SlideShare une entreprise Scribd logo
1  sur  4
Télécharger pour lire hors ligne
MÉDECINE ESTHÉTIQUE
Eannée du déclic ?
Injections, prothèses, rhinoplasties, liposuccions...
Les actes et les consultations en médecine et chirurgie
esthétique connaissent une forte hausse depuis un an.
La pandémie a-t-elle changé notre rapport à notre corps
et comment? Enquête.
Par Géraldine Dormoy-Tungate
“DOCTEUR, IL FAUT FAIRE QUELQUE CHOSE, JE NE PEUX PLUS ME VOIR!”
En mai 2020, dès les premiers jours du déconfinement, Linda
Gomis, chirurgienne esthétique en Occitanie, a vu affluer dans
son cabinet des patientes paniquées à la vue de leur tête... sur
Zoom. «Elles venaient dépasser deux mois en télétravail, face à la
caméra de leur ordinateur qui accentue les lignes d’ombre du visage,
elles ne se supportaient plus », se rappelle-t-elle. Un phénomène
mondial qu’un médecin australien, le Dr Myles Holt, directeur
de l’Académie australasienne d’esthétique dento-faciale
(AADFA), a résumé sous le nom de «Zoom-face envy»: à force
de se voir à l’écran sous un jour peu flatteur, les gens se sont mis
à scruter leurs imperfections et à vouloir changer leur apparence.
Une réaction qui s’est traduite par une forte hausse de la
demande d’injections d’acide hyaluronique - pour combler
cernes et sillons - et de toxine botulique qui détend les muscles.
Et ce, même chez des personnes qui n’avaient jamais fait appel à
la médecine esthétique.
Le Dr Thierry Van Hemelryck, président de la Société française
des chirurgiens esthétiques plasticiens (Sofcep)(1), se montre tou-
tefois mesuré : ce surcroît d’intérêt pour les « injectables »
116 s’est surtout fait sentir à la sortie du premier confinement,
il est moins perceptible aujourd’hui. À cela s’est ajouté un rattra-
page mécanique : à la réouverture progressive des hôpitaux et
des cliniques aux soins esthétiques, les patientes habituelles ont
reprisrendez-vous. Il n’empêche qu’il le concède volontiers : si la
pression sur les soignant-es reste forte au niveau national et
freine donc certaines opérations, «on continue depercevoir une
augmentation globale dans les régions peu touchées». Une tendance
nette pour Thomas Colson, chirurgien esthétique à Pontoise,
dans le Val-d’Oise : «En 2020, en neuf mois d’activité, j’ai réalisé
autant d’opérations que l’année précédente. J’ai aussi vu mes délais
de consultation s’allonger deplusieurs mois. » Avec la généralisa-
tion des téléconsultations, il note que ses patient-es viennent
même de plus loin. Quant à l’agenda opératoire de la Dre Linda
Gomis, il est passé d’un mois et demi à trois mois.
EN DEHORS DU “ZOOM BOOM", D’AUTRES RAISONS EXPLIQUENT CET
engouement, à commencer par la plus grande disponibilité des
patientes. Isabelle, 43 ans, tient un salon de coiffure près de
Liège, en Belgique. Quand le reconfinement a démarré chez elle,
le 2 novembre, elle y a vu l’opportunité de se faire opérer : «En
tant qu’indépendante, je ne peux d’habitude jamais compter sur • • •
Tous droits de reproduction réservés
PAYS :France
PAGE(S) :116-119
SURFACE :371 %
PERIODICITE :Mensuel
JOURNALISTE :Géraldine Dormoy-T…
1 juin 2021 - N°825
ÉLODIE,
2012,
BRUNO
METRA
&
LAURENCE
JEANSON.
COURTESY
OF
BRUNO
METRA
&
LAURENCE
JEANSON.
Tous droits de reproduction réservés
PAYS :France
PAGE(S) :116-119
SURFACE :371 %
PERIODICITE :Mensuel
JOURNALISTE :Géraldine Dormoy-T…
1 juin 2021 - N°825
Ces images sont
extraites de la série
ID 1, un travail des
photographes
Laurence Jeanson
et Bruno Metra.
Troublants, parfois
même dérangeants,
leurs portraits
questionnent les
représentations des
corps, notamment
dans l’espace public
et les médias.
“Mon visage était marqué par tout ce que j’avais
vécu depuis un an. (...) Une injection d’acide
hyaluronique, ça n’est pas un lifting, juste un coup
déclat. Trois jours après, on me félicitait pour
ma bonne mine.” Delphine, gérante d'une agence immobilière
2012,
BRUNO
METRA
&
LAURENCE
JEANSON.
COURTESY
OF
BRUNO
METRA
&
LAURENCE
JEANSON.
Tous droits de reproduction réservés
PAYS :France
PAGE(S) :116-119
SURFACE :371 %
PERIODICITE :Mensuel
JOURNALISTE :Géraldine Dormoy-T…
1 juin 2021 - N°825
• • • plus d’une semaine de repos. Puisque je ne pouvais plus travailler,
j’ai décidé defaire remplacer ma prothèse mammaire. » L’opération
s’est si bien passée qu’elle estretournée voir sa chirurgienne en
janvier, cette fois pour une liposuccion : «Durant le premier confi-
nement, nous avons bien profité dujardin. J’étais plus relax, je ne tra-
vaillais plus, on afait beaucoup d’apéros... J’ai pris huit kilos.» Elle
a essayé de les perdre mais, lassée de faire le yoyo, a préféré
recourir à la chirurgie.
LÉA, 29 ANS, PARISIENNE, A ELLE AUSSI PRIS HUIT KILOS, dans Un
contexte différent : «Moi qui allais à la salle de sport trois à cinq
fois par semaine le midi au boulot, j’ai dû arrêter. Mon ventre est
