SlideShare une entreprise Scribd logo
THEME INTRODUCTIF
LE RAPPORT DES SOCIETES A LEUR PASSE
Question :
Les mémoires : lecture historique
Etude de cas :
L’historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France
Introduction :
L’historien est un scientifique (sciences humaines) qui étudie le passé et écrit le passé en respectant des
méthodes propres à son métier (analyse critique des sources). A partir de sources diverses, l’historien
produit une interprétation des évènements la plus objective possible.
La mémoire est un rapport plus subjectif au passé, d’un individu ou d’un groupe d’individus, qui procède
par une sélection d’évènements. La mémoire résulte d’un rapport affectif ou douloureux au passé.
Histoire et mémoires peuvent donc se rencontrer, se compléter (historien au regard distancié/témoin
ayant vécu un évènement) mais aussi s’opposer voire même se confronter (notions clés p 20), notamment
au sujet de périodes sensibles dont les témoins sont toujours vivants (guerre d’Algérie, Seconde Guerre
mondiale, Shoah…)
Aujourd’hui, la question des mémoires devient un sujet d’étude pour les historiens (faire l’histoire des
mémoires).
La Seconde Guerre mondiale, dont le souvenir douloureux continue d’affecter et de diviser la population
française, est particulièrement concernée par la concurrence des mémoires qui s’exprime à l’occasion de
polémiques au cours desquelles les historiens se posent en arbitre. Ces derniers doivent mettre à distance
le rapport affectif des mémoires et corriger les tentatives de réécriture de l’histoire en fonction des
intérêts de chacun.
Comment les mémoires de la Seconde Guerre mondiale ont-elles évolué depuis 1945 et quel
regard les historiens portent-ils sur celles-ci ?
I. La mémoire résistante (1944-années 1970).
1) Le « mythe résistancialiste » (cf Henry Rousso)
En 1945, les Français sont profondément divisés. Après la défaite de 1940, le maréchal Pétain collabore
avec l’occupant nazi et met en place le régime de Vichy. La plupart des Français subissent l’occupation
(zone libre occupée en novembre 1942), tandis que d’autres collaborent activement (environ 55 000) ou
entrent dans la Résistance (environ 200 000).
A la Libération, une période d’épuration commence :
- Spontanée et sauvage dans un 1re
temps (doc 1 p 24) : il s’agit d’aller débusquer les « collabos » =>
exécutions sommaires et publique, tontes de femmes accusées de relations avec des Allemands…
- Légale ensuite avec les procès des collaborateurs (Pétain condamné à mort puis amnistié, Pierre
Laval exécuté en 1945…)
Afin de réconcilier les Français, le général de Gaulle choisit de faire de Vichy et de la collaboration une
parenthèse. L’idée est de montrer que la République et l’unité nationale sont restaurées, notamment vis-
à-vis des Alliés, dans la perspective de redonner à la France son rang d’avant-guerre (doc 4 p 25).
Des lois d’amnistie sont votées en 1946, 47, 51 et 53 (doc 2 p 24).
Les communistes (PCF 1er
parti de France en 1945) entretiennent également ce mythe résistancialiste en
passant sous silence le pacte germano-soviétique signé en 1939 entre l’URSS et l’Allemagne nazie (doc 3 p
25).
2) La politisation des mémoires
Le général de Gaulle valorise une France majoritairement résistante et combattante. Les crimes de Vichy
et des collaborateurs sont tus (en particulier la participation de l’administration française à la déportation
des Juifs de France). Construction d’une mémoire officielle en 1958 (retour de De Gaulle) qui exalte une
France unie dans le combat contre le nazisme (par opposition aux difficultés rencontrées en pleine guerre
d’Algérie). On transfère les cendres de Jean Moulin au Panthéon en 1964 (doc 4 p 25), on crée le concours
national de la Résistance…
L’historien Henry Rousso parle de « mythe résistancialiste » et de « Syndrome de Vichy » pour évoquer les
difficultés de la société française à aborder objectivement la question de l’Occupation et de la
collaboration (doc 1 p 28).
Avec le début de la guerre froide, les communistes se démarquent de la mémoire gaulliste unificatrice en
affirmant être le parti des « 75 000 fusillés » (chiffe exagéré) et avoir joué un rôle central dans la
Résistance.
Certains historiens, comme Robert Aron (cf doc 5 p 25), cherchent à réhabiliter le maréchal Pétain en
affirmant qu’il a mené un double-jeu vis-à-vis des Allemands pour protéger les Français (doc 5 p 25). Dans
son Histoire de Vichy, qui sera un ouvrage de référence jusqu’aux années 70, il défend la « thèse du glaive
et du bouclier » (De Gaulle étant le glaive devant amener la Libération et Pétain le bouclier qui cherchait à
protéger les Français).
3) Les mémoires oubliées
La nécessité de la réconciliation et l’héroïsation de la mémoire résistance par la mémoire gaulliste
officielle marginalise d’autres mémoires qui choisissent souvent le silence faute d’être entendues :
- Juifs et tziganes : les témoignages des rescapés ne suscitent pas beaucoup d’attention (doc 1 p 22
et 5 p 23). Peu d’intérêt pour la compréhension du système concentrationnaire nazi et la spécificité
des centres de mise à mort (ex : le film Nuit et brouillard d’Alain Resnais en 1956 ne fait pas la
distinction entre les camps et n’insiste pas sur le caractère « racial » de la déportation ; le mot
« juif » n’est prononcé qu’une fois. Le film est d’ailleurs censuré pour estomper la responsabilité de
l’Etat français)
- Soldats vaincus en 1940/prisonniers de guerre
- Réquisitionnés du STO (Service du travail obligatoire)
- « Malgré-nous » (Alsaciens et mosellans incorporés de force dans l’armée allemande)
II. La mémoire face à l’Histoire
1) Le régime de Vichy et la collaboration.
La fin des années 60/début des années 70 est favorable à un réexamen critique de la période : déclin du
gaullisme et du PCF (donc de l’héroïsation de la Résistance), influence de l’esprit contestataire de mai 68,
arrivée à l’âge adulte des générations d’après-guerre (les acteurs de la période ne mobilisent plus la
parole).
1969 : Documentaire Le chagrin et la pitié de Marcel Ophüls montre la vie à Clermont-Ferrand sous
l’Occupation. On y voit des Français fortement pétainistes surtout occupés à pallier les manques du
quotidien. Il montre que les Résistants étaient très minoritaires => remise en cause du mythe
résistancialiste. Malgré son succès en salles, le film est interdit de diffusion à la télévision jusqu’en 1981.
En 1973, l’historien américain Robert Paxton publie La France de Vichy (doc 6 p 26). C’est un livre majeur
