Stella Chryssoulaki                                                                               Yannis Tzedakis         ...
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Fig. 8. — La fenêtre de la façade Est vue de lintérieur             Fig. 9. — La plaque en terre cuite et le vase au fondd...
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Tzedakis et al. 1990 les routes minoennes - le poste de χοιρόμανδρες et le contrôle

  1. 1. Stella Chryssoulaki Yannis Tzedakis Yanna Veniéri Maria AvgouliLes routes minoennes - Le poste de Χοιρόμανδρες et le contrôledes communicationsIn: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 114, livraison 1, 1990. pp. 43-62.RésuméLe poste routier du lieu-dit Παράγκα, à Χοιρόμανδρες, est lun des postes de garde les plus importants de la route reliant lhabitatminoen dAμπέλoς (Ξηρόκαμπος) à la région fortement peuplée de Πάνω Ζάκρος et à la ville palatiale du même nom. Ladernière campagne de fouille de la construction, dans le courant de lannée 1989, et les études topographiques complémentaireseffectuées dans la vallée de Χοιρόμανδρες, ont confirmé quil sagit dune puissante construction à caractère défensif, sinsérantdans un programme plus vaste, destiné à contrôler les communications. Il fut fondé au MM II et resta en usage jusquau MR IB,époque à laquelle il sécroula, mais il est impossible de préciser si son utilisation a changé lors des occupations successives.Laménagement architectural et les trouvailles ont des parallèles, aussi bien dans dautres postes de garde routiers que dans desédifices datant du Minoen Moyen, lépoque où devrait avoir été dessiné le réseau routier minoen.περίληψη0 οδικός σταθμός στη θέση Παράγκα Χοιρομανδρών είναι ένα από τα σημαντικότερα φυλάκια της αρτηρίας που συνδέει τομινωικό οικισμό της Αμπέλου (Ξηρόκαμπος) με την πυκνοκατοικημένη περιοχή της Πάνω Ζάκρου και την ανακτορική ομώνυμηπόλη. Οι τελευταίες ανασκαφές του κτίσματος κατά το έτος 1989 και οι συμπληρωματικές τοπογραφικές έρευνες στην κοιλάδατων Χοιρομανδρών, επιβεβαίωσαν ότι πρόκειται για ισχυρό κτήριο αμυντικού χαρακτήρα που αποτελεί μέρος ενός ευρύτερουοικοδομικού προγράμματος με στόχο τον έλεγχο των επικοινωνιών. Θεμελιώθηκε κατά τους ΜΜΙΙ χρόνους και χρησιμοποιήθηκεσυνεχώς ως τα ΥΜΙΒ χρόνια, οπότε και κατέρρευσε, χωρίς να είναι δυνατόν να διακριβωθεί αν η χρήση του άλλαξε κατά τηδιάρκεια των επαλλήλων κατοικήσεων. Η αρχιτεκτονική διαρρύθμιση και τα ευρήματα βρίσκουν παράλληλα τόσο σε άλλα οδικάφυλάκια όσο και σε κτήρια της μεσομινωϊκής περιόδου κατά την οποία πιστεύεται ότι σχεδιάστηκε το μινωικό οδικό δίκτυο.Citer ce document / Cite this document : Chryssoulaki Stella, Tzedakis Yannis, Veniéri Yanna, Avgouli Maria. Les routes minoennes - Le poste de Χοιρόμανδρες et le contrôle des communications . In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 114, livraison 1, 1990. pp. 43-62. doi : 10.3406/bch.1990.1715 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1990_num_114_1_1715
  2. 2. LES ROUTES MINOENNES : LE POSTE DE ΧΟΙΡΟΜΑΝΔΡΕΣ ET LE CONTRÔLE DES COMMUNICATIONS.cest Si nous quipuisse en qui assurerôle la lalesdetrouvailles denousréseau ΧοιρόμανδρεςlaΖάκρου,autant quon du éclairent aussi daprès disposition dans Πάνω intérieur zonedensité et,de Ξηροκαμπιά.principale juger lebiendoccupation revenons aujourdhui sur quelle la fouilles1lespace Ζάκρος2, daboutirphasesconclusions troisième et dernière campagne de joué de fortifiéea de routier de fertile des La route que la bâtiment que lunité construction de le a région surface, à forte les vallée permis et à depopulation, mène, vers le Sud, à la zone côtière d"Aμπελoς et au mouillage de Κατσουνάκια. Parsemée de postes de garde3, cette voie semble avoir joué un rôle important dansle mouvement des hommes et des biens, dès le début de lépoque palatiale4. (1) La dernière campagne de fouilles de Χοιρόμανδρες a duré du 17 au 25 avril 1989. À léquipe scientifiquesétaient joints Photis Louridas, architecte, et Kostas Bobos, peintre, qui se chargèrent des dessins. Les prisesde vue sont dues à Maria Avgouli, archéologue, et le tirage à Stéphanos Alexandrou. Nous remercions la Fondation Psycha, qui finance nos travaux depuis 1985, et lUNESCO qui a compléténotre budget pour 1988-89, ainsi que la 24e Éphorie, et particulièrement Nikos Papadakis, Directeur du Muséede Sitia, pour leur hospitalité et leur sollicitude. Nous remercions également les fouilleurs de la ville minoennede Palaikastro de leur assistance, et Sandy Mac Gillivray de ses précieuses suggestions concernant la céramique.Enfin, nous remercions Béatrice Detournay qui a assuré la traduction française du manuscrit. (2) La région de Πάνω Ζάκρος a été occupée sur une grande échelle depuis le tout début de lépoqueminoenne. Les sites cités ci-dessous renvoient à la carte de la fig. 20 : n° 30 Ανθρωπόλιθοι : habitat minoen, sanctuaire agraire MM, poste de garde MM; n° 28 Καλή Στράτα : groupe de fermes minoennes ; n° 29 Κούκου Κεφάλι : villa MR I A; n° 27 Τραγοπιάστης : poste central, très bien conservé, sous lécole primaire de Zakros, auquel se réfèrepeut-être Hogarth, BSA 7 (1900-1901), p. 148.La prospection faite en 1989 entre la villa MR I A et Σχοινάρες (n° 36) a repéré une vaste habitation dépoquegéométrique et du début de lépoque archaïque, près de la fouille de sauvetage MR I dA. Karetsou. Pour labibliographie : BCH 113 (1989), p. 53, n. 25. (3) Quinze postes de garde sont notés sur la carte fig. 20 (n°· 27, 30, 36 à 48 et 51). Le poste n° 30, au lieu-dit ΑνθρωπόλιΟοι, est aujourdhui presque complètement détruit par lérosion. Il faut leur ajouter deux postes,récemment détruits : le premier se trouvait au Sud du poste 37, au lieu-dit Ασπρες Πλάκες, lautre, au lieu-ditΚαμπερή ο Λάκκος, à lOuest du poste n° 37 et au Nord du poste n° 39. (4) La route vers Άμπελος, cf. BCH 113 (1989), p. 55.
