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Direction Action France et Institutionnelle
8 juillet 2009
En temps de crise...
l’aide et l’entraide !
L
es analyses de la crise insistent sur son caractère multiple : y
sont liés des éléments d’ordre économiques, financiers, mais
aussi culturels, sociaux, en termes de sens. Pouvons-nous la voir
comme une opportunité de prendre du recul par rapport à nos
pratiques, d’inventer d’autres modes de vivre ensemble, situant
l’économie comme un moyen, de repenser le projet de société vers laquelle
nous pouvons aller ? Et ce, au niveau national, mais aussi en prenant en
compte l’impact de la crise sur les pays en voie de développement….(voir
en annexe les articles et références).
Face à cette crise, et à ses répercussions sur les plus pauvres, nous
pouvons nous interroger, comme le fait Eléna Lasida, théologienne et
économiste (voir article en annexe) : doit-on promouvoir un ensemble de
mesures à destination de ceux que l’on regarde alors comme pauvres, ou
bien parier sur la possibilité de refonder un projet de société en partant des
plus fragiles, des plus en difficulté, qui sont acculés à des questions qui
finalement se posent à tous ?
La crise a des conséquences directes pour nous aujourd’hui. Même si
elle ne touche pas encore directement les plus pauvres (phrase entendue
dans un groupe de personnes en situation de pauvreté en mars 2009  :
« la crise ? C’est tous les jours la crise, pour nous, et depuis longtemps ! »),
des personnes en fragilité par rapport à l’emploi (intérim, CDD, personnes
licenciées par des entreprises qui mènent des plans sociaux ou font faillite)
commencentàarriverdanslesaccueils,etlemontantdessecoursaugmente
de manière significative dans plusieurs délégations.
Il est donc important de prendre des temps de recul pour analyser la
situation locale, et situer nos réponses dans ce contexte nouveau…
Ce document veut y aider, et les départements de la DirectionAction France
et Institutionnelle sont à votre disposition pour y travailler.
Sommaire
1 - La crise, quelles répercussions ? Quels sont nos constats ?
	 1 - Constats généraux
	 2 - Quelques tendances générales
	 3 - Les politiques publiques
	 4 - Constats du Secours Catholique
2 - Les acquis d’expériences menées depuis 25 ans au Secours Catholique
3 - Expériences nouvelles et recherche d’alternatives
	 1 - Des lieux où se créent des relations d’entraide
	 2 - Des expérimentations de circuits économiques alternatifs
	 3 - Des expériences génératrices de revenus
	 4 - Des lieux où l’on réfléchit ensemble a des modes de vie en société
4 - Des pistes pour le Secours Catholique
	 1 - Les pratiques de terrain à partir des secours matériels et financiers
	 2 - Les pistes pour mettre en œuvre des pratiques alternatives
	 3 - L’action institutionnelle locale et nationale
	 4 - Des points de repères pour se situer par rapport à des offres de mécénat local
	 5 - Des points de repère pour se situer par rapport aux propositions des pouvoirs publics pour la vie associative
	 6 - La coopération à développer sur un territoire
	 7 - La crise ne s’arrête pas l’été !
Annexes
	 I • Politique des secours en temps de crise - Proposition d’animation
• Les 8 repères de la politique des secours
	 II • Lien entre pratiques de terrain et vision de la société - Proposition d’animation
	 III • Collectif interassociatif ALERTE - Intervention du secrétaire général du Secours Catholique
• ALERTE demande un plan de relance sociale
	 IV • Enquête du CREDOC réalisée en décembre 2008
	 V • “Pour une écosophie politique” Patrick Viveret
	 VI • “Lutter contre la pauvreté ou faire projet avec les pauvres ?” Eléna Lasida
02
1 - La crise, quelles répercussions ?
Quels sont nos constats ?
1 - constats généraux
Le CREDOC a réalisé à la demande de
l’Observatoire National de la Pauvreté et
de l’Exclusion Sociale une étude sur les
conséquences de la crise en décembre
2008. Il a cherché à mesurer les consé-
quences de la crise par l’ensemble des mé-
nages et par ceux qui vivent en-dessous du
seuil de pauvreté.
64% des ménages français, pauvres ou
non, estime s’en sortir plus difficilement
qu’un an auparavant, cette proportion est
de 70% chez les ménages pauvres.
Parmi les ménages qui estiment que leur
situation a changé, ceux en situation de
pauvreté mettent en avant, pour expliquer le
phénomène, la conjonction d’une diminution
des ressources et d’une augmentation
des charges (changements dans la vie
professionnelle et augmentation du coût de
la vie).
Les questions posées permettent de
mieux cerner les difficultés rencontrées
par les ménages en situation de pauvreté
et leur aggravation depuis 3 mois ou un
an, notamment dans les restrictions de
consommation, l’inquiétude ressentie, les
changements vécus dans la situation pro-
fessionnelle.
Au final, l’étude montre que l’impact de
la crise est très important pour 13% de
l’ensemble des ménages, mais pour 28%
des ménages en situation de pauvreté. Les
facteurs de fragilité repérés sont le fait de
toucher moins de 1500 € mensuels, d’avoir
des enfants, d’avoir moins de 30 ans, d’être
au chômage et d’être locataire…
Voir résumé de l’enquête en annexe…
2 - quelques tendances
Dans l’opinion publique, quelques
mouvements se font sentir : ainsi, l’enquête
du CREDOC indique que les ménages
français pensent en majorité donner
comme avant aux associations, (seuls 7%
pensent donner moins) et certains (5%)
pensent donner plus. En Allemagne, Peter
Neher, président de la Caritas, face à la
multiplication des distributions alimentaires
dans lesquelles s’engagent des volontaires
de plus en plus nombreux, s’est ainsi
exprimé : « on ne peut pas se donner le
but de soutenir des groupes de gens sur
le long terme en leur offrant de la soupe,
des vêtements de seconde main et des
tarifs réduits, cela signifierait entériner
le développement et la stabilisation de
deux mondes parallèles ». Il rejoignait
en cela le président des associations de
solidarité protestantes qui s’inquiétait :
« l’engagement croissant de ceux qui
portent secours à leurs semblables
dans la misère est certes très louable,
mais la charité doit aller de pair avec
un engagement pour plus de justice
sociale ».
Des entreprises mécènes annoncent en
cette période vouloir faire plus dans le
mécénat, et font des propositions aux
associations, orientées sur la réponse
immédiate à des besoins supposés, dans
le registre matériel. Le modèle économique
dominant, les incitations fiscales,
encouragent cette pratique qui se révèle
rentable pour elles…
Quelques comportements, encore margi-
naux, se développent ou reviennent :
• la pratique du glanage : accord entre
un agriculteur, ou un maraicher et des
personnes qui viennent ramasser ce
qui n’est pas utilisé par l’agriculteur
ou le maraicher selon des modalités
convenues ensemble… pratique qui
pourrait être généralisée  ! « Je vous
laisse vous approvisionner sur la partie
de récolte que j’aurais abandonnée,
mais vous êtes vigilant à respecter mes
terres et mes arbres ; voire, je peux vous
présenter, ainsi qu’à vos enfants, ma
passion pour la terre et pour ses produits,
pour la confection de confitures, selon la
saison… » ;
• la récupération, particulièrement dans
les poubelles, qui vient d’être étudiée
par le CERPHI sur commande du Haut
Commissariat aux Solidarités Actives,
mais qui pourrait être approfondie par
le dialogue avec les éboueurs ou vigiles
de supermarchés parfois chargés de
neutraliser les denrées restantes ;
• des groupes qui s’organisent pour aller
se servir dans les grandes surfaces en
mettantleurprécaritéderevenusauregard
des marges de l’industrie agroalimentaire
et de la grande distribution ;
• les squats par nécessité où habitent des
personnes et familles n’ayant pu accéder
à un logement décent malgré de multiples
démarches.
Ces pratiques sont l’occasion de gestes de
solidarités informelles, qui pourraient être
étudiées, mises en valeur, encouragées :
certains vigiles et responsables de super-
marchés attendent que des personnes qui
en ont manifestement besoin se soient
servies avant de répandre l’acide ou l’eau
de Javel, des éboueurs patientent lorsque
des personnes fouillent dans les poubelles
avant de les vider, des commerçants de
marché mettent de côté leurs surplus qu’ils
n’utiliseront plus pour des personnes qui
les récupèrent, etc.
03
3 - les politiques publiques
Des politiques gouvernementales s’appuient
aussi sur le mécénat pour assurer des
missions de service public, ce qui invite
à être vigilant pour que ne soient pas
substituées à des politiques publiques des
apports de mécènes qui ne présentent
pas toutes les garanties des missions
essentielles de la puissance publique.
Ainsi une charte sur l’aide alimentaire a été
signée début mars 2009 entre les acteurs
de l’agro-alimentaire, de la distribution, les
transporteurs, le gouvernement et la Croix
Rouge, le Secours Populaire, la Fédération
des Banques alimentaires pour faciliter
l’approvisionnement des structures d’aide
alimentaire, formalisant des pratiques
existantes et sans réelle nouveauté. Elle
était accompagnée d’un guide des bonnes
pratiques à destination des opérateurs
économiques souhaitant intervenir auprès
desassociationsd’aidealimentaire(industrie
agro alimentaire, distributeurs, voire
restaurateurs), précisant les types de produit
à donner ou non. Depuis plusieurs années,
l’ANIA, Association Nationale des Industries
de l’Agro-alimentaire, apparaît dans les
communications gouvernementales et sur
lesaffichesduplan«alimentationetinsertion
», sans toutefois avoir d’engagements très
clairs sur la sensibilisation à manger ni
trop sucré ni trop gras. Le plan de relance
décidé par le gouvernement a fait le choix de
consacrer 20 millions d’€ à l’amélioration de
la traçabilité et de la chaine du froid dans la
distribution de denrées alimentaires par les
associations, que ces denrées viennent des
Banques alimentaires, de collectes directes,
ou de dons d’entreprises de la grande
distribution, qui cherchent à contractualiser
avec les associations sur ce point….
La logique d’appels d’offre qui se développe
pour assurer des missions de service public
risque de se renforcer avec la crise. Or
cette logique se fonde sur l’identification des
besoins par la seule puissance publique,
qui définit aussi le mode de réponse qu’elle
juge pertinent, sans concertation avec les
personnesconcernéesnilesacteursengagés
avec elles ; elle peut ainsi décider que pour
anticiper des difficultés dans les quartiers
cet l’été, il faut développer les formes de
surveillance policière, et lancer un appel
d’offres en ce sens, que ne verront pas les
associations qui présenteraient des actions
de loisirs et de mobilisation de jeunes….Elle
peut aussi conduire à la restriction de la vie
associative, car la puissance publique tend
à ne reconnaître que les missions de service
public, et non plus le projet associatif qui
contribue au lien social, à la vie démocratique
sur un territoire.
Dans le même temps l’Observatoire
National de la Pauvreté et de l’Exclusion
Sociale a lancé une étude à laquelle le
Secours Catholique participe, avec d’autres
organismes, pour travailler à des indicateurs
de pauvreté avec les personnes qui vivent
la pauvreté. Elle s’inscrit dans la ligne
européenne qui veut que les plans nationaux
d’inclusion sociale soient élaborés avec les
personnes qui subissent la pauvreté.
4 - constats du Secours
Catholique
De nombreuses délégations font le
constat d’une augmentation importante
de la fréquentation des accueils et des
secours depuis l’automne 2008, voire
depuis le printemps 2008, de 20 à 30%.
Les statistiques d’accueil notaient déjà
une augmentation, le suivi au jour le
jour le confirme. Il faut se garder d’une
interprétation hâtive de ces chiffres, qui
peuvent traduire une demande plus forte
des personnes, mais aussi une attitude
de services sociaux qui ont recours plus
facilement aux associations, par exemple
dans le cadre de la mise en place des pôles
emploi ou de la réorganisation de certaines
CAF qui rendent l’attribution des secours
plus longue ou incertaine. Par ailleurs des
équipes, des bénévoles peuvent être pris
dans un climat où la crise est très présente,
à donner, voire à anticiper la dégradation
de situations.
Cela dit, des délégations relèvent
l’aggravation de nombre de situations,
notamment de personnes qui travaillaient
et n’ont plus de contrat en intérim ou CDD.
On voit aussi arriver de manière croissante
des personnes âgées, ne pouvant plus
subvenir à leurs besoins avec leur retraite.
Quelques éléments d’explication reviennent
régulièrement : on estime que 76 % des
revenus d’un ménage en situation de
pauvretésontdeschargesfixes,cequilaisse
24 % seulement de marge de manœuvre au
quotidien…alors que cette proportion était
de 50 % il y a 10 ans…Lorsque les charges
sontmensualisées,alorsquelesressources,
elles, sont variables d’un mois à l’autre, en
cas d’intérim, de CDD, de changement de
situation, de dépenses imprévues (panne
de voiture, de réfrigérateur, de machine à
laver,…) mais aussi du fait des primes «
exceptionnelles » (de rentrée scolaire, de
Noël, de Solidarité Active,…), la situation
devient critique ! Et les stratégies marketing
qui proposent précisément des promotions
sur tel ou tel équipement juste après la
date du versement de ces primes, ou des
allocations, profitent de ces aubaines…
Un « baromètre » a été mis en place en
interne, pour se donner les moyens de
suivre les effets de la crise au plus près. Il
s’agit d’un sondage régulier, tous les 2 mois,
auprès de 135 accueils dans 27 délégations.
Les premiers résultats sont à prendre avec
prudence, car de très nombreux facteurs
peuvent les expliquer, et qu’ils ne sont pas
nécessairement à attribuer à la crise des
derniers mois ; cependant, il semble que se
dégagent des demandes liées à l’arrêt net
d’emploi en intérim, aux frais de transport,
à la situation des jeunes (voir article dans
Messages du mois de juin 2009).
04
2 - les acquis d’expériences menées
depuis 25 ans au Secours Catholique
L
orsqu’en 1984, la France entrait dans
une nouvelle période de crise (avec
une forte augmentation du nombre de
chômeurs, l’accroissement de la durée du
chômage touchant davantage les seniors
et les jeunes, le nombre grandissant de
personnes sans domicile fixe…), une
prise de conscience s’est faite à l’échelle
du pays. On parlait alors des « nouveaux
pauvres » et l’on vit fleurir les initiatives,
les associations (Restaurants du cœur,
Banques Alimentaires, missions en France
de Médecins du monde, Fondation Abbé-
Pierre, etc.).
Legouvernementlançaunpland’envergure
« Pauvreté Précarité » qui allait financer de
multiples initiatives proposées et portées
par les grandes associations nationales.
Certaines délégations du Secours
Catholiquesaisirentalorscetteopportunité.
Celle-ci coïncidait avec un mûrissement de
leur réflexion sur l’aide et la nécessité de
transformer les activités de secours en
révisant sérieusement leurs méthodes et
mises en œuvre. Cela s’est fait notamment
dans la suite d’échanges avec des Caritas
du Sud dont certains membres séjournaient
en délégation et portaient un regard sur nos
actions. Malgré un contexte alarmiste, cette
période fut féconde et innovante. Créées
dans cette décennie, elles existent encore
pour beaucoup d’entre elles.
• C’est ainsi que l’on vit peu à peu se
substituer des épiceries sociales, ou
groupements d’alimentation familiale
avec accompagnement éducatif et
budgétaire, aux anciennes distributions de
colis alimentaires ou de casse-croûtes.
• des repas partagés, au-delà de la
fourniture de nourriture, créaient du lien
social en proximité.
• Des personnes aidées ont mis en place
des groupements d’achats alimentaires
où elles sont à la fois impliquées comme
bénévoles et bénéficiaires, avec parfois
des liens privilégiés avec des agriculteurs
en difficulté.
• Certaines équipes s’orientèrent vers
des systèmes de journées de travail
(création et développement des groupes
« travail et partage », réunissant plusieurs
familles qui employaient une personne
en lui donnant des heures de travail
qui constituaient un temps plein, et des
réseauxd’accompagnement)etlacréation
d’entreprises d’insertion, d’associations
intermédiaires, etc.
• Des « vestiaires » ou « services mobilier »
se sont transformés en entreprises de
retraitement de textiles, friperies avec
de « vrais » magasins ouverts à tous…,
employant souvent des personnes en
insertion, dans un processus de remise
à l’activité.
• On vit également se créer des jardins
collectifs, des troupes de théâtre,
des groupes de parole et d’action
institutionnelle...
• Les premiers « voyages de l’Espérance »
à Lourdes étaient organisés, mêlant
personnes accueillies et bénévoles en un
seul peuple de chercheurs de sens.
• Desfamillescommençaientàseregrouper
pour envisager un projet de vacances
ensemble.
Depuis, cette dimension s’est développée
et approfondie : ainsi, des assemblées de
la solidarité, dans plusieurs régions, ont
réuni plusieurs centaines de personnes
pendant des séjours qui alliaient le bien-
être ensemble, l’action collective et
institutionnelle
On pourrait multiplier les exemples, en
allant plus en détail dans des domaines
variés, des contextes (urbains, ruraux), des
populations (Rroms, d’origine étrangère,
personnes incarcérées ou familles en
visite, etc.). Ce qui est sans doute le
plus remarquable dans tout cela, c’est
que le Secours Catholique a tenté, dans
le contexte de crise des années 80, de
s’adapter aux personnes en situation de
pauvreté, en cherchant :
- à reconnaitre leur dignité (en tournant
le dos de plus en plus résolument à
l’assistanat) ;
- à prendre en compte la pauvreté
économique mais aussi toutes les autres
dimensions de la vie des personnes :
sociale, politique, culturelle, spirituelle.
- à inventer des formes nouvelles d’action
qui mettaient en jeu la participation directe
des personnes ;
-àcréerdesespacesdesynergiecollective :
chacuncontribued’unemanièreoud’uneautre
au groupe et chacun bénéficie de l’apport de
tous.Cettedimensioncollectivedelasolidarité
est devenue une constante et a permis de
mieux valoriser la dimension individuelle et
les espaces qui lui sont consacrés (accueil,
écoute, accompagnement de personnes en
recherche d’emploi, de logement, soutien
administratif, parrainage de personnes sans-
papiers, etc).
Cette vision s’est progressivement diffusée
au sein du Secours Catholique. Il est
intéressant de noter que cette évolution a
également traversé le travail social ainsi
que d’autres associations : permettre
davantagequelespersonnesdeviennent
actrices, citoyennes. La dimension
collective et la participation des personnes
sont devenues des axes majeurs. Dans
cette perspective et dans le prolongement
direct des pratiques mises en œuvre par
de nombreuses Caritas de pays du Sud,
le Secours Catholique s’est par exemple
engagé, depuis une dizaine d’années,
dans le développement social, en voulant
privilégier une action en direction de
territoires fragilisés qui prenne appui sur la
population elle-même, dans une démarche
de transformation sociale. Ces expériences
ont particulièrement vu le jour en quartiers
populaires.
Cette politique a-t-elle apporté une réelle
amélioration dans la lutte contre la pauvreté
et est-elle toujours pertinente en temps de
crise ?
Dans les 20 dernières années, on a vu en
France se renforcer le filet protecteur ultime
avec la mise en place du RMI et, plus
récemment, du RSA. La décentralisation a
opéré un transfert progressif (pas toujours
équitable) des charges de l’Etat vers les
collectivitéslocalesetlesacteursassociatifs.
Pour autant, la pauvreté a reculé dans la
mesure où le taux de chômage régressait.
Si l’on observe d’autres paramètres que
le seul pouvoir d’achat (isolement, santé,
scolarisation, insécurité…), le mal-être ne
s’est pas résorbé. Il suffit d’analyser de
près les phénomènes récurrents de crises
dans les banlieues pour s’en convaincre.
05
3 - Expériences nouvelles
et recherche d’alternatives
1 - des lieux où se créent
des relations d’entraide.
Elles permettent de mieux maitriser le
budget familial, par l’échange de stratégies
et l’entraide entre personnes qui vivent des
difficultés du même ordre, ou par l’accès à
une alimentation de qualité sous forme de
repas partagés ou de relations créées avec
des producteurs locaux.
Échanges de “tuyaux”
• D’une association où les personnes
viennent échanger leurs vêtements,
une personne en situation de précarité
dit: « C’est un lieu convivial, c’est autour
d’un café et d’un gâteau. D’un truc tu
peux repartir avec quatre… On prend
en compte les souffrances du quotidien,
on se débat pour trouver des choses
importantes pour les familles comme
une poussette pour jumeaux. ».
Dans des groupes de femmes, des
tuyaux, s’échangent : l’adresse de
l’école de coiffure où on sert de modèle
gratuitement, des commerçants qui
acceptent que leurs invendus soient
pris par des personnes qui n’ont pas les
moyens de s’en acheter, etc.
Accès coopératif à l’alimentation
• dans un département, un Forum Social
Local a permis la rencontre entre des
initiativesautourdel’accèsàl’alimentation
digne pour des personnes à très faibles
revenus. Il s’agit là de mener une
réflexion avec l’ensemble des personnes
concernées, des associations, des élus
pour réfléchir aux solutions à inventer,
ailleurs de permettre à des habitants
de s’organiser entre eux pour l’achat en
gros de denrées alimentaires et dans la
cueillette des fruits, à un autre endroit,
de faire vivre une épicerie de quartier
ouverte à tous, mais à prix réduits pour
les personnes en difficulté…. et de
l’engagement d’élus, d’associations, de
travailleurs sociaux.
Système D
• Un groupe de femmes sollicité pour un
colloque décrit les gestes d’entraide qui
permettent de faire face lorsque le budget
est très contraint : « C’est le système D,
pour rentrer à la piscine, j’ai la carte de la
culture du cœur, 1,5 euros pour aller au
théâtre ou à la piscine » ; « il y a l’école de
coiffure, ce sont des jeunes apprentis qui
coupent les cheveux gratuitement, mais il
y a toujours le chef qui contrôle. On est
toujours bien coiffé. C’est gratuit, vous
servez un peu de modèle. J’y suis allée
plusieurs fois même pour des mariages et
je n’ai jamais été déçue » ; « Entre nous
on se donne des petits trucs, et j’ai trouvé
un troc de vêtements » ; « Il faut chercher
tout ce qui est gratuit, les conférences…
pour dire un peu de sortir un peu de chez
soi et pas se cantonner à la télé ».
Autoréhabilitation
• Le PADES mène des démarches d’auto
réhabilitation dans des quartiers où
certains habitants « rajeunissent » leur
intérieur avec l’aide et les conseils de
quelqu’un qui s’y connaît, et apprennent
ainsi à le faire ailleurs, chez leurs proches
ou voisins.
• En région parisienne, une équipe a
créé une « cuisine autogérée » où les
parents habitant dans les hôtels viennent
régulièrement cuisiner des plats chauds
pour leur famille.
Tables ouvertes
• les tables ouvertes sont des temps
privilégiés pour inviter l’ensemble de
la communauté paroissiale à vivre une
démarche communautaire d’accueil et
de rencontre fraternelle pour « élargir
l’espace de la tente » (Isaïe 54,2)
avec tous ceux qui nous sont les plus
« lointains »  : les personnes isolées,
marginalisées, démunies, tous ceux
en manque d’amour, de relations
sociales et familiales, en manque de
pain et de toit… et réunir ainsi dans
un même banquet, réunissant les
personnes âgées et les jeunes, les
chefs d’entreprise et les chômeurs, les
sans-grades et les officiers, les croyants
et les incroyants, les sans-famille et les
familles nombreuses, les riches et les
pauvres.
