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DOSSIER CENTRAL :
LA PROMOTION OSE 2018 EN VISITE SUR
DIFFÉRENTS SITES DU QUART SUD-EST
Mensuel sur l’énergie et l’environnement
N° 142Avril 2019
EN SAVOIE, VISITE DE LA CENTRALE HYDROÉLECTRIQUE DE
LA COCHE
>>> PAGE 18
A LYON, VISITE DE LA COMPAGNIE NATIONALE DU RHÔNE
>>> page 13
A CADARACHE, VISITE DU COMMISSARIAT À
L’ÉNERGIE ATOMIQUE
>>> PAGE 10
AU BOURGET-DU-LAC, VISITE D’ENERGY POOL
>>> PAGE 24
DOSSIER
L’ÉNERGIE AU COEUR DES CONFLITS POLITIQUES
>>> PAGE 28
infose@mastere-ose.fr
TELEPHONE
04 97 15 70 73
ADRESSE
Centre de
Mathématiques
Appliquées
Mines Paristech
Rue Claude Daunesse
CS 10 207
06904 Sophia Antipolis
Quelques semaines après leur retour du
voyage de promotion à Taïwan, les élèves
du mastère OSE ont continué leur pèleri-
nage d’apprentissage énergétique durant
trois jours de visites industrielles dans le
sud de la France. Accompagnés par Gilles
Guerassimoff, responsable du mastère, nous
avons eu l’opportunité de visiter le centre
de recherche du commissariat à l’énergie
atomique et aux énergies alternatives (CEA)
à Cadarache, la centrale photovoltaïque de Puyloubier, l’usine-écluse
de Pierre-Bénite et le siège de la Compagnie Nationale du Rhône
(CNR) à Lyon, le chantier d’agrandissement de la centrale STEP de
la Coche situé à Le Bois et les locaux d’Energy Pool au sein de la
technopole « Savoie Technolac » au Bourget du Lac.
Entre la découverte du fonctionnement du réacteur WEST racontée
par Benoit Lacroix, chercheur au CEA, l’insertion au cœur de la roue
et des injecteurs de la turbine Pelton, permise par le chef de projet
du site Emmanuel Mordefroid, les anecdotes de Claude Eymery,
ancien directeur de la centrale Pierre-Bénite de la CNR, la présen-
tation du cockpit permettant d’optimiser la production de la CNR
par Helena Wagret, les discussions partagées avec Alexandre Levy
d’EDF Renouvelables sur le site d’une centrale photovoltaïque et les
éclaircissements des ingénieurs d’Energy Pool, ces visites auront été
l’occasion d’échanger avec des passionnés de l’énergie. Elles nous
auront enrichis en précieuses connaissances et permis de réfléchir à
notre avenir professionnel. Pour cela, les élèves tiennent à adresser
leurs remerciements aux différentes entreprises et à tous les inter-
venants nous ayant ouvert leurs portes. En plus des exposés de nos
visites et des habituelles actualités énergétiques, vous trouverez
également dans ce numéro un dossier sur les liens entre les tensions
politiques et énergétiques au Venezuela et en Algérie.
Il est temps maintenant pour nous de rejoindre nos entreprises
respectives pour six mois de stage, afin de continuer notre appren-
tissage et acquérir une expérience que nous pourrons à notre tour,
un jour, transmettre.
Bonne lecture à tous !
Juliette Thomas
Toute reproduction, représentation, traduc-
tionouadaptation,qu’ellesoitintégraleoupar-
tielle, quel qu’en soit le procédé, le support ou
le média, est strictement interdite sans l’auto-
risation des auteurs sauf cas prévus par l’article
L. 122-5 du code de la propriété intellectuelle.
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
2
Coordinatrice - Catherine Auguet-Chadaj
Maquettiste - Lucas Desport
Photos - Etudiants MS OSE
EDITOCONTACTS
04 - Avancée dans les technologies de
stockage de l’électricité
05 - Bilan actuel de la transition énergé-
tique mondiale
06 - Signature des accords sur la réor-
ganisation des marchés européens
de l’électricité
07 - Le Venezuela : le pays plongé dans le
noir après des coupures de courant
08 - Visite du président Xi Jinping en
France : des accords conclus entre
des sociétés du secteur de l’énergie
09 - Visite de GrDF à Cannes
10 - A Cadarache, visite du Commissariat
à à l’Energie Atomique
13 - Visite d’une centrale photovoltaïque
14 - A Lyon, visite de la Compagnie
Nationale du Rhône
18 - En Savoie, visite de la centrale
hydroélectrique de la Coche
24 - Au Bourget-du-Lac, visite d’
Energy Pool
28 - Venezuela et Algérie : l’énergie au
coeur des conflits politiques
ARTICLES
ACTUALITÉS
Les étudiants en visite chez GrDF
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
3SOMMAIRE
Dans un article du maga-
zine Nature Energy paru
en mars, des chercheurs de
la Colorado School of Mines
présentent les performances
très prometteuses de leur pile
à combustible à céramique
conductrice protonique (en
anglais Protonic ceramic fuel
cell, PCFC) [1]. Ces technol-
ogies émergentes se présen-
te n t co m m e u n e a l te r n a -
tive intéressante aux batter-
ies : moins coûteuses et ne
nécessitant pas de catalyseur
précieux, elles permettent de
convertir l’électricité renouv-
elable excédante en com-
bustible (H2
), puis inverse -
ment d’alimenter le réseau
en période de faible produc-
tion. Mais leur efficacité, avec
un rendement de conversion
énergie => H2
de 70 % et une
grande partie de l’énergie dis-
sipée en chaleur, était encore
à prouver.
Déjà en janvier dernier, une
équipe de la Nor thwestern
U n i ve r s i t y a v a i t r a p p o r t é
dans Energy & Environmental
S c i e n c e a v o i r a t t e i n t u n
r e n d e m e n t d e 7 6 % [ 2 ] .
Mais l’électrode en alliage
c é r a m i q u e p r é s e n t é e p a r
l’équipe du Pr. R. O’Hayre
vient changer la donne en
atteignant un rendement de
98 % de l’énergie fournie. La
gamme de température de
fonc tionnement de la pile
(450 – 600°C) lui permet d’être
couplée à un large éventail de
sources de chaleur (chaleur
fatale industrielle, chaleur
géothermale ou solaire) pour
augmenter encore son effi-
cacité énergétique [3]. Enfin,
autre avantage de leur PCFC :
une durabilité élevée, avec un
taux de dégradation de 3  %
pour 1000 heures d’activité,
en accord avec les exigences
du marché actuel.
M a l g r é l e s p e r f o r m a n c e s
en laboratoire très promet­
teuses de cette technologie
d’électrolyse, de nouveaux
développements sont néces-
saires avant de pouvoir com-
mercialiser la pile. En par-
ticulier, des tests à l’échelle
des modules (assemblage de
plusieurs piles) qui ont ten-
dance à diminuer l’efficacité
mesurée sur les cellules uni-
taires de laboratoire, devront
confirmer l’utilité de la pile à
l’échelle du réseau électrique.
Dans tous les cas, la recherche
dans ces technologies encore
récentes a progressé, donnant
l’espoir d’une transition vers
les énergies renouvelables.
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
4 ACTUALITÉS
ACTUALITÉS AVRIL 2019
            Z Ana DAVID      
AVANCÉE DANS LES TECHNOLOGIES DE STOCKAGE DE L’ÉLECTRICITÉ
Sources :
[1]	 C. Duan et al., « Highly efficient reversible protonic ceramic electrochemical cells for power generation and fuel produc-
tion », Nat. Energy, vol. 4, no 3, p. 230 240, mars 2019.
[2]	 S. Choi, T. C. Davenport, et S. M. Haile, « Protonic ceramic electrochemical cells for hydrogen production and electricity
generation: exceptional reversibility, stability, and demonstrated faradaic efficiency », Energy Environ. Sci., vol. 12, no 1,
p. 206 215, 2019.
[3]	 J. M. Serra, « Electrifying chemistry with protonic cells », Nat. Energy, vol. 4, no 3, p. 178 179, mars 2019.
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
5ACTUALITÉS
Le WEF ( World Economic
Forum) – aussi connu sous
le nom de Forum de Davos – a
publié le 25 mars son rapport
annuel d’enquête sur l’état
de la transition énergétique
à l ’é c h e l l e m o n d i a l e [ 1 ] .
L’index de transition énergé-
tique (ETI) – compris entre 0
et 100 et calculé pour chacun
des 115 pays suivis – résume
40 indicateurs décrivant les
p e r fo r m a n ce s d u s ys tè m e
énergétique d’une nation.
Le classement de l’ETI 2019
n’a pas changé significative-
ment par rapport à celui de
2018, confirmant un leader-
ship continu des pays nord
et ouest européen (Suède,
Suisse et Norvège en tête) et
l’inertie au changement des
pays expor tateurs (Nigeria,
Venezuela, Mozambique) et
des gros consommateurs de
charbon et d’énergies fos-
siles. Au niveau global, l’ETI
moyenné révèle que la transi-
tion énergétique a ralenti en
2018, enregistrant le taux de
croissance le plus faible des 5
dernières années.
E n c a u s e n o t a m m e n t , l e
manque de volonté des nations
à appliquer leurs objectifs
définis par les accords de
Paris  : seules 16 d’entre elles
y sont parvenues pour l’année
2018. La for te demande en
pétrole des secteurs pétro-
chimiques, de l’aviation et du
transport de fret suggère que
le pic de demande mondial
arrivera plus tard qu’annoncé
dans les précédents rapports ;
tandis que l’investissement
dans les énergies renouvel-
ables a diminué de 8 % sur
l’année. Les nombreux dés-
a s t re s n a t u re l s ( te m p ê te s
tropicales et incendies) ont
durement souligné le besoin
de résilience des systèmes
énergétiques.
Malgré ces constats peu réjou-
issants, on pourra noter que
l’accès à l’énergie est en nette
a m é l i o r a t i o n , n o t a m m e n t
dans les pays du sud et du
sud-est de l’Asie, où plus de
300 millions de personnes ont
reçu un accès à l’électricité
depuis 2014. L’augmentation
des prix du pétrole – cause
d e p ro te s t at i o n s d a n s d e
nombreux pays (France, Inde,
Zimbabwe, Brésil..) - le Green
New Deal aux États-Unis ou
les Marches pour le Climat
organisées par les étudiants
de centaines de pays reflètent
l ’i m p l i c at i o n gra n d i s s a nte
des sociétés dans cette étape
d e t ra n s i t i o n é n e rg é t i q u e
mondiale.
BILAN ANNUEL DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE MONDIALE
Sources :
[1]	 « Fostering Effective Energy Transition », World Economic Forum, Switzerland, mars 2019.
Le 2 6 m a r s d e r n i e r, l e
Pa r l e m e n t e u r o p é e n a
voté en faveur de la direc-
tive visant à réorganiser le
marché de l ’élec tricité de
l’UE, mettant fin aux négo-
ciations sur le paquet « Une
énergie verte pour tous les
européens » [1]. Proposées fin
2016 par la Commission, les
mesures visent à faciliter et à
accélérer la transition des sys-
tèmes énergétiques nation-
aux vers des énergies propres.
Plusieurs directives du paquet
sont déjà entrées en vigueur
l ’a n n é e d e r n i è re, c o n c e r-
nant la performance énergé-
tique des bâtiments [2], ou
la gouvernance de l’union
de l’énergie [3]. La directive
votée fin mars concerne la
réorganisation du marché de
l’électricité.
Les nouvelles règles imposées
au marché lui permettront
de répondre aux besoins liés
aux énergies renouvelables et
d’attirer les investissements
liés au stockage de l’énergie
(un des grands enjeux des
énergies renouvelables étant
de compenser les variations
de la production d’électricité).
Autre évolution, le marché
doit inciter une participation
plus active des consomma-
teurs, en leur offrant plus de
choix, une protection accrue,
et la possibilité de devenir
des acteurs à par t entière
du marché grâce aux compt-
eurs intelligents, à des outils
de comparaison des prix, à
la tarification dynamique et
aux coopératives citoyennes
d’énergie.
Avant leur publication au
Journal officiel de l’Union,
s u i v i e d e l e u r e n t ré e e n
vigueur immédiate, le Conseil
des ministres de l’UE devra
approuver formellement les
nouveaux actes législatifs du
paquet « Une énergie verte
pour tous les européens ». Cet
accord marque une étape dans
la vision à long terme pour
une Europe neutre en carbone
d’ici 2050 [4].
Sources :
[1]	 « Commission Européenne - COMMUNIQUES DE PRESSE - Communiqué de presse - Une énergie propre pour tous les
Européens: La Commission se félicite de l’adoption, par le Parlement européen, de nouvelles propositions concernant
l’organisation du marché de l’électricité ». [En ligne]. Disponible sur : http://europa.eu/rapid/press-release_IP-19-1836_
fr.htm. [Consulté le : 14-avr-2019].
[2]	 « Commission Européenne - COMMUNIQUES DE PRESSE - Communiqué de presse - La Commission se félicite du vote
final sur la performance énergétique des bâtiments ». [En ligne]. Disponible sur: http://europa.eu/rapid/press-release_
IP-18-3374_fr.htm. [Consulté le: 14-avr-2019].
[3]	 « Commission Européenne - COMMUNIQUES DE PRESSE - Communiqué de presse - L’union de l’énergie se dote d’une
gouvernance simplifiée, robuste et transparente : la Commission salue un accord ambitieux ». [En ligne]. Disponible
sur : http://europa.eu/rapid/press-release_IP-18-4229_fr.htm. [Consulté le: 14-avr-2019].
[4]	 fernbas, « 2050 Long-term strategy », Energy - European Commission, 28-nov-2018. [En ligne]. Disponible sur : https://
ec.europa.eu/energy/en/topics/energy-strategy-and-energy-union/2050-long-term-strategy. [Consulté le : 14-avr-2019].
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
6 ACTUALITÉS
SIGNATURE DES ACCORDS SUR LA RÉORGANISATION DU MARCHÉ EUROPÉEN
DE L’ÉLECTRICITÉ
Malgré l’abondance des
ressources énergétiques
sur son territoire (pétrole, gaz
et eau), le Venezuela a connu
début mars la plus grande
panne d’élec tricité de son
histoire, d’une durée de cinq
jours. Depuis, le pays a connu
plusieurs coupures de longue
durée et à grande échelle,
touchant jusqu’à 23 de ses
24 États. Dans la capitale et
les grandes villes touchées,
les feux de circulation sont
éteints, le métro est arrêté,
les chirurgiens pratiquent
des opérations à la lueur de
téléphones portables, et les
supermarchés offrent leurs
réfrigérateurs aux gens ayant
besoin de garder des médica-
ments au frais [1].
Les causes avancées pour
expliquer ces pannes dépen-
dent de leur source. Tandis
que les opposants au prési-
dent Maduro ne doutent pas
que les black-out sont dus à
un manque d’investissement
dans les infrastructures élec-
triques, ce dernier dénonce
q u a n t à l u i u n s a b o t a g e
international. De son côté,
la faculté d ’ingénier ie de
la Universidad Central de
Venezuela publie un rapport
confirmant un incident sur
une section essentielle du
réseau national, approvision-
nant 80 % de l’électricité du
Venezuela. Selon sa nature
exacte encore indéterminée,
cet incident pourrait nécess-
iter plusieurs mois, voire plus-
ieurs années de réparation [2].
Le 31 mars, Nicolas Maduro
a annoncé ses mesures pour
venir à bout des coupures
d e c o u r a n t : u n p l a n d e
rationnement de l’électricité
de 30 jours impliquant la sus-
pension des cours dans les
écoles et la réduction de la
journée de travail. Son adver-
saire politique Juan Guaido,
reconnu comme président par
interim par une cinquantaine
de pays, a quant à lui appelé
ses partisans à « transformer
l ’indignation en mobilisa -
tion » [3].
Le lecteur pourra retrouver
page 26 un article consacré
au Venezuela et l’Algérie en
proie aux conflits politiques
pour des questions d’énergie.
Sources :
[1]	 « Venezuela : « le silence est total, l’obscurité complète », les citoyens confrontés aux pannes géantes d’électricité »,
27-mars-2019.
[2]	 J. P. Daniels, « Venezuela: power returns after blackout but normal service may be a long way off », The Guardian,
14-mars-2019.
[3]	 « Le Venezuela prend des mesures draconiennes contre les coupures de courant », 01-avr-2019.
Drapeau et territoire du Venezuela © Pixabay
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
7ACTUALITÉS
VENEZUELA : LE PAYS PLONGÉ DANS LE NOIR APRÈS DES COUPURES DE
COURANT
Al’occasion de la visite
officielle du président
Xi  Jinping en France du 24
au 26 mars, de nombreux
accords ont été signés entre
des entreprises chinoises et
françaises, pour une valeur
totale avoisinant 40 milliards
d’euros  [1]. Outre des ventes
d’avions Airbus et la levée de
l’embargo sur les volailles,
les entreprises du sec teur
de l’énergie ont su mettre en
avant leur savoir-faire.
Parmi elles, les entreprises
C a d r a n e t B p i f r a n c e o n t
s i g n é p o u r u n p ro j e t d e
développement des énergies
renouvelables d’un montant
estimé entre 1 et 1,5 mil-
liard d’euros [1]. De son coté,
EDF a conclu deux accords :
le premier concerne la con-
struc tion et l ’exploitation
d’un parc éolien offshore de
500 MW au large de la prov-
ince du Jiangsu ; le second est
un accord pour l’exploitation
d’un réseau de chaleur et de
froid de la ville de Wuhan
(centre de la Chine) [2].
Ces deux accords ne sont
p a s l e s p re m i e r s e n l e u r
genre, et EDF confirme ici
son intérêt grandissant pour
le marché Chinois. En effet,
EDF  Renouvelables exploite
déjà plus de 400 MW d’énergie
éolienne en Chine depuis 2016
et intervient sur les réseaux
de chaleur de plusieurs villes
du pays [2]. Ce contrat est
n é a n m o i n s u n e p r e m i è r e
dans le secteur de l’éolien off-
shore chinois, qui représente
aujourd’hui un potentiel très
important avec déjà 4 GW en
exploitation et de nombreux
projets en cours [3].
Champ de panneaux solaires © Pixabay
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
8 ACTUALITÉS
Sources :
[1]	 L. Nouvelle, « Airbus, EDF, CMA-CGM... Quelles entreprises ont conclu des accords lors de la visite du président chinois en
France ? - L’Usine Aéro », mars 2019.
[2]	 L. Nouvelle, « C’est quoi cet accord de 1 milliard d’euros d’EDF en Chine ? - L’Usine de l’Energie », mars 2019.
[3]	 « Eolien en mer : EDF va prendre une participation dans deux projets en Chine », Le Monde de l’Energie, 26-mars-2019. .
