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LES MYSTERES DE RENNES.

                                Episode I.
                     RENNESSENCE


                                      Tcerid Rezal


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La formule de licence "creative commons" retenue pour le livre en ligne Rennessence implique
que les utilisateurs indiquent la paternité du texte initial, s’interdisent toute utilisation
commerciale (à moins d’y être expressément autorisés par l’auteur) et proposent les travaux issus
de leurs interventions sur ce texte avec les libertés attachées à cette forme ouverte de propriété
intellectuelle. Les utilisations, enrichissements, déformations, déviations, diffusions qui
respectent ces principes sont autorisés. Pour en savoir plus : http://fr.creativecommons.org/
LES MYSTERES DE RENNES.

                 RENNESSENCE
Prologue :
  Une pierre. Une pierre dans une forêt. C’est ainsi qu’on la retrouva. Je sais qu’elle n’était
  qu’une des rares traces de ce culte voué aux démons des temps jadis, à cette force
  monstrueuse dont on n’a guère idée de nos jours. Une trace, voilà ce qu’elle était.

  Et si cette force ressurgissait des profondeurs comme du passé pour venir nous hanter, pour
  mieux nous happer ?

  Mon esprit demeure à jamais obscurci par ce que j’ai vu au Parlement. Et c’est avec
  bonheur que je sais présent à mes côtés les miens : vampires, gynandres, rennais et autres
  subcondatiens, mais aussi désormais fées, sylphides et korrigans. Si je les protège de ma
  force acquise au cours de ces aventures, je sais bien que les mystères de Rennes et de la
  contrée de l’Ouest sont la source de vie qui m’évite chaque jour de sombrer dans une
  inénarrable folie.

  C’est sans doute autant par eux que pour eux que j’écris. Mais c’est aussi pour mes
  compagnons du mystère, ces esprits errants et écrivants qui savent repousser les limites
  d’un rationnel bien de trop ennuyeux.

  « Rennessence » est donc une histoire à plusieurs mains à travers plusieurs esprits, à moins
  que ce ne soit plutôt l’inverse, c’est à dire une histoire écrite à une seule main par
  l’entremise de plusieurs esprits.

  Voilà, j’ouvre les portes des Mystères de Rennes en envoyant un baiser à ma douce fée sans
  qui vous ne serez pas en mesure de lire ce qui suit.
Chapitre 1 : Perte de rennes
   En théorie, je suis un vampire. En pratique, beaucoup moins. D’accord, je suis vieux, très
   vieux. Cependant, je crois que j’ai évolué. Oui, le vampire évolue. Du moins, le vampire
   rennais. La contrée est riche en spécimen de mon genre. Seulement, je suis un des rares, le
   seul vampire, a pouvoir vivre désormais le jour. Pourquoi, je n’en sais rien. Enfin, si, il faut
   que je l’avoue, je crois savoir l’origine de ce phénomène. C’est depuis que j’ai rencontré
   par une nuit de pleine lune, la fée Sicka surgissant des cieux, survolant le parlement sur son
   sympathique dragon écarlate Crêpovore. Après que Crêpovore ait atterri, nous nous
   sommes rencontrés en contrebas du Thabor. Le dragon ouvrit la gueule comme pour bailler.
   Une appétissante odeur de pâte à crêpe en sortit. La fée me sourit, et me proposa de manger
   une de ces créations culinaires accompagnée d’un délicieux élixir. J’eus beau lui dire que je
   n’absorbais plus rien depuis que j’étais devenu vampire, elle insista néanmoins. Elle était
   magnifique, grande et fine, ses cheveux bruns clairs aux reflets dorés étaient brillants et
   longs. Je dois avouer que j’étais séduit. Et étonné par son assurance, et la manière dont elle
   se déplaçait sur le dos de son dragon. C’était un fabuleux animal de deux mètres, avec une
   imposante tête et d’énormes ailes rétractables. Elle m’apprit que son dragon, Crêpovore, ne
   se nourrissait que de crêpes et de galettes. De plus, il avait le privilège d’être un des rares
   dragons capable de pouvoir parler. Effectivement, il me dit d’une voix caverneuse :

   « Amicus sum »

   Seulement, il ne s’exprimait qu’en latin, et parfois en Breton quand il avait bu à l’insu de
   Sicka de l’alcool. Bref, j’étais subjugué par une telle rencontre. Si bien que je ne sais par
   quel irrésistible charme, elle parvint à ses fins. Je me délectai alors de sa crêpe magique et
   de son délicieux. Quelle sensation indescriptible ! Je n’avais rien absorbé si ce n’est du
   sang depuis des années. Je n’avais jamais rien goûté d’aussi exquis en un demi-millénaire !
   Une crêpe parfumée accompagnée d’une délicieuse confiture de framboise avec une boule
   de glace vanille. Le tout était artisanal, magique mais artisanal, car ma fée était contrôlée
   régulièrement par des instances supérieures qui lui avaient conféré le label « produit
   magique biologiquement certifiée ». Je dois dire, que pour couronner le tout, elle m’avait
   fait boire un cidre d’une qualité à rendre fou. Elle m’affirma que c’était du « Loïc Déraison
   ». J’avais la chance de boire de l’élixir réalisé par le druide de la région, le sage et magicien
   le plus célèbre au monde. La plupart d’entre vous le connaisse sous le nom de Merlin
   l’enchanteur. Je ne l’avais d’ailleurs plus vu cela faisait quelques années. Il avait décidé de
   se reposer un peu, avant de passer à l’action de nouveau m’avait-il confié. J’avais pris cela
   pour un délire de vieux paranoïaque. Seulement, voilà qu’il réapparaissait indirectement par
   l’intermédiaire de son élixir.

   Je ne sais trop comment la fée s’en était procuré. Mais l’ élixir avait été fabriqué il y a peu
   de temps. Elle m’affirma que c’était la cuvée spéciale du nouveau millénaire. Je n’avais
   rien bu d’aussi excellent. Loïc Déraison, Merlin si vous voulez l’avait baptisé «
   Rennessence ». Et c’était bien trouvé ! La belle fée me laissa, prétextant que Crêpovore
   avait faim et qu’il était fatigué. Il faut dire que le dragon ne cessait de bailler. Il est vrai
   aussi que ce dernier s’était envoyé une bouteille de chouchen qu’il avait dissimulée dans sa
   poche ventrale sans que la fée ne s’en aperçoive. Elle grimpa alors sur le dos de la bête qui
parvenait tant bien que mal à maintenir les paupières ouvertes. Il déploya ses ailes et se
prépara pour l’envol. La fée me sourit et me donna rendez vous à une mystérieuse
prochaine fois.