06
Nous avons l’occasion de rencontrer des porteurs d’initiatives originales, alternatives, au sein
du réseau Caritas, ou ailleurs, qui ouvrent de nouveaux chemins pour penser l’économie et la
société autrement, et permettent aux personnes qui vivent des situations de pauvreté de se situer
autrement, de participer vraiment à l’invention de pistes nouvelles, intéressantes pour l’ensemble
de la société.
2 - des expérimentations
de circuits économiques
alternatifs
Au Québec...
Dans le quartier du Plateau Mont-Royal,
à Montréal, un groupe de personnes en
situation de pauvreté se retrouvait de
temps en temps avec un animateur lié
à la paroisse. Ses membres ont décidé
qu’ils ne pouvaient plus continuer à mal
se nourrir, avec les rebus et les surplus
que leur donnait la banque alimentaire. Ils
ne pouvaient plus supporter les conditions
dans lesquelles ce don leur était fait. « On
n’est pas des petits pauvres, on est des
citoyens ! »
Ils ont donc trouvé des petits producteurs
agricoles qui pouvaient leur vendre en
gros des produits de bonne qualité. Ainsi
un groupement d’achats alimentaires est
né, destiné à des personnes de toutes
conditions sociales. Mélanger les gens a
favorisé l’échange : les pauvres relèvent
la tête, les plus favorisés sont sensibilisés
à la misère. Ils sont maintenant une
centaine de personnes du quartier de
tous horizons sociaux. La honte de quêter
de la nourriture de mauvaise qualité a fait
place à la fierté légitime de s’en être sorti
ensemble, de mieux se nourrir et donc
d’améliorer ainsi sa santé physique et
mentale. « La solidarité c’est rentable ! ».
Petits producteurs
Dans une épicerie solidaire en lien avec une
équipe locale du Secours Catholique, des
relations ont été créées eu fil du temps avec
des petits producteurs locaux : des temps
de cueillette des fruits, de ramassages des
légumes sont organisés régulièrement,
ainsi que des moments de transformation,
ensemble,desproduitsrécoltés:confection
de confitures, de tartes, de conserves, etc.
L’approvisionnement en fruits et légumes
frais devient donc une solution durable pour
les familles concernées. Des rencontres
sont proposées autour de sujets très divers
que les participants choisissent.
3 - des expériences
génératrices de revenus
Au Brésil
Dans l’état du Rio Grande do Sul, dont la
capitale est Porto Alegre, la ville de Santa
Maria est pionnière en économie populaire
et solidaire. Près de 150 groupes de
personnes en situation d’extrême pauvreté
ont organisé leur survie économique autour
d’activités génératrices de revenu. La
plupart sont des coopératives fonctionnent
selon le principe d’autogestion. Par la prise
de responsabilité rapide et l’appui d’ONG
comme la Caritas Brésil (soutenue par
Caritas France), les personnes se forment
et rapidement deviennent autonomes dans
la gestion de leur entreprise… Par exemple,
la coopérative de Justas Tramas, s’est créée
suiteàlafermetured’uneusinedeconfection
de la région. Des femmes ont alors décidé
de s’organiser pour recréer une activité à
partir de leur savoir-faire. Elles ont bénéficié
du prêt d’un local par la ville pour une durée
de 5 ans. Spécialisées dans la confection
de vêtements, elles ont élargi leurs activités
(création de modèles, sérigraphie, etc.)
grâce à des cours de formation obtenus via
des ONG comme Caritas.
Coopératives
EnFrance,desgroupesdefemmes,réunies
au départ autour de leurs savoir-faire,
souvent culinaires, cherchent à en vivre,
à en faire une source de revenus. Deux
d’entre eux cherchent à créer ensemble
des coopératives de traiteur, pour valoriser
leurs compétences et en vivre : elles ont
entamé des démarches pour approfondir
les questions juridiques, commerciales, etc.
4 - des lieux où l’on réfléchit
ensemble à des modes
de vie en société
Démarche de recherche action
En 2005-2006, des groupes de différentes
délégations ont participé à une démarche de
recherche action collective. Réunis autour
de préoccupations communes (améliorer
la vie dans le quartier, avoir de meilleures
relations avec les professionnels de santé,
s’insérer en France, pour des demandeurs
d’asile, trouver un terrain pour un jardin,
briser la solitude, etc.), ils entamaient une
démarche de recherche, avec formulation
de la problématique, approfondissement
des concepts, recherche d’hypothèses,
vérification des hypothèses, pour déboucher
sur une action qui améliore leur vie et
celle de leur environnement. Certains
groupes ont ainsi réfléchi sur la manière
de vivre ensemble malgré les différences,
d’autres sur l’importance de la culture dans
l’appréhension du système de soins, sur
la peur engendrée chez d’autres par le fait
d’être pauvre, sur les liens entre pauvreté
et solitude, sur la manière d’habiter et les
alternatives aux solutions classiques de
relogement qui ne prennent généralement
pas en compte les liens créés et l’aspiration
à avoir des lieux partagés, sur l’importance
de la sensibilisation de l’opinion dans
l’évolution des lois, etc. Cette expérience de
« penser ensemble » transforme les regards
etpermetd’aborderdesquestionsdesociété
: la recherche d’habitat autrement renvoie au
mode d’habiter dans les villes, les questions
sur l’altérité, la peur des uns par rapport aux
autres, la différence et le vivre ensemble
pour des groupes en précarité, à la façon
dont la société le vit, la mise en évidence
des phénomènes culturels dans l’approche
du milieu médical concerne de nombreuses
catégories de population, etc.
Démarches de développement
Depuis une dizaine d’années, des
démarches de développement ont
été engagées par une quinzaine de
délégations dans des quartiers populaires.
Desanimateursvont« àmainsnues »dans
le quartier, sans rien proposer, pour aller à
la rencontre des habitants, créer des liens
avec eux, et les aider, s’ils le souhaitent, à
semobiliserpourfairechangerdesaspects
de la vie du quartier. C’est ainsi que des
groupes d’habitants ont mené des actions
pour changer l’image de leur quartier,
(donner un nom à des tours, remettre en
état les boites aux lettres, représenter
le quartier dans des réunions publiques,
organiser des fêtes de quartier…), pour
prendre part aux décisions concernant
sa vie au quotidien (meilleures conditions
pour payer les charges, interpellation
des bailleurs sur leurs responsabilités
en matière de travaux d’étanchéité,
sensibilisation aux conditions dangereuses
de circulation dans le quartier, pour
finalement obtenir des aménagements
routiers,…), etc. Au-delà des actions
menées, ce sont des dynamiques de
changement individuel et collectif qui se
créent entre habitants d’un même quartier,
avec d’autres interlocuteurs, avec des
habitants d’autres quartiers.
07
4 - Des pistes pour le Secours Catholique
1 - les pratiques de terrain
à partir des secours
matériels et financiers
Voir le document en annexe : « quelle
politique des secours en temps de crise ? »
déjà travaillé par plusieurs délégations.
Plusieurs régions souhaitent travailler sur
une plus grande cohérence régionale de la
politique des aides et secours. Il importe en
ce domaine de bien distinguer l’aide, qui est
évidemment nécessaire, et l’assistance, qui
crée de la dépendance et ne répond pas à
ce que nous voulons mettre en œuvre.
Favoriser la relation dans tous les lieux
amorcerdesliensd’uneautrenatureàpartir
delieuxquipeuventparaîtredistributifs,créer
des relations entre les personnes, favoriser
la rencontre entre-elles et bénévoles, la
prise en compte d’autres aspects de la vie,
autour d’activités artistiques, de supports
d’expression. Cela peut passer par la
chaleur du lieu, la disposition qui permet ou
non l’échange, le climat créé, les prétextes
à l’échange (affichage de belles photos,
objets réalisés dans des groupes, le rituel
du café, l’invitation à faire partager objets
décoratifs, poèmes, chants, etc). Le risque,
en temps de sollicitations accrues, est de
faire passer au second plan les dimensions
de convivialité, de relations gratuites si
importantes à la vie de chacun….
Proposer la participation à un groupe
situer les réponses à une personne sur
différents registres : au dela de l’aide
matérielle, proposer systématiquement la
participation à un groupe par exemple, du
Secours Catholique ou d’ailleurs (maison
de quartier, centre social, foyer rural,
association de quartier,…). En groupe,
on peut échanger des stratégies pour se
débrouiller au quotidien, et améliorer la vie
(adresses où se faire coiffer gratuitement,
maximisation des périodes creuses, pour
fairemarcherlesappareilsélectro-ménagers,
relationscrééesaveclescommerçantspour
récupérer les invendus en fin de marché,
etc.)…et travailler ensemble sur le repérage
des stratégies qui, si on s’y laisse prendre,
peuvent grever lourdement le budget !
Orienter vers d’autres solutions
repérer l’ensemble des acteurs d’un
territoire pour bien identifier tous les
lieux où trouver des réponses en termes
de vie matérielle (l’analyse de territoire
dans une délégation a montré qu’il
existait différentes réponses matérielles
de la part d’autres organismes, que les
personnes ne sollicitaient pas toujours
et vers qui on pouvait les orienter).
Cela suppose de mieux connaître les
prestations proposées, les conditions
d’accès, et de solliciter les savoirs des
personnes que l’on accompagne, parfois
très expérimentées !
Prendre du recul et décider à plusieurs
se donner les moyens de prendre du recul
avant d’accorder une aide : poser le principe
de ne jamais accorder une aide directement,
mais toujours après un temps de réflexion
personnelle, ou mieux, un échange entre 2
bénévoles, ou mieux encore, un passage en
commission. Quelques questions, quelques
pointsderepèresurlesdroitsdespersonnes,
et les manières d’y accéder, peuvent aider
08
A
ujourd’hui, l’apparition d’une nouvelle crise économique et financière ne manque pas d’avoir des répercussions progressives
mais inévitables, sur toute la population. Se pose immédiatement la question des aides d’urgence. Faut-il palier les carences
de ressources financières des personnes lorsque celles-ci sont durablement affectées ? Si l’on répond positivement, s’agissant
d’aides ponctuelles répondant à une situation accidentelle comment imaginer qu’une association, si puissante soit-elle, puisse répondre
à ces besoins énormes, durablement ? Quant aux multiples formes d’actions mentionnées ci-dessus, elles gardent leur raison d’être mais
montrent des limites. Comment proposer un parcours d’insertion professionnelle s’il n’y a pas de travail ? Comment faire durer des lieux
de repas, de convivialité sans tomber dans une assistance déguisée ?
Il est donc nécessaire de répondre à la crise en activant d’autres leviers que l’aide individuelle ponctuelle.
L’occasion se présente aujourd’hui de faire preuve d’imagination et de créativité. Depuis les années 1980, nous avons progressé dans
« l’association avec les pauvres ». Avec eux, nous voulons « construire une société juste et fraternelle ». Ce défi est le nôtre depuis 1996.
Ce sont les personnes qui vivent ces situations de pauvreté qui vont pouvoir prendre en main leur destinée, avec nous. Ensemble nous
devons inventer des solutions de solidarité. Il y a des alternatives possibles.
Certains se sont déjà engagés dans ces directions. Elles sont fondées sur les notions de réseau, de coopération, d’entraide, d’échanges
de savoir, d’économie non monétaire… A chacun de s’associer avec d’autres pour créer autant d’expériences, de recherche-action, les
mettre en synergie pour qu’elles s’auto fécondent, se renforcent et se diffusent. Il suffit d’y croire…
les bénévoles de terrain à prendre le recul
nécessaire.
Logique qui apaise,
logique qui transforme
s’arrêter pour réfléchir à notre logique
d’action, et ce qu’elle change dans la
vie des personnes que nous accueillons,
de manière durable et profonde…
Sommes-nous dans une logique qui
apaise, qui permet de reprendre souffle
momentanément, ou dans une logique
transformatrice des personnes, qui
acquièrent ainsi de la maitrise sur leur
vie, de leur environnement, des causes
des situations ? voir en annexe les outils
d’analyse du lien entre les pratiques de
terrain et de la vision de société que l’on
porte…
2 - les pistes pour mettre
en œuvre des pratiques
alternatives
Identifier des situations concrètes
1 des expériences existent pour mettre en
relation des personnes qui ont besoin d’aide
alimentaire avec des petits producteurs pour
faciliter l’accès à des produits de qualité, à
moindre coût, de manière durable, il nous faut
repérer des liens entre des épiceries sociales
et des agriculteurs, maraichers, éleveurs,
sont à construire pour mettre en place des
circuits économiques courts accessibles
aux personnes à faibles revenus. Des
relations d’échanges et de services mutuels
(ramasser les pommes de terre ou cueillir les
cerises, donner quelques heures d’entretien
des champs, etc), peuvent aussi être crées
sous des formes telles que les Systèmes
d’Echanges Locaux. Au-delà, tous les liens
qui se créent entre des personnes vivant la
pauvreté et d’autres font changer des choses
dans la vie quotidienne, et plus largement :
liens de voisinage, rencontres, échanges
mutuels débouchant sur un engagement
ensemble dans des dynamiques solidaires
qui ouvrent des voies nouvelles…
2 Les processus d’apprentissage des savoirs
qui peuvent améliorer la vie quotidienne, et
pallier les risques de déséquilibre soudain
du budget, sont à consolider : des initiatives
d’auto-organisation se développent (garages
coopératifs, coopératives, lieux de fabrication
deconfitures,conserves,etc.).Desliensavec
le PADES, spécialisé dans les démarches
d’auto-promotion, peuvent se renforcer… De
même que des relations avec l’association
Voisins et Citoyens en Méditerranée par
exemple, qui met en relation des personnes
ayant des idées ou questions pour
inventer des systèmes alternatifs (garages
coopératifs, épiceries sociales en lien avec
des producteurs,…).
3 Des contacts sont à amplifier avec les
circuits du commerce équitable et des
circuits courts pour réfléchir à l’accès des
personnes à faibles revenus à ces circuits,
les utiliser en tant qu’institution, et peu
à peu inventer des modes alternatifs de
recours à l’économie.
3 - l’action institutionnelle
locale et nationale
En fonction de ce qui est repéré comme
revenant souvent dans les situations des
personnesaccompagnées,ils’agitdesignaler
les dysfonctionnements d’exercice des droits
ou d’accessibilité (bornes informatiques dans
les administrations, services vocaux chers
et parfois inadaptés, complexité croissante
des démarches,…) pour provoquer des
changements, surtout quand l’analyse
est vraiment portée par les personnes qui
subissent les dysfonctionnements.
Identifier les situations récurrentes
1 se donner les moyens, en commission,
en équipe, d’identifier des situations
récurrentes pour les faire remonter à la
délégation, à la région, pour les renforcer le
cas échéant (formaliser des outils de recueil
des disfonctionnements ou situations,
« clignotants »).
2 se donner les moyens de les analyser
précisément (rencontres régulières en
équipe, en commission, grilles d’analyse
pour préciser les situations).
3 réunir les personnes qui les vivent pour
réfléchir ensemble, imaginer des pistes
d’amélioration (méthodes de travail en
action collective pour aider à l’expression et
l’analyse par les personnes concernées)
4 élaborer collectivement des propositions
concrètes pour éliminer les dysfonctionne-
ments, transformer les pratiques des insti-
tutions, mettre en œuvre des circuits plus
efficace pour l’accès de tous aux droits, et
les faire valoir auprès des institutions, par
divers moyens.
4 - des points de repère pour
se situer par rapport à des
offres de mécénat local
Attention au risque
de la substitution aux aides publiques :
les pouvoirs publics ont à garantir l’égal
accès de tous aux droits, ce qui suppose
un accompagnement des plus faibles  ;
on peut craindre, en acceptant ou en
sollicitant du mécénat à grande échelle,
de cautionner une tendance (de la part
de la puissance publique, de la société
en général, à l’image des sociétés
nord américaines) à au financement
des dépenses sociales par des fonds
privés, ce qui peut présenter des risques
(sélection des populations aidées, des
modes d’action, inégalités selon les
régions, etc). Les bénéfices de grandes
entreprises pétrolières sont aujourd’hui
fortement valorisés alors qu’on leur
demande (sans obligation) de contribuer
à un fonds public pour l’énergie.
Quelles contreparties ?
des contreparties en termes de
communication, de la contractualisation
nécessaire des règles en ce domaine,
des juxtapositions de logos que nous
acceptons, dans quelle perspective.
Cohérence des comportements
des comportements éthiques des
entreprises concernées : vérification
nécessaire de la cohérence de nos
positions, au niveau national et
international, de nos interlocuteurs
d’entreprises (pouvons-nous nous
figurer en France sur les mêmes affiches,
alors qu’une Caritas peut soutenir
des mouvements qui vont l’interpeller
vigoureusement sur ses pratiques ?)
Dialoguer sur des projets
de la capacité à dialoguer avec elles
sur les projets, sur l’adaptation à nos
projets, pistes d’action, des critères
imposés (distribution, choix des
publics,…), modes de communication,
etc : quelle liberté nous est laissée,
quelle marge de manœuvre, quels
moyens pour mieux se rencontrer et se
donner la chance de transformer notre
regard les uns sur les autres ?
09
5 - des points de repère pour
se situer par rapport aux
propositions des pouvoirs
publics pour la vie associative
1 du soutien à d’autres associations plus
petites qui font de l’éducation populaire, du
lien social, de l’animation rurale,…., dans
des démarches communes, des questions
posées, des alliances créées sur le terrain.
2 de la reconnaissance des associations
comme porteuses de projets de vie pour
les territoires, d’alternatives à un système
uniquement marchand, de lieux de vie
démocratique (et pas seulement d’exercice
des missions de service public).
3 pour les politiques sociales, de maintenir
l’égal accès de tous aux droits de tous, avec
quelles ressources (et l’attention à porter
au financement de politiques publiques par
des mécènes…)
4 d’attitudes d’indulgence à avoir par
rapport aux mesures d’expulsion locative
dans les squats par nécessité.
6 - la coopération à développer
sur un territoire
Circuits courts, alternatives économiques,
relations de proximité, relations avec des
acteurs locaux invitent à penser en termes
de territoire, de bassin de vie. Plusieurs
dimensions peuvent être renforcées :
1 Reconnaître et valoriser les réseaux
informels d’entraide et de solidarité,
dans les cages d’escalier, dans un micro
quartier, dans un hameau, et les soutenir
le cas échéant, par la mise en réseau, la
formation, l’échange avec des pairs, etc.
Parmi eux peuvent se développer les
Comités Solidaires pour les droits dans
lesquels s’engagent des personnes de tous
horizons aux côtés des personnes victimes
d’injustice, pour leur permettre d’exercer
leurs droits.
2 rechercher les moyens de coopérer
localement avec d’autres associations :
comment réfléchir en coopération, et non
en rivalité sur un territoire, au moment
où le soutien public aux dynamiques
associatives semble menacé ? Nous avons
une responsabilité d’attention à ce que la
vie associative, les petites associations
aient des garanties de survie par des
financements publics et de proposition
de modes de travail ensemble entre
associations pour imaginer des synergies
locales. Elles peuvent être fortes et sont en
généralbienreçuesfaceàlamultiplicitédes
associations, qui pose souvent question.
Sinon, nous entrons dans une logique de
marché à se partager (celui des donateurs,
des médias, de l’image) et de compétition,
logique que nous dénonçons comme étant
à l’origine de la crise….Cette coopération
peut prendre 2 principaux aspects :
- Le soutien à la vie associative comme
contribution à la vie démocratique, au lien
social, à la dynamique de projets que les
associations portent…à partir de l’analyse
de territoire ;
- La stratégie pour solliciter de manière
concertée, et en fonction d’enjeux bien
déterminés à l’avance, des fonds publics.
7 - La crise ne s’arrête pas l’été !
1 Se coordonner entre associations sur un
territoiredonnépourgarderouvertspendant
toute la période des lieux d’accueil.
2 Interpeller les pouvoirs publics sur leurs
propres ouvertures de permanences
pendant la période, et leurs possibilités
de réponse aux personnes en difficulté
particulière à cette période.
3 Interpeller sur la nécessité de maintenir ou
développer parallèlement loisirs quotidiens
et propositions de vacances aux familles qui
ne peuvent pas partir sans ces dispositifs.
L’AccueilFamilialdeVacances,lesvacances
en famille, en groupes, les camps d’enfants
ou d’adolescents, sont particulièrement
pertinents en cette période !
4 Cultiver les relations de voisinage
simples  : par une simple présence
d’adultes, créer les conditions pour que les
enfants jouent en tranquillité et en sécurité,
proposer quelques jeux, des ballons, des
livres suscitant l’intérêt d’enfants qui assez
vite s’y intéresseront.
5 Proposer des temps de rencontre, de
partage, d’échange en proximité: la fête
des voisins peut se prolonger et se répéter
dans l’été ! Mais aussi les échanges de
savoirs, de savoirs faire, les sorties au vert,
les tables ouvertes, etc !
Un exemple : des familles qui avaient
l’habitude de partir (vacances, retour
au pays,…) ne se déplaceront pas cet
été faute de moyens. Les enfants et
adolescents resteront donc chez eux.
Face à cela, le Secours Catholique
peut intervenir de différentes façons
cumulables :
• organiser des activités de loisirs
quotidiens pendant les grandes
vacances, à partir des désirs, des
aspirations des enfants, jeunes et
adultes concernés
• interpeller les pouvoirs publics
locaux pour qu’ils mettent en place
des activités et animations dans les
quartiers, plus nombreuses, variées,
ouvertes que précédemment…et sur
la qualité de ces animations (activités
de consommation, ou permettant aux
participants de créer, d’inventer, de se
mobiliser ?)
• soutenir les organismes, structures
qui en développent (centres sociaux,
foyers ruraux, maisons de quartier,
associations de quartier, etc).
• mobiliser pour cela des communautés
paroissiales, pour que leurs membres :
- s’investissent dans l’animation d’activités
proposées par les délégations et
équipes,
- incitent leurs municipalités à dévelop-
per de manière un peu exceptionnelle,
au vu de la situation, des activités de
loisirs pour les enfants et jeunes,… et
donc acceptent le cas échéant des aug-
mentations des impôts locaux,
-assurentuneveilledansleursquartiers,
villages, pour repérer des enfants,
jeunes qui pourraient en bénéficier,
- partagent des temps de loisir, de
convivialité, gratuits, d’échanges de
savoirs faire, de service, avec des
personnes connaissant des situations
difficiles, et les organisent (tables
ouvertes paroissiales, repas de quartier,
sorties, balades, en campagne, etc).
10
11
Annexe • I
Politique des secours
en temps de crise
Sur 1/2 ou une journée, inspirée de diverses réunions en délégation
1) présentation croisée : (15 mn)
2 personnes qui ne se connaissent pas
bien se présentent mutuellement 1
(2m 30
chacun(e))
Puis chacun présente son binôme au
groupe
2) attentes majeures des partici-
pants à la réunion évoquées d’entrée
ou ayant émergé au cours des échanges,
inévitablement très diverses et sur diffé-
rents registres :
Expression orale, l’animateur note sur
paper board (10 mn)
Puis la/les feuille(s) de paper-board
sont affichées de manière à rester visible
de tous pour toute la réunion
3) l’aide matérielle et financière
de mon équipe.
