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N36

  1. 1. » P. 15 » P. 21 »   P. 6 SPORT SOCIÉTÉ » lire page 14 » suite page 5 Anaïka, une fillette pleine de rêves par Lamy Obed Haïti perd trois places au classement Mondial par Gérald Bordes Opont appelle au fair-play pendant la campagnePar Noclès Débrérus HAÏTI / ÉLECTIONS LÉGISLATIVES DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 NUMÉRO 36 WWW.LENATIONAL.HT QUOTIDIEN • 25 gourdesRÉPUBLIQUE D’HAITI ACTUALITÉ Un deuxième CSPJ fait son entrée dans l'histoire HAÏTI / ÉLECTIONS LÉGISLATIVES Un des nouveaux membres du CSPJ prononce le serment d’usage sous les regards du président Michel Joseph Martelly. Photo: J. J. Augustin L es membres du Conseil élec- toral provisoire ont procédé officiellement au lancement de la campagne électorale pour les législatives de 2015, à l’hôtel Best Western à Pétion-Ville, ce jeudi 9 juil- let. Cette cérémonie s’est déroulée en présence du ministre chargé des questions électorales, Jean Fritz Jean- Louis, du ministre de la Communi- cation, Rotchild Francois Junior, du directeur général de la Police nationale d’Haïti, Godson Orélus, ainsi que de certains partenaires nationaux et inter- nationaux invités par le CEP. « Map vote. Fanm, Gason, Jèn ann patisipe. Eleksyon pou avni peyim », voilà quelques slogans que l’on peut lire sur des t-shirts distribués par le Conseilélectoralprovisoireàl’occasion du lancement officiel de la campagne électorale pour les législatives du 9 août 2015. Du 9 juillet au 7 août à minuit, le CEP donne feu-vert à tous les candidats, partis et groupements politiques pour mener campagne sur toute l’étendue du territoire national en vue d’exposer leur vision, idéologie et programme politique. Trois morts par balles par jour en Haïti, selon la JILAP par Lionel Edouard
  2. 2. 2 | N0 36 DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 TRIBUNE D enombreuxDominicainsris- quent chaque jour leur peau pour défendre les droits de la personne contre les viola- tions des intérêts mesquins de leurs gouvernants et de leurs concitoyens d’extrême droite. Ces Dominicains observent impuissants les injustices faites aux Haïtiens et aux Domini- cains d’origine haïtienne, mais ils refusent de cautionner ce mal par leur silence. Pas question pour eux d’avaler aussi la propagande visant à légitimer les mauvais traitements infligés aux travailleurs haïtiens dans leur pays. Parmi ces Dominicains qui dénon- cent l’escroquerie et les politiques migratoires abominables des gou- vernements dominicains et haï- tiens, on trouve les courageux journalistes Huchi Lora, Edith Febles, Juan Bolívar Díaz, Rober- to Cavada, Amelia Deshamps, Marino Zapete. Dans leur mission de directeurs d’opinion, ils écar- tent toute considération métaphy- sique pour se prononcer en toute indépendance d’esprit et condam- ner l’Arrêt TC 168-13 appliqué contre les travailleurs haïtiens et inspiré de la politique d’essence trujilliste adoptée dans un souci d’épuration à travers le pays de l’ « ethnie haïtienne ». La perception négative dont sont victimes les Haïtiens en République Dominicaine s’apparente à celle qui frappe les Dominicains émigrés à Porto-Rico. Dans tous ces cas, le racisme, les discriminations et autres préjugés orientent les attitudes et jugements en stigmatisant un groupe social. Mais le cas haïtien est encore plus grave, car le trujillisme a diffusé pendant plus de trois décennies l’idéologie antihaïtienne du racisme d’État qui a culminé dans le massacre de dizaines de milliers d’Haïtiens en 1937. Une politique d’épuration ethnique qui est à nouveau appliquée aujourd’hui avec les départs soi-disant volontaires, les rapatriements et expulsions d’Haïtiens et de Dominicains d’origine haïtienne. Les stéréotypes racistes antihaïtiens ne cessent d’être attisés par les milieux dominicains d’extrême-droite qui véhiculent l’idée qu’Haïti est engagée dans la conquête pacifique du territoire dominicain. Au fait, l’Arrêt TC168- 13 est le résultat du matraquage de l’opinion publique dominicaine opéré par ce courant idéologique et politique réactionnaire. Qui a proposé dès 1999 que la Constitution dominicaine soit amendée pour supprimer le Jus Soli (droit du sol) et ouvrir la voie à la privation, rétroactivement à partir de 1929, de la nationalité conférée par ce principe aux Dominicains d’origine haïtienne [1]. Proposition réalisée avec l’amendement de la Constitution dominicaine en 2010. Le refus de trancher devant l’imposture et la recherche de circonstances atténuantes pour expliquer, sinon justifier, l’inacceptable sont des tentatives à peine voilées de détournement de la vérité et des manifestations évidentes de la pourriture ambiante. Du moins dans les esprits. Étape significative avant que cette gangrène ne gagne les corps des citoyens et l’ensemble du corps social. Pour éviter que la société dominicaine aille à sa perte, les Dominicains progressistes et démocrates refusent de détourner les yeux et mettent l’opinion publique nationale et internationale devant l’impasse créée par l’Arrêt TC 168-13. Impasse politique, économique, sociale, humanitaire. Mais surtout impasse affective. On ne peut en aucun cas parler d’amour du prochain quand on voit les Haïtiens harassés, battus, lynchés, et tués comme du bétail. C’est pour combattre ce renoncement à l’amour que le journaliste dominicain Marino Zapete est intervenu dans le débat sur les rapports haïtiano- dominicains. Il représente les confrères qui refusent d’être pris en otage par le statu quo dominant et qui informent au quotidien la population en disant la vérité sur la situation des Haïtiens et des Dominicains d’origine haïtienne ostracisés par l’Arrêt TC 168- 13. En collaboration avec sa consœur Edith Febles, Marino Zapete n’a cessé de révéler dans ses reportages la vérité sur la catastrophe actuelle. Animateurs du programmeEl Despertador de Color Vision, une des émissions les plus vues de la télévision dominicaine, Zapete et Febles ont présenté une émission particulièrement intéressante le 19 juin 2015. Contrairement à d’autres qui abandonnent sans avoir livré le combat, Marino Zapete et Edith Febles sont montés au créneau. Leur intervention a mis mal à l’aise le statu quo dominicain. On les connaissait déjà pour leur refus de propager le vide en érigeant des non-événements en actualité dans le but d’étourdir les téléspectateurs et de les maintenir dans l’illusion. À cet égard, la prestation du 19 juin 2015 est remarquable, car elle a permis de sortir les téléspectateurs dominicains de l’obscurité, de l’ombre et de la cécité. À cette émission aux multiples enseignements civiques et politiques, les partisans de la haine ont réagi avec violence en cambriolant le domicile de Marino Zapete le samedi 27 juin 2015. Trois hommes ont fait sauter les cadenas de la maison du journaliste et ont volé son ordinateur qui contenait, en plus de nombreuses notes d’importance capitale, le manuscrit d’un ouvrage en préparation. Mais la police a mis la main au collet des voleurs et l’ordinateur a été retrouvé [2]. Cette tentative pour effrayer et censurer Marino Zapete a été condamnée par l’Association des journalistes dominicains [Colegio Dominicano de Periodistas (CDP)] et tous les progressistes et démocrates [3]. En solidarité avec Marino Zapete, nous avons sélectionné quelques points de cette présentation du 19 juin 2015 et en avons fait une traduction française. Nous le publions dans la deuxième partie de ce texte en y ajoutant des intertitres pour illustrer le tête-à-tête des négriers haïtiens et dominicains à la racine du mal existant dans les rapports entre les deux pays. Le tête-à-tête du diable et du démon. Ce que nous avons nommé « responsabilité partagée dans le crime » dans notre ouvrage Béquilles - Continuité et ruptures dans les relations entre la République Dominicaine et Haïti, C3Éditions, 2014. Présentées avec élégance, les informations diffusées par Marino Zapete sont exactes. Notamment sur les ponctions dont sont victimes les coupeurs de canne haïtiens, à la pèse de la matière brute, au paiement, non pas en espèces, mais plutôt en bons d’achat, acceptés uniquement par les magasins des bateyes dont les prix sont exorbitants, et enfin aux prestations légales qui ne leur sont pas payées. Lesquelles renvoient surtout à la sécurité sociale, à la pension et à l’indemnité fin de carrière (liquidación). Sur ce dernier point, signalons que selon le code du travail dominicain, l’indemnité en fin de carrière est de 13 jours de travail par an pour les travailleurs ayant entre 6 mois et 1 an de service dans une entreprise ; est de 21 jours de travail par an pour ceux ayant entre 1 an et 5 ans de service ; et enfin est de 23 jours de travail par an pour ceux ayant plus de 5 ans dans une entreprise. Marino Zapete et Edith Febles offrent des clés de réflexion sur de nombreuses thématiques. Ils exposent dans le menu détail les visages derrière les instants de malheur qui accablent la vie des compatriotes haïtiens livrés aux multiples services spéciaux de sécurité en territoire voisin. Toute la lumière est projetée maintenant sur ce décor d’enfer. On se rappelle que Daniel Supplice, alors ministre des Haïtiens Vivant à l’Etranger (MHAVE) avait été séquestré par des bandits dominicains en décembre 2011 alors qu’il était en visite privée pour assister à un mariage. On ne peut donc pas s’étonner que les actes des bandits se présentant sous les apparences de policiers trouvent écho chez les migrants haïtiens livrés à eux-mêmes, sans défense face aux actes répréhensibles et autres « joyeusetés » du pouvoir arbitraire. Devant ce problème aussi encombrant et ravageur dans les relations entre les deux pays, ces journalistes sont restés sereins. Pas de faux-fuyants ni de piteux atermoiements. Leur discours est celui d’un couple qui gère la réalité en bon père et en bonne mère de famille. Avec amour. Loin de toute culture d’intransigeance. (à suivre) * Économiste, écrivain Entre survie et usure jusqu'à la corde : les rapports Haïtiano-dominicains (1 de 3) Par Leslie Péan* / AlterPresse
