SlideShare une entreprise Scribd logo
Constantin Salavastru, Ph.D.
Seminar of Discursive Logic, Argumentation Theory and Rhetoric
Department of Communication and Public Relations
„Al.I.Cuza“ University
E-mail: csalav@uaic.ro

Critique de la problématologie
La collection « Références » des Editions de l’Université de Bruxelles met à la
disposition du lecteur un ouvrage intitulé Michel Meyer et la problématologie1, dans la
lignée, entre autres, du célèbre Traité de l’argumentation – La nouvelle rhétorique de
Perelman et Olbrechts-Tyteca (sixième édition, 2008). A notre avis, ce livre est
l’expression d’une heureuse rencontre entre une conception d’une grande profondeur et
d’extension de plus en plus ample (la problématologie de Michel Meyer) et l’esprit
critique et la culture philosophique encyclopédique d’un penseur qui, pendant toute
une vie, a travaillé sur les textes fondamentaux de la philosophie occidentale (Angèle
Kremer-Marietti). Le résultat de cette rencontre admirable est une analyse d’une
concentration extrême mais qui ne laisse pas de reste : tous les problèmes importants
impliqués par la conception problématologique sont investigués avec toute l’acribie
qu’on connaît à Angèle Kremer-Marietti !
Quels sont les aspects qui sont entrés sous le plume du critique ? Le premier est la
raison d’être de la problématologie : le concept de questionnement. Pour Angèle
Kremer-Marietti, la nouveauté de la conception problématologique est le passage du
propositionnalisme de la pensée occidentale – pour laquelle la réponse c’était la chose
la plus importante pour la connaissance et pour la compréhension du monde – au
problématologique, une intuition exceptionnelle de Socrate mais qui,
malheureusement, n’a pas été poursuivie d’une façon adéquate par la tradition
occidentale. Cette dernière considère que, au contraire, l’interrogation sur les principes
premiers est la vraie vocation de la pensée philosophique, le questionnement toujours
présents et toujours repris pour renouveler la compréhension des problèmes
philosophiques. Voilà une remarque intéressante :

1 Angèle Kremer-Marietti, Michel Meyer et la problématologie, Editions de l’Universite de
Bruxelles, 2008.

Page | 1
“Philosopher, c’est se livrer à une perpétuelle remise en question, pour déboucher sur des
réponses nouvelles, ne fût-ce que celles qui thématisent le questionnement lui-même.
[…]. Pour un véritable philosophe, l’esprit est interrogatif ou n’est pas” (p. 8).

Le concept de différence problématologique, présent, je crois, dans tous les ouvrages
de Meyer, constitue le noyau, le lieu d’unification de tous les autres concepts centraux –
interrogativité radicale, questionnement – grâce à la relation de différence et
d’équilibre qu’il établi entre la question et la réponse.
Evidemment, il y a beaucoup d’arguments qui peuvent fonder une pensée
interrogative qui explique, jusqu’à la fin, ce que Meyer assume comme un donné
premier : “la pensée ne progresse qu’interrogativement”. Chez Meyer, les contreexemples analysés (la rationalité pure de Platon, l’ordre résolutoire de Descartes, le
positivisme de Carnap, le nihilisme de Heidegger) viennent s’ajouter, à la fin d’une
analyse attentive, comme preuves en faveur de sa conception interrogativiste : les
circonstances ne permettent pas d’éluder le fait que la rationalité pure reste une
illusion, l’ordre résolutoire de Descartes est lui-même contradictoire, le nihilisme et le
positivisme se trouvent, eux-mêmes, dans une opposition irréductible.
L’analyse critique proposée dans ce livre réserve une section spéciale au grand
traité de problématologie Questionnement et historicité (PUF, 2000). En fait, le traité
en question est une application du modèle problématologique à toute métaphysique.
De ce fait, Questionnement et historicité est considérée une analyse problématologique
des catégories :
“Sur la constatation courante, que nous donnons généralement trop d’importance aux
réponses qui nous apaisent et dont nous voulons effectivement qu’elles nous apaisent,
Michel Meyer réoriente le mouvement de réflexion vers le questionnement même, comme
une ouverture jamais refermée. Son intention est de réinterpréter, à la lumière d’une
interrogativité radicale, la réalité et sa genèse, à partir d’une nouvelle perception de
l’espace et du temps, mais aussi à partir de nouveaux principes de la pensée et donc de
nouvelles catégorisations du réel” (p. 28).

