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L
e lait et les produits laitiers font l’objet
d’une consommation croissante en
Afrique de l’Ouest, avec une demande
soutenue par la croissance démographique et
une évolution des habitudes alimentaires (même
si le niveau de consommation est encore bas
par rapport à l’Afrique de l’Est et à l’Europe). La
production de lait local fournit en moyenne plus
de 80 % du lait consommé (2/3 si l’on ne consi-
dère que le lait de vache), mais les situations
sont très contrastées : dans les pays sahéliens
de l’intérieur, la population consomme essen-
tiellement du lait local; tandis que dans les pays
côtiers, la consommation repose davantage sur
les importations de lait en poudre (Corniaux et
Duteurtre, 2013).
Face à ce marché porteur, les soutiens publics
pour dynamiser la production locale s’avèrent
bien insuffisants. Les importations ouest-
africaines ne cessent d’augmenter, passant de
de 0,6 en 1996 à 2,1 millions de tonnes équi-
valent lait en 2013 (Faostat, 2016). De plus, la
suppression des quotas laitiers en Europe, les
subventions indirectes à la production et les
accords de partenariat économique (APE) pour-
raient stimuler davantage les exportations de
poudre de lait de l’Union européenne.
Au regard de la situation, l’Afrique de l’Ouest
apparaît bien vulnérable avec une protection
douanière de son lait extrêmement faible (tarif
extérieur commun à 5 % sur la poudre de lait
en vrac). Pourtant, la valorisation du potentiel de
développement du lait local permettrait d’amé-
liorer les revenus des exploitations familiales,
de créer des emplois en milieu rural et d’offrir
des produits de qualité à ses consommateurs.
Quelles sont les principales contraintes exis-
tantes et quels leviers activer pour les surmonter
et offrir de nouvelles perspectives aux éleveurs
ouest-africains?
Situation actuelle des filières
laitières ouest-africaines
Une place importante du lait local dans
l’économie des ménages et des territoires
L’élevage pastoral et agro-pastoral apporte une
contributionsignificativeauPIBdenombreuxpays
variantde5à10 %(danslespayscôtiers)à10-15 %
(danslespayssahéliens).Silaviandeapporteplus
de revenus que le lait, celui-ci joue un rôle impor-
tant au niveau des familles (revenus réguliers) et
des territoires (revenus pour les collecteurs, les
transformateurs, les distributeurs et couverture
des besoins de la famille et des consommateurs).
Le lait ouest-africain est issu à 70 % de sys-
tèmes pastoraux et donne lieu à une production
diversifiée (lait liquide, lait caillé, yaourts, etc.)
Lorsque des débouchés locaux existent, les stra-
tégies des familles s’orientent clairement vers la
semi-sédentarisation d’une partie du troupeau
et l’amélioration de l’alimentation des vaches,
afin d’augmenter la production laitière pour les
marchés locaux.
Des contraintes limitant le
développement de l’élevage laitier
Les contraintes de développement de la produc-
tion de lait local, pour répondre aux demandes
des consommateurs, sont nombreuses :
faible productivité et saisonnalité, liées au
faible potentiel laitier de certaines races
locales, aux difficultés d’alimentation ani-
male, de gestion de la reproduction animale
et de la santé animale;
Ces notes sont destinées à alimenter la réflexion
sur les politiques de développement en se fondant
sur l'expérience du Gret et de ses partenaires.
Fondé en 1976, le
Gret est une ONG
internationale de
développement
qui agit du terrain
au politique pour
lutter contre la
pauvreté et les
inégalités.
Dans plus de
30 pays, ses
professionnels
interviennent sur
une palette de
thématiques afin
d’apporter des
réponses durables
et innovantes
pour le
développement
solidaire.
Politiques & Pratiquesde développement
NUMÉRO 23  NOVEMBRE 2016
 Projets innovants et politiques publiques  Contribution au débat  Notes d’opinion
Pour un soutien ambitieux à la filière
« lait local » en Afrique de l’Ouest
Mesures d’appui aux entreprises
de transformation laitière
Plusieurspistessontenvisageablespourpromou-
voir l’approvisionnement des minilaiteries et des
laiteriesindustriellesàpartirdelaitlocal,engaran-
tissant des prix équilibrés pour les deux parties :
politique de subvention pour la création de
points de collecte réfrigérés;
subvention aux investissements et/ou fisca-
lité incitative pour des laiteries (et centres
de collecte) contrôlées par les producteurs
(coopératives) ou entreprises collectant le
lait auprès d’exploitations familiales;
exonération deTVA pour les produits laitiers à
base de lait de collecte et instauration d’une
taxe au soutien de l’élevage laitier régional;
notificationdespaysdelaCEDEAOàl’Organi-
sationmondialeducommerce(OMC)detaux
plafonds élevés (100 à 150 %) afin de pou-
voir progressivement augmenter les droits
de douane sur la poudre de lait et encoura-
ger l’augmentation de l’approvisionnement
à partir de la production locale.
Mesures d’appui à la promotion
du lait local
Des efforts pourraient aussi être faits pour amé-
liorer l’information du consommateur quant à
l’origine du produit qu’il consomme et la qualité
sanitaire des produits locaux :
indication claire des ingrédients utilisés et
notamment de la poudre de lait sur l’em-
ballage ;
interdiction d’utiliser des images et noms qui
renvoient à la production locale sur les embal-
lages des produits à base de lait en poudre;
création et promotion d’un label « lait local »
public au niveau des États ou de la CEDEAO
pour faciliter le choix des consommateurs;
promotion des produits à base de lait local
dans les écoles en milieu urbain et via des
campagnes d’information grand public;
renforcementdesassociationsdeconsomma-
teurs (capacités de plaidoyer, moyens d’infor-
mation auprès des consommateurs, etc.). 
Amel Benkahla, Gret (benkahla@gret.org)
Cécile Broutin, Gret (broutin@gret.org)
Références bibliographiques
Broutin C., Levard L. et Benkahla A., 2015,
Note d’analyse de l’impact des politiques
commerciales régionales sur la filière « lait
local » en Afrique de l’Ouest, Gret/Apess,
39 pages.
Corniaux C. et Duteurtre G., 2013, Étude rela-
tive à la formulation du programme d’actions
détaillé de développement de la filière lait en
zone UEMOA, UEMOA, 75 pages.
Corniaux C., Duteurtre G. et Broutin C., 2014,
Filières laitières et développement de l’éle-
vage en Afrique de l’Ouest. L’essor des mini-
laiteries, Paris, Éditions Karthala, 242 pages.
SOS Faim, Oxfam Solidarité, 2016, L’indus-
trie laitière européenne lorgne sur l’Afrique
de l’Ouest, 25 pages.
Diarra A., Benoit-Cattin M., Gérard F., Gabas
J.-J., Boussard J.-M., Duteurtre G., 2013,
« Échanges internationaux et développement
de l’élevage laitier sénégalais. Étude compa-
rative de trois simulations de politique écono-
mique », in Économie rurale no 335, p. 35-54.
Gret, Campus du Jardin tropical, 45 bis avenue de la Belle Gabrielle, 94736 Nogent-sur-Marne Cedex, France
tél. +33 (0)1 70 91 92 00 - fax +33 (0)1 70 91 92 01 - gret@gret.org - www.gret.org
Photos:©Gret.