Dans l’invitation à la rencontre, chaque
équipe aura été invitée à envoyer avant la
réunion quelques lignes sur
• le fonctionnement de son équipe (sur une
1e
feuille A4)
• ce qui marche bien (sur une 2e
feuille A4)
• ce qu’il souhaiterait améliorer (sur une 3e
feuille A4)
Lejourmême,chaquereprésentantdésigné
par l’équipe présente ce que l’équipe a
écrit (5 mn par représentant d’équipe ou de
secteur)
L’animateur pâte-à-fixe les feuilles A4, par
thème
OU écrit sur 3 feuilles de paper board (il
peut se limiter à 2 :
• une « pour notre équipe, ce qui marche
bien » ;
• l’autre «ce que notre équipe souhaiterait
améliorer»)
4)lesraisonsdel’aidematérielleet
financière au Secours Catholique.
(40 à 45 mn)
• chaque participant, écrit une raison par
post it 2
(autant de post its que de raisons)
(10 mn d’écriture silencieuse)
• chacun va poser sur un support
suffisamment grand, où les post it
adhèrent bien (5 mn)
• sollicitation d’un(e) volontaire qui, devant
legroupe,proposedesregroupementspar
thèmes (si aucun volontaire, l’animatrice/
teur peut le faire, l’essentiel étant d’avoir
commencé à y réfléchir pendant la pose
progressive des post-it) (10 mn)
• nommer ces regroupements de post-it
• puis échanges en groupe (15 mn)
- prendre le temps de demander au groupe
si ces regroupements lui conviennent
- après accord sur un nom de thème, l’écrire
sur paper board
- lister sur un autre paper board les points
éventuels de désaccords entre bénévoles
d’équipes représentées 3
sous forme de
questions
5) Comment faisons nous le lien
avec la mission plus globale du
Secours Catholique ? (1 h)
Réflexion, en petits groupes, autour de :
• soit des 3 premiers repères de la Politique
des Secours du SC 4
(1 groupe par
repère).
Comment, très concrètement, les aides
financières de mon équipe permettent
l’application de ce repère ? Quels sont :
• les facteurs facilitant sa mise en œuvre ?
• les principaux obstacles rencontrés ? 5
• les moyens que nous pouvons prendre,
personnellement, avec le soutien de
l’équipe locale, avec celui des animateurs
de la délégation, pour contourner nos
difficultés ?
1
Si le groupe est composé de personnes estimant bien se connaître, elles peuvent se dire mutuellement, « Pour moi le minimum vital, c’est… », toujours en binôme, mais en prenant 2 x 5 mn d’échanges à 2,
avant présentation au groupe de ce qu’a dit l’autre
2
On peut aussi utiliser des feuilles A4 de couleur qui seront collées à la pâte-à-fix, et écrire avec marqueurs, pour faciliter la lecture des autres participants à la réunion.
3
pas pour les opposer, mais indiquer que ces divergences montrent bien qu’il n’y a pas d’un côté des bénévoles de première ligne, confrontés aux réalités, et, de l’autre, l’équipe d’animation, qui resterait trop
déconnectée de ces réalités lorsqu’elle invite à prendre du recul
4
1 - Rencontrer la personne et pas seulement distribuer une aide. 2 - Promouvoir la personne […]. C’est-à-dire lui permettre de changer de regard sur elle-même, […] de redevenir actrice notamment par des
actions collectives. 3 - Développer l’échange, l’entraide, au sein du Secours Catholique ou ailleurs, pour instaurer une relation d’égal à égal. Il s’agit de permettre à la personne de trouver des lieux où elle se sente
utile, où elle donne à son tour.
Cela permet notamment aux équipes d’exprimer leurs préoccupations légitimes sur le nombre de personnes simultanément présentes à l’accueil, le sentiment de devoir répondre très souvent en urgence, la
hausse pressentie des besoins en aide matérielle et financière…
Proposition d’animation
12
• soit un fonds commun d’évidence sur
Notre mission.
Puis relecture ensemble du document de
poche Nos orientations 2006-2011.
« Notre Mission :
Le Secours Catholique considère que les
hommes, femmes et enfants vivant des
situations de pauvreté sont les premiers
acteurs de leur développement.
Il s’engage à leurs côtés pour lutter contre
les causes de pauvreté et d’exclusion
et promouvoir le développement de
la personne humaine dans toutes ses
dimensions. »
	
- Pour nous, qu’est ce que cela signifie ?
- Comment faire concrètement, dans le
contexte de notre accueil ?
(Constat que beaucoup de gens viennent
pour des aides matérielles MAIS que,
dans le même temps, le besoin d’être
écouté longuement et reconnu comme
habitant avec des aspirations à combattre
la pauvreté qu’il subit implique de prendre
du temps avec chacun).
6) En préparation du retour
en équipe : pistes de travail
proposées : 15 mn
Les pistes ci-dessous sont celles qui
reviennent le plus souvent. Ce schéma est
évidemment à adapter, suite à l’expression
des participants.
Ils’agitdemieuxpartirdelaconfiancequedes
accueillis témoignent plus particulièrement à
un(e)ouquelquesmembresdel’équipe,d’être
vigilantpouréviterle« maternage »,degarder
une attitude pédagogique, et de favoriser la
prise de confiance des accueillis dans leurs
potentialités pour avancer progressivement
vers une plus grande autonomie. Cela ne
s’improvise pas. Et chaque point listé exige
de nous un travail en profondeur, avec le
temps nécessaire. C’est à chacun de voir
comment il souhaite s’y engager, là où il est.
Sont plus que jamais indispensables :
• L’approfondissement du travail de
concertation en équipe
- réunions courtes mais régulières, pour
échangersurnosdifficultésmaisaussinos
satisfactions, s’informer mutuellement,
chercher une meilleure cohérence entre
membres d’une même équipe.
- utilisation plus systématique de fiches de
liaison
• leséchangesdesavoirsetd’expérience
entre équipes. exemples :
- temps de prise de recul ou relecture de
l’accueil : comment fait-on dans l’équipe “y ” ?
- les étrangers en situation administrative
très précaire (demandeurs d’asile, sans
papiers …) sont nombreux à devoir
solliciter l’aide matérielle et financière.
6
01 45 49 74 44
7
Notamment le repère 7, Travailler en partenariat pour des montages financiers ou pour orienter au mieux vers d’autres solutions (les relations ainsi engagées pouvant s’ouvrir sur une véritable collaboration).
C’est aussi valable pour une réflexion sur : cette aide alimentaire si vitale, d’autres associations en proposent sur le territoire de notre équipe. Comment travaillons nous en lien avec elles ? Si les participants
n’ont pas exprimés trop de réticences sur le repère 7, évoquer les repères 5 et 6. 5 - Intervenir en dernier recours, ne pas donner en secours ce qui est dû en justice, c’est-à-dire faire d’abord jouer toutes les
aides publiques possibles, ne serait-ce que dans le souci de respecter le don. 6 - Déboucher sur l’action institutionnelle si nécessaire, c’est-à-dire faire connaître les situations qui se répètent et proposer des
réflexions ou des pistes de proposition aux pouvoirs publics.Voir en Annexe un communiqué de presse d’ALERTE, dont le SC est signataire, et une contribution de notre Secrétaire Général à une Conférence
de presse de ce même collectif interassociatif
Les questions que cela nous pose, leur
situation, leurs difficultés, notamment
matérielles, mais aussi leur courage,
ce qu’ils nous apprennent …peuvent
être approfondies avec la Pastorale des
migrantsdudiocèseet/ouleDépartement
Etranger6 du Siège
- ….
• La participation active aux formations
Accueil / écoute et aux Modules
Accompagnement de la personne dans
sa globalité organisées par la délégation
• Une réflexion à engager ou reprendre, en
réunions de secteurs et d’EAT : quelle
politique des secours 7
de la délégation ?
Beaucoup de travail nous attend, mais
notre prise de conscience et notre
motivation constituent des moteurs
irremplaçables.
Si nous disposons d’une journée
Intercaler après le (5) une séquence sur le
changement de regard (par exemple LE
SOLEIL)
Les gens expriment essentiellement ces
besoins d’aide matérielle et financière.
Sans nier ces besoins, comment les aider
à reprendre conscience, et comment
reprenons nous conscience, qu’ils ont aussi
des raisons de vivre et des points forts sur
lesquels s’appuyer ?
Annexe • I
Les 8 repères
de la politique des secours
1. Rencontrer la personne et pas seulement distribuer une aide.
2. Promouvoir la personne et la rendre actrice de son développement.
C’est-à-dire lui permettre de changer de regard sur elle-même, de
prendre en charge sa promotion, son autonomie, son développement,
de redevenir actrice notamment par des actions collectives.
3. Développerl’échange,l’entraide,auseinduSecoursCatholiqueouailleurs,
pour instaurer une relation d’égal à égal. Il s’agit de permettre à la personne
de trouver des lieux où elle se sente utile, où elle donne à son tour.
4. Laisser la posibilité d’aborder les questions de sens, les attentes
spirituelles, les valeurs, à l’occasion de la relation individuelle ou dans
le cadre de groupes.
5. Intervenir en dernier recours, ne pas donner en secours ce qui est dû
en justice, c’est-à-dire faire d’abord jouer toutes les aides publiques
possibles, ne serait-ce que dans le souci de respecter le don.
6. Déboucher sur l’action institutionnelle si nécessaire, c’est-à-dire faire
connaître les situations qui se répètent et proposer des réflexions ou
des pistes de proposition aux pouvoirs publics.
7. Travailler en partenariat pour des monteges financiers ou pour orienter
au mieux vers d’autres solutions (les relations ainsi engagées pouvant
s’ouvrir sur une véritable collaboration).
8. Communiquer le sens que l’on donne à l’attribution de secours et nos
critères d’intervention aux personnes accompagnées, aux travailleurs
sociaux, à l’Église locale, aux partenaires, afin de nous défaire de
l’image de “distributeur de secours” et d’être sollicités pour ce que nous
voulons faire.
13
Lien entre pratiques de terrain
et vision de la société
L
a complexité du travail social
aujourd’hui, et des situations que vi-
vent certaines personnes en situation
de précarité ou de pauvreté, les manières
d’agir tellement diverses des acteurs so-
ciaux et des équipes du Secours Catholi-
que, la complexité des politiques publiques
en matière de pauvreté, supposent un ef-
fort de compréhension important de la part
des acteurs du Secours Catholique (béné-
voles, salariés, personnes en situation de
précarité), eux-mêmes très divers dans
leurs parcours de vie, leurs attentes et leurs
engagements.
Face au sentiment fréquent de n’avoir pas
prise sur les enjeux mondiaux (la mondialisa-
tion, l’accroissement des inégalités Nord-Sud
ou dans les pays du Nord, les phénomènes
migratoires, la prégnance de l’économique, la
spéculation immobilière, les délocalisations,...),
ces réflexions peuvent aider à comprendre
commentlesactionstrèslocalespeuventfavo-
riser l’une ou l’autre des tendances à l’œuvre.
Par ailleurs, beaucoup d’acteurs du Secours
Catholique sont très pris dans l’action, et ont
peu d’occasions de s’arrêter, de s’interroger
sur cette action et sur leur engagement ; les
propositions qui suivent peuvent les y aider.
La boite à outils proposée ici vise à permettre
à chaque acteur du Secours Catholique de
comprendre que son mode d’action est lié
à une analyse de la société, qu’il a ou non
explicitée. La manière de proposer, de vivre
l’attributiondesecoursponctuels,ungroupede
paroles, la création d’une structure d’insertion,
un groupe d’intérêt, une démarche de
développement peut relever d’analyses de la
société et de son évolution très diverses. Il est
important d’en être conscient et de dialoguer
entre acteurs du Secours Catholique sur ces
analyses différentes, pour mieux comprendre
les différences d’approches, qui compliquent
parfois les débats, et bâtir malgré tout une
certainecohérence.Touteslesactionsmenées
doivent bien en effet tendre à la perspective,
à l’utopie créatrice que nous proclamons, une
société plus juste et plus fraternelle....C’est
l’horizon que nous nous sommes donnés,
dans lequel ne s’inscrivent pas forcément
toutes les actions, très diverses, menées au
sein du Secours Catholique.
L’objectif est de rendre explicite l’analyse
de la société sous-jacente aux pratiques
des acteurs du Secours Catholique, afin de
permettreàchacundeconstruireuneanalyse
critiquedecespratiques,etdevérifiersielles
sont en cohérence avec l’horizon, la finalité
que nous nous donnons.Apartir de l’analyse
des pratiques, il s’agit de rendre explicite le
regard porté sur la personne, l’analyse de la
pauvreté, et donc l’analyse de la société qui
y sont sous-jacentes.
II ne s’agit pas de présenter les différentes
analyses de la société, libérale, marxiste, alter-
mondialiste, social-démocrate, etc. De très
nombreuxouvragesexistentsurcesquestions !
Il s’agit plutôt de permettre à chacun de mettre
à jour, de prendre conscience que son action
est fondée sur une analyse, plus ou moins
consciente.Carnousavonsaussiànoussituer
parrapportàd’autresacteursduchampsocial,
professionnels de l’action sociale et autres
mouvements ou associations, qui ont chacun
leur propre analyse. Ainsi, une approche
fondée sur le seuil de pauvreté conduit à une
politique d’augmentation des revenus. L’Union
Européenne a une stratégie de lutte contre la
pauvreté qui passe
par l’augmentation de la croissance économi-
que, considérant que de proche en proche,
les populations en situation de pauvreté se
rapprocheront de l’emploi et donc sortiront
de la pauvreté. A l’inverse, pour ATD-Quart-
Monde, la lutte contre la pauvreté passe
nécessairement par un travail avec les plus
pauvres, dont les acquis pour les plus pau-
vres profiteront à tous.
C’estuntravaildefond,quipartnécessairement
de l’analyse des pratiques, et peut durer
plusieurs mois, selon les publics différents.
Cette boite à outils est conçue pour être
utilisée dans différentes circonstances,
avec des publics, des durées, des objectifs
différents : une réunion d’équipe locale, une
partie d’un conseil de délégation, un temps
de formation, une réflexion sur l’action, etc.
Elle articule différentes dimensions à partir
de l’analyse de l’action. En effet, pour vérifier
que cette action contribue à la lutte contre la
pauvreté, il faut s’interroger sur ce qu’est la
pauvreté des personnes qui y participent, et
au-delà de l’action menée, quelles sont les
formes et les causes de la pauvreté dans la
société. Ces différentes dimensions sont :
• le regard porté sur les personnes en situation
de pauvreté,
• l’analyse d’une action menée par les
participants,
• laprisedeconsciencedescénariospossibles
d’évolution de la société.
« Mon regard sur la personne éclaire la
manière dont j’agis, la manière dont je vis
la relation, et renvoie à une analyse de la
pauvreté et les moyens de la combattre, dont
celle du Secours Catholique. Et ma vision
de la société s’appuie sur le regard que je
porte sur les personnes, qui conditionne
ma manière d’agir...Mon action révèle une
vision de la société et un regard porté sur la
personne... ». Les 3 dimensions sont donc
intimement liées, mais peuvent s’aborder,
selon le contexte, dans un ordre différent.
En revanche, c’est bien le lien entre les 3
dimensions qui permet de faire apparaître la
logiqued’action:enquoimonactioncontribue-
t-elle à pousser l’un ou l’autre des scénarios
possibles?Enquoimonregardsurlapersonne
révèle-t-il une vision de la société ? Et en quoi
engage-t-il une forme d’action plutôt qu’une
autre ? L’analyse théorique renvoie toujours à
la pratique et inversement.
Annexe • II
Proposition d’animation
14
Articulation de la réflexion
sur l’analyse sociale
Objectif : faire prendre conscience de la logique d’action dans
laquelle je suis / nous sommes et la situer par rapport au projet
du Secours Catholique.
Mon regard
sur la personne
en situation de pauvreté
Analyse de la pauvreté
• comment se présente-t-elle?
• comment je l’identifie (besoins
des personnes) ?
• la représentation de chacun
Quelle est ma/notre vision
de la société ?
• analyse des causes de la pauvreté
• scénarios, logiques de système
1 • Analyse de la pratique
2 • travail sur les 3 éléments
3 • le projet du Secours Catholique
4 • explicitation de la logique d’action (individuelle et collective), conservatrice ou transformatrice
5 • changement de pratiques : que faire changer et comment s’y prendre ?
Analyse de la pauvreté
• la représentation de chacun
Annexe • II
AlerteCollectif interassociatif
du 28 novembre 2008
Intervention du secrétaire général du Secours Catholique
• Face à la crise, les pauvres fragilisés.
• Rapport du Secours Catholique : 90%
Familles ou isolés en dessous du seuil de
pauvreté.
+ de 42% vivent que de transferts sociaux.
• Niveau de vie moyen de notre public est
de 535 euros par U.C.
soit 40% en dessous du seuil de pauvreté.
Le reste à vivre (le revenu moyen - le loyer
moyen net) diminue à cause de l’inflation.
• Le Secours Catholique demande la
revalorisation des minima sociaux,
pourquoi ?
2007, RMI, 44,3% du SMIC contre 48,7%
en 1990
2007, API, 56,4% du SMIC contre 64,9%
en 1990.
Revenu complémentaire au RSA pour les
familles monoparentales.
• D’où un vrai problème de pouvoir d’achat
Plus de 2 familles sur 3 font état d’impayés
(loyer, fluide, crédit...)
En France, 180 000 dossiers par an :
augmentation croissante des dossiers de
surendettement.
Nous soutenons, dans l’ensemble, les
propositions du Médiateur de la République
et de M. MARINI, Rapporteur Général de la
Commission des Finances au Sénat.
• 3dossierssur4depersonnessurendettés :
accidentdelavie(perted’emploi,maladie,
divorce...).
Les personnes vivant seules sont plus
vulnérables au surendettement.
Cela rejoint le rapport du Secours
Catholique sur la fragilité des familles
mono-parentales.
Les familles composées d’un seul adulte
avec 1 ou plusieurs enfants sont fragilisées.
60% des familles reçues par le Secours
Catholique sont dans cette situation.
78% des cas de surendettement : Capacité
de remboursement égal ou inférieur à 450
euros. 32% en 2004.
• Le micro-crédit doit se développer :
des taux d’intérêts accessibles,
un accompagnement de qualité,
un pourcentage de remboursement très
élevé.
• Beaucoup de micro-crédits accordés
au Secours Catholique concernent la
mobilité des personnes. Absence de
moyens de transport, d’où incapacité de
saisir un travail.
• L’urgence, ce n’est pas de mobiliser de
l’Aide Alimentaire (même si cela reste
nécessaire en urgence) :
- Allocations familiales dès le 1er enfant,
- Revaloriser les minimas sociaux,
- Travailler d’urgence la qualification
professionnelle des publics éloignés de
l’emploi : avoir un travail à temps complet,
même avec un salaire modeste, permet
de se hisser au-dessus du seuil de
pauvreté,
- Comment rester mobilisé pour se sortir
de sa situation dans un tel marasme
économique ?
- Un effort énorme est demandé à ceux qui
sont touchés par la pauvreté pour qu’ils
restent mobilisés.
15
Annexe • III
Conférence de presse
Communiqué de presse du 16/02/2009
ALERTE demande
un plan de relance SOCIALE
A
la veille du sommet social entre le
Gouvernement et les partenaires
sociaux, le collectif ALERTE, qui
regroupe 37 associations nationales de
lutte contre la pauvreté, interpelle les
négociateurs : «décidez un plan de relance
sociale ».
La crise, d’abord financière, puis
économique, est devenue sociale.
Chômage, pauvreté, exclusion sont
repartis à la hausse. Les signaux captés
par les associations de solidarité sont
nets, la crise fragilise encore plus les plus
vulnérables 1
. Dans ce contexte, un fort
débat s’est tenu pour savoir s’il convenait,
dans une telle conjoncture, d’opérer une
relance par l’investissement ou/et par la
consommation.
Les risques économiques d’une relance
générale par la consommation sont
infiniment moindres, voire inexistants,
si une partie de l’effort de la puissance
publique se concentre en direction des plus
faibles. Ainsi, il est temps :
• d’accélérerlarevalorisationdesminima
sociaux et notamment du montant
forfaitaire du RSA et de l’Allocation
spéciale de solidarité (ASS),
• de ne pas réduire mais d’augmenter
les durées d’indemnisation des
demandeurs d’emploi,
• de favoriser l’accès des demandeurs
d’emploi aux dispositifs de formation,
• d’investir fortement dans l’accompagne-
ment social et professionnel,
• de donner les moyens aux associations
de solidarité d’accueillir des personnes en
« contrats aidés »,
• de porter le plafond de ressources de la
CMUC à la hauteur du seuil de pauvreté,
• de rendre possible la production massive
de logements très sociaux (financés par
PLAI 2
)
Lespluspauvresetlesplusexclusnedoivent
pas être les oubliés des négociations entre
pouvoirs publics et partenaires sociaux. Il
est aujourd’hui nécessaire d’agir pour que ne
soient pas abandonnés tant ceux qui vivent
depuis longtemps dans la précarité que les
victimes à venir de la crise. La solidarité ne
se divise pas, elle ne choisit pas entre ceux
qui valent la peine d’être aidés et les autres.
La solidarité en temps de crise nécessite un
« plan de relance sociale ».
1
Cf. conférence de presse ALERTE du 28 novembre 2008 sur le site d’ALERTE http://www.uniopss.asso.fr/resources/trco/pdfs/2009/02_
fevrier_2009//Communique_plan_de_relance_sociale_16_Fev_09.pdf
2
PLAI : prêts locatifs aidés d’insertion
16
Annexe • III
17
Enquête du CREDOC
réalisée en décembre 2008
La détérioration de la situation
depuis 3 mois
• 1/3 des ménages pauvres déclarent
avoir été plus souvent qu’auparavant en
découvert au cours des 3 derniers mois,
plus d’un ménage pauvre sur 5 déclare ne
pas avoir d’économies disponibles contre
9% des ménages en général.
• 50% des ménages pauvres déclarent
avoir retardé ou annulé une dépense
importante au cours des 3 derniers mois,
contre 40% des ménages français.
• Parmi les ménages qui ont un crédit ou
un emprunt à rembourser, 43% estiment
qu’il s’agit d’une charge importante dans
leur budget contre 61% pour les ménages
pauvres.
• Près d’un ménage français sur 4 déclare
avoir eu du mal à payer une ou plusieurs
factures au cours des 3 derniers mois,
proportion qui double chez les ménages
pauvres (43%) Les procédures de saisie
concernent 12% des ménages pauvres
ayant connu des difficultés à payer des
factures, soit 3 fois plus que pour les
ménages français en général.
L’inquiétude pour l’avenir
Ils s’attendent, pour 40% d‘entre eux, à
ce que leur situation se détériore dans les
mois à venir.
Cette enquêtea été réalisée en décembre 2008 auprès de 866 ménages
représentatifs des ménages métropolitains au-dessus du seuil de pauvreté,
et de 434 ménages représentatifs des ménages sous le seuil de pauvreté.
Ces éléments en sont un résumé (par MAF)
37% des ménages français déclarent être
dans l’incapacité de faire face, seuls, à
une dépense imprévue de l’ordre de 750€,
cette proportion double presque pour les
ménages pauvres (69%). 29% des français
estiment qu’ils ne pourraient pas non plus
obtenir un prêt de l’ordre de 750€ pour faire
face à une dépense imprévue, proportion
qui double pour les plus pauvres (56%)
Les restrictions
de consommation
Ala question « depuis 3 mois, vous ou votre
foyer êtes-vous obligés de vous imposer
des restrictions sur certains postes de votre
budget ? », 39% des français disent « plus
que d’habitude », mais 51% des pauvres.
