Guy de MAUPASSANT      (1850-1893)
BIOGRAPHIEMaupassant est né à Fécamp (Normandie) en août 1850. Il est élevé par samère, passionnée de littérature et amie ...
ŒUVRES PRINCIPALESL’œuvre de Maupassant est abondante et variée. En prose ou en vers, elle secompose darticles, de pièces ...
BEL-AMI                                  Résumé         Bel-Ami a pour cadre un monde parisien trépidant dans lequel lehér...
BEL-AMI – 1re partie            Chapitre I : Premiers succès sur le boulevardGeorges Duroy est un ancien sous-officier qui...
Chapitre II: diner importantPénétré de sa valeur, tout à sa joie dune première réussite,Duroy, qui a soigné sa tenue de so...
Chapitre III : Une collaboration réussie• Duroy est rentré chez lui - une triste chambre dans un immeuble crasseux -  et c...
Chapitre IV - Une Facile ConquêteDuroy ne progresse pas assez vite à son gré. Il se souvient alors du conseil de MmeForest...
Chapitre V : Vers dautres amoursDuroy a vite retrouvé son aplomb et déclare à Mme Forestier son amour naissant. Très grand...
Chapitre VI: Un incident de parcoursCharles Forestier est loin, Duroy signe ses premiers articles politiques mais ildoit f...
Chapitre VII : La mort de ForestierDuroy et Clotilde consacrent leur entente quasi familiale - M. de Marelle,toujours abse...
BOULE DE SUIF                                              RésuméLhistoire se déroule pendant la guerre de 1870, en plein ...
BOULE DE SUIF - Extraits                          BOULE DE SUIF - ExtraitsTout à coup, Loiseau, la face anxieuse et levant...
BOULE DE SUIF - ExtraitsLoiseau résuma la situation.   "Cest malheureux de ne pas avoir de piano parce quon pourrait pince...
BOULE DE SUIF - ExtraitsLe comte étouffait. Lindustriel se comprimait le ventre à deux mains. Loiseau continuait:   "Et, v...
BOULE DE SUIF - Extraits•  Elle semblait un peu troublée, honteuse, et elle savança timidement vers  ses compagnons, qui, ...
BOULE DE SUIF - ExtraitsPersonne ne la regardait, ne songeait à elle. Elle se sentait noyée dans lemépris de ces gredins h...
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Guy de maupassant

  1. 1. Guy de MAUPASSANT (1850-1893)
  2. 2. BIOGRAPHIEMaupassant est né à Fécamp (Normandie) en août 1850. Il est élevé par samère, passionnée de littérature et amie de Flaubert. Celle-ci l’encourage etlui sert de guide dans ses lectures.C’est Gustave Flaubert qui aide Maupassant à devenir écrivain en luidonnant des conseils. Par l’intermédiaire de celui-ci, Maupassant rencontreles grands écrivains de l’époque : Zola, Huysmans, Daudet et les frèresGoncourt.Après le succès de Boule-de-Suif (1880) et de La Maison Tellier (publié en1881), Maupassant abandonne son emploi dans un ministère et seconsacre entièrement à l’écriture. Dès lors, il publie des recueils denouvelles, des romans et des articles dans les journaux, et cela sansrenoncer à ses passions qui sont la chasse, le canotage et les femmes. Ilvoyage aussi en Corse, en Italie et en Afrique du Nord sur son voilier « LeBel-Ami ».Mais peu à peu, Maupassant éprouve un sentiment de malaise et estvictime d’hallucinations (au début de l’année 1891). Il tente de se suicideret est interné dans la maison de santé du Docteur Blanche. Il y meurt enjuillet 1893.
