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TRIBUNE LIBRE TRIBUNE LIBRE 
gynécologue-obstétricien malgache 
problèmes d’acclimatation. J’ap-prends 
beaucoup en grossesse 
pathologique et en imagerie, 
notamment en échographie obs-tétricale. 
Mon équipe me donne 
la possibilité d’aménager mon 
emploi du temps librement entre 
la clinique et l’enseignement uni-versitaire. 
La médecine foetale me 
passionne même si cette pratique 
‡•‡„Ž‡‡…‘”‡†‹ˆϐ‹…‹Ž‡ƒ†ƒ’- 
ter à notre activité locale. En gy-nécologie, 
j’aimerai pouvoir prati-quer 
un peu plus de coelioscopie 
même si notre hôpital ne possède 
pas encore le matériel nécessaire 
à cet effet. Nous espérons l’ouver-ture 
prochaine d’un nouveau bloc 
Qu’envisages-tu de changer 
dans ton exercice lors de ton 
retour ? 
J’aimerai améliorer notre pra-tique 
en matière de suivi de gros-sesse. 
La réalisation du dépistage 
prénatal, ne serait-ce qu’en ima-gerie, 
serait un projet intéres-sant. 
On pourrait imaginer une 
collaboration avec les autres dis-ciplines 
pour coordonner la prise 
en charge des nouveau-nés ainsi 
dépistés. Ce qui me tient le plus 
à coeur concrètement serait d’hu-maniser 
nos soins et si possible 
d’aider nos sages-femmes à se 
former dans de meilleures condi-tions. 
Nicolas Nocart 
Interview de Vola Botolahy 
Bonjour Vola, peux-tu te pré-senter 
brièvement ? 
Bonjour Nicolas. Je m’appelle 
 ƒϐ‹†”ƒ˜‘Žƒ ‰‡- 
linà. Je suis chef de clinique de 
Gynécologie-Obstétrique. J’ai été 
formée à Madagascar d’où je suis 
originaire et travaille au CHU de 
Tamatave, située à 353 km au 
nord-est de Tananarive. Je suis 
actuellement en France, dans le 
cadre d’une coopération franco-malgache. 
J’exerce dans le service 
du Pr Dallay à la maternité du 
CHU de Bordeaux. 
Comment se passe les études 
médicales à Madagascar ? 
Permets-moi de parler de l’histo-rique 
de notre enseignement su-périeur 
rapidement. La formation 
médicale à Madagascar existe 
depuis 1873 et est caractérisée 
par 5 périodes différentes qui 
épousent pratiquement les 
grandes périodes de l’histoire de 
notre pays. 
La période précoloniale au cours 
de laquelle tous les médecins ont 
été formés à l’étranger. 
La période coloniale qui a vu 
naître l’institution de l’école de 
Médecine de Befelatanana. La for-mation 
durait à l’époque cinq ans, 
ouvrant au Diplôme de Médecine 
de l’assistance Médicale. 
La période post-coloniale qui 
a été marquée par deux forma-tions 
parallèles : la poursuite de 
la formation au sein de l’école de 
Médecine et la mise en place de 
l’Ecole Nationale de Médecine qui 
permettait aux étudiants de pour-suivre 
leurs études à la Faculté 
de Médecine de Marseille et plus 
tard vers d’autres Facultés. 
La période transitoire à partir de 
laquelle un cursus national com-plet 
a été mis en place. Les études 
pouvaient se faire exclusivement 
à Madagascar. 
La période actuelle qui est carac-térisée 
par l’adhésion au Conseil 
Africain et Malgache pour l’Ensei-gnement 
Supérieur (CAMES) de-puis 
1984 ainsi que le lancement 
de la formation en troisième cycle 
long, dans le cadre du projet en 
collaboration avec les Universités 
Françaises, actuellement intitulé 
ASPIC (Aide à l'enseignement de 
la santé publique, de l'internat 
“—ƒŽ‹ϐ‹ƒ–‡–†—…Ž‹‹…ƒ–ȌǤ 
Globalement, on distingue la for-mation 
médicale en cycle court 
(8 ans), formant des médecins 
généralistes et celle en cycle long 
(12 ans) aboutissant à la spéciali-sation. 
