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BOUTES 
#23 SPÉCIAL LEAN 
UNE DÉMARCHE GLOBALE 
tout au long de la chaîne de production. "On peut être très efficace sur la fabrication d'une 
barrique mais on peut être très mauvais sur le traitement de l'ensemble d'un lot, et générer de 
Mis en place à l'atelier, le Lean va également concerner à l'avenir d'autres secteurs de 
l'insatisfaction chez le client, explique-t-il. Il peut arriver par exemple que trois fûts stagnent sur un 
l'entreprise. Avec toujours le même but, optimiser son fonctionnement en travaillant sur 
poste et pénalisent le cheminement de l'ensemble du lot, et donc la gestion de la commande." 
la rationalisation et la bonne transmission des informations. 
Julien Ségura suit de façon mensuelle l'évolution du Lead Time, comme celle des autres indicateurs, 
Chez Boutes, le Lean ne va pas seulement concerner les salariés de la tonnellerie. La méthode a 
avec des critères de notation, et ce sur tous les chantiers engagés dans le cadre du Lean sur plusieurs 
été lancée à l'atelier afin de rendre le process de production de barriques plus fluide et limiter les 
postes de l'atelier de production. Cette évaluation approfondie et régulière permet de juger de 
manutentions pour les opérateurs. Mais il ne s'agit que d'une première étape. "Lorsque que 
l'efficacité des mesures mises en place et, le cas échéant, de la nécessité d'apporter des modifications. 
l'ensemble de l'atelier et de ses postes aura été traité selon les principes du Lean, la démarche se 
Les changements initiés au sein de la tonnellerie n'ont pas engendré aussitôt des résultats significatifs. 
poursuivra dans l'entreprise", indique Julien Ségura. Tout comme ISO 14 001, le Lean est un 
"Le passage par une phase de transition est inéluctable dans ce type de situation, remarque Julien 
processus global d'amélioration continue. Il vise la performance, au-delà de la seule production 
Ségura. Les réorganisations progressives à l'atelier ont conduit dans un premier temps à un déplacement 
de marchandises. "Il pourra être appliqué aux services administratifs et commerciaux, en particulier 
des problèmes d'un poste à l'autre. Quelques semaines après la mise en place des chantiers, les flux 
sur la communication et les flux d'informations", poursuit le directeur commercial et marketing. 
de production étaient en baisse, tandis que le temps de fabrication par fût avait augmenté." 
Le bon transfert des données est en effet essentiel dans un groupe comme Boutes qui possède 
"Les tonneliers ont du s'approprier les changements de poste et prendre leurs marques", relève 
plusieurs sites en France distants de plusieurs centaines de kilomètres : son siège social à 
Philippe Trouvé, responsable Qualité Sécurité et Environnement de Boutes. Passée cette période 
Narbonne, son unité de production de merrains dans l'Allier, son implantation à 
d'adaptation, les chiffres sont désormais satisfaisants. "Les indicateurs sont en nette amélioration 
Beychac-et-Caillau, où sont situés la tonnellerie et le service commercial, et la Tonnellerie 
et ils vont encore progresser", déclare Julien Ségura. 
Garonnaise, acquise par Boutes en 2008 et située à Marmande, dans le Lot-et-Garonne. 
TRAQUER LES TRAVAUX INUTILES 
"Entre nos différentes implantations, il est parfois difficile de savoir pour tous qui fait quoi et sur 
quel site et quelle information lui donner, confie Philippe Trouvé, responsable Qualité Sécurité et 
Environnement chez Boutes. Traiter la circulation de l'information nécessitera de bien définir le rôle 
de chacun et d'étudier comment les données sont transmises et par quels circuits, par exemple 
après l'accord du client sur une commande". 
"Les flux d'information doivent être revus y compris au sein du site de Beychac, relève Julien 
Ségura. Un travail de rationalisation et de sécurisation doit être entrepris." "L'idée est de remettre 
tout à plat, dans les services commerciaux, de facturation, de comptabilité. Des habitudes peuvent 
être superflues ou sont à modifier, des secrétaires réalisent peut-être le même tableau de données 
sur deux sites différents...Avec le Lean, nous allons traquer les tâches inutiles et les doublons", 
explique Philippe Trouvé. 
La mise en place du Lean sera réalisée, tout comme à l'atelier de production, avec la participation 
de tous les salariés. Avec pour but d'être encore plus performants dans le service client, le 
traitement des commandes et le travail en équipe. 
DES INDICATEURS PRÉCIS ET SYNTHÉTIQUES 
En parallèle à la mise en place du Lean, la direction de Boutes s'est dotée 
d'indicateurs et de tableaux de bord permettant un suivi global et efficace. Elle 
dispose ainsi d'outils de management conduisant chacun à être plus performant 
DES SALARIÉS PLUS POLYVALENTS 
et plus réactif au sein de l'entreprise. 
Un autre outil est essentiel à la bonne application du Lean à la tonnellerie : le tableau de polyvalence des 
Voir en seul coup d'oeil l'état de santé de l'entreprise : avec les nouveaux indicateurs en place chez Boutes, 
salariés. "Nous avons à l'atelier des difficultés à recruter des personnes réellement désireuses d'apprendre et de 
c'est désormais facile. "Nous avons introduit des indicateurs et des tableaux de bord pour disposer de 
s'impliquer dans l'entreprise. Le manque de personnel conduit à des engorgements à certains postes. Nous avons 
données synthétiques sur la production, sur les plans quantitatif et qualitatif, mais aussi du point de vue 
récemment recruté une personne avec l'aide d'un cabinet spécialisé, et deux autres recrutements sont prévus, 
managérial (arrêts maladies, accidents du travail par exemple), indique Julien Ségura, directeur commercial 
expose le directeur commercial et marketing. Mais notre but est d'avoir des salariés polyvalents, capables de 
et marketing de Boutes. Ces outils ont pour but de rationaliser et de mieux structurer l'entreprise." 
travailler sur plusieurs postes et d'aider un collègue ayant trop de fûts à traiter." 
Initiés en parallèle au développement du Lean, ces indicateurs et tableaux de bord permettent 
Poste par poste, le tableau répertorie les capacités de polyvalence de chaque salarié. Les aptitudes à 
d'avoir une vision très fine de l'évolution de l'entreprise au cours des mois : production, commandes, 
réaliser les gestes et les tâches nécessaires à chaque poste sont notées de 0 (incapacité médicale à assurer 
gestion des salariés... "Au travers du Lean, mon objectif est de renforcer mon implication dans la 
une opération) à 4, ce dernier niveau indiquant que la personne peut former un autre opérateur. "Avec ce 
production, la qualité et le management humain. Ces nouveaux outils permettent à chacun d'être plus 
tableau de bord, nous obtenons une note globale pour le salarié et pour l'entreprise. Nos objectifs sont de 
performants, d'avoir les informations plus rapidement afin d'être plus réactifs", détaille Julien Ségura. 
faire progresser la note pour l'entreprise et la moyenne par salarié, pour éviter les engorgements et arriver à 
un process de production fluide et synchronisé d'un poste à l'autre." 
Parmi ces indicateurs figurent la production journalière de fûts et le temps de fabrication par fût. 
Mais il en est un autre qui est encore plus révélateur : le Lead Time, un des fondamentaux du Lean. 
"Ce tableau de polyvalence nous permet de travailler sur la formation de nos salariés afin que chacun 
obtienne un niveau de compétences optimal", ajoute Philippe Trouvé. "Chez Boutes, nous sommes très 
"De l'établissage (préparation des douelles) à l'embaIlage, il s'agit du temps écoulé entre la première 
attachés aux aspects humains, comme la formation ou la réduction de la pénibilité. Le tableau de 
barrique d'un lot entrée en production et la dernière barrique fabriquée", précise le directeur 
polyvalence favorise une meilleure intégration des salariés dans l'entreprise et va au-delà d'une vision 
NUMÉRO SPÉCIAL / LEAN 
commercial et marketing. Cet outil permet de passer au crible les dysfonctionnements éventuels qui se résumerait à leur seule productivité", conclut Julien Ségura. 