devenu énorme. En septembre, je ne supportais plus de me voirdans
lemiroir. » Elle s’est fait opérer en novembre d’une liposuccion.
«Je me suis renseignée sur Internet pour trouver un chirurgien. Ça a
été très rapide. » Elle souffrait depuis longtemps d’un problème
de poids, ces kilos supplémentaires et la situation l’ont décidée :
«Faire cette opération pendant le télétravail a été très pratique. J’ai
posé quatrejours, puispassé ma convalescence chez moi.» Les suites
postopératoires facilitées par le travail à la maison reviennent
souvent dans les raisons invoquées, tout comme le port du
masque. Lucie, 33 ans, Lilloise, se félicite ainsi d’avoir pu
reprendre son travail de kinésithérapeute dix jours après sa
rhinoseptoplastie - correction d’une déviation de la cloison
nasale couplée à une rhinoplastie esthétique - «grâce au masque
qui cachait un nezencore trèsgonflé et quelques hématomes ».
La médecine esthétique a aussi joué un rôle de coup de pouce
face au choc de la pandémie. Delphine, 42 ans, gérante d’une
agence immobilière dans la périphérie parisienne, a perdu son
père du Covid-19 en mars 2020. Cheffe d’entreprise, elle a aussi
dû gérer l’incertitude économique et le stress de ses collabora-
teur-rices. «En janvier, j’en ai eu assez que l’on me dise quej’avais
l’air fatigué, raconte-t-elle. Mon visage était marqué par tout ceque
j’avais vécu depuis un an. Je suis allée voir mon dermato. Une injec-
tion d’acide hyaluronique, ça n’est pas un lifting, juste un coup
d’éclat. Trois jours après, on me félicitait pour ma bonne mine!»
AUTANT D’ACTES FACILITÉS PAR LA RÉORGANISATION DU BUDGET. «En
temps normal, les soinsesthétiques ne sont pas perçus comme priori-
taires, rappelle le Dr Thierry Van Hemelryds. Mais aujourd’hui,
avec lafermeture des restaurants, la limitation des loisirs et des
voyages, les gens cherchent à sefaire plaisir avec ce qui reste auto-
risé.» Ils veulent aussi se faire du bien: «Durant le premier confi-
nement, beaucoup ontprofité du temps qu’ils avaient pour cuisiner,
se renseigner sur des tut os beauté ou lifestyle, note Oren Marco,
chirurgien plasticien dans le 1er arrondissement de Paris. La
chirurgie et la médecine esthétiques fontpartie de cet écosystème. »
Avec le second confinement, plus anxiogène, le besoin de
prendre soin de soi est monté d’un cran. Des patientes sont
venues le voir pour atténuer cernes et poches. Au-delà de l’as-
pect esthétique, il y voit une forme de lutte : « On chercheà ne pas
s’avouer vaincu par le contexte. » Un constat que partage Isabelle
Sansonetti, journaliste beauté auteure de J’y vais,j’y vais pas?®,
guide pratique des techniques de médecine et de chirurgie esthé-
tiques: «S’occuper de soi dans un contexte où tout nous échappe,
c’est un moyen de reprendre le contrôle de sa vie. »
Cet emballement sera-t-il durable? Lorsque le Covid sera der-
rière nous, les chirurgiens esthétiques ne seraient pas étonnés
que leur profession marque momentanément le pas. «Lesgens
auront plus envie de sortir et de partir en vacances que d’aller à
l’hôpital», suppose le Dr Thomas Colson. Pourtant, les chiffres
officiels de la Société internationale de chirurgie esthétique et
plastique (Isaps) montrent une augmentation du nombre
d’actes, tant en chirurgie (+ 7,1% en 2019) qu’en médecine
(+ 7,6%) esthétique. La Dre Linda Gomis en est convaincue : les
mentalités françaises évoluent, la pandémie n’a fait qu’accélérer
le mouvement. «On avoue plus facilement un “coup defrais”, le
sujet est moins tabou», relève-t-elle. L’impact des réseaux
sociaux, devenus omniprésents depuis les confinements, n’est
pas pour rien dans ce changement. «À force d’y voir desgens
sublimes, certains développent uneforme d’envie», remarque le
Dr Thomas Colson. Il estime à 15 % la part de patientes qui,
venues pour une augmentation mammaire, lui donnent pour
modèle des photos vues sur Instagram. Les médecins interrogés
observent d’ailleurs un rajeunissementde leur patientèle. Faut-il
pour autant y voir une banalisation de la chirurgie esthétique ?
Isabelle Sansonetti n’y croit pas. « Changer son apparence n’est
jamais anodin, prévient-elle. Il s’agit d’un acte lourd et contrai-
gnant, avec des risques de complications ou de déception quant au
résultat. Pour être satisfaite, ilfaut yallerau bon moment pour soi,
sans être bousculée. » Même par temps de pandémie, une opéra-
tion ne se décidepas sur un coup de tête. •
1. chirurgiens-esthetiques-plasticiens.com
2. Éd. JC Lattès.
“S’occuper de soi
dans un contexte
où tout nous échappe,
c’est un moyen
de reprendre le
contrôle de sa vie.”
Isabelle Sansonetti, âuteurë/® 119
Tous droits de reproduction réservés
PAYS :France
PAGE(S) :116-119
SURFACE :371 %
PERIODICITE :Mensuel
JOURNALISTE :Géraldine Dormoy-T…
1 juin 2021 - N°825