qui renouvelle radicalement l’historiographie (Etude de la façon dont les historiens « fabriquent »
l’histoire : dans quel contexte, avec quelles méthodes, dans quel but…) de la Seconde Guerre mondiale et
notamment la vision du régime de Vichy en mettant à jour l’importance de la collaboration et les liens
étroits entre le régime du maréchal Pétain et l’Allemagne nazie. La « thèse du glaive et du bouclier » ne
tient plus… Robert Paxton interroge la responsabilité collective des Français dans la collaboration. Les
Français n’ont pas été nombreux à résister…
2) L’émergence de la mémoire de la Shoah
En 1961, le procès d’Adolf Eichmann (responsable SS de la Solution finale) en Israël libère la parole des
survivants de la Shoah qui s’érigent en groupes mémoriels (doc 2 p 29).
Dans les années 70, le développement du négationnisme (Darquier de Pellepoix déclare en 1978 « à
Auschwitz on a gazé les poux ») encourage les témoignages et le travail de mémoire sur la Shoah.
En 1985 sort le film Shoah de Claude Lanzmann (près de 10h de film) constitué de témoignages de
rescapés et de bourreaux. Le film a un impact considérable tant il permet de comprendre le
fonctionnement de la déportation et de la mise à mort des Juifs d’Europe (doc 2 p 22).
Plusieurs procès médiatisés permettent à la mémoire de la Shoah de s’affirmer, notamment celui de Klaus
Barbie en 1987 (docs 1 p 21 et 7 p 26), chef de la Gestapo de Lyon et tortionnaire de Jean Moulin,
condamné pour crimes contre l’humanité.
3) Procès et polémiques
L’action de Serge Klarsfeld conduit à d’autres procès pour crimes contre l’humanité impliquant cette fois-ci
des responsables français.
- Procès Paul Touvier (1994) => doc 1 p 21
- Maurice Papon (1997-1998)
Des historiens (Robert Paxton, René Rémond, François Bedarida…) participent à ces procès en tant
qu’« experts », ce qui provoque un débat dans la profession.
Par ailleurs, en 1994 parait Une jeunesse française du journaliste Pierre Péan qui révèle le passé vichyste
du président François Mitterrand (fonctionnaire décoré de la francisque) et ses relations tardives avec
René Bousquet (secrétaire général de la police de Vichy et organisateur de la rafle du Vel’d’Hiv).
Par ailleurs, on apprend qu’il continue à fleurir tous les ans la tombe du maréchal Pétain…
III. Depuis 1990, le temps du « devoir de mémoire »
1) L’historien et les lois mémorielles
« Devoir de mémoire » : expression dérivée de « Lieux de mémoire » (Pierre Nora).
Depuis le début des années 90, le Parlement a voté un certain nombre de lois mémorielles (loi Gayssot en
1990, loi Taubira sur l’esclavage…)
La loi Gayssot (1990) sanctionne toute expression du négationnisme et contestation de crimes contre
l’humanité => condamnation de l’historien négationniste Robert Faurisson en 1991…
La multiplication des lois mémorielles engendre une inquiétude et un débat chez les historiens qui
évoquent le danger qu’elles aboutissent à l’établissement d’une histoire officielle dictée par le politique.
En 2005, suite à un projet de loi portant sur « la reconnaissance des aspects positifs de la colonisation », un
grand nombre des plus grands historiens français, à l’initiative de Pierre Nora, signent une pétition
« Liberté pour l’Histoire » dans laquelle ils dénoncent que « dans un Etat libre, il n’appartient ni au
Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique ». Ce que dénoncent les historiens, c’est le
danger d’une instrumentalisation de l’histoire par le politique en fonction de ses intérêts présents.
2) La responsabilité de l’Etat
Alors que François Mitterrand n’avait jamais accepté que la France fasse acte de repentance à propos des
crimes de Vichy (« La France n’est pas responsable. La France n’a pas d’excuses à donner, ni la République.
A aucun moment je ne l’accepterai », 10 oct 1994), le président Jacques Chirac reconnait officiellement en
1995 la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs. (doc 8 p 26)
 Rupture avec la mémoire officielle depuis De Gaulle qui faisait de Vichy une parenthèse. La France
est collectivement responsable.
 La mémoire de la Shoah est incluse dans la mémoire officielle : Les Justes sont honorés au
Panthéon, indemnisation des familles juives spoliées, inauguration du Mémorial de la Shoah à Paris
(2005)
3) Un devoir de mémoire apaisé ?
Responsabilité de l’Etat français n’est pas remise en cause par les présidents Sarkozy et Hollande.
Expression « Devoir de mémoire » s’est imposée, notamment avec l’institution de Journées de
commémoration (journée nationale de la Résistance à partir de 2013, doc 10 p 27).
De nouvelles mémoires, oubliées ou « honteuses » continuent d’émerger en revendiquant un statut de
victimes :
 Le génocide perpétré contre les Tziganes (doc 5 p 23) a été longtemps oublié en raison de la
marginalisation subie par ce peuple jusqu’à aujourd’hui. Les Tziganes n’ont toujours pas de journée
de commémoration…
 Les « Malgré-Nous » ont dû attendre 2010 pour être officiellement reconnus comme victimes du
nazisme.
 Enfants « nés de l’ennemi » (de couples franco-allemands pendant la guerre).
Cependant, le devoir de mémoire est toujours porteur de tensions et de polémiques : en 2007, le président
Sarkozy est accusé par le Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire d’instrumentaliser
l’histoire en demandant que soit lue dans les lycées la dernière lettre du résistant communiste Guy
Môquet.
Conclusion :
L’histoire et la mémoire obéissent à des objectifs différents. Les crispations mémorielles autour de la
Seconde Guerre mondiale sont encore très nombreuses, bien qu’en cours d’apaisement en raison de la
disparition des témoins directs.
La reconnaissance de l’Etat français de son rôle durant la Seconde Guerre mondiale ouvre la possibilité
d’inclure de multiples mémoires dans la mémoire officielle (Shoah, Tziganes…)
Cependant, cette quête de reconnaissance par des groupes mémoriels ayant une vision des évènements et
des objectifs différents peut aboutir à une « concurrence des mémoires » et soulever des problèmes
identitaires dans une société crispée.
Dans ce contexte, le rôle des historiens est triple :
- Etudier les mémoires (contexte d’apparition, revendications mémorielles…)
- Garantir une histoire objective en s’opposant à toute tentative de récupération par un groupe
mémoriel ou par le pouvoir politique visant à établir une histoire « sous influence », partiale et
partisane.
- Lutter contre le négationnisme et la contestation de crimes contre l’humanité.

