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Démocratie contre totalitarisme ?
Herwig Lerougei
Études marxistes n° 31, 1996
Dans son ouvrage Unité contre le fascisme, Dimitrov, qui dirigea l'Internationale
communiste dans les années 30, définit le fascisme comme suit: «(C'est) la dictature
ouvertement terroriste des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins et les
plus impérialistes du grand capital.» Cette définition est en contradiction directe avec
la conception suivante, partagée par de nombreux antifascistes: «Le fascisme est la
négation de la démocratie parlementaire et de la société pluraliste.» Dans la
démocratie bourgeoise, si l'on s'en tient à l'opinion courante, tous les groupes
sociaux — remarquez qu'on ne parle plus de classes — ont la possibilité et la charge
de défendre leurs propres intérêts. Grâce à des compromis, on en arrive à une
harmonisation d'intérêts parfois contradictoires, même si cela ne se fait pas sans
conflits.
Face à ce système "meilleur" ou "moins mauvais", on trouve les systèmes dits
totalitaires: le fascisme et le communisme, présentés comme "foncièrement
semblables".
Pour démontrer ces similitudes "foncières", les avocats de la démocratie bourgeoise
ne puisent pas leurs arguments dans les caractéristiques internes des deux
systèmes, mais s'entêtent à vouloir les découvrir dans leurs ressemblances
formelles. Comme critères servant à définir un système totalitaire, ils citent la plupart
du temps: une idéologie totalitaire, un régime à parti unique, une police secrète ultra-
violente, le monopole de l'information et des armes, et une économie à direction
centralisée.
Mais dès que l'on compare les prétendus Etats totalitaires sur base de leur contenu,
dès que l'on se demande quelle classe y détient le pouvoir et dans quel but elle
l'exerce, le château de cartes de la doctrine totalitaire s'effondre. Et c'est à ce
moment que l'on s'aperçoit qu'en fait, ce sont la démocratie bourgeoise et le
fascisme qui représentent "foncièrement la même chose".
Les frontières floues entre démocratie bourgeoise et fascisme
Pour la quasi-totalité du tiers monde, "démocratie bourgeoise" est synonyme de
fascisme
La plus grande partie de l'humanité, à savoir le tiers monde, ne voit dans l'Occident
libre qu'un régime de terreur extrêmement cruel. Les partis au pouvoir chez nous
contrôlent le tiers monde au nom de la bourgeoisie en se servant d'hommes de paille
comme Mobutu, Habyarimana, Fujimori, Pinochet, Suharto, Marcos ou Ramos. Ils
organisent en ces pays d'incessants génocides par l'entremise de la Banque
Mondiale et de l'Organisation du commerce mondial. Le cas échéant, ils y font
massacrer les gens par centaines de milliers. Voici un tour d'horizon incomplet, où ne
sont pris en compte, à partir des années soixante, que les massacres de plus de
200.000 victimes. Indonésie, 1963: 200.000 communistes assassinés avec l'aide de
la CIA; Vietnam: 1.000.000 de morts, dans le seul but de maintenir au pouvoir les
marionnettes pro-occidentales dans le Sud du pays; Angola: des centaines de
milliers de morts suite à la guerre de l'Unita, soutenue par l'Occident, contre le
gouvernement socialiste; Mozambique: 900.000 morts, bilan de l'agression du
Renamo, soutenu par l'Occident, contre le gouvernement progressiste; Rwanda:
1.000.000 de morts sur le compte des Interahamwes, armés, entraînés et protégés
par les gouvernements français et belge; Irak: 500.000 morts pour sauvegarder la
mainmise occidentale sur les champs pétrolifères arabes. Chili, Argentine, Salvador,
Nicaragua, Guatemala, Paraguay, Panama... A travers toute l'Amérique latine, les
gouvernements pro-américains n'ont pu se maintenir au pouvoir qu'en exerçant une
terreur sanglante à l'encontre de centaines de milliers de travailleurs, syndicalistes et
révolutionnaires. Dans l'ancien bloc de l'Est et l'ex-Union soviétique, le
rétablissement d'une économie de marché libre a provoqué, en cinq ans, 1.700.000
morts du fait des guerres civiles, de la sous-alimentation et du manque de soins de
santé. Pour une grande partie de la population, la démocratie occidentale ne signifie
que guerre civile, fascisme, faim et maladie.
Toute insurrection est matée dans un bain de sang
Dans le monde occidental lui-même, la démocratie se maintiendra aussi longtemps
que le capital ne sera pas en difficulté. Chaque tentative d’installer le socialisme est
étouffée dans le sang. En 1917, les armées réunies du monde capitaliste s'en vont
en guerre contre la Russie socialiste: 2 millions de morts. Hongrie 1918, la révolution
socialiste est réprimée de façon bestiale. Italie 1922: pour mettre un terme à la
révolte ouvrière, la classe dominante installe le fascisme. Allemagne 1918, 1921,
1923: plusieurs insurrections sont noyées dans le sang de dizaines de milliers de
travailleurs. En 1933, la bourgeoisie allemande prévient le socialisme en installant
Hitler au pouvoir. Espagne 1935-36: grâce au soutien de Hitler et de Mussolini, le
gouvernement républicain espagnol légal est évincé et massacré. Les démocraties
occidentales laissent faire en adoptant une neutralité bienveillante.
La démocratie parlementaire: un paravent pour un pouvoir absolu et sans partage
«Tous les groupes sociaux ont la possibilité et la tâche de défendre leurs intérêts.»
C'est la version officielle. Mais sur les questions essentielles de la vie, l'immense
majorité de la population n'a rien à dire. Le travailleur a-t-il son mot à dire, dans son
entreprise, sur le rythme, l'emploi, les investissements ou même le salaire? A quoi
rime la démocratie si le seul fait de donner son avis signifie peut-être licenciement et
chômage? Ce n'est que sous le socialisme, même malade, que les travailleurs
savent ce que démocratie veut dire au sein de l'entreprise.
En 1989, le gouvernement ouest-allemand a déstabilisé la RDA socialiste. On y a
appâté les travailleurs qualifiés avec des promesses de travail bien payé dans des
entreprises ouest-allemandes. A peine quelques mois plus tard, le patronat ouest-
allemand se plaignait déjà des "Ossis" (travailleurs de l'Est). Ceux-ci n'étaient pas
habitués aux cadences infernales et, surtout, ils ne se laissaient pas marcher sur les
pieds. Ils voulaient avoir leur mot à dire sur la manière d'organiser le travail,
déterminer eux-mêmes le rythme de travail. Ils contestaient les ordres des
contremaîtres. Ils y avaient été habitués depuis des années en RDA. En RFA, ils
avaient le choix: se taire ou rejoindre l'armée des sans-emploi.
Mais chacun, par le biais de son vote, ne peut-il donc exercer une influence sur la
politique? Marx le disait déjà: «Les élections servent à décider à intervalles réguliers
qui peut aller représenter le peuple et l'écraser» (vertreten und zertreten). Le
parlement est un simulacre de représentation démocratique. Quelles questions
importantes règle-t-on au Parlement? Les missiles nucléaires Pershing II ont été
installés sans tenir compte le moins du monde de la majorité des parlementaires.
C'est le grand capital qui prend toutes les décisions économiques importantes et qui
les met en application par l'entremise de ses représentants dans les cabinets
ministériels. Le "pacte social" est une idée qui a été développée par la Table Ronde
européenne des industriels. Cette norme est ensuite imposée aux différents
gouvernements par le biais de la Commission européenne, au nom des accords de
Maastricht. Et les gouvernements, à leur tour, la mettent en application malgré
l'opposition de la majorité écrasante de la population. Les réformes de
l'enseignement des ministres Onkelinx et de Vandenbossche sont issues en droite
ligne des travaux du groupe d'étude sur l'Enseignement de cette même Table Ronde.
Lorsqu'un gouvernement estime qu'un débat parlementaire normal risque de
permettre au mouvement ouvrier d'organiser la protestation, il met le parlement hors
jeu en recourant aux lois cadres ou aux pleins pouvoirs. Des dizaines de milliers de
professeurs et d'étudiants francophones font grève depuis des mois contre la
détérioration de l'enseignement. Pas un seul parlementaire "élu démocratiquement"
ne s'est fait l'interprète de cette résistance. Dans aucune section du Parti Socialiste,
le décret de la ministre socialiste Onkelinx n'a été soumis à discussion. Les
nombreux professeurs et parents d'élèves qui sont membres de ce parti l'auraient
rejeté sans hésiter. Mais lorsqu'il s'agit de le soumettre au vote, il ne manque pas
une seule voix de mandataires socialistes.
Mais l’opposition peut tout de même renverser ce gouvernement, nous objecte-t-on.
Oui, mais quel parti d'opposition se fait l'interprète des exigences des travailleurs? Il
n'y a pas un seul pays occidental dans lequel un éventuel changement de coalition
se traduirait par un changement fondamental de politique. Du reste, qui peut encore
faire, de nos jours, la distinction entre socialistes et libéraux autrement que par la
couleur de leurs affiches électorales respectives? Le pluralisme dans la démocratie
bourgeoise est une illusion, parce que tous les partis bourgeois fonctionnent dans le
même cadre: reconnaissance de la propriété privée des moyens de production,
soutien à nos intérêts internationaux comme pendant la guerre du Golfe, supériorité
de la démocratie bourgeoise. C'est du pluralisme, mais uniquement pour qui ne met
pas en question le pouvoir de la classe dominante. Pour les révolutionnaires, c'est la
répression et l'espionnage.
Dans notre démocratie, une justice indépendante tranche les conflits entre les
groupes, c’est du moins ce que nous apprennent nos manuels scolaires. En réalité,
justice et gendarmerie sont au service du grand capital. Ils servent uniquement à
empêcher les travailleurs de briser par la violence le pouvoir du patronat. Jamais
encore la gendarmerie n’est intervenue dans une grève pour protéger le droit de
grève. Et s’il arrive que des patrons soient poursuivis devant le tribunal, c’est
seulement parce qu’ils n’ont pas respecté les règles du jeu capitaliste et ont porté
préjudice à d’autres patrons.
Liberté de la presse? Mais seuls ceux qui ont de l'argent peuvent faire connaître leur
opinion via la presse. Tous les médias importants sont dans les mains d'un groupe
de capitalistes très limités: trois ou quatre grands groupes en Flandre (Leysen, Van
Thillo, VNU et Roularta), trois en Wallonie (Rossel, La Libre Belgique, Vers l'Avenir).
Qui peut s'acheter une chaîne de TV? Celui qui possède des médias peut, comme
Berlusconi, devenir Premier ministre avec un parti mis sur pied en six mois. Par
contre, aux communistes, on ne cesse de mettre des bâtons dans les roues. Le PTB
se voit même contester trois minutes d'antenne tous les quatre ans. Pendant ce
temps-là, les médias bourgeois ne cessent d’échauffer les gens contre le socialisme
tout en prenant bien soin de masquer la terreur exercée par l'impérialisme contre les
peuples du tiers monde. Au moment même où l'armée chinoise prenait position sur la
place Tien An Men, l'armée vénézuélienne massacrait plus de mille personnes à
Caracas. Ces gens s'étaient révoltés contre le FMI. Qui en a entendu parler?
S'il n'est pas possible de dissimuler l'oppression, les médias bourgeois s'arrangent
pour que les spectateurs ou les lecteurs ne fassent pas le lien entre l'oppression et le
capitalisme. Le génocide du Rwanda, selon eux, n'a rien à voir avec la pauvreté
extrême du pays et le soutien de la Belgique et de la France au régime des
assassins. Il en va tout autrement avec les événements qui se produisent dans les
pays socialistes. Aujourd'hui encore la BBC commence chaque reportage sur la
Chine par la phrase: «Sept ans après la répression du mouvement pour la
démocratie à Tien An Men... le feu a éclaté dans une fabrique de jouets de la région
de Canton.»
