"Out of the blue"L.A. Airport–30° à lombre. Du tarmac en fusion sélève une odeur de goudron qui prend à la gorge.Mon tee-s...
Au détour dune route improbable, au milieu dune végétation luxuriante et colorée, dévale unecascade.La tentation est trop ...
Blue ma appris à apprivoiser la solitude. Je quitte la Sierra Nevada à regret. Y reviendrai-je un jour?Pendant près de 500...
Blue tient à ce que lon allume des bougies à la mémoire de nos ancêtres. Sans passé, pas davenir!Dans la chaude clarté des...
Prochain SlideShare
Chargement dans…5
×

Sarah Leyh

484 vues

Publié le

0 commentaire
0 j’aime
Statistiques
Remarques
  • Soyez le premier à commenter

  • Soyez le premier à aimer ceci

Aucun téléchargement
Vues
Nombre de vues
484
Sur SlideShare
0
Issues des intégrations
0
Intégrations
2
Actions
Partages
0
Téléchargements
3
Commentaires
0
J’aime
0
Intégrations 0
Aucune incorporation

Aucune remarque pour cette diapositive

Sarah Leyh

  1. 1. "Out of the blue"L.A. Airport–30° à lombre. Du tarmac en fusion sélève une odeur de goudron qui prend à la gorge.Mon tee-shirt colle à ma peau, lair brûlant donne au paysage alentour des allures troubles etfantomatiques.Devant le comptoir de location de voitures végète une file interminable de touristes. Je tiens à lamain mon plan de route établi par lagence de voyage.Prise dune pulsion soudaine, je froisse les papiers et les jette à la poubelle.Mon cœur semballe, laventure commence…Je sors du terminal.Mon regard accroche une longue silhouette dégingandée qui se dirige vers le parking. Je ne vois queson dos qui ondule au rythme dun pas qui semble me dire "follow me"…Il sapproche dun pick-up datant de lère Kennedy. Fuselage rafistolé, sièges en cuir défoncés.-Hey, je lance.La silhouette se retourne, me dévisage. Cest un mec de mon âge. Peau bronzée, sourire franc, coolattitude!Je noue mes cheveux en chignon dans un geste vaguement séducteur.-Tu memmènes?-Ok! ***Mon compagnon de route se prénomme Blue Teepee. Jai cru à une blague. Mais non! Sa mèrehippie vénérait les amérindiens Miwoks.Il sillonne le pays, sans but précis. Va où le vent le mène. En toute liberté. Je lenvie.Nous remontons la Highway 1.Par les fenêtres ouvertes, je contemple les collines escarpées, les vagues couleur figue qui sécrasenten contrebas et le visage de Blue, concentré sur le bitume.Son silence, son mystère, la beauté de cette nature sauvage qui mentoure, le ronronnement dumoteur: je glisse dans une douce euphorie.Plage dArruyo Burro – 10 p.m. La lune est pleine et brillante.Nous grimpons sur les hauteurs. Ecorchons nos jambes nues aux buissons dépines.Assis dans les herbes odorantes, on surplombe locéan majestueux.Mes yeux scrutent en vain les flots à la recherche de cétacés.Blue me prend la tête et la dirige vers la voûte céleste, constellée détoiles.-Imagine!Là-haut, une baleine se dessine dans un ballet féerique de millions dastres étincelants! ***Monterey – 2 p.m. : soleil de plomb, rues désertes, atmosphère de fournaise. La vie semble sêtrearrêtée.Blue me passe le volant.-Nap time!Il grimpe à larrière du pick-up, sallonge et ferme les yeux, les bras croisés derrière la tête.Je nai pas lhabitude des voitures automatiques. Le moteur gronde de rage contenue. Je démarre etfile dans les montagnes. Dans mon dos la ville disparaît dans un nuage de poussière.
  2. 2. Au détour dune route improbable, au milieu dune végétation luxuriante et colorée, dévale unecascade.La tentation est trop forte, je quitte mes habits. La fraîcheur de leau sur ma peau mélectrise.Je sens un regard lourd posé sur moi.Je me retourne.Cest un chien!Je mapproche, ruisselante, mais il bondit vers la voiture et sinstalle aux côtés de Blue qui dortprofondément.Au loin le tonnerre gronde.Je métends, nue, sur un tapis de mousse. Le parfum des cèdres omniprésents menivre. Une sourdebrûlure me transperce: jai limpression de renaître… ***Toute la nuit, de violents orages sabattent sur la région. Des centaines déclairs zèbrent le ciel. Leuréclat, à travers les rideaux de pluie, laissent dans mon souvenir des empreintes indélébiles.Au matin, les températures ont chuté. Jai enfilé une des chemises de Blue. Lodeur de sa peau memonte à la tête.La radio crachote de vieux airs country. Ambiance western! Blue gratte le museau du chien, couchéentre nous.Le trafic se fait plus dense. Soudain au détour dun tunnel, la flèche du Transamerica Buildingapparaît, transperçant la brume. En arrière-plan, je distingue les reflets rouges du Golden Gate.-Welcome to Frisco!Blue memmène dans la communauté hippie de Sausalito. Amarré à lextrémité du petit port, unbateau-maison rafistolé. On embarque sur le rafiot, une femme au visage buriné mais à lélégancefolle nous accueille avec un verre de vin, puis sécarte, dévoilant une vue imprenable sur la baie.