Cela est particulièrement vrai
• des jeunes (18 à 29 ans), à hauteur de
65% pour les jeunes en situation de
pauvreté,
• des ménages avec un seul actif occupé
(45% pour l’ensemble des ménages,
59% pour les ménages en situation de
pauvreté),
• des familles monoparentales, 54% dans
l’ensemble des ménages et 62% chez les
plus pauvres.
Dans l’ensemble, ces restrictions sont
expliquées par les difficultés présentes et
l’anticipation des difficultés futures, mais
Annexe • IV
Éléments d’analyses
18
les ménages les plus pauvres évoquent
surtout les difficultés actuelles.
Les postes affectés par ces restrictions,
que les ménages soient pauvres ou non,
sont
• les vacances et les loisirs
• l’habillement
• l’achat d’équipement ménager
Les plus pauvres qui se restreignent le
font significativement plus sur les soins
médicaux, l’alimentation, le logement et les
dépenses pour les enfants. Plus de la moitié
des ménages pauvres se restreignent sur
l’alimentation et près du quart sur les soins
médicaux.
Si l’on regarde plus précisément
l’alimentation, 54% des ménages français
déclarent avoir changé leurs habitudes
alimentaires depuis un an pour des
raisons budgétaires, proportion qui monte
à 71% pour les ménages pauvres. Ces
changements se traduisent par le fait
d’éviter les produits trop chers, de choisir
des marques et magasins moins chers, de
manger moins souvent à l’extérieur. Plus
de la moitié des ménages pauvres ont
diminué leur consommation de viandes et
de poissons au cours des 3 derniers mois
et près du quart admettent sauter des
repas. Chez 15% des ménages pauvres, il
est arrivé à l’un des membres du ménage
de passer une journée sans manger par
manque d’argent.
Sur les loisirs, 62% des ménages pauvres
ont restreint leurs sorties depuis 3 mois
(50% pour l’ensemble des ménages),
particulièrement sur les visites à des
proches et des invitations de ces proches
à domicile.
55% des ménages et 72% des ménages
pauvres n’ont pas prévu de partir en
vacances dans les 3 prochains mois.
Sur la santé, les ménages pauvres se
restreignent significativement plus que
l’ensemble des ménages en général : près
du tiers a récemment renoncé à des soins
bucco-dentaires (contre 15% des français
en général).
Près de la moitié des ménages interrogés,
pauvres ou non, comparent plus les prix que
d’habitude, et près de 40% profitent plus
que d’habitude des offres promotionnelles.
Les ménages pauvres sont beaucoup plus
nombreuxànepasfaired’achatssuruncoup
de tête (49% contre 38% des ménages en
général) et à privilégier plus que d’habitude
les magasins discount (40% contre 29%).
La situation par rapport
aux ressources
L’emploi
Moins de 10% des actifs occupés ont connu
le chômage partiel au cours des 3 derniers
mois, mais 20% des actifs occupés en
situation de pauvreté ; parmi ces derniers,
38% craignent d’être confrontés au
chômage partiel dans les prochains mois.
Une forte proportion de chômeurs (68%
chez l’ensemble, 79% chez les ménages
pauvres) estime que la recherche d’emploi
est devenue plus difficile depuis 3 mois.
Les aides extérieures
23% des ménages pauvres ont fait appel
en 2008 à une aide extérieure : assistante
sociale, aide matérielle d’un proche, aide
de la CAF ou du Conseil Général.
Lesménagesfrançais,pauvresounon,sont
globalement inquiets au sujet de la situation
des entreprises, du pouvoir d’achat et de
l’évolution à venir de la crise (autour de 85%
d’inquiétude sur ces sujets). Les ménages
pauvres sont beaucoup plus inquiets pour
leur situation : 84% sont inquiets pour leur
pouvoir d’achat (68% pour l’ensemble) et
68% des plus pauvres sont inquiets pour
leur situation professionnelle, contre 49%
des français.
Analyse croisée
Au total, une analyse croisée de ces
différents indicateurs montre que les
ménages pauvres sont plus nombreux que
les autres à avoir subi un impact important
de la crise : 54% d‘entre eux ont soit
changé leurs habitudes de consommation,
sans pour autant recourir aux découverts
bancaires ou à la solidarité, soit modifié
leurs comportements sur 6 à 8 points (les ¾
d’entre eux ont eu une découvert plus que
par le passé, la moitié ont eu des difficultés
pour s’acquitter de certaines factures et les
2/3 ont sollicité une aide sociale ou amicale
plus qu’auparavant).
L’impact de la crise est très important pour
13% des ménages en général et 28% des
ménages en situation de pauvreté.
Parmi ceux-ci, les familles monoparentales
sont les plus touchées : 26% d’entre elles
sont ans le groupe des ménages ayant
connu un impact important sur leurs
dépenses contre 5% des couples avec
enfants. Les plus jeunes sont également
touchés : la moitié des moins de 30 ans a
connu une forte dégradation de sa situation
financière et de leur mode de vie au cours
des 3 derniers mois.
Les ménages dont la personne de
référence est inactive sont les plus touchés,
notamment dans le sens où les personnes
en situation de pauvreté qui avaient un
emploi souffrent d’un plus grand impact de
la crise.
Les facteurs de fragilité sont les suivants
sur l’ensemble des ménages :
• disposer de moins de 1500€ mensuels
• avoir des enfants
• être au chômage
• avoir moins de 30 ans
• être locataire
Annexe • IV
19
Patrick Viveret, philosophe, ancien conseiller à la Cour des Comptes,
auteur de « Reconsidérer la Richesse », mai 2009
Pour une écosophie
politique
La question sociale pose plus
radicalement encore la question humaine et
la difficulté propre à notre espèce de penser
et de vivre le rapport entre notre intelligence
et nos émotions. C’est toute la question de
ce que Felix Guattari nommait l’écosophie,
la capacité de penser écologiquement et
politiquement la question de la sagesse.
C’est aussi ce que Pierre Rahbbi nomme
les enjeux d’une « sobriété heureuse » où
s’articule, dans la justice sociale, le choix
de la simplicité avec celui d’un art de vivre
affranchi de sa boulimie consommatrice et
consolatrice.
Il nous faut d’abord voir que ce qui est
commun à toutes les facettes de la crise,
ce qui la rend donc systémique, c’est
le couple formé par la démesure et le
mal être. Ce que les grecs nommaient
l’ubris, la démesure, est en effet au cœur
de notre rapport déréglé à la nature par
deux siècles de productivisme et ses deux
grandes conséquences : le dérèglement
climatique et ce danger à ce point majeur
pour la biodiversité que l’on peut évoquer le
risque d’une « sixième grande extinction »
des espèces, cette fois provoquée par
le comportement irresponsable de notre
propre famille humaine. C’est la démesure
aussi qui a caractérisé le découplage entre
l’économie financière et l’économie réelle :
un ancien responsable de la Banque
centrale de Belgique, Bernard Lietaer, a
pu avancer qu’avant la crise, sur les 3 200
milliards de dollars qui s’échangeaient
quotidiennement sur les marchés
financiers, seuls 2,7% correspondaient à
des biens et services réels !… Démesure
encore dans le creusement des inégalités
sociales mondiales tant à l’échelle de
la planète qu’au cœur même de nos
sociétés : lorsque la fortune personnelle de
225 personnes correspond au revenu de
deux milliards d’êtres humains (chiffres des
Nations Unies), lorsque les indemnités de
départ d’un PDG qui a mis son entreprise
en difficulté peuvent représenter plus de
mille fois le salaire mensuel de l’un de ses
employés. Démesure enfin, il ne faudrait
pas l’oublier, cette fois dans les rapports
au pouvoir, qui a été à l’origine de l’autre
grand effondrement politique récent, il y
a tout juste vingt ans, celui du système
soviétique et de sa logique totalitaire. Il est
important de le rappeler si l’on veut éviter
le mouvement pendulaire des années
trente qui vit un politique de plus en plus
autoritaire, guerrier et finalement totalitaire,
prendre la relève du capitalisme dérégulé
des années d’avant crise.
Ainsi le caractère transversal de cette
démesure permet de comprendre le
caractère systémique de la crise et
l’on comprend alors que des réponses
cloisonnées qui cherchent par exemple
à n’aborder que son volet financier se
traduisent finalement par une fuite en avant
dans le cas de la crise bancaire doublé
de fuites en arrière dans le cas de la crise
sociale : comme quoi les caisses ne sont
pas vides pour tout le monde !
Mais pour construire, au-delà d’une
écologie politique, une « écosophie
politique »ilfautfaireunpassupplémentaire
dans l’analyse et comprendre ce qui lie
profondément cette démesure au mal de
vivre de nos sociétés. Celle-ci constitue
en effet une forme compensatrice pour
des sociétés malades de vitesse, de
stress, de compétition qui génèrent un
triple comportement guerrier à l’égard de
la nature, d’autrui et de nous-mêmes. En
ce sens nos « société de consommation »
sont en réalité des « sociétés de
consolation » et cette caractéristique se lit
économiquement dans le décalage entre
les « budgets vitaux » et les dépenses de
stupéfiants, de publicité et d’armement.
En 1998, le programme des Nations unies
pour le développement (PNUD) comparait
en effet les budgets supplémentaires
nécessaires pour couvrir les besoins
vitaux de la planète (faim, non accès à
l’eau potable, soins de base, logement
etc.) et mettait en évidence que les seules
dépenses de stupéfiants représentaient
dix fois les sommes requises pour ces
besoins vitaux (à l’époque 400 milliards par
rapport aux 40 milliards recherchés par les
Nations Unies). Même écart s’agissant des
dépenses annuelles de publicité. La société
dure est en permanence compensée
par la production du rêve d’une société
harmonieuse, et l’endroit par excellence
où s’opère ce rapport est la publicité qui
ne cesse de nous vendre de la beauté, du
bonheur, de l’amour, voire de l’authenticité,
messages dans l’ordre de l’être, pour
mieux nous faire consommer dans l’ordre
de l’avoir. Quant aux budgets militaires
«
Annexe • V
Réflexion de fond
20
des intégrismes excluants. Une grande
partie du destin de l’humanité se joue en
effet dans l’alternative guerre ou dialogue
des civilisations. Nous ne sommes pas
condamnés soit à la projection mondiale
du modèle occidental soit à l’acceptation
au nom du relativisme culturel d’atteintes
fondamentales aux droits humains à
commencer par ceux des femmes. On peut
récuser l’impérialisme et le colonialisme,
sans être obligés de tolérer l’intégrisme et
l’exclusion. C’est alors la co-construction
d’une citoyenneté terrienne qui est en jeu,
et la rencontre des sagesses du monde
est alors un enjeu capital dans cette
perspective où l’homo sapiens-sapiens,
à défaut d’être une origine pourrait être,
devrait être un projet. C’est à ce projet
planétaire qu’une Europe qui a payé le prix
lourd pour comprendre que la barbarie n’est
pas un danger extérieur, mais le risque
intérieur par excellence de l’humanité, peut
pleinement contribuer.
qui expriment les logiques de peur, de
domination et caractérisent par conséquent
les coûts (et les coups) de la maltraitance
inter-humaine, ils représentaient eux vingt
fois ces sommes !Aeux trois ces dépenses
passives de mal être représentent (car le
même écart est maintenu dix ans après)
environ quarante fois les dépenses actives
de mieux être nécessaires pour sortir
l’humanité de la misère et assurer un
développement humain soutenable tout à
la fois écologique et social.
Il nous faut donc répondre au couple formé
par la démesure et le mal être par un autre
couple, celui de la « sobriété heureuse »
formé par l’acceptation des limites et par
l’enjeu positif du « bien vivre » (termes du
forum social mondial de Belem) ou ce que
les prochains « Dialogues en Humanité »
qui se tiendront début juillet évoquent sous
le terme de la construction de politiques et
d’économies du mieux être .
Et c’est ici que l’écologie doit non seulement
intégrer pleinement la question sociale,
celle de la lutte contre les inégalités, mais
aussi la question humaine proprement dite
c’est-à-dire la capacité à traiter ce que l’on
pourrait appeler « le bug émotionnel » de
l’humanité qui est à la racine de ce qu’Edgar
Morin nomme l’homo sapiens demens. La
question est en effet moins de « sauver
la planète » - qui a de toutes manières
plusieurs milliards d’années devant elle
avant son absorption par le soleil ! - que de
sauver l’humanité qui peut, elle, terminer
prématurément en tête à queue sa brève
aventure consciente dans l’univers.
Or, comme le soulignait Spinoza, la grande
alternative à la peur est du côté de la joie.
La différence aujourd’hui réside dans le fait
que ce qui était traditionnellement de l’ordre
personnel et privé devient un enjeu politique
planétaire. La question de la sagesse, c’est-
à-dire la question fondamentale de l’art de
vivre, qui cherche à épouser pleinement
la condition humaine au lieu de vouloir la
fuir, devient alors une question pleinement
politique.
Nous sommes en effet à la fin du cycle
des temps modernes qui furent marqués
par ce que Max Weber, d’une formule
saisissante, avait caractérisé comme
« le passage de l’économie du salut au
salut par l’économie ». La crise actuelle
démontre que ces promesses n’ont pas
été tenues. L’un des enjeux aujourd’hui
est de savoir comment sortir de ce grand
cycle de la modernité par le haut, les
intégristes le faisant par le bas : garder le
meilleur de la modernité, l’émancipation,
les droits humains et singulièrement ceux
des femmes, qui en constituent l’indicateur
le plus significatif, la liberté de conscience,
le doute méthodologique, mais sans le
pire, la chosification de la nature, du vivant,
des animaux et à terme des humains, la
marchandisation n’étant qu’une des formes
de cette chosification. Et retrouver, dans le
même temps, ce qu’il y a de meilleur dans
les sociétés de tradition, mais là aussi en
procédant à un tri sélectif par rapport au
pire : un rapport respectueux à la nature,
sans qu’il soit de pure soumission, un lien
social fort mais non un contrôle social, des
enjeux de sens ouverts et pluralistes et non
»
Annexe • V
21
Lutter contre la pauvreté ou
faire projet
avec les pauvres ?
Les expressions par lesquelles nous traduisons les réalités liées à la pauvreté demandent
une vigilance constante : porteuses de richesses, elles deviennent facilement slogans
réducteurs.C’est le cas de l’expression « lutter contre la pauvreté » que nous revisitons
dans cet article, paru dans la Revue «Mission de l’Eglise» des OPM.
L
’expression « lutter contre la
pauvreté » est devenue une
expression toute faite, utilisée
largement dans le milieu politique,
national et international, ainsi qu’au
niveau de la société civile. Elle est
associée à une prise de conscience
mondiale du phénomène de la pauvreté
et à la conséquente mise en place de
programmes internationaux qui visent la
réduction de la pauvreté. On peut noter à
ce propos les Objectifs du Millénaire pour le
Développement,établisauseindel’ONUen
2000, qui fixent la barre très haute : réduire
de moitié la pauvreté dans le monde d’ici
2015. Cet objectif général est décliné en 8
objectifs particuliers qui concernent la faim,
l’éducation, la santé, l’accès à l’eau, les
femmes, le développement durable.
On ne peut que se réjouir de voir la
communauté internationale fixer un tel
objectif. Et même si aujourd’hui on sait que
cet objectif ne sera que partiellement atteint
et qu’il faudrait une volonté politique bien
plus grande pour libérer les ressources
nécessaires, il y a un fait nouveau qui
représente une avancée incontestable :
pour la première foison a un engagement
précis de la part de la majorité des chefs
d’Etat, exprimé de manière quantitative et
donc évaluable, et non plus une simple
déclaration de principes et de bonnes
intentions. Tout en soutenant ce type
d’initiativesde«luttecontrelapauvreté»,on
peut pourtant se poser des questions sur la
conception de justice et de développement
auxquelles renvoie une telle expression. Il
ne s’agit pas de contester la mise en place
des pratiques associées à cet objectif,
mais plutôt d’approfondir l’objectif formulé
afin d’orienter les pratiques dans la bonne
direction.
La pauvreté, dans la mesure où elle dénigre
la dignité humaine, constitue, sans doute,
un phénomène à refuser.
Mais peut-on « lutter contre » la pauvreté ?
Tout dépend de la manière dont on
conçoit la pauvreté. En effet, l’expression
« lutter contre la pauvreté » fait penser à
la pauvreté comme une réalité objective,
dont certaines personnes sont victimes, et
qu’on devrait extirper, enlever, supprimer.
La pauvreté apparaît ainsi comme une
condition objective et subie, indépendante
de la personne concernée. De ce fait,
le pauvre est réduit à sa pauvreté, à ce
qu’il n’a pas : un manque à combler. Dès
lors, cette idée de lutte contre la pauvreté
appelle surtout une justice distributive et un
développement pensé en termes d’accès
aux biens. Peut-on concevoir autrement la
pauvreté, la justice et le développement ?
Nous pensons que la pauvreté n’est pas
seulement un manque à combler : elle
renvoie à toute une manière de concevoir
le vivre ensemble. Si la lutte contre la
pauvreté vise surtout à combler le manque
dont souffrent certaines personnes, elle
risque de se situer uniquement au niveau
des effets plutôt que des causes. La réalité
de la pauvreté devrait interroger d’abord
la mécanique sociale qui, au niveau
local, national ou international, créé de
l’exclusion.
C’est la manière dont on « fait société
ensemble » qui est mise en cause avec la
pauvreté, et pas seulement la distribution
de ses bénéfices. Il va falloir, sans
doute, redistribuer des richesses très
inégalement réparties, mais le problème de
la pauvreté relève surtout d’une question
bien plus fondamentale, celle du projet
de société. Dès lors, le pauvre n’apparaît
pas seulement comme une personne en
manque qui a besoin d’assistance, mais
surtout comme un acteur social qui doit
pouvoir participer à un projet d’ensemble.
On cherchera chez lui la capacité propre
qu’il pourrait développer en vue d’un projet
commun plutôt que le manque à combler.
Cette approche de la pauvreté sollicite
une autre conception de la justice et du
développement  : une justice contributive
plutôt que distributive ; un développement
pensé en termes de projet de société plutôt
que de seule croissance économique.
Annexe • VI
Réflexion de fond
Éléna Lasida, théologienne et économiste
22
Lutte contre la pauvreté
et justice
En termes de justice, on peut poser deux
questions à l’expression de « lutte contre la
pauvreté ». D’une part, faut-il
viser la pauvreté ou plutôt l’inégalité ? Car ce
qui est injuste, ce n’est pas la pauvreté en
soi mais le fait qu’elle coexiste avec une très
grande richesse. Associer la question de la
justice à celle de la pauvreté rappelle que
le véritable scandale est celui de l’inégalité
plutôt que celui de la pauvreté. L’inégalité
empêche d’isoler la pauvreté comme un
problème « des pauvres », qui a besoin des
solutions « pour les pauvres ». L’inégalité
pose question au système général et pousse
à transformer plutôt qu’à réparer, à intégrer
plutôt qu’à assister, Ne faudrait-il pas alors
parler de lutte contre l’inégalité plutôt que de
lutte contre la pauvreté ?
D’autre part, la justice pose une question de
fond sur l’effet cherché avec la « la lutte contre
la pauvreté ». S’agit-il de rendre accessible à
tous les biens nécessaires pour vivre ? Ou
s’agit-ilplutôtderendrepossiblelaparticipation
de chacun à la création d’un projet commun ?
Chacune de ces deux questions renvoie à un
type différent de justice.
Dans le premier cas, nous nous trouvons face
àunejusticedistributive,fondéesurlacapacité
d’accès des personnes. Dans le deuxième,
on parle plutôt de justice contributive, fondée
sur la capacité de participation, d’apport de
chacun. Deux conceptions différentes de
l’humainsontsous-jacentesàchacunedeces
notions de justice : dans la première, l’humain
est défini par ses besoins à satisfaire, dans la
deuxièmeparsacapacitécréatrice.Comment
renforcer la visée d’une justice contributive
dans l’idée de lutte contre la pauvreté ? La
justice permet donc d’approcher la lutte
contre la pauvreté d’une manière beaucoup
plus intégrale : par rapport à toute la société
et pas seulement aux exclus, et par rapport
à toutes les dimensions de la vie humaine
et pas seulement ses besoins et sa capacité
d’accessibilité. Comment rendre plus explicite
cette « intégralité » visée  ? Un domaine
aujourd’hui en plein développement, illustre
bien cette lutte contre la pauvreté pensée
de manière intégrale : il s’agit de l’économie
sociale et solidaire. Une multiplicité de
pratiques différentes comme le commerce
équitable, le microcrédit, la finance éthique,
les régies de quartier, le tourisme solidaire,
essayent aujourd’hui d’insérer dans le circuit
économique les populations qui en sont
exclues. Mais il ne s’agit pas d’une économie
« pour les pauvres ». L’économie sociale
et solidaire cherche à faire de l’économie
autrement, en intégrant aux objectifs de
rentabilité financière, des objectifs en termes
de lien social, de gestion démocratique et de
respect de la nature. En ce sens, elle ne crée
pas une économie parallèle, pour sortir les
pauvres de leur pauvreté. Au contraire, elle
intègrelespauvresdanslesystèmeclassique
et ce faisant, elle transforme le système, car
elle pense l’économie complètement articulée
aux objectifs
D’ordresocial,politiqueetenvironnemental 1
.
La lutte contre la pauvreté revisitée par la
justice acquiert ainsi de l’épaisseur et fait
véritablement place à toute la complexité
de l’humain et du social.
Lutte contre la pauvreté
et développement
A partir du développement, on peut
également poser deux questions à la lutte
contre la pauvreté : d’une part, en termes
de mode de développement visé, d’autre
part en termes de la conception même
du développement. Ces deux aspects
sont très liés, mais il est important de les
distinguer. La question en termes de mode
de développement renvoie à la différence
habituelle entre pays développés et pays
en voie de développement. A partir de cette
classification, le sous-développement est
souvent considéré comme un problème de
rattrapage à faire entre les pays pauvres
et les pays riches. De ce fait, il y a un seul
mode de développement visé, celui des
pays riches, et il faut faire en sorte que
les pays pauvres puissent y arriver. Cette
conception résonne fortement avec l’idée de
« lutte contre la pauvreté ». Il s’agit toujours
d’une approche bipolaire, où l’un des pôles
constitue l’objectif à atteindre (la richesse, le
développement) et l’autre le défaut à réparer
(la pauvreté, le sous-développement).
Or, le mode de développement des pays
riches est aujourd’hui confronté à des
limites incontournables qui montrent sa
non viabilité : les ressources naturelles sur
lesquelles ce développement s’est construit
sont aujourd’hui en cours d’épuisement et en
grandepartiedégradées.Est-cequelespays
pauvres ne sont pas, eux aussi, porteurs de
germesdemodesdedéveloppementpluriels
et nouveaux ? Est-ce que leur expérience
de survie face à la pauvreté, leur créativité
et leur imagination, leur « débrouillardise »,
n’ouvrent pas des pistes pour penser
autrement le développement ? Dans ce cas,
il ne faudrait pas seulement « lutter contre la
pauvreté » mais aussi et surtout, s’intéresser
à ce que la pauvreté a pu libérer comme
ressource nouvelle pour vivre mieux.
Lutter contre la pauvreté
ou faire projet avec
les pauvres ?