  3. 3. DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 N0 36 | 3 ACTUALITÉ Le vide des idées Ce9juillet,lacampagneélectoraledébutepourleslégislatives. Danslevide. Levidedesidées.Levidedesprojets.Levidedescœurs. Sous l’égide d’une constitution avec laquelle les prédateurs ont appris à se sentir bien. Avecunprésidentquiseraélusansmajoritéparlementaire,onsaitd’avancecequiva sepasser.Lesélectionslégislativesvontdrainerverslepouvoir,àmoinsd’unsursaut citoyen,toutcequelasociétéhaïtiennedanscesannéesdedéchéanceaproduitde médiocrité.Denouveauxélusvonts’organiserpourmonnayeràprixfortleurappui etceseraencoreunefoispartipourlejeud’unepolitiquerongéeparlacorruption. Etonn’aurapasledroitdejouerauxfiersquandlesDominicainscontinuerontàse moquerdenousàcausedel’étatlamentabledenotregouvernance. Lepouvoirpournousn’estquel’exercicedeprivilèges.L’exercicedesdroitsduchef vu comme les chefs de bande dans les westerns d’autrefois, chefs de bande qui s’établissaientdanslesvillespourlesrançonner. L’environnement,s’ensoucie-t-onréellement?Quisepréoccupevraimentduchô- mage, de la gourde qui dégringole, de la production nationale, de la santé, de l’éducation,delasécuritédescitoyens? Levidedesidées! Cevide,certainss’yhabituent,oublianttoutefoisquelesdonnéesréelles,concrètes produisentdeseffetsqu’àunmomentinéluctableonnepeutpascontrôler.Certains avaientvupartird’unbonœilceuxqu’ilsconsidéraientcommedesmiséreuxvers laRépubliquedominicaine.Ilsnousreviennentennousforçantàconstaterceque nousavonsrefusédefaire.S’attaquerauméprisinscritpartoutdansnotresociété, œuvrer pour créer pour tous des opportunités, cesser de prendre ce pays une fois arrivéaupouvoirpour«lejardindenotrepère». Detoutemanière,lejardindenospères,nousl’avonsdepuislongtempsdétruit.Et cesélectionsannoncéesnelaissentprésagerriendebonsilamajoritédescitoyens secantonnedansl’expectative. Silespolitiquessontàcourtd’idées,ilfautentrouverautrepart. Etfaireensortequenousnousarmionsdecesidéesafind’entamerlecombatpour larenaissance. Le National Édito Des agents de la PNH sécurisent la marche de la Plaforme Verite Encore une marche pour exiger la réintégration de Jacky Lumarque Par Reynold Aris HAÏTI/ÉLECTIONS/VERITE L a Plateforme « Verite » a organ- isé une marche pacifique afin de continuer d’exiger la réin- tégration de Jacky Lumarque, son poulain à la présidentielle. La Plateforme « Verite » a une nouvelle fois marché dans les rues de Port-au-Prince, le jeudi 9 juillet 2015. Partant du carrefour de l’Aéroport, longeant l’autoroute de Delmas, les militants de la plateforme jaune et vert ont ensuite fait escale devant les locaux du Conseil électoral provisoire à la rue Ogé (Pétion-Ville). Ils étaient plusieurs milliers. L’objectif consiste à exiger la réintégration du candidat à la présidence de cette structure, Jacky Lumarque, écarté par le Conseil électoral provisoire (CEP) le 19 juin dernier pour absence de certificat de décharge lors de sa gestion comme coordonnateur du groupe de travail sur l’Éducation et la Formation (GTEF)allant de la période de 2008 à 2010. Selon l’organe électoral, le recteur de l’Université Quisqueya est en contravention avec l’article 90 du décret électoral, alinéa (H). Munis de pancartes sur lesquelles on pouvait lire « li lè li tan pou Jacky Lumarque retounen nan kous la, Opont se restavèk Boulos ak tout fanmi li » ; « Plis nou pi plis, plis nou pi fò », a été les principaux slogans de ces milliers de protestataires de cette plateforme. Surtoutleurparcours,ilsontfustigéle comportement des membres du CEP qu’ils accusent être de connivence avec certains secteurs politiques. À leur avis, ceux-ci redoutent le profil de leur candidat qui, disent-ils, jouit d’une bonne réputation dans le pays en raison de son honnêteté. Il s’agit d’une injustice de l’organe électoral décidant de retirer de la course électorale des candidats de manière arbitraire, si l’on en croit les propos du grand conseiller de l’« Inite », Paul Denis. L’ancien ministre de la Justice informe avoir apporté sa solidarité à tous les candidats écartés illégalement de la compétition électorale, particulièrement celui de la plateforme « Verite » à la présidence et celui de l’OPL à la députation (Saint-Marc), soulignant que lorsque le droit d’un citoyen est violé, c’est le droit de tous les autres citoyens qui sont menacés. Si l’instance électorale continue à s’aventurer dans de pareilles voies, tous les autres compétiteurs seront menacés, a prévenu l’ancien Garde des Sceaux de la République. Face à une telle situation, il appelle à la mobilisation en vue de ramener l’organisme électoral sur la voie de la raison. Quant à sa présence dans cette marche comme membre de l’« Inite »,l’ancien sénateur a affirmé que le problème n’a rien à voir avec une affaire de personne, de parti ou de secteur politique. Il s’agit d’une question de principe. Lorsqu’une décision arbitraire est prise contre un candidat, il revient à tous les autres concurrents inscrits dans la compétition de se mobiliser. « Peu importe la structure politique à laquelle il appartient », soutient M. Denis. Loin de s’inquiéter sur l’organisation des prochains scrutins, il dit souhaiter que ces compétitions se tiennent dans le courant de cette année. Un rejet que ne partage pas non plus les sympathisants, partisans et membres de cette plateforme. « Le professeur n’a pas besoin de décharge ». « Il n’a pas été comptable de denier public ». Selon eux, il s’agit d’une décision arbitraire suite à des pressions politiques en provenance d’autres secteurs redoutant la candidature de Jacky Lumarque. De son côté, le candidat au sénat pour le département de l’Ouest, Alix Didier Fils-Aimé a fait savoir qu’il est un impératif pour le CEP de réintégrer le recteur de l’Université Quisqueya. Antonio Chéramy (Don Kato), lui aussi, candidat au sénat de l’Ouest a, aussi indiqué qu’il exige de l’institution électorale le respect du droit de Jacky Lumarque de participer aux prochaines joutes. Le chanteur vedette de Brothers Posse promet de continuer avec le flambeau de la mobilisation jusqu’à ce qu’il obtienne gain de cause.
  4. 4. WWW.LENATIONAL.HT 2, DELMAS 40 B EMAIL: INFO@LENATIONAL.HT PUBLICITE@LENATIONAL.HT REDACTION@LENATIONAL.HT (509) 4611-1010 / 3214-5554 PROPRIÉTAIRE : LE NATIONAL. SA DIRECTEUR : JEAN GARDY LORCY PUBLICITÉ: SASKIA P.L.MICHEL DIRECTION ARTISTIQUE : FABRICE LAFLEUR RÉDACTEUR EN CHEF : GARY VICTOR RÉDACTEUR EN CHEF ADJ : HENRI ALPHONSE SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : JACQUES DESROSIERS JDESROSIERS@LENATIONAL.HT CONSEILLER À LA RÉDACTION : PIERRE CLITANDRE SECTION ACTUALITÉ : LIONEL EDOUARD SECTION CULTURE : DANGELO NÉARD SECTION ECONOMIE : HENRI ALPHONSE SECTION SPORTS : GERALD BORDES SECTION SOCIÉTÉ : JOE ANTOINE JN-BAPTISTE RÉDACTEURS : NOCLÈS DEBRÉUS, CADET JEAN MICHEL, STÉPHANIE BALMIR, EDDY LAGUERRE, VANTZ BRUTUS, KENSON DÉSIR, MONDÉSIR JEAN BILLY, REYNOLD ARIS, ISABELLE THÉOSMY, WALTER CAMEAU, SCHULTZ LAURENT JUNIOR PHOTOGRAPHES : JEAN JACQUES AUGUSTIN, RUBEN CHÉRY CORRECTEURS : JEAN ERIC FOUCHÉ, FRANTZ CLERGÉ, JACKSON JOSEPH GRAPHISTE : JUNIOR ADME CARICATURISTE : FRANCISCO SILVA DISTRIBUTION : PIERRE PAUL EMMANUEL ADMINISTRATION : RACHELLE COMPÈRE ••••••••••••• IMPRIMÉ EN HAÏTI PAR LES ÉDITIONS DES ANTILLES S.A 4 | N0 36 DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 ACTUALITÉ Mission de l'OEA sur l'île, pour évaluer la situation migratoire de la population haïtienne Sources : Alterpresse Nouveau cris d'alarme de la société civile sur la violence à la veille des élections Sources : HPN HAÏTI/RÉPUBLIQUEDOMINICAINE/MIGRATION HAÏTI/SÉCURITÉ L ’Organisation des États améri- cains (OEA) délègue, en Haïti et République Dominicaine, une mission, qui sera dirigée par le secrétaire des affaires poli- tiques, Francisco Guerrero, a annon- cé le secrétaire général de l’OEA, l’Uruguayen Luis Leonardo Almagro Lemes, lors d’un conseil extraordi- naire le 8 juillet 2015 à Washington pour recevoir le ministre ad interim haïtien des affaires étrangères, Lener Renauld. La mission de l’OEA est attendue du vendredi 10 au mardi 14 juillet 2015, d’abord en République Dominicaine, puis en Haïti. Son but sera « d’évaluer la situation migratoire de la population haïtienne en République Dominicaine… dans le cadre de [la] volonté [de l’OEA] de faciliter une solution durable quant à la régularisation de ces personnes ». « Au-delà de leur statut juridique, les migrants possèdent les mêmes droits que toute autre personne », précise Luis Almagro, excluant fermement toute politique « deux poids deux mesures » en matière de droits humains. Depuis la fin, le 17 juin 2015, d’un Programme national de régularisation des étrangers (PNRE) en République Dominicaine, 18 mille personnes ont afflué côté haïtien dans des conditions, faisant craindre une catastrophe humanitaire à l’administration politique en Haïti. Le gouvernement haïtien essaie obtenir de l’équipe du président dominicain Danilo Medina - sans succès à date - la signature d’un protocole, fixant le nombre de points de rapatriement de sans papiers haïtiens à deux : Malpasse / Malpaso- Jimani (Ouest) et Ouanaminthe / Dajabon (Nord-Est). Pour l’instant, les rapatriés arrivent à la fois sur des postes officiels et des points non officiels. Ce qui complique notamment leur accueil et leur enregistrement. La position de Port-au-Prince est qu’en aucun cas le pays ne recevra de Dominicains apatrides. Mais, cela n’est pas évident, compte tenu des conditions dans lesquelles ont lieu les déportations. D es organisations de défense des droits humains dont le RNDDH, CONHANE et le CNO attirent l’attention des autorités concernées sur la situation de violence qui prévaut à la veille des élections dans le pays, principalement dans la commune de Petit-Goâve. Dans un communiqué acheminé à HPN, ces organisations informent qu’à Petit-Goâve la situation sécuritaire est très précaire et très affectées par des groupes armés. Certains endroits de la ville sont déjà déclarés « zones rouges », où les citoyens ne peuvent circuler librement et pourraient avoir peur de participer aux élections. De citoyens dénoncent des situations de tensions causées des partisans de candidats dont l’ancien député candidat à sa succession Stevenson Jacques Timoléon, et le candidat de la Plate-forme VERITE Germain Fils Alexandre. Tirs répétés d’arme à feu, jets de pierres et de bouteilles, sont entre autre quelques situations dont la population fait face dans cette ville à la tombée de la nuit. Ces organisations font encore remarquées que le candidat sous le parti PHTK Stevenson Timoléon a encore en sa possession, plusieurs véhicules officiels qu’il utilise pour des activités électorales. Ces organisations de défense des droits humains déplorent, que jusqu’ici les bandits ayant saccagés les locaux du BEC n’ont pas encore été arrêtés et poursuivis. Ainsi, le RNDDH, le CNO et la CONAHNE invitent les autorités à accorder une attention spéciale au développement de la violence dans le pays, précisément à Petit-Goâve. Pour Petit-Goâve, elles demandent à ce que des « mesures immédiates de restrictions, de port d’armes à feu soient prises par les autorités afin d’éviter des drames à répétition et d’encourager une participation massive des électeurs au scrutin ». Elles envisagent enfin de conclure avec tous les secteurs impliqués dans les élections, un pacte de non-agression et de non-violence pour la libre expression du vote du citoyen.
