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LES MYSTERES DE RENNES.

                                Episode I.
                    RENNESSENCE
                                   Chapitres 2 et 3.




                                     Tcerid Rezal


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La formule de licence "creative commons" retenue pour le livre en ligne Rennessence
implique que les utilisateurs indiquent la paternité du texte initial, s’interdisent toute
utilisation commerciale (à moins d’y être expressément autorisés par l’auteur) et proposent les
travaux issus de leurs interventions sur ce texte avec les libertés attachées à cette forme
ouverte de propriété intellectuelle. Les utilisations, enrichissements, déformations, déviations,
diffusions qui respectent ces principes sont autorisés. Pour en savoir plus :
http://fr.creativecommons.org/
CHAPITRE 2 : Dans la bibliothèque.
L’abeille qui se baladait dans les magasins de la bibliothèque municipale de Rennes, on
ne sait pourquoi à ce moment là, eut l’étrange privilège d’entendre cette conversation
d’outre-tombe.

« Vous ici, aussi ! , s’exclama un petit homme joufflu et rondouillard arborant une
magnifique moustache qui faisait de lui un personnage sympathique et malicieux.

L’autre homme paraissait plus austère avec son crâne dégarni, ses yeux intelligents mais
qui laissaient entrevoir une crainte, une inquiétude, peut-être même des remords. Vu
leur accoutrement, ils sortaient tous les deux de la fin du dix-neuvième siècle. Et c’était
d’ailleurs le cas. Le moustachu n’était autre que Gaston Leroux, célèbre feuilletoniste et
créateur, entre autres, du personnage de Rouletabille. Le second est bien connu des
rennais, car il s’agit de Paul Féval, auteur du Bossu, et qui naquit en cette ville. Les
deux hommes se rapprochèrent. L’interpellé répondit :

« Vous savez, je suis né ici. C’est plutôt à moi de m’étonner de vous voir en ces lieux. »

Le moustachu rit et puis dit :

« Ah ! Sacré Paulo ! Tu sais bien que théoriquement, nous n’avons rien à faire ici parce
qu’on est au troisième millénaire !

— Moi, j’ai de bonnes raisons d’être ici. C’est une repentance. Je reviens pour éviter
que « les habits noirs » ne régentent tout et ne finissent par faire disparaître
l’imagination, l’utopie ainsi que les personnes hors normes. Mais, que faîtes-vous donc
là mon cher Gaston ?

— Mais Paul, je traque la dame en noir ! Je la cherche par delà les lieux et les temps.

— Mais, pourquoi à Rennes à cette époque ?

— Un pressentiment, une intuition qui me guide et qui me dit qu’il faut être là à ce
moment là.

— La « dame en noir », c’est peut-être cette ville, quoique la mode soit au gris en ce
moment si j’en juge par l’étalage de plaque de granit qui recouvre les sols.

— C’est incroyable, qu’on se retrouve là, après tant d’années, dans cette bibliothèque,
dans ces magasins. Ce ne peut être un hasard.

— Moi, j’avoue que c’est comme dans un rêve, un vieil homme aux cheveux blancs m’
a attiré là. On aurait dit Merlin, du moins la représentation que j’en fais.

— Moi, mon cher Paul, c’est une femme, une belle femme, aux cheveux noirs qui m’a
poussé vers ces lieux.

— Gaston, croyez-vous, que les autres puissent nous voir ?
— Je ne sais pas, je ne crois pas, car on a laissé nos corps respectivement aux dix-
neuvième et vingtième siècles.

— C’est étrange et surtout inquiétant que ces voyages extraordinaires. Enfin, je n’ai
guère le choix, il me faut agir.

— Vous êtes sérieux, Paulo ? Imaginez qu’Eugène et Maurice nous rejoignent ! On va
pouvoir écrire « Les mystères de Rennes ».

— Bonne idée. Mais vous savez, je crois qu’on n’est pas au bout de nos surprises. La
ville va se doter d’un nouvel équipement culturel. Je crains qu’au vu de l’architecture
biscornu, surmontée par ce planétarium, ils ne l’appellent le Bossu.

— Vous ne croyez pas si bien dire. Figurez vous qu’au quatrième étage de cette bâtisse,
ils ont refait une pièce et qu’il l’appelle, « la chambre jaune »

— C’est à croire, Gaston, que l’on revient à la mode.

— On va encore bien se marrer ! lâcha Gaston goguenard.

— Oui, enfin. Je dois avant tout me faire pardonner mes erreurs. Et mettre à mal les
projet des « habits noirs ».

— Vous n’auriez jamais du les créer. Voyez ce qu’ils sont devenus. La plus grande
organisation semi-étatique au monde qui contrôle tout ce qui est paranormal, tout ce qui
pourrait nuire au bon fonctionnement de notre vieille planète.

— Ce n’était qu’une création littéraire. Puis, c’est devenu une réalité. J’ ai fait partie de
cette réalité. Mais, je en savais pas que ma « création » impliquait ma mort, et celle de
l’imagination. Cette organisation cherche à tuer ce qui l’a crée : le rêve et l’utopie.
Désormais, je dois tout faire pour réparer mon erreur et éviter que les mystères de la
ville ne disparaissent à tout jamais.

— Je crains, mon cher Paul qu’on ne pèse pas bien lourd contre les « hommes en noir »,
car c’est bien ainsi qu’on les appelle désormais ? Ils sont suréquipés, ils détruisent et
manipulent en toute discrétion. Ah, cette pègre a évolué vite.

— Bon, Gaston, tu as sans doute raison, mais je veux tenter quelque chose. En premier,
il serait intéressant de savoir ce qu’on fait dans cette bibliothèque, et notamment ce
qu’on y cherche. »

Gaston Leroux se lissa la moustache et répondit :

« Pardieu, je croyais justement que vous le saviez beaucoup mieux que moi ce que l’on
cherche !

— Avec un peu de chance, une force supérieure va peut-être nous guider. Pensez qu’il
existe un guide des égarés en bibliothèque ?

— Hélas, toujours pas.
— Réfléchissons. Si on est dans une bibliothèque, c’est qu’on cherche un livre.

— Bravo, Paulo. Mais quel livre ? Il y en a des milliers ici.

— Justement, un livre qui ne se trouve qu’ici !

— Ah, je vois ! J’imagine déjà le titre : « L’art culinaire et occulte de la pâte à crêpe » !
s’exclama Gaston en riant.

— Cessons donc de plaisanter. Vous êtes bien d’une autre génération.

— Gaston Leroux contemplait les ouvrages sur les rayonnages. Nul ne sait pourquoi, il
s’arrêta sur un en particulier.

— Tiens, un Arsène Lupin. Dommage que Maurice ne soit pas là.

Gaston Leroux ouvrit le livre, et une feuille intercalée entre la couverture et la première
page apparut.

— Tiens, qu’est-ce que c’est que cela ? »

Un message qui ressemblait fort à une énigme était inscrit sur la feuille.

« Si l’ouvrage était une aiguille, il lui piquerait les fesses. Creuse ta tête, et non
l’aiguille et tu trouveras.

— M. Celui qui n’est pas le noir. »

— Paulo ! Incroyable, c’est une message de Maurice Leblanc. Le coquin nous donne du
fil à retordre avec cette énigme non dénuée d’humour, je dois dire. Sauf que je n’y
comprends rien.

— Moi, non plus, soupira Paul Féval.