VISITE DU PRÉSIDENT XI JINPING EN FRANCE : DES ACCORDS CONCLUS ENTRE
DES SOCIÉTÉS DU SECTEUR DE L’ÉNERGIE
EN BREF VISITE DE GRDF
Le lundi 25 mars, accompagnés de Sébastien Rose (promotion OSE 2004) et de Gilles
Guerassimoff, les élèves du mastère OSE se sont rendus à la traditionnelle visite du
poste de distribution de gaz de Cannes géré par GrDF et possédé par la commune. Le gaz
provient du méthanier de Marseille-Fos-Sur-Mer et arrive vers le poste de distribution
dans le réseau de transport de GRT gaz à une pression de 60 bars. Filtré par un filtre
à huile puis détendu à 4 bars dans une soupape, ce gaz alimente les réseaux des
communes alentours de Cannes (Antibes, Juan-les-Pins, Grasse, Mougins, Golfe-Juan...).
Les plus gros consommateurs dans la région sont les industries chimiques et l’industrie
du parfum de la région de Grasse. Les canalisations de transport et distribution sont
fabriquées en acier 250 isolé électriquement pour éviter la corrosion. Pour des raisons
de sécurité, la pression dans les canalisations ne doit pas être inférieure à 1 bar. Au
niveau du poste de distribution, les canalisations et robinets sont numérotés pour
pouvoir être manœuvrés à distance sur ordre de la centrale. Des capteurs de pression
et température y sont installés pour contrôler le gaz.
Le centre visité est un centre de formation et d’entraînement où les pompiers et la
police sont sensibilisés aux dangers du gaz et apprennent à faire face à des accidents
et des incendies. Les entreprises du BTP sont également sensibilisées aux règles de
sécurité et aux dangers que représentent les travaux de terrassement, de forage et de
fondations, souvent responsables de dégâts sur les réseaux,
et propices aux dangers. Aujourd’hui, bien que GrDF soit en
obligation de cartographier ses réseaux, un grillage jaune est
placé entre 20 et 30 centimètres de profondeur pour informer
un professionnel du bâtiment sur la présence d’un réseau de
gaz. Aussi, des véhicules équipés de capteurs peuvent être
utilisés pour parcourir un terrain et y déceler la présence ou
non d’un réseau de gaz.
A la fin de cette visite, M. Henon a illustré le danger que
représente l’inflammation d’un réseau de gaz en mettant le
feu à un terminal de conduite de 3 bars, dédié à cet effet.
Nous avons pu nous rendre compte de la violence d’un tel
accident, qui génère une flamme de plusieurs mètres de haut.
Nous remercions Sébastien Rose et Venance Henon pour nous
avoir expliqués leur métier et les risques liés à la gestion du
réseau de gaz.
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
9VISITE DE GRDF
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
10
A Cadarache, visite du Commissariat
à l’Energie Atomique
Lors de notre visite au CEA
C a d a r a c h e l e l u n d i 1 8
mars 2019 dans la matinée,
nous avons été accueillis par
Aurélie Denis, chargée de
communication scientifique.
Le Commissariat à l’Energie
Atomique et aux Energies
Al te r n at i ve s (C E A) e s t u n
acteur majeur de la recher-
che, du développement et de
l’innovation. Il travaille sur
quatre grands sujets : les éner-
gies bas carbone (nucléaire
et renouvelables), la défense
et la sécurité globale de la
France, les technologies pour
la santé et l’information et les
très grandes infrastructures de
recherche. Le CEA Cadarache
est l’un des neuf centres de
recherche du CEA et le plus
grand centre de recherche
et de développement tech-
nologique pour l’énergie en
Europe. A travers ses plate-
for mes technologiques de
recherche et de développe -
ment, il soutient l’industrie
du nucléaire, développe les
systèmes nucléaires du futur
et promeut les énergies alter-
natives. Il est constitué de
plus de 500 bâtiments dont
21 installations nucléaires
de base civile et une de base
défense. Le site regroupe près
de 2 400 salariés et 3 700 per-
sonnes sous-traitantes.
Vivien Stocker, communicant
sur le RJH, nous a présenté
le réacteur Jules Horowitz.
Le R J H e s t u n « M ate r i a l
testing Reactor », sa mission
est de maîtriser le comporte-
ment des matériaux et com-
bustibles sous irradiation en
fonc tionnement normal et
anormal afin de carac téri-
ser et qualifier un protocole
et de répondre à une expres-
sion des besoins des industri-
els tels que EDF. Ce réacteur
n’e s t d o n c p a s d e s t i n é à
produire de l’électricité. Sa
mise en fonctionnement est
prévue en 2020. Sa construc-
tion a été initiée en 2007 et
génère 100 à 300 emplois
directs et 300 à 1000 emplois
indirects selon les phases du
chantier. Le RJH a des enjeux
o p é r a t i o n n e l s i m p o r t a n t s
tels que la recherche et le
développement en soutien à
l’industrie nucléaire, le main-
tien des compétences et de
l’expertise nucléaire et la for-
mation de radioéléments pour
le médical afin de produire le
Technétium-99m, utilisé pour
l’imagerie médicale à des fins
de diagnostic. La durée de vie
du 99  mTc est limitée à 6h,
c’est pour cela qu’il doit être
produit en continu. Les avan-
tages de celui-ci est qu’il est
chimiquement adéquat et que
les émissions gamma sont de
faible énergie (140 keV ). La
construction du RJH n’a été
décidée que récemment parce
que d’une part les réacteurs
actuels sont vieillissants et
d’autre part le réacteur est
plus performant (100  MWth)
d û a u x f l u x d e n e u t ro n s
impor tants. Le RJH pourra
subvenir à 25 % des besoins
annuels de l’Union europée-
nne et pourra monter à 50 % si
nécessaire. En ce qui concerne
le modèle économique, le RJH
est piloté par un consortium
international qui regroupe
d e s ce nt re s d e re c h e rc h e
e t d e s e nt re p r i s e s i n d u s -
trielles européennes (EDF,
TechnicAtome, …). L’accès au
RJH est privilégié pour ceux
qui le financent. L’ilot nuclé-
aire du réacteur a un diamètre
de 366  m et une hauteur de
43,1 m et pèse 120 000 tonnes.
La taille du bâtiment est pro-
portionnelle à la puissance
VISITE DU CEA
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
11
et à la sureté actuelle. Il est
construit en conformité avec
le plus haut niveau de sûreté
requis par l’Autorité de sûreté
nucléaire : résistance accrue
à un séisme d ’intensité 9
sur l’échelle MSK, plusieurs
groupe de secours fonction-
nant au diesel pour assurer
l’alimentation électrique, un
système d’évacuation de la
chaleur résiduelle en air et
une seconde salle de contrôle
en cas de situation d’urgence.
E n s u i t e , n o u s a v o n s é t é
accueillis dans les locaux de
l’IRFM (Institut de la Direction
de la Recherche Fondamentale)
par Benoît Lacroix, qui tra-
vaille dans le domaine des
aimants supraconduc teurs.
Le Tokamak est l’acronyme
des mots Russes Toroidalnaja
Kamera Magnetrnaja Katuska,
ce qui signifie chambre toroï-
d a l e à co n f i n e m e nt m a g -
nétique et dont le principe
est de produire un plasma
confiné. Il existe 3 systèmes de
champ magnétique : le solé-
noïde central qui décharge la
tour centrale pour générer le
courant du plasma, le champ
toroïdal et la bobine toroï-
dale. Le projet ITER réuni
sept membres associés dont
l’Union Européenne. L’objectif
d’ITER est d’amplifier de 10
l’énergie récupérée (500 MW )
par rapport à l’énergie fournie
au départ (50 MW ). Le plasma
est chauffé par le champ
magnétique jusqu’à attein-
dre un courant de 1 million
d ’a m p è r e s . S a r é s i s t a n c e
ohmique diminue avec la tem-
pérature, on doit prendre le
relai avec d’autres systèmes de
chauffage pour atteindre les
150 millions de degrés Kelvin.
Pour mesurer les données de
température, on peut soit
passer par des méthodes pas-
sives (densité, courant, …) soit
par des méthodes actives par
injection de faisceaux laser
qui ne vont pas perturber le
plasma. Le matériau utilisé
dans l’enceinte du réacteur
doit faire face aux bombar-
dements neutroniques et aux
flux de par ticules d’hélium
et d’hydrogène qui pourront
i n d u i re d e s d é p l a ce m e nt s
atomiques dans le matériau
et donc perturber sa micro-
structure et ses propriétés
physiques. L’hydrogène peut
s’implanter dans le matériau
et entraîner un gonflement de
celui-ci. Le Tungstène est le
matériau choisi car son taux
d e ré te nt i o n d ’ hyd ro g è n e
est faible et sa conductivité
thermique est élevée ce qui
permet de transmettre au
mieux l’énergie reçue. Le
réacteur WEST sert à tester
des éléments du futur ITER.
L’installation TORE SUPRA a
été mise en service en 1988 et
rebaptisée WEST par la suite.
C’est le premier Tokamak au
monde doté d’aimants supra-
conducteurs et d’équipements
activement refroidis ce qui
p e r m e t d e p r o d u i r e d e s
plasmas de longue durée. La
température atteinte au cœur
d’un plasma de fusion est de
150 millions K afin d’assurer
l’efficacité de la réaction de
fusion.
Sur TORE SUPRA, la tempéra-
ture du plasma atteint les 80
millions K. Par ailleurs, c’est la
seule machine équipée d’un
système magnétique toroïdal
supraconducteur où l’hélium
liquide permet de le refroidir
à 2 K.
Dans la mesure où les supra-
conducteurs sont limités en
ter mes de sur pression, le
plasma est soumis à une pres-
sion qui ne dépasse pas les
7 bars.
Le limiteur reçoit la grande
majorité des flux de chaleur
p r o v e n a n t d u p l a s m a à
h a u t e u r d e 6 0   % d e s a
VISITE DU CEA S
Tore Supra © P. Stroppa/CEA
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
12 VISITE DU CEA
puissance totale en fonc -
tionnement standard, ce qui
correspond à une puissance
sur facique d’environ 5 MW/
m² et une température face
au plasma de 200°C. L’écart
entre cette température et les
températures mises en jeu au
sein du plasma est donc très
important. L’alimentation du
plasma en particules se fait de
3 façons différentes : injection
de gaz classique, injection de
gaz supersonique par impul-
sion et injection de glaçons.
Quant à l’alimentation du
plasma en énergie, plusieurs
méthodes ont été testées
comme l’effet joule produit par
le déplacement des électrons,
l’injection et le confinement
m a gn é t i q u e d e p a r t i c u l e s
accélérées et l’échauffement
par de puissants lasers.
Il existe plusieurs Tokamaks
dans le monde (environ 200),
voilà quelques-uns qui sont
encore opérationnels de nos
jours :
•	 K S T A R ( K o r e a n
Superconducting Tokamak
Advanced Research
•	 ToreSupra à Cadarache
•	 COMPASS à Prague
•	 FTU en Italie
•	 T C V b a s é à l ’é c o l e
Polytechnique Fédérale de
Lausanne
N o u s s o u h a i t o n s r e m e r -
cier toutes les per s o nne s
q u i n o u s o n t a c c u e i l -
lies au CEA Cadarache et
nous ont fait par tager leur
savoir dans le domaine du
nu cléaire, et no ta mment
Aurélie  Denis, Vivien Stocker
et Benoît Lacroix.
Rihab BEN MOKHTAR
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
13VISITE D’UNE CENTRALE PHOTOVOLTAÏQUE
Visite d’une centrale photovoltaïque
La promotion est accueil-
lie en début d’après-midi
par Alexandre Levy, un ancien
élève du mastère OSE de la
promotion 2007, sur le site
de Puyloubier avec une vue
imprenable sur la montagne
Sainte -Victoire à une ving-
taine de kilomètres d’Aix en
Provence.
La centrale est construite
sur un terrain de 35 ha, qui
était anciennement une car-
rière d’argile et donc classé
comme un terrain dit dégradé,
ce qui est un avantage lors de
la consultation des projets
par la CRE. Ce site, dont le
potentiel solaire est excel-
lent (1605 kWh/m²/an), abrite
86 600 panneaux à couches
minces pour une puissance
crête de 6,5 MW.
L’étude d’impact préalable au
projet a révélé la présence de
plusieurs espèces animales
sur le site. Le site étant situé
à quelques kilomètres d’un
site Natura 2000, une atten-
tion particulière a été portée
sur la biodiversité environ-
nante. Ainsi, le site accueil-
lant une population impor-
t a n t e d e l é z a r d s o c e l l é s,
tous les rochers du site ont
été préser vés et des petits
a b r i s c o n s t r u i t s. U n p l a n
d’eau a aussi été maintenu
afin de ne pas porter préju-
dice aux deux espèces de
batraciens qui vivent sur le
site. EDF  Renouvelables s’est
également attaché à préserver
le paysage avec l’agencement
des panneaux, la plantation de
2500 arbustes méditerranéens
et la couleur des bâtiments.
Le début du projet date de
2 0 0 8 e t s o n i n a u g u rat i o n
de fin 2010, soit juste avant
l e m o r a t o i r e p h o t o v o l t a -
ïque mettant fin aux tarifs de
rachat très élevés pour le PV.
Il a été choisi de faire appel au
financement participatif pour
impliquer la population locale
dans le projet. Cette centrale
a été entièrement conçue
e t e s t e x p l o i t é e p a r E D F
Renouvelables, qui a récem-
ment lancé un ambitieux plan
solaire de 30 GW d’ici 2035 sur
le territoire français.
La promotion tient à remer-
cier chaleureusement EDF
Renouvelables et particulière-
ment Alexandre Levy pour
cette visite très enrichissante.
Valentin MATHIEU
Vue de la centrale photovoltaïque © V. Mathieu
Pa r m i l e s v i s i t e s d e l a
semaine, les étudiants du
Mastère spécialisé OSE ont eu
l’occasion de découvrir le quo-
tidien d’analystes du marché
de l’électricité. La Compagnie
Nationale du Rhône et notam-
ment Helena WAGRET (pro-
motion OSE 2009) et Martin
POCHAT, les a donc accueillis
dans ses locaux de La Croix-
Rousse à Lyon. Cette entre-
prise locale s’est vue confier
la gestion du Rhône en 1934.
Etre concessionnaire d ’un
f l e u ve i m p l i q u e p l u s i e u r s
responsabilités :
•	 A s s u r e r l a p r o d u c t i o n
d’énergie de toutes les cen-
trales hydroélec triques,
soit près de 3100 MW ;
•	 Développer la navigation
fluviale ;
•	 Irriguer les terres agricoles.
Le cœur de métier et la plus
importante source de revenu
de la CNR est la production
hydraulique. Elle a su toute-
fois acquérir une exper tise
u n i q u e d a n s l e s é n e rgi e s
renouvelables d’origine cli-
matique. Son parc de produc-
tion éolien atteint 520 MW,
tandis que l’ensemble de ses
centrales solaires a une capac-
ité de 73 MWc (Mega Watt -
Crète, unité de puissance en
photovoltaïque), pour un parc
total de 3696 MW (chiffres de
2017, [1]).
La centrale de la produc tion
de Pierre-Bénite
Avant de visiter les locaux de la
CNR, le mastère a été accueilli
par Claude Eyméry sur le site
de la centrale hydroélectrique
de Pierre-Bénite. Récemment
retraité, C. Eyméry a pris de
son temps pour venir nous
expliquer le fonctionnement
de cette centrale au fil de
l’eau qu’il a dirigée. L’usine-
écluse, mise en service dès
1967, présente une double
fonc tionnalité : la gestion
de la navigation fluviale sur
le Rhône d’une part, par le
biais d’écluses contrôlées à
distance depuis un centre
de contrôle, et d’autre part
la produc tion d’élec tricité
avec la mise en place en 2000
d’un système hydroélectrique
d’une puissance installée de
80 MW afin de valoriser les
débits réservés du fleuve. Elle
produit en moyenne 535 GWh
d’énergie électrique annuelle.
Les turbines utilisées sont
des « Bulbes-Amont ». Elles
ont la spécificité d’intégrer
l ’ a l t e r n a t e u r d i r e c t e m e n t
dans le corps de la turbine.
C e s m a c h i n e s t o u r n a n t e s
à a x e s h o r i z o n t a u x s o n t
A Lyon, visite de la Compagnie
Nationale du Rhône
Site du Pouzin (Ardèche) © C.Moirenc / photothèque CNR
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
14 LA COMPAGNIE NATIONALE DU RHÔNE
par faitement adaptées aux
barrages au fil de l’eau comme
celui de Pierre-Bénite.
Optimisation de la production
Suite à cette visite, nous nous
sommes rendus au siège social
de la CNR, où Helena Wagret
et Mar tin Pochat nous ont
exposés les activités de la
Compagnie.
Pour répondre aux exigences
du marché de l’électricité, à
savoir participer à l’équilibre
offre-demande tout en assur-
ant une production qui lui
garantit un profit optimal, la
compagnie doit faire face à
plusieurs enjeux. Les usines
n’ont, en effet, pas de capac-
ités de stockage comme les
barrages des Alpes. Le premier
aléa auquel il faut faire face est
le « volume » de production.
En effet, l’énergie générée par
une centrale au fil de l’eau
(comme celles qui longent le
Rhône) est fatale et aléatoire.
Dans ces centrales, on ne peut
a priori pas retenir l’eau arri-
vant en amont, comme les
grands barrages de retenue
d’eau des Alpes. La CNR fait
donc face à une grande vari-
abilité interannuelle, qui peut
aller de 10 à 18 T Wh par an.
Ces fluctuations impactent
n é c e s s a i re m e n t l e c h i f f re
d’affaire de l’entreprise. Le
deuxième aléa est la fluctua-
tion des prix du marché spot,
qui met également en danger
le producteur.
Po u r p a l l i e r c e s a l é a s e t
réduire son exposition aux
r i s q u e s , l a C N R d i s p o s e
d’outils d’optimisation à dif-
férentes échelles.
Dans un premier temps, la
CNR établit une stratégie
« de couverture ». Il s’agit de
réaliser au mieux un place -
ment de la production sur le
moyen (un semestre) et long
terme (2-3 ans), avec des con-
trats de gré à gré. Ces contrats
représentent un volume total
de 10 TWh par an environ, sur
les 15 TWh produits, soit près
de 70 % du chiffre d’affaire de
la Compagnie.
Dans un second temps, elle
va chercher des placements
à plus cour t terme, sur le
marché EPEX SPOT. Ceci impli-
que d’effectuer des prévisions
météo à l’horizon des 10 à12
jours. Dans cette situation la
prévision du débit est primor-
diale pour plusieurs raisons :
•	 D’abord si l’offre propo-
sée sur le marché est dif-
férente de la production
effectivement réalisée le
jour J, le producteur subit
des pénalités ;
•	 Ensuite une bonne prévi-
sion du débit permet une
meilleure régulation de la
production par rapport aux
prix du marché. On pourra
par exemple produire plus
quand le prix augmente,
et moins quand le prix
baisse ;
•	 Par ailleurs, la CNR est
Responsable d’Equilibre
de l’ensemble du groupe
E N G I E , s o i t 4 0 0 0 0 0
c l i e n t s   [ 1 ] . D e t e l l e s
p r é v i s i o n s l u i p e r -
m e t t e n t d ’a s s u r e r u n e
bonne gestion infra-jour-
nalière de son périmètre
d’équilibre ;
Section du barrage hydraulique de Pierre-Bénite © A. Jourdain de Muizon
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
15LA COMPAGNIE NATIONALE DU RHÔNE
•	 En outre, la CNR n’étant pas
le seul producteur présent
sur le Rhône, elle doit gérer
les débits en lien avec les
producteurs aval comme
EDF ou la Société des Eaux
de Marseille, au niveau des
Bouches-du-Rhône.
