GROUPE SUP DE CO MONTPELLIER BUSINESS SCHOOL
Programme Executive MBA
Groupe accrédité AACSB
Programme accrédité AMBA

Tran...
REMERCIEMENTS

J’adresse mes remerciements à Walid Nakara, Docteur en Science de Gestion,
Professeur en Management Stratég...
TABLE DES MATIERES
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   Résultats	
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INTRODUCTION
« Tous les indicateurs le confirment : la compétitivité de l’industrie française régresse
depuis 10 ans et le...
En 2000, l’Europe, qui perçoit son retard en terme de croissance et d’emploi, adopte
la « stratégie de Lisbonne », suivie ...
une intensification de la valorisation de sa recherche (dont la qualité est reconnue)
par le transfert de technologie.
Le ...
Dans un second temps, nous allons décrire notre étude exploratoire et les résultats
obtenus sur les attentes des acteurs d...
1. Revue de littérature
1.1.

Le processus d’innovation

Le lien est clair entre valorisation de la recherche, innovation,...
découverte (McAdam, Miller, Maura, & Teague, 2012). Dans ce modèle, l’université
détient le rôle moteur dans le processus ...
Ce processus est complexe, il ne relève plus du modèle d’innovation linéaire où les
phases, recherche / développement / pr...
1.2.

La valorisation de la recherche, son évolution

L’apport de la science pour le bien des nations est reconnu depuis l...
pouvaient en outre les transférer sur la base de licences exclusives. Le résultat fut un
important renforcement des liens ...
(2010) s’appuient sur l’étude du succès de la valorisation de la recherche au sein de
l’université de Münster en Allemagne...
perçus 125 millions d’euro. Ces sommes bien qu’importantes sont à rapprocher des
budgets de ces organismes. Ainsi les 17 m...
économiques de la banque de Boston a calculé en 1997 que les start-up issues du
MIT 13 apportent chaque année 232 milliard...
1.4.1. Les organismes de transfert de technologie
Le rôle des organismes de valorisation de la recherche est central. En p...
bons. Warren, Hanke et Trotzer (2008) arrivent à la même conclusion aux États-Unis
et recommandent aux universités isolées...
dans le projet. Il est donc important que l’OTT puisse aussi participer financièrement
à cette phase de maturation afin de...
recherches sur des problématiques industrielles débouchant sur des innovations
dans la microbiologie) ou James Watt au Roy...
1.4.2.3. Une évolution des mentalités nécessaire
Au final, il ressort que les chercheurs français sont très en retard par ...
1.4.3. Les entreprises
1.4.3.1. L’importance de l’innovation ouverte
L’innovation est considérée comme la réponse à la cri...
Dans le même esprit, l’entreprise qui achète des licences d’exploitation de brevets
issues de la recherche cherche à :
o E...
les chefs d’entreprises interrogés souhaiteraient que les compétences des
organismes de valorisation en matière de marketi...
2. Méthodologie
2.1.

Mode de collecte et de traitement des données

Nous l’avons vu, le processus de transfert de technol...
o 5 Chefs d’entreprise avec une expérience du transfert de technologie ;
o 1 Chercheur académique.
Ces entretiens se sont ...
− Une activité dans le secteur de la santé rendant plus facile la communication
compte tenu de notre formation et de notre...
2.3.

Guides d’entretien

Nous avons réalisé trois guides d’entretien :
Le premier guide d’entretien (annexe n°5, page 61)...
3. Résultats
Nous allons décrire les résultats obtenus en étudiant le processus de transfert de
technologie par paire de p...
académiques, qui est à l’origine de la création de ces entreprises. Elles sont donc
nées d’un transfert de technologie. Ce...
Ces propos sont confirmés par un des chefs d’entreprise, à l ‘époque chercheur
souhaitant créer sa société : « Mon associé...
Cette forte implication du chercheur dans son travail est d’ailleurs un facteur de
motivation qui peut le pousser à transm...
les chefs d’entreprise étaient d’anciens chercheurs. Le développement de leur
produit s’est fait en collaborant avec leur ...
industriel qui découvre une nouvelle opportunité de développement de son entreprise
à l’occasion d’une visite de laboratoi...
Nos interlocuteurs industriels considèrent donc que malgré leurs rapports privilégiés
avec leurs partenaires académiques (...
technologie est installée, contre le versement d’un loyer, dans le laboratoire d’un des
co-fondateurs. Cette entreprise a ...
l’organisme de valorisation. Nous pouvons considérer que les objectifs des parties
prenantes sont antagonistes, l’entrepre...
Cette intransigeance parfois constatée conduit les partenaires industriels à accepter
des conditions qu’ils jugent diffici...
négociation, c’est une négociation gagnant-gagnant […] c’est vraiment le business
modèle que vous mettez en face de la tec...
dirigeants d’entreprises rencontrés sont fortes, mais aujourd’hui ils expriment des
doutes quand à la mise en place à cour...
proactif, essayer d’avoir un rôle de dissémination de ce que nous faisons, de dire,
nous sommes là, nous pouvons financer ...
Toutefois, deux des industriels rencontrés se disent préoccupés par un mode de
gestion qui positionne l’OTT comme co-inves...
c’est un problème de méconnaissance du coût ou si c’est juste la volonté comme
tout financier de récupérer leur mise le pl...
Nous pouvons résumer les résultats de cette enquête de la manière suivante, en
mettant en évidence les attentes mutuelles ...
4. Discussion
4.1.

Les apports théoriques

Sur le plan théorique, cette étude nous a permis de confirmer un certain nombr...
Transfert de technologie et attentes des parties prenantes : étude empirique dans la Région Languedoc-Roussillon
Transfert de technologie et attentes des parties prenantes : étude empirique dans la Région Languedoc-Roussillon
Transfert de technologie et attentes des parties prenantes : étude empirique dans la Région Languedoc-Roussillon
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Cette étude exploratoire a pour objet, dans le contexte de la création des Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologie (SATT), de recenser les attentes des parties prenantes du transfert de technologie : chercheurs, entrepreneurs, organismes de transfert de technologie ; d’en identifier les convergences et divergences, de définir des axes de rapprochement et d'amélioration des processus existants.
Pour y parvenir, nous avons mené dix entretiens semi-directifs avec un chercheur académique, quatre organismes intervenant dans le transfert de technologie et cinq entrepreneurs créateurs de spin off universitaires.
Il ressort de l'analyse des résultats que l'amélioration de l'efficacité du transfert de technologie repose sur les compétences des organismes chargés de sa mise en œuvre, en particulier sur leur capacité à détecter les inventions susceptibles d'avoir un avenir industriel et à mobiliser les moyens financiers nécessaires à leur développement. Mais cette étude montre que le succès dépend aussi de l'évolution des mentalités des acteurs, d'une meilleure prise de conscience des intérêts communs, traduite par le développement de logiques de partage, dans le cadre de partenariats équilibrés et équitables, respectant les spécificités de chacun. A cet égard, les SATT auront également une mission de facilitateur, notamment en communiquant sur les bonnes pratiques et les succès obtenus.

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Transfert de technologie et attentes des parties prenantes : étude empirique dans la Région Languedoc-Roussillon