Même en période de relative stabilité, la bourgeoisie se prépare à la répression
ouverte
Le capital sait que tôt ou tard l'exploitation conduira à une opposition ouverte. De
toute façon, il s’y prépare. Même dans le plus démocratique des Etats bourgeois, les
mouvements révolutionnaires, anticapitalistes et anti-impérialistes sans exception
sont espionnés et fichés. Les théoriciens du totalitarisme nous expliquent que l'une
des caractéristiques de l'Etat totalitaire est qu'il entretient une police politique
semblable à la Gestapo. Actuellement, dans notre pays, la bourgeoisie investit des
milliards dans la mise sur pied d'une telle police.
La gendarmerie est un véritable instrument de guerre civile contre les travailleurs.
Elle travaille selon une discipline militaire, même si celle-ci a été abolie formellement.
En une seule nuit, elle peut occuper toutes les entreprises ainsi que les points
névralgiques, elle dispose d'informations pour arrêter en quelques heures tous les
communistes et syndicalistes actifs. Tout comme l'était la Gestapo, la gendarmerie
est en même temps un service secret et une police. Elle contrôle tous les autres
services de police, et reçoit sur ses ordinateurs toutes les informations récoltées par
les polices communales. Via des affaires comme celles du Westland New Post et
des Tueurs du Brabant, elle a éliminé la Sûreté de l'Etat et tente maintenant de faire
de même avec la police judiciaire en exploitant les scandales qui la frappent celle-ci
(Reyniers, Roger Moens). Elle étend ses tentacules sur toute la société. Aujourd'hui,
dans le Limbourg, au nom de la sécurité, les chauffeurs des autobus vicinaux sont
directement reliés à la gendarmerie. C'est ainsi que ce corps est à même de
contrôler jour et nuit et à travers toute la province les allées et venues de "suspects"
(des équipes de colleurs d'affiches, par exemple). Toutes les caméras du ministère
des Travaux Publics que l'on peut voir le long des routes et des autoroutes se
trouvent sous contrôle direct et permanent de la gendarmerie.
En outre, même en temps de paix, la police officielle utilise des fascistes comme
auxiliaires. Nombre de fascistes connus travaillent comme indics pour la gendarmerie
et la police. Au cours des années 70 et 80, ils relevaient les numéros
d’immatriculation des voitures garées autour des endroits où se déroulaient des
activités progressistes. Le dirigeant du Front de la Jeunesse et du Westland New
Post rassemblait, au nom de la Sûreté de l’Etat, les fichiers de nombreuses
organisations progressistes à Bruxelles.
A eux seuls, ces faits témoignent à suffisance du manque de confiance de la
bourgeoisie dans l'avenir de sa propre démocratie parlementaire.
En période de crise, la différence entre démocratie bourgeoise et fascisme s’estompe
En période de crise, la bourgeoisie exige des mesures draconiennes qui se heurtent
à une opposition croissante. Pour empêcher cette opposition ou pour la briser, les
partis traditionnels s'appliquent à supprimer les droits acquis par les travailleurs sur
les plans social, économique et démocratique. On licencie des délégués, on
supprime le droit de grève. Les tribunaux interviennent dans les grèves en imposant
des astreintes, ce qui correspond dans les faits à l'abolition pure et simple du droit de
grève. On voit apparaître des formes plus autoritaires de gouvernement:
gouvernement de législature, interventions autoritaires dans les conventions
collectives du travail (Plan global), pleins pouvoirs et lois cadres. Par le biais du
racisme et au nom de l'Europe, les droits démocratiques sont mis en veilleuse et le
contrôle sur la population est renforcé (Schengen, Europe des polices). Les contrôles
de police et la violence policière deviennent monnaie courante, surtout à l'encontre
des immigrés et, de plus en plus fréquemment, au cours des grèves. On prépare
également des interventions à l'étranger afin d'assurer la défense ou la conquête de
zones stratégiques. La préparation idéologique à de telles interventions tourne à
pleins tours: collaboration de classe pour la défense de "notre" entreprise,
protectionnisme (clauses sociales) pour la défense de "nos industries", chauvinisme
européen, droit d'intervention humanitaire, racisme à l'égard des réfugiés du tiers
monde et intégrisme. La mise en place d'une armée européenne avec troupes
d’intervention rapide crée les conditions matérielles et les opérations militaires dites
"humanitaires" servent d’entraînement.
Le fascisme est une autre forme de dictature du capital
Le fascisme n'est pas l’extrême opposé de la démocratie bourgeoise. C’est une autre
forme de la dictature de la bourgeoisie. C’est une autre forme destinée à maintenir
en place le système capitaliste. Lorsque les méthodes de la démocratie
parlementaire ne suffisent plus, on fait appel à la dictature ouverte: on supprime les
libertés démocratiques (organisation, libre expression, manifestation, presse) du
mouvement des travailleurs, on instaure des lois et des tribunaux d'exception.
Le fascisme est une mesure préventive prise par le capital à l'encontre de la
révolution socialiste
En Italie, le fascisme a été instauré pour combattre les conseils ouvriers et mater les
révoltes qui ont éclaté dans le nord du pays au lendemain de la Première Guerre
mondiale. En Allemagne, fin 1932, la social-démocratie perd de plus en plus son
emprise sur la classe ouvrière. Le KPD (PC allemand) se renforce. En 1928, le KPD
remporte 3,2 millions de voix, contre 9,1 millions en faveur du SPD. En novembre
1932, le rapport est de 6 millions de voix en faveur du KPD contre 7,2 millions en
faveur du SPD. Le capital craint un soulèvement révolutionnaire. Les dirigeants des
grands groupes capitalistes se livrent à un calcul cynique: le fascisme est la seule
solution pour conserver le pouvoir.
C'est ce qui ressort clairement de l'analyse de la revue patronale Deutsche
Führerbriefe de septembre 1932. Le patronat allemand estime qu’après trois années
de crise profonde, la survie du système capitaliste dépend de la division de la classe
ouvrière. De 1923 à 1930, la social-démocratie est parvenue à diviser la classe
ouvrière en accordant des avantages salariaux et en menant une politique sociale.
La partie de la classe ouvrière organisée dans le syndicat jouissait d'avantages,
modiques certes, mais pourtant considérables en comparaison avec la situation
instable des couches inférieures de la masse, souvent sans travail. La bourgeoisie a
ainsi pu gagner pour la défense de la démocratie bourgeoise la partie privilégiée,
organisée de la classe ouvrière dont les dirigeants réformistes limitaient leurs
revendications à des améliorations dans le cadre du capitalisme.
Cette politique fonctionna assez bien jusqu'à la crise économique de 1929, qui
balaya les avantages des couches supérieures de la classe ouvrière et ébranla ainsi
la base sociale de la social-démocratie. Le danger de voir la grande majorité de la
classe ouvrière se rallier au communisme prenait des proportions inquiétantes pour
la bourgeoisie. Pour échapper à la débâcle, la bourgeoisie ne voyait plus qu’une
solution: "semer la division à l'intérieur de la classe ouvrière et de la rattacher
solidement à l'appareil d'Etat par d'autres moyens plus rapides". C'est précisément là
que se situe, dans l'esprit de la bourgeoisie, ce qu'elle appelle "les potentialités (!) et
les tâches positives du national-socialisme"!
Cette crainte d'une révolution sociale est le facteur déterminant pour intégrer Hitler
dans le gouvernement. Tous les partis bourgeois y donnent leur accord lors
d'entretiens avec le vieux président Hindenburg, fin 1932. C’est que, en dépit de
leurs doutes sur la capacité d’Hitler à contrôler son arrière-ban, ils ne voient aucune
autre solution. Durant ces entretiens, les représentants du Parti du centre (le plus
grand parti de l'époque, précurseur de la CDU) déclarent: «Il faut donner libre cours
à de nouvelles potentialités (Hitler au gouvernement, ndlr), car c'est la seule façon de
sauver l'Allemagne d'une situation dont la gravité ne peut être comparée qu'avec
celle de novembre 1918 (l'insurrection spartakiste, ndlr).»
Le fascisme ne vient au pouvoir que si le grand capital le veut
Partout, le fascisme a été mis au pouvoir par le grand capital.
En Allemagne, c’est sous la pression du grand capital financier que le président
Hindenburg a nommé Hitler au poste de chancelier. Le 19 novembre 1932, Reinhart,
chef de la "Commerz und Privatbank", transmet à Meissner, secrétaire de
Hindenburg, une requête rédigée en ce sens et signée par toutes les figures de
proue du grand capital allemand.
Mais bien avant cela, dès 1923, les nazis bénéficiaient déjà du soutien financier du
monde des entreprises. En octobre de cette année-là, le magnat de l'acier, Thyssen,
avait alloué 100.000 marks-or à la NSDAP par l'entremise du général Ludendorff. En
1926, Hitler avait fait une tournée à travers la Ruhr et y avait pris la parole devant
tous les patrons importants. En 1927, les patrons de la chimie Wilhelm Keppler et
Emil Kirdorf, qui comptaient parmi les hommes les plus puissants de la Ruhr, étaient
devenus membres de la NSDAP. Dès le début de 1930, le banquier Kurt von
Schröder décide de soutenir les nazis. Le 27 octobre 1931, C.F. von Siemens parle
devant la General Electric Company à New York du «désintéressement du
mouvement de Monsieur Hitler et de la grandeur de ses hauts idéaux nationaux...
Les racines de son mouvement résident dans la lutte contre le socialisme, contre le
marxisme... Il est opposé à la domination effrénée du parlementarisme, pour laquelle
notre peuple allemand n'est pas suffisamment mûr.» Sans les millions venant de ces
capitalistes et de bien d’autres encore, Hitler ne serait jamais devenu aussi
important. Ils mirent à sa disposition leurs hangars désaffectés qu'il transforma en
une sorte de version nazie de l'Armée du Salut. Des malheureux sans travail
pouvaient s'y retrouver pour une assiette de soupe et un lit pour la nuit. Avant qu'ils
s'en rendent compte, on leur avait collé sur le dos un uniforme de la SA et ils
défilaient au pas de l'oie derrière le drapeau nazi. Durant la campagne présidentielle
de 1932, les nazis collèrent des millions d'affiches, distribuèrent huit millions de
tracts, imprimèrent douze millions de numéros spéciaux de leur torchon et
organisèrent 3.000 meetings par jour. Pour la première fois, ils firent usage de films
et de disques. Hitler utilisait un avion privé pour se rendre d'un meeting à l'autre. En
1932, le parti nazi comptait des milliers de permanents et l'entretien de la SA, à lui
seul, coûtait deux millions de marks par semaine. Qui payait tout cela? Certainement
pas les membres sans travail du parti nazi...
Avant, pendant et après les nazis: le capital financier dirige
Hitler a été porté au pouvoir par Thyssen, Krupp, Siemens, etc. Ces capitalistes
faisaient déjà la pluie et le beau temps à l’époque de la république de Weimar. Sous
le nazisme, ce sont eux aussi qui déterminent la politique économique. Pour s'en
rendre compte, il suffit de voir la composition du Haut Comité Economique sous le
gouvernement nazi. Nous y trouvons M. Krupp von Bohlen, roi de l'industrie
d'armement, M. Fritz Thyssen, baron de l'acier, C. von Siemens, roi de l'électricité,
Karl Bosch, de l’industrie des colorants. Et qui fait la pluie et le beau temps dans
l’Allemagne d’aujourd'hui? Hé oui...
Le fascisme porte la logique meurtrière du capitalisme jusqu'à sa pire extrémité.