  3. 3. 44 y. tzedakis, st. chryssoulaki, y. venieri et m. avgouli [bch 114Topographie de la vallée de Χοιρομανδρεσ. La cuvette allongée de Ξηροκαμπιά est fermée à lOuest, à hauteur de la petitevallée de Χοιρόμανδρες, par deux lignes de crêtes, dabord, du Nord au Sud, Πάνω και ΚάτωΒουνάρι, Κάστελλας, Τράχηλας της Καδένας et Πέρα Τράχηλας ; puis au-delà, la seconde ligneplus élevée des (toujours du Nord au Sud) Κοντολιού Κεφάλα, Βίγλα Ζάκρου, Κεφάλα τουΧουρδάκι et Κεφάλα του Μάρε, où sont installés les radars de la base aérienne de Ζήρος,tandis quune autre chaîne, dense mais plus basse, la sépare à lEst de la côte avec lespetits ports de Λιδόρυακο, Σχισμένες Πέτρες, Ρούσσο Σπάσμα, Καλό Ποτάμι, Ασπρος Βώλακαςet Κατσουνάκια. Quatre défilés aboutissent à la vallée de Χοιρόμανδρες, quils relient au reste de larégion. Au Nord-Ouest, le lit du torrent de Βουκολιάδες, qui vient de la région de ΠάνωΖάκρος, traverse la vallée du Sud à lEst et rejoint, à son extrémité Sud, la gorge deΞηρόκαμπος, seule zone de la région à abriter une flore et une faune, que les déchets de laCoopérative Huilière de la commune de Zakro ont détruites ces trois dernières années. Au Nord-Est, le lit du torrent de Χαούζες est de fait le prolongement de la gorge deΚαραβιάδαινα qui aboutit, au Nord, à lhabitat minoen dAμπέλες et communique, auNord-Est, avec Φαραγγούλια, reliant ainsi la vallée à la ville palatiale de Κάτω Ζάκρος.Cest vraisemblablement ce qui explique pourquoi la gorge de Καραβιάδαινα est gardée parune série de postes de vigiles, bâtis le long des berges. Enfin, le ravin de Μαγγανάρου ouencore Του Μαγγανάρου ο Πόρος, «le passage»5, constitue la seule issue de la vallée vers lacôte, puisquil va jusquà Ρούσσο Σπάσμα à lEst. Il en résulte que les deux massesmontagneuses infranchissables qui limitaient la vallée à lEst et à lOuest faisaient decelle-ci la seule voie de passage entre Ζάκρος et Άμπελος puis Ζήρος·; elle est empruntéemême par les oiseaux migrateurs — hérons, cigognes, hirondelles et canards sauvages — ,quand ils voyagent entre lAfrique et lEurope. Le ravin qui sépare la partie Est de lapartie Ouest de la vallée constitue la limite actuelle des communes de Ζάκρος et Ζήρος. Lesmontagnes convergent à ses deux extrémités, donnant à la vallée la forme dun fuseau. La moitié Ouest a très peu de traces doccupation minoenne. Un petit village,pratiquant la culture et lélevage, a peut-être mis en valeur cette terre très peu fertile àlépoque impériale. Aujourdhui encore, toute cette zone accueille les troupeaux dechèvres qui descendent des plateaux de Ζήρος pour passer lhiver. Au contraire, la présence minoenne est nette dans la partie Est. Mais il ne sagit pasdhabitations rurales telles que nous les connaissons, de hameaux de petites maisonsconstruites en moellons bruts, avec annexes et contreforts. La partie Est de la vallée deΧοιρόμανδρες (fig. 1) est également la plus aride. Le sol est fait de plaques inclinées duncalcaire gris et dur, alternant avec un schiste mauve-rosé ou vert. Seuls de petits buissonsbas peuvent se développer sur la fine couche rouge dargile. Les témoignages despropriétaires attestent que la région ne fut jamais cultivée, «pas même pendant les annéesdifficiles de loccupation», bien que le puits, au pied de la butte, offre aujourdhui encoreune eau pure et abondante. (5) Sur limportance des toponymes, voir BCH 113 (1989), p. 48. (6) Les distances séparant les villes minoennes de cette voie sont les suivantes : Κάτω Ζάκρος - Χοιρόμανδρα;par la vallée des Morts : 6,5 km; Πάνω Ζάκρος - Χοιρόμανδρες : 5 km; Άμπελος Κατσούνακια - Χοιρόμανδρες :2,5 km.
