions essentielles. En premier lieu, il récep-    reçus	(hors	pôle	          respond à une autre vocation du Médiateur de
           tionne l’ensemble des requêtes adressées          Santé)	                    la République : incarner un point d’accès péda-
           au Médiateur de la République, directement
           ou par l’intermédiaire d’un parlementaire. Il
                                                             118     dossiers	
                                                                                        gogique au droit et un interlocuteur de proxi-
                                                                                        mité. Pour le secteur Recevabilité, une règle
                                                             traités	par	la	cellule	
           examine ensuite les demandes, oriente celles      d’urgence,	dont	12         d’or est de ne jamais laisser une demande sans
           qui sont recevables vers l’un des secteurs        issus	du	traitement	       réponse. En effet, il s’agit de traiter les récla-
           d’instruction du Médiateur de la République et,   des	formulaires            mations non recevables car n’entrant pas dans
           le cas échéant, vers le Pôle Santé et Sécurité
           des Soins, ou vers les délégués territoriaux.     52,5 %        	des	
                                                                                        son champ de compétence au sens de la loi du
                                                                                        3 janvier 1973. Elles représentent près de la
                                                             dossiers	adressés	
           En 2009 a été constatée une augmentation des                                 moitié des demandes adressées au Médiateur
                                                             à	l’institution	sont	
           demandes relatives à la nationalité et les pen-   non	recevables,	           de la République et concernent principalement
           sions pour des ressortissants de territoires      soit	3	377	dossiers	       des litiges d’ordre privé : problèmes familiaux,
           anciennement français ainsi que sur les ques-     traités	au	fond	           rapports entre locataires et propriétaires,
           tions d’amendes.                                  par	la	recevabilité        droit de la consommation, procédures judiciai-
                                                             	
           L’année 2009 aura aussi été marquée par un
           élargissement des modes de saisine du Média-
                                                             2 387      	mails	
                                                                                        res en cours, etc. Les requérants reçoivent,
                                                                                        après traitement par le service, une réponse
                                                             reçus	et	traités.
           teur de la République. En septembre, le sec-      1	669	formulaires	         claire, complète et utile qui précise pour-
           teur Recevabilité a en effet mis en place un      depuis	le	                 quoi le Médiateur de la République n’est pas
           formulaire électronique. En quelques semai-       1er	septembre	             compétent en la matière, quelles démarches
           nes, cet instrument a été plébiscité par les      2009,	dont	1	342	ont	      ils auraient dû – ou peuvent encore – entre-
           administrés qui, l’utilisant presque autant que   donné	lieu	à	la	           prendre et les coordonnées des organismes à
           le courrier classique, ont pratiquement fait
                                                             création	d’un	             contacter le cas échéant. La Recevabilité pal-
                                                             dossier,	soit	80,4	%.	
           doubler le nombre de demandes transmises                                     lie ainsi la méconnaissance des procédures
           au Médiateur de la République. Avantage : il                                 administratives de la part du grand public.
           permet d’accélérer les échanges lorsque le                                   Il arrive que la Recevabilité détecte l’urgence
           secteur a besoin d’informations complémen-                                   d’une réclamation dès sa réception : menace
           taires sur les réclamations, qui peuvent donc                                d’expulsion, blocage de comptes bancaires,
           plus rapidement recevoir une réponse ou par-                                 suppression d’un revenu minimum, etc. Le
           tir en instruction. Le succès de ce formulaire                               très court laps de temps dont dispose parfois
           ne le destine néanmoins pas à se substituer                                  l’administré pour déposer un autre recours
           au papier, les segments de population visés                                  peut aussi accentuer la nécessité de lui appor-
           n’étant pas les mêmes.                                                       ter une réponse rapide. 118 dossiers ont été
                                                                                        ainsi traités en 2009 par sa cellule d’urgence.




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LE SECtEUR AFFAIRES gÉNÉRALES
une forte technicité dans un environnement
en constante évolution

énumérer	les	domaines	couverts	par	le	secteur	des	affaires	générales	(age)	reviendrait	à	établir	
une	liste	à	la	prévert	des	petits	drames	quotidiens	et	des	grandes	questions	de	principe	qui	émaillent	
la	vie	de	tout	un	chacun.	Un	secteur	où	rigueur	juridique	et	initiatives	se	conjuguent	pour	instruire	
utilement	les	réclamations	fondées.


Les chargés de mission du secteur AgE sont                666	dossiers	                peut imposer de solution. N’étant pas partie
issus des services juridiques des administra-             clôturés	en	2009             au litige, ni avocat de l’une des parties auprès
tions centrales, des collectivités territoriales
ou des établissements publics. Ils allient leur           782	dossiers	                de l’autre, ni juge, il poursuit, avec la distance
                                                                                       que lui permet la liberté du service gratuit qu’il
                                                          ouverts	en	2009
connaissance de la vie administrative à leur                                           offre aux réclamants, la recherche de l’accord
                                                          dont	
volonté de soutenir utilement les réclamations                                         des parties sur une solution qui clôt le passé
qui méritent une médiation, afin de rechercher            39 %	concernent		            et ouvre le présent. Ce qui suppose de l’écoute
des solutions d’équité, tant dans le respect du           les	amendes		                et… beaucoup de temps.
cadre juridique que dans celui des parties en             et	la	circulation	           De par la variété des dossiers qu’il est amené
litige. Il s’agit là d’un travail rigoureux et créatif,   routière                     à traiter, le secteur Affaires générales connaît
qui ne doit ni mettre en accusation une admi-
nistration ni peser sur la liberté politique des
                                                          et	 29 %     	
                                                                                       de nombreux interlocuteurs au niveau local
                                                                                       (collectivités territoriales, préfectures, DDE,
                                                          l’urbanisme,	
élus. Il encourage le cas échéant l’administra-           l’environnement,	            Drire, Drass, etc.) et au niveau national, auprès
tion ou la collectivité à modifier ses pratiques.         le	domaine	public,	          des ministères, notamment.
Bien souvent, il est nécessaire de « détrico-             la	voirie	et	les	            Les matières abordées nécessitent une forte
ter » une situation devenue complexe au fil des           travaux	publics              technicité et une mise à jour constante des
ans avant d’arriver à une solution juridique                                           connaissances portant sur les textes et la
équitable. Le Médiateur de la République ne                                            jurisprudence, qui évoluent régulièrement.
                                                                                       Sur les thèmes les plus importants ou les plus
                                                                                       fréquents, le secteur AgE élabore des notes
  domaines couverts par le secteur
                                                                                       techniques et d’actualité mettant en lumière
  des affaires générales
                                                                                       les axes de réforme à envisager.
  Agriculture – Remembrement – Collectivi-
  tés territoriales – Marchés publics – Com-
  munication & presse – Libertés publiques
  – Économie et subventions diverses – Ser-
  vices publics – Éducation et formation pro-
  fessionnelle – Équivalence de diplômes
  – Accès aux professions réglementées –
  Culture – Environnement – Expropriations
  – Urbanisme – Aménagement du territoire
  – Voirie – Domanialité – travaux publics
  – transports et circulation routière – tou-
  risme – Santé – Responsabilité administra-
  tive – Police administrative – Exécution des
  décisions de justice prises par la juridiction
  administrative, etc.
                                                                                                                                            OOO




                                                          médiateur de la république                                                              81
LE SECtEUR AgENtS PUBLICS-PENSIONS
     carrière, précarité, chômage, maladie,
     pensions : des réclamations polymorphes

     La	protection	sociale	des	fonctionnaires	est	loin	d’être	parfaite.	de	même,	et	contrairement	
     aux	idées	reçues,	la	précarité	des	emplois	et	des	revenus	existe	aussi	dans	la	fonction	publique	
     ainsi	que	chez	les	contractuels	de	droit	public.	enfin,	même	si	la	réforme	des	retraites	de	2003	
     s’éloigne	dans	le	temps,	le	thème	des	pensions	reste	le	deuxième	sujet	de	saisine	du	secteur,	
     après	les	litiges	concernant	les	carrières.		


     Le secteur Agents publics-pensions (AgP) s’oc-         406	dossiers	              l’augmentation des contractuels en son sein.
     cupe des litiges concernant les fonctionnaires         ouverts	en	2009	           D’autre part, malgré l’aboutissement imminent
     des trois fonctions publiques (territoriale, hos-
     pitalière et d’État), pour tout ce qui ne relève pas
                                                              302	dossiers	
                                                            et	
                                                                                       d’une des propositions de réforme du Médiateur
                                                                                       de la République pour harmoniser sur ce point
                                                            clos
     du pouvoir hiérarchique de l’administration qui        dont	                      les statuts des trois fonctions publiques, les
     les emploie. Il est également saisi des cas des                                   réclamations perdurent concernant les fonc-
     agents n’ayant pas le statut de fonctionnaire          32 %	de	dossiers	          tionnaires d’État placés en disponibilité d’office
     mais qui relèvent d’un contrat public, personnes       «	vieillesse	»	            pour raison de santé, et qui se trouvent, parfois
     de plus en plus nombreuses du fait d’un recours
     croissant aux contractuels par les collectivités
                                                              8%
                                                            et	     	
                                                                                       pendant plusieurs mois, sans aucun revenu à
                                                                                       cause des errements de leur administration.
                                                            de	dossiers	
     territoriales et les administrations. Le traitement    «	chômage	»                Concernant les gestions de carrière et leurs
     de ces dossiers requiert à la fois une expertise                                  effets à terme sur les pensions, les saisines
     particulière mais aussi toujours plus de poly-         26 %                       massives de dossiers d’un même type se
     valence. En effet, si les aspects concernant la        de	médiations	             sont taries depuis fin 2008. Le secteur AgP
     gestion des carrières sont soumis aux règles de        réussies                   traite aujourd’hui de plus en plus de dossiers
     la fonction publique, les problématiques de pro-                                  complexes, ayant parfois plusieurs facettes
     tection sociale et de Sécurité sociale des agents                                 et demandant une expertise juridique affi-
     publics convergent de plus en plus vers celles                                    née. À la faveur de cette baisse tendancielle
     des grands régimes du secteur privé.                                              des volumes d’entrée, qui s’est poursuivie sur
     Le Médiateur de la République est toujours                                        les trois quarts de l’année 2009, on a noté un
     saisi d’un nombre important de dossiers                                           saut qualitatif marquant. Les dossiers ont
     concernant l’indemnisation du chômage,                                            pu être gérés en flux tendu, permettant un
     non seulement parce que certaines structu-                                        contact plus efficace et plus exigeant avec les
     res hospitalières ou petites collectivités ter-                                   administrations partenaires. La proportion de
     ritoriales connaissent mal les subtilités de                                      médiations réussies a d’ailleurs doublé.
     la législation sur ce point, mais aussi parce                                     Les litiges concernant les anciens combattants
     que, comme l’État lui-même, elles prati-                                          et les victimes de guerre restent stables, alimen-
     quent l’auto-assurance et que le paiement                                         tés par la faiblesse des moyens mis en œuvre
     d’allocations chômage qu’elles n’ont pas                                          par l’administration pour absorber les effets des
     prévues, donc pas budgétées, représente un                                        décisions politiques généreuses mais nécessi-
     surcoût devant lequel elles reculent. grâce                                       tant une instruction longue et complexe.
     à l’action du Médiateur de la République,                                         Enfin, on observe depuis fin octobre un afflux
     beaucoup ont compris que le conventionne-                                         de nouveaux dossiers (environ 25 % des entrées
     ment avec l’Unedic et le Pôle Emploi deve-                                        de l’année sur novembre-décembre). Absorber
     nait une sage précaution face à l’évolution                                       ce nouveau flux en maintenant le même niveau
     des emplois dans la fonction publique et à                                        de qualité sera le challenge de 2010.


82                                                               rapport annuel 2009
LE SECtEUR JUStICE
orienter le réclamant
et faciliter le dialogue avec l’administration

Le	secteur	Justice	traite	essentiellement	des	questions	relatives	aux	droits	des	étrangers,		
à	la	nationalité	et	à	l’état	civil.	en	2009,	la	répartition	par	nature	des	requêtes	traitées		
a	été	voisine	de	celle	observée	en	2008,	avec	cependant	une	légère	baisse	des	réclamations		
sur	les	droits	des	étrangers.


Le secteur Justice traite les litiges opposant les      591	dossiers	                Les interlocuteurs habituels du secteur Justice
personnes physiques ou morales au service               ouverts	en	2009              sont les bureaux des étrangers des préfectu-
public de la justice. Cette activité couvre les trois   dont	                        res, le service central d’état civil du ministère
composantes du ministère de la Justice : servi-
ces judiciaires, administration pénitentiaire et
                                                        32 %	sur	les	                des Affaires étrangères et européennes, les
                                                                                     procureurs de la République et les rédacteurs
                                                        droits	des	étrangers	
protection judiciaire de la jeunesse. Elle s’at-                                     du service de la nationalité du ministère de la
tache également aux tâches d’administration             et	18 %    	sur	             Justice.
judiciaire accomplies par les membres des juri-         les	questions	               L’année 2009 voit se poursuivre la généralisa-
dictions ainsi qu’à l’activité des professions qui      de	nationalité	              tion des permanences de délégués du Média-
participent aux procédures juridictionnelles :
avocats, avoués, notaires, experts auprès des
                                                        537	dossiers	clos            teur de la République dans les établissements
                                                                                     pénitentiaires, couronnant de succès l’expé-
tribunaux. Le secteur Justice est également                                          rimentation engagée en 2005 pour permettre
compétent pour les affaires liées à l’état civil et                                  d’élargir l’accès de la population des détenus
au droit des étrangers.                                                              à la médiation. Dans l’optique pédagogique
Avec près de 32 % des dossiers traités, le                                           qui est celle de l’Institution, il a poursuivi son
droit des étrangers représente la part la plus                                       action en faveur d’un meilleur accès au droit
importante de l’activité et concerne les per-                                        pour les personnes emprisonnées.
sonnes tout au long de leur vie : visa, titre de
séjour, regroupement familial, naturalisation.
Le secteur Justice effectue plus particulière-
ment dans ce domaine un important travail de
pédagogie afin de mieux informer les requé-
rants, notamment sur le « pouvoir d’appré-
ciation » de l’administration, souvent perçu
comme injuste.
Les questions de nationalité (18 %) et d’état
civil (17 %) représentent, en volume, les deux
autres domaines les plus importants parmi
les réclamations traitées. Le reste de l’acti-
vité du secteur est constitué par le traitement
des requêtes touchant au service public de la
justice et aux procédures judiciaires ainsi que
celles concernant les auxiliaires de justice. Si
les délais d’instruction dépassent rarement
quelques mois, les affaires d’état civil, malgré
la grande complexité qui les entoure, peuvent
parfois être résolues en 48 heures.


                                                        médiateur de la république                                                        83
LE SECtEUR SOCIAL
     pour une meilleure compréhension entre
     assurés et organismes de protection sociale

     Les	organismes	de	protection	sociale	et	les	structures	gérant	l’aide	sociale	sont	de	plus	
     en	plus	sollicités	et	peinent	à	fournir	une	réponse	adaptée	à	la	grande	disparité	des	situations	
     professionnelles	et		familiales.	assurances	vieillesse	et	chômage	sont	les	thèmes	les	plus	
     fréquemment	traités	par	le	secteur	Social.


     Le secteur Social instruit principalement des       521     dossiers	          Les très fréquentes évolutions de la législation,
     litiges liés aux prestations de Sécurité sociale,   clôturés	en	2009           particulièrement notables dans le domaine
     aux cotisations, aux retraites de base et com-      dont                       social et qui peuvent amener les administra-
                                                         	
     plémentaires, aux allocations et prestations
     familiales et sociales, aux minima sociaux, aux
                                                         33 %     	dossiers	
                                                                                    tions à donner des réponses contradictoires,
                                                                                    entraînent un grand nombre de réclamations
                                                         pour	l’assurance	
     aides au logement, aux aides à l’emploi et à        vieillesse                 adressées au Médiateur de la République. Leur
     l’indemnisation du chômage.                         	                          instruction est de surcroît compliquée par la
     Fournir des explications aux administrés            et21 %      	              relative inadéquation des textes aux évolutions
     constitue l’un des pans essentiels de l’activité    pour	l’assurance	          de la société. Les mobilités professionnelles
     du secteur Social. Dans le dédale des procé-
                                                         chômage	                   et sociales multiples associées à des régimes
     dures et des textes relatifs à la couverture
     sociale, les requérants sont souvent désar-
                                                         829    dossiers	           différents sont en grande partie à l’origine de
                                                                                    la complexité croissante des plaintes.
                                                         ouverts	en	2009
     més, et parfois révoltés. Face à des refus                                     Les autres ont largement porté sur la question
     d’aide, des retraits de prestations parfois                                    des retraites, un sujet récurrent qui représente
     signifiés sans préavis ni explication, voire face                              une large part de l’activité du secteur Social et
     au silence de certains organismes, une sim-                                    promet de le rester en 2010, et au-delà.
     ple information peut tout changer. Au cours de
     l’instruction des dossiers, le secteur Social a
     donc l’occasion, fréquemment, d’expliciter les
     règlements sociaux et leur application.
     Le secteur Social s’emploie également à met-
     tre en place et à développer des réseaux de
     correspondants dans les organismes sociaux
     et les administrations, qui sont des relais
     essentiels pour mener à bien son action. Agis-
     sant également en étroite collaboration avec
     les délégués territoriaux du Médiateur de la
     République, caractérisés par leur proximité
     physique avec les administrés, le secteur
     Social s’efforce de choisir, selon l’urgence
     des cas à traiter, les interlocuteurs et le mode
     d’intervention qui conférera la plus grande
     efficacité à son activité.




84                                                            rapport annuel 2009
LE SECtEUR FISCAL
vers de meilleures garanties
pour le contribuable

Les	conditions	d’application	de	la	réglementation,	souvent	perçues	comme	instables		
et	trop	restrictives	–	donc	injustes	–,	renforcent	le	désir	d’obtenir	des	informations	claires		
et	de	disposer	de	véritables	garanties.


La quasi-totalité des dossiers instruits par       458	dossiers	           Parmi toutes ces réclamations, il apparaît
le secteur Fiscal concernent la fiscalité de       ouverts	en	2009         qu’à côté des solutions de compromis, des
l’État ou des collectivités territoriales ou de    dont                    dégrèvements obtenus, des remises gra-
                                                   	
leurs groupements. Ces affaires, très variées
et aux enjeux financiers et sociaux multiples,
                                                   26 %     	concernent	
                                                                           cieuses ou des délais accordés, la demande
                                                                           d’informations face à la complexité fiscale est
                                                   un	régime	fiscal	
sont présentées à tous les stades de la pro-       dérogatoire		           de plus en plus importante. Rendre les textes
cédure administrative et contentieuse, depuis      ou	de	faveur	           plus lisibles et expliquer les décisions qui en
la contestation de la base de l’impôt ou de                                découlent, notamment la position prise par les
son recouvrement jusqu’au recours devant le        12 %       concernent	 administrations, occupent une place prépon-
juge et même après jugement. Les questions
                                                   le	contrôle	fiscal	des	 dérante dans l’activité de l’Institution. Ce fai-
                                                   entreprises	
de fiscalité personnelle y tiennent une place                              sant, le Médiateur aide aussi les administrés à
majeure et portent sur les situations familiales   8%     	concernent	     faire valoir leurs droits.
(divorce, quotient familial, pensions alimen-      la	transmission	        Le secteur Fiscal constate aussi que les dos-
taires), professionnelles (frais réels, prime      du	patrimoine	          siers fondés sur un point de droit précis et par-
à l’emploi, indemnités de chômage), patri-
moniales (successions, donations, valeurs          15 %       des	
                                                                           ticulier ne forment plus une majorité. Désor-
                                                                           mais, la plus grande partie des cas consiste
                                                   dossiers,	en	lien	
vénales, plus-values) ainsi que sur les reve-                              en la contestation d’ensemble d’un dossier ou
                                                   avec	la	crise	
nus exceptionnels et différés, ou les régimes      économique,	portent	 d’une procédure. Pour les citoyens, cela signi-
dérogatoires des crédits d’impôt et avantages      sur	du	gracieux	        fie qu’ils considèrent les comportements de
divers (« niches fiscales »).                                              l’administration et la complexité d’ensemble
Les questions de contrôle fiscal (procédure,       366     	dossiers		     du cadre législatif comme l’origine de ce qu’ils
interprétation juridique des faits, difficultés    clos	en	2009            perçoivent comme des dysfonctionnements
de recouvrement), principalement des entre-                                globaux, et que seule une autorité indépen-
prises – dont certaines jouent leur survie et                              dante, le Médiateur de la République, peut
l’emploi de leurs salariés –, concernent envi-                             alors débloquer la situation.
ron 20 % des réclamations reçues. Le contrôle
fiscal des particuliers résulte généralement
de celui des entreprises dans lesquelles ils
sont dirigeants ou associés, ou de cas d’usur-
pation d’identité. Enfin, les recours contre les
collectivités territoriales intéressent surtout
les augmentations, jugées excessives, des
impôts locaux et redevances, notamment pour
le financement de l’enlèvement des déchets
ménagers ainsi que leurs évaluations cadas-
trales et les cas d’exonération.

                                                                                                                               OOO




                                                   médiateur de la république                                                        85
LE SECtEUR DES RÉFORMES
     comment engager les autorités à accepter
     le débat public sur des questions essentielles

     Face	à	une	surenchère	de	textes	législatifs	susceptible	d’engendrer	des	difficultés	d’application	
     pour	les	administrations	et	des	effets	injustes	pour	les	administrés,	le	pouvoir	de	proposition	
     de	réformes	du	médiateur	de	la	république	poursuit	essentiellement	deux	objectifs	:	
     la	recherche	d’une	plus	grande	équité	et	la	suppression	des	dysfonctionnements	du	service	public.	


     La loi du 3 janvier 1973, renforcée par celle       12 propositions	          Les propositions de réforme adressées aux
     du 12 avril 2000, confère au Médiateur de           de	réforme	               ministres concernés s’attachent soit à cor-
     la République un pouvoir de proposition de          satisfaites	en	2009       riger les dysfonctionnements d’un service
     réformes, par autosaisine ou par saisine
     directe de la part d’un citoyen, d’un parlemen-
                                                         6	propositions	           public ou d’une administration, soit à réduire
                                                                                   les situations d’iniquité résultant de l’applica-
                                                         de	réforme	non	
     taire ou de tout acteur de la société civile. Les   satisfaites	en	2009       tion d’un texte. En 2009, 15 nouvelles propo-
     propositions de réforme s’inscrivent dans le                                  sitions de réforme ont été formulées sur des
     prolongement logique de la médiation indivi-        55	propositions	de	       sujets aussi divers que les droits sociaux liés
     duelle. Celle-ci place en effet le Médiateur de     réforme	en	attente	       au Pacs, la protection des enfants, l’encadre-
     la République à un poste d’observateur des          de	réponse                ment des frais bancaires, l’indemnisation des
     réalités sociales qui alimente sa réflexion en                                victimes des essais nucléaires français ou le
     vue d’améliorations législatives ou réglemen-                                 renforcement du régime juridique des autop-
     taires. Au-delà, le Médiateur de la République                                sies judiciaires.
     intervient sur des sujets de société : évolution
     de la famille, retraites, mobilité européenne,
     protection du citoyen, du consommateur et
     des populations fragiles, indemnisation des
     victimes de drames sanitaires, fonctionne-
     ment de la justice et du système de soins, etc.




86                                                           rapport annuel 2009
LE PôLE SANtÉ
Et SÉCURItÉ DES SOINS
comprendre, intervenir, alerter

Le	plus	souvent	contacté	directement	par	un	numéro	de	téléphoné	dédié,	le	p3S	déploie		
des	moyens	adaptés	à	la	complexité	des	demandes		 	du	simple	«	aiguillage	»	du	demandeur		
                                                    –
vers	les	structures	locales	de	médiation	à	l’examen	approfondi	du	dossier	en	cas	de	conflit		
après	un	incident	thérapeutique	–	pour	préparer	une	future	médiation	physique.


Avec près de 6 000 requêtes enregistrées en          60 %	des	                    Un grand nombre de cas complexes appellent
2009, le Pôle Santé et Sécurité des Soins (P3S)      dossiers	sont	relatifs	 de la part du P3S un traitement approfondi.
a démontré son utilité et la pertinence de son       à	des	accidents	        Destinataire des réclamations des usagers
rattachement au Médiateur de la République.          médicaux	et	            en litige avec des professionnels ou établis-
                                                     chirurgicaux
Il a innové pour ce qui concerne les moyens                                       sements de santé, le Pôle se fait alors com-
de contacter l’Institution. S’il reste possible de   17 %	des	                    muniquer le dossier médical concerné, met
le saisir par l’intermédiaire des délégués du        dossiers	concernent	         en œuvre des moyens particuliers pour ana-
Médiateur de la République sur le terrain ou en      les	infections	              lyser chaque dossier et reprendre pédagogi-
passant par le standard du siège, près de 75 %       nosocomiales                 quement chaque « histoire ». tous les quinze
des demandes lui parviennent directement
par le numéro vert dédié que des campagnes
                                                     10 %	des	                    jours, un staff médical se tient au Pôle avec
                                                                                  un médecin permanent, un autre médecin
                                                     réclamations	sont	
d’information tentent au maximum de porter à         liées	à	des	violences	       à mi-temps, une infirmière, cinq médecins
la connaissance des usagers des services de          (contre	2	%	en	2008)         vacataires (qui sont par ailleurs en activité en
santé. Les appels sont recueillis par un centre                                   hôpital ou en clinique), un médecin urgentiste,
externalisé, qui était déjà spécialisé dans la       8%     	des	                 un médecin généraliste, un anesthésiste-
sécurité alimentaire.                                demandes	portent	            réanimateur et un chirurgien viscéral. Ils
                                                     sur	l’accès	au	droit
Près de la moitié de ces appels consistent en                                     consacrent une journée à une journée et
demandes d’informations de la part des usa-
gers des services de santé ou en demandes
                                                     5%      	des	dossiers	       demie à l’analyse des dossiers, en compagnie
                                                                                  de dix délégués thématiques : personnes de
                                                     concernent	des	
d’« aiguillage » vers le bon interlocuteur. Si       accidents	liés	à	            référence, professeurs, un radiothérapeute,
ces demandes initiales d’informations sont en        l’utilisation	d’un	          un magistrat dont le Pôle sollicite les avis.
hausse, l’Institution se réjouit d’avoir en revan-   produit	de	santé             C’est ce travail qui permet au Pôle de mieux
che observé une baisse des réclamations por-
tant sur les difficultés d’accès au dossier médi-
                                                     60 médiations	               comprendre le déroulement des événements
                                                                                  indésirables graves qui lui sont soumis et
                                                     physiques	en	2009
cal par l’usager. Cette amélioration fait suite à                                 identifier les éventuels dysfonctionnements,
l’intervention du Médiateur de la République         2 723 dossiers	              erreurs ou fautes médicales.
auprès du ministère de la Santé, motivée par         ouverts	en	2009
les nombreuses réclamations dont il avait été
saisi. À noter que 15 % des appels sont le fait      1 769    	dossiers	
                                                     clos	en	2009
de praticiens, souvent en situation de dialo-
gue bloqué avec un patient : ils sont alors à la     2 806    	appels	
recherche d’un interlocuteur indépendant et          reçus	au	centre	
neutre. D’autres appels signalent des difficul-      d’appel	
tés dans l’exercice des professions de santé,
voire des déficits pouvant s’apparenter à de la
« maltraitance ordinaire ».



                                                     médiateur de la république                                                      87
la gestion administrative
     et financière 2009
     moyens budgétaires                         11 099 009,00 e              Midiss (Mission pour le développement de la médiation,
     	Charges	de	personnel	                           7		274		792,00	e	      de l’information et du dialogue pour la sécurité des soins)
     	personnels	du	siège*	                               5		914	792	e       a été transférée vers le Médiateur de la République dès le
     	délégués	                                           1	280	000	e        1er janvier 2009, ce qui a entraîné une forte progression du
     	Formation	                                              80	000	e	      nombre de saisines de l’Institution.
     	Charges	de	fonctionnement	courant	*	            3	704	217,00	e	        Au sein du P3S, l’évolution de l’activité a justifié les recru-
     	Locaux	(dont	loyer)**	                         	1	980	700,00	e	        tements de médecins-experts, vacataires.
     	moyens	généraux	(dont	crédits	
     	mis	à	disposition	du	budget	de	l’état)	        	1	239	517,00	e	        la stratégie immobilière
     	autres	services	extérieurs	                      	484	000,00	e	
                                                                             Dès 2004, Le Médiateur de la République a cherché à
     	investissements	                                 	120		000,00	e	
                                                                             diminuer le coût du loyer des locaux où ont été regroupés
     * Intégration Midiss devenue P3S                                        ses services centraux.
     ** 475 000 e de gain de loyer ont permis d’une part de prendre
                                                                             Le fait que le Médiateur de la République ait réguliè-
     en charge le différentiel de dépense constaté lors du transfert de
     Midiss vers P3S et de rendre près de 300 000 e au budget de l’État
                                                                             rement fait savoir que le bail conclu en 2003 ressortait
     en fin d’exercice                                                       comme onéreux au mètre carré a amené le bailleur non
                                                                             seulement à prendre à sa charge plusieurs gros travaux
     En 2009, les chantiers engagés en 2008 ont été poursuivis,              initialement inscrits dans le bail comme étant à la charge
     et d’autres initialisés.                                                du locataire, mais surtout à financer, outre les travaux
                                                                             d’installation d’un ascenseur desservant, enfin, tous les
     la poursuite de l’amélioration de l’accueil                             étages, la réalisation concomitante de travaux permet-
     La collaboration avec les services de la Documentation                  tant de disposer de surfaces complémentaires, notam-
     française a été approfondie afin de parvenir à un trai-                 ment une salle de formation.
     tement complet et immédiat des appels téléphoniques                     Enfin, des surfaces supplémentaires ont été mises à dispo-
     qui nécessitent une réorientation vers d’autres services                sition des services du Médiateur de la République (à l’ori-
     administratifs, en sollicitant notamment le 39 39.                      gine pour la durée des travaux, elles le resteront jusqu’au
     À la fin de l’année 2008, le Premier ministre et le Médiateur           terme du bail) pour un montant de loyer revu à la baisse.
     de la République ont signé une convention qui a pour objet :            Dans sa lettre définitive du 1er septembre 2009, la Cour
     • d’améliorer le traitement des courriels et des appels                 des comptes souligne que des « évolutions favorables »
       téléphoniques des usagers,                                            sont intervenues concernant la situation immobilière de
     • de faire progresser l’utilisation et améliorer la qualité             l’Institution. Elle donne par ailleurs un satisfaicit sur la
       des dispositifs d’information générale et d’orientation               gestion de l’Institution.
       des usagers que sont www.service-public.fr et le 39 39.
     L’ensemble de la mise en œuvre de ce processus s’est                    personnels en fonction dans les services
     étalé sur l’année 2009.                                                 du médiateur de la république
                                                                             (au 31 décembre 2009)
                                                                                                                                      catégories
     la création du pôle santé
                                                                                                                          total       a    b c
     et sécurité des soins (p3s)                                             personnels	mis	à	disposition	                   	
     L’année 2009 a été marquée par l’intégration du	pôle	                   par	les	administrations	                       33	       24	       5	   4
     Santé	et	Sécurité	des	Soins	(p3S) au sein du Médiateur de               personnels	des	caisses	
     la République. Le P3S est chargé de renforcer le dialogue               (Cpam,	Urssaf	et	Cramif)	                       4	        0	       0	   4
     entre les usagers du système de soins et les profession-                personnels	détachés	                           10	        7	       1	   2
     nels de santé. Il analyse et traite toutes demandes d’in-               p3S	                                            5	        4	       0	   1
     formation ou réclamations qui mettent en cause le non                   personnels	contractuels		                      35	       26	       0	   9
     respect du droit des malades, la qualité du système de
                                                                             personnels	affectés par	le	Sgg*	               13	        3	       2	   8
     santé, la sécurité des soins et l’accès aux soins.                      (dont	10	avaient	le	statut	de	personnels	détachés	jusqu’en	2007)
     En effet, à la demande de Madame la ministre de la Santé                total                                         100        64        8    28
     et par Convention avec la Haute Autorité de santé, la                   * Secrétariat général du gouvernement.



88                                                                  rapport annuel 2009
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7, rue Saint-Florentin, 75008 Paris
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la liste des délégués, leurs adresses, coordonnées et permanences sont disponibles
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Rubrique : Délégués / où les trouver ?




           pôle santé sécURité des soins



           et                                                                             www.lemediateuretvous.fr
           www.securitesoins.fr                                                   l’espace d’échanges et de réflexions sur les droits




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Médiateur de la République
Responsable de publication : Christian le Roux
Conception et réalisation : Polynôme Communication – RCS Nanterre B 398 289 629
Rédaction : les services du Médiateur de la République ; aDH presse
Photos : David Delaporte
Impression : la Fertoise – 72405 la Ferté-Bernard
Dépôt légal : 1er trimestre 2010
Diffusion La Documentation française           7, rue Saint-Florentin – 75008 Paris
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ISBN : 978-2-11-099157-7
ISSN : 0182-7502