  1. 1. GROUPE SUP DE CO MONTPELLIER BUSINESS SCHOOL Programme Executive MBA Groupe accrédité AACSB Programme accrédité AMBA Transfert de technologie et attentes des parties prenantes : étude empirique dans la Région Languedoc-Roussillon Thèse professionnelle MBA présentée par Laurent GARNIER Sous la direction du Professeur Walid A. NAKARA Octobre 2013 « Le Groupe Sup de Co Montpellier Business School n’entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises dans ce mémoire ; ces opinions doivent être considérées comme propres à leur auteur. »
  2. 2. REMERCIEMENTS J’adresse mes remerciements à Walid Nakara, Docteur en Science de Gestion, Professeur en Management Stratégique & Entrepreneuriat, pour avoir accepté de diriger ma thèse de MBA. Ses conseils et son écoute m’ont été très précieux. Je tiens à remercier Anne, Françoise, Marie, François, Philippe, Luc, Fabien, Philippe, Jean-Marc, Antoine, Franck, pour avoir accepté de partager leurs expériences sur ce sujet passionnant. Je leur suis très reconnaissant de l’accueil qu’ils m’ont réservé, du temps qu’ils m’ont consacré et de la qualité des échanges que nous avons eu. Ces entretiens ont beaucoup apporté à ce travail, j’espère avoir su rester fidèle à leur témoignage. Merci à mes parents pour leur aide et leurs encouragements. Merci à mes enfants, Emma et Félix, qui ont compris l’importance de cette année pour moi et ont su accepter mon manque de disponibilité. Enfin, mes remerciements les plus chaleureux s’adressent à mon épouse, Cyrille, pour son soutien tout au long de l’année. Elle a su me donner la confiance et l’énergie nécessaire et faire face aux sacrifices qu’a impliqué cette année de formation. 2
  3. 3. TABLE DES MATIERES TABLE  DES  MATIERES  ....................................................................................................................  3   INTRODUCTION  ................................................................................................................................  5   1.   Revue  de  littérature  ...............................................................................................................  9   1.1.   Le  processus  d’innovation  ............................................................................................  9   1.2.   La  valorisation  de  la  recherche,  son  évolution  ...................................................  12   1.3.   Les  différentes  formes  de  Transfert  de  Technologie  ........................................  13   1.3.1.   Vente  de  licences  exclusives  d’exploitation  de  brevet  ............................................  14   1.3.2.   La  recherche  partenariale  ...................................................................................................  15   1.3.3.   La  prestation  de  services  .....................................................................................................  15   1.3.4.   La  création  de  spin-­‐off  universitaires  ............................................................................  15   1.4.   L’implication  des  parties  prenantes  dans  les  processus  de  transfert  de   technologie  .................................................................................................................................  16   1.4.1.   Les  organismes  de  transfert  de  technologie  ...............................................................  17   1.4.1.1.   L’importance  de  l’ancienneté  et  de  la  taille  des  organismes  de  valorisation   .........................  17   1.4.1.2.   L’influence  de  l’environnement  économique  ......................................................................................  17   1.4.1.3.   Le  staff  des  organismes  de  valorisation  .................................................................................................  18   1.4.1.4.   Les  moyens  financiers   ....................................................................................................................................  18   1.4.1.5.   L’implantation  régionale  et  les  liens  avec  l’université  .....................................................................  19   1.4.1.6.   La  question  de  la  rentabilité  de  la  valorisation  ...................................................................................  19   1.4.2.   Les  chercheurs  .........................................................................................................................  19   1.4.2.1.   L’impact  des  modes  d’évaluation  ..............................................................................................................  20   1.4.2.2.   L’importance  des  liens  passés  avec  l’industrie  ...................................................................................  20   1.4.2.3.   Une  évolution  des  mentalités  nécessaire  ..............................................................................................  21   1.4.2.4.   L’importance  des  mesures  incitatives  ....................................................................................................  21   1.4.3.   Les  entreprises  .........................................................................................................................  22   1.4.3.1.   L’importance  de  l’innovation  ouverte  .....................................................................................................  22   1.4.3.2.   Les  motivations  des  entrepreneurs  pour  le  transfert  de  technologie  ......................................  22   1.4.3.3.   Les  obstacles  ......................................................................................................................................................  23   2.   Méthodologie  .........................................................................................................................  25   2.1.   Mode  de  collecte  et  de  traitement  des  données  .................................................  25   2.2.   L’échantillon  ...................................................................................................................  25   2.3.   Guides  d’entretien  ........................................................................................................  28   3
  4. 4. 3.   Résultats  ..................................................................................................................................  29   3.1.   Chercheurs  –  Organismes  de  transfert  de  technologie  ....................................  30   3.1.1.   Une  entraide  nécessaire  .......................................................................................................  30   3.1.2.   Une  entraide  à  développer  ..................................................................................................  32   3.2.   Chercheurs  –  Entreprises  ...........................................................................................  32   3.2.1.   Une  collaboration  nécessaire  et  fructueuse  ................................................................  32   3.2.2.   Une  collaboration  qui  se  manage  .....................................................................................  34   3.3.   Organismes  de  transfert  de  technologie  –  Entreprises  ....................................  36   3.3.1.   Des  objectifs  antagonistes  qui  évoluent  vers  une  démarche   gagnant  /  gagnant  ...................................................................................................................................  36   3.3.2.   La  nécessité  d’un  guichet  unique  .....................................................................................  39   3.3.3.   Une  prospection  commerciale  à  réaliser  ......................................................................  40   3.3.4.   Faciliter  sans  interférer  ........................................................................................................  41   3.3.5.   Logique  d’investissement  financier  ou  de  développement  économique  ?  ....  42   4.   Discussion  ...............................................................................................................................  45   4.1.   Les  apports  théoriques  ...............................................................................................  45   4.2.   Les  apports  managériaux  et  préconisations  .......................................................  47   4.3.   Les  limites  et  perspectives  .........................................................................................  51   CONCLUSION  ..................................................................................................................................  53   BIBLIOGRAPHIE  ............................................................................................................................  55   ANNEXES  ..........................................................................................................................................  59   Annexe  n°1  :  Dépenses  intra-­‐muros  de  R&D  en  pourcentage  du  PIB,  2011  .........  60   Annexe  n°2  :  Dépenses  intérieures  de  R&D  en  millions  de  dollars,  2011   .............  60   Annexe  n°3  :  Dépôts  de  brevets  par  pays,  2012  .............................................................  60   Annexe  n°4  :  Classement  des  nations  les  plus  innovantes,  2013  .............................  60   Annexe  n°5  :  Guide  d’entretien  n°1  –  Transfert  LR  .......................................................  61   Annexe  n°6  :  Guide  d’entretien  n°2  –  SATT  AxLR  ..........................................................  62   Annexe  n°7  :  Guide  d’entretien  n°3  –  Chefs  d’entreprise  ............................................  66   Annexe  n°8  :  Enseignants-­‐chercheurs  et  intervenants  en  MBA   ................................  68   4
  5. 5. INTRODUCTION « Tous les indicateurs le confirment : la compétitivité de l’industrie française régresse depuis 10 ans et le mouvement semble s’accélérer1 » (Gallois, Lubin, & Thiard, 2012). Le lien est fort entre la compétitivité industrielle et la santé de l’économie française. Les pays qui résistent le mieux à la crise sont ceux dont le secteur industriel est le plus développé. Aujourd’hui, les pays émergents comme la Chine, le Brésil, l’Inde ou certains pays d’Europe de l’Est innovent. Leur force ne réside plus seulement dans le coût de leur main d’œuvre, la concurrence que subit la France est donc plus forte. C’est cette capacité à innover qui doit permettre de relancer la compétitivité industrielle, elle est devenue capitale pour faire face à l’évolution de l’économie mondiale (Beylat & Tambourin, 2013). Les exemples de réussite en terme d’innovation sont nombreux, ils reposent toujours sur la qualité de la recherche et une collaboration forte entre la recherche publique et le secteur privé. La valorisation de la recherche publique par le transfert de technologie vers les entreprises françaises est donc une des clés du développement économique de la France. Les crises économiques et financières de 2008 et 2009 ont débouché, en 2010, sur le lancement du « Programme d’Investissements d’Avenir » (35 milliards d’euros) pour financer de nouveaux investissements dans des secteurs d’avenir. Parmi les actions prises, un « Fonds national de Valorisation » est créé et 900 millions d’euros sont attribués à la création d’une dizaine de Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologie (SATT). Ces SATT, dont une AxLR est mise en place en août 2012 pour la Région Languedoc-Roussillon, ont pour objectif de stimuler le transfert de technologie de la recherche publique vers le secteur privé. Henry Chesbrough (2003) est le premier à utiliser le terme d’Open Innovation pour décrire un processus d’innovation adapté à un contexte de plus grande diffusion du savoir et de ressources limitées. Les entreprises ne comptent plus seulement sur leurs ressources pour innover mais s’appuient sur des partenariats avec l’extérieur comme par exemple la recherche académique. 1 Louis Gallois – Commissaire Général à l’Investissement – « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française – Rapport au Premier ministre » 2012 – 5 5