Crêpovore me dit alors avec une haleine avinée :

« Ken avo » Et sur ces propos « dragonesques », ils décollèrent. Ils montèrent haut dans le
ciel, puis se dirigèrent vers Brocéliande. Visiblement, le vieux magicien n’était pas pour
rien dans cette entrevue.

En tout cas, tout cela m’avait transformé totalement. La boisson de l’enchanteur portait bien
son nom.

Car c’était bien de cela dont il s’agissait, d’une véritable renaissance. J’étais un Vampire
transformé ! Le Vampire nouveau est arrivé ! Je n’avais plus besoin de me terrer le jour !
Autre bonne nouvelle, je n’étais plus accro au sang. C’est vrai, que les années avançant,
j’en avais de moins en moins besoin. Mais cette fois-ci, cela ne m’était plus vital. Etais-je
vraiment encore un vampire ?

Quel bonheur de pouvoir vivre sous le soleil. Je vois déjà les mauvaises langues dirent que
vu l’ensoleillement par ici, les vampires ne risquaient pas grand chose dans la région. Mais,
j’étais heureux, j’en avais assez de vivre dans l’obscurité, parmi les ténèbres comme disent
certains vampires. Je redécouvrais la ville sous un autre jour au vrai sens du terme. Je
croisais les gens, qui me regardaient évidemment comme si j’étais un déterré. Il est vrai,
que mon accoutrement avait de quoi surprendre. Ma longue cape noire, mes cheveux longs
et légèrement ondulés qui encadraient mon visage pâle et mes yeux clairs surprenaient.
J’entendis à plusieurs reprises prononcé dans mon dos le mot « vampire », ce qui ne
manquait pas de me faire rire. Rennes, c’était bien la nuit, mais désormais le jour aussi !
J’avais envie de changer de style. J’avais envie de me faire un style de « jour ». Après
maintes déambulations transcondatiennes, je finis par trouver mon bonheur. J’étais plaisant
à voir, un peu d’égocentrisme, cela ne fait pas de mal. Je ressemblais désormais un peu à
Keanu Reeves dans Matrix, en mieux évidement. Bref, on aurait dit un jeune kid aux dents
longues. Deux hermines ornaient le dos de ma cape de cuir en se faisant face. Ce n’était pas
tout à fait des hermines, un zoologue affirmé aurait reconnu deux octodons. Elles se
faisaient face dans un cercle blanc, une rouge et une noire. Cela symbolisait la Ville, le jour
et la nuit. J’en étais par mon existence un trait d’union. Il est vrai que le symbole représenté
n’était pas éloigné de celui du club de football qui à l’inverse de la plupart des centenaires
voyaient l’avenir beaucoup mieux que le passé. Quoique le club était plutôt source
d’espoirs déçus que de bons résultats. Quant à moi plus d’un demi-millénaire me sépare de
ma naissance. Mais, aujourd’hui, c’est la renaissance…

Seulement, cette renaissance n’était pas sans poser quelques problèmes. Au bout de
quelques heures, je ressentis le besoin irrémédiable de me sustenter et de m’abreuver. Mais
pas avec n’importe quoi, il me fallait absolument la « supercrêpe » de la Fée Sicka, et
l’élixir de Loïc Déraison ! Hors, je n’avais rien de tel en ma possession !

Je me sentais faible … j’étais un vampire en manque de crêpes et de « rennessence » !
Aucune des crêperies de la rue Saint Georges ne pourraient résoudre ce problème. Le
sympathique patron du « Carmès » me proposa bien un cocktail maison, mais rien n’y fit.
Les crêpes de « la crêperie Saint Georges » fut également inefficace. J’allais certes un peu
mieux, mais au bout de quelques minutes, mes forces diminuaient de nouveau. Enfin, la
bonne nouvelle c’était que mon régime sang pur sang hémoglobine était terminé.

Et j’avais vraiment très envie de revoir la délicieuse Sicka.

Mais elle ne venait pas…je continuai à marcher. J’arrivais alors au carrefour de la rue Le
Bastard, et je vis Henri, Riton , l’habitué du lieu et monument humain de la ville,
s’approcher de moi, et qui me dit :

« un p’tit peu de pognon, et tu iras mieux ! »

Je vis alors, qu’il tenait à la main, une bouteille de la cuvée « nouveau millénaire.
Rennessence » de Loïc Déraison ! Contre un gros billet qu’il affectionnait tant, il me la
remis. Il me souriait du reste de ses dents. Je ne sais qui le lui avait donnée. Sans doute
Sicka. Elle devait savoir l’effet que cela produirait sur moi. Elle me téléguidait à cause de
ma dépendance à la « rennessence ». C’était le monde à l’envers, moi qui parvenait à
dominer spirituellement et télépathiquement grand nombre d’humain et de vampires. Et,
bien c’était moi qui était sous la volonté d’une tierce personne. Etrange.

J’avais en l’espace de quelques heures, depuis ma rencontre avec cette douce fée, perdu les
rennes de la cité. J’en suis quand même le maître, le dirigeant occulte des forces de la ville.
Et voilà, que grand nombre de mes pouvoirs s’étaient amenuisés, et qu’en prime j’étais
accro aux crêpes, et notamment à la « supercrêpe » , ainsi qu’à la « rennessence » de Loïc
Déraison. A vrai dire, je ne savais, si je devais être heureux de tous ces changements…

J’étais assis sur les marches du Parlement en train de déguster ma nouvelle boisson favorite,
« rennessence » . Je reprenais mes esprits, laissant glisser dans ma bouche et sur mon
palais, le doux élixir. J’étais comme galvanisé. Mais, je le sentais, je n’étais plus un vrai
vampire. Une nouvelle vie s’annonçait. Je n’étais plus maître de mon destin. L’enchanteur
me dirigeait désormais au travers de ma dépendance à la potion magique. Mais ce
changement me plaisait. J’en avais assez d’être le chef des forces occultes de l’Ouest. Il ne
se passait plus rien d’intéressant. La ville avait besoin d’un second souffle. J’avais des
idées, et il est vrai que je ne pouvais les mettre en place que si je pouvais être actif le jour.
Merlin m’avait donné cette chance. Il y avait des risques sans doute. Je ne savais pas si ma
quasi immortalité était toujours active, mais j’avais déjà assez vécu, sans compter que
j’avais goûté à des produits gastronomiques d’une qualité telle que je pouvais mourir
désormais.