Mediateur de la_republique_rapport_annuel_2010

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  • 2.
    Un acteUR essentiel dela défense des libeRtés pUbliqUes Créée en 1973, l’Institution du Médiateur de la République est une autorité indépendante qui met gracieusement ses compétences au service des citoyens, personnes physiques ou morales pour amélio- rer leurs relations avec l’administration et les services publics. elle traite les litiges au cas par cas, vérifie si l’organisme objet d’une plainte s’est ou non conformé à la mission de service public dont il a la charge, relève les dysfonctionnements et rétablit les droits du requérant. lorsqu’une décision administrative, pourtant conforme à la règle de droit, vient heurter les droits de la personne, le Média- teur de la République dispose d’un pouvoir de recommandation en équité. Il peut également faire usage de son pouvoir d’injonction lorsque l’État ne se conforme pas à une décision prise par la justice en faveur des administrés. le Médiateur de la République est éga- lement doté d’un important pouvoir de proposition de réformes qui lui permet de contribuer à l’amélioration des procédures adminis- tratives et de la législation pour que le droit soit adapté aux évolu- tions de la société et que cessent les iniquités. l’Institution doit sa réactivité et son efficacité à la qualité de ses col- laborateurs du siège, à sa présence territoriale assurée par quel- que trois-cents délégations, à sa souplesse d’action et au travail en réseau qui la caractérisent. Nommé en conseil des ministres, le Médiateur de la République, qui dispose d’un mandat unique de six ans, est irrévocable et inamovible. le Médiateur de la République est membre de droit de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme. les données chiffrées de ce rapport portent sur l’année 2009. Sa date de rédaction est arrêtée au 1er février 2010. Médiateur de la République – 7, rue Saint-Florentin – 75008 Paris Tél. : 01 55 35 24 24 – Fax : 01 55 35 24 25 – www.mediateur-republique.fr
  • 3.
    sommaire édito p. 2 FoCUS – La médiation S’éLargit aU SeCteUr de La Santé p. 6 L’ année en ChiFFreS p. 8 tabLeaU deS réFormeS p. 11 bLoC-noteS p. 12 L’USager et L’état FaCe à La CriSe p. 13 Citoyen-administration : la grande incompréhension p. 14 Le citoyen seul face à un cadre mouvant et insécurisant p. 23 de nouveaux liens marqués par la défiance et la suspicion p. 31 paCiFier LeS reLationS, apaiSer LeS tenSionS : La ContribUtion dU médiateUr p. 39 des réponses à la demande de « vivre ensemble » . 40 p des propositions pour un système plus humain p. 47 Les grandes orientations pour 2010 p. 57 Un ombUdSman à La FrançaiSe p. 63 Les réponses du médiateur de la république aux grands défis de notre société p. 64 Une expertise au service des droits de l’homme p. 71 Le défenseur des droits, un ombudsman à la française p. 75 portrait de L’inStitUtion p. 78 geStion adminiStrative et FinanCière 2009 p. 88 médiateur de la république 1
  • 4.
    E édito défense des droits : une dimension nouvelle Le constat n’est pas neuf, notre société est fracturée, mais jamais cette réalité n’a été aussi aiguë. poste d’ob- servation privilégié des évolutions sociales, des souffran- ces des femmes et des hommes, le médiateur de la répu- blique apprécie en effet quotidiennement, au travers des requêtes qui lui sont adressées, la vitesse et la prégnance avec lesquelles le sentiment d’injustice se diffuse dans la société. il perçoit aussi l’urgence et la difficulté qu’il y a à contrer ce sentiment, mêlant angoisse et rancœur, prêt à se déverser dans les pires exutoires. Le premier fossé entre les citoyens et l’état, c’est celui que creuse la loi par une complexité croissante, qui met sa compréhension hors de portée de l’individu. La consé- quence : les administrés méconnaissent leurs droits, en mesurent mal la portée et ont souvent du mal à les res- pecter. Face à eux, des fonctionnaires peinent à appliquer la loi, à comprendre la finalité de leurs actions. Se consi- dérant comme de simples pions dans un système qui les dépasse et leur impose sa force d’inertie, ils cèdent parfois à la tentation d’une application des textes plus formelle qu’humaine. Cette rupture est accentuée par l’agressivité ou la violence, qui prennent peu à peu le pas sur le respect de l’autre. des deux côtés, un sentiment de fragilité et d’isolement qui ne laisse en partage que la Jean-paul delevoye, souffrance. Médiateur de la République à cet éloignement s’ajoute pour le citoyen l’impression d’être « ballotté » par d’incessants changements cen- sés l’avantager, mais qui lui semblent pourtant s’accom- plir toujours à son détriment. ainsi de la réorganisation d’edF-gdF au nom de l’ouverture à la concurrence, qui a débouché pour l’usager sur un recul qualitatif de l’offre de services et a parfois même été source de préjudices. L’im- pact de la crise est venu aggraver la situation, accroissant le contraste entre la richesse collective de la France et la situation des moins favorisés. Jamais le risque de bas- culer dans la précarité n’a semblé si grand à autant de nos concitoyens. Les travaux de sociologues comme éric maurin ont récemment rappelé l’immense écart entre la peur du déclassement, partagée désormais par une 2 rapport annuel 2009
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    majorité de Français, notamment les classes moyennes l’usager, par définition difficilement quantifiable. on peut et supérieures, et la réalité du déclassement qui touche mesurer le délai de réponse moyen, par exemple, d’une une frange de la société, les plus vulnérables, hélas. institution. mais est-il possible de mesurer la douleur affé- d’autant que, face à la détresse d’un nombre croissant rente à ces temps de latence et d’incertitude ? à l’heure où de citoyens au parcours de vie marqué par des ruptures la transparence s’affirme comme le principal moteur de la – aussi bien professionnelles, familiales, que géographi- confiance et où les citoyens veulent pouvoir mesurer avec ques –, les réponses de la société en termes de politiques justesse la qualité des services rendus, un débat s’im- de solidarité, au travers du ra, de la CmU ou de la loi dalo, pose sur la validité des indicateurs de performance. Lui font montre d’une efficacité déclinante. Loin de lisser seul pourra écarter le soupçon d’instrumentalisation qui les aspérités de la vie, les solutions proposées par l’état pèse sur ces outils de mesure et prévenir le risque d’une face aux accidents de la vie, inadaptées à des trajectoires nouvelle fracture entre administrations et administrés. qui ne sont plus linéaires, induisent trop souvent, entre La rationalisation tant souhaitée des administrations est la naissance d’une situation de détresse et le versement censée mettre fin à la gabegie et optimiser l’efficacité et d’aides, un décalage temporel pénalisant. trop distendu, le rendement des organisations du travail dans la fonction le filet social qui doit atténuer les chocs en vient à infli- publique. Fort logiquement, cette rationalisation se tra- ger des blessures supplémentaires à ceux qu’il est censé duit d’abord par une standardisation des réponses et un aider. il paraît pourtant impératif que les services publics traitement de masse des dossiers appuyé par l’outil infor- n’ajoutent pas une souffrance évitable à une souffrance matique. dans le même temps, on constate une demande initiale. Se pose donc la nécessité d’une réflexion appro- de personnalisation de la part des usagers et un souhait fondie sur les politiques de solidarité, leurs effets sur le de ne pas être assimilés à un numéro de dossier, pour comportement, la socialisation et le vécu. une affaire qui est parfois l’histoire de toute une vie, avec ce qu’elle comporte d’incertitudes et de souffrances. Ces dans ce contexte social tendu, il est indispensable de deux tendances, personnalisation et rationalisation, ne parvenir à une utilisation optimale des deniers publics. sont opposées qu’en apparence et je suis convaincu de la C’est donc avec raison que le législateur et les services possibilité de trouver des solutions compatibles. de l’état ont mis en place une politique de lutte contre les fraudes. mener cet indispensable combat a cependant Finalement, notre système dans son ensemble se fragilise conduit à un durcissement du régime de la preuve, qui d’année en année. L’époque où le « vivre ensemble » se pénalise aujourd’hui les honnêtes gens, qui constituent fondait sur l’existence de règles communes, sur des auto- la très grande majorité de la population, en les plaçant en rités de proximité les faisant respecter, et sur des citoyens position de présumés coupables. Si l’objectif est louable, qui les connaissaient et y adhéraient semble révolue. Les comment ne pas voir dans la méthode la promesse d’une espérances collectives ont cédé la place aux inquiétudes dégradation des liens entre les administrés et leurs admi- collectives et aux émotions médiatiques. notre société nistrations ? ici aussi, une autorité indépendante comme gère son angoisse par une décharge d’agressivité là où le médiateur de la république peut aider à définir un fais- nous attendions un regain de solidarité. J’en veux pour ceau d’indices acceptables à défaut de preuve et à sécuri- preuve la généralisation et la banalisation des faits de ser le fonctionnaire chargé du dossier. en s’appuyant sur violence, à l’école, en famille, dans les hôpitaux, envers ses capacités d’analyse et sa profonde connaissance des la police. Les grandes équations qui permettaient le lois et des mécanismes administratifs, il faut parvenir à consensus au sein de notre société semblent marquées trouver un juste équilibre entre défiance et confiance, car d’obsolescence : un diplôme ne garantit plus un travail, il n’est pas possible de vivre dans un système où l’admi- une intervention étatique ne garantit plus la correction nistré fait figure d’éternel suspect. ou la suppression d’une injustice. notre société en quête vient s’ajouter un facteur supplémentaire brouillant la de sens se révèle aujourd’hui plus usée psychologique- situation : la distorsion de plus en plus marquée entre la ment que physiquement. L’individualisme met en exergue réalité vécue par les administrés et le reflet qu’en donnent l’individu et le valorise dans ses réussites. il l’isole dans les multiples indicateurs dont disposent les services de ses échecs et développe alors parfois le mépris de soi qui l’état. Contractualiser les objectifs, valoriser les résultats, engendre le mépris des autres. alors qu’il faut réinventer imprégner l’ensemble de la sphère publique de la culture les modalités comme la finalité du « vivre ensemble » et de la performance, pourquoi pas ? encore faudrait-il que enrayer la spirale de l’échec et du mépris lorsqu’elle se ces indicateurs soient pertinents et n’aient pas pour seule présente, maintenir et développer nos capacités d’écoute finalité de satisfaire une hiérarchie ou de servir de faire- est primordial. La philosophie qui guide mon action valoir médiatique. encore faudrait-il, également, que ces répond précisément à ces défis : aider nos concitoyens à indicateurs parviennent d’une manière ou d’une autre à adopter un état d’esprit plus positif, en passant de la ges- intégrer la dimension psychologique de la relation avec tion des peurs à la motivation de nouvelles espérances. La OOO médiateur de la république 3
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    édito E OOO reconstruction du « vivre ensemble » ne pourra se faire orienter. La mauvaise première réponse ou l’absence de sans offrir à chacun une place au sein du collectif, indé- réponse génère de la frustration. La mauvaise orientation pendamment de sa valeur sur le marché du travail, une génère un coût en temps humain évitable, un encombre- place où son utilité d’être social soit affirmée et sa dignité ment non avenu, et à nouveau de la frustration. L’accueil d’être humain respectée. doit être considérablement développé et le personnel destiné à occuper ce genre de poste qualifié et formé en des réponses à la fragilité et à l’insécurité conséquence. Souvent perçue par les citoyens comme l’ultime recours pour solutionner leur problème, l’institution du médiateur en consolidant mon propre dispositif d’accueil, j’ai néan- de la république est en prise directe avec la détresse, la moins constaté que l’écoute ne suffisait plus et que, face douleur et les drames humains, aux ressorts complexes. au désespoir et à la solitude, l’accompagnement de chaque J’ai mis en place de nouveaux outils pour accroître les administré tout au long du traitement de son dossier s’im- capacités d’écoute de l’institution. Sur le plan des nou- posait comme une évidence. en découle la nécessité d’in- velles technologies, « e-mediateur » est un guichet d’in- venter de nouvelles attitudes administratives, à partir d’un formation de premier niveau permettant à l’internaute de tryptique : écoute, réponse, conseil – mission dans laquelle connaître le rôle du médiateur (ce qu’il fait et ne fait pas), l’institution se veut pionnière – afin de ne jamais laisser une de savoir si le médiateur est compétent pour un problème question non résolue ou une démarche non aboutie. il ne donné et d’être réorienté vers un délégué ou bien le bon faut plus gérer un dossier mais accompagner une personne organisme, de recevoir directement dans sa message- pour l’aider à surmonter une difficulté. accueillir c’est res- rie les outils d’information sur le médiateur, cela via les pecter, accompagner c’est reconstruire. messageries instantanées gmail et msn, à toute heure du jour et de la nuit, et notamment lorsque les bureaux sont autre impératif : favoriser le vote de lois créant des droits fermés (des pics de connexions sont enregistrés la nuit et qui puissent être mis en œuvre sans complexité excessive. le week-end). Le formulaire de saisine en ligne permet dans le cas contraire, on débouche sur un texte difficile- à toute personne de déposer sa réclamation auprès du ment applicable qui alimente la colère du citoyen et se médiateur de la république via le site internet. Contraire- retourne in fine contre le législateur. C’est l’exemple du ment au système de courriel classique, les dossiers reçus dossier médical, théoriquement transmis au demandeur par ce biais sont presque en totalité de la compétence de sous huit jours, délai qui, en pratique, se révèle impossi- l’institution. Le nombre de requêtes a significativement ble à tenir. Faire converger l’objectif législatif et la réalité augmenté avec ce nouveau mode de saisine. en s’appuyant sur une meilleure évaluation des politiques publiques doit donc constituer une véritable ambition. du point de vue de l’accueil téléphonique, le basculement d’autant que l’inflation législative peut également créer des lignes téléphoniques du standard, en cas d’affluence, des difficultés d’application des textes, voire générer des sur l’ensemble des postes téléphoniques des secrétaires situations d’iniquité. La loi doit susciter des espérances, vise à réduire le nombre d’appels perdus et les attentes pas des illusions. trop longues. pour éviter un recul de la qualité du service public, il faut Ces outils répondent à deux problématiques voisines, qui tirer des enseignements de la fusion anpe-Unedic et des revêtent une importance capitale : celle de l’écoute et celle réorganisations du régime des salariés indépendants de l’accueil. notre société développe des moyens d’ex- (rSi). poursuivre cette démarche impose que les acteurs pression pour chacun, innovation technologique à l’appui. mettent en place des procédés et des moyens afin d’éviter mais quelle place accorde-t-elle aujourd’hui à l’écoute ? il qu’elle ne se traduise pour l’usager par une dégradation est toujours plus difficile d’écouter que de parler ! et pour- de la qualité du service et une plus grande complexité. Se tant, nous sommes en présence de personnes de plus en pose ici la question de l’accompagnement du changement, plus nombreuses qui ne trouvent nulle oreille attentive à parfaitement clair dans les objectifs mais trop négligé leur situation et à leur douleur et qui, la frustration aidant, dans sa conduite effective. réorganiser les services de sont de plus en plus déterminées à se faire entendre : les l’état est sans doute nécessaire, mais il faut se garder séquestrations de patrons, cette année en sont une illus- de la précipitation, se donner le temps de la maturation tration. Je maintiens que notre société, dont le caractère et définir un véritable mode de conduite de l’action. La anxiogène n’est guère en passe de diminuer, a plus que dimension humaine du changement est par ailleurs trop jamais besoin de lieux d’écoute et de décompression. souvent ignorée dans le management, tant de l’entreprise L’accueil est encore aujourd’hui considéré comme une que des services étatiques. Combler cette lacune c’est fonction mineure dans les organisations du travail. C’est réduire la souffrance. il faut aussi intégrer le fait que les pourtant le point d’entrée de l’usager dans l’organisation carrières et les vies ne sont plus linéaires, et adapter les et dont les deux missions sont déterminantes : écouter et systèmes à ces nouvelles formes de trajectoire. 4 rapport annuel 2009
  • 7.
    défendre les plusfaibles, portants conflits d’intérêts, peine à convaincre de son promouvoir le respect mutuel impartialité. il n’est plus perçu comme le recours contre dans la perspective de ce changement, l’action du média- les injustices, parfois accusé d’aggraver ces injustices et teur de la république se traduit par des propositions de non plus de les corriger. La loi n’apparaît plus comme le réforme dans plusieurs domaines, avec une ligne direc- bouclier du plus faible contre le plus fort, mais comme trice claire : attirer l’attention du législateur sur les situa- une nouvelle arme aux mains du plus fort pour asseoir sa tions injustes et suggérer des solutions pour y remédier. domination contre le plus faible. Le système légal n’étant C’est ainsi qu’en 2009, il a émis des propositions concer- plus le calque d’un système juste, la tentation est grande nant le droit des consommateurs, les accidents médicaux, soit de se diriger vers les systèmes illégaux, miroirs aux les victimes d’essais nucléaires, les autopsies judiciaires, alouettes promettant une autre justice et cachant les pires l’indemnisation des victimes de l’amiante et le pacs, avec exploitations, soit de laisser libre cours à sa colère et son l’idée qu’il faut garantir à chacun une égalité de traite- exaspération contre le système établi, dans les accès de ment devant la loi. L’année 2010 verra mes services pour- violence que nous ne connaissons désormais que trop suivre leurs efforts sur les enfants nés sans vie et la rela- bien. Le soupçon est une gangrène pour notre démocra- tion travail-santé, la maltraitance des patients, mais aussi tie. Lorsque ce soupçon est nourri par les acteurs publics les violences et incivilités des patients et de leurs proches eux-mêmes, capables de décrédibiliser une institution envers les professionnels de santé. Le but est d’agir et de entière pour leur seul dessein personnel, lorsque acteurs valoriser le respect réciproque par un effort de pédagogie locaux et décideurs centraux s’opposent au sujet de la et d’éducation. décentralisation et ravivent les anciennes querelles, il de fait, l’année 2009 aura marqué un tournant dans la convient d’appeler à nouveau à la responsabilité de tous vie de l’institution. Les collaborations avec la Cour euro- les acteurs publics. Comment, à partir d’un service public, péenne des droits de l’homme ou le défenseur des reconstruire des citoyens et restaurer le politique, voilà enfants nous ont permis de réunir sur plusieurs dossiers, la vraie question ? Je jetterai toutes mes forces dans ce comme ceux de la kafala ou des mineurs étrangers isolés, chantier en 2010 dans la réalisation de solides partena- l’ensemble des interlocuteurs concernés dans une totale riats pour que tous oeuvrions dans le même sens et opti- indépendance, favorisant une approche transversale de misions notre action. chaque sujet pour mieux en saisir tous les aspects et y Le politique doit (re)faire les preuves de son efficacité apporter ensemble une solution globale. Le passage au d’abord. privilégiant la gestion des carrières à l’innovation défenseur des droits permettra de mener encore plus et la prise de risque, le respect des procédures au respect efficacement ce type de démarche. il marquera aussi une des usagers, le service public a fini par davantage défen- nouvelle étape dans l’action pour la défense et la promo- dre la pérennité des structures, le confort de système aux tion des droits de l’homme. intérêts des administrés. il s’agit de rompre avec cette Sur le plan international, l’action s’est poursuivie notam- culture en replaçant au cœur de l’action publique et de son ment par le renforcement de l’association des médiateurs organisation le citoyen et en encourageant la prise de ris- francophones, à présent bien installée dans le paysage, que. Sous couvert de principe de précaution, nous avons et qui va s’ouvrir aux réseaux anglophone et arabophone. fini par entretenir l’illusion d’une société sans risque et en 2010 se tiendra la quatrième réunion des médiateurs ainsi un certain immobilisme. on ne nous demande pas de du bassin méditerranéen en espagne, avec une ambition : garantir le « risque zéro » mais de s’assurer que les fac- développer le dialogue là où il n’existe plus. Le partenariat teurs de risque ont été pris en compte. avec l’arménie dans le cadre de l’appel d’offres européen Le politique doit enfin répondre à cette quête du sens, en remporté par la France va se renforcer, de même que la s’interrogeant d’abord sur la finalité, l’efficacité et la lisi- collaboration avec les services de l’onu afin d’aboutir à bilité de son action et en y associant les citoyens. Le temps une véritable reconnaissance du rôle des ombudsmans, d’écoute ne produit pas de richesses immédiates mais il dont le médiateur de la république, devenu défenseur des produit du sens. droits, fera alors partie. aider les décideurs politiques à garder du recul et à pren- dre le temps de la réflexion, concilier l’impatience de restaurer la confiance l’opinion et la qualité de la décision : autant d’exigences et redonner du sens à l’action publique auxquelles une autorité forte et indépendante peut aider Le doute exprimé par nos concitoyens envers leurs insti- à satisfaire. plus globalement, il s’agit de trouver, dans le tutions appelle une réponse forte. nouveau rapport qui émerge entre le collectif et l’individu, L’excellence et l’exemplarité de l’action publique et des un espace d’équilibre entre l’autorité légale et le respect acteurs publics, sur les bases de l’éthique et de la transpa- de la personne. dans ce contexte, le passage du médiateur rence, sont les seuls moyens de regagner cette confiance de la république au défenseur des droits arrive à point qui fait aujourd’hui tant défaut. Le politique, au cœur d’im- nommé. K E médiateur de la république 5
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    focus la médiation s’élargit au secteur de la santé Créé début 2009, le pôle Santé et Sécurité des Soins (p3S) parachève le champ de compétences de l’institution. Saisi notamment sur des difficultés d’accès au droit, des défauts de soins et des conflits consécutifs à des aléas ou des fautes thérapeutiques, il exerce sa mission dans un climat nouveau de méfiance entre une opinion en demande de transparence et un monde médical sous pression. La loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à ticulier, a valeur pédagogique pour les professionnels : elle la qualité du système de santé a certes marqué une avan- ne cherche pas à désigner un coupable, mais à permettre cée significative pour les droits du malade, notamment en une exploitation positive de l’erreur. instaurant les Commissions des relations avec les usagers et de la qualité de la prise en charge (CRUQPC). Celles ci la « judiciarisation » croissante des conflits permettent en effet aux usagers des établissements de Dans ce nouveau cadre, quelles grandes tendances se santé de rencontrer les personnels médicaux en présence dégagent de l’activité du Médiateur de la République en d’un médecin médiateur afin de les aider à trouver des matière de santé ? En premier lieu, l’amplification d’un phé- solutions aux problèmes rencontrés. Dans les faits, cepen- nomène déjà constaté auparavant : l’accroissement des dant, ces usagers en situation de blocage ignorent souvent demandes d’information concernant l’accès au droit des la manière de saisir cet interlocuteur, voire son existence usagers et, plus généralement, une exigence plus grande même. Fort de son expérience sur d’autres terrains de de transparence. En regard de ce comportement nouveau, conflits potentiels, le Médiateur de la République offre aux les professionnels de santé manifestent parfois une ten- réclamants, depuis un an, un lieu d’écoute et d’information, dance à la rétention d’informations et au repli. et à tous les acteurs de la santé des moyens de renouer le Ce phénomène va de pair avec une autre grande tendance, dialogue là où il était rompu. la « judiciarisation » croissante des conflits. Les personnes Les missions du Pôle Santé et Sécurité des Soins ne s’arrê- qui s’estiment victimes d’une erreur ou d’un dysfonctionne- tent pas là. Son rôle de médiation dans des dossiers liés à un ment dont elles ont à souffrir sont de plus en plus tentées préjudice susceptible d’entraîner des poursuites disciplinai- de porter l’affaire devant les tribunaux, parfois pour obtenir res ou d’engager une responsabilité pénale, civile ou admi- non seulement réparation, mais une sanction pénale, admi- nistrative fait de lui un observateur privilégié d’événements nistrative ou civile à l’égard de la personne ou de l’établis- indésirables graves. Il était donc logique de lui confier une sement estimé fautif. Certes, le phénomène, à l’étranger mission d’alerte de l’autorité sanitaire. C’est ce qui a été fait d’ailleurs aussi bien qu’en France, dépasse largement le par le biais de partenariats avec le ministère de la Santé, la cadre des questions de santé : on sait que d’une manière Haute Autorité de santé, l’Institut de veille sanitaire, l’Afssaps générale, les conflits se règlent de plus en plus dans les (Agence française de sécurité sanitaire et de produits de prétoires. Le fait est même plus net dans d’autres domai- santé), le Conseil de l’ordre des médecins et même l’Autorité nes, car le nombre de procès intentés à des médecins est de sûreté nucléaire. Il s’agit du seul système en Europe qui régulièrement surestimé par le corps médical lui-même. permette d’assurer, au travers d’un recoupement systémati- Mais il entraîne ici une conséquence grave : il entretient et que des informations, une veille sanitaire par l’intermédiaire amplifie les situations de blocage. Les professionnels de des usagers du service de santé. Dans cet esprit, le Pôle santé sont d’autant plus tentés d’opposer le secret, à tout Santé et Sécurité des Soins cherche à promouvoir un signa- le moins de retenir certaines informations, qu’ils redoutent lement plus systématique des incidents médicaux, condition des suites judiciaires. À l’occasion de tout acte médical pèse indispensable à l’identification des dysfonctionnements et à désormais sur les professionnels de santé la peur du pro- l’amélioration des pratiques. La médiation physique, en par- cès, qui encourage la tentation du repli. 6 rapport annuel 2009
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    médiatisation des «affaires » le défi de la maltraitance ordinaire et rôle pervers de l’information en ligne Enfin, on ne s’étonnera pas d’apprendre que les recours au Lorsqu’il y a eu décès d’un patient ou complications graves, Médiateur de la République sont d’autant plus nombreux, et le médecin justifie souvent son silence par la crainte de ne portent sur des dossiers d’autant plus lourds, que le per- pas se faire comprendre s’il s’exprime en termes techni- sonnel de santé est sous pression. C’est particulièrement ques. Mais ce silence, cette rétention d’informations, sont le cas dans les services d’urgences, qui doivent faire face très mal vécus par la victime ou ses proches, qui réclament à des demandes toujours plus nombreuses, et d’ailleurs la transparence. Dans le cas d’une personne décédée, la pas toujours fondées médicalement. Le risque d’une famille ne se contente pas d’une explication en quelques vigilance prise en défaut, d’une mauvaise évaluation de lignes mais exige la communication de la totalité du dossier, l’urgence ou d’une erreur de diagnostic est d’autant plus alors que le chirurgien ou l’établissement concerné discute grand. De surcroît, on comprend bien que le droit à l’infor- le caractère « communicable » des différents éléments. mation préalable du patient en cas d’opération ne puisse L’attitude hostile des proches se nourrit de ce refus de don- être aussi bien assuré dans le cas d’une intervention d’ur- ner l’information, refus qui est parfois considéré comme gence. Les conflits dont le Médiateur est saisi trouvent sou- plus grave que l’erreur médicale elle-même. Ainsi se déve- vent leur origine dans cette pression. loppe une spirale de l’incompréhension qui débouche sur On en trouve aussi une conséquence dans un autre phéno- des situations de blocage total. Seule une médiation impar- mène, que le Pôle Santé et Sécurité des Soins du Médiateur tiale, qui commence par un examen approfondi du dossier considère comme un défi majeur à relever : ce que l’on peut médical, peut alors permettre de renouer le dialogue. appeler la maltraitance ordinaire dans les établissements Ces situations de blocage sont amplifiées par deux phéno- de santé. Sur l’ensemble des 4 795 requêtes des usagers mènes. Le premier est la médiatisation d’« affaires » médi- du système de santé instruites, près de 8 % faisaient état cales qui amènent l’opinion publique à réagir avec excès : directement d’un fait de maltraitance « ordinaire ». Qu’il sans remonter jusqu’à celle du sang contaminé ou de l’hor- s’agisse de déficits en matière d’hygiène, d’une prise en mone de croissance, on se souvient de l’impact qu’ont eu compte insuffisante de la douleur ou des caractéristiques dans l’opinion le décès d’un petit garçon à l’hôpital à la suite du patient – âge, handicap, isolement, vulnérabilité –, ces d’une erreur d’ampoule et plusieurs incidents en radiothé- faits ne sont pas toujours à mettre sur le compte d’un défaut rapie. Précisément, la création du P3S s’est trouvée surve- d’action des professionnels ; ils s’aggravent parfois du fait nir au milieu de plusieurs de ces « affaires », donc en pleine que le patient est accueilli dans un service inadapté. De crise de confiance vis-à-vis du monde médical. L’autre phé- telles situations entraînent aussi une souffrance pour celui nomène qui apparaît manifestement au Médiateur de la qui en est témoin et rendent encore moins supportable le République est l’influence des multiples sources d’informa- stress au travail. Cette pression vient alors s’ajouter à celle tions qu’Internet met à la disposition du grand public. Des que subissent parfois les professionnels de santé de la usagers mal informés, parfois sur la foi de « posts » publiés part des patients ou de leurs proches : incivilités, menaces, sur des forums sans aucun contrôle scientifique, opposent intimidations, humiliations, violences verbales, voire physi- au corps médical des certitudes fondées sur des éléments ques. Le rôle du Médiateur, qui dans un cas sur cinq est saisi de connaissance parcellaires, inadaptés à la situation ou par les professionnels de santé eux-mêmes – notamment mal interprétés. sur les questions de maltraitance –, est aussi de prendre Intervenant dans un tel climat de tension, le Médiateur de soin des soignants, sans les stigmatiser, et de promouvoir la République doit d’abord clarifier la situation en faisant avec leur concours une politique de « bientraitance ». K la distinction entre trois événements possibles : compli- cation médicale (due à l’état de santé antérieur du patient), aléa thérapeutique et accident médical fautif. La tâche, qui suppose un examen approfondi du dossier et l’écoute des personnels mis en cause, est rendue plus difficile par une compréhension paradoxale des aléas médicaux de la part des réclamants : collectivement, les gens comprennent que le risque zéro n’existe pas, mais ne l’admettent pas indivi- duellement. À cet égard, la loi de mars 2002, qui a reconnu l’aléa et la réparation, n’a pas toujours été bien comprise. médiateur de la république 7
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    l’ année enchiffres les résultats globaux de l’institution en 2009, le nombre d’affaires transmises au médiateur de la république, services centraux et délégués, a augmenté de 16 % par rapport à 2008, avec un total de 76 286 affaires reçues. Les demandes d’informations et d’orientation auprès des délégués ont progressé de 7,5 % par rapport à l’année précédente. L’institution a traité 43 481 réclamations dont 13 222 via les services centraux du médiateur de la république, à paris. saisine directe traitées par les services centraux (siège de l’institution) nombre d’affaires 11 897 reçues réclamations 13 222 (+ 88 %) par l’ensemble (+ 84,3 %) de l’institution saisine indirecte traitées par les délégués 1 625 43 481 (échelon de proximité) (+ 12 %) (+ 24,2 %) demandes 30 259 d’informations (+ 8,7 %) et d’orientation (traitées par les délégués du médiateur de la république) 76 286 (+ 16,2 %) 32 805 (+ 7,5 %) 8 rapport annuel 2009
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    l’activité des servicescentraux • Environ 15 497 appels nombre de réclamations reçues téléphoniques au standard 13 222 de l’Institutition 1 669 formulaires web depuis le 01/09/09 2 387 courriels • 2 387 courriels de réclamation 13 222 7 176 6 948 6 716 et 1 669 formulaires web 1 669 formulaires web depuis le 01/09/09 Services centraux 13 222 9 166 dont 2 387 courriels 2 723 de Pôle Santé 7 176 • 2 806 669 formulaires webcentre 1 appelsleau 6 948 et Sécurité des Soins depuis 01/09/09 6 716 d’appel Services centraux 2 387 du Pôle Santé courriels 7 176 9 166 dont 2006 2007 2008 2009 6 948 et Sécurité desdes Soins 2 723 de PôleSoins Santé 6 716 et Sécurité Services centraux 9 166 dont l’évolution du nombre de dossiers traités par l’institution mérite des 723 de Pôle Santé importants 2006 2007 2008 2 2009 etcommentaires Sécurité des Soins Le nombre de saisines « papier » est Ensuite, l’évolution du nombre de De même, cette demande potentielle resté globalement stable d’une année 2006 2007 2008 2009 dossiers est le résultat du rattache- se transforme en demande réelle sur l’autre. Mais dans le même temps ment du Pôle Santé et Sécurité des à partir du moment où l’institution tout au long des sept premiers mois Soins au Médiateur depuis le 1er jan- et son réseau de proximité sont de de l’année, le nombre de dossiers vier 2009. mieux en mieux connus. transmis par courriels (des deman- des souvent laconiques ou des dos- Au-delà de ces commentaires « tech- Il convient cependant de regretter siers incomplets) n’a cessé d’aug- niques », il convient de noter que la qu’un certain nombre d’organismes menter. Le Médiateur a donc mis en demande potentielle à l’égard de de proximité qui pourraient être à place à partir de septembre 2009 le l’institution ne peut que croître pour même de répondre, d’orienter, voire « formulaire » de saisine préformaté, des raisons de complexité croissante de traiter une partie des demandes qui a remplacé le courriel. du système administratif d’un coté et ou des petites difficultés des usagers d’une précarité croissante de l’autre. ne jouent plus leur rôle. 7% taux de réussite des médiations 13 222 1 669 formulaires web depuis le 01/09/09 16 % 7 %Médiations réussies 2 387 courriels 84 % 2009 93 % 7 176 6 948 Médiations non réussies 16 % 7% 6 716 Services centraux 9 166 dont Médiations réussies 2008 2009 84 % 93 % 2 723 de Pôle Santé et Sécurité des Soins réussies Médiations non Médiations réussies 2008 2009 84 % 2006 2007 93 % 2009 2008 Médiations non réussies 8% 24,1 % 47 % Justice 7% répartition des dossiers clos par domaines d’intervention 11,5 % 8% Social 2009 % 24,1 Affaires générales 47 % 13,5 % 7% 8 % Justice 11,5 % Agents publics - pensions 18,3 % % 17,5 24,1 % 47 % Social 2008 Fiscal 2009 Justice 7% 13,5 % Affaires générales 17,5 % 14,3 % Pôle Santé et Sécurité des Soins Social 10,2 % 18,3 % Agents publics - pensions 2008 2009 Affaires générales 28,6 % 13,5 % Fiscal 18,3 % 14,3 % Agents publics - pensions Pôle Santé et Sécurité des Soins 10,2 % Demandes relatives 17 % 28,6 % 17 % à un service public, dont : Fiscal 25 % 14,3 % Pôle Santé et Sécurité des Soins Justice 10,2 % Social Demandes relatives 17 % 17 % à un service public, dont : 25 % 2009 25 % Affaires générales médiateur de la république Justice 9 31 % 33 % Demandes relatives 11 % 17 % Agents17 % - pensions publics à un service public, dont : Social
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    2008 2009 16 % 84 % 7% 93 % Médiations non réussies L’année en ChiFFreS 11,5 % 16 % 24,1 % 8% 7% 47 % Médiations réussies 2008 2009 Justice 84 % 7% 93 % Médiations non réussies 17,5 % Social 11,5 % 2008 2008 8 % 2009 2009 Médiations réussies Affaires générales 24,1 % 84 % 13,5 % 4793 % % Médiations non réussies Justice Agents publics - pensions 18,3 % 7% 17,5 % % 28,6 l’ activité des délégués Social Fiscal 2008 14,3 % 2009 Affaires générales 11,5 % 13,5 % 8 % 10,2 % Pôle Santé et Sécurité des Soins 24,1 % 47 % 13 222 Agents publics - pensions 18,3 % Justice information – domaines concernés 7 % 1 669 formulaires web 17,528,6 % % Fiscal %11,5 8% 14,3 % depuis le 01/09/09 Social Demandes relatives 2008 17 % 24,1 % 2009 17 % 47 % 10,2 % 7 176 2 387 courrielsserviceet Sécurité des Soins Pôle Santé à un Affaires générales dont : public, 25 % 13,525 % 6 948 % 7% Justice Justice 17,5 % 18,3 % 6 716 Agents publics - pensions Social Services centraux Social 2008 2009 dontFiscal 28,6 % 13,514,3 % 2009 17% % 9 166 Affaires générales 2 723Demandes relatives de Pôle Santé 2008 17 % Affaires générales Pôle Santé etpublic, dont : à un service Sécurité des et Sécurité des Soins 12 % % 25 31 % 18,3 % 11 % % 25 10,2 % 33 % Agents publics - pensions Soins Justice Agents publics - pensions 28,6 % 4 % 2006 2007 2008 2009 Fiscal Social 4% 14,3 % Fiscal 2008 75 % 2009 % 75 % 10,2 Pôle Santé et Sécurité des Soins Affaires générales 36 % 17 % 35 % 17 % Affaires d’ordre privé Demandes relatives 31 % 33 % à un service public, dont : 12 % 11 % 25 % 25 % Agents publics - pensions Justice 4 %11 % 4 %10 % Fiscal 11 % 10 % Demandes relatives Social 75 % 17 % 17 % 75 % 3% 25 % 36 % 3% 25 % 35 % àAffaires d’ordre privé : un service public, dont Justice + étrangers réclamations – répartition par domaines d’intervention 2008 2009 Affaires générales Justice 31 % 33 % Social 12 % 11 % Agents publics - pensions Social 4% 11 %2008 11 % 4% 10 %2009 10 % Affaires générales + urbanisme Fiscal générales 2008 2009 75 %% 34 75 %% 39 Affaires 3% 31 % 3% 33 % Justice + étrangers Agents publics - pensions 12 % 36 % 11 % 35 % Affaires d’ordre privé- pensions Agents publics Social Fiscal 41 % 4% 38 % 4% Fiscal Affaires générales + urbanisme 2008 11 % 36 % 75 % 10 % 35 % 10 %7539 % 2009 % 11 % 34 % Affaires d’ordre privé Agents publics - pensions 3% 3% Justice + étrangers Fiscal 6% 41 %11 % 38 %10 %% 6 Social 3% 11 % 3% 10 % Dossiers instruits 3% 5% 2008 3% 5% 2009 Affaires+ étrangers+ urbanisme Justice générales Autres transmissions 34 % 39 % 71 % 71 % Agents publics - pensions Social Réclamations non justifiées 12% 6% 2008 % 12% 6%2009 Fiscal 41 %% 3 16 2008 38 % % 2009 % 3 7 Affaires générales + urbanisme Abandons/désistements Dossiers instruits 34 % 35%réclamations – suites données % 35% % 39 % Transmission au siège Agents publics - pensions Autres transmissions (compétence du siège) 71 % 71 % Fiscal Rejet sans suite justifiées Réclamations non 12% % 41 12%% 38 (hors compétence) Médiations réussies 6 %2008 2008 84 % 6 %2009 2009 93 % Abandons/désistements 3% 3% 3% 3% Dossiers instruits Transmission au siège non réussies Médiations 5% 5% (compétence du siège) Autres transmissions 19,65 % % 6 71 % 17,65 % 6 % 71 % Rejet sans suite (hors compétence) Réclamations non justifiées 12% 3 % 2008 12% 3 % 2009 Dossiers instruits 5% 5% Abandons/désistements Autres transmissions 3% 71 % 3% 71 % Médiations réussies Transmission au siège Réclamations non justifiées (compétence du siège) 12% 19,65 % 11,5 % 2008 80,35 % 12%17,65 % 2009 %8 82,35 % Médiations non réussies Rejet sans suite 2008 2009 Abandons/désistements 24,1 % 47 % (hors compétence) 3% 3% 7% TransmissionJustice au siège (compétenceréussies Médiations du siège) 17,5 % Social Rejet sans suite 2008 2008 80,35 % 2009 2009 82,35 % Médiations non réussies (hors compétence) 19,65 % 17,65 % Affaires générales réclamations – taux de réussite des délégués % 13,5 Agents publics - pensions 18,3 % 19,65 %28,6 % 17,65 % Fiscal Médiations réussies 2008 14,3 % 2009 Médiations non réussies et Sécurité des Soins Pôle Santé 80,35 % 10,2 % % 82,35 Médiations réussies 2008 2009 Médiations non réussies 80,35 % 82,35 % Demandes relatives 17 % 17 % à un service public, dont : 25 % 25 % Justice Social 2008 2009 Affaires générales 31 % 33 % 10 12 % 11 % rapport annuel 2009 Agents publics - pensions 4% 4% Fiscal
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    tableau des réformes lespropositions de réforme satisfaites en 2009 obJet date de clôture Condition d’inactivité pour percevoir l’AAH (allocation aux adultes handicapés) 07/01/2009 Remboursement anticipé des créances de carry back 23/01/2009 Instauration d’un recours juridictionnel pour les prises de position formelles 23/01/2009 de l’administration fiscale Reconnaissance en France des unions civiles étrangères 04/06/2009 Satisfaction partielle Assurance maladie coordination RSI et régime général Sécurité sociale 16/06/2009 Insaisissabilité de la majoration de pension au titre de l’assistance tierce personne 25/06/2009 Automaticité de l’application du solde bancaire insaisissable (SBI) 25/06/2009 Possibilité de conclure un Pacs en Nouvelle Calédonie et Wallis et Futuna 27/07/2009 Procédures disciplinaires applicables aux médecins du service public 19/08/2009 Exonération de la redevance audiovisuelle des téléviseurs loués par les détenus 19/08/2009 Reclassement en catégorie A de fonctionnaires de l’État de catégorie B 18/09/2009 Satisfaction partielle Extension du bénéfice du capital décès au partenaire lié à un fonctionnaire 07/12/09 par un pacte civil de solidarité les propositions de réforme ayant abouti au début de l’année 2010 obJet date de clôture Création d’un dispositif d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français 05/01/2010 Reconnaissance en France des unions civiles étrangères 13/01/2010 Entrée en application définitive les propositions de réforme non satisfaites en 2009 obJet date de clôture Accès aux derniers indices pour les professeurs de collège 04/06/2009 Validation des périodes d’invalidité au titre de la retraite proportionnelle des non salariés agricoles 25/06/2009 Pension des commandants de sapeurs-pompiers professionnels 28/07/2009 Application automatique de la technique du quotient pour les revenus différés 07/12/2009 Départ anticipé à la retraite de certains fonctionnaires handicapés 07/12/2009 Intégration d’anciens élèves du cycle international de l’Ena 07/12/2009 médiateur de la république 11
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    bloc-notes p. 14 p. 49 p. 68 fiabilité et clarté mieux protéger prévenir la maltraitance de l’information : les consommateurs des personnes vulnérables le point de blocage Le Médiateur se mobilise depuis dans le milieu médical pour les citoyens face cinq ans sur la problématique du cré- Ce que l’on peut appeler la mal- à l’administration dit à la consommation. traitance ordinaire est à placer au De nombreuses demandent qui par- rang des grandes menaces de notre viennent au Médiateur ou à ses délé- p. 52 société. Non seulement le Médiateur gués auraient pu être évitées si les pacs, améliorer observe une croissance des problè- services administratifs concernés le dispositif mes liés à ces actes, mais les trouve avaient joué leur rôle et apporté des Alors que l’on célébrait cette année sous-jacents à de nombreux dossiers réponses concrètes. les 10 ans du Pacs, les imperfections qu’il traite. de ce système appellent des modi- p. 24 fications, notamment au regard de p. 71 le régime social l’amélioration des droits sociaux. l’expertise des indépendants de l’institution sollicitée en question p. 55 au plan international Le régime social des indépendants les expertises médicales Le Médiateur, en association avec le (RSI), né de la fusion de deux régi- judiciaires Défenseur du peuple de l’Espagne, mes, illustre bien les difficultés inhé- La qualité des expertises médicales a été choisi par la Commission euro- rentes aux démarches de simplifi- judiciaires, dans un cadre conten- péenne pour mettre en œuvre un cation d’une organisation complexe. tieux, fait l’objet de critiques récur- jumelage institutionnel au profit de Il assure, depuis le 1er janvier 2008, rentes qui mettent en cause à la fois l’Arménie. une mission d’interlocuteur social la crédibilité de la justice et celle de unique pour l’ensemble de la protec- la médecine. p. 75 tion sociale des artisans, des indus- le défenseur des droits, triels et des commerçants. p. 67 un ombudsman l’amélioration à la française p. 35 de la protection Plusieurs rapports parlementaires prudence exagérée des mineurs – la kafala avaient formulé le souhait de voir un lors du renouvellement Modalité spécifique de recueil d’un certain nombre d’autorités indépen- des papiers d’identité enfant en droit musulman, la kafala dantes mutualiser davantage leur La prudence exagérée de l’adminis- est assimilé en droit français à une action. C’est dans ce contexte que la tration dans la délivrance des papiers délégation parentale. Cependant la révision constitutionnelle de juillet d’identité des Français nés à l’étran- perception juridique de la kafala en 2008 a crée un Défenseur des droits. ger, ou dont l’un des parents est né à France et les textes en vigueur posent l’étranger, est très mal vécue par les de multiples obstacles à la demande p. 78 intéressés. Le Médiateur est inter- des familles françaises ou binationa- portrait de l’institution, venu. les qui accueillent ces enfants. des agents et des délégués Les domaines de compétence ont été élargis et la capacité d’écoute ren- forcée. 12 rapport annuel 2009
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    l’usager et l’étatface à la crise Si l’épicentre de la crise que nous avons connue cette année est à situer dans la sphère financière et économique, l’onde de choc a quelque peu secoué la sphère publique, par ailleurs relativement épargnée. La crise joue alors le rôle de révélateur de difficultés latentes dans la relation qu’entretiennent les usagers avec leur administration, tan- tôt invisibles car profondément enfouies, tantôt visibles mais copieu- sement ignorées. Sont alors pointés du doigt la lutte pour obtenir des informations claires, rapides et fiables au même titre que le déficit d’accompagnement lorsque le monde autour change brutalement, notamment lorsque les institutions et la législation elles-mêmes changent. La crise, rendant tangibles ces problèmes, les rend plus insupportables : on observe alors la tension monter chez les protago- nistes, jusqu’au point de blocage et parfois d’affrontement. ••• citoyen-administration : la grande incompréhension p. 14 FiabiLité et CLarté de L’inFormation : Le point de bLoCage poUr LeS CitoYenS FaCe à L’adminiStration p. 14 deS adminiStrationS en maL de repèreS p. 19 le citoyen seul face à un cadre mouvant et insécurisant p. 23 Une inFLation LégiSLative QUi ContribUe à L’inStabiLité de La norme p. 23 Une rationaLiSation SoUrCe de dYSFonCtionnementS p. 24 LeS dommageS CoLLatéraUX de L’oUvertUre à La ConCUrrenCe dU SeCteUr de L’énergie p. 24 LeS ConSéQUenCeS pratiQUeS de La réorganiSation deS ServiCeS déConCentréS de L’état p. 25 deS doSSierS « poLYmorpheS » p. 26 de nouveaux liens marqués par la défiance et la suspicion p. 31 paS de « préSomption d’innoCenCe » poUr L’adminiStré p. 31 deS réponSeS de pLUS en pLUS vioLenteS de part et d’aUtre p. 34 médiateur de la république 13
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    l’usager et l’étatface à la crise citoyen-administration : la grande incompréhension Que ce soit entre elles ou en direction de leurs publics, les administrations éprouvent de nombreuses difficultés à offrir une communication efficace et harmonieuse. en résulte bien souvent pour le citoyen une absence de réponse à ses demandes ou des explications insuffisantes, voire contradictoires. Face à ce qu’il perçoit comme un mépris à son égard, l’usager éprouve de surcroît le sentiment d’être ballotté et même malmené par des services administratifs dont les comportements lui apparaissent désinvoltes. d’un côté comme de l’autre, ce type de situation est générateur de fortes insatisfactions, de stress et de tensions. fiabilité et clarté de l’information : le point de blocage pour les citoyens face à l’administration C’est un sentiment diffus que les en témoigne le cas de madame C., Sur le terrain, un peu plus de 50 % citoyens sont de plus en plus nom- masseur-kinésithérapeute, qui lors des 62 000 demandes traitées par breux à ressentir, dans un éventail d’une visite à domicile, a laissé son les délégués du Médiateur de la de situations large, et plus spécia- véhicule sur un emplacement « livrai- République ne sont pas des récla- lement lorsqu’ils ont affaire à la son », croyant que sa qualité d’auxiliaire mations envers les services publics, puissance publique : celui d’être médicale l’y autorisait. elle a été verba- telles que les définit la loi de 1973, face à un vertigineux empilement lisée et a acquitté sa contravention. elle mais des besoins d’éclaircissement de lois et de règlements, dont ils a ensuite saisi le médiateur de la répu- de la part de personnes perdues n’arrivent à savoir qu’avec diffi- blique, non pour contester l’amende dans la complexité des procédures culté lesquels s’appliquent à leur mais, ne sachant où se renseigner, pour ou qui ont le sentiment de ne pas situation particulière. Au travers être informée des conditions dans les- avoir été accueillies et écoutées. des dossiers qu’ils examinent, les quelles les auxiliaires médicaux pou- Ces administrés entrent en contact services du Médiateur de la Répu- vaient stationner à paris lors de leurs avec le réseau de délégués de l’Ins- blique constatent très souvent visites à domicile. Le médiateur de la titution parce qu’ils ne savent plus que, devant cette impénétrable république l’a informée de la création à qui s’adresser ou n’ont pas obtenu nébuleuse normative, les citoyens par le conseil de paris de la carte de les réponses souhaitées par les ser- sont avant tout demandeurs d’in- stationnement « Sésame soins à domi- vices administratifs concernés. Une formations, d’un guide les aidant à cile » pour les professionnels de santé grande partie de l’activité du réseau trouver leur chemin dans la masse intervenant dans la capitale. il lui a pré- consiste donc à écouter ces person- des textes et d’un mode d’emploi cisé le coût de la carte, les possibilités nes, à leur expliquer les démarches leur permettant de déterminer où de stationnement offertes par celle-ci à accomplir, à les informer de leurs trouver le renseignement qui leur ainsi que le lieu et modalités d’obten- droits et à les réorienter. De nom- sera utile. tion de ce document. breuses demandes qui parviennent 14 rapport annuel 2009