Contenu connexe

Tendances

COURS
COURSCOURS
COURS
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
COURS
COURSCOURS
COURS
houizot
 
La seconde guerre mondiale
La seconde guerre mondialeLa seconde guerre mondiale
La seconde guerre mondiale
zaoyuma
 
La Deuxième Guerre mondiale
La Deuxième Guerre mondialeLa Deuxième Guerre mondiale
La Deuxième Guerre mondiale
Marc-André Patry
 
DCNV. — 03. La résistance civile non-armée en Tchécoslovaquie du 21 au 28 aoû...
DCNV. — 03. La résistance civile non-armée en Tchécoslovaquie du 21 au 28 aoû...DCNV. — 03. La résistance civile non-armée en Tchécoslovaquie du 21 au 28 aoû...
DCNV. — 03. La résistance civile non-armée en Tchécoslovaquie du 21 au 28 aoû...
Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
 
Les régimes totalitaires II. L'Allemagne nazie d'Hitler
Les régimes totalitaires II. L'Allemagne nazie d'HitlerLes régimes totalitaires II. L'Allemagne nazie d'Hitler
Les régimes totalitaires II. L'Allemagne nazie d'Hitler
Céline Langlet
 
La Seconde Guerre mondiale, une guerre d'anéantissement (1939 - 1945)
La Seconde Guerre mondiale, une guerre d'anéantissement (1939 - 1945)La Seconde Guerre mondiale, une guerre d'anéantissement (1939 - 1945)
La Seconde Guerre mondiale, une guerre d'anéantissement (1939 - 1945)mlaugel
 
La france dans la deuxième guerre mondiale
La france dans la deuxième guerre mondialeLa france dans la deuxième guerre mondiale
La france dans la deuxième guerre mondialeProFees
 

Tendances (16)

COURS
COURSCOURS
COURS
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
COURS
COURSCOURS
COURS
 
La seconde guerre mondiale
La seconde guerre mondialeLa seconde guerre mondiale
La seconde guerre mondiale
 
La Deuxième Guerre mondiale
La Deuxième Guerre mondialeLa Deuxième Guerre mondiale
La Deuxième Guerre mondiale
 
DCNV. — 03. La résistance civile non-armée en Tchécoslovaquie du 21 au 28 aoû...
DCNV. — 03. La résistance civile non-armée en Tchécoslovaquie du 21 au 28 aoû...DCNV. — 03. La résistance civile non-armée en Tchécoslovaquie du 21 au 28 aoû...
DCNV. — 03. La résistance civile non-armée en Tchécoslovaquie du 21 au 28 aoû...
 
Les régimes totalitaires II. L'Allemagne nazie d'Hitler
Les régimes totalitaires II. L'Allemagne nazie d'HitlerLes régimes totalitaires II. L'Allemagne nazie d'Hitler
Les régimes totalitaires II. L'Allemagne nazie d'Hitler
 
La Seconde Guerre mondiale, une guerre d'anéantissement (1939 - 1945)
La Seconde Guerre mondiale, une guerre d'anéantissement (1939 - 1945)La Seconde Guerre mondiale, une guerre d'anéantissement (1939 - 1945)
La Seconde Guerre mondiale, une guerre d'anéantissement (1939 - 1945)
 
La france dans la deuxième guerre mondiale
La france dans la deuxième guerre mondialeLa france dans la deuxième guerre mondiale
La france dans la deuxième guerre mondiale
 