— Je crois qu’il nous faut sortir des magasins avisa Leroux. Soyons discrets, surtout
qu’on ne sait pas vraiment si on peut nous voir.

— Je ne pense pas qu’on soit visible, si ce n’est à certaines personnes qui ont un don.

— J’espère, Paul, que les alcooliques n’ont pas ce don, sinon, il y aura beaucoup de
personnes ici qui pourront nous voir.

— Enfin, Gaston, il n’y a pas que des alcooliques en Bretagne ! »

Les deux compères quittèrent les magasins pour remonter vers les salles au rez-de-
chaussée.

« Sacré Maurice. Encore une devinette dont il a le secret.

— Je m’en serai bien passé, dit le rennais. La situation est sans doute grave.
— Mais, mon cher Paul. Ne raisonnez pas comme les hommes en noir. Usons de notre
imagination et de notre réflexion. Je suis persuadé que nous allons trouver.

— Les deux hommes déambulèrent dans les différentes salles. Ils ne trouvèrent rien qui
ne leur mette la puce à l’oreille.

Paul Féval, dit alors après quelques instants de réflexion.

— Je pense, Gaston, que l’ouvrage recherché ne peut être trop proche des lecteurs. Il
doit être quand même dissimulé. C’est probablement une personne de la bibliothèque
qui garde précieusement ce livre.

— Bon raisonnement, Paulo ! Allons donc voir plus haut. Ne désespérons pas car « La
vérité n’est invisible qu’à ceux qui la croient cachée ».

— Belle citation. Elle est de vous ?

— Euh, et bien, non je ne crois pas. C’est d’un auteur du vingt-et-unième siècle, Tcerid
Rezal, je crois.

— Vous lisez les auteurs du troisième millénaire !

— Evidemment, ne me dîtes pas que vous n’avez pas lu mes livres, bien que ce soit
impossible théoriquement, puisque j’ai publié après votre mort.

— C’est vrai, je le confesse, je lis de tout à toutes époques. Mais c’est « pluriunivers »
sont inquiétants, et passionnants. Tant de vies différentes, tant de possibilités.

— Bon, cessons de philosopher. Il faut trouver la vérité. Et pour cela, on va jeter un œil
aux étages. »

Les deux évadés du temps se rendirent en plein tumulte, parmi les bibliothécaires et
autres travailleurs du livre.

Ils entendirent des cris de désespoir, des jurons.

« Ah, non. Le système informatique a encore planté ! »

Le système venait encore de connaître une nouvelle panne. Un signe, un prodrome
d’une mort imminente.

« Si ça déconne comme ça, on ne sera jamais prêt ! »

Paul Féval précisa à Gaston Leroux, qu’ils s’inquiétaient pour la mise en place du
nouvel équipement culturel.

Une personne visiblement exténuée par ces incessants coups du sort, se laissa retomber
sur sa chaise où elle avait déposé quelques livres. Elle fut surprise, car elle avait
apparemment oublié qu’elle les y avait mis.
Cependant cet événement n’échappa pas à Gaston Leroux qui jubila aussitôt :

« Ca y est, j’ai compris ! L’énigme est clair. Quelqu’un est assis sur l’ouvrage que nous
recherchons. Car si c’était une aiguille, elle lui piquerait les fesses ! Ah, sacré Maurice !

— Félicitations. Reste à savoir désormais qui est assis sur cet ouvrage dont nous
ignorons tout. Il faut continuer à chercher. »

Après plusieurs inspections, les deux romanciers finirent par se rendre dans le bureau de
la conservatrice de la bibliothèque. Elle était occupée à répondre au téléphone. Mais nos
deux compères avaient le sourire, car la conservatrice était certes assise dans un fauteuil,
mais sur ce fauteuil…il y avait une pile de documents !

La conservatrice raccrocha brusquement le téléphone. Le problème pour nos deux
romanciers était qu’ils étaient contraints d’attendre qu’elle quitte sa chaise. Ils
attendirent patiemment. Après quelques minutes, elle se leva et quitta enfin la pièce.
Paul et Gaston se précipitèrent alors sur le fauteuil. Ils y trouvèrent de la paperasse qui
ne les intéressait guère, mais tout en dessous il s trouvèrent ce qu’ils cherchaient. C’était
le livre. Il était fin, relié d’un cuir rouge d’un côté, noir de l’autre. C’était original. Sur
la couverture était inscrit en lettres dorées : « SOUTERRENNES »

« On a trouvé Paulo !

— Oui, je crois. Mais je n’ai jamais entendu parler de ce livre.

Bon, on s’en empare pour le lire tranquillement.

— Certainement pas, on le lit et on le remet à sa place.

— Parce que vous croyez que c’est une place de choix l’endroit où il se trouve
habituellement ?

Paul balbutia, et évita le sujet :

— Regardons vite ce qui est inscrit dans ce livre. »

Il n’y avait pas d’auteur.

Par contre il y avait un avertissement :

« Si vous tenez ce livre entre vos mains, sachez que vous bénéficiez d’une exceptionnelle
chance car il n’existe qu’un seul et unique exemplaire de cet ouvrage.

Je vous demande donc de le remettre à la place à laquelle vous l’avez trouvée après
lecture.

Ce que vous allez lire contient des informations qu’il ne vous faudra révéler à personne.

Je ne puis vous empêcher d’en faire mauvais usage, mais je dois vous prévenir que cela
se retournera contre vous. »
L’ouvrage était court, il se composait de trois chapitres :

Histoire de Souterrennes.

Géographie de Souterrennes.

Habitants.

Ils feuilletèrent l’ouvrage. Des illustrations présentant des créatures étranges
accompagnaient les descriptions. On y voyait des vampires, des gynandres, des êtres
inconnus.

C’était passionnant. Gaston et Paul cherchaient surtout à savoir comment s’y rendre
dans cette ville souterraine. Ils lurent alors le passage qui les intéressaient.

« La cité subcondatienne se trouve sous vos pieds. Il existt plusieurs entrées, mais par
sécurité elle évoluent. Toutefois, l’entrée principale se situe sous le Thabor, à l’endroit
que le prince de Souterrennes aura décidé. Alors, sachez ouvrir les portes. »

« Avec ça, on est bien avancé ! s’exclama, Gaston.

— Qui sait si la conservatrice n’en sait pas plus, il faudrait l’interroger, dit Féval.

— Mais elle ne peut pas nous voir !

— C’est décidément compliqué les discussions extratemporelles.

— Vivement le progrès !

— Il faudrait pouvoir en lire plus sur cette cité souterraine.

— Oui, ça a l’air passionnant. Cette cité existerait encore, vous croyez Paul ?

— Oui, j’en ai entendu parler à mon époque. De vampires notamment.

— Apparemment, ce sont les vampires qui contrôlent la cité du dessous, et peut-être
qu’ils sont maîtres de la cité du dessus aussi. »

Ils voulurent se replonger dans la lecture quand des bruits se firent entendre. Une porte
s’ouvrit, deux personnes entièrement de noir vêtues avec d’étranges lunettes leur
faisaient face. L’une d’elle dit à l’autre :

« Ils sont là. Tuons les. »

Paul et Gaston comprirent qu’ils étaient menacés, et leur esprit s’enfuit immédiatement
de ces lieux pour se retrouver dans le lieu de leur rencontre initiale.

« Ils nous voient, eux , dit Gaston .