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    aux délégués auraientpu être évi- tées si les services concernés avaient apporté des réponses concrètes. Dans ces cas, l’Institution donne simplement aux administrés les outils nécessaires pour débloquer leur situation et rede- venir maîtres de leurs démarches. Quand il s’agit d’informer une vic- time des suites données par la justice à son dépôt de plainte, l’intervention du délégué permet d’atténuer le sentiment d’injustice, qui augmente devant la lenteur et le silence de la justice. monsieur J. a été victime en août 2007 d’une chute de vélo occasionnée par un chien non tenu en laisse. devant le refus de la propriétaire de l’animal de donner les coordonnées de son assurance pour le remboursement des dégâts sur son cycle (plus de 1 000 Médiateur de la République a donc Le médiateur a expliqué à mon- euros), il dépose une plainte. La gen- pour rôle de clarifier et rendre plus sieur L., agent de la fonction publique darmerie qui instruit cette affaire n’a lisibles les textes et décisions qui le territoriale, qu’il était dans une situa- pas réglé le dossier un an plus tard. concernent. tion différente de celle des salariés monsieur J. demande au délégué de uniquement indemnisés par la Sécu- l’aider. Ce dernier contacte la gendar- monsieur L., sapeur-pompier pro- rité sociale pour lesquels la loi fiscale merie et il apprend que la procédure fessionnel, a été victime d’un acci- prévoyait expressément une exonéra- a été transmise en avril 2008 à la jus- dent du travail entraînant un arrêt tion avant la loi de finances pour 2010. tice en vue de l’engagement de pour- de plusieurs mois. il a interrogé son suites. Un appel au ministère public centre des impôts sur le régime fis- Le besoin d’informations du contri- confirme que la plainte sera évoquée cal applicable aux indemnités jour- buable ne répond pas seulement à la à une audience du tribunal… en 2009. nalières perçues à ce titre. dans complexité des textes, mais aussi à un premier temps, on lui a répondu son besoin de sécurité. En effet, le Le besoin d’informations du citoyen que ces indemnités n’étaient pas système fiscal français, parce qu’il est particulièrement net, et légitime, imposables puis, dans un second repose en grande partie sur le prin- dans une matière complexe comme temps, le service des impôts lui a cipe de la déclaration contrôlée, qui la fiscalité. Il est d’autant plus grand affirmé l’inverse. il a alors consulté comporte ultérieurement la possibi- qu’il part d’une profonde incompré- un autre centre des impôts qui lui a lité de rectifications, suppose que le hension car, il faut bien le dire, dans confirmé le caractère non imposa- contribuable soit entouré de garan- la plupart des cas soumis au Média- ble de ces sommes. il a également ties. Sachant exactement quels sont teur de la République, le contribua- saisi le conciliateur fiscal de son ses droits et obligations, il doit pou- ble ne comprend pas son dossier. département, qui lui a précisé que voir être sûr du bien-fondé de la posi- À cette complexité fiscale répondent le traitement alloué aux fonctionnai- tion adoptée par l’administration fis- deux nécessités : un besoin de péda- res atteints de maladie devrait être cale. C’est à cette condition qu’il peut gogie et un besoin de garanties. considéré dans sa totalité comme un prévenir tout risque de contentieux. Il faut cependant nuancer en gardant revenu imposable. C’est particulièrement vrai lorsqu’il à l’esprit que pour une part, cette Ces réponses contradictoires, source s’agit d’une entreprise qui a un projet complexité est le corollaire de la jus- d’insécurité juridique pour le récla- d’investissement, ou d’un profession- tice et de l’équité fiscales : pour assu- mant, l’ont conduit à solliciter le nel libéral qui installe un cabinet. rer l’égalité de tous devant l’impôt, la médiateur de la république afin d’ob- S’il est nécessaire au contribua- loi est souvent obligée d’entrer dans tenir une explication sur l’existence ble de s’entourer de garanties pour le détail de nombreux cas et s’efforce des différents régimes fiscaux appli- prévenir tout contentieux avec l’ad- de prévoir toutes les situations pos- cables aux indemnités journalières ministration fiscale, il lui est tout sibles. Vis-à-vis du contribuable, le d’accident du travail. autant indispensable de comprendre OOO médiateur de la république 15
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    L’USager et L’état FaCe à La CriSe CItOyEN-ADMINIStRAtION : LA gRANDE INCOMPRÉHENSION OOO pourquoi un redressement lui est que celui de satisfaire le besoin réel Ayant souvent créé une activité éventuellement appliqué. Or, sur ce d’informations du contribuable. Le indépendante ou libérale sans avoir point, dont l’application peut paraî- Médiateur de la République a alors un compris tous les modes de calcul, tre évidente, il reste des progrès à rôle important, puisqu’il peut deman- ils sont désorientés par les cotisa- accomplir : malgré la loi du 11 juillet der à l’administration de motiver plus tions variables, les calculs sur des 1979 sur la motivation des actes précisément sa décision. bases forfaitaires avec régularisa- administratifs, en l’espèce l’article tion a posteriori. Finissant par ne L. 57 du Livre des procédures fisca- le citoyen perdu dans plus rien comprendre à ce qui leur les, le contribuable n’est pas toujours le labyrinthe des cotisations est demandé, ils ne gardent au fond en situation de bien comprendre et Dès que l’on touche au domaine qu’un sentiment d’injustice face aux de faire valoir ses droits. Souvent, social, on ne compte plus les assu- injonctions qui leur sont faites. l’administration respecte la lettre rés qui se plaignent de ne pas com- Derrière de nombreuses réclamations de la loi, mais se borne à des motiva- prendre les modes de calcul des adressées au Médiateur de la Républi- tions techniques, parfois laconiques, cotisations qu’on leur réclame. Les que se cachent des drames humains, parfois au contraire surabondantes, explications qui leur sont données, comme ceux de familles se retrouvant voire purement formelles. Il arrive quand ils parviennent à en obtenir, sans indemnisation pendant l’étude même dans certains cas que cette sont nettement insuffisantes et les de leur dossier, à l’instar de Monsieur motivation soit tellement imprécise conduisent bien souvent à saisir le et Madame X., en situation de grande que l’on puisse l’assimiler à un défaut Médiateur de la République pour les précarité financière, qui ont déposé de motivation. aider à interpréter correctement les une demande de revenu de solidarité Lorsque ces réclamations sont recon- demandes des organismes sociaux. active (RSA) auprès d’une caisse d’al- nues fondées, on constate davantage Les affiliés au Régime social des locations familiales (Caf). le souci de l’administration de répon- indépendants (RSI) sont particu- dre aux exigences qui lui sont impo- lièrement nombreux à se perdre Ce couple, dont les revenus attei- sées par la loi et la jurisprudence dans les subtilités de leur régime. gnaient à peine 300 euros par mois, était sur le point de se voir couper l’eau et l’électricité dans les plus brefs délais, faute de pouvoir honorer ses factures. en effet, depuis la fin de contrat de monsieur X., deux mois s’étaient écoulés pour l’instruction de son dossier de chômage auprès de la division chômage de l’armée. vu la situation du couple X., les services du médiateur de la république ont traité son dossier en cellule d’urgence. ils se sont rapprochés de la division pour une prise de contact auprès des ser- vices de la Caf concernée ainsi que de la personne en charge de la demande de rSa. L’intervention du médiateur de la république a permis de décou- vrir qu’une attestation de chômage manquante était la cause du retard de traitement et de porter à la connais- sance des différents interlocuteurs l’existence de cette pièce, débloquant ainsi l’ensemble du dossier. Le contexte de crise économique accentue leur sentiment d’être traités de manière injuste, inégale, discriminatoire, quand les admi- nistrés ont respecté les procédures et se sentent pénalisés sans raison. 16 rapport annuel 2009
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    Grande alors estla tentation d’es- des ministères encore plus tangible que face au savoir des sayer de passer outre et de forcer la aux abonnés absents médecins, acquis au cours d’études main d’une administration dont ils Quand l’organisme concerné ne se longues et réputées difficiles, les considèrent qu’elle a mal traité leur rend pas aux arguments du Média- particuliers ont l’impression que se dossier. Il faut également prendre en teur de la République pour apporter dresse devant eux un infranchissable compte la tendance, de plus en plus une solution ou une réponse, ce der- mur de la connaissance. Depuis que répandue chez certains assurés, de nier remonte la chaîne de décision la structure qui fonctionnait au sein choisir à la carte les prestations les étape par étape, jusqu’au ministre de la Haute Autorité de santé (HAS) plus avantageuses. Face à ces com- s’il le faut, afin d’attirer l’attention a rejoint les services du Médiateur portements se pose une question : la au plus haut niveau sur un refus de la République sous le nom de Pôle politique d’information en la matière de modifier son interprétation des Santé et Sécurité des Soins (P3S), est-elle suffisante au regard des textes. Il peut suggérer au minis- un accroissement flagrant de deman- droits potentiels des assurés, mais tère un nouveau texte (règlement, des d’informations concernant l’ac- surtout, est-elle encore adaptée ? circulaire, décret) pour préciser de cès au droit des usagers du système Certes, le droit à l’information des façon claire l’application de la loi et de santé est à noter. Pratiquement citoyens est devenu incontournable et contourner la résistance de l’orga- tous les dossiers qui lui sont soumis, les efforts de communication des ins- nisme. Le Médiateur de la Républi- notamment en matière d’accidents titutions publiques se sont renforcés que peut également demander la médicaux, se doublent d’un pro- pour se rapprocher au mieux du quo- position du ministère sur le texte blème d’accès aux informations. La tidien des usagers. Les citoyens ont qui fonde la saisine et l’ensemble de phrase-type du réclamant est : « J’ai également davantage pris conscience l’affaire. Il faut cependant s’armer de essayé de savoir, mais on ne m’a des devoirs que l’administration a patience, car les délais de réponse pas répondu ». Lors de la surve- envers eux. Mais la lente montée de peuvent être assez longs, notam- nance d’un accident médical, cette l’individualisme et la plus récente ment lorsque les demandes sont demande forte de transparence peut mais néanmoins brutale irruption adressées au ministère du Travail, se heurter à une certaine rétention de la crise ont modifié les compor- des Relations sociales, de la Famille d’information, voire au déni, en par- tements. Le résultat ? Une exigence et des Solidarités et au ministère de tie par peur, par réaction d’autopro- chaque jour plus forte pour que la l’Agriculture, voire de certains éta- tection. Ces comportements peuvent loi et la règle soient mises au profit blissements publics. Lourdeur du déboucher sur la rupture totale de des intérêts particuliers. À divers processus, lenteur et pesanteur de dialogue, voire un conflit, avec de la degrés mais toujours avec force, c’est la hiérarchie… L’absence de réponse part du patient ou de ses ayants droit ce qu’expriment certaines réclama- ne traduit pas seulement une volonté une réelle volonté de le judiciariser. tions adressées au Médiateur par de ne pas répondre, mais parfois une Il s’agit là d’un phénomène nouveau, des citoyens devenus peu à peu des incapacité à le faire. Si cette situa- dont on perçoit la montée en puis- « consommateurs » de service public. tion, déjà pointée par les services du sance. À cet égard, la qualité et l’efficacité Médiateur de la République en 2008, Cependant, les personnes qui, soup- du site « service-public.fr » semblent a paru s’améliorer début 2009, cette çonnant une erreur médicale ou montrer la voie à suivre. Il resterait apparente réactivité n’a pas duré et thérapeutique, contactent le Média- cependant à inventer, au bénéfice le silence est redevenu une réponse teur de la République, reconnaissent des usagers qui ne maîtrisent pas les courante aux demandes de l’Insti- souvent n’avoir pas posé de question technologies de l’information et de la tution. au médecin ou au chirurgien qui les communication (TIC), un équivalent avait prises en charge, encore moins en termes d’accueil physique. C’est la l’information médicale, saisi le médecin médiateur de l’hôpi- demande formulée depuis plusieurs une denrée rare tal. Cette médiation existe pourtant, années par le Médiateur, qui souhaite Dans le domaine de la santé aussi, du moins en théorie, dans tous les que soient créés des centres d’accès l’information des citoyens reste établissements hospitaliers depuis au droit à plus large échelle. insuffisante. Ce déficit est d’autant la loi de 2002 sur les droits des OOO médiateur de la république 17
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    L’USager et L’état FaCe à La CriSe CItOyEN-ADMINIStRAtION : LA gRANDE INCOMPRÉHENSION OOO malades, qui a également créé les le chirurgien, par son intervention, a contentait de fixer un délai maximal Commissions de relations avec les déclenché une hémorragie massive de quinze jours à un mois, il serait usagers et de la qualité de la prise qui n’a pu être maîtrisée et a abouti à possible d’exiger sa stricte applica- en charge (CRUQPC). Souvent, le la constitution d’une hémiplégie gau- tion et de mettre ainsi un terme à praticien ou l’établissement aurait che définitive. des frustrations de part et d’autre. pu leur fournir une réponse satisfai- devant l’incompréhension générée Pour la communication des dos- sante, mais ils n’ont pas voulu, ou pas par la survenue d’un tel drame, mon- siers médicaux, des progrès restent osé, commencer par cette étape. On sieur F. et sa famille ont saisi le pôle à accomplir dans un cas : lorsqu’il se résout difficilement à exprimer Santé et Sécurité des Soins. en effet, concerne une personne décédée. son mécontentement à un médecin, il avait seulement été informé d’une On constate alors de la part des car en ce domaine, les tabous sont exploration parfaitement bénigne et établissements une certaine inertie, encore forts. Par ailleurs, dans une banale de sa gorge pour un « gan- un comportement que le Médiateur petite ville qui possède un seul hôpi- glion », sans qu’il ait été fait mention de la République qualifie d’« atten- tal, certains se demandent comment des risques possibles liés à l’acte tisme précautionneux ». Il ne porte y retourner après un litige. Le droit chirurgical. Une analyse minutieuse pas sur le délai de communication, de poser une simple question n’ap- du dossier a été entreprise par les ni à proprement parler sur le prin- paraît pas toujours naturel. Même médecins du pôle, ce qui a permis de cipe même de cette communication, vis-à-vis du médecin médiateur de délivrer une information intelligible mais sur le caractère communicable l’établissement, les patients n’ont sur les circonstances de la survenue des documents. pas en effet un sentiment d’indépen- de cet accident médical. dance totale. restée 24 heures sur un brancard Les interventions du Médiateur de la Si ces demandes d’informations ini- aux urgences avant d’être hospitali- République concernent aussi les cas tiales sont en hausse, l’Institution se sée, madame S., finalement opérée, de complication mal comprise, atten- réjouit d’avoir en revanche observé est décédée pendant l’intervention. La due ou non par le corps médical, après une baisse des réclamations portant famille de madame S., notamment son une intervention chirurgicale. Son sur les difficultés d’accès au dossier mari et sa fille, a été reçue par le chef rôle est alors de permettre au patient médical par l’usager. Cette amélio- de service des urgences quinze jours mécontent de faire la différence ration fait suite à l’intervention du après son décès pour évoquer les entre complication attendue et non Médiateur de la République auprès du « errances diagnostiques » de son attendue, et de surmonter l’opposi- ministère de la Santé et des directions équipe, leur formuler des excuses et tion entre deux points de vue : le sien d’hôpitaux, motivée par les nombreu- les assurer que le dossier médical (« On ne m’avait pas expliqué » ou ses réclamations dont il avait été saisi. était à leur disposition. malheureu- « On m’avait expliqué, mais d’une Elles portaient en particulier sur le sement, après maintes réclamations façon qui ne me permettait pas de non-respect des délais de communi- de ce dossier durant trois mois et rup- comprendre ») et celui du praticien, cation des dossiers médicaux. ture de tout dialogue avec l’hôpital, qui affirme avoir délivré une infor- On sait que la loi du 4 mars 2002, monsieur S. a décidé de saisir le pôle mation loyale et complète. dite « loi Kouchner », sur le droit des Santé et Sécurité des Soins de l’ins- malades, permet au patient l’accès titution. monsieur F., 79 ans, a consulté à direct à son dossier médical. Pour L’article L. 1110-4 du Code de la santé l’hôpital un chirurgien oto-rhino- une hospitalisation qui remonte à publique prévoit que le secret médical l aryngologiste (orL) pour une gêne moins de cinq ans, l’établissement ne fait pas obstacle à ce que les infor- de l’arrière-gorge avec raclements dispose d’un délai de huit jours pour mations concernant une personne permanents. L’orL a constaté une le communiquer. Or, le délai moyen décédée soient délivrées à ses ayants tuméfaction de la paroi postérieure constaté était de trois mois, avec droit dans la mesure où elles leur sont du larynx qui s’étend au pharynx et a des écarts d’un à neuf mois ; il n’est nécessaires pour leur permettre de décidé de réaliser une fibroscopie, qui désormais plus que d’un mois en connaître les causes de la mort, de a confirmé le diagnostic. Le praticien moyenne. Il faut cependant recon- défendre la mémoire du défunt ou de a alors décidé d’effectuer, étonnam- naître que dans de nombreux cas faire valoir leurs droits, sauf volonté ment sans autres examens préalables ce délai légal est impossible à tenir : contraire exprimée par la personne (scanner ou irm), et sous anesthésie pour peu que la personne soit pas- avant son décès. La direction du pôle générale, une exploration de cette sée dans plusieurs services (urgen- Santé est donc intervenue auprès de tuméfaction en vue de réaliser des ces, réanimation, soins intensifs, la direction du ChU pour rappeler les biopsies. Celle-ci s’est en fait révélée chirurgie), il est vain d’imaginer que textes et ainsi permettre la récupéra- être une malformation vasculaire de son « parcours » puisse être recons- tion du dossier médical. l’artère carotide interne gauche, et titué en si peu de temps. Si la loi se 18 rapport annuel 2009
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    des administrations enmal de repères une mise en œuvre tardive prise, après enquête, par le minis- louables, force est de constater qu’il des dispositions législatives tre chargé des anciens combattants. faudra encore au minimum 20 ans Concernant la lenteur des admi- D’après les derniers chiffres fournis pour venir à bout de la totalité des nistrations à faire appliquer une par le ministère de la Défense dans dossiers ! Le Médiateur de la Répu- législation, l’exemple de la mise en une note du 23 avril 2009, 55 757 blique a dès lors interrogé le minis- œuvre de la loi de 1985 sur la men- dossiers ont été traités, tandis que tère de la Justice sur la possibilité tion « mort en déportation » est les historiens estiment que 115 000 d’apporter des allégements à la pro- emblématique : 24 ans après son à 160 0 0 0 per son nes ser a ient cédure d’instruction actuelle, ren- adoption, moins de la moitié des concernées. Le Médiateur de la due inutilement longue par la dou- dossiers ont été traités ! Selon cette République s’est inquiété auprès ble intervention du ministère de la loi, la mention « mort en déporta- des ministères compétents des dif- Défense et des tribunaux lorsqu’un tion » est portée sur l’acte de décès ficultés d’application de cette loi. En acte de décès doit être préalable- de toute personne de nationalité réponse, le ministère de la Justice a ment établi. Un amendement en ce française, résidant en France ou sur adressé une circulaire (datée du 29 sens sera proposé au Sénat dans le un territoire antérieurement placé octobre 2008) à tous les parquets, cadre de l’examen de la proposition sous la souveraineté, le protectorat afin de clarifier certains points de de simplification et d’amélioration ou la tutelle de la France, qui, ayant procédure et de favoriser un traite- de la qualité du droit. fait l’objet d’un transfert dans une ment uniformisé des dossiers. Par prison ou un camp de concentra- ailleurs, le ministère de la Défense a des lois mal appliquées tion, y est décédée. La même men- indiqué avoir augmenté les moyens faute d’instructions claires, tion est portée sur l’acte de décès des services compétents, afin d’ac- longues à obtenir si la personne a succombé à l’occa- célérer le rythme des régularisa- Parmi les raisons expliquant parfois sion de son transfert. La décision tions, qui pourrait atteindre 3 000 l’inaction des services de l’adminis- de faire apposer cette mention est mentions par an. Malgré ces efforts tration s’en trouve une quasi impa- rable : l’absence de décret d’applica- tion ou de circulaire. Dans la plupart des cas, même avec la meilleure volonté, les administrations concer- nées ne peuvent appliquer le texte incriminé sans ce « mode d’emploi ». La circulaire, par les précisions qu’elle fournit, évite des erreurs qui pourraient être préjudiciables aux administrés. Le Médiateur de la République doit donc fréquem- ment exposer ces considérations aux citoyens qui l’ont saisi et qui ne comprennent pas qu’on leur refuse le bénéfice d’un texte pourtant voté par le Parlement. Encore faut-il que la circulaire, lorsqu’elle existe, soit effectivement diffusée à tous les agents concernés. Elles sont toutes consultables sur le site : www.circulaires.gouv.fr. OOO médiateur de la république 19
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    L’USager et L’état FaCe à La CriSe CItOyEN-ADMINIStRAtION : LA gRANDE INCOMPRÉHENSION OOO monsieur m. a été victime d’une usur- courrier et ses différents contacts madame a. a pu mesurer combien pation des plaques d’immatriculation téléphoniques, il s’est adressé au peut être long le traitement d’une de son véhicule. il n’a pas rencontré délégué du médiateur en mars 2008. demande. déclarée en incapacité de difficulté particulière pour faire Le dossier de monsieur m., détenu par d’au moins 80 % en octobre 1975, reconnaître qu’il n’était pas l’auteur de la préfecture, étant clair, le délégué elle a pu, par téléphone, bénéficier l’excès de vitesse constaté en octobre est intervenu auprès du correspon- à ce titre du dispositif de départ à la 2006 puisqu’à cette date, il était en dant du service des cartes grises. retraite anticipé et a donc fait liquider vacances en Corse avec son véhicule Celui-ci, qui connaissait parfaitement sa pension de vieillesse du régime et que le véhicule flashé était d’une ce dossier, indique au délégué qu’un agricole le 1er juillet 2006, à l’âge de autre marque que la sienne. courrier en réponse était en prépara- 57 ans. puis, le 29 juin 2007, elle a L’officier du ministère public chargé tion et qu’il devait aller dans le sens sollicité de la mutualité sociale agri- du contrôle automatisé l’a d’ailleurs de la demande de monsieur m.. après cole (mSa) l’attribution de la majora- mis hors de cause pour l’infraction deux relances téléphoniques, il est tion de pension, laquelle concerne commise en novembre. confirmé au délégué qu’un courrier a les assurés titulaires d’une retraite après avoir déposé plainte, mon- été envoyé à l’intéressé. anticipée au titre du handicap, selon sieur m. demande néanmoins par Ce courrier, du 8 avril 2008, précise les textes découlant de la loi n° 2005- précaution le changement de l’imma- que le remboursement est autorisé 102 du 11 février 2005. La mSa l’a triculation de son véhicule. Le service par l’application d’une circulaire du informée qu’elle ne pouvait accéder des cartes grises n’autorise ce chan- ministère de la Justice qui n’avait pas à sa demande, car elle attendait des gement qu’à condition d’acquitter une été diffusée en préfecture et qu’il est précisions du ministère. Sollicité, taxe de 46 € correspondant à un cheval accordé nonobstant le classement le médiateur de la république a, en fiscal. monsieur m. procède au chan- sans suite de la plainte de l’intéressé. juin 2008 et mars 2009,attiré l’at- gement, s’acquitte de cette somme Le chef du bureau précise au délégué tention du ministère sur le fait que mais, conformément aux indications qu’il regrette cette mauvaise commu- madame a., ainsi que beaucoup portées sur le formulaire de requête nication entre ministères. d’autres assurés susceptibles de en exonération joint au procès-verbal, monsieur m. remercie le délégué du bénéficier de ce dispositif, étaient il dépose aussitôt une demande d’exo- médiateur de son intervention, qui pénalisés. La caisse centrale de la nération auprès de la préfecture, afin a permis « de trouver une solution en mSa l’a informé le 21 août 2009 que la de se faire rembourser les frais de moins d’un mois pour régler un problème circulaire du 3 août 2009 donnant les changement de carte grise. n’ayant qui n’avait pas trouvé de solution malgré instructions nécessaires avait enfin obtenu aucune réponse à son dernier une lutte acharnée de deux ans ». été transmise et que, par conséquent, le dossier de madame a. pourrait être prochainement traité, près de quatre années et demie après le vote de la loi et deux ans après sa première demande… Au-delà de la complexité des tex- tes, il faut aussi chercher la cause de cet état de fait dans l’instrumen- talisation de la loi. Au fil des ans, les parlementaires ont été appelés à examiner un nombre croissant de lois dont l’objectif n’était que de répondre à la préoccupation du moment. Les citoyens, eux, n’en continuent pas moins à demander l’application de ces lois, expression de la souveraineté nationale. Autre point de blocage qui revient souvent dans les réclamations : le cloisonne- ment volontaire dans leur domaine des différents acteurs et de leurs représentants, qui ne daignent par- fois même pas donner à l’usager 20 rapport annuel 2009
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    l’information qui luiserait utile sous droits à la retraite leurs agents nés manière, on sait que certaines per- prétexte que cela ne relève pas de entre 1957 et 1959, comme les textes sonnes appellent abusivement les leur compétence. Avec le sentiment les y invitaient. pompiers, qui ont d’ailleurs décidé grandissant d’être traité comme de lancer une campagne d’informa- quantité négligeable par l’admi- les urgences tion à ce sujet. nistration, l’administré en vient à au bord de la congestion Les professionnels de l’urgence questionner la notion même de ser- Au chapitre des services publics travaillent sous une telle pression vice public, même s’il ne mesure pas désorientés, il faut également évo- qu’ensuite, il est difficile de soutenir toujours bien le manque de moyens, quer, dans le domaine de la santé, les qu’ils auraient mal fait leur travail. notamment humains, qui perdure délais de prise en charge trop longs Dans la très grande majorité des cas, de l’autre côté du guichet. dans des services d’urgences hospi- incontestablement, ce travail reste taliers sous pression permanente. bien fait. Le Pôle Santé et Sécurité une interconnexion On retrouve ces délais jugés abusifs, des Soins du Médiateur de la Répu- des systèmes inefficace avec parfois des conséquences très blique a eu cependant à connaître Depuis les lois de 2003 réformant les graves, au cœur des griefs formu- des cas où la notion d’urgence avait régimes de retraite, le droit à l’in- lés par les usagers. Comment pour- échappé à la vigilance du médecin, formation s’est nettement amélioré rait-il en être autrement dès lors que voire de comportements tout à fait (création du traitement informatisé les urgences sont « embolisées » par fautifs : un malade que l’on n’a pas relatif aux échanges interrégimes des demandes toujours plus nom- daigné examiner, une complication de retraite par le décret 2009-1553 breuses ? Le recours au service des mal anticipée, une douleur (par du 14 décembre 2009). S’il fonc- urgences d’un hôpital n’est pas tou- exemple thoracique ou abdominale) tionne efficacement et fournit une jours fondé, même si les personnes mal évaluée. information sûre et complète pour qui s’y présentent ont l’impression la plupart des assurés des régimes que c’est bien le cas. De nombreuses madame b., 53 ans, se plaint de dou- de retraite légalement obligatoires, personnes, par exemple, s’adressent leurs abdominales d’apparition bru- des difficultés subsistent autour à lui pour des affections bénignes au tale. après intervention du médecin du régime de la fonction publique lieu de consulter tout simplement traitant, une occlusion intestinale d’État. Une administration centrale leur médecin généraliste. aiguë est évoquée et il procède à son comme celle de l’Éducation natio- On rencontre en amont les difficul- transfert rapide aux urgences hospi- nale, par exemple, peine à réaliser tés de la régulation par le Samu, un talières pour avis chirurgical. à l’arri- les reconstitutions de carrière. Le service très exposé qui devient le vée, madame b. est rapidement prise problème n’est pas tant de calculer réceptacle de la demande sociale, de en charge par un médecin urgentiste le montant des pensions de retraite, la misère, en même temps qu’il doit qui établit les mêmes constatations la période de référence considérée traiter de véritables urgences néces- cliniques mais conclut à une constipa- étant celle des six derniers mois sitant une prise en charge médicale tion sévère à partir de la radiographie de traitement, mais plutôt la vali- immédiate. On trouve là toute la de l’abdomen. madame b. va alors dation du nombre de trimestres problématique de l’accès aux soins passer près de 24 heures aux urgen- effectués. En effet, d’une académie des personnes vulnérables, celles ces sur un brancard avant d’être hos- à l’autre, la faible compatibilité des qui relèvent par exemple de la psy- pitalisée. moins de 12 heures après systèmes informatiques et le man- chiatrie et appellent trop facilement son hospitalisation, son état de santé que d’interconnexion constituent le Samu. Le service finit par connaî- va rapidement se dégrader. en dépit un frein majeur à la circulation de tre et repérer quelques « habitués », d’une intervention chirurgicale réa- l’information. Avec l’autonomie des qui téléphonent deux ou trois fois lisée en urgence, elle décédera le universités, le problème risque fort par nuit, au risque de ne pas retenir lendemain. aux termes de l’analyse de s’amplifier. D’ores et déjà, nom- l’attention du permanencier quand du dossier médical, il est apparu que bre d’établissements universitaires leur appel relèvera un jour d’une la prise en charge initiale par le ser- ont été incapables d’informer sur les « véritable » urgence. De la même vice des urgences du ChU n’était pas OOO médiateur de la république 21
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    L’USager et L’état FaCe à La CriSe CItOyEN-ADMINIStRAtION : LA gRANDE INCOMPRÉHENSION OOO conforme aux données acquises de la science médicale et que le diagnostic d’occlusion intestinale aiguë avait été beaucoup trop tardif. L’affluence aux services d’urgen- ces est aussi, on l’a dit, cause d’une information insuffisante : un méde- cin, un soignant sous pression ris- que forcément de consacrer moins de temps et d’attention à l’échange avec le patient. quand résorber des inégalités conduit à en créer de nouvelles Jusqu’en 2003, l’essentiel du droit aux avantages familiaux des fonc- tionnaires prévu par le Code des pensions était ouvert aux seules femmes. Après un arrêt de la Cour de justice des communautés euro- péennes (CJCE) pointant une dis- crimination, la France a entrepris de ou professeurs ayant accouché ou tre fonctionnaires, agents du sec- réformer le régime de la bonification adopté pendant les vacances scolai- teur privé et contractuels du secteur pour l’éducation des enfants par la res sans prendre de congé de mater- public (qui relèvent pour la retraite du loi du 21 août 2003 portant réforme nité ou d’adoption… droit privé). des retraites. Désormais, la boni- fication pour enfant est attribuée madame L., enseignante et mère En outre, malgré une jurispru- aux fonctionnaires tant homme de deux enfants adoptés en 1984 et dence qui évolue positivement, des que femme, mais à condition qu’ils 1992, a pu s’en rendre compte. elle a imprécisions demeurent, pour le justifient d’une interruption d’acti- contesté le fait que, dans le cadre du cas de jumeaux ou d’adoption dou- vité continue d’au moins deux mois, calcul de sa pension de retraite, un ble. Le Médiateur de la République dans le cadre d’un congé statu- seul de ses enfants avait été retenu a étendu le champ de sa proposition taire. Elle a par ailleurs été étendue au titre de la bonification pour enfant. de réforme afférente aux adoptions à aux femmes ayant accouché avant en effet, pour son premier fils, l’adop- l’ensemble du dispositif de bonifica- leur prise de fonction, sous certai- tion ayant eu lieu à l’approche d’une tion pour enfant dans la perspective nes conditions. En apparence plus période de vacances scolaires, elle du chantier des retraites de 2010 et égalitaires, ces textes ont toutefois n’avait pas sollicité de congé d’adop- d’une éventuelle remise à plat de généré de nouvelles iniquités. Ainsi, tion. Le médiateur de la république l’ensemble. K les nombreux cas dont a été saisi le a attiré l’attention du ministre de la Médiateur de la République laissent Fonction publique sur les inégalités apparaître que les nouveaux textes de traitement engendrées par cette ont finalement conduit à exclure les loi, mais la proposition de réforme hommes du droit à la bonification au faite à ce sujet n’a jamais été prise en lieu de les en faire profiter. En effet, compte. la condition de suspension d’activité madame L. a saisi le tribunal admi- continue durant deux mois est en nistratif, mais ses chances de voir sa général remplie pour les femmes qui situation rétablie sont quasi nulles, ont bénéficié d’un congé postnatal, sauf, peut-être, si étaient mises en dont la durée est supérieure à deux œuvre, dans le cadre du rendez-vous mois, mais rarement pour les hom- de 2010 sur les retraites, les préconi- mes... Les nouvelles dispositions ont sations du médiateur de la république également conduit à en priver cer- ou toute autre disposition qui serait de taines femmes qui en bénéficiaient nature à corriger les disparités, tant auparavant, femmes institutrices entre fonctionnaires entre eux qu’en- 22 rapport annuel 2009
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    le citoyen seulface à un cadre mouvant et insécurisant Face à l’empilement ininterrompu des textes législatifs et réglementaires, les citoyens ont l’impression croissante d’être en butte à une véritable jungle administrative. Le citoyen se trouve souvent seul, sans aucun mode d’emploi auquel se référer ni interlocuteur auquel s’adresser. dans ce contexte, forte est la tentation de considérer que les dispositifs publics censés protéger les citoyens sont défaillants et ne remplissent plus leur fonction première de service au public. beaucoup finissent par se figurer que le système se protège plus qu’il ne protège les administrés. une inflation législative qui contribue à l’instabilité de la norme Que se passe-t-il quand la loi change remettait en cause sa date potentielle titre de la période d’apprentissage ne entre le moment où un administré de départ à la retraite. permettait la validation que de deux s’en prévaut et celui où elle est effec- Le médiateur de la république a pu trimestres pour l’année 1966, au lieu tivement appliquée ? Monsieur R. a lui faire savoir que, en application des quatre inscrits par erreur par la découvert le problème avec surprise des dispositions réglementaires en Crav. par ailleurs, pour les assurés lorsqu’il a voulu prendre sa retraite. vigueur à la date du versement des nés comme lui en 1952, le nombre de cotisations arriérées, son rachat au trimestres requis pour l’ouverture du OOO né en 1952, il a commencé sa car- rière professionnelle à l’âge de 14 ans. Fin 2007, après un licencie- ment, il a entrepris des démarches auprès de la caisse régionale d’assu- rance vieillesse (Crav) pour bénéficier des dispositions relatives au départ à la retraite anticipé pour carrière longue. ne disposant que de 161 tri- mestres cotisés sur les 168 requis à l’époque pour avoir droit au dispositif à l’âge de 56 ans, monsieur r. a procédé auprès de l’Urssaf, le 13 mars 2008, au versement des cotisations permet- tant la régularisation de sa période d’apprentissage du 1er juillet 1966 au 31 décembre 1969. informé, dans un premier temps, que ce rachat permet- tait la validation des sept trimestres manquants, il s’est ensuite entendu dire que le rachat ne concernerait finalement que cinq trimestres, ce qui médiateur de la république 23
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    L’USager et L’état FaCe à La CriSe LE CItOyEN SEUL FACE À UN CADRE MOUVANt Et INSÉCURISANt OOO droit à une retraite à taux plein à l’âge le changement, c’est bien celui des milieu du gué. Facteur d’insécurité de 60 ans a été porté à 164 trimestres, retraites, qui dépend par ailleurs pour les administrés, qui ont de plus ce qui a entraîné une modification des beaucoup de la situation finan- en plus de difficultés à anticiper leur conditions leur permettant un départ cière des caisses. Ainsi, la vague de situation et ses modifications, cette anticipé pour carrière longue. départs anticipés qui avait découlé frénésie législative est d’autant plus de la loi de 2003, et qui avait été sui- préoccupante que la question est S’il est un domaine qui évolue, d’un vie d’une évolution réglementaire encore loin d’être tranchée. point de vue législatif, plus vite que plus restrictive du droit en la matière, la capacité des administrés à suivre a laissé de nombreux citoyens au une rationalisation source de dysfonctionnements Face à la multiplicité des organis- de toute l’information nécessaire merçants. Ainsi, un seul avis d’appel mes et des administrations, des à son orientation dans le nouveau de cotisations est envoyé aux assu- entreprises de rationalisation de l’or- dispositif et à la compréhension des rés. Cet objectif de simplification ganisation administrative sont régu- règles qui lui sont applicables, de est malheureusement difficile à per- lièrement menées dans différents nombreuses réclamations montrent cevoir tant les dysfonctionnements secteurs. Réduire les délais de trai- qu’il s’est bien souvent senti victime consécutifs à la mise en place de la tement des demandes, simplifier le de la rationalisation plutôt que béné- convergence des systèmes infor- parcours de l’administré, diminuer ficiaire. matiques du RSI et des Urssaf sont le nombre d’interlocuteurs et de Le Régime social des indépendants nombreux et complexes à résoudre. démarches à effectuer… Les objec- (RSI), né de la fusion des deux régi- Pour les personnes pâtissant de ces tifs de ces opérations sont simples mes de retraite des artisans et des retards, les rares explications, trop et clairs : faciliter les rapports des commerçants et du régime d’assu- techniques ou incomplètes et dans citoyens avec leurs administrations rance maladie des professions arti- lesquelles le mauvais rôle échoit et accroître l’efficacité des processus sanales, commerciales et libérales, commodément à l’informatique, sont pour le bénéfice de tous. L’introduc- illustre bien les difficultés inhéren- perçues au mieux comme de l’indif- tion de l’informatique dans les roua- tes aux démarches de simplification férence, sinon comme du mépris ges de l’appareil d’État a permis des d’une organisation complexe. En alors même que le personnel du RSI avancées non négligeables au service effet, le RSI assure, depuis le 1er jan- a une réelle volonté d’assurer au de cette ambition. Mais le recours vier 2008, une mission d’interlocu- mieux la mission de service public aux outils technologiques a parfois teur social unique (ISU) pour l’en- qui lui est dévolue. été la source de nombreux tracas. semble de la protection sociale des Quant au citoyen, faute de disposer artisans, des industriels et des com- les dommages collatéraux de l’ouverture à la concurrence du secteur de l’énergie Les grandes mutations de structure services publics s’est brouillée : République n’a pu que constater ou d’organisation engagées, ou sur erreurs de facturation, mauvais la défaillance des centres d’appel le point de l’être, dans les servi- contact (voire absence de contact) chargés d’assurer le traitement des ces publics souffrent souvent d’un avec les services clients ou cour- réclamations et l’insuffisante infor- accompagnement insuffisant en riers sans réponse ont poussé de mation des clients. De nombreux matière d’information et d’accueil nombreux usagers à solliciter l’aide exemples en témoignent. du public. L’ouverture à la concur- des délégués. Grâce aux relations rence d’EDF-GDF en est un exemple établies par l’Institution avec le madame a. a constaté, durant le significatif. médiateur de GDF, plus récem- dernier trimestre 2007, que gdF avait L’ouverture à la concurrence du ment avec celui d’EDF et celui de prélevé sur son compte des montants secteur de l’électricité et du gaz a l’énergie, les délégués ont pu réta- qui ne la concernaient pas, l’adresse parfois eu des effets néfastes sur le blir entre les fournisseurs d’énergie mentionnée étant erronée. L’intéres- quotidien des clients des deux prin- et leurs clients un contact parfois sée a sollicité le service clients durant cipaux fournisseurs d’énergie. La interrompu pendant plusieurs mois. plusieurs mois. n’obtenant pas de bonne image de ces deux anciens Une fois encore, le Médiateur de la réponse, elle a saisi un délégué du 24 rapport annuel 2009
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    médiateur de la république. en mars 2008. or, depuis cette date, la fourni- Le service d’edF concerné (installé 2009, ce dernier a contacté gdF, qui a ture effective du gaz n’a pas été mise dans l’isère) téléphone au délégué du pris en charge la réclamation, instruit en place et l’intéressé a tenté sans suc- médiateur un mois plus tard pour lui le dossier et fait procéder à la régula- cès d’obtenir une explication par télé- faire connaître la difficulté à laquelle risation et au remboursement, atten- phone. L’assistante sociale du secteur il est confronté : le téléphone de mon- dus depuis plus d’un an, des sommes a également tenté d’entrer en com- sieur g. n’est plus en service (effec- indûment prélevées. munication avec le service d’edF, par tivement, l’abonnement a été résilié téléphone, en vain. de ce fait, durant pour défaut de paiement) et donc, pour bénéficier des services d’edF la période hivernale, monsieur g. a dû edF est dans l’impossibilité d’entrer dans la meuse, il faut avoir le télé- recourir à l’utilisation d’un chauffage en contact avec lui pour fixer un ren- phone ! électrique d’appoint, en l’absence de dez-vous pour la mise en service de monsieur g., 58 ans, est invalide du gaz. il saisit le délégué du médiateur l’installation. autrement dit, edF ne travail et vit seul. venant d’être relogé, le 20 janvier 2009 lors d’une visite en contacte le client, pour l’installation à la suite d’une expulsion locative, il préfecture. Ce dernier passe aussitôt du gaz, que par téléphone ! Le rendez- rencontre des difficultés pour obtenir plusieurs appels téléphoniques à la vous a été ultérieurement pris par l’exécution d’un contrat de fourniture direction régionale d’edF et confirme l’intermédiaire de l’assistante sociale de gaz, qu’il a signé avec edF, en mars sa demande par courrier. du secteur. les conséquences pratiques de la réorganisation des services déconcentrés de l’état En termes de compréhension par le politiques publiques (RGPP) dans cipalement dans les départements public, des problèmes d’envergure les départements. Ce grand chantier mais aussi les régions, ne restera pas risquent de se poser avec la mise en de réorganisation complète des ser- sans conséquence pour les usagers. œuvre de la Révision générale des vices déconcentrés de l’État, prin- Les directions départementales traditionnelles, comme Jeunesse et Sports, Équipement ou Agricul- ture, seront totalement fondues dans de nouveaux organigrammes qui ne correspondront plus à ce que connaît le public. L’ensemble des appellations, sigles, interlocuteurs et coordonnées seront modifiés. Même si cette réforme est réalisée pour gagner en efficacité et offrir un meilleur service, dans un premier temps les habitudes seront profon- dément bouleversées, avec de pro- bables dysfonctionnements. Le Médiateur de la République craint que ces modifications n’aient pas été suffisamment accompagnées d’in- formations et d’explications pour le public. Il est normal que l’adminis- tration ait commencé à travailler OOO médiateur de la république 25
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    L’USager et L’état FaCe à La CriSe LE CItOyEN SEUL FACE À UN CADRE MOUVANt Et INSÉCURISANt OOO en interne pour gérer les problèmes nications nationales ont bien été d’informer les administrés sur les d’organisation. Mais dans un second réalisées sur le thème de la réforme, conséquences concrètes des réfor- temps, il semble essentiel que les mais aucune ne fournissait d’expli- mes entreprises, le ministère de services s’adressent directement au cations pratiques. Ces dernières ne l’Économie et des Finances compte public pour les informer des chan- pouvant être réalisées qu’au niveau parmi les institutions ayant réalisé gements opérés, tant le succès d’une départemental, le Médiateur de la le plus de progrès, notamment à pro- opération de rationalisation repose République aurait souhaité que les pos du paiement des impôts. sur sa capacité à être comprise par préfets reçoivent des consignes très les administrés. Quelques commu- précises. Quant à cette nécessité des dossiers « polymorphes » Le constat est alarmant : les situa- touchent douloureusement les per- logement social. L’intervention du tions de détresse dans lesquelles sonnes les moins favorisées. C’est Médiateur de la République a per- les citoyens perçoivent l’Institution ainsi que de nombreuses réclama- mis dans plusieurs cas de surseoir à comme leur ultime recours repré- tions en lien avec la loi Dalo (droit l’expulsion en attendant qu’une pro- sentent une proportion croissante au logement opposable) lui sont position ait pu leur être faite. Un par- des réclamations. Poste d’observa- parvenues, émanant la plupart du tenariat vient également d’être signé tion privilégié des grandes évolu- temps de locataires en passe d’être entre le secrétaire d’État chargé du tions de notre société, le Médiateur expulsés. Éligibles au droit au loge- Logement et de l’Urbanisme et les de la République est aussi devenu un ment, ils n’en risquent pas moins de délégués du Médiateur pour garan- baromètre du climat social, souvent se retrouver sans logement avant tir l’accès effectif aux droits fonda- confronté, par son contact perma- qu’une solution d’hébergement ne mentaux des populations les plus nent avec toutes les couches de la leur soit proposée, eu égard aux précaires (voir page 46). population, aux problématiques qui longs délais d’attente en matière de Mais cette tâche demande mesure et vigilance, car face à la hausse des loyers et à la détérioration des situa- tions économiques individuelles, la question du logement est rarement simple. La protection des droits de chacun s’y révèle parfois épineuse et d’un équilibre délicat, les proprié- taires étant parfois eux aussi dans une situation financière précaire et les locataires pouvant faire preuve de mauvaise foi. Il faut également compter avec celles et ceux qui, demandeurs d’un logement social, se sont installés dans une logique d’accumulation des démarches, vues comme moyen de pression et de négociation vis-à-vis des admi- nistrations, et qui, une conception erronée de l’Institution en tête, sai- sissent le Médiateur de la Républi- que en imaginant ainsi faire accélé- rer les procédures. Leurs requêtes reflètent l’évolu- tion d’une société qu’ils perçoivent comme de plus en plus injuste et dans laquelle tous les recours sont bons pour tenter de rééquilibrer une situation défavorable. Il est à noter que certains saisissent le Médiateur 26 rapport annuel 2009