•	 Enfin, la prédic tion du
débit permet d’optimiser
au mieux la maintenance
de l’ensemble des sites
de production d’énergie
renouvelable.
L e c o c k - p i t , s i è g e d e s
pré visions
Le cock-pit constitue la salle
de pilotage où se retrouvent
les différents analystes afin de
gérer l’ensemble des opéra-
tions d’optimisation. Il s’agit
d’assurer une bonne gestion
de la vente d’électricité sur
le marché, par rapport à la
prévision météo, grâce à des
logiciels d’optimisation.
La prévision météo consiste
à l a p ré v i s i o n d e s p l u i e s
sur le territoire concerné.
Cela permet une prévision
hydrologique en débit sur
chaque affluent du Rhône.
O n e n d é d u i t u n e p ré v i -
sion hydraulique et ensuite
une prévision de produc -
tion. Plusieurs modèles per-
mettent de préciser la prévi-
sion météo, comme ARPEGE
(modèle numérique de Météo
France), ou encore le GFS
(modèle américain) ou le CEP
(modèle européen). Ces dif-
férents outils permettent de
mesurer la quantité d’eau
absorbée par le bassin versant
(c’est-à-dire « l’ensemble de
la zone géographique conti-
nentale qui correspond à la
totalité de l’aire de capture
et de drainage des précipita-
tions » [2]), en mm d’eau/6h.
Ils peuvent prendre en compte
de nombreux phénomènes,
comme la limite pluie-neige,
ou la fonte nivale (autrement
dit la fonte des neiges accu-
mulées en saison hivernale).
La prévision hydrologique
c o n s i s t e e n l ’e s t i m a t i o n
du débit des affluents du
fleuve. La CNR se base sur
l e l o gi c i e l H yd ro m e t, q u i
traite des données hydro -
météorologiques. A cet outil
on couple un algorithme de
prévision de précipitations
ainsi que des scénarios.
Po u r f i n i r, l e s p ré v i s i o n s
hydrauliques et de produc-
tion visent quant à elles à
valoriser la flexibilité des
systèmes de production. En
effet, aussi étonnant que cela
Gestion de l’équilibre de production
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
16 LA COMPAGNIE NATIONALE DU RHÔNE
Sources :
[1]	 CNR, « Produire et gérer de l’énergie 100 % verte » 17 04 2019. [En ligne]. Disponible sur : https://www.cnr.tm.fr/.
[2]	 Laboratoire Environnement Ressources de Concarneau, «Hydrologie,» 17 04 2019. [En ligne]. Disponible sur : http://www.
ifremer.fr/cycleau/cycleau/milieu-naturel/hydrologie.htm.
puisse paraitre, les barrages
hy d r o é l e c t r i q u e s p e u v e n t
intégrer des processus de
stockage, à travers des mar-
n a g e s d e re te n u e n o t a m -
ment. L’optimisation à ce
niveau permet de réguler le
débit du fleuve sur des plages
de puissances très intéres-
santes, allant de 600 MW à
2000 MW, au lieu d’une pro-
duction moyenne de 1500 MW
sans moyen de retenue d’eau.
Cela constitue alors une aide
précieuse et décarbonée à la
gestion des pics de consom-
mation, sachant que cette
gestion est principalement
réalisée par des centrales à
gaz, à l’impact environnemen-
tal et climatique plus néfaste.
Perspec tives
E n d é f i n i t i v e , c e s o u t i l s
d’optimisation permettent à
la CNR d’être leader français
dans le domaine de la produc-
tion d’énergie renouvelable.
Toutefois, la CNR doit faire
face à différents enjeux, et
notamment la fin du contrat
de concession du Rhône en
2023. Cette étape est capi-
tale pour la Compagnie car
la par t pr incipale de son
chiffre d’affaire s’appuie sur
s a p ro d u c t i o n hyd r o é l e c -
trique. Mettant tout en œuvre
pour s’assurer un renouvelle-
ment de la concession dans
3 ans et demi, le producteur
cherche néanmoins à garan-
tir sa pérennité à travers de
nouveaux marchés. Ainsi la
Compagnie s’intéresse à de
nouveaux modèles d’affaires,
comme l’usage des véhicules
électriques dans la valorisa-
tion des énergies renouvel-
ables intermittentes (comme
l’énergie éolienne ou solaire).
De même, la CNR réfléchit
à u n u s a g e p e r t i n e n t d e
l’agrivoltaïsme, qui consiste
à placer des panneaux photo-
voltaïques au dessus de cul-
tures agricoles pour les pro-
téger de la pluie, la grêle ou
la sécheresse. Cela permet-
tra de profiter pleinement
de l’énergie solaire, tout en
respectant l’écosystème envi-
ronnant, voire même en le
valorisant.
N o u s t e n o n s à r e m e r c i e r
les intervenants de la CNR -
Claude Eymery, Helena Wagret
et Martin Pochat - pour leur
pédagogie et leur accueil
chaleureux et instructif.
Antoine
JOURDAIN DE MUIZON
Barrage de retenue d’eau en aval de la centrale © A. Jourdain de Muizon
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
17LA COMPAGNIE NATIONALE DU RHÔNE
L’a m é n a g e m e n t e x i s ta n t d e
la Coche
La centrale de la Coche a été
mise en service pour la pre-
mière fois en 1976. Son fonc-
tionnement repose sur celui
des STEP (Station de Transfert
d’Energie par Pompage).
Comme le montre la figure ci-
dessous, l’eau retenue dans
le bassin amont (cuvette de
La Coche, 1400 m d’altitude)
peut être turbinée et con-
duite au bassin aval (barrage
d’Aigueblanche). L’eau peut
alors être pompée et ramenée
jusqu’à son bassin d’origine.
L’eau qui arrive naturellement
dans le bassin amont provi-
ent de différents affluents de
l’Isère. Ces apports d’eau sont
d’ailleurs par ticulièrement
importants pendant la fonte
des neiges. La centrale de la
Coche est un aménagement
dit de haute chute puisqu’il
existe un dénivelé important
entre les bassins amont et
aval de plus de 900 m.
L e c y c l e r é v e r s i b l e d e
pompage / turbinage est pos-
sible grâce aux 4 turbines
En Savoie, visite du chantier de cen-
trale hydroélectrique de la Coche
Dans le cadre de visites annuelles, les élèves du MS en Optimisation des Systèmes Energétiques
ont eu la chance de visiter le 20 mars 2019 dernier le chantier d’extension de la cen-
trale hydroélectrique EDF de La Coche, située à une trentaine de km au sud d’Albertville
en Savoie. Ce sont Réjane Michel et Emmanuel Mordefroid qui ont conduit la visite.
Les élèves en visite à La Coche avec Emmanuel Mordefroid © Laura Sobra
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
18 LA COCHE PELTON
réversibles de type Francis qui
composent la centrale de la
Coche. Cette dernière délivre
aujourd’hui une puissance
totale de 320  MW et produit
annuellement 550  GWh, soit
l’équivalent de la consom-
m at i o n d e 2 2 5 0 0 0 h a b i -
tants. Cette STEP par ticipe
à l’équilibrage production/
consommation du réseau en
répondant notamment aux
pics de consommation. [1]
Le Gr o u p e Pe lt o n l e p lu s
puissant de France
Suite à la loi POPE (ar ticle
44 de la loi n° 2005-781 du
13/07/2005 fixant les orien-
tations de la politique éner-
gétique [2]), il est possible
pour tout concessionnaire
d ’a u gm e nte r l a p u i s s a n ce
d ’un ouvrage hydraulique
de 20% sans avoir besoin de
modifier l’acte de concession
o u d ’o b t e n i r u n a c c o r d
administratif.
L’objectif du réaménagement
est donc d’augmenter la capac-
ité installée de 20  %, grâce à
l’installation d’un nouveau
groupe de production de type
« Pelton », d’une puissance
de 240 MW. Ce groupe Pelton
représente pour EDF un inves-
tissement de 150 millions
d’euros. La turbine sera, une
fois en fonctionnement, la
plus puissante en France.
A t e r m e , l ’ a m é n a g e m e n t
c o m p l e t p o u r r a p r o d u i r e
650  GWh/an, soit la consom-
mation de 270 000 habitants.
[3]
Par définition, une turbine
Pelton est une turbine à injec-
tion partielle, c’est-à-dire que
Tracé en coupe des bassins de retenue et des conduites © EDF [1]
Schéma de fonctionnement d’une turbine Pelton, axe ver-
tical à un injecteur © source [4]
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
19LA COCHE PELTON
seule une partie des augets
( p a r t i e d ’ u n e t u r b i n e e n
forme de cuillère sur laquelle
on projette le fluide moteur)
est en contact avec le fluide à
un moment donné. Le fluide
moteur arrive à la roue à
augets (en rouge) à la pres-
sion atmosphérique. Toute
l’énergie de l’eau est appor-
tée sous forme d’énergie ciné-
tique et la pression de l’eau
est identique en amont et en
aval du rotor.
Pour être distribué à la roue,
le fluide circule depuis la con-
duite forcée dans un ou plus-
ieurs injecteurs (suivant si la
turbine est à jet unique comme
sur l’illustration ou à jet multi-
ple). L’injecteur a pour rôle de
régler le débit de sortie, grâce
à la conversion de l’énergie de
pression du fluide en énergie
cinétique. L’injecteur est lui-
même composé d’une tuyère
(ou buse) et d’une aiguille
d’ajustement du débit. La
vitesse de l’eau en sortie ne
dépend quant à elle que de la
hauteur de chute. La roue est
en rotation dans l’air et peut
être à axe vertical (comme ci-
dessus) ou à axe horizontal.
[4]
La turbine Pelton de La Coche
est elle à axe horizontal et
dispose de 5 injecteurs répar-
tis tout autour de la roue. Le
débit maximal turbiné sera de
28 m3
/s soit près de 6000 litres
par injecteur par seconde !
L’eau sera projetée à 540 km/h
sur la roue qui tournera à
420 tours/min. La masse tour-
nante du groupe (roue & rotor)
sera de 500 tonnes.
Elle ne fonctionnera qu’en
mode turbinage (le pompage
é t a n t a s s u ré p a r l e s t u r -
bines Francis actuelles) mais
apportera à l’installation com-
plète davantage de modular-
itégrâce à une large plage de
puissance de fonctionnement
e t p e r m e t t r a d ’ a b s o r b e r
l’afflux d’eau lors de la fonte
des neiges. [3]
Les travaux d’installation
Les travaux préparatoires ont
commencé dès 2013. Cette
première étape a consisté à
déconstruire les anciens bâti-
ments existants afin de laisser
place à l’usine extérieure qui
accueillera le groupe Pelton.
Dans un deuxième temps,
comme le montre l’illustration
ci-dessous (les parties en sur-
brillance orange représen-
te nt l e s a m é n a g e m e nt s à
effectuer), il a fallu creuser
u n e g a l e r i e s o u t e r r a i n e
d’alimentation en eau pour
atteindre la conduite existante
(en haut à gauche de l’image),
s’y raccorder et créer une déri-
vation pour rejoindre la future
usine extérieure (bâtiment au
centre de l’image). Cette nou-
velle galerie de 300 mètres de
long a été creusée par minage.
En pratique, chaque tronçon
de la nouvelle conduite (3 à
9 mètres de long et 2,36 m
de diamètre pour un poids de
10 à 30 tonnes) ont été suc-
cessivement posés et soudés
entre eux. Le raccordement
s’est fait grâce à une pièce
spéciale en forme de Y.
La construction à proprement
parler de la nouvelle usine a
commencé courant 2016. Elle
mesurera 33 mètres de haut
et pourra accueillir un groupe
de production de 12 mètres
de haut. Pour assurer au bâti-
ment de solides fondations,
une grande dalle de béton de
15 000 m3
a été coulée à sa
base.
La structure mécanique cyl-
indre (cylindrique ?) accueil-
lant la turbine a été blindée
et le bâtiment tout entier a
été ancré au rocher (duquel
a r r i ve l a co n d u i te fo rcé e
d’eau – cf figure ci-dessous)
afin de garantir la solidité de
l’ouvrage. Une fois la structure
du bâtiment (béton et char-
pente métallique) achevée, un
pont roulant pouvant soulever
jusqu’à 400 tonnes est venu
loger l’ensemble du groupe de
production dans son cylindre
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
20 LA COCHE PELTON
blindé. A ce jour, l’ensemble
du groupe Pelton et de la nou-
velle installation électrique a
été livré et monté. Des tests
sont en cours avant une mise
en ser vice prévue pour le
3ème trimestre 2019. [5]
Un p r o j e t r e s p e c t u e u x d e
l’environnement
Pour toutes les phases du
projet, EDF a cherché à mini-
miser les impacts négatifs de
la nouvelle centrale. Durant
le gros œuvre et notamment
l’excavation de la roche à
l’explosif pour la nouvelle
arrivée d’eau, EDF a effectué
un suivi acoustique et vibra-
toire afin de minimiser la gêne
et de s’assurer qu’aucune
habitation riveraine ne soit
détériorée. Les habitants ont
été informés des avancées
des travaux et ont notamment
été informés par SMS avant
chaque tir d’explosif.
Lors de la mise en ser vice,
EDF conviera l’ensemble de
la population locale à fêter
l’événement en organisant une
semaine d’animation qui se
clôturera avec l’organisation
d’un trail.
Concernant l’environnement,
au-delà des mesures règle -
m e n t a i r e s c o n s e r v a t o i r e s
ou compensatoires propres
aux barrages (ex : passes et
écluses à poissons, débits
ré s e r vé s, d é gr i l l e u r s ) d e s
mesures spécifiques ont été
prises pour protéger la bio-
diversité et suivre certaines
espèces d’oiseaux. La qualité
de l’eau est mesurée et suivie
afin de protéger les popula-
tions de poissons.
Enfin, pendant toute sa con-
struction, la nouvelle cen-
trale a des retombées posi-
tives sur l’écosystème local :
200 personnes viennent quo-
tidiennement travailler sur le
site. 43 % des contrats passés
entre EDF et les entreprises
sous-traitantes sont faits avec
des entreprises de la région.
Et une fois l’usine en exploi-
tation, les collectivités locales
percevront une taxe spéci-
fique de la part d’EDF. [6], [7]
Travaux d’extension de la centrale de la Coche © EDF
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
21LA COCHE PELTON
Les élèves du Mastère OSE
remercient EDF et l’ensemble
des agents qui encadrent ou
opèrent sur le réaménage -
ment de la centrale de La
Coche et tout par ticulière -
ment Emmanuel Mordefroid
ainsi que le service commu-
nication notamment Réjane
Michel. Nous leur sommes
très reconnaissants du temps
et de l’énergie qu’ils nous
ont consacrés pour nous faire
partager leur expérience, les
défis et les enjeux du chantier.
N o u s a v o n s r é e l l e m e n t
apprécié ces échanges ainsi
que d’avoir eu le privilège
d’être au plus proche des
installations.
Pa r a i l l e u r s, s i vo u s s o u-
haitez découvrir le monde de
l’hydroélectricité, le Groupe
EDF organise les 15 et 16 juin
les Journées de l’Industrie
Elec trique et propose des
visites exceptionnelles de ses
sites de production au grand
public. En Savoie, les sala-
riés de la centrale hydroélec-
trique de La Bâthie et de
l ’atelier H ydro R éparation
d’Albertville proposeront des
visites guidées de leurs sites :
inscription sur www.edf.fr/jie
Eli RAKOTOMISA
Usine extérieure accueillant le groupe Pelton © EDF [5]
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
22 LA COCHE PELTON
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
23LA COCHE PELTON
Sources :
[1]	 EDF, « L’aménagement existant de La Coche », avr-2019. [En ligne]. Disponible sur : https://w w w.edf.fr/
g r o u p e - e d f / p r o d u c t e u r - i n d u s t r i e l / e n e r g i e s - r e n o u v e l a b l e s / h y d r a u l i q u e / e d f - h y d r a u l i q u e - p a y s - d e - s a v o i e /
chantier-la-coche-pelton/l-amenagement-existant-de-la-coche.
[2]	 Loi POPE fixant les orientations de la politique énergétique. 2005.
[3]	 EDF, « La construction d’une nouvelle centrale », avr-2019. [En ligne]. Disponible sur: https://www.edf.fr/groupe-edf/
producteur-industriel/energies-renouvelables/hydraulique/edf-hydraulique-pays-de-savoie/chantier-la-coche-pelton/
la-construction-d-une-nouvelle-centrale.
[4]	 L. Megnint, G. Verdurand, et R. Rey, « Turbines hydrauliques - Description et fonctionnement », Techniques de l’Ingénieur,
p. 30, 2008.
[5]	 EDF, « Des travaux d’envergure », avr-2019. [En ligne]. Disponible sur: https://www.edf.fr/groupe-edf/producteur-industriel/
energies-renouvelables/hydraulique/edf-hydraulique-pays-de-savoie/chantier-la-coche-pelton/des-travaux-d-envergure.
[6]	 EDF, « Sécurité et environnement », avr-2019. [En ligne]. Disponible sur: https://www.edf.fr/groupe-edf/producteur-industriel/
energies-renouvelables/hydraulique/edf-hydraulique-pays-de-savoie/chantier-la-coche-pelton/securite-et-environnement.
[7]	 « Un projet qui profite à l’économie du territoire », avr-2019. [En ligne]. Disponible sur: https://www.edf.fr/groupe-edf/
producteur-industriel/energies-renouvelables/hydraulique/edf-hydraulique-pays-de-savoie/chantier-la-coche-pelton/
un-projet-qui-profite-a-l-economie-du-territoire.
La future centrale de la Coche Pelton © EDF
Lors de la visite du 20
m a r s 2 0 1 9 , l e s é l è v e s
du mastère ont été chaleu-
re u s e m e nt a cc u e i l l i s c h e z
E n e r g y   Po o l a u B o u r g e t -
du-Lac par Laura  Dar vey,
chargée de communication, et
R o m a i n   S a i n t­- L é g e r ( O S E
p r o m o 2 0 1 7 ) , i n g é n i e u r
recherche & innovation.
Au cours de la visite, nos
hôtes nous ont présenté la
société et ses perspectives.
Energy Pool est un agrégateur
et un opérateur de flexibilités
électriques et leader mondial
du secteur. L’entreprise a été
créée en 2009 dans le tech-
nopôle ‘Savoie Technolac ’.
Quatre ans après sa création,
elle a commencé son déploie-
ment à l’étranger. Aujourd’hui,
Energy Pool est présente dans
différents pays ; en Belgique,
au Royaume -Uni, au Japon,
au Cameroun, en Norvège, en
Corée et en Turquie.
L e c œ u r d e m é t i e r
d’Energy  Pool est la flexibil-
ité électrique. Plus précisé -
ment, l’entreprise a un parc
de clients constitué de gros
industriels qui consomment
beaucoup d’électricité. Elle
gère donc son por tefeuille
clients pour offrir au gestion-
naire du réseau RTE une amé-
lioration de la stabilité du
réseau électrique.