Coordination :
Claire Labat
labat@gret.org
Politiques & Pratiquesde développement
4
Politiques & Pratiquesde développement
Politiques & Pratiquesde développement
3
Laiterie du Berger au Sénégal qui parviennent à
couvrir une part importante de leurs besoins par
du lait de collecte. Une plus grande utilisation du
lait local par ces entreprises constitue donc une
voiemajeurepouraugmenterleniveaudecollecte
auprèsdesexploitationsfamilialesagropastorales.
Un travail mené par une équipe de chercheurs
de l’Institut sénégalais de recherches agricoles
(Isra) montre qu’avec un niveau de taxation
(TVA et droits de douane) de 15 % (contre 5 %
aujourd’hui) sur la poudre de lait importée, com-
binée à une subvention d’au moins 90 % au
coût d’investissement de centres de collecte,
les industriels pourraient substituer la totalité du
lait en poudre par du lait local collecté au niveau
des exploitations familiales du Ferlo (principale
zone pastorale du Sénégal). Même en tenant
compte des subventions attribuées aux centres
de collecte, les gains en recettes fiscales s’élè-
veraient malgré tout à deux milliards de FCFA.
Mesures d’appui à la production laitière
et à la structuration des filières lait local
Plusieurs mesures sont nécessaires pour per-
mettre aux systèmes pastoraux et agropasto-
raux d’augmenter leur production, densifier les
circuits de collecte et tendre vers une régularité
de l’offre au cours de l’année :
la sécurisation des espaces pastoraux et de
la mobilité pastorale : identification et délimi-
tation des zones valorisées par l’élevage;
l’amélioration de la santé animale (meilleure
couverture sanitaire du bétail, accès aux
soins et aux médicaments), de la gestion
du troupeau et de l’alimentation (cultures
fourragères, paille de brousse, résidus de
récolte et sous-produits de l’agro-industrie,
formation des éleveurs);
la structuration de circuits de collecte locale :
formation des collecteurs aux mesures d’hy-
giène, subventions de l’État et/ou des col-
lectivités locales pour la mise en place d’un
maillage de petits centres et d’équipements
en matériel de collecte et de transport;
la concertation entre acteurs du territoire
(accords sur les prix et investissements,
contribution aux politiques publiques locales
d’appui à la filière, d’accès à l’eau et aux
services de bases pour les exploitations
pastorales), entre acteurs des filières lait
local et poudre de lait importée au niveau
national, ainsi qu’entre les différents minis-
tères concernés afin de définir un niveau de
taxation de la poudre de lait permettant une
substitution progressive par le lait local.
(produits glacés fabriqués à base de lait importé
distribué dans six pays de la région), acquisition
parArla de 75 % des parts du groupeAgroline au
Sénégal en 2016 et de 50 % du groupeTolaram
au Nigeria en 2015, installation d’une usine de
« La vache qui rit » à Abidjan par le groupe Bel
en 2016, etc. (Oxfam, SOS Faim, 2016).
Une filière « lait local » menacée
malgré la création de richesse et
d’emplois sur les territoires
Cettesituationestpréoccupante.Ellelaisseplaner
de nombreuses interrogations sur le devenir de
la filière lait local en Afrique de l’Ouest, alors que
celle-ci crée des emplois et des revenus, notam-
ment pour les femmes et les jeunes. D’après le
Cirad et le Gret (Corniaux, Duteutre et Broutin,
2014), une dizaine d’entreprises laitières et 150
minilaiteries recensées en 2012 collecteraient
ensemble environ 50 000 litres de lait par jour et
généreraient un chiffre d’affaires journalier de 40
millionsdeFCFAetannuelde8milliardsdeFCFA.
Lafilière«laitlocal»estàl’originedirectede1200
emplois dans la transformation, sans compter les
emploisdanslesactivitésdecollecte,derevente,
au niveau des fournisseurs d’intrants et de ser-
vices. Le lait génère un revenu mensuel moyen
de 67 000 FCFA pour plus de 10 000 familles et
contribue à l’auto-emploi des femmes transfor-
matrices et aux revenus de centaines de milliers
defamillesconcernéesparlaventedirectedelait.
Propositions pour accompagner
le développement de la filière
« lait local »
Des besoins de renforcement des mini-
laiteries et des dispositifs de collecte
Bien que de nombreuses difficultés existent,
les minilaiteries se sont multipliées depuis les
années 90 et font preuve d’une formidable
capacité d’adaptation sur les plans structurels et
commerciaux. Leur dimension artisanale (80 %
des minilaiteries recensées collectent moins de
200 litres par jour et 60 % moins de 100) leur offre
beaucoup de souplesse dans la mise en œuvre
de leur activité de collecte, de transformation et
de commercialisation du lait. Elles constituent
un modèle à encourager dans les bassins laitiers
secondaires,mêmesiellesnepèsent–pourl’ins-
tant – que de manière marginale sur la consom-
mation nationale, avec 1 à 3 % de la demande
couverte (Corniaux, Duteurtre et Broutin, 2014).
Les industries laitières utilisent principalement
de la poudre de lait (80 à 100 % de leurs appro-
visionnements), sauf quelques-unes comme la
22
NUMÉRO 23  NOVEMBRE 2016
marché. Il est souvent plus aisé en milieu urbain
(pas de gestion de dispositif de collecte, moins
de risques sanitaires, facilité d’importation).
Cette forte substituabilité fragilise le lait local,
qui revient souvent plus cher que l’utilisation de
poudre de lait pour les industries de transforma-
tion.Ainsi, sans véritable incitation à valoriser du
lait local (encouragements accordés par l’État,
conviction des entrepreneurs, demande de goût
et de typicité par les consommateurs), la part de
lait collectée et transformée peut s’avérer faible,
même lorsque l’offre existe.
Des risques accrus de croissance
des importations de lait en poudre
Les droits de douane sur la poudre de lait sont
extrêmement faibles en Afrique de l’Ouest. Le
tarif extérieur commun se situe à 5 % (contre
60 % en Tanzanie par exemple). Cette situation
traduitlavolontédelaCommunautééconomique
desÉtatsdel’Afriquedel’Ouest(CEDEAO)depri-
vilégieravanttoutsesconsommateursurbainset
ses industries laitières, plutôt que ses éleveurs.
La fin de quotas laitiers en Europe entraîne un
accroissement des excédents laitiers et l’Afrique
de l’Ouest apparaît comme un marché promet-
teur pour les évacuer. De nombreux groupes
agroalimentaires ont racheté ces dernières
années des sociétés locales ou acquis des parts
sociales dans celles-ci, montrant leur volonté de
conquérir ce nouveau marché et d’y écouler leur
poudre de lait : achat par Danone et le groupe
Abraaj en 2013 de 49 % de Fan Milk International
parfois,difficultésdeconnexionauxmarchés,
notamment pour les systèmes pastoraux,
malgré le développement de centres de col-
lecte et de minilaiteries;
concurrence avec la poudre de lait importée
utilisée par les entreprises de transformation,
dansuncontexteoùlaprotectioncommerciale
est faible (une situation qui devrait d’ailleurs
s’accentuer avec la signature des APE).
Concurrences et complémentarités
entre le lait local et le lait en poudre
Une forte substituabilité entre lait
en poudre et lait local pour les produits
transformés
Lesinterconnexionsentrecesdeuxmatièrespre-
mières sont très importantes et sont facteurs à
la fois de structuration de l’ensemble de la filière,
et de fragilité pour le lait local. Certains marchés,
comme celui de la poudre de lait conditionnée ou
du lait de ferme vendu sur les marchés ruraux,
sont très segmentés. Mais ce n’est souvent pas
le cas du lait caillé ou du yaourt fabriqué par les
industries et PME, ou certaines minilaiteries,
pour lesquelles le lait en poudre peut se subs-
tituer au lait local. Ce phénomène est accentué
par le fait que de nombreux acteurs ne peuvent
s’approvisionner toute l’année en lait local, du fait
de la forte saisonnalité de la production.