J’étais bien, j’avais retrouvé une jeunesse d’esprit, car mon corps ne vieillissait plus depuis
ma transformation en vampire à l’âge de 25 ans. Physiquement, je n’avais jamais connu la
vieillesse, spirituellement c’est plus difficile. Il avait fallu que je m’adapte avec le temps.
Enfin, j’avais emmagasiné bon nombre de connaissances que nécessitent plusieurs vie.
Méfiez vous des gens cultivés et jeunes d’aspects, il se pourrait bien qu’ils s’agissent de
vampires…Enfin, ne dramatisez pas la situation, il y a des exceptions.

J’en étais à ce point dans mes réflexions quand une terrible faim se fit sentir. Il me fallait
manger la délicieuse crêpe confectionnée par Sicka. Je ne savais où la retrouver. J’espérais
seulement que la chance, ou plutôt qu’une force télépathique guiderait mes pas jusqu’à la
crêpe magique. Je descendis alors la rue Edith Cadwell, en bas du parlement. Je marchais
tranquillement afin de préserver mon énergie. Il était 16 heures. Il faisait vraiment chaud. Je
n’avais plus l’habitude de marcher sous une telle chaleur. Je m’arrêtais pour regarder la
librairie où étaient exposées les dernières sorties de bandes- dessinées quand soudain je vis
Sicka sortir du magasin. Si hier soir, elle était vêtue d’une splendide robe écrue, son style
était totalement différent cette après-midi. On aurait dit une héroïne de Manga. Mais, elle
demeurait toujours aussi séduisante. Elle était vêtue d’un t-shirt bleu foncé assez moulant,
avec une jupe noire qui descendait jusqu’aux genoux. Elle portait d’étranges chaussures
profilées qui malgré le mystère qu’elles suscitaient, n’étaient pas dépourvues d’esthétisme.
Elle me regardait, étant un peu surpris par non nouveau style. Elle semblait apprécier. Il
faut dire que quelque part, j’avais gardé un aspect similaire tout en ayant ajouté une pointe
de modernité.

Elle me prit par la main, et me dit :

« Suivez- moi »

Evidemment, je ne pus décliner une telle offre. Surtout, pour la première fois depuis des
siècles, je sentis mon cœur battre étrangement, et mon corps devenir chaud et brûlant. Le
soleil n’en était pas l’unique cause, l’élixir et ma charmante fée n’y était sans doute pas
pour rien.

Elle m’entraîna vers le bar-brasserie, « le Picadilly » en face de la mairie. Nous allâmes
dans un coin tranquille, à l’intérieur, à l’abri des éventuels indiscrets. Elle commença alors
à me raconter ce qui se passait, et quel allait être ma mission.

« Voilà, Merlin t’a chargé, toi, le prince des vampires de l’Ouest une mission importante.
Les « habits noirs », plus connus aujourd’hui sous le nom d’Hommes en noirs », veulent
éliminer de la ville toutes personnes ne correspondant pas à la norme humaine. Les
vampires, les fées, les dragons, et toutes créatures extraordinaires sont menacées. Il nous
faut donc réagir. Merlin a donc confectionné une potion, la « rennessence » qui te permet
de vivre le jour, et de ne plus être soumis aux autres désagréments des vampires. »

Elle interrompit alors son discours pour me donner deux crêpes qu’elle avait enveloppées
dans de l’aluminium. Je me mis à les dévorer. Je sentis à nouveau mon palais frémir de
bonheur, et l’énergie me revigorer. Le serveur vint, nous prîmes une limonade chacun.
Désormais, je pouvais boire et manger n’importe quoi, mais seule la crêpe de Sicka, et
l’élixir de Loïc Déraison pouvait me permettre de survivre. Une fois, le serveur parti, la fée
poursuivit :
« Il nous faut réagir. Vu ton statut, tu peux rassembler les forces du monde du dessous que
tu présides. Tu dois les prévenir dès ce soir, et mettre en place la réplique face aux habits
noirs. C’est urgent, nous avons certes des pouvoirs, mais nous sommes pas nombreux. Il
faut nous organiser, si nous voulons que le rêve, l’imaginaire et l’utopie demeurent. On dit,
que les habits noirs ont dépêché leurs meilleurs tueurs. Ils ont déjà agi ailleurs. Mais, ils
n’auront pas la contrée de l’Ouest. Il nous faut résister.

Merlin a prévenu tous les magiciens, les fées et les sorcières. Mais, c’est à toi de mettre en
place la défense du monde du dessous. Il te faut réagir, car avec le métro, et les parkings
souterrains, il vous faut être prudents. Je sais que vous souhaitez tout comme nous, rester
discrets. Seulement, cette fois-ci, il est question de notre survie. Alors, il va falloir prendre
des risques. Les « habits noirs » arrivent bientôt. Ils ont déjà des émissaires ici. Mais,
l’attaque ne commencera que demain. C’est mercredi aujourd’hui. Tu présides la réunion
de « Souterrennes » depuis des années. On te respecte, à toi d’organiser la défense de la cité
enterrée. J’irai avec toi , car il faut forger une alliance forte pour parvenir à repousser
l’ennemi. »

Ses paroles me donnèrent une énergie nouvelle. Etrangement, je dois avouer que je n’étais
pas malheureux de cette menace, car elle faisait ressortir mon envie de vivre. Et la
demoiselle qui était en face de moi y était sans doute pour quelque chose.

Nous quittâmes alors « le Picadilly ». Il nous restait encore pas mal de temps avant la
réunion de ce soir. Le temps pour moi d’acheter une pair de roller et d’essayer de devenir
un as de cette discipline. Après un achat dans un magasin dont je ne citerai pas le nom,
nous nous dirigeâmes vers la cité judiciaire pour tenter de s’exercer sur l’esplanade. Mes
vieilles articulations eurent les pires difficultés à ne pas prendre la direction du cimetière. Je
ne pus compter mes chutes, mais au bout d’une heure, j’étais capable de me mouvoir sans
trop grand risque de chute. Mon professeur excellait dans ce domaine. Elle était
impressionnante, et se mouvait avec une aisance incomparable non dénuée de raffinement.
Elle sembla néanmoins satisfaite de mes prestations puisqu’elle me dit :

« Bon, apparemment tu ne te débrouilles pas trop mal ! On va donc pouvoir passer aux
choses sérieuses. !

— Nous allons pouvoir aller voir Daedalius.

— Daedalius, ce vieux fou ? En quoi peut-il nous aider ?