  6. 6. En 2000, l’Europe, qui perçoit son retard en terme de croissance et d’emploi, adopte la « stratégie de Lisbonne », suivie en 2010 de la « stratégie Europe 2020 ». Ces stratégies de coordination des politiques économiques au sein de l’Union européenne, dont un des piliers est Recherche-Développement et Innovation (RDI), fixent l’objectif de 3% du PIB investit en R&D pour 2020. Le taux de dépense en R&D en pourcentage du PIB de la France fait partie des meilleurs des pays de l’OCDE2. La France se classe 6ème au monde au classement des montants investis en R&D 3 . En nombre de brevets déposés, la France est classée 6ème dans le monde4. Par contre la France ne se situe seulement qu’au 20ème rang du classement des nations les plus innovantes5. Il y a un net décalage entre d’une part les efforts réalisés en terme de R&D, leurs concrétisations en dépôt de brevet et d’autre part la performance en matière d’innovation. Ces données montrent qu’au delà des montants investis en R&D, la capacité à innover dépend de nombreux facteurs tel que la culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat, des financements publics et privés pour la croissance des entreprises innovantes et un transfert des résultats de la recherche vers le monde économique (Beylat & Tambourin, 2013). Ce décalage entre les efforts de R&D et les résultats en terme d’innovation doit être rapproché de l’écart entre le bon niveau des instituts de recherche européen et leur difficulté à en faire bénéficier l’économie. Ce phénomène fut décrit dans les années 90 sous le nom de « paradoxe européen » par opposition à la situation aux ÉtatsUnis, pays plus performant en matière de transfert de technologie des instituts de recherche vers le secteur privé (Conti & Gaule, 2011). De plus en plus, en France, l’université se voit donc confier, en plus de l’enseignement et de la recherche, une mission de développement économique par 2 Annexe n°1, page 60 - Dépenses intra-muros de R&D (DIRD) en pourcentage du PIB, 2011 ; Source OCDE 3 Annexe n°2, page 60 - Dépenses intérieures de R&D (DIRD) en millions de dollars, 2011 ; Source OCDE 4 Annexe n°3, page 60 - Dépôts de brevets par pays, 2012 ; Source : Office européen des brevets 5 Annexe n°4, page 60 - Classement des nations les plus innovantes, 2013 ; Source : Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) 6
  7. 7. une intensification de la valorisation de sa recherche (dont la qualité est reconnue) par le transfert de technologie. Le sujet du transfert de technologie entre les laboratoires de recherche et l’industrie est très présent dans la littérature. De nombreux auteurs (Debackere & Veugelers, 2005), (Mowery & Sampat, 2005) ont décrit ses atouts en terme de développement économique et de source de financement pour la recherche publique. D’autres auteurs (D’Este, Mahdi, & Neely, 2010), (Siegel, Waldman, & Link, 2003), (Warren, Hanke, & Trotzer, 2008) ont étudié les meilleures approches pour le stimuler en étudiant les facteurs de motivation des chercheurs, les environnements économiques les plus favorables ou en décrivant les meilleures organisations pour les organismes chargés du transfert de technologie. Toutefois, il existe peu d’étude qui traitent du transfert de technologie en se plaçant du point de vue des entrepreneurs (Timsit, 13-16 Juin 2006), (Lockett, Kerr, & Robinson, 2008). Or, le transfert de technologie est une transaction commerciale entre un fournisseur : le laboratoire de recherche et un client : l’industriel. Il s’agit de vendre des découvertes issues de la recherche publique à des industriels qui recherchent une solution à une problématique d’innovation. Le transfert de technologie doit générer des profits via la cession de licences d’exploitation de brevets, le développement de la recherche partenariale et la prise de participation (et l’aide à la création) dans les start-up qui naissent des inventions des laboratoires de recherches. Le contexte du transfert de technologie est en train d’évoluer en France. La création des SATT, avec des budgets importants et une position centrale, vise à renforcer l’efficacité du processus. L’objectif de l’étude sera donc de mieux connaître les attentes, les points communs et divergents, des parties prenantes dans ce contexte d’évolution. Nous allons dans un premier temps, décrire les facteurs clés de succès du transfert de technologie et les obstacles existant du point de vue de ces trois parties prenantes, tel qu’ils sont décrits dans la littérature. 7
  8. 8. Dans un second temps, nous allons décrire notre étude exploratoire et les résultats obtenus sur les attentes des acteurs du transfert dans la région de Montpellier, dans un contexte d’évolution, lié à la mise en place des SATT. Dans une dernière partie, nous confronterons ces résultats et tenterons de mettre en lumière les points divergents et convergents entre les attentes des parties prenantes et proposerons des voies d’améliorations. 8
  9. 9. 1. Revue de littérature 1.1. Le processus d’innovation Le lien est clair entre valorisation de la recherche, innovation, compétitivité industrielle et développement économique. Le succès de cet enchaînement repose sur les synergies qui peuvent naitre de la collaboration de 3 parties prenantes : l’État, l’industrie et la recherche. o L’État, par l’intermédiaire des organismes de valorisation qu’il met en place, recherche le développement économique, le développement de l’emploi ; o Le chercheur qui est à l’origine de découverte ; o L’industriel qui crée de la richesse à partir des inventions issues de la recherche académique. De nombreux auteurs se sont penchés sur l’organisation de cette relation entre ces trois parties prenantes, sur l’étude de l’économie fondée sur le savoir. Il existe plusieurs modèles qui décrivent la relation universités-industrie- gouvernement : o L’État peut y avoir un rôle central comme ce fut le cas en Europe de l’est avant la chute du communisme. o Le modèle dit de « laissé faire », dans lequel l’entreprise occupe une place décisive, ce modèle ayant souvent pris le relais du précédent, après la chute des régimes communistes en Europe de l’est, dans le but de réduire le rôle de l’État. o Il existe la thèse de la « triple hélice »6 où les sphères d’influence de chaque partie prenante se chevauchent (Etzkowitk & Leydesdorff, 2000) (Figure 1). Chaque partie prenante peut jouer le rôle de l’autre tout en jouant son propre rôle. Par exemple, l’État peut agir comme capital risqueur, l’entreprise s’implique dans le travail des laboratoires de recherche et l’université peut jouer un rôle (université entrepreneuriale) de développement économique, par exemple, via la création de spin-off ou la cession de licences de commercialisation de 6 Le concept de la Triple Hélice fut reprit par différentes instances internationales, en France la création des pôles de compétitivité repose sur ce concept. 9
  10. 10. découverte (McAdam, Miller, Maura, & Teague, 2012). Dans ce modèle, l’université détient le rôle moteur dans le processus d’innovation en facilitant le transfert de technologie de l’université vers l’industrie. Figure 1 : Modèle à triple hélice entre l'université, l'industrie et le gouvernement ; (Leydesdorff & Etzkowitz, 2000) Réseaux trilatéraux et organismes hybrides Milieu Universitaire Industrie État Les enjeux de cette collaboration sont donc les suivants : o Financer une recherche de qualité qui sache tenir compte des besoins sociaux ; o Inciter les chercheurs à participer à ce rôle de développement économique par une divulgation de leur recherche ; o Mettre en relation les entreprises qui fondent leur développement sur l’open innovation avec le savoir académique qui convient, aider au financement de sociétés issues de découverte scientifique ; o Trouver les meilleurs arrangements financiers pour les transactions entre industriels et organismes de recherche ; o Combler le gap (réduire le risque pour l’industriel) entre une découverte issue de la recherche et son application pour l’industrie en vue d’assurer le continuum de la recherche vers l’industrialisation (maturation des inventions : besoin de financement et de gestion de projet). Ces enjeux illustrent bien le concept de la triple hélice puisqu’ils impliquent les trois parties prenantes avec des responsabilités qui se chevauchent. 10
  11. 11. Ce processus est complexe, il ne relève plus du modèle d’innovation linéaire où les phases, recherche / développement / production / marketing s’enchainent de manière séquentielle. Aujourd’hui, nous constatons que les rétroactions sont nombreuses et nécessaires. Par exemple, le chercheur peut être amené à faire évoluer son travail en fonction des demandes de son partenaire industriel et lui même peut être amené à revoir son projet en fonction des retours du travail du chercheur. L’autre argument qui va à l’encontre de ce processus linéaire est l’écart entre les résultats de la recherche académique qui, bien qu’à potentiel de développement, peuvent encore être à un stade embryonnaire, trop risqué pour l’industriel (valley of death) (Figure 2) et les attentes des industriels (Hudson & Khazragui, 2013). Figure 2 : Représentation de la "valley of death" Il faut donc une intervention pour rapprocher ces deux parties prenantes, il s’agit d’un « modèle linéaire assisté » (Etzkovitz & Goktepe, 2005). Ceci illustre encore le concept de la triple hélice et le chevauchement des responsabilités des parties prenantes. Trois colloques internationaux se sont penchés sur cette question (Amsterdam 1996, New York 1998, Rio 2000). Ce modèle de coopération « Triple hélice » a convaincu les pouvoirs publics et des organismes reconnus comme le CNRS ou la Commission européenne. En France, la mise en place des pôles de compétitivité, qui regroupent laboratoires, sociétés privées et pouvoirs publics, correspond à l’intégration de cette notion. L’idée, grâce aux synergies induites par ce triple partenariat, était d’accélérer le développement des entreprises intégrées à ces pôles. 11
  12. 12. 1.2. La valorisation de la recherche, son évolution L’apport de la science pour le bien des nations est reconnu depuis longtemps. Au lendemain de la révolution de 1789, la France subit de nombreuses attaques et elle manque d’ingénieurs. En 1794, Lazare Carnot, Jacques-Elie Lamblardie et Gaspard Monge fondent l’école centrale des travaux publics, renommée un an plus tard École polytechnique. Durand la Seconde Guerre mondiale et pendant la guerre froide, les États-Unis ont placé les relations entre la science et le gouvernement au centre de leurs efforts militaires et médicaux (Etzkovitz & Goktepe, 2005). Aujourd’hui la valorisation de la recherche se définit de la manière suivante : o Définition par le Comité national d’évaluation (CNE) : la valorisation correspond aux moyens de « rendre utilisables ou commercialisables les résultats, les connaissances et les compétences de la recherche » ; o Rapport dit Guillaume7 sur la technologie et l’innovation : la valorisation concerne les relations entre les acteurs de la recherche (grands organismes, établissements d'enseignement supérieur..) et le monde économique. La valorisation suppose ainsi une mise en relation du monde de la recherche et du monde socio-économique. Elle n'est pas un processus automatique : elle doit être organisée et faire l'objet d'actions concertées et réfléchies ; o Ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche : la valorisation « offre la possibilité de tirer le meilleur parti de l'engagement de l'État en faveur de la recherche en faisant en sorte que la société bénéficie des résultats de cette recherche ». Cette valorisation de la recherche passe donc par des actions qui visent à faciliter le transfert de technologies (et leur utilisation) depuis la recherche vers le privé. Ces dernières années ont vu se mettre en place un certain nombre de mesures qui visent cet objectif. Pour transformer les résultats de la recherche en avantage compétitif, les États-Unis ont adopté en 1980 le Bayh-Dole Act qui accordait à des organismes à but non lucratif, financés par l’État, la propriété intellectuelle de leurs découvertes. Ils 7 Rapport de Henri Guillaume sur la technologie et l’innovation 12
  13. 13. pouvaient en outre les transférer sur la base de licences exclusives. Le résultat fut un important renforcement des liens entre université et milieu industriel, concrétisé par une forte augmentation des transferts de technologie. Cette loi est souvent présentée comme une des causes du succès des États-Unis en terme de valorisation de sa recherche (Mowery & Sampat, 2005). En France, en 1982, l’université, en plus de ses missions de formation et de recherche se voit confier une mission de valorisation. Les premières cellules de valorisation voient le jour. La loi de 1999 sur l’innovation accélère le mouvement. En 2010, le réseau de Coopération des services Universitaires de Relations Industrielles et Economiques (C.U.R.I.E.)8 évalue à 163 le nombre d’organismes de valorisation en France. Ce réseau, trop morcelé, est souvent jugé manquant d’efficacité. 1.3. Les différentes formes de Transfert de Technologie Le transfert de technologie passe par une transaction commerciale entre un industriel et un organisme de recherche. Les revenus générés sont une source de financement de la recherche publique et de motivation pour les chercheurs. Plusieurs auteurs se sont penchés sur les différents modes de commercialisation de la recherche. Shane (2012) présente quatre dimensions de la collaboration entreprise-université : o Le licensing ; o La recherche contractuelle ; o Le consulting ; o Le développement et la commercialisation de technologies. L’article apporte des enseignements sur l’impact de la nature de l’entreprise partenaire (grande entreprise installée ou jeune entreprise innovante) sur le mode de transaction choisi. Markman, Siegel et Wright (2008) développent une taxonomie des modes de commercialisation de la technologie issue de la recherche. Selon les auteurs cette classification est importante puisqu’à chaque mode de commercialisation, il faut une organisation adaptée. Dottore, Baaken et Corkindale 8 Association qui fédère les acteurs de la valorisation de la recherche publique française. 13
