LA CONTROVERSE                             DEL APOST()UCITI~ ilES f:GLlSrs BE FIL~CE               AU XIX c SIl~CLE       ...
DU ~I1~:~IF A UTI~CRLes Origines de lÉglise dAngers. - La Légende de saint  René. - LaY;i1, :. (;oupil. 1l0YClllhlcl!lOI. ...
LA CONTROVERSE                              DELAPOST(}UCITI~ nE~ f:GLlSES BE FILCE               AU XIX c SI~;CLE         ...
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LA CONTROVERSE                          ilE  LAPOSTOLICITÉ DES ÉGLISES DE FRANCE                  ,U XI" srkCLE   On grand...
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20     LA CO:TROVERSE DE LAPOSTOLICITÉ DES ÉGLISES       tique. les bonnes traditions de la science du passé. Pour les    ...
~1.   FAILLON	                         21          observations de ce prélat est Jailleurs diminuée           par les fait...
22   LA CO:;TflOVEnSE DE L ArOSTOLlCITI~ DES I~GLlSESfemmes se sont tlouves parmi les protestants oules catholi(FICS suspe...
~1.   FAILLa;;                       23      parce quil y disait que le sentiment de ceux qui      distinguaient trois fem...
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LtCOLE DE SOLES)!ES                          27   siècle se trouvaient malmenés dans ce travail, à   tel point que dom Gué...
1-11, 1~1;                                    28        LA COlTROYERSE DE LAPOSTOLICITIt DES ÉGLISES: 1i     i i          ...
LA THÉOLOGIE Di IIlSTOIlE                          2()               songe quils ont ébranlé la moitié de lEurope ct, aujo...
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LÉCOLE DE SOLES1E5                         31       englobée dans le bloc dune réaction entraînée il. la       résoudre de...
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LA THÉOLOGIE E:i: HISTOmE                   33                                        à      de reporter cette prédication...
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l­                        )[AXnIlSTES                   i);)   dédaigneusement ln révision du procès des légen­   des. Cer...
,-----­     36	 LA CO!TnOVEnS8 DE LAPOSTOLICITÉ DES ÉGLISES,"    Christ et contre son Église (1). )) Il a tort quand il~I ...
)l:DlSTES                          37                    ùes bréviaires ne sont pas alltériellles aux p~ion­              ...
CHAPITRE III                                   (1850·1857).        PllOGllÈS	 OF. LA 1l1::ACTlO:i A:TICllITlQUE. -   DO~1 ...
40   LA CONTROVERSE DE LAPOSTOLlCITÉ DES ÉGLISES         autres partis (1). La presse quotidienne et hebdo­         madair...
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o         42   LA CONTROVERSE DE LAPOSTOLIClTÉ DES ÉGLISES        Les conclusions de :M. Faillon allaient en se     vulgar...
~ ;+~; -                                .   ..                                          DO)! PIOLlN                       ...
4,1   LA CONTROVERSE DE LAPOSTOLICITÉ DES ÉGLISES   Lénorme ouvrage de M. Faillorten avait plusimposé quil navait convainc...
LA LITURGIE Db: LDIOGES                    45       ..                                                                    ...
,lB   l"A CONTROVERSE DE LAPOSTOLICITÉ DES ÉGLISES              Congrégation décida « ue lÉcrlise de Limorres ,J;	        ...
.,                       LA	 LITURGIE DU   ~IA;-;S         47        accompagné dun prêtre. I.!!.!:iQe~ et dun diacre,    ...
J8    LA COlTTIOVEIISE DE r:APOSTOUr.lTt DES f:GLlSFS          Comme le chapitre du ~Ians sétait appuyé sur      lolïnge ù...
r:,tc(ll.F. nr,; SOIYSIES                 ·1 )            étnient condamnl~s, non seulement dnns leurs            entrepri...
Albert houtin-la-controverse-de-l'apostolicité-des-eglises-de-france-paris-alphonse-picard-1903
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Denys l'Aréopagite / Dionysius the Areopagite : the "Lost" Christian Church of the first three centuries (Coronis, Sumaries VII) is to be searched for and found in Western Christianity... (... Dionysius the Areopagite : the Genuine Doctrine and tradition of the Church).

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Albert houtin-la-controverse-de-l'apostolicité-des-eglises-de-france-paris-alphonse-picard-1903

  1. 1. LA CONTROVERSE DEL APOST()UCITI~ ilES f:GLlSrs BE FIL~CE AU XIX c SIl~CLE PAR ALBERT HOUTIN TROISIÈME ÉDITION HI:"I:i: El :l·/;.IE~Tf:T. 6~~ PARIS ALPHONSE PICARD & FILS ~.!I RCE nO~.·r.HTt::f 8"1 1903
  2. 2. DU ~I1~:~IF A UTI~CRLes Origines de lÉglise dAngers. - La Légende de saint René. - LaY;i1, :. (;oupil. 1l0YClllhlcl!lOI. Ill-S. ïG pp. lI:x : ~ II. hUH:S n1I1STOlllE ECCU::SI.STJ(~UE sun LE XIX" sli:CLI:Dom Couturier, abbé de Solesmes. - Angers, Cl~lm;IiIl cl G. Grassin, lUC du COlllcl. In-1S, 3~1 pp., ;IYCC pOltrail. - Prix: 3 fI.Le Petit Séminaire Mong<lzon. Essai puhlié dans la Se/llai/II religieuse du diacise d..ln(Jcrs ÙC janyicr il noycrnbre 1900.Un demier Gallican. Henri Bernier, chanoine dAngers. Essai pub1i) dan,; la lier·uc de lAnja·u de Iloycmbrc 1~!)S il flHier lPOl. - :lG4 pp. - Lc tirage :l part ncst pa., dctn,; le CùmmelCc.Lettre il dom Chamard sur un dernier Gallican. - ::;;; aottt 1901. - Chcz lauteur. In-S, 2G pp. - Prix: 1 fr.La Question Biblique chez les catholiques de France au XIX· siècle. - Deuxièmc ldition, rCYlie ct augmcnt0e. - Paris, Picard, noycmbrc 1802, in-S, ly-3ïS pp. ­ Prix: 4. fr. o
  3. 3. LA CONTROVERSE DELAPOST(}UCITI~ nE~ f:GLlSES BE FILCE AU XIX c SI~;CLE PAR ALBERT HOUTIN TROISd::ME ÉDITION Hl:tï: 1:1 ;l"I.ll:."Ti:T: 6~j~~ ,.~~~..., PAfiIS ALPHONSE prCARD & FILS ::;~, rU;I~ nO:AP.ITl::, 82 1903
  4. 4. Il (aut énergiquement seffolcel de léfi/ter lesmensonges ct les faussetés, Cil reCOlllant aU.r:SOli lces; ayant sUltoat jJlésent (( lesprit « qIlela fJle/l/i(:le lo: de lhistoile est de ne pas osermcntll; la seconde, de ne pas craindre de d:rellai; Cil Oli/IC, qlle l histOlien Ile fJlêle ail soupçonIIi de flatterie ni danimosùé )J. Lcttle de Ll~O:" XIII SUI /lI i:;/oilc, 18 août 1883. INSTITUT CATl-IOLtQUE DE PARIS
  5. 5. LA CONTROVERSE ilE LAPOSTOLICITÉ DES ÉGLISES DE FRANCE ,U XI" srkCLE On grand progrès intellectuel, toujours lent, estgenàalemcnt nécessaire pOllr faire admettre auxinll~rcsses une vérite historique qui les dépouille delégendes flalteuses. Ils ne sacrifient quavec peinede glorieuses traditions, surtout quand elles les ontLercés. Ils naiment point à discutee les moLiles deceux fJui les leur transmirent ou de ceux fJui lescreèrent. Le Lesoin de tout expliquer, la crédulitéavec laquelle se répète lu version reçue, la facilitéde rendre vrai, en le croyant, lobjet de ses désirs,font accepter naturellement les récits teuditionnels.Les premiers critiques de toutes les nations passentpOUl des impies et des malfaiteurs; et même ceuxqui, dans le fond, leur donnent raison, lestent sou-vent sous le charme des croyances explifJuées et
  6. 6. Ô L CO::TROVERSE DE L.~ POSTOLICITÉ DES ÉGLISES démolies. On répète volontiers ce mot de Tite­ Live: Datur haec veilla anliqui/ali, IItmiscendo Ill/mal/a divinis, pIimoldia Illbillm allgllstiola faciat. ?liais si, pour imprimel il la naissance des cités lin caractère plus auguste, les anciens y c .-.; mêlai en t des interventions sa.crées, le j)rocédé ne { sest point perdu avec la ruine des royaumes et des divinités classiques. Ailleurs ct plus tard, villes ct pays ont aimé il rattacher leurs commencements il fJuelque héros profane ou religieux. La passion lIes nobles origines il longtemps sévi. Quand lima­ gination populaire nétait pas assez puissante pour dever un monument grandiose, le0ic~s des lettrés y suppléaient par la suite, il tel point que leuI œuwe, commune ou purement person­ nelle, édifia de véritables sanctuaires nationaux, vénérés longtemps encore après avoir été sapés "C--l .. ~ par a cll!Jque. J u V siècle, on osa déclarer les Francs dorigine C troyenne. Lidée fit fortune. Elle trouva de nom­ breuses preuves et des lignées de partisans. Les caus.es qui accréditèrent en France cette préten­ tion assurèrent dans dautres pay~ le succès de semblables inventions. LEspagne fit remonter son histoire jusquil Japhet, la Grande-Bretagnejusquà I3rutus, petit-fils dEnée, lÉcosse jusquà Fergus, « le chevalier au bel escu ))~ Ce ne fut que peu il peu que lon se détacha de ces fables. ~ Sous Louis XIV, en 1665, un magistrat éclairé des Grands-JoUls dAuvergne témoignait encore,1