M. Saint-Léger nous a entre-
tenus sur l’équilibrage du
système électrique et la flex-
ibilité opérés à Energy  Pool.
L’entreprise utilise la flex-
ibilité pour répondre aux
d i f f é r e n t s e n j e u x é n e r -
g é t i q u e s . E l l e p e u t , p a r
exemple, réduire les pointes
et faciliter l’intégration des
énergies renouvelables en
Europe. Elle gère aussi les
pénuries en Afrique et réduit
l’utilisation des centrales au
fioul pour couvrir les pointes
au Moyen-Orient.
Comme indiqué ci-dessus, la
consommation des clients de
l’entreprise est importante.
Energy Pool peut donc pro-
p o s e r a u g e s t i o n n a i re d u
réseau électrique différents
services pour assurer la sta-
bilité du réseau. Parmi ces dif-
férents services, on peut citer
l’effacement électrique et le
système de réserves rapides.
Le principal but de l’entreprise
est de transformer l’industriel
d’un simple consommateur à
un consomm’acteur, c’est-à-
dire que l’industriel accepte
de modifier son profil de con-
sommation pour contribuer à
l’équilibrage du réseau, moy-
ennant une rémunération.
Mais plus précisément, en
quoi consistent les services
proposés par Energy Pool ?
Commençons par l’effacement.
Ce m é c a n i s m e co n s i s te à
r é d u i r e p o u r u n e c o u r t e
p é r i o d e l a c o n s o m m a -
t i o n é l e c t r i q u e d ’ u n ( d e )
gros consommateur(s) pour
diminuer la consommation
globale et éviter le risque
d’un black-out. En fonction de
la disposition de ses clients à
effacer leur consommation,
Energy Pool propose la veille
ses capacités d’effacement
au marché de l ’élec tricité
D ay-Ah e a d. S i ce t te o f f re
d’effacement est acceptée,
le consommateur est informé
par Energy Pool la veille
en début d’après-midi qu’il
devra effacer sa consomma-
tion sur un créneau connu et
pour une puissance donnée.
A u B o u r g e t - d u - L a c , v i s i t e d ’
Energy Pool
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
24 VISITE CHEZ ENERGY POOL
Il pourra consommer sur un
autre créneau où l’électricité
est moins chère.
L’agrégateur peut aussi se
positionner sur le marché
d’ajustement, dont R te est
l’unique client. Dans ce cas,
le contrat stipule le volume de
flexibilité activable pendant
une certaine durée et pour un
certain délai d’activation, qui
n’éxcède pas deux heures.
Du fait de son portefeuille de
clients conséquent, Energy
Po o l j o u e u n rô l e i m p o r -
tant dans la réduction de la
consommation.
Le deuxième service proposé
p a r E n e r g y P o o l e s t l e
mécanisme de réserves.
Ces réser ves se composent
des réserves primaire, secon-
daire et tertiaire.
Elles sont activées après un
déséquilibre entre l’offre et la
demande et dans un très court
délai (maximum 30 secondes).
Ce déséquilibre entraîne une
diminution de la fréquence du
réseau ce qui menace sa sta-
bilité. Pour résoudre ce prob-
lème, la réserve primaire est
activée automatiquement, ce
qui permet de stabiliser cette
fréquence. Elle reconstitue
ainsi la puissance manquante.
Puis, la réser ve secondaire
inter vient pour ramener la
fréquence au nominal c’est-
à-dire 50 Hz. Finalement, la
réserve tertiaire est activée
pour remplacer durablement
la puissance manquante.
L’entreprise Energy Pool est
rémunérée par le gestionnaire
du réseau pour la disponibilité
et l’activation de ses réserves.
Les ajustements temporaires © EnergyPool
Mécanisme de réserves © Energy Pool
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
25VISITE CHEZ ENERGY POOL
Energy Pool utilise la flexi-
bilité comme une solution
aux mutations que connaît
actuellement le mix énergé-
tique. En effet, l’intégration
des énergies renouvelables
intermittentes sur le réseau
expose ce-dernier à un risque
d’instabilité permanent. La
flexibilité peut donc com-
penser l’intermittence de la
production à partir d’énergies
renouvelables. L’instabilité
du réseau est aujourd’hui
m a j o r i t a i r e m e n t c o m p e n -
s é e p a r l e s é n e rgi e s fo s -
siles et par les importations
d’électricité de nos voisins
européens. En France, les
émissions de CO2
par heure
de tension ont augmenté de
50  % en 2017 par rapport à
2014. Les solutions proposées
par Energy  Pool permettent
de réduire l’activité des cen-
trales de pointe et donc de
réduire les émissions de gaz à
effet de serre. Pour limiter ces
émissions pendant les péri-
odes de pointe tout en garan-
tissant la stabilité du réseau,
on peut utiliser des solutions
d e f l e x i b i l i té a l te r n at i ve s
notamment l’effacement avec
les centrales pilotables  : les
industriels peuvent consom-
mer lorsque la produc tion
des EnR est importante et ils
s’effacent lorsque la produc-
tion est faible. En participant
au mécanisme d’effacement,
l e s c o n s o m m a t e u r s c o n -
tribuent à une gestion plus
intelligente de l’énergie.
A la fin de la présentation,
M. Saint-Léger nous a précisé
que le record d’effacement
d’Energy Pool a eu lieu le 2
juin 2016, date à laquelle
Energy Pool a effacé 1,1 GWh
pendant 2 heures (de 18h00 à
20h00) avec la participation de
46 sites. La quantité d’énergie
effacée est équivalente à la
consommation de 2  244 000
habitants. 673 tonnes de CO2
ont ainsi été économisées
grâce à ce mécanisme.
Energy Pool propose égale -
m e n t d ’ a c c o m p a g n e r l e s
industriels dans le mécanisme
de capacités “Mécapa” mis en
place par l’état et appliqué
par Rte. L’objectif principal
de ce mécanisme est d’inciter
les fournisseurs, les exploi-
tants des capacités de pro-
duction ou d’effacement et le
gestionnaire du réseau élec-
trique à contribuer à la sécu-
rité d’alimentation en fonc-
tion de la consommation en
puissance de leurs clients ou
d’eux-mêmes. Ce mécanisme
i m p u t e a u r e s p o n s a b l e
d’équilibre une obligation
de capacité pour les clients
de son périmètre sur la base
de leur consommation. Tout
exploitant d’une capacité de
production ou d’effacement
p e u t f a i re c e r t i f i e r c e t t e
capacité en tant que “garan-
tie de capacité”, sur la base de
la production. Le responsable
d’équilibre peut s’acquitter
de son obligation de capac-
ité en achetant son obliga-
tion en “garantie de capaci-
tés”. Autrement, il est pénal-
isé par Rte. Ces volumes sont
échangés par des exploitants
de capacité moyennant une
certification délivrée par le
gestionnaire du réseau public
auquel elles sont raccordées.
La certification se base sur
un engagement prévisionnel
des exploitants en termes de
disponibilité de leurs capaci-
tés, puis réajustée a posteri-
ori. Ces capacités sont valori-
sées et peuvent être vendues
sur le marché de capacité. Par
exemple, le prix de référence
marché (PRM) des garanties
de capacités 2019 est égal à
17 365 €/MW.
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
26 VISITE CHEZ ENERGY POOL
Les élèves du mastère OSE accompagnés de Gilles Guerassimoff et Romain Saint-Léger © Energy Pool
N o u s t e n o n s à r e m e r c i e r L a u r a   D a r v e y , c h a r g é e d e c o m m u n i c a t i o n , e t
Romain  Saint-Léger, ingénieur recherche innovation pour leur chaleureux accueil et leur
présentation particulièrement instructive pour les élèves du MS OSE.
Hamza MRAIHI
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
27VISITE CHEZ ENERY POOL
L’actualité politique récente
au Venezuela et en Algérie,
deux impor tants pays pro-
d u c t e u r s e t e x p o r t a t e u r s
d’hydrocarbures, pose la ques-
tion de l ’interdépendance
entre politique et énergie.
Le p r e m i e r p a y s c i t é , l e
Venezuela, est en effet le
1 2 è m e
p ro d u c t e u r m o n d i a l
de pétrole avec 2,11  mil-
lions de barils par jour en
2017, mais possède surtout
les plus grosses réserves au
monde avec plus de 300 mil-
liards de baril soit quasiment
18  % des réser ves mondia-
les [1]. L’Algérie est, elle, le
18ème
producteur mondial de
pétrole mais surtout le 10ème
producteur mondial de gaz
[2].
Le cas du venezuela
Depuis 2014, le Venezuela
e s t p l o n g é d a n s u n e
crise économique et poli-
t i q u e p ro fo n d e. E n e f fe t ,
Nicolas Maduro, le successeur
d’Hugo Chavez au pouvoir,
est très impopulaire et con-
t e s t é d e p u i s d e s a n n é e s,
sa politique étant loin de
faire l’unanimité. Ainsi de
nombreuses manifestations,
s é v è r e m e n t r é p r i m é e s e t
faisant des dizaines de morts,
ont miné son mandat, devant
s’achever en 2019. Sa réélec-
tion fin 2018 lors des dernières
é l e c t i o n s, b o yc o t t é e s p a r
l’opposition, a fait éclater
les tensions et Juan  Guaidó,
chef de l’opposition et du
Parlement, s’est alors déclaré
chef de l’Etat [3]. Il a immé-
diatement été reconnu par
les Etats-Unis et nombre de
leurs alliés diplomatiques.
Le chef du régime en place,
N i co l á s M a d u ro, a d e p u i s
fermé les frontières et stoppe
l’aide alimentaire interna -
tionale, oppressant d’autant
plus la population du pays. Il
reste cependant soutenu par
des pays comme la Russie, la
Chine, la Bolivie et l’Iran.
Mais quel est le lien entre
cette crise et l’énergie ? Le
pays tirant la majorité de ses
ressources de la vente du
pétrole, exploité par la com-
pagnie nationale PDVSA, la
chute du prix du brut à partir
de 2014 et la mauvaise gestion
de Maduro ont plongé le pays
dans le marasme. La politique
du gouvernement en place a
été d’augmenter à la fois la
dette souveraine et celle de
PDVSA, mais de façon dérai-
sonnée, à tel point que lors de
la baisse des prix le pays s’est
retrouvé dans l’impossibilité
de rembourser ses dettes
( d é t e n u e s à h a u t e u r d e
150 milliards de dollars par les
E t a t s­­­­­­- U n i s ) j u s q u ’ à ê t r e
déclaré en défaut de paiement
en 2017. Les Etats-Unis ont
alors interdit au pays de con-
tracter de nouvelles dettes,
freinant les investissements
nécessaires à l’exploitation
de ses gisements pétroliers
et diminuant les possibili-
tés d’impor tations, causant
la pénurie de nourriture et
de médicaments. Malgré le
soutien financier de la Chine
et de la Russie, le pays est
entré dans un cercle vicieux.
La mauvaise santé du secteur
pétrolier vénézuélien et en
particulier de PDVSA, chargé
p a r l e g o u v e r n e m e n t d e
M aduro de par ticiper aux
aides et subventions dont
bénéficie le peuple, a donc
fini d’enflammer la situation
politique du pays.
Le Venezuela se retrouve ainsi
Algérie et Venezuela : l’énergie au
coeur des conflits politiques
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
28 L’ÉNERGIE AU COEUR DES CONFLITS POLITIQUES
dans une profonde crise et l’on
peut se poser la question de
l’impact de cette situation sur
le plan énergétique national
et mondial. D’un point de vue
local, le pays a été totalement
plongé dans le noir plusieurs
j o u r s d e p u i s d é b u t m a r s,
ral entissant d ’autant plus
l’économie du pays et privant
d’eau une partie de la popu-
lation. Maduro et l’opposition
se renvoient la faute de ces
incidents. D’un côté, Guaidó
pointe du doigt le manque
d’investissement et la mau-
vaise gestion du réseau élec-
trique du pays, relevée depuis
plusieurs années par cer-
tains experts. « Le désespoir
et l’obscurité, c’est la dictat-
ure qui les provoque » a ainsi
déclaré Guaidó. L’origine de
cette mauvaise gestion est
en partie liée au remplace -
ment effectué par le gouver-
nement Maduro et Chavez
avant lui de nombreux hauts
fonctionnaires et dirigeants
compétents par des militaires.
D’un autre côté, Maduro crie
au complot et au sabotage
par les Etats-Unis du barrage
d’El Guri, fournissant près de
70  % de l’électricité du pays,
parlant d’une attaque « élec-
tromagnétique » afin de «
désespérer » la population
et de déclencher une guerre
civile [4], [5]. La production
de pétrole brut vénézuéli-
enne étant, de fac to, très
affectée par cette crise, on
peut se poser la question
de son impact sur le marché
mondial. Selon l’économiste
R o b e r t o   C a s t e l l o B r a n c o,
directeur général du groupe
pétrolier brésilien Petrobras,
la situation ne va pas forte-
ment impacter le marché. En
effet, la baisse de la produc-
tion journalière vénézuéli-
enne a été anticipée, notam-
ment par l’AIE, du fait de son
instabilité politique depuis
quelques années. Dans les
années 1990, sa production
journalière était de 3 Mbbls/j
p o u r d e s c e n d r e j u s q u e
Manifestation au Venezuela © Pixabay
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
29L’ÉNERGIE AU COEUR DES CONFLITS POLITIQUES
1  Mbbls/j ac tuellement et
potentiellement 0,8  Mbbls/j
pour l’AIE. Cela rentre dans
tous les cas dans la straté -
gie de l’OPEP de réduire la
production.
Au Venezuela, le pétrole et
donc l’énergie, est une cause
directe de la crise politique
dans laquelle est plongé le
p ays e t e nt ra î n e d ’a u t re s
effets négatifs sur le système
énergétique du pays notam-
ment de nombreuses pannes
d’électricité. La suite de la sit-
uation sera à regarder de près
pour le marché mondial du
pétrole au vu des réserves du
pays et est loin d’être réglée
avec des appels récurrents
aux manifestations de Guaidó.
Le cas de l’Algérie
L’Algérie est également entrée
dans une période d’instabilité
politique depuis que de nom-
breuses manifestations ont
é c l a t é p o u r d e m a n d e r l e
départ d’Abdelaziz Bouteflika,
l e p ré s i d e n t s o r t a n t . Ce s
mouvements ont fait suite à
la décision de ce dernier, le
22 février, de se représenter
pour un cinquième mandat
après 20 ans au pouvoir, et
ce malgré son âge avancé et
les doutes de la population
sur sa capacité à diriger et
l’influence que ses proches
conseillers exercent sur lui.
Ces manifestations ont réuni
d e s ce nt a i n e s d e m i l l i e r s
d’algériens. Finalement, mardi
9 avril, Bouteflika a annoncé le
retrait de sa candidature et a
nommé Abdelkader Bensalah,
le patron actuel de l’armée,
comme président intérimaire
pour une durée de quatre -
vingt-dix jours. Une nouvelle
élection présidentielle a été
fixée au 4 juillet. Si cette nou-
velle a satisfait les manifes-
tants, la majorité reste hostile
au nouvel homme for t du
régime, réclamant une tran-
sition rapide et complète [6].
La population algérienne se
plaint du système en place
depuis trop longtemps et de
certaines décisions prises uni-
latéralement, sans ou contre
l’avis de la population. La
question de l ’exploitation
du gaz de schiste en est le
parfait exemple. En effet, le
gouvernement avait décidé en
2015 d’accorder à Sonatrach,
la compagnie nationale des
hyd ro c a r b u re s, u n p e r m i s
d’exploration d’un gisement
de gaz de schiste à Ain Salah,
dans le centre du pays. Le
projet a rencontré une forte
opposition locale et nationale
en raison des impacts envi-
ronnementaux et a donc été
abandonné [7].
Dans un contexte où la pro-
duction algérienne de gaz
stagne depuis 10 ans et que
l a c o n s o m m a t i o n i n t é r i -
eure ne cesse de grimper, le
gaz de schiste était perçu,
par l’ancien gouvernement,
comme un élément favori-
sant la relance économique,
dans la mesure où les hydro-
carbures représentent 97  %
d e s ex p o r t at i o n s d u p ays
en valeur [8]. Ainsi l’idée de
lancer l’exploitation du gaz
non conventionnel n’a pas
été abandonnée avec pour
ambition de passer à 140 mil-
liards de m3
produits par an
d’ici 2023 contre 90 ac tu-
ellement. En octobre 2018,
le ministre algérien a ainsi
déclaré qu’il était nécessaire
d’exploiter cette ressource
en annonçant malgré tout
«  un cadre réglementé, con-
sidérant les paramètres sani-
taires et environnementaux »,
afin d’apaiser l’opposition.
Dans le cadre du salon nord-
africain des hydrocarbures en
mars dernier, son potentiel a
encore été soulevé, l’Algérie
possédant la troisième réserve
mondiale de gaz de schiste. En
plus de ces déclarations, le
gouvernement et Sonatrach
ont travaillé dans ce sens, en
témoignent les discussions
et projets avec des compag-
nies américaines (ExxonMobil
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
30 L’ÉNERGIE AU COEUR DES CONFLITS POLITIQUES
Sources :
[1]	 « Énergie au Venezuela », Wikipédia. 29-mars-2019.
[2]	 « Énergie en Algérie », Wikipédia. 03-févr-2019.
[3]	 « La situation du Venezuela en 5 questions », Connaissance des Énergies, 08-févr-2018. [En ligne]. Disponible sur: https://
www.connaissancedesenergies.org/la-situation-du-venezuela-en-5-questions-180202. [Consulté le: 11-avr-2019].
[4]	 « Panne d’électricité: le Venezuela, géant énergétique aux pieds d’argile », RFI, 13-mars-2019. [En ligne]. Disponible
sur: http://www.rfi.fr/ameriques/20190313-venezuela-panne-electricite-guri-sabotage-maduro-corpoelec. [Consulté le:
11-avr-2019].
[5]	 « Venezuela: Maduro et l’opposition s’accusent mutuellement de la panne géante », 13-mars-2019.
[6]	 « Algérie : la rue ne désarme pas - 13/04/2019 - ladepeche.fr ». [En ligne]. Disponible sur: https://www.ladepeche.
fr/2019/04/13/algerie-la-rue-ne-desarme-pas,8129186.php. [Consulté le: 13-avr-2019].
[7]	 « Algérie : un enjeu caché, le gaz de schiste », Reporterre, le quotidien de l’écologie. [En ligne]. Disponible sur: https://
reporterre.net/Algerie-un-enjeu-cache-le-gaz-de-schiste. [Consulté le: 11-avr-2019].
[8]	 « L’Algérie, un État pétrolier en danger », Connaissance des Énergies, 30-juill-2015. [En ligne]. Disponible sur: https://
www.connaissancedesenergies.org/lalgerie-un-etat-petrolier-en-danger-150730. [Consulté le: 11-avr-2019].
[9]	 M. Cheikh, « Forum algéro-américain sur l’énergie à Houston : Accroître le partenariat », Energy Services Experts,
04-mars-2019.
[10]	« La situation en Algérie parmi les facteurs qui tirent les prix du pétrole vers le haut », TSA, 10-avr-2019. [En ligne].