Contenu connexe

Similaire à 2021 06-01-marie claire sofcep

Dossier de presse SOFCEP Toulouse_Invitation conférence de presse SOFCEP 2022...
Dossier de presse SOFCEP Toulouse_Invitation conférence de presse SOFCEP 2022...Dossier de presse SOFCEP Toulouse_Invitation conférence de presse SOFCEP 2022...
Dossier de presse SOFCEP Toulouse_Invitation conférence de presse SOFCEP 2022...
pbcom1998
 
Douleur douleur et aspects medico legaux
Douleur douleur et aspects medico legauxDouleur douleur et aspects medico legaux
Douleur douleur et aspects medico legaux
drmouheb
 
"2021 06-01-ca m"'int%c3%a9resse%20 sofcep
"2021 06-01-ca m"'int%c3%a9resse%20 sofcep"2021 06-01-ca m"'int%c3%a9resse%20 sofcep
"2021 06-01-ca m"'int%c3%a9resse%20 sofcep
pbcom1998
 

Similaire à 2021 06-01-marie claire sofcep (20)

DP_SNCPRE_ Janv2022-VFinale_Light.pdf
DP_SNCPRE_ Janv2022-VFinale_Light.pdfDP_SNCPRE_ Janv2022-VFinale_Light.pdf
DP_SNCPRE_ Janv2022-VFinale_Light.pdf
 
Dossier de presse SOFCEP Toulouse_Invitation conférence de presse SOFCEP 2022...
Dossier de presse SOFCEP Toulouse_Invitation conférence de presse SOFCEP 2022...Dossier de presse SOFCEP Toulouse_Invitation conférence de presse SOFCEP 2022...
Dossier de presse SOFCEP Toulouse_Invitation conférence de presse SOFCEP 2022...
 