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    de la Républiqueen sachant perti- responsabilité du ministère de l’inté- un véritable réexamen de la situa- nemment que leur demande n’est rieur. aussi le médiateur de la répu- tion fiscale. pas recevable, dans le seul espoir de blique a-t-il saisi le premier ministre Cela étant, le développement des ralentir des procédures judiciaires. afin que celui-ci arbitre. La saisine est contestations globales semble trou- en cours d’examen. ver sa source dans des compor- complexité et opacité tements administratifs litigieux, du système : des tendances des litiges globaux révélateurs critiquables ou appréciés comme à inverser de dysfonctionnements illégaux par le Médiateur. Les dossiers dont est saisi le Média- L’analyse des litiges portés à la Parmi ces comportements critiqua- teur de la République concernent de connaissance du Médiateur de la bles, cinq lui ont paru, cette année, plus en plus souvent un nombre d’ac- République, notamment dans le mériter un examen plus particulier : teurs important, ce qui donne lieu à domaine fiscal, traduit une évolu- • lorsque l’administration applique un traitement long et complexe. Le tion vers des contestations revêtant sa doctrine de manière rétroac- cas des litiges autour des infractions un caractère d’ensemble. Certes, il tive : elle bouleverse les prévisions routières, où les multiples interlocu- a encore à connaître d’affaires dans des contribuables instaurant ainsi teurs peinent de surcroît à coordon- lesquelles le réclamant pointe un un climat d’insécurité juridique ner leurs actions, illustre bien com- dysfonctionnement très précis ou se et de défiance vis-à-vis de l’action ment l’on peut rapidement arriver à fonde sur un point de droit très parti- administrative ; des situations kafkaïennes. culier, mais elles ne constituent plus, • lorsque l’administration participe à et de loin, la majorité des dossiers. l’instabilité normative : par exem- monsieur F., circulant sur un cyclo- Cette situation tient pour une part ple dans le domaine d’actualités moteur, a commis une infraction au au développement par l’administra- des crédits d’impôt en faveur des Code de la route. alors même qu’un tion fiscale d’organes de médiation énergies renouvelables. Les pom- permis de conduire n’était pas néces- propres, tel que le conciliateur fiscal pes à chaleur air/air ont en effet saire pour le véhicule qu’il conduisait, départemental, chargés de régler été successivement exclues du il s’est vu retirer plusieurs points de les litiges à l’amiable, et pour une crédit d’impôt (arrêté du 1er février son permis de conduire. ayant été sol- autre part au développement de l’ad- 2005), puis réintégrées à condi- licité pour faire un stage de sensibili- ministration en ligne (échange de tion notamment de présenter un sation destiné à récupérer les points courriels avec le centre des impôts, niveau minimal de performance perdus, il a dû s’acquitter de la somme déclarations par Internet, souscrip- (arrêté du 1er décembre 2005). de 235 euros. à la suite de l’interven- tion de formulaires en ligne, etc.). L’administration a ensuite exigé tion du médiateur de la république Le Médiateur de la République, qui par voie d’instruction qu’elles auprès du ministre de l’intérieur, les accompagne ce mouvement depuis comportent des unités intérieures points retirés à tort par l’administra- 2004, se réjouit d’ailleurs de la équipant l’ensemble des pièces de tion ont été rendus à monsieur F. res- poursuite de cette évolution et de vie (instruction du 18 mai 2006) tait toutefois en suspens le problème son inscription dans le long terme. pour finalement exclure ces unités du remboursement des frais de stage. Cependant, la véritable garantie du de la base du crédit d’impôt (ins- or, le ministre de l’intérieur a indiqué contribuable tient à la possibilité de truction du 11 juillet 2007) ; au médiateur de la république qu’il faire réexaminer sa situation fiscale • lorsque l’administration demande n’entendait pas y consentir dès lors par une autorité indépendante avec une preuve exagérément for- que la demande de remboursement les moyens appropriés. En interne, maliste, en particulier dans des résultait d’une erreur d’un service en effet, le conciliateur fiscal dépar- cas d’usurpation d’identité (voir placé fonctionnellement sous la res- temental confirme le plus souvent aussi page 32) qui l’ont conduite ponsabilité des autorités judiciaires. la décision du service local et son à attribuer à un contribuable des de son côté, le ministère de la Justice intervention conduit fréquemment à revenus qu’il n’avait pas perçus. estime que la réparation relève de la un abandon des pénalités plutôt qu’à Si l’on peut comprendre qu’elle OOO médiateur de la république 27
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    L’USager et L’état FaCe à La CriSe LE CItOyEN SEUL FACE À UN CADRE MOUVANt Et INSÉCURISANt OOO soit naturellement soupçonneuse, En deuxième lieu, on peut citer muler une proposition de réforme il est regrettable qu’elle attende comme comportement pouvant être tendant à autoriser l’établissement les conclusions d’une enquête de apprécié comme illégal le fait que d’une taxation séparée en cas de police, alors même que la percep- l’administration ajoute parfois des revenus différés, à rendre plus équi- tion des revenus en cause suppo- conditions supplémentaires à celles table l’imposition des trop-perçus et serait des conditions matérielles que prévoit la loi. Cela n’entre pour- à limiter la pratique des interrup- manifestement impossibles à rem- tant pas dans ses attributions et a tions de prescription abusives. Il a plir : un chiffre d’affaires à l’évi- pour effet de restreindre le nombre également suggéré que la Charte du dence irréaliste compte tenu des de bénéficiaires. L’Institution a eu contribuable soit désormais rendue moyens matériels et humains mis à connaître de nombreux cas de ce opposable à l’administration. en œuvre, ou encore deux emplois type, notamment des crédits d’im- à temps plein censés être tenus pôts relatifs aux énergies renouvela- des parcours de vie simultanément à plusieurs centai- bles, à la mobilité professionnelle ou qui ne sont plus sécurisés nes de kilomètres l’un de l’autre ; à la garde de jeunes enfants. Le Médiateur de la République • lorsque l’administration a recours En troisième lieu, certaines déci- constate que, pour un nombre crois- à des constructions juridiques sions administratives conservatoi- sant de ses concitoyens, les rapports contraires à la réalité, qui, par res apparaissent comme abusives avec l’administration sont de plus en exemple, entraînent l’imposition dès lors qu’elles sont destinées plus marqués par des ruptures, qui de revenus non perçus. Tel a été le à prolonger la période pendant touchent souvent les plus fragiles. sort réservé aux indemnités ver- laquelle un contribuable peut être Résultat : des trajectoires indivi- sées à certains retraités des Char- redressé. duelles susceptibles de connaître à bonnages de France ; Dans le cas soumis au Médiateur tout moment une « sortie de route ». • lorsque l’administration fiscale de la République, l’administration, Accentuée par le contexte de crise prend des mesures d’application qui disposait d’un délai de trois ans économique, l’angoisse de l’accident tardives. Ainsi, le Médiateur de la pour corriger une déclaration, a qui pénalise ou exclut prend de plus République a été saisi d’un certain notifié juste avant la fin de ce délai en plus souvent la forme d’une inter- nombre de dossiers dans lesquels un redressement, en contestant vention de l’administration dans des une mesure favorable à une caté- une déduction à l’aide d’une moti- parcours de vie qui ne connaissent gorie de personnes était prise, mais vation quelconque dont le seul but plus la sécurité. sa concrétisation tardait à venir. était visiblement de faire repartir le On peut citer le cas des déchar- délai à zéro et se donner ainsi trois ➜ des retraites ges de responsabilité solidaire ans de plus pour trouver la bonne difficiles à liquider lorsque, après une séparation, motivation. Or, ce délai de trois Ce peut être le cas d’une personne l’ex-mari organise son insolvabilité années constitue normalement désireuse de liquider sa retraite, pour échapper à ses obligations et une garantie pour le contribuable, au terme d’une vie professionnelle laisser à l’ex-épouse, qui en outre qui doit pouvoir, au terme de cette passée pour partie à l’étranger. Dans conserve souvent la charge des période, s’estimer définitivement en les cas où les caisses de retraite enfants, la responsabilité de rem- règle. Cette garantie s’est trouvée étrangères, notamment d’Algérie bourser les dettes fiscales. ici contournée puisque c’est seule- et des pays d’Afrique, ne répondent ment au bout de douze ans, après pas aux demandes de la caisse fran- Par ailleurs, sans s’immiscer dans un second changement de motiva- çaise, la reconstitution de carrière le champ de compétence du juge, le tion, que le contribuable a pu enfin est impossible, ce qui empêche la Médiateur a été amené, au vu de plu- savoir pourquoi sa déclaration était liquidation de la retraite ou ne l’auto- sieurs dossiers révélant des dysfonc- contestée. rise qu’à taux réduit. Le Médiateur tionnements, à apprécier comme Le Médiateur de la Répu blique a saisit alors ces caisses et en informe illégaux certains comportements également observé qu’en cas de le médiateur du pays concerné – administratifs. contrôle fiscal aboutissant à une quand il y en a un. La démarche, Il en est ainsi, en premier lieu, du taxation d’office des résultats d’une cependant, n’est pas toujours assu- recours à la procédure de rectifica- entreprise, l’administration avait rée du succès. Et malgré les fré- tion imposée à des personnes ayant tendance à exagérer les évaluations quentes interventions des services bénéficié à tort de l’aide à la mobilité alors qu’elle a pourtant l’obligation du Médiateur de la République sur dans le cadre de la politique de l’em- d’approcher au plus près la réalité. ce type de dossiers et la collabora- ploi, obtenue à la suite de la sous- Enfin, le traitement des réclamations tion développée récemment avec la cription d’imprimés déclaratifs obli- reçues en 2009 a d’ailleurs conduit Cnav et les Cram, une solution défi- gatoires mal conçus et incomplets. le Médiateur de la République a for- nitive reste à trouver. 28 rapport annuel 2009
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    ➜ des cotisationsà régulariser Il arrive même qu’en remplissant son devoir de citoyen, l’administré se retrouve lésé et peine à se faire rétablir dans ses droits. C’est ce qui est arrivé à madame L., qui a rempli la fonction de juré devant la Cour d’assises de la gironde du 6 octobre 1997 au 2 avril 1998. Comme tout salarié, son contrat de travail a été suspendu pendant cette période et elle a bénéficié d’une indemnité qui n’était pas soumise à cotisations. ainsi, sa retraite a été liquidée en calculant un salaire de base égal à la moyenne de ses 22 meilleures années, au nom- bre desquelles figurent les années 1997 et 1998 amputées de la période où elle avait été jurée. Le médiateur de la république a pris contact avec la caisse régionale d’as- surance maladie, l’arrco, ainsi que l’Urssaf pour chiffrer le préjudice subi. Les organismes ont donné l’ensemble des éléments chiffrés, sans qu’il soit pour autant possible d’obtenir l’éva- luation des cotisations à acquitter pour l’assurance vieillesse de base ; l’Urssaf a en effet indiqué que ce dos- sier ne saurait être régularisé dans le culé par les services du médiateur, lui ➜ une mise en disponibilité cadre de la procédure des cotisations soit proposée. à partir de ce cas indi- d’office pour raisons de santé arriérées d’assurance vieillesse, son viduel, une proposition de réforme a qui pénalise activité de juré n’étant pas analysée été formulée afin que soit procédé au L’Institution est régulièrement solli- comme une activité salariée. prélèvement des cotisations et contri- citée à propos de mises en disponi- Le médiateur de la république a alors butions sociales sur les indemnités bilité d’office pour raisons de santé saisi conjointement le ministère de la versées aux jurés d’assises. à la suite d’un agent public. Théoriquement, la Justice ainsi que celui en charge des de multiples échanges, le ministère de mise en disponibilité est décidée par relations sociales, afin que soient la Justice a accepté, dans l’hypothèse l’administration lorsqu’un fonction- définies les modalités d’une éven- considérée, la mise en place du dis- naire a été déclaré inapte à repren- tuelle régularisation exceptionnelle. positif suivant : paiement par ces per- dre ses fonctions par le comité médi- après de nombreuses relances, la sonnes de leurs propres cotisations cal et qu’il a épuisé tous ses droits Chancellerie a accepté, au regard du sociales puis remboursement par statutaires à congés. Typiquement, caractère particulier de la situation de le ministère sur justificatifs, assorti le Médiateur de la République est madame L., qu’une indemnité égale d’une indemnisation. Une circulaire saisi de la situation d’un agent en au montant du préjudice, tel que cal- est en attente. fin de congés statutaires et dont OOO médiateur de la république 29
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    L’USager et L’état FaCe à La CriSe LE CItOyEN SEUL FACE À UN CADRE MOUVANt Et INSÉCURISANt OOO l’aptitude médicale à exercer ses peuvent parfois se retrouver privés de l’imposition des non-résidents. Il fonctions, du fait de lenteurs inhé- de toute rémunération entre leur s’agit toutefois d’une situation bien rentes au système ou de carences dernier traitement et leur reclasse- particulière, et assez exceptionnelle de l’administration, n’a pas pu être ment ou, le cas échéant, le paiement dans la mesure où, d’une manière établie en temps opportun. En effet, de leurs arrérages de pension, voire générale, l’administration fiscale tant que le comité médical et, le cas leur licenciement (avec les indem- fonctionne bien. Dans ce cas précis, échéant, la commission de réforme, nités de chômage associées). Après cependant, on peut lui reprocher des ne se sont pas prononcés sur un avoir été frappés par la maladie, ils retards, des défauts de réponse, des niveau d’invalidité et sur les éven- se retrouvent donc en situation de erreurs d’homonymie non corrigées, tuelles adaptations à réaliser pour précarité, ce qui est ressenti comme sources de litiges, lesquels se pro- rendre au fonctionnaire son poste, une violence injustifiée à leur encon- longent parfois sur une durée inac- ce dernier se retrouve placé en dis- tre. Le Médiateur de la République ceptable, comme en témoigne le cas ponibilité d’office pour raisons de intervient donc régulièrement pour de Monsieur C.. santé. Échouer dans ce « no man’s tenter de démêler ces situations pré- land » administratif est d’autant occupantes et rappeler aux adminis- il s’est installé sur l’île de madagas- plus problématique que, malgré les trations que la mise en disponibilité car en 2005 et dépend donc du centre textes lui garantissant une rémuné- d’office pour raisons de santé doit des impôts des non-résidents. il a ration, il arrive que la personne mise toujours s’accompagner d’une rému- reçu le 15 novembre 2007 une notifi- en disponibilité ne perçoive alors nération. cation d’avis à tiers détenteur sur son plus aucune rémunération. Même compte bancaire pour une créance si la réglementation est strictement ➜ les non-résidents ou l’erreur d’impôt sur le revenu au titre des appliquée, la variabilité des durées fiscale récurrente années 1998 et 2001. or, monsieur C. de procédure et le caractère parfois Il est un service fiscal avec lequel affirme avoir payé l’intégralité de ses contradictoire des décisions médi- le Médiateur de la République ren- impôts pour l’année 1998 et a produit cales font que les agents concernés contre des difficultés : celui chargé son avis de non-imposition pour l’an- née 2001. il a constaté que sur le for- mulaire d’avis reçu apparaît le nom de madame d., en qualité de destinataire, à côté du sien. or, le réclamant affirme ne pas connaître cette personne. après avoir adressé sans succès une réclamation auprès du cen- tre des impôts des non-résidents et constaté une saisie sur son compte bancaire pour le montant total de la créance, monsieur C. a saisi le minis- tre du budget ainsi que la présidence de la république. il n’a reçu que des courriers accusant bonne réception de sa demande et lui indiquant que son dossier était transmis au centre des impôts des non-résidents pour instruction. monsieur C. a alors solli- cité l’intervention du médiateur de la république, qui a saisi à son tour le centre des impôts des non-résidents. or, il se trouve toujours actuellement dans l’attente de la réponse de ce ser- vice administratif. K 30 rapport annuel 2009
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    de nouveaux liensmarqués par la défiance et la suspicion à force de s’inscrire dans la durée, les ratés et autres imperfections du système, dont le fonctionnement s’est grippé en plus d’avoir été perverti, ont amené les usagers et les administrations à adopter de nouveaux comportements. Face à cette nouvelle situation, le droit a commencé à céder le pas à la force de part et d’autre, induisant une modification en profondeur des rapports entre les usagers et leurs administrations. pas de « présomption d’innocence » pour l’administré En matière de droit, la question de la bilistes sont peu nombreux à remet- les contrevenants à éteindre l’action preuve est essentielle. Elle fonde la tre en cause la réalité de l’infraction, publique en procédant au paiement légitimité d’une demande de la part se pose en revanche la question de la de l’amende forfaitaire minorée, ce de l’administré. Mais il est des preuves contestation du montant de l’amende qui vaut reconnaissance de l’infrac- impossibles à apporter si un dispositif forfaitaire. En ce domaine, le pro- tion. Elles tendent, de plus, à les dis- de faisceau d’indices n’est pas admis. blème est qu’un grand nombre d’en- suader de former un recours par le À cet égard, l’Institution a été saisie tre eux affirment n’avoir jamais reçu mécanisme de l’obligation de consi- de nombreux cas de contraventions l’amende initiale, envoyée par lettre gnation du montant de l’amende en majorées, alors que l’intéressé assu- simple, et qu’ils n’ont par conséquent cas de contestation. Par ailleurs, le rait n’avoir jamais reçu le premier avis, pas payée, et se plaignent de recevoir Médiateur de la République a été et même dans certains cas, avoir été une amende majorée, celle-là par amené à appeler l’attention du Garde dans l’impossibilité d’utiliser son véhi- lettre recommandée. Les services des Sceaux sur la propension de cer- cule aux lieu et date mentionnés. du Médiateur de la République ont tains officiers du ministère public À force de voir sa bonne foi remise pu constater que la bonne foi mani- (OMP) à se prononcer directement presque systématiquement en cause, feste de ces automobilistes n’était, le au fond sur les contestations sans les l’administré en vient à se demander plus souvent pas prise en compte par transmettre au juge lorsque les condi- si la valeur de la présomption d’in- l’administration. Les lettres simples tions de recevabilité sont réunies. En nocence ne varie pas selon les par- n’étant pas sécurisées, la preuve de réponse, une circulaire du 7 avril ties en présence et ne tourne pas, la non-réception de l’amende initiale, 2006 relative à la politique pénale en par principe, en sa défaveur en cas qui se trouve à la charge du contreve- matière de contrôle automatisé de de conflit avec une administration nant, est quasi impossible à apporter. la vitesse a rappelé cette obligation jugée toute-puissante. Dès lors, la Chez nos voisins d’outre-Rhin, où le imposée aux OMP par l’article 530-1 méfiance s’installe dans ses rapports niveau de contestation est nettement du Code de procédure pénale (CPP). avec les services publics et fragilise plus faible, l’amende initiale est tou- Enfin, les réclamations adressées les liens entre État et citoyens. jours envoyée par lettre recomman- au Médiateur ont également mis en dée… Attaché à l’efficacité de la lutte lumière des distorsions de traitement l’automobiliste contre la délinquance routière mais des paiements selon que ceux-ci sont est toujours coupable soucieux qu’elle ne fasse pas obsta- effectués en ligne ou par voie postale En ces temps de lutte contre l’insé- cle au libre exercice des droits des au regard des délais imposés par le curité routière, le nombre de procès- citoyens, le Médiateur de la Répu- Code de procédure pénale (CPP) verbaux relatifs aux infractions de blique a par ailleurs constaté que dans la mesure où les paiements circulation a explosé. Si les automo- les procédures en vigueur incitent effectués par cette voie ne sont pris OOO médiateur de la république 31
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    L’USager et L’état FaCe à La CriSe DE NOUVEAUx LIENS MARQUÉS PAR LA DÉFIANCE Et LA SUSPICION OOO en compte qu’à la date de leur trai- admis depuis le 1er janvier 2007 à toutes ces pièces, auxquelles s’ajou- tement par le centre de Rennes. Il a faire valoir ses droits à la retraite, tent divers documents administratifs donc en conséquence formulé une monsieur i., de nationalité algérienne, officiels et attestations d’employeurs, proposition de réforme tendant à la demeure dans un foyer Sonacotra à sont adressées à la Cram pour démon- prise en compte, au nom du respect martigues alors que sa famille réside trer que le réclamant est la victime de la loi et de l’équité, de la date indi- en algérie. en septembre 2008, la d’une fausse déclaration, d’autant que quée par le cachet de l’opérateur pos- Cram du sud-est, qui est l’organisme l’hypothèse d’une utilisation fraudu- tal comme preuve de règlement sous payeur, cesse le paiement de sa pen- leuse des documents officiels perdus réserve de présence du timbre fiscal sion au motif qu’une enquête est dili- ne peut être écartée. grâce au dossier dans l’envoi ou de l’encaissement gentée pour fraude. Cette décision fait monté avec l’aide du délégué, l’inter- ultérieur du chèque. À cet égard, il a suite à la réception par l’administra- ruption de paiement (qui était due à un noté avec satisfaction que l’Assemblée tion d’un acte de décès établi en algé- acte de décès adressé à la Cram par nationale vient d’adopter en première rie aux nom, prénom, date et lieu de une personne dénonçant une usurpa- lecture un amendement instituant naissance de l’intéressé. tion d’identité en algérie) a été levée. l’article 14 bis de la proposition de loi nonobstant de nombreuses démar- de simplification et d’amélioration de ches aussi bien personnelles que par prouver ses droits à la retraite la qualité du droit n° 1890 modifiant l’intermédiaire des services sociaux L’administration manifeste aussi un en ce sens l’article 530 du CPP. de sa ville de résidence, le réclamant niveau d’exigence particulièrement ne peut arriver à prouver qu’il est bien élevé au sujet des reconstitutions l’usurpation d’identité, le titulaire de la pension qui lui a été de carrière en vue de la liquidation un phénomène mal pris délivrée par la caisse régionale d’as- d’une retraite. La problématique la en compte, qui rend surance maladie. après sept mois plus souvent rencontrée est celle les citoyens méfiants de pérégrinations administratives où une caisse de retraite rejette la Les particuliers se retrouvent parfois infructueuses, il saisit le délégué. demande d’un administré au motif dans des situations kafkaïennes dans Ce dernier s’emploie à reconstituer qu’aucune cotisation ne lui a été leurs rapports avec la police ou la jus- la carrière et le parcours de vie du versée, à charge pour l’administré tice. Les cas d’usurpation d’identité, requérant. il rassemble tout un fais- de produire l’ensemble des pièces qui font l’objet de nombreux dossiers ceau d’éléments tendant, d’une part, justifiant de sa situation et de ses traités par l’Institution, en sont le sym- à apporter les preuves de l’identité et droits. Or, il peut parfois s’agir d’une bole. Selon un rapport du Centre de de l’état civil du réclamant et, d’autre absence de versement des cotisations recherche pour l’étude et l’observation part, à authentifier son existence. par un employeur rencontrant des des conditions de vie (Credoc), publié pour cela, il se réfère à deux faits difficultés économiques. Apporter en octobre 2009, un Français a plus marquants de la vie de ce retraité : des preuves relatives à des périodes de risques de subir une usurpation le premier concerne l’existence d’un de travail remontant souvent à plu- d’identité qu’un cambriolage ou un frère jumeau qui aurait toujours vécu sieurs décennies relève du tour de vol de voiture. Le coût pour la société en algérie et dont le décès, survenu force. Mieux vaut donc, pour chaque d’un tel phénomène frôle les qua- en février 2007, serait à l’origine salarié, conserver précieusement ses tre milliards d’euros. Chaque année de la mesure prise par la Cram. Le bulletins de salaire et s’assurer régu- en France, plus de 210 000 person- deuxième est la perte en février 2006 lièrement de la réalité du versement nes sont victimes d’une usurpation par monsieur L. de son certificat de de ses cotisations en demandant à d’identité. Conséquence directe de la résidence algérien ainsi que de son l’Assurance vieillesse un relevé de sophistication des services, l’usurpa- passeport. carrière, notamment lorsque son tion d’identité peut frapper n’importe pour preuve de son existence physi- employeur a fait l’objet d’un redresse- qui, notamment par l’obtention des que, son médecin traitant ainsi que ment ou d’une liquidation judiciaire. coordonnées bancaires. Ce délit peut son bailleur acceptent d’attester que Il n’est malheureusement pas tou- avoir des conséquences extrêmement l’intéressé est bien en vie. L’authentifi- jours évident de rassembler les fiches néfastes. Le recours à la justice consti- cation de son état civil est obtenue par de paie sur près de 40 années de vie tue difficilement une réponse, puisque la délivrance d’un certificat de vie éta- professionnelle, notamment pour de nombreuses plaintes n’aboutissent bli par l’officier de l’état civil du consu- les administrés ayant perdu tout ou pas. Les délégués du Médiateur de la lat général d’algérie à marseille et la partie de cette documentation dans République ont souvent été appelés vérification des données inscrites sur un sinistre. La règle veut alors que à intervenir pour des cas considérés son passeport algérien et celles de le demandeur prouve avoir payé ses comme insolubles par les victimes, son certificat de résidence algérien cotisations en produisant des pièces principalement dans les domaines fis- établi par les services de la préfec- probantes et concordantes consti- caux et routiers. ture des bouches-du-rhône. tuant des présomptions raisonnables 32 rapport annuel 2009
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    de la réalitéde son activité profession- est aussi possible dans certaines cir- fois et prennent des décisions illéga- nelle sur les années litigieuses. Mais constances mais cette procédure se les. Celles-ci doivent en principe être l’intransigeance des règles imposées révèle très onéreuse. La lutte contre retirées mais certaines d’entre elles par les administrations est telle que la fraude, qui s’est intensifiée ces der- ont créé des droits au profit de leur des administrés n’hésitent pas à par- nières années, a sa part dans cette bénéficiaire. Le Conseil d’État a donc ler de « présomption de culpabilité » situation. Si sa nécessité n’est plus à encadré cette possibilité de retrait à leur égard, alors même qu’ils sont démontrer, elle fait aussi des dégâts dans sa jurisprudence et considéré victimes d’un cas de force majeure. collatéraux importants, essentielle- que les décisions individuelles créa- En cette période de tension sur le ment chez les citoyens les plus faibles. trices de droits ne pouvaient être marché de l’emploi, les assurés s’ef- Quand le manque de vigilance d’une retirées que dans un délai de quatre forcent du mieux qu’ils peuvent de époque est compensé par la sévérité mois. Sur ce fondement, le Média- produire tous les documents à leur accrue de la suivante, ce sont souvent teur de la République a pu intervenir disposition dans l’espoir d’obtenir eux qui en paient le prix. sur de nombreux dossiers, comme une retraite plus avantageuse. Cer- celui de Madame D., qui a appelé son tes, une régularisation demeure pos- la problématique des attention sur un litige concernant le sible, notamment en réunissant un décisions à objet pécuniaire remboursement d’une dette de son faisceau de présomptions de verse- créatrices de droits défunt mari. ment ou au moins de précompte des Face à la complexité des textes et à la cotisations. Un rachat ou une régu- diversité des situations individuelles, Celui-ci, ingénieur des travaux larisation de cotisations prescrites les administrations se trompent par- publics, avait bénéficié d’un congé de longue durée (CLd) à plein traitement du 7 juillet 2002 au 6 juillet 2005, puis à demi-traitement à compter du 7 juillet 2005. Cependant, lors du renouvelle- ment du CLd, les services du ministère lui avaient accordé le bénéfice d’un CLd avec plein traitement du 7 janvier au 6 juillet 2006 par un arrêté du 25 nov- embre 2005 et ce n’est que par arrêté du 11 juillet 2006, soit plus de 7sept mois après, que l’erreur a été rectifiée. Les dispositions de l’arrêté du 11 juillet 2006, modifiant l’arrêté du 25 novembre 2005, étaient donc tardives et le titre de perception, d’un montant de 6 154,34 € émis le 29 novembre 2007 à l’encontre de sa veuve, se fondait ainsi sur des dispositions illégales. Sur ces motifs, le médiateur a demandé et obtenu l’an- nulation du titre de erception. p Après plusieurs années d’évolution vers des solutions plus favorables à la sécurité juridique des admi- nistrés, notamment l’assimilation des décisions non formalisées à OOO médiateur de la république 33
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    L’USager et L’état FaCe à La CriSe DE NOUVEAUx LIENS MARQUÉS PAR LA DÉFIANCE Et LA SUSPICION OOO des décisions explicites, le Conseil tage, n’a pas le caractère d’une Peut-on admettre que l’administra- d’État a néan moi ns précisé le décision accordant un avantage tion puisse verser des émoluments 12 octobre 2009 la distinction entre financier et constitue une simple sans l’avoir préalablement décidé, décision créatrice de droits et sim- erreur de liquidation ». Dès lors, il fût-ce implicitement ? Le Conseil ple erreur de liquidation ce qui, devient difficile, pour l’agent desti- d’État vient de répondre positive- pour certains, pourrait s’apparenter nataire d’un titre de perception émis ment à cette question en renvoyant à un revirement de jurisprudence. à son encontre par l’administration, les effets préjudiciables au régime En effet, il précise dans son arrêt de savoir comment répondre. Soute- de la responsabilité pour faute. Pour que « le maintien indu du verse- nir l’existence d’une décision créa- l’administré, l’incertitude redevient ment d’un avantage financier à trice de droits ? Mettre en cause la la règle et l’action contentieuse obli- un agent public, alors même que responsabilité fautive de l’adminis- gatoire. Un travail de partenariat est le bénéficiaire a informé l’ordon- tration ? Soulever la responsabilité en cours sur ce sujet, visant à amé- nateur qu’il ne remplit plus les pécuniaire du comptable qui n’a pas liorer la situation. conditions de l’octroi de cet avan- vérifié le bien-fondé de la dépense ? des réponses de plus en plus violentes de part et d’autre Il a été noté plus haut que dans le y a décès du patient ou conséquences ticulier Internet et ses forums. Des domaine médical, une demande morbides importantes. usagers surinformés, poly-informés, d’explication de la part du patient ou Dans les échanges qu’ils ont avec mais le plus souvent mal informés, de sa famille pouvait se traduire, si la le Pôle Santé et Sécurité des Soins opposent au corps médical des élé- réponse est jugée insuffisante, par la (P3S) de l’Institution, les médecins ments de connaissance scientifique rupture totale du dialogue. Dans de se justifient souvent en expliquant parcellaires, inadaptés à la situation tels cas, l’on assiste de plus en plus qu’ils craignent de ne pas se faire ou mal interprétés, donc des certi- fréquemment à un double comporte- comprendre, ou d’être mal compris, tudes non fondées. ment générateur de violence, verbale s’ils utilisent des termes techniques. Si la violence gagne sans cesse du et parfois physique : d’un côté, des Cette attitude peut aller jusqu’au terrain dans la société, les lieux où professionnels de santé qui s’enfer- développement d’attitudes de repli l’on soigne la personne, qui devraient ment dans des attitudes d’autopro- sur soi, de réelle rétention d’infor- par définition en être exempts, ne le tection, de l’autre des usagers dont mations, voire de déni, qui, loin de sont plus : compte tenu des phéno- l’incompréhension se transforme en les protéger, ne font que renforcer mènes qui viennent d’être décrits, agressivité. Il est important de noter l’agressivité du demandeur. ils sont eux aussi de plus en plus fré- que la rétention d’informations de La situation s’aggrave avec un quemment le théâtre d’altercations, la part du corps médical est vécue deuxième phénomène dont le Média- voire de confrontations physiques, par le patient comme une transgres- teur de la République a pu observer qui soulignent de façon dramatique sion encore plus grave que l’accident l’émergence : la volonté des patients la nécessité d’une bonne médiation médical lui-même. de judiciariser les conflits. La peur conduite à temps. Pourquoi ce comportement de la part du procès pèse désormais sur les des professionnels ? Dans les cas dits professionnels de santé avant tout dans le cas d’un décès consécutif des EIG (événements indésirables acte médical. Pourtant, si les dem- à une mauvaise prise en charge aux graves), sur le principe, ils admettent andes d’indemnisation sont effecti- urgences, le discours de la famille, tous le « devoir de vérité », mais pas vement de plus en plus fréquentes, empreint d’une grande violence et nécessairement un devoir de vérité les actions au pénal sont très loin menaçant de s’en prendre physi- intégrale. Dans la majorité des cas, d’atteindre l’importance imaginaire quement au médecin urgentiste, a quand une complication liée aux que leur prête l’opinion publique amené le médiateur de la république soins est survenue, les médecins puisque l’on observe une dizaine de à prévenir le praticien mis en cause affirment qu’ils donnent une expli- procès par an. via sa direction du risque potentiel cation ; mais ils vont en minimiser Enfin, un dernier phénomène, lui d’agression à son encontre. dans un l’aspect iatrogène (provoqué par le aussi de plus en plus apparent, contri- deuxième temps, l’équipe médicale médecin, le traitement ou les médi- bue à cette tension, voire à cette vio- du pôle Santé et Sécurité des Soins caments), ne pas décrire clairement lence, entre le corps médical et le a analysé l’ensemble de la prise en l’existence d’une erreur. Le profes- patient ou sa famille : c’est l’influence charge du patient car celle-ci posait sionnel est d’autant moins précis des multiples vecteurs d’information de nombreuses questions quant à sa dans les informations fournies qu’il à destination du grand public, en par- pertinence. Une médiation a été fina- 34 rapport annuel 2009
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    lement organisée entre la famille et le avait été injustement privée des tion du médiateur de la république, la médecin, qui arguera des difficultés indemnités qui lui étaient dues et elle préfecture a consenti à suspendre sa d’exercice aux urgences face à une a obtenu gain de cause. demande de restitution dans l’attente demande toujours croissante. d’une décision du ministère de la Jus- La famille n’a pas souhaité porter Ce type de litige se rencontre aussi tice, ce qui s’est révélé après coup jus- plainte mais faire appel à la CrCi pour avec les établissements publics tifié. en effet, ce dernier a considéré obtenir une expertise médicale et hospitaliers, mais dans le cas des qu’ils étaient effectivement français pour que soit établi ou non le carac- conseils généraux, l’intervention du et a demandé au tribunal d’instance tère fautif de cette prise en charge. Médiateur de la République butte de leur délivrer un certificat de natio- sur un point majeur : lui opposant le nalité française. en cas de mauvaise volonté principe de libre administration des Si les organismes se cachent parfois collectivités locales, certains vont Si la décision de l’administration derrière les procédures en cours ou jusqu’à ignorer les rappels à la loi et n’avait ici rien d’illégal et si aucun dys- l’examen du dossier par une juri- ne laissent à l’usager comme issue fonctionnement n’est à relever, elle n’en diction pour justifier leur absence que la voie contentieuse. constituait pas moins un drame pour de réponse, il leur arrive également ce couple et ses enfants. Pour justifier de jouer la carte de l’intimidation l’excès de zèle, son empressement et sa sévérité, l’ad- envers l’administré, par exemple en source de préjudices ministration se réfugie derrière la loi recouvrant abusivement des créan- Dans certains domaines, l’adminis- et le zèle nécessaire à la lutte contre la ces, comme Madame O. a pu s’en tration a développé une tendance à fraude. D’autant que le principe préva- rendre compte. l’hyperréactivité qui se manifeste lant en matière de document sécurisé parfois par des décisions tellement est d’accorder une attention des plus elle s’est vu confier la garde de ses rapides qu’en limitant drastique- vigilantes lors de leur établissement deux petites filles en qualité de tiers ment les possibilités de réaction de et d’appliquer les mêmes règles aux digne de confiance, dans le cadre de l’administré, elles en deviennent demandes de renouvellement. l’exécution de jugements en assis- préjudiciables pour lui. Bien que récente, cette prudence tance éducative rendus par le juge des exagérée de l’administration dans enfants de C. et, à partir de mai 2003, monsieur et madame n. en ont fait la délivrance de documents d’iden- par celui de p. durant la période où elle l’expérience lorsqu’ils ont voulu tité tend à se généraliser, comme a résidé dans l’a., elle n’a jamais été obtenir du tribunal d’instance la en témoignent les courriers reçus informée que, en tant que « tiers digne délivrance d’un certificat de natio- par l’Institution émanant de Fran- de confiance », elle pouvait percevoir nalité française pour leurs enfants çais nés à l’étranger ou dont l’un des des indemnités d’entretien. elle n’a eu mineurs. Le tribunal d’instance leur parents est né à l’étranger. Pour les connaissance de leur existence que a notifié un refus. Les parents ont personnes concernées, bien souvent lorsqu’un autre département les lui a alors formé un recours auprès du françaises de naissance, cette remise servies sans qu’elle ait eu besoin de ministère de la Justice, comme le leur en cause de leur nationalité, compo- faire une quelconque démarche. Fin permet ’article 31-3 du Code civil. or, l sante essentielle de leur identité, 2006, elle a sollicité auprès du dépar- à la suite des décisions de refus et est très mal vécue. CEla génère le tement de l’a. le paiement rétroactif avant même qu’il ne soit statué sur ce sentiment d’être méprisé, de voir sa des prestations auxquelles elle esti- recours, monsieur et madame n. ont situation fragilisée mais aussi d’être mait avoir droit depuis 1998. n’ayant reçu un courrier de la préfecture leur stigmatisé et « ostracisé » en raison été indemnisée que partiellement et demandant de restituer les cartes de son nom ou de ses lointaines ori- faisant valoir qu’elle avait été mal ren- nationales d’identité (Cni) sécurisées gines, sans oublier une vive incom- seignée sur ses droits, elle a sollicité et les passeports en cours de validité préhension puisque posséder une l’aide du médiateur de la république. précédemment délivrés. Sensibilisée CNI implique d’avoir, lors de son éta- Ses services ont estimé que madame o. sur le recours à l’étude par l’interven- blissement, prouvé sa nationalité… OOO médiateur de la république 35
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    L’USager et L’état FaCe à La CriSe DE NOUVEAUx LIENS MARQUÉS PAR LA DÉFIANCE Et LA SUSPICION OOO Autant de raisons pour le citoyen demment sous administration fran- connaître l’état de traitement de sa de nourrir du ressentiment à l’égard çaise et les rapatriés d’Afrique du demande et d’adapter son compor- de la puissance publique. Si les illé- Nord ainsi que celles nées en France tement et ses plans en fonction de galités sont relativement rares, les de parents étrangers entre le 26 jan- ces informations. comportements soit désinvoltes soit vier 1889 et le 1er janvier 1976. trop pointilleux de certaines admi- Le manque de promptitude peut nistrations ont néanmoins pour effet Toutefois, il apparaît, à la lumière également se manifester dans le de malmener quelquefois les liber- des réclamations reçues, que cer- domaine judiciaire, plus particuliè- tés individuelles, d’autant que sont tains services continuent à adopter rement sur les suites données à une parfois exigées des preuves presque une interprétation très extensive plainte. Si le Médiateur de la Républi- impossibles à apporter, comme les de la notion de doute et demandent que ne peut intervenir dans les pro- actes de naissance des parents, des systématiquement la production cédures juridictionnelles en cours ni grands-parents, voire des arrière- d’un certificat de nationalité avec les connaître des litiges entre personnes grands-parents, qu’il faut obtenir contraintes qui s’y rattachent pour privées, il peut cependant être saisi des autorités judiciaires de pays où les usagers. Le Médiateur entend en matière de plaintes. En effet, les les fichiers d’état civil de certaines réexaminer ce problème avec les personnes qui déposent plainte doi- époques n’existent plus... Ici, le rôle services concernés et il est possible vent impérativement être informées, du Médiateur de la République est qu’un texte d’un rang supérieur à la conformément aux dispositions du d’informer les administrés sur les circulaire soit nécessaire. Code de procédure pénale, des suites voies de recours, mais aussi sur les données à ce dépôt afin de garantir différentes modalités d’obtention la lenteur leurs droits. C’est par exemple la date de la nationalité française. À noter facteur d’insécurité de notification d’un classement sans qu’ à la demande des sénateurs des La loi du 12 avril 2000, relative aux suite qui fera courir le délai d’exer- Français de l’étranger, le Médiateur droits des citoyens dans leurs rela- cice d’autres recours, comme la cita- de la République a mis en place en tions avec l’administration, prévoit tion directe, la saisine du procureur 2009 un délégué dédié aux Français que le silence gardé pendant deux général, la plainte avec constitution de l’étranger. mois à la suite d’une demande vaut de partie civile. Il est également intervenu à ce sujet refus de celle-ci. Mais dans les faits, auprès du ministre de l’Intérieur. Il compte tenu du volume de dossiers Au cœur des libertés individuel- lui a été indiqué qu’une circulaire et des délais de traitement que cela les se trouve la liberté d’épouser la en date du 24 septembre 2007 rela- induit pour des administrations sou- personne de son choix. S’il suffit tive aux conditions de délivrance et vent surmenées, il faut souvent bien de se rendre à la mairie de sa com- de renouvellement des CNI, avait plus de deux mois pour fournir une mune dans la plupart des cas, le été adressée aux services préfec- réponse aux administrés, sans que formalisme et les règles régissant le toraux chargés de l’instruction de ce silence traduise forcément un mariage se compliquent lorsqu’un(e) ces demandes. Ses termes ont été refus. Pour l’administré, cependant, Français(e) désire épouser un res- rappelés dans une circulaire du cette lenteur dans la prise de déci- sortissant étranger dans un autre 2 décembre 2009. Celle-ci précise sion et l’absence d’informations sur pays. La loi du 14 novembre 2006, que la détention d’une carte dite l’avancement du processus créent de entrée en vigueur le 1er mars 2007, « sécurisée » dont il est demandé le l’insécurité et peuvent devenir pré- a introduit l’obligation pour tout res- renouvellement constitue une pré- judiciables. Que faire en attendant ? sortissant français désireux de le somption de possession d’état de Un recours en considérant qu’il y a faire de se voir délivrer par les auto- la nationalité française sauf si un eu une décision implicite de refus ? rités consulaires françaises com- élément du dossier est de nature à Rien, au risque de voir un refus arri- pétentes un certificat de capacité à introduire un doute. Elle indique ver plus tard ? Il est des projets qui mariage. Ce document est délivré également que peuvent entrer dans ne peuvent souffrir plusieurs mois après l’accomplissement des forma- le champ d’application de la dis- d’attente pour être menés à bien… lités de publication des bancs préa- pense du certificat de nationalité À titre d’exemple, la Commission lables au mariage. par application de ce même concept de recours contre les refus de visa En pratique, à la suite de la demande de possession d’état de français les (CRV) met en moyenne quinze mois de publication des bancs, les autori- personnes nées à l’étranger pouvant à instruire un dossier, du fait de l’af- tés consulaires, après instruction du justifier de leur possession d’état flux des demandes et des effectifs dossier, les publient et délivrent le et de celle d’au moins un de leurs affectés à ce service. Dans ce cas certificat de capacité à mariage avec parents, les personnes nées dans de figure, l’intervention du Média- la possibilité d’ordonner au préalable un département ou territoire précé- teur de la République permet de l’audition des futurs époux qui se 36 rapport annuel 2009
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    fera, pour leconjoint français, par l’intermédiaire de l’officier de l’état civil de sa commune de résidence. Au cours de l’entretien sera vérifiée la réalité de l’intention matrimo- niale des futurs époux par le biais de questions relatives essentiellement à la connaissance réciproque des élé- ments de vie de chacun d’eux. En principe, le respect de ces démar- ches facilitera, après le mariage, sa transcription sur les registres d’état civil consulaires français et l’obten- tion du visa de conjoint français. Le Médiateur de la République a pour- tant été saisi d’un certain nombre de cas dans lesquels les futurs époux ter la transcription sur les registres situation aboutit bien souvent à une avaient rencontré des difficultés, soit d’état civil en France et l’obtention impasse. Le dialogue est alors rompu pour obtenir le certificat de capacité du visa pour le conjoint du ressortis- et le renouer devient particulièrement à mariage, soit après la célébration sant français, tel n’est pas toujours le difficile, malgré les efforts constants du mariage pour obtenir un visa de cas. Les services du Médiateur de la du Médiateur de la République en conjoint français. République ont eu à connaître de plu- ce sens. S’il est toujours possible sieurs dossiers laissant à penser que de tenter de rétablir le contact, par monsieur g. a entrepris, au mois de la délivrance de ce document n’ex- l’intermédiaire des correspondants mai 2009, toutes les démarches en vue clut pas des difficultés ultérieures. du Médiateur de la République dans de son mariage au maroc avec made- Dans au moins deux cas, le certificat différents organismes ou encore via moiselle Y. après l’audition des futurs de capacité à mariage a été délivré, les autorités de tutelle, il faut bien époux, les autorités consulaires leur non par le consulat lui-même, mais à souvent attendre la fin de la procé- ont indiqué que le certificat leur serait la suite d’une décision du procureur dure invoquée par l’administration délivré dans un délai de deux mois. Le de la République de Nantes, inter- concernée pour justifier son blocage. mariage est donc organisé pour la fin rogé par les autorités consulaires qui Le cas de Monsieur B., confronté à du mois d’octobre. Sans nouvelles de avaient émis un doute sur l’intention cette situation, est éclairant. leur dossier début août, monsieur g. matrimoniale. Une fois sa réalité éta- se rapproche des autorités consulai- blie par une instruction, le certificat bénéficiaire de la carte de résident res, qui lui apprennent que, un doute a pu être délivré et le mariage a eu algérien, monsieur b. a sollicité auprès existant sur la validité du mariage, son lieu. Pourtant, dans les deux cas, les de la caisse d’allocations familiales dossier sera soumis à l’appréciation du autorités consulaires ont à nouveau (Caf) le versement des prestations procureur de la république de nantes. émis des doutes au moment de la familiales pour ses trois enfants titu- en réalité, il ne sera transmis au par- transcription à l’état civil et, tout en laires, depuis le 18 novembre 2003, du quet de nantes qu’en octobre 2009… sursoyant à transcrire, ont de nou- document de circulation pour étranger Compte tenu de ce délai, la célébration veau saisi le parquet de Nantes. mineur (dCem). La Caf lui ayant opposé du mariage a dû être annulée et repor- un refus, il a saisi, le 12 décembre 2005, tée à une date ultérieure. du silence la commission de recours amiable à la rupture du dialogue (Cra) qui, en date du 7 février 2006, Si la délivrance préalable d’un cer- Lorsque l’administration se réfugie a émis un avis favorable à l’ouverture tificat à mariage est censée facili- dans le silence, justifié ou non, la des droits aux prestations demandées OOO médiateur de la république 37