  7. 7. LES CO~DrE"CDlENTS DE LA CRITIQGE 7 dans une harangue solennelle, cc quil était bien à déplorer que les gentilshommes de la province, issus du sang des Troyens et des Romains, eussent dégénéré de lancienne vertu de leurs ancêtres. » Si lorateur avait voulu se mettre en frais dérudi- tion, il cùt sans doutc pu dire le nom des Troyens fJui devinrent AUYeIgnats. A cette époque on pou- vait encore le savoir. La ville de Xanten, au duché de Clèves, garda longtemps la mémoire de son fondatcl1l, le prince Franeon, échappé ft la destruc- tion de la très noble cité « jadis fondée en Frige ». "u commencement llu XVIe siècle, Jean de Bour- digné, auteur des Chroniques dAnjou et du Maine, raconte cc comment aplès la finale destruc- tionde lloye la Grande, une bande de Troyans, pour lors appelez Angions, arrivèrent au pays dlnjou et édiffièrcnt de l/OWerlU la ville dAn- gicys ». Il faut remarquer la précision de ce cc de noùveau ». 130urdigné ne doit aucunement exagérer lantiquité profane de sa patrie, étar.t donné la modération dont il fait preuve en traitant de lOli- gine de son catholicisme. Au lieu didentifier le fondateur de son église, saint Julien, avec Simon le lépleux, comme des Manceaux du moyen fige (1), le digne chroniquéur dit simplement: cc La foi de :otre-Seigneur fut, pal monsieur Sainct Jullian, évesque du Mans, appoltée en Anjou et au jlieine,/ (1) Simon le !lpreux a <"lé dailleurs dispulé au Mans par cert10ins auteurs qui en ont faille fondaleur du siège de 11aguelonne (établi seulemenl au l siècle), . ,
  8. 8. 1;lI!1r 8 LA C01TROYEI1SE DE LAIOSTOLIClTt DES tGLISES du temps dc monsieur sain ct Clément,~e qua- trième. Lequel benoist Julian (comme lon treuve ès vieux panehartes et enseignemens de lÉglise du JI ans) institua premier évesque dAngiers ung nommé Deffensor. » De toutes ces notions, Dounli- gné pouvait conclure avec joie que son pays nétait « en spiritualité ou temporalité à postposer à autrc région ». LU siècle suivant, un bénédictin dAnjou, mort vers 1676, clom Barthélemy Roger, écrivait lhistoire de sa province. Il déclare trouver dans le liYIe de Dourcligné bien des choses douteuses, hors dapparence, et va même jusquà qualifier le voyage des Troyens de pure fable. Toutefois, adoptant lopinion du chroniqueur quil critique silibrement, il lui parait assez vraisemblable quAngers « ait été bùti environ le temps de Sarron », troisième roi de Gaule ct second successeur de Samothès, sur- nommé Dys, !ils de Japhet. Le religieux sempresse dajouter: « Mais je nose pas vous présenter cela comme une vérité historique». Cette scrupuleuse résene est un progrès. On trome également une nouvelle position dans la manière dont Barthélemy Roger recule la prédication de saint Julien jusque vers lan 235, sous lempire de Gordien. Que les traditionnistes naccusent pas pour cela le moine davoir des tendances hypercritiques ou janSé- nistes. Si son opinion SUI lantiquité profane de sa ville ne le mettait pas complètement il labri de ce reproche, il suffilait pOUl galantir ses prin- cipes de rapporte) la façon dont il raconte, à propos 1 INSTITUT .CATHOLIQU& DE PARIS
  9. 9. LF:S CO:>DIE:CE:>IE:-iTS DE LA CRITIQUE 9 de saint René, une polemiq1le du sieur de Launoy, doctem de Sorbonne (1). Quelque pénible et lente que soit lextirpation des legendcs profanes ou religieuses, les premières ont au moins cet anlntage SUI les autres de pouvoir disparaître complètement. La Suisse elle-même né croit plus il Guillaume Tell. Les peuples arrivent toujours il sentir le ridicule des prétentions fabuleu­ ses ct, si le chauvinisme dccrivains dimagination ou le conservatisme de certains orateurs sobstine il les acceptel, ne sont dupes que ceux qui veulent bien lètre. Quand ~I. de :ovion parlait aux Grands-Jours dluYelgne de lorigine hcroïque des gentilshommes de la province, lhistorien de ces assises disait déjà sceptiquement : (( Cela nest appuyé que sur lautorité de Lucain. » Le? Icgendes religieuses ont la vic Elus dUl.e, ct Il1Ime illeurallive cie ressusciter. Une renaissance de foi, un rcveil de pieux enthousiasme, une réac­ tion dogmatir{lle, les font reviyre, quand on aurait pu les croire mortes il jamais ct depuis longtemps. ,:Iors il ne sert guère de dire le peu dautorité de leur fondement, ou mème den expliquer parfaite­ ment la genèse. Le récit légendaire, jadis mêlé indirectement à de saints enseignements ou à des ("1) Vo~·e7. DarltJ....~oger, Histoile dAnjou, pp. ·H-/l5 ;,Houti~) Origines dêtEglise-d..Inge,·s, p. 70. - Pour le fond cre lùOiilro­ erse à la nn du Xll siecle, "oyez particulierement~biïw.e-1(ch~noine de Saint-Gaudence, au diocèse de Comminges, Nou­l velle dissertation loucha/lt .le temps auquel la "eligion chrétienne a été établie dans les Gaules (Toulouse, 1703, in-16, 323 p.p.). 1. ~ .~:::
  10. 10. 10 LA CO:TTlOVrmSE DE LAPOSTOL1C:lTl~ DES I~GLlSES pratiques liturgiques7 apparaît comme un préten­? C; dant intéressant qui réclame contre un bannisse­ " ment révolutionnaire et proteste contre toute . proscription.lllCette attitude ______ _ pour laccoler suffit déjà __.~_ f t des partisans parmi les têtes extravagantes et les cœurs sensibles. Quand les pretentions sappuient sur des titres apparents et colorés, res recrues peuvent devenir nombreuses. Elles affirment que, dans le défrichement historique, on a procédé de gaieté de cœur, coupant et tranchant à plaisir, devenant hypelcritique à force de critique. ~~s révisions de nombreux procès sengagent forcé­ ment, entrainant par lobstination des partis d.~­ menses gaspillages dénergie. Narriye-t-il pas que linadvertance et la passion solidarisent Lien des causes quune Lonne logiqué- devrait soigneusement et froidement distinguel ? Lappel est-il toujours) ~ { gagné? ie prouve·t-on pas parfois que la cause ) fut LeI et bien réglée, mais encore que ces juges - quon taxait dexagération ont été non seulement modérés, mais trop indulgents et même faiLles?
  11. 11. .,.., .It (( ~ ::- A. / .) ---- / ~Q. IJ- e- ?" y_ tv-:, - L... ,.,L t, ) , ~ pr{z- , ~ ~ ,;/. J"".A, oP""" ,1 - ---­ CILPITHE rHEJlIIŒ (1800-18/12, 1::1A1 IJE 1.. QI·ESTlO.i .1 CO.I.IE:ir.DII·:.i1 Ill XIX ~Ii·:c:u:. 1.. I.I1TIlr.IE. - LES 1::Tlï)I·:~ l·:CCLl::~L;;TI!n:S. - u: ~I()U E~IE.i1 1l0.L:iTI!IE. - I.E ~U.IH:IE:i F.1l.l.0:i ET I.E .I.IIQrIS IJE 101111.. - 1I1::.C1!lJ:i C..TIIOLl!U: .:iTICII ­ nOL:!:. .. >(,v ? , / - - "-1 <JI ~,(;-:, .. / / Au commencement du XIX C siècl;;: le sentiment -" _./ ? (cOmmunément admis sur létablissement des pre­ 1 miers évêchés de France les faisait remonter, pour la plus grande partie:- seulement au I1I C siècle. Cette opinion sappnyait SUI les travaux des . :: grands - érudits des XY1I c et x "III" siècles. ~ On reconnaissait s-énéralement quïls avaient établi un solide système chronologique t;t dégagé lhis ­ toire des légendes~du moyen ftge. Conformément J à ces données, les :ngevins, par exemple, ne reportaient pas au deb du milieu du IV C siècle la mission de leur premier évêque Defensor. Ils navaient pas pIns lidée dantidater leurs origines chrétiennes que de remonter leur généalogie pro­ fane au delà du temps de la Gaule celtique, quand les Andes occupaient à peu près leur territoire.
  12. 12. ru­ c 12 LA COiOTflOVEflSE Df.. L,POSTOLICITÉ DES ÉGLISES ~~ ~ rJ (Toutes les régions ....de la France avaient fait de même le sncrifice de leurs_ancicnnes prétentions. "" Il est facile de le constater dans les bréviaires diocésains alors en usag·e. ~ Ils anient été élahor6s.. .âï:i x~~~-Bn dévo ­ tion, ~olTlme en morale, on allait 0. cette epofJue1.u plus sùr et lon croyait avoir assez de ,matières de gloire et dédification pour se passel-de miracles () JI apocryphes ou problémati(Iues.~On corrjge_~nc J rigoureusement les leçons litlllgique~Le~­Ù (siens+sacrifièlent laréo agitisme de saint D~s,.~, , dont on fixa la mission <Hl IJ1C si(c e. Les Prmn­ çaux distinguèrent entre :larie de Béthanie et la :ladeleine, sans les rBvendiqllcl comme apotres. Les :lanceaux adopti~rent pleinement le système grégorien CIui les prive de lhonneur davoir été évangélises au lor siècle. Ln seul diocèse, peut- I~ètre, lesta fidèle il ~a tradition: celui d~oges. 1 ~ on b](~inile de 1783 proclame encore saint 1_ la lliai disciple de saint Pierre, mais, chose lemarfJuable, en repoussant lapostolicilé de tou­ tes les nulles églises. Traditionniste pom soi, critique pour les autres: la position nest pas unifJue (1), ni surannée. Dans un grand pays, en (1) Le B"éviaire de Limoges (li83) qui affirme si forlement laposloli<2té de slint ~111:.lial. évile 50igncnsement, dans la courie leçon quil consacre à saint Julien, Ionie 1ueslion de date; mais, dans son calendrier, il le place au IJI ou au JV siècle. Le B"é­ viai.·c dAnge", (Ii3i), qni se montre Irès sage dans la légende de saint ?llartial et en refuse une il saint ,Julien - il le célèbre seule ­ ment avec un sermon de saint Jean Chrysostome, - emploie une critique bien moins rigoureuse dans les leçons de son saint René.