Tourisme esthetique en Tunisie et dans le monde
Tourisme esthetique en Tunisie et dans le mondeTourisme esthetique en Tunisie et dans le monde
Tourisme esthetique en Tunisie et dans le monde
 
Retour sur le congrès les rencontres de l'isnih.
Retour sur le congrès les rencontres de l'isnih.Retour sur le congrès les rencontres de l'isnih.
Retour sur le congrès les rencontres de l'isnih.
 
Douleur douleur et aspects medico legaux
Douleur douleur et aspects medico legauxDouleur douleur et aspects medico legaux
Douleur douleur et aspects medico legaux
 
Dp conf de presse c2_ds-09_10_2020
Dp conf de presse c2_ds-09_10_2020Dp conf de presse c2_ds-09_10_2020
Dp conf de presse c2_ds-09_10_2020
 
Communiqué de Presse IMCAS - PB Communication - Janvier 2008
Communiqué de Presse IMCAS - PB Communication - Janvier 2008Communiqué de Presse IMCAS - PB Communication - Janvier 2008
Communiqué de Presse IMCAS - PB Communication - Janvier 2008
 
La santé numérique, la médecine 4P et les assurances
La santé numérique,  la médecine 4P  et les assurancesLa santé numérique,  la médecine 4P  et les assurances
La santé numérique, la médecine 4P et les assurances
 
Etat des lieux sur les objets connectés
Etat des lieux sur les objets connectésEtat des lieux sur les objets connectés
Etat des lieux sur les objets connectés
 
"2021 06-01-ca m"'int%c3%a9resse%20 sofcep
"2021 06-01-ca m"'int%c3%a9resse%20 sofcep"2021 06-01-ca m"'int%c3%a9resse%20 sofcep
"2021 06-01-ca m"'int%c3%a9resse%20 sofcep
 
Lucine - Anti-douleur
Lucine - Anti-douleurLucine - Anti-douleur
Lucine - Anti-douleur
 
Dossier presse sofcep mars2020
Dossier presse sofcep mars2020Dossier presse sofcep mars2020
Dossier presse sofcep mars2020
 
medecine et chirurgie esthétique les dérives.ppt
medecine et chirurgie esthétique  les dérives.pptmedecine et chirurgie esthétique  les dérives.ppt
medecine et chirurgie esthétique les dérives.ppt
 
medecine et et chirugie esthétique lesderives.ppt
medecine et  et chirugie esthétique  lesderives.pptmedecine et  et chirugie esthétique  lesderives.ppt
medecine et et chirugie esthétique lesderives.ppt
 
La lettre 145 - Les français et leur chirurgien dentiste
La lettre 145 - Les français et leur chirurgien dentisteLa lettre 145 - Les français et leur chirurgien dentiste
La lettre 145 - Les français et leur chirurgien dentiste
 
Dossier press imcas
Dossier press imcasDossier press imcas
Dossier press imcas
 
Union dentaire : reste à charge zéro et tiers payant généralisé
Union dentaire : reste à charge zéro et tiers payant généraliséUnion dentaire : reste à charge zéro et tiers payant généralisé
Union dentaire : reste à charge zéro et tiers payant généralisé
 
Le programme du Festival de la Communication Sante 2017
Le programme du Festival de la Communication Sante 2017Le programme du Festival de la Communication Sante 2017
Le programme du Festival de la Communication Sante 2017
 
Cancer au travail
Cancer au travailCancer au travail
Cancer au travail
 
Fiche synthèse santé : nos premières propositions | Emmanuel Macron
Fiche synthèse santé : nos premières propositions | Emmanuel MacronFiche synthèse santé : nos premières propositions | Emmanuel Macron
Fiche synthèse santé : nos premières propositions | Emmanuel Macron
 

Plus de pbcom1998

Dossier de Presse IMCAS 2022.pdf
Dossier de Presse IMCAS 2022.pdfDossier de Presse IMCAS 2022.pdf
Dossier de Presse IMCAS 2022.pdf
pbcom1998
 