  3. 3. ŒUVRES PRINCIPALESL’œuvre de Maupassant est abondante et variée. En prose ou en vers, elle secompose darticles, de pièces de théâtre, de récits courts, de romans, de récits devoyage sans compter la correspondance privée. Romans Récits de voyage •Une vie (1883) •Au soleil (1884) •Bel-Ami (1885) •Sur l’eau (1888) •Pierre et Jean (1887) •La Vie errante (1890) •Mont-Oriol (1887) •Notre cœur (1889) •Fort comme la mort (1889)
  4. 4. BEL-AMI Résumé Bel-Ami a pour cadre un monde parisien trépidant dans lequel lehéros, arriviste et séducteur, veut se frayer un chemin.Véritable « homme à femmes », changeant et inconstant dans le domaine del’amour comme dans celui des idées, Georges Duroy se sert de son corps etdes femmes pour s’élever, d’où le surnom de Bel-Ami, que Laurine, fillette deClotilde de Marelle, l’une de ses maîtresses, lui a donné. À travers lepersonnage, l’auteur nous fait découvrir le milieu du journalisme et de la HauteBanque, sur fond de scandales politico-financiers.Toute l’ascension de « Bel-Ami » se passe à Paris. Au départ, celui-ci est unjeune provincial pauvre qui y monte pour faire fortune. Après avoir été un petitemployé des chemins de fer, il fait la rencontre de Madeleine Forestier, deClotilde de Marelle, qui seront ses maîtresses dans tout le livre, de MonsieurWalter, le patron du journal La Vie française, et de sa femme. Ces personnagesauront une importance majeure dans sa future évolution.
  5. 5. BEL-AMI – 1re partie Chapitre I : Premiers succès sur le boulevardGeorges Duroy est un ancien sous-officier qui a gardé de son métierlarrogance, une soif, un désir violent de réussir à Paris, quels quen soient lesmoyens.La chance aidant, il rencontre Charles Forestier, un ami de régiment, rédacteurpolitique à La Vie Française. Ce journaliste arrivé - encore que malade - luiconseille de suivre sa propre voie car cest par la presse, la grande, quon arriveà Paris. Forestier invite alors Duroy à dîner pour le lendemain : il rencontrerale Patron, M. Walter, ainsi que des journalistes et des femmes.Chemin faisant, les deux compères arrivent aux portes des Folies-Bergères : onva assister - gratuitement - au spectacle. À la sortie, une fille, Rachel, remarquela prestance de Duroy et lentraîne. Forestier, en connaisseur, constate : " Disdonc, mon vieux, sais-tu que tu as vraiment du succès auprès des femmes ? Ilfaut soigner ça. Ça peut te mener loin ” (P. 45).
  6. 6. Chapitre II: diner importantPénétré de sa valeur, tout à sa joie dune première réussite,Duroy, qui a soigné sa tenue de soirée, se présente chez Forestier. Passées lespremières timidités devant le patron de La Vie Française, il senhardit etraconte à sa manière la situation économique de lAlgérie et ses souvenirsdAfrique.Lévidente facilité du conteur appelle la curiosité autour dun sujet mal connu.Et dabord celle de trois femmes - Mme Forestier, Mme de Marelle, son amie,et Mme Walter, la femme du Patron - “ qui avaient les Yeux fixés sur lui ”. Unebonne soirée: trois femmes - sans compter la petite Laurine, fille de Mme deMarelle - ladmirent, et le Patron lui donne rendez-vous pour le lendemain,non sans lui avoir commandé “ une petite série fantaisiste sur lAlgérie ” (p.56).
  7. 7. Chapitre III : Une collaboration réussie• Duroy est rentré chez lui - une triste chambre dans un immeuble crasseux - et commence larticle promis. Linspiration se fait attendre ; il rêve au pays natal, aux vieux parents normands qui “avaient voulu faire de leur fils un monsieur ” (P. 66-67) : il ne les décevra pas. Mais la plume le trahit et il doit se rendre auprès de Forestier pour lui expliquer ses difficultés. Toujours compréhensif, lami le pousse à rencontrer sa femme, elle-même journaliste de talent, experte en lart décrire des chroniques.• Madame Forestier, énigmatique et sûre delle-même, écoute son récit algérien et montre à Duroy, médusé, comment on sy prend pour offrir au public un papier qui lintéresse. Très amicale, elle engage lhomme à rendre visite à Mme de Marelle cependant quarrive le comte de Vaudrec, “ le meilleur et le plus intime de nos amis ” (p. 77), précise-t-elle. Duroy, gêné, sefface.• À La Vie Française où il se rend plus tard, il sétonne de trouver des femmes parmi les journalistes - une nouveauté dans la presse moderne - et commence à découvrir que tout est fait pour le paraître, pour lapparence, pour le masque. Forestier le fait pénétrer dans le bureau de Walter qui confirme lengagement de son nouveau collaborateur et lui demande de continuer sa série darticles sur lAlgérie.