La catégorisation est transférée au niveau du questionnement. Interroger sur le point
de départ, sur ce qui est premier c’est questionner le questionnement même. Une
analyse du questionnement est le premier pas d’une esquisse du problématologique qui
peut passer au-delà de la vision propositionnaliste de notre pensée philosophique dans
laquelle la réponse est l’élément premier, à l’assomption du couple question-réponse
comme modèle de la compréhension adéquate d’un problème philosophique.
L’intention de mener une telle investigation (“questionner le questionnement
même”), tout à fait différente par rapport à l’objet de la méditation de toute la
philosophie jusqu’à nos jours (“nous questionnons le questionnement : une telle
question n’a jamais été posée”) ne peut pas se servir de telle ou telle méthode
traditionnelle. Une nouvelle méthode s’impose. Son nom : la déduction
problématologique. A la déduction logique de Descartes, à la déduction

Page | 2
transcendentale des catégories de Kant, à la déduction phénoménologique de Husserl
s’ajoute la déduction problématologique de Meyer comme un nouveau instrument
métodologique capable de dire quelque chose de nouveau sur ce qui est premier.
Sans doute, l’historicité reste celle qui rend possible l’interrogation sur le
questionnement et la différence problématologique, propre à toute démarche à
soumettre à une analyse de ce type. Elle va avoir en vue les trois grands problèmes
traditionnels de la métaphysique (l’identité, le monde et l’altérité), mais dans un ordre
catégoriel qui reste tout à fait différent par rapport à la tradition. Dans ce contexte de
nouveauté, Questionnement et historicité analyse l’ordre des réponses. Deux modalités
sont assumées dans ce but. La première est analytique (au sens kantien du terme), qui
propose une investigation de l’ordre des réponses en tant qu’ordre des jugements, la
seconde est apocritique, qui propose une démarche explicative sur l’ordre des réponses
comme telles. Quelle est la différence ? L’analytique de l’ordre des réponses prend en
considération la réponse comme jugement et essaie d’établir quelles sont les règles sur
lesquelles les jugements se soutiennent réciproquement, en établissant un ordre
propositionnel qui a son origine dans des jugements apparemment autonomes.
L’apocritique de l’ordre des réponses part de l’idée que nos jugements sont, en fait, des
réponses aux problèmes et ils doivent être jugés comme tels. Une démarche de cette
sorte est plus intéressée par le jeu question-réponse que par le conditionnement
réciproque des jugements ou par leur synthèse.
Evidemment, l’auteur analyse en détail tous les autres aspects de Questionnement
et historicité (les principes classiques de la logique, les six interrogatifs, l’historicité),
mais il est impossible d’en donner ici une présentation en détail.
Angèle Kremer-Marietti propose une explication inédite pour aller au fondement
du lien entre le questionnement, la problématologie et la passionnalité humaine.
L’origine de la méditation est, surtout, l’ouvrage de Meyer Le philosophe et les
passions. Esquisse d’une histoire de la nature humaine (Hachette, 1991; PUF, 2007).
Voilà en bref l’excellente déduction. L’homme est un être passionnel. C’es-à-dire
dominé par les affects, ces “maladies de l’âme” qui font les différences entre les
individus. Dans le sillage d’Aristote (livre deuxième de sa Rhétorique), Meyer croit que
“les passions qui différencient les individus sont l’élément moteur de la vie de la Cité”
(p. 37). Dans toutes nos actions nous faisons entrer, à un degré plus ou moins grand,
nos passions : dans les confrontations académiques, dans l’amour, dans nos œuvres
scientifiques, dans la lutte politique, dans le concours d’admission, dans nos disputes
occasionnelles, à la cuisine et ainsi de suite. Mais, et là nous découvrons la clé de la
déduction, les passions font venir avec elles beaucoup de problèmes ! Un désir très
puissant peut amener l’homme à des faits tout à fait regretables, même mauvais, une
tristesse prolongée devient, sûrement, la cause de résultats négatifs dans l’activité ou
de l’animosité dans les relations avec les autres. Les passions sont, en général, objet de
créations artistiques : le groupe statuaire Laocoon exprime “la beauté de la douleur” et
la souffrance tranquille dont seul l’ancien Grec est capable, le drame Othello de
Shakespeare met en acte la passion obsessive et la jalousie extrême qui va porter au
crime et ainsi de suite. Qu’est-ce qu’on peut faire là-dessus ? Une interrogativité

Page | 3
permanente sur ces problèmes aura pour résultat de possibles résolutions autres que
les actes extrêmes. Combien de passions ne sont pas théorisées par le biais du théâtre ?
Un thème spécial de toutes les interrogations de Meyer est celui de l’Etre.
Evidemment, un tel sujet est une permanence depuis la pensée philosophique
d’Aristote à nos jours. Au fond, la discussion sur ce qu’est l’Etre, chez tous les penseurs
importants, c’est une méditation sur ce qui est premier dans le monde : l’eau, l’air, le
feu, le cogito, la monade, la chose en soi, l’Idée absolue et d’autres choses pareils. A ce
point, observe Angèle Kremer-Marietti, Meyer s’intègre d’une façon tout à fait normale
à la galerie de tous ceux qui ont vraiment cherché l’essence de ce qui est premier. La
réponse de Meyer se retrouve dans beaucoup de ses ouvrages et elle n’est qu’une seule
et toujours la même : le questionnement lui-même. Dans la question fondamentale :
“Qui est ce qui est ?” la chose la plus importante n’est pas de trouver quelque chose
d’ordre matériel ou spirituel, c’est-à-dire un “objet”, qui pourrait être indiqué si on
voulait répondre à cette question, mais le fait de nous questionner sur ce qui est, c’està-dire le questionnement lui-même. Voilà un fragment explicatif d’Angèle KremerMarietti sur ce point :
“S’il s’agit, par exemple, de la question de ce qui est premier dans la pensée, il faut alors,
en suivant l’indication de Michel Meyer, s’interroger sur ce qui est premier, et c’est le
questionnement qui ressort comme primordial, et ce n’est plus un « objet » précis,
comme Dieu, l’Etre ou le Cogito par exemple” (p. 62).