JUIN 2013 / N°23 
L A L E T T R E S E M E S T R I E L L E D ' I N F O R M A T I O N 
BOUTES 
A TRAVERS L’ART 
www.boutes.com 
L’EDITO 
n dicton Français bien connu dit : « En Avril ne te découvre pas d’un fil, en Mai fais ce qu’il te plait ! » 
Adapté aux conditions climatiques qui sévissent dans l’hémisphère Nord et en France en particulier, 
la fin du dicton serait plutôt... « En Mai rallume la cheminée !». En effet, a l’instant où j’écris ces quelques 
lignes, nous sommes le 15 mai et il fait 15 degrés ! Vivement l’été ! 
Comme vous le constaterez, ce numéro 23 de notre newsletter est un numéro spécialement dédié à vous faire 
partager nos avancées dans la démarche LEAN dans laquelle nous nous sommes engagés depuis juillet 2012. 
Après une expérience de plus de 10 mois d’application du LEAN Management, mon point de vue est que tant 
qu’elle n’est pas considérée comme une doctrine absolue orientée vers un productivisme forcené cette démarche 
peut s’avérer d’une grande utilité tant au plan de l’amélioration de l’outil de production qu’au plan social et humain. 
Depuis déjà presque 15 ans au sein de notre Tonnellerie, je me suis forgé la conviction que toute démarche 
permettant ou nécessitant une remise en question de tout ce qu’on prenait pour acquis engendrait une 
dynamique positive, et ce qu’elle que soit le résultat final, que la démarche engendre le changement ou le 
maintien de l’existant. Nous avons tous tendance à nous « embourber » dans les sentiers de l’habitude et 
l’idée même du changement fait peur, inquiète, déstabilise. 
De fait, comme je l’avais dit à l’époque de notre certification ISO 14 001 (nous restons à ce jour encore la seule 
tonnellerie Française à avoir obtenu la certification et à la conserver depuis 4 années), la démarche LEAN que 
nous avons entrepris et dans laquelle nous nous investissons est un formidable outil en ce que cela nous oblige 
à nous poser des questions, à revisiter notre entreprise sous un angle nouveau. De plus, et c’est là un argument 
de poids, cette « dissection » de l’ensemble des postes de production ne doit et ne peut se faire qu’avec l’aide 
de l’ensemble du personnel qui est hautement impliqué dans chaque décision. En effet, dans le cadre du LEAN, 
cette implication de chacun des salariés est un pré requis à la réussite de la démarche mais pas simplement 
dans l’application des décisions prises mais au stade même de la réflexion qui est menée en amont. 
La notion d’équipe, d’appartenance à un groupe en est renforcée ainsi que le sentiment et la conscience de 
se sentir « partie prenante » à la réussite de l’entreprise. S’il ne devait y avoir qu’un intérêt pour justifier de 
notre engagement dans cette démarche Lean alors ce serait celui-ci. 
Julien SÉGURA 
Directeur Communication 
ZOOM SUR LE LEAN 
LE LEAN, UN CONCEPT VENU DU JAPON 
Le Lean a été conçu par des ingénieurs de Toyota au Japon au début des années 70. 
Le concept s'exporte ensuite rapidement dans le monde. L'industrie automobile 
française l'adopte : PSA Peugeot-Citroën et Renault l'ont mis en pratique depuis de 
nombreuses années. Cette méthode a pour but d'éliminer la production en excès, 
les temps d'attentes, les trajets et manipulations inutiles, les stocks superflus, les 
produits à défauts. Son objectif est aussi d'améliorer les conditions de travail. 
La méthode est basée sur plusieurs notions clés, comme le Lead 
Time, temps de réalisation d'une commande ; les "muda", les 
gaspillages, toutes les activités qui ne produisent pas de la valeur 
ajoutée ; le "kaizen", les discussions en équipe sur les changements 
à apporter pour être encore plus performants ; les "5S", abréviation 
désignant les cinq mots japonais commençant par un S et 
signifiant les gestes à faire pour un environnement de travail 
optimal ; l'"andon", signal d'alerte permettant de réagir au plus 
vite en cas de problème, et pouvant même arrêter la production ; 
les "poka-yoke", les moyens d'éviter les erreurs et la non-qualité. 
Le Lean est largement développé en France dans le secteur manufacturier. Mais il peut aussi 
s'appliquer à des activités artisanales comme la fabrication de barriques. 
Au fil du temps, le Lean s'est développé au-delà de la production de biens pour investir les 
services, comme la banque et les assurances. 
Outre le Lean Manufacturing, il existe également désormais le Lean management. Le concept a 
été élaboré par des chercheurs américains à partir des préceptes de la méthode née chez Toyota, 
en particulier la participation des salariés à la définition de solutions concrètes pour combattre 
tous les facteurs d'inefficacité. Le Lean s'est aussi ces dernières années implanté dans les services 
administratifs (Lean Office) et le développement de produit (Lean Development). 
U 
"mu - da" 
"kai - zen"
5S 
BOUTES 
#23 SPÉCIAL LEAN 
LE LEAN : TOUS IMPLIQUÉS POUR UNE 
ENTREPRISE ENCORE PLUS PERFORMANTE 
Depuis l'été dernier, Boutes travaille selon la méthode Lean, afin d'optimiser les 
process de production. Accompagnée par l'organisme certificateur Afnor, 
l'entreprise a mis en place un comité de pilotage chargé de définir les mesures 
nécessaires, en concertation avec les salariés. Elle a aussi embauché Delphine 
Hubert, en formation management de la qualité, pour aider Philippe Trouvé, 
responsable qualité chez Boutes, à développer le Lean au sein du groupe. 
Chez Boutes désormais, on pense "Lean" à tous les niveaux et de façon collective, de l'ouvrier de la 
tonnellerie à l'équipe de direction. Le Lean (du mot anglais signifiant maigre) est une méthode de 
gestion de la production visant à atteindre l'excellence, non seulement en matière de qualité, mais aussi 
en terme de respect des délais, de maîtrise des coûts de production, de circulation des informations et 
des matières premières. Avec le Lean, on traque les stocks superflus, les engorgements sur la chaîne de 
production, les temps morts, les tâches inutiles, bref tout ce qui peut entraver le process optimal de 
production et limiter la productivité. 
Deux ans après avoir décroché la certification qualité et management environnemental ISO 14 001, 
Boutes s'est lancé un nouveau défi. L'entreprise se remet en question pour améliorer encore son 
fonctionnement. Accompagnée par l'organisme certificateur Afnor, avec lequel elle a obtenu l'ISO, 
elle s'est engagée l'été dernier dans le Lean. Un audit de diagnostic a tout d'abord été réalisé par 
Afnor. Deux intervenants spécialistes du Lean sont venus dans l'entreprise présenter la méthode et 
les outils qu'il était possible de mettre en place à la tonnellerie. "Après un temps d'apprentissage, nous 
avons mis sur pied un comité de pilotage composé de Philippe Trouvé, responsable Qualité, sécurité et 
environnement chez Boutes, d'Eric Besson, directeur de production à la tonnellerie, et de Ludovic 
Lecavellier, chef d'atelier", explique Julien Ségura, directeur commercial et marketing de Boutes. 
L'entreprise a aussi procédé à un recrutement. Depuis septembre 2012, Delphine Hubert a intégré le 
site de Beychac-et-Caillau. En formation par apprentissage à l'Institut rural de Vayres, tout près de la 
tonnellerie, elle prépare le diplôme de Responsable qualité hygiène sécurité environnement des 
entreprises viti-vinicoles. Sa formation se déroule à 70% en entreprise. "Ma mission est d'aider Philippe 
Trouvé, responsable Qualité de Boutes, à développer le Lean dans l'entreprise", déclare la jeune femme. 