  8. 8. Chapitre IV - Une Facile ConquêteDuroy ne progresse pas assez vite à son gré. Il se souvient alors du conseil de MmeForestier: “ Allez donc voir [Mme de Marelle] un de ces jours ” (p. 77). Cette visite luiprocure une alliée: la fille de la maison, la petite Laurine. À son tour, la mère se laisseséduire par le beau sous-officier et linvite à un dîner “ intime ” avec les Forestier. Cedîner commence dans la bonne humeur mais sachève trop vite: Forestier, malade,doit rentrer.Georges Duroy raccompagne Mme de Marelle, lui fait une cour pressante à laquelleelle répond favorablement: “ Il en tenait une, enfin, une femme mariée! une femmedu monde! du vrai monde! du monde parisien ! Comme ça avait été facile etinattendu ! ” (p. 116-117). Alors les rendez-vous se succèdent: chez Mme de Marelleoù Laurine, sa fille, baptise le jeune homme du nom de Bel-Ami; dans le tristeappartement de Bel-Ami, une garçonnière louée par lobligeante maîtresse. Il devienthabituel doublier la présence dun mari et de sencanailler dans les bistrots, “ danstous les endroits louches où samuse le peuple ” (p. 129). À ce jeu, les maigresressources de Duroy fondent à vue doeil et Clotilde de Marelle, quia perçu la gêne deson amant, glisse dans ses vêtements pièce après pièce. Il doit accepter, en grognant,ces générosités nécessaires et obéir à tous les caprices de la femme. Mais il se trouveque lun de ces caprices amène les amants aux Folies-Bergère où Rachel entreprend dese faire reconnaître par Duroy. Gêné, lhomme se sauve sous les quolibets de la fille.
  9. 9. Chapitre V : Vers dautres amoursDuroy a vite retrouvé son aplomb et déclare à Mme Forestier son amour naissant. Très grande dame,elle écarte lintrus au nom dune conception très moderne de la passion : toute passion estdangereuse et “je cesse, avec les gens qui maiment damour ou qui le prétendent, toute relationintime ” (p. 147). Madame Forestier engage Duroy à rendre visite à Mme Walter, la femme du patron,une femme utile, avec une réputation sans tache.Le journaliste fait son chemin. Les leçons de Mme de Marelle et celles de ses amis reporters ont portéleurs fruits. Lhomme qui se présente chez Mme Walter a acquis laisance et le délié.Devant un cercle féminin très choisi, il produit forte impression en ridiculisant ces messieurs delAcadémie: la semaine suivante, il est nommé chef des Échos, ces Échos qui sont “ la moelle dujournal ”, la somme des petits entrefilets aguicheurs et trompeurs où chaque lecteur doit trouver sonintérêt. Un intérêt qui peut être politique ou culturel, professionnel ou social, quand “ il faut penser àtout et à tous ” (p. 155).Le journaliste va montrer là toutes ses qualités de ruse, dastuce, de souplesse et de flair pour réussirdans la fonction. Et comme une bonne nouvelle peut cacher dautres bonnes nouvelles, il est invité àdîner chez les Walter, reçoit un salaire de Crésus et songe à ses parents normands et au pays natal.Le dîner - en présence de tous les rédacteurs du journal est somptueux. Duroy fait plus ampleconnaissance avec les deux filles Walter, Suzanne en particulier. Il revoit Mme de Marelle : cest laréconciliation. Le vieux poète Norbert de Varenne, étrange figure de raté pessimiste, laccompagnesur le chemin du retour en lui administrant un véritable sermon sur la mort.Lhomme sarrache à ce pessimisme durement révélé à la pensée de sa rencontre du lendemain avecMme de Marelle.Forestier, de plus en plus malade, doit partir pour Cannes et son soleil. Bel-Ami rappelle à sa femmequelle peut compter sur son dévouement, en toute occasion.