  4. 4. 1990] LES ROUTES MINOENNES : ΧΟΙΡΟΜΑΝΔΡΕΣ 45 Fig. 1. — Plan topographique de la partie Est de la vallée de Χοιρόμανδρες. Légendes : Π = Périboles Λ = Carrière A >= Montée Δ1 = Route d"Aμπeλoς Bl = Petite tour Δ2 = Route de Σφάκα B7 = Poste de vigile de Μαγγανάρου Πόρος Δ3 = Route de la vallée B2, B6 et B9 = Postes de vigiles de la vallée Δ4 = Route vers Ζάκρος B8 = Poste de vigile de Καθιά Δ5 = Route vers Ρούσσο Σπάσμα Φ = Poste de Χοιρόμανδρες Δ6 = Route de la carrière Γ = Viaduc Lextrémité Sud-Est de la vallée est dominée par une colline relativement élevée, ausommet aplani dune surface de 1300 m2. Elle a vue sur lensemble de la vallée, et enparticulier sur toutes les issues des passages naturels qui y mènent. Base et sommet ontété entourés dun péribole, qui ne sinterrompt que là où les rochers de la colline rendenttoute construction inutile. Ces murs sont construits en appareil «cyclopéen», fait de blocsde calcaire grossièrement travaillés, dune épaisseur moyenne de 0,50 m, disposés en deuxrangées parallèles, avec un blocage déclats de pierre (fig. 2). Ils ont une épaisseurmoyenne de 1,70 m, pour une hauteur moyenne conservée de 1,50 m sur deux ou trois
  5. 5. 46 Y. TZEDAKIS, ST. CHRYSSOULAKI, Y. VENIERI ET M. AVGOULI [BCH 1!4assises7. Mais la colline nest pas la seule à être fortifiée. Toute la partie Est de la valléeest sillonnée de murs parallèles, perpendiculaires ou sécants, construits de la mêmemanière, entre lesquels courent des routes, qui relèvent du type des routes à doublecontrefort et couloir latéral parallèle8. Les murs joignent des postes de vigiles, qui participent du même programme deconstruction et remplissent les mêmes fonctions9. Le plus grand et le mieux fortifié est leposte de vigile Β 6 (fïg. 1), qui a été construit au point stratégique le plus important de lavallée, juste sous la terrasse du poste de garde, au pied de la colline. Les postes de vigilessont plus denses sur le plateau au sommet de la colline que dans la vallée. Le plus au Sud,une petite tour (fig. 1, Bl et fig. 3), est entièrement construit, alors que les autresintègrent dans leurs murs de grands rochers ou des amoncellements de rochers. La tour,qui est reliée au poste par un large mur, a un diamètre intérieur de 6 m et un diamètreextérieur de 12,30 m. Le côté Nord présente une ouverture qui devait être une entrée,mais le mauvais état de la maçonnerie et les dégâts dus aux fouilles clandestines nepermettent pas de le confirmer. Les blocs de la superstructure ont roulé à petite distance tout autour dusoubassement du bâtiment dont la superstructure conservée atteint une hauteur moyennede 1,20 m. Les fouilles clandestines ont agrandi louverture Nord et enlevé un remblai de0,80 m dépaisseur, constitué de la même argile rapportée — pure, à grain fin — que cellequi a servi au revêtement des sols du poste de garde10. La limite de loxydation des paroisinternes du bâtiment circulaire indique que le remblai dargile est contemporain de laconstruction de la tour, dont le sol devait être à environ 1 m au-dessus du rocher defondation. Lépaisseur du soubassement circulaire, laccumulation des gros blocs tombéset le mur, petit mais large, qui relie la petite tour au rocher élevé de lEst montrent que lebâtiment devait être sensiblement plus élevé, et que cétait probablement une sorte depetite tour contrôlant la route qui va d "Αμπελος au sommet plat de la colline deΧοιρόμανδρες11. (7) La hauteur conservée de ces murs est inversement proportionnelle à leur largeur. Des fondations aussipuissantes incitent pourtant à restituer une hauteur plus grande, nécessaire pour assurer un rôle de défense.Limportance du travail — taille, façonnement, transport et pose de blocs aussi volumineux — ne sexpliquepas sil sagissait de bâtir un mur aussi bas. La seule explication que nous puissions proposer est que ces murs,construits souvent perpendiculairement ou obliquement aux courbes de niveau, sans soutènement particulier,nont pas résisté au temps et se sont peu à peu écroulés, ne laissant subsister que les fondations, leuthyntéria etla première assise qui devait avoir «lassiette» la plus large de toute la superstructure. Si lon na pas retrouvé deblocs tombés aux alentours, cela est peut-être dû à la nature du matériau. En effet, le calcaire gris, matériau deconstruction traditionnel des postes de garde, semble avoir un fort indice de cohésion, mais est en réalitéparticulièrement friable et se transforme en chaux lorsquil a été longtemps exposé aux intempéries. Des tas dedébris calcaires couvrent les bordures des postes et des murs, dans la région pilote. Cest peut-être cette fragilitédu matériau qui a obligé les constructeurs de Χοιρόμανδρες à donner à la route partant de la carrière un tracé enforme de fronde, plutôt que de risquer une pente abrupte, sur la distance beaucoup plus faible qui sépare lacarrière du poste. (8) BCH 113 (1989), p. 50 et 52. (9) BCH 113 (1989), p. 63. (10) Le tamisage des terres amoncelées par les fouilleurs clandestins, à lextérieur de louverture, ainsi quele nettoyage de la paroi intérieure du soubassement de la tour, ont fourni très peu de céramique, identique à lacéramique minoenne du poste. (11) N. Platon a fouillé une structure comparable par le plan et la technique de construction, dans lepéribole Sud du secteur des Ateliers du Palais de Zakros : N. Platon, PraklArchEl (1979), p. 286-288, fig. 1 ;Id., PraktArchEt (1980), p. 298-305, fig. 1, pi. 182-185. Il a bien su interpréter, dès sa première campagne de
  6. 6. 1990] LES ROUTES MINOENNES : ΧΟΙΡΟΜΑΝΔΡΕΣ 47 0.00 0.50 1D0 200 3.00 4.00 Fig. 2. — Plan dun tronçon du péribole Ouest de la colline, près de la petite tour. Pig. 3. — Plan de la tour de la colline. Laccès au sommet a été taillé au milieu du côté Ouest de la colline, le seul quipermette dailleurs une montée relativement aisée12. Evans et, plus tard, Pendlebury,fouilles, la «large construction circulaire avec un mur extérieur compact» comme une petite tour, reliée aupéribole Sud et à lentrée de laire palatiale, dont «il nest pas exclu quelle soit contrôlée par deux petites tourssemblables». Il a cependant abandonné cette interprétation lors de la campagne suivante, et vu dans cetteconstruction un puits. (12) BCH 113 (1989), fig. 35.