Disponible sur: https://www.tsa-algerie.com/la-situation-en-algerie-parmi-les-facteurs-qui-tirent-les-prix-du-petrole-
vers-le-haut/. [Consulté le: 13-avr-2019].
et Chevron), britannique (BP)
et norvégienne (Equinor) pour
de l’exploration dans le sud du
pays. Ces accords pourraient
être une bouffée d’air pour ce
secteur en Algérie, les inves-
tissements étrangers étant en
baisse : 100 millions de dollars
en 2015, après avoir atteint
600 millions de dollars en
2010 [9]. La situation actuelle
en Algérie n’est pas sans influ-
ence sur le marché mondial
et semble être un facteur de
l’augmentation récente des
prix [10].
Maintenant que la transition
politique semble être lancée
avec les futures élections pré-
sidentielles en juillet, le choix
et la refonte du modèle éner-
gétique algérien se posent.
Le nouveau gouvernement
v a a i n s i d e vo i r g é re r l e s
impor tantes ressources du
pays et pouvoir redessiner
la politique du pays sur ce
sujet. Le consultant en transi-
tion énergétique Tewfik Hasni
estime qu’il n’était pas possi-
ble d’appliquer une transi-
tion énergétique sans bonne
g o u v e r n a n c e e n p r e n a n t
pour exemple l’échec de la
filière photovoltaïque : projet
Déser tec avor té en Algérie
[11].
Co n t r a i r e m e n t a u c a s d u
V e n e z u e l a , l ’é n e r g i e n e
semble être qu’une pièce du
puzzle dans la crise algéri-
e n n e. D e f a ço n g é n é ra l e,
ces deux exemples illustrent
que les crises énergétiques
et politiques vont de pair,
sur tout dans les pays pro-
ducteurs mais pas seulement
; on l’a notamment vu en
France avec le mouvement
des “gilets jaunes” dont les
revendications sont parties
du prix des carburants. Dans
un contexte où la transition
énergétique est nécessaire et
en marche, l’énergie est donc
plus que jamais au cœur des
débats politiques.
Valentin MATHIEU
I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9
31L’ENERGIE AU COEUR DES CONFLITS POLITIQUES
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Inf'OSE avril 2019

  • 1. DOSSIER CENTRAL : LA PROMOTION OSE 2018 EN VISITE SUR DIFFÉRENTS SITES DU QUART SUD-EST Mensuel sur l’énergie et l’environnement N° 142Avril 2019 EN SAVOIE, VISITE DE LA CENTRALE HYDROÉLECTRIQUE DE LA COCHE >>> PAGE 18 A LYON, VISITE DE LA COMPAGNIE NATIONALE DU RHÔNE >>> page 13 A CADARACHE, VISITE DU COMMISSARIAT À L’ÉNERGIE ATOMIQUE >>> PAGE 10 AU BOURGET-DU-LAC, VISITE D’ENERGY POOL >>> PAGE 24 DOSSIER L’ÉNERGIE AU COEUR DES CONFLITS POLITIQUES >>> PAGE 28
  • 2. infose@mastere-ose.fr TELEPHONE 04 97 15 70 73 ADRESSE Centre de Mathématiques Appliquées Mines Paristech Rue Claude Daunesse CS 10 207 06904 Sophia Antipolis Quelques semaines après leur retour du voyage de promotion à Taïwan, les élèves du mastère OSE ont continué leur pèleri- nage d’apprentissage énergétique durant trois jours de visites industrielles dans le sud de la France. Accompagnés par Gilles Guerassimoff, responsable du mastère, nous avons eu l’opportunité de visiter le centre de recherche du commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) à Cadarache, la centrale photovoltaïque de Puyloubier, l’usine-écluse de Pierre-Bénite et le siège de la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) à Lyon, le chantier d’agrandissement de la centrale STEP de la Coche situé à Le Bois et les locaux d’Energy Pool au sein de la technopole « Savoie Technolac » au Bourget du Lac. Entre la découverte du fonctionnement du réacteur WEST racontée par Benoit Lacroix, chercheur au CEA, l’insertion au cœur de la roue et des injecteurs de la turbine Pelton, permise par le chef de projet du site Emmanuel Mordefroid, les anecdotes de Claude Eymery, ancien directeur de la centrale Pierre-Bénite de la CNR, la présen- tation du cockpit permettant d’optimiser la production de la CNR par Helena Wagret, les discussions partagées avec Alexandre Levy d’EDF Renouvelables sur le site d’une centrale photovoltaïque et les éclaircissements des ingénieurs d’Energy Pool, ces visites auront été l’occasion d’échanger avec des passionnés de l’énergie. Elles nous auront enrichis en précieuses connaissances et permis de réfléchir à notre avenir professionnel. Pour cela, les élèves tiennent à adresser leurs remerciements aux différentes entreprises et à tous les inter- venants nous ayant ouvert leurs portes. En plus des exposés de nos visites et des habituelles actualités énergétiques, vous trouverez également dans ce numéro un dossier sur les liens entre les tensions politiques et énergétiques au Venezuela et en Algérie. Il est temps maintenant pour nous de rejoindre nos entreprises respectives pour six mois de stage, afin de continuer notre appren- tissage et acquérir une expérience que nous pourrons à notre tour, un jour, transmettre. Bonne lecture à tous ! Juliette Thomas Toute reproduction, représentation, traduc- tionouadaptation,qu’ellesoitintégraleoupar- tielle, quel qu’en soit le procédé, le support ou le média, est strictement interdite sans l’auto- risation des auteurs sauf cas prévus par l’article L. 122-5 du code de la propriété intellectuelle. I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 2 Coordinatrice - Catherine Auguet-Chadaj Maquettiste - Lucas Desport Photos - Etudiants MS OSE EDITOCONTACTS
  • 3. 04 - Avancée dans les technologies de stockage de l’électricité 05 - Bilan actuel de la transition énergé- tique mondiale 06 - Signature des accords sur la réor- ganisation des marchés européens de l’électricité 07 - Le Venezuela : le pays plongé dans le noir après des coupures de courant 08 - Visite du président Xi Jinping en France : des accords conclus entre des sociétés du secteur de l’énergie 09 - Visite de GrDF à Cannes 10 - A Cadarache, visite du Commissariat à à l’Energie Atomique 13 - Visite d’une centrale photovoltaïque 14 - A Lyon, visite de la Compagnie Nationale du Rhône 18 - En Savoie, visite de la centrale hydroélectrique de la Coche 24 - Au Bourget-du-Lac, visite d’ Energy Pool 28 - Venezuela et Algérie : l’énergie au coeur des conflits politiques ARTICLES ACTUALITÉS Les étudiants en visite chez GrDF I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 3SOMMAIRE
  • 4. Dans un article du maga- zine Nature Energy paru en mars, des chercheurs de la Colorado School of Mines présentent les performances très prometteuses de leur pile à combustible à céramique conductrice protonique (en anglais Protonic ceramic fuel cell, PCFC) [1]. Ces technol- ogies émergentes se présen- te n t co m m e u n e a l te r n a - tive intéressante aux batter- ies : moins coûteuses et ne nécessitant pas de catalyseur précieux, elles permettent de convertir l’électricité renouv- elable excédante en com- bustible (H2 ), puis inverse - ment d’alimenter le réseau en période de faible produc- tion. Mais leur efficacité, avec un rendement de conversion énergie => H2 de 70 % et une grande partie de l’énergie dis- sipée en chaleur, était encore à prouver. Déjà en janvier dernier, une équipe de la Nor thwestern U n i ve r s i t y a v a i t r a p p o r t é dans Energy & Environmental S c i e n c e a v o i r a t t e i n t u n r e n d e m e n t d e 7 6 % [ 2 ] . Mais l’électrode en alliage c é r a m i q u e p r é s e n t é e p a r l’équipe du Pr. R. O’Hayre vient changer la donne en atteignant un rendement de 98 % de l’énergie fournie. La gamme de température de fonc tionnement de la pile (450 – 600°C) lui permet d’être couplée à un large éventail de sources de chaleur (chaleur fatale industrielle, chaleur géothermale ou solaire) pour augmenter encore son effi- cacité énergétique [3]. Enfin, autre avantage de leur PCFC : une durabilité élevée, avec un taux de dégradation de 3  % pour 1000 heures d’activité, en accord avec les exigences du marché actuel. M a l g r é l e s p e r f o r m a n c e s en laboratoire très promet­ teuses de cette technologie d’électrolyse, de nouveaux développements sont néces- saires avant de pouvoir com- mercialiser la pile. En par- ticulier, des tests à l’échelle des modules (assemblage de plusieurs piles) qui ont ten- dance à diminuer l’efficacité mesurée sur les cellules uni- taires de laboratoire, devront confirmer l’utilité de la pile à l’échelle du réseau électrique. Dans tous les cas, la recherche dans ces technologies encore récentes a progressé, donnant l’espoir d’une transition vers les énergies renouvelables. I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 4 ACTUALITÉS ACTUALITÉS AVRIL 2019             Z Ana DAVID       AVANCÉE DANS LES TECHNOLOGIES DE STOCKAGE DE L’ÉLECTRICITÉ Sources : [1] C. Duan et al., « Highly efficient reversible protonic ceramic electrochemical cells for power generation and fuel produc- tion », Nat. Energy, vol. 4, no 3, p. 230 240, mars 2019. [2] S. Choi, T. C. Davenport, et S. M. Haile, « Protonic ceramic electrochemical cells for hydrogen production and electricity generation: exceptional reversibility, stability, and demonstrated faradaic efficiency », Energy Environ. Sci., vol. 12, no 1, p. 206 215, 2019. [3] J. M. Serra, « Electrifying chemistry with protonic cells », Nat. Energy, vol. 4, no 3, p. 178 179, mars 2019.
  • 5. I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 5ACTUALITÉS Le WEF ( World Economic Forum) – aussi connu sous le nom de Forum de Davos – a publié le 25 mars son rapport annuel d’enquête sur l’état de la transition énergétique à l ’é c h e l l e m o n d i a l e [ 1 ] . L’index de transition énergé- tique (ETI) – compris entre 0 et 100 et calculé pour chacun des 115 pays suivis – résume 40 indicateurs décrivant les p e r fo r m a n ce s d u s ys tè m e énergétique d’une nation. Le classement de l’ETI 2019 n’a pas changé significative- ment par rapport à celui de 2018, confirmant un leader- ship continu des pays nord et ouest européen (Suède, Suisse et Norvège en tête) et l’inertie au changement des pays expor tateurs (Nigeria, Venezuela, Mozambique) et des gros consommateurs de charbon et d’énergies fos- siles. Au niveau global, l’ETI moyenné révèle que la transi- tion énergétique a ralenti en 2018, enregistrant le taux de croissance le plus faible des 5 dernières années. E n c a u s e n o t a m m e n t , l e manque de volonté des nations à appliquer leurs objectifs définis par les accords de Paris  : seules 16 d’entre elles y sont parvenues pour l’année 2018. La for te demande en pétrole des secteurs pétro- chimiques, de l’aviation et du transport de fret suggère que le pic de demande mondial arrivera plus tard qu’annoncé dans les précédents rapports ; tandis que l’investissement dans les énergies renouvel- ables a diminué de 8 % sur l’année. Les nombreux dés- a s t re s n a t u re l s ( te m p ê te s tropicales et incendies) ont durement souligné le besoin de résilience des systèmes énergétiques. Malgré ces constats peu réjou- issants, on pourra noter que l’accès à l’énergie est en nette a m é l i o r a t i o n , n o t a m m e n t dans les pays du sud et du sud-est de l’Asie, où plus de 300 millions de personnes ont reçu un accès à l’électricité depuis 2014. L’augmentation des prix du pétrole – cause d e p ro te s t at i o n s d a n s d e nombreux pays (France, Inde, Zimbabwe, Brésil..) - le Green New Deal aux États-Unis ou les Marches pour le Climat organisées par les étudiants de centaines de pays reflètent l ’i m p l i c at i o n gra n d i s s a nte des sociétés dans cette étape d e t ra n s i t i o n é n e rg é t i q u e mondiale. BILAN ANNUEL DE LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE MONDIALE Sources : [1] « Fostering Effective Energy Transition », World Economic Forum, Switzerland, mars 2019.
  • 6. Le 2 6 m a r s d e r n i e r, l e Pa r l e m e n t e u r o p é e n a voté en faveur de la direc- tive visant à réorganiser le marché de l ’élec tricité de l’UE, mettant fin aux négo- ciations sur le paquet « Une énergie verte pour tous les européens » [1]. Proposées fin 2016 par la Commission, les mesures visent à faciliter et à accélérer la transition des sys- tèmes énergétiques nation- aux vers des énergies propres. Plusieurs directives du paquet sont déjà entrées en vigueur l ’a n n é e d e r n i è re, c o n c e r- nant la performance énergé- tique des bâtiments [2], ou la gouvernance de l’union de l’énergie [3]. La directive votée fin mars concerne la réorganisation du marché de l’électricité. Les nouvelles règles imposées au marché lui permettront de répondre aux besoins liés aux énergies renouvelables et d’attirer les investissements liés au stockage de l’énergie (un des grands enjeux des énergies renouvelables étant de compenser les variations de la production d’électricité). Autre évolution, le marché doit inciter une participation plus active des consomma- teurs, en leur offrant plus de choix, une protection accrue, et la possibilité de devenir des acteurs à par t entière du marché grâce aux compt- eurs intelligents, à des outils de comparaison des prix, à la tarification dynamique et aux coopératives citoyennes d’énergie. Avant leur publication au Journal officiel de l’Union, s u i v i e d e l e u r e n t ré e e n vigueur immédiate, le Conseil des ministres de l’UE devra approuver formellement les nouveaux actes législatifs du paquet « Une énergie verte pour tous les européens ». Cet accord marque une étape dans la vision à long terme pour une Europe neutre en carbone d’ici 2050 [4]. Sources : [1] « Commission Européenne - COMMUNIQUES DE PRESSE - Communiqué de presse - Une énergie propre pour tous les Européens: La Commission se félicite de l’adoption, par le Parlement européen, de nouvelles propositions concernant l’organisation du marché de l’électricité ». [En ligne]. Disponible sur : http://europa.eu/rapid/press-release_IP-19-1836_ fr.htm. [Consulté le : 14-avr-2019]. [2] « Commission Européenne - COMMUNIQUES DE PRESSE - Communiqué de presse - La Commission se félicite du vote final sur la performance énergétique des bâtiments ». [En ligne]. Disponible sur: http://europa.eu/rapid/press-release_ IP-18-3374_fr.htm. [Consulté le: 14-avr-2019]. [3] « Commission Européenne - COMMUNIQUES DE PRESSE - Communiqué de presse - L’union de l’énergie se dote d’une gouvernance simplifiée, robuste et transparente : la Commission salue un accord ambitieux ». [En ligne]. Disponible sur : http://europa.eu/rapid/press-release_IP-18-4229_fr.htm. [Consulté le: 14-avr-2019]. [4] fernbas, « 2050 Long-term strategy », Energy - European Commission, 28-nov-2018. [En ligne]. Disponible sur : https:// ec.europa.eu/energy/en/topics/energy-strategy-and-energy-union/2050-long-term-strategy. [Consulté le : 14-avr-2019]. I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 6 ACTUALITÉS SIGNATURE DES ACCORDS SUR LA RÉORGANISATION DU MARCHÉ EUROPÉEN DE L’ÉLECTRICITÉ
  • 7. Malgré l’abondance des ressources énergétiques sur son territoire (pétrole, gaz et eau), le Venezuela a connu début mars la plus grande panne d’élec tricité de son histoire, d’une durée de cinq jours. Depuis, le pays a connu plusieurs coupures de longue durée et à grande échelle, touchant jusqu’à 23 de ses 24 États. Dans la capitale et les grandes villes touchées, les feux de circulation sont éteints, le métro est arrêté, les chirurgiens pratiquent des opérations à la lueur de téléphones portables, et les supermarchés offrent leurs réfrigérateurs aux gens ayant besoin de garder des médica- ments au frais [1]. Les causes avancées pour expliquer ces pannes dépen- dent de leur source. Tandis que les opposants au prési- dent Maduro ne doutent pas que les black-out sont dus à un manque d’investissement dans les infrastructures élec- triques, ce dernier dénonce q u a n t à l u i u n s a b o t a g e international. De son côté, la faculté d ’ingénier ie de la Universidad Central de Venezuela publie un rapport confirmant un incident sur une section essentielle du réseau national, approvision- nant 80 % de l’électricité du Venezuela. Selon sa nature exacte encore indéterminée, cet incident pourrait nécess- iter plusieurs mois, voire plus- ieurs années de réparation [2]. Le 31 mars, Nicolas Maduro a annoncé ses mesures pour venir à bout des coupures d e c o u r a n t : u n p l a n d e rationnement de l’électricité de 30 jours impliquant la sus- pension des cours dans les écoles et la réduction de la journée de travail. Son adver- saire politique Juan Guaido, reconnu comme président par interim par une cinquantaine de pays, a quant à lui appelé ses partisans à « transformer l ’indignation en mobilisa - tion » [3]. Le lecteur pourra retrouver page 26 un article consacré au Venezuela et l’Algérie en proie aux conflits politiques pour des questions d’énergie. Sources : [1] « Venezuela : « le silence est total, l’obscurité complète », les citoyens confrontés aux pannes géantes d’électricité », 27-mars-2019. [2] J. P. Daniels, « Venezuela: power returns after blackout but normal service may be a long way off », The Guardian, 14-mars-2019. [3] « Le Venezuela prend des mesures draconiennes contre les coupures de courant », 01-avr-2019. Drapeau et territoire du Venezuela © Pixabay I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 7ACTUALITÉS VENEZUELA : LE PAYS PLONGÉ DANS LE NOIR APRÈS DES COUPURES DE COURANT
  • 8. Al’occasion de la visite officielle du président Xi  Jinping en France du 24 au 26 mars, de nombreux accords ont été signés entre des entreprises chinoises et françaises, pour une valeur totale avoisinant 40 milliards d’euros  [1]. Outre des ventes d’avions Airbus et la levée de l’embargo sur les volailles, les entreprises du sec teur de l’énergie ont su mettre en avant leur savoir-faire. Parmi elles, les entreprises C a d r a n e t B p i f r a n c e o n t s i g n é p o u r u n p ro j e t d e développement des énergies renouvelables d’un montant estimé entre 1 et 1,5 mil- liard d’euros [1]. De son coté, EDF a conclu deux accords : le premier concerne la con- struc tion et l ’exploitation d’un parc éolien offshore de 500 MW au large de la prov- ince du Jiangsu ; le second est un accord pour l’exploitation d’un réseau de chaleur et de froid de la ville de Wuhan (centre de la Chine) [2]. Ces deux accords ne sont p a s l e s p re m i e r s e n l e u r genre, et EDF confirme ici son intérêt grandissant pour le marché Chinois. En effet, EDF  Renouvelables exploite déjà plus de 400 MW d’énergie éolienne en Chine depuis 2016 et intervient sur les réseaux de chaleur de plusieurs villes du pays [2]. Ce contrat est n é a n m o i n s u n e p r e m i è r e dans le secteur de l’éolien off- shore chinois, qui représente aujourd’hui un potentiel très important avec déjà 4 GW en exploitation et de nombreux projets en cours [3]. Champ de panneaux solaires © Pixabay I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 8 ACTUALITÉS Sources : [1] L. Nouvelle, « Airbus, EDF, CMA-CGM... Quelles entreprises ont conclu des accords lors de la visite du président chinois en France ? - L’Usine Aéro », mars 2019. [2] L. Nouvelle, « C’est quoi cet accord de 1 milliard d’euros d’EDF en Chine ? - L’Usine de l’Energie », mars 2019. [3] « Eolien en mer : EDF va prendre une participation dans deux projets en Chine », Le Monde de l’Energie, 26-mars-2019. . VISITE DU PRÉSIDENT XI JINPING EN FRANCE : DES ACCORDS CONCLUS ENTRE DES SOCIÉTÉS DU SECTEUR DE L’ÉNERGIE