Le recours à la poudre de lait permet de produire
toute l’année pour répondre aux demandes du
© Agence Kamikazz
Politiques & Pratiquesde développement
3
Laiterie du Berger au Sénégal qui parviennent à
couvrir une part importante de leurs besoins par
du lait de collecte. Une plus grande utilisation du
lait local par ces entreprises constitue donc une
voiemajeurepouraugmenterleniveaudecollecte
auprèsdesexploitationsfamilialesagropastorales.
Un travail mené par une équipe de chercheurs
de l’Institut sénégalais de recherches agricoles
(Isra) montre qu’avec un niveau de taxation
(TVA et droits de douane) de 15 % (contre 5 %
aujourd’hui) sur la poudre de lait importée, com-
binée à une subvention d’au moins 90 % au
coût d’investissement de centres de collecte,
les industriels pourraient substituer la totalité du
lait en poudre par du lait local collecté au niveau
des exploitations familiales du Ferlo (principale
zone pastorale du Sénégal). Même en tenant
compte des subventions attribuées aux centres
de collecte, les gains en recettes fiscales s’élè-
veraient malgré tout à deux milliards de FCFA.
Mesures d’appui à la production laitière
et à la structuration des filières lait local
Plusieurs mesures sont nécessaires pour per-
mettre aux systèmes pastoraux et agropasto-
raux d’augmenter leur production, densifier les
circuits de collecte et tendre vers une régularité
de l’offre au cours de l’année :
la sécurisation des espaces pastoraux et de
la mobilité pastorale : identification et délimi-
tation des zones valorisées par l’élevage;
l’amélioration de la santé animale (meilleure
couverture sanitaire du bétail, accès aux
soins et aux médicaments), de la gestion
du troupeau et de l’alimentation (cultures
fourragères, paille de brousse, résidus de
récolte et sous-produits de l’agro-industrie,
formation des éleveurs);
la structuration de circuits de collecte locale :
formation des collecteurs aux mesures d’hy-
giène, subventions de l’État et/ou des col-
lectivités locales pour la mise en place d’un
maillage de petits centres et d’équipements
en matériel de collecte et de transport;
la concertation entre acteurs du territoire
(accords sur les prix et investissements,
contribution aux politiques publiques locales
d’appui à la filière, d’accès à l’eau et aux
services de bases pour les exploitations
pastorales), entre acteurs des filières lait
local et poudre de lait importée au niveau
national, ainsi qu’entre les différents minis-
tères concernés afin de définir un niveau de
taxation de la poudre de lait permettant une
substitution progressive par le lait local.
(produits glacés fabriqués à base de lait importé
distribué dans six pays de la région), acquisition
parArla de 75 % des parts du groupeAgroline au
Sénégal en 2016 et de 50 % du groupeTolaram
au Nigeria en 2015, installation d’une usine de
« La vache qui rit » à Abidjan par le groupe Bel
en 2016, etc. (Oxfam, SOS Faim, 2016).
Une filière « lait local » menacée
malgré la création de richesse et
d’emplois sur les territoires
Cettesituationestpréoccupante.Ellelaisseplaner
de nombreuses interrogations sur le devenir de
la filière lait local en Afrique de l’Ouest, alors que
celle-ci crée des emplois et des revenus, notam-
ment pour les femmes et les jeunes. D’après le
Cirad et le Gret (Corniaux, Duteutre et Broutin,
2014), une dizaine d’entreprises laitières et 150
minilaiteries recensées en 2012 collecteraient
ensemble environ 50 000 litres de lait par jour et
généreraient un chiffre d’affaires journalier de 40
millionsdeFCFAetannuelde8milliardsdeFCFA.
Lafilière«laitlocal»estàl’originedirectede1200
emplois dans la transformation, sans compter les
emploisdanslesactivitésdecollecte,derevente,
au niveau des fournisseurs d’intrants et de ser-
vices. Le lait génère un revenu mensuel moyen
de 67 000 FCFA pour plus de 10 000 familles et
contribue à l’auto-emploi des femmes transfor-
matrices et aux revenus de centaines de milliers
defamillesconcernéesparlaventedirectedelait.
Propositions pour accompagner
le développement de la filière
« lait local »
Des besoins de renforcement des mini-
laiteries et des dispositifs de collecte
Bien que de nombreuses difficultés existent,
les minilaiteries se sont multipliées depuis les
années 90 et font preuve d’une formidable
capacité d’adaptation sur les plans structurels et
commerciaux. Leur dimension artisanale (80 %
des minilaiteries recensées collectent moins de
200 litres par jour et 60 % moins de 100) leur offre
beaucoup de souplesse dans la mise en œuvre
de leur activité de collecte, de transformation et
de commercialisation du lait. Elles constituent
un modèle à encourager dans les bassins laitiers
secondaires,mêmesiellesnepèsent–pourl’ins-
tant – que de manière marginale sur la consom-
mation nationale, avec 1 à 3 % de la demande
couverte (Corniaux, Duteurtre et Broutin, 2014).
Les industries laitières utilisent principalement
de la poudre de lait (80 à 100 % de leurs appro-
visionnements), sauf quelques-unes comme la
22
NUMÉRO 23  NOVEMBRE 2016
marché. Il est souvent plus aisé en milieu urbain
(pas de gestion de dispositif de collecte, moins
de risques sanitaires, facilité d’importation).
Cette forte substituabilité fragilise le lait local,
qui revient souvent plus cher que l’utilisation de
poudre de lait pour les industries de transforma-
tion.Ainsi, sans véritable incitation à valoriser du
lait local (encouragements accordés par l’État,
conviction des entrepreneurs, demande de goût
et de typicité par les consommateurs), la part de
lait collectée et transformée peut s’avérer faible,
même lorsque l’offre existe.
Des risques accrus de croissance
des importations de lait en poudre
Les droits de douane sur la poudre de lait sont
extrêmement faibles en Afrique de l’Ouest. Le
tarif extérieur commun se situe à 5 % (contre
60 % en Tanzanie par exemple). Cette situation
traduitlavolontédelaCommunautééconomique
desÉtatsdel’Afriquedel’Ouest(CEDEAO)depri-
vilégieravanttoutsesconsommateursurbainset
ses industries laitières, plutôt que ses éleveurs.
La fin de quotas laitiers en Europe entraîne un
accroissement des excédents laitiers et l’Afrique
de l’Ouest apparaît comme un marché promet-
teur pour les évacuer. De nombreux groupes
agroalimentaires ont racheté ces dernières
années des sociétés locales ou acquis des parts
sociales dans celles-ci, montrant leur volonté de
conquérir ce nouveau marché et d’y écouler leur
poudre de lait : achat par Danone et le groupe
Abraaj en 2013 de 49 % de Fan Milk International
parfois,difficultésdeconnexionauxmarchés,
notamment pour les systèmes pastoraux,
malgré le développement de centres de col-
lecte et de minilaiteries;
concurrence avec la poudre de lait importée
utilisée par les entreprises de transformation,
dansuncontexteoùlaprotectioncommerciale
est faible (une situation qui devrait d’ailleurs
s’accentuer avec la signature des APE).