2021-10-01-Coté santé Hairstetics.pdf
2021-10-01-Coté santé Hairstetics.pdf2021-10-01-Coté santé Hairstetics.pdf
2021-10-01-Coté santé Hairstetics.pdf
pbcom1998
 
DOSSIER PRESSE Deleo_Fev2022.pdf
DOSSIER PRESSE Deleo_Fev2022.pdfDOSSIER PRESSE Deleo_Fev2022.pdf
DOSSIER PRESSE Deleo_Fev2022.pdf
pbcom1998
 
2022-09-02-AFP.pdf
2022-09-02-AFP.pdf2022-09-02-AFP.pdf
2022-09-02-AFP.pdf
pbcom1998
 
2022-21-01-Le Quotidien du Meìdecin.pdf
2022-21-01-Le Quotidien du Meìdecin.pdf2022-21-01-Le Quotidien du Meìdecin.pdf
2022-21-01-Le Quotidien du Meìdecin.pdf
pbcom1998
 

Plus de pbcom1998 (20)

DP Chirurgie transgenre-Academie Nationale Chirurgie - 19-04-2023
DP Chirurgie transgenre-Academie Nationale Chirurgie -  19-04-2023DP Chirurgie transgenre-Academie Nationale Chirurgie -  19-04-2023
DP Chirurgie transgenre-Academie Nationale Chirurgie - 19-04-2023
 
CP Examen Clinique- Académie nationale de Chirurgie - 20 Mars 2023
CP Examen Clinique- Académie nationale de Chirurgie - 20 Mars 2023CP Examen Clinique- Académie nationale de Chirurgie - 20 Mars 2023
CP Examen Clinique- Académie nationale de Chirurgie - 20 Mars 2023
 
DP CANCER DU PANCREAS- Académie Nationale de Chirurgie- 17 février 2023
DP CANCER DU PANCREAS-  Académie Nationale de Chirurgie-  17 février 2023DP CANCER DU PANCREAS-  Académie Nationale de Chirurgie-  17 février 2023
DP CANCER DU PANCREAS- Académie Nationale de Chirurgie- 17 février 2023
 
DP- Académie Nationale de Chirurgie_11 janvier 2023
DP- Académie Nationale de Chirurgie_11 janvier 2023 DP- Académie Nationale de Chirurgie_11 janvier 2023
DP- Académie Nationale de Chirurgie_11 janvier 2023
 
CP-Partenariat Académie Nationale de Chirurgie et Invivox - Janvier 2023
CP-Partenariat Académie Nationale de Chirurgie et Invivox - Janvier 2023CP-Partenariat Académie Nationale de Chirurgie et Invivox - Janvier 2023
CP-Partenariat Académie Nationale de Chirurgie et Invivox - Janvier 2023
 
CP- Académie Nationale de Chirurgie-28 novembre 2022
CP- Académie Nationale de Chirurgie-28 novembre 2022CP- Académie Nationale de Chirurgie-28 novembre 2022
CP- Académie Nationale de Chirurgie-28 novembre 2022
 
DP Lasers et ophtalmologie - Académie Nationale de Chirurgie-19 octobre 2022
DP Lasers et ophtalmologie - Académie Nationale de Chirurgie-19 octobre 2022DP Lasers et ophtalmologie - Académie Nationale de Chirurgie-19 octobre 2022
DP Lasers et ophtalmologie - Académie Nationale de Chirurgie-19 octobre 2022
 
Dossier de Presse IMCAS 2022.pdf
Dossier de Presse IMCAS 2022.pdfDossier de Presse IMCAS 2022.pdf
Dossier de Presse IMCAS 2022.pdf
 
Dossier de presse_Label THQSE.pdf
Dossier de presse_Label THQSE.pdfDossier de presse_Label THQSE.pdf
Dossier de presse_Label THQSE.pdf
 
Dossier de Presse IMCAS 2022.pdf
Dossier de Presse IMCAS 2022.pdfDossier de Presse IMCAS 2022.pdf
Dossier de Presse IMCAS 2022.pdf
 