  5. 5. DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 N0 36 | 5 ACTUALITÉ ÉCHO Haïti n'accueillera pas des Dominicains dénationalisés Le ministre dominicain des Affaires extérieures, Andres Navarro, n’a pas tenu ses promesses, a déploré LenerRenauld,ministrehaïtiendes Affaires étrangères et des Cultes, lors de la session extraordinaire du Conseil permanent de l’Organisation des États américains (OEA) durant laquelle on planchait sur la crise migratoire haïtiano- dominicaine. « Monsieur Navarro avait promis qu’il n’y aurait pas de déportations massives. On a déposé les personnes rapatriées sur la frontière comme des chiens », dénonce le ministre Renauld, renouvelant la décision du gouvernement haïtien de ne pas accueillir des Dominicains dénationalisés. Quick Pay, un nouveau produit de Western Union Avec le service Quick Pay, on peut désormais effectuer une commande par téléphone ou sur le site d’une compagnie locale et payer le produit ou le service en question chez l’un des 630 agents de Western Union disponibles dans les dix départements du pays ou à l’étranger. C’est ce qu’a indiqué Soraya Millet, directrice du développement à la Soge-Express. Psugo, des écoles exclues pour fraude Quatre-vingt-cinq établissements scolaires du Programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire (Psugo) sont exclus pour cause de fraude. C’est ce qu’a indiqué un communiqué de presse du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP). Les dossiers de ces établissements scolaires localisés à Carrefour et à Gros-Morne sont transmis aux autorités judiciaires pour les suites utiles. À un mois des législatives, Francisco DE LACRUZ sceptique « De sérieux doutes planent sur la réalisation des prochaines législatives le 9 août de l’année en cours ». C’est ce qu’a estimé le sénateur Francisco De Lacruz qui encourage les conseillers électoraux à assumer leurs responsabilités. « La situation économique qui s’aggrave, l’insécurité grandissante dans le pays me rend sceptique quant à l’organisation des joutes électorales », a argumenté monsieur De LACRUZ. CEP : pas d'inquiétude pour les centres de vote Le pays dispose de 1550 centres de vote pour un total de 13 746 bureaux, informe maître Mosler Georges, directeur exécutif du Conseil électoral provisoire (CEP), qui n’écarte pas la possibilité de délocalisation de certains centres de vote. Monsieur Georges rassure que le CEP tient au financement des candidats et maîtrise une formule devant faciliter une bonne répartition des fonds. Il revient au pouvoir exécutif de débloquer ces fonds, a-t-il expliqué. Pierre-Louis Opont n'entend pas lâcher prise Les élections législatives partielles se tiendront aux dates prévues. C’est ce qu’a réitéré Pierre-Louis Opont, président du Conseil électoral provisoire (CEP), qui dit prendre très au sérieux l’assassinat de Wikenson Bazile, 31 ans, membre du cabinet du conseiller Jaccéus Joseph. campagne électorale des législatives du 9 août 2015. Photo: J. J. Augustin Opont appelle au fair-play pendant la campagnePar Noclès Débréus HAÏTI/ÉLECTIONSLÉGISLATIVES « Me basant sur l’article 114-1 du décret-électoral du 2 mars 2015, édictant que le début et la fin de la période de campagne électorale sont fixés par le CEP, je déclare solennellement ouverte la campagne électorale des législatives de 2015 », a lancé le président de l’organisme électoral, Pierre Louis Opont, qui a félicité au passage tous les conseillers électoraux qui se sont attelés à la tache depuis cinq mois pour rendre effective la date du 9 août. C’était aussi le moment pour le patron du CEP de remercier les membres des Bureaux électoraux départementaux (BED), ainsi que ceux des Bureaux électoraux communaux (BEC), pour les efforts déployés dans l’accomplissement du processus électoral sans avoir reçu, à date, le salaire qui leur est dû. Tout en souhaitant bonne chance aux candidats, Pierre Louis Opont a prôné surtout le « fair-play » lors de cette campagne électorale qui prendra fin le 7 août à minuit. Le CEP dans son rôle d’arbitre a jugé bon de rappeler aux candidats, ainsi qu’à leurs sympathisants les règles du jeu. Marie Carmelle Paul Austin a ainsi évoqué le chapitre 8 du décret- électoral en ses articles 114 à 119 fixant les règles auxquelles doivent se soumettre les différents compétiteurs engagés dans la course électorale. Quant aux sanctions prévues, la conseillère électorale invite tout un chacun à se référer au chapitre 13 du présent décret en ses articles 191 et suivants. Dans la même veine, le ministre Délégué auprès du Premier ministre chargé des questions électorales, Jean Fritz Jean-Louis, ainsi que son confrère de la Communication ont salué au nom du gouvernement de la République les différents pas déjà franchis dans le processus et ont réaffirmé la ferme volonté de l’exécutif d’accompagner le CEP tout au long des opérations électorales. « Depuis janvier 2015, le gouvernement de la République n’a pas ménagé ses efforts en essayant de tout mettre en œuvre pour arriver aux échéances fixées par le CEP dans le calendrier électoral », a fait savoir Jean Fritz Jean-Louis, avant de féliciter les membres de l’institution électorale pour les efforts consentis dans l’accomplissement de leur tâche ainsi que les partis politiques qui ont compris la nécessité et l’importance de ces élections. Réagissant à la question de la subvention allouée au financement des partis politiques, Jean Fritz Jean- Louis a informé qu’une enveloppe de 500 millions de gourdes était disponible dans le budget. Il dit attendre que le CEP définisse les modalités d’attribution de ce fonds aux différents partis politiques ayant des candidats agréés aux élections. D’ici la semaine prochaine, les premiers décaissements pourront avoir lieu, informe-t-il. Cette déclaration va à l’encontre de celle tenue, le mardi 7 juillet dernier, par le directeur exécutif du CEP, Mosler Georges, qui affirmait avoir adressé une correspondance au gouvernement via le ministre chargé des questions électorales et qu’aucune réponse ne lui était parvenue. » suite de la première page Outre les difficultés économiques et financières, ces élections s’annoncent dans un climat de sécurité délétère. L’insécurité bat son plein un peu partout dans le pays. Certaines organisations de la société civile attirent l’attention des autorités sur les violences électorales déjà perpétrées dans certaines zones du pays. Pour dissiper certaines inquiétudes, le directeur général de la Police nationale Haïti, Godson Orélus qui participait à la cérémonie de lancement de la campagne électorale a promis de fournir un encadrement spécial au processus électoral. Actuellement, dit-il, la commission électorale de la PNH sillonne le pays en vue de tester le pouls de la situation. Tout en promettant de faire respecter les dispositions du décret-électoral, Godson Orélus entend aussi prendre les mesures nécessaires pour garantir une certaine neutralité au sein de l’institution policière lors de ces joutes électorales. « Les policiers doivent faire l’équilibre en fournissant le même encadrement à tous les candidats », a conclu le patron de la PNH.
  6. 6. 6 | N0 36 DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 ACTUALITÉ A lors que tous les projecteurs étaient restés braqués sur le lancement officiel de la cam- pagne électorale qui s’est déroulé à Pétion-Ville, au cœur de Port-au-Prince, au local de la Pastorale universitaire, la Plateforme Jistis ak Lapè (JILAP) présentait à travers un rapport une autre réalité marquée par la hausse inexorable de l’insécurité qui endeuille les familles haïtiennes. Environ trois morts par balles sont enregistrés, par jour, depuis le début de l’année, avance-t-elle. Près de 450 personnes ont été tuées par balles durant le premier semes- tre de 2015. Un chiffre qui n’est pas exhaustif. Parmi ces victimes, la JILAP a recensé, pour le deuxième trimestre de l’année, 29 femmes, 3 policiers et 2 enfants. Le mois d’avril a été très sanglant, à en croire ce rapport. Quatre-vingt-douze per- sonnes y sont mortes par balles, dont 90 suite à l’attaque de bandits. En ce qui a trait à mai et juin, le nombre des victimes a légèrement baissé, avec respectivement 62 et 59 décès par balles, dont 62 et 47 tués par des malfrats. Pour les trois premiers mois (janvier, février et mars), respectivement 78, 104 et 92 morts qui ont été recensés, dont 73, 81 et 78 par balles. Le sentiment d’insécurité continue de croître au milieu de la population. Même à domicile. Certaines zones, en vertu du nombre de cas de meurtres enregistrés, ont été mentionnées dans ce rapport inquiétant de la JILAP sur la situation sécuritaire du pays. Le bloc regroupant le boulevard La Saline, Cité-Soleil, Route Nationale #1 » et la zone de Carrefour avec 21 et 22 meurtres ont été les plus violents durant ces trois derniers mois. Suivent Pétion-Ville/Route de Frères avec 14 cas, et Gran Ravin/ Martissant avec 12 cas. Alors que dans son premier rapport de l’année la JILAP avait dénombré sept meurtres à l’arme blanche pour les mois de janvier, février et mars, durant le deuxième trimestre, aucun cas du genre n’a été répertorié. Toutefois, faut-il le souligner, au cours de cette période, aucun présumé voleur ou kidnappeur n’a été tué par balle, selon les enquêteurs de la plateforme. En moyenne, ce seraient environ trois personnes qui seraient mortes par balles, par jour, dans le pays, depuis début 2015, ont expliqué les conférenciers qui disent n’avoir pas rapporté les cas sur lesquels il existerait certains doutes. Parallèlement à ce bilan présenté sur les actes de banditisme durant l’année en cours, cette plateforme qui dit œuvrer pour la Justice et la Paix, a également démontré à travers un graphe la montée vertigineuse des actes de sécurité qui ont miné l’existence des citoyens durant cette dernière décennie. Le pic a été atteint en 2012 avec 964 morts par balles. Suit de près, l’année 2014, avec 941 décès par balles. Ces chiffres dépassent de loin l’année 2004, marquée par des troubles politiques divers dont la fameuse opération Bagdad. Cette année-là, Jistis ak Lapè avait noté 687 morts par balles, pour la plupart, durant les mois de janvier et de février. Avec les 445 morts par balles déjà enregistrés seulement pour les six premiers mois de l’année en cours, malgré les garanties de la PNH sur l’existence d’un éventuel plan de sécurité pour combattre la criminalité, cette année 2015 risque de battre tous les records. L’insécurité ne peut empêcher les élections Bien que ses recommandations n’aient jamais été prises en compte par les responsables de la sécurité du pays, la JILAP continue d’en prodiguer, une manière d’arriver à un climat de paix et de stabilité à travers tout le pays, selon le père Jean Hansen. Pour l’homme d’Église, les zones d’insécurité se sont un peu diversifiées. Delmas, Pétion-Ville et même le Champ de Mars, dans le voisinage du Palais national, seraient aujourd’hui des zones rouges. Les banques n’aident pas non plus, poursuit-il, à créer un climat sécuritaire dans le pays. « Elles n’investissent pas assez pour la sécurité des clients. » Conséquemment, parmi les nombreuses recommandations faites par Jitis ak Lapè, figure une politique de sécurité dans plusieurs domaines. Aussi appelle-t-elle la justice haïtienne à mener jusqu’au bout certains dossiers afin que justice soit rendue aux victimes. Un meilleur contrôle sur la circulation des armes dans le pays, l’identification des chauffeurs de motocyclette, une éducation à la citoyenneté, un service de sécurité dans les marchés publics, l’élaboration d’un code d’éthique pour les partis politiques sont, entre autres, les recommandations faites ou réactualisées par la JILAP. Par ailleurs, Jistis ak Lapè dénote une certaine violence liée aux élections, qui fait de nombreuses victimes en Haïti. Il cite également des zones sensibles durant les périodes électorales comme le bas-Artibonite, la Grand-Anse et le Plateau central. L’impunité résultant des troubles liés aux élections est une autre cause pouvant inciter les citoyens à la violence, a expliqué le père Hansen. Cependant, le responsable de la JILAP croit que l’insécurité ne peut pas empêcher la tenue de bonnes élections. Il faudrait juste, selon lui, que les acteurs affichent leur volonté. « Les politiciens doivent croire en la démocratie comme un outil non violent pour déterminer qui va diriger le pays », insiste-il. « Il faudra donc que tous acceptent de respecter les règles du jeu et rejettent la violence comme moyen de pression pour pousser les citoyens à voter pour eux », conclut-il. Trois morts par balles par jour en Haïti, selon la JILAPpar Lionel Edouard HAÏTI/INSÉCURITÉ Des responsables de la Jilap en conférence de presse, le jeudi 9 juillet. Photo: Lionel Edouard
  7. 7. DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 N0 36 | 7 ACTUALITÉ Les juges réclament justicePar Jean Michel Cadet GRAND-ANSE/JUSTICE Les juges de la juridiction de la Grand-Anse se solidarisent de leur pair, le juge Miken Nordé qui aurait été agressé physiquement, le 6 juin dernier, par l’ex-député Sorel Jacinthe. Ils lancent, à cet effet, un arrêt de travail général de deux jours au niveau de tous les tribunaux où ils siègent. Réclamant justice et respect de la fonction de Magistrats, ce mouvement, selon la victime présumée, pourrait s’étendre à toutes les juridictions du pays. J oint par téléphone, Me Nordé affirmequecetarrêtdetravailest lancé en signe de protestation et de prévention. La Magistrature, déplore-t-il, est souvent outragée par des politiciens se croyant au-dessus de la loi. Rappelant que son présumé agresseur, un colérique, dit-il, n’est pas à son coup d’essai. Réfutant la thèse selon laquelle ce mouvement constitue une forme de pression sur le système, il affirme avoir respecté les procédures en adressant formel- lement une plainte contre l’ex-député de Moron-Chambellan, en attendant qu’une enquête soit diligentée sur la question. Retour sur les faits Le juriste revient sur les faits. Nous sommes au lundi 6 juillet. Il est 11h du matin. Selon Me Nordé, le candidat au sénat sous la bannière de la Plateforme « Inite », Sorel Jacinthe, en furie, s’amène au tribunal de la commune de Moron, demandant grossièrement à voir le juge Lavoix Duprevil. Ce dernier serait accusé par l’ex-député de persécuter ses partisans. De quoi il en est réellement ? Selon les explications du juge suppléant, Me Duprevil avait siégé comme juge au Bureau du contentieux électoral communal (BCEC) et avait rendu un verdict défavorable à l’encontre des candidats à la mairie de Moron, proches de Sorel Jacinthe. Il s’agit, selon Me Nordé, d’ex-membres de cartel communal dont les candidatures ont été contestées pour n’avoir pas remis les biens de l’État dont ils étaient en possession après avoir quitté leur poste depuis tantôt trois ans. Ces ex-administrateurs communaux, usant de subterfuge, auraient insidieusement introduits ces matériels au tribunal le jour de la contestation. Tenant le juge pour responsable, Sorel Jacinthe était venu lui régler ses comptes, dit-il. En l’absence du juge titulaire, il bute sur le suppléant qui l’a rappelé à l’ordre tant ses propos étaient irrévérencieux à l’endroit de Me. Duprevil. Mais le dirigeant de parti politique, en aurait profité pour déverser sa frustration sur le juge Nordé. Des propos grossiers. De l’agitation. Le député tempête. Devant ce spectacle de mauvais goût, M. Jacinthe a été invité à quitter la salle d’audience dudit tribunal. Dans un accès de colère, Sorel Jacinthe aurait agressé physiquement Me Nordé. Et pour comble, un de ses agents de sécurité a dégainé son arme à feu en direction de l’avocat, menaçant de l’abattre. Une scène qui, raconte la victime, s’est passée au vu et au su de tout le personnel du tribunal. D’où, l’indignation des Magistrats ayant lancé un arrêt de travail de deux jours. Sorel Jacinthe a sa version des faits Pour l’ex président de la chambre basse de la 49e législature, c’est lui qui aurait été agressé par le juge Nordé. Celui-ci, affirme M. Jacinthe dans certains médias de la Capitale, aurait sorti son arme à feu, ce rien que pour avoir demandé des explications sur ses partisans qui seraient persécutés. Il assimile les allégations du juge à une manœuvre politique de déstabilisation de son électorat à l’approche des législatives qui débutent dans un mois. Le journal a tenté de le joindre au téléphone mais sans succès. D’aucuns auraient aimé connaitre les explications de M. Jacinthe sur la nature des persécutions dont, selon lui, ses partisans feraient l’objet. Pour le reste, il s’agit de la parole du juge contre celle du candidat au Sénat. Il revient alors à la Justice de trancher. Les actes d’agression sur des Magistrats ne datent pas d’aujourd’hui. Le sénateur en fonction, Edwin Zenny s’en était pris à coup de crachats et de menaces verbales à l’encontre du juge Robert Simonis au cours d’une émission radiophonique dans la commune de Jacmel.