En vedette

cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
COURS
COURSCOURS
COURS
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
COURS
COURSCOURS
COURS
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
COURS
COURSCOURS
COURS
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 

En vedette (20)

cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
COURS
COURSCOURS
COURS
 
cours
courscours
cours
 
COURS
COURSCOURS
COURS
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
COURS
COURSCOURS
COURS
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 

Similaire à cours

Histoire 1
Histoire 1Histoire 1
Histoire 1
Vianney Orjebin
 
Pres TL CH2 Histoire et memoires de la 2GM
Pres TL CH2 Histoire et memoires de la 2GMPres TL CH2 Histoire et memoires de la 2GM
Pres TL CH2 Histoire et memoires de la 2GM
Caroline Jouneau-Sion
 
Penseurs et acteurs d’un changement sociétal. — 03. De 1885 à 1899
Penseurs et acteurs d’un changement sociétal. — 03. De 1885 à 1899Penseurs et acteurs d’un changement sociétal. — 03. De 1885 à 1899
Penseurs et acteurs d’un changement sociétal. — 03. De 1885 à 1899
Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
 
DIAPO Mémoires 2° GM
DIAPO Mémoires 2° GMDIAPO Mémoires 2° GM
DIAPO Mémoires 2° GMParchemin
 
Diapo mémoires 2 gm version 2014
Diapo mémoires 2 gm version 2014Diapo mémoires 2 gm version 2014
Diapo mémoires 2 gm version 2014Parchemin
 
Présentation chap 1 Mémoires de la seconde guerre mondiale
Présentation chap 1 Mémoires de la seconde guerre mondialePrésentation chap 1 Mémoires de la seconde guerre mondiale
Présentation chap 1 Mémoires de la seconde guerre mondiale
Caroline Jouneau-Sion
 
MONUMENTS AUX MORTS DE LA GRANDE GUERRE : MÉMOIRE DE LA REPUBLIQUE OU CULTE R...
MONUMENTS AUX MORTS DE LA GRANDE GUERRE : MÉMOIRE DE LA REPUBLIQUE OU CULTE R...MONUMENTS AUX MORTS DE LA GRANDE GUERRE : MÉMOIRE DE LA REPUBLIQUE OU CULTE R...
MONUMENTS AUX MORTS DE LA GRANDE GUERRE : MÉMOIRE DE LA REPUBLIQUE OU CULTE R...icm13
 
La Guerre des Six Jours : un tournant historique dans le discours négationniste
La Guerre des Six Jours : un tournant historique dans le discours négationnisteLa Guerre des Six Jours : un tournant historique dans le discours négationniste
La Guerre des Six Jours : un tournant historique dans le discours négationniste
Conspiracy Watch | Observatoire du conspirationnisme
 
Histoire et figures de la non-violence. — 10. Les Justes
Histoire et figures de la non-violence. — 10. Les JustesHistoire et figures de la non-violence. — 10. Les Justes
Histoire et figures de la non-violence. — 10. Les Justes
Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
 
Aux origines du discours francophone
Aux origines du discours francophoneAux origines du discours francophone
Aux origines du discours francophone
Paula Nogueira
 
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 05. La mémoire de la Shoah
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 05. La mémoire de la ShoahMémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 05. La mémoire de la Shoah
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 05. La mémoire de la Shoah
Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
 
Armes nucléaires. — 04. Date et figures de la résistance à l’arme nucléaire ...
Armes nucléaires. — 04. Date et figures de la résistance  à l’arme nucléaire ...Armes nucléaires. — 04. Date et figures de la résistance  à l’arme nucléaire ...
Armes nucléaires. — 04. Date et figures de la résistance à l’arme nucléaire ...
Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
 
Le sauvetage-des-juifs-a-paris-1940-1944
Le sauvetage-des-juifs-a-paris-1940-1944Le sauvetage-des-juifs-a-paris-1940-1944
Le sauvetage-des-juifs-a-paris-1940-1944dida91
 
COURS
COURSCOURS
COURS
houizot
 
Les représentations de jeanne d'arc
Les représentations de jeanne d'arcLes représentations de jeanne d'arc
Les représentations de jeanne d'arc
icm13
 
Effondrement et refondation de la République
Effondrement et refondation de la RépubliqueEffondrement et refondation de la République
Effondrement et refondation de la Républiquemlaugel
 
Histoire et figures de la non-violence. — 09. Les Justes
Histoire et figures de la non-violence. — 09. Les JustesHistoire et figures de la non-violence. — 09. Les Justes
Histoire et figures de la non-violence. — 09. Les Justes
Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits
 

Similaire à cours (20)

Histoire 1
Histoire 1Histoire 1
Histoire 1
 
Pres TL CH2 Histoire et memoires de la 2GM
Pres TL CH2 Histoire et memoires de la 2GMPres TL CH2 Histoire et memoires de la 2GM
Pres TL CH2 Histoire et memoires de la 2GM
 
Penseurs et acteurs d’un changement sociétal. — 03. De 1885 à 1899
Penseurs et acteurs d’un changement sociétal. — 03. De 1885 à 1899Penseurs et acteurs d’un changement sociétal. — 03. De 1885 à 1899
Penseurs et acteurs d’un changement sociétal. — 03. De 1885 à 1899
 
DIAPO Mémoires 2° GM
DIAPO Mémoires 2° GMDIAPO Mémoires 2° GM
DIAPO Mémoires 2° GM
 
Diapo mémoires 2 gm version 2014
Diapo mémoires 2 gm version 2014Diapo mémoires 2 gm version 2014
Diapo mémoires 2 gm version 2014
 
Présentation chap 1 Mémoires de la seconde guerre mondiale
Présentation chap 1 Mémoires de la seconde guerre mondialePrésentation chap 1 Mémoires de la seconde guerre mondiale
Présentation chap 1 Mémoires de la seconde guerre mondiale
 
MONUMENTS AUX MORTS DE LA GRANDE GUERRE : MÉMOIRE DE LA REPUBLIQUE OU CULTE R...
MONUMENTS AUX MORTS DE LA GRANDE GUERRE : MÉMOIRE DE LA REPUBLIQUE OU CULTE R...MONUMENTS AUX MORTS DE LA GRANDE GUERRE : MÉMOIRE DE LA REPUBLIQUE OU CULTE R...
MONUMENTS AUX MORTS DE LA GRANDE GUERRE : MÉMOIRE DE LA REPUBLIQUE OU CULTE R...
 