  13. 13. ----- _ .... _._-_. -"-"~----~--------"--~--~- LA UTl-nGll: 1:1 lIESr~ne, de nos joUls même, chaque pI..oYincet f!1 ---- J~ dé end encore srs fastes léfjendah~In --­ entrain égal seulemcnt il celui [lYCC lequel elle combat les prétentions de tous les diocl~ses yoi­ sins (1). Pour sayoir il quoi sen tenir sur une question locale. il faut consulter non pas les élll­ dits de lendroit, mais les dudes écrites et publiées aux alentours, Sur la question de saint :Iiirtiril, les Églises de Fr<lnce rendaient leurs procl~oés <lUX Limousins. Ceux-ci nétaient pas dailleurs entle eux dans une entente complète. Cn des collabora­ teurs de lHistoirc littérairc fut labbé p~et, chanoine théologal de léglise collégiale de S<lint­ ~Iarti<ll oe Limoges, ce lui nempêche p<lS les bénédictins, ses amis, de mettre résolument le prètenou <lr)("re au III C siècle, Les liYles liturgiques dont, au commencement du XIX C siècle, se senait le clergé· ne rOl~y~ient d~l~ contr~ll~l quale maintenil dans les opinions scientifiq~s;-ll était à penser que, oesormais, les ecclésiastiques qui feraient profession dérudition, tout en contrôlant soigneusement les assertions oe leurs deyanciers, ne sécarteraient point de leur Les jlance3ux du moins neureilt pas deux poids et deux mesures et ne traitèrent pas leurs légendes différemment de celles des au t res égl ises. III Les Espagnols ont des « traditions» comparables à ccll~s.je Jrs JI Fr~.!li.e:. il~ réclament particulièrement une. m~ssion de sellt~è- ques, dIscIples de salOt Jacques ct sacres a Home par sallll I~e : Torquatus à Cadix, Eu.phrasius à Andujar, Tesifon à Berja, Indalecius il Almeria, Secundus à Bilches, Caecilius à Gre­ nade, IIesicius à Tarifa,
  14. 14. { 14 LA CO:-lTIOYEHSE DE LAPOSTOLJClil~ DES ::GLISF:" ", ligne et rempliraient les cadres historiques quils ilvaient tracés.-- Daus lassentiment général qui semblait rester acquis aux conclusions des san~ts ~e2_~C:~IX siè­ cles antérieurs, lobservation peut cependant noter des points inquiétants. Le cleJgé ne se rend plus compte de la quantité de travail que ces conclu­ 1 sions on t coù té, ni dela sùre té de la méthode qui les garantit: ..près la Révolution, les prêtres, peu nombreux et point ~i~hes, ne possèdent ni les loi­ sirs ni les ressources nécessaires aux solides et aux grandes études, Ils vont il ce quïls considè­ rent le plus pressé, il ladminislration des sacre­ ments et à la reconstitution du temporel. Frottés de latin et de théologie, ils jugent lhistoire comme lin luxe. Ils revivent les souvenirs des éVI~nements extraordinaires de lEmpire, ils regardent la lutte des progressistes et des réactionnaires sous fa nestauration commeSous la monarchie de Juillet, sefforçant dêtre utiles il. leurs amis dans la mêlée. Les siècles anciens leur apparaissent nguemellt écoulés selon lordre providentiel. POUl les ques­ tions subsidiaires comme pour les capitales, ils ~n..!îelon les intérêts de caste, léconomie du dogmatisme, et un criterium très délicat, « le sens "c..al"b.Q]ique». l3ien plus, comme à tous ceux qu;-;;-i1t souffelt, il leur est difficile dêtre justes et impar­ lif!, , tiaux. Ils s~spectent nombre des ~dées gui o~u r .~ y...t.-, If c0J:1rs avant la Révolution. Ne-.-DLurai~nt-e.!ks (/(3-Ir 0 POInt préparée dans une certaine manière? 1Iême J
  15. 15. LE ~:O[jE~IE"T nO~L:T1QCE 15 les décisions critiques comme les opinions philoso­ phiques semblent à quelques. uns deyoir C:tre reyi ­ sées. On ne songeait poin t encore il, réyol u tionner~ lhistoir~ ecclésiastiq~e pal I~ re~.tJlU1:a1içw_~_tOU-)) tes le.:>J(~gendes ou 1 apologIe de 10u$ jçs papes; mais quelques-uns déjà prennent le chemin de la fl~action. En 1824, le Brùiaire dAngers consa- crait trois leço!!.s pleines de merveilleux à son apocryphe c;;in_~~0 que les liturgistes du(XïJlC sièc)e avaient réduit à une comte légendeI!-redigè-e a,-ec beaucoup de prudence. L~ditions -J du moyen tige de"Cnaien.!.-~ la mode en religion comme en littérature; ceux qui ne les aimaient pas les acceptaient pour faire comme tout le monde. En 1820, Baour-Lormian,"de lAcar1lmie flan­ çaise,~ constatait ayec étonnement la faveur dont jouissaient les anciens récits: Le bon Yieux Lemps est le seul poéLique, Sil faut du moins en croire lin nomantique, Et sur cc pointil peut ,loir raison; . Le bon vieux Lemps nous fournit il foison Des souvenirs un tant soit peu burlesques; ~lais après tout, fiers et cheyaleresques ... (1) E:t comme les cc contes bleus» étaient c( à lor ­ dre du_ jour )), il lui prit aussi fantaisie cc de se tremper de cette poésie )). Lamennais, le prophète de lavenir, sinquiétait (1) Légendes, ballades et fabliaux, p. 3.
  16. 16. lf) LA CO:TfOYEfSE DE LAPOSTOLlCITÉ DES ltGL1SES de ln singulière littérature quon mettait en fuycur auprl~s des catholiques. Il écriyait un jour: On camp le extrèrnernenl, pOUl lanimer la foi, sur un line in,"dit du P,2uri.N quon Yient dimprimer ct de repandre partant: cest une histoire extIayaganlc des 1)o,,(~lIh, de 1.011111111, qui e:,t !Jien tout ce quon pannait imaginer de mieux ponr rendre la religion ridicule, et en r1llaclIel tous le,", igllo1lnts qni ontulle étincelle de raison; on y yoit cOlnmellt]e bon père donnait des soumets au dia­ hIc :,ur la joue de la rnàc prieure, ct comment, ayant ordonne ::u léYi:lIlIan de sc donner des coups de fouet, celui-ci fut .. , ]liI111é nll tir. Qne Dieu yiennc-<l_nolre aide, car tout cc qui sc fait, sc dit ou sécrit, est Slll~lll} h~I~l (1). -_._­ Quelques rares livres dhistoire ou dhagiogra­ phie ~~~osèrer~.~~.~~~~Ji.()ncontre lopinion rer,ue tonchant la date de lévangélisation Je la france" et de la fonJation Je ses anciens éyèchés. Lauteur de la première de ces publications et de celle qui, aHC le temps, Jeyait devenir très célèbre, était un prètre de la société de Saint-Sulpice, ~r. Fuillon, compilateur Joué de plus de patience que de cri­ tique. Originaire Je Tarascon (2), il croyait la 1 gloi~e cle sO,n pays intéressée. ft mainte~ir laffir­ i 1 matlOn de 1 apostolat de :Iane-MaJelerne et de ses ., compagnons dans sa provinë8."If prit, du moins quant li la substance du fait, la défense de la légende qui figure _ a~ bré~iaire romainLJe (1) Lettre il la comtesse de Senfft, 15 juin 1829, publiée dans Fargue" (lutIes posthumes, t. II. (2) Cr. Fie de M, Fai/lon, p"él>e de Saint-Stllpice, par lauteur de la Vie de M. Mollevault (M. Gamon), Paris, in·12, 1877.
  17. 17. )1. DE FOHTlA 17 ?9 juillet. Daprès cc récit, :Marthe, lIadeleine, Lawre et un grand nombre de chrétiens, furent entassés par les Juifs sur un vaisseau, sans voi· les, ni rames, ni provisions, et abandonnés à la mer. Dieu fit aborder le navire à ~Inrseille. Ils prêchèrent lénngile lInns la région et y _finirent leUls .iours~~ il la Sa.inte-Baum~,!-,azare) évêque de JInrseille, ~ à Tarascon, etc. Létude où JI. Faillon selTorçait de remettre sur pied la mission de Béthanie parut en 1835, en trois éditions simultanées, la première à lnsnge des habitants de Tarascon, la seconde pour la Provence, la troisième pom le commun des Français (1). Trois ans pIns tard, un membre de lAcadémie des inscriptions ct belles·lettres, le marquis de Fortia dUrban, sans faire aucune allusion au tla­ vail du sulpicien, sexprimait aussi avec une grande bienveillance sur les trnditions proven­ çales. Il admettait, daprès Grégoire de Tours, que la Gaule fut princip[llement énngélis(:e par une mission lIe sept évêques, vers 250, parmi les· (luels sc trouvait Trophime d.rles. « Il y a donc eu, remarquait lL d~ Fo!:Ji[l, un Trophime évêque dArles, lan 250, mais rien nempêche, si lon veut, dadmettre ln tralIition reçue lIans cette ville, que dès lan ~8 de notre ère, u_,!- autre lro­I phin~e_l}is.0pJ.e_d.e_.:"_ain~ ( paul, ait le premier p!:,.è­ ché la foi __ dans ce diocèse. » « On connaît la (1) Pour lc~ ouvrages qui présentent un intérêt particulier, voyez; Appendice I.
  18. 18. 18 LA CONTflOVEflSE DE LAPOSTOLlCITt DES ÉGLISES faiblesse des arguments négatifs. » N. de Portia, qui était dl,yignon, noublia point de relater il ln gloire de sa ville natale la Il;gende de sainte ~Iarthe. « Sa vie, dit-il, est racontée fort au long pal lhistorien des év6ques et arcllenrplCs d" vi­ gnon, où lon aSSUIe quelle Jlorta lIi:v[l1gile. La cathédrale de cette ville lhonorait comme fonda­ tricc, ct lon veut quelle ait élevé un monastère sur le roche où cette cathédrale est située (1). » Quant aux Hctions i.>eaucoup plus célèbrcs de sainte ~Iarthe il Tarascon, .1. de Fortia nen soume mot. Et cest ainsi que la première restau­ ration des légendes provençales scmble procéder de préoccupations de clocher, pluteH que de zèle scientifique.1 :u fur et. il mesure que disparaît le ..dç:.gé qui . ~t:::tudié av@JJ.~.Jl-~::.~~~tion, les algl~m~­ tions du genre de celles de ~I. Paillon ct du mar­ quis de Fortia rencontrent plus de faveUl, On séprend du style gothique et ceux qui entrent dans cc mouvement archéologique éprouvelü une si grande sympat1lie pOUl les légendes de cette époque quils semblen t en désilcr 11Iis torici té, Leur sentimentalité goùtele moyen lige et le très (1) ..1 nua/es de I1hi los.Q121/ieclndiewle, j lIillet-aoùtI83S (l. XlI), p. 9. - Dans le n" fJ,g des Anna/es de phiiMophie ch ..ilienlle (ill juillet ·18il.) la thèse hislorifjue s(tale encore: la mis~ion ùes scptélèfjues est plr1C<e vers 2!i5 et lon dit quen 257, ~aint Sixte II enlo:a une noulelle mis,ion. Les alllorÎII5 Sil l lesquelles on sappuie sont LonGlIcval et fléralllt-flercasleI."ün ignore encore une réaction," .