Concurrences et complémentarités
entre le lait local et le lait en poudre
Une forte substituabilité entre lait
en poudre et lait local pour les produits
transformés
Lesinterconnexionsentrecesdeuxmatièrespre-
mières sont très importantes et sont facteurs à
la fois de structuration de l’ensemble de la filière,
et de fragilité pour le lait local. Certains marchés,
comme celui de la poudre de lait conditionnée ou
du lait de ferme vendu sur les marchés ruraux,
sont très segmentés. Mais ce n’est souvent pas
le cas du lait caillé ou du yaourt fabriqué par les
industries et PME, ou certaines minilaiteries,
pour lesquelles le lait en poudre peut se subs-
tituer au lait local. Ce phénomène est accentué
par le fait que de nombreux acteurs ne peuvent
s’approvisionner toute l’année en lait local, du fait
de la forte saisonnalité de la production.
Le recours à la poudre de lait permet de produire
toute l’année pour répondre aux demandes du
© Agence Kamikazz
L
e lait et les produits laitiers font l’objet
d’une consommation croissante en
Afrique de l’Ouest, avec une demande
soutenue par la croissance démographique et
une évolution des habitudes alimentaires (même
si le niveau de consommation est encore bas
par rapport à l’Afrique de l’Est et à l’Europe). La
production de lait local fournit en moyenne plus
de 80 % du lait consommé (2/3 si l’on ne consi-
dère que le lait de vache), mais les situations
sont très contrastées : dans les pays sahéliens
de l’intérieur, la population consomme essen-
tiellement du lait local; tandis que dans les pays
côtiers, la consommation repose davantage sur
les importations de lait en poudre (Corniaux et
Duteurtre, 2013).
Face à ce marché porteur, les soutiens publics
pour dynamiser la production locale s’avèrent
bien insuffisants. Les importations ouest-
africaines ne cessent d’augmenter, passant de
de 0,6 en 1996 à 2,1 millions de tonnes équi-
valent lait en 2013 (Faostat, 2016). De plus, la
suppression des quotas laitiers en Europe, les
subventions indirectes à la production et les
accords de partenariat économique (APE) pour-
raient stimuler davantage les exportations de
poudre de lait de l’Union européenne.
Au regard de la situation, l’Afrique de l’Ouest
apparaît bien vulnérable avec une protection
douanière de son lait extrêmement faible (tarif
extérieur commun à 5 % sur la poudre de lait
en vrac). Pourtant, la valorisation du potentiel de
développement du lait local permettrait d’amé-
liorer les revenus des exploitations familiales,
de créer des emplois en milieu rural et d’offrir
des produits de qualité à ses consommateurs.
Quelles sont les principales contraintes exis-
tantes et quels leviers activer pour les surmonter
et offrir de nouvelles perspectives aux éleveurs
ouest-africains?
Situation actuelle des filières
laitières ouest-africaines
Une place importante du lait local dans
l’économie des ménages et des territoires
L’élevage pastoral et agro-pastoral apporte une
contributionsignificativeauPIBdenombreuxpays
variantde5à10 %(danslespayscôtiers)à10-15 %
(danslespayssahéliens).Silaviandeapporteplus
de revenus que le lait, celui-ci joue un rôle impor-
tant au niveau des familles (revenus réguliers) et
des territoires (revenus pour les collecteurs, les
transformateurs, les distributeurs et couverture
des besoins de la famille et des consommateurs).
Le lait ouest-africain est issu à 70 % de sys-
tèmes pastoraux et donne lieu à une production
diversifiée (lait liquide, lait caillé, yaourts, etc.)
Lorsque des débouchés locaux existent, les stra-
tégies des familles s’orientent clairement vers la
semi-sédentarisation d’une partie du troupeau
et l’amélioration de l’alimentation des vaches,
afin d’augmenter la production laitière pour les
marchés locaux.
Des contraintes limitant le
développement de l’élevage laitier
Les contraintes de développement de la produc-
tion de lait local, pour répondre aux demandes
des consommateurs, sont nombreuses :
faible productivité et saisonnalité, liées au
faible potentiel laitier de certaines races
locales, aux difficultés d’alimentation ani-
male, de gestion de la reproduction animale
et de la santé animale;
Ces notes sont destinées à alimenter la réflexion
sur les politiques de développement en se fondant
sur l'expérience du Gret et de ses partenaires.
Fondé en 1976, le
Gret est une ONG
internationale de
développement
qui agit du terrain
au politique pour
lutter contre la
pauvreté et les
inégalités.
Dans plus de
30 pays, ses
professionnels
interviennent sur
une palette de
thématiques afin
d’apporter des
réponses durables
et innovantes
pour le
développement
solidaire.
Politiques & Pratiquesde développement
NUMÉRO 23  NOVEMBRE 2016
 Projets innovants et politiques publiques  Contribution au débat  Notes d’opinion
Pour un soutien ambitieux à la filière
« lait local » en Afrique de l’Ouest
Mesures d’appui aux entreprises
de transformation laitière
Plusieurspistessontenvisageablespourpromou-
voir l’approvisionnement des minilaiteries et des
laiteriesindustriellesàpartirdelaitlocal,engaran-
tissant des prix équilibrés pour les deux parties :
politique de subvention pour la création de
points de collecte réfrigérés;
subvention aux investissements et/ou fisca-
lité incitative pour des laiteries (et centres
de collecte) contrôlées par les producteurs
(coopératives) ou entreprises collectant le
lait auprès d’exploitations familiales;
exonération deTVA pour les produits laitiers à
base de lait de collecte et instauration d’une
taxe au soutien de l’élevage laitier régional;
notificationdespaysdelaCEDEAOàl’Organi-
sationmondialeducommerce(OMC)detaux
plafonds élevés (100 à 150 %) afin de pou-
voir progressivement augmenter les droits
de douane sur la poudre de lait et encoura-
ger l’augmentation de l’approvisionnement
à partir de la production locale.
Mesures d’appui à la promotion
du lait local
Des efforts pourraient aussi être faits pour amé-
liorer l’information du consommateur quant à
l’origine du produit qu’il consomme et la qualité
sanitaire des produits locaux :
indication claire des ingrédients utilisés et
notamment de la poudre de lait sur l’em-
ballage ;
interdiction d’utiliser des images et noms qui
renvoient à la production locale sur les embal-
lages des produits à base de lait en poudre;
création et promotion d’un label « lait local »
public au niveau des États ou de la CEDEAO
pour faciliter le choix des consommateurs;
promotion des produits à base de lait local
dans les écoles en milieu urbain et via des
campagnes d’information grand public;
renforcementdesassociationsdeconsomma-
teurs (capacités de plaidoyer, moyens d’infor-
mation auprès des consommateurs, etc.). 
Amel Benkahla, Gret (benkahla@gret.org)
Cécile Broutin, Gret (broutin@gret.org)
Références bibliographiques
Broutin C., Levard L. et Benkahla A., 2015,
Note d’analyse de l’impact des politiques
commerciales régionales sur la filière « lait
local » en Afrique de l’Ouest, Gret/Apess,
39 pages.
Corniaux C. et Duteurtre G., 2013, Étude rela-
tive à la formulation du programme d’actions
détaillé de développement de la filière lait en
zone UEMOA, UEMOA, 75 pages.
Corniaux C., Duteurtre G. et Broutin C., 2014,
Filières laitières et développement de l’éle-
vage en Afrique de l’Ouest. L’essor des mini-
laiteries, Paris, Éditions Karthala, 242 pages.