— Tu vas bientôt le savoir. »

Daedalius faisait partie d’une longue lignée d’inventeurs tout aussi fous que géniaux. Il
descendait d’après les rumeurs et vu son nom de Dédale, le créateur du labyrinthe. Seul le
destin savait comment cette famille avait pu arriver à Rennes. Avant de partir retrouver
Daedalius. Je pus boire avec plaisir un peu de « Rennessence »
Il habitait à quelques vols de dragons de là. Son logement se situait dans un hôtel
particulier. Sur l’interphone, il n’y avait aucun nom de marqué, seulement un labyrinthe.

Sicka appuya. Au bout de quelques instants, un jeune homme en sortit. Il nous ouvrit la
grille d’entrée. Puis nous fit pénétrer dans une étrange demeure. Sicka fit la bise au jeune
homme ce qui me rendit quelque peu jaloux , je dois l’avouer. C’était Didier, le fils de
Daedalius, dont le deuxième prénom était Icarion. Il était apparemment très doué pour
l’informatique. Son père arriva alors, et me salua chaleureusement.

« L’heure est grave. Vous seul pouvez sauver Souterrennes. Vous connaissez les arcanes de
la ville depuis si longtemps. Mon fils et moi sommes prêts à vous aider. »

— Je crois, Daedalius, que vous connaissez aussi bien la ville que moi. La ville souterraine
est un labyrinthe. Et je crois qu’en ce domaine, vous vous y connaissez. »

Il me sourit d’un air entendu. Il était difficile de lui donner un âge, il devait avoir environ
55 ans. Son fils lui en paraissait autant que moi. Il ne cessait d’ailleurs de faire de l’œil à la
fée qui semblait fort bien s’en accommoder.

Daedalius nous conduisit dans une salle, où se trouvaient de nombreuses inventions
auxquelles je n’aurais été capable de donner un nom et encore moins de savoir à quelle
utilité elles étaient vouées. Des plans étaient accrochés aux murs. Dans un petit coin de la
pièce, trônait un ordinateur qui devait être l’instrument de travail de Didier Icarion.

Daedalius me dit alors :

« Mon fils et moi avons mis au point plusieurs inventions qui peuvent nous conférer
quelques avantages. En premier lieu ces chaussures-rollers, que mon fils appelle des «
Grollers ».

Il me les fit enfiler. Elles étaient superbes quoique un peu plus lourdes que des baskets.
Elles étaient en cuir noir, armaturées d’une structure métallique de couleur moirée.

« Quand vous êtes en danger, vous appuyer sur l’émetteur que voici, me dit-il en tendant un
minuscule appareil de 3 cm de long. »

J’appuyai alors sur le bouton rouge en son centre. Quatre roues sortirent des chaussures
aussitôt. Géniale invention !

« Si vous êtes en très grand danger vous appuyez sur le bouton vert au dessus du rouge, un
moteur se met alors en marche, vous allez encore plus vite. Enfin, j’espère que vous n’en
aurez pas besoin, car c’est pas tout à fait au point…et pas facile à contrôler. »

Sicka se fut confiée une paire similaire avec en prime quelques reflets violacés. Je pensais
en moi même qu’Icarion devait être l’auteur de cette subtilité.
Daedalius rajouta alors.

« Ce n’est pas tout, nous allons vous équiper d’une caméra qui nous permettra de suivre
tous vos faits et gestes. Ce qui nous permettra d’intervenir en cas de danger. Nous avons
plus d’un tour dans notre sac, vous allez voir ! »

Apparemment, cette menace des habits noirs suscitaient l’enthousiasme de Daedalius et de
son fils qui y voyaient sans doute une occasion de se rendre utile.

Ils nous installèrent une caméra quasi invisible de la taille d’un bouton de manchette.

J’avoue que je n’ étais pas totalement rassuré par ces inventions. Enfin, c’était un soutien
qu’on ne pouvait négliger. Daedalius nous invita à nous restaurer quelque peu dans sa salle.
Elle était superbe. Un statue olmèque m’impressionnait. Elle faisait face à un gigantesque
d’un merveilleux jade. La table était ronde et faite d’un bois imputrescible m’assura-t-il.
Pendant que j’observais les merveilles de cette salle, Icarion essayait de séduire Sicka. Il
n’y arrivait évidemment pas. Cela faisait beaucoup rire la fée, qui je crois commençait à en
être lasse, car elle vint à mes côtés, me prit le bras, et le fit remarquer l’étrange bracelet fait
dans un métal qui serait d’après nos hôtes de …l’orichalque ! Rien que cela ! Le métal de
l’Atlantide ! Enfin, tout était possible après tout. D’ailleurs, tout ce qui évoquait l’Atlantide
pour moi était toujours source d’étranges réminiscences. Je n’étais pas qu’un simple
vampire comme beaucoup de personnes le croyaient.

Nous nous installâmes à table. Elle était dans un style néogothique, faite dans un bois solide
et travaillée de belle manière. Nous attendions tous les trois. C’est alors que vint
Andromeda. C’était une humanoïde. Elle était très belle. Elle était la plus belle création de
Daedalius et d’Icarion. Agrippine Andromèda était la femme de Daedalius et donc la mère
d’Icarion. Elle était malheureusement morte dans d’étranges circonstances il y a quelques
années. Daedalius m’affirma qu’il était persuadé qu’il s’agissait d’un assassinat commis par
« les habits noirs », après qu’il eut refuser de collaborer avec eux. Ils avaient choisis de
donner le deuxième prénom à leur création pour ne pas oublier que ce n’était qu’une
humanoïde et non la femme qu’ils avaient connue.

Andromèda savait parler et surtout préparer à manger. Nul doute que la femme de
Daedalius savait en faire plus. Mais, ils me confièrent qu’Agrippine étaient une cuisinière
de grand talent, et qu’ils avaient ainsi grâce à leur création l’impression de manger un plat
préparé leur respectivement épouse et mère. Je crois surtout que tous les deux avaient
trouvé le meilleur moyen de ne pas faire la cuisine.