Aujourd'hui, tous les partis sont d'accord qu’il faut améliorer la compétitivité du
patronat. Cette logique mène à une spirale descendante des salaires et des acquis
sociaux. Le fascisme a porté la compétitivité des usines allemandes à des sommets
encore jamais atteints. Dans les camps de travail, le coût salarial et les charges
sociales étaient quasiment réduits à zéro. Parmi les entreprises qui rivalisaient pour
obtenir la plus grande quantité possible de main-d'oeuvre en provenance des camps
de concentration, on retrouve le gratin du grand capital. Afin d'épargner leurs frais de
transport, plusieurs firmes construisent leurs usines dans les environs immédiats des
camps. IG-Farben, Krupp et Siemens avaient des usines à Auschwitz. Siemens en
avait encore une à Ravensbrück. Walther Zella-Mehlis en installa une à Buchenwald,
et une autre encore dans les environs de Neuengamme.
L'exploitation n'y connaissait aucune limite. Il ne fallait même pas s'inquiéter des
rations de survie pour les prisonniers mis au travail. Au printemps 44, le complexe de
l'IG-Auschwitz occupait entre vingt-sept et trente mille travailleurs, dont trois à six
mille seulement étaient des Allemands qui y travaillaient de leur plein gré. Il y avait
douze à quinze mille travailleurs étrangers et huit à neuf mille prisonniers du camp.
Un prisonnier juif qui arrivait là en condition physique acceptable avait encore une
espérance de vie de trois à quatre mois. Ensuite, il mourait d'épuisement. Et si
d'aventure il avait survécu, il était envoyé comme "inapte au travail" à Birkenau où
les SS achevaient la besogne. Trente-cinq mille détenus ont travaillé à Monowitz,
une dépendance de l'IG-Auschwitz, entre 1943 et 1944. Pour 23.000 d'entre eux, on
sait avec certitude qu'ils y ont trouvé la mort.
Inévitablement, une telle diminution des coûts salariaux et des charges sociales
devait entraîner une forte augmentation des profits. Entre 1939 et 1944, les
bénéfices bruts de l'entreprise augmentèrent de 50%.
Il vaut aussi la peine de se pencher un instant sur le racisme. Pour ceux qui ne sont
pas encore convaincus que le racisme livre tous les travailleurs, y compris ceux de
"notre peuple", comme des individus sans droits à l’arbitraire patronal...
Dans son Zwartboek werkloosheid (Livre noir du chômage) de 1993, le Vlaams Blok
propose d'introduire une carte de travail pour les immigrés, d'une validité de deux
ans, renouvelable. En outre, le VB veut introduire l'immobilité intersectorielle:
autrement dit, les immigrés non européens qui perdront leur emploi devront
obligatoirement chercher du travail dans le même secteur d'activités. Un immigré
demeurant sans emploi pendant plus de trois ans devra être renvoyé dans son pays
d'origine. Ce permis de travail associé à l'immobilité intersectorielle existait déjà sous
les nazis mais, à l'époque, il était conçu pour les travailleurs allemands. La loi nazie
du 15 mai 1934 limitait déjà très sérieusement la liberté de changer d'employeur.
Après juin 1935, les bureaux de placement de l'Etat furent chargés du contrôle
exclusif de la main-d'oeuvre: ils décidaient qui pouvait être embauché, et où. Le
fameux "livret de travail" a été introduit en février 1935. Sans ce document, aucun
travailleur ne pouvait être engagé. Tout comme cela se faisait chez nous au 19ème
siècle, Le livret indiquait les qualifications du titulaire et les noms de ses anciens
employeurs. Un ouvrier qui désirait travailler ailleurs pouvait en être empêché par
son patron si celui-ci gelait son livret de travail. Finalement, le 22 juin 1938, la
conscription du travail fut instituée. Désormais, l'ouvrier allemand était tenu de
travailler là où l'Etat le lui imposait. Celui qui ne se présentait pas à son travail
pouvait être jeté en prison. On voit bien la logique: d'abord, on organise la répression
contre les étrangers mais ensuite, c'est au tour des nationaux de la subir. Entre-
temps, les victimes sont divisées et affaiblies par le racisme.
Le fascisme a pu se développer impunément et arriver au pouvoir sous la protection
de l’appareil d’état bourgeois
Partout le socialisme, dans sa lutte pour le pouvoir, s'est heurté à la résistance la
plus barbare de tout l'appareil bourgeois (en Union soviétique, en Chine, au
Vietnam... et même au Chili). Les Etats capitalistes de l’entre-deux-guerres — même
là où les socialistes participaient au gouvernement — n’ont pas empêché le fascisme
mais en plus ils ont permis que celui-ci se développe au sein de l’état bourgeois. Ils
l’ont même soutenu.
En Italie, le roi a fait appel à Mussolini. Palme Dutt décrit comment, en 1920, le
gouvernement du libéral Giollitti, auquel participait également le socialiste Bonomi au
poste de ministre de la Guerre, trouvait que «l'offensive fasciste pouvait être utilisée
pour briser la force du mouvement socialiste et communiste». Il donna aux chefs
militaires la permission d’armer les fascistes de fusils et de mettre à leur tête des
officiers de réserve ainsi que des officiers en disponibilité. La "marche sur Rome" fut
dirigée par six généraux.
En Allemagne aussi, les fascistes ont acquis de l'importance sous la protection de
l'Etat bourgeois. En théorie, les partis bourgeois partent en lutte aussi bien contre le
totalitarisme de gauche (communiste) que contre celui de droite (fascisme). Mais
dans les faits concrets, ils visent uniquement les communistes. Au début de 1930,
une "Loi de protection de la République" a été déposée. Officiellement, elle était
dirigée tout autant contre l'extrême droite que contre l'extrême gauche. Mais le
promoteur de cette loi, le ministre de l'Intérieur du gouvernement socialiste prussien,
Grzezinski, déclarait le 16 janvier 1930: «Les lois actuelles ne suffisent pas à mettre
le KPD hors-la-loi. J'ai besoin de cette loi de protection de la République pour
interdire les journaux communistes.» Au nom du SPD, le parlementaire Landsberg a
déclaré que son parti était favorable à cette loi «parce qu'elle empêcherait
l'Allemagne de se retrouver sous le joug de l'Union soviétique». Le lendemain de la
ratification de la loi, Grzezinski décida que les bourgmestres communistes, élus par
les conseils communaux prolétaires, ne seraient pas confirmés dans leurs fonctions.
Simultanément, dans une ville de Poméranie, on nomma un bourgmestre nazi...
Lors des élections du 20 mai 1928, les nazis n'avaient encore recueilli que 810.000
voix. A la fin du gouvernement Müller, aux élections du 14 septembre 1930, ils en
obtinrent 6.409.000. Au cours de ces quatre années, ce premier ministre socialiste a
permis à Hitler de réorganiser son organisation terroriste, la Sturm Abteilung (SA), de
lui donner des structures militaires et de l'installer dans des casernes. Le ministre
s’est simplement contenté de leur interdire le port de l'uniforme. Il a autorisé Hitler à
créer des cellules au sein des entreprises. Sous le même Müller, en revanche, les
communistes ont été victimes de la plus impitoyable des répressions. Chaque
semaine, des communistes étaient assassinés par la police du socialiste Severing,
mais quand on a légalisé une organisation de jeunesses hitlériennes en Thuringe, le
même Severing s’est contenté d’expédier un télégramme de protestation. A partir de
1929, il a interdit le Front Communiste des Combattants Rouges mais pas la SA, les
troupes de choc des nazis. La SA n’a été interdite que durant deux mois, du 13 avril
au 17 juin 1932, et ce fut sous le gouvernement conservateur de Brüning. Un mois
après la levée de cette interdiction, la même SA a mené des actions qui, rien qu'en
Prusse, se sont soldées par 99 tués et 1.125 blessés.
Le fascisme n'est pas le pouvoir de la petite bourgeoisie contre les travailleurs et
contre le capital
Les fascistes eux-mêmes prétendent avec beaucoup de démagogie qu'ils sont la
troisième voie entre le fascisme et le capitalisme et que "le fascisme a aussi renversé
le grand capital". Dans les milieux antifascistes aussi, on entend parfois affirmer que
le fascisme est un mouvement de la petite bourgeoisie en révolte contre le grand
capital parce que la crise l’entraîne à la faillite. Selon certains, le grand capital n'a
pas intérêt à voir s'installer le fascisme: le racisme entraîne des troubles dans les
usines. Opel n’a-t-il pas organisé des actions spectaculaires contre l'incendie criminel
de Mölln? C'est un de leurs arguments.
Ce jugement sur le grand patronat est simpliste et à courte vue. Nombre
d'employeurs importants comme Renault et VW appliquent déjà le principe des
"ressortissants nationaux d'abord". Ils n’embauchent que peu ou pas du tout
d'immigrés. En outre, le fascisme ne doit pas être réduit au simple racisme. En
Allemagne aussi, certains aspects du national-socialisme contrariaient les
employeurs. Mais nécessité faisant loi, ils ont quand même opté pour Hitler.
On ne peut pas non plus déterminer le caractère de classe des partis fascistes sur
base de leurs slogans, de leur démagogie ou de la composition sociale de leurs
membres ou de leurs électeurs. Pour se développer, le fascisme oriente surtout sa
propagande vers la petite-bourgeoisie, les chômeurs et les travailleurs démoralisés.
C'est surtout dans ces milieux que le fascisme bâtit son assise sociale. D'où sa
démagogie, ses prises de position contre les syndicats, contre la classe ouvrière
organisée et contre les "trusts". Mais un marxiste ne peut pas confondre "caractère
de classe" et "assise sociale". Il juge un mouvement politique sur base de ses actes,
de sa politique. Il pose la question: de quelle classe cette politique sert-elle les
intérêts?
Tous les grands partis bourgeois, comme le CVP-PSC, comptent dans leurs rangs
des travailleurs, des employés, des gens de la classe moyenne. Mais personne n’a
l’idée de dénier au CVP son caractère de parti du grand capital. La même chose vaut
davantage encore pour les partis socialistes dont la majorité de la base, et à coup sûr
des électeurs, est encore constituée d'ouvriers. Les slogans électoraux de ces partis
promettent de défendre "la sécurité sociale des petites gens". N'empêche que ces
partis, pour ce qui est de leur politique réelle lorsqu’ils sont au pouvoir, sont des
partis du grand capital.
Le fascisme ne met absolument pas en question les rapports de propriété ni la
propriété privée des moyens de production par le grand capital. Hitler n'a jamais
pensé à prendre des mesures pour protéger la petite classe moyenne contre la
concurrence mortelle du grand capital. Funk, membre du NSDAP et rédacteur en
chef du Berliner Börsenzeitung, disait au procès de Nuremberg: «Le Führer a déclaré
à plusieurs reprises, lors d’entretiens avec d’importants industriels et moi-même, qu’il
était adversaire de l’économie d’Etat ainsi que d’une prétendue "économie planifiée"
et qu’il considérait la libre entreprise et la concurrence comme une nécessité absolue
pour atteindre le niveau de production le plus élevé possible.»
La prétendue aile "anticapitaliste" du parti nazi pensait que les nazis prendraient
aussi des mesures contre le grand capital. Après l’accession au pouvoir, pendant la
nuit des longs couteaux, le 30 juin 1934, Hitler a fait assassiner 400 à 1.000 cadres
de la SA. C’en était fini de l’aile anticapitaliste du parti nazi.