Correction ds
Correction dsCorrection ds
Correction ds
 
La Guerre des Six Jours : un tournant historique dans le discours négationniste
La Guerre des Six Jours : un tournant historique dans le discours négationnisteLa Guerre des Six Jours : un tournant historique dans le discours négationniste
La Guerre des Six Jours : un tournant historique dans le discours négationniste
 
Histoire et figures de la non-violence. — 10. Les Justes
Histoire et figures de la non-violence. — 10. Les JustesHistoire et figures de la non-violence. — 10. Les Justes
Histoire et figures de la non-violence. — 10. Les Justes
 
Aux origines du discours francophone
Aux origines du discours francophoneAux origines du discours francophone
Aux origines du discours francophone
 
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 05. La mémoire de la Shoah
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 05. La mémoire de la ShoahMémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 05. La mémoire de la Shoah
Mémoire et reconnaissance de crimes du passé. — 05. La mémoire de la Shoah
 
Guerrilleros 129
Guerrilleros 129Guerrilleros 129
Guerrilleros 129
 
Armes nucléaires. — 04. Date et figures de la résistance à l’arme nucléaire ...
Armes nucléaires. — 04. Date et figures de la résistance  à l’arme nucléaire ...Armes nucléaires. — 04. Date et figures de la résistance  à l’arme nucléaire ...
Armes nucléaires. — 04. Date et figures de la résistance à l’arme nucléaire ...
 
Le sauvetage-des-juifs-a-paris-1940-1944
Le sauvetage-des-juifs-a-paris-1940-1944Le sauvetage-des-juifs-a-paris-1940-1944
Le sauvetage-des-juifs-a-paris-1940-1944
 
COURS
COURSCOURS
COURS
 
La Sgm
La SgmLa Sgm
La Sgm
 
Les représentations de jeanne d'arc
Les représentations de jeanne d'arcLes représentations de jeanne d'arc
Les représentations de jeanne d'arc
 
Effondrement et refondation de la République
Effondrement et refondation de la RépubliqueEffondrement et refondation de la République
Effondrement et refondation de la République
 
Histoire et figures de la non-violence. — 09. Les Justes
Histoire et figures de la non-violence. — 09. Les JustesHistoire et figures de la non-violence. — 09. Les Justes
Histoire et figures de la non-violence. — 09. Les Justes
 

Plus de houizot

cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 
COURS
COURSCOURS
COURS
houizot
 
cours
courscours
cours
houizot
 

Plus de houizot (20)

cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
cours
courscours
cours
 
COURS
COURSCOURS
COURS
 
cours
courscours
cours
 

Dernier

Iris van Herpen. pptx
Iris         van         Herpen.      pptxIris         van         Herpen.      pptx
Iris van Herpen. pptx
Txaruka
 
Iris van Herpen. pptx
Iris         van        Herpen.      pptxIris         van        Herpen.      pptx
Iris van Herpen. pptx
Txaruka
 
Iris van Herpen. pptx
Iris            van        Herpen.     pptxIris            van        Herpen.     pptx
Iris van Herpen. pptx
Txaruka
 
Newsletter SPW Agriculture en province du Luxembourg du 12-06-24
Newsletter SPW Agriculture en province du Luxembourg du 12-06-24Newsletter SPW Agriculture en province du Luxembourg du 12-06-24
Newsletter SPW Agriculture en province du Luxembourg du 12-06-24
BenotGeorges3
 
Procédure consignation Lock Out Tag Out.pptx
Procédure consignation  Lock Out Tag Out.pptxProcédure consignation  Lock Out Tag Out.pptx
Procédure consignation Lock Out Tag Out.pptx
caggoune66
 
Cycle de Formation Théâtrale 2024 / 2025
Cycle de Formation Théâtrale 2024 / 2025Cycle de Formation Théâtrale 2024 / 2025
Cycle de Formation Théâtrale 2024 / 2025
Billy DEYLORD
 
Formation M2i - Onboarding réussi - les clés pour intégrer efficacement vos n...
Formation M2i - Onboarding réussi - les clés pour intégrer efficacement vos n...Formation M2i - Onboarding réussi - les clés pour intégrer efficacement vos n...
Formation M2i - Onboarding réussi - les clés pour intégrer efficacement vos n...
M2i Formation
 
Edito-B1-francais Manuel to learning.pdf
Edito-B1-francais Manuel to learning.pdfEdito-B1-francais Manuel to learning.pdf
Edito-B1-francais Manuel to learning.pdf
WarlockeTamagafk
 
Conseils pour Les Jeunes | Conseils de La Vie| Conseil de La Jeunesse
Conseils pour Les Jeunes | Conseils de La Vie| Conseil de La JeunesseConseils pour Les Jeunes | Conseils de La Vie| Conseil de La Jeunesse
Conseils pour Les Jeunes | Conseils de La Vie| Conseil de La Jeunesse
Oscar Smith
 