Or,laquestionsurlemodededéveloppement,
conduit directement à celle de la conception
du développement : que veut-on
développer ? Que veut-on augmenter en
termes de qualité de vie ? Qu’est-ce qui fait
vivre mieux ? Le pouvoir d’achat ou la qualité
de présence et de relation qu’on a avec
autrui ? Le fait d’accéder à plus de biens
ou le fait de se sentir créateur avec d’autres
d’un projet commun ? L’avoir ou l’être ? La
lutte contre la pauvreté qui considère la
pauvreté uniquement en termes d’accès aux
biens, risque de solliciter un développement
pensé seulement en termes de croissance,
c’est-à-dire de capacité de production et de
consommation. Lutter contre la pauvreté,
devrait conduire aujourd’hui à reconsidérer
la richesse, à la penser en termes de qualité
plutôt que de quantité.
Aujourd’huiledéveloppementdurableessaie
justement de penser le développement à
frais nouveaux, conçu comme un nouveau
« style de vie », une nouvelle manière de
vivre ensemble, au niveau local, national
et international, plutôt que comme simple
prolongement de ce que nous avons déjà. Il
inviteàinventerunstyledevieavecmoinsde
mobilité mais plus de présence, avec moins
de rapidité mais plus de relation, avec moins
de sécurité mais plus d’émerveillement.
L’objectif n’est pas celui de lutter contre la
pauvreté mais plutôt d’inventer de nouveaux
modes de vie qui ne créent pas de la
pauvreté, ni matérielle, ni relationnelle 2
.
En guise de conclusion, nous pouvons dire
que la lutte contre la pauvreté revisitée par
l’idée de justice et de développement, invite
à un double déplacement. D’une part, il
s’agirait de passer de la « lutte contre » au
« faire projet ensemble », et d’autre part, de
passer de « la pauvreté » aux « pauvres »,
en les considérant non seulement à partir de
leurs manques, mais surtout à partir de leurs
potentialités à développer. Dès lors, l’objectif
ne serait pas tellement d’aider ni d’enrichir
les pauvres, mais plutôt de trouver avec
eux de nouvelles sources de richesse et de
nouveaux modes de développement.
1
Pour connaître, faire avancer et se préparer aux nouveaux métiers de l_Economie sociale et solidaire : Master « Economie solidaire et logique du marché » de l_Institut Catholique de Paris. Infos : www.icp.fr
(voir les formations de la FASSE), ou fasse icp.fr.
2
Pour une approche du Développement durable en termes de « style de vie nouveau », lire « Notre mode de vie est-il durable ? » Justice et Paix, Ed. Karthala, 2005, et « Mobilité durable : bouger moins pour être
plus présent », Justice et Paix (5 € + frais de port) à commander à justice.paix@cef.fr. Copyright © Justice  Paix Page 4/4.
Annexe • VI

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  • 1. Direction Action France et Institutionnelle 8 juillet 2009 En temps de crise... l’aide et l’entraide ! L es analyses de la crise insistent sur son caractère multiple : y sont liés des éléments d’ordre économiques, financiers, mais aussi culturels, sociaux, en termes de sens. Pouvons-nous la voir comme une opportunité de prendre du recul par rapport à nos pratiques, d’inventer d’autres modes de vivre ensemble, situant l’économie comme un moyen, de repenser le projet de société vers laquelle nous pouvons aller ? Et ce, au niveau national, mais aussi en prenant en compte l’impact de la crise sur les pays en voie de développement….(voir en annexe les articles et références). Face à cette crise, et à ses répercussions sur les plus pauvres, nous pouvons nous interroger, comme le fait Eléna Lasida, théologienne et économiste (voir article en annexe) : doit-on promouvoir un ensemble de mesures à destination de ceux que l’on regarde alors comme pauvres, ou bien parier sur la possibilité de refonder un projet de société en partant des plus fragiles, des plus en difficulté, qui sont acculés à des questions qui finalement se posent à tous ? La crise a des conséquences directes pour nous aujourd’hui. Même si elle ne touche pas encore directement les plus pauvres (phrase entendue dans un groupe de personnes en situation de pauvreté en mars 2009  : « la crise ? C’est tous les jours la crise, pour nous, et depuis longtemps ! »), des personnes en fragilité par rapport à l’emploi (intérim, CDD, personnes licenciées par des entreprises qui mènent des plans sociaux ou font faillite) commencentàarriverdanslesaccueils,etlemontantdessecoursaugmente de manière significative dans plusieurs délégations. Il est donc important de prendre des temps de recul pour analyser la situation locale, et situer nos réponses dans ce contexte nouveau… Ce document veut y aider, et les départements de la DirectionAction France et Institutionnelle sont à votre disposition pour y travailler.
  • 2. Sommaire 1 - La crise, quelles répercussions ? Quels sont nos constats ? 1 - Constats généraux 2 - Quelques tendances générales 3 - Les politiques publiques 4 - Constats du Secours Catholique 2 - Les acquis d’expériences menées depuis 25 ans au Secours Catholique 3 - Expériences nouvelles et recherche d’alternatives 1 - Des lieux où se créent des relations d’entraide 2 - Des expérimentations de circuits économiques alternatifs 3 - Des expériences génératrices de revenus 4 - Des lieux où l’on réfléchit ensemble a des modes de vie en société 4 - Des pistes pour le Secours Catholique 1 - Les pratiques de terrain à partir des secours matériels et financiers 2 - Les pistes pour mettre en œuvre des pratiques alternatives 3 - L’action institutionnelle locale et nationale 4 - Des points de repères pour se situer par rapport à des offres de mécénat local 5 - Des points de repère pour se situer par rapport aux propositions des pouvoirs publics pour la vie associative 6 - La coopération à développer sur un territoire 7 - La crise ne s’arrête pas l’été ! Annexes I • Politique des secours en temps de crise - Proposition d’animation • Les 8 repères de la politique des secours II • Lien entre pratiques de terrain et vision de la société - Proposition d’animation III • Collectif interassociatif ALERTE - Intervention du secrétaire général du Secours Catholique • ALERTE demande un plan de relance sociale IV • Enquête du CREDOC réalisée en décembre 2008 V • “Pour une écosophie politique” Patrick Viveret VI • “Lutter contre la pauvreté ou faire projet avec les pauvres ?” Eléna Lasida 02
  • 3. 1 - La crise, quelles répercussions ? Quels sont nos constats ? 1 - constats généraux Le CREDOC a réalisé à la demande de l’Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale une étude sur les conséquences de la crise en décembre 2008. Il a cherché à mesurer les consé- quences de la crise par l’ensemble des mé- nages et par ceux qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté. 64% des ménages français, pauvres ou non, estime s’en sortir plus difficilement qu’un an auparavant, cette proportion est de 70% chez les ménages pauvres. Parmi les ménages qui estiment que leur situation a changé, ceux en situation de pauvreté mettent en avant, pour expliquer le phénomène, la conjonction d’une diminution des ressources et d’une augmentation des charges (changements dans la vie professionnelle et augmentation du coût de la vie). Les questions posées permettent de mieux cerner les difficultés rencontrées par les ménages en situation de pauvreté et leur aggravation depuis 3 mois ou un an, notamment dans les restrictions de consommation, l’inquiétude ressentie, les changements vécus dans la situation pro- fessionnelle. Au final, l’étude montre que l’impact de la crise est très important pour 13% de l’ensemble des ménages, mais pour 28% des ménages en situation de pauvreté. Les facteurs de fragilité repérés sont le fait de toucher moins de 1500 € mensuels, d’avoir des enfants, d’avoir moins de 30 ans, d’être au chômage et d’être locataire… Voir résumé de l’enquête en annexe… 2 - quelques tendances Dans l’opinion publique, quelques mouvements se font sentir : ainsi, l’enquête du CREDOC indique que les ménages français pensent en majorité donner comme avant aux associations, (seuls 7% pensent donner moins) et certains (5%) pensent donner plus. En Allemagne, Peter Neher, président de la Caritas, face à la multiplication des distributions alimentaires dans lesquelles s’engagent des volontaires de plus en plus nombreux, s’est ainsi exprimé : « on ne peut pas se donner le but de soutenir des groupes de gens sur le long terme en leur offrant de la soupe, des vêtements de seconde main et des tarifs réduits, cela signifierait entériner le développement et la stabilisation de deux mondes parallèles ». Il rejoignait en cela le président des associations de solidarité protestantes qui s’inquiétait : « l’engagement croissant de ceux qui portent secours à leurs semblables dans la misère est certes très louable, mais la charité doit aller de pair avec un engagement pour plus de justice sociale ». Des entreprises mécènes annoncent en cette période vouloir faire plus dans le mécénat, et font des propositions aux associations, orientées sur la réponse immédiate à des besoins supposés, dans le registre matériel. Le modèle économique dominant, les incitations fiscales, encouragent cette pratique qui se révèle rentable pour elles… Quelques comportements, encore margi- naux, se développent ou reviennent : • la pratique du glanage : accord entre un agriculteur, ou un maraicher et des personnes qui viennent ramasser ce qui n’est pas utilisé par l’agriculteur ou le maraicher selon des modalités convenues ensemble… pratique qui pourrait être généralisée  ! « Je vous laisse vous approvisionner sur la partie de récolte que j’aurais abandonnée, mais vous êtes vigilant à respecter mes terres et mes arbres ; voire, je peux vous présenter, ainsi qu’à vos enfants, ma passion pour la terre et pour ses produits, pour la confection de confitures, selon la saison… » ; • la récupération, particulièrement dans les poubelles, qui vient d’être étudiée par le CERPHI sur commande du Haut Commissariat aux Solidarités Actives, mais qui pourrait être approfondie par le dialogue avec les éboueurs ou vigiles de supermarchés parfois chargés de neutraliser les denrées restantes ; • des groupes qui s’organisent pour aller se servir dans les grandes surfaces en mettantleurprécaritéderevenusauregard des marges de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution ; • les squats par nécessité où habitent des personnes et familles n’ayant pu accéder à un logement décent malgré de multiples démarches. Ces pratiques sont l’occasion de gestes de solidarités informelles, qui pourraient être étudiées, mises en valeur, encouragées : certains vigiles et responsables de super- marchés attendent que des personnes qui en ont manifestement besoin se soient servies avant de répandre l’acide ou l’eau de Javel, des éboueurs patientent lorsque des personnes fouillent dans les poubelles avant de les vider, des commerçants de marché mettent de côté leurs surplus qu’ils n’utiliseront plus pour des personnes qui les récupèrent, etc. 03
  • 4. 3 - les politiques publiques Des politiques gouvernementales s’appuient aussi sur le mécénat pour assurer des missions de service public, ce qui invite à être vigilant pour que ne soient pas substituées à des politiques publiques des apports de mécènes qui ne présentent pas toutes les garanties des missions essentielles de la puissance publique. Ainsi une charte sur l’aide alimentaire a été signée début mars 2009 entre les acteurs de l’agro-alimentaire, de la distribution, les transporteurs, le gouvernement et la Croix Rouge, le Secours Populaire, la Fédération des Banques alimentaires pour faciliter l’approvisionnement des structures d’aide alimentaire, formalisant des pratiques existantes et sans réelle nouveauté. Elle était accompagnée d’un guide des bonnes pratiques à destination des opérateurs économiques souhaitant intervenir auprès desassociationsd’aidealimentaire(industrie agro alimentaire, distributeurs, voire restaurateurs), précisant les types de produit à donner ou non. Depuis plusieurs années, l’ANIA, Association Nationale des Industries de l’Agro-alimentaire, apparaît dans les communications gouvernementales et sur lesaffichesduplan«alimentationetinsertion », sans toutefois avoir d’engagements très clairs sur la sensibilisation à manger ni trop sucré ni trop gras. Le plan de relance décidé par le gouvernement a fait le choix de consacrer 20 millions d’€ à l’amélioration de la traçabilité et de la chaine du froid dans la distribution de denrées alimentaires par les associations, que ces denrées viennent des Banques alimentaires, de collectes directes, ou de dons d’entreprises de la grande distribution, qui cherchent à contractualiser avec les associations sur ce point…. La logique d’appels d’offre qui se développe pour assurer des missions de service public risque de se renforcer avec la crise. Or cette logique se fonde sur l’identification des besoins par la seule puissance publique, qui définit aussi le mode de réponse qu’elle juge pertinent, sans concertation avec les personnesconcernéesnilesacteursengagés avec elles ; elle peut ainsi décider que pour anticiper des difficultés dans les quartiers cet l’été, il faut développer les formes de surveillance policière, et lancer un appel d’offres en ce sens, que ne verront pas les associations qui présenteraient des actions de loisirs et de mobilisation de jeunes….Elle peut aussi conduire à la restriction de la vie associative, car la puissance publique tend à ne reconnaître que les missions de service public, et non plus le projet associatif qui contribue au lien social, à la vie démocratique sur un territoire. Dans le même temps l’Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale a lancé une étude à laquelle le Secours Catholique participe, avec d’autres organismes, pour travailler à des indicateurs de pauvreté avec les personnes qui vivent la pauvreté. Elle s’inscrit dans la ligne européenne qui veut que les plans nationaux d’inclusion sociale soient élaborés avec les personnes qui subissent la pauvreté. 4 - constats du Secours Catholique De nombreuses délégations font le constat d’une augmentation importante de la fréquentation des accueils et des secours depuis l’automne 2008, voire depuis le printemps 2008, de 20 à 30%. Les statistiques d’accueil notaient déjà une augmentation, le suivi au jour le jour le confirme. Il faut se garder d’une interprétation hâtive de ces chiffres, qui peuvent traduire une demande plus forte des personnes, mais aussi une attitude de services sociaux qui ont recours plus facilement aux associations, par exemple dans le cadre de la mise en place des pôles emploi ou de la réorganisation de certaines CAF qui rendent l’attribution des secours plus longue ou incertaine. Par ailleurs des équipes, des bénévoles peuvent être pris dans un climat où la crise est très présente, à donner, voire à anticiper la dégradation de situations. Cela dit, des délégations relèvent l’aggravation de nombre de situations, notamment de personnes qui travaillaient et n’ont plus de contrat en intérim ou CDD. On voit aussi arriver de manière croissante des personnes âgées, ne pouvant plus subvenir à leurs besoins avec leur retraite. Quelques éléments d’explication reviennent régulièrement : on estime que 76 % des revenus d’un ménage en situation de pauvretésontdeschargesfixes,cequilaisse 24 % seulement de marge de manœuvre au quotidien…alors que cette proportion était de 50 % il y a 10 ans…Lorsque les charges sontmensualisées,alorsquelesressources, elles, sont variables d’un mois à l’autre, en cas d’intérim, de CDD, de changement de situation, de dépenses imprévues (panne de voiture, de réfrigérateur, de machine à laver,…) mais aussi du fait des primes « exceptionnelles » (de rentrée scolaire, de Noël, de Solidarité Active,…), la situation devient critique ! Et les stratégies marketing qui proposent précisément des promotions sur tel ou tel équipement juste après la date du versement de ces primes, ou des allocations, profitent de ces aubaines… Un « baromètre » a été mis en place en interne, pour se donner les moyens de suivre les effets de la crise au plus près. Il s’agit d’un sondage régulier, tous les 2 mois, auprès de 135 accueils dans 27 délégations. Les premiers résultats sont à prendre avec prudence, car de très nombreux facteurs peuvent les expliquer, et qu’ils ne sont pas nécessairement à attribuer à la crise des derniers mois ; cependant, il semble que se dégagent des demandes liées à l’arrêt net d’emploi en intérim, aux frais de transport, à la situation des jeunes (voir article dans Messages du mois de juin 2009). 04
  • 5. 2 - les acquis d’expériences menées depuis 25 ans au Secours Catholique L orsqu’en 1984, la France entrait dans une nouvelle période de crise (avec une forte augmentation du nombre de chômeurs, l’accroissement de la durée du chômage touchant davantage les seniors et les jeunes, le nombre grandissant de personnes sans domicile fixe…), une prise de conscience s’est faite à l’échelle du pays. On parlait alors des « nouveaux pauvres » et l’on vit fleurir les initiatives, les associations (Restaurants du cœur, Banques Alimentaires, missions en France de Médecins du monde, Fondation Abbé- Pierre, etc.). Legouvernementlançaunpland’envergure « Pauvreté Précarité » qui allait financer de multiples initiatives proposées et portées par les grandes associations nationales. Certaines délégations du Secours Catholiquesaisirentalorscetteopportunité. Celle-ci coïncidait avec un mûrissement de leur réflexion sur l’aide et la nécessité de transformer les activités de secours en révisant sérieusement leurs méthodes et mises en œuvre. Cela s’est fait notamment dans la suite d’échanges avec des Caritas du Sud dont certains membres séjournaient en délégation et portaient un regard sur nos actions. Malgré un contexte alarmiste, cette période fut féconde et innovante. Créées dans cette décennie, elles existent encore pour beaucoup d’entre elles. • C’est ainsi que l’on vit peu à peu se substituer des épiceries sociales, ou groupements d’alimentation familiale avec accompagnement éducatif et budgétaire, aux anciennes distributions de colis alimentaires ou de casse-croûtes. • des repas partagés, au-delà de la fourniture de nourriture, créaient du lien social en proximité. • Des personnes aidées ont mis en place des groupements d’achats alimentaires où elles sont à la fois impliquées comme bénévoles et bénéficiaires, avec parfois des liens privilégiés avec des agriculteurs en difficulté. • Certaines équipes s’orientèrent vers des systèmes de journées de travail (création et développement des groupes « travail et partage », réunissant plusieurs familles qui employaient une personne en lui donnant des heures de travail qui constituaient un temps plein, et des réseauxd’accompagnement)etlacréation d’entreprises d’insertion, d’associations intermédiaires, etc. • Des « vestiaires » ou « services mobilier » se sont transformés en entreprises de retraitement de textiles, friperies avec de « vrais » magasins ouverts à tous…, employant souvent des personnes en insertion, dans un processus de remise à l’activité. • On vit également se créer des jardins collectifs, des troupes de théâtre, des groupes de parole et d’action institutionnelle... • Les premiers « voyages de l’Espérance » à Lourdes étaient organisés, mêlant personnes accueillies et bénévoles en un seul peuple de chercheurs de sens. • Desfamillescommençaientàseregrouper pour envisager un projet de vacances ensemble. Depuis, cette dimension s’est développée et approfondie : ainsi, des assemblées de la solidarité, dans plusieurs régions, ont réuni plusieurs centaines de personnes pendant des séjours qui alliaient le bien- être ensemble, l’action collective et institutionnelle On pourrait multiplier les exemples, en allant plus en détail dans des domaines variés, des contextes (urbains, ruraux), des populations (Rroms, d’origine étrangère, personnes incarcérées ou familles en visite, etc.). Ce qui est sans doute le plus remarquable dans tout cela, c’est que le Secours Catholique a tenté, dans le contexte de crise des années 80, de s’adapter aux personnes en situation de pauvreté, en cherchant : - à reconnaitre leur dignité (en tournant le dos de plus en plus résolument à l’assistanat) ; - à prendre en compte la pauvreté économique mais aussi toutes les autres dimensions de la vie des personnes : sociale, politique, culturelle, spirituelle. - à inventer des formes nouvelles d’action qui mettaient en jeu la participation directe des personnes ; -àcréerdesespacesdesynergiecollective : chacuncontribued’unemanièreoud’uneautre au groupe et chacun bénéficie de l’apport de tous.Cettedimensioncollectivedelasolidarité est devenue une constante et a permis de mieux valoriser la dimension individuelle et les espaces qui lui sont consacrés (accueil, écoute, accompagnement de personnes en recherche d’emploi, de logement, soutien administratif, parrainage de personnes sans- papiers, etc). Cette vision s’est progressivement diffusée au sein du Secours Catholique. Il est intéressant de noter que cette évolution a également traversé le travail social ainsi que d’autres associations : permettre davantagequelespersonnesdeviennent actrices, citoyennes. La dimension collective et la participation des personnes sont devenues des axes majeurs. Dans cette perspective et dans le prolongement direct des pratiques mises en œuvre par de nombreuses Caritas de pays du Sud, le Secours Catholique s’est par exemple engagé, depuis une dizaine d’années, dans le développement social, en voulant privilégier une action en direction de territoires fragilisés qui prenne appui sur la population elle-même, dans une démarche de transformation sociale. Ces expériences ont particulièrement vu le jour en quartiers populaires. Cette politique a-t-elle apporté une réelle amélioration dans la lutte contre la pauvreté et est-elle toujours pertinente en temps de crise ? Dans les 20 dernières années, on a vu en France se renforcer le filet protecteur ultime avec la mise en place du RMI et, plus récemment, du RSA. La décentralisation a opéré un transfert progressif (pas toujours équitable) des charges de l’Etat vers les collectivitéslocalesetlesacteursassociatifs. Pour autant, la pauvreté a reculé dans la mesure où le taux de chômage régressait. Si l’on observe d’autres paramètres que le seul pouvoir d’achat (isolement, santé, scolarisation, insécurité…), le mal-être ne s’est pas résorbé. Il suffit d’analyser de près les phénomènes récurrents de crises dans les banlieues pour s’en convaincre. 05
  • 6. 3 - Expériences nouvelles et recherche d’alternatives 1 - des lieux où se créent des relations d’entraide. Elles permettent de mieux maitriser le budget familial, par l’échange de stratégies et l’entraide entre personnes qui vivent des difficultés du même ordre, ou par l’accès à une alimentation de qualité sous forme de repas partagés ou de relations créées avec des producteurs locaux. Échanges de “tuyaux” • D’une association où les personnes viennent échanger leurs vêtements, une personne en situation de précarité dit: « C’est un lieu convivial, c’est autour d’un café et d’un gâteau. D’un truc tu peux repartir avec quatre… On prend en compte les souffrances du quotidien, on se débat pour trouver des choses importantes pour les familles comme une poussette pour jumeaux. ». Dans des groupes de femmes, des tuyaux, s’échangent : l’adresse de l’école de coiffure où on sert de modèle gratuitement, des commerçants qui acceptent que leurs invendus soient pris par des personnes qui n’ont pas les moyens de s’en acheter, etc. Accès coopératif à l’alimentation • dans un département, un Forum Social Local a permis la rencontre entre des initiativesautourdel’accèsàl’alimentation digne pour des personnes à très faibles revenus. Il s’agit là de mener une réflexion avec l’ensemble des personnes concernées, des associations, des élus pour réfléchir aux solutions à inventer, ailleurs de permettre à des habitants de s’organiser entre eux pour l’achat en gros de denrées alimentaires et dans la cueillette des fruits, à un autre endroit, de faire vivre une épicerie de quartier ouverte à tous, mais à prix réduits pour les personnes en difficulté…. et de l’engagement d’élus, d’associations, de travailleurs sociaux. Système D • Un groupe de femmes sollicité pour un colloque décrit les gestes d’entraide qui permettent de faire face lorsque le budget est très contraint : « C’est le système D, pour rentrer à la piscine, j’ai la carte de la culture du cœur, 1,5 euros pour aller au théâtre ou à la piscine » ; « il y a l’école de coiffure, ce sont des jeunes apprentis qui coupent les cheveux gratuitement, mais il y a toujours le chef qui contrôle. On est toujours bien coiffé. C’est gratuit, vous servez un peu de modèle. J’y suis allée plusieurs fois même pour des mariages et je n’ai jamais été déçue » ; « Entre nous on se donne des petits trucs, et j’ai trouvé un troc de vêtements » ; « Il faut chercher tout ce qui est gratuit, les conférences… pour dire un peu de sortir un peu de chez soi et pas se cantonner à la télé ». Autoréhabilitation • Le PADES mène des démarches d’auto réhabilitation dans des quartiers où certains habitants « rajeunissent » leur intérieur avec l’aide et les conseils de quelqu’un qui s’y connaît, et apprennent ainsi à le faire ailleurs, chez leurs proches ou voisins. • En région parisienne, une équipe a créé une « cuisine autogérée » où les parents habitant dans les hôtels viennent régulièrement cuisiner des plats chauds pour leur famille. Tables ouvertes • les tables ouvertes sont des temps privilégiés pour inviter l’ensemble de la communauté paroissiale à vivre une démarche communautaire d’accueil et de rencontre fraternelle pour « élargir l’espace de la tente » (Isaïe 54,2) avec tous ceux qui nous sont les plus « lointains »  : les personnes isolées, marginalisées, démunies, tous ceux en manque d’amour, de relations sociales et familiales, en manque de pain et de toit… et réunir ainsi dans un même banquet, réunissant les personnes âgées et les jeunes, les chefs d’entreprise et les chômeurs, les sans-grades et les officiers, les croyants et les incroyants, les sans-famille et les familles nombreuses, les riches et les pauvres. 06 Nous avons l’occasion de rencontrer des porteurs d’initiatives originales, alternatives, au sein du réseau Caritas, ou ailleurs, qui ouvrent de nouveaux chemins pour penser l’économie et la société autrement, et permettent aux personnes qui vivent des situations de pauvreté de se situer autrement, de participer vraiment à l’invention de pistes nouvelles, intéressantes pour l’ensemble de la société.