  14. 14. (2010) s’appuient sur l’étude du succès de la valorisation de la recherche au sein de l’université de Münster en Allemagne. Ils présentent les différentes voies de commercialisation et les facteurs clés de succès d’un point de vue organisationnel. Enfin, Mets (2009) dans son étude du business model de la commercialisation de la recherche de l’université, propose une représentation qui permet de bien visualiser l’implication des différentes parties prenantes (Figure 3). Figure 3 : Business model de la commercialisation de R&D par l'université entrepreneuriale dans le cadre Université-Industrie-Gouvernement ; (Mets, 2009) 1.3.1. Vente de licences exclusives d’exploitation de brevet Les universités et organismes de recherches en France restent propriétaires des brevets déposés sur leurs découvertes. Compte tenu des coûts de dépôt de brevet, les organismes de recherche tendent à breveter leurs inventions lorsque un partenaire est identifié (Lallement, 2013). Ces organismes peuvent ensuite céder une licence d’exploitation exclusive de leur brevet contre le versement de royalties accompagnées, ou non, de success fees9. En 2008, le CNRS a perçu plus de 46 millions d’euro de redevance10. En Allemagne, en 2011, les instituts Fraunhofer11 ont 9 Commission de succès versée en cas de réussite d’un projet Sur les 46 millions perçus, 42 proviennent de la licence d’exploitation du Taxotere, médicament de chimiothérapie. 10 14
  15. 15. perçus 125 millions d’euro. Ces sommes bien qu’importantes sont à rapprocher des budgets de ces organismes. Ainsi les 17 millions d’euro de redevances perçus par l’INRA en 2011 ne représentent que 2% de son budget total. Selon Macho-Stadler et Pérez-Castrillo (2010), il semble que deux paramètres entrent en jeux dans la génération de profit par la cession de licences. D’une part, un flot important de découverte accroit la réputation d’un établissement et permet de faire des transferts de technologie de plus grand profit ; d’autre part, les organisations de transfert pourraient avoir intérêt à « stocker » certaines de leur inventions à moins fort potentiel pour augmenter la perception de qualité et ainsi vendre moins d’invention, mais à des prix plus élevés. 1.3.2. La recherche partenariale Il s’agit d’une activité de recherche menée en partenariat entre un laboratoire de recherche et une entreprise, pour répondre à un besoin de celle-ci, exprimé dans un cahier des charges. Ce partenariat génère un revenu pour le laboratoire, il y a une copropriété des résultats de cette recherche. En France, les instituts Carnot12 ont généré 302 millions d’euro de revenu grâce à la recherche partenariale soit 15% de leur budget (contre 44 millions d’euro grâce au licencing, 2,2% de leur budget) 1.3.3. La prestation de services Dans le cadre d’une prestation de service, le laboratoire fournit un travail pour une entreprise (mesure, analyse, test, expertise…) en utilisant son savoir faire et ses équipements. Ces contrats engendrent une obligation de résultat, l’entreprise est propriétaire des résultats. 1.3.4. La création de spin-off universitaires Une spin-off universitaire est une nouvelle entreprise créée au départ d’une université aux fins d’exploiter des connaissances qui y ont été développées, par le biais d’activités commerciales (Pirnay, 2001). Le département des affaires 11 Organisme spécialisé dans la recherche appliquée. 57 instituts employant 13 000 personnes. 2/3 de son budget est financé par des contrats de recherches avec l’industrie. 12 Le label Carnot est créé en 2006, il est décerné à des laboratoires de recherche français. Ils s’inspire des instituts Fraunhofer allemand et vise à favoriser la recherche partenariale. En 2011, il y avait 34 laboratoires labélisés qui regroupent 25 000 chercheurs 15
  16. 16. économiques de la banque de Boston a calculé en 1997 que les start-up issues du MIT 13 apportent chaque année 232 milliards de vente à l’économie américaine (O’Shea, Allen, Chevalier, & Roche, 2005). Selon les pays ou l’orientation des organismes de recherche, l’activité de cession de licence ou de création de spin-off peuvent être privilégiés. Aux États-Unis les organismes de valorisation se concentrent beaucoup plus sur la cession de licence alors qu’en Italie la création de spin-off est la priorité. De même, le Royaume-Uni a plus favorisé que la France le mode de transfert de technologie par la création de spin-off (Lallement, 2013). L’institut de recherche, dont est issue la découverte à l’origine de la création d’entreprise ou sa cellule de valorisation, peut avoir des parts dans cette société et/ou percevoir des revenus des licences d’exploitation des brevets. (Markman, Siegel, & Wright, 2008). Cette forme de transfert de technologie peut permettre de cumuler toutes les sources de revenu. En effet, la création de l’entreprise peut avoir lieu à un stade encore peu avancé de développement de la technologie. Celle-ci aura encore souvent besoin des ressources de son laboratoire d’origine. Il peut donc s’ajouter aux revenus de licence et à la prise de participation, des accords de recherche partenariale et/ou de prestation de service. Les revenus, selon les politiques des instituts de recherche sont répartis entre le chercheur, son laboratoire et l’institution. 1.4. L’implication des parties prenantes dans les processus de transfert de technologie Les organismes de valorisation, les chercheurs et les industriels participent à chacun de ces modes de transfert de technologie. Nous allons faire le point sur leur implication dans ces processus à travers une analyse de la littérature. Même si nous allons décrire séparément leurs participations, il faut rappeler qu’il s’agit d’un travail collaboratif qui fonctionne selon le principe de la triple hélice, il y a une interdépendance des actions. 13 Massachusetts Institute of Technology 16
  17. 17. 1.4.1. Les organismes de transfert de technologie Le rôle des organismes de valorisation de la recherche est central. En plus de la négociation des modalités de transfert de technologie, c’est à eux que revient la tâche de rapprocher une industrie et une recherche séparées par ce que l’on appelle la vallée de la mort. De nombreux auteurs ont travaillé sur la meilleure organisation pour les bureaux chargés du transfert de technologie à travers le monde. Plusieurs paramètres sont analysés : 1.4.1.1. L’importance de l’ancienneté et de la taille des organismes de valorisation Plusieurs études, notamment en France (Curi, Daraio, & Llerena, 2012), démontrent l’importance de l’âge des structures de valorisation de la recherche. De même Conti et Gaule (2011) trouvent une corrélation entre une meilleure performance de l’organisation de transfert de technologie (OTT) aux États-Unis par rapport à l’Europe, et leur plus grande expérience. Ces données confirment l’existence d’un effet courbe d’expérience pour les organismes de transfert de technologie. Au même titre que la taille des instituts de recherche est importante, grâce au bénéfice de l’effet d’offre (effet techno push) induit par le volume de découvertes qu’elle produit, l’efficacité des organismes de valorisation est influencée positivement par leur taille (aussi bien en termes de moyens humains ou financiers). L’importance d’une masse critique est démontrée. (Conti & Gaule, 2011). Toutefois, l’effet taille n’est pas linéaire, il est sujet à des rendements d’échelle décroissants. Ainsi, la taille ne peut compenser le manque d’expérience d’une structure récente (Lallement, 2013). 1.4.1.2. L’influence de l’environnement économique Au même titre qu’une production importante de la recherche scientifique favorise le transfert de technologie (effet techno push), un environnement économique dense sera également favorable en augmentant la demande (effet market pull) (Lallement, 2013). Chapple, Lockett, Siegel et Wright (2005) ont montré dans leur étude menée au Royaume-Uni, que les régions avec un faible niveau de R&D et d’activité économique, présentaient des résultats de commercialisation de technologie moins 17
  18. 18. bons. Warren, Hanke et Trotzer (2008) arrivent à la même conclusion aux États-Unis et recommandent aux universités isolées de lever le plus possible les barrières à la création de spin-off autour de ces établissements, considérant que les OTT demandent trop souvent des conditions excessives à la cession de licences d’exploitation. 1.4.1.3. Le staff des organismes de valorisation Ils semble que les OTT (Organismes de Transfert de Technologie) recrutant des profils à la fois de juriste, de scientifique et de business développeur, sont plus efficaces dans les phases marketing du transfert de technologie (Siegel, Waldman, & Link, 2003). Conti et Gaulle (2001) couplent l’importance de la taille des staffs avec l’importance d’expériences antérieures dans l’industrie. Ils considèrent que des personnes issues du milieu privé seront plus capables de comprendre le fonctionnement des entreprises partenaires et plus compétentes pour négocier les contrats de licence. De même, Chapple et al. (2005) insistent sur l’importance des compétences des équipes des OTT pour gérer au mieux les accords de licence avec les partenaires industriels les plus appropriés. Cette expérience de l’entreprise est importante car il arrive que les universités surestiment la valeur de leurs technologies et rendent plus difficile l’implication d’investisseurs (Markman, Siegel, & Wright, 2008). 1.4.1.4. Les moyens financiers Selon le degré d’avancement de la technologie, la recherche et l’industrie peuvent être séparés par un gouffre (« death valley »). Les OTT ont un rôle clé pour faciliter le franchissement de ce gouffre14. Comme nous l’avons vu précédemment, Il existe des indicateurs qui définissent la meilleure organisation (taille, expérience, localisation, compétences) pour faciliter cela. Reste que combler ce gap ne relève pas seulement d’un travail technique pour rapprocher l’offre d’un laboratoire du besoin d’un industriel. C’est aussi un risque financier pour l’industriel qui se lance 14 Ce travail, qui vise à produire un prototype proche des attentes de l’industrie à partir des résultats de la recherche, s’appelle la maturation. 18
  19. 19. dans le projet. Il est donc important que l’OTT puisse aussi participer financièrement à cette phase de maturation afin de réduire le risque pris par l’industriel et ainsi favoriser le transfert de technologie. O’Shea et al. (2005), dans leur étude sur la création de Spin-off à partir des universités américaines, mettent justement en avant l’importance d’un partenariat actif et d’un soutien financier entre l’industrie et les dispositifs de financement publics. La capacité des SATT à entrer au capital des Start-up qu’elles contribuent à créer pourrait répondre à cette problématique. 1.4.1.5. L’implantation régionale et les liens avec l’université Les organismes de valorisation, pour remplir leur double mission d’identification des découvertes à fort potentiel de développement économique et d’accompagnement des chercheurs pendant les phases de maturation des projets, doivent être localisés à proximité des centres de recherche. Ceci est confirmé par Chapple et al. (2005) dans leur étude des OTT en Angleterre. Lallement, dans son rapport de 2013 « Valorisation de la recherche publique : une comparaison internationale », confirme cela en rappelant que des structures centralisées ne favorisent pas l’instauration des liens étroits nécessaires entre OTT et laboratoires de recherche. Il est aussi important que les cellules de valorisation bénéficient d’un certain niveau d’autonomie vis à vis des universités pour permettre une spécialisation de ces services et réduire leurs coûts (Debackere & Veugelers, 2005). 1.4.1.6. La question de la rentabilité de la valorisation L’équilibre économique de la valorisation de la recherche est un objectif difficile à atteindre. Les institutions les plus performantes comme les grandes universités privées américaines n’y parviennent pas. Lallement (2003) suggère plutôt d’évaluer la valorisation de la recherche en prenant en compte son apport pour la société au sens large. 1.4.2. Les chercheurs La valorisation de la science pour le bien des sociétés est ancienne. Il y a de nombreux exemples de chercheurs qui ont su transformer leurs découvertes en développement économique tel que Louis Pasteur en France (ses travaux de 19
  20. 20. recherches sur des problématiques industrielles débouchant sur des innovations dans la microbiologie) ou James Watt au Royaume-Uni (qui a innové sur la puissance des machines en collaborant avec des chercheurs et des hommes d’affaires). 1.4.2.1. L’impact des modes d’évaluation Le milieu de la recherche académique est souvent décrit comme une tour d’ivoire, la valorisation de la recherche n’est pas une mission naturelle. Les grands organismes de recherche fondamentale comme le CNRS ont longtemps craint l’influence du secteur privé dans leurs choix d’orientation de leur recherche (plus protection que valorisation). Pourtant cette évolution est clé. La prise de conscience existe puisque les chercheurs ne sont plus seulement évalués sur leurs publications mais aussi sur les liens qu’ils parviennent à créer avec l’industrie. Toutefois, l’introduction de cet élément d’évaluation reste peu efficace. La publication reste l’élément d’évaluation premier, la priorité pour les chercheurs (Lockett, Kerr, & Robinson, 2008). De plus, l’importance grandissante des classements type Shanghai, qui reposent en grande partie sur le nombre et le prestige des publications des chercheurs, risque de détourner les chercheurs de leur objectif de partenariat avec le privé (Leydesdorff & Meyer, 2010). 1.4.2.2. L’importance des liens passés avec l’industrie Les études montrent que cette communication est favorisée par les expériences passées des chercheurs avec le privé. Or en France, plus que dans d’autres pays, cela reste deux mondes bien séparés (D’Este, Mahdi, & Neely, 2010), (Harmon, et al., 1997). Au contraire, dans d’autres pays comme l’Allemagne, il est fréquent qu’un étudiant, après une expérience dans le privé, retourne à l’université pour faire un doctorat, ce qui crée des liens, une compréhension mutuelle des enjeux de la recherche fondamentale et de l’industrie. Martin et Pujol (2008) dressent le portrait de « l’académique réticulaire » qui est le profil le plus capable de valoriser un projet de transfert de technologie. Ces chercheurs « réticulaires » sont à la fois reconnus sur le plan académique et ont une capacité à créer du réseau entre les acteurs privés et publics de la recherche. 20