Burkina Faso library newsletter May 2024
Burkina Faso library newsletter May 2024Burkina Faso library newsletter May 2024
Burkina Faso library newsletter May 2024
Friends of African Village Libraries
 
Formation Intelligence Artificielle pour dirigeants- IT6-DIGITALIX 24_opt OK_...
Formation Intelligence Artificielle pour dirigeants- IT6-DIGITALIX 24_opt OK_...Formation Intelligence Artificielle pour dirigeants- IT6-DIGITALIX 24_opt OK_...
Formation Intelligence Artificielle pour dirigeants- IT6-DIGITALIX 24_opt OK_...
cristionobedi
 
Impact des Critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) sur les...
Impact des Critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) sur les...Impact des Critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) sur les...
Impact des Critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) sur les...
mrelmejri
 

Dernier (12)

Iris van Herpen. pptx
Iris         van         Herpen.      pptxIris         van         Herpen.      pptx
Iris van Herpen. pptx
 
Iris van Herpen. pptx
Iris         van        Herpen.      pptxIris         van        Herpen.      pptx
Iris van Herpen. pptx
 
Iris van Herpen. pptx
Iris            van        Herpen.     pptxIris            van        Herpen.     pptx
Iris van Herpen. pptx
 
Newsletter SPW Agriculture en province du Luxembourg du 12-06-24
Newsletter SPW Agriculture en province du Luxembourg du 12-06-24Newsletter SPW Agriculture en province du Luxembourg du 12-06-24
Newsletter SPW Agriculture en province du Luxembourg du 12-06-24
 
Procédure consignation Lock Out Tag Out.pptx
Procédure consignation  Lock Out Tag Out.pptxProcédure consignation  Lock Out Tag Out.pptx
Procédure consignation Lock Out Tag Out.pptx
 
Cycle de Formation Théâtrale 2024 / 2025
Cycle de Formation Théâtrale 2024 / 2025Cycle de Formation Théâtrale 2024 / 2025
Cycle de Formation Théâtrale 2024 / 2025
 
Formation M2i - Onboarding réussi - les clés pour intégrer efficacement vos n...
Formation M2i - Onboarding réussi - les clés pour intégrer efficacement vos n...Formation M2i - Onboarding réussi - les clés pour intégrer efficacement vos n...
Formation M2i - Onboarding réussi - les clés pour intégrer efficacement vos n...
 
Edito-B1-francais Manuel to learning.pdf
Edito-B1-francais Manuel to learning.pdfEdito-B1-francais Manuel to learning.pdf
Edito-B1-francais Manuel to learning.pdf
 
Conseils pour Les Jeunes | Conseils de La Vie| Conseil de La Jeunesse
Conseils pour Les Jeunes | Conseils de La Vie| Conseil de La JeunesseConseils pour Les Jeunes | Conseils de La Vie| Conseil de La Jeunesse
Conseils pour Les Jeunes | Conseils de La Vie| Conseil de La Jeunesse
 
Burkina Faso library newsletter May 2024
Burkina Faso library newsletter May 2024Burkina Faso library newsletter May 2024
Burkina Faso library newsletter May 2024
 
Formation Intelligence Artificielle pour dirigeants- IT6-DIGITALIX 24_opt OK_...
Formation Intelligence Artificielle pour dirigeants- IT6-DIGITALIX 24_opt OK_...Formation Intelligence Artificielle pour dirigeants- IT6-DIGITALIX 24_opt OK_...
Formation Intelligence Artificielle pour dirigeants- IT6-DIGITALIX 24_opt OK_...
 
Impact des Critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) sur les...
Impact des Critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) sur les...Impact des Critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) sur les...
Impact des Critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) sur les...
 