Mais je dois dire que le repas qui nous fûmes servis fut exquis. Pour un vampire, je
reprenais goût aux bonnes choses ! Je dévorai les délicieuses cailles au raisin accompagnées
d’un gouleyant vin d’Alsace. Ce fut un régal. Pour un vampire, je reprenais goût aux
bonnes choses. En dessert, je me délectais de délicieuses crêpes au rhum. Je félicitai
chaudement l’humanoïde. Cependant, je vis que Sicka était jalouse. Dès lors, je lui glissai
au creux de l’oreille :

« Vous savez bien que je ne puis vivre sans vos crêpes ! »
Elle sourit. Visiblement, je lui avais remonté le moral. Il commençait à se faire tard. Nous
approchions des 22 heures. La réunion n’allait pas tarder à commencer. J’étais guilleret,
sans doute avais-je trop bu. Nous prîmes congés de nos hôtes, qui allaient pouvoir regarder
la réunion grâce aux caméras incorporées dans nos vêtements

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  • 1. LES MYSTERES DE RENNES. Episode I. RENNESSENCE Tcerid Rezal Licence Creative Commons utilisée : La formule de licence "creative commons" retenue pour le livre en ligne Rennessence implique que les utilisateurs indiquent la paternité du texte initial, s’interdisent toute utilisation commerciale (à moins d’y être expressément autorisés par l’auteur) et proposent les travaux issus de leurs interventions sur ce texte avec les libertés attachées à cette forme ouverte de propriété intellectuelle. Les utilisations, enrichissements, déformations, déviations, diffusions qui respectent ces principes sont autorisés. Pour en savoir plus : http://fr.creativecommons.org/
  • 2. LES MYSTERES DE RENNES. RENNESSENCE Prologue : Une pierre. Une pierre dans une forêt. C’est ainsi qu’on la retrouva. Je sais qu’elle n’était qu’une des rares traces de ce culte voué aux démons des temps jadis, à cette force monstrueuse dont on n’a guère idée de nos jours. Une trace, voilà ce qu’elle était. Et si cette force ressurgissait des profondeurs comme du passé pour venir nous hanter, pour mieux nous happer ? Mon esprit demeure à jamais obscurci par ce que j’ai vu au Parlement. Et c’est avec bonheur que je sais présent à mes côtés les miens : vampires, gynandres, rennais et autres subcondatiens, mais aussi désormais fées, sylphides et korrigans. Si je les protège de ma force acquise au cours de ces aventures, je sais bien que les mystères de Rennes et de la contrée de l’Ouest sont la source de vie qui m’évite chaque jour de sombrer dans une inénarrable folie. C’est sans doute autant par eux que pour eux que j’écris. Mais c’est aussi pour mes compagnons du mystère, ces esprits errants et écrivants qui savent repousser les limites d’un rationnel bien de trop ennuyeux. « Rennessence » est donc une histoire à plusieurs mains à travers plusieurs esprits, à moins que ce ne soit plutôt l’inverse, c’est à dire une histoire écrite à une seule main par l’entremise de plusieurs esprits. Voilà, j’ouvre les portes des Mystères de Rennes en envoyant un baiser à ma douce fée sans qui vous ne serez pas en mesure de lire ce qui suit.
  • 3. Chapitre 1 : Perte de rennes En théorie, je suis un vampire. En pratique, beaucoup moins. D’accord, je suis vieux, très vieux. Cependant, je crois que j’ai évolué. Oui, le vampire évolue. Du moins, le vampire rennais. La contrée est riche en spécimen de mon genre. Seulement, je suis un des rares, le seul vampire, a pouvoir vivre désormais le jour. Pourquoi, je n’en sais rien. Enfin, si, il faut que je l’avoue, je crois savoir l’origine de ce phénomène. C’est depuis que j’ai rencontré par une nuit de pleine lune, la fée Sicka surgissant des cieux, survolant le parlement sur son sympathique dragon écarlate Crêpovore. Après que Crêpovore ait atterri, nous nous sommes rencontrés en contrebas du Thabor. Le dragon ouvrit la gueule comme pour bailler. Une appétissante odeur de pâte à crêpe en sortit. La fée me sourit, et me proposa de manger une de ces créations culinaires accompagnée d’un délicieux élixir. J’eus beau lui dire que je n’absorbais plus rien depuis que j’étais devenu vampire, elle insista néanmoins. Elle était magnifique, grande et fine, ses cheveux bruns clairs aux reflets dorés étaient brillants et longs. Je dois avouer que j’étais séduit. Et étonné par son assurance, et la manière dont elle se déplaçait sur le dos de son dragon. C’était un fabuleux animal de deux mètres, avec une imposante tête et d’énormes ailes rétractables. Elle m’apprit que son dragon, Crêpovore, ne se nourrissait que de crêpes et de galettes. De plus, il avait le privilège d’être un des rares dragons capable de pouvoir parler. Effectivement, il me dit d’une voix caverneuse : « Amicus sum » Seulement, il ne s’exprimait qu’en latin, et parfois en Breton quand il avait bu à l’insu de Sicka de l’alcool. Bref, j’étais subjugué par une telle rencontre. Si bien que je ne sais par quel irrésistible charme, elle parvint à ses fins. Je me délectai alors de sa crêpe magique et de son délicieux. Quelle sensation indescriptible ! Je n’avais rien absorbé si ce n’est du sang depuis des années. Je n’avais jamais rien goûté d’aussi exquis en un demi-millénaire ! Une crêpe parfumée accompagnée d’une délicieuse confiture de framboise avec une boule de glace vanille. Le tout était artisanal, magique mais artisanal, car ma fée était contrôlée régulièrement par des instances supérieures qui lui avaient conféré le label « produit magique biologiquement certifiée ». Je dois dire, que pour couronner le tout, elle m’avait fait boire un cidre d’une qualité à rendre fou. Elle m’affirma que c’était du « Loïc Déraison ». J’avais la chance de boire de l’élixir réalisé par le druide de la région, le sage et magicien le plus célèbre au monde. La plupart d’entre vous le connaisse sous le nom de Merlin l’enchanteur. Je ne l’avais d’ailleurs plus vu cela faisait quelques années. Il avait décidé de se reposer un peu, avant de passer à l’action de nouveau m’avait-il confié. J’avais pris cela pour un délire de vieux paranoïaque. Seulement, voilà qu’il réapparaissait indirectement par l’intermédiaire de son élixir. Je ne sais trop comment la fée s’en était procuré. Mais l’ élixir avait été fabriqué il y a peu de temps. Elle m’affirma que c’était la cuvée spéciale du nouveau millénaire. Je n’avais rien bu d’aussi excellent. Loïc Déraison, Merlin si vous voulez l’avait baptisé « Rennessence ». Et c’était bien trouvé ! La belle fée me laissa, prétextant que Crêpovore avait faim et qu’il était fatigué. Il faut dire que le dragon ne cessait de bailler. Il est vrai aussi que ce dernier s’était envoyé une bouteille de chouchen qu’il avait dissimulée dans sa poche ventrale sans que la fée ne s’en aperçoive. Elle grimpa alors sur le dos de la bête qui