— Sans doute, grâce à leurs lunettes.
— Enfin, j’ai réussi à piquer le bouquin.

— Sacré Gaston.

— J’ai horreur qu’on me dérange dans mes lectures, dit Leroux quelque peu énervé.

— Constatez notre adéquation spirituelle, nous sommes tous les deux retournés au
même endroit, encore dans les réserves de la bibliothèque. C’est incroyable.

— Bon, je reprends ma lecture.

De nouveaux bruits se firent entendre. Des pas se rapprochaient.

— Gaston, je crains qu’il ne faille remettre la lecture à plus tard. Ils nous cherchent. Je
ne sais comment ils peuvent nous tuer.

— A mon avis, ils distinguent le cordon qui nous relie à notre corps, ils peuvent le
couper et nos envoyer ad patres.

— J’ai peur que désormais, ils ne nous lâchent plus. Il nous faut nous réfugier quelque
part.

— Et, puis il est hors de question de retourner pour moi au dix-neuvième siècle. Je n’ai
rien à perdre. L’affrontement doit avoir lieu.

— Je pense, Paul, qu’il nous faut trouver Souterrennes, et s’allier avec la ville du
dessous.

— Vous avez sans doute raison, Gaston, allons-y avec le livre. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Il ne restait plus qu’à trouver la porte d’entrée… ce qui ne
s’annonçait pas facile.
CHAPITRE 3 :Souterrennes
La nuit étendait son voile obscurcissant sur la cité bretonne. Nous nous dirigions alors,
Sicka et moi vers l’entrée secrète de la ville subcondatienne. Il allait me falloir
rassembler toute mon énergie pour le conseil hebdomadaire que je présidais. Tandis que
la fée me donnait à boire une bouteille de « rennessence », je vis le dragon Crêpovore
descendre du ciel pour se joindre à nous. Sicka lui donna un baiser sur la tête ce qui lui
fit plaisir, car il émit un grognement qui laissa voir son bonheur. J’avoue qu’il m’était
sympathique, et que j’étais content de le retrouver. Il était tard, il nous fallait passer par
dessus le grilles du parc du Thabor pour accéder à l’entrée. Le dragon nous fit monter
sur son dos, pour que l’on puisse passer de l’autre côté. Quant à lui, il fit un bond
étonnant pour sa corpulence au dessus des grilles. Et nous voilà, tous trois dans le parc
du Thabor en pleine obscurité.

Ce n’était pas dépourvu de charme. Après avoir quelque peu marché, nous arrivâmes
dans la grotte artificielle. Je me concentrai quelque peu, et la porte de Souterrennes
s’ouvrit.

C’était l’entrée principale de la cité. Il m’arrivait d’y accéder autrement, mais le jour du
conseil, je passais toujours par là, car tous mes concitoyens m’attendaient généralement,
soit pour me voir tout simplement, soit pour me parler de leurs problèmes personnels.
Cela pouvait durer parfois une heure comme ça. J’aimais ce moment là, car il était
toujours chaleureux.

De vivants flambeaux encadraient la porte d’entrée de la cité. Les porteurs de flamme
étaient deux androgynes, symbolisant la dualité de la cité. Ils étaient vêtus de drapés
rouge et noir. Ils me sourirent, et je les saluais chaleureusement. Tous les visages de
l’assistance me regardaient, avec étonnement voire inquiétude car cela était la première
fois depuis longtemps que j’arrivais avec d’autres personnes le jour du conseil. Certains
comprirent que la situation était grave et que les invités n’étaient pas annonciateurs de
festivités. Les deux pangolins si joyeux d’habitude, marquèrent un temps d’hésitation à
la vue de la fée et du dragon écarlate.

« Je vous présente, la fée Sicka et le dragon Crêpovore. Je ne vous cache que la situation
est grave, et qu’ils ne sont pas ici pour rien. Ce soir, je vous demande à tous d’assister à
la réunion dans la grande salle. J’ai des choses importantes à annoncer. »

Le silence se fit entendre. J’aime bien ce genre de phrase paradoxale comme la
précédente. Les deux pangolins s’avancèrent à nouveau. Ils étaient les plus vieux
habitants de la cité. L’un était rouge, l’autre était noir. Le premier s’appelait Rod, l’autre
Blok. Ils vinrent saluer mes hôtes. Crêpovore fut apparemment satisfait et répondit d’un
ton philosophique :

« Amicus sum. »

Les pangolins nous escortèrent sur notre passage. Je fis visiter les lieux à Sicka, et en
profitais pour lui présenter les principaux personnages de la cité. Souterrennes, était à
l’image de ses habitants multiple, diverse, historique, géniale, gothique, et surtout
splendide. Les murs de pierre étaient ornés de Gargouilles si bien sculptées qu’elles
auraient mérité d’être vivantes. D’aucuns affirmaient par ailleurs qu’elles l’avaient été
jadis, mais que ces créatures avaient été pétrifiées par un puissant magicien. Je n’en
savais rien, les pangolins connaissaient la vérité, mais ils restaient discrets sur le passé.
Moi, je n’étais là que depuis cinq-cents ans. La cité s’étendait ainsi sur des kilomètres
avec ses innombrables salles, ses murs granitiques et ses gargouilles, chimères et autres
monstres sculptés qui semblent toujours vous fixer quel que soit l’endroit où vous vous
situez. Sicka était impressionnée, elle avait entendu parler de Souterrennes, mais jamais
elle ne l’avait vue. Je lui présentais d’autres vampires qui eux n’avaient pas le privilège
de pouvoir vivre le jour. Beaucoup remarquèrent que j’avais changé. Mon ami, Papus,
vampire depuis 150 ans me glissa à l’oreille :

« J’ai l’impression que cette fée t’a transformé.

Je lui répondis :

— Si tu savais. »

La cité comptait près de cinq-cents vampires, autant d’androgynes, deux pangolins, des
créatures hybrides, quelques dragons. Le tout se montait à une population d’environ
deux-mille habitants. Il y vivait de véritables humains qui nous aidaient. Il arrivait que
d’autres humains du dessus ait des contacts avec nous. C’était obligatoire pour assurer
notre survie. Toutefois, le secret ne devait être partagé que par de rares personnes. Il n’y
avait pas plus de cent rennais qui connaissaient Souterrennes. Certains avaient souhaité
nous rejoindre, d’autres étaient devenus vampires, ou avaient souhaité se transformer. Et
la cité perduraient ainsi depuis des siècles. Enfin, arriva Annabella, la « reine des
vampires » de Souterrennes. Elle possédait un charme inaltérable, et des capacités
d’envoûtement incroyables. Toutefois, elle n’avait aucune emprise sur moi. Tout
simplement, parce que c’était moi qui était à l’origine de sa transformation. C’était de
loin mon meilleur recrutement. Elle avait une intelligence bien supérieure à la moyenne,
et je savais que j’allais pouvoir compter sur elle. Elle regarda Sicka avec méfiance, en
faisant claquer sa cape mauve. Ses longs cheveux bruns continuaient de briller de mille
feux bien qu’elle soit âgée de plus de deux cents années. Elle me regarda alors et me dit
de sa voix superbe :

« Alors, mon prince, tu as des problèmes. Je sens que tu vas avoir besoin de moi.