-My mom, dit simplement Blue en lembrassant avec douceur. ***La mère de Blue ma noué autour du cou un lacet de cuir sur lequel est accrochée une amulette enobsidienne, et me file une vieille paire de santiags, indispensables pour la randonnée au Yosemiteprévue dans laprès-midi. Larrière-grand-père de Blue y aurait vécu jadis, chasseur solitaire etfumeur de pipe!Je comprends maintenant de qui Blue tient son caractère sauvage.Je nignore plus le magnétisme de son pouvoir dattraction qui agit sur moi tel un levier libérateur. Ases côtés, je me désinhibe de jour en jour.Limmensité des espaces naturels est le prisme à travers lequel ma vision de la vie, de lamour setransforment. Il y a un côté animal à ce périple: les saveurs, les odeurs, les sons, les sensations sontmultipliés à linfini.Blue semble connaître le Yosemite comme sa poche. On a pris les chemins de traverse, atteint un lacbordé dune prairie verdoyante, embaumant liris et le lilas. Les dômes granitiques se dressent,bienveillants.Cest le "Secret de Tuolumne Meadows". ***
  3. 3. Blue ma appris à apprivoiser la solitude. Je quitte la Sierra Nevada à regret. Y reviendrai-je un jour?Pendant près de 500 kms, Blue est mutique. Il pratique le silence comme une religion.Il a posé sa main sur ma cuisse nue. Ça suffit à mon bonheur.Aux portes de Vegas, bruit denfer sous le capot. Durite pétée.Je ne verrai de la cité du jeu que ses contours à lhorizon, longue guirlande multicolore qui scintilledans un paysage de fin du monde.La dépanneuse emmène le pick-up. Il sera prêt demain matin.Sur le parking du Truck Stop, veillent des monstres dacier aux chromes étincelants.Longues plaintes des klaxons qui résonnent comme des cornes de brume.Les routiers sont sympas: tatouages, clopes et regards appuyés sur mon arrière-train lorsque nouspénétrons dans le bar.Dans les vapeurs dalcool, on senfile 4 parties de billards daffilée, injectons 50 dollars dans un banditmanchot qui date du Far West.On perd, mais on sen fout!Blue sourit. Léclat de ses dents est carnassier. ***Jai langoisse du départ. Mon avion est dans deux jours. Blue le sait mais ne dit rien.Retour vers L.A. Une larme déborde de mes paupières mi-closes.Blue mobserve à la dérobée.A lembranchement de Barstow, il bifurque sur la 247. Changement de programme.-Surprise, dit Blue laconiquement.On avale la poussière sur des kilomètres. Le pick-up fait la course avec des nuages affolés, entraînéspar un vent furieux. Tourbillons âcres de terre et dherbes séchées.Jhallucine de ne croiser âme qui vive sur ces distances interminables. Mon esprit ségare…Détachement total du monde civilisé.Seuls au monde…3 p.m. - Palm Springs. Blue memmène sur un promontoire rocheux. Me tend une paire de jumelleset mindique les maisons alentours.Esthétiquement, je suis bluffée. Retour en arrière, nostalgie des fifties. Architecture de légende.Formes géométrique taillées dans la pierre du désert, reflets des rayons du soleil sur les immensesbaies vitrées.Le temps est comme suspendu… ***L.A. – la boucle est bouclée.La cité des anges grouille dune activité incessante. Moi qui viens de vivre une semaine à lécart de lafoule, je me retrouve plongée dans une marée humaine.Blue comprend mon mal-être. Mentraîne à louest de la mégalopole.Sous le soleil, la blancheur de la cathédrale orthodoxe Sainte-Sophia méblouit. A lintérieur règneune fraîcheur bienvenue. Quelques fidèles sont dispersés sous les ors des plafonds et prient, têtebaissée. Un chant russe est diffusé en boucle.
  4. 4. Blue tient à ce que lon allume des bougies à la mémoire de nos ancêtres. Sans passé, pas davenir!Dans la chaude clarté des flammes vacillantes, jaccroche son regard. Je touche du bout des doigtslessence même du bonheur.Je voudrais le remercier mais les mots me restent en travers de la gorge.Blue essuie les larmes qui coulent sur ma joue. Tout est dit!Je veux partir, il me retient par lépaule, la serre, menchaîne…Pour me retenir? ***-Aïe, je crie!-Excusez-moi, madame, dit une hôtesse qui me secoue lépaule. Mais nous amorçons notredescente sur Los Angeles. Veuillez accrocher votre ceinture.Jémerge péniblement de mon rêve.Sur mes genoux, mon guide touristique "La Californie… autrement!".Je le parcours distraitement, des photos familières, Big Sur, locéan, les étendues sauvage duYosemite, la cathédrale Sainte-Sophia…Mon voisin de droite joue négligemment avec une amulette indienne en obsidienne.Mon cœur bondit dans ma poitrine.Je me tourne discrètement.Blue…Laventure (re)commence…

×