  19. 19. m~ACTlO; A:"T1CnITIQCE Hl nomcau. Lespèce de catholicisme laisonnable ct sec qui sappelait le gallicanisme leur répugne: ils sont ultramontains et Irurs chefs rêvent détablir Il le genre de dé"otion qui règne en JLa~l 1 Espagne. lis léclament aussi ce quils appellent « la science catholique H, ct mc~prisent, autant quils sen méfient, ceux. qlli croient ft la science tout court. Laquarantainc de yie de saints, la soixantaine de li,:res dhi~toire ~c_clési~-li~li se publient cbaquc alll~~e, trahit celte me~ialité ) nouveÎle, aussi surprenante pour les derniers galli ­ cans que pOUl ceux qui sont indifférents il la reli­ gion. Cn libre pensenr, Chades Louandre, se livrant en 1843, il un trayail de statistique biblio­ graphique, observait quil pad un tlès petit nom ­ hre dœuvres, « on ne trol!e guère dans cette sc:rie flue de pitoyables légendes, dignes, sous tous les rapports, de faire suite aux. histoires du prince Fortunatus et des quatre flls ;ymon. Telle est, du ~este, ajoU~e-t-il,. ,la pr?plnsion de ~elLains espritS) , ( a tout crOIl:e, (Ill on "lent d El puLber unC( truduc- )/ tion de la Légcndc dorée, queléglise 1 elle-mème LJ avait depuis longtemps-ïeléguée parmi les contes les plus apocrypbes )). Comme il imprimait sonIl travail dans la Revuc dcs DCIl,;; Mondcs, 1..ou<1n­ dre ne se gènait pas de conclure par une dure admonestation: ( La critiqne ~acrée, disait-il, la ~cience, lhisloire, ont· elles des lumières nouvelles il, espérer de Jécole ullra ­ catholique ?CeLLe école a pClju, dans la critique ecclésias­
  20. 20. 20 LA CO:TROVERSE DE LAPOSTOLICITÉ DES ÉGLISES tique. les bonnes traditions de la science du passé. Pour les questions scientifiques. elle a rélréci ses horizons en sen­ fermant flaus la glose, cl elle est reslée complètement. en arrière dela pensée modeme. Dans lhisloire. elle sc mon· trecrédule ~c()mme les légendaires, empoltée comme leso (ligueurs. Ce quclle sait"de posilif,"de TaVde précis: ellec: la appris de ceux môme qllelle combat. Quelle sail donco . recorrnai.s:;aQlQ..à légalCl des libres re[ls~urs: puisf)uelle a reçu deux linitiation. Pout aHlil le droit dêtre séèrc, J0 quelle slbc au moins jusf)uà leu! nircClu. En allenclanl. Q quclic les respecte comme ses rnailles (1). )) Les éyêques refusent encore de suine cc mou­ ycment légendaire, comme ils résistent au mouye­ ment liturgi(]llC qui passionne les cur,)s. En 18.16, lévè:fjue dOl!éan::, ~rgr Fayet, néprouve aucun emharras ù ranger tout haut ct très lestel11er~t. la mission de Provence pmmi ce quil appelle IQ..? - - - - - - - - dans le bréviaire --­ fables contenues .- romain: Léyê· que de Marseille, Charles-Joseph-Eugène de ~~d, proteste, il est Hai, mais il ne trOUye pour appuyer sa réclamation, comme il reùt désiré, aucun de ses collùgues (2). La yaleur des tl) rlcs ])Cll,C .fondes, n û du ·t" janvicr ·18J1.. p. 115-118. IIClllle (~) Cf. billon, .Hon. illéd., t. Il, col. 1063-1068, un cxtr;lit de la Jellrc de C.·J .-E. dc ~1"7.cnod. Ccltc JeUrc dalcc du 28 f;liicr 186 fut pllbli,~edans lcs ..Inn. cie lJhil. cll/";I., n û dc rn~i, t. XXXII dc la collcction. Bonnetty la fit pr{cécler cie ces lignes lui mar­ qucnt bien lesprit dc sa revue - clic contrilJucl:I puissamment il ia réaction ~nli·critiquc - : « P·ellve.~ rie la mission de ~aillt l La:ale ci .llal·seille, ~ous reccvons de ~l~r l,~vèque de ~I:lrseille 1 léclit sni"ant que nous publions dans nos Annales avec u!) 1 gr:md empressemcnt, dabord parcc quil reycndilue ponr la Pro­ 1 vcnce un de ses plus beaux titres dc r;loi.,c, cclui d;,,oir en pour fondalcur de son ]::glisc un disclplc de Jisus, clc., elc. Nous nous associons, du reste, de tout notre cœur ct dc toules nos sympa­
  21. 21. ~1. FAILLON 21 observations de ce prélat est Jailleurs diminuée par les faits de sa naissance provençale, Je sa liaison avec ~l. Faillon ct de lassUIance que M. Faillon lui avait donnée quil pourrait bientôt démontrer Phistoricité Jes chères légendes con­ testées. Douze années de recherches complémentaires, après sa premièle puLlication, permirent en effet au bon sulpicien Jc proJuire en 18~8 deux énon~es volumes de. 1500 et 161)8 colonnes, sans compter la préface. 1;autcUl ~cherclwit il"y établir, pre ­ mi~t lidentité de ~Iudeleine, de :1arie de Béthanie ct de la pécheressc dont parle saint Luc; deuxiememclü lapostolat de~ fondateurs tradition ­ nels de la foi cn Provence. La manière Jont Jl.Failion cxpose tout Jabord soa sentiment fait craindre quil ne soit prévenu (1); on nen Joute plus en le voyant déclarer que les premiers auteurs de lopinion contraire à lunité des trois I tbic5, au savant prélat, lui défend avec tant dc talent les tiadi­ J tions venérau/es de son antique E"lise, » P) « Il (le lJèJe du mensonge) se servit, pour attaquer la , (d~otion eners sainte ~Iadcleine, d~selt~ _~mi:scie~nce,.E.!:f;~Eljl­ 3: 1 1~j;_c-_eLtjrrléraire qui dcvait aboutir enOn de nos jo!!~_à_la l n~~ation absolue de 10ute.-reli"ion ~e. A la faveur dune fau!;.s.e érudition; les beaux esprits de la prétendue réforme com­ mencerent par jeter des nuages sur lidentité de sainte Madeleine avec la Péchelesse ct la sœur de ;"Iarthe, et finirent par relé~r i ~_E:!.I)iLdes faples les plus absurdes la tradition de son apostolat J jU~Jue-là si unherscllement respectée. Leur but ultérieur, quils ne Isslmuiaient pas, était de faire retomber la honte de ces pré ­IJ~ tendues erreurs sur lEglise catbolique, quïl leur importait de ( rendre ridicule autant quodieuse. » Monuments inédits, préface, p. IV (édition Migne).
  22. 22. 22 LA CO:;TflOVEnSE DE L ArOSTOLlCITI~ DES I~GLlSESfemmes se sont tlouves parmi les protestants oules catholi(FICS suspects de leU! llé](~sie. Il tait quedes écrinlins très orthoJoxes lont soutenue, a lnmèllle époque et depuis, en pOllvnnt invoquer lau­iOlité Je plusieurs Pères de lÉglise. Surtout ilsabstient de laisser voir, malgré ses intéressantsdetails sur le tr;Iail litUlgique, que si lidentifi­cation a triomphé, cest que les textes de saintGrégoire le Grand (lui laflirmeot ont été admisdans les bréviaires, « Le sentiment qui soutientlunité des ~laries, dit dom Calmct, est presquele seul qui ait dé re~u dans lEglise doccidentdepuis le VIle siècle: cest-a-dire depuis saintGrégoire le Grand. La possession dont on se faithonneur aurait été souvent troublée, si lon eùtétudié la matière plus il fond et unc moins de pré­ventions (1). )) Le savant bénédictin nindiquepoint, lui non plus, comme une source de létablis­sement de cette créance, lautorité liturgique duhréviaire romain et des bréviaires gallicans usantdu texte de saint Grégoire. Il ny a pourtant pasil. sy tromper, et Richard Simon lavait remarquéde sa manière piquante. « En 1535, raconte-t-il,les docteurs de la faculté Je Paris censurèrent uneproposition du bréviaire du cardinal Quignon, (1) Dom Calmet (Dis~ella(ion SUl les /)ois Jfalies) conclutainsi: « Ce ncst pas tant le nombre des sufTla~es que jon doitcomplrr ici que la forcc des raisons; cest dans rtl"angile quilfaut chercher la solution dc cette difficulté, üdl nous parait queles textes des évangélistes sont bien plus favorables à lopinionqui en admet ùeux ou trois, qu" celle qui les confond en une .... »
  23. 23. ~1. FAILLa;; 23 parce quil y disait que le sentiment de ceux qui distinguaient trois femmes était plus probable que celui qui nen melUlit quune ..... Ces docteurs faisaient passel pour une décision de lÉglise cc (lU ils lisaient dans lcur bréviaire ..... Une auto­ rité tirée du bréviaire ct même de ce qui sc prati· que plus communément dans nos églises, ne fait pas une décision. Cest un principe que llaldonat a établi judicieusement ..... quil faut prendre garde que lÉglise a ses opinions aussi bien que les particuliers, et (lue tout ce quelle croit, elle ne le croit pas toujours comme étant de foi (1). » Le line de :I.(fai~ reçut de ln presse catho­ lique"les louanges qu elle aime il décerner aux membres des communautés régulières et puis­ santes. Les critiques competents sy associerent avec !éserve en attendant un examen soigneux des deux énormes volumes. Sil ne sc présentait personne dassez courageux pour lentreprendre, louvrage pouvait rester suspect. Peut-être même sombrait-il dans linsuccès, si son apparition neù t été précédée de la formation dune savun te J école capable, à elle seule, de remettre victolieu­ seme nt su.r.-pied-.la. thèse .de l.upostolicité des É~lises de France. ­ (1) Richard Simon, Lc/.llcs choisies, J, p. 2ï4. Cr. ibid., IV,-;> p. 5"1. - Les adversaires de ce r:dsonnement remarqueront que ;l-Ialdonat le faisait a propos de rrmmaculëe-Conceplion. SlIr la posJ!lôiî de ce célèbre jésuite par lapport il ce dogme, cf. PIat, S. J.. Maldonat et lUnite)sité de Pa)is al~ XVII siècle, p. 351-304.
  24. 24. Oh ....... ... -_ _ •
  25. 25. fj.;.~ . "r ...... _. 1 1 CILPITIŒ II ! 1 . ! ,1 (1S37-1S~9) L(:CUU: nr·: SOLES~IES. - 1.. TIII::OLOl;n: E: 1IISI"Olll E . { . I.XDIISTES ET ~II:DIISTES. . Lc rcstaUlateur de lordrc bénédictin en fr:lIIcc, III d~l~~Guéranger, a dit dans sa vicillcssc : « Si je Il! valais la pcinc dètrc résumé, mn vic na été autrc 1 chosc quunc réaction contre ln tendance jansé ­ Il ) l nicnnc. » On ne pcut sexprimcr plus cxactement sürSOi-m(~mc. Ccpcndant, daprès un autrc point de YUC, on pourrai t encore a ppe1CI labbé de Soles­ mes le doctcur de la liturgie romaine, et ce titre lui parait, dès labord, assez incontestable pour quil ne soit plus nécessaire dinsister. Liturgiste et anti-jansénistc, il le fut au début de sa carrière quand, ùgé de vingt-cinq ans, il écrivait dans le li Mémorial Catholique quatrc articles où il établis­ i sait pour la liturgie la néccssité de préscnter, comme caractères distinctifs, lantiqu~té, luniyer­ salité, lautorité, lonction. Tous ce~ qui ~ent corrigé la liturgie du moyen âge, tous ceux qui en avaient critiqué les légendes, comm;t;us ~eux qui~éta-ient mêlés dcs 2
  26. 26. ~_ Il? Il -"=-f ~~~ r::~ -----.--. --­ 26 LA CONTTIOŒnSE DE LAPOSTOLIClTi, DES J~GLJSES ~ c~rove_lses de la grÙce dans le sens a~~s!iui~n)1 J3> devinrent ses ennemis personnels. Il chercha iJ les convaincre derreur sllr les terrains m0mes qui semblent étrangers il la liturgie ct au jansénisme. .-.ussi ne négligea-t-il aucune occasion de contre ­ dire ct de désavouer Tillemont, Fleulv, Ellies (~ , Dupiu, I~~~noy. Ë_9-illet. Jl-~ta sa~-~cesse de professer des principes quil semble croire OppOSI:lS aux leurs. Dès 1834, il (~criYait : /1 « Le génie des Baillet cl des Lrrnno.· domine encore, nOlis ne dirons pas Irr ~cielllc, mais les habitlldes relig-ieu­ ses. Le 1re III iCI sentimcnt qt!-ü fajJ. Ilailre chez un~r:llld J nomhre le récit du Illiiarle lst a (() lance; e Hal crr lali­ quc, au contraire. ~e sent toull!a1>()[(! iiiclinéÙ croire. lour Inl, la critique, taule nécessaire Clucllc c,1, est/a /01 Od;C1W; pOlir les autres, ln loi odiclIsl cestlo!Jligalion ,laùmettre "le prodige. Nous ledisons ùonc franchement, nous nous lan· 11 geons ouverlement du cûté ùes premiers (1). ) Dom Guéranger "ppliqua ces tendallc(~s ù la queslion des origines des églises. Elle était il létude dans le petit monastère, puisquon y reeueil- Iait les mat!~riaux dune histoire locale qui devait l être intitulée: AI/I/ales ecclésiastiques du dio­ cèse du lIfal/s, Lounage fut publié bien plus tard, sous un autre titre, par dom Piolin, qui utilisa les lecherehes de ses devanciers et entra dans le sys­ tème de limportante dissertation quils avaient esquiSSée sur lépoque de létablissement du chris ­ tianisme dans le lbine. Les cri0queSdu XYIIl e (1) Œuvres complèl~s du H. A .-J1. de Liguori, page xxxnll.