  • 7. 2 - des expérimentations de circuits économiques alternatifs Au Québec... Dans le quartier du Plateau Mont-Royal, à Montréal, un groupe de personnes en situation de pauvreté se retrouvait de temps en temps avec un animateur lié à la paroisse. Ses membres ont décidé qu’ils ne pouvaient plus continuer à mal se nourrir, avec les rebus et les surplus que leur donnait la banque alimentaire. Ils ne pouvaient plus supporter les conditions dans lesquelles ce don leur était fait. « On n’est pas des petits pauvres, on est des citoyens ! » Ils ont donc trouvé des petits producteurs agricoles qui pouvaient leur vendre en gros des produits de bonne qualité. Ainsi un groupement d’achats alimentaires est né, destiné à des personnes de toutes conditions sociales. Mélanger les gens a favorisé l’échange : les pauvres relèvent la tête, les plus favorisés sont sensibilisés à la misère. Ils sont maintenant une centaine de personnes du quartier de tous horizons sociaux. La honte de quêter de la nourriture de mauvaise qualité a fait place à la fierté légitime de s’en être sorti ensemble, de mieux se nourrir et donc d’améliorer ainsi sa santé physique et mentale. « La solidarité c’est rentable ! ». Petits producteurs Dans une épicerie solidaire en lien avec une équipe locale du Secours Catholique, des relations ont été créées eu fil du temps avec des petits producteurs locaux : des temps de cueillette des fruits, de ramassages des légumes sont organisés régulièrement, ainsi que des moments de transformation, ensemble,desproduitsrécoltés:confection de confitures, de tartes, de conserves, etc. L’approvisionnement en fruits et légumes frais devient donc une solution durable pour les familles concernées. Des rencontres sont proposées autour de sujets très divers que les participants choisissent. 3 - des expériences génératrices de revenus Au Brésil Dans l’état du Rio Grande do Sul, dont la capitale est Porto Alegre, la ville de Santa Maria est pionnière en économie populaire et solidaire. Près de 150 groupes de personnes en situation d’extrême pauvreté ont organisé leur survie économique autour d’activités génératrices de revenu. La plupart sont des coopératives fonctionnent selon le principe d’autogestion. Par la prise de responsabilité rapide et l’appui d’ONG comme la Caritas Brésil (soutenue par Caritas France), les personnes se forment et rapidement deviennent autonomes dans la gestion de leur entreprise… Par exemple, la coopérative de Justas Tramas, s’est créée suiteàlafermetured’uneusinedeconfection de la région. Des femmes ont alors décidé de s’organiser pour recréer une activité à partir de leur savoir-faire. Elles ont bénéficié du prêt d’un local par la ville pour une durée de 5 ans. Spécialisées dans la confection de vêtements, elles ont élargi leurs activités (création de modèles, sérigraphie, etc.) grâce à des cours de formation obtenus via des ONG comme Caritas. Coopératives EnFrance,desgroupesdefemmes,réunies au départ autour de leurs savoir-faire, souvent culinaires, cherchent à en vivre, à en faire une source de revenus. Deux d’entre eux cherchent à créer ensemble des coopératives de traiteur, pour valoriser leurs compétences et en vivre : elles ont entamé des démarches pour approfondir les questions juridiques, commerciales, etc. 4 - des lieux où l’on réfléchit ensemble à des modes de vie en société Démarche de recherche action En 2005-2006, des groupes de différentes délégations ont participé à une démarche de recherche action collective. Réunis autour de préoccupations communes (améliorer la vie dans le quartier, avoir de meilleures relations avec les professionnels de santé, s’insérer en France, pour des demandeurs d’asile, trouver un terrain pour un jardin, briser la solitude, etc.), ils entamaient une démarche de recherche, avec formulation de la problématique, approfondissement des concepts, recherche d’hypothèses, vérification des hypothèses, pour déboucher sur une action qui améliore leur vie et celle de leur environnement. Certains groupes ont ainsi réfléchi sur la manière de vivre ensemble malgré les différences, d’autres sur l’importance de la culture dans l’appréhension du système de soins, sur la peur engendrée chez d’autres par le fait d’être pauvre, sur les liens entre pauvreté et solitude, sur la manière d’habiter et les alternatives aux solutions classiques de relogement qui ne prennent généralement pas en compte les liens créés et l’aspiration à avoir des lieux partagés, sur l’importance de la sensibilisation de l’opinion dans l’évolution des lois, etc. Cette expérience de « penser ensemble » transforme les regards etpermetd’aborderdesquestionsdesociété : la recherche d’habitat autrement renvoie au mode d’habiter dans les villes, les questions sur l’altérité, la peur des uns par rapport aux autres, la différence et le vivre ensemble pour des groupes en précarité, à la façon dont la société le vit, la mise en évidence des phénomènes culturels dans l’approche du milieu médical concerne de nombreuses catégories de population, etc. Démarches de développement Depuis une dizaine d’années, des démarches de développement ont été engagées par une quinzaine de délégations dans des quartiers populaires. Desanimateursvont« àmainsnues »dans le quartier, sans rien proposer, pour aller à la rencontre des habitants, créer des liens avec eux, et les aider, s’ils le souhaitent, à semobiliserpourfairechangerdesaspects de la vie du quartier. C’est ainsi que des groupes d’habitants ont mené des actions pour changer l’image de leur quartier, (donner un nom à des tours, remettre en état les boites aux lettres, représenter le quartier dans des réunions publiques, organiser des fêtes de quartier…), pour prendre part aux décisions concernant sa vie au quotidien (meilleures conditions pour payer les charges, interpellation des bailleurs sur leurs responsabilités en matière de travaux d’étanchéité, sensibilisation aux conditions dangereuses de circulation dans le quartier, pour finalement obtenir des aménagements routiers,…), etc. Au-delà des actions menées, ce sont des dynamiques de changement individuel et collectif qui se créent entre habitants d’un même quartier, avec d’autres interlocuteurs, avec des habitants d’autres quartiers. 07
  • 8. 4 - Des pistes pour le Secours Catholique 1 - les pratiques de terrain à partir des secours matériels et financiers Voir le document en annexe : « quelle politique des secours en temps de crise ? » déjà travaillé par plusieurs délégations. Plusieurs régions souhaitent travailler sur une plus grande cohérence régionale de la politique des aides et secours. Il importe en ce domaine de bien distinguer l’aide, qui est évidemment nécessaire, et l’assistance, qui crée de la dépendance et ne répond pas à ce que nous voulons mettre en œuvre. Favoriser la relation dans tous les lieux amorcerdesliensd’uneautrenatureàpartir delieuxquipeuventparaîtredistributifs,créer des relations entre les personnes, favoriser la rencontre entre-elles et bénévoles, la prise en compte d’autres aspects de la vie, autour d’activités artistiques, de supports d’expression. Cela peut passer par la chaleur du lieu, la disposition qui permet ou non l’échange, le climat créé, les prétextes à l’échange (affichage de belles photos, objets réalisés dans des groupes, le rituel du café, l’invitation à faire partager objets décoratifs, poèmes, chants, etc). Le risque, en temps de sollicitations accrues, est de faire passer au second plan les dimensions de convivialité, de relations gratuites si importantes à la vie de chacun…. Proposer la participation à un groupe situer les réponses à une personne sur différents registres : au dela de l’aide matérielle, proposer systématiquement la participation à un groupe par exemple, du Secours Catholique ou d’ailleurs (maison de quartier, centre social, foyer rural, association de quartier,…). En groupe, on peut échanger des stratégies pour se débrouiller au quotidien, et améliorer la vie (adresses où se faire coiffer gratuitement, maximisation des périodes creuses, pour fairemarcherlesappareilsélectro-ménagers, relationscrééesaveclescommerçantspour récupérer les invendus en fin de marché, etc.)…et travailler ensemble sur le repérage des stratégies qui, si on s’y laisse prendre, peuvent grever lourdement le budget ! Orienter vers d’autres solutions repérer l’ensemble des acteurs d’un territoire pour bien identifier tous les lieux où trouver des réponses en termes de vie matérielle (l’analyse de territoire dans une délégation a montré qu’il existait différentes réponses matérielles de la part d’autres organismes, que les personnes ne sollicitaient pas toujours et vers qui on pouvait les orienter). Cela suppose de mieux connaître les prestations proposées, les conditions d’accès, et de solliciter les savoirs des personnes que l’on accompagne, parfois très expérimentées ! Prendre du recul et décider à plusieurs se donner les moyens de prendre du recul avant d’accorder une aide : poser le principe de ne jamais accorder une aide directement, mais toujours après un temps de réflexion personnelle, ou mieux, un échange entre 2 bénévoles, ou mieux encore, un passage en commission. Quelques questions, quelques pointsderepèresurlesdroitsdespersonnes, et les manières d’y accéder, peuvent aider 08 A ujourd’hui, l’apparition d’une nouvelle crise économique et financière ne manque pas d’avoir des répercussions progressives mais inévitables, sur toute la population. Se pose immédiatement la question des aides d’urgence. Faut-il palier les carences de ressources financières des personnes lorsque celles-ci sont durablement affectées ? Si l’on répond positivement, s’agissant d’aides ponctuelles répondant à une situation accidentelle comment imaginer qu’une association, si puissante soit-elle, puisse répondre à ces besoins énormes, durablement ? Quant aux multiples formes d’actions mentionnées ci-dessus, elles gardent leur raison d’être mais montrent des limites. Comment proposer un parcours d’insertion professionnelle s’il n’y a pas de travail ? Comment faire durer des lieux de repas, de convivialité sans tomber dans une assistance déguisée ? Il est donc nécessaire de répondre à la crise en activant d’autres leviers que l’aide individuelle ponctuelle. L’occasion se présente aujourd’hui de faire preuve d’imagination et de créativité. Depuis les années 1980, nous avons progressé dans « l’association avec les pauvres ». Avec eux, nous voulons « construire une société juste et fraternelle ». Ce défi est le nôtre depuis 1996. Ce sont les personnes qui vivent ces situations de pauvreté qui vont pouvoir prendre en main leur destinée, avec nous. Ensemble nous devons inventer des solutions de solidarité. Il y a des alternatives possibles. Certains se sont déjà engagés dans ces directions. Elles sont fondées sur les notions de réseau, de coopération, d’entraide, d’échanges de savoir, d’économie non monétaire… A chacun de s’associer avec d’autres pour créer autant d’expériences, de recherche-action, les mettre en synergie pour qu’elles s’auto fécondent, se renforcent et se diffusent. Il suffit d’y croire…
  • 9. les bénévoles de terrain à prendre le recul nécessaire. Logique qui apaise, logique qui transforme s’arrêter pour réfléchir à notre logique d’action, et ce qu’elle change dans la vie des personnes que nous accueillons, de manière durable et profonde… Sommes-nous dans une logique qui apaise, qui permet de reprendre souffle momentanément, ou dans une logique transformatrice des personnes, qui acquièrent ainsi de la maitrise sur leur vie, de leur environnement, des causes des situations ? voir en annexe les outils d’analyse du lien entre les pratiques de terrain et de la vision de société que l’on porte… 2 - les pistes pour mettre en œuvre des pratiques alternatives Identifier des situations concrètes 1 des expériences existent pour mettre en relation des personnes qui ont besoin d’aide alimentaire avec des petits producteurs pour faciliter l’accès à des produits de qualité, à moindre coût, de manière durable, il nous faut repérer des liens entre des épiceries sociales et des agriculteurs, maraichers, éleveurs, sont à construire pour mettre en place des circuits économiques courts accessibles aux personnes à faibles revenus. Des relations d’échanges et de services mutuels (ramasser les pommes de terre ou cueillir les cerises, donner quelques heures d’entretien des champs, etc), peuvent aussi être crées sous des formes telles que les Systèmes d’Echanges Locaux. Au-delà, tous les liens qui se créent entre des personnes vivant la pauvreté et d’autres font changer des choses dans la vie quotidienne, et plus largement : liens de voisinage, rencontres, échanges mutuels débouchant sur un engagement ensemble dans des dynamiques solidaires qui ouvrent des voies nouvelles… 2 Les processus d’apprentissage des savoirs qui peuvent améliorer la vie quotidienne, et pallier les risques de déséquilibre soudain du budget, sont à consolider : des initiatives d’auto-organisation se développent (garages coopératifs, coopératives, lieux de fabrication deconfitures,conserves,etc.).Desliensavec le PADES, spécialisé dans les démarches d’auto-promotion, peuvent se renforcer… De même que des relations avec l’association Voisins et Citoyens en Méditerranée par exemple, qui met en relation des personnes ayant des idées ou questions pour inventer des systèmes alternatifs (garages coopératifs, épiceries sociales en lien avec des producteurs,…). 3 Des contacts sont à amplifier avec les circuits du commerce équitable et des circuits courts pour réfléchir à l’accès des personnes à faibles revenus à ces circuits, les utiliser en tant qu’institution, et peu à peu inventer des modes alternatifs de recours à l’économie. 3 - l’action institutionnelle locale et nationale En fonction de ce qui est repéré comme revenant souvent dans les situations des personnesaccompagnées,ils’agitdesignaler les dysfonctionnements d’exercice des droits ou d’accessibilité (bornes informatiques dans les administrations, services vocaux chers et parfois inadaptés, complexité croissante des démarches,…) pour provoquer des changements, surtout quand l’analyse est vraiment portée par les personnes qui subissent les dysfonctionnements. Identifier les situations récurrentes 1 se donner les moyens, en commission, en équipe, d’identifier des situations récurrentes pour les faire remonter à la délégation, à la région, pour les renforcer le cas échéant (formaliser des outils de recueil des disfonctionnements ou situations, « clignotants »). 2 se donner les moyens de les analyser précisément (rencontres régulières en équipe, en commission, grilles d’analyse pour préciser les situations). 3 réunir les personnes qui les vivent pour réfléchir ensemble, imaginer des pistes d’amélioration (méthodes de travail en action collective pour aider à l’expression et l’analyse par les personnes concernées) 4 élaborer collectivement des propositions concrètes pour éliminer les dysfonctionne- ments, transformer les pratiques des insti- tutions, mettre en œuvre des circuits plus efficace pour l’accès de tous aux droits, et les faire valoir auprès des institutions, par divers moyens. 4 - des points de repère pour se situer par rapport à des offres de mécénat local Attention au risque de la substitution aux aides publiques : les pouvoirs publics ont à garantir l’égal accès de tous aux droits, ce qui suppose un accompagnement des plus faibles  ; on peut craindre, en acceptant ou en sollicitant du mécénat à grande échelle, de cautionner une tendance (de la part de la puissance publique, de la société en général, à l’image des sociétés nord américaines) à au financement des dépenses sociales par des fonds privés, ce qui peut présenter des risques (sélection des populations aidées, des modes d’action, inégalités selon les régions, etc). Les bénéfices de grandes entreprises pétrolières sont aujourd’hui fortement valorisés alors qu’on leur demande (sans obligation) de contribuer à un fonds public pour l’énergie. Quelles contreparties ? des contreparties en termes de communication, de la contractualisation nécessaire des règles en ce domaine, des juxtapositions de logos que nous acceptons, dans quelle perspective. Cohérence des comportements des comportements éthiques des entreprises concernées : vérification nécessaire de la cohérence de nos positions, au niveau national et international, de nos interlocuteurs d’entreprises (pouvons-nous nous figurer en France sur les mêmes affiches, alors qu’une Caritas peut soutenir des mouvements qui vont l’interpeller vigoureusement sur ses pratiques ?) Dialoguer sur des projets de la capacité à dialoguer avec elles sur les projets, sur l’adaptation à nos projets, pistes d’action, des critères imposés (distribution, choix des publics,…), modes de communication, etc : quelle liberté nous est laissée, quelle marge de manœuvre, quels moyens pour mieux se rencontrer et se donner la chance de transformer notre regard les uns sur les autres ? 09
  • 10. 5 - des points de repère pour se situer par rapport aux propositions des pouvoirs publics pour la vie associative 1 du soutien à d’autres associations plus petites qui font de l’éducation populaire, du lien social, de l’animation rurale,…., dans des démarches communes, des questions posées, des alliances créées sur le terrain. 2 de la reconnaissance des associations comme porteuses de projets de vie pour les territoires, d’alternatives à un système uniquement marchand, de lieux de vie démocratique (et pas seulement d’exercice des missions de service public). 3 pour les politiques sociales, de maintenir l’égal accès de tous aux droits de tous, avec quelles ressources (et l’attention à porter au financement de politiques publiques par des mécènes…) 4 d’attitudes d’indulgence à avoir par rapport aux mesures d’expulsion locative dans les squats par nécessité. 6 - la coopération à développer sur un territoire Circuits courts, alternatives économiques, relations de proximité, relations avec des acteurs locaux invitent à penser en termes de territoire, de bassin de vie. Plusieurs dimensions peuvent être renforcées : 1 Reconnaître et valoriser les réseaux informels d’entraide et de solidarité, dans les cages d’escalier, dans un micro quartier, dans un hameau, et les soutenir le cas échéant, par la mise en réseau, la formation, l’échange avec des pairs, etc. Parmi eux peuvent se développer les Comités Solidaires pour les droits dans lesquels s’engagent des personnes de tous horizons aux côtés des personnes victimes d’injustice, pour leur permettre d’exercer leurs droits. 2 rechercher les moyens de coopérer localement avec d’autres associations : comment réfléchir en coopération, et non en rivalité sur un territoire, au moment où le soutien public aux dynamiques associatives semble menacé ? Nous avons une responsabilité d’attention à ce que la vie associative, les petites associations aient des garanties de survie par des financements publics et de proposition de modes de travail ensemble entre associations pour imaginer des synergies locales. Elles peuvent être fortes et sont en généralbienreçuesfaceàlamultiplicitédes associations, qui pose souvent question. Sinon, nous entrons dans une logique de marché à se partager (celui des donateurs, des médias, de l’image) et de compétition, logique que nous dénonçons comme étant à l’origine de la crise….Cette coopération peut prendre 2 principaux aspects : - Le soutien à la vie associative comme contribution à la vie démocratique, au lien social, à la dynamique de projets que les associations portent…à partir de l’analyse de territoire ; - La stratégie pour solliciter de manière concertée, et en fonction d’enjeux bien déterminés à l’avance, des fonds publics. 7 - La crise ne s’arrête pas l’été ! 1 Se coordonner entre associations sur un territoiredonnépourgarderouvertspendant toute la période des lieux d’accueil. 2 Interpeller les pouvoirs publics sur leurs propres ouvertures de permanences pendant la période, et leurs possibilités de réponse aux personnes en difficulté particulière à cette période. 3 Interpeller sur la nécessité de maintenir ou développer parallèlement loisirs quotidiens et propositions de vacances aux familles qui ne peuvent pas partir sans ces dispositifs. L’AccueilFamilialdeVacances,lesvacances en famille, en groupes, les camps d’enfants ou d’adolescents, sont particulièrement pertinents en cette période ! 4 Cultiver les relations de voisinage simples  : par une simple présence d’adultes, créer les conditions pour que les enfants jouent en tranquillité et en sécurité, proposer quelques jeux, des ballons, des livres suscitant l’intérêt d’enfants qui assez vite s’y intéresseront. 5 Proposer des temps de rencontre, de partage, d’échange en proximité: la fête des voisins peut se prolonger et se répéter dans l’été ! Mais aussi les échanges de savoirs, de savoirs faire, les sorties au vert, les tables ouvertes, etc ! Un exemple : des familles qui avaient l’habitude de partir (vacances, retour au pays,…) ne se déplaceront pas cet été faute de moyens. Les enfants et adolescents resteront donc chez eux. Face à cela, le Secours Catholique peut intervenir de différentes façons cumulables : • organiser des activités de loisirs quotidiens pendant les grandes vacances, à partir des désirs, des aspirations des enfants, jeunes et adultes concernés • interpeller les pouvoirs publics locaux pour qu’ils mettent en place des activités et animations dans les quartiers, plus nombreuses, variées, ouvertes que précédemment…et sur la qualité de ces animations (activités de consommation, ou permettant aux participants de créer, d’inventer, de se mobiliser ?) • soutenir les organismes, structures qui en développent (centres sociaux, foyers ruraux, maisons de quartier, associations de quartier, etc). • mobiliser pour cela des communautés paroissiales, pour que leurs membres : - s’investissent dans l’animation d’activités proposées par les délégations et équipes, - incitent leurs municipalités à dévelop- per de manière un peu exceptionnelle, au vu de la situation, des activités de loisirs pour les enfants et jeunes,… et donc acceptent le cas échéant des aug- mentations des impôts locaux, -assurentuneveilledansleursquartiers, villages, pour repérer des enfants, jeunes qui pourraient en bénéficier, - partagent des temps de loisir, de convivialité, gratuits, d’échanges de savoirs faire, de service, avec des personnes connaissant des situations difficiles, et les organisent (tables ouvertes paroissiales, repas de quartier, sorties, balades, en campagne, etc). 10