  21. 21. 1.4.2.3. Une évolution des mentalités nécessaire Au final, il ressort que les chercheurs français sont très en retard par rapport aux américains sur leur capacité à divulguer spontanément leurs découvertes aux organismes de valorisation dont ils dépendent. C’est un critère de succès important pour le transfert de technologie (Siegel, Waldman, & Link, 2003). Cela est clairement un frein à l’avancée du processus d’innovation (Etzkovitz & Goktepe, 2005). Dou (2010) avance que le succès du transfert de technologie passe avant tout par une prise de conscience, une évolution de l’état d’esprit des chercheurs qui leur permettra de prendre le recul suffisant sur leur travail et de prendre conscience du potentiel économique de leur recherche. Le succès, selon l’auteur, repose en premier lieu sur un changement de mentalité du chercheur. Pour favoriser cette évolution chez les diplômés, Beylat et Tambourin, dans leur rapport de 2013, suggèrent de renforcer la formation à l’innovation et à l’entrepreneuriat (pas seulement ceux des écoles de management). 1.4.2.4. L’importance des mesures incitatives Chapple et al. (2005) évoquent dans leur étude sur l’évaluation de la performance des organismes de transfert de technologie au Royaume-Uni, le lien entre défaut de mesure d’incitation et barrière au transfert de technologie. Debackere et Veugelers (2005) suggèrent que les laboratoires et les chercheurs, individuellement, puissent percevoir une part significative des royalties issues de leur recherche. Ceci est confirmé par l’étude de Siegel et al. (2003) qui constatent une corrélation entre le nombre de divulgations de découvertes et le mode de répartition des royalties versées aux chercheurs. Une ouverture au monde de l’entreprise ainsi que des systèmes d’évaluation et d’incitations adaptés, sont autant de facteurs qui facilitent une implication proactive des chercheurs, une évolution vers un statut de porteur de projet, vers l’université entrepreneuriale. L’objectif est de faciliter la transition pour que le chercheur sorte de sa tour d’ivoire et se comporte d’avantage en négociant de savoir. 21
  22. 22. 1.4.3. Les entreprises 1.4.3.1. L’importance de l’innovation ouverte L’innovation est considérée comme la réponse à la crise économique actuelle. C’est un des thèmes principaux à promouvoir dans les stratégies européennes dites de « Lisbonne » et « E.U 2020 ». Dans leur rapport de 2013, Beylat et Tambourin, reprennent les résultats d’études15 qui présentent l’innovation comme un moteur de croissance, le premier levier de compétition hors coût. Si l’innovation est décrite comme d’une importance stratégique pour les États, il en est de même pour les entreprises dont la compétitivité en dépend. Or les évolutions technologiques, le besoin de créativité, complexifient l’innovation. En outre, les entreprises, en période de crise, sont confrontées à une baisse de leurs ressources financières. Elles doivent donc s’ouvrir à de nouvelles sources externes d’innovation. Les résultats de la recherche académique sont une des sources de cette innovation ouverte (open innovation). Bien que le point de vue de l’entreprise, parmi les parties prenantes du transfert de technologie, soit moins souvent traité, certains auteurs se sont penchés sur le transfert de technologie de la recherche vers l’industrie en étudiant plus spécifiquement l’entreprise. Ils nous permettent de mieux connaître les objectifs, attentes et les obstacles rencontrés (cf. chapitres suivants). 1.4.3.2. Les motivations des entrepreneurs pour le transfert de technologie Timsit (2006) a interrogé des entrepreneurs ayant fait appel au transfert de technologie pour connaître leurs motivations. Il ressort de son étude trois raisons principales qui les poussent à faire appel au transfert de technologie : o Utiliser une ressource externe pour résoudre un blocage non lié au cœur de métier technologique ; o Consolider les compétences de l’entreprise par intégration de connaissances ; o Générer de la créativité. 15 Rapport de Christian Blanc « Pour un écosystème de la croissance » (2004) ; Rapport publié par l’Office Parlementaire de Choix Scientifiques et Technologiques – Claude Birraux et Jean-Yves Le Deaut (2012) 22
  23. 23. Dans le même esprit, l’entreprise qui achète des licences d’exploitation de brevets issues de la recherche cherche à : o Exploiter des idées et talents externes ; o Réduire les risques de R&D ; o Augmenter la portée et l’impact de leurs innovations. (Markman, Siegel, & Wright, 2008). Nous pouvons constater que les buts avancés sont cohérents avec le principe d’innovation ouverte. Confrontés à des ressources limitées, aussi bien humaines, matérielles, que financières, les entrepreneurs se tournent vers l’extérieur (la recherche académique) pour atteindre cet objectif crucial d’innovation. 1.4.3.3. Les obstacles Toutefois, même si les personnes interrogées considèrent avoir tiré partie de ces partenariats, ils évoquent plusieurs difficultés et contraintes. Les différences de culture entre milieux de la recherche et de l’industrie sont souvent mises en avant comme facteurs négatifs (Markman, Siegel, & Wright, 2008). Lockett et al. (2008), dans leur étude sur les facteurs clés de succès du transfert de technologie, parlent de barrière culturelle. Ils citent des entrepreneurs qui reprochent aux chercheurs d’être trop détachés du monde réel, les situant dans une tour d’ivoire. Plus précisément, ces deux parties prenantes ont chacune leurs propres langages, normes, environnements. L’écart entre ces paramètres est aussi une source de difficultés (Siegel, Waldman, & Link, 2003). Conséquence de ces différences, il existe un écart entre l’échelle de temps des chercheurs et celle des entreprises. Les entreprises cherchent des solutions rapidement opérationnelles mais les chercheurs ne se sentent pas assez concernés par cette logique de performance. Les logiques de performance des entreprises s’opposent à celles de connaissance des chercheurs (Timsit, 13-16 Juin 2006). Siegel et al. (2003), dans leur étude sur l’impact des pratiques organisationnelles des offices de valorisation, évoquent comme facteur limitant du point de vue des entrepreneurs, la lourdeur bureaucratique, le manque de flexibilité de ces organismes. Ces témoins reprochent aussi aux universités une attitude trop agressive dans la protection de la propriété intellectuelle. Dans cette même étude, 23
  24. 24. les chefs d’entreprises interrogés souhaiteraient que les compétences des organismes de valorisation en matière de marketing et de négociations soient plus développées. Même si la place des organismes de valorisation est centrale, il ne faut pas négliger l’importance d’une relation directe entre les chercheurs et leurs interlocuteurs du monde de l’entreprise. Les acteurs industriels, dans l’étude de Siegel et al. (2003), mettent l’accent sur l’apport d’une relation personnelle et informelle dans ce processus. Enfin, la présence au sein des partenaires privés d’un service de R&D est décrite par Martin et Pujol (2008) comme un élément favorable qui donne aux entreprises la capacité nécessaire d’absorber les brevets. En effet, l’achat d’une licence d’exploitation ne correspond pas à l’acquisition d’une solution clé en main, cela s’accompagne souvent d’une phase de maturation de la technologie que l’entreprise devra mener en partenariat avec les chercheurs à l’origine de la découverte. L’existence dans l’entreprise d’un service de R&D est donc un atout pour transformer une invention en produit innovant. Même si le travail de recherche sur le transfert de technologie est important, il traite rarement spécifiquement du cas de la France. Dans la littérature, les situations des États-Unis et du Royaume-Uni sont largement les plus fréquemment abordées. Parmi les parties prenantes impliquées, les auteurs ont aussi beaucoup plus travaillé sur les organismes de valorisation de la recherche, qu’ils soient dépendants ou non des universités et là encore rarement sur le cas de la France. Enfin, il existe moins d’articles qui abordent le point de vue des entrepreneurs, français en particulier. Nous allons donc explorer le système de la valorisation de la recherche régionale dans un contexte d’évolution impacté par la création des SATT. L’enquête sera orientée en priorité sur des entreprises locales ayant fait appel au transfert de technologie et sur les organismes qui œuvrent au transfert de technologie. Notre objectif sera d’identifier les attentes, motivations, objectifs, blocages de ces parties prenantes, d’en cerner les divergences et convergences et de réfléchir à des pistes d’améliorations. 24
  25. 25. 2. Méthodologie 2.1. Mode de collecte et de traitement des données Nous l’avons vu, le processus de transfert de technologie est en évolution. Nous pouvons faire l’hypothèse que ces évolutions déboucheront sur une amélioration si elles conduisent à un accroissement des convergences entre les attentes des chercheurs, entrepreneurs et intervenants du transfert de technologie. Pour tenter de répondre à cette question, notre enquête devait nous permettre de traiter les points suivants : « Où en sont les relations entre les entrepreneurs et le milieu de la recherche ? » « Quels sont les nouveaux objectifs et moyens mis en place pour stimuler le transfert de technologie ? » « Quel est le retour d’expérience des chefs d’entreprise ayant déjà fait appel au transfert de technologie ? » « Comment le chercheur perçoit la valorisation de sa recherche ? » Pour cela, nous avons réalisé une étude qualitative qui s’est appuyée sur des entretiens semi-directifs auprès des différentes parties prenantes du transfert de technologie en Languedoc-Roussillon. Les entretiens se sont déroulés sur une période de deux mois, de la fin du mois de juillet à la fin du mois de septembre. Tous ont été réalisés en face à face sur le lieu de travail des personnes interrogées. Ils ont été enregistrés, avec l’accord de nos interlocuteurs, puis retranscrits intégralement. Les données recueillies ont ensuite été analysées manuellement. 2.2. L’échantillon Nous avons conduit dix entretiens (Tableau 1) ciblant : o 4 Acteurs du transfert de technologie ; 25
  26. 26. o 5 Chefs d’entreprise avec une expérience du transfert de technologie ; o 1 Chercheur académique. Ces entretiens se sont déroulés sur la base des points à traiter : « Où en sont les relations entre les entrepreneurs et le milieu de la recherche ? » Le premier contact devait nous permettre d’accroitre notre connaissance du sujet du transfert de technologie d’un point de vue global. Il s’agissait donc de compléter une connaissance théorique obtenue à travers l’analyse de la bibliographie. Pour cela, nous avons rencontré la directrice de Transfert LR, organisme qui œuvre depuis plusieurs années au niveau régional pour stimuler les partenariats recherche / industrie. Cet entretien a servi à la construction des guides d’entretiens pour les chefs d’entreprise et les interlocuteurs du transfert de technologie rencontrés par la suite. « Quels sont les nouveaux objectifs et moyens mis en place pour stimuler le transfert de technologie ? » Nous avons ensuite rencontré le président et le directeur du business développement de la SATT AxLR. Ces 2 entretiens devaient nous permettre de préciser en quoi la valorisation de la recherche est amenée à évoluer, quels sont les objectifs, les moyens mis en place. Nous avons également rencontré une personne travaillant au sein du département relation avec l’industrie, d’un organisme de recherche public montpelliérain. « Quel est le retour d’expérience des chefs d’entreprise ayant déjà fait appel au transfert de technologie ? » Les critères de ciblage des entreprises16 étaient les suivants : − Une expérience de partenariat avec la recherche académique ; − Une localisation dans le Languedoc-Roussillon, pour faciliter l’accès aux personnes ; 16 Par souci de confidentialité le nom des entreprises et des personnes ne sont pas communiqués 26