2022-02-01-Côté Santé.pdf
2022-02-01-Côté Santé.pdf2022-02-01-Côté Santé.pdf
2022-02-01-Côté Santé.pdf
 
2021-12-06-Europe 1.pdf
2021-12-06-Europe 1.pdf2021-12-06-Europe 1.pdf
2021-12-06-Europe 1.pdf
 
2021-10-01-Coté santé Hairstetics.pdf
2021-10-01-Coté santé Hairstetics.pdf2021-10-01-Coté santé Hairstetics.pdf
2021-10-01-Coté santé Hairstetics.pdf
 
2022-01-01-Intima.pdf
2022-01-01-Intima.pdf2022-01-01-Intima.pdf
2022-01-01-Intima.pdf
 
PRESS BOOK EMBODY.pdf
PRESS BOOK EMBODY.pdfPRESS BOOK EMBODY.pdf
PRESS BOOK EMBODY.pdf
 
DOSSIER PRESSE Deleo_Fev2022.pdf
DOSSIER PRESSE Deleo_Fev2022.pdfDOSSIER PRESSE Deleo_Fev2022.pdf
DOSSIER PRESSE Deleo_Fev2022.pdf
 
2022-09-02-AFP.pdf
2022-09-02-AFP.pdf2022-09-02-AFP.pdf
2022-09-02-AFP.pdf
 
2022-21-01-Le Quotidien du Meìdecin.pdf
2022-21-01-Le Quotidien du Meìdecin.pdf2022-21-01-Le Quotidien du Meìdecin.pdf
2022-21-01-Le Quotidien du Meìdecin.pdf
 
2022-07-01-RelaxNews.pdf
2022-07-01-RelaxNews.pdf2022-07-01-RelaxNews.pdf
2022-07-01-RelaxNews.pdf
 
2022-01-12-POINT DE VUE.pdf
2022-01-12-POINT DE VUE.pdf2022-01-12-POINT DE VUE.pdf
2022-01-12-POINT DE VUE.pdf
 