  • 9. EN BREF VISITE DE GRDF Le lundi 25 mars, accompagnés de Sébastien Rose (promotion OSE 2004) et de Gilles Guerassimoff, les élèves du mastère OSE se sont rendus à la traditionnelle visite du poste de distribution de gaz de Cannes géré par GrDF et possédé par la commune. Le gaz provient du méthanier de Marseille-Fos-Sur-Mer et arrive vers le poste de distribution dans le réseau de transport de GRT gaz à une pression de 60 bars. Filtré par un filtre à huile puis détendu à 4 bars dans une soupape, ce gaz alimente les réseaux des communes alentours de Cannes (Antibes, Juan-les-Pins, Grasse, Mougins, Golfe-Juan...). Les plus gros consommateurs dans la région sont les industries chimiques et l’industrie du parfum de la région de Grasse. Les canalisations de transport et distribution sont fabriquées en acier 250 isolé électriquement pour éviter la corrosion. Pour des raisons de sécurité, la pression dans les canalisations ne doit pas être inférieure à 1 bar. Au niveau du poste de distribution, les canalisations et robinets sont numérotés pour pouvoir être manœuvrés à distance sur ordre de la centrale. Des capteurs de pression et température y sont installés pour contrôler le gaz. Le centre visité est un centre de formation et d’entraînement où les pompiers et la police sont sensibilisés aux dangers du gaz et apprennent à faire face à des accidents et des incendies. Les entreprises du BTP sont également sensibilisées aux règles de sécurité et aux dangers que représentent les travaux de terrassement, de forage et de fondations, souvent responsables de dégâts sur les réseaux, et propices aux dangers. Aujourd’hui, bien que GrDF soit en obligation de cartographier ses réseaux, un grillage jaune est placé entre 20 et 30 centimètres de profondeur pour informer un professionnel du bâtiment sur la présence d’un réseau de gaz. Aussi, des véhicules équipés de capteurs peuvent être utilisés pour parcourir un terrain et y déceler la présence ou non d’un réseau de gaz. A la fin de cette visite, M. Henon a illustré le danger que représente l’inflammation d’un réseau de gaz en mettant le feu à un terminal de conduite de 3 bars, dédié à cet effet. Nous avons pu nous rendre compte de la violence d’un tel accident, qui génère une flamme de plusieurs mètres de haut. Nous remercions Sébastien Rose et Venance Henon pour nous avoir expliqués leur métier et les risques liés à la gestion du réseau de gaz. I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 9VISITE DE GRDF
  • 10. I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 10 A Cadarache, visite du Commissariat à l’Energie Atomique Lors de notre visite au CEA C a d a r a c h e l e l u n d i 1 8 mars 2019 dans la matinée, nous avons été accueillis par Aurélie Denis, chargée de communication scientifique. Le Commissariat à l’Energie Atomique et aux Energies Al te r n at i ve s (C E A) e s t u n acteur majeur de la recher- che, du développement et de l’innovation. Il travaille sur quatre grands sujets : les éner- gies bas carbone (nucléaire et renouvelables), la défense et la sécurité globale de la France, les technologies pour la santé et l’information et les très grandes infrastructures de recherche. Le CEA Cadarache est l’un des neuf centres de recherche du CEA et le plus grand centre de recherche et de développement tech- nologique pour l’énergie en Europe. A travers ses plate- for mes technologiques de recherche et de développe - ment, il soutient l’industrie du nucléaire, développe les systèmes nucléaires du futur et promeut les énergies alter- natives. Il est constitué de plus de 500 bâtiments dont 21 installations nucléaires de base civile et une de base défense. Le site regroupe près de 2 400 salariés et 3 700 per- sonnes sous-traitantes. Vivien Stocker, communicant sur le RJH, nous a présenté le réacteur Jules Horowitz. Le R J H e s t u n « M ate r i a l testing Reactor », sa mission est de maîtriser le comporte- ment des matériaux et com- bustibles sous irradiation en fonc tionnement normal et anormal afin de carac téri- ser et qualifier un protocole et de répondre à une expres- sion des besoins des industri- els tels que EDF. Ce réacteur n’e s t d o n c p a s d e s t i n é à produire de l’électricité. Sa mise en fonctionnement est prévue en 2020. Sa construc- tion a été initiée en 2007 et génère 100 à 300 emplois directs et 300 à 1000 emplois indirects selon les phases du chantier. Le RJH a des enjeux o p é r a t i o n n e l s i m p o r t a n t s tels que la recherche et le développement en soutien à l’industrie nucléaire, le main- tien des compétences et de l’expertise nucléaire et la for- mation de radioéléments pour le médical afin de produire le Technétium-99m, utilisé pour l’imagerie médicale à des fins de diagnostic. La durée de vie du 99  mTc est limitée à 6h, c’est pour cela qu’il doit être produit en continu. Les avan- tages de celui-ci est qu’il est chimiquement adéquat et que les émissions gamma sont de faible énergie (140 keV ). La construction du RJH n’a été décidée que récemment parce que d’une part les réacteurs actuels sont vieillissants et d’autre part le réacteur est plus performant (100  MWth) d û a u x f l u x d e n e u t ro n s impor tants. Le RJH pourra subvenir à 25 % des besoins annuels de l’Union europée- nne et pourra monter à 50 % si nécessaire. En ce qui concerne le modèle économique, le RJH est piloté par un consortium international qui regroupe d e s ce nt re s d e re c h e rc h e e t d e s e nt re p r i s e s i n d u s - trielles européennes (EDF, TechnicAtome, …). L’accès au RJH est privilégié pour ceux qui le financent. L’ilot nuclé- aire du réacteur a un diamètre de 366  m et une hauteur de 43,1 m et pèse 120 000 tonnes. La taille du bâtiment est pro- portionnelle à la puissance VISITE DU CEA
  • 11. I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 11 et à la sureté actuelle. Il est construit en conformité avec le plus haut niveau de sûreté requis par l’Autorité de sûreté nucléaire : résistance accrue à un séisme d ’intensité 9 sur l’échelle MSK, plusieurs groupe de secours fonction- nant au diesel pour assurer l’alimentation électrique, un système d’évacuation de la chaleur résiduelle en air et une seconde salle de contrôle en cas de situation d’urgence. E n s u i t e , n o u s a v o n s é t é accueillis dans les locaux de l’IRFM (Institut de la Direction de la Recherche Fondamentale) par Benoît Lacroix, qui tra- vaille dans le domaine des aimants supraconduc teurs. Le Tokamak est l’acronyme des mots Russes Toroidalnaja Kamera Magnetrnaja Katuska, ce qui signifie chambre toroï- d a l e à co n f i n e m e nt m a g - nétique et dont le principe est de produire un plasma confiné. Il existe 3 systèmes de champ magnétique : le solé- noïde central qui décharge la tour centrale pour générer le courant du plasma, le champ toroïdal et la bobine toroï- dale. Le projet ITER réuni sept membres associés dont l’Union Européenne. L’objectif d’ITER est d’amplifier de 10 l’énergie récupérée (500 MW ) par rapport à l’énergie fournie au départ (50 MW ). Le plasma est chauffé par le champ magnétique jusqu’à attein- dre un courant de 1 million d ’a m p è r e s . S a r é s i s t a n c e ohmique diminue avec la tem- pérature, on doit prendre le relai avec d’autres systèmes de chauffage pour atteindre les 150 millions de degrés Kelvin. Pour mesurer les données de température, on peut soit passer par des méthodes pas- sives (densité, courant, …) soit par des méthodes actives par injection de faisceaux laser qui ne vont pas perturber le plasma. Le matériau utilisé dans l’enceinte du réacteur doit faire face aux bombar- dements neutroniques et aux flux de par ticules d’hélium et d’hydrogène qui pourront i n d u i re d e s d é p l a ce m e nt s atomiques dans le matériau et donc perturber sa micro- structure et ses propriétés physiques. L’hydrogène peut s’implanter dans le matériau et entraîner un gonflement de celui-ci. Le Tungstène est le matériau choisi car son taux d e ré te nt i o n d ’ hyd ro g è n e est faible et sa conductivité thermique est élevée ce qui permet de transmettre au mieux l’énergie reçue. Le réacteur WEST sert à tester des éléments du futur ITER. L’installation TORE SUPRA a été mise en service en 1988 et rebaptisée WEST par la suite. C’est le premier Tokamak au monde doté d’aimants supra- conducteurs et d’équipements activement refroidis ce qui p e r m e t d e p r o d u i r e d e s plasmas de longue durée. La température atteinte au cœur d’un plasma de fusion est de 150 millions K afin d’assurer l’efficacité de la réaction de fusion. Sur TORE SUPRA, la tempéra- ture du plasma atteint les 80 millions K. Par ailleurs, c’est la seule machine équipée d’un système magnétique toroïdal supraconducteur où l’hélium liquide permet de le refroidir à 2 K. Dans la mesure où les supra- conducteurs sont limités en ter mes de sur pression, le plasma est soumis à une pres- sion qui ne dépasse pas les 7 bars. Le limiteur reçoit la grande majorité des flux de chaleur p r o v e n a n t d u p l a s m a à h a u t e u r d e 6 0   % d e s a VISITE DU CEA S
  • 12. Tore Supra © P. Stroppa/CEA I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 12 VISITE DU CEA puissance totale en fonc - tionnement standard, ce qui correspond à une puissance sur facique d’environ 5 MW/ m² et une température face au plasma de 200°C. L’écart entre cette température et les températures mises en jeu au sein du plasma est donc très important. L’alimentation du plasma en particules se fait de 3 façons différentes : injection de gaz classique, injection de gaz supersonique par impul- sion et injection de glaçons. Quant à l’alimentation du plasma en énergie, plusieurs méthodes ont été testées comme l’effet joule produit par le déplacement des électrons, l’injection et le confinement m a gn é t i q u e d e p a r t i c u l e s accélérées et l’échauffement par de puissants lasers. Il existe plusieurs Tokamaks dans le monde (environ 200), voilà quelques-uns qui sont encore opérationnels de nos jours : • K S T A R ( K o r e a n Superconducting Tokamak Advanced Research • ToreSupra à Cadarache • COMPASS à Prague • FTU en Italie • T C V b a s é à l ’é c o l e Polytechnique Fédérale de Lausanne N o u s s o u h a i t o n s r e m e r - cier toutes les per s o nne s q u i n o u s o n t a c c u e i l - lies au CEA Cadarache et nous ont fait par tager leur savoir dans le domaine du nu cléaire, et no ta mment Aurélie  Denis, Vivien Stocker et Benoît Lacroix. Rihab BEN MOKHTAR
  • 13. I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 13VISITE D’UNE CENTRALE PHOTOVOLTAÏQUE Visite d’une centrale photovoltaïque La promotion est accueil- lie en début d’après-midi par Alexandre Levy, un ancien élève du mastère OSE de la promotion 2007, sur le site de Puyloubier avec une vue imprenable sur la montagne Sainte -Victoire à une ving- taine de kilomètres d’Aix en Provence. La centrale est construite sur un terrain de 35 ha, qui était anciennement une car- rière d’argile et donc classé comme un terrain dit dégradé, ce qui est un avantage lors de la consultation des projets par la CRE. Ce site, dont le potentiel solaire est excel- lent (1605 kWh/m²/an), abrite 86 600 panneaux à couches minces pour une puissance crête de 6,5 MW. L’étude d’impact préalable au projet a révélé la présence de plusieurs espèces animales sur le site. Le site étant situé à quelques kilomètres d’un site Natura 2000, une atten- tion particulière a été portée sur la biodiversité environ- nante. Ainsi, le site accueil- lant une population impor- t a n t e d e l é z a r d s o c e l l é s, tous les rochers du site ont été préser vés et des petits a b r i s c o n s t r u i t s. U n p l a n d’eau a aussi été maintenu afin de ne pas porter préju- dice aux deux espèces de batraciens qui vivent sur le site. EDF  Renouvelables s’est également attaché à préserver le paysage avec l’agencement des panneaux, la plantation de 2500 arbustes méditerranéens et la couleur des bâtiments. Le début du projet date de 2 0 0 8 e t s o n i n a u g u rat i o n de fin 2010, soit juste avant l e m o r a t o i r e p h o t o v o l t a - ïque mettant fin aux tarifs de rachat très élevés pour le PV. Il a été choisi de faire appel au financement participatif pour impliquer la population locale dans le projet. Cette centrale a été entièrement conçue e t e s t e x p l o i t é e p a r E D F Renouvelables, qui a récem- ment lancé un ambitieux plan solaire de 30 GW d’ici 2035 sur le territoire français. La promotion tient à remer- cier chaleureusement EDF Renouvelables et particulière- ment Alexandre Levy pour cette visite très enrichissante. Valentin MATHIEU Vue de la centrale photovoltaïque © V. Mathieu
  • 14. Pa r m i l e s v i s i t e s d e l a semaine, les étudiants du Mastère spécialisé OSE ont eu l’occasion de découvrir le quo- tidien d’analystes du marché de l’électricité. La Compagnie Nationale du Rhône et notam- ment Helena WAGRET (pro- motion OSE 2009) et Martin POCHAT, les a donc accueillis dans ses locaux de La Croix- Rousse à Lyon. Cette entre- prise locale s’est vue confier la gestion du Rhône en 1934. Etre concessionnaire d ’un f l e u ve i m p l i q u e p l u s i e u r s responsabilités : • A s s u r e r l a p r o d u c t i o n d’énergie de toutes les cen- trales hydroélec triques, soit près de 3100 MW ; • Développer la navigation fluviale ; • Irriguer les terres agricoles. Le cœur de métier et la plus importante source de revenu de la CNR est la production hydraulique. Elle a su toute- fois acquérir une exper tise u n i q u e d a n s l e s é n e rgi e s renouvelables d’origine cli- matique. Son parc de produc- tion éolien atteint 520 MW, tandis que l’ensemble de ses centrales solaires a une capac- ité de 73 MWc (Mega Watt - Crète, unité de puissance en photovoltaïque), pour un parc total de 3696 MW (chiffres de 2017, [1]). La centrale de la produc tion de Pierre-Bénite Avant de visiter les locaux de la CNR, le mastère a été accueilli par Claude Eyméry sur le site de la centrale hydroélectrique de Pierre-Bénite. Récemment retraité, C. Eyméry a pris de son temps pour venir nous expliquer le fonctionnement de cette centrale au fil de l’eau qu’il a dirigée. L’usine- écluse, mise en service dès 1967, présente une double fonc tionnalité : la gestion de la navigation fluviale sur le Rhône d’une part, par le biais d’écluses contrôlées à distance depuis un centre de contrôle, et d’autre part la produc tion d’élec tricité avec la mise en place en 2000 d’un système hydroélectrique d’une puissance installée de 80 MW afin de valoriser les débits réservés du fleuve. Elle produit en moyenne 535 GWh d’énergie électrique annuelle. Les turbines utilisées sont des « Bulbes-Amont ». Elles ont la spécificité d’intégrer l ’ a l t e r n a t e u r d i r e c t e m e n t dans le corps de la turbine. C e s m a c h i n e s t o u r n a n t e s à a x e s h o r i z o n t a u x s o n t A Lyon, visite de la Compagnie Nationale du Rhône Site du Pouzin (Ardèche) © C.Moirenc / photothèque CNR I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 14 LA COMPAGNIE NATIONALE DU RHÔNE
  • 15. par faitement adaptées aux barrages au fil de l’eau comme celui de Pierre-Bénite. Optimisation de la production Suite à cette visite, nous nous sommes rendus au siège social de la CNR, où Helena Wagret et Mar tin Pochat nous ont exposés les activités de la Compagnie. Pour répondre aux exigences du marché de l’électricité, à savoir participer à l’équilibre offre-demande tout en assur- ant une production qui lui garantit un profit optimal, la compagnie doit faire face à plusieurs enjeux. Les usines n’ont, en effet, pas de capac- ités de stockage comme les barrages des Alpes. Le premier aléa auquel il faut faire face est le « volume » de production. En effet, l’énergie générée par une centrale au fil de l’eau (comme celles qui longent le Rhône) est fatale et aléatoire. Dans ces centrales, on ne peut a priori pas retenir l’eau arri- vant en amont, comme les grands barrages de retenue d’eau des Alpes. La CNR fait donc face à une grande vari- abilité interannuelle, qui peut aller de 10 à 18 T Wh par an. Ces fluctuations impactent n é c e s s a i re m e n t l e c h i f f re d’affaire de l’entreprise. Le deuxième aléa est la fluctua- tion des prix du marché spot, qui met également en danger le producteur. Po u r p a l l i e r c e s a l é a s e t réduire son exposition aux r i s q u e s , l a C N R d i s p o s e d’outils d’optimisation à dif- férentes échelles. Dans un premier temps, la CNR établit une stratégie « de couverture ». Il s’agit de réaliser au mieux un place - ment de la production sur le moyen (un semestre) et long terme (2-3 ans), avec des con- trats de gré à gré. Ces contrats représentent un volume total de 10 TWh par an environ, sur les 15 TWh produits, soit près de 70 % du chiffre d’affaire de la Compagnie. Dans un second temps, elle va chercher des placements à plus cour t terme, sur le marché EPEX SPOT. Ceci impli- que d’effectuer des prévisions météo à l’horizon des 10 à12 jours. Dans cette situation la prévision du débit est primor- diale pour plusieurs raisons : • D’abord si l’offre propo- sée sur le marché est dif- férente de la production effectivement réalisée le jour J, le producteur subit des pénalités ; • Ensuite une bonne prévi- sion du débit permet une meilleure régulation de la production par rapport aux prix du marché. On pourra par exemple produire plus quand le prix augmente, et moins quand le prix baisse ; • Par ailleurs, la CNR est Responsable d’Equilibre de l’ensemble du groupe E N G I E , s o i t 4 0 0 0 0 0 c l i e n t s   [ 1 ] . D e t e l l e s p r é v i s i o n s l u i p e r - m e t t e n t d ’a s s u r e r u n e bonne gestion infra-jour- nalière de son périmètre d’équilibre ; Section du barrage hydraulique de Pierre-Bénite © A. Jourdain de Muizon I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 15LA COMPAGNIE NATIONALE DU RHÔNE
  • 16. • En outre, la CNR n’étant pas le seul producteur présent sur le Rhône, elle doit gérer les débits en lien avec les producteurs aval comme EDF ou la Société des Eaux de Marseille, au niveau des Bouches-du-Rhône. • Enfin, la prédic tion du débit permet d’optimiser au mieux la maintenance de l’ensemble des sites de production d’énergie renouvelable. L e c o c k - p i t , s i è g e d e s pré visions Le cock-pit constitue la salle de pilotage où se retrouvent les différents analystes afin de gérer l’ensemble des opéra- tions d’optimisation. Il s’agit d’assurer une bonne gestion de la vente d’électricité sur le marché, par rapport à la prévision météo, grâce à des logiciels d’optimisation. La prévision météo consiste à l a p ré v i s i o n d e s p l u i e s sur le territoire concerné. Cela permet une prévision hydrologique en débit sur chaque affluent du Rhône. O n e n d é d u i t u n e p ré v i - sion hydraulique et ensuite une prévision de produc - tion. Plusieurs modèles per- mettent de préciser la prévi- sion météo, comme ARPEGE (modèle numérique de Météo France), ou encore le GFS (modèle américain) ou le CEP (modèle européen). Ces dif- férents outils permettent de mesurer la quantité d’eau absorbée par le bassin versant (c’est-à-dire « l’ensemble de la zone géographique conti- nentale qui correspond à la totalité de l’aire de capture et de drainage des précipita- tions » [2]), en mm d’eau/6h. Ils peuvent prendre en compte de nombreux phénomènes, comme la limite pluie-neige, ou la fonte nivale (autrement dit la fonte des neiges accu- mulées en saison hivernale). La prévision hydrologique c o n s i s t e e n l ’e s t i m a t i o n du débit des affluents du fleuve. La CNR se base sur l e l o gi c i e l H yd ro m e t, q u i traite des données hydro - météorologiques. A cet outil on couple un algorithme de prévision de précipitations ainsi que des scénarios. Po u r f i n i r, l e s p ré v i s i o n s hydrauliques et de produc- tion visent quant à elles à valoriser la flexibilité des systèmes de production. En effet, aussi étonnant que cela Gestion de l’équilibre de production I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 16 LA COMPAGNIE NATIONALE DU RHÔNE Sources : [1] CNR, « Produire et gérer de l’énergie 100 % verte » 17 04 2019. [En ligne]. Disponible sur : https://www.cnr.tm.fr/. [2] Laboratoire Environnement Ressources de Concarneau, «Hydrologie,» 17 04 2019. [En ligne]. Disponible sur : http://www. ifremer.fr/cycleau/cycleau/milieu-naturel/hydrologie.htm.