Si aujourd’hui, les partis fascistes ne bénéficient pas encore du soutien du grand
capital, ceci est révélateur de la conjoncture du moment mais ne dit rien du caractère
de classe du fascisme. La majorité du grand capital n’opte pas encore aujourd’hui
pour les partis fascistes. Le patronat estime qu’aujourd’hui il peut encore améliorer
sa position concurrentielle sans trop de remous sociaux, par la concertation. C’est
pourquoi il opte pour un gouvernement de partis qui sont en mesure d’arracher aux
directions syndicales capitulation sur capitulation et d’empêcher l’opposition
généralisée de la base ouvrière. Pour ce faire, le patronat compte sur les partis
socialistes. Les dirigeants socialistes n’hésitent pas à adopter eux-mêmes des
mesures fascistes: répression brutale contre les secteurs combatifs comme les
enseignants et les jeunes, attaques contre le droit de grève, pleins pouvoirs, racisme.
La "théorie de la petite-bourgeoisie" qui voit le fascisme comme un mouvement
indépendant du grand capital et même en conflit avec lui, mène à des conclusions
erronées et politiquement dangereuses. Elle limite la menace du fascisme à la
menace qui émane des partis fascistes de type nazi. Le danger fasciste est mesuré
au degré de force des partis ouvertement fascistes. L’historien communiste et
spécialiste du fascisme Kurt Gossweiler, dit à ce sujet: «La "théorie de la petite-
bourgeoisie" n’est pas satisfaisante comme manuel de lutte antifasciste... Une
théorie du fascisme doit nous révéler clairement qui et ce qui engendre le fascisme,
comment il peut grandir et quel est son caractère de classe. La réponse à ces
questions doit nous aider à élaborer une stratégie et une tactique efficace pour
empêcher le fascisme. La théorie marxiste-léniniste du fascisme conduit à la
conclusion que la menace principale du fascisme émane de la puissance du capital
financier... Le fascisme peut adopter de nombreuses formes. La mesure du danger
fasciste est le degré d’hostilité à la démocratie du capital financier, le degré de sa
détermination à défendre ses positions par la mise en place de l’une ou l’autre forme
de fascisme. Le danger fasciste ne peut pas être mesuré à la taille ou à la force de
partis et mouvements fascistes.»
Le fascisme peut donc adopter différentes formes. Nous ne pouvons pas exclure
que, lors d’une lutte de classe aigu‘, comme le mouvement des enseignants
francophones aujourd’hui, lors d’une révolte de la base contre la capitulation de la
direction syndicale, les partis traditionnels, y compris les socialistes, passent à des
formes plus ouvertes de fascisme. Il existait dans les années trente et il existe encore
aujourd’hui en Europe des pays où les socialistes participent à des gouvernements
ouvertement fascistes, comme en Turquie. Si le danger du fascisme dépend de la
tendance du capital financier à défendre ses intérêts en recourant éventuellement à
des moyens dictatoriaux, «la meilleure politique antifasciste, selon Gossweiler,
consiste à unir toutes les forces antifascistes, démocratiques et anticapitalistes pour
restreindre la force du grand capital. Il faut former un large front d’action
démocratique, anti-impérialiste, sous la direction de la classe ouvrière.»
Celui qui mesure le danger fasciste à la taille et à la force des partis fascistes, celui
qui ne voit pas que le fascisme peut adopter différentes formes, que le fascisme peut
aussi être installé par en haut, avec les collaboration des partis traditionnels, celui-là
prend la protection des autres partis bourgeois qui introduisent eux-mêmes des
mesures fascistes et les appelle à dresser un rempart contre le danger fasciste. Il
chasse un loup et en laisse entrer un autre.
Signification actuelle de la doctrine du totalitarisme
Jusqu’en 1941, cette doctrine a servi pour justifier le refus des propositions
communistes de front uni antifasciste au plan national et international. "Ni Moscou, ni
Berlin", ainsi qualifiait-on cette politique.
Juste après 1945, elle a servi à miner la sympathie dont bénéficiait l’Union soviétique
après la victoire sur le fascisme et à entamer la guerre froide. Elle convenait surtout
parfaitement à la bourgeoisie pour camoufler la cohésion entre fascisme et
capitalisme. L’historien procapitaliste américain H.A. Turner écrit: «Si l’analyse selon
laquelle le fascisme est un produit du capitalisme est correcte, dans ce cas, ce
système est devenu indéfendable.» Après la guerre, le capitalisme était discrédité en
Europe en raison de sa responsabilité manifeste dans l’arrivée au pouvoir du
fascisme et pour son soutien à celui-ci. Les communistes et l’Union soviétique
bénéficiaient d’un grand prestige. Celui qui voulait défendre le capitalisme devait
donc parvenir à masquer les liens entre fascisme et capitalisme. Quelques
intellectuels au service de la bourgeoisie se sont chargés de cette tâche. Dans cette
optique, la doctrine du totalitarisme offrait de nombreux avantages.
Elle est facile à utiliser comme anticommunisme "de gauche". Les antifascistes qui
ne croient pas dans la démocratie bourgeoise et ne connaissent le socialisme qu’à
travers la propagande anticommuniste peuvent ainsi être entrainés de l’antifascisme
à l’anticommunisme. La nouvelle loi sur le financement des partis veut aujourd’hui
exclure le Vlaams Blok qui n’approuve pas "la déclaration européenne des droits de
l’homme". Cela cadre parfaitement dans l’esprit de la lutte contre le totalitarisme,
pour la défense de la démocratie bourgeoise. Il ne fait aucun doute que le même
argument sera utilisé demain contre le PTB lorsque celui-ci entrera en considération
pour un financement public. Et dans ce cas, on n'assistera pas à un semblant de
combat, comme c'est le cas aujourd'hui contre le Vlaams Blok. En Belgique, dans les
années 30, on a voté des lois contre les milices privées, à la fois contre l’extrémisme
de gauche et de droite, prétendait-on. En fait, ces lois ont surtout été utilisées contre
les communistes. Le nombre de publications communistes interdites a été largement
supérieur à celui des publications fascistes.
La théorie du totalitarisme sert à isoler les communistes des autres antifascistes,
mais aussi à les corrompre. Certains syndicalistes "bien intentionnés" nous
conseillent de mener une "offensive de charme", de laisser tomber Staline et la
dictature du prolétariat. Ils espèrent ainsi empêcher que des dirigeants syndicaux de
droite nous placent sur la même ligne que le Vlaams Blok. Céder à la pression des
anticommunistes signifie se soumettre à la stratégie visant à intégrer les
communistes au système. L'antistalinisme est ici utilisé pour stimuler le
développement d'une "aile modérée" au sein du parti, qui adoptera ensuite des
positions révisionnistes.
L'antitotalitarisme sert aussi à décapiter le mouvement antifasciste. Les pays
socialistes et les partis communistes ont toujours aux premiers rangs dans la lutte
contre le fascisme. Les communistes ont une alternative efficace contre le fascisme.
Tous les autres partis font le nid du fascisme par leur politique antisociale et
procapitaliste, leur capitulation devant le racisme et leurs mesures fascisantes. Isoler
les communistes, cela revient à dérouler un tapis sous les pieds du fascisme.
La théorie anticommuniste du totalitarisme contribue aussi à banaliser le fascisme.
Le mot d'ordre "contre le totalitarisme fasciste et stalinien" se transforme très vite en:
"Staline est pire que Hitler". C'est l'argument par lequel les fascistes justifient les
crimes des nazis et sonnent le rassemblement général autour des nazis
d’aujourd’hui. Leysen, le patron d’Agfa-Gevaert, a collaboré avec les nazis mais
lorsqu'on lui demande s'il existe aujourd'hui de nouvelles formes du nazisme, il se
contente de citer le seul Pol Pot.
Comment mener la lutte contre le fascisme?
«Le grand danger de fascisme provient de l'hégémonie du capital monopoliste. La
meilleure politique antifasciste consiste donc à rassembler toutes les forces
antifascistes, démocratiques, anticapitalistes afin de faire régresser la force des
monopoles... et de mener la lutte contre toutes les formes de fascisme.»
On ne peut pas mener le combat antifasciste en se basant sur la défense de la
démocratie bourgeoise. Celle-ci ne constitue pas un barrage contre le fascisme. En
période de crise, les partis bourgeois eux-mêmes démolissent les aspects formels de
la démocratie bourgeoise. La démocratie bourgeoise ne constitue pas un barrage
contre le fascisme parce que partout, c'est dans son propre giron que les fascistes
ont pu se développer. Il n'y a pas de contradiction inconciliable entre fascisme et
démocratie bourgeoise. Nous défendons les droits démocratiques que possèdent les
travailleurs dans la démocratie parlementaire bourgeoise parce qu'ils permettent de
mieux développer la lutte de la classe ouvrière pour le socialisme. Nous luttons
contre la fascisation qui émane de l'actuel Etat bourgeois et de ses partis. Nous
menons la lutte contre chaque atteinte aux droits démocratiques des travailleurs.
Nous combattons pour un programme antifasciste radical qui fermera toutes les
portes d'entrée vers le fascisme.
Nous combattons la théorie du totalitarisme. Nous démontrons que le fascisme est
une forme de dictature du capital. C'est ce que la bourgeoisie veut absolument
cacher. Dans son livre, l’ancien nazi Leysen ne veut rien dire des motifs qui ont
poussé ses riches parents à rejoindre les nazis.
Nous défendons le socialisme comme seule solution définitive face au danger
fasciste. Le socialisme brise radicalement le pouvoir du grand capital. Il construit un
appareil d'Etat qui se place résolument au service des travailleurs. Dans notre
société, chaque fois qu'une grève éclate, la gendarmerie se trouve aux côtés du
capital. Sous le socialisme, la police et l’armée sont au service des travailleurs.
Durant des siècles, l'armée a tiré sur les pauvres paysans qui se révoltaient contre
l'oppression. Durant la période de collectivisation de l’agriculture en Union soviétique,
dans les années 30, l'Armée Rouge assistait les paysans pauvres dans leur lutte
contre les riches koulaks. Il y a eu de la répression sous le socialisme à l'époque de
Staline. Mais cette répression a surtout visé les collaborateurs potentiels avec les
nazis. En Union soviétique, Hitler n'a pas trouvé de Pétain ni de De Man. Toute la
population soutenait en bloc Staline et le régime soviétique. Après trois années
d'occupation des territoires les plus riches, les nazis n'avaient pas réussi à
déstabiliser le régime. S'ils y étaient parvenus, il n'y aurait probablement pas eu la
défaite stratégique des nazis à Stalingrad et nous vivrions encore sous la botte
nazie.
Le socialisme est le meilleur rempart contre le fascisme. Il y a un rapport direct entre
la disparition du socialisme et la résurgence du fascisme. Depuis 1989, le fascisme
connaît une nouvelle recrudescence en Europe. Tous les acquis des travailleurs,
ainsi que leurs droits démocratiques et syndicaux, sont de plus en plus compromis.
Notes
Georgi Dimitrof, Eenheid tegen het fascisme (Unité contre le fascisme), Ed. Pegasus,
Amsterdam, 1972 p.7.
Cité dans Palme Dutt, Fascisme et Révolution, Editions Sociales, Paris, 1936, p.174.
Gossweiler Kurt, Aufsätze zur Faschismus, Pahl-Rugenstein Verlag, 1988, p.60.
Gossweiler Kurt, op.cit., p.47.
Gossweiler Kurt, op.cit., p.341-348.
Palme Dutt, op.cit., note de bas de page, p.133.
Shirer, Le Troisième Reich, Ed. Le Livre de Poche, p.231.
Palme Dutt, op.cit., p.136.
Arno Mayer, La solution finale dans l'Histoire, Editions La Découverte, 1990, p.378.
Ibid., p.404.
Ibid., p.403.
Vlaams Blok, Zwartboek Werkloosheid, Een consequent terugkeerbeleid (Livre noir
du chômage, un sérieux retour en arrière), 1993.
Shirer, op.cit., pp.350-351.
Palme Dutt, op.cit., pp.134-135.
Inprekorr, 1930, n°6, p.96.