— Exactement. L’heure est grave. »

Je sentais que l’ambiance si joyeuse d’habitude avait tendance à se tendre. Je continuai
de me diriger vers la salle du conseil où j’allais prendre place dans le grand fauteuil du «
président » car j’avais été élu par mes concitoyens. Je dirigeai Souterrennes depuis trop
longtemps, j’eus envie à plusieurs reprises de laisser la place, mais j’étais à chaque fois
plébiscité. Le conseil se déroulait habituellement ainsi : autour de la grande table ovale,
se tenaient les élus. La salle ressemblait à un authentique opéra qui pouvait contenir
comme spectateurs tous les habitants de Souterrennes. La population subcondatienne se
trouvait donc limitée en fait au nombre de places de cette salle. Chacun avait le droit
d’être un citoyen actif ce qui était généralement le cas car chaque débat était un
spectacle, et chaque discussion possédait de l’importance pour chacun de mes
concitoyens. Notre vie politique m’apparaissait bien plus efficace que celle d’en haut. Il
est vrai que nous étions peu nombreux en comparaison. Malgré tout, notre nombre nous
obligeait à élire une équipe dirigeante. Nous étions 22 chargés de domaines différents,
un véritable gouvernement. J’étais en quelque sorte le capitaine d’équipe. Dans la salle,
se tenaient à une distance de quelques mètres les habitants de la cité désireux de suivre
les débats. Ce soir, la scène était pleine. Les visages étaient blêmes pourtant je n’avais
encore rien annoncé.

Il était 22 heures, le conseil n’attendait plus que moi, le vingt-deuxième membre de
l’assemblée. Mon siège légèrement plus relevé que les autres état placé au centre, un A
ornait le fauteuil car tous les 22 fauteuils portaient une lettre. Le A revenait au président
de l’assemblée, celui par qui commençait les débats. J’avais installé Sicka et son
dragon, dans le coin des invités, également sur l’estrade. La composition du conseil était
la suivante :

A. Le président, en l’occurrence moi.

B. Janisia. Androgyne. Premier ministre en quelque sorte.

C. Annabella. Vampire. Chargée de la défense et de la sécurité de la cité.

D. Horace Greenbow. Humain. Sécurité extérieure, informations et contacts avec
l’extérieur.

Et ainsi de suite jusqu’à 22. 22 personnes représentant la cité et ses différentes
composantes. Les deux pangolins et les dragons de la cité étaient membres de droit du
conseil bien que ne faisant pas partie des 22. Ils étaient anciens et leur ancienneté leur
conférait des mesures d’exception. Le conseil était élu démocratiquement cependant.

En face de moi se tenait 21 visages crispés, et des milliers d’autres me regardaient dans
la salle.

Je me décidai enfin à parler :

« Chers concitoyens et amis, la rumeur a déjà circulé, l’heure est grave. Je suis contraint
de proclamer l’état d’urgence, et par la même l’occasion l’état de guerre. Car c’est bien
de cela dont il s’agit. Dès demain, nous allons être attaqués par les hommes en noirs, qui
souhaitent détruire tout ce qui ne correspond pas à la normale. Souterrennes, est donc
une cible idéale pour eux.

Il nous faut donc nous préparer au combat. Sont présents, ici ce soir, la fée Sicka et le
dragon Crêpovore. Ce sont eux qui m’ont prévenu du danger.

Sachez donc, que les fées, les enchanteurs, les sorciers et les dragons sont nos alliés.

Merlin l’enchanteur nous soutient également, et il m’ a chargé de mener la défense de la
contrée de l’Ouest.

Nos moyens sont grands, mais nous sommes peu.

Les moyens de nos adversaires tout aussi grands et ils sont plus nombreux.
Seul l’histoire et le talent nous donneront l’avantage. »

Je fis une pause pour que chacun reprenne ses esprits. La consternation et l’effroi se
lisaient sur leurs visages. Puis, je repris :

« Je laisse la parole à Sicka qui vous donnera des informations complémentaires »

La fée, un peu tendue prit la parole :

« Chers habitants de Souterrennes, la contrée de l’Ouest est en danger. Seule l’union,
peut nous permettre de survivre.

Les hommes en noir arrivent bientôt, ils ont de redoutables combattants. Leur chef est
inconnu, on dit qu’il aurait des pouvoirs supranormaux. Sachez, vampires de cette cité,
qu’ils ont dépêché une tueuse redoutable.

Souterrennes doit survivre. C’est à vous d’en décider. »

La fée se rassit. Le silence était total. Voilà qu’après la construction du métro, la cité
était cette fois-ci sous la menace d’une destruction immédiate.

Annabella, la troisième lettre du conseil prit alors la parole :

« Pour ma part, je suis prête à mourir pour la cité. Il nous faut nous organiser. Il est à
craindre qu’ils attaquent de jour. Cependant, nos progrès nous permettent de vivre le
jour dans une forte obscurité. Les androgynes, et les autres membres de la cité seront
quand même chargés de défendre la cité le jour. Les vampires la défendront la nuit.
Mais, il est évident qu’il sera difficile de dormir. Surtout, ne fuyons pas, car ils nous
tueront facilement si l’ on se disperse. »

Sicka lui répondit :

« Je crains qu’il nous faille également attaquer. La meilleure défense c’est l’attaque.

— Mais, il serait imprudent de quitter Souterrennes, non ?, rétorqua Danil, l’androgyne
aux cheveux bruns et aux yeux mauves.

— Certes, mais quelques uns, dont moi, iront au devant du danger, affirmai-je alors.

— Mais les vampires ne peuvent sortir le jour, protesta Anatalis, le numéro 6 du conseil,
la lettre F, chargé des finances.

— Tous les vampires resteront ici le jour. D’autres attaqueront la nuit. Mais, moi,
j’attaquerai jour et nuit., précisai-je.

— Mais c’est impossible, dirent plusieurs voix.

— Impossible, pas pour moi grâce à Merlin. Je suis capable de vivre le jour désormais.
»
— Mais qui sont ces hommes en noirs ?, demanda Senestrix, le plus vieux vampire
après moi et qui avait atteint l’état de vampire alors qu’il était déjà très vieux.

Sicka répondit :

« C’est une organisation, autrefois appelée « les habits noirs », qui s’est organisée,
étatisée dirais-je pour devenir une mafia contre les personnes hors normes comme nous.
»

Les deux pangolins, membres immuables du conseil, n’avaient pas dit mot, et pourtant
ils étaient visiblement inquiets. Rod prit alors la parole :

« Qui connaît leur chef ? Il aurait des pouvoirs, il voudrait être le seul a en avoir, tout
cela est étrange, non ? Prince, le connais-tu ?

— Non, je ne connais pas son nom. Je ne sais rien de lui.

— Moi, je connais son nom, s’exprima contre toute attente le dragon Crêpovore de sa
voix de stentor.

— Tu parles français, maintenant ?, lui demandais-je.

— Seulement, quand l’heure est grave, répondit-il.

— Alors, comment s’appelle-t-il ?

— Je ne te le dirai pas, pas maintenant. Tu le connais, cela pourrait te perturber. »

La salle s’agita, supplia le dragon. Mais, la créature écarlate, n’en dit pas plus.

Mais, pour moi, il en avait déjà trop dit. Car, il n’y avait qu’un nom que je craignais, un
seul, celui de Lautréamont, mon double, mon autre versent que j’avais si peu connu.