L'application concrète de la méthode a commencé l'automne dernier aux postes de production à la 
tonnellerie. Delphine a rejoint le comité de pilotage, chargé d'étudier les mesures à prendre au 
niveau de chaque poste. Mais les membres de ce groupe ne décident pas seuls, loin s'en faut. "Pour 
chaque poste concerné, nous parlons des évolutions possibles au sein du comité, puis nous allons sur le 
site afin de recueillir les avis des salariés, les éléments qu'ils peuvent nous apporter. Nous les incitons à 
être force de proposition, indique Julien Ségura. Nous dialoguons avec les salariés et nous écoutons 
leurs suggestions, souligne Delphine Hubert. Cette prise en compte de leurs points de vue s'applique 
aussi après la mise en place d'actions. Si cela était nécessaire, nous avons procédé à des modifications." 
DES SALARIÉS RÉCEPTIFS 
Le Lean est une recherche collective d'optimisation de la production. Au départ, lors de la présentation de 
la méthode, des salariés de la tonnellerie ont montré des craintes, une certaine méfiance parfois. "Tout 
changement est facteur d'inquiétude", remarque Julien Ségura. Or le Lean n'est pas synonyme de 
réductions de postes. "Au contraire, l'homme est au coeur du système. Le Lean n'a pas pour but de l'évincer, 
mais de permettre d'améliorer l'appareil de production, déclare le directeur commercial et marketing. Notre 
optique n'est pas de développer la mécanisation et de faire du productivisme." 
La mise en route concrète du Lean et la concertation avec les salariés ont levé les interrogations parmi le 
personnel. "Ils ont été réceptifs. Ils ont compris le bien-fondé de la démarche, avant tout basée sur le bon 
sens", commente Philippe Trouvé. "Les salariés sont très sensibles au fait que nous allons sur leur poste et que 
l'on travaille pour l'améliorer", ajoute Delphine Hubert. "Nous avons vite constaté qu'ils adhéraient au Lean. 
Et cela a eu un effet boule de neige dans l'atelier, relève Julien Ségura. Aujourd'hui, des salariés dont les 
postes n'ont pas encore été traités selon les principes du Lean nous demandent quand nous allons intervenir 
pour eux ! Leur démarche est désormais pro-active." 
BOUTES 
#23 SPÉCIAL LEAN 
ÉPREUVE DES BARRIQUES : durant cette étape, l'étanchéité du fût est testée. La 
barrique qui vient d'être fabriquée est remplie d'eau sous pression et remuée 
pendant plusieurs minutes, afin que l'humidité l'imprègne en totalité. Si le bois est 
trop poreux ou s'il recèle un défaut, une fuite survient et il apparaît une trace à la 
surface du fût. "Sur ce poste, nous avons également établi un système de zones : une 
pour les barriques en attente, une pour celles qui passent avec succès le test et qui 
sont à récupérer, et celles qui doivent être réparées, poursuit Eric Besson. En cas 
d'engorgement, un salarié y est envoyé en renfort." 
RÉPARATION : on remédie à ce poste aux défauts découverts lors de l'épreuve, 
comme par exemple le trou de cusson, un dommage redoutable invisible à l'oeil nu. Il 
s'agit d'une fine galerie creusée dans le bois par la larve d'un insecte et qui provoque 
une fuite de vin à l'entonnage si elle court de l'intérieur vers l'extérieur de la barrique. 
Un trou de cusson se répare par l'insertion d'une petite pièce en bois dur taillée en 
pointe, l'épinette. "Ce poste a un volume d'activité aléatoire, selon le nombre de défauts 
détectés, la porosité des bois, précise Eric Besson. Le tonnelier peut ne rien avoir à traiter 
ou bien il doit réparer de multiples barriques. Trois zones ont été instituées : une pour les 
opérations urgentes, prioritaires, une autre pour les petites réparations, et une dernière 
pour les grosses réfections. Les barriques repartent ensuite à l'épreuve." 
BARRAGE / LIAGE : c'est à ce poste que s'opère une partie de la finition des 
barriques. Le barrage consiste à fixer une barre sur le fond de la barrique. Le liage est 
quant à lui une technique traditionnelle de cerclage, alliant esthétique et protection 
des extrémités des barriques bordelaises. Celles-ci sont parées de cercles de 
châtaignier liés à de l'osier. Les tonneliers travaillent ces cercles, à la main, à l'aide de 
planes, des outils qui permettent de lisser le bois et d'obtenir un cercle parfaitement 
rond. Ces cercles sont ensuite positionnés à chacune des extrémités de la barrique, et 
en protègent ainsi les "peignes", ou chanfreins, là où le bois est travaillé en biseau. 
A ce poste, l'application du Lean a là aussi conduit à matérialiser au sol des zones d'alerte. "Les 
barriques avaient tendance à former un embouteillage, sans que les tonneliers le signalent", se souvient 
Eric Besson, directeur de la production. Ces zones se caractérisent par un code couleur, inspiré de 
"l'andon", un élément clé du Lean. Dans l'industrie, il s'agit en général d'un signal ou d'un tableau 
lumineux d'alerte activé par l'opérateur. "Sur le poste barrage liage chez Boutes, l'andon se traduit par 
des marquages au sol pour visualiser les étapes de remplissage de la zone où stationnent les barriques : 
tant qu'elles restent toutes sur la partie verte de la zone, l'écoulement des barriques est optimal. Lorsque 
le nombre de barriques grandit et qu'elles s'étendent sur la partie orange, un salarié vient aider son 
collègue. Si le flux de barriques en transit atteint la partie rouge de la zone, un autre salarié est envoyé en 
renfort, ou bien la transmission de barriques peut être suspendue", explique Delphine Hubert. 
UN LEAN ADAPTÉ A LA TONNELLERIE 
Un autre poste va être à son tour concerné par des aménagements dans le cadre du Lean : le 
cerclage. "La mise en place des cercles définitifs des barriques après ponçage va être réorganisée. 
Mais avant de traiter ce poste, nous avons souhaité attendre l'arrivée de la nouvelle machine 
ponceuse-décercleuse", indique Eric Besson. Cet outil spécialement créé pour Boutes permettra un 
décerclage automatique des barriques (retrait des cercles de travail) et réalisera le ponçage. "La 
partie décercleuse est arrivée en avril et est entrée en fonction. La ponceuse devrait quant à elle être 
livrée en fin d'année", annonce le directeur de production. 
L'usinage des douelles, la chauffe, le stockage seront également au programme du Lean à 
l'atelier. "Nous mettons en place la démarche petit à petit, à notre rythme, et cela se fait 
naturellement, car le Lean relève du bon sens, remarque Eric Besson. Nous l'avons aussi appliqué à 
notre façon. Nous avons évité le jargon japonais, nous n'avons pas intégré dès le départ toutes les 
caractéristiques de la méthode. Il était nécessaire de l'adapter à notre activité. Contrairement aux 
composants utilisés dans l'industrie automobile, où le Lean est né, le bois que nous travaillons est 
une matière vivante, imprévisible, qui réagit différemment selon les conditions atmosphériques. Le 
bois n'est pas le même en période humide ou par temps très sec." 
Tous ces chantiers ont été engagés à l'atelier par le comité de pilotage et les salariés, avec 
l'aide de l'Afnor. "Le spécialiste du Lean qui a réalisé notre audit de diagnostic nous apporte ses 
conseils, son expérience, mais nous menons nous-mêmes les projets, souligne Julien Ségura, 
directeur commercial et marketing de Boutes. Cet accompagnement d'Afnor va se poursuivre 
encore pendant quelques mois. Avant son terme, nous réaliserons un deuxième audit afin de 
vérifier si tous les points d'amélioration prévus ont bien été atteints." 
UNE CHAÎNE DE PRODUCTION OPTIMISÉE 
ET DE MEILLEURES CONDITIONS DE TRAVAIL 
Les changements opérés sur plusieurs postes de la tonnellerie dans le cadre du 
Lean ont été concluants. La circulation des barriques de poste en poste a gagné en 
fluidité, et l'ambiance de travail est plus sereine. 
Après quelques semaines de rodage, les chantiers engagés au sein de la tonnellerie ont donné des 
résultats positifs. "Notre application du Lean a apporté plus de clarté dans l'atelier, constate Eric Besson, 
directeur de production. L'optimisation des espaces, notamment de rangement, les zones bien 
délimitées permettent une meilleure circulation des barriques." "Le flux est aujourd'hui mieux organisé, le 
cheminement des produits mais aussi des salariés est plus fluide. Le Lean est un facilitateur de travail", 
ajoute Philippe Trouvé, responsable Qualité, Sécurité et Environnement de Boutes. 