  • 17. puisse paraitre, les barrages hy d r o é l e c t r i q u e s p e u v e n t intégrer des processus de stockage, à travers des mar- n a g e s d e re te n u e n o t a m - ment. L’optimisation à ce niveau permet de réguler le débit du fleuve sur des plages de puissances très intéres- santes, allant de 600 MW à 2000 MW, au lieu d’une pro- duction moyenne de 1500 MW sans moyen de retenue d’eau. Cela constitue alors une aide précieuse et décarbonée à la gestion des pics de consom- mation, sachant que cette gestion est principalement réalisée par des centrales à gaz, à l’impact environnemen- tal et climatique plus néfaste. Perspec tives E n d é f i n i t i v e , c e s o u t i l s d’optimisation permettent à la CNR d’être leader français dans le domaine de la produc- tion d’énergie renouvelable. Toutefois, la CNR doit faire face à différents enjeux, et notamment la fin du contrat de concession du Rhône en 2023. Cette étape est capi- tale pour la Compagnie car la par t pr incipale de son chiffre d’affaire s’appuie sur s a p ro d u c t i o n hyd r o é l e c - trique. Mettant tout en œuvre pour s’assurer un renouvelle- ment de la concession dans 3 ans et demi, le producteur cherche néanmoins à garan- tir sa pérennité à travers de nouveaux marchés. Ainsi la Compagnie s’intéresse à de nouveaux modèles d’affaires, comme l’usage des véhicules électriques dans la valorisa- tion des énergies renouvel- ables intermittentes (comme l’énergie éolienne ou solaire). De même, la CNR réfléchit à u n u s a g e p e r t i n e n t d e l’agrivoltaïsme, qui consiste à placer des panneaux photo- voltaïques au dessus de cul- tures agricoles pour les pro- téger de la pluie, la grêle ou la sécheresse. Cela permet- tra de profiter pleinement de l’énergie solaire, tout en respectant l’écosystème envi- ronnant, voire même en le valorisant. N o u s t e n o n s à r e m e r c i e r les intervenants de la CNR - Claude Eymery, Helena Wagret et Martin Pochat - pour leur pédagogie et leur accueil chaleureux et instructif. Antoine JOURDAIN DE MUIZON Barrage de retenue d’eau en aval de la centrale © A. Jourdain de Muizon I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 17LA COMPAGNIE NATIONALE DU RHÔNE
  • 18. L’a m é n a g e m e n t e x i s ta n t d e la Coche La centrale de la Coche a été mise en service pour la pre- mière fois en 1976. Son fonc- tionnement repose sur celui des STEP (Station de Transfert d’Energie par Pompage). Comme le montre la figure ci- dessous, l’eau retenue dans le bassin amont (cuvette de La Coche, 1400 m d’altitude) peut être turbinée et con- duite au bassin aval (barrage d’Aigueblanche). L’eau peut alors être pompée et ramenée jusqu’à son bassin d’origine. L’eau qui arrive naturellement dans le bassin amont provi- ent de différents affluents de l’Isère. Ces apports d’eau sont d’ailleurs par ticulièrement importants pendant la fonte des neiges. La centrale de la Coche est un aménagement dit de haute chute puisqu’il existe un dénivelé important entre les bassins amont et aval de plus de 900 m. L e c y c l e r é v e r s i b l e d e pompage / turbinage est pos- sible grâce aux 4 turbines En Savoie, visite du chantier de cen- trale hydroélectrique de la Coche Dans le cadre de visites annuelles, les élèves du MS en Optimisation des Systèmes Energétiques ont eu la chance de visiter le 20 mars 2019 dernier le chantier d’extension de la cen- trale hydroélectrique EDF de La Coche, située à une trentaine de km au sud d’Albertville en Savoie. Ce sont Réjane Michel et Emmanuel Mordefroid qui ont conduit la visite. Les élèves en visite à La Coche avec Emmanuel Mordefroid © Laura Sobra I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 18 LA COCHE PELTON
  • 19. réversibles de type Francis qui composent la centrale de la Coche. Cette dernière délivre aujourd’hui une puissance totale de 320  MW et produit annuellement 550  GWh, soit l’équivalent de la consom- m at i o n d e 2 2 5 0 0 0 h a b i - tants. Cette STEP par ticipe à l’équilibrage production/ consommation du réseau en répondant notamment aux pics de consommation. [1] Le Gr o u p e Pe lt o n l e p lu s puissant de France Suite à la loi POPE (ar ticle 44 de la loi n° 2005-781 du 13/07/2005 fixant les orien- tations de la politique éner- gétique [2]), il est possible pour tout concessionnaire d ’a u gm e nte r l a p u i s s a n ce d ’un ouvrage hydraulique de 20% sans avoir besoin de modifier l’acte de concession o u d ’o b t e n i r u n a c c o r d administratif. L’objectif du réaménagement est donc d’augmenter la capac- ité installée de 20  %, grâce à l’installation d’un nouveau groupe de production de type « Pelton », d’une puissance de 240 MW. Ce groupe Pelton représente pour EDF un inves- tissement de 150 millions d’euros. La turbine sera, une fois en fonctionnement, la plus puissante en France. A t e r m e , l ’ a m é n a g e m e n t c o m p l e t p o u r r a p r o d u i r e 650  GWh/an, soit la consom- mation de 270 000 habitants. [3] Par définition, une turbine Pelton est une turbine à injec- tion partielle, c’est-à-dire que Tracé en coupe des bassins de retenue et des conduites © EDF [1] Schéma de fonctionnement d’une turbine Pelton, axe ver- tical à un injecteur © source [4] I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 19LA COCHE PELTON
  • 20. seule une partie des augets ( p a r t i e d ’ u n e t u r b i n e e n forme de cuillère sur laquelle on projette le fluide moteur) est en contact avec le fluide à un moment donné. Le fluide moteur arrive à la roue à augets (en rouge) à la pres- sion atmosphérique. Toute l’énergie de l’eau est appor- tée sous forme d’énergie ciné- tique et la pression de l’eau est identique en amont et en aval du rotor. Pour être distribué à la roue, le fluide circule depuis la con- duite forcée dans un ou plus- ieurs injecteurs (suivant si la turbine est à jet unique comme sur l’illustration ou à jet multi- ple). L’injecteur a pour rôle de régler le débit de sortie, grâce à la conversion de l’énergie de pression du fluide en énergie cinétique. L’injecteur est lui- même composé d’une tuyère (ou buse) et d’une aiguille d’ajustement du débit. La vitesse de l’eau en sortie ne dépend quant à elle que de la hauteur de chute. La roue est en rotation dans l’air et peut être à axe vertical (comme ci- dessus) ou à axe horizontal. [4] La turbine Pelton de La Coche est elle à axe horizontal et dispose de 5 injecteurs répar- tis tout autour de la roue. Le débit maximal turbiné sera de 28 m3 /s soit près de 6000 litres par injecteur par seconde ! L’eau sera projetée à 540 km/h sur la roue qui tournera à 420 tours/min. La masse tour- nante du groupe (roue & rotor) sera de 500 tonnes. Elle ne fonctionnera qu’en mode turbinage (le pompage é t a n t a s s u ré p a r l e s t u r - bines Francis actuelles) mais apportera à l’installation com- plète davantage de modular- itégrâce à une large plage de puissance de fonctionnement e t p e r m e t t r a d ’ a b s o r b e r l’afflux d’eau lors de la fonte des neiges. [3] Les travaux d’installation Les travaux préparatoires ont commencé dès 2013. Cette première étape a consisté à déconstruire les anciens bâti- ments existants afin de laisser place à l’usine extérieure qui accueillera le groupe Pelton. Dans un deuxième temps, comme le montre l’illustration ci-dessous (les parties en sur- brillance orange représen- te nt l e s a m é n a g e m e nt s à effectuer), il a fallu creuser u n e g a l e r i e s o u t e r r a i n e d’alimentation en eau pour atteindre la conduite existante (en haut à gauche de l’image), s’y raccorder et créer une déri- vation pour rejoindre la future usine extérieure (bâtiment au centre de l’image). Cette nou- velle galerie de 300 mètres de long a été creusée par minage. En pratique, chaque tronçon de la nouvelle conduite (3 à 9 mètres de long et 2,36 m de diamètre pour un poids de 10 à 30 tonnes) ont été suc- cessivement posés et soudés entre eux. Le raccordement s’est fait grâce à une pièce spéciale en forme de Y. La construction à proprement parler de la nouvelle usine a commencé courant 2016. Elle mesurera 33 mètres de haut et pourra accueillir un groupe de production de 12 mètres de haut. Pour assurer au bâti- ment de solides fondations, une grande dalle de béton de 15 000 m3 a été coulée à sa base. La structure mécanique cyl- indre (cylindrique ?) accueil- lant la turbine a été blindée et le bâtiment tout entier a été ancré au rocher (duquel a r r i ve l a co n d u i te fo rcé e d’eau – cf figure ci-dessous) afin de garantir la solidité de l’ouvrage. Une fois la structure du bâtiment (béton et char- pente métallique) achevée, un pont roulant pouvant soulever jusqu’à 400 tonnes est venu loger l’ensemble du groupe de production dans son cylindre I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 20 LA COCHE PELTON
  • 21. blindé. A ce jour, l’ensemble du groupe Pelton et de la nou- velle installation électrique a été livré et monté. Des tests sont en cours avant une mise en ser vice prévue pour le 3ème trimestre 2019. [5] Un p r o j e t r e s p e c t u e u x d e l’environnement Pour toutes les phases du projet, EDF a cherché à mini- miser les impacts négatifs de la nouvelle centrale. Durant le gros œuvre et notamment l’excavation de la roche à l’explosif pour la nouvelle arrivée d’eau, EDF a effectué un suivi acoustique et vibra- toire afin de minimiser la gêne et de s’assurer qu’aucune habitation riveraine ne soit détériorée. Les habitants ont été informés des avancées des travaux et ont notamment été informés par SMS avant chaque tir d’explosif. Lors de la mise en ser vice, EDF conviera l’ensemble de la population locale à fêter l’événement en organisant une semaine d’animation qui se clôturera avec l’organisation d’un trail. Concernant l’environnement, au-delà des mesures règle - m e n t a i r e s c o n s e r v a t o i r e s ou compensatoires propres aux barrages (ex : passes et écluses à poissons, débits ré s e r vé s, d é gr i l l e u r s ) d e s mesures spécifiques ont été prises pour protéger la bio- diversité et suivre certaines espèces d’oiseaux. La qualité de l’eau est mesurée et suivie afin de protéger les popula- tions de poissons. Enfin, pendant toute sa con- struction, la nouvelle cen- trale a des retombées posi- tives sur l’écosystème local : 200 personnes viennent quo- tidiennement travailler sur le site. 43 % des contrats passés entre EDF et les entreprises sous-traitantes sont faits avec des entreprises de la région. Et une fois l’usine en exploi- tation, les collectivités locales percevront une taxe spéci- fique de la part d’EDF. [6], [7] Travaux d’extension de la centrale de la Coche © EDF I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 21LA COCHE PELTON
  • 22. Les élèves du Mastère OSE remercient EDF et l’ensemble des agents qui encadrent ou opèrent sur le réaménage - ment de la centrale de La Coche et tout par ticulière - ment Emmanuel Mordefroid ainsi que le service commu- nication notamment Réjane Michel. Nous leur sommes très reconnaissants du temps et de l’énergie qu’ils nous ont consacrés pour nous faire partager leur expérience, les défis et les enjeux du chantier. N o u s a v o n s r é e l l e m e n t apprécié ces échanges ainsi que d’avoir eu le privilège d’être au plus proche des installations. Pa r a i l l e u r s, s i vo u s s o u- haitez découvrir le monde de l’hydroélectricité, le Groupe EDF organise les 15 et 16 juin les Journées de l’Industrie Elec trique et propose des visites exceptionnelles de ses sites de production au grand public. En Savoie, les sala- riés de la centrale hydroélec- trique de La Bâthie et de l ’atelier H ydro R éparation d’Albertville proposeront des visites guidées de leurs sites : inscription sur www.edf.fr/jie Eli RAKOTOMISA Usine extérieure accueillant le groupe Pelton © EDF [5] I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 22 LA COCHE PELTON
  • 23. I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 23LA COCHE PELTON Sources : [1] EDF, « L’aménagement existant de La Coche », avr-2019. [En ligne]. Disponible sur : https://w w w.edf.fr/ g r o u p e - e d f / p r o d u c t e u r - i n d u s t r i e l / e n e r g i e s - r e n o u v e l a b l e s / h y d r a u l i q u e / e d f - h y d r a u l i q u e - p a y s - d e - s a v o i e / chantier-la-coche-pelton/l-amenagement-existant-de-la-coche. [2] Loi POPE fixant les orientations de la politique énergétique. 2005. [3] EDF, « La construction d’une nouvelle centrale », avr-2019. [En ligne]. Disponible sur: https://www.edf.fr/groupe-edf/ producteur-industriel/energies-renouvelables/hydraulique/edf-hydraulique-pays-de-savoie/chantier-la-coche-pelton/ la-construction-d-une-nouvelle-centrale. [4] L. Megnint, G. Verdurand, et R. Rey, « Turbines hydrauliques - Description et fonctionnement », Techniques de l’Ingénieur, p. 30, 2008. [5] EDF, « Des travaux d’envergure », avr-2019. [En ligne]. Disponible sur: https://www.edf.fr/groupe-edf/producteur-industriel/ energies-renouvelables/hydraulique/edf-hydraulique-pays-de-savoie/chantier-la-coche-pelton/des-travaux-d-envergure. [6] EDF, « Sécurité et environnement », avr-2019. [En ligne]. Disponible sur: https://www.edf.fr/groupe-edf/producteur-industriel/ energies-renouvelables/hydraulique/edf-hydraulique-pays-de-savoie/chantier-la-coche-pelton/securite-et-environnement. [7] « Un projet qui profite à l’économie du territoire », avr-2019. [En ligne]. Disponible sur: https://www.edf.fr/groupe-edf/ producteur-industriel/energies-renouvelables/hydraulique/edf-hydraulique-pays-de-savoie/chantier-la-coche-pelton/ un-projet-qui-profite-a-l-economie-du-territoire. La future centrale de la Coche Pelton © EDF
  • 24. Lors de la visite du 20 m a r s 2 0 1 9 , l e s é l è v e s du mastère ont été chaleu- re u s e m e nt a cc u e i l l i s c h e z E n e r g y   Po o l a u B o u r g e t - du-Lac par Laura  Dar vey, chargée de communication, et R o m a i n   S a i n t­- L é g e r ( O S E p r o m o 2 0 1 7 ) , i n g é n i e u r recherche & innovation. Au cours de la visite, nos hôtes nous ont présenté la société et ses perspectives. Energy Pool est un agrégateur et un opérateur de flexibilités électriques et leader mondial du secteur. L’entreprise a été créée en 2009 dans le tech- nopôle ‘Savoie Technolac ’. Quatre ans après sa création, elle a commencé son déploie- ment à l’étranger. Aujourd’hui, Energy Pool est présente dans différents pays ; en Belgique, au Royaume -Uni, au Japon, au Cameroun, en Norvège, en Corée et en Turquie. L e c œ u r d e m é t i e r d’Energy  Pool est la flexibil- ité électrique. Plus précisé - ment, l’entreprise a un parc de clients constitué de gros industriels qui consomment beaucoup d’électricité. Elle gère donc son por tefeuille clients pour offrir au gestion- naire du réseau RTE une amé- lioration de la stabilité du réseau électrique. M. Saint-Léger nous a entre- tenus sur l’équilibrage du système électrique et la flex- ibilité opérés à Energy  Pool. L’entreprise utilise la flex- ibilité pour répondre aux d i f f é r e n t s e n j e u x é n e r - g é t i q u e s . E l l e p e u t , p a r exemple, réduire les pointes et faciliter l’intégration des énergies renouvelables en Europe. Elle gère aussi les pénuries en Afrique et réduit l’utilisation des centrales au fioul pour couvrir les pointes au Moyen-Orient. Comme indiqué ci-dessus, la consommation des clients de l’entreprise est importante. Energy Pool peut donc pro- p o s e r a u g e s t i o n n a i re d u réseau électrique différents services pour assurer la sta- bilité du réseau. Parmi ces dif- férents services, on peut citer l’effacement électrique et le système de réserves rapides. Le principal but de l’entreprise est de transformer l’industriel d’un simple consommateur à un consomm’acteur, c’est-à- dire que l’industriel accepte de modifier son profil de con- sommation pour contribuer à l’équilibrage du réseau, moy- ennant une rémunération. Mais plus précisément, en quoi consistent les services proposés par Energy Pool ? Commençons par l’effacement. Ce m é c a n i s m e co n s i s te à r é d u i r e p o u r u n e c o u r t e p é r i o d e l a c o n s o m m a - t i o n é l e c t r i q u e d ’ u n ( d e ) gros consommateur(s) pour diminuer la consommation globale et éviter le risque d’un black-out. En fonction de la disposition de ses clients à effacer leur consommation, Energy Pool propose la veille ses capacités d’effacement au marché de l ’élec tricité D ay-Ah e a d. S i ce t te o f f re d’effacement est acceptée, le consommateur est informé par Energy Pool la veille en début d’après-midi qu’il devra effacer sa consomma- tion sur un créneau connu et pour une puissance donnée. A u B o u r g e t - d u - L a c , v i s i t e d ’ Energy Pool I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 24 VISITE CHEZ ENERGY POOL