« Bon, passons. Qu’importe son nom, il nous faut nous organiser. Notre survie est en
jeu, mais je vous demanderai d’être discret dans la mesure du possible. Annabella, je te
charge de la défense de la cité, notamment pour la nuit. Janisia, tu es chargée de sa
défense le jour. Quant à moi, je rassemble mon équipe pour l’attaque extérieure. »

Il n’y eut pas de protestations, tout le monde était conscient du danger. Souterrennes
allait devoir se battre pour assurer sa survie.

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Les mysteres de rennes2 3

  • 1. LES MYSTERES DE RENNES. Episode I. RENNESSENCE Chapitres 2 et 3. Tcerid Rezal Licence Creative Commons utilisée : La formule de licence "creative commons" retenue pour le livre en ligne Rennessence implique que les utilisateurs indiquent la paternité du texte initial, s’interdisent toute utilisation commerciale (à moins d’y être expressément autorisés par l’auteur) et proposent les travaux issus de leurs interventions sur ce texte avec les libertés attachées à cette forme ouverte de propriété intellectuelle. Les utilisations, enrichissements, déformations, déviations, diffusions qui respectent ces principes sont autorisés. Pour en savoir plus : http://fr.creativecommons.org/
  • 2. CHAPITRE 2 : Dans la bibliothèque. L’abeille qui se baladait dans les magasins de la bibliothèque municipale de Rennes, on ne sait pourquoi à ce moment là, eut l’étrange privilège d’entendre cette conversation d’outre-tombe. « Vous ici, aussi ! , s’exclama un petit homme joufflu et rondouillard arborant une magnifique moustache qui faisait de lui un personnage sympathique et malicieux. L’autre homme paraissait plus austère avec son crâne dégarni, ses yeux intelligents mais qui laissaient entrevoir une crainte, une inquiétude, peut-être même des remords. Vu leur accoutrement, ils sortaient tous les deux de la fin du dix-neuvième siècle. Et c’était d’ailleurs le cas. Le moustachu n’était autre que Gaston Leroux, célèbre feuilletoniste et créateur, entre autres, du personnage de Rouletabille. Le second est bien connu des rennais, car il s’agit de Paul Féval, auteur du Bossu, et qui naquit en cette ville. Les deux hommes se rapprochèrent. L’interpellé répondit : « Vous savez, je suis né ici. C’est plutôt à moi de m’étonner de vous voir en ces lieux. » Le moustachu rit et puis dit : « Ah ! Sacré Paulo ! Tu sais bien que théoriquement, nous n’avons rien à faire ici parce qu’on est au troisième millénaire ! — Moi, j’ai de bonnes raisons d’être ici. C’est une repentance. Je reviens pour éviter que « les habits noirs » ne régentent tout et ne finissent par faire disparaître l’imagination, l’utopie ainsi que les personnes hors normes. Mais, que faîtes-vous donc là mon cher Gaston ? — Mais Paul, je traque la dame en noir ! Je la cherche par delà les lieux et les temps. — Mais, pourquoi à Rennes à cette époque ? — Un pressentiment, une intuition qui me guide et qui me dit qu’il faut être là à ce moment là. — La « dame en noir », c’est peut-être cette ville, quoique la mode soit au gris en ce moment si j’en juge par l’étalage de plaque de granit qui recouvre les sols. — C’est incroyable, qu’on se retrouve là, après tant d’années, dans cette bibliothèque, dans ces magasins. Ce ne peut être un hasard. — Moi, j’avoue que c’est comme dans un rêve, un vieil homme aux cheveux blancs m’ a attiré là. On aurait dit Merlin, du moins la représentation que j’en fais. — Moi, mon cher Paul, c’est une femme, une belle femme, aux cheveux noirs qui m’a poussé vers ces lieux. — Gaston, croyez-vous, que les autres puissent nous voir ?
  • 3. — Je ne sais pas, je ne crois pas, car on a laissé nos corps respectivement aux dix- neuvième et vingtième siècles. — C’est étrange et surtout inquiétant que ces voyages extraordinaires. Enfin, je n’ai guère le choix, il me faut agir. — Vous êtes sérieux, Paulo ? Imaginez qu’Eugène et Maurice nous rejoignent ! On va pouvoir écrire « Les mystères de Rennes ». — Bonne idée. Mais vous savez, je crois qu’on n’est pas au bout de nos surprises. La ville va se doter d’un nouvel équipement culturel. Je crains qu’au vu de l’architecture biscornu, surmontée par ce planétarium, ils ne l’appellent le Bossu. — Vous ne croyez pas si bien dire. Figurez vous qu’au quatrième étage de cette bâtisse, ils ont refait une pièce et qu’il l’appelle, « la chambre jaune » — C’est à croire, Gaston, que l’on revient à la mode. — On va encore bien se marrer ! lâcha Gaston goguenard. — Oui, enfin. Je dois avant tout me faire pardonner mes erreurs. Et mettre à mal les projet des « habits noirs ». — Vous n’auriez jamais du les créer. Voyez ce qu’ils sont devenus. La plus grande organisation semi-étatique au monde qui contrôle tout ce qui est paranormal, tout ce qui pourrait nuire au bon fonctionnement de notre vieille planète. — Ce n’était qu’une création littéraire. Puis, c’est devenu une réalité. J’ ai fait partie de cette réalité. Mais, je en savais pas que ma « création » impliquait ma mort, et celle de l’imagination. Cette organisation cherche à tuer ce qui l’a crée : le rêve et l’utopie. Désormais, je dois tout faire pour réparer mon erreur et éviter que les mystères de la ville ne disparaissent à tout jamais. — Je crains, mon cher Paul qu’on ne pèse pas bien lourd contre les « hommes en noir », car c’est bien ainsi qu’on les appelle désormais ? Ils sont suréquipés, ils détruisent et manipulent en toute discrétion. Ah, cette pègre a évolué vite. — Bon, Gaston, tu as sans doute raison, mais je veux tenter quelque chose. En premier, il serait intéressant de savoir ce qu’on fait dans cette bibliothèque, et notamment ce qu’on y cherche. » Gaston Leroux se lissa la moustache et répondit : « Pardieu, je croyais justement que vous le saviez beaucoup mieux que moi ce que l’on cherche ! — Avec un peu de chance, une force supérieure va peut-être nous guider. Pensez qu’il existe un guide des égarés en bibliothèque ? — Hélas, toujours pas.
  • 4. — Réfléchissons. Si on est dans une bibliothèque, c’est qu’on cherche un livre. — Bravo, Paulo. Mais quel livre ? Il y en a des milliers ici. — Justement, un livre qui ne se trouve qu’ici ! — Ah, je vois ! J’imagine déjà le titre : « L’art culinaire et occulte de la pâte à crêpe » ! s’exclama Gaston en riant. — Cessons donc de plaisanter. Vous êtes bien d’une autre génération. — Gaston Leroux contemplait les ouvrages sur les rayonnages. Nul ne sait pourquoi, il s’arrêta sur un en particulier. — Tiens, un Arsène Lupin. Dommage que Maurice ne soit pas là. Gaston Leroux ouvrit le livre, et une feuille intercalée entre la couverture et la première page apparut. — Tiens, qu’est-ce que c’est que cela ? » Un message qui ressemblait fort à une énigme était inscrit sur la feuille. « Si l’ouvrage était une aiguille, il lui piquerait les fesses. Creuse ta tête, et non l’aiguille et tu trouveras. — M. Celui qui n’est pas le noir. » — Paulo ! Incroyable, c’est une message de Maurice Leblanc. Le coquin nous donne du fil à retordre avec cette énigme non dénuée d’humour, je dois dire. Sauf que je n’y comprends rien. — Moi, non plus, soupira Paul Féval. — Je crois qu’il nous faut sortir des magasins avisa Leroux. Soyons discrets, surtout qu’on ne sait pas vraiment si on peut nous voir. — Je ne pense pas qu’on soit visible, si ce n’est à certaines personnes qui ont un don. — J’espère, Paul, que les alcooliques n’ont pas ce don, sinon, il y aura beaucoup de personnes ici qui pourront nous voir. — Enfin, Gaston, il n’y a pas que des alcooliques en Bretagne ! » Les deux compères quittèrent les magasins pour remonter vers les salles au rez-de- chaussée. « Sacré Maurice. Encore une devinette dont il a le secret. — Je m’en serai bien passé, dit le rennais. La situation est sans doute grave.