Un concours national d’in-ternat 
est ouvert aux étudiants du 
cycle long. Durant la spécialisa-tion, 
nous devons réaliser un an 
dans une Université française. 
En 2007, le premier concours 
national d’agrégation a vu le jour 
à Madagascar avec un jury com-posé 
presque exclusivement de 
professeurs français. 
Pourquoi as-tu choisi la Gyné-cologie- 
Obstétrique ? 
Madagascar est un pays où le taux 
de naissance est très élevé avec 
malheureusement un nombre 
–”°• ‹•—ˆϐ‹•ƒ– †‡ ‰›±…‘Ž‘‰—‡• 
obstétriciens. En 2011, on en 
compte une soixantaine pour 25 
millions d’habitants ! 
Le taux de mortalité maternelle et 
infantile est très élevé sans parler 
†‡ Žǯ‹•—ˆϐ‹•ƒ…‡ ‡ ƒ–‹°”‡ †‡ 
suivi aussi bien en gynécologie 
qu’en obstétrique. 
En tant que femme, et mère de 
famille, je me suis toujours sen-tie 
concernée par cette spécialité 
belle et riche. 
Tu travailles au CHU de Tama-tave. 
Peux-tu nous décrire vos 
conditions de travail ? 
Le CHU de Toamasina (Tamatave) 
se situe à l’Est de l’île dans un 
cadre idyllique, situé en face de 
l’Océan Indien. Il compte une di-zaine 
des spécialistes, notamment 
chirurgiens, réanimateurs, biolo-gistes, 
pneumologues, pédiatres 
et gynécologues obstétriciens et 
des médecins généralistes. 
Malheureusement , comme 
l a p l u p a r t d e s h ô p i t a u x 
périphériques, nous sommes 
encore sous-équipés. 
En matière de biologie, notre 
hôpital ne possède que quelques 
examens standards. La CRP par 
exemple, examen très prescrit en 
France, n’existe pas dans notre 
hôpital. 
En imagerie, nous disposons d’un 
service de radiologie doté d’un 
appareil échographique perfor-mant 
et de colonne de radiologie. 
Le scanner n’existe qu’à la capi-tale 
et, à ce jour, il n’y a aucun IRM 
sur l’île. 
Il existe un seul monitoring pour 
la maternité qui compte 5000 
naissances par an. Les sages-femmes 
écoutent toujours les 
bruits du coeur au stéthoscope de 
Pinard lors de la surveillance du 
–”ƒ˜ƒ‹Ž ‡– Ž‡—”• ƒ‹• ˆ‘– ‘ˆϐ‹…‡ 
de tocographe. 
En dehors de la césarienne qui 
est actuellement prise en charge 
par l’état pour diminuer le taux 
de mortalité maternelle, nos 
patientes doivent payer tous les 
frais liés à leur hospitalisation, y 
compris les médicaments et les 
explorations paracliniques. La 
grande majorité de nos patients 
n’ont pas de mutuelle ni de cou-verture 
sociale. Dans le budget 
moyen d’un ménage malgache, 
une hospitalisation peut repré-senter 
jusqu’à 150% des revenus 
mensuels. 
Quelles pathologies rencon-trez- 
vous dans votre exercice 
quotidien ? 
Les pathologies sont globale-ment 
les mêmes qu’en métropole. 
Néanmoins, l’incidence de cer-taines 
maladies est totalement 
différente et nous sommes sou-vent 
confrontés, pour les femmes 
atteintes d’un cancer, à des stades 
très avancés. 
En obstétrique, je peux citer, entre 
autres, la pré-éclampsie avec sou-vent 
des patientes non suivies qui 
arrive à l’hôpital en pleine crise 
éclamptique. On voit des éclamp-sies 
quasi quotidiennement. 