cours

  • 1. THEME INTRODUCTIF LE RAPPORT DES SOCIETES A LEUR PASSE Question : Les mémoires : lecture historique Etude de cas : L’historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France Introduction : L’historien est un scientifique (sciences humaines) qui étudie le passé et écrit le passé en respectant des méthodes propres à son métier (analyse critique des sources). A partir de sources diverses, l’historien produit une interprétation des évènements la plus objective possible. La mémoire est un rapport plus subjectif au passé, d’un individu ou d’un groupe d’individus, qui procède par une sélection d’évènements. La mémoire résulte d’un rapport affectif ou douloureux au passé. Histoire et mémoires peuvent donc se rencontrer, se compléter (historien au regard distancié/témoin ayant vécu un évènement) mais aussi s’opposer voire même se confronter (notions clés p 20), notamment au sujet de périodes sensibles dont les témoins sont toujours vivants (guerre d’Algérie, Seconde Guerre mondiale, Shoah…) Aujourd’hui, la question des mémoires devient un sujet d’étude pour les historiens (faire l’histoire des mémoires). La Seconde Guerre mondiale, dont le souvenir douloureux continue d’affecter et de diviser la population française, est particulièrement concernée par la concurrence des mémoires qui s’exprime à l’occasion de polémiques au cours desquelles les historiens se posent en arbitre. Ces derniers doivent mettre à distance le rapport affectif des mémoires et corriger les tentatives de réécriture de l’histoire en fonction des intérêts de chacun. Comment les mémoires de la Seconde Guerre mondiale ont-elles évolué depuis 1945 et quel regard les historiens portent-ils sur celles-ci ?
  • 2. I. La mémoire résistante (1944-années 1970). 1) Le « mythe résistancialiste » (cf Henry Rousso) En 1945, les Français sont profondément divisés. Après la défaite de 1940, le maréchal Pétain collabore avec l’occupant nazi et met en place le régime de Vichy. La plupart des Français subissent l’occupation (zone libre occupée en novembre 1942), tandis que d’autres collaborent activement (environ 55 000) ou entrent dans la Résistance (environ 200 000). A la Libération, une période d’épuration commence : - Spontanée et sauvage dans un 1re temps (doc 1 p 24) : il s’agit d’aller débusquer les « collabos » => exécutions sommaires et publique, tontes de femmes accusées de relations avec des Allemands… - Légale ensuite avec les procès des collaborateurs (Pétain condamné à mort puis amnistié, Pierre Laval exécuté en 1945…) Afin de réconcilier les Français, le général de Gaulle choisit de faire de Vichy et de la collaboration une parenthèse. L’idée est de montrer que la République et l’unité nationale sont restaurées, notamment vis- à-vis des Alliés, dans la perspective de redonner à la France son rang d’avant-guerre (doc 4 p 25). Des lois d’amnistie sont votées en 1946, 47, 51 et 53 (doc 2 p 24). Les communistes (PCF 1er parti de France en 1945) entretiennent également ce mythe résistancialiste en passant sous silence le pacte germano-soviétique signé en 1939 entre l’URSS et l’Allemagne nazie (doc 3 p 25). 2) La politisation des mémoires Le général de Gaulle valorise une France majoritairement résistante et combattante. Les crimes de Vichy et des collaborateurs sont tus (en particulier la participation de l’administration française à la déportation des Juifs de France). Construction d’une mémoire officielle en 1958 (retour de De Gaulle) qui exalte une France unie dans le combat contre le nazisme (par opposition aux difficultés rencontrées en pleine guerre d’Algérie). On transfère les cendres de Jean Moulin au Panthéon en 1964 (doc 4 p 25), on crée le concours national de la Résistance… L’historien Henry Rousso parle de « mythe résistancialiste » et de « Syndrome de Vichy » pour évoquer les difficultés de la société française à aborder objectivement la question de l’Occupation et de la collaboration (doc 1 p 28). Avec le début de la guerre froide, les communistes se démarquent de la mémoire gaulliste unificatrice en affirmant être le parti des « 75 000 fusillés » (chiffe exagéré) et avoir joué un rôle central dans la Résistance. Certains historiens, comme Robert Aron (cf doc 5 p 25), cherchent à réhabiliter le maréchal Pétain en affirmant qu’il a mené un double-jeu vis-à-vis des Allemands pour protéger les Français (doc 5 p 25). Dans son Histoire de Vichy, qui sera un ouvrage de référence jusqu’aux années 70, il défend la « thèse du glaive et du bouclier » (De Gaulle étant le glaive devant amener la Libération et Pétain le bouclier qui cherchait à protéger les Français).
  • 3. 3) Les mémoires oubliées La nécessité de la réconciliation et l’héroïsation de la mémoire résistance par la mémoire gaulliste officielle marginalise d’autres mémoires qui choisissent souvent le silence faute d’être entendues : - Juifs et tziganes : les témoignages des rescapés ne suscitent pas beaucoup d’attention (doc 1 p 22 et 5 p 23). Peu d’intérêt pour la compréhension du système concentrationnaire nazi et la spécificité des centres de mise à mort (ex : le film Nuit et brouillard d’Alain Resnais en 1956 ne fait pas la distinction entre les camps et n’insiste pas sur le caractère « racial » de la déportation ; le mot « juif » n’est prononcé qu’une fois. Le film est d’ailleurs censuré pour estomper la responsabilité de l’Etat français) - Soldats vaincus en 1940/prisonniers de guerre - Réquisitionnés du STO (Service du travail obligatoire) - « Malgré-nous » (Alsaciens et mosellans incorporés de force dans l’armée allemande) II. La mémoire face à l’Histoire 1) Le régime de Vichy et la collaboration. La fin des années 60/début des années 70 est favorable à un réexamen critique de la période : déclin du gaullisme et du PCF (donc de l’héroïsation de la Résistance), influence de l’esprit contestataire de mai 68, arrivée à l’âge adulte des générations d’après-guerre (les acteurs de la période ne mobilisent plus la parole). 