  27. 27. LtCOLE DE SOLES)!ES 27 siècle se trouvaient malmenés dans ce travail, à tel point que dom Guéranger voulut le laisser mûrir et prit le temps den préparer la publication. On fit la manifestation de ses principes directifs dans Ull ounag? similaire, publié en 1837, sur les ( Oligillcs dc lEglisc Romaillc. On y avouait la rùaction contre les savants des deux derniers siè­ cles, mais sans oser la justifier: « :ious 1Ions pClIl-êtrc fllil asscz pOlir nolrC conYiclion. lais nonscxpliqllcrdcyanllc pnillic sm dcs qncslions anssi grosscs dc qncrcllcs nons cùlsClllillé par lrop prvsomplncnx. lCllt-~lre lin jonr lo,crons-nolls. lorsqlle nons cn allrons acqllis Ic droil. JII~qne-Ul !lons dirons scnlcmcnl. cn LOlllc ~implici[v. CjIlC lorsqllc, pal le passé, ccrlains écrivains cillholiCjuls paraissaicnL si forl. préoccnp{5 dc la crainte de croirc [lOp, ils scxpusaicnl ail dangcr hien autrcmcnt séricux dc nc "as croirc as,cz. f.c justc tit de la roi. : ccsl nnc parolc dc Dicn dans Ics Liïes Sainls (1). )) Pourquoi donc un croyant, celui crui a la vraie foi, chercherait-il très loin les preuves dun système historique crui peut alléguer en sa faveur la parole des saints Livres et lautorité de la sainte liturgie? ~Iieux vaut affirmer sans perdre le temps il discu­ ter. Aussi, en 184.1, en dédiant le tome premier de son Annéc lit li lgigllc, il laryJlcyêqup de Paris, lIsr Affre, labbé de Solesmes lappelait le plus natu­ rellement du monde le successeur de saint De!2YsJ « l.1.réopagi te )). ­ (1) Les O"igilles de rJ~glise ROn/aine, par la commnnaulé de Solesmes. Paris. Deuécourl (Imprimé cn 1836 el parlant celle dale 011 titre, ce olnme ne parut luau plintp.mps de lannée suivante, comme le dit dom Piolin dans D. P,-L.-P. Guéranflel, p. Vl).
  28. 28. 1-11, 1~1; 28 LA COlTROYERSE DE LAPOSTOLICITIt DES ÉGLISES: 1i i i Dans une publication suivante, les Institutions:1 l liturgiques, en indiquant le bréviaire parisienIl 1 de Harlay, le pere abbé exprimait encore plus clai­(.!," rement un système historique opposé à celui i quavaient élaboré les patients travaux des éruç!its. " i 1 C( Les traditions catholiques les plus vénérables. dit-il, ~ fU~n[ ~es. lour commcncer par lEglise mème deil, , tir] l PariS, léSCOrrecUfurs du bréviaire la desMrrrèrent de sa 1 viëTI1e gloire dètre fille doC saint D.sgrs lAréopagite; ils J pOl"lerenl leur main audacieuse sllrIefameux prodige èjûi 1/3 suint la décollatIOn du saint fondateur de lellr propre ) Église. Ils distinguèrent sainte lIarie-~ladeleine de ~Iarie.i)l II sœur de Marthe: ils ôtèrent il cette dernière la qualité de vierge ct il saint Lazare celle déYèque )) (1). (, Cétait ainsi quil fallait parler pour conquérir le l,lI} succès. La congrégation bénédictine de Solesmes était bien du temps et du milieu décrits par Charles t Louandre. Au lieu de résister à lentraînement j légendaire, elle se plaçait à la tête du mouvement. Ceux qui étaient désireux de parvenir, de se mettre 11 en lumière, dafficher une savante orthodoxie fai­ saient écho. Un jeune prêtre de talent, labbé Dar­ boy; se distingua pnrmi eux. Il anit, lui aussi, , 1,, .. I une- malheureuse -thèse fi r. éhabili ter, celle de lau­ thenticité d_es œuvres deJAréop!$ite, ct il essaya de deconSlderer ses ndyersaires SUl le terrain dog­ matique. Racontant les malheurs de lhistoire, sii / longtemps et si odieusement défig~.!:ée, il disait:{ f.-r /l (1 L~ontd~buté; cest ane le leyier d~ men­ H (1) 1115t. lit., 18>-1, t,lI, p, 4-2,2- t!dil. 1 Iii
  29. 29. LA THÉOLOGIE Di IIlSTOIlE 2() songe quils ont ébranlé la moitié de lEurope ct, aujour· dhui même, ils ne sont pas encore il boul dimpostures. Les L ~~é~ sont ,CI1US ensuite; secte chère il ceux qui aIment lostentation cie la verlu, elle n;~il de la fourberie. ct, pour ine, clic nlni pa~ assez du génie de Pascal, il lui fallut un calomnieux pamphle!. Les llIag-isl1ats de Louis ~ ~. XIV ct de Louis XY continuant les conseillers de Philippe le Bel, elles philosophes du XYlU siècle continuant tout ce qui aait été mauais aant eux, iultt~rent conlre iesëiroits de la hjér.illchie, con Ire les dognies de la foi al la du li- cTŒ: nlenlir. célal ellr ((Ise. n ln certains gallicans, cc nest pas moi qui !cnr choisis celle compagnir, certains gal- ,--1 p licans rt-digèrent lhistoire ct firenl (les recherches critiques <> rlWrès un s"sLinIQ préconçu, cl acc le parti pris que ( Icnrs ali versai les an r.1ien Ît;:;"1t. ct lon sa i1 quelles (-normes fi ( rt immcnses fanss(llS ces prloccupalions accumulèrent rrr0 SOUS la plumc ri 1(11"<11115 eccll,slasitques...... TouL nesrpas (IiL sur les asserLIQns passionnees ct gra~ment part iales des ~lenr}:, des Baillet. rl(.s~fj Ilemon l ct .lïésL~OY; ?n ~crai 1 r~, ctonne lie la longue liste des causes Indlgnemenl Jug-ees cl ~-, ( des procis :1 lé,jser, que la justice de larnir appréciera J mieux sans rlollte Il (1).--- . --- Comment, au soir Je sa vie, lauteur de ces 1 ri ~ arguments extra-scientifiques 1es aurait-il jugés f fT quand, archevêque de Paris, il se trouvait lui- même rangé parmi ces gallicans quil avait déclarés r en si mauvaise compagnie? ~ d~, -- La positio.n traditionniste devenait insensible- . D arbo) O~lIv"es de saillt Denys lA"eopagilc (181-5), Ïlll.!:2.- . 1. - Il est il remarquer que Jabbé Darboy ne s~P!:o- nonce Eas entre les deux opinions qui identifient ou diSTlnguenl / _: - +> 7t C...s ; ! I.ït.réopagitc et le premier éèque de Paris. « Deventl plus lard :i.!!C-) 11" cesseur de saint Denys sur le sjêie de Paris, il s~J:.!0$~.~i- V ::r "e~nf il l0rinion qui donne trois siècles de plus. dexistenc2,. il cetle illustre Eglise, en reculant lépoque de sa fondation Ju~uau,x t~p~_ ~Q9slQlilu!s. » Foulon, Histoi/c de la vie et des œlW"CS de Mgr Darboy, p, 60. ....... " y LWv-~~ r-C-" 0..... 2. k T"U7-~ ~r- .~
  30. 30. 30 LA CONTROVERSE DE LAPOSTOLî.ITÉ DES I~GL!SES ment moins nouvelle et préparait une évolution, Aussitùt que parut la seconde défense des légendes provençales, om Guéranne lap rouva ublique­ ment, « Le be ouvrage de:1. abbé Faillon) dit- f il, SUI sainté :Iarie~:Iaclelcine,·est un grand l 1 exemple et un puissant encoula~ment pour les amis de la gioire ùes saints, et nous ne craign-;ns pas de dire quil y a urgence pour la science catho­ 1 lique de diriOer ùe plus en plus ses efforts de ce J côté» (1)~ Pi.!!1i) le futur cardinal, écrivit dans le même sens un long article hi1JliQgra~ue que publia Lc COlrcspondant (2). Cest ainsi quune affaire Je critiquc, composée Jéléments multiples et complexes, se trouvait O)-!?om Guéranièl) Iiistoi,e de sainte Cécile,l8!!!J (édilion princeps), p, XXIll. lJans cet ouvrage (p. 3Î5), Till~!t est appelé « lun des plus savanls et des plus dangereux adeptes de 1011­l Ropl )J; son (CuITe les ire « un ml ris su erue et s sl(maliCjue l pour les monuments les lus chers à lu piété calho igue, )l ün histo­ rien e nuance très conservatrice, mais sans passion, sexprime dune aulre mani0re : « Tillemont, si prudent, si sagace, si9 éloigné de tout excès et dont ladmirable sincérité na dégale que son immense (rudition )l. (Allard, l1istoi)e des pelsécutions, introd., p. 1). (2) No du 0 octobre 18Ml, 1. XXV, pp. GO-64. Voici comment dom Pilra seIpriffië-surJePSeudo Raban-~Iaur : « Ces actes porlent bien le cachet de lenr époque ct le caractère particulier et distinctif des écrits de lillustre hëque de Mayence, la sincérité; il Y révèle sa sincérité, une science peu commune, etce qui est plus fr.ppant encore, une grande habiletê â exposer quelques lignes évangéli­ ques, sans sortir du texte s;)cré, sans rien perdre de la tradition, etc., etc. )J. Ailleurs dom Pitra souhaitait que les anges du mont Sinaï fissent arriver les acÎfslle sainte Catherine à quelques mains aussi pieuses el ausSi savantes que celles qui ont réhabilité les J traditions provençales. (Etu.des sw la Collection des actes des saints, p. LXXXIIJ),
  31. 31. LÉCOLE DE SOLES1E5 31 englobée dans le bloc dune réaction entraînée il. la résoudre denthousiasme et sans distinctions, au détriment peut-être de la cause elle-même. Pour savoir à quel point ce parti deyait réussir et com­ bien ln question elle-même deyait faire corps ayec les autres reyendications, il sufTit de rappeler un éloquent panégyri ue rononcé, en 1887, par léyèque dAnger, :I~Fre ~ « ,Je {louve, disnl·il, dnns cc demi-siècle écoulé de grande,; lulles suivies de griwdes victoires. Oui, lhérlsic jansénisle détruite jusque dans ses ,ncines, le gallicar:!.i~c ( v,liIïcu sans retour, Jinfaillibilité doctrinale du~"ouycrain pontife .cJlosorlDnis hors de tout conteste, lunité de la prière pnblique universellement rélablie comme le signe éclalnnl de lunilé de la foi, la scimce ct lirllâi/ion rarnenles aux Taies somces ct a!!ianchies de (a (/1" ]Jljj/l,qis. la ?lo/ion de {ordre sl/rlla/urel /Il iCI/:r comprise en elle-mème cL. dans son a]llilica/iem à lhi,,/oire comme il ln direction de la vic humaine, lordre monnstiqne relevé de ses ruines ct llpre· nant sa place dans I~glise de France, "l,ili!, cerles, de lI1ag-nifiques résullats qni font de cc conrt espace de lemps une lpOqUC ménlOrahle entre Ioules .... 01, qunlld je cherche dnns cc mouvement de renaissance catholique cn France les hommes ct les inslitulions qui lui ont imprimé la direc­ tion la plus ferme ct Sllle, je nhésite pas il placer au premier rang dom Guéranger ct Jabbaye de SQlcs­ mes (1), 1) Des théologiens, ne peuvent aspirer il. un plus,r magnifique • . cest presque lauréole des doc­ éloge : teurs de lEglise," objet de ladmiration et de la (1) Les Fê/es jl/bilaires de labbaye de Saint-PielTC de Soles­ mes, 9. -10 ct H juil/ct 1887. Gr, in·8 de 58 p., 1887, Imprimerie Sainl-Pierre de Solesmes,