  7. 7. 48 Y. TZEDAKIS, ST. CHRYS8OULAKI, Y. VENIERI ET M. AVGOULI [BCH 114visitant les postes de garde du Lassithi, avaient été frappés par des entrées taillées dans lerocher, avec des marches rapportées ou taillées. Des deux viaducs, sur la bordure Nord-Est de la vallée, le plus bas était utilisé pourle transport des matériaux de construction de la carrière jusquau poste de garde, le plushaut desservait la route vers Ρούσσο Σπάσμα13. Bien quils ne soient pas très bienconservés et que lappareil se distingue mal au milieu des arbustes, toute la constructionlaisse à penser que le revêtement était en partie en bois. Si nous avons cité successivement les constructions qui, comme le montre le plantopographique (fig. 1), couvrent lensemble de la partie Est de la vallée, cest pour bienfaire comprendre que le poste de garde de Χοιρόμανδρες, même sil est le seul bâtimentcouvert — ou à demi couvert — du complexe de constructions, ne constitue aucunementun édifice autonome, comme ce serait le cas dune ferme, dune bergerie, dun moulin oudun autre bâtiment comparable. Le plan rectangulaire du poste doit donc être compriscomme indissociable dun programme de construction plus vaste de postes de vigiles et depetites tours, ainsi que de murs dune épaisseur imposante, qui couvrent toute la surfacedu plateau. Ces murs, que lon retrouve ailleurs dans la partie Est de la vallée14,prolongent le programme architectural de l« acropole» dans les environs, barrantefficacement la route à toute arrivée inopinée sur le plateau.Le poste de Χοιρόμανδρες : disposition architecturale (fig. 4). Le poste de garde, suffisamment bien conservé pour être encore utilisé par les bergerset les troupeaux de nos jours — doù son nom15 — , a été fondé sur la pointe Nord-Est dela colline, dominant la vallée. Les raisons de ce choix restent énigmatiques : le rocher acertes vue sur lensemble de la vallée, mais noffrait pas les 144 m2 de surface dubâtiment, quil était possible dinstaller 12 m plus au Sud, sans perdre en rien la vuepanoramique et en évitant dimportants travaux dinfrastructure16. Mais les constructeurs voulaient manifestement, comme dans dautres postes centraux, créer deux niveauxdans les fondations, pour abriter laccès à la «sortie de secours» qui, depuis la cour dallée,mène à la cour Est extérieure, au sol fait dun mortier de chaux17. La technique de construction des fondations est remarquable. La maçonnerieinférieure éleva le niveau dhabitation de la partie orientale du bâtiment jusquà celui dela partie occidentale, cest-à-dire la surface du rocher. Des sondages sous le sol de lapièce III (fig. 5) ont montré que la technique utilisée pour certains murs delinfrastructure, sous le dallage de la cour où le rocher affleure, servait à boucher des (13) Une description détaillée des viaducs est présentée en addendum (cf. infra, p. 62-65). (14) La plupart des postes de garde notés sur la carte de la région pilote (fig. 20) sont dotés de péribolessuccessifs, dans les environs immédiats ou même plus éloignés. Létude topographique récente du poste deΚαρούμες a prouvé que ces murs entourant le poste se prolongent aussi bien vers lEst, du côté du golfe, que verslOuest, donnant aux enclos une forme en fer à cheval du côté de la gorge de Χοχλακιές. Ce réseau de barrièresrappelle, par sa disposition, les murs de soutènement des fortifications des acropoles étéocrétoises. Cf. BCH 1 13(1989), p. 72, n. 77. (15) Les gens du pays appellent le poste Παράγκα, cest-à-dire «construction provisoire». Cela prouvequaujourdhui encore il nest pas considéré comme une ruine ou un rocher, mais comme un bâtiment. (16) BCH 113 (1989), p. 66, fig. 28. (17) BCH 113 (1989), fig. 29, 30 et 31.
  8. 8. 1990] LES ROUTES MINOENNES : ΧΟΙΡΟΜΑΝΔΡΕΣ 49
  9. 9. 50 Y. TZEDAKIS, ST. CHRYSSOULAKI, Y. VENIERI ET M. AVGOULI [BCH 114Fig. 5. — Pièce III vue du Sud-Est. On distingue le sondage qui a mis au jour le mur dinfrastructure du sol. Fig. 6. — Fenêtre de la façade Est. On distingue le tablier triangulaire et le montant tombé devant le soubassement du mur.fissures du rocher pour égaliser le sol : ces murets, faits de pierres taillées en forme deplaques, disposées de façon à ce que leurs pointes se recouvrent, ne peuvent, vu la qualitéde la maçonnerie et leur emplacement, avoir été des éléments porteurs. De semblablesmurets passaient sous les sols des pièces IV et V, sous lentrée de la pièce II, de même quesous certaines parties du dallage de la pièce I. Les moellons bruts des façades pourraientfaire croire à une construction hâtive ; mais les fondations des sols, la solidité de lamaçonnerie, ainsi que la présence des seuils taillés, des montants et des tabliers desfenêtres (fig. 6), montrent que cette architecture, accompagnée dune étude denivellement, était en réalité soignée, réalisée avec des matériaux apportés dailleurs etselon un plan qui répondait à une conception densemble (fig. 7).
  10. 10. 1990] LES ROUTES MINOENNES : ΧΟΙΡΟΜΑΝΔΡΕΣ 51 Fig. 7. — Poste de Χοιρόμανδρβς. Dessin en perspective du bâtiment. Dans ce bâtiment carré (12 X 12 m), un tiers environ de lespace intérieur est occupépar la cour dallée : elle était hypèthre, ou abritée par une couverture provisoire en boisqui prenait appui tout autour sur les murs Est des pièces I et II, sur la cloison centrale dubâtiment et sur des tronçons des façades Est et Sud qui devaient normalement séleverjusquau plafond ; la dépression circulaire au centre du dallage pourrait avoir servi à unsupport en bois — dont on na aucune trace — destiné à soutenir la couverture. Il fautcependant se méfier des dommages subis par le dallage lors des deux sondages Hogarth,mais aussi de loccupation continue dont témoignent les tessons classiques et romainsquon trouve sous la couche de surface. Le niveau du dallage, plus bas que le seuil, poseun problème : peut-être doit-on restituer deux marches, disparues dans la tranchéeHogarth I, ou en bois. La fenêtre de la façade Est devait être utilisée comme porte-balcon pour décharger les bêtes de somme qui arrivaient dans la cour extérieure Est ettransporter les produits directement à lintérieur du bâtiment (fig. 8). Le matériel mis aujour prouve à lévidence que la cour dallée était une cour de service : cuisine (pilons etmortiers, vaisselle, marmites, bassine et grand seau de pressoir avec écoulement pour lemoût), réserve deau (seaux, jarres), elle devait aussi abriter des ateliers (broyeur enpierre, plaque en conglomérat travaillée et pesons). Les trouvailles sont datées du MM III Β (fragment de cruche 1. 28/88) 18, du MM III B/MR I A, du MR III et de lépoque gréco-romaine. (18) Les numéros des trouvailles renvoient aux journaux de fouille et sont formés dun numéro dordre, dunuméro de locus (couche - espace), et de lannée de la campagne. Journaux et inventaires ont été déposés auMusée de Sitia.
  11. 11. Fig. 8. — La fenêtre de la façade Est vue de lintérieur Fig. 9. — La plaque en terre cuite et le vase au fonddu bâtiment. On distingue, sous la bordure triangulaire, le sol découpé in situ. Derrière eux, mortier elliptiquedallé et, au premier plan, le sondage Hogarth II, dans le et, à larrière-plan, soubassement de la marche de remblai de linfrastructure. lentrée. 1.28/80 14008 Fig. 10. — Pommeau de poignard 1 Vase de pierre caréné 1.29/89.