  8. 8. 8 | N0 36 DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 MONDE L e pape François s’est insurgé jeudi au deuxième jour de sa visite en Bolivie, un des pays les plus pauvres d’Amérique latine, contre une culture du « rejet » qui “cherche à tout transformer en objet de consommation”. Lors de la grande messe célébrée sur la place du Christ Rédempt- eur de Santa Cruz, au pied d’une gigantesque statue de bronze et devant un million de fidèles, le pape a réitéré son message d’intégration et de justice sociale. « Jésus continue de nous dire sur cette place : cela suffit avec le rejet », a déclaré le souverain pontife, qui a dénoncé « la logique qui prétend s’imposer dans le monde d’aujourd’hui, une logique qui cherche à tout transformer en objet d’échange de consom- mation, qui rend tout négociable (...) en écartant tous ceux qui ne produisent pas ». Dans son homélie, prononcée devant des milliers d’indigènes boliviens de diverses ethnies, quechua, guarani, aymara, dont le président Evo Morales au premier rang, le souverain pontife a évoqué les oubliés et les exclus dans le monde, en particulier les femmes « qui portent sur leurs épaules des déceptions, des tristesses et des chagrins, une injustice qui semble ne pas avoir de fin ». Le service de près de deux heures a été accompagné de chants et cantiques religieux avec la partici- pation d’un millier de musiciens jouant notamment de la musique baroque, introduite au 18e siècle par les missionnaires jésuites qui évangélisèrent la population et dont la tradition reste vivace en Bolivie. Autour de la place, des écrans géants avaient été installés et la journée a été déclarée fériée. La vente d’alcool et les spectacles musicaux sont interdits durant tout le séjour du pape dans le pays, encadré d’un dispositif de sécurité de 17 000 policiers et militaires. Le pape de 78 ans, premier pape jésuite et latino-américain de l’Histoire, était arrivé mercredi à La Paz, ne passant que quatre heures dans la capitale bolivienne, perchée à 3 600 mètres d’altitude, avant de rejoindre Santa Cruz (est), capitale économique et ville la plus peuplée du pays. Visite d’une prison vendredi De manière insolite, c’est un simple local de la chaîne de res- tauration rapide Burger King, situé à côté, qui a servi de sac- ristie, pour permettre au pape et aux évêques de se changer avant la messe. Dans l’après-midi, le pape se réunira à 16H00 (20H00 GMT) avec 4 000 membres de la com- munauté religieuse dans le collège Don Bosco, avant de conclure sa journée en participant à la deux- ième Rencontre mondiale des mouvements populaires. Cette rencontre, dont la première édition s’était déroulée à Rome en octobre 2014, réunit des mou- vements du monde entier, dont des représentants de travailleurs précaires, de paysans sans terre, d’indigènes, de migrants et de militants anti-mondialisation. Elle permettra au pape François de mesurer l’écho de sa récente encyclique « Laudato si » (« Loué sois-tu »), qui prenait la défense de l’environnement et des pau- vres. Le souverain pontife, qui part ven- dredi au Paraguay, avait d’ailleurs profité de la première étape de son voyage, en Equateur, pour lancer un appel pressant à ne plus “tourner le dos” à « notre mère la Terre ». Depuis le début de son périple, le message du pape François repose aussi très large- ment sur l’intégration et la justice sociale. Dès son arrivée, il a rappelé la « dette » de l’Amérique latine, région la plus inégalitaire de la planète, envers « les plus fragiles et les plus vulnérables ». Mercredi, il a d’ailleurs salué les « pas importants » de la Bolivie, nation la plus pauvre d’Amérique du Sud, « pour inclure d’amples secteurs dans la vie économique, sociale et politique du pays ». Pour sa part, Evo Morales, pre- mier président indigène du pays et chantre de la gauche radicale du continent, a remercié son « frère, le pape », « le pape des pauvres » de « nous rendre visite chez nous, avec un message d’espérance et de libération ». Avant de s’envoler pour Asuncion, le pape visitera le centre péniten- tiaire Palmasola, une des pris- ons parmi les plus surpeuplées et violentes de Bolivie, où vivent également une centaine d’enfants partageant la réclusion de leurs parents. En Bolivie, le pape dénonce la culture du « rejet » et de la « consommation » Sources : AFP Le pape François célèbre la messe à Santa Cruz, en Bolivie, le 9 juillet 2015. / Photo: AFP/AFP
  9. 9. DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 N0 36 | 9 MONDE L a Caroline du Sud était jeudi en passe de retirer le drapeau confédéré, symbole de racisme pour beaucoup aux Etats- Unis, de son parlement près de trois semaines après un massacre dans une église noire commis par un jeune par- tisan de la suprématie blanche. La Chambre des représentants de cet Etat du sud-est du pays a voté dans la nuit de mercredi à jeudi, peu avant l’aube, à l’issue d’une journée et d’une nuit de débats passionnés: une très forte majorité de 94 voix contre 20 s’est prononcée en faveur du retrait. Il fallait deux tiers des voix pour entériner la mesure. La décision, déjà adoptée mardi par le Sénat de Caroline du Sud par 37 voix contre 3, doit être transmise à la gouverneure de l’Etat, Nikki Haley, qui devrait la ratifier jeudi après-midi. « C’est un nouveau jour pour la Caroline du Sud, un jour dont nous devons tous être fiers, un jour qui nous rapproche tous ensemble alors que nous continuons à nous remettre » du massacre à Charleston, a écrit Mme Haley sur sa page Facebook. Le drapeau flotte depuis une quinzaine d’années à côté d’un monument en souvenir de la Guerre de Sécession (1861-1865), dans les jardins du parlement de Columbia, la capitale de l’Etat. Le drapeau pourrait être décroché dès vendredi car la gouverneure dispose de 24 heures après ratification de la mesure pour en faire la demande. « C’est une bonne nouvelle et c’est un progrès », a estimé Josh Earnest, porte-parole de la Maison Blanche, saluant l’entente bipartisane sur ce texte. Symbole de haine raciste Dylann Roof, 21 ans, avait tué neuf paroissiens noirs à Charleston le 17 juin. Ce partisan de la suprématie blanche a été inculpé et écroué pour les neuf meurtres qu’il avait justifiés a priori, sur un blog qui lui a été attribué, par sa haine des Noirs. Sur ce même site, il apparaissait sur plusieurs photos brandissant le drapeau confédéré. Régulièrement critiqué par les associations noires car symbolisant l’esclavage, le drapeau fait l’objet d’une vive polémique aux Etats- Unis depuis la tuerie, y compris dans les milieux économiques, plusieurs distributeurs ayant décidé de ne plus commercialiser de produits floqués de l’emblème. La controverse a agité jeudi les élus fédéraux à Washington. Les parlementaires de la Chambre des représentants avaient adopté mardi par consensus un amendement bannissant les drapeaux confédérés des cimetières fédéraux. Mais la majorité républicaine, sous pression d’élus du Sud, a fait machine arrière jeudi en proposant un nouvel amendement protégeant l’emblème. Tollé immédiat chez les démocrates: des élus ont descendu un drapeau confédéré dans l’hémicycle pour le dénoncer un symbole « de haine raciste et d’oppression », selon les termes du démocrate noir Hakeem Jeffries. Après quelques heures de polémique, le président de la Chambre, le républicain John Boehner, a finalement décidé d’annuler le vote pro-drapeau confédéré. « Les républicains du Congrès (...) semblent avoir des valeurs et des priorités » différentes, a fustigé la Maison Blanche. Hillary Clinton, candidate démocrate à la Maison Blanche, a estimé jeudi que « retirer ce symbole du passé raciste de notre nation est une étape importante vers l’égalité et les droits civiques en Amérique ». De nombreux parlementaires locaux se sont également réjouis de l’issue du vote. « Cela a mis du temps à venir mais j’ai toujours senti que ce jour viendrait », a écrit dans un tweet James Clyburn, membre de la Chambre des représentants et afro-américain. Le pasteur noir et sénateur local Clementa Pinckney, à qui ses collègues ont rendu hommage, faisait partie des victimes. Son pupitre avait été recouvert d’un drap noir pendant les deux jours de débats, lundi et mardi. Les quelques opposants au retrait du drapeau avaient tenté un baroud d’honneur au Sénat en évoquant, avant le vote, l’histoire des Etats du Sud, dont il était l’emblème militaire pendant la Guerre de Sécession. Une fois retiré, le drapeau sera exposé dans un musée, précisément pour présenter l’histoire du sud des Etats-Unis. « Le drapeau appartient au musée », avait lui-même affirmé le président Barack Obama après la tuerie. L es fils de dépêches de l’Agence France-Presse(AFP)vontrester muets, ou en tout cas forte- ment perturbés, vingt-quatre heures de plus. Le mouvement de grève, qui touche l’agence de presse depuis mardi, a été prolongé jusqu’au vendredi 10 juillet, dans l’après-midi. De nombreux journalistes de quotidiens et sites d’information – dont Le Monde – resteront donc privés d’une de leurs sources d’information, l’agence étant complètement bloquée, avec des piquets de grève sur les « desks», pour empêcher l’envoi de toute dépêche. Mais le front syndical s’est lézardé, jeudi. Le PDG, Emmanuel Hoog, s’est engagé à une augmenta- tion générale des salaires en 2016. Majoritaires dans la rédaction, la CFDT et le SNJ ont dès lors appelé à suspendre le mouvement de grève jusqu’au 20 juillet, date de reprise des négociations sur le nouvel accord d’entreprise, qui est à l’origine du conflit. Par contre, quatre autres syndicats (CGC, CGT, FO, SUD) ont appelé à poursuivre le mouvement. Le degré de perturbation jeudi soir et ven- dredi reste donc incertain. Dénonciation de 117 accords sociaux par le PDG. À l’origine de ce conflit, la renégociation des accords sociaux en vigueur dans l’entreprise, qui est en cours depuis novembre 2013. Les 2 260 salariés de l’AFP (journalistes, techniciens, cadres…) travaillent dans un cadre complexe : 117 accords se sont empilés depuis la création de l’agence, en 1944. La direction souhaite parvenir à un accord d’entreprise unique, qui harmonise les temps de travail, actuellement disparates (44 jours de congés pour les journalistes et une cinquantaine pour les techniciens), qui tienne compte de l’évolution des métiers (il n’y a plus de coursiers à l’agence, mais des techniciens audiovisuels, des informaticiens…) ou qui fixe un mécanisme unique d’évolution salariale. Trois syndicats – Confédération française démocratique du travail (CFDT), Syndicat national des journalistes (SNJ) et l’union syndicale Solidaires (SUD) — sont entrés en négociation depuis la fin 2013, mais d’autres, notamment la Confédération générale du travail (CGT), s’y opposent. Une situation qui n’empêche pas de conclure un accord (qui peut être signé avec des syndicats représentant 30 % des salariés), mais qui permet aux syndicats qui y sont hostiles de le dénoncer. Lire l’entretien du PDG de l’AFP : Emmanuel Hoog : « Nous voulons développer la couverture live de l’actualité » Une décision qui intervient C’est pour éviter ce risque que la direction a choisi de dénoncer les accords en place, ce qui ouvre une nouvelle phase de négociations de quinze mois. Son objectif semble être que tous les syndicats participent à cette nouvelle phase. Une décision qui a eu pour résultat le blocage complet de l’agence. Pour le SNJ – à l’origine de l’appel à la grève avec la CGT, la CFDT, FO, SUD et la CGC – « Cette dénonciation des accords intervient très opportunément dans la torpeur de l’été alors qu’Emmanuel Hoog [PDG de l’AFP] pense avoir les mains libres, maintenant que la course en vue de France Télévisions est terminée, que son mandat à l’AFP a été prorogé de trois à cinq ans [soit jusqu’en 2018 au lieu de 2016] et que son contrat d’objectifs et de moyens avec l’Etat a été signé ». Mercredi, la direction a appelé les salariés « à reprendre le travail afin que la place de l’AFP, 3e agence mondiale, ne soit pas compromise ». Les clients étrangers de l’agence ne sont pas impactés par cette grève qui concerne la production dédiée au marché français. Un drapeau confédéré le 27 juin 2015 à Columbia, en Caroline du Sud. / Photo: LAFP/AFP La grève à l'Agence France-Presse reconduite pour un troisième jours Sources : Le Monde.fr La Caroline du Sud s'apprête à retirer son drapeau confédéré sources : AFP ETATS-UNIS