SOS Faim, Oxfam Solidarité, 2016, L’indus-
trie laitière européenne lorgne sur l’Afrique
de l’Ouest, 25 pages.
Diarra A., Benoit-Cattin M., Gérard F., Gabas
J.-J., Boussard J.-M., Duteurtre G., 2013,
« Échanges internationaux et développement
de l’élevage laitier sénégalais. Étude compa-
rative de trois simulations de politique écono-
mique », in Économie rurale no 335, p. 35-54.
Gret, Campus du Jardin tropical, 45 bis avenue de la Belle Gabrielle, 94736 Nogent-sur-Marne Cedex, France
tél. +33 (0)1 70 91 92 00 - fax +33 (0)1 70 91 92 01 - gret@gret.org - www.gret.org
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GRET/APESS : Pour un soutien ambitieux à la filière "lait local" en Afrique de l’Ouest

  • 1. L e lait et les produits laitiers font l’objet d’une consommation croissante en Afrique de l’Ouest, avec une demande soutenue par la croissance démographique et une évolution des habitudes alimentaires (même si le niveau de consommation est encore bas par rapport à l’Afrique de l’Est et à l’Europe). La production de lait local fournit en moyenne plus de 80 % du lait consommé (2/3 si l’on ne consi- dère que le lait de vache), mais les situations sont très contrastées : dans les pays sahéliens de l’intérieur, la population consomme essen- tiellement du lait local; tandis que dans les pays côtiers, la consommation repose davantage sur les importations de lait en poudre (Corniaux et Duteurtre, 2013). Face à ce marché porteur, les soutiens publics pour dynamiser la production locale s’avèrent bien insuffisants. Les importations ouest- africaines ne cessent d’augmenter, passant de de 0,6 en 1996 à 2,1 millions de tonnes équi- valent lait en 2013 (Faostat, 2016). De plus, la suppression des quotas laitiers en Europe, les subventions indirectes à la production et les accords de partenariat économique (APE) pour- raient stimuler davantage les exportations de poudre de lait de l’Union européenne. Au regard de la situation, l’Afrique de l’Ouest apparaît bien vulnérable avec une protection douanière de son lait extrêmement faible (tarif extérieur commun à 5 % sur la poudre de lait en vrac). Pourtant, la valorisation du potentiel de développement du lait local permettrait d’amé- liorer les revenus des exploitations familiales, de créer des emplois en milieu rural et d’offrir des produits de qualité à ses consommateurs. Quelles sont les principales contraintes exis- tantes et quels leviers activer pour les surmonter et offrir de nouvelles perspectives aux éleveurs ouest-africains? Situation actuelle des filières laitières ouest-africaines Une place importante du lait local dans l’économie des ménages et des territoires L’élevage pastoral et agro-pastoral apporte une contributionsignificativeauPIBdenombreuxpays variantde5à10 %(danslespayscôtiers)à10-15 % (danslespayssahéliens).Silaviandeapporteplus de revenus que le lait, celui-ci joue un rôle impor- tant au niveau des familles (revenus réguliers) et des territoires (revenus pour les collecteurs, les transformateurs, les distributeurs et couverture des besoins de la famille et des consommateurs). Le lait ouest-africain est issu à 70 % de sys- tèmes pastoraux et donne lieu à une production diversifiée (lait liquide, lait caillé, yaourts, etc.) Lorsque des débouchés locaux existent, les stra- tégies des familles s’orientent clairement vers la semi-sédentarisation d’une partie du troupeau et l’amélioration de l’alimentation des vaches, afin d’augmenter la production laitière pour les marchés locaux. Des contraintes limitant le développement de l’élevage laitier Les contraintes de développement de la produc- tion de lait local, pour répondre aux demandes des consommateurs, sont nombreuses : faible productivité et saisonnalité, liées au faible potentiel laitier de certaines races locales, aux difficultés d’alimentation ani- male, de gestion de la reproduction animale et de la santé animale; Ces notes sont destinées à alimenter la réflexion sur les politiques de développement en se fondant sur l'expérience du Gret et de ses partenaires. Fondé en 1976, le Gret est une ONG internationale de développement qui agit du terrain au politique pour lutter contre la pauvreté et les inégalités. Dans plus de 30 pays, ses professionnels interviennent sur une palette de thématiques afin d’apporter des réponses durables et innovantes pour le développement solidaire. Politiques & Pratiquesde développement NUMÉRO 23  NOVEMBRE 2016  Projets innovants et politiques publiques  Contribution au débat  Notes d’opinion Pour un soutien ambitieux à la filière « lait local » en Afrique de l’Ouest Mesures d’appui aux entreprises de transformation laitière Plusieurspistessontenvisageablespourpromou- voir l’approvisionnement des minilaiteries et des laiteriesindustriellesàpartirdelaitlocal,engaran- tissant des prix équilibrés pour les deux parties : politique de subvention pour la création de points de collecte réfrigérés; subvention aux investissements et/ou fisca- lité incitative pour des laiteries (et centres de collecte) contrôlées par les producteurs (coopératives) ou entreprises collectant le lait auprès d’exploitations familiales; exonération deTVA pour les produits laitiers à base de lait de collecte et instauration d’une taxe au soutien de l’élevage laitier régional; notificationdespaysdelaCEDEAOàl’Organi- sationmondialeducommerce(OMC)detaux plafonds élevés (100 à 150 %) afin de pou- voir progressivement augmenter les droits de douane sur la poudre de lait et encoura- ger l’augmentation de l’approvisionnement à partir de la production locale. Mesures d’appui à la promotion du lait local Des efforts pourraient aussi être faits pour amé- liorer l’information du consommateur quant à l’origine du produit qu’il consomme et la qualité sanitaire des produits locaux : indication claire des ingrédients utilisés et notamment de la poudre de lait sur l’em- ballage ; interdiction d’utiliser des images et noms qui renvoient à la production locale sur les embal- lages des produits à base de lait en poudre; création et promotion d’un label « lait local » public au niveau des États ou de la CEDEAO pour faciliter le choix des consommateurs; promotion des produits à base de lait local dans les écoles en milieu urbain et via des campagnes d’information grand public; renforcementdesassociationsdeconsomma- teurs (capacités de plaidoyer, moyens d’infor- mation auprès des consommateurs, etc.).  Amel Benkahla, Gret (benkahla@gret.org) Cécile Broutin, Gret (broutin@gret.org) Références bibliographiques Broutin C., Levard L. et Benkahla A., 2015, Note d’analyse de l’impact des politiques commerciales régionales sur la filière « lait local » en Afrique de l’Ouest, Gret/Apess, 39 pages. Corniaux C. et Duteurtre G., 2013, Étude rela- tive à la formulation du programme d’actions détaillé de développement de la filière lait en zone UEMOA, UEMOA, 75 pages. Corniaux C., Duteurtre G. et Broutin C., 2014, Filières laitières et développement de l’éle- vage en Afrique de l’Ouest. L’essor des mini- laiteries, Paris, Éditions Karthala, 242 pages. SOS Faim, Oxfam Solidarité, 2016, L’indus- trie laitière européenne lorgne sur l’Afrique de l’Ouest, 25 pages. Diarra A., Benoit-Cattin M., Gérard F., Gabas J.-J., Boussard J.-M., Duteurtre G., 2013, « Échanges internationaux et développement de l’élevage laitier sénégalais. Étude compa- rative de trois simulations de politique écono- mique », in Économie rurale no 335, p. 35-54. Gret, Campus du Jardin tropical, 45 bis avenue de la Belle Gabrielle, 94736 Nogent-sur-Marne Cedex, France tél. +33 (0)1 70 91 92 00 - fax +33 (0)1 70 91 92 01 - gret@gret.org - www.gret.org Photos:©Gret. Coordination : Claire Labat labat@gret.org Politiques & Pratiquesde développement 4 Politiques & Pratiquesde développement