  12. 12. 1990] LES ROUTES MINOENNES : ΧΟΙΡΟΜΑΝΔΡΕΣ 53 Dans la tranchée Hogarth II, qui correspond au remplissage de linfrastructure et àla «sortie de secours», le matériel, une belle céramique fine (gobelets, tasses, skyphoi etfragment de table à offrandes), va du MM II au MR III. Sur la plaque carrée de terrecuite (0,35 X 0,35 X 0,025 m) trouvée sur le dallage de la cour, non loin de lentrée (fig. 9),un grand vase de stockage, dont le fond avait été soigneusement découpé, était posé enremploi. Enfin, dans le remblai de la partie Est du dallage, avec des fragments de gobeletsdatant du MM II Β au MR I A, on mit au jour un petit pommeau de poignard en pierredure, grise, à surface lisse et polie (fig. 10). Il a 0,045 m de diamètre et 0,028 mdépaisseur maximum, et présente une cavité de 0,015 m de diamètre et, sur le côté, untrou de 0,005 m, pour le clou fixant le support dans la cavité19. Autour de la cour dallée sorganisèrent, du Sud à lEst, les pièces rectangulaires.Elles devaient toutes être couvertes par un toit plat et une terrasse revêtue de finesplaques de schiste, qui ont été retrouvées dans la couche de surface des pièces. Dans lapièce I, le remblai couvrait à peine le dallage qui complétait par endroits le rocher nu.Une banquette, dorigine, courait le long de la paroi intérieure de la façade Sud ; uneautre, plus petite, fut aménagée dans langle intérieur, au point de jonction des façadesSud et Ouest. La porte de la pièce assurant la communication avec la cour dallée avait étéabîmée par la tranchée Hogarth I. Les vases trouvés dans la pièce I (petites bassines peuprofondes, fragments de cruches, de jarres et de bols, marmites portant des traces de feu)vont du MM jusquau MR IB, à lexception de quelques tessons gréco-romains, trouvésen surface. La pièce II, témoin stratigraphique qui na été fouillé quen fin de campagne, necontenait malheureusement quun remblai très fin, puisque le rocher au milieu de la pièceapparut immédiatement sous la couche de surface. La céramique (pesons, quelquesfragments de coupes et de kyathoi, et un tesson de vase bucchero) va du MM II jusquauMR I. La pièce III, la plus vaste (fig. 11), est la seule qui fournisse quelques informationssur la vie quotidienne à lintérieur du bâtiment. Elle avait du côté Ouest une fenêtre avecune bordure triangulaire et un montant, tombé à lintérieur de la pièce ; immédiatementau Nord de la fenêtre, la façade dessine un redan et tourne vers le Nord-Est pour formerlextension de la terrasse extérieure. À lendroit du redan, côté intérieur, un petit muretcomplète le rocher qui, orienté Ouest/Est, coupe la pièce, aménageant au Sud un espaceétroit et oblong, où lon a mis au jour un atelier, probablement celui dun tailleur depierre (fig. 12). Il sest installé à lintérieur de louverture de la fenêtre qui offrait lalumière nécessaire, ainsi quun rebord, utilisable comme banquette. Devant la fenêtre,une niche fut aménagée avec une plaque en terre cuite de 0,60 X 0,50 m, fondée sur uneinfrastructure construite. Une petite cruche et une marmite semblent être tombées de labanquette, et, un peu plus loin, une autre marmite contenait des lames dobsidienne.Immédiatement à lEst de la plaque de terre cuite, soigneusement découpé, comme levase de la cour dallée20, le fond dun kernos en terre cuite (fig. 13), qui devait avoir lemême usage que la plaque de terre cuite, avait été retourné et remployé : le kernos — où (19) F. Chapouthier, Deux épies dapparat découvertes en 1996 au Palais de Mallia (1938), fig. 8. (20) Voir fig. 9.
  13. 13. 54 Y. TZEDAKIS, ST. CHRYSSOULAKI, Y. VENIERI ET M. AVGOULI [BCH 114 Fig. 11. — Pièce III vue du Nord-Est. Fig. 13. — Kernos 1.23/89. Fig. 12. — Le muret, la niche et la plaque en terre cuite de latelier dans la pièce III. On distingue également le kernos renversé, in situ.
  14. 14. 1990] LES ROUTES MINOENNES : ΧΟΙΡΟΜΑΝΔΡΕΣ 55dautres voient un jeu de loie — , est de type paléopalatial21 ; le diamètre conservé est de0,188 m et lépaisseur de 0,026 m; il comporte vingt-quatre cupules circulaires, commedes empreintes de pouces, disposées presque régulièrement en spirale. Cette dispositionrenvoie aux kernoi de panspermie en pierre, mais il nest pas exclu quil sagisse dun vasedusage courant à fond un peu particulier.On a découvert aussi, retournés et tombés sur le sol, deux vases de pierre qui devaientêtre posés sur la plaque en terre cuite : il sagit de vases à profil caréné, faits dune pierresombre à veines blanches22, à surface lisse et toucher savonneux. Le premier estfragmentaire ou inachevé ; le second (ht. 0,0615 m ; diam. de la panse 0,094 m ; diam. dela base 0,047 m ; diam. de la lèvre 0,084 m ; ép. de la lèvre 0,005 m) est presque intact,puisquil ne manque que lanse et un fragment du bec (fîg. 10). Sa forme date du MM II.Des mortiers, des fusaïoles, quelques coupes, et deux fragments de pierres brutescomplètent le matériel. Dans le reste de la pièce, en dehors dun mortier en forme decloche, qui devait avoir une anse sphérique, et des pesons, les vases (cruchon, coupes,kyathoi, cruches et marmites) datent du MM, de la période transitoire MM III Β -MR IA, du MR IA et du MR IB. Les murs de la pièce rectangulaire IV se distinguent par leur appareil des autrescloisons de lédifice : au lieu dune seule rangée de grandes pierres, ils sont faits de