  10. 10. 10 | N0 36 DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 ÉCONOMIE La fédération des Caisses « Le Levier» admise à la Chambre de compensation de la BRH Par Nonais Dérisiers Après treize années d’attente, la Banque de la République d’Haïti (BRH) signait le 4 février dernier avec la Fédération des caisses « Le Levier » un accord mettant en application l’article 111 de la loi sur les coopératives d’épargne et de crédit (CEC) et stipulant que « les fédérations de CEC sont admises à la Chambre de compensation assurée par la BRH. L e gouverneur Charles Castel et le président de la Fédéra- tion, l’agronome Bercy Rich- ard ont, en présence des diri- geants des caisses populaires et de quelques organisations intervenant dans le secteur de la finance en Haïti et sous les feux des caméras de la presse, paraphé l’accord autorisant la fédération Le Levier à participer à la Chambre de compensation. Par cet accord, les caisses affiliées à Le Levier sont autorisées à émettre des chèques comme les banques, qui seront reçus par les entreprises et peuvent être déposés dans n’importe quelle banque et caisse populaire en Haïti. Cet accord donne aussi la possibilité à la fédération de participer au système de paiement interbancaire haïtien de la BRH communément appelé SPIH. Un sociétaire peut recevoir sur son compte ou réaliser à partir de son compte un virement bancaire d’un ou vers un compte d’une autre banque en Haïti. Cet accord ouvre aussi la voie aux caisses pour offrir tous les services financiers traditionnellement offerts par les banques, les cartes de crédit y compris. PourCharlesCastel,cetévènement, qui est l’aboutissement de beaucoup d’efforts, mérite d’être marqué parce qu’il participe à l’inclusion financière. Il marque aussi un progrès majeur dans les habitudes dans le système financier haïtien. Il souligne que le réseau de Le Levier, composé de 42 caisses fédérées ou « en transition », a un actif de 4,8 milliards de gourdes, un fonds propre de 1,3 milliard de gourdes et compte 561 mille sociétaires. Le gouverneur affirme être heureux et fier de voir ce grand jour. Il s’agit pour lui d’un grand pas vers l’inclusion financière et l’inclusion tout court. Les caisses sont, d’après le gouverneur, des institutions par excellence de bancarisation dans des endroits éloignés où il sera trop coûteux d’avoir une banque. Il encourage, par ailleurs, les caisses populaires à se structurer à partir de la fédération ou de n’importe quelle autre fédération – puisque la loi ne limite le mouvement à une seule fédération. Cette déclaration est une porte ouverte à des institutions comme Anacaph qui œuvrent pour doter le pays d’une deuxième fédération. Qu’elle y entre du bon pied ! Pas pour nous offrir une fédération en plus, mais pour renforcer le secteur, donner du chalenge à la fédération existante et lui donner rendez-vous un jour dans une confédération de caisses. Après les propos combien élogieux à l’égard des caisses – une première de la part d’un si haut responsable haïtien – il revenait au président de la fédération de faire son allocution de circonstance. D’entrée de jeu, il annonce que l’évènement du jour représente l’un des objectifs des caisses populaires en créant la fédération. Il ne s’agit pas d’un don ou d’un cadeau de la BRH, martèle-t- il, mais de la détermination du secteur à enlever les embûches qui se dressent sur son chemin. Les caisses vont utiliser cette facilité pour attirer et fidéliser plus de sociétaires. Le président a aussi présenté tous les avantages que les caisses et les sociétaires vont tirer de ce système. Il a également remercié le gouverneur qui fait de l’inclusion financière son cheval de bataille. Cet accord, comme l’a souligné le gouverneur, va profondément remodeler l’architecture du sys- tème financier haïtien. Les caisses vont pouvoir se tailler une place et une part de marché beaucoup plus large, et aussi jouir d’une image plus intéressante auprès du public. Les caisses ne seront plus considérées comme « collectrices de sous » pour les banques, étant donné qu’elles y déposaient une partie de l’épargne des sociétaires. Un coopérateur n’a plus de pré- texte pour avoir un ou plusieurs comptes dans des banques en plus de son compte dans sa caisse. Il va pouvoir émettre des chèques, réaliser ou recevoir des virements bancaires, consulter son compte à partir de son téléphone intelligent ou son ordinateur, avoir sa carte de crédit émise par sa caisse et, par-dessus le marché, aura des attestations avec une confiance accrue. Que d’avantages ! Surtout pour la classe moyenne, la petite bour- geoisie haïtienne, les professi- onnels, les entrepreneurs, les fonctionnaires, les citadins bien lotis… Qu’en sera-t-il pour que la majorité, notamment les 1 018 951 exploitants agricoles avec leur famille, dont 530,731 d’eux, soit 52,3 % du total, ne savent ni lire ni écrire, dont 257 670, soit 25 % des exploitations sont exploitées par des femmes agricultrices et 11,3 % gérées par de jeunes agriculteurs de moins de 30 ans, totalisent 114,444 exploitants (MARNDR, Recensement général de l’agriculture, 2008/2009) ? Au nom de l’inclusion financière, il faut trouver le chemin pour aller vers les marginaux et exclus de l’économie formelle. Il faut pou- voir marcher cinq heures pour se rendre à Ka Michel (Cabaret, département Ouest) pour apporter des services financiers aux agri- culteurs et « madan sara ». Tout compte fait, l’évènement de ce 4 février 2015 sera considéré un jour probablement comme le plus grand évènement du début du XXIe siècle sur le plan financier en Haïti. Après la première révolution des caisses populaires à la fin des années quatre-vingt- dix, cet évènement participera certainement à l’avènement de la deuxième révolution des caisses pour nous donner des caisses 2.0 . Elle sera « une révolution économique, sociale, technologique, environnementale où la satisfaction des besoins et le développement des parties prenantes (sociétaires, collaborateurs et communauté) seront sacralisés ». ÉCONOMIESOCIALEETSOLIDAIRE Le gouverneur Charles Castel et le président de la Fédération, l’agronome Bercy Richard, ont paraphé l’accord autorisant la fédération Le Levier à participer à la Chambre de compensation. / Photo : haiti-coop.blogspot.com
  11. 11. DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 N0 36 | 11 ÉCONOMIE Des applications pour aider les fermiers à avoir de grandes récoltespar Jewel Fraser CARAÏBES P eter Thompson de l’Autorité jamaïcaine de développement de l’agriculture en milieu rural (RADA) a déclaré que la technologie des Systèmes d’information géographique (SIG) est de plus en plus utilisée pour suivre des “conditions localisées, des parasites et la prévalence des maladies. Cette technologie ajoutera de la valeur non seulement pour nous, mais aussi pour les agriculteurs en donnant les informations dont ils ont besoin”. Thompson a parlé à IPS lors de la Semaine de l’agriculture des Caraïbes (CWA), qui a eu lieu du 6 au 12 octobre à Paramaribo, au Suriname. Une grande attention a été accordée à “l’intensification” de l’intégration de la technolo- gie dans les pratiques agricoles quotidiennes à la CWA 2014, co-parrainée par le Centre tech- nique de coopération agricole et rurale (CTA) du groupe ACP-UE et l’Institut de recherches agricoles et de développement des Caraïbes (CARDI). L’Université des Antilles, à Saint Augustine, a présenté des appli- cations que les étudiants du Département de l’informatique et de la technologie de l’information ont développées dans le cadre du projet AgriNeTT, un effort de col- laboration entre le département, la Faculté de l’alimentation et l’agriculture, et les représentants des agriculteurs. Chef/coordinatrice du de projet AgriNeTT, Dr Margaret Bernard, a indiqué que “l’objectif principal ... est de développer des systèmes intelligents dans l’agriculture. Il y a un manque de données [et] la plupart des modèles en cours de développement ne disposaient pas de données réelles provenant du terrain”. Les applications sont destinées à soutenir l’agriculture, a-t-elle souligné à IPS. “Une grande partie du projet AgriNeTT, c’est le développement d’un référentiel de Données ouvertes, notamment pour loger les données agricoles au niveau national ... Ce référen- tiel abritera différents ensembles de données, y compris les don- nées de production au niveau des fermes, les prix et les volumes des produits de base, les données spa- tiales foncières, les sols, le climat, ainsi que les données de suivi des mauvais insectes et des maladies”. Dr Bernard a dit que le but du référentiel de Données ouvertes était de construire une plateforme qui serait accessible à travers les Caraïbes. Le projet vise à encour- ager toute la communauté agri- cole des Caraïbes à partager en téléchargeant des données afin que “les équipes de promoteurs puissent utiliser ces données de manière créative et développer des applications [pour l’agriculture]”. Elle a ajouté que la création d’applications et d’outils basés sur ces données permettrait de mod- erniser l’agriculture dans les Cara- ïbes. “La collecte, l’agrégation, l’analyse, la visualisation et la diffusion des données sont impor- tantes pour la compétitivité des Caraïbes”, a déclaré Dr Bernard. Dr Bernard nourrit de grands espoirs pour une nouvelle applica- tion appelée AgriExpenseTT, que son équipe a développée pour la tenue des informations agricoles. Cette application, aujourd’hui disponible pour être téléchargée sur Google Play, permet aux agri- culteurs de surveiller les dépenses de plus d’une culture à la fois, suivre les achats des produits agricoles qu’ils utilisent sur leurs fermes, ainsi que de savoir quelle quantité des produits achetés est effectivement utilisée pour chaque culture. Elle a dit que les agriculteurs qui ont opté pour le service d’abonnement pour cette applica- tion auraient alors leurs données stockées, qui permettraient aux chercheurs “de vérifier certains des modèles pour les coûts de pro- duction; ainsi, nous savons que c’est ce qu’il coûte pour produire une quantité X de [toute culture]”. L’autre raison d’encourager l’utilisation des TIC dans l’agriculture, c’est la nécessité de rendre l’agriculture un métier plus attrayant pour les jeunes, a expliqué, Michael Hailu, directeur du CTA. Il a dit qu’une dimension importante de l’agriculture famil- iale, le thème de la CWA de cette année, c’est le rôle important que les jeunes devraient et pourraient jouer dans le développement de l’agriculture dans la région. Puisque la population agricole de la région vieillit, “nous au CTA, nous faisons un effort spé- cial pour encourager les jeunes à s’engager dans l’agriculture – par des manières à travers lesquelles ils peuvent s’identifier, en util- isant de nouvelles technologies qui sont loin de la vieille image de l’agriculture”, a-t-il indiqué. A cette fin, le CTA a offert un prix à de jeunes promoteurs d’applications dans la région qui développeraient des applications