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    L’USager et L’état FaCe à La CriSe DE NOUVEAUx LIENS MARQUÉS PAR LA DÉFIANCE Et LA SUSPICION OOO en se référant à la jurisprudence de est pas favorable et vont jusqu’à met- mation avant tout acte et se montrer la Cour de cassation selon laquelle le tre en cause l’action des magistrats plus rigoureux. Pour l’organisation dCem validait la régularité de l’entrée ou des avocats. C’est pourtant oublier du colloque singulier qui permet de et du séjour des enfants en France. l’article 11 de la loi de 1973, qui inter- délivrer toute l’information néces- Cette décision a toutefois été annulée dit au Médiateur de la République saire et d’éclairer le choix du patient, par la direction régionale des affaires « d’intervenir dans une procédure les chirurgiens pourraient prendre sanitaires et sociales (drass), le 24 engagée devant une juridiction, ni exemple sur les consultations de pré- mars 2006. monsieur b. a alors contesté de remettre en cause le bien-fondé anesthésie, qui apparaissent mieux cette annulation devant le tribunal des d’une décision juridictionnelle ». organisées. Le Pôle Santé et Sécurité affaires de sécurité sociale (tass) et des Soins a eu à connaître de cas où saisi le médiateur de la république. en matière médicale, le refus la réaction du patient était d’autant aux objections de l’institution, la drass de l’aléa thérapeutique plus violente que ce colloque singu- a opposé une fin de non-recevoir en Dans le domaine médical, les ten- lier avait été tenu par un chirurgien expliquant que, l’audience étant fixée sions entre réclamants d’une part, alors que l’intervention avait finale- au 5 juin 2009, elle ne pouvait interve- établissements hospitaliers et pra- ment été réalisée par un autre. nir dans ce dossier avant la décision de ticiens d’autre part, deviennent Pour le Médiateur de la République, la juridiction. d’autant plus vives que la tolérance la loi de mars 2002 n’a pas toujours vis-à-vis du risque diminue. été bien comprise, alors qu’elle éta- À noter qu’à partir du 5 avril 2010, le Le risque zéro est malheureusement blissait l’équité en reconnaissant silence cessera d’être une réponse aussi impossible à atteindre en ce l’aléa et en organisant sa réparation. dans au moins un domaine : celui des domaine qu’en d’autres. Or, si cette Sans doute peut-on déceler dans visas. Un règlement communautaire réalité est admise collectivement, elle cette incompréhension la lointaine obligeant les autorités compétentes ne l’est pas au plan individuel, en face conséquence de l’affaire dite du sang des pays de l’espace Schengen à d’un cas personnel concret. Lorsque contaminé : depuis lors, l’expression motiver les refus de visa de courte le patient ou sa famille réclame une « responsable, mais pas coupable » durée et répondre dans les quinze médiation, quel qu’en soit le niveau, est considérée à tort comme un jours sera effectif à partir de cette elle passe nécessairement par une refus d’accepter les conséquences date. Les services du Médiateur de étape : faire la différence entre com- d’un accident. La notion de respon- la République prévoient, malgré plication et aléa, entre aléa et acci- sabilité sans faute, qui fait pourtant cette avancée, que de nombreuses dent médical fautif. Un écart entre ce partie de notre droit, n’est pas com- réclamations sur cette question ne qui était attendu par le corps médical prise, et donc mal acceptée. manqueront pas de lui parvenir, et ce qui a été compris par le patient Il faut, enfin, noter que la média- le temps que les administrations ne constitue pas un accident médical. tisation croissante des accidents concernées appliquent systémati- Pourtant, ces différentes notions se médicaux, phénomène relativement quement la nouvelle disposition. confondent dans l’esprit des récla- récent, alourdit le climat. Sans doute mants, qui ne retiennent que leur ne déplore-t-on pas aujourd’hui des jugements dommage. Le Médiateur de la Répu- davantage d’accidents qu’aupara- de plus en plus contestés blique est par exemple souvent saisi vant, mais les médias et l’opinion, Depuis plusieurs années, la société par des personnes qui se plaignent aussitôt alertés, ont tendance à sur- française se judiciarise. Le recours de complications, parfois il est vrai réagir. Là encore, on peut y voir la au procès est entré dans les mœurs : des inflammations sévères, liées à la conséquence d’affaires comme celle les citoyens demandent avec une radiothérapie qu’elles ont subie, alors du sang contaminé ou de l’hormone insistance grandissante à la justice même que grâce à ce traitement elles de croissance, ou encore d’incidents de trancher des litiges portant sur les ont guéri d’un cancer. Ces personnes plus récents en radiothérapie. K moindres aspects de leur vie et sont expliquent alors que, si elles avaient de plus en plus nombreux à pousser connu ce risque de complications, les portes des tribunaux en exigeant elles n’auraient peut-être pas accepté que l’État leur donne raison. Mais de la radiothérapie. là à l’acceptation des décisions de jus- Les services du Médiateur de la tice, il y a un pas qu’ils sont nombreux République notent ainsi un retard à n’avoir pas encore franchi. Certains dans l’information des usagers sur n’hésitent pas à saisir le Médiateur de le caractère évitable ou non évitable la République en arguant d’un dys- d’un événement, particulièrement fonctionnement du service public de dans ce domaine de la radiothérapie. la justice quand un jugement ne leur Il faut à cet égard améliorer l’infor- 38 rapport annuel 2009
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    pacifier les relations, apaiserles tensions : la contribution du médiateur Écoute, accompagnement et pédagogie : face à la détresse, à la vio- lence, à la solitude, au sentiment d’injustice, à la défiance, la démarche du Médiateur de la République, empreinte d’humanité, constitue déjà une première réponse. Son rôle est aussi d’agir et d’inciter à l’action. Alors que les politiques publiques consistent de plus en plus souvent à gérer les peurs et à privilégier le terrain émotionnel, le Médiateur de la République met à profit sa position privilégiée d’observateur de la société pour explorer et analyser le champ public, afin de proposer sans relâche au législateur des pistes d’évolution et d’amélioration des dispositifs existants. ••• des réponses à la demande de « vivre ensemble » p. 40 La médiation poUr Faire prévaLoir L’éCoUte et Le diaLogUe p. 40 renForCer LeS partenariatS aU béneFiCe de L’adminiStré p. 44 La médiation gagne dU terrain p. 46 des propositions pour un système plus humain p. 47 les grandes orientations pour 2010 p. 57 QUeLQUeS noUveLLeS propoSitionS de réForme à SUivre en 2010 p. 57 Le noUveaU rendeZ-voUS SUr LeS retraiteS p. 58 Le SUivi de La bonne eXéCUtion deS propoSitionS aboUtieS p. 58 LeS eFFortS à poUrSUivre en 2010 p. 59 médiateur de la république 39
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    pacifier les relations, apaiser les tensions : la contribution du médiateur des réponses à la demande de « vivre ensemble » paradoxalement, la montée de la défiance envers les pouvoirs publics et les institutions qui les incarnent s’accompagne d’une demande des citoyens toujours plus forte pour davantage de protection et de régulation de la part de l’état. Le médiateur de la république, autorité neutre, a développé une expertise considérable dans les domaines législatif et réglementaire et acquis une connaissance profonde du paysage administratif français qui font de lui un acteur essentiel de la sphère publique et lui permettent de contribuer efficacement à réduire les tensions sociales, à recréer de solides liens de confiance entre administrations et administrés et à recentrer l’action publique sur l’intérêt général. L’institution bénéficie, pour ce faire, d’un outil humain sans équivalent : celui des 281 délégués bénévoles qui la représentent sur l’ensemble du territoire. pour apaiser les tensions, rien ne vaut l’écoute d’une personne physiquement présente et disponible. L’usager parle de ses difficultés à une personne qui l’accueille et lui consacre tout le temps nécessaire à son affaire. Qui plus est, ce délégué a lui aussi créé un réseau de correspondants dûment identifiés et facilement joignables dans chacun des organismes avec lesquels les usagers rencontrent des difficultés. réintroduire une dimension humaine dans les rouages administratifs est la clé du succès de la médiation. la médiation pour faire prévaloir l’écoute et le dialogue Il est intéressant de noter que le ce type a été rencontrée par l’ensem- accorder une autorisation d’occupa- Médiateur de la République est sou- ble des services du Médiateur de la tion transitoire jusqu’au 31 octobre vent obligé de mener une « médiation République. 2007, dans l’attente de la réponse du globale ». L’exemple type en est les maire de paris sur la délimitation des contestations de contrôle fiscal, qui au lendemain de la publication de la zones de stationnement supérieur à représentent une part importante des loi n° 1772 du 30 décembre 2006 sur un mois. dossiers du secteur. Dans un cas parti- l’eau et les milieux aquatiques, voies Le projet de délimitation de ces culièrement éclairant, le règlement du navigables de France (vnF) a consi- zones restant toujours à cette date litige soulevait à la fois un problème de déré que la reconduction tacite des à l’examen, vnF a décidé de pro- procédure, un défaut de preuves et un titres d’occupation du domaine public roger ces autorisations jusqu’au défaut de motivation des pénalités ; il fluvial était entachée d’illégalité. 30 janvier 2008 pour les uns, et au appelait donc une médiation globale. vnF a ainsi proposé à l’ensemble des 31 mars 2008 pour les autres. à l’issue Loin d’être limitée à la matière fis- propriétaires de bateaux-logements, de ces échéances, le maire de paris cale, la nécessité d’une médiation de jusqu’alors autorisés à paris, de leur n’ayant toujours pas délivré son avis, 40 rapport annuel 2009
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    vnF a considéré que les propriétaires été pénalisés par l’absence d’avis élargir la médiation des péniches stationnaient irréguliè- du maire de paris sur les zones de sta- En 2009, le Médiateur de la Répu- rement et a décidé de leur facturer des tionnement de bateaux-logements, blique et ses services ont adopté indemnités d’occupation majorées, avis requis par les textes, même les mêmes méthodes de travail que conformément à l’article L. 2125-8 si c’est vnF qui délivre et gère les celles pratiquées quotidiennement du Code général de la propriété des conventions d’occupation du domaine sur le terrain par ses délégués afin personnes publiques. Ce n’est qu’une public. de prendre davantage en compte le fois l’accord du maire de paris reçu, au besoin d’écoute et de dialogue dans début du mois de juin 2008, qu’il leur a À l’inverse, le règlement amiable d’un chaque action de médiation. Ainsi, été proposé des conventions d’occupa- litige individuel acquiert parfois une la médiation physique, c’est-à-dire la tion temporaire valable du 1er juin 2008 portée d’ensemble. Bien que la déci- rencontre effective du réclamant par au 31 mai 2013 et qu’il a été mis fin aux sion individuelle prise par l’adminis- un représentant du Médiateur, ou de redevances majorées. tration à l’initiative du Médiateur de plusieurs personnes en conflit sous à l’issue de l’action du médiateur la République ne puisse faire juris- son arbitrage, a eu une importance de la république, et notamment prudence – puisqu’il n’est pas une ins- particulière sur certains dossiers. Si de la médiation physique réunis- tance judiciaire –, la réponse se révèle elle a parfois permis de trouver une sant, au printemps 2009, les ser- valable pour tous les contribuables solution, elle a d’abord et avant tout vices de vnF et ceux du médiateur, placés dans la même situation. Aussi le permis de recréer des liens entre les vnF a décidé de proroger jusqu’au Médiateur demande-t-il au ministre, administrations concernées et de 30 juin 2008 les dispositions tran- au nom de l’équité, d’aligner la situa- réunir en un même lieu les protago- sitoires que lal société avait prises tion de toutes les personnes concer- nistes d’une affaire autour d’un but pour l’application des articles 69 et nées sur celle du requérant qui vient commun bien identifié, condition 70 de la loi du 30 décembre 2006, et d’être modifiée. C’est ce qui s’est par préalable à toute reprise de dialogue. de proposer des autorisations de sta- exemple produit dans le cas déjà cité Si la médiation ne permet pas tou- tionnement aux occupants concernés de la prime à la mobilité : le ministre a jours de trouver une solution immé- sur la base desquelles une nouvelle donné des instructions pour que l’en- diate et concrète au problème sou- facturation non majorée serait émise, semble des rectifications, qui concer- levé, elle n’en parvient pas moins à entraînant ainsi l’annulation des naient plusieurs dizaines de milliers remettre les difficultés de l’adminis- créances nées de l’occupation sans de personnes, soient abandonnées. Il tré au centre des préoccupations de titre jusqu’au 30 juin 2008. en est allé de même dans le cas des chaque administration, ce qui est ainsi, les occupants réguliers du mineurs retraités, avec cette fois plu- déjà une victoire en soi. domaine public fluvial n’ont pas sieurs milliers de cas. alors qu’elle était mineure, made- moiselle X. a hérité de son père d’une société a., qui exploitait un chantier de déchirage de péniches et a été mise sous tutelle. Le décès de son père était survenu alors qu’un projet de renouvellement de la convention d’occupation temporaire (Cot) du domaine public fluvial était en attente de signature avec vnF. Une autre société b., partenaire de la société a., a rapidement fait savoir au notaire en charge de la succession son sou- hait de pérenniser l’exploitation du site. Celui-ci a alors pris l’attache des responsables de vnF pour obte- nir la reconduction de la convention d’occupation ainsi que l’agrément d’exploitation afin de céder la société a. à la société b.. en l’absence d’avan- cement du dossier de reprise, malgré les multiples démarches du notaire, de la société b. et du président du OOO médiateur de la république 41
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    paCiFier LeS reLationS, apaiSer LeS tenSionS : La ContribUtion dU médiateUr DES RÉPONSES À LA DEMANDE DE « VIVRE ENSEMBLE » OOO conseil général de la Seine-maritime, a. étant de nouveau engagée avec les sieur p., qui a ainsi obtenu satisfaction ce dernier a été dans l’obligation d’en communes, le médiateur de la répu- et a renoncé à son intention de saisir référer au juge des tutelles, le retard blique a adressé une recommanda- le tribunal administratif. dans le traitement du dossier de tion en équité au président de vnF en reprise engendrant des conséquen- vue d’obtenir la remise gracieuse des renforcer la complémentarité ces extrêmement préjudiciables aux redevances d’occupation sans titre entre les dispositifs existants intérêts de mademoiselle X.. malgré réclamées à mademoiselle X. et la S’il est un domaine où la médiation cela, la société a. ne s’est toujours pas prise en charge de la remise en état physique a su s’imposer avec succès, vu délivrer de Cot ni d’agrément d’ex- du site par vnF. c’est bien celui de la santé. Le Pôle ploitation, empêchant ainsi la reprise Santé et Sécurité des Soins (PS3) du de son activité par la société b.. En privilégiant le contact direct Médiateur de la République a déve- en outre, un procès-verbal d’infrac- avec les parties en cause, l’Institu- loppé une activité soutenue d’orien- tion a été dressé à l’encontre de la tion parvient souvent à éviter des tation des usagers vers les structures société a. pour occupation sans droit contentieux, comme en témoigne de médiation locales (les CRUQPC, ni titre du domaine public fluvial et il a l’exemple ci-dessous. Commissions des relations avec les été réclamé à mademoiselle X., en tant usagers et de la qualité de la prise en qu’héritière, 52 181,81 € d’indemnités monsieur p., exploitant agricole en charge) et régionales (CRCI, Com- d’occupation. par ailleurs, le préfet a ille-et-vilaine, fait part à la déléguée missions régionales de conciliation informé mademoiselle X. de sa res- d’un désaccord l’opposant à la mairie et d’indemnisation). Environ 30 % ponsabilité pour ce qui concernait la de b. depuis la signature d’un arrêté des requêtes parvenues au P3S ont remise en état du site. Les dernières interdisant la circulation des véhicu- été aussitôt traitées par son centre démarches du notaire et de l’avocat de les de plus de 3,5 tonnes sur le che- dédié car elles consistaient en une mademoiselle X. ne recevant aucune min d’exploitation menant à l’une de demande d’informations ou d’orien- réponse, mademoiselle X., devenue ses parcelles. or, cette interdiction, tation vers ces instances. majeure et privée d’un actif qui se sollicitée par des habitants de la com- Pour les affaires plus complexes, transformait en un passif conséquent, mune, avait pour conséquence l’im- le Médiateur de la République, sol- a sollicité l’intervention du médiateur possibilité pour le réclamant d’accé- licité par les usagers – et, il faut le de la république. à l’occasion d’une der à son champ afin de l’exploiter, au souligner, dans 15 % des cas envi- première réunion, vnF a précisé que risque d’entraîner des pertes écono- ron par des professionnels de santé l’appel d’offres pour la reprise du site miques pour son exploitation. (directeurs d’établissement de était rédigé mais qu’il ne pouvait rai- il avait fait part au maire de cette soins, médecins, etc.) –, s’emploie à sonnablement être publié dès lors situation, mais celui-ci confirmait sa les régler de façon rationnelle et non qu’il avait peu de chances de suc- décision en expliquant que cet arrêté passionnelle avec un large recours à cès. en effet, la difficulté du dossier avait été pris pour assurer la sécurité la médiation physique. Lorsqu’une résidait dans le fait que le site était dans le village et précisait qu’un autre conversation téléphonique, souvent enclavé et que les documents d’urba- accès au terrain de monsieur p. était longue, avec le patient n’a permis nisme des deux communes concer- possible. de conclure avec certitude ni à une nées n’étaient pas très clairs sur la or, monsieur p. affirmait que ce complication courante ni à l’évolu- possibilité de maintenir à cet endroit deuxième accès comportait des inter- tion normale de sa maladie compte une installation classée pour la pro- dictions relatives au transport de pro- tenu des antécédents, les médecins tection de l’environnement, d’autant duits polluants, ce que l’intéressé se du P3S de l’Institution demandent que les communes semblaient plus devait de respecter, et que cette pro- copie du dossier pour mener une se diriger vers un projet de « parc position ne pouvait être retenue. analyse approfondie à partir de piè- vert ». toutefois, à l’occasion d’une La déléguée demande alors un ren- ces médicales. Après instruction du deuxième réunion, à laquelle ont par- dez-vous au maire. Ce dernier lui dossier et avec l’accord du patient ticipé les communes concernées, il a confirme de vive voix les raisons de ou de la famille, le Médiateur de été convenu que vnF, qui a pour projet cet arrêté, en particulier la protec- la République prend contact avec de réhabiliter le site en vue d’un chan- tion des usagers. toutefois, il se dit l’équipe médicale concernée et lui tier naval modèle, établisse un cahier prêt à réunir les parties en cause afin propose une médiation médicale. des charges strict avec maîtrise des de trouver une solution et à tenir la Faisant part des interrogations qui nuisances sonores ainsi qu’un dia- déléguée informée des suites qui en ont surgi sur la prise en charge de gnostic de pollution et que les com- découleraient. peu de temps après, ce patient, les services du Médiateur munes examineraient ce projet. La il lui fait parvenir copie d’un nouvel de la République proposent d’en- discussion relative à l’avenir du site arrêté modifiant le précédent et per- voyer sur place le médecin coordi- anciennement exploité par la société mettant l’accès au champ par mon- nateur et un spécialiste du domaine 42 rapport annuel 2009
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    concerné pour discuteravec l’équipe de diagnostic prénatal ainsi que la sitions sont la source d’une iniquité ou du dossier et analyser toute la prise nécessité de recourir à des collègues d’une injustice manifeste, soit parce en charge. Cet échange doit permet- plus expérimentés dans des situations qu’elles laissent subsister un vide juri- tre de repérer d’éventuels dysfonc- jugées difficiles; pour rappeler, enfin, dique, soit parce que leurs effets ont tionnements, de dégager les points que si le dépistage des cardiopathies été mal évalués. Loin de se contenter à améliorer et les axes de progrès à ne semble pas encore aujourd’hui de dénoncer le dysfonctionnement, mettre en œuvre pour qu’un incident améliorer la survie et la qualité de vie la proposition de réforme émise par similaire ne se reproduise pas. des enfants à naître, il permet au moins l’Institution détaille aussi précisément Cette première médiation physique un entretien prénatal approfondi avec que possible le dispositif qui doit se est vécue par les professionnels des parents informés, qui peuvent substituer au texte existant. de santé non comme une nouvelle ainsi espérer être accompagnés dans Outre l’autosaisine, les demandes de source de contraintes, mais comme leur choix d’une interruption médicale réforme transmises à l’Institution pro- une opportunité d’apprendre et de de grossesse ou d’une prise en charge viennent de différents horizons de la s’améliorer : c’est l’exploitation posi- optimale à la naissance. société civile. Le service des réformes tive de l’erreur pour progresser. peut être sollicité par des parlemen- La première médiation physique a taires, des magistrats, des avocats, madame v., 37 ans, a donné nais- aussi pour but d’en préparer une les administrations elles-mêmes ou sance à une petite fille. très rapide- seconde, cette fois avec le patient ou des associations. Mais ce sont bien ment, le nouveau-né a présenté des sa famille. Pour aboutir, cette ultime souvent les délégués, qui permettent troubles cardiaques graves en rap- rencontre ne peut être organisée que de repérer des dysfonctionnements port avec des anomalies majeures du s’il y a eu au préalable discussion et grâce à leur présence sur le terrain, cœur gauche. L’enfant décédera après remise en cause collective entre pro- ou les secteurs d’instruction au tra- cinq jours de vie des suites d’une car- fessionnels de santé ; à ce moment vers des réclamations individuelles diopathie congénitale extrêmement peut se dégager une vision du dossier impossibles à faire aboutir. grave. Les parents de cette petite fille commune et partagée entre le Pôle Une fois alerté, le secteur des réfor- ont saisi le pôle Santé et Sécurité des Santé et Sécurité des Soins (P3S) mes procède à des investigations à Soins du médiateur de la république du Médiateur de la République et une analyse juridique et technique pour non-dépistage échographique l’équipe médicale concernée. C’est à poussée. Reste ensuite à convaincre de malformation cardiaque fœtale. cette condition qu’une action correc- les décideurs politiques, afin que la L’analyse du dossier obstétrical a été tive pourra être ensuite proposée à la proposition de réforme connaisse confiée à l’équipe médicale du pôle. victime ou à sa famille. un prolongement législatif ou régle- il a conclu que l’examen du cœur fœtal Le P3S a ainsi mené à bien plus de mentaire. n’avait pas bénéficié de toute la ri- soixante médiations physiques au Dans cette optique, le Médiateur de gueur méthodologique exigée et d’un cours de l’année 2009. la République s’appuie de plus en médecin échographiste qui, confronté plus sur un travail en réseau. Face à des difficultés dans la réalisation de la place croissante du travail aux difficultés rencontrées pour l’examen, avait omis de faire appel à en réseau pour conduire faire prendre en compte ses propo- des tiers plus compétents. Le dépis- les propositions de réforme sitions de réforme (non-réponse des tage anténatal des cardiopathies reste Les propositions de réforme émises ministères, enlisement des groupes encore aujourd’hui difficile, et 20 à par le Médiateur de la République de travail interministériels, irrece- 40 % des cardiopathies congénitales visent un texte législatif ou réglemen- vabilité financière des amendements graves échappent au diagnostic écho- taire, voire une circulaire, qui posent parlementaires, etc.), le Médiateur graphique. L’équipe médicale du p3S a des difficultés dans leur application de la République a choisi de diver- donc rencontré le médecin concerné auprès du public ou encore le fonc- sifier ses modes d’intervention pour pour rappeler les recommandations tionnement d’une administration, faire aboutir ou, à défaut, porter du Comité technique de l’échographie lorsque ces comportements ou dispo- à la connaissance d’un plus grand OOO médiateur de la république 43
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    paCiFier LeS reLationS, apaiSer LeS tenSionS : La ContribUtion dU médiateUr DES RÉPONSES À LA DEMANDE DE « VIVRE ENSEMBLE » problèmes existant pour les enfants proposition de réforme : recueillis en kafala, ou encore le bilan de la naissance à l’adoption de la réforme du recours subrogatoire des tiers payeurs sur le montant des indemnités allouées aux victimes de 1. La demande de réForme dommages corporels. Il a également – toute personne (physique ou morale) est susceptible de saisir organisé des groupes de travail sur le le Médiateur de la République d’une demande de réforme. – Le Médiateur de la République dispose d’un pouvoir d’autosaisine régime des enfants nés sans vie, les en la matière. Celui-ci est notamment alimenté par les cas traités améliorations de la législation sur le par les secteurs d’instruction ou par les délégués du Médiateur. Pacs et l’accès des personnes attein- tes de déficiences psychiques ou 2. inStrUCtion de La demande d’affections chroniques aux services par le secteur des réformes, avec deux issues possibles. d’accompagnement à l’emploi. • élaboration d’une proposition de réforme, en cas : – de dysfonctionnement récurrent d’une administration ou d’un service public ; Dans la même perspective, des collo- – de conséquences inéquitables résultant de l’application ques ont été organisés par le Média- d’une norme réglementaire ou législative. teur à l’Assemblée nationale sur les • Clôture négative de la demande : thèmes de l’expertise médicale judi- lorsque le Médiateur estime, après examen, que la demande ciaire, de la réparation amiable des de réforme qui lui a été adressée est injustifiée. accidents médicaux ainsi que sur le 3. envoi de La propoSition de réForme à L’enSembLe problème du crédit à la consomma- deS miniStreS ConCernéS tion et du malendettement. Afin de promouvoir ses propositions 4. envoi aUX parLementaireS et de partager son expertise, le Lorsqu’elle est de niveau législatif, la proposition de réforme Médiateur de la République a éga- est également communiquée aux présidents des commissions lement rencontré régulièrement les parlementaires concernées et aux rapporteurs des projets ou propositions de loi susceptibles de l’intégrer. ministres au cours de l’année et a été entendu par des groupes de tra- 5. Le Comité interminiStérieL de SUivi vail et des commissions parlemen- Le Médiateur peut demander l’inscription d’une proposition de réforme taires. Il a ainsi été auditionné sur à l’ordre du jour d’un comité interministériel placé sous la présidence le projet de loi portant réforme du du ministre chargé de la réforme de l’État. crédit à la consommation ; pour la 6. CLôtUre de La propoSition de réForme préparation de la loi portant réforme Lorsque la proposition de réforme est satisfaite par une mesure de l’hôpital et relative aux patients, adéquate ou, plus rarement, lorsqu’elle fait l’objet d’un rejet justifié à la santé et aux territoires ; à pro- de la part des pouvoirs publics, le Médiateur procède à sa clôture. pos du projet de loi instaurant un dispositif d’indemnisation des victi- mes des essais nucléaires français ; OOO nombre d’interlocuteurs les problè- gnostic et de dégager des pistes de dans le cadre des débats relatifs à mes qu’il soulève. Il s’efforce d’orga- solution qui seront ensuite soutenues la prise en charge des victimes de niser lui-même le débat en mettant ou acceptées par les participants. l’amiante ; sur la modification des en présence les différents acteurs droits des personnes liées par un concernés (associations, organismes L’année 2009 aura donc vu la tenue Pacs ; dans le cadre de la révision publics, magistrats, avocats, parle- de tables rondes présidées par le des lois bioéthiques, dans le cadre mentaires, représentants des minis- Médiateur de la République, notam- de la préparation à la création du tères…) afin de faire émerger un dia- ment sur le statut juridique et les Défenseur des droits. renforcer les partenariats au bénéfice de l’administré Afin de remettre l’humain au cen- constituent le paysage administra- sionnent, les services du Médiateur tre des rapports entre administra- tif français s’est imposé au fil des de la République entretiennent et tions et citoyens, renforcer les liens années comme une priorité pour développent un réseau d’interlo- du Médiateur de la République Jean-Paul Delevoye. Au gré des cuteurs, concluent des partena- avec les différents organismes qui dossiers et des contacts qu’ils occa- riats, avec l’idée que ces rapports 44 rapport annuel 2009
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    privilégiés permettront d’apporter de retraite complémentaire des naires désireux d’utiliser leurs Cesu plus rapidement des réponses aux salariés) s’est elle aussi révélée fruc- pour régler leurs frais de crèche ont citoyens qui saisissent le Médiateur tueuse. L’année 2010 devrait offrir de rencontré des problèmes pour les de la République. nombreuses occasions d’intensifier faire valoir auprès de certaines crè- Parmi les partenariats qui ont mar- et de consolider les liens avec l’Ins- ches, notamment municipales, qui qué l’année 2009, celui conclu par titution. Elle permettra également ont purement et simplement refusé convention le 21 octobre avec le d’approfondir la collaboration avec ce moyen de paiement. Pour justi- Pôle Emploi figure en bonne place. l’Agence centrale des organismes de fier leur position, les élus locaux ont Avant la fusion des Assedic et de sécurité sociale (Acoss) et la Caisse argué du fait qu’il leur était néces- l’ANPE au sein du nouvel organisme, d’assurance maladie des industries saire d’adhérer au centre de règle- le Médiateur de la République dis- électrique et gazière (Camieg). ment du Cesu pour pouvoir accepter ce posait uniquement d’un réseau de Les équipes du Médiateur de la mode de paiement, solution génératrice correspondants efficaces et iden- République ont pu, pour la première de coûts qu’ils refusaient d’assumer. tifiés dans les Assedic. Pour faire fois en 2009, s’appuyer sur le réseau Après une intervention infructueuse face aux difficultés rencontrées des Caisses régionales d’assurance auprès du ministère des Finances et lors de la mise en place du nou- maladie (Cram) pour faire avancer sans réponse de celui des Affaires veau réseau de correspondants, il les demandes relatives aux retraites sociales, l’Institution a entrepris de a été décidé de formaliser les liens impliquant des caisses de retraite se rapprocher du réseau des caisses entre le Pôle Emploi et l’Institution. étrangères. En vertu d’un accord d’allocation familiale (Caf), qui sont Signée le 21 octobre 2009 par Jean- avec le Médiateur de la Républi- les partenaires principaux des crè- Paul Delevoye et Christian Charpy, que, la Caisse nationale d’assurance ches par le biais de conventionne- directeur général du Pôle Emploi, la vieillesse permet au secteur social ments, dans le cadre de leur action convention de partenariat redéfinit de solliciter l’appui des Cram pour sanitaire et sociale. L’Institution a également les pouvoirs du médiateur traiter ce type de dossier, dont le proposé d’inclure l’exigence d’ad- national du service public de l’emploi nombre va croissant, et parvenir à hésion au centre de règlement du et les modes de collaboration avec des reconstitutions de carrière plus Cesu dans le renouvellement des le Médiateur de la République. Elle rapides. conventions. En parallèle, la Caisse prévoit également que les délégués Des partenariats de fait peuvent nationale d’allocations familiales a disposent, dans chaque région, d’un également se nouer lorsque les ser- mis le Médiateur de la République correspondant. vices du Médiateur de la République en contact avec l’Agence des servi- sont amenés à se pencher sur un ces à la personne, qui est devenue L’année 2009 aura également vu dossier particulier. De nombreux un véritable partenaire avec lequel il le renforcement et l’approfondis- agents de la fonction publique béné- a agi pour débloquer la situation. En sement des liens entre les services ficient, de par les œuvres sociales de janvier 2009, leur action commune du Médiateur de la République et la leurs administrations, de primes de a permis de faire exonérer de frais Caisse interprofessionnelle de pré- crèche. Dans le cadre du dévelop- de traitement les Cesu attribués par voyance et d’assurance vieillesse pement des services à la personne les Caf aux personnes en situation (Cipav). En revanche, les saisines a été mis au point un chèque emploi critique dans le cadre du plan de reçues par le Médiateur de la Répu- service universel (Cesu) dont le relance de l’économie. Poursuivant blique ont montré que les rapports préfinancement est assuré par l’em- leur travail sur ce dossier toute l’an- de la Cipav avec ses affiliés n’avaient ployeur. Le ministère de la Justice née, le Médiateur de la République pas connu la même amélioration. et le ministère de l’Agriculture se et l’Agence des services à la per- La collaboration avec l’Agirc (Asso- sont rapidement situés parmi les sonne ont réussi à obtenir l’adop- ciation générale des institutions de administrations ayant le plus œuvré tion d’un décret interministériel le retraite complémentaire des cadres) au succès de ce mode de prise en 19 octobre 2009 exonérant toutes les et l’Arrco (Association pour le régime charge. Cependant, des fonction- crèches des frais relatifs au Cesu. OOO médiateur de la république 45
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    paCiFier LeS reLationS, apaiSer LeS tenSionS : La ContribUtion dU médiateUr DES RÉPONSES À LA DEMANDE DE « VIVRE ENSEMBLE » OOO Les relations avec le Régime social nale et du ministère de l’Économie, En matière de droit au logement, des indépendants (RSI) ont, elles trouve une pertinence renouvelée. le Médiateur de la République et le aussi, connu un nouvel essor en 2009. Ce partenariat devra permettre de secrétaire d’État en charge du Loge- Pour la première fois, l’ensemble des définir un vade-mecum commun à ment et de l’Urbanisme ont signé correspondants du Médiateur de la toutes les administrations dans la un protocole d’accord fin décembre République au sein du RSI ont été gestion des situations génératrices 2009 pour garantir l’accès effectif réunis au siège de la Caisse nationale d’indus ou de trop perçus afin d’of- aux droits fondamentaux des popu- du RSI, en compagnie de l’équipe du frir aux administrés davantage de lations les plus précaires. Ce disposi- secteur social et du directeur général sécurité juridique vis-à-vis des déci- tif fait des délégués du Médiateur les de l’Institution. Après la désignation sions des administrations. interlocuteurs des associations et du de ces correspondants en 2008 et Un pas supplémentaire a été franchi référent unique (personne chargée leur entrée en fonction cette année, dans le sens des attentes du Médiateur de suivre chaque SDF) pour lever l’année 2010 devrait permettre d’en- puisque lors de la dernière réunion du les freins à l’accès effectif aux droits richir les liens avec le Médiateur de la groupe de travail le 1er décembre, il a fondamentaux des personnes les République et de développer de nou- été convenu qu’une réforme législa- plus exclues (prestations sociales, veaux axes de collaboration. tive était nécessaire afin qu’une règle prise en charge des soins, droit au claire soit posée pour distinguer l’er- logement, domiciliation…). En matière de décisions à objet reur de liquidation du fait générateur pécuniaire créatrices de droits, le de droit, fixer le délai de contestation Enfin, le Médiateur a également travail en commun, engagé depuis et caractériser la bonne foi du fonc- signé une convention avec la Cham- le printemps 2009 à l’initiative du tionnaire. Il est également prévu de bre nationale des huissiers de justice Médiateur de la République et des traiter les incidences fiscales des trop à la mi-décembre. médiateurs de l’Éducation natio- perçus de rémunération. la médiation gagne du terrain Le rôle de l’Institution est de s’adres- La mise en œuvre du programme est C’est l’exemple de monsieur r., ser à toute la population, y compris quasiment arrivée à son terme. Au détenu âgé de 65 ans, qui a sollicité aux détenus. La convention signée le 1er janvier 2010, ce sont 58 770 déte- auprès de sa caisse de retraite la 16 mars 2005 entre le Médiateur de nus (dont 3 140 outre-mer), soit liquidation de sa pension en février la République et le Garde des Sceaux 94 % de l’effectif total, répartis sur 2008. pour régulariser son dossier, la a donné le coup d’envoi d’une action 164 sites pénitentiaires, qui béné- caisse lui a demandé sa carte d’iden- novatrice de l’Institution : la mise en ficient d’un accès direct à un délé- tité, sa carte vitale et les références place, à titre expérimental, de per- gué du Médiateur de la République. de son compte bancaire. après huit manences de délégués bénévoles Parmi ces sites, 60 disposent d’une mois de délai et plusieurs relances, dans des établissements pénitentiai- permanence régulière, les 104 il a fini par obtenir sa carte nationale res. La seule façon de mesurer l’am- autres étant desservis au cas par d’identité et sa carte vitale. mais il pleur des besoins dans ce domaine cas. 149 délégués (soit près de la subsistait un blocage du centre de était de permettre à l’Institution moitié de l’effectif total du réseau) détention pour l’obtention de la pho- d’aller à la rencontre des détenus. sont actuellement impliqués dans tocopie de la carte vitale et l’autorisa- C’est ainsi que dix établissements ce programme. Le Médiateur de la tion d’ouvrir un compte bancaire. de pénitentiaires, comptant au total République maintient donc bien évi- ce fait, il ne pouvait toujours pas tou- 7 500 détenus, soit plus de 10 % de la demment l’objectif qu’il avait fixé : cher sa pension. après l’intervention population pénale française, ont été assurer, avant le terme de son man- d’un délégué du médiateur de la répu- choisis pour une phase d’expérimen- dat, un accès direct à un délégué du blique auprès de la direction du centre tation. Cette dernière s’est achevée Médiateur de la République à tous de détention, les deux problèmes ont en septembre 2006 sur un bilan très les détenus. pu être résolus. positif. Le Médiateur de la Républi- Dans ce cadre, les délégués sont que et le Garde des Sceaux ont signé souvent appelés à traiter des dos- Fort de cette expérience de terrain, en janvier 2007 une convention qui siers variés de détenus, débloquant le Médiateur a été associé à la rédac- prévoit la généralisation progres- des cas extrêmement divers mais tion de la loi pénitentiaire (voir sive, d’ici à 2010, de l’accès des déte- ayant pour point commun de placer page 66). K nus aux délégués du Médiateur de la les détenus dans des situations for- République. tement dommageables. 46 rapport annuel 2009
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    des propositions pourun système plus humain La montée de la précarité, la fragilisation et la paupérisation d’une partie de la population – constats partagés par le médiateur de la république et ses délégués – inspirent fortement les propositions de réforme qu’il soumet aux décideurs politiques. La fragilisation et la paupérisation prendre en compte l’évolution de C’est le sens de la proposition de d’une partie de la population repré- la société dans des domaines aussi réforme relative à l’octroi des allo- sentent la principale source d’inspi- divers que la famille, les droits des cations familiales aux parents ration des propositions de réforme consommateurs, le besoin de trans- d’enfants étrangers : le versement du Médiateur de la République. parence et d’accès au droit. Lorsque des prestations familiales, au titre L’une des propositions de l’Institu- la loi apparaît lacunaire, ou même d’enfants étrangers, est soumis à un tion, longuement développée dans inexistante, pour protéger les plus double contrôle visant à s’assurer son précédent rapport de 2008, est faibles et rétablir un relatif équi- de la régularité du séjour de l’étran- tout d’abord de renforcer, dans tous libre entre les intérêts en présence, ger demandeur de la prestation et les services publics, la fonction d’ac- le Médiateur de la République pro- de celle de l’entrée et du séjour de cueil et d’information de ces popu- pose aux décideurs politiques des l’enfant mineur pour lequel elle est lations écartées de la technologie. modifications du droit existant ou sollicitée. L’article L. 512-2 du Code L’Institution s’attache également à de son application. de la Sécurité sociale (CSS) énu- mère limitativement sept situations ouvrant droit aux prestations fami- liales dont celle des enfants entrés dans le cadre de la procédure de regroupement familial. Le Médiateur de la République a été saisi de nombreuses réclamations de familles étrangères en situation régulière dont les enfants dont elles ont la charge et qui résident de façon permanente avec elles ne sont pas entrés sur le territoire conformé- ment à l’une des situations énumé- rées par l’article visé ci-dessus. Les caisses d’allocation familiale oppo- sent un refus absolu à leur demande de prestations, ce qui peut être gra- vement préjudiciable à ces enfants et à leurs conditions de vie. Faute d’obtenir une réponse des pouvoirs publics plus conforme à l’intérêt de ces enfants, le Médiateur OOO médiateur de la république 47
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    paCiFier LeS reLationS, apaiSer LeS tenSionS : La ContribUtion dU médiateUr DES PROPOSItIONS POUR UN SyStèME PLUS HUMAIN OOO considère qu’il y a lieu de modifier mettant de compenser la réduction pleinement contribué à l’améliora- l’article L. 512-2 du CSS de façon d’espérance de vie des personnels tion du sort des victimes en permet- à rendre possible la régularisation de l’État dont la santé a été mise tant l’indemnisation des aléas médi- de la situation des enfants concer- en danger pour avoir participé aux caux et en facilitant les procédures. nés lorsqu’elle est conforme à leur essais nucléaires français. Néanmoins, ce dispositif nécessite intérêt. Dans sa réponse à l’Institution, en quelques perfectionnements et un En proposant cela, il se borne à rap- date du 11 mars 2009, le ministre de approfondissement afin de permet- peler la position du Conseil consti- la Défense a fait part de son accord tre à un plus grand nombre de victi- tutionnel (décision du 15 décembre de principe sur plusieurs points, dont mes d’en bénéficier. Dans cette pers- 2005), qui considère qu’il n’est pas la réparation intégrale du préjudice pective, le Médiateur a soumis aux interdit de déroger à la règle selon subi et le régime unique d’indemni- pouvoirs publics les propositions de laquelle le regroupement familial sation pour tous ; le renversement réforme suivantes : l’élargissement ne peut être demandé que pour des de la charge de la preuve au bénéfice du droit d’accès au dispositif par enfants résidant hors de France à des victimes ; la publication d’une l’abaissement des seuils de gravité la date de la demande. Il ajoute que liste unique des maladies radio- des préjudices ; la possibilité que la lorsqu’il sera procédé, dans le cadre induites. Il a en revanche rejeté deux Commission nationale des accidents de la procédure de regroupement propositions : la création d’un fonds médicaux (CNAMed) puisse user familial, à la régularisation de la public dédié et celle d’une allocation de son pouvoir de recommandation situation d’un enfant déjà entré en de préretraite. pour proposer quelques éléments de France, cet acte de régularisation Un projet de loi visant à instaurer un définition de la notion de « troubles devra ouvrir droit aux prestations dispositif d’indemnisation des victi- particulièrement graves dans les familiales. mes des essais nucléaires français a conditions d’existence » (TPGCE) ; D’autres actions visent à améliorer été ensuite proposé au Parlement. l’amélioration de la prise en compte les droits des victimes de dommages Jean-Paul Delevoye s’est beaucoup des victimes dites « par ricochet », corporels et le fonctionnent des dis- impliqué dans ce débat parlemen- personnes de l’entourage de la vic- positifs d’indemnisation. taire. Le texte définitif a été adopté time qui subissent les effets de l’acci- le 22 décembre introduisant, notam- dent médical. Ces mesures apparais- victimes d’essais nucléaires, ment, la reconnaissance d’une pré- sent essentielles pour les victimes d’accidents médicaux somption de causalité entre la mala- d’accidents médicaux qui se retrou- ou de dommages corporels die et les essais nucléaires, lorsque vent dans des situations souvent dra- Les civils et militaires dont la santé les conditions prévues par la loi sont matiques. a été mise en danger par des essais réunies, le respect de la procédure Dans le même ordre d’idée , le droit nucléaires français pratiqués entre contradictoire et la nécessité pour en matière de dommage corporel ne 1960 et 1996 dans le Sahara algérien le ministre de la Défense de motiver constitue pas aujourd’hui un droit et en Polynésie française éprouvent ses décisions de rejet des deman- unifié et homogène. Sa réparation est les plus grandes difficultés pour faire des. Le Médiateur se félicite de éclatée entre de nombreuses procé- reconnaître leurs préjudices et obte- ces avancées, qui vont dans le sens dures, tantôt juridictionnelles, tan- nir réparation. À l’occasion du pro- d’un dispositif plus transparent et tôt amiables, faisant intervenir des jet de loi présenté par le ministère impartial. Il regrette cependant que acteurs variés (compagnies privées de la Défense pour traiter ce pro- le droit à réparation des proches des d’assurances, fonds d’indemnisation, blème, le Médiateur de la Républi- victimes pour leurs préjudices pro- juges). Cette organisation engendre que a formulé plusieurs propositions pres ne soit finalement pas prévu d’importantes iniquités entre victi- pour parvenir à l’instauration d’un par le texte. Il espère une parution mes et une forte insécurité juridique. mécanisme de réparation équitable : rapide des décrets d’application et Il est possible de voir deux victimes l’établissement d’une liste des mala- souhaite que ceux-ci garantissent présentant le même dommage obte- dies radio-induites par une autorité le fonctionnement indépendant du nir deux indemnisations très sensi- scientifique indépendante ; une pré- comité d’indemnisation et prennent blement différentes, selon qu’elle est somption de lien de causalité entre en compte l’ensemble des patholo- décidée par voie juridictionnelle ou la maladie constatée et l’irradiation gies concernées. amiable, mais également en fonction nucléaire ; une réparation intégrale de la localisation géographique des des préjudices par un fonds public Autre sujet majeur d’intervention du victimes ou du type de juridiction spécifique et indépendant ; un droit Médiateur de la République : l’amé- compétente. à réparation ouvert aux ayants droit lioration du dispositif de réparation Si l’unification des procédures d’in- de la victime ; ou encore la création amiable des accidents médicaux créé demnisation actuelles paraît hors d’une allocation de préretraite per- par la loi du 4 mars 2002. Ce texte a de portée, il semble en revanche 48 rapport annuel 2009