Les tonneliers ont bénéficié très vite des effets de ces évolutions. "Les opérateurs travaillent dans de 
meilleures conditions", note Eric Besson. "Nos actions pour optimiser la production ont également 
concerné le bien-être des salariés et la lutte contre la pénibilité", indique Delphine Hubert, chargée avec 
Philippe Trouvé de développer le Lean chez Boutes. Les manipulations inutiles, dangereuses, les 
déplacements superflus étaient dans la ligne de mire du comité de pilotage. 
"A présent, les salariés n'ont plus à se déplacer d'un endroit à un autre et dans l'urgence. Ils sont beaucoup 
plus sereins", poursuit Philippe Trouvé. "L'ambiance de travail est différente. Avant les ouvriers étaient 
souvent 'le nez dans le guidon'. Aujourd'hui, la nouvelle organisation leur permet d'avoir une meilleure 
vue d'ensemble des différents postes, des stades de fabrication des barriques. Les problèmes sont ainsi 
plus rapidement identifiables, ils peuvent mieux anticiper, et réagir plus vite", détaille Eric Besson. 
ENTRAIDE ET COHÉSION 
La gestion des difficultés avec le Lean fait la part belle à la solidarité, et c'est aussi cela qui 
contribue à la sérénité des ouvriers. "Ils savent que s'ils ont un problème, ils vont s'organiser 
entre eux pour trouver une solution. Ils s'entraident. Si l'un d'entre-eux constate que le nombre de 
barriques en attente au poste amont est bien supérieur à ce qu'il devrait être, il va aller voir si son 
collègue n'est pas en difficulté", explique Philippe Trouvé. 
"Le Lean permet de fait une meilleure cohésion du groupe. On ne se passe plus la 'patate chaude', on 
n'évince plus le problème, on l'affronte ensemble", résume Julien Ségura. Une philosophie et une 
sérénité qui ne peuvent qu'être bénéfiques à la qualité et à la production pour Eric Besson : "les 
salariés travaillent mieux lorsqu'ils sont moins stressés, et cela est payant au niveau de la productivité". 
BOUTES 
#23 SPÉCIAL LEAN 
UNE NOUVELLE ORGANISATION 
DU TRAVAIL À LA TONNELLERIE 
Les tonneliers de Boutes pratiquent désormais le Lean depuis plusieurs mois. Leurs 
espaces de travail ont été optimisés. Des aménagements ont été réalisés pour éviter les 
manipulations inutiles, et des repères visuels ont pour but de prévenir les engorgements. 
Depuis l'automne dernier, un vent nouveau souffle sur l'atelier de tonnellerie de Boutes. Avec la 
mise en place du Lean, l'agencement de l'espace et la disposition des postes ont été revus. Avec 
un mot d'ordre : rationaliser et clarifier. "L'un des principes fondamentaux du Lean réside dans la 
règle des 5 S, indique Delphine Hubert, chargée avec Philippe Trouvé d'appliquer la méthode 
chez Boutes. Le Lean est né au Japon et ces 5 S font référence aux mots japonais commençant par S 
et désignant la rigueur, le rangement, le nettoyage approfondi du poste et son entretien quotidien. 
Ces actions ont pour but d'éviter les goulots d'étranglement le long du processus de production et 
d'éliminer tout ce qui peut entraver le flux des matières premières, des salariés et des informations." 
"Dans un lieu de production, il y a des objets et des éléments qui ne servent à rien, des encombrants, du 
matériel par exemple qui au final n'est pas utilisé, explique Philippe Trouvé, responsable Qualité, 
Sécurité et Environnement chez Boutes. Le Lean consiste à ne laisser dans l'atelier que l'essentiel, l'utile. 
Nous avons ainsi éliminé les sources potentielles de pertes de temps, en rapprochant notamment des 
outils pour limiter les déplacements des salariés. Nous avons aussi diminué les risques pour leur sécurité, 
en faisant en sorte par exemple qu'ils n'aient plus à entasser les fûts en hauteur, ce qui était dangereux." 
Aucun changement n'a été apporté aux méthodes de travail des tonneliers. "Nous leur avons 
seulement simplifié la vie sur leur poste, en libérant de l'espace, en rangeant ce qui devait l'être, en 
créant des zones bien définies et des repères visuels. Des marquages au sol ont été réalisés pour que 
le salarié se place au mieux à son poste, pour une meilleure ergonomie. Nous avons mené des 
études approfondies poste par poste en prenant en compte les spécificités de chacun et les temps de 
cycles des machines", poursuit Delphine Hubert. 
Le comité de pilotage (formé par Julien Ségura, Philippe Trouvé, Delphine Hubert, Eric Besson, 
Ludovic Lecavellier et un intervenant d'Afnor) a ensuite émis des propositions soumises aux 
salariés. "Les réorganisations de postes se sont réalisées avec les ouvriers de l'atelier. Nous leur avons 
demandé si tel ou tel élément leur était utile, nous avons évalué ensemble le nombre de barriques à 
traiter par poste sans que cela génère un encombrement trop grand pour permettre une bonne 
circulation des fûts dans l'atelier. Si sur un poste l'espace délimité pour 20 barriques est complet, 
cela signifie que le salarié ne parvient plus à absorber le flux. Il est alors nécessaire de vérifier s'il n'y 
a pas un problème. Un ouvrier peut ainsi être amené à aider son collègue", détaille Philippe Trouvé. 
DES ÉVOLUTIONS POSTE APRÈS POSTE 
Plusieurs postes de la tonnellerie ont été repensés selon les préceptes du Lean. "Nous avons ciblé 
dans un premier temps ceux où les problèmes d'engorgement étaient récurrents", souligne Eric 
Besson, directeur de la production. Des documents présentant les nouvelles orientations ont 
ensuite été produits par Delphine Hubert. 
USINAGE DES FONDS : ce poste consiste à profiler les douelles qui vont constituer le 
fond de la barrique, afin qu'elles s'encastrent de façon optimale . "L'espace de travail 
sur ce poste est réduit, mais nous l'avons optimisé. Pour faciliter la tâche du salarié, des 
tableaux ont été disposés, une console informatique a été déplacée afin qu'il n'ait pas à 
se déplacer pour consulter la fiche des spécifications demandées par le client, commente 
Eric Besson. Des marquages visuels au sol ont été réalisés. Une fois terminées, les pièces 
de fonds usinées sont mises dans des bacs. Lorsque les salariés prennent un de ces bacs 
pour les emmener sur leur poste, ils doivent le signaler. Le responsable de secteur est 
ainsi informé en permanence de l'encours des pièces en attente". 
ÉTABLISSAGE DES FONDS OU FONÇAGE : il s'agit du poste où sont mis en place les 
fonds des barriques, dans ce que les tonneliers appellent le jable, cette rainure façonnée à 
l'extrémité du fût. "Ce poste est le premier que nous ayons traité, ils nous a permis de tester 
ce que nous souhaitions faire avec le Lean", commente Delphine Hubert. "Nous avons 
délimité sur ce poste deux zones, note Eric Besson. Désormais une zone est dédiée au 
stationnement des fonçures de barriques en attente d'utilisation. Une autre zone concerne 
les barriques pas encore passées au fonçage. Celles-ci sont disposées derrière un repère au 
sol qui permet à l'opérateur ou au chef d'atelier de donner l'alerte : en cas de dépassement 
de cette limite, un salarié vient en renfort pour aider son collègue et éviter un engorgement." 