2021 06-01-marie claire sofcep

  • 1. MÉDECINE ESTHÉTIQUE Eannée du déclic ? Injections, prothèses, rhinoplasties, liposuccions... Les actes et les consultations en médecine et chirurgie esthétique connaissent une forte hausse depuis un an. La pandémie a-t-elle changé notre rapport à notre corps et comment? Enquête. Par Géraldine Dormoy-Tungate “DOCTEUR, IL FAUT FAIRE QUELQUE CHOSE, JE NE PEUX PLUS ME VOIR!” En mai 2020, dès les premiers jours du déconfinement, Linda Gomis, chirurgienne esthétique en Occitanie, a vu affluer dans son cabinet des patientes paniquées à la vue de leur tête... sur Zoom. «Elles venaient dépasser deux mois en télétravail, face à la caméra de leur ordinateur qui accentue les lignes d’ombre du visage, elles ne se supportaient plus », se rappelle-t-elle. Un phénomène mondial qu’un médecin australien, le Dr Myles Holt, directeur de l’Académie australasienne d’esthétique dento-faciale (AADFA), a résumé sous le nom de «Zoom-face envy»: à force de se voir à l’écran sous un jour peu flatteur, les gens se sont mis à scruter leurs imperfections et à vouloir changer leur apparence. Une réaction qui s’est traduite par une forte hausse de la demande d’injections d’acide hyaluronique - pour combler cernes et sillons - et de toxine botulique qui détend les muscles. Et ce, même chez des personnes qui n’avaient jamais fait appel à la médecine esthétique. Le Dr Thierry Van Hemelryck, président de la Société française des chirurgiens esthétiques plasticiens (Sofcep)(1), se montre tou- tefois mesuré : ce surcroît d’intérêt pour les « injectables » 116 s’est surtout fait sentir à la sortie du premier confinement, il est moins perceptible aujourd’hui. À cela s’est ajouté un rattra- page mécanique : à la réouverture progressive des hôpitaux et des cliniques aux soins esthétiques, les patientes habituelles ont reprisrendez-vous. Il n’empêche qu’il le concède volontiers : si la pression sur les soignant-es reste forte au niveau national et freine donc certaines opérations, «on continue depercevoir une augmentation globale dans les régions peu touchées». Une tendance nette pour Thomas Colson, chirurgien esthétique à Pontoise, dans le Val-d’Oise : «En 2020, en neuf mois d’activité, j’ai réalisé autant d’opérations que l’année précédente. J’ai aussi vu mes délais de consultation s’allonger deplusieurs mois. » Avec la généralisa- tion des téléconsultations, il note que ses patient-es viennent même de plus loin. Quant à l’agenda opératoire de la Dre Linda Gomis, il est passé d’un mois et demi à trois mois. EN DEHORS DU “ZOOM BOOM", D’AUTRES RAISONS EXPLIQUENT CET engouement, à commencer par la plus grande disponibilité des patientes. Isabelle, 43 ans, tient un salon de coiffure près de Liège, en Belgique. Quand le reconfinement a démarré chez elle, le 2 novembre, elle y a vu l’opportunité de se faire opérer : «En tant qu’indépendante, je ne peux d’habitude jamais compter sur • • • Tous droits de reproduction réservés PAYS :France PAGE(S) :116-119 SURFACE :371 % PERIODICITE :Mensuel JOURNALISTE :Géraldine Dormoy-T… 1 juin 2021 - N°825
  • 2. ÉLODIE, 2012, BRUNO METRA & LAURENCE JEANSON. COURTESY OF BRUNO METRA & LAURENCE JEANSON. Tous droits de reproduction réservés PAYS :France PAGE(S) :116-119 SURFACE :371 % PERIODICITE :Mensuel JOURNALISTE :Géraldine Dormoy-T… 1 juin 2021 - N°825
  • 3. Ces images sont extraites de la série ID 1, un travail des photographes Laurence Jeanson et Bruno Metra. Troublants, parfois même dérangeants, leurs portraits questionnent les représentations des corps, notamment dans l’espace public et les médias. “Mon visage était marqué par tout ce que j’avais vécu depuis un an. (...) Une injection d’acide hyaluronique, ça n’est pas un lifting, juste un coup déclat. Trois jours après, on me félicitait pour ma bonne mine.” Delphine, gérante d'une agence immobilière 2012, BRUNO METRA & LAURENCE JEANSON. COURTESY OF BRUNO METRA & LAURENCE JEANSON. Tous droits de reproduction réservés PAYS :France PAGE(S) :116-119 SURFACE :371 % PERIODICITE :Mensuel JOURNALISTE :Géraldine Dormoy-T… 1 juin 2021 - N°825