Le paludisme gestationnel est 
un véritable problème malgré le 
programme de lutte national très 
poussé dans ce domaine. 
En gynécologie, le cancer du col 
est très fréquent. Contrairement 
à la pratique française, nous ren-controns 
beaucoup de complica-tions 
liées à l’avortement clandes-tin 
car l’IVG est interdite à Mada-gascar. 
Le diagnostic de grossesse 
molaire est hebdomadaire dans 
notre service. 
Que penses-tu, à ce stade, de 
ton séjour en France ? 
Il est très positif malgré quelques 
opératoire équipé. 
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  • 1. TRIBUNE LIBRE TRIBUNE LIBRE gynécologue-obstétricien malgache problèmes d’acclimatation. J’ap-prends beaucoup en grossesse pathologique et en imagerie, notamment en échographie obs-tétricale. Mon équipe me donne la possibilité d’aménager mon emploi du temps librement entre la clinique et l’enseignement uni-versitaire. La médecine foetale me passionne même si cette pratique ‡•‡„Ž‡‡…‘”‡†‹ˆϐ‹…‹Ž‡ƒ†ƒ’- ter à notre activité locale. En gy-nécologie, j’aimerai pouvoir prati-quer un peu plus de coelioscopie même si notre hôpital ne possède pas encore le matériel nécessaire à cet effet. Nous espérons l’ouver-ture prochaine d’un nouveau bloc Qu’envisages-tu de changer dans ton exercice lors de ton retour ? J’aimerai améliorer notre pra-tique en matière de suivi de gros-sesse. La réalisation du dépistage prénatal, ne serait-ce qu’en ima-gerie, serait un projet intéres-sant. On pourrait imaginer une collaboration avec les autres dis-ciplines pour coordonner la prise en charge des nouveau-nés ainsi dépistés. Ce qui me tient le plus à coeur concrètement serait d’hu-maniser nos soins et si possible d’aider nos sages-femmes à se former dans de meilleures condi-tions. Nicolas Nocart Interview de Vola Botolahy Bonjour Vola, peux-tu te pré-senter brièvement ? Bonjour Nicolas. Je m’appelle ƒϐ‹†”ƒ˜‘Žƒ ‰‡- linà. Je suis chef de clinique de Gynécologie-Obstétrique. J’ai été formée à Madagascar d’où je suis originaire et travaille au CHU de Tamatave, située à 353 km au nord-est de Tananarive. Je suis actuellement en France, dans le cadre d’une coopération franco-malgache. J’exerce dans le service du Pr Dallay à la maternité du CHU de Bordeaux. Comment se passe les études médicales à Madagascar ? Permets-moi de parler de l’histo-rique de notre enseignement su-périeur rapidement. La formation médicale à Madagascar existe depuis 1873 et est caractérisée par 5 périodes différentes qui épousent pratiquement les grandes périodes de l’histoire de notre pays. La période précoloniale au cours de laquelle tous les médecins ont été formés à l’étranger. La période coloniale qui a vu naître l’institution de l’école de Médecine de Befelatanana. La for-mation durait à l’époque cinq ans, ouvrant au Diplôme de Médecine de l’assistance Médicale. La période post-coloniale qui a été marquée par deux forma-tions parallèles : la poursuite de la formation au sein de l’école de Médecine et la mise en place de l’Ecole Nationale de Médecine qui permettait aux étudiants de pour-suivre leurs études à la Faculté de Médecine de Marseille et plus tard vers d’autres Facultés. La période transitoire à partir de laquelle un cursus national com-plet a été mis en place. Les études pouvaient se faire exclusivement à Madagascar. La période actuelle qui est carac-térisée par l’adhésion au Conseil Africain et Malgache pour l’Ensei-gnement Supérieur (CAMES) de-puis 1984 ainsi que le lancement de la formation en troisième cycle long, dans le cadre du projet en collaboration avec les Universités