1969 : Documentaire Le chagrin et la pitié de Marcel Ophüls montre la vie à Clermont-Ferrand sous l’Occupation. On y voit des Français fortement pétainistes surtout occupés à pallier les manques du quotidien. Il montre que les Résistants étaient très minoritaires => remise en cause du mythe résistancialiste. Malgré son succès en salles, le film est interdit de diffusion à la télévision jusqu’en 1981. En 1973, l’historien américain Robert Paxton publie La France de Vichy (doc 6 p 26). C’est un livre majeur qui renouvelle radicalement l’historiographie (Etude de la façon dont les historiens « fabriquent » l’histoire : dans quel contexte, avec quelles méthodes, dans quel but…) de la Seconde Guerre mondiale et notamment la vision du régime de Vichy en mettant à jour l’importance de la collaboration et les liens étroits entre le régime du maréchal Pétain et l’Allemagne nazie. La « thèse du glaive et du bouclier » ne tient plus… Robert Paxton interroge la responsabilité collective des Français dans la collaboration. Les Français n’ont pas été nombreux à résister… 2) L’émergence de la mémoire de la Shoah En 1961, le procès d’Adolf Eichmann (responsable SS de la Solution finale) en Israël libère la parole des survivants de la Shoah qui s’érigent en groupes mémoriels (doc 2 p 29). Dans les années 70, le développement du négationnisme (Darquier de Pellepoix déclare en 1978 « à Auschwitz on a gazé les poux ») encourage les témoignages et le travail de mémoire sur la Shoah. En 1985 sort le film Shoah de Claude Lanzmann (près de 10h de film) constitué de témoignages de rescapés et de bourreaux. Le film a un impact considérable tant il permet de comprendre le fonctionnement de la déportation et de la mise à mort des Juifs d’Europe (doc 2 p 22). Plusieurs procès médiatisés permettent à la mémoire de la Shoah de s’affirmer, notamment celui de Klaus Barbie en 1987 (docs 1 p 21 et 7 p 26), chef de la Gestapo de Lyon et tortionnaire de Jean Moulin, condamné pour crimes contre l’humanité.
  • 4. 3) Procès et polémiques L’action de Serge Klarsfeld conduit à d’autres procès pour crimes contre l’humanité impliquant cette fois-ci des responsables français. - Procès Paul Touvier (1994) => doc 1 p 21 - Maurice Papon (1997-1998) Des historiens (Robert Paxton, René Rémond, François Bedarida…) participent à ces procès en tant qu’« experts », ce qui provoque un débat dans la profession. Par ailleurs, en 1994 parait Une jeunesse française du journaliste Pierre Péan qui révèle le passé vichyste du président François Mitterrand (fonctionnaire décoré de la francisque) et ses relations tardives avec René Bousquet (secrétaire général de la police de Vichy et organisateur de la rafle du Vel’d’Hiv). Par ailleurs, on apprend qu’il continue à fleurir tous les ans la tombe du maréchal Pétain… III. Depuis 1990, le temps du « devoir de mémoire » 1) L’historien et les lois mémorielles « Devoir de mémoire » : expression dérivée de « Lieux de mémoire » (Pierre Nora). Depuis le début des années 90, le Parlement a voté un certain nombre de lois mémorielles (loi Gayssot en 1990, loi Taubira sur l’esclavage…) La loi Gayssot (1990) sanctionne toute expression du négationnisme et contestation de crimes contre l’humanité => condamnation de l’historien négationniste Robert Faurisson en 1991… La multiplication des lois mémorielles engendre une inquiétude et un débat chez les historiens qui évoquent le danger qu’elles aboutissent à l’établissement d’une histoire officielle dictée par le politique. En 2005, suite à un projet de loi portant sur « la reconnaissance des aspects positifs de la colonisation », un grand nombre des plus grands historiens français, à l’initiative de Pierre Nora, signent une pétition « Liberté pour l’Histoire » dans laquelle ils dénoncent que « dans un Etat libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique ». Ce que dénoncent les historiens, c’est le danger d’une instrumentalisation de l’histoire par le politique en fonction de ses intérêts présents. 2) La responsabilité de l’Etat Alors que François Mitterrand n’avait jamais accepté que la France fasse acte de repentance à propos des crimes de Vichy (« La France n’est pas responsable. La France n’a pas d’excuses à donner, ni la République. A aucun moment je ne l’accepterai », 10 oct 1994), le président Jacques Chirac reconnait officiellement en 1995 la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs. (doc 8 p 26)  Rupture avec la mémoire officielle depuis De Gaulle qui faisait de Vichy une parenthèse. La France est collectivement responsable.  La mémoire de la Shoah est incluse dans la mémoire officielle : Les Justes sont honorés au Panthéon, indemnisation des familles juives spoliées, inauguration du Mémorial de la Shoah à Paris (2005)
  • 5. 3) Un devoir de mémoire apaisé ? Responsabilité de l’Etat français n’est pas remise en cause par les présidents Sarkozy et Hollande. Expression « Devoir de mémoire » s’est imposée, notamment avec l’institution de Journées de commémoration (journée nationale de la Résistance à partir de 2013, doc 10 p 27). De nouvelles mémoires, oubliées ou « honteuses » continuent d’émerger en revendiquant un statut de victimes :  Le génocide perpétré contre les Tziganes (doc 5 p 23) a été longtemps oublié en raison de la marginalisation subie par ce peuple jusqu’à aujourd’hui. Les Tziganes n’ont toujours pas de journée de commémoration…  Les « Malgré-Nous » ont dû attendre 2010 pour être officiellement reconnus comme victimes du nazisme.  Enfants « nés de l’ennemi » (de couples franco-allemands pendant la guerre). Cependant, le devoir de mémoire est toujours porteur de tensions et de polémiques : en 2007, le président Sarkozy est accusé par le Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire d’instrumentaliser l’histoire en demandant que soit lue dans les lycées la dernière lettre du résistant communiste Guy Môquet. Conclusion : L’histoire et la mémoire obéissent à des objectifs différents. Les crispations mémorielles autour de la Seconde Guerre mondiale sont encore très nombreuses, bien qu’en cours d’apaisement en raison de la disparition des témoins directs. La reconnaissance de l’Etat français de son rôle durant la Seconde Guerre mondiale ouvre la possibilité d’inclure de multiples mémoires dans la mémoire officielle (Shoah, Tziganes…) Cependant, cette quête de reconnaissance par des groupes mémoriels ayant une vision des évènements et des objectifs différents peut aboutir à une « concurrence des mémoires » et soulever des problèmes identitaires dans une société crispée. Dans ce contexte, le rôle des historiens est triple : - Etudier les mémoires (contexte d’apparition, revendications mémorielles…) - Garantir une histoire objective en s’opposant à toute tentative de récupération par un groupe mémoriel ou par le pouvoir politique visant à établir une histoire « sous influence », partiale et partisane. - Lutter contre le négationnisme et la contestation de crimes contre l’humanité.