Ibid., n°25 du 13 mars 1930.
Shirer, op.cit., p.186.
Gossweiler, op.cit., p.355.
Gossweiler, op.cit., p.355.
Turner, Henry Ashby, Faschismus und Kapitalismus in Deutschland, Göttingen 1972,
p.7. (Cité dans Gossweiler, op.cit., p.349)
Gossweiler, op.cit., p.355.
i Herwig Lerouge est membre de la direction nationale du PTB et fait partie du
Comité de rédaction d’Etudes Marxistes. Il est l’auteur de la brochure Allemagne
dans les années trente. Le Parti Socialiste ouvre la voie à Hitler (1992).

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Démocratie contre totalitarisme ?

  • 1. Démocratie contre totalitarisme ? Herwig Lerougei Études marxistes n° 31, 1996 Dans son ouvrage Unité contre le fascisme, Dimitrov, qui dirigea l'Internationale communiste dans les années 30, définit le fascisme comme suit: «(C'est) la dictature ouvertement terroriste des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins et les plus impérialistes du grand capital.» Cette définition est en contradiction directe avec la conception suivante, partagée par de nombreux antifascistes: «Le fascisme est la négation de la démocratie parlementaire et de la société pluraliste.» Dans la démocratie bourgeoise, si l'on s'en tient à l'opinion courante, tous les groupes sociaux — remarquez qu'on ne parle plus de classes — ont la possibilité et la charge de défendre leurs propres intérêts. Grâce à des compromis, on en arrive à une harmonisation d'intérêts parfois contradictoires, même si cela ne se fait pas sans conflits. Face à ce système "meilleur" ou "moins mauvais", on trouve les systèmes dits totalitaires: le fascisme et le communisme, présentés comme "foncièrement semblables". Pour démontrer ces similitudes "foncières", les avocats de la démocratie bourgeoise ne puisent pas leurs arguments dans les caractéristiques internes des deux systèmes, mais s'entêtent à vouloir les découvrir dans leurs ressemblances formelles. Comme critères servant à définir un système totalitaire, ils citent la plupart du temps: une idéologie totalitaire, un régime à parti unique, une police secrète ultra- violente, le monopole de l'information et des armes, et une économie à direction centralisée. Mais dès que l'on compare les prétendus Etats totalitaires sur base de leur contenu, dès que l'on se demande quelle classe y détient le pouvoir et dans quel but elle l'exerce, le château de cartes de la doctrine totalitaire s'effondre. Et c'est à ce moment que l'on s'aperçoit qu'en fait, ce sont la démocratie bourgeoise et le fascisme qui représentent "foncièrement la même chose". Les frontières floues entre démocratie bourgeoise et fascisme Pour la quasi-totalité du tiers monde, "démocratie bourgeoise" est synonyme de fascisme La plus grande partie de l'humanité, à savoir le tiers monde, ne voit dans l'Occident libre qu'un régime de terreur extrêmement cruel. Les partis au pouvoir chez nous contrôlent le tiers monde au nom de la bourgeoisie en se servant d'hommes de paille comme Mobutu, Habyarimana, Fujimori, Pinochet, Suharto, Marcos ou Ramos. Ils organisent en ces pays d'incessants génocides par l'entremise de la Banque Mondiale et de l'Organisation du commerce mondial. Le cas échéant, ils y font massacrer les gens par centaines de milliers. Voici un tour d'horizon incomplet, où ne sont pris en compte, à partir des années soixante, que les massacres de plus de 200.000 victimes. Indonésie, 1963: 200.000 communistes assassinés avec l'aide de la CIA; Vietnam: 1.000.000 de morts, dans le seul but de maintenir au pouvoir les
  • 2. marionnettes pro-occidentales dans le Sud du pays; Angola: des centaines de milliers de morts suite à la guerre de l'Unita, soutenue par l'Occident, contre le gouvernement socialiste; Mozambique: 900.000 morts, bilan de l'agression du Renamo, soutenu par l'Occident, contre le gouvernement progressiste; Rwanda: 1.000.000 de morts sur le compte des Interahamwes, armés, entraînés et protégés par les gouvernements français et belge; Irak: 500.000 morts pour sauvegarder la mainmise occidentale sur les champs pétrolifères arabes. Chili, Argentine, Salvador, Nicaragua, Guatemala, Paraguay, Panama... A travers toute l'Amérique latine, les gouvernements pro-américains n'ont pu se maintenir au pouvoir qu'en exerçant une terreur sanglante à l'encontre de centaines de milliers de travailleurs, syndicalistes et révolutionnaires. Dans l'ancien bloc de l'Est et l'ex-Union soviétique, le rétablissement d'une économie de marché libre a provoqué, en cinq ans, 1.700.000 morts du fait des guerres civiles, de la sous-alimentation et du manque de soins de santé. Pour une grande partie de la population, la démocratie occidentale ne signifie que guerre civile, fascisme, faim et maladie. Toute insurrection est matée dans un bain de sang Dans le monde occidental lui-même, la démocratie se maintiendra aussi longtemps que le capital ne sera pas en difficulté. Chaque tentative d’installer le socialisme est étouffée dans le sang. En 1917, les armées réunies du monde capitaliste s'en vont en guerre contre la Russie socialiste: 2 millions de morts. Hongrie 1918, la révolution socialiste est réprimée de façon bestiale. Italie 1922: pour mettre un terme à la révolte ouvrière, la classe dominante installe le fascisme. Allemagne 1918, 1921, 1923: plusieurs insurrections sont noyées dans le sang de dizaines de milliers de travailleurs. En 1933, la bourgeoisie allemande prévient le socialisme en installant Hitler au pouvoir. Espagne 1935-36: grâce au soutien de Hitler et de Mussolini, le gouvernement républicain espagnol légal est évincé et massacré. Les démocraties occidentales laissent faire en adoptant une neutralité bienveillante. La démocratie parlementaire: un paravent pour un pouvoir absolu et sans partage «Tous les groupes sociaux ont la possibilité et la tâche de défendre leurs intérêts.» C'est la version officielle. Mais sur les questions essentielles de la vie, l'immense majorité de la population n'a rien à dire. Le travailleur a-t-il son mot à dire, dans son entreprise, sur le rythme, l'emploi, les investissements ou même le salaire? A quoi rime la démocratie si le seul fait de donner son avis signifie peut-être licenciement et chômage? Ce n'est que sous le socialisme, même malade, que les travailleurs savent ce que démocratie veut dire au sein de l'entreprise. En 1989, le gouvernement ouest-allemand a déstabilisé la RDA socialiste. On y a appâté les travailleurs qualifiés avec des promesses de travail bien payé dans des entreprises ouest-allemandes. A peine quelques mois plus tard, le patronat ouest- allemand se plaignait déjà des "Ossis" (travailleurs de l'Est). Ceux-ci n'étaient pas habitués aux cadences infernales et, surtout, ils ne se laissaient pas marcher sur les pieds. Ils voulaient avoir leur mot à dire sur la manière d'organiser le travail, déterminer eux-mêmes le rythme de travail. Ils contestaient les ordres des contremaîtres. Ils y avaient été habitués depuis des années en RDA. En RFA, ils avaient le choix: se taire ou rejoindre l'armée des sans-emploi.
  • 3. Mais chacun, par le biais de son vote, ne peut-il donc exercer une influence sur la politique? Marx le disait déjà: «Les élections servent à décider à intervalles réguliers qui peut aller représenter le peuple et l'écraser» (vertreten und zertreten). Le parlement est un simulacre de représentation démocratique. Quelles questions importantes règle-t-on au Parlement? Les missiles nucléaires Pershing II ont été installés sans tenir compte le moins du monde de la majorité des parlementaires. C'est le grand capital qui prend toutes les décisions économiques importantes et qui les met en application par l'entremise de ses représentants dans les cabinets ministériels. Le "pacte social" est une idée qui a été développée par la Table Ronde européenne des industriels. Cette norme est ensuite imposée aux différents gouvernements par le biais de la Commission européenne, au nom des accords de Maastricht. Et les gouvernements, à leur tour, la mettent en application malgré l'opposition de la majorité écrasante de la population. Les réformes de l'enseignement des ministres Onkelinx et de Vandenbossche sont issues en droite ligne des travaux du groupe d'étude sur l'Enseignement de cette même Table Ronde. Lorsqu'un gouvernement estime qu'un débat parlementaire normal risque de permettre au mouvement ouvrier d'organiser la protestation, il met le parlement hors jeu en recourant aux lois cadres ou aux pleins pouvoirs. Des dizaines de milliers de professeurs et d'étudiants francophones font grève depuis des mois contre la détérioration de l'enseignement. Pas un seul parlementaire "élu démocratiquement" ne s'est fait l'interprète de cette résistance. Dans aucune section du Parti Socialiste, le décret de la ministre socialiste Onkelinx n'a été soumis à discussion. Les nombreux professeurs et parents d'élèves qui sont membres de ce parti l'auraient rejeté sans hésiter. Mais lorsqu'il s'agit de le soumettre au vote, il ne manque pas une seule voix de mandataires socialistes. Mais l’opposition peut tout de même renverser ce gouvernement, nous objecte-t-on. Oui, mais quel parti d'opposition se fait l'interprète des exigences des travailleurs? Il n'y a pas un seul pays occidental dans lequel un éventuel changement de coalition se traduirait par un changement fondamental de politique. Du reste, qui peut encore faire, de nos jours, la distinction entre socialistes et libéraux autrement que par la couleur de leurs affiches électorales respectives? Le pluralisme dans la démocratie bourgeoise est une illusion, parce que tous les partis bourgeois fonctionnent dans le même cadre: reconnaissance de la propriété privée des moyens de production, soutien à nos intérêts internationaux comme pendant la guerre du Golfe, supériorité de la démocratie bourgeoise. C'est du pluralisme, mais uniquement pour qui ne met pas en question le pouvoir de la classe dominante. Pour les révolutionnaires, c'est la répression et l'espionnage. Dans notre démocratie, une justice indépendante tranche les conflits entre les groupes, c’est du moins ce que nous apprennent nos manuels scolaires. En réalité, justice et gendarmerie sont au service du grand capital. Ils servent uniquement à empêcher les travailleurs de briser par la violence le pouvoir du patronat. Jamais encore la gendarmerie n’est intervenue dans une grève pour protéger le droit de grève. Et s’il arrive que des patrons soient poursuivis devant le tribunal, c’est seulement parce qu’ils n’ont pas respecté les règles du jeu capitaliste et ont porté préjudice à d’autres patrons.