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    envisageable de proposerdes outils Jean-Paul Delevoye a formulé des dure de rétablissement personnel méthodologiques communs à tous propositions de réforme dont plu- et la composition de la commission les acteurs de l’indemnisation du sieurs objectifs ont été repris par de surendettement a été élargie à dommage corporel. À la suite du le projet de loi portant réforme du un membre d’association sociale ou rapport Dintilhac, qui établissait crédit à la consommation en cours familiale et à un juriste. une nomenclature de référence dans d’examen au Parlement. S’agissant L’encadrement de la publicité a été le but d’améliorer l’égalité de trai- de l’obligation de vérification de la renforcé, mais le Médiateur persiste tement et la sécurité juridique des solvabilité de l’emprunteur, le projet à demander que les risques encou- victimes, le Médiateur de la Répu- de loi prévoit la consultation, avant rus en cas de retard ou d’inexécution blique a formulé une proposition de tout octroi de prêt, du Fichier natio- des obligations y figurent aussi. Le réforme permettant de donner une nal des incidents de remboursement Parlement devrait également ajouter force juridique à cette nomenclature des crédits aux particuliers (FICP), une disposition relative à l’éducation et de rendre son utilisation obliga- qui devient obligatoire sous peine budgétaire et financière. toire. Cette proposition permettrait de déchéance des intérêts. De plus, Le délai de rétractation est porté, également de créer une base de don- le fonctionnement de ce fichier va en vertu des règles européennes, à nées nationale de l’indemnisation du être plus efficace, avec une mise à quatorze jours. Le Médiateur de la dommage corporel, qui recenserait jour plus réactive. Conformément République regrette cependant que l’ensemble des décisions d’indem- aux souhaits du Médiateur, les le dispositif adopté permette de ver- nisation, qu’elles soient juridiction- délais d’inscription au FICP ont été ser les fonds et de les utiliser avant nelles ou amiables, et présenterait harmonisés et réduits à cinq ans l’expiration de ce délai, ce qui le pour chaque décision les circons- pour les bénéficiaires de la procé- rend en pratique inopérant. OOO tances de l’espèce, le montant de l’indemnité allouée et sa répartition. Le Médiateur suggère également la création, sous la tutelle du ministère de la Justice, d’une commission natio- nale pluraliste qui contribuerait à la diffusion d’une approche globale de la réparation du dommage corporel et exercerait une fonction régulatrice par la diffusion des bonnes pratiques. mieux protéger les consommateurs Parmi les autres préoccupations émergentes au sein de la population, le Médiateur de la République se mobilise depuis cinq ans sur la pro- blématique du crédit à la consom- mation. Cette facilité de paiement, qui séduit un public de plus en plus large et pallie la faiblesse des reve- nus, possède un revers de médaille qui plonge parfois le consomma- teur dans le surendettement. Afin de protéger ceux qui y ont recours, médiateur de la république 49
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    paCiFier LeS reLationS, apaiSer LeS tenSionS : La ContribUtion dU médiateUr DES PROPOSItIONS POUR UN SyStèME PLUS HUMAIN OOO Pour les contrats de crédit renouve- conventions de compte de dépôt, ratoire et la modération des frais lable, bien que le projet de loi men- le client devant être préalablement pour les personnes surendettées. tionne que chaque échéance doive informé de leur modification. Il est En octobre 2009, la ministre de comprendre un remboursement aussi avisé chaque année, au moyen l’Économie et des Finances a confié minimal du capital emprunté, ces d’un récapitulatif, du montant des à Marielle Cohen-Branche, magis- crédits, qui sont les plus dangereux frais payés l’année précédente. trate à la Cour de cassation, une pour le surendettement, ne sont Néanmoins, dans le contexte actuel mission d’analyse et de proposition pas suffisamment encadrés. Sans de crise économique, et au vu des sur les relations entre les personnes requérir leur interdiction totale, le réclamations qui lui sont adressées, surendettées et les banques. Cette Médiateur estime souhaitable que le Médiateur de la République a sou- mission s’intéressera notamment leur reconduction ne soit plus tacite haité proposer au Gouvernement à la question des frais bancaires et mais passe par une demande écrite de nouvelles initiatives plus pro- au fonctionnement des comptes. Le de l’emprunteur. tectrices des clients des banques. Médiateur de la République espère Enfin, l’Institution est satisfaite du Ces propositions, fruit d’une longue que ses propositions seront reprises travail entamé par le ministère de réflexion, portent tout d’abord sur à cette occasion. la Justice et la Banque de France l’adoption d’un lexique officiel des L’action du Médiateur de la Répu- concernant la communication d’in- termes désignant les différentes blique a également permis de corri- formations entre les fichiers des catégories de frais bancaires et la ger une imperfection du décret du juridictions civiles et ceux tenus par création d’un site Internet gouver- 11 septembre 2002, qui instituait le les commissions de surendettement nemental permettant aux banques solde bancaire insaisissable (SBI), des particuliers. Une amélioration d’afficher le montant de leurs frais, permettant à toute personne faisant de la connaissance des dossiers et sur une base déclarative, à l’instar l’objet d’une procédure de saisie de une réduction des délais d’instruc- du site « envoidargent.org ». Il est demander à l’établissement teneur tion devraient en résulter. Au-delà ensuite proposé d’étendre l’envoi du du compte la mise à disposition de cette connexion, le Médiateur de récapitulatif de frais bancaires aux immédiate, et pour un délai d’un la République est favorable à un croi- titulaires d’un livret A, celui-ci étant mois, d’une somme à caractère ali- sement des fichiers entre les com- parfois utilisé comme un compte de mentaire d’un montant au plus égal missions de surendettement et les dépôt. Il est également suggéré aux à celui du RMI mensuel (à présent bureaux des hypothèques, afin que banques d’assurer une information RSA). Selon les associations de les commissions disposent du maxi- préalable du client, par message consommateurs et les rares études mum d’informations relatives au électronique ou SMS, en cas de pré- disponibles, le SBI demeurait sous- patrimoine immobilier des intéres- lèvement de frais non récurrent, utilisé du fait notamment de son sés et évitent, le cas échéant, d’avoir notamment lors d’un découvert, de caractère méconnu et d’une appli- recours à la vente du bien. De même, façon à faciliter le redressement de cation subordonnée à une demande l’accès des commissions au système la situation. Concernant les chèques expresse. Le Médiateur de la Répu- d’immatriculation des véhicules, qui insuffisamment provisionnés, il est blique a donc proposé de rendre fait état du parc automobile en cir- proposé d’abaisser le plafond des automatique l’activation du SBI, afin culation, semble souhaitable afin de frais de rejet pour les chèques de qu’il puisse s’appliquer dès la saisie renforcer la connaissance des actifs montant modique et de supprimer la bancaire, sans demande préalable. des demandeurs. pénalité libératoire versée au Trésor À la suite de son intervention, un L’attention du Médiateur de la Public. Enfin, la création d’une caté- amendement à la loi du 12 mai 2009, République a également été appe- gorie de frais minorés pour les per- relative à la simplification et à la cla- lée sur certains excès constatés en sonnes surendettées est souhaitée. rification du droit et d’allègement matière de frais bancaires, en ter- Ces propositions ont été transmises des procédures, a été adopté en ce mes tant de lisibilité que de mon- aux ministres concernés en juillet sens. Cette mesure est entrée en tant. La Commission européenne, 2009 en faisant valoir que le mar- vigueur le 1er août 2009. au travers de l’étude sur les services ché bancaire, où se confrontent les Cependant, une difficulté d’applica- financiers publiée le 22 septembre, clients souvent en situation difficile tion s’est fait jour, certains réseaux est d’ailleurs venue appuyer les et la puissance des banques, doit bancaires n’appliquant pas l’auto- réflexions du Médiateur. Au cours plus que tout autre être soumis à des maticité du SBI en cas d’opposition des dix dernières années, de nom- règles strictes garantissant la trans- administrative pour une amende, breux progrès ont certes été accom- parence. Le ministère de l’Économie dans l’attente d’un décret d’applica- plis quant à la transparence de ces et des Finances s’est montré réservé tion et alors même que les services frais : les stipulations en matière sur ces réformes, à l’exception de la fiscaux font mention du SBI automa- tarifaire doivent figurer dans les mesure concernant la pénalité libé- tique dans la lettre notifiant l’oppo- 50 rapport annuel 2009
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    sition au redevable.Une demande qui, elles, n’étaient pas exonérées de times d’une maladie professionnelle de clarification a donc été adressée la redevance et la répercutaient sur occasionnée par l’amiante ou qui ont au ministre compétent par le Média- les détenus. À la demande pressante été exposées à ce risque. Sous réserve teur de la République. de Jean-Paul Delevoye, le ministre de l’arrêt de toute activité profession- du Budget a, par une instruction du nelle, celles-ci peuvent, parfois dès exonération de la redevance 10 juillet 2009, mis fin à cette injustice 50 ans, bénéficier d’une allocation audiovisuelle : une injustice en faisant bénéficier les associations de cessation anticipée d’activité des corrigée au bénéfice socioculturelles de l’exonération. travailleurs de l’amiante (Acaata), des détenus créée par la loi de financement de En 2009, le Médiateur a obtenu du le douloureux dossier la Sécurité sociale pour 1999 et qui ministre du Budget que soit corrigée de l’amiante est délivrée aux intéressés jusqu’à ce une anomalie qui portait préjudice à Le cas des salariés victimes de qu’ils remplissent les conditions pour de nombreux détenus. Des délégués maladies du fait d’une exposition à percevoir une pension de retraite à intervenant dans les prisons avaient l’amiante a occasionné une mobilisa- taux plein. Initialement prévu pour alerté le Médiateur, en 2008, sur tion de longue haleine du Médiateur les salariés du secteur privé relevant une disparité choquante entre les de la République. Depuis 2005, sur la du régime général, ce dispositif a détenus qui avaient les moyens de base des nombreuses réclamations ensuite été étendu à d’autres sec- s’acheter un téléviseur et qui étaient dont il a été saisi, Jean-Paul Delevoye teurs professionnels (salariés agrico- exonérés de la redevance audiovi- appelle avec constance l’attention des les, ouvriers de l’État du ministère de suelle du fait de leur non assujettis- pouvoirs publics sur les lacunes du la Défense, marins, etc.). sement à la taxe d’habitation et ceux dispositif spécifique de préretraite Le Médiateur de la République a mis qui louaient ces mêmes téléviseurs destiné à compenser la réduction de en lumière la disparité des règles à des associations socioculturelles l’espérance de vie des personnes vic- entre les régimes d’assurance mala- die servant cette allocation et leur manque de coordination, aboutis- sant à traiter de manière très inéqui- table les victimes de l’amiante. Cette situation est particulièrement préju- diciable pour les personnes qui, du fait de changements dans leur car- rière professionnelle, sont affiliées à différents régimes d’assurance. Par ailleurs, certaines victimes de l’amiante peuvent être privées du droit d’accès à l’Acaata, uniquement parce qu’elles relèvent d’un régime ne prévoyant pas cette allocation (fonctionnaires, professions indé- pendantes, salariés dépendant du régime minier, etc.) ou encore parce qu’elles sont employées par des entreprises sous-traitantes. Ce peut être le cas d’un salarié travaillant pour un sous-traitant d’une entre- prise ayant l’amiante pour cœur de métier, exposé au danger comme les OOO médiateur de la république 51
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    paCiFier LeS reLationS, apaiSer LeS tenSionS : La ContribUtion dU médiateUr DES PROPOSItIONS POUR UN SyStèME PLUS HUMAIN OOO salariés de cette entreprise, et qui de la loi n° 2006-1640 de finance- en décembre 2007, un parlementaire n’aura pas la possibilité de bénéficier ment de la Sécurité sociale pour avait alerté le médiateur sur la situa- du dispositif Acaata. Par exemple, 2007 du 21 décembre 2006 prévoyait tion de messieurs g. et b., respecti- une association a saisi la Halde, que des décrets devaient procéder vement de nationalité américaine et qui a redirigé sa demande vers le à la révision des conditions d’octroi danoise, vivant à nantes et ayant préa- Médiateur de la République. Elle fait de l’Acaata et du fonctionnement du lablement conclu un « pacte d’union » état de la mutuelle d’une entreprise Fonds de cessation anticipée d’ac- (équivalent du pacs) au danemark. navale dont les salariés ne peuvent tivité des travailleurs de l’amiante non reconnue en France, cette union bénéficier de l’Acaata dans la mesure (FCAATA), mais ces textes ne sont civile ne leur permet pas de bénéfi- où cette mutuelle n’est pas inscrite toujours pas parus à ce jour. cier des droits associés au pacs ; par sur la liste des établissements, ports Le sujet ne se trouve pas davantage conséquent, les intéressés souhaitent et, le cas échéant, métiers, appar- résolu dans la loi de financement de conclure un pacs. or, la conclusion tenant à certains des secteurs d’ac- la Sécurité sociale pour 2009, dont la d’un tel contrat par deux personnes tivité dans lesquels l’amiante a été seule mesure concernant l’amiante a étrangères est conditionnée à la pré- utilisée et qui est fixée par arrêté consisté à supprimer la contribution sentation de plusieurs pièces d’état interministériel. Si cette décision au FCAATA des entreprises « lis- civil, dont un certificat de célibat fourni paraît fondée au regard de la loi de tées » du fait d’avoir exposé leurs par leur pays d’origine. Ce qui ne peut 1999, il n’en subsiste pas moins une salariés à l’amiante. Les motifs invo- être le cas, leur « pacte d’union » étant inégalité de traitement manifeste. qués pour cette suppression ont été mentionné. il leur faudrait, pour obte- Face à cette situation, les services le faible rendement de cette contri- nir un certificat de célibat, rompre du Médiateur de la République ont bution et les difficultés qu’elle posait leur « pacte d’union » et perdre alors émis plusieurs recommandations aux entreprises en cause. Enfin, plusieurs de leurs droits (réversion de de réforme : étendre le bénéfice à l’occasion du débat sur l’amiante retraite, par exemple). du dispositif de l’Acaata à toute dans le cadre du PLFSS pour 2010, personne reconnue atteinte d’une le ministre des Affaires sociales a Pour mettre fin à cette impossibi- maladie professionnelle causée par annoncé la publication d’un décret lité, l’Institution a proposé, en col- l’amiante ; inclure le droit d’accès devant exclure certaines indem- laboration avec le ministère de la à l’Acaata dans l’ensemble des régi- nités salariales des rémunérations Justice, une réforme permettant mes ; prendre en compte la ques- prises en compte pour déterminer le d’introduire dans le Code civil une tion de la sous-traitance ; ou encore montant de l’allocation et ce, malgré règle de conflit de lois, comme pour harmoniser les conditions de prise des arrêts de la Cour de cassation le mariage, reconnaissant que ces en charge au sein des différents qui vont à l’encontre de cette exclu- partenariats étrangers sont soumis régimes. Malgré plusieurs rapports sion. Le Médiateur de la République aux règles de fond et de forme de officiels sur ce drame sanitaire, qui ne peut que déplorer cette conti- la loi du lieu de l’enregistrement. Il pointaient précisément les lacunes nuelle absence de volonté politique serait ainsi possible d’apprécier la des différents dispositifs de prise en d’appliquer les recommandations validité de ces partenariats et l’éten- charge des victimes et formulaient d’amélioration de la prise en charge due de leurs effets sur notre terri- des propositions d’amélioration des victimes de l’amiante et de met- toire. Bien sûr, conformément aux (dont celles préconisées par l’Insti- tre fin aux iniquités existantes. Une règles de droit international privé, la tution), à ce jour aucune suite n’a été lettre adressée à Monsieur Darcos loi étrangère serait écartée si elle est donnée à ces recommandations par le 19 novembre 2009 reste toujours contraire à l’ordre public français. le ministère des Affaires sociales. Ce sans réponse. Un amendement en ce sens a été dernier renvoie tantôt à la négocia- examiné, et rejeté, par l’Assemblée tion entre les partenaires sociaux, pacs : reconnaissance nationale en octobre 2008. Après tantôt aux conclusions d’un nouveau des partenariats étrangers plusieurs démarches, il a finale- rapport commandé par le Gouver- et amélioration des droits ment été adopté en avril 2009. Cette nement. Ainsi, au cours du débat sur sociaux règle, inscrite à l’article 515-7-1 du le projet de loi de financement de la Alors que l’on célébrait cette année Code civil, pose un cadre général, Sécurité sociale (PLFSS) pour 2010, les 10 ans du Pacte civil de solidarité attendu de longue date par la doc- le ministre a informé les députés (Pacs), les imperfections de ce dis- trine et les praticiens du droit, qui qu’il avait saisi l’Afsset (Agence fran- positif appellent des modifications, demande ensuite application par les çaise de sécurité sanitaire de l’envi- notamment au regard de la reconnais- différentes administrations et orga- ronnement et du travail), qui devrait sance des partenariats étrangers. En nismes. Deux instructions fiscales rendre son rapport « dans les semai- effet, plusieurs cas se sont posés sur ont été publiées en ce sens les 29 et nes à venir ». Pourtant, l’article 119 le modèle suivant. 30 décembre 2009. 52 rapport annuel 2009
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    Au-delà de cetteproposition de réforme, le Médiateur de la Répu- blique a préconisé quatre autres améliorations de la législation sur le Pacs : la mise en place d’un congé pour conclusion d’un Pacs dans le secteur privé, l’attribution d’une pension de réversion pour le par- tenaire survivant, le versement du capital décès aux personnes pac- sées dans la fonction publique, et la modification du dispositif des indemnités de mobilité spécifique aux militaires (ICM). Ces propositions ont été envoyées aux ministres concernés en février et mars 2009. Après la mise en place de groupes de travail sur ces sujets, la première proposition a été ren- tion, obligatoire, est délivré par le homosexuelle, dans laquelle une voyée à la négociation entre parte- président du conseil général après personne célibataire était engagée naires sociaux, la seconde sera exa- avis d’une commission d’agrément. lors de l’instruction de sa demande minée en 2010 lors des débats sur Cette commission se prononce au d’agrément pour une adoption, devait les retraites et le décret prenant en terme d’une enquête sociale et psy- être prise en compte au regard des compte les pacsés dans le disposi- chologique qui doit s’assurer « que besoins et de l’intérêt d’un enfant tif des ICM devrait être édicté début les conditions offertes par le deman- adopté. L’influence de l’orientation 2010. Enfin, le Médiateur de la Répu- deur sur les plans familial, éducatif sexuelle a eu un rôle décisif sur l’ap- blique salue l’avancée constituée par et psychologique correspondent préciation de la demande, entraînant le décret du 20 novembre 2009, qui au besoin et à l’intérêt d’un enfant une différence de traitement. Le autorise les partenaires liés à un adopté ». Malgré les évolutions Conseil d’État avait statué sur une fonctionnaire d’État ou hospita- législatives et réglementaires de la requête formulée par une personne lier par un pacte civil de solidarité procédure d’agrément visant à sa célibataire à l’encontre d’un refus (Pacs) à percevoir le capital décès généralisation et sa simplification, d’agrément notifié par le président prévu par l’article D. 712-19 du Code celle-ci continue de faire l’objet de du conseil général du Jura le 26 nov- de la Sécurité sociale. Jusqu’alors, divergences, notamment jurispru- embre 1998. Or, en février 2009, outre les enfants du fonctionnaire dentielles. l’orientation sexuelle a une nouvelle décédé, seul l’époux ou l’épouse de Par un arrêt du 22 janvier 2008, la fois été opposée, de manière impli- celui-ci pouvait prétendre au verse- France a été condamnée par la Cour cite, à la requérante pour fonder un ment de ce capital. Européenne des Droits de l’Homme nouveau refus. On ne peut trouver (CEDH), à la suite d’un arrêt du de justification à ce raisonnement le problème de la procédure Conseil d’État, incompatible avec les puisque la loi française ouvre le d’agrément pour adopter dispositions combinées des articles droit à l’adoption d’un enfant à toute Le Code civil autorise l’adoption par 14 (interdiction de la discrimina- personne célibataire, sans aucune un couple marié et par toute per- tion) et 8 (droit au respect de la vie précision sur l’orientation sexuelle sonne célibataire âgée de plus de privée) de la CEDH. Dans cet arrêt, de l’adoptant ou la nécessité d’un 28 ans. L’agrément en vue d’adop- il a été considéré que la relation référent de l’autre sexe. OOO médiateur de la république 53
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    paCiFier LeS reLationS, apaiSer LeS tenSionS : La ContribUtion dU médiateUr DES PROPOSItIONS POUR UN SyStèME PLUS HUMAIN OOO Face au refus ostensible d’une col- tionnements auxquels ce défaut d’en- d’une nature particulière qui méri- lectivité territoriale de respecter la cadrement est susceptible d’aboutir. terait quelques dispositions spéci- Convention européenne, le Média- L’autopsie est la pratique de diver- fiques. L’autopsie constitue en effet teur a formulé une proposition de ses incisions sur un corps mort dans une atteinte à l’intégrité du cadavre réforme afin d’introduire dans la le but d’en examiner les organes qui peut être vécue de façon dou- procédure d’agrément prévue par internes. Elle est dite « judiciaire » loureuse par les familles. le Code de l’action sociale et des ou « médico-légale » lorsqu’elle est Comme toute autre mesure d’ins- familles le principe de l’intérêt supé- effectuée sur mandat judiciaire dans truction et d’expertise, l’autopsie rieur de l’enfant, qui ne saurait être le cadre d’une enquête, notamment judiciaire peut être ordonnée par le écarté au bénéfice d’appréciations pour déterminer les origines d’un juge d’instruction ou – le plus sou- subjectives. décès dont la cause est inconnue ou vent – par le procureur de la Répu- Depuis, le tribunal administratif de suspecte. blique sur le fondement de l’article 74 Besançon a, le 10 novembre 2009, Ainsi que l’a relevé le rapport pré- du Code de procédure pénale. Par accordé à la requérante le droit senté en janvier 2006 par la mis- ailleurs, comme l’indique le rapport d’accueillir un enfant, néanmoins le sion interministérielle en vue d’une déjà cité, la médecine légale n’est besoin de clarification et de préci- réforme de la médecine légale, régie que par un ensemble de cir- sion persiste. « l’absence de cadre légal ou régle- culaires (huit au total) peu structu- mentaire est une caractéristique rantes et mal articulées entre elles, renforcer l’encadrement majeure de la médecine légale dont les prescriptions n’ont de sur- juridique des autopsies française ». Les autopsies judiciai- croît guère été mises en œuvre. Ce judiciaires res, qui constituent une des com- défaut d’encadrement normatif est Le Médiateur de la République est posantes de cette médecine légale, d’autant plus étonnant que le régime également appelé à intervenir dans ne font l’objet d’aucune disposition juridique des autopsies médicales le domaine de l’éthique. Dans ce particulière dans le Code de procé- (menées à des fins thérapeutiques cadre, son attention s’est portée sur dure pénale, alors que l’on peut esti- ou scientifiques) a été quant à lui les lacunes du régime juridique des mer que les prélèvements humains clarifié par la loi du 6 août 2004 rela- autopsies judiciaires et les dysfonc- constituent une mesure d’enquête tive à la bioéthique. Plusieurs affaires instruites par l’Institution mettent en évidence les problèmes occasionnés par cette carence. Le manque de contrôle sur les activités médico-légales peut conduire à des pratiques médi- cales portant atteinte à la dignité du corps du défunt, la restitution du corps étant effectuée dans un état inconvenant et choquant pour les proches. Il convient à cet égard de signaler que l’obligation faite aux médecins de s’assurer de la meilleure restauration possible du corps, for- mulée à l’article L. 1232-5 du Code de la santé publique, ne s’applique qu’aux autopsies médicales et n’est pas expressément prévue pour les autopsies judiciaires. Certes, des dispositions juridiques consacrent le respect dû aux morts mais il s’agit de principes généraux qui ne visent pas spécialement la médecine légale. On observe égale- ment un manque de précisions sur les conditions de restitution de la dépouille, puisqu’il n’existe pas de dispositions juridiques relatives aux 54 rapport annuel 2009
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    principes et délaisde cette restitu- À la suite de la transmission de ces débattues lors d’un colloque orga- tion. Le corps reste ainsi à la dispo- propositions aux ministères concer- nisé par le Médiateur à l’Assemblée sition de l’autorité judiciaire, jusqu’à nés, le ministère de la Justice a nationale le 6 octobre 2009. ce que sa restitution soit autorisée informé l’Institution par courrier, en Il n’y a pas de bonnes expertises par ladite autorité. Cette situation a juillet 2009, des initiatives prises pour sans de bons experts. C’est pour- donné lieu à une condamnation de la remédier aux différents problèmes quoi le Médiateur de la République France par la Cour Européenne des constatés. Une circulaire a été diffu- a préconisé de renforcer le pro- Droits de l’Homme (arrêt Pannullo sée auprès des parquets afin d’har- cessus de sélection des experts en et Forte du 30 octobre 2001). moniser leurs pratiques en matière revoyant notamment les modalités Enfin se pose le problème du devenir d’autopsies judiciaires et d’appeler d’établissement de la liste nationale des prélèvements humains. Comme leur attention sur la nécessité de des experts judiciaires, actuelle- l’a relevé la Cour d’appel de Tou- veiller à la restitution des corps aux ment dressée par le bureau de la louse dans son arrêt du 28 avril 2009 familles dans un état digne. Cour de cassation. Une commission sur une affaire particulièrement Il demeure cependant nécessaire de nationale de l’expertise pourrait douloureuse portée à l’attention du combler certaines lacunes des règles être constituée, associant, outre Médiateur de la République, « il n’y juridiques encadrant ces autopsies, des magistrats et des experts, les a pas de disposition légale précise notamment quant au statut des pré- compagnies nationales d’experts, sur la façon dont doivent être trai- lèvements biologiques placés sous les représentants des principaux tés les prélèvements faits pendant scellés et à la réponse pouvant être ordres et organismes professionnels une autopsie judiciaire ». apportée à une demande de restitu- concernés ainsi que des représen- Ces prélèvements ne sont en effet tion de ces prélèvements. Dans sa tants des particuliers. Cette liste pas concernés par les articles réponse, le Garde des Sceaux indi- pourrait servir de référence pour R. 1335-9 à R. 1335-12 du Code de la que qu’un groupe de travail intermi- la désignation des experts méde- santé publique, qui fixent les règles nistériel, sous l’égide de la Chancel- cins dans un contexte aussi bien relatives à l’élimination des pièces lerie, a été constitué dans le but de de règlement juridictionnel que de anatomiques. Ces règles visent uni- définir un cadre juridique pour ces règlement amiable du litige. quement les organes ou membres scellés de nature particulière. recueillis à l’occasion des activités de Pour être inscrit sur la liste, le can- soins ou d’activités assimilées (ensei- la qualité des expertises didat devrait attester ses qualifica- gnement, recherche et production médicales judiciaires tions et exercer la profession au titre industrielle dans les domaines de en question de laquelle il revendique sa qualité la médecine humaine et vétérinaire La qualité des expertises médicales, d’expert. La commission chargée ainsi qu’activités de thanatopraxie). notamment lorsqu’elles intervien- de l’établissement de la liste natio- Le Médiateur de la République pré- nent dans un cadre contentieux, fait nale pourrait participer à la for- conise l’adoption des mesures sui- l’objet de critiques récurrentes qui mation continue des experts, en vantes : l’extension aux autopsies mettent en cause la crédibilité à la collaboration avec les compagnies judiciaires de l’obligation faite au fois de la justice et de la médecine. nationales d’experts. La désignation médecin de s’assurer de la meilleure Au terme d’une réflexion collective par le juge d’un expert en dehors restauration possible du corps ; la menée avec des personnalités qua- de cette liste ou des listes locales transposition en droit interne de la lifiées, le Médiateur de la République établies au niveau des cours d’ap- jurisprudence de la CEDH concer- a soumis aux pouvoirs publics une pel devrait être limitée à des cir- nant le droit des proches à obtenir la proposition de réforme prenant en constances exceptionnelles et faire restitution du corps du défunt dans compte chaque stade du proces- l’objet d’une décision motivée. Pour un délai approprié ; la définition d’un sus d’expertise et préconisant trois les expertises complexes, il convien- statut juridique spécifique aux pré- objectifs : compétence, indépen- drait d’avoir recours à la collégialité. lèvements humains. dance, contrôle. Ces pistes ont été Concer na nt la réa l isation des OOO médiateur de la république 55
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    paCiFier LeS reLationS, apaiSer LeS tenSionS : La ContribUtion dU médiateUr DES PROPOSItIONS POUR UN SyStèME PLUS HUMAIN OOO expertises, la création d’un système promouvoir la culture que » qui serve aux deux finalités de contrôle de la pertinence scienti- du signalement dans la santé d’alerte et de surveillance. Concer- fique des arguments et des conclu- Au-delà des propositions de réforme nant la remontée d’informations de sions des experts serait plus qu’utile avancées par le Médiateur de la la part du citoyen, le Pôle Santé et ainsi qu’une évaluation par les République, son action vise aussi à Sécurité des Soins de l’Institution magistrats de la qualité des répon- améliorer au quotidien le comporte- constitue aujourd’hui la préfigura- ses obtenues aux questions posées. ment des acteurs. C’est par exemple tion d’un système à guichet unique. L’expert devrait expliciter sa démar- le cas dans le domaine de la santé, Il est un observatoire privilégié des che méthodologique et présenter où l’Institution cherche à développer événements indésirables graves et un pré-rapport soumis à un débat au sein du corps médical une culture des accidents rapportés par des contradictoire. En effet, le respect du signalement des incidents et acci- usagers. Ces événements signalés du principe du contradictoire (c’est- dents qui reste encore trop faible. au Médiateur de la République sont à-dire le fait que dans le cours d’un Cette insuffisance s’explique par dans 40 % des cas liés à un préjudice procès, chacune des parties a été deux facteurs. En premier lieu, susceptible d’entraîner des pour- mise en mesure de discuter à la lorsqu’ils effectuent ces signale- suites disciplinaires ou d’engager fois l’énoncé des faits et les moyens ments, les professionnels de santé la responsabilité pénale, civile ou juridiques que ses adversaires lui ne disposent pas de mesures de administrative d’un professionnel ont opposés) bien qu’inhérent au protection, de sorte qu’ils peuvent de santé. débat judiciaire, semble insuffi- craindre que la transmission de ces Les collaborations avec le ministère samment mis en œuvre pour les informations ne les pénalise, que de la Santé et des Sports, l’Institut expertises. Les parties ont souvent la fiche de signalement se retrouve de veille sanitaire, et l’Afssaps, des le plus grand mal à se faire préciser dans le dossier du patient, voire actions de partenariat avec l’Autorité la méthodologie et à pouvoir discu- qu’elle soit utilisée par une personne de sûreté nucléaire, le rapproche- ter les conclusions de l’expert. Les mal intentionnée. ment avec le Conseil national de l’or- experts eux-mêmes regrettent de L’insuffisance des signalements tient dre des médecins et l’Ordre national ne pas disposer d’informations sur aussi à la complexité des démarches des infirmiers, l’accord passé avec la le devenir de leurs rapports et sur à accomplir et à la multiplicité de Haute Autorité de santé sont autant l’appréciation qui en a été faite par leurs destinataires. Soit l’exemple d’actions qui permettent au Média- le juge et les parties au procès. Le d’une personne qui dans un hôpital teur de la République de remplir une Médiateur de la République sug- se ferait opérer pour une prothèse mission de veille et d’alerte d’autant gère par ailleurs que les expertises de hanche, serait transfusée lors de plus efficace qu’il recueille un grand soient évaluées à la fin de la procé- cette intervention et décéderait. En nombre d’informations émanant à dure judiciaire. pareil cas, on peut identifier jusqu’à la fois des professionnels de santé Afin d’éviter que des conflits d’inté- neuf signalements possibles puisque et des usagers. Car prise indivi- rêts ne viennent perturber l’exper- l’on pourrait suspecter un problème duellement, une information n’a pas tise et entacher l’ensemble de la pro- infectieux (à signaler à la Direction de sens ; mais recoupée, elle peut cédure à laquelle elle se rattache, le des affaires sanitaires et sociales), constituer une alerte pour l’autorité Médiateur de la République propose ou lié à la transfusion (Établisse- sanitaire sur un événement suscep- qu’une déclaration d’indépendance ment français du sang), ou encore tible de mettre en danger une autre soit effectuée par l’expert à l’occa- au matériel utilisé (Afssaps), etc. personne ou d’avoir un impact de sion de chaque désignation. Cette Par ailleurs, ces signalements doi- santé publique. K déclaration viendrait compléter le vent être faits à des personnes qui serment d’accomplir sa mission en ne communiquent pas systémati- son « honneur et conscience » qu’il quement entre elles, ce qui rend prête au moment de son inscription. l’analyse de l’accident encore plus Enfin, le droit à l’expertise dans le complexe. cadre d’une procédure judiciaire Comme il n’est pas de progrès pos- civile se trouve compromis par son sible sans signalement des événe- coût et par la règle obligeant le ments indésirables survenant dans demandeur à faire l’avance des frais. les établissements de santé, il faut Une transparence et une relative mettre en place un système assu- harmonisation des honoraires s’im- rant la protection de ceux qui l’uti- posent, le niveau des tarifs devant lisent et cohérent pour les acteurs aussi correspondre à la qualité et au de terrain ; pour les professionnels niveau de complexité de l’expertise. de santé, une sorte de « guichet uni- 56 rapport annuel 2009
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    les grandes orientationspour 2010 en 2010, le médiateur entend poursuivre son action réformatrice selon quatre grandes orientations : le suivi des nouvelles propositions, la participation au rendez-vous sur les retraites, le suivi de l’exécution des propositions satisfaites et une attention particulière à certains dossiers anciens bloqués ou repoussés. quelques nouvelles propositions de réforme à suivre en 2010 l’amélioration des droits et l’autre visant à renforcer les droits ➜ la situation des enfants des victimes de dommages des victimes dans les différents dis- recueillis en france selon corporels positifs. la procédure dite de la kafala Le Médiateur a été alerté par divers Ces propositions font l’objet d’une Ce dossier est évoqué plus avant partenaires qui mettaient en cause consultation de grande ampleur dans le rapport ; on le résumera ici plusieurs aspects du fonctionne- auprès des différents acteurs concer- en disant que le Médiateur souhaite ment du dispositif d’indemnisation nés (associations, magistrats, avocats obtenir des réponses pour améliorer des victimes d’accidents de la cir- spécialisés, universitaires, assureurs, la situation de ces enfants d’origine culation, mis en place par la loi du parlementaires). Ces problèmes maghrébine, le plus souvent orphe- 5 février 1985, dite loi Badinter. Le avaient déjà donné lieu à d’impor- lins, recueillis par des familles fran- Médiateur a d’abord organisé un col- tants rapports, celui de la commission çaises et qui ne bénéficient ni de la loque sur le dispositif de réparation dirigée par Madame Lambert-Faivre protection accordée dans leur pays amiable des accidents médicaux sur le droit du dommage corporel d’origine par la kafala judiciaire ni créé par la loi Kouchner. ou celui du groupe de travail dirigé de la protection accordée par le droit Fort des ces échanges et de ces par Monsieur Jean-Pierre Dintilhac, français de l’adoption. témoignages faisant apparaître que président de chambre honoraire de la multiplicité et l’empilement des la Cour de cassation, ce dernier ayant ➜ l’octroi des allocations dispositifs génèrent des iniquités apporté un soutien de poids au tra- familiales aux parents d’enfants pour les victimes, plus ou moins bien vail du Médiateur. étrangers indemnisées et assistées en fonction Enfin, les propositions du Médiateur Le Médiateur entend obtenir des du dispositif en cause, il a été décidé rejoignent les préoccupations du Parle- réponses tant juridiques qu’humai- d’aller au-delà d’une réforme ponc- ment puisqu’une une proposition de loi nes au problème posé par le refus tuelle de ces dispositifs particuliers a été déposée à l’Assemblée nationale opposé par les caisses d’allocations pour proposer une réforme plus par Monsieur Guy Lefrand « visant à familiales de verser des prestations globale et cohérente de l’ensemble améliorer l’indemnisation des victimes à des parents étrangers en situation des dispositifs d’indemnisation des de dommages corporels à la suite d’un régulière dont les enfants dont ils dommages corporels. accident de la circulation ». ont la charge sont entrés sur le terri- Deux propositions de réforme com- toire national en dehors de la procé- plémentaires sont donc en cours l’amélioration dure de regroupement familial. d’élaboration, l’une proposant d’uni- de la protection des enfants Il a tout d’abord alerté le ministre fier les outils méthodologiques utili- Ce thème fait l’objet de plusieurs pro- du Travail, des Relations sociales, sés par les différents acteurs de l’in- positions en cours d’élaboration ou déjà de la Famille, de la Solidarité et de demnisation du dommage corporel communiquées aux pouvoirs publics. la Ville, par une lettre en date du OOO médiateur de la république 57
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    paCiFier LeS reLationS, apaiSer LeS tenSionS : La ContribUtion dU médiateUr LES gRANDES ORIENtAtIONS POUR 2010 OOO 11 février 2009 réitérée le 10 avril sui- ➜ fiscalité des successions de la loi du 5 mars 2007 portant vant sur ce problème et ce, d’autant et donations concernant réforme de la protection juridique plus que des jugements défavorables les adoptés simples des majeurs pour laquelle le Média- aux caisses d’allocations familiales Contrairement au régime fiscal teur s’était beaucoup impliqué, il en sont rendus. Les lettres sont restées applicable à la personne adoptée a effectué un bilan à la lumière des sans réponse, c’est pourquoi une de façon plénière, dont la situation principales observations, critiques proposition de réforme a été adres- est assimilée à celle de l’enfant né et réclamations dont il a été desti- sée au nouveau ministre en octobre au sein de la famille considérée, nataire, s’agissant notamment du dernier. l’adopté simple est considéré comme contenu des décrets d’application un étranger sur le plan fiscal vis-à- nécessités par la loi. ➜ la réforme de la procédure vis de sa famille adoptive. Ce dispositif important et complexe, d’agrément en vue d’adopter C’est pourquoi, à un moment où au sein duquel interviennent de nom- L’agrément en vue d’adoption, visé une réflexion s’est engagée en vue breux acteurs de la santé, du social et par l’article 353-1 du Code civil, est de rendre le dispositif français de la justice, mérite à l’évidence quel- délivré par le président du conseil d’adoption plus efficace et de mieux ques apports complémentaires. général après avis d’une commission répondre à la grande diversité des C’est l’objet d’une proposition de d’agrément. situations familiales, le Médiateur réforme qui porte sur les modalités Afin de mettre un terme aux contro- de la République propose d’appor- de financement de la prise en charge verses jurisprudentielles et aux dis- ter des aménagements aux règles en des majeurs protégés, le contrôle parités constatées entre les dépar- vigueur en vue de réduire les droits des comptes de tutelle et les moda- tements, le Médiateur a formulé de succession que doivent acquitter lités de l’inventaire du patrimoine, la une proposition de réforme visant à les adoptés simples sans aller toute- situation des mandataires judiciaires introduire dans la procédure d’agré- fois jusqu’à aligner leur régime sur bénévoles, la qualité de créanciers ment prévue par le Code de l’action celui des adoptés pléniers. privilégiés reconnue aux majeurs pro- sociale et des familles le principe de tégés en cas de liquidation judiciaire l’intérêt supérieur de l’enfant, qui ne l’amélioration de la protection de l’organisme de tutelle, le renforce- saurait être écarté au bénéfice d’ap- des incapables majeurs ment des moyens des conseils géné- préciations subjectives. Un an après l’entrée en vigueur raux et des magistrats. le nouveau rendez-vous sur les retraites En 2008, le Médiateur avait com- expose de façon détaillée les pro- prise en compte des périodes d’in- muniqué aux ministres compétents positions du Médiateur de la Répu- validité des non-salariés agricoles, 14 propositions de réforme visant blique. Elles portent sur les points la validation des stages de formation à enrichir le débat sur les retraites suivants : les avantages familiaux, des chômeurs, la validation des ser- qui devait avoir lieu cette année-là la retraite anticipée pour carrière vices militaires effectués à l’étran- conformément à la loi du 21 août longue, la réversion entre conjoints ger ou dans les Tom avant 1989, le 2003 portant réforme des retraites. et anciens conjoints survivants, le volontariat pour le développement, Dans son rapport d’information cumul emploi-retraite, les surcoti- l’activité accessoire de secrétaire de sur le rendez-vous de 2008 sur sations pour temps partiel dans la mairie et le droit à l’information. les retraites, en date du 8 octobre fonction publique, les chômeurs en Le rendez-vous sur les retraites ayant 2008, le député Denis Jacquat, rap- fin de carrière, la prise en compte été reporté en 2010, le Médiateur va porteur sur l’assurance vieillesse de la dernière année travaillée dans promouvoir la prise en compte par pour la commission des affaires le calcul du salaire annuel moyen et les pouvoirs publics de ses observa- culturelles, familiales et sociales, la situation des polypensionnés, la tions et de ses propositions. le suivi de la bonne exécution des propositions abouties Le Médiateur de la République exerce C’est notamment le cas dans trois fichiers de police judiciaire réalisée un suivi des propositions de réforme domaines : la réforme du recours à des fins d’enquête administrative pour lesquelles il a obtenu satisfac- subrogatoire contre tiers (RCT), (Stic et Judex) et les avoirs non tion mais qui peuvent faire l’objet de le renforcement des garanties judi- réclamés de l’assurance-vie. difficultés dans leur application. ciaires pour la consultation des 58 rapport annuel 2009
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    tuées en 2009ont permis d’identifier 14 424 contrats et de verser 121 mil- lions d’euros supplémentaires aux bénéficiaires (montant à ajouter aux 87 millions d’euros versés en 2009 dans le cadre du dispositif Agira-I de la loi du 15 décembre 2005). Le Médiateur suit avec intérêt la pro- position de loi déposée au Sénat par Hervé Maurey, qui prône la publi- cation par les assureurs, en marge des rapports annuels, de données statistiques concernant les contrats et encours détenus et reversés et relatives aux démarches entreprises le recours subrogatoire tes de préjudices et d’une table de pour la recherche des bénéficiaires. contre tiers payeurs concordance ; les incidences sur la De même, il ne s’interdit pas d’éten- Le Médiateur a organisé une table conduite des expertises médica- dre le débat aux livrets d’épargne ronde avec les acteurs concernés les ; enfin, la nécessité éventuelle non réclamés. en vue d’effectuer un bilan de la d’un complément de réforme. réforme introduite par l’article 25 la reconnaissance de la loi du 21 décembre 2006. Ont les avoirs non réclamés des partenariats civils été évoqués le problème particulier de l’assurance vie : satisfaction ! étrangers des accidents du travail et des allo- Le Médiateur se réjouit de consta- Le Médiateur suit l’entrée en appli- cations temporaires d’invalidité, ter que le traitement du stock des cation concrète de l’article 1er de la notamment à la suite des arrêts avoirs non réclamés, rendu possible loi n° 2009-526 du 12 mai 2009 de de la Cour de cassation en date du par la consultation du fichier Insee simplification et de clarification du 19 mai, du 11 juin, et du 22 octobre prévue par la loi du 17 décembre droit et d’allègement des procédu- 2009 ; la nécessité d’une officiali- 2007, est désormais une réalité. Les res, qui a introduit l’article 515-7-1 sation de la nomenclature des pos- 6 millions d’interrogations effec- du Code civil. les efforts à poursuivre en 2010 Le Médiateur attache une attention des pouvoirs publics, dès 2005, sur article, alors même que la viabilité particulière à certains anciens dos- la nécessité de consolider et d’adap- constitue l’un des deux critères siers bloqués ou trop vite repoussés. ter le régime juridique des enfants conduisant à conférer la personna- nés sans vie, c’est-à-dire des enfants lité juridique au fœtus décédé ; par le régime juridique décédés avant la déclaration de ailleurs, le Médiateur a signalé cer- des enfants nés sans vie naissance à l’état civil. Ce régime est taines conséquences inéquitables Autre sujet douloureux sur lequel fixé par l’article 79-1 du Code civil découlant de l’acte d’enfant sans vie l’Institution se mobilise depuis de et souffre de deux principales fai- prévu par le 2e alinéa de cet article. nombreuses années : l’état civil des blesses : l’absence d’une définition Pour sortir de cette zone d’ombre, le enfants nés sans vie. Le Médiateur normative de la notion de « viabi- Médiateur de la République a notam- de la République a appelé l’attention lité » mentionnée à l’alinéa 1er de cet ment préconisé de donner une base OOO médiateur de la république 59
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    paCiFier LeS reLationS, apaiSer LeS tenSionS : La ContribUtion dU médiateUr LES gRANDES ORIENtAtIONS POUR 2010 OOO juridique opposable aux critères de un poids de 500 grammes) mais sur le don du corps à la science viabilité à partir des recommanda- la production d’un certificat médi- L’attention du Médiateur de la Répu- tions de l’Organisation mondiale de cal d’accouchement. Une circulaire blique a notamment été appelée à la santé (OMS). interministérielle en date du 19 juin plusieurs reprises sur les problèmes À l’instigation du Médiateur, le 2009 s’efforce de préciser les condi- rencontrés par les familles de per- décret n° 2008-32 et l’arrêté du tions d’établissement de ce certifi- sonnes ayant fait don de leur corps 9 janvier 2008 ont permis l’octroi du cat, mais le flou de la notion d’accou- à la médecine. Deux difficultés congé de paternité pour un enfant chement et l’absence de définition particulières ont été identifiées : le né sans vie (uniquement lorsque de la notion de viabilité posent aussi devenir du corps après traitement l’enfant décédé a atteint le seuil de de sérieux problèmes pour l’appli- par les établissements donataires et viabilité). Sous la pression de la Cour cation du 1er alinéa de l’article 79-1 les frais supportés par les donateurs de cassation, deux autres décrets du Code civil, lequel prévoit la déli- ou leurs ayants droit. En théorie, (n° 2008-798 et n° 2008-800 du vrance d’un acte de naissance et de l’établissement donataire assure à 20 août 2008) et leurs arrêtés d’ap- décès (donc l’attribution de la per- ses frais l’inhumation ou la créma- plication sont parus au Journal sonnalité juridique) lorsque l’enfant tion du corps. Cependant, la plupart Officiel du 22 août 2008. est déclaré « né vivant et viable ». Le des établissements, voire la totalité, Le premier permet aux couples Médiateur est ainsi préoccupé par la ne pratiquent plus depuis 1998 que non mariés ne possédant pas déjà persistance d’une réelle insécurité la crémation après utilisation des un livret de famille de solliciter la juridique, puisque l’on s’en remet à corps. délivrance de ce document aux fins l’appréciation individuelle des pro- S’agissant des frais supportés, les d’y inscrire, à titre symbolique, leur fessionnels de santé pour l’établis- établissements en charge de cette enfant né sans vie. sement d’actes aux conséquences question ont mis en œuvre des pra- Le second décret et son arrêté d’ap- juridiques lourdes. tiques disparates assorties de tarifi- plication visent à préciser les condi- C’est pourquoi le Médiateur a décidé cations propres. Ainsi, les donateurs tions d’établissement de l’acte d’en- de poursuivre l’instruction de cette se sont vu imputer des « frais de fant sans vie, qui n’est plus fondé proposition de réforme, en soumet- dossier » forfaitaires correspondant sur les seuils de viabilité définis par tant ce sujet aux députés de la mis- le plus souvent au fonctionnement l’OMS (22 semaines d’aménorrhée ou sion de révision des lois bioéthiques. du service et plus précisément aux frais d’incinération, parfois asso- ciés à l’obligation de souscrire des contrats d’assurance obsèques dési- gnant les établissements comme bénéficiaires, et facturer les frais de transport du lieu de décès à l’établis- sement donataire. Pour remédier à ce phénomène, le Médiateur de la République avait pré- conisé la mise en place d’un groupe de travail copiloté par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et le ministère de l’In- térieur. Ainsi, il a pu être dégagé un scénario global de réforme de la procédure de don de corps, por- tant notamment sur l’introduction d’une disposition législative sur l’encadrement juridique des restes humains, l’obligation d’une informa- tion précise du donateur quant aux traitements et au devenir possible de son corps et la prise en charge des différents frais. Ces propositions ont été transmises en avril 2008 aux cabinets des deux ministères pilotes (Enseignement supérieur et 60 rapport annuel 2009