  32. 32. :>2 LA r.ONTIOY EnSI DE L. rOSTOLIC.IT~: nES ItGLISF:S pieuse Qmbiti~n du grand abbé. Et cette couronne de titres dhonneur est dautant plus glorieuse quelle corresponJ parfaitement il son programme,. formulé peu il peu et de plus en plus netlimellt de 183 / il 18!19. ~Iais la position que son illustre 1 autelil y prenait était celle du tbëologienJevant 1ui la thèse apostoliciste ~ traditionniste sc pré­ sente en effet avec deux arguments, ou deux prèju ­ gés, très forts: elle est plus conforme il la piètc), elle est appuyëe par la lit1llgie. Pour les catbolillues, au moins comme on trempe orJinairement leur foi ct lem tempérament, cette opinion est plus pieuse. Si on enseigne que la P(!che­ lesse, ~Ialle-~IaJdeine ct ~Iarie de Béthanie sont probablement trois personnes dif1{rentes, mais 1uà conp sùr, il faut en distingller deux; que tout ce que lon sait sur elles, outre le récit énngé ­ li1ue, est la vénération dont jouissait le tombeau de JIadeleine à ]~phèse : on repousse durement et sèchement la personnification dune grande repentie languissante Jamour ct clexpiation dans une grotte sauvage, pendant 1ue sn. sœur, toujours active, prècbe lé"<I1gile sur un Jes cbemins de la Gaule et que leut frère Lazare, le ressuscité, crée la com ­ munauté chrétienne de la cité Pbocéenne. Préten­ dre quc telle province reçut la prédication de cc Joseph dArimathie qui donna son sépulcre au Sauycur, Je la Véroniqne qui essuya sa divine face, ou de Martial, un témoin de sa résurrection et de son ascension, est plus beau et plus touchant que
  33. 33. LA THÉOLOGIE E:i: HISTOmE 33 à de reporter cette prédication un évêque ambutant " dont on ne sait que le nom, sans même avoir la possibilité de le dater. Et si ces origines pleines de charme et de gloire ont été adoptées par la foi de nos ancêtres, pourquoi se laisser déposséder de JI ces traditions? El1~_~~~_« reçu lasnnction_Q~s représentants de léglise, archenques et éêques, lesquels, apparemment ont dù sm~rr ce quils fai­ saient en se portant garants du culte public: on 1 peut bien supposer, jusquà preuve contraire, (pIe ~ les critiques ùaujoUldhui nen savent pas ùavan­ t.age, et même moins encore ) (1). , Bien que toutes les préten tions des apos tolicis Les .j ne soient pas sanctionnées par le Lréviaire romain, celui-ci en garantit un Lon -nombre et des princi­J pales. Laéropa~iLisme de sainL Denys, la mission de sainte Marthe, n;taienL·ce pas des cro)anccs ( autrefois) acceptées de tout lOccident, cl sil ny a cu quun Îéger nuage élevé par les entrepreneurs des bréviaires gallicans du x"!U c siècle, la condam­ nation du procédé et des tendances de leurs livres nest-elle pas une nouvelle garantie? Un légendaire ajoute: « Quelqnes membres de lécole historique soutiennent que le christianisme avait à peine été prêché dans les différentes parties des Gaules avant lérection des évêchés, placée par eux au m siècle; que le centre des Gaules ne Cu t pas entamé avant le m, réservant pour le IV, le v, ct même le YI, la (Ipemprunte ce raisonnement, souren! fait, i(~!gr Dellet. Les Orillines des l:i1lises, DOU. édit., 1898, page 250.
  34. 34. 34 LA CO:TROVERSE DE LAPOSTOLICITb; DES ÉGLISES prédication dans les Belgiques, lArmorique et la Novcmpo­ pulanic. Ils concéderaicnt sans doute quo lcs nombrcux missionnaircs du 111 ct dl IV siècle ont été prlcé(1Ls sur difTércnt" points par qlelqucs larcs apôlrcs dont lc passagc rapi(lc laissait il pcinc dc h!gèrcs traccs. ~ « Ainsi poséc, je ne crains pas de le dire, la thèscrlc lécolcfl historiqlc cst alssi contrairo il la scicn C_C_(ll il l:t.r!.~ll;. car ) (Ilc contrcdit ln enscmble rlc tcxlcs, rlc documcnts ct do IralliLlOns. cicvallt ICS-Cjucls doit slIlchncr (ouf lal sll1:lIlt; dc plls, ello supposc dans saint Pici:ré,ëTaï1s sainlî!ïüïct ~ dans tous les hon111lrs apostoliqucs unc apatbic qlC lon ne saura,it acccP,tcr Il1ll1IC dans les prC/ll,ierS pro pa g atcurs,dllJ1ll doctrine pmcmcnt hllllaine. La e.roj(lcnce ,Cllc-m.Q!lle scr!li.t cn ~alse, clic qui, pcndant si longtomps, aurnit lCfllSé il de grandes nnlions la connaissance de luniquc moycn de s.dul. « 1) que lon ne dise pas: il cxistc encore aujomdhui des peuplcs alxquols la bonne nouvclle nn jamaiS (:[é annoncée; cal il scrail bien dimcile de démentir cclui (pli al1irmcrait positiemcnt le contrairc cl souticndrait que loutes les contrécs ùe la tcrre ont rcçu, ct presque toutes" iL plusicurs rcpriscs, lc bicnfait de la prédicnlion éang-6­ lirIue ») (1). Quune telle position de thèse, avec de sembla ­ hIes arguments, soit fatalement suspecte aux ratio ­ nalistes, on le co~prend aisément.::;: Ils écarte,nt (l)filOmbi0S, J., D. relig .. 1877 (l, II), p, 1):)6-87, - Il e~t pir]1mnt pourcl"luer Je progrès de la critique de r;1,pprochel cc tc,~le dIlnear;;lIrncnl"lion dI1u;;ues de Saint-ïclor : « Si ql/i,~ all/em pc/tilla:c e~~c cclii ct atlflllc fllljl/slIloc!i alilJl/os, ill ignnti,~ ,cgionilms et rcmoUs taraltnn scriibl/s c/cgcle contcndat, ql/i, rOltc mandatHm divinllnl dc lJrlcipicndo baptismatissacramellto llon accepc)i1l1, ego rclncminem lalem esse, tcl si. (orte 1IIi1l/i,~ cs/" si ej/ls cllipa non obstitisset, al/di/e ct scilIl l)O/llissc ac de/missc, sille clmctatione arfillilO, ma,rimc Clon ScritJtwa cvi­ dcntc) clamct : « ln omncm tellam c:ririt smws conon; cl il fincs olbis /elrac lClba conon. Il lIugues de Saint-ïclOl, Dc sacramcnlis, lib. Il, p, 6, c. .
  35. 35. l­ )[AXnIlSTES i);) dédaigneusement ln révision du procès des légen­ des. Certains catholiques la traiteront sans plus dégard, et sils louent lérudition de<:SfJ§njon)1 ils se hùteront de r~ppeler so.~ entho~sia~~~. pe~­J petuel pour ~ les Peres, qu il a celebres avec les accents de la plus tendre piété, mais sans rien indiquer de cet esprit « rassis )) ou peilt-ôtre desséché avec lequel on se l .présen te ordinaire­ ment le savant. Quand onl- GUér~nOer professe son inclination il croire beaucoup, on évoque le sOllenir de son i~llr6pide glorification dil(Iaiie d&ré<1!J ci ce qui fut appelé un besoin de créer Hne sorte dt:"angile supplémentaire, tiré de la con­ cord a nce de celte franciscaine espagnole et dune autre « visionnaire) allemande,@îcIjMJ~e­ ~0~a lutte sc porte SUI la gt"ande difliculté qui ait les alternatives de lintelligence humaine: tout croire, ne rien croire, croire aycc poids et mesure. Les « minimistes ) tiennent un langage sévère et duquel, pour ne pas y revenir plus tard au milieu de lexposé historique de la controverse elle-même il vaut mieux reproduire maintenant quelques con­ sidérants. Pour être selon la science, la prudence et la charité, le catholique doit se préoccuper de ce que les incrédules peuvent croire ou penser. « Il nest pas chrétien et il méconnaît tout ensemble le prix de la foi et la valeur des âmes, sil nest pas atten­ tifà écarter, autant quil est en lui, tout ce qui sus­ cite des préventions contre la sainte loi de Jésus­
  36. 36. ,-----­ 36 LA CO!TnOVEnS8 DE LAPOSTOLICITÉ DES ÉGLISES," Christ et contre son Église (1). )) Il a tort quand il~I défend comm~pie_uses et autorisées des légendes pué!iles et controllvées, en face de médiévistes et,. <::- dlJisto;1eM de pr~fessior{qui saisissent ,lénormes ro fautes de clitiquc, de lamentables ,confusions, SUI des terrains quils connaissentJ2.ien. Des laïques sc ( 1 trouvent ainsi fatalement amenés à craindre que ces intrépides apologistes ne commettent des lqui­ voques Lien autrement graves SUl la BiLle ct les sacrements, dont eux: sans études spéciales," ne peuvent juger. « Daillems, si vous avez la témé ­ rité de mettre en principe quil faut npprounr et propager tout cc qui peut soutenir et animer la fer­ Yeur de bons chrétiens, entendez donc vos détrac­ teurs, qui de là prennent texte pour vous reprocher dexploiter la simplicité et la crédulité des peuples. Et, après tout, si vous nètes pas dans la vérité, ils ont le droit de vous lailler et de médire de vous, plus que vous navez celui de Lruver leurs sarcasmes et leur détraction. Souvenez-vous donc que, hors de la vérité, il ny a point dédification solide, et que toute dévotion qui namait pa~~érité pOJH:•.bilse serait une dévotion fausse et peu digne dun chré ­ tien; car Jésus-Christ lui-même ne serait ni la 1 voie, ni la vie, sil nétait pas lu (Jérité » (2). Ett 1 quand vous vous appuyez sur de prétendus argu- 1 ments liturgiques, sachez que, II dans lespèce, la liturgie ne diffère pas de lhistoire. Les légendes (1) Henri Bernier, Le Doute légitime, p. 98. (2) Ibid.