  • 4. Liberté de la presse? Mais seuls ceux qui ont de l'argent peuvent faire connaître leur opinion via la presse. Tous les médias importants sont dans les mains d'un groupe de capitalistes très limités: trois ou quatre grands groupes en Flandre (Leysen, Van Thillo, VNU et Roularta), trois en Wallonie (Rossel, La Libre Belgique, Vers l'Avenir). Qui peut s'acheter une chaîne de TV? Celui qui possède des médias peut, comme Berlusconi, devenir Premier ministre avec un parti mis sur pied en six mois. Par contre, aux communistes, on ne cesse de mettre des bâtons dans les roues. Le PTB se voit même contester trois minutes d'antenne tous les quatre ans. Pendant ce temps-là, les médias bourgeois ne cessent d’échauffer les gens contre le socialisme tout en prenant bien soin de masquer la terreur exercée par l'impérialisme contre les peuples du tiers monde. Au moment même où l'armée chinoise prenait position sur la place Tien An Men, l'armée vénézuélienne massacrait plus de mille personnes à Caracas. Ces gens s'étaient révoltés contre le FMI. Qui en a entendu parler? S'il n'est pas possible de dissimuler l'oppression, les médias bourgeois s'arrangent pour que les spectateurs ou les lecteurs ne fassent pas le lien entre l'oppression et le capitalisme. Le génocide du Rwanda, selon eux, n'a rien à voir avec la pauvreté extrême du pays et le soutien de la Belgique et de la France au régime des assassins. Il en va tout autrement avec les événements qui se produisent dans les pays socialistes. Aujourd'hui encore la BBC commence chaque reportage sur la Chine par la phrase: «Sept ans après la répression du mouvement pour la démocratie à Tien An Men... le feu a éclaté dans une fabrique de jouets de la région de Canton.» Même en période de relative stabilité, la bourgeoisie se prépare à la répression ouverte Le capital sait que tôt ou tard l'exploitation conduira à une opposition ouverte. De toute façon, il s’y prépare. Même dans le plus démocratique des Etats bourgeois, les mouvements révolutionnaires, anticapitalistes et anti-impérialistes sans exception sont espionnés et fichés. Les théoriciens du totalitarisme nous expliquent que l'une des caractéristiques de l'Etat totalitaire est qu'il entretient une police politique semblable à la Gestapo. Actuellement, dans notre pays, la bourgeoisie investit des milliards dans la mise sur pied d'une telle police. La gendarmerie est un véritable instrument de guerre civile contre les travailleurs. Elle travaille selon une discipline militaire, même si celle-ci a été abolie formellement. En une seule nuit, elle peut occuper toutes les entreprises ainsi que les points névralgiques, elle dispose d'informations pour arrêter en quelques heures tous les communistes et syndicalistes actifs. Tout comme l'était la Gestapo, la gendarmerie est en même temps un service secret et une police. Elle contrôle tous les autres services de police, et reçoit sur ses ordinateurs toutes les informations récoltées par les polices communales. Via des affaires comme celles du Westland New Post et des Tueurs du Brabant, elle a éliminé la Sûreté de l'Etat et tente maintenant de faire de même avec la police judiciaire en exploitant les scandales qui la frappent celle-ci (Reyniers, Roger Moens). Elle étend ses tentacules sur toute la société. Aujourd'hui, dans le Limbourg, au nom de la sécurité, les chauffeurs des autobus vicinaux sont directement reliés à la gendarmerie. C'est ainsi que ce corps est à même de contrôler jour et nuit et à travers toute la province les allées et venues de "suspects"
  • 5. (des équipes de colleurs d'affiches, par exemple). Toutes les caméras du ministère des Travaux Publics que l'on peut voir le long des routes et des autoroutes se trouvent sous contrôle direct et permanent de la gendarmerie. En outre, même en temps de paix, la police officielle utilise des fascistes comme auxiliaires. Nombre de fascistes connus travaillent comme indics pour la gendarmerie et la police. Au cours des années 70 et 80, ils relevaient les numéros d’immatriculation des voitures garées autour des endroits où se déroulaient des activités progressistes. Le dirigeant du Front de la Jeunesse et du Westland New Post rassemblait, au nom de la Sûreté de l’Etat, les fichiers de nombreuses organisations progressistes à Bruxelles. A eux seuls, ces faits témoignent à suffisance du manque de confiance de la bourgeoisie dans l'avenir de sa propre démocratie parlementaire. En période de crise, la différence entre démocratie bourgeoise et fascisme s’estompe En période de crise, la bourgeoisie exige des mesures draconiennes qui se heurtent à une opposition croissante. Pour empêcher cette opposition ou pour la briser, les partis traditionnels s'appliquent à supprimer les droits acquis par les travailleurs sur les plans social, économique et démocratique. On licencie des délégués, on supprime le droit de grève. Les tribunaux interviennent dans les grèves en imposant des astreintes, ce qui correspond dans les faits à l'abolition pure et simple du droit de grève. On voit apparaître des formes plus autoritaires de gouvernement: gouvernement de législature, interventions autoritaires dans les conventions collectives du travail (Plan global), pleins pouvoirs et lois cadres. Par le biais du racisme et au nom de l'Europe, les droits démocratiques sont mis en veilleuse et le contrôle sur la population est renforcé (Schengen, Europe des polices). Les contrôles de police et la violence policière deviennent monnaie courante, surtout à l'encontre des immigrés et, de plus en plus fréquemment, au cours des grèves. On prépare également des interventions à l'étranger afin d'assurer la défense ou la conquête de zones stratégiques. La préparation idéologique à de telles interventions tourne à pleins tours: collaboration de classe pour la défense de "notre" entreprise, protectionnisme (clauses sociales) pour la défense de "nos industries", chauvinisme européen, droit d'intervention humanitaire, racisme à l'égard des réfugiés du tiers monde et intégrisme. La mise en place d'une armée européenne avec troupes d’intervention rapide crée les conditions matérielles et les opérations militaires dites "humanitaires" servent d’entraînement. Le fascisme est une autre forme de dictature du capital Le fascisme n'est pas l’extrême opposé de la démocratie bourgeoise. C’est une autre forme de la dictature de la bourgeoisie. C’est une autre forme destinée à maintenir en place le système capitaliste. Lorsque les méthodes de la démocratie parlementaire ne suffisent plus, on fait appel à la dictature ouverte: on supprime les libertés démocratiques (organisation, libre expression, manifestation, presse) du mouvement des travailleurs, on instaure des lois et des tribunaux d'exception. Le fascisme est une mesure préventive prise par le capital à l'encontre de la révolution socialiste
  • 6. En Italie, le fascisme a été instauré pour combattre les conseils ouvriers et mater les révoltes qui ont éclaté dans le nord du pays au lendemain de la Première Guerre mondiale. En Allemagne, fin 1932, la social-démocratie perd de plus en plus son emprise sur la classe ouvrière. Le KPD (PC allemand) se renforce. En 1928, le KPD remporte 3,2 millions de voix, contre 9,1 millions en faveur du SPD. En novembre 1932, le rapport est de 6 millions de voix en faveur du KPD contre 7,2 millions en faveur du SPD. Le capital craint un soulèvement révolutionnaire. Les dirigeants des grands groupes capitalistes se livrent à un calcul cynique: le fascisme est la seule solution pour conserver le pouvoir. C'est ce qui ressort clairement de l'analyse de la revue patronale Deutsche Führerbriefe de septembre 1932. Le patronat allemand estime qu’après trois années de crise profonde, la survie du système capitaliste dépend de la division de la classe ouvrière. De 1923 à 1930, la social-démocratie est parvenue à diviser la classe ouvrière en accordant des avantages salariaux et en menant une politique sociale. La partie de la classe ouvrière organisée dans le syndicat jouissait d'avantages, modiques certes, mais pourtant considérables en comparaison avec la situation instable des couches inférieures de la masse, souvent sans travail. La bourgeoisie a ainsi pu gagner pour la défense de la démocratie bourgeoise la partie privilégiée, organisée de la classe ouvrière dont les dirigeants réformistes limitaient leurs revendications à des améliorations dans le cadre du capitalisme. Cette politique fonctionna assez bien jusqu'à la crise économique de 1929, qui balaya les avantages des couches supérieures de la classe ouvrière et ébranla ainsi la base sociale de la social-démocratie. Le danger de voir la grande majorité de la classe ouvrière se rallier au communisme prenait des proportions inquiétantes pour la bourgeoisie. Pour échapper à la débâcle, la bourgeoisie ne voyait plus qu’une solution: "semer la division à l'intérieur de la classe ouvrière et de la rattacher solidement à l'appareil d'Etat par d'autres moyens plus rapides". C'est précisément là que se situe, dans l'esprit de la bourgeoisie, ce qu'elle appelle "les potentialités (!) et les tâches positives du national-socialisme"! Cette crainte d'une révolution sociale est le facteur déterminant pour intégrer Hitler dans le gouvernement. Tous les partis bourgeois y donnent leur accord lors d'entretiens avec le vieux président Hindenburg, fin 1932. C’est que, en dépit de leurs doutes sur la capacité d’Hitler à contrôler son arrière-ban, ils ne voient aucune autre solution. Durant ces entretiens, les représentants du Parti du centre (le plus grand parti de l'époque, précurseur de la CDU) déclarent: «Il faut donner libre cours à de nouvelles potentialités (Hitler au gouvernement, ndlr), car c'est la seule façon de sauver l'Allemagne d'une situation dont la gravité ne peut être comparée qu'avec celle de novembre 1918 (l'insurrection spartakiste, ndlr).» Le fascisme ne vient au pouvoir que si le grand capital le veut Partout, le fascisme a été mis au pouvoir par le grand capital. En Allemagne, c’est sous la pression du grand capital financier que le président Hindenburg a nommé Hitler au poste de chancelier. Le 19 novembre 1932, Reinhart, chef de la "Commerz und Privatbank", transmet à Meissner, secrétaire de
  • 7. Hindenburg, une requête rédigée en ce sens et signée par toutes les figures de proue du grand capital allemand. Mais bien avant cela, dès 1923, les nazis bénéficiaient déjà du soutien financier du monde des entreprises. En octobre de cette année-là, le magnat de l'acier, Thyssen, avait alloué 100.000 marks-or à la NSDAP par l'entremise du général Ludendorff. En 1926, Hitler avait fait une tournée à travers la Ruhr et y avait pris la parole devant tous les patrons importants. En 1927, les patrons de la chimie Wilhelm Keppler et Emil Kirdorf, qui comptaient parmi les hommes les plus puissants de la Ruhr, étaient devenus membres de la NSDAP. Dès le début de 1930, le banquier Kurt von Schröder décide de soutenir les nazis. Le 27 octobre 1931, C.F. von Siemens parle devant la General Electric Company à New York du «désintéressement du mouvement de Monsieur Hitler et de la grandeur de ses hauts idéaux nationaux... Les racines de son mouvement résident dans la lutte contre le socialisme, contre le marxisme... Il est opposé à la domination effrénée du parlementarisme, pour laquelle notre peuple allemand n'est pas suffisamment mûr.» Sans les millions venant de ces capitalistes et de bien d’autres encore, Hitler ne serait jamais devenu aussi important. Ils mirent à sa disposition leurs hangars désaffectés qu'il transforma en une sorte de version nazie de l'Armée du Salut. Des malheureux sans travail pouvaient s'y retrouver pour une assiette de soupe et un lit pour la nuit. Avant qu'ils s'en rendent compte, on leur avait collé sur le dos un uniforme de la SA et ils défilaient au pas de l'oie derrière le drapeau nazi. Durant la campagne présidentielle de 1932, les nazis collèrent des millions d'affiches, distribuèrent huit millions de tracts, imprimèrent douze millions de numéros spéciaux de leur torchon et organisèrent 3.000 meetings par jour. Pour la première fois, ils firent usage de films et de disques. Hitler utilisait un avion privé pour se rendre d'un meeting à l'autre. En 1932, le parti nazi comptait des milliers de permanents et l'entretien de la SA, à lui seul, coûtait deux millions de marks par semaine. Qui payait tout cela? Certainement pas les membres sans travail du parti nazi... Avant, pendant et après les nazis: le capital financier dirige Hitler a été porté au pouvoir par Thyssen, Krupp, Siemens, etc. Ces capitalistes faisaient déjà la pluie et le beau temps à l’époque de la république de Weimar. Sous le nazisme, ce sont eux aussi qui déterminent la politique économique. Pour s'en rendre compte, il suffit de voir la composition du Haut Comité Economique sous le gouvernement nazi. Nous y trouvons M. Krupp von Bohlen, roi de l'industrie d'armement, M. Fritz Thyssen, baron de l'acier, C. von Siemens, roi de l'électricité, Karl Bosch, de l’industrie des colorants. Et qui fait la pluie et le beau temps dans l’Allemagne d’aujourd'hui? Hé oui... Le fascisme porte la logique meurtrière du capitalisme jusqu'à sa pire extrémité. Aujourd'hui, tous les partis sont d'accord qu’il faut améliorer la compétitivité du patronat. Cette logique mène à une spirale descendante des salaires et des acquis sociaux. Le fascisme a porté la compétitivité des usines allemandes à des sommets encore jamais atteints. Dans les camps de travail, le coût salarial et les charges sociales étaient quasiment réduits à zéro. Parmi les entreprises qui rivalisaient pour obtenir la plus grande quantité possible de main-d'oeuvre en provenance des camps de concentration, on retrouve le gratin du grand capital. Afin d'épargner leurs frais de transport, plusieurs firmes construisent leurs usines dans les environs immédiats des