  • 5. — Mais, mon cher Paul. Ne raisonnez pas comme les hommes en noir. Usons de notre imagination et de notre réflexion. Je suis persuadé que nous allons trouver. — Les deux hommes déambulèrent dans les différentes salles. Ils ne trouvèrent rien qui ne leur mette la puce à l’oreille. Paul Féval, dit alors après quelques instants de réflexion. — Je pense, Gaston, que l’ouvrage recherché ne peut être trop proche des lecteurs. Il doit être quand même dissimulé. C’est probablement une personne de la bibliothèque qui garde précieusement ce livre. — Bon raisonnement, Paulo ! Allons donc voir plus haut. Ne désespérons pas car « La vérité n’est invisible qu’à ceux qui la croient cachée ». — Belle citation. Elle est de vous ? — Euh, et bien, non je ne crois pas. C’est d’un auteur du vingt-et-unième siècle, Tcerid Rezal, je crois. — Vous lisez les auteurs du troisième millénaire ! — Evidemment, ne me dîtes pas que vous n’avez pas lu mes livres, bien que ce soit impossible théoriquement, puisque j’ai publié après votre mort. — C’est vrai, je le confesse, je lis de tout à toutes époques. Mais c’est « pluriunivers » sont inquiétants, et passionnants. Tant de vies différentes, tant de possibilités. — Bon, cessons de philosopher. Il faut trouver la vérité. Et pour cela, on va jeter un œil aux étages. » Les deux évadés du temps se rendirent en plein tumulte, parmi les bibliothécaires et autres travailleurs du livre. Ils entendirent des cris de désespoir, des jurons. « Ah, non. Le système informatique a encore planté ! » Le système venait encore de connaître une nouvelle panne. Un signe, un prodrome d’une mort imminente. « Si ça déconne comme ça, on ne sera jamais prêt ! » Paul Féval précisa à Gaston Leroux, qu’ils s’inquiétaient pour la mise en place du nouvel équipement culturel. Une personne visiblement exténuée par ces incessants coups du sort, se laissa retomber sur sa chaise où elle avait déposé quelques livres. Elle fut surprise, car elle avait apparemment oublié qu’elle les y avait mis.
  • 6. Cependant cet événement n’échappa pas à Gaston Leroux qui jubila aussitôt : « Ca y est, j’ai compris ! L’énigme est clair. Quelqu’un est assis sur l’ouvrage que nous recherchons. Car si c’était une aiguille, elle lui piquerait les fesses ! Ah, sacré Maurice ! — Félicitations. Reste à savoir désormais qui est assis sur cet ouvrage dont nous ignorons tout. Il faut continuer à chercher. » Après plusieurs inspections, les deux romanciers finirent par se rendre dans le bureau de la conservatrice de la bibliothèque. Elle était occupée à répondre au téléphone. Mais nos deux compères avaient le sourire, car la conservatrice était certes assise dans un fauteuil, mais sur ce fauteuil…il y avait une pile de documents ! La conservatrice raccrocha brusquement le téléphone. Le problème pour nos deux romanciers était qu’ils étaient contraints d’attendre qu’elle quitte sa chaise. Ils attendirent patiemment. Après quelques minutes, elle se leva et quitta enfin la pièce. Paul et Gaston se précipitèrent alors sur le fauteuil. Ils y trouvèrent de la paperasse qui ne les intéressait guère, mais tout en dessous il s trouvèrent ce qu’ils cherchaient. C’était le livre. Il était fin, relié d’un cuir rouge d’un côté, noir de l’autre. C’était original. Sur la couverture était inscrit en lettres dorées : « SOUTERRENNES » « On a trouvé Paulo ! — Oui, je crois. Mais je n’ai jamais entendu parler de ce livre. Bon, on s’en empare pour le lire tranquillement. — Certainement pas, on le lit et on le remet à sa place. — Parce que vous croyez que c’est une place de choix l’endroit où il se trouve habituellement ? Paul balbutia, et évita le sujet : — Regardons vite ce qui est inscrit dans ce livre. » Il n’y avait pas d’auteur. Par contre il y avait un avertissement : « Si vous tenez ce livre entre vos mains, sachez que vous bénéficiez d’une exceptionnelle chance car il n’existe qu’un seul et unique exemplaire de cet ouvrage. Je vous demande donc de le remettre à la place à laquelle vous l’avez trouvée après lecture. Ce que vous allez lire contient des informations qu’il ne vous faudra révéler à personne. Je ne puis vous empêcher d’en faire mauvais usage, mais je dois vous prévenir que cela se retournera contre vous. »
  • 7. L’ouvrage était court, il se composait de trois chapitres : Histoire de Souterrennes. Géographie de Souterrennes. Habitants. Ils feuilletèrent l’ouvrage. Des illustrations présentant des créatures étranges accompagnaient les descriptions. On y voyait des vampires, des gynandres, des êtres inconnus. C’était passionnant. Gaston et Paul cherchaient surtout à savoir comment s’y rendre dans cette ville souterraine. Ils lurent alors le passage qui les intéressaient. « La cité subcondatienne se trouve sous vos pieds. Il existt plusieurs entrées, mais par sécurité elle évoluent. Toutefois, l’entrée principale se situe sous le Thabor, à l’endroit que le prince de Souterrennes aura décidé. Alors, sachez ouvrir les portes. » « Avec ça, on est bien avancé ! s’exclama, Gaston. — Qui sait si la conservatrice n’en sait pas plus, il faudrait l’interroger, dit Féval. — Mais elle ne peut pas nous voir ! — C’est décidément compliqué les discussions extratemporelles. — Vivement le progrès ! — Il faudrait pouvoir en lire plus sur cette cité souterraine. — Oui, ça a l’air passionnant. Cette cité existerait encore, vous croyez Paul ? — Oui, j’en ai entendu parler à mon époque. De vampires notamment. — Apparemment, ce sont les vampires qui contrôlent la cité du dessous, et peut-être qu’ils sont maîtres de la cité du dessus aussi. » Ils voulurent se replonger dans la lecture quand des bruits se firent entendre. Une porte s’ouvrit, deux personnes entièrement de noir vêtues avec d’étranges lunettes leur faisaient face. L’une d’elle dit à l’autre : « Ils sont là. Tuons les. » Paul et Gaston comprirent qu’ils étaient menacés, et leur esprit s’enfuit immédiatement de ces lieux pour se retrouver dans le lieu de leur rencontre initiale. « Ils nous voient, eux , dit Gaston . — Sans doute, grâce à leurs lunettes.