  • 25. Il pourra consommer sur un autre créneau où l’électricité est moins chère. L’agrégateur peut aussi se positionner sur le marché d’ajustement, dont R te est l’unique client. Dans ce cas, le contrat stipule le volume de flexibilité activable pendant une certaine durée et pour un certain délai d’activation, qui n’éxcède pas deux heures. Du fait de son portefeuille de clients conséquent, Energy Po o l j o u e u n rô l e i m p o r - tant dans la réduction de la consommation. Le deuxième service proposé p a r E n e r g y P o o l e s t l e mécanisme de réserves. Ces réser ves se composent des réserves primaire, secon- daire et tertiaire. Elles sont activées après un déséquilibre entre l’offre et la demande et dans un très court délai (maximum 30 secondes). Ce déséquilibre entraîne une diminution de la fréquence du réseau ce qui menace sa sta- bilité. Pour résoudre ce prob- lème, la réserve primaire est activée automatiquement, ce qui permet de stabiliser cette fréquence. Elle reconstitue ainsi la puissance manquante. Puis, la réser ve secondaire inter vient pour ramener la fréquence au nominal c’est- à-dire 50 Hz. Finalement, la réserve tertiaire est activée pour remplacer durablement la puissance manquante. L’entreprise Energy Pool est rémunérée par le gestionnaire du réseau pour la disponibilité et l’activation de ses réserves. Les ajustements temporaires © EnergyPool Mécanisme de réserves © Energy Pool I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 25VISITE CHEZ ENERGY POOL
  • 26. Energy Pool utilise la flexi- bilité comme une solution aux mutations que connaît actuellement le mix énergé- tique. En effet, l’intégration des énergies renouvelables intermittentes sur le réseau expose ce-dernier à un risque d’instabilité permanent. La flexibilité peut donc com- penser l’intermittence de la production à partir d’énergies renouvelables. L’instabilité du réseau est aujourd’hui m a j o r i t a i r e m e n t c o m p e n - s é e p a r l e s é n e rgi e s fo s - siles et par les importations d’électricité de nos voisins européens. En France, les émissions de CO2 par heure de tension ont augmenté de 50  % en 2017 par rapport à 2014. Les solutions proposées par Energy  Pool permettent de réduire l’activité des cen- trales de pointe et donc de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pour limiter ces émissions pendant les péri- odes de pointe tout en garan- tissant la stabilité du réseau, on peut utiliser des solutions d e f l e x i b i l i té a l te r n at i ve s notamment l’effacement avec les centrales pilotables  : les industriels peuvent consom- mer lorsque la produc tion des EnR est importante et ils s’effacent lorsque la produc- tion est faible. En participant au mécanisme d’effacement, l e s c o n s o m m a t e u r s c o n - tribuent à une gestion plus intelligente de l’énergie. A la fin de la présentation, M. Saint-Léger nous a précisé que le record d’effacement d’Energy Pool a eu lieu le 2 juin 2016, date à laquelle Energy Pool a effacé 1,1 GWh pendant 2 heures (de 18h00 à 20h00) avec la participation de 46 sites. La quantité d’énergie effacée est équivalente à la consommation de 2  244 000 habitants. 673 tonnes de CO2 ont ainsi été économisées grâce à ce mécanisme. Energy Pool propose égale - m e n t d ’ a c c o m p a g n e r l e s industriels dans le mécanisme de capacités “Mécapa” mis en place par l’état et appliqué par Rte. L’objectif principal de ce mécanisme est d’inciter les fournisseurs, les exploi- tants des capacités de pro- duction ou d’effacement et le gestionnaire du réseau élec- trique à contribuer à la sécu- rité d’alimentation en fonc- tion de la consommation en puissance de leurs clients ou d’eux-mêmes. Ce mécanisme i m p u t e a u r e s p o n s a b l e d’équilibre une obligation de capacité pour les clients de son périmètre sur la base de leur consommation. Tout exploitant d’une capacité de production ou d’effacement p e u t f a i re c e r t i f i e r c e t t e capacité en tant que “garan- tie de capacité”, sur la base de la production. Le responsable d’équilibre peut s’acquitter de son obligation de capac- ité en achetant son obliga- tion en “garantie de capaci- tés”. Autrement, il est pénal- isé par Rte. Ces volumes sont échangés par des exploitants de capacité moyennant une certification délivrée par le gestionnaire du réseau public auquel elles sont raccordées. La certification se base sur un engagement prévisionnel des exploitants en termes de disponibilité de leurs capaci- tés, puis réajustée a posteri- ori. Ces capacités sont valori- sées et peuvent être vendues sur le marché de capacité. Par exemple, le prix de référence marché (PRM) des garanties de capacités 2019 est égal à 17 365 €/MW. I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 26 VISITE CHEZ ENERGY POOL
  • 27. Les élèves du mastère OSE accompagnés de Gilles Guerassimoff et Romain Saint-Léger © Energy Pool N o u s t e n o n s à r e m e r c i e r L a u r a   D a r v e y , c h a r g é e d e c o m m u n i c a t i o n , e t Romain  Saint-Léger, ingénieur recherche innovation pour leur chaleureux accueil et leur présentation particulièrement instructive pour les élèves du MS OSE. Hamza MRAIHI I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 27VISITE CHEZ ENERY POOL
  • 28. L’actualité politique récente au Venezuela et en Algérie, deux impor tants pays pro- d u c t e u r s e t e x p o r t a t e u r s d’hydrocarbures, pose la ques- tion de l ’interdépendance entre politique et énergie. Le p r e m i e r p a y s c i t é , l e Venezuela, est en effet le 1 2 è m e p ro d u c t e u r m o n d i a l de pétrole avec 2,11  mil- lions de barils par jour en 2017, mais possède surtout les plus grosses réserves au monde avec plus de 300 mil- liards de baril soit quasiment 18  % des réser ves mondia- les [1]. L’Algérie est, elle, le 18ème producteur mondial de pétrole mais surtout le 10ème producteur mondial de gaz [2]. Le cas du venezuela Depuis 2014, le Venezuela e s t p l o n g é d a n s u n e crise économique et poli- t i q u e p ro fo n d e. E n e f fe t , Nicolas Maduro, le successeur d’Hugo Chavez au pouvoir, est très impopulaire et con- t e s t é d e p u i s d e s a n n é e s, sa politique étant loin de faire l’unanimité. Ainsi de nombreuses manifestations, s é v è r e m e n t r é p r i m é e s e t faisant des dizaines de morts, ont miné son mandat, devant s’achever en 2019. Sa réélec- tion fin 2018 lors des dernières é l e c t i o n s, b o yc o t t é e s p a r l’opposition, a fait éclater les tensions et Juan  Guaidó, chef de l’opposition et du Parlement, s’est alors déclaré chef de l’Etat [3]. Il a immé- diatement été reconnu par les Etats-Unis et nombre de leurs alliés diplomatiques. Le chef du régime en place, N i co l á s M a d u ro, a d e p u i s fermé les frontières et stoppe l’aide alimentaire interna - tionale, oppressant d’autant plus la population du pays. Il reste cependant soutenu par des pays comme la Russie, la Chine, la Bolivie et l’Iran. Mais quel est le lien entre cette crise et l’énergie ? Le pays tirant la majorité de ses ressources de la vente du pétrole, exploité par la com- pagnie nationale PDVSA, la chute du prix du brut à partir de 2014 et la mauvaise gestion de Maduro ont plongé le pays dans le marasme. La politique du gouvernement en place a été d’augmenter à la fois la dette souveraine et celle de PDVSA, mais de façon dérai- sonnée, à tel point que lors de la baisse des prix le pays s’est retrouvé dans l’impossibilité de rembourser ses dettes ( d é t e n u e s à h a u t e u r d e 150 milliards de dollars par les E t a t s­­­­­­- U n i s ) j u s q u ’ à ê t r e déclaré en défaut de paiement en 2017. Les Etats-Unis ont alors interdit au pays de con- tracter de nouvelles dettes, freinant les investissements nécessaires à l’exploitation de ses gisements pétroliers et diminuant les possibili- tés d’impor tations, causant la pénurie de nourriture et de médicaments. Malgré le soutien financier de la Chine et de la Russie, le pays est entré dans un cercle vicieux. La mauvaise santé du secteur pétrolier vénézuélien et en particulier de PDVSA, chargé p a r l e g o u v e r n e m e n t d e M aduro de par ticiper aux aides et subventions dont bénéficie le peuple, a donc fini d’enflammer la situation politique du pays. Le Venezuela se retrouve ainsi Algérie et Venezuela : l’énergie au coeur des conflits politiques I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 28 L’ÉNERGIE AU COEUR DES CONFLITS POLITIQUES
  • 29. dans une profonde crise et l’on peut se poser la question de l’impact de cette situation sur le plan énergétique national et mondial. D’un point de vue local, le pays a été totalement plongé dans le noir plusieurs j o u r s d e p u i s d é b u t m a r s, ral entissant d ’autant plus l’économie du pays et privant d’eau une partie de la popu- lation. Maduro et l’opposition se renvoient la faute de ces incidents. D’un côté, Guaidó pointe du doigt le manque d’investissement et la mau- vaise gestion du réseau élec- trique du pays, relevée depuis plusieurs années par cer- tains experts. « Le désespoir et l’obscurité, c’est la dictat- ure qui les provoque » a ainsi déclaré Guaidó. L’origine de cette mauvaise gestion est en partie liée au remplace - ment effectué par le gouver- nement Maduro et Chavez avant lui de nombreux hauts fonctionnaires et dirigeants compétents par des militaires. D’un autre côté, Maduro crie au complot et au sabotage par les Etats-Unis du barrage d’El Guri, fournissant près de 70  % de l’électricité du pays, parlant d’une attaque « élec- tromagnétique » afin de « désespérer » la population et de déclencher une guerre civile [4], [5]. La production de pétrole brut vénézuéli- enne étant, de fac to, très affectée par cette crise, on peut se poser la question de son impact sur le marché mondial. Selon l’économiste R o b e r t o   C a s t e l l o B r a n c o, directeur général du groupe pétrolier brésilien Petrobras, la situation ne va pas forte- ment impacter le marché. En effet, la baisse de la produc- tion journalière vénézuéli- enne a été anticipée, notam- ment par l’AIE, du fait de son instabilité politique depuis quelques années. Dans les années 1990, sa production journalière était de 3 Mbbls/j p o u r d e s c e n d r e j u s q u e Manifestation au Venezuela © Pixabay I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 29L’ÉNERGIE AU COEUR DES CONFLITS POLITIQUES
  • 30. 1  Mbbls/j ac tuellement et potentiellement 0,8  Mbbls/j pour l’AIE. Cela rentre dans tous les cas dans la straté - gie de l’OPEP de réduire la production. Au Venezuela, le pétrole et donc l’énergie, est une cause directe de la crise politique dans laquelle est plongé le p ays e t e nt ra î n e d ’a u t re s effets négatifs sur le système énergétique du pays notam- ment de nombreuses pannes d’électricité. La suite de la sit- uation sera à regarder de près pour le marché mondial du pétrole au vu des réserves du pays et est loin d’être réglée avec des appels récurrents aux manifestations de Guaidó. Le cas de l’Algérie L’Algérie est également entrée dans une période d’instabilité politique depuis que de nom- breuses manifestations ont é c l a t é p o u r d e m a n d e r l e départ d’Abdelaziz Bouteflika, l e p ré s i d e n t s o r t a n t . Ce s mouvements ont fait suite à la décision de ce dernier, le 22 février, de se représenter pour un cinquième mandat après 20 ans au pouvoir, et ce malgré son âge avancé et les doutes de la population sur sa capacité à diriger et l’influence que ses proches conseillers exercent sur lui. Ces manifestations ont réuni d e s ce nt a i n e s d e m i l l i e r s d’algériens. Finalement, mardi 9 avril, Bouteflika a annoncé le retrait de sa candidature et a nommé Abdelkader Bensalah, le patron actuel de l’armée, comme président intérimaire pour une durée de quatre - vingt-dix jours. Une nouvelle élection présidentielle a été fixée au 4 juillet. Si cette nou- velle a satisfait les manifes- tants, la majorité reste hostile au nouvel homme for t du régime, réclamant une tran- sition rapide et complète [6]. La population algérienne se plaint du système en place depuis trop longtemps et de certaines décisions prises uni- latéralement, sans ou contre l’avis de la population. La question de l ’exploitation du gaz de schiste en est le parfait exemple. En effet, le gouvernement avait décidé en 2015 d’accorder à Sonatrach, la compagnie nationale des hyd ro c a r b u re s, u n p e r m i s d’exploration d’un gisement de gaz de schiste à Ain Salah, dans le centre du pays. Le projet a rencontré une forte opposition locale et nationale en raison des impacts envi- ronnementaux et a donc été abandonné [7]. Dans un contexte où la pro- duction algérienne de gaz stagne depuis 10 ans et que l a c o n s o m m a t i o n i n t é r i - eure ne cesse de grimper, le gaz de schiste était perçu, par l’ancien gouvernement, comme un élément favori- sant la relance économique, dans la mesure où les hydro- carbures représentent 97  % d e s ex p o r t at i o n s d u p ays en valeur [8]. Ainsi l’idée de lancer l’exploitation du gaz non conventionnel n’a pas été abandonnée avec pour ambition de passer à 140 mil- liards de m3 produits par an d’ici 2023 contre 90 ac tu- ellement. En octobre 2018, le ministre algérien a ainsi déclaré qu’il était nécessaire d’exploiter cette ressource en annonçant malgré tout «  un cadre réglementé, con- sidérant les paramètres sani- taires et environnementaux », afin d’apaiser l’opposition. Dans le cadre du salon nord- africain des hydrocarbures en mars dernier, son potentiel a encore été soulevé, l’Algérie possédant la troisième réserve mondiale de gaz de schiste. En plus de ces déclarations, le gouvernement et Sonatrach ont travaillé dans ce sens, en témoignent les discussions et projets avec des compag- nies américaines (ExxonMobil I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 30 L’ÉNERGIE AU COEUR DES CONFLITS POLITIQUES
  • 31. Sources : [1] « Énergie au Venezuela », Wikipédia. 29-mars-2019. [2] « Énergie en Algérie », Wikipédia. 03-févr-2019. [3] « La situation du Venezuela en 5 questions », Connaissance des Énergies, 08-févr-2018. [En ligne]. Disponible sur: https:// www.connaissancedesenergies.org/la-situation-du-venezuela-en-5-questions-180202. [Consulté le: 11-avr-2019]. [4] « Panne d’électricité: le Venezuela, géant énergétique aux pieds d’argile », RFI, 13-mars-2019. [En ligne]. Disponible sur: http://www.rfi.fr/ameriques/20190313-venezuela-panne-electricite-guri-sabotage-maduro-corpoelec. [Consulté le: 11-avr-2019]. [5] « Venezuela: Maduro et l’opposition s’accusent mutuellement de la panne géante », 13-mars-2019. [6] « Algérie : la rue ne désarme pas - 13/04/2019 - ladepeche.fr ». [En ligne]. Disponible sur: https://www.ladepeche. fr/2019/04/13/algerie-la-rue-ne-desarme-pas,8129186.php. [Consulté le: 13-avr-2019]. [7] « Algérie : un enjeu caché, le gaz de schiste », Reporterre, le quotidien de l’écologie. [En ligne]. Disponible sur: https:// reporterre.net/Algerie-un-enjeu-cache-le-gaz-de-schiste. [Consulté le: 11-avr-2019]. [8] « L’Algérie, un État pétrolier en danger », Connaissance des Énergies, 30-juill-2015. [En ligne]. Disponible sur: https:// www.connaissancedesenergies.org/lalgerie-un-etat-petrolier-en-danger-150730. [Consulté le: 11-avr-2019]. [9] M. Cheikh, « Forum algéro-américain sur l’énergie à Houston : Accroître le partenariat », Energy Services Experts, 04-mars-2019. [10] « La situation en Algérie parmi les facteurs qui tirent les prix du pétrole vers le haut », TSA, 10-avr-2019. [En ligne]. Disponible sur: https://www.tsa-algerie.com/la-situation-en-algerie-parmi-les-facteurs-qui-tirent-les-prix-du-petrole- vers-le-haut/. [Consulté le: 13-avr-2019]. et Chevron), britannique (BP) et norvégienne (Equinor) pour de l’exploration dans le sud du pays. Ces accords pourraient être une bouffée d’air pour ce secteur en Algérie, les inves- tissements étrangers étant en baisse : 100 millions de dollars en 2015, après avoir atteint 600 millions de dollars en 2010 [9]. La situation actuelle en Algérie n’est pas sans influ- ence sur le marché mondial et semble être un facteur de l’augmentation récente des prix [10]. Maintenant que la transition politique semble être lancée avec les futures élections pré- sidentielles en juillet, le choix et la refonte du modèle éner- gétique algérien se posent. Le nouveau gouvernement v a a i n s i d e vo i r g é re r l e s impor tantes ressources du pays et pouvoir redessiner la politique du pays sur ce sujet. Le consultant en transi- tion énergétique Tewfik Hasni estime qu’il n’était pas possi- ble d’appliquer une transi- tion énergétique sans bonne g o u v e r n a n c e e n p r e n a n t pour exemple l’échec de la filière photovoltaïque : projet Déser tec avor té en Algérie [11]. Co n t r a i r e m e n t a u c a s d u V e n e z u e l a , l ’é n e r g i e n e semble être qu’une pièce du puzzle dans la crise algéri- e n n e. D e f a ço n g é n é ra l e, ces deux exemples illustrent que les crises énergétiques et politiques vont de pair, sur tout dans les pays pro- ducteurs mais pas seulement ; on l’a notamment vu en France avec le mouvement des “gilets jaunes” dont les revendications sont parties du prix des carburants. Dans un contexte où la transition énergétique est nécessaire et en marche, l’énergie est donc plus que jamais au cœur des débats politiques. Valentin MATHIEU I N F ’ O S E | A v r i l 2 0 1 9 31L’ENERGIE AU COEUR DES CONFLITS POLITIQUES
  • 32. Devenez partenaires evenement@mastere-ose.fr LA MOBILITÉ DURABLE Congrès osE 19e EDITION - 26 SEPTEMBRE 2019 Auditorium Mozart - CMA MINES ParisTech 1 rue Claude Daunesse - 06560 Sophia Antipolis Quels vecteurs énergétiques pour une mobilité décarbonée ?