  • 4. parvenait tant bien que mal à maintenir les paupières ouvertes. Il déploya ses ailes et se prépara pour l’envol. La fée me sourit et me donna rendez vous à une mystérieuse prochaine fois. Crêpovore me dit alors avec une haleine avinée : « Ken avo » Et sur ces propos « dragonesques », ils décollèrent. Ils montèrent haut dans le ciel, puis se dirigèrent vers Brocéliande. Visiblement, le vieux magicien n’était pas pour rien dans cette entrevue. En tout cas, tout cela m’avait transformé totalement. La boisson de l’enchanteur portait bien son nom. Car c’était bien de cela dont il s’agissait, d’une véritable renaissance. J’étais un Vampire transformé ! Le Vampire nouveau est arrivé ! Je n’avais plus besoin de me terrer le jour ! Autre bonne nouvelle, je n’étais plus accro au sang. C’est vrai, que les années avançant, j’en avais de moins en moins besoin. Mais cette fois-ci, cela ne m’était plus vital. Etais-je vraiment encore un vampire ? Quel bonheur de pouvoir vivre sous le soleil. Je vois déjà les mauvaises langues dirent que vu l’ensoleillement par ici, les vampires ne risquaient pas grand chose dans la région. Mais, j’étais heureux, j’en avais assez de vivre dans l’obscurité, parmi les ténèbres comme disent certains vampires. Je redécouvrais la ville sous un autre jour au vrai sens du terme. Je croisais les gens, qui me regardaient évidemment comme si j’étais un déterré. Il est vrai, que mon accoutrement avait de quoi surprendre. Ma longue cape noire, mes cheveux longs et légèrement ondulés qui encadraient mon visage pâle et mes yeux clairs surprenaient. J’entendis à plusieurs reprises prononcé dans mon dos le mot « vampire », ce qui ne manquait pas de me faire rire. Rennes, c’était bien la nuit, mais désormais le jour aussi ! J’avais envie de changer de style. J’avais envie de me faire un style de « jour ». Après maintes déambulations transcondatiennes, je finis par trouver mon bonheur. J’étais plaisant à voir, un peu d’égocentrisme, cela ne fait pas de mal. Je ressemblais désormais un peu à Keanu Reeves dans Matrix, en mieux évidement. Bref, on aurait dit un jeune kid aux dents longues. Deux hermines ornaient le dos de ma cape de cuir en se faisant face. Ce n’était pas tout à fait des hermines, un zoologue affirmé aurait reconnu deux octodons. Elles se faisaient face dans un cercle blanc, une rouge et une noire. Cela symbolisait la Ville, le jour et la nuit. J’en étais par mon existence un trait d’union. Il est vrai que le symbole représenté n’était pas éloigné de celui du club de football qui à l’inverse de la plupart des centenaires voyaient l’avenir beaucoup mieux que le passé. Quoique le club était plutôt source d’espoirs déçus que de bons résultats. Quant à moi plus d’un demi-millénaire me sépare de ma naissance. Mais, aujourd’hui, c’est la renaissance… Seulement, cette renaissance n’était pas sans poser quelques problèmes. Au bout de quelques heures, je ressentis le besoin irrémédiable de me sustenter et de m’abreuver. Mais pas avec n’importe quoi, il me fallait absolument la « supercrêpe » de la Fée Sicka, et l’élixir de Loïc Déraison ! Hors, je n’avais rien de tel en ma possession ! Je me sentais faible … j’étais un vampire en manque de crêpes et de « rennessence » !
  • 5. Aucune des crêperies de la rue Saint Georges ne pourraient résoudre ce problème. Le sympathique patron du « Carmès » me proposa bien un cocktail maison, mais rien n’y fit. Les crêpes de « la crêperie Saint Georges » fut également inefficace. J’allais certes un peu mieux, mais au bout de quelques minutes, mes forces diminuaient de nouveau. Enfin, la bonne nouvelle c’était que mon régime sang pur sang hémoglobine était terminé. Et j’avais vraiment très envie de revoir la délicieuse Sicka. Mais elle ne venait pas…je continuai à marcher. J’arrivais alors au carrefour de la rue Le Bastard, et je vis Henri, Riton , l’habitué du lieu et monument humain de la ville, s’approcher de moi, et qui me dit : « un p’tit peu de pognon, et tu iras mieux ! » Je vis alors, qu’il tenait à la main, une bouteille de la cuvée « nouveau millénaire. Rennessence » de Loïc Déraison ! Contre un gros billet qu’il affectionnait tant, il me la remis. Il me souriait du reste de ses dents. Je ne sais qui le lui avait donnée. Sans doute Sicka. Elle devait savoir l’effet que cela produirait sur moi. Elle me téléguidait à cause de ma dépendance à la « rennessence ». C’était le monde à l’envers, moi qui parvenait à dominer spirituellement et télépathiquement grand nombre d’humain et de vampires. Et, bien c’était moi qui était sous la volonté d’une tierce personne. Etrange. J’avais en l’espace de quelques heures, depuis ma rencontre avec cette douce fée, perdu les rennes de la cité. J’en suis quand même le maître, le dirigeant occulte des forces de la ville. Et voilà, que grand nombre de mes pouvoirs s’étaient amenuisés, et qu’en prime j’étais accro aux crêpes, et notamment à la « supercrêpe » , ainsi qu’à la « rennessence » de Loïc Déraison. A vrai dire, je ne savais, si je devais être heureux de tous ces changements… J’étais assis sur les marches du Parlement en train de déguster ma nouvelle boisson favorite, « rennessence » . Je reprenais mes esprits, laissant glisser dans ma bouche et sur mon palais, le doux élixir. J’étais comme galvanisé. Mais, je le sentais, je n’étais plus un vrai vampire. Une nouvelle vie s’annonçait. Je n’étais plus maître de mon destin. L’enchanteur me dirigeait désormais au travers de ma dépendance à la potion magique. Mais ce changement me plaisait. J’en avais assez d’être le chef des forces occultes de l’Ouest. Il ne se passait plus rien d’intéressant. La ville avait besoin d’un second souffle. J’avais des idées, et il est vrai que je ne pouvais les mettre en place que si je pouvais être actif le jour. Merlin m’avait donné cette chance. Il y avait des risques sans doute. Je ne savais pas si ma quasi immortalité était toujours active, mais j’avais déjà assez vécu, sans compter que j’avais goûté à des produits gastronomiques d’une qualité telle que je pouvais mourir désormais. J’étais bien, j’avais retrouvé une jeunesse d’esprit, car mon corps ne vieillissait plus depuis ma transformation en vampire à l’âge de 25 ans. Physiquement, je n’avais jamais connu la vieillesse, spirituellement c’est plus difficile. Il avait fallu que je m’adapte avec le temps. Enfin, j’avais emmagasiné bon nombre de connaissances que nécessitent plusieurs vie.