  • 11. 11 Annexe • I Politique des secours en temps de crise Sur 1/2 ou une journée, inspirée de diverses réunions en délégation 1) présentation croisée : (15 mn) 2 personnes qui ne se connaissent pas bien se présentent mutuellement 1 (2m 30 chacun(e)) Puis chacun présente son binôme au groupe 2) attentes majeures des partici- pants à la réunion évoquées d’entrée ou ayant émergé au cours des échanges, inévitablement très diverses et sur diffé- rents registres : Expression orale, l’animateur note sur paper board (10 mn) Puis la/les feuille(s) de paper-board sont affichées de manière à rester visible de tous pour toute la réunion 3) l’aide matérielle et financière de mon équipe. Dans l’invitation à la rencontre, chaque équipe aura été invitée à envoyer avant la réunion quelques lignes sur • le fonctionnement de son équipe (sur une 1e feuille A4) • ce qui marche bien (sur une 2e feuille A4) • ce qu’il souhaiterait améliorer (sur une 3e feuille A4) Lejourmême,chaquereprésentantdésigné par l’équipe présente ce que l’équipe a écrit (5 mn par représentant d’équipe ou de secteur) L’animateur pâte-à-fixe les feuilles A4, par thème OU écrit sur 3 feuilles de paper board (il peut se limiter à 2 : • une « pour notre équipe, ce qui marche bien » ; • l’autre «ce que notre équipe souhaiterait améliorer») 4)lesraisonsdel’aidematérielleet financière au Secours Catholique. (40 à 45 mn) • chaque participant, écrit une raison par post it 2 (autant de post its que de raisons) (10 mn d’écriture silencieuse) • chacun va poser sur un support suffisamment grand, où les post it adhèrent bien (5 mn) • sollicitation d’un(e) volontaire qui, devant legroupe,proposedesregroupementspar thèmes (si aucun volontaire, l’animatrice/ teur peut le faire, l’essentiel étant d’avoir commencé à y réfléchir pendant la pose progressive des post-it) (10 mn) • nommer ces regroupements de post-it • puis échanges en groupe (15 mn) - prendre le temps de demander au groupe si ces regroupements lui conviennent - après accord sur un nom de thème, l’écrire sur paper board - lister sur un autre paper board les points éventuels de désaccords entre bénévoles d’équipes représentées 3 sous forme de questions 5) Comment faisons nous le lien avec la mission plus globale du Secours Catholique ? (1 h) Réflexion, en petits groupes, autour de : • soit des 3 premiers repères de la Politique des Secours du SC 4 (1 groupe par repère). Comment, très concrètement, les aides financières de mon équipe permettent l’application de ce repère ? Quels sont : • les facteurs facilitant sa mise en œuvre ? • les principaux obstacles rencontrés ? 5 • les moyens que nous pouvons prendre, personnellement, avec le soutien de l’équipe locale, avec celui des animateurs de la délégation, pour contourner nos difficultés ? 1 Si le groupe est composé de personnes estimant bien se connaître, elles peuvent se dire mutuellement, « Pour moi le minimum vital, c’est… », toujours en binôme, mais en prenant 2 x 5 mn d’échanges à 2, avant présentation au groupe de ce qu’a dit l’autre 2 On peut aussi utiliser des feuilles A4 de couleur qui seront collées à la pâte-à-fix, et écrire avec marqueurs, pour faciliter la lecture des autres participants à la réunion. 3 pas pour les opposer, mais indiquer que ces divergences montrent bien qu’il n’y a pas d’un côté des bénévoles de première ligne, confrontés aux réalités, et, de l’autre, l’équipe d’animation, qui resterait trop déconnectée de ces réalités lorsqu’elle invite à prendre du recul 4 1 - Rencontrer la personne et pas seulement distribuer une aide. 2 - Promouvoir la personne […]. C’est-à-dire lui permettre de changer de regard sur elle-même, […] de redevenir actrice notamment par des actions collectives. 3 - Développer l’échange, l’entraide, au sein du Secours Catholique ou ailleurs, pour instaurer une relation d’égal à égal. Il s’agit de permettre à la personne de trouver des lieux où elle se sente utile, où elle donne à son tour. Cela permet notamment aux équipes d’exprimer leurs préoccupations légitimes sur le nombre de personnes simultanément présentes à l’accueil, le sentiment de devoir répondre très souvent en urgence, la hausse pressentie des besoins en aide matérielle et financière… Proposition d’animation
  • 12. 12 • soit un fonds commun d’évidence sur Notre mission. Puis relecture ensemble du document de poche Nos orientations 2006-2011. « Notre Mission : Le Secours Catholique considère que les hommes, femmes et enfants vivant des situations de pauvreté sont les premiers acteurs de leur développement. Il s’engage à leurs côtés pour lutter contre les causes de pauvreté et d’exclusion et promouvoir le développement de la personne humaine dans toutes ses dimensions. » - Pour nous, qu’est ce que cela signifie ? - Comment faire concrètement, dans le contexte de notre accueil ? (Constat que beaucoup de gens viennent pour des aides matérielles MAIS que, dans le même temps, le besoin d’être écouté longuement et reconnu comme habitant avec des aspirations à combattre la pauvreté qu’il subit implique de prendre du temps avec chacun). 6) En préparation du retour en équipe : pistes de travail proposées : 15 mn Les pistes ci-dessous sont celles qui reviennent le plus souvent. Ce schéma est évidemment à adapter, suite à l’expression des participants. Ils’agitdemieuxpartirdelaconfiancequedes accueillis témoignent plus particulièrement à un(e)ouquelquesmembresdel’équipe,d’être vigilantpouréviterle« maternage »,degarder une attitude pédagogique, et de favoriser la prise de confiance des accueillis dans leurs potentialités pour avancer progressivement vers une plus grande autonomie. Cela ne s’improvise pas. Et chaque point listé exige de nous un travail en profondeur, avec le temps nécessaire. C’est à chacun de voir comment il souhaite s’y engager, là où il est. Sont plus que jamais indispensables : • L’approfondissement du travail de concertation en équipe - réunions courtes mais régulières, pour échangersurnosdifficultésmaisaussinos satisfactions, s’informer mutuellement, chercher une meilleure cohérence entre membres d’une même équipe. - utilisation plus systématique de fiches de liaison • leséchangesdesavoirsetd’expérience entre équipes. exemples : - temps de prise de recul ou relecture de l’accueil : comment fait-on dans l’équipe “y ” ? - les étrangers en situation administrative très précaire (demandeurs d’asile, sans papiers …) sont nombreux à devoir solliciter l’aide matérielle et financière. 6 01 45 49 74 44 7 Notamment le repère 7, Travailler en partenariat pour des montages financiers ou pour orienter au mieux vers d’autres solutions (les relations ainsi engagées pouvant s’ouvrir sur une véritable collaboration). C’est aussi valable pour une réflexion sur : cette aide alimentaire si vitale, d’autres associations en proposent sur le territoire de notre équipe. Comment travaillons nous en lien avec elles ? Si les participants n’ont pas exprimés trop de réticences sur le repère 7, évoquer les repères 5 et 6. 5 - Intervenir en dernier recours, ne pas donner en secours ce qui est dû en justice, c’est-à-dire faire d’abord jouer toutes les aides publiques possibles, ne serait-ce que dans le souci de respecter le don. 6 - Déboucher sur l’action institutionnelle si nécessaire, c’est-à-dire faire connaître les situations qui se répètent et proposer des réflexions ou des pistes de proposition aux pouvoirs publics.Voir en Annexe un communiqué de presse d’ALERTE, dont le SC est signataire, et une contribution de notre Secrétaire Général à une Conférence de presse de ce même collectif interassociatif Les questions que cela nous pose, leur situation, leurs difficultés, notamment matérielles, mais aussi leur courage, ce qu’ils nous apprennent …peuvent être approfondies avec la Pastorale des migrantsdudiocèseet/ouleDépartement Etranger6 du Siège - …. • La participation active aux formations Accueil / écoute et aux Modules Accompagnement de la personne dans sa globalité organisées par la délégation • Une réflexion à engager ou reprendre, en réunions de secteurs et d’EAT : quelle politique des secours 7 de la délégation ? Beaucoup de travail nous attend, mais notre prise de conscience et notre motivation constituent des moteurs irremplaçables. Si nous disposons d’une journée Intercaler après le (5) une séquence sur le changement de regard (par exemple LE SOLEIL) Les gens expriment essentiellement ces besoins d’aide matérielle et financière. Sans nier ces besoins, comment les aider à reprendre conscience, et comment reprenons nous conscience, qu’ils ont aussi des raisons de vivre et des points forts sur lesquels s’appuyer ? Annexe • I Les 8 repères de la politique des secours 1. Rencontrer la personne et pas seulement distribuer une aide. 2. Promouvoir la personne et la rendre actrice de son développement. C’est-à-dire lui permettre de changer de regard sur elle-même, de prendre en charge sa promotion, son autonomie, son développement, de redevenir actrice notamment par des actions collectives. 3. Développerl’échange,l’entraide,auseinduSecoursCatholiqueouailleurs, pour instaurer une relation d’égal à égal. Il s’agit de permettre à la personne de trouver des lieux où elle se sente utile, où elle donne à son tour. 4. Laisser la posibilité d’aborder les questions de sens, les attentes spirituelles, les valeurs, à l’occasion de la relation individuelle ou dans le cadre de groupes. 5. Intervenir en dernier recours, ne pas donner en secours ce qui est dû en justice, c’est-à-dire faire d’abord jouer toutes les aides publiques possibles, ne serait-ce que dans le souci de respecter le don. 6. Déboucher sur l’action institutionnelle si nécessaire, c’est-à-dire faire connaître les situations qui se répètent et proposer des réflexions ou des pistes de proposition aux pouvoirs publics. 7. Travailler en partenariat pour des monteges financiers ou pour orienter au mieux vers d’autres solutions (les relations ainsi engagées pouvant s’ouvrir sur une véritable collaboration). 8. Communiquer le sens que l’on donne à l’attribution de secours et nos critères d’intervention aux personnes accompagnées, aux travailleurs sociaux, à l’Église locale, aux partenaires, afin de nous défaire de l’image de “distributeur de secours” et d’être sollicités pour ce que nous voulons faire.
  • 13. 13 Lien entre pratiques de terrain et vision de la société L a complexité du travail social aujourd’hui, et des situations que vi- vent certaines personnes en situation de précarité ou de pauvreté, les manières d’agir tellement diverses des acteurs so- ciaux et des équipes du Secours Catholi- que, la complexité des politiques publiques en matière de pauvreté, supposent un ef- fort de compréhension important de la part des acteurs du Secours Catholique (béné- voles, salariés, personnes en situation de précarité), eux-mêmes très divers dans leurs parcours de vie, leurs attentes et leurs engagements. Face au sentiment fréquent de n’avoir pas prise sur les enjeux mondiaux (la mondialisa- tion, l’accroissement des inégalités Nord-Sud ou dans les pays du Nord, les phénomènes migratoires, la prégnance de l’économique, la spéculation immobilière, les délocalisations,...), ces réflexions peuvent aider à comprendre commentlesactionstrèslocalespeuventfavo- riser l’une ou l’autre des tendances à l’œuvre. Par ailleurs, beaucoup d’acteurs du Secours Catholique sont très pris dans l’action, et ont peu d’occasions de s’arrêter, de s’interroger sur cette action et sur leur engagement ; les propositions qui suivent peuvent les y aider. La boite à outils proposée ici vise à permettre à chaque acteur du Secours Catholique de comprendre que son mode d’action est lié à une analyse de la société, qu’il a ou non explicitée. La manière de proposer, de vivre l’attributiondesecoursponctuels,ungroupede paroles, la création d’une structure d’insertion, un groupe d’intérêt, une démarche de développement peut relever d’analyses de la société et de son évolution très diverses. Il est important d’en être conscient et de dialoguer entre acteurs du Secours Catholique sur ces analyses différentes, pour mieux comprendre les différences d’approches, qui compliquent parfois les débats, et bâtir malgré tout une certainecohérence.Touteslesactionsmenées doivent bien en effet tendre à la perspective, à l’utopie créatrice que nous proclamons, une société plus juste et plus fraternelle....C’est l’horizon que nous nous sommes donnés, dans lequel ne s’inscrivent pas forcément toutes les actions, très diverses, menées au sein du Secours Catholique. L’objectif est de rendre explicite l’analyse de la société sous-jacente aux pratiques des acteurs du Secours Catholique, afin de permettreàchacundeconstruireuneanalyse critiquedecespratiques,etdevérifiersielles sont en cohérence avec l’horizon, la finalité que nous nous donnons.Apartir de l’analyse des pratiques, il s’agit de rendre explicite le regard porté sur la personne, l’analyse de la pauvreté, et donc l’analyse de la société qui y sont sous-jacentes. II ne s’agit pas de présenter les différentes analyses de la société, libérale, marxiste, alter- mondialiste, social-démocrate, etc. De très nombreuxouvragesexistentsurcesquestions ! Il s’agit plutôt de permettre à chacun de mettre à jour, de prendre conscience que son action est fondée sur une analyse, plus ou moins consciente.Carnousavonsaussiànoussituer parrapportàd’autresacteursduchampsocial, professionnels de l’action sociale et autres mouvements ou associations, qui ont chacun leur propre analyse. Ainsi, une approche fondée sur le seuil de pauvreté conduit à une politique d’augmentation des revenus. L’Union Européenne a une stratégie de lutte contre la pauvreté qui passe par l’augmentation de la croissance économi- que, considérant que de proche en proche, les populations en situation de pauvreté se rapprocheront de l’emploi et donc sortiront de la pauvreté. A l’inverse, pour ATD-Quart- Monde, la lutte contre la pauvreté passe nécessairement par un travail avec les plus pauvres, dont les acquis pour les plus pau- vres profiteront à tous. C’estuntravaildefond,quipartnécessairement de l’analyse des pratiques, et peut durer plusieurs mois, selon les publics différents. Cette boite à outils est conçue pour être utilisée dans différentes circonstances, avec des publics, des durées, des objectifs différents : une réunion d’équipe locale, une partie d’un conseil de délégation, un temps de formation, une réflexion sur l’action, etc. Elle articule différentes dimensions à partir de l’analyse de l’action. En effet, pour vérifier que cette action contribue à la lutte contre la pauvreté, il faut s’interroger sur ce qu’est la pauvreté des personnes qui y participent, et au-delà de l’action menée, quelles sont les formes et les causes de la pauvreté dans la société. Ces différentes dimensions sont : • le regard porté sur les personnes en situation de pauvreté, • l’analyse d’une action menée par les participants, • laprisedeconsciencedescénariospossibles d’évolution de la société. « Mon regard sur la personne éclaire la manière dont j’agis, la manière dont je vis la relation, et renvoie à une analyse de la pauvreté et les moyens de la combattre, dont celle du Secours Catholique. Et ma vision de la société s’appuie sur le regard que je porte sur les personnes, qui conditionne ma manière d’agir...Mon action révèle une vision de la société et un regard porté sur la personne... ». Les 3 dimensions sont donc intimement liées, mais peuvent s’aborder, selon le contexte, dans un ordre différent. En revanche, c’est bien le lien entre les 3 dimensions qui permet de faire apparaître la logiqued’action:enquoimonactioncontribue- t-elle à pousser l’un ou l’autre des scénarios possibles?Enquoimonregardsurlapersonne révèle-t-il une vision de la société ? Et en quoi engage-t-il une forme d’action plutôt qu’une autre ? L’analyse théorique renvoie toujours à la pratique et inversement. Annexe • II Proposition d’animation
  • 14. 14 Articulation de la réflexion sur l’analyse sociale Objectif : faire prendre conscience de la logique d’action dans laquelle je suis / nous sommes et la situer par rapport au projet du Secours Catholique. Mon regard sur la personne en situation de pauvreté Analyse de la pauvreté • comment se présente-t-elle? • comment je l’identifie (besoins des personnes) ? • la représentation de chacun Quelle est ma/notre vision de la société ? • analyse des causes de la pauvreté • scénarios, logiques de système 1 • Analyse de la pratique 2 • travail sur les 3 éléments 3 • le projet du Secours Catholique 4 • explicitation de la logique d’action (individuelle et collective), conservatrice ou transformatrice 5 • changement de pratiques : que faire changer et comment s’y prendre ? Analyse de la pauvreté • la représentation de chacun Annexe • II
  • 15. AlerteCollectif interassociatif du 28 novembre 2008 Intervention du secrétaire général du Secours Catholique • Face à la crise, les pauvres fragilisés. • Rapport du Secours Catholique : 90% Familles ou isolés en dessous du seuil de pauvreté. + de 42% vivent que de transferts sociaux. • Niveau de vie moyen de notre public est de 535 euros par U.C. soit 40% en dessous du seuil de pauvreté. Le reste à vivre (le revenu moyen - le loyer moyen net) diminue à cause de l’inflation. • Le Secours Catholique demande la revalorisation des minima sociaux, pourquoi ? 2007, RMI, 44,3% du SMIC contre 48,7% en 1990 2007, API, 56,4% du SMIC contre 64,9% en 1990. Revenu complémentaire au RSA pour les familles monoparentales. • D’où un vrai problème de pouvoir d’achat Plus de 2 familles sur 3 font état d’impayés (loyer, fluide, crédit...) En France, 180 000 dossiers par an : augmentation croissante des dossiers de surendettement. Nous soutenons, dans l’ensemble, les propositions du Médiateur de la République et de M. MARINI, Rapporteur Général de la Commission des Finances au Sénat. • 3dossierssur4depersonnessurendettés : accidentdelavie(perted’emploi,maladie, divorce...). Les personnes vivant seules sont plus vulnérables au surendettement. Cela rejoint le rapport du Secours Catholique sur la fragilité des familles mono-parentales. Les familles composées d’un seul adulte avec 1 ou plusieurs enfants sont fragilisées. 60% des familles reçues par le Secours Catholique sont dans cette situation. 78% des cas de surendettement : Capacité de remboursement égal ou inférieur à 450 euros. 32% en 2004. • Le micro-crédit doit se développer : des taux d’intérêts accessibles, un accompagnement de qualité, un pourcentage de remboursement très élevé. • Beaucoup de micro-crédits accordés au Secours Catholique concernent la mobilité des personnes. Absence de moyens de transport, d’où incapacité de saisir un travail. • L’urgence, ce n’est pas de mobiliser de l’Aide Alimentaire (même si cela reste nécessaire en urgence) : - Allocations familiales dès le 1er enfant, - Revaloriser les minimas sociaux, - Travailler d’urgence la qualification professionnelle des publics éloignés de l’emploi : avoir un travail à temps complet, même avec un salaire modeste, permet de se hisser au-dessus du seuil de pauvreté, - Comment rester mobilisé pour se sortir de sa situation dans un tel marasme économique ? - Un effort énorme est demandé à ceux qui sont touchés par la pauvreté pour qu’ils restent mobilisés. 15 Annexe • III Conférence de presse
  • 16. Communiqué de presse du 16/02/2009 ALERTE demande un plan de relance SOCIALE A la veille du sommet social entre le Gouvernement et les partenaires sociaux, le collectif ALERTE, qui regroupe 37 associations nationales de lutte contre la pauvreté, interpelle les négociateurs : «décidez un plan de relance sociale ». La crise, d’abord financière, puis économique, est devenue sociale. Chômage, pauvreté, exclusion sont repartis à la hausse. Les signaux captés par les associations de solidarité sont nets, la crise fragilise encore plus les plus vulnérables 1 . Dans ce contexte, un fort débat s’est tenu pour savoir s’il convenait, dans une telle conjoncture, d’opérer une relance par l’investissement ou/et par la consommation. Les risques économiques d’une relance générale par la consommation sont infiniment moindres, voire inexistants, si une partie de l’effort de la puissance publique se concentre en direction des plus faibles. Ainsi, il est temps : • d’accélérerlarevalorisationdesminima sociaux et notamment du montant forfaitaire du RSA et de l’Allocation spéciale de solidarité (ASS), • de ne pas réduire mais d’augmenter les durées d’indemnisation des demandeurs d’emploi, • de favoriser l’accès des demandeurs d’emploi aux dispositifs de formation, • d’investir fortement dans l’accompagne- ment social et professionnel, • de donner les moyens aux associations de solidarité d’accueillir des personnes en « contrats aidés », • de porter le plafond de ressources de la CMUC à la hauteur du seuil de pauvreté, • de rendre possible la production massive de logements très sociaux (financés par PLAI 2 ) Lespluspauvresetlesplusexclusnedoivent pas être les oubliés des négociations entre pouvoirs publics et partenaires sociaux. Il est aujourd’hui nécessaire d’agir pour que ne soient pas abandonnés tant ceux qui vivent depuis longtemps dans la précarité que les victimes à venir de la crise. La solidarité ne se divise pas, elle ne choisit pas entre ceux qui valent la peine d’être aidés et les autres. La solidarité en temps de crise nécessite un « plan de relance sociale ». 1 Cf. conférence de presse ALERTE du 28 novembre 2008 sur le site d’ALERTE http://www.uniopss.asso.fr/resources/trco/pdfs/2009/02_ fevrier_2009//Communique_plan_de_relance_sociale_16_Fev_09.pdf 2 PLAI : prêts locatifs aidés d’insertion 16 Annexe • III
  • 17. 17 Enquête du CREDOC réalisée en décembre 2008 La détérioration de la situation depuis 3 mois • 1/3 des ménages pauvres déclarent avoir été plus souvent qu’auparavant en découvert au cours des 3 derniers mois, plus d’un ménage pauvre sur 5 déclare ne pas avoir d’économies disponibles contre 9% des ménages en général. • 50% des ménages pauvres déclarent avoir retardé ou annulé une dépense importante au cours des 3 derniers mois, contre 40% des ménages français. • Parmi les ménages qui ont un crédit ou un emprunt à rembourser, 43% estiment qu’il s’agit d’une charge importante dans leur budget contre 61% pour les ménages pauvres. • Près d’un ménage français sur 4 déclare avoir eu du mal à payer une ou plusieurs factures au cours des 3 derniers mois, proportion qui double chez les ménages pauvres (43%) Les procédures de saisie concernent 12% des ménages pauvres ayant connu des difficultés à payer des factures, soit 3 fois plus que pour les ménages français en général. L’inquiétude pour l’avenir Ils s’attendent, pour 40% d‘entre eux, à ce que leur situation se détériore dans les mois à venir. Cette enquêtea été réalisée en décembre 2008 auprès de 866 ménages représentatifs des ménages métropolitains au-dessus du seuil de pauvreté, et de 434 ménages représentatifs des ménages sous le seuil de pauvreté. Ces éléments en sont un résumé (par MAF) 37% des ménages français déclarent être dans l’incapacité de faire face, seuls, à une dépense imprévue de l’ordre de 750€, cette proportion double presque pour les ménages pauvres (69%). 29% des français estiment qu’ils ne pourraient pas non plus obtenir un prêt de l’ordre de 750€ pour faire face à une dépense imprévue, proportion qui double pour les plus pauvres (56%) Les restrictions de consommation Ala question « depuis 3 mois, vous ou votre foyer êtes-vous obligés de vous imposer des restrictions sur certains postes de votre budget ? », 39% des français disent « plus que d’habitude », mais 51% des pauvres. Cela est particulièrement vrai • des jeunes (18 à 29 ans), à hauteur de 65% pour les jeunes en situation de pauvreté, • des ménages avec un seul actif occupé (45% pour l’ensemble des ménages, 59% pour les ménages en situation de pauvreté), • des familles monoparentales, 54% dans l’ensemble des ménages et 62% chez les plus pauvres. Dans l’ensemble, ces restrictions sont expliquées par les difficultés présentes et l’anticipation des difficultés futures, mais Annexe • IV Éléments d’analyses