  • 2. Politiques & Pratiquesde développement 3 Laiterie du Berger au Sénégal qui parviennent à couvrir une part importante de leurs besoins par du lait de collecte. Une plus grande utilisation du lait local par ces entreprises constitue donc une voiemajeurepouraugmenterleniveaudecollecte auprèsdesexploitationsfamilialesagropastorales. Un travail mené par une équipe de chercheurs de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) montre qu’avec un niveau de taxation (TVA et droits de douane) de 15 % (contre 5 % aujourd’hui) sur la poudre de lait importée, com- binée à une subvention d’au moins 90 % au coût d’investissement de centres de collecte, les industriels pourraient substituer la totalité du lait en poudre par du lait local collecté au niveau des exploitations familiales du Ferlo (principale zone pastorale du Sénégal). Même en tenant compte des subventions attribuées aux centres de collecte, les gains en recettes fiscales s’élè- veraient malgré tout à deux milliards de FCFA. Mesures d’appui à la production laitière et à la structuration des filières lait local Plusieurs mesures sont nécessaires pour per- mettre aux systèmes pastoraux et agropasto- raux d’augmenter leur production, densifier les circuits de collecte et tendre vers une régularité de l’offre au cours de l’année : la sécurisation des espaces pastoraux et de la mobilité pastorale : identification et délimi- tation des zones valorisées par l’élevage; l’amélioration de la santé animale (meilleure couverture sanitaire du bétail, accès aux soins et aux médicaments), de la gestion du troupeau et de l’alimentation (cultures fourragères, paille de brousse, résidus de récolte et sous-produits de l’agro-industrie, formation des éleveurs); la structuration de circuits de collecte locale : formation des collecteurs aux mesures d’hy- giène, subventions de l’État et/ou des col- lectivités locales pour la mise en place d’un maillage de petits centres et d’équipements en matériel de collecte et de transport; la concertation entre acteurs du territoire (accords sur les prix et investissements, contribution aux politiques publiques locales d’appui à la filière, d’accès à l’eau et aux services de bases pour les exploitations pastorales), entre acteurs des filières lait local et poudre de lait importée au niveau national, ainsi qu’entre les différents minis- tères concernés afin de définir un niveau de taxation de la poudre de lait permettant une substitution progressive par le lait local. (produits glacés fabriqués à base de lait importé distribué dans six pays de la région), acquisition parArla de 75 % des parts du groupeAgroline au Sénégal en 2016 et de 50 % du groupeTolaram au Nigeria en 2015, installation d’une usine de « La vache qui rit » à Abidjan par le groupe Bel en 2016, etc. (Oxfam, SOS Faim, 2016). Une filière « lait local » menacée malgré la création de richesse et d’emplois sur les territoires Cettesituationestpréoccupante.Ellelaisseplaner de nombreuses interrogations sur le devenir de la filière lait local en Afrique de l’Ouest, alors que celle-ci crée des emplois et des revenus, notam- ment pour les femmes et les jeunes. D’après le Cirad et le Gret (Corniaux, Duteutre et Broutin, 2014), une dizaine d’entreprises laitières et 150 minilaiteries recensées en 2012 collecteraient ensemble environ 50 000 litres de lait par jour et généreraient un chiffre d’affaires journalier de 40 millionsdeFCFAetannuelde8milliardsdeFCFA. Lafilière«laitlocal»estàl’originedirectede1200 emplois dans la transformation, sans compter les emploisdanslesactivitésdecollecte,derevente, au niveau des fournisseurs d’intrants et de ser- vices. Le lait génère un revenu mensuel moyen de 67 000 FCFA pour plus de 10 000 familles et contribue à l’auto-emploi des femmes transfor- matrices et aux revenus de centaines de milliers defamillesconcernéesparlaventedirectedelait. Propositions pour accompagner le développement de la filière « lait local » Des besoins de renforcement des mini- laiteries et des dispositifs de collecte Bien que de nombreuses difficultés existent, les minilaiteries se sont multipliées depuis les années 90 et font preuve d’une formidable capacité d’adaptation sur les plans structurels et commerciaux. Leur dimension artisanale (80 % des minilaiteries recensées collectent moins de 200 litres par jour et 60 % moins de 100) leur offre beaucoup de souplesse dans la mise en œuvre de leur activité de collecte, de transformation et de commercialisation du lait. Elles constituent un modèle à encourager dans les bassins laitiers secondaires,mêmesiellesnepèsent–pourl’ins- tant – que de manière marginale sur la consom- mation nationale, avec 1 à 3 % de la demande couverte (Corniaux, Duteurtre et Broutin, 2014). Les industries laitières utilisent principalement de la poudre de lait (80 à 100 % de leurs appro- visionnements), sauf quelques-unes comme la 22 NUMÉRO 23  NOVEMBRE 2016 marché. Il est souvent plus aisé en milieu urbain (pas de gestion de dispositif de collecte, moins de risques sanitaires, facilité d’importation). Cette forte substituabilité fragilise le lait local, qui revient souvent plus cher que l’utilisation de poudre de lait pour les industries de transforma- tion.Ainsi, sans véritable incitation à valoriser du lait local (encouragements accordés par l’État, conviction des entrepreneurs, demande de goût et de typicité par les consommateurs), la part de lait collectée et transformée peut s’avérer faible, même lorsque l’offre existe. Des risques accrus de croissance des importations de lait en poudre Les droits de douane sur la poudre de lait sont extrêmement faibles en Afrique de l’Ouest. Le tarif extérieur commun se situe à 5 % (contre 60 % en Tanzanie par exemple). Cette situation traduitlavolontédelaCommunautééconomique desÉtatsdel’Afriquedel’Ouest(CEDEAO)depri- vilégieravanttoutsesconsommateursurbainset ses industries laitières, plutôt que ses éleveurs. La fin de quotas laitiers en Europe entraîne un accroissement des excédents laitiers et l’Afrique de l’Ouest apparaît comme un marché promet- teur pour les évacuer. De nombreux groupes agroalimentaires ont racheté ces dernières années des sociétés locales ou acquis des parts sociales dans celles-ci, montrant leur volonté de conquérir ce nouveau marché et d’y écouler leur poudre de lait : achat par Danone et le groupe Abraaj en 2013 de 49 % de Fan Milk International parfois,difficultésdeconnexionauxmarchés, notamment pour les systèmes pastoraux, malgré le développement de centres de col- lecte et de minilaiteries; concurrence avec la poudre de lait importée utilisée par les entreprises de transformation, dansuncontexteoùlaprotectioncommerciale est faible (une situation qui devrait d’ailleurs s’accentuer avec la signature des APE). Concurrences et complémentarités entre le lait local et le lait en poudre Une forte substituabilité entre lait en poudre et lait local pour les produits transformés Lesinterconnexionsentrecesdeuxmatièrespre- mières sont très importantes et sont facteurs à la fois de structuration de l’ensemble de la filière, et de fragilité pour le lait local. Certains marchés, comme celui de la poudre de lait conditionnée ou du lait de ferme vendu sur les marchés ruraux, sont très segmentés. Mais ce n’est souvent pas le cas du lait caillé ou du yaourt fabriqué par les industries et PME, ou certaines minilaiteries, pour lesquelles le lait en poudre peut se subs- tituer au lait local. Ce phénomène est accentué par le fait que de nombreux acteurs ne peuvent s’approvisionner toute l’année en lait local, du fait de la forte saisonnalité de la production. Le recours à la poudre de lait permet de produire toute l’année pour répondre aux demandes du © Agence Kamikazz