  • 8. camps. IG-Farben, Krupp et Siemens avaient des usines à Auschwitz. Siemens en avait encore une à Ravensbrück. Walther Zella-Mehlis en installa une à Buchenwald, et une autre encore dans les environs de Neuengamme. L'exploitation n'y connaissait aucune limite. Il ne fallait même pas s'inquiéter des rations de survie pour les prisonniers mis au travail. Au printemps 44, le complexe de l'IG-Auschwitz occupait entre vingt-sept et trente mille travailleurs, dont trois à six mille seulement étaient des Allemands qui y travaillaient de leur plein gré. Il y avait douze à quinze mille travailleurs étrangers et huit à neuf mille prisonniers du camp. Un prisonnier juif qui arrivait là en condition physique acceptable avait encore une espérance de vie de trois à quatre mois. Ensuite, il mourait d'épuisement. Et si d'aventure il avait survécu, il était envoyé comme "inapte au travail" à Birkenau où les SS achevaient la besogne. Trente-cinq mille détenus ont travaillé à Monowitz, une dépendance de l'IG-Auschwitz, entre 1943 et 1944. Pour 23.000 d'entre eux, on sait avec certitude qu'ils y ont trouvé la mort. Inévitablement, une telle diminution des coûts salariaux et des charges sociales devait entraîner une forte augmentation des profits. Entre 1939 et 1944, les bénéfices bruts de l'entreprise augmentèrent de 50%. Il vaut aussi la peine de se pencher un instant sur le racisme. Pour ceux qui ne sont pas encore convaincus que le racisme livre tous les travailleurs, y compris ceux de "notre peuple", comme des individus sans droits à l’arbitraire patronal... Dans son Zwartboek werkloosheid (Livre noir du chômage) de 1993, le Vlaams Blok propose d'introduire une carte de travail pour les immigrés, d'une validité de deux ans, renouvelable. En outre, le VB veut introduire l'immobilité intersectorielle: autrement dit, les immigrés non européens qui perdront leur emploi devront obligatoirement chercher du travail dans le même secteur d'activités. Un immigré demeurant sans emploi pendant plus de trois ans devra être renvoyé dans son pays d'origine. Ce permis de travail associé à l'immobilité intersectorielle existait déjà sous les nazis mais, à l'époque, il était conçu pour les travailleurs allemands. La loi nazie du 15 mai 1934 limitait déjà très sérieusement la liberté de changer d'employeur. Après juin 1935, les bureaux de placement de l'Etat furent chargés du contrôle exclusif de la main-d'oeuvre: ils décidaient qui pouvait être embauché, et où. Le fameux "livret de travail" a été introduit en février 1935. Sans ce document, aucun travailleur ne pouvait être engagé. Tout comme cela se faisait chez nous au 19ème siècle, Le livret indiquait les qualifications du titulaire et les noms de ses anciens employeurs. Un ouvrier qui désirait travailler ailleurs pouvait en être empêché par son patron si celui-ci gelait son livret de travail. Finalement, le 22 juin 1938, la conscription du travail fut instituée. Désormais, l'ouvrier allemand était tenu de travailler là où l'Etat le lui imposait. Celui qui ne se présentait pas à son travail pouvait être jeté en prison. On voit bien la logique: d'abord, on organise la répression contre les étrangers mais ensuite, c'est au tour des nationaux de la subir. Entre- temps, les victimes sont divisées et affaiblies par le racisme. Le fascisme a pu se développer impunément et arriver au pouvoir sous la protection de l’appareil d’état bourgeois
  • 9. Partout le socialisme, dans sa lutte pour le pouvoir, s'est heurté à la résistance la plus barbare de tout l'appareil bourgeois (en Union soviétique, en Chine, au Vietnam... et même au Chili). Les Etats capitalistes de l’entre-deux-guerres — même là où les socialistes participaient au gouvernement — n’ont pas empêché le fascisme mais en plus ils ont permis que celui-ci se développe au sein de l’état bourgeois. Ils l’ont même soutenu. En Italie, le roi a fait appel à Mussolini. Palme Dutt décrit comment, en 1920, le gouvernement du libéral Giollitti, auquel participait également le socialiste Bonomi au poste de ministre de la Guerre, trouvait que «l'offensive fasciste pouvait être utilisée pour briser la force du mouvement socialiste et communiste». Il donna aux chefs militaires la permission d’armer les fascistes de fusils et de mettre à leur tête des officiers de réserve ainsi que des officiers en disponibilité. La "marche sur Rome" fut dirigée par six généraux. En Allemagne aussi, les fascistes ont acquis de l'importance sous la protection de l'Etat bourgeois. En théorie, les partis bourgeois partent en lutte aussi bien contre le totalitarisme de gauche (communiste) que contre celui de droite (fascisme). Mais dans les faits concrets, ils visent uniquement les communistes. Au début de 1930, une "Loi de protection de la République" a été déposée. Officiellement, elle était dirigée tout autant contre l'extrême droite que contre l'extrême gauche. Mais le promoteur de cette loi, le ministre de l'Intérieur du gouvernement socialiste prussien, Grzezinski, déclarait le 16 janvier 1930: «Les lois actuelles ne suffisent pas à mettre le KPD hors-la-loi. J'ai besoin de cette loi de protection de la République pour interdire les journaux communistes.» Au nom du SPD, le parlementaire Landsberg a déclaré que son parti était favorable à cette loi «parce qu'elle empêcherait l'Allemagne de se retrouver sous le joug de l'Union soviétique». Le lendemain de la ratification de la loi, Grzezinski décida que les bourgmestres communistes, élus par les conseils communaux prolétaires, ne seraient pas confirmés dans leurs fonctions. Simultanément, dans une ville de Poméranie, on nomma un bourgmestre nazi... Lors des élections du 20 mai 1928, les nazis n'avaient encore recueilli que 810.000 voix. A la fin du gouvernement Müller, aux élections du 14 septembre 1930, ils en obtinrent 6.409.000. Au cours de ces quatre années, ce premier ministre socialiste a permis à Hitler de réorganiser son organisation terroriste, la Sturm Abteilung (SA), de lui donner des structures militaires et de l'installer dans des casernes. Le ministre s’est simplement contenté de leur interdire le port de l'uniforme. Il a autorisé Hitler à créer des cellules au sein des entreprises. Sous le même Müller, en revanche, les communistes ont été victimes de la plus impitoyable des répressions. Chaque semaine, des communistes étaient assassinés par la police du socialiste Severing, mais quand on a légalisé une organisation de jeunesses hitlériennes en Thuringe, le même Severing s’est contenté d’expédier un télégramme de protestation. A partir de 1929, il a interdit le Front Communiste des Combattants Rouges mais pas la SA, les troupes de choc des nazis. La SA n’a été interdite que durant deux mois, du 13 avril au 17 juin 1932, et ce fut sous le gouvernement conservateur de Brüning. Un mois après la levée de cette interdiction, la même SA a mené des actions qui, rien qu'en Prusse, se sont soldées par 99 tués et 1.125 blessés. Le fascisme n'est pas le pouvoir de la petite bourgeoisie contre les travailleurs et contre le capital
  • 10. Les fascistes eux-mêmes prétendent avec beaucoup de démagogie qu'ils sont la troisième voie entre le fascisme et le capitalisme et que "le fascisme a aussi renversé le grand capital". Dans les milieux antifascistes aussi, on entend parfois affirmer que le fascisme est un mouvement de la petite bourgeoisie en révolte contre le grand capital parce que la crise l’entraîne à la faillite. Selon certains, le grand capital n'a pas intérêt à voir s'installer le fascisme: le racisme entraîne des troubles dans les usines. Opel n’a-t-il pas organisé des actions spectaculaires contre l'incendie criminel de Mölln? C'est un de leurs arguments. Ce jugement sur le grand patronat est simpliste et à courte vue. Nombre d'employeurs importants comme Renault et VW appliquent déjà le principe des "ressortissants nationaux d'abord". Ils n’embauchent que peu ou pas du tout d'immigrés. En outre, le fascisme ne doit pas être réduit au simple racisme. En Allemagne aussi, certains aspects du national-socialisme contrariaient les employeurs. Mais nécessité faisant loi, ils ont quand même opté pour Hitler. On ne peut pas non plus déterminer le caractère de classe des partis fascistes sur base de leurs slogans, de leur démagogie ou de la composition sociale de leurs membres ou de leurs électeurs. Pour se développer, le fascisme oriente surtout sa propagande vers la petite-bourgeoisie, les chômeurs et les travailleurs démoralisés. C'est surtout dans ces milieux que le fascisme bâtit son assise sociale. D'où sa démagogie, ses prises de position contre les syndicats, contre la classe ouvrière organisée et contre les "trusts". Mais un marxiste ne peut pas confondre "caractère de classe" et "assise sociale". Il juge un mouvement politique sur base de ses actes, de sa politique. Il pose la question: de quelle classe cette politique sert-elle les intérêts? Tous les grands partis bourgeois, comme le CVP-PSC, comptent dans leurs rangs des travailleurs, des employés, des gens de la classe moyenne. Mais personne n’a l’idée de dénier au CVP son caractère de parti du grand capital. La même chose vaut davantage encore pour les partis socialistes dont la majorité de la base, et à coup sûr des électeurs, est encore constituée d'ouvriers. Les slogans électoraux de ces partis promettent de défendre "la sécurité sociale des petites gens". N'empêche que ces partis, pour ce qui est de leur politique réelle lorsqu’ils sont au pouvoir, sont des partis du grand capital. Le fascisme ne met absolument pas en question les rapports de propriété ni la propriété privée des moyens de production par le grand capital. Hitler n'a jamais pensé à prendre des mesures pour protéger la petite classe moyenne contre la concurrence mortelle du grand capital. Funk, membre du NSDAP et rédacteur en chef du Berliner Börsenzeitung, disait au procès de Nuremberg: «Le Führer a déclaré à plusieurs reprises, lors d’entretiens avec d’importants industriels et moi-même, qu’il était adversaire de l’économie d’Etat ainsi que d’une prétendue "économie planifiée" et qu’il considérait la libre entreprise et la concurrence comme une nécessité absolue pour atteindre le niveau de production le plus élevé possible.» La prétendue aile "anticapitaliste" du parti nazi pensait que les nazis prendraient aussi des mesures contre le grand capital. Après l’accession au pouvoir, pendant la nuit des longs couteaux, le 30 juin 1934, Hitler a fait assassiner 400 à 1.000 cadres de la SA. C’en était fini de l’aile anticapitaliste du parti nazi.