deuxrangées de petites pierres, avec blocage de cailloutis. Ils ont été fondés sur le remblai quirecouvrait toute la surface de la pièce. Une infrastructure de banquette, le long du murEst, avait été interprétée, en 1988, comme un sol de pierres. Une tranchée profonde dansla partie Nord de la pièce a fourni des empreintes de briques brûlées prises dans le remblaide terres bien tamisées. La fonction de la pièce IV, dépourvue dentrée — du moins auniveau où les murs sont conservés — , nest pas claire.Le matériel se compose essentiellement de céramique fine (coupes et cruches) MM II,MM III, MM III Β -MR IA et MR I, et dun peson en pierre. La pièce V était très mal conservée, du fait de leffondrement de langle Nord-Est dubâtiment : toute la couche supérieure du remblai, ainsi quune partie de linfrastructurede la pièce, avaient glissé vers lEst, perturbant la stratigraphie et interdisant decomprendre la fonction de cette vaste pièce semblable, par sa disposition et sesdimensions, à la pièce III qui lui est symétrique et avec laquelle elle communique par uncouloir dallé, oblong, orienté Ouest/Est. De grandes dalles abîmées, le long de la cloison du bâtiment et du côté de la pièce IV, font supposer quun sol dallé recouvrait linfrastructure, comparable à celle de la cour dallée. Il semblerait que la partie Nord du bâtiment était, à lorigine, dun seul tenant, et quelle fut divisée plus tard, lorsque les murs de surface de la pièce IV occupèrent la moitié de lespace, laissant un corridor pour la communication. On construisit alors lentrée de la pièce V, avec une marche faite de deux plaques, placées entre langle Est de la pièce IV et la cloison, tandis que louverture originale, qui mettait en communication la partie Nord et la partie Sud du bâtiment, (21) N. Platon, PraktArchEl (1972), p. 160 et 162, fig. 2; E. Karagianni, Μινωικά Σύνθετα Σχεόη (1984),type V.2, fig. 51 ; S. Hood, Aux origines de lHellénisme, La Crète et la Grèce. Hommage à H. van Effenterre (1984),p. 39-42. (22) Sur les vases de pierre, cf. P. Warren, Minoan Stone Vases (1969), p. 31 avec, comme typesanalogues Ρ 231, Ρ 274, D 163. Comparables par la forme carénée : A. Evans, Palace of Minos al Knosso» I(1921), p. 67, fig. 34; R. P. Seager, Explorations in the Island of Mochlos (1912), pi. VII (IV 6).
  15. 15. 56 Y. TZEDAKIS, ST. CHRYSSOULAKI, Y. VENIERI ET M. AVGOULI [BCH 114 Fig. 14. — Langle Nord-Est de la colline de Χοιρόμανδρες, vu de lEst/Nord-Est. On distingue les murs qui complètent les pointes des rochers et le mur de la terrasse ; en bas à droite de la photo, on voit une partie de léboulis de la superstructure des murs.garda son seuil monolithe au milieu de la cloison. Le matériel découvert dans la pièce V(kyathoi, coupes, seau, marmites, petite bassine, cruche) date du MM à la phasetransitoire MM III Β -MR IA; on a trouvé aussi deux briques de la superstructure desmurs et un peson en pierre. La fine couche de remblai qui recouvrait le rocher de la terrasse Nord sest avéréepauvre en céramique, si lon excepte le fragment de foyer en terre cuite, à paroi enduitede glaise liquide, trouvé à hauteur de la pièce III. La terrasse ne communique pas aveclintérieur du bâtiment. On ne sait même pas si louverture, pratiquée à peu près aumilieu du mur Est de cette terrasse, est une entrée ou un trou dans ce mur qui, avec sesredans et ses contreforts, suit la pointe de la colline, et devait être assez élevé, si lon enjuge daprès les énormes tas de pierres qui ont roulé au bas de la colline. Le systèmedéfensif de la terrasse est renforcé par des murs successifs (fig. 14), construits sur chaqueaplatissement du rocher, et dont seul le soubassement est aujourdhui conservé. Mais,même très ruinée, la place forte semble encore inaccessible, à qui regarde la colline denbas. La pièce VI, enfin, formée par lextension de la façade Est en un péribole Est,semble être une adjonction. Sa mince couche de remblai a fourni très peu de céramiqueminoenne, tandis que quelques tessons postérieurs étaient ramassés en surface. Si donc lappareil, les terrasses successives et les murs de la colline, joints au petitnombre douvertures semblent être caractéristiques dune architecture défensive, lemobilier retrouvé ne diffère en rien des trouvailles faites dans nimporte quel bâtimentminoen servant à lagriculture et à lélevage — à lexception peut-être du pommeau de
  16. 16. 1990] LES ROUTES MINOENNES : ΧΟΙΡΟΜΛΝΔΡΕΣ 57poignard, qui rappelle étonnamment les poignards passés à la ceinture des figurines des«adorants» de Petsopha23. La céramique minoenne du bâtiment a sans aucun doute été produite par latelier deZakros, comme en témoignent largile rosée ou orangée, pure ou mêlée de petitesparticules de calcaire et de schiste, et les formes des vases. Quelques ustensiles sontinhabituels, comme le vase à trois pieds 1.109/88 avec les rangées de croissants en relief àlintérieur, mais il a au Musée de Sitia un parallèle provenant des fouilles de Zakros en1968. La céramique peinte nest pas très abondante à Χοφόμανδρες, mais on y reconnaîtfacilement aussi le style de Zakros ; il en est de même pour les vases de pierre, nombreuxsur les grands sites minoens de Crète orientale, que produisaient dans la région, dès uneépoque très reculée, des artisans habiles et doués doriginalité. Le bon état de conservation du bâtiment