BILAN DU LEAN 
CHANTIER 5S - POSTES BARRAGE ET LIAGE + STOCKAGE EMBALLAGE 
STOCKAGE 
MATIÈRE PREMIÈRE 
ZONE DE RANGEMENT 
MISE EN PLACE D’UNE ZONE DE STOCKAGE 
DES CERCLES BOIS (découpée en 3 zones : 
cercles bois de 7 - 8 - 9 et 10 pouces) 
MISE EN PLACE D’UN SYSTÈME ANDON 
Système d’alerte permettant de visualiser 
à n’importe quel instant l’état des en-cours 
MISE EN PLACE D’UNE ZONE D’ATTENTE 
POUR LA RÉCEPTION DES EMBALLAGES 
POSTE BARRAGE 
ZONE 1 en cours de remplissage = FEU VERT 
Z3 Z3 
ZONE 2 en cours de remplissage = FEU ORANGE 
ZONE 3 en cours de remplissage = FEU ROUGE 
POSTE LIAGE 
ZONE 1 attente liage (4 fûts) = FEU VERT 
ZONE 2 attente liage = FEU ORANGE 
ZONE 3 attente liage = FEU ROUGE 
Z2 
Z2 
Z1 
Z1 
* STOP 
* ATTENTION 
* TOUT VA BIEN

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  • 1. BOUTES #23 SPÉCIAL LEAN UNE DÉMARCHE GLOBALE tout au long de la chaîne de production. "On peut être très efficace sur la fabrication d'une barrique mais on peut être très mauvais sur le traitement de l'ensemble d'un lot, et générer de Mis en place à l'atelier, le Lean va également concerner à l'avenir d'autres secteurs de l'insatisfaction chez le client, explique-t-il. Il peut arriver par exemple que trois fûts stagnent sur un l'entreprise. Avec toujours le même but, optimiser son fonctionnement en travaillant sur poste et pénalisent le cheminement de l'ensemble du lot, et donc la gestion de la commande." la rationalisation et la bonne transmission des informations. Julien Ségura suit de façon mensuelle l'évolution du Lead Time, comme celle des autres indicateurs, Chez Boutes, le Lean ne va pas seulement concerner les salariés de la tonnellerie. La méthode a avec des critères de notation, et ce sur tous les chantiers engagés dans le cadre du Lean sur plusieurs été lancée à l'atelier afin de rendre le process de production de barriques plus fluide et limiter les postes de l'atelier de production. Cette évaluation approfondie et régulière permet de juger de manutentions pour les opérateurs. Mais il ne s'agit que d'une première étape. "Lorsque que l'efficacité des mesures mises en place et, le cas échéant, de la nécessité d'apporter des modifications. l'ensemble de l'atelier et de ses postes aura été traité selon les principes du Lean, la démarche se Les changements initiés au sein de la tonnellerie n'ont pas engendré aussitôt des résultats significatifs. poursuivra dans l'entreprise", indique Julien Ségura. Tout comme ISO 14 001, le Lean est un "Le passage par une phase de transition est inéluctable dans ce type de situation, remarque Julien processus global d'amélioration continue. Il vise la performance, au-delà de la seule production Ségura. Les réorganisations progressives à l'atelier ont conduit dans un premier temps à un déplacement de marchandises. "Il pourra être appliqué aux services administratifs et commerciaux, en particulier des problèmes d'un poste à l'autre. Quelques semaines après la mise en place des chantiers, les flux sur la communication et les flux d'informations", poursuit le directeur commercial et marketing. de production étaient en baisse, tandis que le temps de fabrication par fût avait augmenté." Le bon transfert des données est en effet essentiel dans un groupe comme Boutes qui possède "Les tonneliers ont du s'approprier les changements de poste et prendre leurs marques", relève plusieurs sites en France distants de plusieurs centaines de kilomètres : son siège social à Philippe Trouvé, responsable Qualité Sécurité et Environnement de Boutes. Passée cette période Narbonne, son unité de production de merrains dans l'Allier, son implantation à d'adaptation, les chiffres sont désormais satisfaisants. "Les indicateurs sont en nette amélioration Beychac-et-Caillau, où sont situés la tonnellerie et le service commercial, et la Tonnellerie et ils vont encore progresser", déclare Julien Ségura. Garonnaise, acquise par Boutes en 2008 et située à Marmande, dans le Lot-et-Garonne. TRAQUER LES TRAVAUX INUTILES "Entre nos différentes implantations, il est parfois difficile de savoir pour tous qui fait quoi et sur quel site et quelle information lui donner, confie Philippe Trouvé, responsable Qualité Sécurité et Environnement chez Boutes. Traiter la circulation de l'information nécessitera de bien définir le rôle de chacun et d'étudier comment les données sont transmises et par quels circuits, par exemple après l'accord du client sur une commande". "Les flux d'information doivent être revus y compris au sein du site de Beychac, relève Julien Ségura. Un travail de rationalisation et de sécurisation doit être entrepris." "L'idée est de remettre tout à plat, dans les services commerciaux, de facturation, de comptabilité. Des habitudes peuvent être superflues ou sont à modifier, des secrétaires réalisent peut-être le même tableau de données sur deux sites différents...Avec le Lean, nous allons traquer les tâches inutiles et les doublons", explique Philippe Trouvé. La mise en place du Lean sera réalisée, tout comme à l'atelier de production, avec la participation de tous les salariés. Avec pour but d'être encore plus performants dans le service client, le traitement des commandes et le travail en équipe. DES INDICATEURS PRÉCIS ET SYNTHÉTIQUES En parallèle à la mise en place du Lean, la direction de Boutes s'est dotée d'indicateurs et de tableaux de bord permettant un suivi global et efficace. Elle dispose ainsi d'outils de management conduisant chacun à être plus performant DES SALARIÉS PLUS POLYVALENTS et plus réactif au sein de l'entreprise. Un autre outil est essentiel à la bonne application du Lean à la tonnellerie : le tableau de polyvalence des Voir en seul coup d'oeil l'état de santé de l'entreprise : avec les nouveaux indicateurs en place chez Boutes, salariés. "Nous avons à l'atelier des difficultés à recruter des personnes réellement désireuses d'apprendre et de c'est désormais facile. "Nous avons introduit des indicateurs et des tableaux de bord pour disposer de s'impliquer dans l'entreprise. Le manque de personnel conduit à des engorgements à certains postes. Nous avons données synthétiques sur la production, sur les plans quantitatif et qualitatif, mais aussi du point de vue récemment recruté une personne avec l'aide d'un cabinet spécialisé, et deux autres recrutements sont prévus, managérial (arrêts maladies, accidents du travail par exemple), indique Julien Ségura, directeur commercial expose le directeur commercial et marketing. Mais notre but est d'avoir des salariés polyvalents, capables de et marketing de Boutes. Ces outils ont pour but de rationaliser et de mieux structurer l'entreprise." travailler sur plusieurs postes et d'aider un collègue ayant trop de fûts à traiter." Initiés en parallèle au développement du Lean, ces indicateurs et tableaux de bord permettent Poste par poste, le tableau répertorie les capacités de polyvalence de chaque salarié. Les aptitudes à d'avoir une vision très fine de l'évolution de l'entreprise au cours des mois : production, commandes, réaliser les gestes et les tâches nécessaires à chaque poste sont notées de 0 (incapacité médicale à assurer gestion des salariés... "Au travers du Lean, mon objectif est de renforcer mon implication dans la une opération) à 4, ce dernier niveau indiquant que la personne peut former un autre opérateur. "Avec ce production, la qualité et le management humain. Ces nouveaux outils permettent à chacun d'être plus tableau de bord, nous obtenons une note globale pour le salarié et pour l'entreprise. Nos objectifs sont de performants, d'avoir les informations plus rapidement afin d'être plus réactifs", détaille Julien Ségura. faire progresser la note pour l'entreprise et la moyenne par salarié, pour éviter les engorgements et arriver à un process de production fluide et synchronisé d'un poste à l'autre." Parmi ces indicateurs figurent la production journalière de fûts et le temps de fabrication par fût. Mais il en est un autre qui est encore plus révélateur : le Lead Time, un des fondamentaux