  10. 10. Chapitre VI: Un incident de parcoursCharles Forestier est loin, Duroy signe ses premiers articles politiques mais ildoit faire face à lhumeur belliqueuse dun reporter de La Plume qui le prendrudement à partie tout en égratignant le journal. Un échange decommuniqués insultants narrange rien : un seul recours, le duel. Bel-Amipossède quelques qualités dapparence et beaucoup de savoir-faire etdambition, mais bien peu de courage physique.Le choix des armes linquiète, puis langoisse, le terrorise. On se battra aupistolet. Malgré une formation accélérée, il se sent au bord de toutes leslâchetés.La chance aidant, les balles épargnent les deux hommes. Lhonneur de La VieFrançaise est intact et Bel-Ami reçoit les chaudes félicitations du Patron et lestendresses renouvelées de Mme de Marelle: on sinstalle dans la garçonnièredu bonheur.
  11. 11. Chapitre VII : La mort de ForestierDuroy et Clotilde consacrent leur entente quasi familiale - M. de Marelle,toujours absent, ne compte pas - quand arrivent de mauvaises nouvelles deCannes : Charles se meurt et sa femme demande laide promise par lami.À Cannes, cest lheure difficile dune longue et crispante agonie. La maladienen finit pas de jouer avec les dernières forces du malade. Bientôt, il faudraveiller le mort et ne pas se laisser prendre aux ultimes angoisses du hideuxspectacle. Cest le moment que choisit Bel-Ami, profitant des circonstances quilui sont favorables, pour redire à Madeleine Forestier son amour et son espoirdun mariage. Sans écarter le projet, la brillante journaliste en fixe les limites :“ Le mariage pour moi nest pas une chaîne, mais une association Mais ilfaudrait aussi que cet homme sengageât à voir en moi une égale, une alliée ”(p. 224-225).Conscient des progrès réalisés, Duroy se montre compréhensif : il sauraattendre.
  12. 12. BOULE DE SUIF RésuméLhistoire se déroule pendant la guerre de 1870, en plein hiver et débute par le repli des troupesfrançaises et lenvahissement de Rouen par les prussiens. Cest à bord dune diligence tirée parsix chevaux que lhéroïne, baptisée par lauteur "Boule de suif" et neuf autres personnessenfuient vers Dieppe. Il y a là un couple de commerçants, deux couples de la bourgeoisie et dela noblesse, deux religieuses, un démocrate, et Boule de suif, une femme galante, dont laprésence soulève la méfiance, l’indignation ou la curiosité.• Le voyage s’annonce difficile, le froid est vif. La neige ralentit la progression de la diligence. Les voyageurs ont faim. Seule, Boule de Suif a pensé à emporter des provisions qu’elle partage volontiers avec ses compagnons de voyage. Ceux-ci n’hésitent pas alors à oublier provisoirement leurs préjugés pour bénéficier de la générosité de la passagère.• Le soir, la diligence s’arrête pour une étape à l’auberge de Tôtes. Celle-ci est occupée par les Prussiens. L’officier prussien interdit à la diligence de repartir tant que Boule de suif n’a pas accepté ses avances. Avant le souper elle est appelée à le rejoindre mais refuse. Bonapartiste, elle n’accepte pas de coucher avec lennemi.• Les passagers restent bloqués la journée à lauberge et réalisent que lofficier prussien ne les laissera partir que lorsque Boule de suif se sera offerte à lui. Chacun y va alors de son argument pour convaincre la jeune femme d’accepter de se sacrifier.• Elle passe la nuit avec lofficier et ils partent au petit matin.• Tous se sont fait préparer des petits plats sauf Boule de Suif qui na pas eu le temps.• Quand arrive l’heure du repas, les voyageurs se régalent mais personne ne partagera son repas avec Boule de Suif. Elle n’aura droit qu’au mépris de la part de cette microsociété bien pensante, qu’elle a nourrie puis libérée.