  27. 27. − Une activité dans le secteur de la santé rendant plus facile la communication compte tenu de notre formation et de notre expérience professionnelle. Les cinq entreprises contactées sont des spin-off universitaires. Leurs fondateurs sont tous issues de la recherche académique. Cette orientation s’explique par le ciblage des entreprises grâce à l’aide d’un acteur de l’accompagnement à la création d’entreprise. Quatre de ces entreprises travaillent dans le domaine des biotechnologies et une dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) pour le secteur de la santé. « Comment le chercheur perçoit la valorisation de sa recherche ? » Trois des cinq dirigeants d’entreprise rencontrés étaient encore récemment d’anciens chercheurs académiques. Les entretiens menés avec eux nous ont donc aussi permis de progresser sur le point de vue du chercheur sur le transfert de technologie. Pour compléter, nous avons rencontré un chercheur en chimie, actif dans la recherche partenariale avec l’industrie. Tableau 1 : Tableau de synthèse de l'échantillon et des entretiens Partie' prenante Date Durée' (minutes) Retranscription' (pages) Développement' économique'et' innovation Directrice 22/07/13 47 11 Transfert'de' technologie Président 06/08/13 40 9 SATT'AxLR Transfert'de' technologie Dir.'Business'Developpement 06/08/13 34 9 Cellule'du' partenariat' industrie'd'un' organisme'de' recherche Partenariat' recherche/industrie 'Resp.'Contrats'de'recherche' Industriels/chercheurs 12/09/13 35 7 Société'A Biotechnologie Président,'CoSfondateur 28/08/13 46 11 Société'B Biotechnologie Président,'CoSfondateur 02/09/13 38 8 Société'C Biotechnologie Manager 06/09/13 44 10 Société'D NTIC'Santé CEO,'CoSfondateur 16/09/13 43 10 Société'E Chercheur Fonction'de'l'interlocuteur SATT'AxLR Industrie Secteur'd'activité Transfert'LR Acteur'de'la' valorisation Organisme Biotechnologie CEO,'CoSfondateur 20/09/13 54 8 Laboratoire'de' recherche Recherche'en'chimie Chercheur 12/09/13 39 8 27
  28. 28. 2.3. Guides d’entretien Nous avons réalisé trois guides d’entretien : Le premier guide d’entretien (annexe n°5, page 61), basé sur notre recherche bibliographique, a été utilisé pour notre échange avec la directrice de Transfert LR pour approfondir notre connaissance des relations entre l’industrie et le milieu de la recherche : − La vision du transfert de technologie ; − Profil des entreprises en contact avec Transfert LR (taille, secteur, attentes). Le second guide d’entretien (annexe n°6, page 62) est spécifique à la SATT AxLR. Son élaboration repose sur la recherche bibliographique et sur les résultats tirés de l’entretien avec Transfert LR : − La vision du transfert de technologie ; − Organisation et Business modèle des SATT ; − Objectifs ; − Moyens (humains, financiers, légaux) ; − Démarche commerciale auprès des entreprises et des chercheurs. Le troisième guide d’entretien (annexe n°7, page 66) concerne les entreprises. Les données tirées de la littérature ont servi à sa conception, les résultats des échanges avec AxLR et Transfert LR ont permis de l’affiner : − Profil de l’entreprise, activité ; − Profil de l’interlocuteur, vision pour l’entreprise ; − Relations actuelles et passées avec le milieu de la recherche ; − Retour d’expérience de transfert de technologie (réussites, échecs, difficultés rencontrées, attentes d’améliorations). 28
  29. 29. 3. Résultats Nous allons décrire les résultats obtenus en étudiant le processus de transfert de technologie par paire de parties prenantes (Figure 4). Dans un premier temps nous évoquerons la relation entre le chercheur et sa cellule de valorisation : la transmission de l’invention à l’organisme qui est responsable de sa valorisation. Ensuite, nous aborderons la relation entre le chercheur et l’entreprise, le passage de l’invention à l’innovation qui nécessite très souvent une collaboration étroite entre ces deux parties prenantes. Enfin nous terminerons par la phase suivante : comment les cellules de valorisation traitent avec les entreprises « acheteuses » de la technologie. Figure 4 : Représentation des relations étudiées Entreprise Rela%on(2( Chercheur Rela%on(3( Rela%on(1( OTT D’un point de vue général, il ressort de ces entretiens que le transfert de technologie n’est pas un processus simple. Pour chacune des parties prenantes interrogées l’expérience s’est avérée longue et semée d’embuches. Toutefois, l’apport de ce type de partenariat est présenté par tous comme nécessaire et bénéfique. Lorsque nous évoquerons le point de vue des chercheurs, ce sera celui du chercheur en chimie sélectionné pour l’enquête ainsi que celui des trois entrepreneurs anciens doctorants (entrepreneur/chercheur). En effet, durant leur parcours universitaire, ils ont été amenés à collaborer avec des entreprises dans le cadre de partenariat privé / recherche publique. Leur passé récent dans la recherche leur permet donc d’évoquer à la fois les positions des parties prenantes entreprises et chercheurs. Quatre des cinq entreprises interrogées sont des spin-off universitaires. C’est la découverte scientifique d’un des co-fondateurs, dans le cadre de ses travaux 29
  30. 30. académiques, qui est à l’origine de la création de ces entreprises. Elles sont donc nées d’un transfert de technologie. Cette situation a un impact sur la relation de ces entrepreneurs avec les chercheurs. De même, cette situation, associée à leur fragilité d’entreprise naissante, les rend plus sensibles, plus dépendantes aux conditions de mise en œuvre de ce transfert de technologie. La cinquième entreprise n’est pas issue directement de l’appropriation de la recherche de ses fondateurs. Si à l’origine elle en était le motif, l’échec du transfert a conduit ses dirigeants à revoir leur stratégie et s’appuyer sur d’autres partenariats avec la recherche pour développer leur société. 3.1. Chercheurs – Organismes de transfert de technologie C’est de cette interaction que nait le transfert de technologie. « Le marketing push c’est le résultat de la maturation académique, nous disposons d’innovations, nous devons les placer, transformer l’essai dans le monde économique vers des entreprises existantes ou à créer » (président de la SATT AxLR). 3.1.1. Une entraide nécessaire La littérature décrit l’importance de la divulgation des inventions issues de la recherche académique, et parfois un manque d’implication de la part des chercheurs dans cette divulgation. Les chercheurs/entrepreneurs interrogés ne correspondent pas à cette description. Ayant la volonté de créer leur entreprise, communiquer sur leurs découvertes était naturel. Au delà du cas de ces chercheurs/entrepreneurs, l’implication des chercheurs dans la nécessité de trouver des débouchés économiques à leur recherche et de nouvelles sources de financement a semble-t-il évolué favorablement depuis quelques années. Toutefois, selon le responsable d’un organisme de valorisation, le chercheur ne peut pas être le seul actif sur ce plan : « Nous ne pouvons pas demander aux chercheurs de faire de la recherche, d’être de bons négociateurs, de bon marketeur, de faire tous les métiers alors que le citoyen français attend du chercheur qu’il fasse une bonne recherche […] Si nous essayons de couvrir tout le champ seul nous ne pouvons être que médiocre. ». 30
  31. 31. Ces propos sont confirmés par un des chefs d’entreprise, à l ‘époque chercheur souhaitant créer sa société : « Mon associé, dans le cadre de ses travaux, découvre une molécule et notre directeur de thèse décide de la breveter. Il s’organise donc avec l’organisme de valorisation et là, alors que cela devrait être le travail de l’organisme de valorisation, c’est le chercheur qui doit rédiger toutes les fiches de présentation, faire presque l’étude de marché, voir qui cela peut intéresser etc. […] les chercheurs aimeraient bien se concentrer sur leur recherche, c’est déjà bien qu’’ils soient conscients des marchés ce n’est pas leur métier de savoir qui sont les acteurs etc. ils ne peuvent pas tout faire. ». Dans le même sens, lorsqu’il s’agit d’organiser des rencontres chercheurs/industriels, un autre responsable d’OTT confirme que tous les chercheurs ne sont pas tous aptes à assumer ce rôle : « Nous ne travaillons qu’avec des gens qui sont volontaires pour ce rôle. […] à force de côtoyer la recherche nous sommes capable de qualifier les chercheurs par rapport à leur capacité à travailler avec des PME. ». Les liens passés des chercheurs avec l’industrie se confirment comme un facteur facilitant l’implication des chercheurs, le réseau de ces chercheurs « réticulaires » pouvant être une ressource pour les OTT à la recherche de débouchés industriels. A cette question, un acteur de la valorisation répond : « Nous nous rendons compte que les gens les plus actifs dans les laboratoires sont souvent les gens qui ont déjà des contacts avec les industriels. C’est un fait. Vous aurez des gens qui n’ont jamais travaillé avec des industriels, c’est un peu plus difficile car ils ont une vision plus abstraite. ». Concernant l’aptitude du chercheur à évaluer ses découvertes, les avis divergent. Néanmoins, un des chefs d’entreprise, ancien chercheur, considère qu’ils sont parfaitement capables d’initier le processus : « Je pense que c’est le chercheur qui voit le mieux le potentiel de sa découverte. Parce qu’il vit avec tout le temps, parce qu’il gamberge toute la journée avec son bébé, il réfléchit, c’est son métier ». Toutefois, là aussi, nous constatons que par la suite il aura besoin d’un relais, d’un soutien : « mais au départ, parce qu’ensuite il faut moduler, il faut mettre de l’économique ». 31
  32. 32. Cette forte implication du chercheur dans son travail est d’ailleurs un facteur de motivation qui peut le pousser à transmettre ses travaux aux OTT. Deux des chercheurs/entrepreneurs interrogés évoquent ce besoin du chercheur de voir sa recherche se concrétiser : « ce qui motive les scientifiques c’est la science, c’est que le projet avance, qu’ils aient des moyens pour le faire avancer […] parce que la motivation s’étiole au cours du temps. Ce qui est important pour un scientifique c’est le retour d’information, qu’il ne se retrouve pas à un moment « le projet est parti » sans savoir ce qu’il devient ». 3.1.2. Une entraide à développer Malgré tout, même si la situation a évolué, on ne peut uniquement compter sur la démarche spontanée des chercheurs et/ou sur leur capacité à déceler le potentiel économique de leurs découvertes. Les chercheurs eux même attendent pour cela une aide des cellules de valorisation de leur laboratoire de tutelle, or certains regrettent que celles-ci ne jouent pas toujours suffisamment ce rôle : « Ils sont complètement coupés de leurs chercheurs, ils ne parlent pas le même langage », « Eux-mêmes font très mal des études de marché, ils ont une méconnaissance de ce sur quoi leurs laboratoires travaillent, de ce sur quoi leurs chercheurs peuvent faire des choses intéressantes, ils sont incapables de savoir s’il y a un potentiel de brevets ». Si certains reprochent aux OTT un manque de proximité avec leurs chercheurs, ces organismes eux même peuvent parfois reconnaître cette situation : « Effectivement, ce ne sont pas les chercheurs qui vont venir nous voir en disant qu’ils ont quelque chose d’intéressant ». Le manque de moyens humains et financiers peut limiter ce soutien aux chercheurs de la part des OTT. 3.2. Chercheurs – Entreprises 3.2.1. Une collaboration nécessaire et fructueuse Nous avons vu qu’une expérience du chercheur dans le monde de l’entreprise favorisait son implication dans le transfert de technologie. De même, une connaissance du milieu de la recherche par le chef d’entreprise favorise grandement la réussite d’une collaboration entre ces deux parties prenantes. Dans notre étude, 32
  33. 33. les chefs d’entreprise étaient d’anciens chercheurs. Le développement de leur produit s’est fait en collaborant avec leur ancien laboratoire, avec leurs anciens collègues ou directeur de thèse. Les dirigeants d’entreprises rencontrés avaient une vision claire des problématiques de leurs partenaires académiques. La relation avec les chercheurs en était grandement facilitée. « de façon générale lorsque l’on veut collaborer avec des chercheurs cela se passe toujours bien, nous avons le même langage, nous savons ce qui peut se passer ». « Un dirigeant qui est un docteur, qui a travaillé dans la recherche, aura une facilité à travailler avec la recherche que n’aura pas du tout une équipe dirigeante qui n’a jamais travaillé avec la recherche publique ». « Dans certains secteurs du type des Biotech par exemple, ce sont les mêmes personnes des deux côtés, dans les équipes ils sont quasiment tous des docteurs, quasiment tous issus de la recherche publique, ils ont généralement leur propre réseau scientifique ». Du point de vue de l’entreprise, cette collaboration est indispensable ; au démarrage de l’entreprise, le produit a encore besoin d’une phase de développement plus ou moins longue. De cette collaboration dépend le futur de l’entreprise, un des dirigeant exprime clairement ce besoin « Il est clair que l’expertise se trouve dans les laboratoires publics, nous avons besoin d’eux » ou « Nous avons de la chance d’être hébergé ici et de travailler au sein du laboratoire de notre fondateur, nous bénéficions de toute l’expertise du laboratoire ». Dans les situations que nous avons rencontré, le partenariat industrie/recherche naissait du projet de création d’entreprise. Or, nous l’avons vu, le processus de transfert de technologie n’est pas toujours linéaire, il est assez rare qu’une offre (une découverte) rencontre spontanément une demande (un blocage technologique d’une entreprise innovante). Il faut donc souvent provoquer cette rencontre entre l’industriel et le chercheur pour faire naître de nouveaux projets. Un des acteurs régionaux impliqué dans l’accompagnement des entreprises innovantes décrit bien cela, en considérant que des rencontres informelles entre ces parties prenantes sur des thématiques communes créent un foisonnement intellectuel propice au démarrage de nouveaux partenariats fructueux. Par exemple, cette personne cite le cas d’un 33