  • 4. • • • plus d’une semaine de repos. Puisque je ne pouvais plus travailler, j’ai décidé defaire remplacer ma prothèse mammaire. » L’opération s’est si bien passée qu’elle estretournée voir sa chirurgienne en janvier, cette fois pour une liposuccion : «Durant le premier confi- nement, nous avons bien profité dujardin. J’étais plus relax, je ne tra- vaillais plus, on afait beaucoup d’apéros... J’ai pris huit kilos.» Elle a essayé de les perdre mais, lassée de faire le yoyo, a préféré recourir à la chirurgie. LÉA, 29 ANS, PARISIENNE, A ELLE AUSSI PRIS HUIT KILOS, dans Un contexte différent : «Moi qui allais à la salle de sport trois à cinq fois par semaine le midi au boulot, j’ai dû arrêter. Mon ventre est devenu énorme. En septembre, je ne supportais plus de me voirdans lemiroir. » Elle s’est fait opérer en novembre d’une liposuccion. «Je me suis renseignée sur Internet pour trouver un chirurgien. Ça a été très rapide. » Elle souffrait depuis longtemps d’un problème de poids, ces kilos supplémentaires et la situation l’ont décidée : «Faire cette opération pendant le télétravail a été très pratique. J’ai posé quatrejours, puispassé ma convalescence chez moi.» Les suites postopératoires facilitées par le travail à la maison reviennent souvent dans les raisons invoquées, tout comme le port du masque. Lucie, 33 ans, Lilloise, se félicite ainsi d’avoir pu reprendre son travail de kinésithérapeute dix jours après sa rhinoseptoplastie - correction d’une déviation de la cloison nasale couplée à une rhinoplastie esthétique - «grâce au masque qui cachait un nezencore trèsgonflé et quelques hématomes ». La médecine esthétique a aussi joué un rôle de coup de pouce face au choc de la pandémie. Delphine, 42 ans, gérante d’une agence immobilière dans la périphérie parisienne, a perdu son père du Covid-19 en mars 2020. Cheffe d’entreprise, elle a aussi dû gérer l’incertitude économique et le stress de ses collabora- teur-rices. «En janvier, j’en ai eu assez que l’on me dise quej’avais l’air fatigué, raconte-t-elle. Mon visage était marqué par tout ceque j’avais vécu depuis un an. Je suis allée voir mon dermato. Une injec- tion d’acide hyaluronique, ça n’est pas un lifting, juste un coup d’éclat. Trois jours après, on me félicitait pour ma bonne mine!» AUTANT D’ACTES FACILITÉS PAR LA RÉORGANISATION DU BUDGET. «En temps normal, les soinsesthétiques ne sont pas perçus comme priori- taires, rappelle le Dr Thierry Van Hemelryds. Mais aujourd’hui, avec lafermeture des restaurants, la limitation des loisirs et des voyages, les gens cherchent à sefaire plaisir avec ce qui reste auto- risé.» Ils veulent aussi se faire du bien: «Durant le premier confi- nement, beaucoup ontprofité du temps qu’ils avaient pour cuisiner, se renseigner sur des tut os beauté ou lifestyle, note Oren Marco, chirurgien plasticien dans le 1er arrondissement de Paris. La chirurgie et la médecine esthétiques fontpartie de cet écosystème. » Avec le second confinement, plus anxiogène, le besoin de prendre soin de soi est monté d’un cran. Des patientes sont venues le voir pour atténuer cernes et poches. Au-delà de l’as- pect esthétique, il y voit une forme de lutte : « On chercheà ne pas s’avouer vaincu par le contexte. » Un constat que partage Isabelle Sansonetti, journaliste beauté auteure de J’y vais,j’y vais pas?®, guide pratique des techniques de médecine et de chirurgie esthé- tiques: «S’occuper de soi dans un contexte où tout nous échappe, c’est un moyen de reprendre le contrôle de sa vie. » Cet emballement sera-t-il durable? Lorsque le Covid sera der- rière nous, les chirurgiens esthétiques ne seraient pas étonnés que leur profession marque momentanément le pas. «Lesgens auront plus envie de sortir et de partir en vacances que d’aller à l’hôpital», suppose le Dr Thomas Colson. Pourtant, les chiffres officiels de la Société internationale de chirurgie esthétique et plastique (Isaps) montrent une augmentation du nombre d’actes, tant en chirurgie (+ 7,1% en 2019) qu’en médecine (+ 7,6%) esthétique. La Dre Linda Gomis en est convaincue : les mentalités françaises évoluent, la pandémie n’a fait qu’accélérer le mouvement. «On avoue plus facilement un “coup defrais”, le sujet est moins tabou», relève-t-elle. L’impact des réseaux sociaux, devenus omniprésents depuis les confinements, n’est pas pour rien dans ce changement. «À force d’y voir desgens sublimes, certains développent uneforme d’envie», remarque le Dr Thomas Colson. Il estime à 15 % la part de patientes qui, venues pour une augmentation mammaire, lui donnent pour modèle des photos vues sur Instagram. Les médecins interrogés observent d’ailleurs un rajeunissementde leur patientèle. Faut-il pour autant y voir une banalisation de la chirurgie esthétique ? Isabelle Sansonetti n’y croit pas. « Changer son apparence n’est jamais anodin, prévient-elle. Il s’agit d’un acte lourd et contrai- gnant, avec des risques de complications ou de déception quant au résultat. Pour être satisfaite, ilfaut yallerau bon moment pour soi, sans être bousculée. » Même par temps de pandémie, une opéra- tion ne se décidepas sur un coup de tête. • 1. chirurgiens-esthetiques-plasticiens.com 2. Éd. JC Lattès. “S’occuper de soi dans un contexte où tout nous échappe, c’est un moyen de reprendre le contrôle de sa vie.” Isabelle Sansonetti, âuteurë/® 119 Tous droits de reproduction réservés PAYS :France PAGE(S) :116-119 SURFACE :371 % PERIODICITE :Mensuel JOURNALISTE :Géraldine Dormoy-T… 1 juin 2021 - N°825