de TIC innovantes pour relever les principaux défis agricoles dans les Caraïbes et encourager l’agro- entreprise chez les jeunes. Bon nombre des applications développées pour la compétition AgriHack Talent de la CWA 2014 se sont concentrées sur la four- niture aux agriculteurs des infor- mations utiles qui ne sont pas toujours facilement disponibles. Jason Scott, qui fait partie de l’équipe jamaïcaine qui a rempor- té le hackathon agricole avec leur application nommée Node 420, a déclaré: “La collecte des infor- mations dont ils ont besoin peut être un véritable problème pour les fermiers”. Il a dit que lui et son collègue Orane Edwards “ont décidé de concevoir un certain matériel qui pourrait rassembler toutes sortes d’informations pour les aider avec leur culture, y com- pris la plantation, le semis et la récolte”. Thompson de la RADA a indiqué que “L’application de ces technol- ogies dans l’agriculture attirera les jeunes. Si vous vous concentrez sur les moyens traditionnels, il y des chances que l’agriculture meurt d’une mort naturelle ... Nous avons ces jeunes gars qui font leur entrée qui ont simple- ment envie de faire des choses en termes de technologie. Nous devons les aider”. Toutefois, Faumuina Tatunai, une spécialiste des médias qui travaille avec ‘Women and Busi- ness Development’ ‘Femmes et développement des entreprises), une ONG qui appuie 600 agri- culteurs au Samoa, a déclaré à IPS que la concentration exces- sive sur l’attraction des jeunes vers l’agriculture à travers les TIC peut être à courte vue. “La réalité de l’agriculture est que nous avons besoin des jeunes dans les fermes dans le cadre de la famille. Pour ce faire, nous devons les attirer de façons tout à fait holistiques ... et les TIC ne sont qu’une partie de la solution, mais elles constituent pas la seule solution”. Elle a dit que son organisation cherche à encourager l’intérêt pour l’agriculture chez les jeunes en adoptant une approche centrée sur la famille et en encourageant tous les membres de la famille à en apprendre davantage sur l’agriculture et grandir ensemble en tant qu’agriculteurs à travers la formation et d’autres opportu- nités. “Tout le monde dans la famille est un agriculteur, qu’ils aient six ou 70 ans ... notre approche con- siste à renforcer les capacités de la mère, du père et de l’enfant”, a expliqué Tatunai. Les fermiers des Caraïbes sont encouragés à utiliser davantage des applications agricoles et d’autres formes de Technologies de l’information et de la communication (TIC) dans un effort visant à accroître les connaissances disponibles pour prendre des décisions agricoles judicieuses et rentables. La technologie des Systèmes d’information géographique (SIG) est de plus en plus utilisée pour suivre des “conditions localisées, des parasites et la prévalence des maladies. / Photo : jamaicavolunteerprograms
  12. 12. 12 | N0 36 DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 ÉCONOMIE MONDIALISATION TISA: les nouvelles révélations de WikiLeaks sur l'accord sur les servicesSource : M.O. / Médiapart L’accord sur les services (TISA) est le complément du traité transatlantique. Sans WikiLeaks, il serait encore secret. Son objet : démanteler toutes les barrières, mettre à terre tous les services publics. WikiLeaks publie un avant- projet discuté en avril 2015. E ntre eux, ils s’appellent les « très bons amis des services ». Depuis plus de deux ans, des responsables d’une vingtaine de pays, emmenés par les États-Unis, l’Europe, l’Australie et le Canada, se retrouvent dans la plus grande discrétion, souvent à l’ambassade d’Australie à Genève, pour négocier un nouvel accord commercial. Son nom de code : TISA pour Trade in services agreement (accord sur les services). Ces négociations s’inscrivent dans le prolongement de celles du traité commercial transatlantique (TAFTA), complétées par le dispositif sur le secret des affaires. Car même s’il est divisé en plusieurs volets, il s’agit bien du même projet visant à laisser le champ libre aux multinationales, à abaisser les dernières défenses des États. Et ces accords parallèles se discutent toujours dans les mêmes conditions : la plus totale opacité. TISA serait resté totalement inconnu, si WikiLeaks n’avait commencé à dévoiler les premiers projets d’accord en avril 2014. Depuis, le site dévoile régulièrement les différentes étapes des discussions, portant sur les services financiers, les services informatiques, les transports maritimes, les télécommunications. Aujourd’hui, il publie un nouvel état des compromis et des divergences entre les différentes parties établi dans un projet en date du 24 avril 2015. Considérant qu’il n’y a plus rien à attendre des grands accords internationaux depuis l’échec du cycle de Doha, « les très bons amis des services » ont décidé de bâtir ensemble un nouvel accord cadre visant à organiser entre eux la libéralisation totale des services. Ces domaines, selon eux, sont encore bien trop protégés par les loisetlesrèglementsnationaux.Des études de think tank – totalement indépendants comme il se doit – viennent opportunément appuyer leurs propos : la libéralisation des services se traduirait par une hausse de la croissance, de plusieurs points par an, assurent- ils, comme ils l’avaient déjà assuré lors de la libéralisation des marchés financiers, des capitaux, des échanges commerciaux, de l’énergie... Le premier secteur visé est le secteur financier. Les négociateurs veulent mettre en place un accord permettant une totale libéralisation des finances, l’abaissement des normes et des règles prudentielles. « Les lobbies financiers veulent ce traité, afin d’avoir les moyens de contrer une nouvelle régulation financière. Un accord sur les services financiers, adopté au niveau international, serait pour eux la meilleure garantie pour l’avenir. Cela poserait les principes d’une dérégulation globale et empêcherait par effet de cliquet tout retour en arrière, toute tentative de contrôle de la finance. TISA se veut une plateforme qui impose un cadre à tous les accords futurs. C’est le but de ce projet d’accord : interdire par traité toute régulation financière », avait analysé dans Mediapart Dominique Plihon, professeur d’économie à Paris XIII, économiste atterré et membre d’Attac, lors des premières révélations de WikiLeaks l’an dernier. En février 2015, d’autres révéla- tions, portant sur les services informatiques, avaient montré les intentions des multinationales de se comporter en toute puissance. Nulle contrainte ne devrait leur être opposée. Les États n’auraient pas le droit de leur demander ne serait-ce que les codes sources de certains équipements, même au nom de la sécurité. Les droits imprescriptibles des groupes doi- vent passer au-dessus des États. Les nouveaux documents de WikiLeaks dévoilent le cadre plus général de ces négociations. Il ne s’agit pas seulement de la finance ou des télécommunications, mais de tous les services : le transport maritime, le e-commerce, le cour- rier. Avec un objectif : en finir avec tous les services publics, les normes de protection, les encadre- ments. Tous les services publics en situ- ation de monopole seraient ainsi placés sous surveillance afin de s’assurer qu’ils ne bénéficient pas d’une rente indue. Des groupes concurrents pourraient les atta- quer en justice pour concurrence déloyale. Même si cela n’est pas dit explicitement, autant dire qu’ils seraient à terme condam- nés, le projet d’accord visant à les dynamiter de l’intérieur. Même les services universels, comme l’obligation faite aux opérateurs de téléphonie mobile d’assurer la desserte du territoire par exemple, seraient soumis à examen, pour voir s’ils ne contiennent pas des clauses abusives, et pourraient être revus. Les normes techniques et spécifications pour les marchés devraient être établies « selon des critères transparents et objectifs». Quand des autorisations pour la fourniture d’un service sont requi- ses, des contrôles devraient mis en place à intervalles réguliers pour voir si elles sont appropriées. Et «toute personne intéressée pour- rait demander un contrôle ». Toutes les règles de marchés publics, telles qu’elles sont appliquées en France, par exemple, seraient aussi vouées à disparaître. Le projet d’accord précise qu’il ne pourrait plus y avoir de préférence nationale, de clause imposant des emplois sur le territoire, de normes particulières, ou même d’y travailler ou d’y payer ses impôts. C’est le pillage généralisé des finances publiques qui s’esquisse, sans que les États puissent même espérer en avoir quelques retombées. Impossible de se dérober à cet accord, est-il précisé dans cet avant-projet. Les États s’engagent à transposer le plus rapidement possible dans leur législation les dispositions du traité et supprimer les lois contraires. Comme dans le cadre du traité transatlantique, ce projet organise le démantèlement de toutes les règles, de tous les pouvoirs des États, pour le seul profit des multinationales. Et tout cela se négocie dans le plus grand secret, comme d’habitude. Qui a pris l’initiative en France, en Europe d’engager de telles discussions ? Qui les mène ? Et à qui en est-il rendu compte ? Va-t-on découvrir, comme dans le secret des affaires, qu’une poignée de personnes est en train de tout brader, sans le moindre contrôle ? TISA serait resté totalement inconnu, si WikiLeaks n’avait commencé à dévoiler les premiers projets d’accord en avril 2014 / © WikiLeaks
  13. 13. DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 N0 36 | 13
  14. 14. 14 | N0 36 DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 JUSTICE L a cérémonie a été solennelle. Greffiers et un huissier audien- cier de la Cour de cassation ont siégé sous les regards des juges de la Cour de cassation, de ceux des cours d’appel, placés en bonne posi- tion à l’extrémité droite d’une estrade décorée des couleurs nationales. Au milieu du podium s’est trouvé le chef de l’État, Michel Martelly, ayant à ses côtés le président du Sénat, Andris Riché. À l’extrémité gauche, les mem- bres du deuxième CSPJ de l’histoire d’Haïti. La cérémonie a débuté avec la lecture, par l’huissier en chef de la cour de cassation, maître André Bignon, de l’arrêté présidentiel du 30 juin 2015 nommant les neufs mem- bres de la deuxième composition du Conseil supérieur du pouvoir judici- aire. La plupart d’entre eux étaient déjà membres dudit conseil et ont pu obtenir un nouveau vote de leur organe de désignation. C’est le cas pour maître Wendel Cop Thélot, représentante des juges à la Cour de cassation, maître Max Elibert, représentant des juges à la Cour d’appel, maître Jean Etienne Mercier, représentant des juges de paix et maître Dilia Lemaire, désignée par les organisations de droits humains. Les deux membres d’office du Conseil, qui ont eux aussi prêté serment, n’avaient pas besoin d’être réélus ou désignés pour gagner leurs sièges au CSPJ. Maître Jules Cantave présidera donc le CSPJ tant qu’il sera pré- sident de la Cour de cassation et maître Thiers Malette, commis- saire du gouvernement près cette même cour, est bel et bien parti pour un nouveau mandat de trois ans au sein du CSPJ. Deux nouvelles têtes ont fait leur entrée au CSPJ, ce jeudi : maître Noé Pierre-Louis Massillon, doyen du tribunal de première instance de Saint-Marc, et maître Clamé- Ocnam Daméus, chef du parquet près le tribunal de première instance de Port-au-Prince. En présence du Premier minsitre a. i., Jude Hervé Day, du ministre de la Justice, maître Pierre-Rich- ard Casimir, des conseillers de la Cour des comptes, des membres du Conseil électoral provisoire et de plusieurs représentants des ambassades et des organisa- tions internationales