  34. 34. industriel qui découvre une nouvelle opportunité de développement de son entreprise à l’occasion d’une visite de laboratoire de recherche : « tiens, mais ça, cela pourrait me permettre de faire ça, je n’y avais pas pensé parce que je ne savais même pas que cela existait ». A l’inverse, ces échanges peuvent aussi être sources d’inspiration pour les chercheurs qui, en rencontrant des entreprises, peuvent trouver de nouveaux débouchés pour leur travail : « le chef d’entreprise avait une problématique qui était beaucoup plus futuriste, beaucoup plus lointaine, alors le chercheur a réagi « ça, cela peut nous intéresser ! » Les chercheurs n’avaient pas imaginé que leurs connaissances pouvaient répondre à ce type de problème ». Ces exemples illustrent bien l’intérêt réciproque des échanges entre industriels et chercheurs, ceux-ci pouvant générer de nouvelles collaborations. 3.2.2. Une collaboration qui se manage Même si le passé en tant que chercheur des industriels rencontrés facilite la communication avec leurs interlocuteurs académiques, ce travail collaboratif n’est pas toujours simple. Tous les dirigeants d’entreprise rencontrés ont évoqué une difficulté liée aux différences d’objectifs, indissociable de leur statut propre : « Le chercheur est dans la connaissance, l’industriel est dans le produit ». Ainsi, culturellement la démarche du chercheur peut être difficilement compatible avec les objectifs de l’entreprise. Le chercheur aura tendance « à explorer l’inconnu, à aller sur des voies qui n’étaient pas celles prévues », il y a une notion de « curiosité, de liberté ». Cette approche, consommatrice de temps du chercheur, peut poser un problème aux entreprises partenaires. Par nature, le chercheur peut avoir tendance à traiter le projet de manière séquentielle quand l’industriel préfèrerait avancer plus vite d’une manière peut être moins satisfaisante scientifiquement : « Dans la démarche scientifique on essaye d’aller le plus loin possible… à un moment, moi, ça ne m’intéresse pas, je n’en aurai pas besoin pour mon dossier ». Ces propos illustrent bien la différence de perception du facteur temps entre l’industrie et la recherche, un des chercheur/entrepreneur rencontré oppose le : « temps industriel et le temps académique ». 34
  35. 35. Nos interlocuteurs industriels considèrent donc que malgré leurs rapports privilégiés avec leurs partenaires académiques (anciens collègues chercheurs), cette relation doit être managée, ils évoquent parfois « le besoin de les recadrer ». Cette différence culturelle ne relève pas uniquement d’une gestion du temps, elle peut avoir un impact financier pour l’entreprise. Une entreprise qui a instauré un partenariat avec un laboratoire le finance. Un défaut de suivi du travail du laboratoire peut entrainer des dérives comme nous l’a décrit un industriel se rendant compte que l’argent versé au laboratoire partenaire ne servait plus seulement à l’avancée de son projet mais également au fonctionnement général du laboratoire. De son côté, le chercheur, confronté à ces propos, évoque lui l’impossibilité de mener une comptabilité analytique aussi précise, « comment parvenir à quantifier au quotidien que tel réactif est strictement réservé à telle expérience pour telle entreprise ». Se pose également la question de la gestion hiérarchique des personnes travaillant au sein des laboratoires mais financées par l’entreprise. Dans le cadre d’une recherche partenariale, un industriel peut être amené à financier un emploi au sein d’un laboratoire. Cette personne, bien que travaillant dans le laboratoire, est censée rendre des comptes à son employeur, l’industriel. Ce type de situation si elle est mal gérée peut conduire à des dérives. Un des chercheur/entrepreneur en a été témoin lorsque dans son laboratoire un stagiaire financé par une entreprise, s’est retrouvé à travailler sur un autre projet pour une autre entreprise également partenaire de ce laboratoire. « si personnellement l’individu n’a pas une vision très claire de qui est son employeur, qui est son supérieur, qui a le droit de lui donner des ordres, de lui demander des choses à faire, on peut très vite se faire dépasser et faire n’importe quoi ». Selon lui cette situation s’explique par un défaut de suivi de l’industriel. Il explique que le contrôle de la situation passe par un suivi régulier, une proximité physique de l’entrepreneur dans le laboratoire. Nous constatons qu’une bonne entente, un passé commun ne suffisent pas à garantir un partenariat sans accroc. L’expérience vécue par un des chef d’entreprise illustre l’importance de cadrer cette relation. Cette société issue d’un transfert de 35
  36. 36. technologie est installée, contre le versement d’un loyer, dans le laboratoire d’un des co-fondateurs. Cette entreprise a une licence d’exploitation d’un brevet mais n’a pas encore contractualisé la recherche partenariale dont dépend le développement du produit. Malgré les liens forts qui unissent cette entreprise à son laboratoire d’origine, des différences culturelles persistent entre une entreprise qui recherche le profit et un laboratoire de recherche publique. Parfois cette personne regrette que le travail, qui en l’absence de contrat, repose encore sur la volonté des chercheurs, soit freiné, certains dans le laboratoire percevant encore l’entreprise comme un « privé qui va nous prendre tout ce que l’on a ». D’autres propos illustrent cette idée : « les laboratoires publics sont persuadés que l’on croule sous l’argent, ce n’est pas toujours très facile à gérer ». Malgré les embuches, cette relation est indispensable aux deux parties. L’entreprise y trouve la connaissance dont elle a besoin et le chercheur des débouchés gratifiants pour son travail et des sources de revenu indispensables, ce que confirme un acteur de la valorisation d’un institut de recherche : « Évidemment cela permet d’avoir des apports pour la recherche, pour le laboratoire. Je pense qu’ils ne peuvent pas se permettre de renoncer à cela ». 3.3. Organismes de transfert de technologie – Entreprises C’est l’interaction entre l’organisme de transfert de technologie et l’entreprise qui va permettre de concrétiser la valorisation de la recherche. Cette collaboration est déterminante puisque c’est en fonction de ses conditions d’application que pourra se dégager un accord profitable à la fois pour l’entreprise (compétitivité, attrait pour les investisseurs) et le chercheur (crédits de recherche, renommée, satisfaction de participer au bien de la société). Les cinq chefs d’entreprise consultés ont tous décrit leur expérience d’échange avec les organismes de transfert de technologie comme longue et difficile. 3.3.1. Des objectifs antagonistes qui évoluent vers une démarche gagnant / gagnant La finalité de cette collaboration est en premier lieu de trouver l’accord financier qui accompagnera une cession de licence d’exploitation d’un brevet, contractualisera une recherche partenariale, ou traitera de l’entrée au capital d’une start-up par 36
  37. 37. l’organisme de valorisation. Nous pouvons considérer que les objectifs des parties prenantes sont antagonistes, l’entrepreneur cherchant à minimiser le coût de la transaction quand l’organisme de valorisation vise à maximiser ses profits. Quatre des cinq industriel interrogés estiment que les exigences des OTT sont excessives : « ils imposent des conditions aux start-up qui ne sont pas acceptables, les conditions de licence, les conditions de royalties, ne sont pas acceptables pour des petites boîtes parce qu’ils mettent le couteau sous la gorge ». Plusieurs explications sont données pour comprendre cette approche : ! Dans cette négociation, l’industriel peut se sentir en situation de vulnérabilité : « ils sont en position de force car si nous n’avons pas le brevet nous ne pouvons rien faire ». ! Un des chefs d’entreprise regrette l’époque qui a précédé le renforcement de l’objectif de valorisation de la recherche. Pour lui, à ce moment, le transfert de technologie se faisait de manière plus apaisée, depuis il constate que les OTT « ont commencé à appliquer aux petites entreprises ce qu’ils n’arrivaient pas à appliquer aux grandes ». Aujourd’hui, il décrit le prix des licences d’exploitation comme « Beaucoup trop cher, ridiculement cher ». Dans le même temps, il reconnaît que cette évolution a aussi rendu les chefs d’entreprise plus durs : « les personnes de la valorisation sont exposés à beaucoup de pseudo chefs d’entreprise qui ne sont là que pour piquer des trucs, juste pour take the money and run ». Il considère que cette dérive pénalise celui qui vient chercher un deal honorable mais qui subit cet historique. ! Une autre explication aux fortes exigences subies par les chefs d’entreprise résiderait dans une méconnaissance de la part de certaines OTT des réalités de l’entreprise et du marché : « Ils ont des attentes complètement irréalistes sur les retours financiers » ou encore : « ils sont persuadés d’être assis sur une montagne d’or. Oui, il y a une montagne d’or mais elle n’est pas sur le marché et c’est nous qui allons le faire ». L’importance d’une maitrise des problématiques du monde des affaires semble en effet décisive. Un de nos interlocuteurs qui nous a fait un retour positif sur cette négociation, l’explique par les compétences de son contact qui « comprenait les problématiques de marché ». 37
  38. 38. Cette intransigeance parfois constatée conduit les partenaires industriels à accepter des conditions qu’ils jugent difficiles, avec en tête la perspective de rediscuter ces accords : « Donc nous signons des contrats et nous savons très bien que nous ne les ferons pas fonctionner et que nous les renégocierons ». Un de nos interlocuteur est parvenu à instaurer un échange constructif. Il explique cette réussite grâce à « l’écoute des problématiques des entrepreneurs » par l’OTT et à leur attitude « extrêmement adaptable ». Il considère aussi que cette attitude constructive vient de sa propre approche : « si tu arrives en te disant j’ai un conflit à gérer, en te disant je vais essayer de tirer mon épingle du jeu sans tenir compte des autres c’est forcément difficile ». Il a pris le parti d’aborder la négociation en argumentant de façon transparente : « je leur ai dit je peux vous faire ça (très haut) et nous faisons un deal là dessus ou je peux vous faire ça (raisonnable), qui sera surement la réalité, et ils m’ont dit d’accord, nous dealons là-dessus (raisonnable). Je pense que ça leur a plu comme discours ». Il considère que le chef d’entreprise a une part de responsabilité dans le niveau financier de la discussion : « si tu viens avec un prévisionnel en spatule de ski, ils vont dealer sur une spatule de ski ». Enfin, la considération qu’exprime le chef d’entreprise pour la recherche est selon lui aussi un facteur de succès : « j’ai une bonne considération de votre recherche puisque je vais prendre le brevet et je vais créer une boîte dessus, en plus je vais mettre de l’argent sur le laboratoire donc je ne peux pas tout payer ». Les dirigeants d’entreprise rencontrés ont beaucoup insisté sur l’importance d’un accord financièrement favorable qui ne pénalise pas leur recherche d’investisseur : « avec les conditions qu’ils nous demandent, aucun investisseur ne veut s’engager en disant : vous aller devoir payer trop de royalties à x, cela ne vaut pas la peine, vous ne serez jamais rentables ». Cette situation semble évoluer, au cours de notre enquête nous avons pu échanger avec un acteur de la SATT AxLR, issu du privé qui a une longue expérience dans la gestion de la propriété industrielle. Sa vision de la négociation avec les entreprises correspond plus aux attentes des industriels. En effet, selon lui, la négociation doit s’appuyer sur une vraie analyse économique du potentiel de l’invention : « il faut comprendre la technologie, comment s’imbrique la technologie dans le produit […] C’est toute une question de négociation et d’intérêts communs, une bonne 38