du Lean. "Ce tableau de polyvalence nous permet de travailler sur la formation de nos salariés afin que chacun obtienne un niveau de compétences optimal", ajoute Philippe Trouvé. "Chez Boutes, nous sommes très "De l'établissage (préparation des douelles) à l'embaIlage, il s'agit du temps écoulé entre la première attachés aux aspects humains, comme la formation ou la réduction de la pénibilité. Le tableau de barrique d'un lot entrée en production et la dernière barrique fabriquée", précise le directeur polyvalence favorise une meilleure intégration des salariés dans l'entreprise et va au-delà d'une vision NUMÉRO SPÉCIAL / LEAN commercial et marketing. Cet outil permet de passer au crible les dysfonctionnements éventuels qui se résumerait à leur seule productivité", conclut Julien Ségura. JUIN 2013 / N°23 L A L E T T R E S E M E S T R I E L L E D ' I N F O R M A T I O N BOUTES A TRAVERS L’ART www.boutes.com L’EDITO n dicton Français bien connu dit : « En Avril ne te découvre pas d’un fil, en Mai fais ce qu’il te plait ! » Adapté aux conditions climatiques qui sévissent dans l’hémisphère Nord et en France en particulier, la fin du dicton serait plutôt... « En Mai rallume la cheminée !». En effet, a l’instant où j’écris ces quelques lignes, nous sommes le 15 mai et il fait 15 degrés ! Vivement l’été ! Comme vous le constaterez, ce numéro 23 de notre newsletter est un numéro spécialement dédié à vous faire partager nos avancées dans la démarche LEAN dans laquelle nous nous sommes engagés depuis juillet 2012. Après une expérience de plus de 10 mois d’application du LEAN Management, mon point de vue est que tant qu’elle n’est pas considérée comme une doctrine absolue orientée vers un productivisme forcené cette démarche peut s’avérer d’une grande utilité tant au plan de l’amélioration de l’outil de production qu’au plan social et humain. Depuis déjà presque 15 ans au sein de notre Tonnellerie, je me suis forgé la conviction que toute démarche permettant ou nécessitant une remise en question de tout ce qu’on prenait pour acquis engendrait une dynamique positive, et ce qu’elle que soit le résultat final, que la démarche engendre le changement ou le maintien de l’existant. Nous avons tous tendance à nous « embourber » dans les sentiers de l’habitude et l’idée même du changement fait peur, inquiète, déstabilise. De fait, comme je l’avais dit à l’époque de notre certification ISO 14 001 (nous restons à ce jour encore la seule tonnellerie Française à avoir obtenu la certification et à la conserver depuis 4 années), la démarche LEAN que nous avons entrepris et dans laquelle nous nous investissons est un formidable outil en ce que cela nous oblige à nous poser des questions, à revisiter notre entreprise sous un angle nouveau. De plus, et c’est là un argument de poids, cette « dissection » de l’ensemble des postes de production ne doit et ne peut se faire qu’avec l’aide de l’ensemble du personnel qui est hautement impliqué dans chaque décision. En effet, dans le cadre du LEAN, cette implication de chacun des salariés est un pré requis à la réussite de la démarche mais pas simplement dans l’application des décisions prises mais au stade même de la réflexion qui est menée en amont. La notion d’équipe, d’appartenance à un groupe en est renforcée ainsi que le sentiment et la conscience de se sentir « partie prenante » à la réussite de l’entreprise. S’il ne devait y avoir qu’un intérêt pour justifier de notre engagement dans cette démarche Lean alors ce serait celui-ci. Julien SÉGURA Directeur Communication ZOOM SUR LE LEAN LE LEAN, UN CONCEPT VENU DU JAPON Le Lean a été conçu par des ingénieurs de Toyota au Japon au début des années 70. Le concept s'exporte ensuite rapidement dans le monde. L'industrie automobile française l'adopte : PSA Peugeot-Citroën et Renault l'ont mis en pratique depuis de nombreuses années. Cette méthode a pour but d'éliminer la production en excès, les temps d'attentes, les trajets et manipulations inutiles, les stocks superflus, les produits à défauts. Son objectif est aussi d'améliorer les conditions de travail. La méthode est basée sur plusieurs notions clés, comme le Lead Time, temps de réalisation d'une commande ; les "muda", les gaspillages, toutes les activités qui ne produisent pas de la valeur ajoutée ; le "kaizen", les discussions en équipe sur les changements à apporter pour être encore plus performants ; les "5S", abréviation désignant les cinq mots japonais commençant par un S et signifiant les gestes à faire pour un environnement de travail optimal ; l'"andon", signal d'alerte permettant de réagir au plus vite en cas de problème, et pouvant même arrêter la production ; les "poka-yoke", les moyens d'éviter les erreurs et la non-qualité. Le Lean est largement développé en France dans le secteur manufacturier. Mais il peut aussi s'appliquer à des activités artisanales comme la fabrication de barriques. Au fil du temps, le Lean s'est développé au-delà de la production de biens pour investir les services, comme la banque et les assurances. Outre le Lean Manufacturing, il existe également désormais le Lean management. Le concept a été élaboré par des chercheurs américains à partir des préceptes de la méthode née chez Toyota, en particulier la participation des salariés à la définition de solutions concrètes pour combattre tous les facteurs d'inefficacité. Le Lean s'est aussi ces dernières années implanté dans les services administratifs (Lean Office) et le développement de produit (Lean Development). U "mu - da" "kai - zen"
  • 2. 5S BOUTES #23 SPÉCIAL LEAN LE LEAN : TOUS IMPLIQUÉS POUR UNE ENTREPRISE ENCORE PLUS PERFORMANTE Depuis l'été dernier, Boutes travaille selon la méthode Lean, afin d'optimiser les process de production. Accompagnée par l'organisme certificateur Afnor, l'entreprise a mis en place un comité de pilotage chargé de définir les mesures nécessaires, en concertation avec les salariés. Elle a aussi embauché Delphine Hubert, en formation management de la qualité, pour aider Philippe Trouvé, responsable qualité chez Boutes, à développer le Lean au sein du groupe. Chez Boutes désormais, on pense "Lean" à tous les niveaux et de façon collective, de l'ouvrier de la tonnellerie à l'équipe de direction. Le Lean (du mot anglais signifiant maigre) est une méthode de gestion de la production visant à atteindre l'excellence, non seulement en matière de qualité, mais aussi en terme de respect des délais, de maîtrise des coûts de production, de circulation des informations et des matières premières. Avec le Lean, on traque les stocks superflus, les engorgements sur la chaîne de production, les temps morts, les tâches inutiles, bref tout ce qui peut entraver le process optimal de production et limiter la productivité. Deux ans après avoir décroché la certification qualité et management environnemental ISO 14 001, Boutes s'est lancé un nouveau défi. L'entreprise se remet en question pour améliorer encore son fonctionnement. Accompagnée par l'organisme certificateur Afnor, avec lequel elle a obtenu l'ISO, elle s'est engagée l'été dernier dans le Lean. Un audit de diagnostic a tout d'abord été réalisé par Afnor. Deux intervenants spécialistes du Lean sont venus dans l'entreprise présenter la méthode et les outils qu'il était possible de mettre en place à la tonnellerie. "Après un temps d'apprentissage, nous avons mis sur pied un comité de pilotage composé de Philippe Trouvé, responsable Qualité, sécurité et environnement chez Boutes, d'Eric Besson, directeur de production à la tonnellerie, et de Ludovic Lecavellier, chef d'atelier", explique Julien Ségura, directeur commercial et marketing de Boutes. L'entreprise a aussi procédé à un recrutement. Depuis septembre 2012, Delphine Hubert a intégré le site de Beychac-et-Caillau. En formation par apprentissage à l'Institut rural de Vayres, tout près de la tonnellerie, elle prépare le diplôme de Responsable qualité hygiène sécurité environnement des entreprises viti-vinicoles. Sa formation se déroule à 70% en entreprise. "Ma