  • 3. Politiques & Pratiquesde développement 3 Laiterie du Berger au Sénégal qui parviennent à couvrir une part importante de leurs besoins par du lait de collecte. Une plus grande utilisation du lait local par ces entreprises constitue donc une voiemajeurepouraugmenterleniveaudecollecte auprèsdesexploitationsfamilialesagropastorales. Un travail mené par une équipe de chercheurs de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) montre qu’avec un niveau de taxation (TVA et droits de douane) de 15 % (contre 5 % aujourd’hui) sur la poudre de lait importée, com- binée à une subvention d’au moins 90 % au coût d’investissement de centres de collecte, les industriels pourraient substituer la totalité du lait en poudre par du lait local collecté au niveau des exploitations familiales du Ferlo (principale zone pastorale du Sénégal). Même en tenant compte des subventions attribuées aux centres de collecte, les gains en recettes fiscales s’élè- veraient malgré tout à deux milliards de FCFA. Mesures d’appui à la production laitière et à la structuration des filières lait local Plusieurs mesures sont nécessaires pour per- mettre aux systèmes pastoraux et agropasto- raux d’augmenter leur production, densifier les circuits de collecte et tendre vers une régularité de l’offre au cours de l’année : la sécurisation des espaces pastoraux et de la mobilité pastorale : identification et délimi- tation des zones valorisées par l’élevage; l’amélioration de la santé animale (meilleure couverture sanitaire du bétail, accès aux soins et aux médicaments), de la gestion du troupeau et de l’alimentation (cultures fourragères, paille de brousse, résidus de récolte et sous-produits de l’agro-industrie, formation des éleveurs); la structuration de circuits de collecte locale : formation des collecteurs aux mesures d’hy- giène, subventions de l’État et/ou des col- lectivités locales pour la mise en place d’un maillage de petits centres et d’équipements en matériel de collecte et de transport; la concertation entre acteurs du territoire (accords sur les prix et investissements, contribution aux politiques publiques locales d’appui à la filière, d’accès à l’eau et aux services de bases pour les exploitations pastorales), entre acteurs des filières lait local et poudre de lait importée au niveau national, ainsi qu’entre les différents minis- tères concernés afin de définir un niveau de taxation de la poudre de lait permettant une substitution progressive par le lait local. (produits glacés fabriqués à base de lait importé distribué dans six pays de la région), acquisition parArla de 75 % des parts du groupeAgroline au Sénégal en 2016 et de 50 % du groupeTolaram au Nigeria en 2015, installation d’une usine de « La vache qui rit » à Abidjan par le groupe Bel en 2016, etc. (Oxfam, SOS Faim, 2016). Une filière « lait local » menacée malgré la création de richesse et d’emplois sur les territoires Cettesituationestpréoccupante.Ellelaisseplaner de nombreuses interrogations sur le devenir de la filière lait local en Afrique de l’Ouest, alors que celle-ci crée des emplois et des revenus, notam- ment pour les femmes et les jeunes. D’après le Cirad et le Gret (Corniaux, Duteutre et Broutin, 2014), une dizaine d’entreprises laitières et 150 minilaiteries recensées en 2012 collecteraient ensemble environ 50 000 litres de lait par jour et généreraient un chiffre d’affaires journalier de 40 millionsdeFCFAetannuelde8milliardsdeFCFA. Lafilière«laitlocal»estàl’originedirectede1200 emplois dans la transformation, sans compter les emploisdanslesactivitésdecollecte,derevente, au niveau des fournisseurs d’intrants et de ser- vices. Le lait génère un revenu mensuel moyen de 67 000 FCFA pour plus de 10 000 familles et contribue à l’auto-emploi des femmes transfor- matrices et aux revenus de centaines de milliers defamillesconcernéesparlaventedirectedelait. Propositions pour accompagner le développement de la filière « lait local » Des besoins de renforcement des mini- laiteries et des dispositifs de collecte Bien que de nombreuses difficultés existent, les minilaiteries se sont multipliées depuis les années 90 et font preuve d’une formidable capacité d’adaptation sur les plans structurels et commerciaux. Leur dimension artisanale (80 % des minilaiteries recensées collectent moins de 200 litres par jour et 60 % moins de 100) leur offre beaucoup de souplesse dans la mise en œuvre de leur activité de collecte, de transformation et de commercialisation du lait. Elles constituent un modèle à encourager dans les bassins laitiers secondaires,mêmesiellesnepèsent–pourl’ins- tant – que de manière marginale sur la consom- mation nationale, avec 1 à 3 % de la demande couverte (Corniaux, Duteurtre et Broutin, 2014). Les industries laitières utilisent principalement de la poudre de lait (80 à 100 % de leurs appro- visionnements), sauf quelques-unes comme la 22 NUMÉRO 23  NOVEMBRE 2016 marché. Il est souvent plus aisé en milieu urbain (pas de gestion de dispositif de collecte, moins de risques sanitaires, facilité d’importation). Cette forte substituabilité fragilise le lait local, qui revient souvent plus cher que l’utilisation de poudre de lait pour les industries de transforma- tion.Ainsi, sans véritable incitation à valoriser du lait local (encouragements accordés par l’État, conviction des entrepreneurs, demande de goût et de typicité par les consommateurs), la part de lait collectée et transformée peut s’avérer faible, même lorsque l’offre existe. Des risques accrus de croissance des importations de lait en poudre Les droits de douane sur la poudre de lait sont extrêmement faibles en Afrique de l’Ouest. Le tarif extérieur commun se situe à 5 % (contre 60 % en Tanzanie par exemple). Cette situation traduitlavolontédelaCommunautééconomique desÉtatsdel’Afriquedel’Ouest(CEDEAO)depri- vilégieravanttoutsesconsommateursurbainset ses industries laitières, plutôt que ses éleveurs. La fin de quotas laitiers en Europe entraîne un accroissement des excédents laitiers et l’Afrique de l’Ouest apparaît comme un marché promet- teur pour les évacuer. De nombreux groupes agroalimentaires ont racheté ces dernières années des sociétés locales ou acquis des parts sociales dans celles-ci, montrant leur volonté de conquérir ce nouveau marché et d’y écouler leur poudre de lait : achat par Danone et le groupe Abraaj en 2013 de 49 % de Fan Milk International parfois,difficultésdeconnexionauxmarchés, notamment pour les systèmes pastoraux, malgré le développement de centres de col- lecte et de minilaiteries; concurrence avec la poudre de lait importée utilisée par les entreprises de transformation, dansuncontexteoùlaprotectioncommerciale est faible (une situation qui devrait d’ailleurs s’accentuer avec la signature des APE). Concurrences et complémentarités entre le lait local et le lait en poudre Une forte substituabilité entre lait en poudre et lait local pour les produits transformés Lesinterconnexionsentrecesdeuxmatièrespre- mières sont très importantes et sont facteurs à la fois de structuration de l’ensemble de la filière, et de fragilité pour le lait local. Certains marchés, comme celui de la poudre de lait conditionnée ou du lait de ferme vendu sur les marchés ruraux, sont très segmentés. Mais ce n’est souvent pas le cas du lait caillé ou du yaourt fabriqué par les industries et PME, ou certaines minilaiteries, pour lesquelles le lait en poudre peut se subs- tituer au lait local. Ce phénomène est accentué par le fait que de nombreux acteurs ne peuvent s’approvisionner toute l’année en lait local, du fait de la forte saisonnalité de la production. Le recours à la poudre de lait permet de produire toute l’année pour répondre aux demandes du © Agence Kamikazz