  13. 13. BOULE DE SUIF - Extraits BOULE DE SUIF - ExtraitsTout à coup, Loiseau, la face anxieuse et levant les bras, hurla: "Silence!" Tout le monde se tut,surpris, presque effrayé déjà. Alors il tendit loreille en faisant "Chut!" des deux mains, leva lesyeux vers le plafond, écouta de nouveau, et reprit, de sa voix naturelle:"Rassurez-vous, tout va bien." On hésitait à comprendre, mais bientôt un sourire passa. Au bout dun quart dheure ilrecommença la même farce, la renouvela souvent dans la soirée; et il faisait semblantdinterpeller quelquun à létage au-dessus, en lui donnant des conseils à double sens puisésdans son esprit de commis voyageur. Par moments il prenait un air triste pour soupirer: "Pauvrefille!" ou bien il murmurait entre ses dents dun air rageur : "Gueux de Prussien, va!"Quelquefois, au moment où lon ny songeait plus, il poussait, dune voix vibrante, plusieurs:"Assez! assez!" et ajoutait, comme se parlant à lui-même: "Pourvu que nous la revoyions; quilne len fasse pas mourir, le misérable!" Bien que ces plaisanteries fussent dun goût déplorable, elles amusaient et ne blessaientpersonne, car lindignation dépend des milieux comme le reste, et latmosphère qui sétait peu àpeu créée autour deux était chargée de pensées grivoises. Au dessert, les femmes elles-mêmes firent des allusions spirituelles et discrètes. Les regardsluisaient; on avait bu beaucoup. Le comte, qui conservait, même en ses écarts, sa grandeapparence de gravité, trouva une comparaison fort goûtée sur la fin des hivernages au pôle et lajoie des naufragés qui voient souvrir une route vers le sud. Loiseau, lancé, se leva, un verre dechampagne à la main: "Je bois à notre délivrance!" Tout le monde fut debout : on lacclamait.Les deux bonnes sœurs, elles-mêmes, sollicitées par ces dames, consentirent à tremper leurslèvres dans ce vin mousseux dont elles navaient jamais goûté. Elles déclarèrent que celaressemblait à la limonade gazeuse, mais que cétait plus fin cependant.
  14. 14. BOULE DE SUIF - ExtraitsLoiseau résuma la situation. "Cest malheureux de ne pas avoir de piano parce quon pourrait pincer un quadrille." Cornudet navait pas dit un mot, pas fait un geste; il paraissait même plongé dans des penséestrès graves, et tirait parfois, dun geste furieux, sa grande barbe quil semblait vouloir allongerencore. Enfin, vers minuit, comme on allait se séparer, Loiseau qui titubait, lui tapa soudain surle ventre et lui dit en bredouillant: "Vous nêtes pas farce, vous, ce soir; vous ne dites rien, citoyen?" Mais Cornudet relevabrusquement la tête, et, parcourant la société dun regard luisant et terrible: "Je vous dis à tous que vous venez de faire une infamie!" Il se leva, gagna la porte, répétaencore une fois: "Une infamie!" et disparut. Cela jeta un froid dabord. Loiseau, interloqué, restait bête; mais il reprit son aplomb, puis,tout à coup, se tordit en répétant: "Ils sont trop verts mon vieux, ils sont trop verts." Commeon ne comprenait pas, il raconta les "mystères du corridor". Alors il y eut une reprise de gaietéformidable. Ces dames samusaient comme des folles. Le comte et M. Carré-Lamadon pleuraientà force de rire. Ils ne pouvaient croire. "Comment! vous êtes sûr! Il voulait... - Je vous dis que je lai vu. - Et, elle a refusé... - Parce que le Prussien était dans la chambre à côté. - Pas possible? - Je vous le jure."