mission est d'aider Philippe Trouvé, responsable Qualité de Boutes, à développer le Lean dans l'entreprise", déclare la jeune femme. L'application concrète de la méthode a commencé l'automne dernier aux postes de production à la tonnellerie. Delphine a rejoint le comité de pilotage, chargé d'étudier les mesures à prendre au niveau de chaque poste. Mais les membres de ce groupe ne décident pas seuls, loin s'en faut. "Pour chaque poste concerné, nous parlons des évolutions possibles au sein du comité, puis nous allons sur le site afin de recueillir les avis des salariés, les éléments qu'ils peuvent nous apporter. Nous les incitons à être force de proposition, indique Julien Ségura. Nous dialoguons avec les salariés et nous écoutons leurs suggestions, souligne Delphine Hubert. Cette prise en compte de leurs points de vue s'applique aussi après la mise en place d'actions. Si cela était nécessaire, nous avons procédé à des modifications." DES SALARIÉS RÉCEPTIFS Le Lean est une recherche collective d'optimisation de la production. Au départ, lors de la présentation de la méthode, des salariés de la tonnellerie ont montré des craintes, une certaine méfiance parfois. "Tout changement est facteur d'inquiétude", remarque Julien Ségura. Or le Lean n'est pas synonyme de réductions de postes. "Au contraire, l'homme est au coeur du système. Le Lean n'a pas pour but de l'évincer, mais de permettre d'améliorer l'appareil de production, déclare le directeur commercial et marketing. Notre optique n'est pas de développer la mécanisation et de faire du productivisme." La mise en route concrète du Lean et la concertation avec les salariés ont levé les interrogations parmi le personnel. "Ils ont été réceptifs. Ils ont compris le bien-fondé de la démarche, avant tout basée sur le bon sens", commente Philippe Trouvé. "Les salariés sont très sensibles au fait que nous allons sur leur poste et que l'on travaille pour l'améliorer", ajoute Delphine Hubert. "Nous avons vite constaté qu'ils adhéraient au Lean. Et cela a eu un effet boule de neige dans l'atelier, relève Julien Ségura. Aujourd'hui, des salariés dont les postes n'ont pas encore été traités selon les principes du Lean nous demandent quand nous allons intervenir pour eux ! Leur démarche est désormais pro-active." BOUTES #23 SPÉCIAL LEAN ÉPREUVE DES BARRIQUES : durant cette étape, l'étanchéité du fût est testée. La barrique qui vient d'être fabriquée est remplie d'eau sous pression et remuée pendant plusieurs minutes, afin que l'humidité l'imprègne en totalité. Si le bois est trop poreux ou s'il recèle un défaut, une fuite survient et il apparaît une trace à la surface du fût. "Sur ce poste, nous avons également établi un système de zones : une pour les barriques en attente, une pour celles qui passent avec succès le test et qui sont à récupérer, et celles qui doivent être réparées, poursuit Eric Besson. En cas d'engorgement, un salarié y est envoyé en renfort." RÉPARATION : on remédie à ce poste aux défauts découverts lors de l'épreuve, comme par exemple le trou de cusson, un dommage redoutable invisible à l'oeil nu. Il s'agit d'une fine galerie creusée dans le bois par la larve d'un insecte et qui provoque une fuite de vin à l'entonnage si elle court de l'intérieur vers l'extérieur de la barrique. Un trou de cusson se répare par l'insertion d'une petite pièce en bois dur taillée en pointe, l'épinette. "Ce poste a un volume d'activité aléatoire, selon le nombre de défauts détectés, la porosité des bois, précise Eric Besson. Le tonnelier peut ne rien avoir à traiter ou bien il doit réparer de multiples barriques. Trois zones ont été instituées : une pour les opérations urgentes, prioritaires, une autre pour les petites réparations, et une dernière pour les grosses réfections. Les barriques repartent ensuite à l'épreuve." BARRAGE / LIAGE : c'est à ce poste que s'opère une partie de la finition des barriques. Le barrage consiste à fixer une barre sur le fond de la barrique. Le liage est quant à lui une technique traditionnelle de cerclage, alliant esthétique et protection des extrémités des barriques bordelaises. Celles-ci sont parées de cercles de châtaignier liés à de l'osier. Les tonneliers travaillent ces cercles, à la main, à l'aide de planes, des outils qui permettent de lisser le bois et d'obtenir un cercle parfaitement rond. Ces cercles sont ensuite positionnés à chacune des extrémités de la barrique, et en protègent ainsi les "peignes", ou chanfreins, là où le bois est travaillé en biseau. A ce poste, l'application du Lean a là aussi conduit à matérialiser au sol des zones d'alerte. "Les barriques avaient tendance à former un embouteillage, sans que les tonneliers le signalent", se souvient Eric Besson, directeur de la production. Ces zones se caractérisent par un code couleur, inspiré de "l'andon", un élément clé du Lean. Dans l'industrie, il s'agit en général d'un signal ou d'un tableau lumineux d'alerte activé par l'opérateur. "Sur le poste barrage liage chez Boutes, l'andon se traduit par des marquages au sol pour visualiser les étapes de remplissage de la zone où stationnent les barriques : tant qu'elles restent toutes sur la partie verte de la zone, l'écoulement des barriques est optimal. Lorsque le nombre de barriques grandit et qu'elles s'étendent sur la partie orange, un salarié vient aider son collègue. Si le flux de barriques en transit atteint la partie rouge de la zone, un autre salarié est envoyé en renfort, ou bien la transmission de barriques peut être suspendue", explique Delphine Hubert. UN LEAN ADAPTÉ A LA TONNELLERIE Un autre poste va être à son tour concerné par des aménagements dans le cadre du Lean : le cerclage. "La mise en place des cercles définitifs des barriques après ponçage va être réorganisée. Mais avant de traiter ce poste, nous avons souhaité attendre l'arrivée de la nouvelle machine ponceuse-décercleuse", indique Eric Besson. Cet outil spécialement créé pour Boutes permettra un décerclage automatique des barriques (retrait des cercles de travail) et réalisera le ponçage. "La partie décercleuse est arrivée en avril et est entrée en fonction. La ponceuse devrait quant à elle être livrée en fin d'année", annonce le directeur de production. L'usinage des douelles, la chauffe, le stockage seront également au programme du Lean à l'atelier. "Nous mettons en place la démarche petit à petit, à notre rythme, et cela se fait naturellement, car le Lean relève du bon sens, remarque Eric Besson. Nous l'avons aussi appliqué à notre façon. Nous avons évité le jargon japonais, nous n'avons pas intégré dès le départ toutes les caractéristiques de la méthode. Il était nécessaire de l'adapter à notre activité. Contrairement aux composants utilisés dans l'industrie automobile, où le Lean est né, le bois que nous travaillons est une matière vivante, imprévisible, qui réagit différemment selon les conditions atmosphériques. Le bois n'est pas le même en période humide ou par temps très sec." Tous ces chantiers ont été engagés à l'atelier par le comité de pilotage et les salariés, avec l'aide de l'Afnor. "Le spécialiste du Lean qui a réalisé notre audit de diagnostic nous apporte ses conseils, son expérience, mais nous menons nous-mêmes les projets, souligne Julien Ségura, directeur commercial et marketing de Boutes. Cet accompagnement d'Afnor va se poursuivre encore pendant quelques mois. Avant son terme, nous réaliserons un deuxième audit afin de vérifier si tous les points d'amélioration prévus ont bien été atteints." UNE CHAÎNE DE PRODUCTION OPTIMISÉE ET DE MEILLEURES CONDITIONS DE TRAVAIL Les changements opérés sur plusieurs postes de la tonnellerie dans le cadre du Lean ont été concluants. La circulation des barriques de poste en poste a gagné en fluidité, et l'ambiance de travail est plus sereine. Après quelques semaines de rodage, les chantiers engagés au sein de la tonnellerie ont donné des résultats positifs. "Notre application du Lean a apporté plus de clarté dans l'atelier, constate Eric Besson, directeur de production. L'optimisation