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    Intérieur) et sontencore, à ce jour, Le Code de la Sécurité sociale (arti- pour 2009 a en effet prévu que la vic- en attente d’arbitrage. Elles ont été cles L. 323-4-1 et D. 323-3) prévoit la time continue de bénéficier de ses prises en compte par la mission de possibilité pour le médecin-conseil indemnités journalières pendant une révision des lois bioéthiques. de consulter le médecin du travail au période maximale de trente jours. cours de toute interruption de tra- Il apparaît nécessaire d’étudier les médecine du travail vail dépassant trois mois. Cette mise conditions dans lesquelles cette dis- et sécurité sociale : en relation a pour objet de préparer position pourrait être étendue à l’as- renforcer la collaboration les conditions et les modalités de la surance maladie. À la fin d’un arrêt maladie, l’insuf- reprise du travail ou d’envisager des Le projet d’accord sur la réforme fisance de la collaboration entre les démarches de reclassement. de la médecine du travail issu de médecins du travail et les méde- Si ces mesures paraissent aller dans la concertation entre les partenai- cins-conseils du service médical de le bon sens, l’expérience a révélé que res sociaux a émis des propositions l’assurance maladie peut causer de ce dispositif s’avère peu opération- visant à prévenir la désinsertion graves préjudices pour le salarié. nel en raison de son caractère non professionnelle des salariés en arrêt En effet, l’interruption du verse- contraignant, puisque la consultation maladie. Ce projet préconisait ainsi ment des indemnités journalières du médecin du travail par le méde- d’instituer une commission col- (IJ) prononcée par la Caisse d’as- cin-conseil dépend de la libre initia- légiale composée du médecin du surance maladie, sur l’avis de son tive de ce dernier. Le Médiateur de la travail, du médecin-conseil de l’as- médecin-conseil estimant que l’as- République propose de rendre cette surance maladie et, le cas échéant, suré est apte à reprendre un emploi, collaboration systématique en cas de du médecin traitant, chargée de pro- peut aller de pair avec la décision du difficultés prévisibles à la reprise du poser au salarié une visite de prére- médecin du travail d’engager une travail d’un assuré. Deuxième pro- prise. Si, lors de la visite de reprise, procédure d’inaptitude profession- blème : les imprécisions du décret le médecin du travail déclare le sala- nelle. Or, pendant la durée de cette d’application du 23 décembre 2004, rié inapte et que le reclassement se procédure (qui peut durer jusqu’à qui ne fait état ni de la nature des révèle impossible, l’employeur peut six ou sept semaines), le salarié se informations transmissibles, ni des procéder au licenciement dans un trouve privé de ressources : il ne modalités de leur communication délai de vingt et un jours suivant perçoit pas d’IJ, puisqu’il n’est plus entre les médecins. Le Médiateur de la déclaration d’inaptitude. L’ac- en arrêt maladie ; il ne reçoit pas non la République a donc préconisé de cord prévoyait que, pendant cette plus de salaire, du fait de l’inexé- compléter ce décret en ce sens et de période, le salarié serait indemnisé cution de sa prestation de travail. mettre en place une fiche de liaison par l’assurance maladie. Lorsque, à Afin de remédier à ces incohéren- formalisant la communication des l’issue du délai de vingt et un jours, ces, le Médiateur de la République a données médicales pertinentes. le salarié n’était pas licencié, l’em- engagé un travail de réflexion avec la La troisième et principale difficulté ployeur devait reprendre le verse- CNAMTS, qui a d’ores et déjà débou- est liée au préjudice financier injuste- ment de son salaire. ché sur des mesures. La CNAMTS a ment subi par le salarié faisant l’objet Face au refus des syndicats d’enté- ainsi diffusé plusieurs circulaires au d’une procédure d’inaptitude. Comme riner l’accord global sur la réforme sein de son réseau pour développer il a été vu précédemment, l’intéressé de la médecine du travail, l’initiative la collaboration entre l’assuré social, ne peut en effet bénéficier, durant appartient désormais aux pouvoirs le médecin-conseil, le médecin du toute la durée de cette procédure, ni publics. Le ministre Xavier Darcos, travail et l’employeur, de manière à de sa rémunération, ni de ses indem- qui a présenté le 4 décembre 2009 les faciliter la reprise du travail après nités pour maladie. Ce problème a axes qu’il entendait donner à cette un arrêt maladie de longue durée. d’ores et déjà été pris en considération réforme, a prévu, parmi ceux-ci, la Le législateur est ensuite intervenu s’agissant des accidents du travail ou systématisation des visites de pré- dans le cadre de la loi du 13 août des maladies professionnelles. La loi reprise et des contacts préalables 2004 relative à l’assurance maladie. de financement de la Sécurité sociale entre médecins. OOO médiateur de la république 61
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    paCiFier LeS reLationS, apaiSer LeS tenSionS : La ContribUtion dU mediateUr LES gRANDES ORIENtAtIONS POUR 2010 OOO les actes réglementaires en attente Alors qu’une réponse positive du iatrogènes et des infections nosoco- qué au Médiateur de la République, ministre ou de l’administration miales (Oniam). Toutefois, le dispo- par courrier en date du 8 octobre concernés a été transmise au Média- sitif ne sera opérationnel qu’après la 2008, avoir donné des instructions teur de la République, un certain publication du décret d’application pour préparer un projet de décret, nombre de propositions de réforme soumis au Conseil d’État et toujours afin de satisfaire la proposition n’ont pu aboutir faute de publication en attente. de réforme. À ce jour, malgré une de l’acte réglementaire annoncé. récente relance, le décret annoncé sécuriser le régime d’invalidité n’est toujours pas paru. à quand l’indemnisation des fonctionnaires civils des victimes de l’hépatite c de l’état ➜ document équivalent par une transfusion sanguine ? Le Médiateur de la République a émis à l’avis français d’imposition À l’instigation du Médiateur, l’arti- une proposition de réforme visant à pour les ressortissants cle 67 de la loi de financement de la éviter que des fonctionnaires civils communautaires Sécurité sociale pour 2009 a prévu de l’État, radiés des cadres pour La proposition visait à remplacer l’indemnisation des personnes invalidité par leur administration l’exigence de production d’un avis contaminées par le virus de l’hé- d’emploi après avis de la commission d’imposition français, pour les res- patite C à la suite d’opérations de de réforme, se voient refuser par le sortissants communautaires, par la transfusion sanguine réalisées par Service des pensions l’ouverture du production d’un document équiva- des structures de droit privé par droit à pension civile d’invalidité au lent, afin de faciliter leurs démar- l’Office national d’indemnisation des motif d’une instruction défectueuse. ches, d’une part pour l’attribution accidents médicaux, des affections Les ministres compétents ont indi- d’un logement social et, d’autre part pour l’obtention d’un « prêt à taux zéro » soumis à des conditions de ressources. Un groupe de travail mis en place sur ce problème sous l’égide du ministère des Finances a conclu en juillet 2008 à la proposi- tion d’édiction d’une instruction fis- cale toujours attendue. K 62 rapport annuel 2009
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    un ombudsman àla française S’il est une caractéristique des droits de l’Homme qu’il faut répéter et défendre sans relâche, c’est bien celle de leur universalité. Rien d’étonnant, donc, à ce que le Médiateur de la République, largement investi dans les débats de société en France, soit tant sollicité pour soutenir et renforcer l’action des institutions nationales des droits de l’Homme à travers le monde. Devenu une référence en ce domaine de par son expertise reconnue au niveau international, il a entamé l’élar- gissement de ses pouvoirs et missions et deviendra le Défenseur des droits en 2010, un véritable ombudsman à la française. ••• les réponses du médiateur de la république aux grands défis de notre société p. 64 Une Coopération toUJoUrS aCtive aveC La CnCdh p. 64 danS La « JUngLe » de CaLaiS p. 65 La QUeStion pénitentiaire toUJoUrS d’aCtUaLité p. 66 Kafala et proteCtion deS enFantS étrangerS : Le progrèS par La médiation p. 67 prévenir La maLtraitanCe deS perSonneS vULnérabLeS danS Le miLieU médiCaL p. 68 une expertise au service des droits de l’homme p. 71 L’eUrope de La médiation p. 71 Une eXpertiSe reConnUe aU pLan internationaL p. 72 le défenseur des droits, un ombudsman à la française p. 75 OOO médiateur de la république 63
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    un ombudsman àla française les réponses du médiateur de la république aux grands défis de notre société une coopération touJours active avec la cncdh Les travaux menés en collabora- Commission en vertu de l’arrêté du port du voile intégral, la bioéthi- tion avec la Commission Nationale du 1er avril 2009 relatif à la compo- que, la traite des êtres humains, le Consultative des Droits de l’Homme sition de la CNCDH. La réflexion a « délit de solidarité » et, bien sûr, la (CNCDH) ont été assez intenses avec notamment porté sur le projet de prochaine instauration du Défen- le renouvellement de cet organe et loi pénitentiaire, la situation des seur des droits. la nomination des nouveaux mem- mineurs étrangers isolés (MEI), le Ce thème a d’ailleurs entraîné la bres en début d’année. Il est à noter droit d’asile, les questions relatives constitution d’un groupe de travail que le Médiateur de la République à l’immigration, la réforme de la jus- spécifique en septembre. Ce groupe, est le seul membre de droit de cette tice des mineurs, l’épineux dossier auquel le Médiateur de la République a apporté une contribution active et par lequel il a été auditionné, a notamment entendu M. Beauvois, président de la Commission natio- nale de déontologie de la sécurité (CNDS) ; M. Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté ; Mme Versini, Défenseure des enfants ; M. Leclerc, président de la Commission d’accès aux docu- ments administratifs (Cada) ; et un représentant de M. Schweitzer, pré- sident de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde). Ses objectifs : per- mettre à la sous-commission dont il dépend de rendre un avis aidant à définir les contours de l’Institution qui se substituera au Médiateur de la République, à préciser ses missions et ses pouvoirs. La contribution du Médiateur de la République au sein 64 rapport annuel 2009
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    de ce groupede travail s’est en par- ciations, acteurs incontournables à sa conception », expliquent les tie inspirée des multiples entretiens de la vie sociale, à participer à la services du Médiateur de la Républi- qu’il a eus tout au long de l’année construction du Défenseur des que. Basées sur le projet de loi orga- avec le milieu associatif et plusieurs droits, une institution qui sera nique présenté le 9 septembre, les autorités administratives indépen- pour elles un interlocuteur de réflexions du Médiateur de la Répu- dantes, comme la Cnil, la Cada et premier plan et avec lequel les blique devraient permettre d’éclai- le contrôleur général des lieux pri- liens seront d’autant plus étroits rer les futurs débats parlementaires vatifs de liberté. « L’ambition du et la collaboration d’autant plus sur le Défenseur des droits. Médiateur était d’inviter les asso- efficace qu’elles auront participé dans la « Jungle » de calais la situation difficile plaintes des riverains, la fermeture difficultés rencontrées par les admi- des migrants du centre d’accueil de jour géré par nistrateurs ad hoc dans l’exécution Face à un contexte politique et le Secours Catholique, qui deman- de leur mission. social en mouvement, la question dait en contrepartie l’ouverture d’un En outre, la détermination de l’âge des droits de l’Homme prend depuis véritable centre d’accueil pour les étant crucial dans ce type de dos- plusieurs années une importance personnes vulnérables. Après de sier, le Médiateur de la République croissante dans l’activité du Média- longues négociations, un protocole a recommandé le développement teur de la République. En 2009, ce d’accord a finalement pu être signé, de la recherche de moyens de que les médias ont appelé la « jun- grâce à l’intervention du Médiateur détection modernes afin de ne plus gle » de Calais a sans doute consti- de la République, qui est parvenu à avoir recours à terme à l’expertise tué l’une des affaires les plus emblé- recréer des liens de confiance entre osseuse, actuel procédé de détermi- matiques à cet égard. Dès janvier, la mairie et l’association. Il prévoit nation de l’âge par examen osseux. Jean-Paul Delevoye, alerté sur la que le local d’accueil du Secours Concernant la demande d’asile du situation des migrants à Calais, s’est Catholique fermera dès que le cen- mineur, il suggère la présence d’une rapproché des acteurs de ce dos- tre d’accueil de jour pour les popu- personne compétente en la matière sier afin de mettre son expertise au lations vulnérables, mis à disposi- et d’un interprète ainsi que la forma- service de la résolution des aspects tion par la mairie et exploité par le tion des personnels de l’Office fran- humanitaires de la question. Depuis Secours Catholique, ouvrira ses por- çais de protection des réfugiés et la fermeture du centre de Sangatte, tes, en mars 2010. apatrides (Ofpra) aux besoins spéci- en 2002, les associations ont joué un fiques du mineur étranger isolé. rôle essentiel dans la distribution la contribution du médiateur Le Médiateur de la République a éga- des repas, les services de douches de la république lement pris contact avec l’Assemblée ainsi que la protection et l’informa- Le ministre de l’Immigration, de des départements de France afin tion des migrants. Cependant, en l’Intégration, de l’Identité nationale de dégager des solutions pour une raison des difficultés rencontrées, et du Développement solidaire, Éric meilleure coordination des compé- le milieu associatif a remis en cause Besson, a décidé en mai la mise en tences entre l’État et les collectivités l’aide qu’il apportait et a demandé à place d’un groupe de travail sur les locales sur la prise en charge des l’État de prendre part à l’effort. Face mineurs étrangers isolés (MEI) MEI. au blocage de la situation, le Média- regroupant les ministères concer- Enfin, à la suite du démantèlement teur de la République s’est attaché nés (notamment l’Intérieur, la Jus- de la « jungle » de Calais, le Média- à renouer, en dehors des médias, tice et les Affaires sociales) ainsi teur de la République, lors de sa les fils du dialogue entre les acteurs que le Médiateur de la République visite du 25 septembre au centre institutionnels et associatifs. Acteur et des associations comme la Croix d’hébergement de Vitry-sur-Orne neutre et indépendant, il a ainsi pu Rouge Française, France Terre (Moselle), où les mineurs de Calais amener les parties en présence à des d’asile et Enfants du Monde Droits avaient été transportés, a fait trois avancées. Si des solutions ont ainsi de l’Homme. Le Médiateur de la propositions. pu rapidement être trouvées sur la République s’est positionné, lors • Le dispositif exceptionnel mis distribution des repas, la question des séances de travail de groupe, en place pour les MEI de Calais de l’accueil de jour et du service des sur différentes problématiques rela- (installé par l’État à hauteur de douches s’est révélée plus difficile à tives aux MEI, comme leur prise en 700 000 euros) devrait être géné- régler. La mairie de Calais avait sou- charge et leur protection dès leur ralisé à tous les MEI présents sur haité, du fait du nombre croissant de arrivée en France, ainsi que sur les le territoire national. 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    Un ombUdSman à La FrançaiSe LES RÉPONSES DU MÉDIAtEUR DE LA RÉPUBLIQUE AUx gRANDS DÉFIS DE NOtRE SOCIÉtÉ OOO • L’État devrait créer, pour la prise sur les MEI, a apporté son soutien à rapidement mises en œuvre et, pour en charge des MEI, un solide par- cette initiative, le vice-président de la plupart, inspirées par le Média- tenariat avec les collectivités loca- la Commission européenne, Jacques teur de la République. Parmi elles, les afin de remédier aux difficultés Barrot, invité à se prononcer sur la la séparation complète des mineurs rencontrées par ces dernières dans dernière proposition du Médiateur et des majeurs en zone d’attente ; la la gestion du dispositif, notamment de la République, a annoncé, dès mise en place d’une permanence, à au problème posé par les délais début 2010, la présentation par la l’aéroport de Roissy, pour les admi- d’obtention des ordonnances de Commission européenne d’un plan nistrateurs ad hoc chargés d’ac- placement provisoire préalable à d’action sur les mineurs non-accom- compagner les MEI non admis sur le la mise en œuvre des services de pagnés. Source d’un engagement territoire français ; un renforcement l’Aide sociale à l’enfance (ASE). majeur de l’Union européenne, ce du nombre et de la formation de ces • Créer un fonds de protection euro- plan d’action a vocation à faire de la derniers. Plusieurs autres proposi- péen des MEI, considérant que la prévention, la protection et la (ré) tions appelant des consultations gestion des flux migratoires est intégration, les axes prioritaires pour complémentaires et des arbitrages une problématique qui nécessite un renforcement des droits de ces ont été mises à l’étude. une solution européenne. mineurs. Par ailleurs, les réflexions Si Éric Besson, au travers des du groupe ont abouti à proposer conclusions du groupe de travail plusieurs actions susceptibles d’être la question pénitentiaire touJours d’actualité Fort de son expérience au sein des mes et à l’égalité des chances entre pour enrichir les réflexions concer- établissements pénitentiaires, le les hommes et les femmes sur le nant l’application des règles péniten- Médiateur de la République a été thème des femmes dans les lieux tiaires européennes dans les prisons auditionné en mai 2009 par la délé- privatifs de liberté, et a été sollicité françaises. gation du Sénat aux droits des fem- par l’administration pénitentiaire L’action de l’Institution à l’égard des détenus s’exerce également dans son pouvoir de proposer des réformes. La loi pénitentiaire a répondu favora- blement à deux questions, soulevées par le Médiateur de la République, à partir des observations de ses délé- gués dans les prisons. La première revient à généraliser les points d’ac- cès au droit (PAD) dans les établis- sements pénitentiaires. En effet, les besoins des détenus en matière d’in- formation juridique, en particulier dans les domaines extérieurs aux compétences de l’Institution (droit de la famille, exercice de l’autorité parentale, successions, etc.), sont aujourd’hui constatés par l’ensem- ble des intervenants. En témoignent les résultats très positifs enregistrés dans des établissements comme Fresnes, les Baumettes ou encore Meaux-Chauconin, où la qualité des dispositifs mis en place est reconnue. Malheureusement, seule une moitié environ des établissements béné- ficient officiellement de l’existence d’un PAD. Cette existence apparaît même parfois assez théorique lors- 66 rapport annuel 2009
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    que la prestationn’est pas adaptée des détenus. Les réclamations des joué par les délégués en prison en aux caractéristiques de l’établisse- détenus pour perte d’objets person- officialisant leur présence dans ces ment, comme pour la maison d’arrêt nels à l’occasion de transferts, notam- établissements dans l’article 6 de de Villepinte où, pour 900 détenus, le ment, font partie des sujets pour les- cette loi : PAD se résumait à une demi-journée quels les délégués sont fréquemment « Article 6 – Afin de permettre mensuelle de permanence d’un avo- sollicités. Le Comité d’orientation aux personnes détenues de béné- cat, différent à chaque permanence. restreint (COR) avait recommandé ficier des dispositions de la loi n° Ces disparités s’expliquent par le fait de rendre obligatoires des inventai- 73-6 du 3 janvier 1973 instituant que la mise en place des PAD dans les res contradictoires. Cette disposi- un Médiateur de la République, prisons ne peut se faire qu’à l’initia- tion, qui ne figurait pas dans le projet le Médiateur de la République tive de chaque Conseil départemen- de loi parce qu’elle relevait d’un texte désigne pour chaque établisse- tal d’accès au droit (CDAD), dans le réglementaire, peut encore aboutir ment pénitentiaire un ou plu- cadre de la loi du 10 juillet 1991 modi- dans le cadre des relations suivies sieurs délégués affectés à cette fiée relative à l’aide juridique. qu’entretiennent l’Institution et l’ad- mission. » Le second point concerne l’établisse- ministration pénitentiaire. ment obligatoire d’inventaires contra- On peut également se réjouir du fait dictoires pour les effets personnels que le législateur ait reconnu le rôle Kafala et protection des enfants étrangers : le progrès par la médiation La réponse des pouvoirs publics est abandonné ou ne peut être élevé noncent l’adoption de l’enfant au profit autour de certaines thématiques par ses parents – ne crée pas de lien du couple, sur la base de cette kafala. traitées par le Médiateur de la Répu- de filiation entre l’enfant concerné et monsieur L., ressortissant allemand, blique n’est pas toujours satisfai- la personne qui en assume la protec- s’adresse aux autorités de son pays, sante. Pour pallier ce qu’elles per- tion. En droit français, il peut être qui reconnaissent le jugement suisse çoivent comme une faible volonté assimilé à une délégation d’autorité d’adoption, conférant ainsi la nationa- de s’attaquer à ces problématiques parentale. Cependant, la perception lité allemande à l’enfant. madame L., qui font leur quotidien sur le terrain, juridique de la kafala en France et ressortissante française, se tourne les associations ont pris l’habitude les textes en vigueur posent de mul- également vers les autorités con- de solliciter régulièrement l’Institu- tiples obstacles à la demande des sulaires françaises et engage les tion. L’action et les propositions du familles françaises ou binationales mêmes démarches auprès du tri- Médiateur de la République sur le qui accueillent ces enfants et qui les bunal de grande instance de nan- sujet de la kafala fournissent une considèrent comme les leurs. tes, seule autorité compétente pour illustration de ce mouvement. reconnaître cette adoption. or, le par- Modalité spécifique de recueil d’un Le couple L. en a fait l’expérience quet de nantes refuse de reconnaître enfant en droit musulman, la kafala et a vécu un véritable parcours du des effets, en France, à ce jugement, est définie comme une mesure de combattant. monsieur et madame L. au motif que celui-ci a été prononcé protection de l’enfance distincte de vivent en Suisse et y ont engagé des sur la base d’une kafala, et que le Code l’adoption, interdite dans de nom- démarches en vue d’adopter un civil français interdit toute adoption breux pays de tradition musulmane. enfant. après avoir obtenu l’agrément d’un enfant dont la loi personnelle (ici Environ 1 000 enfants seraient dans suisse, ils ont recueilli au maroc l’en- la loi marocaine) prohibe l’adoption. h. cette situation en France à l’heure fant h., par kafala prononcée par les ne peut donc être considéré comme actuelle. Ce recueil légal – qui peut autorités judiciaires marocaines. Un le fils du couple ni se voir conférer la être prononcé devant un notaire ou an après leur retour en Suisse avec h., nationalité française. ne comprenant par voie judiciaire lorsque l’enfant les autorités judiciaires suisses pro- pas cette décision et les différences de OOO médiateur de la république 67
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    Un ombUdSman à La FrançaiSe LES RÉPONSES DU MÉDIAtEUR DE LA RÉPUBLIQUE AUx gRANDS DÉFIS DE NOtRE SOCIÉtÉ OOO législation existant au sein des divers hors de France, ou pour obtenir un représentants de l’Association des pays européens, madame L. saisit le titre de séjour à leur majorité. Elle a départements de France ; médiateur de la république, qui a pu également des répercussions sur les • élaborer une circulaire à l’atten- apporter des explications au couple, droits sociaux des intéressés, qui ne tion des postes consulaires visant et l’orienter vers d’autres démarches. peuvent prétendre aux prestations à unifier les règles applicables familiales. en matière de délivrance des À l’exception des kafalas pronon- À l’initiative du Médiateur de la visas pour les enfants recueillis cées par les autorités judiciaires République, les différents acteurs en kafala ; étudier la possibilité algériennes, ces difficultés débutent du dossier (ministères, ambassades, d’étendre la délivrance des visas lorsqu’un couple demande, au titre associations de parents, magistrats, de long séjour au titre du regrou- du regroupement familial, à faire parlementaires, représentant de la pement familial à tous les enfants venir en France le jeune recueilli Défenseure des enfants) ont été réu- régulièrement recueillis en kafala, par kafala. Au vu des réclamations nis dans les locaux de l’Institution. conformément à la jurisprudence transmises au Médiateur de la Répu- Ils ont pu établir un diagnostic par- du Conseil d’État ; blique, ou à la lecture du dernier rap- tagé et sont convenus de poursuivre • clarifier par voie de circulaire port de la Défenseure des enfants, les échanges pour travailler ensem- interministérielle auprès des force est de constater que les déci- ble, notamment dans les directions administrations françaises et des sions de refus de visa demeurent suivantes : organismes sociaux la notion de fréquentes. Cette situation favorise • consolider le dispositif d’enquête kafala et ses implications en droit l’entrée illégale de ces enfants en sociale en vue du recueil d’un français en vue de faciliter l’ouver- France, qui se heurteraient jusqu’à enfant en kafala en lui conférant ture des droits sociaux au profit de leur majorité à des difficultés liées une base juridique et en détermi- l’enfant ainsi recueilli ; à cette situation : notamment pour nant l’autorité compétente . Cette • consacrer une séance de réflexion obtenir un document de circula- réflexion donnera lieu à une réu- à la question de la kafala vis-à-vis tion leur permettant de se déplacer nion de travail conjointe avec des de l’adoption en droit français. prévenir la maltraitance des personnes vulnérables dans le milieu médical Autre défi à relever : celui de la mal- vulnérables. Au sein de cette popu- matière d’hygiène, tous les cas où la traitance. Le Médiateur de la Répu- lation, on voit monter les problèmes douleur n’est pas prise en compte, blique estime que ce que l’on peut posés par les handicapés, les patients ceux aussi où la personne, faute de appeler la « maltraitance ordinaire » relevant de la psychiatrie, les SDF, surveillance, et de réponse à ses est à placer au rang des grandes les enfants obèses accueillis dans les appels, va essayer de se déplacer menaces de notre société. Non seu- établissements de santé : des gens par elle-même, faire une chute et se lement il observe une croissance des considérés comme différents, donc blesser. De tels faits se passent très problèmes liés à ces actes, mais les traités différemment. souvent en gériatrie, mais aussi en trouve sous-jacents à de nombreux soins de suite, à propos de patients dossiers qu’il a à traiter. Un adolescent est hospitalisé du fait qui se retrouvent dans des services C’est la plupart du temps la famille d’une suspicion d’appendicite. Une non appropriés et dont on ne prend qui sollicite le Médiateur de la Répu- appendicectomie est pratiquée dès le en compte ni l’âge, ni les antécédents blique, car la personne – quand elle lendemain. après cette intervention, médicaux, ni l’isolement. n’est pas décédée – n’a pas la capa- la mère de l’enfant décrira un manque cité d’appeler, ni de s’exprimer. Beau- d’écoute et d’information de la part du Christophe, 14 ans et demi, est suivi coup de dossiers relèvent de cette chirurgien. Ce dernier, lors de sa visite par son médecin traitant pour une « maltraitance ordinaire » dans les postopératoire, fera preuve, sans rai- maladie de Crohn (affection chro-ni- établissements de santé. Il s’agit d’un son apparente, d’un comportement que inflammatoire du tube digestif). véritable tabou, celui d’une société extrêmement maltraitant à l’encontre il est hospitalisé en urgence, après qui va mal, et dont de ce fait les pro- de ce jeune patient : « pourquoi je t’ai consultation, devant la suspicion d’une fessionnels sont aussi sous pression, opéré ? de toute façon, tu es entouré occlusion intestinale aiguë. après stressés, violents avec eux-mêmes et de graisse et tu vas bientôt crever ». confirmation du diagnostic, le service violents avec les autres. Le problème de pédiatrie générale étant complet, ne concerne pas que les personnes Ce tabou de la maltraitance ordi- Christophe est hospitalisé, en cham- âgées, mais toutes les personnes naire recouvre tous les déficits en bre seule, dans le service de chirur- 68 rapport annuel 2009
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    gie digestive adulte, pour y subir immédiatement une intervention chirurgicale, en raison d’une menace possible de nécrose d’une anse intestinale. Les suites immédiates de l’intervention chirurgicale sont simples. après quatre jours, Chris- tophe présente des troubles diges- tifs à type de diarrhées profuses et de douleurs abdominales. Une fièvre relativement élevée est constatée par le personnel infirmier. Un bilan sanguin est pratiqué, permettant de confirmer l’existence d’une infection. au cours des cinq jours suivants, l’état général de Christophe va se dégrader devant l’indifférence des soignants qui en ont la charge. Les bilans sanguins se succèdent, confir- mant une septicémie, mais aucun traitement antibiotique n’est mis en route. Christophe est décrit par ses parents comme un adolescent « fra- gile » depuis l’annonce de sa maladie de Crohn. il est d’un naturel timide, plutôt craintif et pleure facilement. pourtant, le personnel infirmier ne semble pas prendre en compte cette dimension pour adapter son compor- Les parents, estimant ne pas avoir que les enfants ne doivent pas être tement, bien au contraire. au cours obtenu une écoute attentive et com- admis dans les services adultes ; des onze jours d’hospitalisation qui passionnelle de la part de la direc- qu’un enfant hospitalisé a le droit vont précéder son décès, en raison tion et des professionnels de santé, d’avoir ses parents auprès de lui d’un état de choc d’origine infec- ont saisi le Médiateur de la Républi- jour et nuit quel que soit sont âge tieuse, les infirmières ne vont avoir que, exprimant l’espoir que de tels ou son état ; que l’équipe soignante de cesse de le soumettre à des bri- faits ne se reproduisent plus. Une doit être formée à répondre aux mades, notamment la nuit : « arrête réunion entre les parents et l’hôpital besoins psychologiques et émo- de pleurnicher… » ; « Nous ne sommes à des fins de médiation a été orga- tionnels de l’enfant et qu’il doit pas là pour ramasser ta merde… » ; nisée rapidement et chacune des être traité avec tact et compréhen- « Pas la peine de réclamer ta mère, parties a pu s’exprimer librement et sion en toute circonstance ; elle ne viendra pas… ». Christophe se défendre ses positions. Le constat • d’autre part, une réflexion sur la confiait effectivement à sa mère, cha- dressé, la direction de l’établisse- mise en place d’un recueil systé- que nuit, avec un téléphone portable, ment s’est engagée à mener : matique des cas de maltraitance relatant ses douleurs non soulagées • d’une part, une sensibilisation des par les professionnels de santé. et ses angoisses d’être disputé par soignants sur la notion de « bien- Cependant, un certain nombre de les infirmières lorsqu’il souillait son traitance », en rappelant la charte facteurs sont cités par les profes- lit, pris de violentes diarrhées. de l’enfant hospitalisé, notamment sionnels de santé pour expliquer la OOO médiateur de la république 69
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    Un ombUdSman à La FrançaiSe LES RÉPONSES DU MÉDIAtEUR DE LA RÉPUBLIQUE AUx gRANDS DÉFIS DE NOtRE SOCIÉtÉ OOO maltraitance : leur « souffrance », les constituent eux-mêmes désormais s’impatienter puis à s’énerver. Les conditions d’exercice contraignantes, une catégorie de victimes « à ris- infirmières d’accueil prennent alors un encadrement parfois défaillant que ». Il est parfois difficile, pour les le temps de lui expliquer que ces et une organisation beaucoup trop professionnels de santé, d’affronter deux patientes présentent des critè- rigide. Ces problèmes ne sont pas une agressivité mal contrôlée, exer- res de gravité et que leur pronostic toujours à mettre sur le compte d’un cée à leur encontre : incivilités, pro- vital serait engagé en l’absence de défaut d’action des professionnels pos violents ou obscènes, menaces, prise en charge rapide. L’homme, et constituent aussi une souffrance intimidations, humiliations et, plus n’entendant rien, commence à les pour ceux qui en sont témoins ; d’où rarement, coups. menacer, les accuse d’incompétence un surcroît de stress au travail, par- Au cours des dix premiers mois de et affirme qu’il va tout faire pour fois de maladies touchant les pro- l’année 2009, les services du Média- qu’elles ne puissent plus exercer. fessionnels. L’Institution est aussi teur de la République ont recueilli L’infirmière, rapportant ce témoi- l’endroit où l’on peut prendre soin près de 60 réclamations de la part de gnage au Médiateur de la Républi- des soignants pour ce qui concerne professionnels de santé qui témoi- que, décrira la fréquence de ce type la maltraitance, sans les stigmatiser. gnaient ainsi de violences avérées à de situation et sa crainte croissante De l’ordre de 40 % des réclamations leur encontre. d’être la cible de violences de la part émanant des professionnels se font Une femme se présente aux urgen- de certaines personnes manifestant d’ailleurs sur ce sujet. ces obstétricales, accompagnée de de l’impatience aux urgences. Si le malade, personne vulnérable son mari. Ce dernier, voyant que Ces situations représentent une par excellence, demeure une vic- deux femmes sont reçues en prio- contrainte psychique majeure, pou- time « privilégiée », les soignants rité, avant la sienne, commence à vant aboutir au « burn out » (syn- drome d’épuisement professionnel) des individus et à des comporte- ments déviants pouvant mettre en défaut la continuité et la sécurité des soins. Le Médiateur de la République a l’occasion de constater la lourdeur de ces questions lors de visites qu’il mène, de jour ou de nuit, dans des services hospitaliers. K 70 rapport annuel 2009
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    une expertise auservice des droits de l’homme l’europe de la médiation renforcer les liens le contrôle de l’exécution des arrêts de la jurisprudence de la Cour afin de la médiation européenne… de la Cour Européenne des Droits de prévenir de nouvelles condam- Le Médiateur de la République est de l’Homme (CEDH), consolidant nations de la France en cas de non- un interlocuteur privilégié du com- ainsi son étroite collaboration avec respect de ses obligations au regard missaire aux droits de l’Homme du le Comité des ministres du Conseil de la Convention Européenne des Conseil de l’Europe. Ce lien solide de l’Europe, chargé de surveiller Droits de l’Homme. C’est pourquoi permet des échanges réguliers sur l’exécution par les États membres le Médiateur de la République, en l’activité de l’Institution et le partage des arrêts de la Cour. Réaffirmant raison de l’expertise reconnue qu’il a de son expertise sur des thèmes l’importance des arrêts de la CEDH acquise dans les situations de lieux particuliers. Aujourd’hui, cette rela- et la nécessité de leur exécution en d’enfermement, s’est intéressé à l’état tion s’inscrit plus que jamais dans droit interne, il a maintenu, en lien d’exécution de l’arrêt Frérot contre le cadre du projet « Peer-to-Peer », avec la CNCDH, sa vigilance autour France condamnant la France pour OOO financé par l’Union européenne et le Conseil de l’Europe, mis en œuvre par le commissaire aux droits de l’Homme en 2008-2009 et reconduit pour la période 2010-2011. Animé avec l’ambition de constituer un réseau actif de structures nationales des droits de l’Homme – en portant une attention particulière aux États membres du Conseil de l’Europe qui ne font pas partie de l’UE –, il prévoit, via ses différents ateliers de travail thématiques, de faciliter et de valori- ser les échanges d’expériences entre les médiateurs, ombudsmans et commissions des droits de l’Homme afin de renforcer les liens au sein du système européen de défense et de protection des droits de l’Homme. … et améliorer le suivi des arrêts de la cedh Le Médiateur de la République a également poursuivi sa contribution, comme il s’y était engagé auprès du Commissaire, qui visait à améliorer médiateur de la république 71
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    Un ombUdSman à La FrançaiSe UNE ExPERtISE AU SERVICE DES DROItS DE L’HOMME OOO violation des articles 3 (interdiction pratiques condamnées par la CEDH CNCDH ont fait part au Comité de de la torture, des traitements inhu- en matière de fouilles corporelles et leurs observations et recommanda- mains ou dégradants), 6 §1 (droit de rétention de la correspondance tions relatives à l’évolution du droit à un procès équitable), 8 (droit au des personnes détenues étaient tou- français, conseillant, entre autres respect de la correspondance) et 13 jours d’actualité. La France, notam- mesures, un encadrement plus strict (droit à l’exercice d’un recours effec- ment dans la préparation de son pro- du recours aux fouilles intégrales et tif) de la Convention Européenne jet de loi pénitentiaire, n’avait donc l’introduction d’un principe de pro- des Droits de l’Homme. pas pris les mesures nécessaires per- portionnalité afin d’en limiter la pra- En effet, à la suite des rapports d’ac- mettant de satisfaire aux mesures tique, ainsi que l’adoption d’une défi- tivité du contrôleur général des lieux générales demandées par le Comité nition élargie de la correspondance de privation de liberté et de la Com- des ministres, pour éviter la répéti- des détenus. mission nationale de déontologie de la tion des violations. En conséquence, sécurité (CNDS), il est apparu que les le Médiateur de la République et la une expertise reconnue au plan international Les multiples sollicitations reçues par pour la sécurité et la coopération en réunion du Bureau de l’AOMF à Paris le Médiateur pour un partage de son Europe, l’Organisation de coopéra- le 31 mars 2009. Il a soutenu la prépa- expertise témoignent de la qualité et tion et de développement économi- ration d’une étude sur l’état de l’en- de l’efficacité du modèle institution- ques et le Programme des Nations fance en francophonie et des méca- nel français de médiation comme unies pour le développement, est nismes institutionnels de protection source d’inspiration pour l’action en devenue une institution dynamique, des droits de l’enfant, conduite avec faveur de la démocratie et de la bonne animée par 45 collaborateurs moti- le soutien de l’Organisation interna- gouvernance par rapport au modèle vés et très présents sur le terrain. tionale de la francophonie. Son avan- défendu dans les pays anglo-saxons. Elle a pu, de fait, asseoir son indé- cement a pu être constaté lors du pendance. Par ses prises de position 6e congrès de l’AOMF à Québec, en le jumelage avec l’arménie, fermes et courageuses, elle s’est bâti septembre. Le rapport de synthèse une initiative inédite une réputation de sérieux et une cré- de ce travail, présenté à Tunis en Le Médiateur de la République, en dibilité incontestable qui en font un novembre, a offert à tous les acteurs association avec le Défenseur du interlocuteur incontournable sur les de la francophonie des pistes de peuple de l’Espagne, a été choisi par problématiques liées aux droits de réflexion portant sur les développe- la Commission européenne au terme l’Homme. Ce programme de coopéra- ments législatifs et institutionnels en d’une procédure d’appel d’offres, pour tion d’un million d’euros, qui a officiel- matière de protection et de promo- mettre en œuvre un jumelage insti- lement été lancé le 26 octobre 2009 tion efficaces des droits de l’enfant. tutionnel au profit du Défenseur des en Arménie, doit donc renforcer l’ins- L’AOMF a par ailleurs aidé à la mise droits de l’Homme de la république titution pour lui permettre de mieux en place d’un Médiateur des enfants d’Arménie, premier jumelage insti- protéger et promouvoir l’état de droit au Burkina Faso et au Sénégal. tutionnel financé par l’Union euro- et la bonne gouvernance. Pendant Des sessions de formation ont été péenne dans ce pays. C’est dans ce dix-huit mois, les visites régulières organisées en mai et décembre 2009 contexte que le Médiateur de la Répu- d’experts des services du Médiateur au Centre de formation et d’échanges blique s’est rendu en visite officielle à de la République, par ailleurs chef de en médiation de Rabat. En présence Erevan le 6 juillet 2009, afin de ren- projet, l’organisation de séminaires, d’une vingtaine de participants contrer son homologue et les ministres de formations du personnel, de visite d’Afrique francophone, d’Europe et des Affaires étrangères et de la Justice d’études ou de campagnes de com- du Moyen-Orient, des experts de de la république d’Arménie. Il avait munication permettront le partage l’Institution ont été mis à la disposi- auparavant été représenté à la confé- des expériences et des pratiques, tion de l’AOMF pour dispenser des rence organisée par l’ombudsman pour un enrichissement mutuel. enseignements sur les techniques de d’Arménie sur la liberté d’expression médiation et des moyens d’interven- et le procès équitable, où un message un acteur au sein du monde tion du Médiateur. sur l’indépendance de l’ombudsman francophone Des formations bilatérales ont égale- avait été délivré en son nom. Secrétaire général de l’Association ment été organisées au Burkina Faso En 2006, ce pays s’est doté d’un Défen- des ombudsmans et médiateurs de et au Mali sur le rôle des délégués du seur des droits de l’Homme qui, grâce la francophonie (AOMF), le Média- Médiateur en vue de leur mise en aux financements de l’Organisation teur de la République a accueilli la place dans ces pays. 72 rapport annuel 2009
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    le rayonnement lioration de leurs relations avec les des liens renforcés de la médiation reconnu citoyens et du fonctionnement des avec la méditerranée par l’onu services publics, ce projet de réso- et le monde arabe En marge de la 12e session du Conseil lution insiste sur leur contribution Au premier semestre 2009, les struc- des Droits de l’Homme de l’Onu à à l’instauration de l’état de droit et tures de la nouvelle Association des Genève, le 24 septembre, le Média- au respect des principes d’égalité et ombudsmans de la méditerranée teur de la République a été invité à de justice. (AOM), créée à Marseille l’année pré- participer à la table ronde qui s’est Valorisant également la place de la cédente, ont été mises en place avant tenue autour du thème « le rôle des coopération internationale dans l’ac- l’inauguration des locaux du siège ombudsmans, médiateurs et insti- tivité et l’efficacité de la médiation, de l’AOM le 4 novembre à Tanger. Le tutions nationales de défense des la résolution encourage les États Médiateur de la République, secré- droits de l’Homme dans le système membres à mettre en place des taire général de l’AOM, a organisé la de promotion et de protection des ombudsmans, médiateurs et autres rencontre du conseil d’administration droits de l’Homme ». Cette rencontre institutions nationales de défense en juin 2009 à Stockholm, en marge s’inscrivait dans la lignée de l’adop- des droits de l’Homme ou à les ren- de la conférence de l’Institut interna- tion par la 3e commission de l’assem- forcer, à tout mettre en œuvre pour tional de l’ombudsman. Il a également blée générale de l’Organisation des faciliter leur action, à mieux les faire co-organisé, les 14 et 15 décembre Nations unies, traitant notamment connaître des citoyens et à suivre à Athènes, une conférence inter- des questions relatives aux droits de davantage leurs recommandations. nationale de l’AOM sur le thème de l’Homme d’un projet de résolution Ce projet de résolution sera présenté « la transparence dans les services sur ce même thème le 6 novembre à la prochaine session de l’assemblée publics et le rôle du Médiateur ». Une 2008. Considérant qu’ils doivent être générale des Nations unies, en sep- résolution a été adoptée à la suite de indépendants et autonomes, rap- tembre 2010, et viendra donc consa- l’assemblée générale de l’association, pelant leur rôle en matière de ges- crer la reconnaissance internationale dans laquelle les médiateurs mem- tion des affaires publiques dans les du rôle des institutions nationales de bres se sont engagés à développer administrations ainsi que de l’amé- médiation au sein des démocraties. leur coopération avec l’Onu, notam- ment en faisant la promotion auprès de leurs États de la ratification des instruments internationaux relatifs à la privation de liberté. L’expertise du Médiateur de la République a été largement sollici- tée, notamment dans le cadre de la coopération initiée en 2008 avec le département des droits de l’Homme de la Ligue arabe et plusieurs pays arabes, qui s’est poursuivie au pre- mier semestre 2009. Des relations privilégiées se sont développées avec l’Égypte, qui a choisi de s’inspirer du modèle français pour créer une ins- titution nationale de médiation. Le Médiateur de la République a reçu le président de l’Agence centrale pour l’organisation et l’administration d’Égypte, à la faveur d’une visite OOO médiateur de la république 73
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    Un ombUdSman à La FrançaiSe UNE ExPERtISE AU SERVICE DES DROItS DE L’HOMME OOO organisée par le programme Sigma d’un médiateur de la République Un accord de coopération va égale- (programme conjoint UE/OCDE en au Liban – organisé par le Centre ment être signé avec l’institution de faveur de la bonne gouvernance). professionnel de médiation de l’uni- l’ombudsman brésilien à la suite d’une Deux rencontres ont également eu versité Saint-Joseph de Beyrouth le visite effectuée en novembre 2009 à lieu au Caire, avec le ministre de la vendredi 6 novembre 2009 – et est l’occasion d’un colloque international réforme administrative, en vue de la intervenu lors de la table ronde « Le à Brasilia sur le rôle de l’ombudsman création d’un médiateur en Égypte. Médiateur de la République, protec- dans le renforcement de la démocra- Le Médiateur est ensuite intervenu teur des citoyens ». tie participative, dans le cadre de lors de deux conférences organisées l’année de la France au Brésil. au Caire, en mai et décembre, respec- Enfin, dans sa volonté de promouvoir tivement sur la lutte contre la corrup- la coopération internationale entre les Le Médiateur de la République a tion et la création d’un ombudsman institutions de médiation et de défen- participé en juin 2009 au congrès en Égypte et sur le thème « l’ombuds- dre la cause des droits de l’Homme, mondial de l’Institut International de man, le dialogue culturel et les droits Jean-Paul Delevoye a organisé, le l’Ombudsman, organisé à Stockholm de l’Homme dans une société en 1er février 2010, un colloque interna- à l’occasion du 200e anniversaire de changement », en lien avec le réseau tional qui réunissait à Paris la Ligue la création de l’Ombudsman suédois. diplomatique français. des États arabes et le Conseil de l’Eu- Il est intervenu pour présenter à ses Faisant suite à la coopération initiée rope autour de la Charte arabe des 120 homologues étrangers l’origina- en 2008 avec le Comité national des droits de l’Homme et de la Convention lité du modèle français de médiation. droits de l’Homme du Qatar – l’équi- Européenne des Droits de l’Homme. En France, le Médiateur de la Répu- valent de la Commission Nationale Parmi les thématiques abordées blique a participé, en tant que mem- Consultative des Droits de l’Homme figuraient la liberté religieuse, bre, à la réunion du conseil d’admi- française –, une délégation du minis- la discrimination, l’universalisme et nistration du Forum mondial des tère de l’Intérieur du Qatar s’est ren- le relativisme des droits de l’Homme, droits de l’Homme en vue du choix due en visite officielle en France où ainsi que leur effectivité. M. Robert du thème et de l’organisation du elle a été reçue par le Médiateur de Badinter y a traité du thème de l’abo- 4e forum, qui se déroulera à Nantes la République. Intéressée par la poli- lition de la peine de mort. du 28 juin au 1er juillet 2010. tique de gestion des flux migratoires de la France, la délégation a visité une forte présence À l’occasion de sa visite au Luxem- le centre de rétention administra- sur la scène internationale bourg, le 24 mars, le Médiateur de la tive du Mesnil-Amelot. La création Le 10 décembre 2009 à Varsovie, la République a présenté à son homo- d’un centre de formation à Doha est préparation du projet de convention logue luxembourgeois les méthodes également à l’étude pour mars 2010 de coopération entre Monsieur Janusz et modalités de la mise en place du entre le Comité National des Droits Kochanowski, commissaire pour la Pôle Santé et Sécurité des Soins de l’Homme du Qatar et le Média- protection des droits civiques de la auprès de l’Institution ainsi que la teur de la République. république de Pologne, et Monsieur réforme constitutionnelle qui va ins- Le modèle français de Médiateur a Jean-Paul Delevoye, Médiateur de la taurer le Défenseur des droits, insti- également été présenté lors d’une République française, devrait permet- tution que le Grand-Duché aimerait conférence internationale organisée tre prochainement le lancement du lui aussi créer. Il a ensuite rencontré en mai à Ankara sur les droits de réseau de coopération dans le cadre du le Premier ministre et le président l’Homme et la création d’un média- partenariat d’Europe orientale décidé du Parlement. En mai, une déléga- teur indépendant en Turquie. Le par l’Union européenne. Ce programme tion de l’ombudsman des Pays-Bas a Médiateur de la République a éga- de coopération, initiative conjointe rencontré le Médiateur de la Répu- lement été sollicité par la ministre de ces deux institutions, a vocation à blique pour des échanges autour de des Droits de l’Homme d’Irak, qui soutenir les institutions nationales de la coopération entre le Médiateur souhaitait s’inspirer du modèle médiation d’Arménie, d’Azerbaïdjan, de la République et la Commission français pour mettre en place des de Biélorussie, de Géorgie, de Moldavie Nationale Consultative des Droits structures de droits de l’Homme et d’Ukraine sur la période 2009-2013. de l’Homme française, en vue de la dans son pays. Le Liban a lui aussi Cette convention, basée sur une coo- création d’une Commission analo- demandé à bénéficier de l’expertise pération volontaire des partenaires, a gue aux Pays-Bas. Plus récemment, française à la suite du vote de la loi pour principal objectif de renforcer les le Médiateur fédéral belge s’est éga- instaurant l’institution de médiation pouvoirs des ombudsmans et de par- lement intéressé aux délégués du au pays du cèdre. Le Médiateur de la ticiper à la construction d’une société Médiateur français dans les prisons République a ainsi participé au col- démocratique en accordant une place avec pour objectif d’installer un sys- loque de promotion de l’institution importante aux droits individuels. tème similaire en Belgique. K 74 rapport annuel 2009