  • 4. L e lait et les produits laitiers font l’objet d’une consommation croissante en Afrique de l’Ouest, avec une demande soutenue par la croissance démographique et une évolution des habitudes alimentaires (même si le niveau de consommation est encore bas par rapport à l’Afrique de l’Est et à l’Europe). La production de lait local fournit en moyenne plus de 80 % du lait consommé (2/3 si l’on ne consi- dère que le lait de vache), mais les situations sont très contrastées : dans les pays sahéliens de l’intérieur, la population consomme essen- tiellement du lait local; tandis que dans les pays côtiers, la consommation repose davantage sur les importations de lait en poudre (Corniaux et Duteurtre, 2013). Face à ce marché porteur, les soutiens publics pour dynamiser la production locale s’avèrent bien insuffisants. Les importations ouest- africaines ne cessent d’augmenter, passant de de 0,6 en 1996 à 2,1 millions de tonnes équi- valent lait en 2013 (Faostat, 2016). De plus, la suppression des quotas laitiers en Europe, les subventions indirectes à la production et les accords de partenariat économique (APE) pour- raient stimuler davantage les exportations de poudre de lait de l’Union européenne. Au regard de la situation, l’Afrique de l’Ouest apparaît bien vulnérable avec une protection douanière de son lait extrêmement faible (tarif extérieur commun à 5 % sur la poudre de lait en vrac). Pourtant, la valorisation du potentiel de développement du lait local permettrait d’amé- liorer les revenus des exploitations familiales, de créer des emplois en milieu rural et d’offrir des produits de qualité à ses consommateurs. Quelles sont les principales contraintes exis- tantes et quels leviers activer pour les surmonter et offrir de nouvelles perspectives aux éleveurs ouest-africains? Situation actuelle des filières laitières ouest-africaines Une place importante du lait local dans l’économie des ménages et des territoires L’élevage pastoral et agro-pastoral apporte une contributionsignificativeauPIBdenombreuxpays variantde5à10 %(danslespayscôtiers)à10-15 % (danslespayssahéliens).Silaviandeapporteplus de revenus que le lait, celui-ci joue un rôle impor- tant au niveau des familles (revenus réguliers) et des territoires (revenus pour les collecteurs, les transformateurs, les distributeurs et couverture des besoins de la famille et des consommateurs). Le lait ouest-africain est issu à 70 % de sys- tèmes pastoraux et donne lieu à une production diversifiée (lait liquide, lait caillé, yaourts, etc.) Lorsque des débouchés locaux existent, les stra- tégies des familles s’orientent clairement vers la semi-sédentarisation d’une partie du troupeau et l’amélioration de l’alimentation des vaches, afin d’augmenter la production laitière pour les marchés locaux. Des contraintes limitant le développement de l’élevage laitier Les contraintes de développement de la produc- tion de lait local, pour répondre aux demandes des consommateurs, sont nombreuses : faible productivité et saisonnalité, liées au faible potentiel laitier de certaines races locales, aux difficultés d’alimentation ani- male, de gestion de la reproduction animale et de la santé animale; Ces notes sont destinées à alimenter la réflexion sur les politiques de développement en se fondant sur l'expérience du Gret et de ses partenaires. Fondé en 1976, le Gret est une ONG internationale de développement qui agit du terrain au politique pour lutter contre la pauvreté et les inégalités. Dans plus de 30 pays, ses professionnels interviennent sur une palette de thématiques afin d’apporter des réponses durables et innovantes pour le développement solidaire. Politiques & Pratiquesde développement NUMÉRO 23  NOVEMBRE 2016  Projets innovants et politiques publiques  Contribution au débat  Notes d’opinion Pour un soutien ambitieux à la filière « lait local » en Afrique de l’Ouest Mesures d’appui aux entreprises de transformation laitière Plusieurspistessontenvisageablespourpromou- voir l’approvisionnement des minilaiteries et des laiteriesindustriellesàpartirdelaitlocal,engaran- tissant des prix équilibrés pour les deux parties : politique de subvention pour la création de points de collecte réfrigérés; subvention aux investissements et/ou fisca- lité incitative pour des laiteries (et centres de collecte) contrôlées par les producteurs (coopératives) ou entreprises collectant le lait auprès d’exploitations familiales; exonération deTVA pour les produits laitiers à base de lait de collecte et instauration d’une taxe au soutien de l’élevage laitier régional; notificationdespaysdelaCEDEAOàl’Organi- sationmondialeducommerce(OMC)detaux plafonds élevés (100 à 150 %) afin de pou- voir progressivement augmenter les droits de douane sur la poudre de lait et encoura- ger l’augmentation de l’approvisionnement à partir de la production locale. Mesures d’appui à la promotion du lait local Des efforts pourraient aussi être faits pour amé- liorer l’information du consommateur quant à l’origine du produit qu’il consomme et la qualité sanitaire des produits locaux : indication claire des ingrédients utilisés et notamment de la poudre de lait sur l’em- ballage ; interdiction d’utiliser des images et noms qui renvoient à la production locale sur les embal- lages des produits à base de lait en poudre; création et promotion d’un label « lait local » public au niveau des États ou de la CEDEAO pour faciliter le choix des consommateurs; promotion des produits à base de lait local dans les écoles en milieu urbain et via des campagnes d’information grand public; renforcementdesassociationsdeconsomma- teurs (capacités de plaidoyer, moyens d’infor- mation auprès des consommateurs, etc.).  Amel Benkahla, Gret (benkahla@gret.org) Cécile Broutin, Gret (broutin@gret.org) Références bibliographiques Broutin C., Levard L. et Benkahla A., 2015, Note d’analyse de l’impact des politiques commerciales régionales sur la filière « lait local » en Afrique de l’Ouest, Gret/Apess, 39 pages. Corniaux C. et Duteurtre G., 2013, Étude rela- tive à la formulation du programme d’actions détaillé de développement de la filière lait en zone UEMOA, UEMOA, 75 pages. Corniaux C., Duteurtre G. et Broutin C., 2014, Filières laitières et développement de l’éle- vage en Afrique de l’Ouest. L’essor des mini- laiteries, Paris, Éditions Karthala, 242 pages. SOS Faim, Oxfam Solidarité, 2016, L’indus- trie laitière européenne lorgne sur l’Afrique de l’Ouest, 25 pages. Diarra A., Benoit-Cattin M., Gérard F., Gabas J.-J., Boussard J.-M., Duteurtre G., 2013, « Échanges internationaux et développement de l’élevage laitier sénégalais. Étude compa- rative de trois simulations de politique écono- mique », in Économie rurale no 335, p. 35-54. Gret, Campus du Jardin tropical, 45 bis avenue de la Belle Gabrielle, 94736 Nogent-sur-Marne Cedex, France tél. +33 (0)1 70 91 92 00 - fax +33 (0)1 70 91 92 01 - gret@gret.org - www.gret.org Photos:©Gret. Coordination : Claire Labat labat@gret.org Politiques & Pratiquesde développement 4 Politiques & Pratiquesde développement