en Haïti, les neuf membres du CSPJ ont juré de « respecter la Constitu- tion, les lois et les règlements de la République, de veiller au fonc- tionnement régulier du pouvoir judiciaire et à la protection des droits des justiciables ». Le CSPJ se donne des objectifs ambitieux Le discours du président du CSPJ a particulièrement retenu l’attention de l’assistance. Plus- ieurs fois ovationné pendant son discours, maître Jules Cantave a touché des dossiers brûlants au sein de la magistrature, tel, le paiement prochain des arriérés de salaire très attendus par un grand nombre de juges. Il promet qu’à court terme le CSPJ va tout mettre en œuvre, de concert avec l’exécutif, pour que ces arriérés soient versés dans le meilleur délai. Cette promesse a immé- diatement été applaudie par les juges présents. Maître Cantave a aussi listé parmi ses objectifs à court terme : la régularisation du fonctionnement des décanats, l’évacuation de tous les dossiers pendants par-devant le tribunal disciplinaire au sein du CSPJ, la publication régulière des statistiques judiciaires et du rapport annuel du CSPJ. Le Conseil a jusqu’ici reçu environ 300 plaintes des justiciables qui s’estiment victimes d’une action posée par un juge. Le président de la plus haute instance judiciaire du pays estime que le non-renouvellement des mandats de plusieurs juges d’instruction est une entrave à la lutte contre la détention préven- tive prolongée. Il promet que le CSPJ va forcer l’exécutif à renouveler les mandats des juges tout en soulignant que des juridic- tions comme les Cayes, Hinche et Saint-Marc sont tout bonnement paralysées en raison de la fin du mandat des juges d’instruction qui y sont affectés. MAître Jules Cantave, qui dit vouloir obtenir du ministère de la Justice le transfert du personnel judiciaire, espère aussi que dès le prochain exercice fiscal le CSPJ aura droit à un « budget plus adé- quat ». Le chef du pouvoir judici- aire croit opportun pour le CSPJ de produire, à court terme, une proposition d’amendement de la Constitution ainsi qu’une modi- fication de la loi du 13 novembre 2007 sur le CSPJ. À moyen terme, le CSPJ voudrait boucler le processus de certifica- tion des 15 000 magistrats actuel- lement en fonction sur l’ensemble du territoire national. Déjà une commission technique de certifi- cation est à pied d’œuvre et est en train de procéder à la certification d’une cinquantaine de juges. Le CSPJ entend, au cours des trois prochaines années, prioriser l’intégration des femmes dans la magistrature haïtienne, respectant ainsi le quota de 30 % de femmes fixé par la Constitution. Aussi le Conseil se promet-il de mettre en place ses cinq bureaux déconcen- trés dans les régions prévues dans les règlements internes. Selon le président du CSPJ, ces règlements ont été élaborés par le Conseil et attendent d’être publiés au jour- nal officiel, Le Moniteur. « Le CSPJ s’engage à travailler au bon renom de la justice. Il s’engage aussi à faire triompher la force du droit sur le droit de la force », a conclu maître Cantave qui ne jure que par l’indépendance et la bonne image du pouvoir judici- aire. Le président Martelly attend beaucoup du CSPJ Le président Michel Martelly a paradoxalement dressé un sombre tableau sur le rendement de l’appareil judiciaire, malgré l’existence du CSPJ. « Dans le système pénal haïtien, les droits humains sont systématiquement violés », a confessé le chef de l’État, qui regrette que la déten- tion préventive prolongée soit encore un fléau non éradiqué. Il va jusqu’à reconnaître que les rap- ports internationaux sur les droits humains ont parfois raison de sig- naler des violations flagrantes en Haïti. « Le système judiciaire ne fonctionne pas à souhait et c’est le moins que l’on puisse », a ren- chéri le président la République en présence de presque tous les chefs des différentes instances judiciaires du pays. Cependant le président Mar- telly dit espérer que le CSPJ, au cours de son second mandat, va mettre tout son poids dans la balance pour opérer les change- ments nécessaires. « Je suis fier d’être le témoin de la prestation de serment des membres de cette prestigieuse institution », a dit le Président en invitant les nouveaux conseillers à ne ménager aucun effort nécessaire à une meilleure image de la justice. « Quand des juges sont accusés de connivence, c’est l’État qui est affaibli », estime le chef de l’État, qui dit beaucoup attendre des membres du CSPJ. Il convient de noter la présence de l’ancien président Prosper Avril, accompagné de son épouse, à la prestation de serment des mem- bres du CSPJ. Le président Mar- telly l’a salué au début de son discours. La cérémonie s’est tenue à Frères, au local qui abrite encore la Cour de cassation et le CSPJ. Mais les neuf membres de ce deuxième CSPJ de l’histoire haï- tienne devraient bientôt trans- férer leurs bureaux au Champ de Mars, puisque l’inauguration du nouveau bâtiment du palais de la Cour cassation, fraîchement con- struit presque en face de l’ancien Palais national, est annoncée pour bientôt. Un deuxième CSPJ fait son entrée dans l'histoirepar Eddy Laguerre Le président Michel Joseph Martelly Le président de la Cour de cassation, Maître Jules Cantave.
  15. 15. DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 N0 36 | 15 SOCIÉTÉ A naïka a vécu seulement trois ans de sa vie avec ses deux pieds jusqu’à ce terrible après-midi du 12 janvier 2010. Les quelques secondes de ce meurtrier séisme qui a dévasté la Capitale haïtienne, allaient changer définitivement le cours de son exis- tence. « Pendant qu’elle rentrait dans la cuisine, la maison s’est effondrée et elle est restée sous les décombres », raconte courageusement sa mère, Fabiana Pierre. Fracturée sévèrement, elle a dû être amputée de sa jambe droite. Trois mois après son opération, la fillette de trois ans a déjà appris à marcher à l’aide de ses petites béquilles. Quatre ans plus tard, elle bouge, s’adonne habilement à ses activités avec ou sans ses béquilles. Mais, à porter sa prothèse, elle éprouve des difficultés, car elle marche assez lentement. « Je ne suis pas à l’aise avec la prothèse, je me sens embarrassée », lâche- t-elle sous un ton larmoyant, pour ensuite ajouter « je suis plus à l’aise avec les béquilles ». Sa mobilité, quoique réduite, cette enfant, pleine de vivacité, ne s’impose aucune limite. Ne dit- elle pas : « Je ne suis pas ennuyée». De toute gaieté, elle renchérit : « je suis un enfant aussi », pour rassurer qu’elle est une fillette normale comme celles de son âge. À l’impasse Eddy à Carrefour- Feuilles où elle habite, on la voit souvent s’associer à ses petits amis du quartier, jouant au football, sautant à la corde, courant çà et là. En classe de 3e année fondamentale, elle pratique aussi le sport à l’école et dégage une bonne performance académique. Elle est hyperactive et prête facilement ses services à des tâches ménagères: faire la vaisselle, balayer la cour. Cette fille unique de sa maman, n’a pourtant jamais connu l’affection d’un père de fort caractère. « Elle ne pleure jamais de sa situation, ni ne se plaigne de quelque chose qui lui fait mal », avoue sa maman. Elle se montre plutôt réaliste, « ce n’est pas moi qui ai coupé ma jambe ». Dans une société où les handicapés éprouvent beaucoup de difficultés en termes d’intégration ou d’accessibilité, Anaïka, grâce à son âge ou à son aptitude, est plutôt chanceuse. Elle s’attire l’attention et la sympathie de tous. En pleine rue, elle se fait aider même par des inconnus. Elle vit au quotidien sous l’œil vigilant de sa maman qui se fait le devoir de la surveiller de près tout en menant ses activités commerciales. Tandis qu’elle grandit au jour le jour, Anaïka doit subir une opération chirurgicale au niveau de son moignon (partie qui reste de la jambe) tous les trois ans, jusqu’à l’âge de 18 ans. Pour ses soins médicaux, sa maman a bénéficié, au départ, de l’aide des ONG comme Médecins sans Frontières et Handicap International qui, aujourd’hui, ne sont plus sur le terrain. La jeune mère s’inquiète pour le futur, car les moyens économiques lui font défaut. À ses sept ans, Anaïka regarde déjà l’avenir bien grand. Elle rêve de devenir professeure. Mais sa mère, sans s’opposer à cette idée, souhaite plutôt l’envoyer à l’étranger, là où elle trouverait plus d’accès. Toutefois, optimiste, elle croit que rien ne peut handicaper l’avenir de sa fille. «L’essentiel c’est d’envoyer l’enfant à l’école, lui permettre d’avoir une profession. Ainsi, je suis prête à tous les sacrifices ». Anaïka, une fillette pleine de rêvespar Lamy Obed PORTRAITD’UNEUNIJAMBISTE Les handicaps ne sont pas tous innés. Certains sont causés par une maladie, un accident. Tel est le cas d’Anaïka Stéphie Pierre. Elle a sept ans et elle est unijambiste. Pourtant, elle aime marcher. Et elle avance... Anaïka Stéphie Pierre, 7 ans. A lbert Buron affalé dans un fauteuil. Le visage défait. Il a en main un verre plein de whisky. Pas de musique. Il a l’air de quelqu’un en pleine angoisse métaphysique. Parfois, il laisse échapper une plainte. Il n’aperçoit même pas son fils Buron Junior qui vient d’entrer dans le salon. Buron Junior s’approche et regarde longuement son père. -Papa, c’est vrai ce qu’on raconte ? -Quoi, mon fils ? répond Buron -On t’a battu ? Buron soupire et prend une gorgée de whisky. -Les gens aiment trop les « zen » dans ce pays, Junior. Buron Junior secoue la tête. C’est le genre d’ado qui n’abandonne pas quand il tient à quelque chose. -Ce n’est pas « un zen » papa. J’ai vu l’article dans le journal. Mes amis m’ont dit que c’est un journaliste sérieux qui l’a écrit. -Journaliste sérieux ! Laisse-moi rire, Junior. Buron Junior s’énerve. -Papa, mes amis du quartier se moquent de moi depuis ce matin. Je veux savoir ce qui t’est arrivé. Yo kale w vre ? -Ou bezwen konnen si yo kale m ? -Oui, dit Buron Junior en regardant son père droit dans les yeux. Buron prend un autre verre de whisky. -Wi, yo kale m. Buron Junior affiche un air à la fois surpris et offusqué. -Ou kite yo kale w, papa ? C’est au tour d’Albert Buron de s’énerver. -Mais ce n’était qu’un kal… Ç’aurait pu être pire avec Georges. -Georges, l’ami du président ? Celui qui t’a permis de trouver le djòb ? -Il ne m’a pas permis de trouver le djòb… Il me l’a vendu. -Et alors ? Poukisa li kale w ? -Parce qu’il voulait plus que ce qui était convenu entre nous et je ne pouvais pas le lui donner. Buron Junior soupire. -Ce pays est compliqué, papa. Ou pa bat msye tou ? Buron regarde son fils en secouant la tête. -Mon fils… Dans ce pays, il faut savoir protéger ses arrières. M ap bati kay, les femmes me tombent dessus. M chèf… Si m pa t kite msye bat mwen pou l dechaje konsyans li, m tap pèdi tou sa. -Se pa vre ! Ou kite mseye bat ou ? Buron dépose son verre avec colère. -M di w se bat li bat mwen sèlman. Ç’aurait pu être pire, Junior. -Pire comment ? insiste Buron Junior. -À l’ère d’Obama, on est chanceux de protéger ses arrières, surtout avec un énergumène pervers comme Georges. Il peut croire qu’il peut tout se permettre maintenant. Buron soupire encore. -Enfin, cela se termine bien après ce petit malentendu. M kenbe djòb mwen. Buron Junior lève ses deux mains en signe de découragement. -Donc, pour toi, cela se termine bien. Buron se verse un autre whisky. -Ce n’est qu’un kal. Si se pa t kal lan sèlman, Junior, zanmi w yo se pa plezi sèlman yo ta p pran avè w…. La première leçon, Junior, dans ce pays, c’est d’apprendre à protéger ses arrières, et ceci dans tous les sens. Mais cela va devenir de plus en plus difficile dans ce monde où n’importe qui peut arriver au pouvoir. Très… Très difficile. -Je peux te venger, papa ? -Gade ti gason ! Fè respè w… Afè n ap mache byen. Ce n’est qu’un kal. Et notre situation vaut même plus qu’un kal.. Même plus qu’un kal. Savoir protéger ses arrières. Voici la morale de l’histoire. Le « kal » d'Albert Buron !par Gary VICTOR EXIT