  • 8. — Enfin, j’ai réussi à piquer le bouquin. — Sacré Gaston. — J’ai horreur qu’on me dérange dans mes lectures, dit Leroux quelque peu énervé. — Constatez notre adéquation spirituelle, nous sommes tous les deux retournés au même endroit, encore dans les réserves de la bibliothèque. C’est incroyable. — Bon, je reprends ma lecture. De nouveaux bruits se firent entendre. Des pas se rapprochaient. — Gaston, je crains qu’il ne faille remettre la lecture à plus tard. Ils nous cherchent. Je ne sais comment ils peuvent nous tuer. — A mon avis, ils distinguent le cordon qui nous relie à notre corps, ils peuvent le couper et nos envoyer ad patres. — J’ai peur que désormais, ils ne nous lâchent plus. Il nous faut nous réfugier quelque part. — Et, puis il est hors de question de retourner pour moi au dix-neuvième siècle. Je n’ai rien à perdre. L’affrontement doit avoir lieu. — Je pense, Paul, qu’il nous faut trouver Souterrennes, et s’allier avec la ville du dessous. — Vous avez sans doute raison, Gaston, allons-y avec le livre. » Aussitôt dit, aussitôt fait. Il ne restait plus qu’à trouver la porte d’entrée… ce qui ne s’annonçait pas facile.
  • 9. CHAPITRE 3 :Souterrennes La nuit étendait son voile obscurcissant sur la cité bretonne. Nous nous dirigions alors, Sicka et moi vers l’entrée secrète de la ville subcondatienne. Il allait me falloir rassembler toute mon énergie pour le conseil hebdomadaire que je présidais. Tandis que la fée me donnait à boire une bouteille de « rennessence », je vis le dragon Crêpovore descendre du ciel pour se joindre à nous. Sicka lui donna un baiser sur la tête ce qui lui fit plaisir, car il émit un grognement qui laissa voir son bonheur. J’avoue qu’il m’était sympathique, et que j’étais content de le retrouver. Il était tard, il nous fallait passer par dessus le grilles du parc du Thabor pour accéder à l’entrée. Le dragon nous fit monter sur son dos, pour que l’on puisse passer de l’autre côté. Quant à lui, il fit un bond étonnant pour sa corpulence au dessus des grilles. Et nous voilà, tous trois dans le parc du Thabor en pleine obscurité. Ce n’était pas dépourvu de charme. Après avoir quelque peu marché, nous arrivâmes dans la grotte artificielle. Je me concentrai quelque peu, et la porte de Souterrennes s’ouvrit. C’était l’entrée principale de la cité. Il m’arrivait d’y accéder autrement, mais le jour du conseil, je passais toujours par là, car tous mes concitoyens m’attendaient généralement, soit pour me voir tout simplement, soit pour me parler de leurs problèmes personnels. Cela pouvait durer parfois une heure comme ça. J’aimais ce moment là, car il était toujours chaleureux. De vivants flambeaux encadraient la porte d’entrée de la cité. Les porteurs de flamme étaient deux androgynes, symbolisant la dualité de la cité. Ils étaient vêtus de drapés rouge et noir. Ils me sourirent, et je les saluais chaleureusement. Tous les visages de l’assistance me regardaient, avec étonnement voire inquiétude car cela était la première fois depuis longtemps que j’arrivais avec d’autres personnes le jour du conseil. Certains comprirent que la situation était grave et que les invités n’étaient pas annonciateurs de festivités. Les deux pangolins si joyeux d’habitude, marquèrent un temps d’hésitation à la vue de la fée et du dragon écarlate. « Je vous présente, la fée Sicka et le dragon Crêpovore. Je ne vous cache que la situation est grave, et qu’ils ne sont pas ici pour rien. Ce soir, je vous demande à tous d’assister à la réunion dans la grande salle. J’ai des choses importantes à annoncer. » Le silence se fit entendre. J’aime bien ce genre de phrase paradoxale comme la précédente. Les deux pangolins s’avancèrent à nouveau. Ils étaient les plus vieux habitants de la cité. L’un était rouge, l’autre était noir. Le premier s’appelait Rod, l’autre Blok. Ils vinrent saluer mes hôtes. Crêpovore fut apparemment satisfait et répondit d’un ton philosophique : « Amicus sum. » Les pangolins nous escortèrent sur notre passage. Je fis visiter les lieux à Sicka, et en profitais pour lui présenter les principaux personnages de la cité. Souterrennes, était à l’image de ses habitants multiple, diverse, historique, géniale, gothique, et surtout
  • 10. splendide. Les murs de pierre étaient ornés de Gargouilles si bien sculptées qu’elles auraient mérité d’être vivantes. D’aucuns affirmaient par ailleurs qu’elles l’avaient été jadis, mais que ces créatures avaient été pétrifiées par un puissant magicien. Je n’en savais rien, les pangolins connaissaient la vérité, mais ils restaient discrets sur le passé. Moi, je n’étais là que depuis cinq-cents ans. La cité s’étendait ainsi sur des kilomètres avec ses innombrables salles, ses murs granitiques et ses gargouilles, chimères et autres monstres sculptés qui semblent toujours vous fixer quel que soit l’endroit où vous vous situez. Sicka était impressionnée, elle avait entendu parler de Souterrennes, mais jamais elle ne l’avait vue. Je lui présentais d’autres vampires qui eux n’avaient pas le privilège de pouvoir vivre le jour. Beaucoup remarquèrent que j’avais changé. Mon ami, Papus, vampire depuis 150 ans me glissa à l’oreille : « J’ai l’impression que cette fée t’a transformé. Je lui répondis : — Si tu savais. » La cité comptait près de cinq-cents vampires, autant d’androgynes, deux pangolins, des créatures hybrides, quelques dragons. Le tout se montait à une population d’environ deux-mille habitants. Il y vivait de véritables humains qui nous aidaient. Il arrivait que d’autres humains du dessus ait des contacts avec nous. C’était obligatoire pour assurer notre survie. Toutefois, le secret ne devait être partagé que par de rares personnes. Il n’y avait pas plus de cent rennais qui connaissaient Souterrennes. Certains avaient souhaité nous rejoindre, d’autres étaient devenus vampires, ou avaient souhaité se transformer. Et la cité perduraient ainsi depuis des siècles. Enfin, arriva Annabella, la « reine des vampires » de Souterrennes. Elle possédait un charme inaltérable, et des capacités d’envoûtement incroyables. Toutefois, elle n’avait aucune emprise sur moi. Tout simplement, parce que c’était moi qui était à l’origine de sa transformation. C’était de loin mon meilleur recrutement. Elle avait une intelligence bien supérieure à la moyenne, et je savais que j’allais pouvoir compter sur elle. Elle regarda Sicka avec méfiance, en faisant claquer sa cape mauve. Ses longs cheveux bruns continuaient de briller de mille feux bien qu’elle soit âgée de plus de deux cents années. Elle me regarda alors et me dit de sa voix superbe : « Alors, mon prince, tu as des problèmes. Je sens que tu vas avoir besoin de moi. — Exactement. L’heure est grave. » Je sentais que l’ambiance si joyeuse d’habitude avait tendance à se tendre. Je continuai de me diriger vers la salle du conseil où j’allais prendre place dans le grand fauteuil du « président » car j’avais été élu par mes concitoyens. Je dirigeai Souterrennes depuis trop longtemps, j’eus envie à plusieurs reprises de laisser la place, mais j’étais à chaque fois plébiscité. Le conseil se déroulait habituellement ainsi : autour de la grande table ovale, se tenaient les élus. La salle ressemblait à un authentique opéra qui pouvait contenir comme spectateurs tous les habitants de Souterrennes. La population subcondatienne se trouvait donc limitée en fait au nombre de places de cette salle. Chacun avait le droit d’être un citoyen actif ce qui était généralement le cas car chaque débat était un spectacle, et chaque discussion possédait de l’importance pour chacun de mes concitoyens. Notre vie politique m’apparaissait bien plus efficace que celle d’en haut. Il