  • 18. 18 les ménages les plus pauvres évoquent surtout les difficultés actuelles. Les postes affectés par ces restrictions, que les ménages soient pauvres ou non, sont • les vacances et les loisirs • l’habillement • l’achat d’équipement ménager Les plus pauvres qui se restreignent le font significativement plus sur les soins médicaux, l’alimentation, le logement et les dépenses pour les enfants. Plus de la moitié des ménages pauvres se restreignent sur l’alimentation et près du quart sur les soins médicaux. Si l’on regarde plus précisément l’alimentation, 54% des ménages français déclarent avoir changé leurs habitudes alimentaires depuis un an pour des raisons budgétaires, proportion qui monte à 71% pour les ménages pauvres. Ces changements se traduisent par le fait d’éviter les produits trop chers, de choisir des marques et magasins moins chers, de manger moins souvent à l’extérieur. Plus de la moitié des ménages pauvres ont diminué leur consommation de viandes et de poissons au cours des 3 derniers mois et près du quart admettent sauter des repas. Chez 15% des ménages pauvres, il est arrivé à l’un des membres du ménage de passer une journée sans manger par manque d’argent. Sur les loisirs, 62% des ménages pauvres ont restreint leurs sorties depuis 3 mois (50% pour l’ensemble des ménages), particulièrement sur les visites à des proches et des invitations de ces proches à domicile. 55% des ménages et 72% des ménages pauvres n’ont pas prévu de partir en vacances dans les 3 prochains mois. Sur la santé, les ménages pauvres se restreignent significativement plus que l’ensemble des ménages en général : près du tiers a récemment renoncé à des soins bucco-dentaires (contre 15% des français en général). Près de la moitié des ménages interrogés, pauvres ou non, comparent plus les prix que d’habitude, et près de 40% profitent plus que d’habitude des offres promotionnelles. Les ménages pauvres sont beaucoup plus nombreuxànepasfaired’achatssuruncoup de tête (49% contre 38% des ménages en général) et à privilégier plus que d’habitude les magasins discount (40% contre 29%). La situation par rapport aux ressources L’emploi Moins de 10% des actifs occupés ont connu le chômage partiel au cours des 3 derniers mois, mais 20% des actifs occupés en situation de pauvreté ; parmi ces derniers, 38% craignent d’être confrontés au chômage partiel dans les prochains mois. Une forte proportion de chômeurs (68% chez l’ensemble, 79% chez les ménages pauvres) estime que la recherche d’emploi est devenue plus difficile depuis 3 mois. Les aides extérieures 23% des ménages pauvres ont fait appel en 2008 à une aide extérieure : assistante sociale, aide matérielle d’un proche, aide de la CAF ou du Conseil Général. Lesménagesfrançais,pauvresounon,sont globalement inquiets au sujet de la situation des entreprises, du pouvoir d’achat et de l’évolution à venir de la crise (autour de 85% d’inquiétude sur ces sujets). Les ménages pauvres sont beaucoup plus inquiets pour leur situation : 84% sont inquiets pour leur pouvoir d’achat (68% pour l’ensemble) et 68% des plus pauvres sont inquiets pour leur situation professionnelle, contre 49% des français. Analyse croisée Au total, une analyse croisée de ces différents indicateurs montre que les ménages pauvres sont plus nombreux que les autres à avoir subi un impact important de la crise : 54% d‘entre eux ont soit changé leurs habitudes de consommation, sans pour autant recourir aux découverts bancaires ou à la solidarité, soit modifié leurs comportements sur 6 à 8 points (les ¾ d’entre eux ont eu une découvert plus que par le passé, la moitié ont eu des difficultés pour s’acquitter de certaines factures et les 2/3 ont sollicité une aide sociale ou amicale plus qu’auparavant). L’impact de la crise est très important pour 13% des ménages en général et 28% des ménages en situation de pauvreté. Parmi ceux-ci, les familles monoparentales sont les plus touchées : 26% d’entre elles sont ans le groupe des ménages ayant connu un impact important sur leurs dépenses contre 5% des couples avec enfants. Les plus jeunes sont également touchés : la moitié des moins de 30 ans a connu une forte dégradation de sa situation financière et de leur mode de vie au cours des 3 derniers mois. Les ménages dont la personne de référence est inactive sont les plus touchés, notamment dans le sens où les personnes en situation de pauvreté qui avaient un emploi souffrent d’un plus grand impact de la crise. Les facteurs de fragilité sont les suivants sur l’ensemble des ménages : • disposer de moins de 1500€ mensuels • avoir des enfants • être au chômage • avoir moins de 30 ans • être locataire Annexe • IV
  • 19. 19 Patrick Viveret, philosophe, ancien conseiller à la Cour des Comptes, auteur de « Reconsidérer la Richesse », mai 2009 Pour une écosophie politique La question sociale pose plus radicalement encore la question humaine et la difficulté propre à notre espèce de penser et de vivre le rapport entre notre intelligence et nos émotions. C’est toute la question de ce que Felix Guattari nommait l’écosophie, la capacité de penser écologiquement et politiquement la question de la sagesse. C’est aussi ce que Pierre Rahbbi nomme les enjeux d’une « sobriété heureuse » où s’articule, dans la justice sociale, le choix de la simplicité avec celui d’un art de vivre affranchi de sa boulimie consommatrice et consolatrice. Il nous faut d’abord voir que ce qui est commun à toutes les facettes de la crise, ce qui la rend donc systémique, c’est le couple formé par la démesure et le mal être. Ce que les grecs nommaient l’ubris, la démesure, est en effet au cœur de notre rapport déréglé à la nature par deux siècles de productivisme et ses deux grandes conséquences : le dérèglement climatique et ce danger à ce point majeur pour la biodiversité que l’on peut évoquer le risque d’une « sixième grande extinction » des espèces, cette fois provoquée par le comportement irresponsable de notre propre famille humaine. C’est la démesure aussi qui a caractérisé le découplage entre l’économie financière et l’économie réelle : un ancien responsable de la Banque centrale de Belgique, Bernard Lietaer, a pu avancer qu’avant la crise, sur les 3 200 milliards de dollars qui s’échangeaient quotidiennement sur les marchés financiers, seuls 2,7% correspondaient à des biens et services réels !… Démesure encore dans le creusement des inégalités sociales mondiales tant à l’échelle de la planète qu’au cœur même de nos sociétés : lorsque la fortune personnelle de 225 personnes correspond au revenu de deux milliards d’êtres humains (chiffres des Nations Unies), lorsque les indemnités de départ d’un PDG qui a mis son entreprise en difficulté peuvent représenter plus de mille fois le salaire mensuel de l’un de ses employés. Démesure enfin, il ne faudrait pas l’oublier, cette fois dans les rapports au pouvoir, qui a été à l’origine de l’autre grand effondrement politique récent, il y a tout juste vingt ans, celui du système soviétique et de sa logique totalitaire. Il est important de le rappeler si l’on veut éviter le mouvement pendulaire des années trente qui vit un politique de plus en plus autoritaire, guerrier et finalement totalitaire, prendre la relève du capitalisme dérégulé des années d’avant crise. Ainsi le caractère transversal de cette démesure permet de comprendre le caractère systémique de la crise et l’on comprend alors que des réponses cloisonnées qui cherchent par exemple à n’aborder que son volet financier se traduisent finalement par une fuite en avant dans le cas de la crise bancaire doublé de fuites en arrière dans le cas de la crise sociale : comme quoi les caisses ne sont pas vides pour tout le monde ! Mais pour construire, au-delà d’une écologie politique, une « écosophie politique »ilfautfaireunpassupplémentaire dans l’analyse et comprendre ce qui lie profondément cette démesure au mal de vivre de nos sociétés. Celle-ci constitue en effet une forme compensatrice pour des sociétés malades de vitesse, de stress, de compétition qui génèrent un triple comportement guerrier à l’égard de la nature, d’autrui et de nous-mêmes. En ce sens nos « société de consommation » sont en réalité des « sociétés de consolation » et cette caractéristique se lit économiquement dans le décalage entre les « budgets vitaux » et les dépenses de stupéfiants, de publicité et d’armement. En 1998, le programme des Nations unies pour le développement (PNUD) comparait en effet les budgets supplémentaires nécessaires pour couvrir les besoins vitaux de la planète (faim, non accès à l’eau potable, soins de base, logement etc.) et mettait en évidence que les seules dépenses de stupéfiants représentaient dix fois les sommes requises pour ces besoins vitaux (à l’époque 400 milliards par rapport aux 40 milliards recherchés par les Nations Unies). Même écart s’agissant des dépenses annuelles de publicité. La société dure est en permanence compensée par la production du rêve d’une société harmonieuse, et l’endroit par excellence où s’opère ce rapport est la publicité qui ne cesse de nous vendre de la beauté, du bonheur, de l’amour, voire de l’authenticité, messages dans l’ordre de l’être, pour mieux nous faire consommer dans l’ordre de l’avoir. Quant aux budgets militaires « Annexe • V Réflexion de fond
  • 20. 20 des intégrismes excluants. Une grande partie du destin de l’humanité se joue en effet dans l’alternative guerre ou dialogue des civilisations. Nous ne sommes pas condamnés soit à la projection mondiale du modèle occidental soit à l’acceptation au nom du relativisme culturel d’atteintes fondamentales aux droits humains à commencer par ceux des femmes. On peut récuser l’impérialisme et le colonialisme, sans être obligés de tolérer l’intégrisme et l’exclusion. C’est alors la co-construction d’une citoyenneté terrienne qui est en jeu, et la rencontre des sagesses du monde est alors un enjeu capital dans cette perspective où l’homo sapiens-sapiens, à défaut d’être une origine pourrait être, devrait être un projet. C’est à ce projet planétaire qu’une Europe qui a payé le prix lourd pour comprendre que la barbarie n’est pas un danger extérieur, mais le risque intérieur par excellence de l’humanité, peut pleinement contribuer. qui expriment les logiques de peur, de domination et caractérisent par conséquent les coûts (et les coups) de la maltraitance inter-humaine, ils représentaient eux vingt fois ces sommes !Aeux trois ces dépenses passives de mal être représentent (car le même écart est maintenu dix ans après) environ quarante fois les dépenses actives de mieux être nécessaires pour sortir l’humanité de la misère et assurer un développement humain soutenable tout à la fois écologique et social. Il nous faut donc répondre au couple formé par la démesure et le mal être par un autre couple, celui de la « sobriété heureuse » formé par l’acceptation des limites et par l’enjeu positif du « bien vivre » (termes du forum social mondial de Belem) ou ce que les prochains « Dialogues en Humanité » qui se tiendront début juillet évoquent sous le terme de la construction de politiques et d’économies du mieux être . Et c’est ici que l’écologie doit non seulement intégrer pleinement la question sociale, celle de la lutte contre les inégalités, mais aussi la question humaine proprement dite c’est-à-dire la capacité à traiter ce que l’on pourrait appeler « le bug émotionnel » de l’humanité qui est à la racine de ce qu’Edgar Morin nomme l’homo sapiens demens. La question est en effet moins de « sauver la planète » - qui a de toutes manières plusieurs milliards d’années devant elle avant son absorption par le soleil ! - que de sauver l’humanité qui peut, elle, terminer prématurément en tête à queue sa brève aventure consciente dans l’univers. Or, comme le soulignait Spinoza, la grande alternative à la peur est du côté de la joie. La différence aujourd’hui réside dans le fait que ce qui était traditionnellement de l’ordre personnel et privé devient un enjeu politique planétaire. La question de la sagesse, c’est- à-dire la question fondamentale de l’art de vivre, qui cherche à épouser pleinement la condition humaine au lieu de vouloir la fuir, devient alors une question pleinement politique. Nous sommes en effet à la fin du cycle des temps modernes qui furent marqués par ce que Max Weber, d’une formule saisissante, avait caractérisé comme « le passage de l’économie du salut au salut par l’économie ». La crise actuelle démontre que ces promesses n’ont pas été tenues. L’un des enjeux aujourd’hui est de savoir comment sortir de ce grand cycle de la modernité par le haut, les intégristes le faisant par le bas : garder le meilleur de la modernité, l’émancipation, les droits humains et singulièrement ceux des femmes, qui en constituent l’indicateur le plus significatif, la liberté de conscience, le doute méthodologique, mais sans le pire, la chosification de la nature, du vivant, des animaux et à terme des humains, la marchandisation n’étant qu’une des formes de cette chosification. Et retrouver, dans le même temps, ce qu’il y a de meilleur dans les sociétés de tradition, mais là aussi en procédant à un tri sélectif par rapport au pire : un rapport respectueux à la nature, sans qu’il soit de pure soumission, un lien social fort mais non un contrôle social, des enjeux de sens ouverts et pluralistes et non » Annexe • V
  • 21. 21 Lutter contre la pauvreté ou faire projet avec les pauvres ? Les expressions par lesquelles nous traduisons les réalités liées à la pauvreté demandent une vigilance constante : porteuses de richesses, elles deviennent facilement slogans réducteurs.C’est le cas de l’expression « lutter contre la pauvreté » que nous revisitons dans cet article, paru dans la Revue «Mission de l’Eglise» des OPM. L ’expression « lutter contre la pauvreté » est devenue une expression toute faite, utilisée largement dans le milieu politique, national et international, ainsi qu’au niveau de la société civile. Elle est associée à une prise de conscience mondiale du phénomène de la pauvreté et à la conséquente mise en place de programmes internationaux qui visent la réduction de la pauvreté. On peut noter à ce propos les Objectifs du Millénaire pour le Développement,établisauseindel’ONUen 2000, qui fixent la barre très haute : réduire de moitié la pauvreté dans le monde d’ici 2015. Cet objectif général est décliné en 8 objectifs particuliers qui concernent la faim, l’éducation, la santé, l’accès à l’eau, les femmes, le développement durable. On ne peut que se réjouir de voir la communauté internationale fixer un tel objectif. Et même si aujourd’hui on sait que cet objectif ne sera que partiellement atteint et qu’il faudrait une volonté politique bien plus grande pour libérer les ressources nécessaires, il y a un fait nouveau qui représente une avancée incontestable : pour la première foison a un engagement précis de la part de la majorité des chefs d’Etat, exprimé de manière quantitative et donc évaluable, et non plus une simple déclaration de principes et de bonnes intentions. Tout en soutenant ce type d’initiativesde«luttecontrelapauvreté»,on peut pourtant se poser des questions sur la conception de justice et de développement auxquelles renvoie une telle expression. Il ne s’agit pas de contester la mise en place des pratiques associées à cet objectif, mais plutôt d’approfondir l’objectif formulé afin d’orienter les pratiques dans la bonne direction. La pauvreté, dans la mesure où elle dénigre la dignité humaine, constitue, sans doute, un phénomène à refuser. Mais peut-on « lutter contre » la pauvreté ? Tout dépend de la manière dont on conçoit la pauvreté. En effet, l’expression « lutter contre la pauvreté » fait penser à la pauvreté comme une réalité objective, dont certaines personnes sont victimes, et qu’on devrait extirper, enlever, supprimer. La pauvreté apparaît ainsi comme une condition objective et subie, indépendante de la personne concernée. De ce fait, le pauvre est réduit à sa pauvreté, à ce qu’il n’a pas : un manque à combler. Dès lors, cette idée de lutte contre la pauvreté appelle surtout une justice distributive et un développement pensé en termes d’accès aux biens. Peut-on concevoir autrement la pauvreté, la justice et le développement ? Nous pensons que la pauvreté n’est pas seulement un manque à combler : elle renvoie à toute une manière de concevoir le vivre ensemble. Si la lutte contre la pauvreté vise surtout à combler le manque dont souffrent certaines personnes, elle risque de se situer uniquement au niveau des effets plutôt que des causes. La réalité de la pauvreté devrait interroger d’abord la mécanique sociale qui, au niveau local, national ou international, créé de l’exclusion. C’est la manière dont on « fait société ensemble » qui est mise en cause avec la pauvreté, et pas seulement la distribution de ses bénéfices. Il va falloir, sans doute, redistribuer des richesses très inégalement réparties, mais le problème de la pauvreté relève surtout d’une question bien plus fondamentale, celle du projet de société. Dès lors, le pauvre n’apparaît pas seulement comme une personne en manque qui a besoin d’assistance, mais surtout comme un acteur social qui doit pouvoir participer à un projet d’ensemble. On cherchera chez lui la capacité propre qu’il pourrait développer en vue d’un projet commun plutôt que le manque à combler. Cette approche de la pauvreté sollicite une autre conception de la justice et du développement  : une justice contributive plutôt que distributive ; un développement pensé en termes de projet de société plutôt que de seule croissance économique. Annexe • VI Réflexion de fond Éléna Lasida, théologienne et économiste
  • 22. 22 Lutte contre la pauvreté et justice En termes de justice, on peut poser deux questions à l’expression de « lutte contre la pauvreté ». D’une part, faut-il viser la pauvreté ou plutôt l’inégalité ? Car ce qui est injuste, ce n’est pas la pauvreté en soi mais le fait qu’elle coexiste avec une très grande richesse. Associer la question de la justice à celle de la pauvreté rappelle que le véritable scandale est celui de l’inégalité plutôt que celui de la pauvreté. L’inégalité empêche d’isoler la pauvreté comme un problème « des pauvres », qui a besoin des solutions « pour les pauvres ». L’inégalité pose question au système général et pousse à transformer plutôt qu’à réparer, à intégrer plutôt qu’à assister, Ne faudrait-il pas alors parler de lutte contre l’inégalité plutôt que de lutte contre la pauvreté ? D’autre part, la justice pose une question de fond sur l’effet cherché avec la « la lutte contre la pauvreté ». S’agit-il de rendre accessible à tous les biens nécessaires pour vivre ? Ou s’agit-ilplutôtderendrepossiblelaparticipation de chacun à la création d’un projet commun ? Chacune de ces deux questions renvoie à un type différent de justice. Dans le premier cas, nous nous trouvons face àunejusticedistributive,fondéesurlacapacité d’accès des personnes. Dans le deuxième, on parle plutôt de justice contributive, fondée sur la capacité de participation, d’apport de chacun. Deux conceptions différentes de l’humainsontsous-jacentesàchacunedeces notions de justice : dans la première, l’humain est défini par ses besoins à satisfaire, dans la deuxièmeparsacapacitécréatrice.Comment renforcer la visée d’une justice contributive dans l’idée de lutte contre la pauvreté ? La justice permet donc d’approcher la lutte contre la pauvreté d’une manière beaucoup plus intégrale : par rapport à toute la société et pas seulement aux exclus, et par rapport à toutes les dimensions de la vie humaine et pas seulement ses besoins et sa capacité d’accessibilité. Comment rendre plus explicite cette « intégralité » visée  ? Un domaine aujourd’hui en plein développement, illustre bien cette lutte contre la pauvreté pensée de manière intégrale : il s’agit de l’économie sociale et solidaire. Une multiplicité de pratiques différentes comme le commerce équitable, le microcrédit, la finance éthique, les régies de quartier, le tourisme solidaire, essayent aujourd’hui d’insérer dans le circuit économique les populations qui en sont exclues. Mais il ne s’agit pas d’une économie « pour les pauvres ». L’économie sociale et solidaire cherche à faire de l’économie autrement, en intégrant aux objectifs de rentabilité financière, des objectifs en termes de lien social, de gestion démocratique et de respect de la nature. En ce sens, elle ne crée pas une économie parallèle, pour sortir les pauvres de leur pauvreté. Au contraire, elle intègrelespauvresdanslesystèmeclassique et ce faisant, elle transforme le système, car elle pense l’économie complètement articulée aux objectifs D’ordresocial,politiqueetenvironnemental 1 . La lutte contre la pauvreté revisitée par la justice acquiert ainsi de l’épaisseur et fait véritablement place à toute la complexité de l’humain et du social. Lutte contre la pauvreté et développement A partir du développement, on peut également poser deux questions à la lutte contre la pauvreté : d’une part, en termes de mode de développement visé, d’autre part en termes de la conception même du développement. Ces deux aspects sont très liés, mais il est important de les distinguer. La question en termes de mode de développement renvoie à la différence habituelle entre pays développés et pays en voie de développement. A partir de cette classification, le sous-développement est souvent considéré comme un problème de rattrapage à faire entre les pays pauvres et les pays riches. De ce fait, il y a un seul mode de développement visé, celui des pays riches, et il faut faire en sorte que les pays pauvres puissent y arriver. Cette conception résonne fortement avec l’idée de « lutte contre la pauvreté ». Il s’agit toujours d’une approche bipolaire, où l’un des pôles constitue l’objectif à atteindre (la richesse, le développement) et l’autre le défaut à réparer (la pauvreté, le sous-développement). Or, le mode de développement des pays riches est aujourd’hui confronté à des limites incontournables qui montrent sa non viabilité : les ressources naturelles sur lesquelles ce développement s’est construit sont aujourd’hui en cours d’épuisement et en grandepartiedégradées.Est-cequelespays pauvres ne sont pas, eux aussi, porteurs de germesdemodesdedéveloppementpluriels et nouveaux ? Est-ce que leur expérience de survie face à la pauvreté, leur créativité et leur imagination, leur « débrouillardise », n’ouvrent pas des pistes pour penser autrement le développement ? Dans ce cas, il ne faudrait pas seulement « lutter contre la pauvreté » mais aussi et surtout, s’intéresser à ce que la pauvreté a pu libérer comme ressource nouvelle pour vivre mieux. Lutter contre la pauvreté ou faire projet avec les pauvres ? Or,laquestionsurlemodededéveloppement, conduit directement à celle de la conception du développement : que veut-on développer ? Que veut-on augmenter en termes de qualité de vie ? Qu’est-ce qui fait vivre mieux ? Le pouvoir d’achat ou la qualité de présence et de relation qu’on a avec autrui ? Le fait d’accéder à plus de biens ou le fait de se sentir créateur avec d’autres d’un projet commun ? L’avoir ou l’être ? La lutte contre la pauvreté qui considère la pauvreté uniquement en termes d’accès aux biens, risque de solliciter un développement pensé seulement en termes de croissance, c’est-à-dire de capacité de production et de consommation. Lutter contre la pauvreté, devrait conduire aujourd’hui à reconsidérer la richesse, à la penser en termes de qualité plutôt que de quantité. Aujourd’huiledéveloppementdurableessaie justement de penser le développement à frais nouveaux, conçu comme un nouveau « style de vie », une nouvelle manière de vivre ensemble, au niveau local, national et international, plutôt que comme simple prolongement de ce que nous avons déjà. Il inviteàinventerunstyledevieavecmoinsde mobilité mais plus de présence, avec moins de rapidité mais plus de relation, avec moins de sécurité mais plus d’émerveillement. L’objectif n’est pas celui de lutter contre la pauvreté mais plutôt d’inventer de nouveaux modes de vie qui ne créent pas de la pauvreté, ni matérielle, ni relationnelle 2 . En guise de conclusion, nous pouvons dire que la lutte contre la pauvreté revisitée par l’idée de justice et de développement, invite à un double déplacement. D’une part, il s’agirait de passer de la « lutte contre » au « faire projet ensemble », et d’autre part, de passer de « la pauvreté » aux « pauvres », en les considérant non seulement à partir de leurs manques, mais surtout à partir de leurs potentialités à développer. Dès lors, l’objectif ne serait pas tellement d’aider ni d’enrichir les pauvres, mais plutôt de trouver avec eux de nouvelles sources de richesse et de nouveaux modes de développement. 1 Pour connaître, faire avancer et se préparer aux nouveaux métiers de l_Economie sociale et solidaire : Master « Economie solidaire et logique du marché » de l_Institut Catholique de Paris. Infos : www.icp.fr (voir les formations de la FASSE), ou fasse icp.fr. 2 Pour une approche du Développement durable en termes de « style de vie nouveau », lire « Notre mode de vie est-il durable ? » Justice et Paix, Ed. Karthala, 2005, et « Mobilité durable : bouger moins pour être plus présent », Justice et Paix (5 € + frais de port) à commander à justice.paix@cef.fr. Copyright © Justice Paix Page 4/4. Annexe • VI