  15. 15. BOULE DE SUIF - ExtraitsLe comte étouffait. Lindustriel se comprimait le ventre à deux mains. Loiseau continuait: "Et, vous comprenez, ce soir, il ne la trouve pas drôle, mais pas du tout.« Et tous les trois repartaient, malades, essoufflés, toussant. On se sépara là-dessus. Mais Mme Loiseau, qui « était de la nature des orties », fitremarquer à son mari, au moment où ils se couchaient, que "cette chipie" de petite Carré-Lamadon avait ri jaune toute la soirée: "Tu sais, les femmes, quand ça en tient pourluniforme, quil soit français ou bien prussien, ça leur est, ma foi, bien égal. Si ce nestpas une pitié, Seigneur Dieu!" Et toute la nuit, dans lobscurité du corridor coururent comme des frémissements, desbruits légers, à peine sensibles, pareils à des souffles, des effleurements de pieds nus,dimperceptibles craquements. Et lon ne dormit que très tard, assurément, car des filets delumière glissèrent longtemps sous les portes. Le champagne a de ces effets-là; il trouble,dit-on, le sommeil.Le lendemain, un clair soleil dhiver rendait la neige éblouissante. La diligence, atteléeenfin, attendait devant la porte, tandis quune armée de pigeons blancs, rengorgés dansleurs plumes épaisses, avec un œil rose, taché, au milieu, dun point noir, se promenaientgravement entre les jambes des six chevaux, et cherchaient leur vie dans le crottin fumantquils éparpillaient. Le cocher, enveloppé dans sa peau de mouton, grillait une pipe sur le siège, et tous lesvoyageurs radieux faisaient rapidement empaqueter des provisions pour le reste duvoyage. On nattendait plus que Boule de suif. Elle parut.
  16. 16. BOULE DE SUIF - Extraits• Elle semblait un peu troublée, honteuse, et elle savança timidement vers ses compagnons, qui, tous, dun même mouvement, se détournèrent comme sils ne lavaient pas aperçue. Le comte prit avec dignité le bras de sa femme et léloigna de ce contact impur.• La grosse fille sarrêta, stupéfaite; alors, ramassant tout son courage, elle aborda la femme du manufacturier dun "bonjour, Madame" humblement murmuré. Lautre fit de la tête seule un petit salut impertinent quelle accompagna dun regard de vertu outragée. Tout le monde semblait affairé, et lon se tenait loin delle comme si elle eût apporté une infection dans ses jupes. Puis on se précipita vers la voiture où elle arriva seule, la dernière, et reprit en silence la place quelle avait occupée pendant la première partie de la route.• On semblait ne pas la voir, ne pas la connaître; mais Mme Loiseau, la considérant de loin avec indignation, dit à mi-voix à son mari: "Heureusement que je ne suis pas à côté delle."• La lourde voiture sébranla, et le voyage recommença.
  17. 17. BOULE DE SUIF - ExtraitsPersonne ne la regardait, ne songeait à elle. Elle se sentait noyée dans lemépris de ces gredins honnêtes qui lavaient sacrifiée dabord, rejetée ensuite,comme une chose malpropre et inutile. Alors elle songea à son grand paniertout plein de bonnes choses quils avaient goulûment dévorées, à ses deuxpoulets luisants de gelée, à ses pâtés, à ses poires, à ses quatre bouteilles debordeaux; et sa fureur tombant soudain, comme une corde trop tendue quicasse, elle se sentit prête à pleurer. Elle fit des efforts terribles, se raidit, avalases sanglots comme les enfants; mais les pleurs montaient, luisaient au bordde ses paupières, et bientôt deux grosses larmes, se détachant des yeux,roulèrent lentement sur ses joues. Dautres les suivirent plus rapides coulantcomme les gouttes deau qui filtrent dune roche, et tombant régulièrementsur la courbe rebondie de sa poitrine. Elle restait droite, le regard fixe, la facerigide et pâle, espérant quon ne la verrait pas. Mais la comtesse sen aperçut et prévint son mari dun signe. Il haussa lesépaules comme pour dire: "Que voulez-vous? ce nest pas ma faute." MmeLoiseau eut un rire muet de triomphe, et murmura: "Elle pleure sa honte."

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