  • 6. Méfiez vous des gens cultivés et jeunes d’aspects, il se pourrait bien qu’ils s’agissent de vampires…Enfin, ne dramatisez pas la situation, il y a des exceptions. J’en étais à ce point dans mes réflexions quand une terrible faim se fit sentir. Il me fallait manger la délicieuse crêpe confectionnée par Sicka. Je ne savais où la retrouver. J’espérais seulement que la chance, ou plutôt qu’une force télépathique guiderait mes pas jusqu’à la crêpe magique. Je descendis alors la rue Edith Cadwell, en bas du parlement. Je marchais tranquillement afin de préserver mon énergie. Il était 16 heures. Il faisait vraiment chaud. Je n’avais plus l’habitude de marcher sous une telle chaleur. Je m’arrêtais pour regarder la librairie où étaient exposées les dernières sorties de bandes- dessinées quand soudain je vis Sicka sortir du magasin. Si hier soir, elle était vêtue d’une splendide robe écrue, son style était totalement différent cette après-midi. On aurait dit une héroïne de Manga. Mais, elle demeurait toujours aussi séduisante. Elle était vêtue d’un t-shirt bleu foncé assez moulant, avec une jupe noire qui descendait jusqu’aux genoux. Elle portait d’étranges chaussures profilées qui malgré le mystère qu’elles suscitaient, n’étaient pas dépourvues d’esthétisme. Elle me regardait, étant un peu surpris par non nouveau style. Elle semblait apprécier. Il faut dire que quelque part, j’avais gardé un aspect similaire tout en ayant ajouté une pointe de modernité. Elle me prit par la main, et me dit : « Suivez- moi » Evidemment, je ne pus décliner une telle offre. Surtout, pour la première fois depuis des siècles, je sentis mon cœur battre étrangement, et mon corps devenir chaud et brûlant. Le soleil n’en était pas l’unique cause, l’élixir et ma charmante fée n’y était sans doute pas pour rien. Elle m’entraîna vers le bar-brasserie, « le Picadilly » en face de la mairie. Nous allâmes dans un coin tranquille, à l’intérieur, à l’abri des éventuels indiscrets. Elle commença alors à me raconter ce qui se passait, et quel allait être ma mission. « Voilà, Merlin t’a chargé, toi, le prince des vampires de l’Ouest une mission importante. Les « habits noirs », plus connus aujourd’hui sous le nom d’Hommes en noirs », veulent éliminer de la ville toutes personnes ne correspondant pas à la norme humaine. Les vampires, les fées, les dragons, et toutes créatures extraordinaires sont menacées. Il nous faut donc réagir. Merlin a donc confectionné une potion, la « rennessence » qui te permet de vivre le jour, et de ne plus être soumis aux autres désagréments des vampires. » Elle interrompit alors son discours pour me donner deux crêpes qu’elle avait enveloppées dans de l’aluminium. Je me mis à les dévorer. Je sentis à nouveau mon palais frémir de bonheur, et l’énergie me revigorer. Le serveur vint, nous prîmes une limonade chacun. Désormais, je pouvais boire et manger n’importe quoi, mais seule la crêpe de Sicka, et l’élixir de Loïc Déraison pouvait me permettre de survivre. Une fois, le serveur parti, la fée poursuivit :
  • 7. « Il nous faut réagir. Vu ton statut, tu peux rassembler les forces du monde du dessous que tu présides. Tu dois les prévenir dès ce soir, et mettre en place la réplique face aux habits noirs. C’est urgent, nous avons certes des pouvoirs, mais nous sommes pas nombreux. Il faut nous organiser, si nous voulons que le rêve, l’imaginaire et l’utopie demeurent. On dit, que les habits noirs ont dépêché leurs meilleurs tueurs. Ils ont déjà agi ailleurs. Mais, ils n’auront pas la contrée de l’Ouest. Il nous faut résister. Merlin a prévenu tous les magiciens, les fées et les sorcières. Mais, c’est à toi de mettre en place la défense du monde du dessous. Il te faut réagir, car avec le métro, et les parkings souterrains, il vous faut être prudents. Je sais que vous souhaitez tout comme nous, rester discrets. Seulement, cette fois-ci, il est question de notre survie. Alors, il va falloir prendre des risques. Les « habits noirs » arrivent bientôt. Ils ont déjà des émissaires ici. Mais, l’attaque ne commencera que demain. C’est mercredi aujourd’hui. Tu présides la réunion de « Souterrennes » depuis des années. On te respecte, à toi d’organiser la défense de la cité enterrée. J’irai avec toi , car il faut forger une alliance forte pour parvenir à repousser l’ennemi. » Ses paroles me donnèrent une énergie nouvelle. Etrangement, je dois avouer que je n’étais pas malheureux de cette menace, car elle faisait ressortir mon envie de vivre. Et la demoiselle qui était en face de moi y était sans doute pour quelque chose. Nous quittâmes alors « le Picadilly ». Il nous restait encore pas mal de temps avant la réunion de ce soir. Le temps pour moi d’acheter une pair de roller et d’essayer de devenir un as de cette discipline. Après un achat dans un magasin dont je ne citerai pas le nom, nous nous dirigeâmes vers la cité judiciaire pour tenter de s’exercer sur l’esplanade. Mes vieilles articulations eurent les pires difficultés à ne pas prendre la direction du cimetière. Je ne pus compter mes chutes, mais au bout d’une heure, j’étais capable de me mouvoir sans trop grand risque de chute. Mon professeur excellait dans ce domaine. Elle était impressionnante, et se mouvait avec une aisance incomparable non dénuée de raffinement. Elle sembla néanmoins satisfaite de mes prestations puisqu’elle me dit : « Bon, apparemment tu ne te débrouilles pas trop mal ! On va donc pouvoir passer aux choses sérieuses. ! — Nous allons pouvoir aller voir Daedalius. — Daedalius, ce vieux fou ? En quoi peut-il nous aider ? — Tu vas bientôt le savoir. » Daedalius faisait partie d’une longue lignée d’inventeurs tout aussi fous que géniaux. Il descendait d’après les rumeurs et vu son nom de Dédale, le créateur du labyrinthe. Seul le destin savait comment cette famille avait pu arriver à Rennes. Avant de partir retrouver Daedalius. Je pus boire avec plaisir un peu de « Rennessence »