  • 11. est vrai que nous étions peu nombreux en comparaison. Malgré tout, notre nombre nous obligeait à élire une équipe dirigeante. Nous étions 22 chargés de domaines différents, un véritable gouvernement. J’étais en quelque sorte le capitaine d’équipe. Dans la salle, se tenaient à une distance de quelques mètres les habitants de la cité désireux de suivre les débats. Ce soir, la scène était pleine. Les visages étaient blêmes pourtant je n’avais encore rien annoncé. Il était 22 heures, le conseil n’attendait plus que moi, le vingt-deuxième membre de l’assemblée. Mon siège légèrement plus relevé que les autres état placé au centre, un A ornait le fauteuil car tous les 22 fauteuils portaient une lettre. Le A revenait au président de l’assemblée, celui par qui commençait les débats. J’avais installé Sicka et son dragon, dans le coin des invités, également sur l’estrade. La composition du conseil était la suivante : A. Le président, en l’occurrence moi. B. Janisia. Androgyne. Premier ministre en quelque sorte. C. Annabella. Vampire. Chargée de la défense et de la sécurité de la cité. D. Horace Greenbow. Humain. Sécurité extérieure, informations et contacts avec l’extérieur. Et ainsi de suite jusqu’à 22. 22 personnes représentant la cité et ses différentes composantes. Les deux pangolins et les dragons de la cité étaient membres de droit du conseil bien que ne faisant pas partie des 22. Ils étaient anciens et leur ancienneté leur conférait des mesures d’exception. Le conseil était élu démocratiquement cependant. En face de moi se tenait 21 visages crispés, et des milliers d’autres me regardaient dans la salle. Je me décidai enfin à parler : « Chers concitoyens et amis, la rumeur a déjà circulé, l’heure est grave. Je suis contraint de proclamer l’état d’urgence, et par la même l’occasion l’état de guerre. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Dès demain, nous allons être attaqués par les hommes en noirs, qui souhaitent détruire tout ce qui ne correspond pas à la normale. Souterrennes, est donc une cible idéale pour eux. Il nous faut donc nous préparer au combat. Sont présents, ici ce soir, la fée Sicka et le dragon Crêpovore. Ce sont eux qui m’ont prévenu du danger. Sachez donc, que les fées, les enchanteurs, les sorciers et les dragons sont nos alliés. Merlin l’enchanteur nous soutient également, et il m’ a chargé de mener la défense de la contrée de l’Ouest. Nos moyens sont grands, mais nous sommes peu. Les moyens de nos adversaires tout aussi grands et ils sont plus nombreux.
  • 12. Seul l’histoire et le talent nous donneront l’avantage. » Je fis une pause pour que chacun reprenne ses esprits. La consternation et l’effroi se lisaient sur leurs visages. Puis, je repris : « Je laisse la parole à Sicka qui vous donnera des informations complémentaires » La fée, un peu tendue prit la parole : « Chers habitants de Souterrennes, la contrée de l’Ouest est en danger. Seule l’union, peut nous permettre de survivre. Les hommes en noir arrivent bientôt, ils ont de redoutables combattants. Leur chef est inconnu, on dit qu’il aurait des pouvoirs supranormaux. Sachez, vampires de cette cité, qu’ils ont dépêché une tueuse redoutable. Souterrennes doit survivre. C’est à vous d’en décider. » La fée se rassit. Le silence était total. Voilà qu’après la construction du métro, la cité était cette fois-ci sous la menace d’une destruction immédiate. Annabella, la troisième lettre du conseil prit alors la parole : « Pour ma part, je suis prête à mourir pour la cité. Il nous faut nous organiser. Il est à craindre qu’ils attaquent de jour. Cependant, nos progrès nous permettent de vivre le jour dans une forte obscurité. Les androgynes, et les autres membres de la cité seront quand même chargés de défendre la cité le jour. Les vampires la défendront la nuit. Mais, il est évident qu’il sera difficile de dormir. Surtout, ne fuyons pas, car ils nous tueront facilement si l’ on se disperse. » Sicka lui répondit : « Je crains qu’il nous faille également attaquer. La meilleure défense c’est l’attaque. — Mais, il serait imprudent de quitter Souterrennes, non ?, rétorqua Danil, l’androgyne aux cheveux bruns et aux yeux mauves. — Certes, mais quelques uns, dont moi, iront au devant du danger, affirmai-je alors. — Mais les vampires ne peuvent sortir le jour, protesta Anatalis, le numéro 6 du conseil, la lettre F, chargé des finances. — Tous les vampires resteront ici le jour. D’autres attaqueront la nuit. Mais, moi, j’attaquerai jour et nuit., précisai-je. — Mais c’est impossible, dirent plusieurs voix. — Impossible, pas pour moi grâce à Merlin. Je suis capable de vivre le jour désormais. »
  • 13. — Mais qui sont ces hommes en noirs ?, demanda Senestrix, le plus vieux vampire après moi et qui avait atteint l’état de vampire alors qu’il était déjà très vieux. Sicka répondit : « C’est une organisation, autrefois appelée « les habits noirs », qui s’est organisée, étatisée dirais-je pour devenir une mafia contre les personnes hors normes comme nous. » Les deux pangolins, membres immuables du conseil, n’avaient pas dit mot, et pourtant ils étaient visiblement inquiets. Rod prit alors la parole : « Qui connaît leur chef ? Il aurait des pouvoirs, il voudrait être le seul a en avoir, tout cela est étrange, non ? Prince, le connais-tu ? — Non, je ne connais pas son nom. Je ne sais rien de lui. — Moi, je connais son nom, s’exprima contre toute attente le dragon Crêpovore de sa voix de stentor. — Tu parles français, maintenant ?, lui demandais-je. — Seulement, quand l’heure est grave, répondit-il. — Alors, comment s’appelle-t-il ? — Je ne te le dirai pas, pas maintenant. Tu le connais, cela pourrait te perturber. » La salle s’agita, supplia le dragon. Mais, la créature écarlate, n’en dit pas plus. Mais, pour moi, il en avait déjà trop dit. Car, il n’y avait qu’un nom que je craignais, un seul, celui de Lautréamont, mon double, mon autre versent que j’avais si peu connu. « Bon, passons. Qu’importe son nom, il nous faut nous organiser. Notre survie est en jeu, mais je vous demanderai d’être discret dans la mesure du possible. Annabella, je te charge de la défense de la cité, notamment pour la nuit. Janisia, tu es chargée de sa défense le jour. Quant à moi, je rassemble mon équipe pour l’attaque extérieure. » Il n’y eut pas de protestations, tout le monde était conscient du danger. Souterrennes allait devoir se battre pour assurer sa survie.