a permis une occupation presqueininterrompue depuis sa fondation à lépoque protopalatiale. Des sondages stratigraphi-ques, pratiqués à des endroits qui semblaient ne pas avoir été perturbés et qui offraientun remblai dune épaisseur suffisante (pièces III et IV), nous ont confirmé que les mêmessols ont été en usage pendant au moins 300 ans, du MM II A au MR IB (fig. 15-19),même si la fonction de ce bâtiment et sa disposition intérieure ont été en partietransformées. La destruction de cette première phase doccupation ne semble pas avoirété violente. Les traces de feu sur bon nombre de tessons sont dues à lusage normal deces vases, bien quon nait pas retrouvé de foyers fixes — à lexception du petit fragmentde foyer en terre cuite enfoncé dans la terrasse Nord-Ouest. Toutefois, la dernièreoccupation, du MR III à lépoque romaine, a dû se limiter à la partie Sud du bâtiment età la zone de la cour extérieure Est et de la cour Sud-Est.Le poste de Χοιρομανδρεσ dans la tradition de larchitecture rurale du Minoen Moyen. Les perturbations de la stratigraphie — même dans le cas des dépôts clos — nepermettraient pas de fixer avec certitude lépoque de la construction du bâtiment, mêmesi les tessons les plus anciens, associés aux fondations, datent à lévidence du MM II A, etsi la moitié de la céramique fine trouvée sur le sol est protopalatiale. Nous avons donccherché à confirmer notre chronologie par une étude architecturale comparative. Le meilleur parallèle au bâtiment de Χοφόμανδρες est la maison MM du lieu-dit Κουσέ,dans le Sud de la Messara, fouillée en 1925 et 1926 par Sp. Marinatos24. Mesurant11 X 11 m, elle est divisée, à lintérieur, en cinq compartiments. Les murs, faits de blocsgrossièrement taillés, étaient conservés sur une hauteur de 0,50 m. Outre une abondante (23) E. Sapouna-Sakellaraki, Μινωιχόν Ζώμχ (1971), p. 8-17, pi. 9 : cinq figurines de Petsopha, MM II,qui portent un poignard à la ceinture, dénudé ou dans son étui décoré. Voici quelques autres exemples defigurines à poignard trouvées dans des sanctuaires de sommet : N. Platon, KChron 5 (1951), p. 143, pi. Z; lafigurine MM II de Piskoképhalo HM 2918; D. G. Hogarth, BSA 6 (1899-1900), p. 107, pi. X, 8, figurine enbronze HM 426; de la même grotte de Psychro, une figurine en bronze HM 434. (24) Sp. Marinatos, ArchDelt (1924-1925), p. 53-78. La fouille est connue dans la bibliographie sous lenom du village le plus proche : Σ του Κουσέ. Aujourdhui, son véritable nom του Βραχνού ο Λάκκος est oublié dansla région et il a été remplacé par le nouveau toponyme στην Ανασκαφή. Le bâtiment nest actuellement plusvisible, sous la végétation et les détritus qui le recouvrent, mais la description du fouilleur est si détaillée et sivivante quon simagine en suivre la découverte.
  17. 17. tn/H Fig. 15. — Coupes : MM IIIB-MR IA (1.81/88), de la cour dallée. 1. 37/ββ MR IA (1.4/89), de la pièce III.MR III A (1.46/88), de la cour dallée. Fig. 16. — Skyphoi MR III (1.109/88 et MR I (1.37/88), de la cour dallée. 1.107/88), de la cour dallée. MR I (1.53/89), de la pièce II. Petite cruche MM (1.37/89), du corridor. 1.34/80 1.40/86 Fig. 17. — Jarre minoenne (1.34/89), 1.48/88 de la pièce V. Petites bassines minoennes (1.40/88 et 1.48/88), de la pièce I.
  18. 18. 1990] LES ROUTES MINOENNES : ΧΟΙΡΟΜΑΝΔΡΕΣ 59 1. 17/89 1.26/89 Fig. 19. — Tesson de coupe 1.47/tt MR IB, à décor dépongés stylisées (1.17/89), du corridor. Tesson de coupe MR IA (1.34/89), de la pièce V. Tesson MR III (1.46/88), de la cour dallée. Tesson MM III Β -MR IA (1.26/89), du corridor. Fig. 18. — Marmite à trois pieds minoenne (1.47/88), de la cour dallée. Marmite à trois pieds MM II/III (1.35/89), du corridor. 1.109/88 Vase MM II (1.109/88), de la cour dallée.céramique, on y a découvert un assez grand nombre dobjets en pierre et en bronze, dontun couteau. La maison de Κουσέ fut fondée au MM II, et occupée sans discontinuerjusquau MR I (1800-1500), cest-à-dire pendant 300 ans. La seule différence est quellefut détruite par un incendie, tandis que Χοφόμανδρες sest dégradé progressivement. À 150 m au Sud de la maison de Κουσέ, le fouilleur a mis au jour un «poste de vigile enforme de tour»25, avec des «murs très épais» et une entrée «plus élevée que la partieconservée des murs». Il a également repéré, à environ 10 mn au Sud-Ouest du village deΣίβα, une maison carrée comparable, de plus petite taille, quil na pas fouillée parce quilétait «désormais certain que tous les bâtiments carrés de la région sont des maisons». La petite maison-sanctuaire de Ρουσσές Χόνδρου Βιάνου, mise au jour par N. Platon en 1957 et 195926, présente un plan et une technique de construction identiques. Fondée sur«le bord dune colline peu élevée», la maison fut bâtie dans la partie Sud-Ouest, sur uncontrefort. Elle mesure 10 X 8 m et se compose de cinq pièces au rez-de-chaussée. Elledate du MM III Β -MR IA. (25) Ibid., p. 76. (26) N. Platon, PraktArchEl (1959), p. 207-209 et pi. 170-171 ; Id., PraklArchEt (1962), p. 145-147.
  19. 19. 60 Y. TZEDAKIS, ST. CHRYSSOULAKI, Y. VENIERI ET M. AVGOULI [BCH 114 ορμ. Κουρεμένος ορμ.Καρουμες ορμ. Ζαν,ρου* ■ Φυλάν,ιο , βίγλα • Μινωική ■κατοίκηση U Ιερό κορυφής -Ιερό Η Λατομείο — ΜινωΧχός δρόμος (σωζόμενη χάραξη) — Μινωικός δρόμος (υποθετική χάραξη) Fig. 20. — Carte de la région pilote, complétée après la campagne de 1989.