  37. 37. )l:DlSTES 37 ùes bréviaires ne sont pas alltériellles aux p~ion­ nuires; le plus soment elles ùérivent ùe ces ùer­ niers. :>Cest ùonc sabusel ëtIangemcnt: qne ùe 1 lJ} table~ SUI les traditions ~itul·Bi9.~.~s; celles-ci J valel}t tout juste autant que les ùocuments 1Ji~i­, q~s~dont elles sont tributaires (1). » (1) SUI celle dcrnièlC cLjeclion, cf. Dellet, Les ()"igilles des ,( tgli~e~, nOll, "dit., HmS, p. lU. t, i l ) i 1. 1 1 f ::=:. 1 { f ., iJ
  38. 38. CHAPITRE III (1850·1857). PllOGllÈS OF. LA 1l1::ACTlO:i A:TICllITlQUE. - DO~1 PIOLI:i ET.. Llf-istoire de 1j~!llise du, .Jans. - LAIIBI~ AnnEI.LOT ET LA LlTUIIGIE DE LI~IOGES. - LAIIGU~IE:T LITUIWIQUE 11111:; DU T~;~lOIG:AGE sun LE Il.llbIE DE CO:iST.;TI:i. Lapprobation donnée pal dom Guéranger au livre de 11. Faillon entraîna ladhésion de ses amis ct fit entrer laflaile dans une phase 1I0uvelle. A, c~te é~ue: les catholiques flançais pensaiept par groupes. Ils étaient divisés en un gr,!n~_.!!QE1- bre- de-partis qui sappelaient respectÏement : gallicans ct ultramontains, liturgistes autonomes ( ct romains, rigolistes ct probabilistes, sc mi­ rationalistes et traditionalistes. Des affinités secrètes faisaient· quordinairement le membre dune faction, par là-même quelle tenait pour telle doctrine, savait pertinemment à quoi sen tenir sur toutes les autres. Désormais il y aura une nou­ velle division, portant sur les matières dérudi ­ tion et formant lécole historique et lécole légendail·e. Chacune velIa prendre part à la dis ­ pute--;;:;-qualité dauxiliaires et dadversaires les ..... l.
  39. 39. 40 LA CONTROVERSE DE LAPOSTOLlCITÉ DES ÉGLISES autres partis (1). La presse quotidienne et hebdo­ madaire sen mêlelU. La Correspondance de Rome, parfaitement incompétente, déclale lOU-] ( nage de ~ le plus savant qui ait paru depuis deux siècles en matière de cIitique et dhis ­ toire ecclésiastique. LUnive!s en a déjà a~té la thèse comme une vérité théologique. Les livres J se-pron"oneem-el1~nsëcfiîence . Rohrbacher, dans la première édition de son,-)1 Histoi,rc de lÉglL:~e,~n~Yait rien ~i(: de l~po:tolat de sUinte ~IadeleJne III cl une miSSIOn d éveques envoyés par saint PielTe et saint Clément. Il rap ­ po:Lait le martyre de saint D~s et de saint Satulllin il la persécution de Varérien (2), ce qui « insultait les traditions catholiques les plus véné­ raLles» comme celle (Je laréopagitisme. Dans la seconde edillOn, palue en 1850, le bouillant ullla ­ monTalll est asse~ sÙr des thèse~ }_I:9:~itionni0es ll-()ur en tirer une apologie des livres liturgiques JI d~e et une aceusation~E!~s ._~~_ntre.. le (1) ( Toutes les questions senchaînent par un lien plus ou moins apparent, mais réel. Aussi un ébranlement opéré dans·quchluune des branches de la science, la secousse ne tarde pas à se faire resso!­ tir dans les autres rameaux, etc. » (Le P, ~lontrouzicr, S. J., sur lAposto/i.dté des É.glises de Flance, Revue des Sciences ecclés., t. l, 3- série, p. 45), (2) Rohrbacher, His/oile, t. V, livre XXIX, p. /190.-Eremière édition, 18i3, Voici comment dom Guéranger lui-mème Jugeait Cërte œuvre: «Javoue ingénument que M. Rohrbacher na jamais l été à mes yeux une autorité sérieuse en fait de science historique, et quil est plus dune page dans son immense récit sur laquelle il serait à propos délever quelque réclamation; ce qui soit dit a,ec tous les égards qui sont dus au pieux et laborieux écrivain, » Essai su, le Natumlisme con/empotaill, p. 244.
  40. 40. ";"." PROGRÈS DE LA RÉACTIOl: ~~J sièele)Les résultats de la critique avaient été XVIIe admi-s, dit-il, «( parce que tel était lavis de~u- Il] ~ et de ses pareils, qui marchaient plus ou moms . SUI les traces .e~ et ~». - Le baron enrion fit, un peu plus tard, dans son Hist~- gel1erale de lÉglise, la même évolu ­ tion ue Rohrbacher (1). dO ;Iisli abbé mitré de Sainte-:Iarie de Deg, en Hongrie, adopta de confiance (1851) les résul­ 1 tats du travail de Paillon. Comme il ne vit en Palestine aucune tradition ou aucun monument sopposant au voyage de sainte :ladeleine en Pro­ vence, il écrivit entre al1tres beUes choses dans ( son célèbre récit de voyage: « Les traditions ct l les monuments quon trouve en Palestine sont tous favorables à cette opinion (2). » (1) Lextension des idées Îcg-enclaires se fait sentir:i celle (:p0lut de diHrs côtés. Il J ent, par exemple, de 1850 â 185/~ unc conlro­ verse sur la ClOlallce 3U ciJristianismt de S(niqnc. Pour Je fond de la question, loye;: uùertin, Sdnilile el saint laul, l:tl((le 510 les mppo)/s sllpposl!s-"êii/le le 11/ii/osolfw et lapùt"c (Palis, Didier,lSGD, in-S, v-4--.6 pp.), 1 (2) Les Saillts Liellx, 3- édilion entièrement reVlle et considé­ raùJeméîït~enlée,t, Il, p. 681. Yoici quelques autres citations curieuses: " Raban Maur, 3r~heléque de ~13yence, possédait les actes de L3;:are " (p. (76). « Des travaux anssi savants Ille consciencieux, fails ces derniêres ~ années. ont établi de 13 manière la plus évidente 1~!l_I,!Je!!D~té des J anciennes traditions quë1lê""tém(r.iires écrivains sé!<lli:~_e.!!?r~_és de détruire ... Il est cc,·tain qne L3hre~~lartheel~bdelelne, ~[ar- eelle, les saintes femmes Salomé ct !llarie, Maximin. Parmenas, ( et plusieurs autres chrétiens, furent jetés dans une barque sans gouvernail, etc. l) (p. 681), - Dans la premiè:re édition, ces pas­ sages se trouvent aux pages -177-179. Le procédé a été relevé par M. dOzouville, Lettres du 15 aVIil 1854, - !llgr Mislin, ancien... , ·1
  41. 41. o 42 LA CONTROVERSE DE LAPOSTOLIClTÉ DES ÉGLISES Les conclusions de :M. Faillon allaient en se vulgarisant comme des données acquises de la science, quand parut en 1851 un livre qui devait jouir dune grande importance dans la question. Dom Piolin, de labbaye de Solesmes, publia le ~ premier volume de son Histoire de lÉglise du~ Mans. Lintroduction établissait le système chro­ nologique de louvrage e~ononçaitneltem~,:t p~)origine apostolique. En rappelant le travail du sulpicien, le bénédictin, au lieu de lexaminer, ne I l fût-ce que dans une note et comme en passant, le déclarait « lun des plus beaux oUYrages de criti­ , que qui existent dans notré littérature (1). » A la "vérité toute la thèse de dom Piolin. consistant il soutenir que saint Julien a reçu sa mission de saint Pierre ou de saint Cléll1ent, ne repose que sur deux autorités: premièrement la vie de Marie­ ~Iadeleine publiée par M. Faillon, et faussement attribuée il Raban-Maur, secondement les discus· sions du concile de Limoges, en 1031, où, il pro­ pos de lapostolicité de la mission de saint Martial, on parla aussi de celle du premier évêque du Mans. Malheureusement pour son argumenta­ pr"éccpteur des empereurs Fr~nçois-Joseph ct Maximilien, était grand ami d OUIS "<uillol. • (1) Intloduc Ion (e lstoi,e de lEglise dll .Hans, p. LIV. - La partie importante de lintroduction sc troule aux pages xc-ex où lauleur cherche il prouler que saint Julien a reçu sa mission de saint Pierre ou de saint Clém<nt=:"Sur la fin de sa vie, dom Piolin;o nadmellait plus lauthenticité du pseudo-Raban-1Iaur. Daprès M. Pau) ~Ieyer (Hist. litt., 1. XXXII, p. 96, note Il. cest selon toute apparence au XII" siècle quil cODient de placer celte compo­ sition.