  • 8. Il habitait à quelques vols de dragons de là. Son logement se situait dans un hôtel particulier. Sur l’interphone, il n’y avait aucun nom de marqué, seulement un labyrinthe. Sicka appuya. Au bout de quelques instants, un jeune homme en sortit. Il nous ouvrit la grille d’entrée. Puis nous fit pénétrer dans une étrange demeure. Sicka fit la bise au jeune homme ce qui me rendit quelque peu jaloux , je dois l’avouer. C’était Didier, le fils de Daedalius, dont le deuxième prénom était Icarion. Il était apparemment très doué pour l’informatique. Son père arriva alors, et me salua chaleureusement. « L’heure est grave. Vous seul pouvez sauver Souterrennes. Vous connaissez les arcanes de la ville depuis si longtemps. Mon fils et moi sommes prêts à vous aider. » — Je crois, Daedalius, que vous connaissez aussi bien la ville que moi. La ville souterraine est un labyrinthe. Et je crois qu’en ce domaine, vous vous y connaissez. » Il me sourit d’un air entendu. Il était difficile de lui donner un âge, il devait avoir environ 55 ans. Son fils lui en paraissait autant que moi. Il ne cessait d’ailleurs de faire de l’œil à la fée qui semblait fort bien s’en accommoder. Daedalius nous conduisit dans une salle, où se trouvaient de nombreuses inventions auxquelles je n’aurais été capable de donner un nom et encore moins de savoir à quelle utilité elles étaient vouées. Des plans étaient accrochés aux murs. Dans un petit coin de la pièce, trônait un ordinateur qui devait être l’instrument de travail de Didier Icarion. Daedalius me dit alors : « Mon fils et moi avons mis au point plusieurs inventions qui peuvent nous conférer quelques avantages. En premier lieu ces chaussures-rollers, que mon fils appelle des « Grollers ». Il me les fit enfiler. Elles étaient superbes quoique un peu plus lourdes que des baskets. Elles étaient en cuir noir, armaturées d’une structure métallique de couleur moirée. « Quand vous êtes en danger, vous appuyer sur l’émetteur que voici, me dit-il en tendant un minuscule appareil de 3 cm de long. » J’appuyai alors sur le bouton rouge en son centre. Quatre roues sortirent des chaussures aussitôt. Géniale invention ! « Si vous êtes en très grand danger vous appuyez sur le bouton vert au dessus du rouge, un moteur se met alors en marche, vous allez encore plus vite. Enfin, j’espère que vous n’en aurez pas besoin, car c’est pas tout à fait au point…et pas facile à contrôler. » Sicka se fut confiée une paire similaire avec en prime quelques reflets violacés. Je pensais en moi même qu’Icarion devait être l’auteur de cette subtilité.
  • 9. Daedalius rajouta alors. « Ce n’est pas tout, nous allons vous équiper d’une caméra qui nous permettra de suivre tous vos faits et gestes. Ce qui nous permettra d’intervenir en cas de danger. Nous avons plus d’un tour dans notre sac, vous allez voir ! » Apparemment, cette menace des habits noirs suscitaient l’enthousiasme de Daedalius et de son fils qui y voyaient sans doute une occasion de se rendre utile. Ils nous installèrent une caméra quasi invisible de la taille d’un bouton de manchette. J’avoue que je n’ étais pas totalement rassuré par ces inventions. Enfin, c’était un soutien qu’on ne pouvait négliger. Daedalius nous invita à nous restaurer quelque peu dans sa salle. Elle était superbe. Un statue olmèque m’impressionnait. Elle faisait face à un gigantesque d’un merveilleux jade. La table était ronde et faite d’un bois imputrescible m’assura-t-il. Pendant que j’observais les merveilles de cette salle, Icarion essayait de séduire Sicka. Il n’y arrivait évidemment pas. Cela faisait beaucoup rire la fée, qui je crois commençait à en être lasse, car elle vint à mes côtés, me prit le bras, et le fit remarquer l’étrange bracelet fait dans un métal qui serait d’après nos hôtes de …l’orichalque ! Rien que cela ! Le métal de l’Atlantide ! Enfin, tout était possible après tout. D’ailleurs, tout ce qui évoquait l’Atlantide pour moi était toujours source d’étranges réminiscences. Je n’étais pas qu’un simple vampire comme beaucoup de personnes le croyaient. Nous nous installâmes à table. Elle était dans un style néogothique, faite dans un bois solide et travaillée de belle manière. Nous attendions tous les trois. C’est alors que vint Andromeda. C’était une humanoïde. Elle était très belle. Elle était la plus belle création de Daedalius et d’Icarion. Agrippine Andromèda était la femme de Daedalius et donc la mère d’Icarion. Elle était malheureusement morte dans d’étranges circonstances il y a quelques années. Daedalius m’affirma qu’il était persuadé qu’il s’agissait d’un assassinat commis par « les habits noirs », après qu’il eut refuser de collaborer avec eux. Ils avaient choisis de donner le deuxième prénom à leur création pour ne pas oublier que ce n’était qu’une humanoïde et non la femme qu’ils avaient connue. Andromèda savait parler et surtout préparer à manger. Nul doute que la femme de Daedalius savait en faire plus. Mais, ils me confièrent qu’Agrippine étaient une cuisinière de grand talent, et qu’ils avaient ainsi grâce à leur création l’impression de manger un plat préparé leur respectivement épouse et mère. Je crois surtout que tous les deux avaient trouvé le meilleur moyen de ne pas faire la cuisine. Mais je dois dire que le repas qui nous fûmes servis fut exquis. Pour un vampire, je reprenais goût aux bonnes choses ! Je dévorai les délicieuses cailles au raisin accompagnées d’un gouleyant vin d’Alsace. Ce fut un régal. Pour un vampire, je reprenais goût aux bonnes choses. En dessert, je me délectais de délicieuses crêpes au rhum. Je félicitai chaudement l’humanoïde. Cependant, je vis que Sicka était jalouse. Dès lors, je lui glissai au creux de l’oreille : « Vous savez bien que je ne puis vivre sans vos crêpes ! »
  • 10. Elle sourit. Visiblement, je lui avais remonté le moral. Il commençait à se faire tard. Nous approchions des 22 heures. La réunion n’allait pas tarder à commencer. J’étais guilleret, sans doute avais-je trop bu. Nous prîmes congés de nos hôtes, qui allaient pouvoir regarder la réunion grâce aux caméras incorporées dans nos vêtements