des espaces, notamment de rangement, les zones bien délimitées permettent une meilleure circulation des barriques." "Le flux est aujourd'hui mieux organisé, le cheminement des produits mais aussi des salariés est plus fluide. Le Lean est un facilitateur de travail", ajoute Philippe Trouvé, responsable Qualité, Sécurité et Environnement de Boutes. Les tonneliers ont bénéficié très vite des effets de ces évolutions. "Les opérateurs travaillent dans de meilleures conditions", note Eric Besson. "Nos actions pour optimiser la production ont également concerné le bien-être des salariés et la lutte contre la pénibilité", indique Delphine Hubert, chargée avec Philippe Trouvé de développer le Lean chez Boutes. Les manipulations inutiles, dangereuses, les déplacements superflus étaient dans la ligne de mire du comité de pilotage. "A présent, les salariés n'ont plus à se déplacer d'un endroit à un autre et dans l'urgence. Ils sont beaucoup plus sereins", poursuit Philippe Trouvé. "L'ambiance de travail est différente. Avant les ouvriers étaient souvent 'le nez dans le guidon'. Aujourd'hui, la nouvelle organisation leur permet d'avoir une meilleure vue d'ensemble des différents postes, des stades de fabrication des barriques. Les problèmes sont ainsi plus rapidement identifiables, ils peuvent mieux anticiper, et réagir plus vite", détaille Eric Besson. ENTRAIDE ET COHÉSION La gestion des difficultés avec le Lean fait la part belle à la solidarité, et c'est aussi cela qui contribue à la sérénité des ouvriers. "Ils savent que s'ils ont un problème, ils vont s'organiser entre eux pour trouver une solution. Ils s'entraident. Si l'un d'entre-eux constate que le nombre de barriques en attente au poste amont est bien supérieur à ce qu'il devrait être, il va aller voir si son collègue n'est pas en difficulté", explique Philippe Trouvé. "Le Lean permet de fait une meilleure cohésion du groupe. On ne se passe plus la 'patate chaude', on n'évince plus le problème, on l'affronte ensemble", résume Julien Ségura. Une philosophie et une sérénité qui ne peuvent qu'être bénéfiques à la qualité et à la production pour Eric Besson : "les salariés travaillent mieux lorsqu'ils sont moins stressés, et cela est payant au niveau de la productivité". BOUTES #23 SPÉCIAL LEAN UNE NOUVELLE ORGANISATION DU TRAVAIL À LA TONNELLERIE Les tonneliers de Boutes pratiquent désormais le Lean depuis plusieurs mois. Leurs espaces de travail ont été optimisés. Des aménagements ont été réalisés pour éviter les manipulations inutiles, et des repères visuels ont pour but de prévenir les engorgements. Depuis l'automne dernier, un vent nouveau souffle sur l'atelier de tonnellerie de Boutes. Avec la mise en place du Lean, l'agencement de l'espace et la disposition des postes ont été revus. Avec un mot d'ordre : rationaliser et clarifier. "L'un des principes fondamentaux du Lean réside dans la règle des 5 S, indique Delphine Hubert, chargée avec Philippe Trouvé d'appliquer la méthode chez Boutes. Le Lean est né au Japon et ces 5 S font référence aux mots japonais commençant par S et désignant la rigueur, le rangement, le nettoyage approfondi du poste et son entretien quotidien. Ces actions ont pour but d'éviter les goulots d'étranglement le long du processus de production et d'éliminer tout ce qui peut entraver le flux des matières premières, des salariés et des informations." "Dans un lieu de production, il y a des objets et des éléments qui ne servent à rien, des encombrants, du matériel par exemple qui au final n'est pas utilisé, explique Philippe Trouvé, responsable Qualité, Sécurité et Environnement chez Boutes. Le Lean consiste à ne laisser dans l'atelier que l'essentiel, l'utile. Nous avons ainsi éliminé les sources potentielles de pertes de temps, en rapprochant notamment des outils pour limiter les déplacements des salariés. Nous avons aussi diminué les risques pour leur sécurité, en faisant en sorte par exemple qu'ils n'aient plus à entasser les fûts en hauteur, ce qui était dangereux." Aucun changement n'a été apporté aux méthodes de travail des tonneliers. "Nous leur avons seulement simplifié la vie sur leur poste, en libérant de l'espace, en rangeant ce qui devait l'être, en créant des zones bien définies et des repères visuels. Des marquages au sol ont été réalisés pour que le salarié se place au mieux à son poste, pour une meilleure ergonomie. Nous avons mené des études approfondies poste par poste en prenant en compte les spécificités de chacun et les temps de cycles des machines", poursuit Delphine Hubert. Le comité de pilotage (formé par Julien Ségura, Philippe Trouvé, Delphine Hubert, Eric Besson, Ludovic Lecavellier et un intervenant d'Afnor) a ensuite émis des propositions soumises aux salariés. "Les réorganisations de postes se sont réalisées avec les ouvriers de l'atelier. Nous leur avons demandé si tel ou tel élément leur était utile, nous avons évalué ensemble le nombre de barriques à traiter par poste sans que cela génère un encombrement trop grand pour permettre une bonne circulation des fûts dans l'atelier. Si sur un poste l'espace délimité pour 20 barriques est complet, cela signifie que le salarié ne parvient plus à absorber le flux. Il est alors nécessaire de vérifier s'il n'y a pas un problème. Un ouvrier peut ainsi être amené à aider son collègue", détaille Philippe Trouvé. DES ÉVOLUTIONS POSTE APRÈS POSTE Plusieurs postes de la tonnellerie ont été repensés selon les préceptes du Lean. "Nous avons ciblé dans un premier temps ceux où les problèmes d'engorgement étaient récurrents", souligne Eric Besson, directeur de la production. Des documents présentant les nouvelles orientations ont ensuite été produits par Delphine Hubert. USINAGE DES FONDS : ce poste consiste à profiler les douelles qui vont constituer le fond de la barrique, afin qu'elles s'encastrent de façon optimale . "L'espace de travail sur ce poste est réduit, mais nous l'avons optimisé. Pour faciliter la tâche du salarié, des tableaux ont été disposés, une console informatique a été déplacée afin qu'il n'ait pas à se déplacer pour consulter la fiche des spécifications demandées par le client, commente Eric Besson. Des marquages visuels au sol ont été réalisés. Une fois terminées, les pièces de fonds usinées sont mises dans des bacs. Lorsque les salariés prennent un de ces bacs pour les emmener sur leur poste, ils doivent le signaler. Le responsable de secteur est ainsi informé en permanence de l'encours des pièces en attente". ÉTABLISSAGE DES FONDS OU FONÇAGE : il s'agit du poste où sont mis en place les fonds des barriques, dans ce que les tonneliers appellent le jable, cette rainure façonnée à l'extrémité du fût. "Ce poste est le premier que nous ayons traité, ils nous a permis de tester ce que nous souhaitions faire avec le Lean", commente Delphine Hubert. "Nous avons délimité sur ce poste deux zones, note Eric Besson. Désormais une zone est dédiée au stationnement des fonçures de barriques en attente d'utilisation. Une autre zone concerne les barriques pas encore passées au fonçage. Celles-ci sont disposées derrière un repère au sol qui permet à l'opérateur ou au chef d'atelier de donner l'alerte : en cas de dépassement de cette limite, un salarié vient en renfort pour aider son collègue et éviter un engorgement." BILAN DU LEAN CHANTIER 5S - POSTES BARRAGE ET LIAGE + STOCKAGE EMBALLAGE STOCKAGE MATIÈRE PREMIÈRE ZONE DE RANGEMENT MISE EN PLACE D’UNE ZONE DE STOCKAGE DES CERCLES BOIS (découpée en 3 zones : cercles bois de 7 - 8 - 9 et 10 pouces) MISE EN PLACE D’UN SYSTÈME ANDON Système d’alerte permettant de visualiser à n’importe quel instant l’état des en-cours MISE EN PLACE D’UNE ZONE D’ATTENTE POUR LA RÉCEPTION DES EMBALLAGES POSTE BARRAGE ZONE 1 en cours de remplissage = FEU VERT Z3 Z3 ZONE 2 en cours de remplissage = FEU ORANGE ZONE 3 en cours de remplissage = FEU ROUGE POSTE LIAGE ZONE 1 attente liage (4 fûts) = FEU VERT ZONE 2 attente liage = FEU ORANGE ZONE 3 attente liage = FEU ROUGE Z2 Z2 Z1 Z1 * STOP * ATTENTION * TOUT VA BIEN