  20. 20. 1990] LES ROUTES MINOENNES : ΧΟΙΡΟΜΑΝΔΡΕΣ 61 1. Ρουσσόλακκος — ville 36. Σχοινάρες — centre administratif 2. Ρουσσόλακκος — poste de garde 37. Άσπρες Πλάκες — poste de garde et carrière 3. Σκαριά — carrière 38. Καλή Εληά — poste de garde 4. Πετσοφάς — sanctuaire de sommet 39. Φαραγγούλι — poste de garde 5. Πλακάλωνα — poste de garde 40. Μελέφα — poste de garde 6. poste de garde 41. Σφάκα — poste de garde et poste de vigile 7. poste de garde 42. Κόκκινο Φρούρι — poste de garde 8. poste de garde 43. Βουκολιάδες — poste de garde 9. Κατσαρά Φαράγγι — poste de garde 44. Στη Καθιά — poste de vigile10. Σχοινιάς — ferme 45. Σχοινοκέφαλο — poste de garde11. carrière 46. Κάστελλας — poste de garde12. Μαυρομούρι — poste de garde 47. Χοιρόμανδρες / Παράγκα — poste de garde13. Καρούμες — poste de garde 48. Μαγγανάρου ο Πόρος — poste de vigile14. Καρούμες — poste de vigile 49. Χοιρόμανδρες — carrière15. Χοχλακιές — poste de garde 50. Άμπελος / Κατσουνάκια — ville16. Χοχλακιές — ferme 51. Άμπελος / Κατσουνάκια — poste de garde17. Αδράβαστοι — ferme 52. Ψιλή Αμμος — carrière18. Τραόσταλος — sanctuaire de sommet 53. Χαμαίτουλο — habitat rural19. Αζοκέραμος — ferme 54. Πάνω Λιμνιά — habitation20. Γλυκάτση — poste de vigile 55. Κάτω Λιμνιά / Παραλάκη μάντρα — poste de garde21. Γλυκάτση — poste de garde 56. Πυργάλες — poste de garde22. Πολλά Κλαδιά — poste de garde 57. Ζήρος/Άγιο Πνεύμα — poste de garde23. Σκάφη — poste de garde 58. Κουφόδασος — poste de garde24. Σκάφη — carrière 59. Στου Λέθη — centre administratif25. Ταβέρνες — centre administratif 60. Ξυκέφαλο — sanctuaire de sommet26. Βακλιάς — poste de garde 61. Κατελιώνας / Σταυρός — poste de garde27. Τραγοπιάστης — poste de garde 62. Ζάκαθος — poste de garde28. Καλή Στράτα — habitat 63. Σίτανος / Καταλλύματα — habitat29. Κούκου Κεφάλι — villa 64. Πραισός — ferme 130. Ανθρωπόλιθοι — poste de garde et sanctuaire agraire 65. Σφακιά — hameau rural31. Πελεκητά — carrière 66. Ζού — ferme32. Ζάκρος — palais et ville 67. Πισκοκέφαλο — ferme33. Καλυβομούρι — poste de vigile 68. Πετράς — ville34. Αμπέλες — habitat 69. Μόδι — sanctuaire de sommet35. Λιδορύακο — poste de garde et poste de vigile 70. Ανάλουκας / Κήποι Γρηγορίου — fermes Cest du même type architectural que relève le bâtiment de 10,40 X 11,70 m,découvert en 1965 par les fouilleurs français, à 700 m au Sud-Est du palais de Μάλια, aulieu-dit Αγία Βαρβάρα27. Il fut détruit par un incendie, au MR I avancé. La partie Ouestde ce bâtiment présente dextraordinaires ressemblances, quant à sa disposition, avec lapartie Nord du poste de Χοιρόμανδρες. La pièce rectangulaire 8, dépourvue dentrée(comme la pièce IV de Χοιρόμανδρες), fut construite au milieu dun espace oblong qui, aupremier abord, semble être dun seul tenant, mais qui est en fait divisé en deux piècesrectangulaires 6 et 9, et un corridor oblong 7 (comme à Χοιρόμανδρες les pièces III et V etleur corridor). La disposition intérieure de ces trois exemples darchitecture MM offre des parallèlesévidents avec le poste de Χοιρόμανδρες. Leur fonction en revanche — habitations dans le (27) O. Pelon, BCH 90 (1966), p. 552-585; P. Faure, La Vie quotidienne en Crète (1973), p. 167-168.
  21. 21. 62 Y. TZEDAKIS, ST. CHRYSSOULAKI, Y. VENIERI ET M. AVGOULI [BCH 114premier cas, construction fortifiée dans le second — est différente. Il semble que lespostes de garde aient repris le modèle architectural traditionnel de lépoque, complété pardes aménagements qui conféraient au bâtiment son caractère défensif. De la fouille du poste de garde et des recherches topographiques dans la vallée deΧοιρόμανδρες, nous pouvons tirer les conclusions suivantes : 1. Le poste est un bâtiment puissant, de construction soignée, partie dunprogramme plus vaste de caractère défensif, essentiellement destiné à contrôler lescommunications. 2. Son emplacement a été choisi avec soin et tous les moyens mis en œuvre pour quela construction tire le meilleur parti des possibilités du site. 3. Le mobilier retrouvé — en dehors du pommeau de poignard en pierre — donnelimage dune économie vouée à lagriculture et à lélevage. Il provient, sans exception,des ateliers de Zakros. 4. Le bâtiment a été fondé au MM II et occupé de façon continue, sans grandschangements dans la disposition intérieure ni recharge des sols, jusquau MR IB, époqueà laquelle il fut détruit. La partie Sud du bâtiment, de même que les espaces extérieursaccolés, ont été partiellement réoccupés au MR III, et plus tard, aux époquesprotogéométrique, classique et romaine. 5. Lagencement architectural, ainsi que les trouvailles, ont des parallèles précis,non seulement dans les autres postes de garde situés sur des routes, mais dans desbâtiments isolés du Minoen Moyen, époque à laquelle remonte le tracé du réseau routier. 6. Le rôle joué par lédifice dans le réseau routier minoen ne peut pas être établi aveccertitude, avant que ne soient fouillés dautres postes semblables. Yannis Tzedakis, Stella Chryssoulaki, Yanna Venieri et Maria Avgouli.Addendum : Observations sur les viaducs minoens de Χοφόμανδρες. Mis à part le viaduc monumental au Sud du palais de Knossos28, on navait pas,jusquà tout récemment, publié dautres ponts minoens. Quelques chercheurs connaissaientnéanmoins lexistence de ce genre de constructions sur les routes de Crèteorientale29. La prospection systématique des routes minoennes, entreprise il y a quelquesannées30, commence à éclairer dun jour nouveau ce chapitre négligé du génie civilminoen. Les efforts déployés pour la construction de ces routes et les différences quellesprésentent suivant leur fonction et les données topographiques31, suffiraient à garantirla capacité des ingénieurs minoens à jeter des ponts sur des ravins. La construction deponts constituerait dautre part un bon critère de lhabileté et des connaissances de cesspécialistes. (28) A. Evans, The Palace of Minos al Knossos II (1928), p. 93-102. (29) R. J. Forbes, «Notes on the History of Ancient Roads and Their Construction», Archaeologisch-Historische Bijdragen III (1934), p. 55 : « In the eastern part of the island traces of a similar well-paved roadwere found in the Lasithi mountains near Psychro with remains of bridges and walls along its course. A closerstudy of its construction and other détails are still lacking». (30) BCH 113 (1989), p. 43-75. (31) Ibid., p. 49-52.

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