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    le défenseur desdroits, un ombudsman à la française Que de chemin parcouru depuis la Depuis de nombreuses années, plu- ce contexte que les travaux de la loi du 3 janvier 1973 qui institua le sieurs universitaires avaient appelé commission présidée en 2007 par Médiateur de la République ! L’Insti- de leurs vœux une constitutionna- Édouard Balladur ont abouti à la tution, dont la création fut à l’époque lisation du rôle du Médiateur de la proposition, d’une part, d’accroître votée à une voix près seulement, a République. les pouvoirs actuels de l’Institution, su depuis trouver sa place dans la d’autre part, de permettre la saisine société, a largement contribué au Par ailleurs, divers rapports parle- directe et, enfin, de regrouper un débat démocratique et est devenue mentaires avaient formulé le souhait certain nombre d’autorités. un acteur indispensable en matière de voir un certain nombre d’auto- de rapprochement de la sphère rités indépendantes mutualiser Le rapport propose « que le Média- publique et des citoyens. davantage leur action. C’est dans teur de la République voie sa dénomination modifiée et que l’existence d’un Défenseur des droits fondamentaux soit expres- sément consacrée par un titre de la Constitution ». Cet ombudsman à la française, Jean-Paul Delevoye l’appelait de ses vœux depuis longtemps, soutenu par plusieurs anciens ministres et d’éminents juristes. Dès 2007, Jean- Paul Delevoye a demandé à ses collaborateurs de travailler sur les pistes d’évolution législative envisa- geables pour améliorer le fonction- nement et l’impact de l’Institution. Ponctuellement assistées par des constitutionnalistes et des publi- cistes, les équipes du Médiateur de la République ont réalisé des enquêtes, études et questionnaires afin, notamment, de comparer les pouvoirs des ombudsmans en place aux niveaux européen et interna- tional. Leurs analyses ont nourri les propositions que Jean-Paul Dele- voye a portées aux décideurs poli- tiques pour orienter l’évolution du Médiateur de la République. OOO médiateur de la république 75
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    Un ombUdSman à La FrançaiS LE DÉFENSEUR DES DROItS, UN OMBUDSMAN À LA FRANçAISE OOO La révision constitutionnelle du l’ensemble institutionnel chargé de En l’état, le projet de loi présente 23 juillet 2008 a officiellement créé la protection des droits et libertés certaines avancées et le Défenseur le Défenseur des droits en lui consa- plus cohérent et efficace, le Défen- des droits devrait se voir effective- crant le titre XI bis de la Constitu- seur des droits devrait voir ses attri- ment conférer des pouvoirs et des tion du 4 octobre 1958. En l’élevant butions couvrir celles exercées par moyens d’action plus importants. au niveau constitutionnel, la Répu- le Médiateur de la République, et Son pouvoir d’injonction sera d’abord blique a voulu montrer l’autorité s’élargir à celles du Défenseur des renforcé. Il pourra ainsi enjoindre qu’elle entendait reconnaître à la enfants et de la Commission natio- l’administration ou l’organisme future institution, comme l’ont déjà nale de déontologie de la sécurité. concerné de prendre les mesures fait certains de ses voisins euro- Le Défenseur des droits renforcera nécessaires si les recommandations péens, tels l’Espagne, la Suède ou aussi ses liens avec d’autres autori- qu’il a formulées n’ont pas été sui- encore le Portugal. La constitution- tés administratives indépendantes vies d’effet. Le Défenseur des droits nalisation répond à une volonté de intervenant dans le domaine de la pourra proposer aux parties au litige lui donner une assise plus grande au protection des droits, notamment de conclure une transaction. Il aura sein de l’édifice institutionnel et un la Haute autorité de lutte contre la possibilité d’être entendu devant rang la plaçant davantage au-dessus les discriminations et pour l’égalité toute juridiction afin de présenter des acteurs politiques et des autres (Halde) et la Commission nationale ses observations dans une affaire en services publics. En accordant à de l’informatique et des libertés cours, qu’elle soit civile, administra- chacun la possibilité de le saisir (Cnil), dont il deviendra membre tive ou pénale. Enfin, il pourra sai- directement, le législateur a égale- des collèges. sir le Conseil d’État d’une demande ment souhaité ouvrir l’Institution d’avis sur l’interprétation ou la por- au plus grand nombre et favoriser Ces dispositions restent encore tée d’un texte législatif ou régle- ainsi un meilleur accès au droit. Le à préciser. Ce sera tout l’objet du mentaire, afin de prévenir les éven- Défenseur des droits pourra en effet débat parlementaire qui se tiendra tuelles difficultés d’interprétation être saisi par toute personne s’esti- en 2010 et qui validera définitive- divergente des textes applicables. mant lésée par le fonctionnement du ment le champ de compétences, Le Défenseur des droits disposera service public et disposera en outre l’organisation et les pouvoirs du de surcroît de moyens d’inspection d’une faculté d’autosaisine. Défenseur des droits. Jean-Paul et d’investigation plus développés. Delevoye poursuit sa réflexion, avec Il pourra ordonner la communica- La mise en œuvre effective du ses services et quelques experts, tion de toutes informations et pièces Défenseur des droits nécessite une sur cette nouvelle institution ; il for- et disposera d’un droit d’accès aux loi organique précisant le statut, les mulera d’ailleurs des propositions locaux administratifs ou privés. missions et les pouvoirs de cette d’amélioration supplémentaires en Parmi les sujets qui restent au cœur nouvelle institution. Un premier 2010 lors des auditions parlemen- des propositions du Médiateur, la texte a été adopté en Conseil des taires qui jalonneront la finalisa- question de la recommandation en ministres en septembre 2009 puis tion de la loi organique instituant le équité occupera une place de pre- transmis au Sénat. Destiné à rendre Défenseur des droits. mier plan. En effet, dans le domaine du règlement amiable, qui constitue Titre XI bis, article 71-1 de la Constitution du 4 octobre 1958 modifiée le cœur de son activité, le Médiateur de la République se heurte souvent « Le Défenseur des droits veille au respect des droits et libertés par à une difficulté particulière tenant à les administrations de l’État, les collectivités territoriales, les établissements la contradiction existant entre deux publics ainsi que par tout organisme investi d’une mission de service public, ou à l’égard duquel la loi organique lui attribue des compétences. Il peut être textes législatifs. saisi, dans les conditions prévues par la loi organique, par toute personne De même, dans le cadre du règle- s’estimant lésée par le fonctionnement d’un service public ou d’un organisme ment des dossiers proposés par le visé au premier alinéa. Il peut se saisir d’office. La loi organique définit Médiateur de la République, celui- les attributions et les modalités d’intervention du Défenseur des droits. ci peut être appelé à émettre ce que Elle détermine les conditions dans lesquelles il peut être assisté par un l’on appelle une recommandation en collège pour l’exercice de certaines de ses attributions. Le Défenseur des équité, dans des cas particuliers. droits est nommé par le président de la République pour un mandat de Cette notion, mentionnée à l’article 9 six ans non renouvelable, après application de la procédure prévue au dernier de la loi du 3 janvier 1973 modifiée, alinéa de l’article 13. Ses fonctions sont incompatibles avec celles de membre du gouvernement et de membre du Parlement. Les autres incompatibilités constitue l’un des principaux fonde- sont fixées par la loi organique. Le Défenseur des droits rend compte ments de l’action du Médiateur de de son activité au président de la République et au Parlement. » la République. Rarement utilisée, et destinée à l’être avec parcimonie, 76 rapport annuel 2009
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    elle vise principalementà permet- connue, voire inconnue – n’est pas tant toute disposition contraire. tre de solutionner un dossier soit en toujours comprise et acceptée par L’exonération de toute responsa- l’absence de textes, soit en cas de les divers services publics auxquels bilité, notamment financière, des conflits de textes de même valeur elle est adressée. La loi organique agents qui exécuteront une recom- et, enfin, lorsque les conséquences pourrait donc préciser les modalités mandation en équité du Défenseur de l’application d’un texte créent d’exécution des recommandations des droits devrait également être à titre individuel une situation par- en équité du Défenseur des droits prévue pour donner toute son effi- ticulièrement inéquitable. Dans ces afin d’en réaffirmer la primauté. » cience à ce pouvoir si original. Dans cas exceptionnels, le Médiateur tente Il conviendrait, en effet, de prévoir la même optique, un rapport parti- de proposer une solution compatible que l’intervention du Défenseur des culier au Parlement sur ces recom- avec l’esprit de la loi ou du règlement. droits sur le fondement de l’équité mandations à incidences financières « Une telle recommandation – peu puisse être mise en œuvre nonobs- pourrait être envisagé. Le Défenseur des droits constitue donc une avancée institutionnelle indéniable et répond à la logique de rationalisation et à la recherche d’efficacité tant souhaitées. Le pro- grès le plus sensible se situe à n’en pas douter du côté des réclamants eux-mêmes : les personnes s’esti- mant victimes bénéficieront bientôt d’un interlocuteur plus aisément identifiable et pourront le saisir avec davantage de facilités. Le Médiateur n’est pas décideur politique, c’est au législateur de déci- der du contenu de ce projet de loi. Le Médiateur garde néanmoins la liberté d’interpeller le politique sur certains points et de rappeler quel- ques principes immuables : quels que soient le périmètre et l’organi- sation interne choisis, le Défenseur ne pourra que conférer à chacune des autorités indépendantes qu’il regroupera en son sein des pouvoirs et des moyens d’action supplémen- taires. Hisser le Défenseur au niveau constitutionnel ne peut que se tra- duire par un « effet d’aspiration ascendante » pour ces autorités. Les débats à venir devront privilégier la défense des causes et des person- nes par rapport à la sauvegarde des structures. K médiateur de la république 77
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    portrait de l’institution toute l’activité des services du Médiateur de la République tend vers un objectif : que chaque réclamation trouve une réponse, l’usager étant guidé dans le labyrinthe administratif. Plus facilement acces- sible aux citoyens, l’Institution a renforcé ses capacités d’écoute, notamment en mettant en place un formulaire éléctronique, en ache- vant sa couverture du milieu carcéral ou encore en favorisant la mon- tée en puissance du Pôle Santé et Sécurité des Soins. Créé le 1er jan- vier 2009, ce dernier est venu compléter le champ de compétences du Médiateur de la République. Forces de propositions reconnues pour faire évoluer les cadres législatifs, les secteurs de l’Institution ont de plus inscrit leur action dans la perspective du passage au Défenseur des droits. ••• direction du développement territorial Les délégués : des femmes et des hommes proches de ceux qui ont besoin d’eux p. 79 le secteur recevabilité orienter, informer et traiter les urgences p. 80 le secteur des affaires générales Une forte technicité dans un environnement en constante évolution p. 81 le secteur agents publics-pensions Carrière, précarité, chômage, maladie, pensions : des réclamations polymorphes p. 82 le secteur Justice orienter le réclamant et faciliter le dialogue avec l’administration p. 83 le secteur social pour une meilleure compréhension entre assurés et organismes de protection sociale p. 84 le secteur fiscal vers de meilleures garanties pour le contribuable p. 85 le secteur des réformes Comment engager les autorités à accepter le débat public sur des questions essentielles p. 86 le pôle santé et sécurité des soins Comprendre, intervenir, alerter p. 87 78 rapport annuel 2009
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    DIRECtION DU DÉVELOPPEMENttERRItORIAL les délégués : des femmes et des hommes proches de ceux qui ont besoin d’eux Un développement du réseau orienté vers la proximité : 419 points d’accueil permettent à tous les publics de recourir à l’institution. À la fin de l’année 2009, 281 délégués accueillent 281 délégués pénitentiaires, bénéficient d’un accès direct à 419 points le public dans 419 points d’accueil, chiffre en un délégué du Médiateur. 60 de ces sites dis- constante progression au cours de ces derniè- posent d’une permanence régulière, les 104 d’accueil res années. Fidèle à sa mission, l’Institution autres étant desservis au cas par cas. 149 délé- cherche toujours à se rapprocher de ceux qui ont le plus besoin d’elle, comme les habitants 57 500 gués (soit plus de la moitié de l’effectif total du réseau) sont actuellement impliqués dans ce détenus bénéficient des quartiers sensibles et les personnes handi- d’un accès programme. capées ou détenues. à un délégué un développement harmonieux grâce 210 délégués accueillent aujourd’hui le public à la mutualisation des savoir-faire dans des structures de proximité comme les Une croissance aussi importante ne doit pas maisons de la justice et du droit, les maisons se faire au détriment de la qualité des inter- de service public ou les points d’accès au droit, ventions. Les délégués bénéficient d’une for- ou encore les structures mises à disposition mation permanente assurée par l’Institution par les collectivités territoriales. 108 délégués (près de 250 jours de formation assurés en les reçoivent toujours en préfecture et 33 en 2009). L’ensemble des délégués ont accès aux sous-préfecture. La plupart des implantations outils informatiques de l’Institution (messa- récentes résultent du souci permanent des gerie et portail intranet), qui permettent à la délégués de se rapprocher des usagers : c’est fois un apport documentaire et des échanges ainsi que les cinq délégués du gard reçoivent à l’intérieur du réseau. le public dans douze points d’accueil différents, Enfin, les délégués sont également incités à ou que certains autres délégués ont dédou- mutualiser leurs savoir-faire par le biais du tra- blé leur lieu de permanence, comme à Liévin, vail collégial. Aujourd’hui, 226 délégués, issus dans le Pas-de-Calais, ou à Saint-Denis de La de 73 départements différents, soit plus des Réunion. La situation des points d’accueil n’est deux tiers du réseau, se retrouvent régulière- pas figée : si l’activité d’un lieu d’accueil n’est ment pour des réunions de travail qui favori- pas satisfaisante, la permanence est trans- sent la cohésion dans l’approche des dossiers férée. C’est ainsi qu’en 2009, celle de Vernon, et leur apportent un appui supplémentaire en dans l’Eure, a été transférée à Louviers, celle instaurant des échanges réguliers entre eux. de Vandœuvre-lès-Nancy à Briey et celle de Ces délégués se retrouvent désormais qua- Saint-André à Saint-Pierre à la Réunion. tre ou cinq fois par an, dans un cadre inter- départemental, pour des réunions de travail une implantation renforcée regroupant une dizaine de participants. Le en milieu carcéral regroupement se fait sur des critères géo- La mise en œuvre du programme a été pour- graphiques ou de facilité de transport. Les suivie à un rythme soutenu et, fin 2009, le régions Centre, Bretagne, Limousin et Cham- bilan peut être considéré comme satisfaisant : pagne-Ardenne ont découvert ce type de 57 500 détenus (dont 3 140 en outre-mer), soit travail depuis le début de l’année 2009 et la 94 % de l’effectif total, répartis sur 164 sites démarche se poursuit. médiateur de la république 79
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    OOO LE SECtEUR RECEVABILItÉ orienter, informer et traiter les urgences La recevabilité est la plate-forme d’accueil et d’orientation des réclamations qui arrivent à l’institution. toute urgence détectée est traitée par une cellule dédiée. elle apporte des réponses aux réclamations non recevables et les dirige vers les organismes compétents. Le secteur de la Recevabilité remplit deux mis- 6 443 dossiers La deuxième mission de la Recevabilité cor- sions essentielles. En premier lieu, il récep- reçus (hors pôle respond à une autre vocation du Médiateur de tionne l’ensemble des requêtes adressées Santé) la République : incarner un point d’accès péda- au Médiateur de la République, directement ou par l’intermédiaire d’un parlementaire. Il 118 dossiers gogique au droit et un interlocuteur de proxi- mité. Pour le secteur Recevabilité, une règle traités par la cellule examine ensuite les demandes, oriente celles d’urgence, dont 12 d’or est de ne jamais laisser une demande sans qui sont recevables vers l’un des secteurs issus du traitement réponse. En effet, il s’agit de traiter les récla- d’instruction du Médiateur de la République et, des formulaires mations non recevables car n’entrant pas dans le cas échéant, vers le Pôle Santé et Sécurité des Soins, ou vers les délégués territoriaux. 52,5 % des son champ de compétence au sens de la loi du 3 janvier 1973. Elles représentent près de la dossiers adressés En 2009 a été constatée une augmentation des moitié des demandes adressées au Médiateur à l’institution sont demandes relatives à la nationalité et les pen- non recevables, de la République et concernent principalement sions pour des ressortissants de territoires soit 3 377 dossiers des litiges d’ordre privé : problèmes familiaux, anciennement français ainsi que sur les ques- traités au fond rapports entre locataires et propriétaires, tions d’amendes. par la recevabilité droit de la consommation, procédures judiciai- L’année 2009 aura aussi été marquée par un élargissement des modes de saisine du Média- 2 387 mails res en cours, etc. Les requérants reçoivent, après traitement par le service, une réponse reçus et traités. teur de la République. En septembre, le sec- 1 669 formulaires claire, complète et utile qui précise pour- teur Recevabilité a en effet mis en place un depuis le quoi le Médiateur de la République n’est pas formulaire électronique. En quelques semai- 1er septembre compétent en la matière, quelles démarches nes, cet instrument a été plébiscité par les 2009, dont 1 342 ont ils auraient dû – ou peuvent encore – entre- administrés qui, l’utilisant presque autant que donné lieu à la prendre et les coordonnées des organismes à le courrier classique, ont pratiquement fait création d’un contacter le cas échéant. La Recevabilité pal- dossier, soit 80,4 %. doubler le nombre de demandes transmises lie ainsi la méconnaissance des procédures au Médiateur de la République. Avantage : il administratives de la part du grand public. permet d’accélérer les échanges lorsque le Il arrive que la Recevabilité détecte l’urgence secteur a besoin d’informations complémen- d’une réclamation dès sa réception : menace taires sur les réclamations, qui peuvent donc d’expulsion, blocage de comptes bancaires, plus rapidement recevoir une réponse ou par- suppression d’un revenu minimum, etc. Le tir en instruction. Le succès de ce formulaire très court laps de temps dont dispose parfois ne le destine néanmoins pas à se substituer l’administré pour déposer un autre recours au papier, les segments de population visés peut aussi accentuer la nécessité de lui appor- n’étant pas les mêmes. ter une réponse rapide. 118 dossiers ont été ainsi traités en 2009 par sa cellule d’urgence. 80 rapport annuel 2009
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    LE SECtEUR AFFAIRESgÉNÉRALES une forte technicité dans un environnement en constante évolution énumérer les domaines couverts par le secteur des affaires générales (age) reviendrait à établir une liste à la prévert des petits drames quotidiens et des grandes questions de principe qui émaillent la vie de tout un chacun. Un secteur où rigueur juridique et initiatives se conjuguent pour instruire utilement les réclamations fondées. Les chargés de mission du secteur AgE sont 666 dossiers peut imposer de solution. N’étant pas partie issus des services juridiques des administra- clôturés en 2009 au litige, ni avocat de l’une des parties auprès tions centrales, des collectivités territoriales ou des établissements publics. Ils allient leur 782 dossiers de l’autre, ni juge, il poursuit, avec la distance que lui permet la liberté du service gratuit qu’il ouverts en 2009 connaissance de la vie administrative à leur offre aux réclamants, la recherche de l’accord dont volonté de soutenir utilement les réclamations des parties sur une solution qui clôt le passé qui méritent une médiation, afin de rechercher 39 % concernent et ouvre le présent. Ce qui suppose de l’écoute des solutions d’équité, tant dans le respect du les amendes et… beaucoup de temps. cadre juridique que dans celui des parties en et la circulation De par la variété des dossiers qu’il est amené litige. Il s’agit là d’un travail rigoureux et créatif, routière à traiter, le secteur Affaires générales connaît qui ne doit ni mettre en accusation une admi- nistration ni peser sur la liberté politique des et 29 % de nombreux interlocuteurs au niveau local (collectivités territoriales, préfectures, DDE, l’urbanisme, élus. Il encourage le cas échéant l’administra- l’environnement, Drire, Drass, etc.) et au niveau national, auprès tion ou la collectivité à modifier ses pratiques. le domaine public, des ministères, notamment. Bien souvent, il est nécessaire de « détrico- la voirie et les Les matières abordées nécessitent une forte ter » une situation devenue complexe au fil des travaux publics technicité et une mise à jour constante des ans avant d’arriver à une solution juridique connaissances portant sur les textes et la équitable. Le Médiateur de la République ne jurisprudence, qui évoluent régulièrement. Sur les thèmes les plus importants ou les plus fréquents, le secteur AgE élabore des notes domaines couverts par le secteur techniques et d’actualité mettant en lumière des affaires générales les axes de réforme à envisager. Agriculture – Remembrement – Collectivi- tés territoriales – Marchés publics – Com- munication & presse – Libertés publiques – Économie et subventions diverses – Ser- vices publics – Éducation et formation pro- fessionnelle – Équivalence de diplômes – Accès aux professions réglementées – Culture – Environnement – Expropriations – Urbanisme – Aménagement du territoire – Voirie – Domanialité – travaux publics – transports et circulation routière – tou- risme – Santé – Responsabilité administra- tive – Police administrative – Exécution des décisions de justice prises par la juridiction administrative, etc. OOO médiateur de la république 81
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    LE SECtEUR AgENtSPUBLICS-PENSIONS carrière, précarité, chômage, maladie, pensions : des réclamations polymorphes La protection sociale des fonctionnaires est loin d’être parfaite. de même, et contrairement aux idées reçues, la précarité des emplois et des revenus existe aussi dans la fonction publique ainsi que chez les contractuels de droit public. enfin, même si la réforme des retraites de 2003 s’éloigne dans le temps, le thème des pensions reste le deuxième sujet de saisine du secteur, après les litiges concernant les carrières. Le secteur Agents publics-pensions (AgP) s’oc- 406 dossiers l’augmentation des contractuels en son sein. cupe des litiges concernant les fonctionnaires ouverts en 2009 D’autre part, malgré l’aboutissement imminent des trois fonctions publiques (territoriale, hos- pitalière et d’État), pour tout ce qui ne relève pas 302 dossiers et d’une des propositions de réforme du Médiateur de la République pour harmoniser sur ce point clos du pouvoir hiérarchique de l’administration qui dont les statuts des trois fonctions publiques, les les emploie. Il est également saisi des cas des réclamations perdurent concernant les fonc- agents n’ayant pas le statut de fonctionnaire 32 % de dossiers tionnaires d’État placés en disponibilité d’office mais qui relèvent d’un contrat public, personnes « vieillesse » pour raison de santé, et qui se trouvent, parfois de plus en plus nombreuses du fait d’un recours croissant aux contractuels par les collectivités 8% et pendant plusieurs mois, sans aucun revenu à cause des errements de leur administration. de dossiers territoriales et les administrations. Le traitement « chômage » Concernant les gestions de carrière et leurs de ces dossiers requiert à la fois une expertise effets à terme sur les pensions, les saisines particulière mais aussi toujours plus de poly- 26 % massives de dossiers d’un même type se valence. En effet, si les aspects concernant la de médiations sont taries depuis fin 2008. Le secteur AgP gestion des carrières sont soumis aux règles de réussies traite aujourd’hui de plus en plus de dossiers la fonction publique, les problématiques de pro- complexes, ayant parfois plusieurs facettes tection sociale et de Sécurité sociale des agents et demandant une expertise juridique affi- publics convergent de plus en plus vers celles née. À la faveur de cette baisse tendancielle des grands régimes du secteur privé. des volumes d’entrée, qui s’est poursuivie sur Le Médiateur de la République est toujours les trois quarts de l’année 2009, on a noté un saisi d’un nombre important de dossiers saut qualitatif marquant. Les dossiers ont concernant l’indemnisation du chômage, pu être gérés en flux tendu, permettant un non seulement parce que certaines structu- contact plus efficace et plus exigeant avec les res hospitalières ou petites collectivités ter- administrations partenaires. La proportion de ritoriales connaissent mal les subtilités de médiations réussies a d’ailleurs doublé. la législation sur ce point, mais aussi parce Les litiges concernant les anciens combattants que, comme l’État lui-même, elles prati- et les victimes de guerre restent stables, alimen- quent l’auto-assurance et que le paiement tés par la faiblesse des moyens mis en œuvre d’allocations chômage qu’elles n’ont pas par l’administration pour absorber les effets des prévues, donc pas budgétées, représente un décisions politiques généreuses mais nécessi- surcoût devant lequel elles reculent. grâce tant une instruction longue et complexe. à l’action du Médiateur de la République, Enfin, on observe depuis fin octobre un afflux beaucoup ont compris que le conventionne- de nouveaux dossiers (environ 25 % des entrées ment avec l’Unedic et le Pôle Emploi deve- de l’année sur novembre-décembre). Absorber nait une sage précaution face à l’évolution ce nouveau flux en maintenant le même niveau des emplois dans la fonction publique et à de qualité sera le challenge de 2010. 82 rapport annuel 2009
  • 85.
    LE SECtEUR JUStICE orienterle réclamant et faciliter le dialogue avec l’administration Le secteur Justice traite essentiellement des questions relatives aux droits des étrangers, à la nationalité et à l’état civil. en 2009, la répartition par nature des requêtes traitées a été voisine de celle observée en 2008, avec cependant une légère baisse des réclamations sur les droits des étrangers. Le secteur Justice traite les litiges opposant les 591 dossiers Les interlocuteurs habituels du secteur Justice personnes physiques ou morales au service ouverts en 2009 sont les bureaux des étrangers des préfectu- public de la justice. Cette activité couvre les trois dont res, le service central d’état civil du ministère composantes du ministère de la Justice : servi- ces judiciaires, administration pénitentiaire et 32 % sur les des Affaires étrangères et européennes, les procureurs de la République et les rédacteurs droits des étrangers protection judiciaire de la jeunesse. Elle s’at- du service de la nationalité du ministère de la tache également aux tâches d’administration et 18 % sur Justice. judiciaire accomplies par les membres des juri- les questions L’année 2009 voit se poursuivre la généralisa- dictions ainsi qu’à l’activité des professions qui de nationalité tion des permanences de délégués du Média- participent aux procédures juridictionnelles : avocats, avoués, notaires, experts auprès des 537 dossiers clos teur de la République dans les établissements pénitentiaires, couronnant de succès l’expé- tribunaux. Le secteur Justice est également rimentation engagée en 2005 pour permettre compétent pour les affaires liées à l’état civil et d’élargir l’accès de la population des détenus au droit des étrangers. à la médiation. Dans l’optique pédagogique Avec près de 32 % des dossiers traités, le qui est celle de l’Institution, il a poursuivi son droit des étrangers représente la part la plus action en faveur d’un meilleur accès au droit importante de l’activité et concerne les per- pour les personnes emprisonnées. sonnes tout au long de leur vie : visa, titre de séjour, regroupement familial, naturalisation. Le secteur Justice effectue plus particulière- ment dans ce domaine un important travail de pédagogie afin de mieux informer les requé- rants, notamment sur le « pouvoir d’appré- ciation » de l’administration, souvent perçu comme injuste. Les questions de nationalité (18 %) et d’état civil (17 %) représentent, en volume, les deux autres domaines les plus importants parmi les réclamations traitées. Le reste de l’acti- vité du secteur est constitué par le traitement des requêtes touchant au service public de la justice et aux procédures judiciaires ainsi que celles concernant les auxiliaires de justice. Si les délais d’instruction dépassent rarement quelques mois, les affaires d’état civil, malgré la grande complexité qui les entoure, peuvent parfois être résolues en 48 heures. médiateur de la république 83
  • 86.
    LE SECtEUR SOCIAL pour une meilleure compréhension entre assurés et organismes de protection sociale Les organismes de protection sociale et les structures gérant l’aide sociale sont de plus en plus sollicités et peinent à fournir une réponse adaptée à la grande disparité des situations professionnelles et familiales. assurances vieillesse et chômage sont les thèmes les plus fréquemment traités par le secteur Social. Le secteur Social instruit principalement des 521 dossiers Les très fréquentes évolutions de la législation, litiges liés aux prestations de Sécurité sociale, clôturés en 2009 particulièrement notables dans le domaine aux cotisations, aux retraites de base et com- dont social et qui peuvent amener les administra- plémentaires, aux allocations et prestations familiales et sociales, aux minima sociaux, aux 33 % dossiers tions à donner des réponses contradictoires, entraînent un grand nombre de réclamations pour l’assurance aides au logement, aux aides à l’emploi et à vieillesse adressées au Médiateur de la République. Leur l’indemnisation du chômage. instruction est de surcroît compliquée par la Fournir des explications aux administrés et21 % relative inadéquation des textes aux évolutions constitue l’un des pans essentiels de l’activité pour l’assurance de la société. Les mobilités professionnelles du secteur Social. Dans le dédale des procé- chômage et sociales multiples associées à des régimes dures et des textes relatifs à la couverture sociale, les requérants sont souvent désar- 829 dossiers différents sont en grande partie à l’origine de la complexité croissante des plaintes. ouverts en 2009 més, et parfois révoltés. Face à des refus Les autres ont largement porté sur la question d’aide, des retraits de prestations parfois des retraites, un sujet récurrent qui représente signifiés sans préavis ni explication, voire face une large part de l’activité du secteur Social et au silence de certains organismes, une sim- promet de le rester en 2010, et au-delà. ple information peut tout changer. Au cours de l’instruction des dossiers, le secteur Social a donc l’occasion, fréquemment, d’expliciter les règlements sociaux et leur application. Le secteur Social s’emploie également à met- tre en place et à développer des réseaux de correspondants dans les organismes sociaux et les administrations, qui sont des relais essentiels pour mener à bien son action. Agis- sant également en étroite collaboration avec les délégués territoriaux du Médiateur de la République, caractérisés par leur proximité physique avec les administrés, le secteur Social s’efforce de choisir, selon l’urgence des cas à traiter, les interlocuteurs et le mode d’intervention qui conférera la plus grande efficacité à son activité. 84 rapport annuel 2009
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    LE SECtEUR FISCAL versde meilleures garanties pour le contribuable Les conditions d’application de la réglementation, souvent perçues comme instables et trop restrictives – donc injustes –, renforcent le désir d’obtenir des informations claires et de disposer de véritables garanties. La quasi-totalité des dossiers instruits par 458 dossiers Parmi toutes ces réclamations, il apparaît le secteur Fiscal concernent la fiscalité de ouverts en 2009 qu’à côté des solutions de compromis, des l’État ou des collectivités territoriales ou de dont dégrèvements obtenus, des remises gra- leurs groupements. Ces affaires, très variées et aux enjeux financiers et sociaux multiples, 26 % concernent cieuses ou des délais accordés, la demande d’informations face à la complexité fiscale est un régime fiscal sont présentées à tous les stades de la pro- dérogatoire de plus en plus importante. Rendre les textes cédure administrative et contentieuse, depuis ou de faveur plus lisibles et expliquer les décisions qui en la contestation de la base de l’impôt ou de découlent, notamment la position prise par les son recouvrement jusqu’au recours devant le 12 % concernent administrations, occupent une place prépon- juge et même après jugement. Les questions le contrôle fiscal des dérante dans l’activité de l’Institution. Ce fai- entreprises de fiscalité personnelle y tiennent une place sant, le Médiateur aide aussi les administrés à majeure et portent sur les situations familiales 8% concernent faire valoir leurs droits. (divorce, quotient familial, pensions alimen- la transmission Le secteur Fiscal constate aussi que les dos- taires), professionnelles (frais réels, prime du patrimoine siers fondés sur un point de droit précis et par- à l’emploi, indemnités de chômage), patri- moniales (successions, donations, valeurs 15 % des ticulier ne forment plus une majorité. Désor- mais, la plus grande partie des cas consiste dossiers, en lien vénales, plus-values) ainsi que sur les reve- en la contestation d’ensemble d’un dossier ou avec la crise nus exceptionnels et différés, ou les régimes économique, portent d’une procédure. Pour les citoyens, cela signi- dérogatoires des crédits d’impôt et avantages sur du gracieux fie qu’ils considèrent les comportements de divers (« niches fiscales »). l’administration et la complexité d’ensemble Les questions de contrôle fiscal (procédure, 366 dossiers du cadre législatif comme l’origine de ce qu’ils interprétation juridique des faits, difficultés clos en 2009 perçoivent comme des dysfonctionnements de recouvrement), principalement des entre- globaux, et que seule une autorité indépen- prises – dont certaines jouent leur survie et dante, le Médiateur de la République, peut l’emploi de leurs salariés –, concernent envi- alors débloquer la situation. ron 20 % des réclamations reçues. Le contrôle fiscal des particuliers résulte généralement de celui des entreprises dans lesquelles ils sont dirigeants ou associés, ou de cas d’usur- pation d’identité. Enfin, les recours contre les collectivités territoriales intéressent surtout les augmentations, jugées excessives, des impôts locaux et redevances, notamment pour le financement de l’enlèvement des déchets ménagers ainsi que leurs évaluations cadas- trales et les cas d’exonération. OOO médiateur de la république 85
  • 88.
    LE SECtEUR DESRÉFORMES comment engager les autorités à accepter le débat public sur des questions essentielles Face à une surenchère de textes législatifs susceptible d’engendrer des difficultés d’application pour les administrations et des effets injustes pour les administrés, le pouvoir de proposition de réformes du médiateur de la république poursuit essentiellement deux objectifs : la recherche d’une plus grande équité et la suppression des dysfonctionnements du service public. La loi du 3 janvier 1973, renforcée par celle 12 propositions Les propositions de réforme adressées aux du 12 avril 2000, confère au Médiateur de de réforme ministres concernés s’attachent soit à cor- la République un pouvoir de proposition de satisfaites en 2009 riger les dysfonctionnements d’un service réformes, par autosaisine ou par saisine directe de la part d’un citoyen, d’un parlemen- 6 propositions public ou d’une administration, soit à réduire les situations d’iniquité résultant de l’applica- de réforme non taire ou de tout acteur de la société civile. Les satisfaites en 2009 tion d’un texte. En 2009, 15 nouvelles propo- propositions de réforme s’inscrivent dans le sitions de réforme ont été formulées sur des prolongement logique de la médiation indivi- 55 propositions de sujets aussi divers que les droits sociaux liés duelle. Celle-ci place en effet le Médiateur de réforme en attente au Pacs, la protection des enfants, l’encadre- la République à un poste d’observateur des de réponse ment des frais bancaires, l’indemnisation des réalités sociales qui alimente sa réflexion en victimes des essais nucléaires français ou le vue d’améliorations législatives ou réglemen- renforcement du régime juridique des autop- taires. Au-delà, le Médiateur de la République sies judiciaires. intervient sur des sujets de société : évolution de la famille, retraites, mobilité européenne, protection du citoyen, du consommateur et des populations fragiles, indemnisation des victimes de drames sanitaires, fonctionne- ment de la justice et du système de soins, etc. 86 rapport annuel 2009
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    LE PôLE SANtÉ EtSÉCURItÉ DES SOINS comprendre, intervenir, alerter Le plus souvent contacté directement par un numéro de téléphoné dédié, le p3S déploie des moyens adaptés à la complexité des demandes du simple « aiguillage » du demandeur – vers les structures locales de médiation à l’examen approfondi du dossier en cas de conflit après un incident thérapeutique – pour préparer une future médiation physique. Avec près de 6 000 requêtes enregistrées en 60 % des Un grand nombre de cas complexes appellent 2009, le Pôle Santé et Sécurité des Soins (P3S) dossiers sont relatifs de la part du P3S un traitement approfondi. a démontré son utilité et la pertinence de son à des accidents Destinataire des réclamations des usagers rattachement au Médiateur de la République. médicaux et en litige avec des professionnels ou établis- chirurgicaux Il a innové pour ce qui concerne les moyens sements de santé, le Pôle se fait alors com- de contacter l’Institution. S’il reste possible de 17 % des muniquer le dossier médical concerné, met le saisir par l’intermédiaire des délégués du dossiers concernent en œuvre des moyens particuliers pour ana- Médiateur de la République sur le terrain ou en les infections lyser chaque dossier et reprendre pédagogi- passant par le standard du siège, près de 75 % nosocomiales quement chaque « histoire ». tous les quinze des demandes lui parviennent directement par le numéro vert dédié que des campagnes 10 % des jours, un staff médical se tient au Pôle avec un médecin permanent, un autre médecin réclamations sont d’information tentent au maximum de porter à liées à des violences à mi-temps, une infirmière, cinq médecins la connaissance des usagers des services de (contre 2 % en 2008) vacataires (qui sont par ailleurs en activité en santé. Les appels sont recueillis par un centre hôpital ou en clinique), un médecin urgentiste, externalisé, qui était déjà spécialisé dans la 8% des un médecin généraliste, un anesthésiste- sécurité alimentaire. demandes portent réanimateur et un chirurgien viscéral. Ils sur l’accès au droit Près de la moitié de ces appels consistent en consacrent une journée à une journée et demandes d’informations de la part des usa- gers des services de santé ou en demandes 5% des dossiers demie à l’analyse des dossiers, en compagnie de dix délégués thématiques : personnes de concernent des d’« aiguillage » vers le bon interlocuteur. Si accidents liés à référence, professeurs, un radiothérapeute, ces demandes initiales d’informations sont en l’utilisation d’un un magistrat dont le Pôle sollicite les avis. hausse, l’Institution se réjouit d’avoir en revan- produit de santé C’est ce travail qui permet au Pôle de mieux che observé une baisse des réclamations por- tant sur les difficultés d’accès au dossier médi- 60 médiations comprendre le déroulement des événements indésirables graves qui lui sont soumis et physiques en 2009 cal par l’usager. Cette amélioration fait suite à identifier les éventuels dysfonctionnements, l’intervention du Médiateur de la République 2 723 dossiers erreurs ou fautes médicales. auprès du ministère de la Santé, motivée par ouverts en 2009 les nombreuses réclamations dont il avait été saisi. À noter que 15 % des appels sont le fait 1 769 dossiers clos en 2009 de praticiens, souvent en situation de dialo- gue bloqué avec un patient : ils sont alors à la 2 806 appels recherche d’un interlocuteur indépendant et reçus au centre neutre. D’autres appels signalent des difficul- d’appel tés dans l’exercice des professions de santé, voire des déficits pouvant s’apparenter à de la « maltraitance ordinaire ». médiateur de la république 87
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    la gestion administrative et financière 2009 moyens budgétaires 11 099 009,00 e Midiss (Mission pour le développement de la médiation, Charges de personnel 7 274 792,00 e de l’information et du dialogue pour la sécurité des soins) personnels du siège* 5 914 792 e a été transférée vers le Médiateur de la République dès le délégués 1 280 000 e 1er janvier 2009, ce qui a entraîné une forte progression du Formation 80 000 e nombre de saisines de l’Institution. Charges de fonctionnement courant * 3 704 217,00 e Au sein du P3S, l’évolution de l’activité a justifié les recru- Locaux (dont loyer)** 1 980 700,00 e tements de médecins-experts, vacataires. moyens généraux (dont crédits mis à disposition du budget de l’état) 1 239 517,00 e la stratégie immobilière autres services extérieurs 484 000,00 e Dès 2004, Le Médiateur de la République a cherché à investissements 120 000,00 e diminuer le coût du loyer des locaux où ont été regroupés * Intégration Midiss devenue P3S ses services centraux. ** 475 000 e de gain de loyer ont permis d’une part de prendre Le fait que le Médiateur de la République ait réguliè- en charge le différentiel de dépense constaté lors du transfert de Midiss vers P3S et de rendre près de 300 000 e au budget de l’État rement fait savoir que le bail conclu en 2003 ressortait en fin d’exercice comme onéreux au mètre carré a amené le bailleur non seulement à prendre à sa charge plusieurs gros travaux En 2009, les chantiers engagés en 2008 ont été poursuivis, initialement inscrits dans le bail comme étant à la charge et d’autres initialisés. du locataire, mais surtout à financer, outre les travaux d’installation d’un ascenseur desservant, enfin, tous les la poursuite de l’amélioration de l’accueil étages, la réalisation concomitante de travaux permet- La collaboration avec les services de la Documentation tant de disposer de surfaces complémentaires, notam- française a été approfondie afin de parvenir à un trai- ment une salle de formation. tement complet et immédiat des appels téléphoniques Enfin, des surfaces supplémentaires ont été mises à dispo- qui nécessitent une réorientation vers d’autres services sition des services du Médiateur de la République (à l’ori- administratifs, en sollicitant notamment le 39 39. gine pour la durée des travaux, elles le resteront jusqu’au À la fin de l’année 2008, le Premier ministre et le Médiateur terme du bail) pour un montant de loyer revu à la baisse. de la République ont signé une convention qui a pour objet : Dans sa lettre définitive du 1er septembre 2009, la Cour • d’améliorer le traitement des courriels et des appels des comptes souligne que des « évolutions favorables » téléphoniques des usagers, sont intervenues concernant la situation immobilière de • de faire progresser l’utilisation et améliorer la qualité l’Institution. Elle donne par ailleurs un satisfaicit sur la des dispositifs d’information générale et d’orientation gestion de l’Institution. des usagers que sont www.service-public.fr et le 39 39. L’ensemble de la mise en œuvre de ce processus s’est personnels en fonction dans les services étalé sur l’année 2009. du médiateur de la république (au 31 décembre 2009) catégories la création du pôle santé total a b c et sécurité des soins (p3s) personnels mis à disposition L’année 2009 a été marquée par l’intégration du pôle par les administrations 33 24 5 4 Santé et Sécurité des Soins (p3S) au sein du Médiateur de personnels des caisses la République. Le P3S est chargé de renforcer le dialogue (Cpam, Urssaf et Cramif) 4 0 0 4 entre les usagers du système de soins et les profession- personnels détachés 10 7 1 2 nels de santé. Il analyse et traite toutes demandes d’in- p3S 5 4 0 1 formation ou réclamations qui mettent en cause le non personnels contractuels 35 26 0 9 respect du droit des malades, la qualité du système de personnels affectés par le Sgg* 13 3 2 8 santé, la sécurité des soins et l’accès aux soins. (dont 10 avaient le statut de personnels détachés jusqu’en 2007) En effet, à la demande de Madame la ministre de la Santé total 100 64 8 28 et par Convention avec la Haute Autorité de santé, la * Secrétariat général du gouvernement. 88 rapport annuel 2009
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    pour contacter leMédiateur de la République et ses délégués le MédiateUR de la RépUbliqUe 7, rue Saint-Florentin, 75008 Paris Tél. : 01 55 35 24 24 Fax : 01 55 35 24 25 les délégUés dU MédiateUR de la RépUbliqUe la liste des délégués, leurs adresses, coordonnées et permanences sont disponibles sur le site Internet de l’Institution : www.mediateur-republique.fr Rubrique : Délégués / où les trouver ? pôle santé sécURité des soins et www.lemediateuretvous.fr www.securitesoins.fr l’espace d’échanges et de réflexions sur les droits @ dialogUeR avec le MédiateUR de la RépUbliqUe e-mediateur est accessible via Windows live Messenger et Google Talk. Il suffit de l’ajouter à vos contacts et de commencer à dialoguer avec lui. MSN : mediateur-republique@hotmail.fr Google Talk : mediateur.republique@gmail.com pour transmettre votre dossier à un parlementaire de votre choix dépUtés sénateURs assemblée nationale Palais du luxembourg 126, rue de l’université, 75007 Paris 15, rue de Vaugirard, 75006 Paris Tél. : 01 40 63 60 00 Tél. : 01 42 34 20 00 adresses et horaires des permanences : adresses et horaires des permanences : www.assemblee-nationale.fr www.senat.fr Médiateur de la République Responsable de publication : Christian le Roux Conception et réalisation : Polynôme Communication – RCS Nanterre B 398 289 629 Rédaction : les services du Médiateur de la République ; aDH presse Photos : David Delaporte Impression : la Fertoise – 72405 la Ferté-Bernard Dépôt légal : 1er trimestre 2010
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    Diffusion La Documentationfrançaise 7, rue Saint-Florentin – 75008 Paris 29-31, quai Voltaire – 75344 Paris Cedex 07 Tél. : 01 55 35 24 24 – Fax : 01 55 35 24 25 Tél. : 01 40 15 70 00 – Fax : 01 40 15 68 00 www.mediateur-republique.fr www.ladocumentationfrancaise.fr Prix : 16 € ISBN : 978-2-11-099157-7 ISSN : 0182-7502