  39. 39. négociation, c’est une négociation gagnant-gagnant […] c’est vraiment le business modèle que vous mettez en face de la technologie ». Son objectif est clairement d’adapter les conditions de l’accord au marché potentiel de l’invention et aux capacités de l’entreprise. 3.3.2. La nécessité d’un guichet unique Si le coût de la transaction a un impact sur le bénéfice tiré du transfert de technologie par l’entreprise, le temps consacré à cette négociation peut aussi en amoindrir l’intérêt. Ainsi, une des entreprises rencontrées travaille sur le développement de nouvelles molécules à visée thérapeutique. Dans ce domaine, le temps consacré à la négociation des conditions de cession des licences d’exploitation puis au développement du produit se déduit de la durée d’exclusivité du brevet donc de l’attrait de cette molécule. Le dirigeant de cette entreprise décrit cette course contre la montre ainsi : « lorsque nous déposons un brevet c’est un chronomètre qui se déclenche. Et donc plus les discussions vont être longues avec eux (les OTT), plus nous allons être en difficulté pour aller chercher des fonds auprès d’investisseurs et plus la valeur du brevet va diminuer. Car, plus nous perdons de temps sur le développement, plus nous en perdons en années de commercialisation ». Or les chefs d’entreprise rencontrés ont souvent fait état d’une durée de négociation trop longue. Plusieurs raisons sont évoquées : manque de moyens humains pour les OTT, fonctionnement trop bureaucratique ou multiplicité des interlocuteurs. En France, la plupart des laboratoires dépendent de plusieurs tutelles (CNRS, Université, Inserm…). Théoriquement, il existe des accords qui déterminent, dans ces situations de multi-tutelles, un interlocuteur unique. Malgré cela, certains font état de difficultés : « Le gros souci, c’est que souvent les brevets ont été faits par des chercheurs qui dépendent à la fois de tutelle CNRS, hôpital public, Inserm etc. et donc on se retrouve avec des brevets qui sont multi-tutelles et il faut que les petites sociétés négocient avec tout le monde » ou : « nous avions réussi à trouver un point d’accord avec l’OTT x et l’OTT y arrive et dit non, il faut que nous rediscutions tout ». La création des SATT vise entre autre à résoudre ce problème, l’objectif, à terme, et d’aller vers ce guichet unique de la valorisation. En la matière, les attentes des 39
  40. 40. dirigeants d’entreprises rencontrés sont fortes, mais aujourd’hui ils expriment des doutes quand à la mise en place à court terme de ce guichet unique. 3.3.3. Une prospection commerciale à réaliser « Pour apporter de la valeur ajoutée au système, il faut aller chercher des clients à l’extérieur de notre environnement, de notre écosystème. Et ces clients là, ce sont bien évidemment les entreprises privées ». Les propos de cet acteur du transfert de technologie illustrent le fait qu’une invention n’aura de débouché économique que si un client, une entreprise, prend le relais de son développement. Au cours de notre enquête, les chercheurs-entrepreneurs (les clients) rencontrés était eux même à l’origine des découvertes, mais le transfert de technologie ne se fait pas toujours via une création d’entreprise, il concerne souvent des entreprises existantes. Les organismes de transfert de technologie comme la SATT participent financièrement à la maturation technologique des inventions. Cet investissement est un argument commercial fort vis à vis de l’industriel qui verra sa prise de risque réduite. Cette capacité d’investissement des SATT doit s’accompagner d’une identification précoce des clients pour deux raisons. D’une part, un partenaire industriel identifié assez tôt pourra ajouter sa participation financière à la maturation du projet, nous parlons de co-maturation. D’autre part, cette co-maturation permettra un développement du projet plus en phase avec les besoins du marché. L’objectif est d’éviter ce qu’un acteur de la valorisation nomme les projets « orphelins », pour lui : « la technologie pour la technologie cela ne sert pas à grand-chose. […] il faut passer du pur brainstorming à du concret et le concret c’est une technologie, comment elle peut être utile pour une entreprise sur le marché et comment cela va l’aider à être plus compétitive, moins chère, à aller exporter, ou à bloquer ses compétiteurs ». Les responsables du transfert de technologie constatent que les entreprises n’ont pas forcément le réflexe d’aller chercher spontanément des solutions à leurs problématiques techniques vers la recherche. Pour eux : « les industriels ont la tête dans le guidon, la solution peut être juste à côté et ils ne la voient pas […] c’est lié au fait que parfois les gens sont en situation délicate, […], pourquoi investir 200 000 € alors qu’ils ont du mal à finir les fins de mois. […]. Et c’est là où nous devons être 40
  41. 41. proactif, essayer d’avoir un rôle de dissémination de ce que nous faisons, de dire, nous sommes là, nous pouvons financer une partie importante du développement qui ne sera pas pris en charge par l’entreprise… ». Ces résultats montrent l’importance d’une action de prospection auprès des industriels. Il ne s’agit pas d’une démarche de porte à porte mais de communication sur le potentiel des découvertes et sur l’apport des structures de valorisation pour le développement des projets. 3.3.4. Faciliter sans interférer Nous l’avons vu, l’investissement des cellules de valorisation pour la maturation des projets, le passage d’un stade de recherche embryonnaire à une preuve de concept est nécessaire pour attirer l’industriel. Il l’est aussi pour adapter le projet au marché visé par l’entreprise. Ici le concept de triple hélice est clairement mis en application entre un industriel qui devra préciser son besoin au chercheur, un chercheur qui adaptera son approche aux attentes de l’entreprise partenaire et l’organisme de transfert de technologie qui gèrera et financera l’avancée du projet : « je pense que cela ne suffit pas de mettre de l’argent pour que cela fonctionne. Il faut un vrai accompagnement ». Cela nécessite une prise en compte simultanée des aspects technique, marché et financier. L’enjeux est important : « si nous n’avons pas un minimum déjà la perception d’un marché, d’un besoin d’utilisateur, nous risquons de complètement nous planter dans le cahier des charges sur cette étape de maturation ». Les investissements peuvent être importants autant pour l’OTT que pour l’entreprise partenaire, la conception d’un cahier des charges est, selon un de nos contact entrepreneur, capitale : « Mettez de l’essence dans une voiture si vous ne savez pas où aller, vous allez arroser un moment. Il faut plutôt prendre d’abord le temps de savoir où on va ». Cette action, que les SATT pourront mener et financer, est jugée nécessaire pour favoriser le transfert de technologie. Certains considèrent que cette étape faisait défaut jusqu’à maintenant : « C’est cette étape là, qu’en France, nous savions très peu faire ». 41
  42. 42. Toutefois, deux des industriels rencontrés se disent préoccupés par un mode de gestion qui positionne l’OTT comme co-investisseur dans la phase de maturation. Il craint une interférence de l’OTT entre lui et le laboratoire de valorisation : « Ce serait quelqu’un qui interférerait dans la relation. Non, ce que nous attendons des cellules de valorisation c’est de parler le même langage en termes de marché, qu’est-ce qui a un potentiel de marché, quel est le degré de maturation de vos technologies, qu’estce qui reste à faire etc. Peut-être aussi que les cellules de valorisation sachent quels sont les chercheurs qui entendent les contraintes des industriels, qu’elles fassent le tri ». Cette personne, qui connaît bien le milieu académique considère que l’OTT doit être « un facilitateur, ce n’est pas aux scientifiques de s’occuper de marché, du business mais par contre moi industriel, je veux rencontrer le scientifique ». De même, un autre chef d’entreprise s’inquiète d’une éventuelle perte de contrôle du processus : « avec un chercheur que je ne connais pas ou certains que je connais, je sais que je vais entendre l’argument : c’est de la subvention dont tu profites, c’est de l’argent de l’État […] ce n’est pas ta société qui paye, donc ces personnes sont là à ma disposition et moi je te rends compte de la mission que je fais. Mais eux, ce sont mes employés ». De ces échanges il ressort que cette maturation, avec le budget qui l’accompagne, est un vrai plus pour l’industriel, à la condition qu’il puisse garder un certain leadership sur l’aspect technique. Ces propos sont toutefois à pondérer puisqu’il s’agissait là d’entrepreneurs très liés au milieu de la recherche locale. Nous pouvons imaginer qu’à l’inverse, une entreprise moins intégrée au secteur de la recherche académique, émettrait moins de réserves sur ce point. 3.3.5. Logique d’investissement financier ou de développement économique ? Nous conclurons la présentation des résultats obtenus par la question de la finalité du transfert de technologie perçue par les entreprises et les OTT. Les chefs d’entreprises qui ont émis le plus de critiques sur les exigences financières des cellules de valorisation qu’ils ont rencontrées, s’interrogent sur le vrai objectif de ces organismes. Si l’objectif affiché est le financement de la recherche et le développement économique, deux de nos interlocuteurs regrettent que l’approche de certaines OTT relève plus d’une logique d’investisseur financier : « Je ne sais pas si 42
  43. 43. c’est un problème de méconnaissance du coût ou si c’est juste la volonté comme tout financier de récupérer leur mise le plus rapidement possible […] le problème c’est que les gens qui gèrent ça le font comme des fonds d’investissement privé ». D’ailleurs certains, pour éviter d’être confrontés à ces exigences, envisagent une forme de transfert de technologie qui les dispense de ce type de redevance : « tout ce qui est découvert par le CNRS doit appartenir au CNRS et rapporter des royalties. Donc nous, ce que nous avons aujourd’hui comme partenariat avec le CNRS, c’est du conseil, ils ne produisent rien. Donc, comme ils ne produisent rien, ils n’ont pas de propriété ». Un autre attend des OTT une attitude qui relève plus du service public : « Je pense que la seule position viable c’est une position de générosité vis-à-vis des entreprises. […] il faut que ça se passe dans une volonté de création d’emplois, d’amélioration de l’industrie. Et la générosité, elle ne peut venir que de l’État ». Les responsables de la SATT rencontrés ont une vision qui semble compatible avec les attentes de ces chefs d’entreprise. Car selon eux, il n’est pas incompatible d’avoir une approche professionnelle et financière de la gestion de portefeuille de propriété : « pour valoriser la propriété intellectuelle, il faut déjà la considérer comme un actif » tout en visant le développement économique : « il faut que ce soit un accord gagnant/gagnant sur l’ensemble de la chaîne […] la start-up prend un risque qui est partagé avec nous ». D’autres propos confirment cet état d’esprit constructif lorsqu’est évoqué le comportement de la SATT en tant qu’investisseur dans les start-up qui naissent d’un transfert de technologie : « il y a toujours un moment opportun pour sortir d’une société, le moment opportun ce n’est pas forcément le moment du premier tour de table cela peut d’ailleurs être très mal perçu qu’un investisseur initial se retire dès le premier tour de table parce que ça peut être un signe de non intérêt pour le projet ou de manque de confiance ». 43
  44. 44. Nous pouvons résumer les résultats de cette enquête de la manière suivante, en mettant en évidence les attentes mutuelles des parties prenantes : Figure 5 : Attentes mutuelles des parties prenantes du transfert de technologie Entreprise •  Une expertise scientifique •  Une connaissance des problématiques de l’entreprise •  Une gestion du temps et des priorités •  Des approches innovantes •  Des débouchés pour leur recherche •  Une source de financement •  Un processus plus rapide •  Un guichet unique •  Une connaissance et une prise en compte des réalités du marché •  Un soutien financier •  Faciliter sans interférer (pour les spin-off) •  Un business plan cohérent •  Un soutien à la recherche OTT Chercheur •  Une connaissance de leur recherche •  Une expertise dans l’évaluation des découvertes •  Un soutien pour les créateurs d’entreprises •  Une divulgation des découvertes plus spontanée •  Une ouverture au monde de l’entreprise 44
  45. 45. 4. Discussion 4.1. Les apports théoriques Sur le plan théorique, cette étude nous a permis de confirmer un certain nombre d’éléments traités dans la littérature. ! Le principe de la triple hélice, décrit par Etzkovitz et Leydesdorff (2000), comme représentation du processus de transfert de technologie, est ici bien mis en évidence. Selon ce modèle, les trois parties prenantes, OTT, chercheurs et entreprises ont des sphères d’influence qui se chevauchent. Les enquêtes menées ont effectivement mis en évidence ce principe lorsque le chercheur influence le développement du produit d’une entreprise, lorsque les organismes de transfert de technologie s’impliquent financièrement dans la création d’entreprise ou quand l’entreprise influe sur l’orientation du travail de recherche d’un laboratoire. ! Nous avons également pu illustrer l’idée que le succès du processus d’innovation dépend de l’assistance qui lui est fournie (modèle linéaire assisté). Les situations que nous avons rencontré, même si les relations entre entrepreneurs et chercheurs se sont révélées faciles, ont révélé ce besoin d’accompagnement. Ainsi les chercheurs ont besoin d’une aide pour évaluer le potentiel économique de leur travail. Ils ont également besoin d’un soutien lorsqu’ils souhaitent trouver des débouchés à leurs découvertes. De même, nous avons pu mettre en évidence qu’une entreprise souhaitant collaborer avec un laboratoire, recherche une assistance pour identifier les équipes qui conviennent, combler la « vallée de la mort » ou contractualiser cette relation. Plus spécifiquement, ayant pu interroger les trois acteurs de la valorisation de la recherche, nous sommes en mesure de rapprocher nos résultats des points déterminants mis en lumière dans la revue de littérature, pour chacune de ces parties prenantes. ! Nous avons constaté l’écart entre les cultures industrielle et académique que regrettent parfois les chefs d’entreprise comme l’avaient évoqué Markman et al. (2008) ou Lockett et al. (2008). 45

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