Françaises, actuellement intitulé ASPIC (Aide à l'enseignement de la santé publique, de l'internat “—ƒŽ‹ϐ‹ƒ–‡–†—…Ž‹‹…ƒ–ȌǤ Globalement, on distingue la for-mation médicale en cycle court (8 ans), formant des médecins généralistes et celle en cycle long (12 ans) aboutissant à la spéciali-sation. Un concours national d’in-ternat est ouvert aux étudiants du cycle long. Durant la spécialisa-tion, nous devons réaliser un an dans une Université française. En 2007, le premier concours national d’agrégation a vu le jour à Madagascar avec un jury com-posé presque exclusivement de professeurs français. Pourquoi as-tu choisi la Gyné-cologie- Obstétrique ? Madagascar est un pays où le taux de naissance est très élevé avec malheureusement un nombre –”°• ‹•—ˆϐ‹•ƒ– †‡ ‰›±…‘Ž‘‰—‡• obstétriciens. En 2011, on en compte une soixantaine pour 25 millions d’habitants ! Le taux de mortalité maternelle et infantile est très élevé sans parler †‡ Žǯ‹•—ˆϐ‹•ƒ…‡ ‡ ƒ–‹°”‡ †‡ suivi aussi bien en gynécologie qu’en obstétrique. En tant que femme, et mère de famille, je me suis toujours sen-tie concernée par cette spécialité belle et riche. Tu travailles au CHU de Tama-tave. Peux-tu nous décrire vos conditions de travail ? Le CHU de Toamasina (Tamatave) se situe à l’Est de l’île dans un cadre idyllique, situé en face de l’Océan Indien. Il compte une di-zaine des spécialistes, notamment chirurgiens, réanimateurs, biolo-gistes, pneumologues, pédiatres et gynécologues obstétriciens et des médecins généralistes. Malheureusement , comme l a p l u p a r t d e s h ô p i t a u x périphériques, nous sommes encore sous-équipés. En matière de biologie, notre hôpital ne possède que quelques examens standards. La CRP par exemple, examen très prescrit en France, n’existe pas dans notre hôpital. En imagerie, nous disposons d’un service de radiologie doté d’un appareil échographique perfor-mant et de colonne de radiologie. Le scanner n’existe qu’à la capi-tale et, à ce jour, il n’y a aucun IRM sur l’île. Il existe un seul monitoring pour la maternité qui compte 5000 naissances par an. Les sages-femmes écoutent toujours les bruits du coeur au stéthoscope de Pinard lors de la surveillance du –”ƒ˜ƒ‹Ž ‡– Ž‡—”• ƒ‹• ˆ‘– ‘ˆϐ‹…‡ de tocographe. En dehors de la césarienne qui est actuellement prise en charge par l’état pour diminuer le taux de mortalité maternelle, nos patientes doivent payer tous les frais liés à leur hospitalisation, y compris les médicaments et les explorations paracliniques. La grande majorité de nos patients n’ont pas de mutuelle ni de cou-verture sociale. Dans le budget moyen d’un ménage malgache, une hospitalisation peut repré-senter jusqu’à 150% des revenus mensuels. Quelles pathologies rencon-trez- vous dans votre exercice quotidien ? Les pathologies sont globale-ment les mêmes qu’en métropole. Néanmoins, l’incidence de cer-taines maladies est totalement différente et nous sommes sou-vent confrontés, pour les femmes atteintes d’un cancer, à des stades très avancés. En obstétrique, je peux citer, entre autres, la pré-éclampsie avec sou-vent des patientes non suivies qui arrive à l’hôpital en pleine crise éclamptique. On voit des éclamp-sies quasi quotidiennement. Le paludisme gestationnel est un véritable problème malgré le programme de lutte national très poussé dans ce domaine. En gynécologie, le cancer du col est très fréquent. Contrairement à la pratique française, nous ren-controns beaucoup de complica-tions liées à l’avortement clandes-tin car l’IVG est interdite à Mada-gascar. 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