  42. 42. ~ ;+~; - . .. DO)! PIOLlN 43 tion, lauteur oubliait di prou~; lauthenticité du î~ premier doc:lment justement révoquée en doute; et dexaminer à fond sur quelles autorités le con­ cile allégué établissait ses conclusions (1). Par ailleurs, si lon fait de sai~t Julien un disci­ ple de Clément, le catalogue épiscopal du Mans se trouve fournir une trop comte liste de prélats pour gagner lépoque de la chronologie certaine. Voulant diminuer la difficulté, dom Piolin dédou­ bla lévêque Turibe. Tout ce qui dans une légende dévêque vivant au ye siècle peut sadapter à la thèse tiàditionniste sert il créer un Turibe 1"r, missionnaire apostolique. La légende de lévêque Victmius est encore plus exploitée. Elle sert il former un saint Victurills 1er , évêque pendant soixante-huit ans, un saint Victurius II, évêque pendant vingt-neuf ans, sans préjudice dun saint Victor antérieur, dont l « épiscopat fut de beau­ coup dannées (2). » Comme cette multiplication dévèques ne sulTit pas il rejoindre lanneau fixé au premier siècle, le lecteur reste dans lalternative ou dincriminer lignorance des clercs qui nont pas su rédiger la liste épiscopale, ou dadmettre une suppression de lévêché durant des persécu­ . J tions qui nont pas laissé de martyrs (3). . (1) Le tranil se trouvc résumé par llof. labbé Duchesne, au t. II des Fastcs épiscopaux, pages 114-1-16. Voir aussi C. Chevalicr, Lcs Lé-{jcnrles au concile de Limoges. (2) Histoi/c rlc ll;glisc dl( Mans, t. l, p. 81. (3) La cb--!:~()!9.gie_Jl~ lEglise du ?tIans a été très suffIsamment 1 0 Mbrouillée au XVII siècle, par Launoy pour suint Julien, et par .1 ,,1
  43. 43. 4,1 LA CONTROVERSE DE LAPOSTOLICITÉ DES ÉGLISES Lénorme ouvrage de M. Faillorten avait plusimposé quil navait convaincu. La préfacehi-sto­rique de dom Piolin, dune centaine de pages seu­lement, pour tous ceux qui ne remarquèrent pasquelle reposait SUI deux documents justementsuspects, et que lauteur, par une singulière con­fiance, oubliait de critiquer, était une démonstra­tion plus accessible et plus probante. Aussiservit-elle de guide et de modèle aux jeunesprêtres studieux et, comme on disait alors, dansles bonnes idées. Chacun en appliqua la méthodeà sa province ecclésiastique. Le plus empressé fut un limousin, ~I. labbé.~ qui devait rester le vétéran et le plusin atigable défenseur de lécole légendaire. Ilpublia, en 1854, une Dissertation sur lapostolatde saint Martial. Le diocèse de Limoges adoptaità ce moment la liturgie romaine. Lévèque, MgIBuissas, avait eu soin, dans la préparation dunouveau propre des saints de ce diocèse, de don­ner à saint ~Iartialle titre dapôtre; mais, lorsquilsoumit son travail à lapprobation du Saint-Siège,le secrétaire de la Sacrée-Congrégation des Rites,Mgr Gigli, effaça le titre dapôtre pour mettre celuidévêque et substitua au culte quon rend aux apô- Mabillon pour saint Turibe. Lhistoire du premier é"èque pré­ sente un épisode qui le rend facile il dater: celui du Defensor (Cr. Provillce du Maine, l. VIII, p. 390). Sur ce mag-islral on pelll "oir avec profit une élude écrile en dehors de Ioule préoccupation décole: Emile Chénon, "Étude histolique su, le Defenso, cid­ latis. Paris, Larose el Forcel, 1889.
  44. 44. LA LITURGIE Db: LDIOGES 45 .. . ...:".~ : l tles le culte inférieur quon rend aux con(esseuls­ ponti/ès. En recevant ce propre ainsi modifié, ~Igl 13uissas sempressa décrire au SouYerain Pontife: «( Lantique Église de Limoges se trouve dans une position particulière: fondée par saint ~Iartial, lun des soixante-douze disciples, qui fut envoyé par saint Pierre, elle a toujours honoré son fondateur par le titre et loffice dapôtre ... je me prosterne donc aux pieds de "otre Sainteté et je la conjure, Jans un moment où je suis si heureux de resserrer les liens qui munissent au Saint-Siège par le létablissement de la liturgie romaine, de ne pas [ causer à mon cœur déyèque la peine la plus vive, en dépouillant mon siège dune de ses plus grandes prérogatives, de ne pas répandre lamer­ tume dans le cœur de tant de saints prôtres et de( pieux fidèles qui se réjouissent du retour à lunité liturgique ». Pie IX renvoya lafraire à la Sacrée Congré­ gation, tribunal suprême, chargé de porter un( jugement sur toutes les r[uestions qui concernent la liturgi,e. Un ayocat de la Congrégation, ~Igr Francesco ~Iercurelli, fut chargé par lévèque de Limoges de proposer lafTuire aux cardinaux qui la composaient. Le promoteur de la foi (1), dont la fonction équivaut à ce que nous appelons en France le ministère public, soutint lopinion des adver­ saires du titre et du culte apostoliques . . A lunanimité, le 8 avril 1854, la Sacrée - =--~""-~ (1) ~Igr Andrea Frattini. 3.
  45. 45. ,lB l"A CONTROVERSE DE LAPOSTOLICITÉ DES ÉGLISES Congrégation décida « ue lÉcrlise de Limorres ,J; devaIt être maintenue dans le privilège que le possède, de temps immémorial et en vertu ~ de constitutions apostoliques, de donner le ~itre J~ dapôtre, et den ren 9- r g le culte, à saint ~Iar~i_~l, 1 ~on premier évêque. )) Le 18 mai, Pie IX confirma Cette décision (1). Comme la dissertation qui avait obtenu cette confirmation était lœuvre de labbé Arbellot, celui-ci, très fier de lapprobation dun tribunal de rites, re c.h.erch a celle::--des savants~ Il fut moins heureux. En~>lAcad~mie~cartadu concours des antiquités nationales la Dissertation, dansN9 [ laquelle elle ne vit quun sujet de polémique reli­ gieuseCe jugcme~t d~da_ign·eüx ~iscrédii;pasne la nouvelle opinion. L~ question des origines - chrétiennes de la Gaule prit une grande im~~- - If t~e. Elle intéressait dailleurs toute- - - . la Fra!!,ce. Si Grégoire de Tours ne parle qqe de sept évêques envoyés par le pontife romain, ceux-ci, daprès leurs légendes respectives, nétaient pas venus seuls. Cest ainsi que }ulien"aurait été (1) VOIez la relation officielle de cette a!faire dans: Saaa "ituum congregatione Emo et Rn" domino ca:din.ali MO"ichini relatore, Lemovicen, Confi"mationis elogii et CIIltllS lit apos/vli quo S. Ma,tialis, primus Lemot:icensiwlt episcnpiis hac/enus gavisus est ab immemorabili tempo,e ... instante R. P. D. episco}Jo Lemoticensi. Lemovici, excudebant llarbou fralres, ~IDCCCLV, in-ft·, 91 p.; et Romae, 185~, ex tIPographia Josephi llrancadoro. - Voyez aussi comment ArbeUot raconte laffaire, Disse,·tation su, lapostolat, p. 1"18; et ~nt laffaire se transforme chezun légendaire de seconde main7 Charbonnel, Q"igine de lE:glise de Mende, pp, 50-52, --=-­
  46. 46. ., LA LITURGIE DU ~IA;-;S 47 accompagné dun prêtre. I.!!.!:iQe~ et dun diacre, ravace,J qui lui succédèrent dans le gouvernement de léglise des Cénomans. En plusieurs cas, ses compagnons, .personnages secondaires, auraient quitté leurs maitres pour évangéliser des pays voi· sins, fondés de la sorte il revendiquer aussi pour leur foi des origines apostoliques. Presque tous les diocèses se trouvaient donc conviés à remonter la chronologie de leurs origines au Ile siècle. LalTaire fut mise il lordre du jour dans les congrès archéologiques; elle figura au premier rang dans les discussions su).: la comp-osi~s o~es propres diocésn.ins pour la réforme litur­ gique. Sur ce terrain, la victoire fut aussi prompte que décisive. Elle fut gagnée par les chanoines du ( Mans; Leurs offices propres obtinrent, en 1855, lapprobation romaine avec un bref louangeur beaucoup plus remarqué que la décision en faveur de saint ~Im·tial, et qui, par son interprétation extrême, devait être un désastre pOul la critique ecclésiastique. Dans cet important document, le c~ Pat1:!Jzi sexprimait ainsi sur lopinion de la Sacrée Congrégation des Rites: « Maturo c.ra­ mini subjccit, singlllisque pcrpensis, opus vidit tanta elaboratum in dl/stria , tanta artis criticae ( et rerum liturgicarum peritia concinnatum, ut dignllm censuerit quod unù.ersim probaretur, pallcis dunta.rat levibusque illdllctis emenda­ tionibus qllas in ipsillS exemplaris adnotatas reperitis. »1·
  47. 47. J8 LA COlTTIOVEIISE DE r:APOSTOUr.lTt DES f:GLlSFS Comme le chapitre du ~Ians sétait appuyé sur lolïnge ùe dom Piolin pour la r~daction des leçons, lauteul prit sa part des fl,licitntiolls, 11 y vit sn mdhode sanclionn0e par la plus haute autorité, Il ny a pas en elTet deux véritl~S critiques: lune liturgique et lautre liistolique, Le parti applaudit assez bruyamment pour cou­ ni. les protestations de quelques hommes qui dl;clal<licnt lInon naYn,it p:1S raison de prendre ponr npprobation dun travail pmemeut llistorique cc qui dlit dit it IÎlOnneur dun travail purement litllrgique. ~I. düzouville (;erivi! il dom Piolin : (1 Les mols de celle lellre que vous soulignez : Tallta arti,~ cri/icae et len/Ill lilllruicanl111 pcrilia cOllcimwlulIl, parlenl tle science cl de critique e}Lln.. ÜiresJilurgiU).les cl 1) ne parlenl p<lS de science ou de crilique en hisloire.- De deux choses June: ou bien le 1r<l,lil <ldre>sé â~lans il Horne ét<lil. puremenl liturgique, <llors la Congrég<llion des Hiles n<lvafli)<ls dcloge ü donner il un lr<lv<lil hislo­ rim!-e qui nexisl.<lil pas; ou bien cc lranil allaquail-lès deux queslions, Iitur gigue cl historique, alors le silence g<lrdé sur la seconde, en presence des éloges donnés il la premiL-re. esl la meilleure de toutes les preuves quen , toules ces questions Home nenlend régler que la seule queslion liturgique, laissanl ü chacun toule S<l liberlé dapprécialion de la queslion historique (1). )) Les légendaires ne ,"oulurent ,"oir dans cette ,I argumentation que des subtili~és ~~eant nomeJ ijet dunelJonne foi douteuse. Pour eux, les réfOr- ) - ---=------=­ mateurs liturgiques des XVIl C et XYlIl e sièclès #1 (") Supplement aux Lettres au H. P. dom Pialin, p. 265.
  48. 48. r:,tc(ll.F. nr,; SOIYSIES ·1 ) étnient condamnl~s, non seulement dnns leurs entreprises ritlÏalistes, mais aussi d<tns leur cri- tirllC historique, Leur j h0olog-ie dailleurs n0t<til- elle pas errollée, ct toutes les erreurs ne sc 1 tiennent-elles pns ? « :ous honorons la science profonde de Tillemont, (;crinit dom Guàar.ger; nous rcconn<tissons lérudition vi1ric~e de D<tillet;fIl fIIfl mais nOJ.!2_n~ac(ertons Pi!2.-p)us leul critiq~le_q!.1c J.J nô~ ne voulons suiïc leur théologie (l), )) Celte citation caractl~listiqlle est til(~e dun ouvrage dédification:dans lequel on pellt voil un spécimen des publications légendaires il p<tl,tir de 1855. Comme sils :lY<tient en leuI fanur IInc définition dogrn<ttiquc inf<tillible, ils ne dOlllent l plus de l<t véritr~ de leur systéme chrollologique, ct lappliquent simplement. il leurs travaux s~ns jamais i.ndiC{ucr,C{IIil est s,ujet ù cor~trovel.se,; C.est./0 ainsi qllunè:~.ïe des Dj:n~. .<JjcJjns~ Lcs~Lc.!i...S,1.~s Jfalt!L~S, pluce loul. ail commencement du Ile siè.:. . r cie les passions de ~1~t Salllln~!oulouse ~ _ ---=--__ 1 . de sQint Denvs Je Paris nui pi1raissent l,ien avoir cu lieu. la plemi(rc sous Déce (250). la seconde sous ~Iaximicn lIelcule (286). On y malmène étrangement les auteurs de lécole historique. On ne respecte mème pas une gloirc de lordre: dom Thierry Duinart (2).

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