  • 11. Si aujourd’hui, les partis fascistes ne bénéficient pas encore du soutien du grand capital, ceci est révélateur de la conjoncture du moment mais ne dit rien du caractère de classe du fascisme. La majorité du grand capital n’opte pas encore aujourd’hui pour les partis fascistes. Le patronat estime qu’aujourd’hui il peut encore améliorer sa position concurrentielle sans trop de remous sociaux, par la concertation. C’est pourquoi il opte pour un gouvernement de partis qui sont en mesure d’arracher aux directions syndicales capitulation sur capitulation et d’empêcher l’opposition généralisée de la base ouvrière. Pour ce faire, le patronat compte sur les partis socialistes. Les dirigeants socialistes n’hésitent pas à adopter eux-mêmes des mesures fascistes: répression brutale contre les secteurs combatifs comme les enseignants et les jeunes, attaques contre le droit de grève, pleins pouvoirs, racisme. La "théorie de la petite-bourgeoisie" qui voit le fascisme comme un mouvement indépendant du grand capital et même en conflit avec lui, mène à des conclusions erronées et politiquement dangereuses. Elle limite la menace du fascisme à la menace qui émane des partis fascistes de type nazi. Le danger fasciste est mesuré au degré de force des partis ouvertement fascistes. L’historien communiste et spécialiste du fascisme Kurt Gossweiler, dit à ce sujet: «La "théorie de la petite- bourgeoisie" n’est pas satisfaisante comme manuel de lutte antifasciste... Une théorie du fascisme doit nous révéler clairement qui et ce qui engendre le fascisme, comment il peut grandir et quel est son caractère de classe. La réponse à ces questions doit nous aider à élaborer une stratégie et une tactique efficace pour empêcher le fascisme. La théorie marxiste-léniniste du fascisme conduit à la conclusion que la menace principale du fascisme émane de la puissance du capital financier... Le fascisme peut adopter de nombreuses formes. La mesure du danger fasciste est le degré d’hostilité à la démocratie du capital financier, le degré de sa détermination à défendre ses positions par la mise en place de l’une ou l’autre forme de fascisme. Le danger fasciste ne peut pas être mesuré à la taille ou à la force de partis et mouvements fascistes.» Le fascisme peut donc adopter différentes formes. Nous ne pouvons pas exclure que, lors d’une lutte de classe aigu‘, comme le mouvement des enseignants francophones aujourd’hui, lors d’une révolte de la base contre la capitulation de la direction syndicale, les partis traditionnels, y compris les socialistes, passent à des formes plus ouvertes de fascisme. Il existait dans les années trente et il existe encore aujourd’hui en Europe des pays où les socialistes participent à des gouvernements ouvertement fascistes, comme en Turquie. Si le danger du fascisme dépend de la tendance du capital financier à défendre ses intérêts en recourant éventuellement à des moyens dictatoriaux, «la meilleure politique antifasciste, selon Gossweiler, consiste à unir toutes les forces antifascistes, démocratiques et anticapitalistes pour restreindre la force du grand capital. Il faut former un large front d’action démocratique, anti-impérialiste, sous la direction de la classe ouvrière.» Celui qui mesure le danger fasciste à la taille et à la force des partis fascistes, celui qui ne voit pas que le fascisme peut adopter différentes formes, que le fascisme peut aussi être installé par en haut, avec les collaboration des partis traditionnels, celui-là prend la protection des autres partis bourgeois qui introduisent eux-mêmes des mesures fascistes et les appelle à dresser un rempart contre le danger fasciste. Il chasse un loup et en laisse entrer un autre.
  • 12. Signification actuelle de la doctrine du totalitarisme Jusqu’en 1941, cette doctrine a servi pour justifier le refus des propositions communistes de front uni antifasciste au plan national et international. "Ni Moscou, ni Berlin", ainsi qualifiait-on cette politique. Juste après 1945, elle a servi à miner la sympathie dont bénéficiait l’Union soviétique après la victoire sur le fascisme et à entamer la guerre froide. Elle convenait surtout parfaitement à la bourgeoisie pour camoufler la cohésion entre fascisme et capitalisme. L’historien procapitaliste américain H.A. Turner écrit: «Si l’analyse selon laquelle le fascisme est un produit du capitalisme est correcte, dans ce cas, ce système est devenu indéfendable.» Après la guerre, le capitalisme était discrédité en Europe en raison de sa responsabilité manifeste dans l’arrivée au pouvoir du fascisme et pour son soutien à celui-ci. Les communistes et l’Union soviétique bénéficiaient d’un grand prestige. Celui qui voulait défendre le capitalisme devait donc parvenir à masquer les liens entre fascisme et capitalisme. Quelques intellectuels au service de la bourgeoisie se sont chargés de cette tâche. Dans cette optique, la doctrine du totalitarisme offrait de nombreux avantages. Elle est facile à utiliser comme anticommunisme "de gauche". Les antifascistes qui ne croient pas dans la démocratie bourgeoise et ne connaissent le socialisme qu’à travers la propagande anticommuniste peuvent ainsi être entrainés de l’antifascisme à l’anticommunisme. La nouvelle loi sur le financement des partis veut aujourd’hui exclure le Vlaams Blok qui n’approuve pas "la déclaration européenne des droits de l’homme". Cela cadre parfaitement dans l’esprit de la lutte contre le totalitarisme, pour la défense de la démocratie bourgeoise. Il ne fait aucun doute que le même argument sera utilisé demain contre le PTB lorsque celui-ci entrera en considération pour un financement public. Et dans ce cas, on n'assistera pas à un semblant de combat, comme c'est le cas aujourd'hui contre le Vlaams Blok. En Belgique, dans les années 30, on a voté des lois contre les milices privées, à la fois contre l’extrémisme de gauche et de droite, prétendait-on. En fait, ces lois ont surtout été utilisées contre les communistes. Le nombre de publications communistes interdites a été largement supérieur à celui des publications fascistes. La théorie du totalitarisme sert à isoler les communistes des autres antifascistes, mais aussi à les corrompre. Certains syndicalistes "bien intentionnés" nous conseillent de mener une "offensive de charme", de laisser tomber Staline et la dictature du prolétariat. Ils espèrent ainsi empêcher que des dirigeants syndicaux de droite nous placent sur la même ligne que le Vlaams Blok. Céder à la pression des anticommunistes signifie se soumettre à la stratégie visant à intégrer les communistes au système. L'antistalinisme est ici utilisé pour stimuler le développement d'une "aile modérée" au sein du parti, qui adoptera ensuite des positions révisionnistes. L'antitotalitarisme sert aussi à décapiter le mouvement antifasciste. Les pays socialistes et les partis communistes ont toujours aux premiers rangs dans la lutte contre le fascisme. Les communistes ont une alternative efficace contre le fascisme. Tous les autres partis font le nid du fascisme par leur politique antisociale et procapitaliste, leur capitulation devant le racisme et leurs mesures fascisantes. Isoler les communistes, cela revient à dérouler un tapis sous les pieds du fascisme.
  • 13. La théorie anticommuniste du totalitarisme contribue aussi à banaliser le fascisme. Le mot d'ordre "contre le totalitarisme fasciste et stalinien" se transforme très vite en: "Staline est pire que Hitler". C'est l'argument par lequel les fascistes justifient les crimes des nazis et sonnent le rassemblement général autour des nazis d’aujourd’hui. Leysen, le patron d’Agfa-Gevaert, a collaboré avec les nazis mais lorsqu'on lui demande s'il existe aujourd'hui de nouvelles formes du nazisme, il se contente de citer le seul Pol Pot. Comment mener la lutte contre le fascisme? «Le grand danger de fascisme provient de l'hégémonie du capital monopoliste. La meilleure politique antifasciste consiste donc à rassembler toutes les forces antifascistes, démocratiques, anticapitalistes afin de faire régresser la force des monopoles... et de mener la lutte contre toutes les formes de fascisme.» On ne peut pas mener le combat antifasciste en se basant sur la défense de la démocratie bourgeoise. Celle-ci ne constitue pas un barrage contre le fascisme. En période de crise, les partis bourgeois eux-mêmes démolissent les aspects formels de la démocratie bourgeoise. La démocratie bourgeoise ne constitue pas un barrage contre le fascisme parce que partout, c'est dans son propre giron que les fascistes ont pu se développer. Il n'y a pas de contradiction inconciliable entre fascisme et démocratie bourgeoise. Nous défendons les droits démocratiques que possèdent les travailleurs dans la démocratie parlementaire bourgeoise parce qu'ils permettent de mieux développer la lutte de la classe ouvrière pour le socialisme. Nous luttons contre la fascisation qui émane de l'actuel Etat bourgeois et de ses partis. Nous menons la lutte contre chaque atteinte aux droits démocratiques des travailleurs. Nous combattons pour un programme antifasciste radical qui fermera toutes les portes d'entrée vers le fascisme. Nous combattons la théorie du totalitarisme. Nous démontrons que le fascisme est une forme de dictature du capital. C'est ce que la bourgeoisie veut absolument cacher. Dans son livre, l’ancien nazi Leysen ne veut rien dire des motifs qui ont poussé ses riches parents à rejoindre les nazis. Nous défendons le socialisme comme seule solution définitive face au danger fasciste. Le socialisme brise radicalement le pouvoir du grand capital. Il construit un appareil d'Etat qui se place résolument au service des travailleurs. Dans notre société, chaque fois qu'une grève éclate, la gendarmerie se trouve aux côtés du capital. Sous le socialisme, la police et l’armée sont au service des travailleurs. Durant des siècles, l'armée a tiré sur les pauvres paysans qui se révoltaient contre l'oppression. Durant la période de collectivisation de l’agriculture en Union soviétique, dans les années 30, l'Armée Rouge assistait les paysans pauvres dans leur lutte contre les riches koulaks. Il y a eu de la répression sous le socialisme à l'époque de Staline. Mais cette répression a surtout visé les collaborateurs potentiels avec les nazis. En Union soviétique, Hitler n'a pas trouvé de Pétain ni de De Man. Toute la population soutenait en bloc Staline et le régime soviétique. Après trois années d'occupation des territoires les plus riches, les nazis n'avaient pas réussi à déstabiliser le régime. S'ils y étaient parvenus, il n'y aurait probablement pas eu la défaite stratégique des nazis à Stalingrad et nous vivrions encore sous la botte nazie.
  • 14. Le socialisme est le meilleur rempart contre le fascisme. Il y a un rapport direct entre la disparition du socialisme et la résurgence du fascisme. Depuis 1989, le fascisme connaît une nouvelle recrudescence en Europe. Tous les acquis des travailleurs, ainsi que leurs droits démocratiques et syndicaux, sont de plus en plus compromis. Notes Georgi Dimitrof, Eenheid tegen het fascisme (Unité contre le fascisme), Ed. Pegasus, Amsterdam, 1972 p.7. Cité dans Palme Dutt, Fascisme et Révolution, Editions Sociales, Paris, 1936, p.174. Gossweiler Kurt, Aufsätze zur Faschismus, Pahl-Rugenstein Verlag, 1988, p.60. Gossweiler Kurt, op.cit., p.47. Gossweiler Kurt, op.cit., p.341-348. Palme Dutt, op.cit., note de bas de page, p.133. Shirer, Le Troisième Reich, Ed. Le Livre de Poche, p.231. Palme Dutt, op.cit., p.136. Arno Mayer, La solution finale dans l'Histoire, Editions La Découverte, 1990, p.378. Ibid., p.404. Ibid., p.403. Vlaams Blok, Zwartboek Werkloosheid, Een consequent terugkeerbeleid (Livre noir du chômage, un sérieux retour en arrière), 1993. Shirer, op.cit., pp.350-351. Palme Dutt, op.cit., pp.134-135. Inprekorr, 1930, n°6, p.96. Ibid., n°25 du 13 mars 1930. Shirer, op.cit., p.186. Gossweiler, op.cit., p.355. Gossweiler, op.cit., p.355. Turner, Henry Ashby, Faschismus und Kapitalismus in Deutschland, Göttingen 1972, p.7. (Cité dans Gossweiler, op.cit., p.349) Gossweiler, op.cit., p.355. i Herwig Lerouge est membre de la direction nationale du PTB et fait partie du Comité de rédaction d’Etudes Marxistes. Il est l’auteur de la brochure Allemagne dans les années trente. Le Parti Socialiste ouvre la voie à Hitler (1992).