  16. 16. 16 | N0 36 DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 SOCIÉTÉ L es crises sociopolitiques éclipsent les problèmes de l’environnement en Haïti. La quotidienneté de nos soucis nous tenaille et nous fait dériver. Le manger et le boire, les deux plus grands désagréments journaliers de l’Haïtien, constituent une étreinte viscérale. Environ quatre millions de compatriotes vivent en insécurité alimentaire s’il faut croire les propos de Garry Mathieu, coordonateur de la CNSA (Coordination nationale de la sécurité alimentaire). D’un autre côté, la question dominicaine de rapa- triement et les élections sont venues ombrager un peu plus la précarité environnementale du pays. Plus d’un observateur est d’avis que ce mal du pays est la résul- tante de la pauvreté accrue qui caractérise cette société. Près de 78 % de la population haïtienne vit sous le seuil de la pauvreté absolue et 56 % dans l’extrême pauvreté, pour citer l’Unicef dans son dernier rapport. La coupe des arbres, l’exploitation anarchique des carrières, entre autres, devien- nent les rares moyens de subsis- tance. Pierre Chauvet, directeur exécutif de la Fan (Fédération des amis de la nature), reconnaît que près de 30 à 40 millions d’arbres sont abattus tous les ans. Le Bureau des mines et de l’énergie, l’une des instances de l’État responsables de la gestion des carrières, est rarement au cou- rant de leur exploitation qui se fait dans l’anarchie totale et au péril de ceux qui s’y aventurent sans expérience. La déforestation a atteint près de 98,5 % du territoire et une érosion importante des sols en est résul- tée. En 2008, les catastrophes naturelles au cours de la saison cyclonique ont causé des dom- mages estimés à près d’un milliard de dollars américains, équivalant à 15 % du PIB. Il y a près de cinq ans, 5 000 espèces de plantes, d’arbres et de buissons ont été recensées, dont plus d’un tiers est considéré comme endémique. À ce rythme effréné de la dégrada- tion de l’environnement, d’aucuns croient que le pays est en train de perdre un nombre important des espèces les plus rares. Les espaces dits protégés sont les moins sécurisés. En témoignent ces incendies qui ont ravagé au cours de 2012 et 2013 le parc Macaya, la forêt des Pins et le parc La Visite. L’État haïtien, au cours des années, ne s’est jamais montré très con- cerné par cette question. Par inconscience ou par ignorance, le problème de la dégradation de l’environnement n’a jamais été considéré dans toute sa dimen- sion ou disons qu’il a toujours été sous l’ombre de l’économique et du politique. La catastrophe indicible du 12 janvier 2010 n’a, semble-t-il, été qu’un éclair, un nuage dans un ciel serein. Il fut juste une erreur de la nature, une faute, une injustice même des dieux, des forces de la nature, s’il faut croire la tranquillité des âmes haïtiennes qui ne paraissent red- outer aucun autre séisme, aucune autre catastrophe d’une telle envergure. Pourtant, le risque est permanent. L’ingénieur-géologue Claude Prepetit le confirmerait lui-même et nous mettrait en garde. Nous sommes toujours dans le sillage des catastrophes naturel- les. Peu importe la sérénité que nous affichons. Les années 2004, pour se souvenir de la ville des Gonaïves et de Fond-Verrettes avec Jeanne, et 2008 pour se rappeler Ike, Hanna et Gustave si nous voulons seulement illustrer nos propos par de récents exemples. Les inconséquences, les irre- sponsabilités de l’État sont en tout temps notre partage, notre passivité, et nos négligences nous perdent toujours. L’année 2012, on s’en souvi- ent, a été décrétée l’année de l’environnement et de l’agriculture. C’est le président de la République lui-même qui avait tenu à le dire. Mais plus de trois ans après, quels sont les constats ? Qu’avons-nous semé ? Des efforts ont-ils été accomplis dans le sens de la sauvegarde de l’environnement ? Pouvons-nous être rassurés dans l’éventualité d’un nouveau séisme de la trempe de celui du 12 janvier 2010 ? Les 30 bassins versants du pays ont- ils été reboisés ? Le parc La Visite, le parc Macaya et la forêt des Pins, ces patrimoines sont-ils en sur- veillance constante ? Qu’en est-il du Grand Nord menacé constam- ment par séisme et tsunami ? Mais qu’en est-il du pays en général ? Voilà un nombre important de questions auxquelles il faud- rait répondre pour croire que la promesse du chef de l’État en 2012 n’était pas une autre envolée poétique décousue, dépourvue de logique. En ces temps d’élections, il nous sera donné de choisir entre les beaux discours et l’action, entre les menteurs invétérés et les Haï- tiens honnêtes conscients de la décrépitude de ce pays en mal de vivre. Nous devrons mettre hors jeu les « patricides », les antinationaux à qui nous devons dire anathème ! Plus qu’une urgence, la dégrada- tion de l’espace physique du pays, la vulnérabilité de l’environnement doivent nous interpeller tous dans notre conscience de filles et de fils de cette terre. C’est notre seul bien commun. Travaillons à sa sauvegarde ! Érosion par ravinement extrêmement grave. / Photo: fr.groups.yahoo.com Plus qu'une urgence !par Jackson Joseph
  17. 17. DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 N0 36 | 17
  18. 18. 18 | N0 36 DU VENDREDI 10 AU DIMANCHE 12 JUILLET 2015 CULTURE Fin de partie, dit-ilPar Dangelo Néard (notre envoyé spécial en Europe) C e serait vous mentir que de vous dire littéralement que Beckett, dans la pièce de théâtre intitulée « Fin de partie », parle de la fin du monde. Ce serait vous mentir. Vous mentir d’un regard froid et hagard si je vous lais- sais lire que Beckett est triste, qu’il peint dans cette pièce un monde qui épouse la mesure de sa tristesse et de ses multiples déconvenues. « Fin de partie » est une pièce de théâtre qui met en scène des per- sonnages qui vivent dans l’amitié. À ce niveau, on peut dire oui tout comme on peut dire non. Dans « Fin de partie » si amitié et complicité il devrait y avoir, ce serait surtout dans le pathos, la haine inavouée, ce serait des liens humains qui prêteraient leur souf- fle au syndrome de Stockholm. Les personnages cherchent le nord dans toute la pièce. Ils cherchent le bel air. Ils sont dans des rapports inextricables. On ne pense même pas à situer leur relation dans le temps. On sent qu’ils se sont tou- jours aimés, tout comme on sent qu’ils se sont toujours détestés. Ils sont dans des rapports de domi- nation. À vous d’aller chercher si le sadomasochisme peut se faire une carrière dans ce théâtre. Le génie de Beckett brille de ses mille feux, surtout quand les person- nages sont en instance de divorce. Le lecteur se constate vouloir la rupture parce que les rapports des personnages sont inégaux, injustes, balancés d’un côté ; en même temps, à son grand dam, le lecteur se rend compte qu’en dehors de ce train de relation, il perd intérêt à la pièce et le jeu dramatique tombe dans le normal. Et toute démarche artistique qui tombe dans le normal perd de son essence esthétique et devient matière pour le vulgaire. Dans la tête de celui ou de celle qui lit « Fin de partie », autant il est injuste que des êtres humains réduisent à leur service d’autres êtres humains, autant il est injuste de n’avoir personne capable de nous venir en aide face à la pug- nacité du malheur. « Fin de partie » est une pièce à lire sur des escabeaux. Il faut faire attention au fil des pages, peut-être pourrez-vous tomber. La tension n’arrête pas de monter. Le rire viendra, se frayera un chemin à la commissure de vos lèvres de temps en temps. L’absurde vous étourdira et vous n’y comprendrez rien : de toute façon, nous sommes à la maison Beckett. Et tout au moins, au bout de l’expérience, vous vous direz : « Voilà, fin de partie ! » En marge des vingt ans de la disparition de René PhiloctètePar Schultz Laurent Junior L e poète René Philoctète, l’un des fondateurs du spi- ralisme, est mort il y a déjà deux décennies. Les mem- bres de sa famille, pour honorer sa mémoire, vont organiser une journée d’hommages le vendredi 17 juillet en leur résidence à Santo 13. René Philoctète est considéré comme l’un des grands poètes de la littérature haïtienne. Né à Jérémie, Grand-Anse, le 16 novembre 1932, il a occupé une place prépondérante dans le milieu intellectuel haïtien en publiant des œuvres qui ont été saluées par la critique littéraire. Décédé le 17 juillet 1995, sa famille, ses amis écrivains lui rendront un hommage posthume durant toute la journée du vendredi 17 juillet 2015. Son fils, Richard Philoctète, était passé au journal Le National dans l’après-midi du mercredi 8 juillet pour nous parler des activités qui seront organisées dans le cadre de cette commémoration. Peintre, Richard profitera de cette journée pour présenter ses œuvres picturales inspirées de l’œuvre poétique et romanesque de son feu père. Des artistes de Noailles qui se sont spécialisés dans l’art de la récupération en profiteront aussi pour exhiber leurs créations. Plusieurs sketches sont également prévus au programme sans oublier la participation de Woully Saint-Louis qui interprétera des chansons du terroir et celles tirées de son album « Quand la parole se fait chanson ». Plusieurs artistes sont attendus à cette journée, parmi lesquels Franckétienne avec qui il a fondé le spiralisme. « Entre les saints des saints », ouvrage de René Philoctète, sera publié à titre posthume. Toute l’intimité de l’auteur d’une « Saison de cigale » sera dévoilée. Les invités auront l’opportunité de se réapproprier l’auteur de « Margha » en visitant sa bibliothèque, sa chambre à coucher et toucher les objets ayant appartenu à celui qui avait reçu beaucoup de distinctions à l’étranger. Invité à évoquer le souvenir de son père, Richard, ému , n’avait plus les mots. « René Philoctète, c’est la générosité. En lisant ses recueils de poèmes, on sent qu’il avait le souffle poétique. Sa générosité était à fleur de peau. Même dans ses romans, on retrouve aussi cette poésie qui coule comme une source chantante. Je suis fasciné par ses romanset je crois que mes deux autres frères et sœurs ont la même opinion que moi. Mon père était tout simplement admirable. Nous voulons tout simplement perpétuer sa mémoire afin qu’il continue de vivre dans nos cœurs. » Il faut souligner que René Philoctète est l’auteur de recueils de poèmes et de romans. Poète humaniste, sensible à la beauté des choses, il a publié « Ces îles qui marchent », « Margha », « Promesse », « Les tambours du soleil », « Une saison de cigale », « Pour que les dieux ne meurent jamais ». Fondateur du mouvement Haïti littéraire au début des années soixante, avec Serge Legagneur, Anthony phelphs, Davertige Roland Morisseau, etc, il est co- fondateur du Collège Jean Price- Mars où il a pendant longtemps dispensé des cours de littérature. En 2003, sous la direction de Lyonel Trouillot, les Éditions Actes Sud ont publié une anthologie des meilleurs textes du poète qui pense qu’écrire, c’est répandre la lumière sur les yeux aveugles ». Il y a différentes façons d’entrer dans une pièce de théâtre. On peut y entrer côté piscine, côté bonne humeur, côté surprise, côté jardin, côté cour. Mais le théâtre de Beckett n’est pas un théâtre. On ne peut donc y entrer. Beckett n’a pas de temps pour le théâtre, il est trop occupé à faire jouer la vie et ses travers dans une ambiance absurde, dans une ambiance de fin des choses, de fin de partie. René Philoctète.

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