Une petite observation ici qui peut suggérer un grand renversement dans le problème
de l’Etre, si nous sommes sur la bonne voie d’une interprétation possible. Le problème
de l’Etre a constitué le long de l’histoire de la philosophie, sans exception, l’essence de
l’ontologie, entendue, en général, comme une théorie de l’existence. Toutes les
solutions proposées – dont quelques unes ont été indiquées ci-dessus – sont devenus
des concepts fondamentaux de l’ontologie. Une seule exception : le questionnement de
Meyer. A notre avis, le concept de questionnement est et reste un concept qui
appartient à la gnoséologie : le questionnement est un acte d’intellection cognitive. Cela
pourrait être une contribution tout à fait importante de Meyer.
L’aspiration de Meyer est, à notre avis, de proposer la problématologie comme
modèle d’analyse de tous les domaines de la connaissance et de l’action de l’homme.
Quelques résultats sont déjà devenus des certitudes, comme nous avons vu ci-dessus :
une métaphysique problématologique (surtout dans Questionnement et historicité mais
encore dans d’autres ouvrages, comme par exemple, Pour une critique de l’ontologie,
EUB, 1991 ; PUF, 1999 ; ou Petite métaphysique de la différence, Hachette, 2000 ;
PUF, 2008), une rhétorique problématologique (Questions de rhétorique, Hachette,
1993 ; Histoire de la Rhétorique des Grecs à nos jours, Hachette, 1999 avec Manuel
Maria Carrilho et Benoît Timmermans), une théorie de l’argumentation d’inspiration
problématologique (Logique, langage et argumentation, Hachette, 1982 ; Qu’est-ce
que l’argumentation, Vrin, 2005 ; 2008 ; Principa Rhetorica. Une théorie générale de
l’argumentation, Fayard, 2008). Il y avait toutes les prémisses pour une esthétique

Page | 4
problématologique que Michel Meyer n’a pas hésité d’articuler dans quelques ouvrages
tout à fait remarquables : Langage et littérature (PUF, 1992 ; 2001), Le comique et le
tragique. Penser le théâtre et son histoire (PUF, 2003 ; 2005), Rome et la naissance de
l’art européen (Arlea, 2007).
Nous voudrions nous arrêter sur l’interprétation problématologique du théâtre, un
peu plus proche à notre cœur grâce à sa paradoxalité accablante. Tous les concepts
fondamentaux de la problématologie, quelques uns d’une difficulté évidente, se
retrouvent dans cette investigation problématologique du théâtre. Trois axiomes sont
présents dans cette analyse : (a) l’origine du théâtre doit être cherchée dans la mise en
scène de la différence ; (b) le théâtre est une actualisation de l’ethos, du pathos et du
logos comme instances de la différence ; (c) le théâtre est et restera un monde des
identités fictionnelles. A partir de là et avec les ressources catégorielles du modèle
problématologique, Meyer analyse les moments les plus importants de l’histoire du
théâtre pour mettre en évidence le fonctionnement pratique de ses concepts. Qu’est-ce
que c’est que l’évolution du théâtre? Une diminution du refoulement
problématologique, répond Meyer. Le théâtre a avancé, si on le regarde à l’échelle de
l’Histoire, comme un processus d’amplification de l’interrogation radicale à laquelle
l’individu s’est confronté. Quelles que soient les modalités de construction qu’il a
assumées, le théâtre a problématisé. Puisqu’il a problématisé de plus en plus
profondément, il a laissé des traces toujours plus évidentes dans la conscience de
l’individu récepteur, du public en général. Une série de ces traces constituent la
substance de cette investigation problématologique sur le théâtre et sur son histoire.
*

*

*

Qu’est-ce qu’on pourrait dire à la fin de ces quelques considérations ? Un bijou
herméneutique sorti de la main d’un maître sur la question de l’interprétation, dont la
qualité tient à l’idée, mais encore plus à son exposé concentré, qui donne une harmonie
formelle à nos pensées si nous y sommes enclins. Nous avons ici, en fait, la
concrétisation d’une exigence éternelle : le maximum de pensée dans un minimum de
mots ! Non multa, sed multum ! Si on se laissait aller à un jeu d’imagination, on
pourrait se questionner : Que dirait Meyer sur ce qu’Angèle Kremer-Marietti dit de
Meyer ? Voilà en fait le questionnement du questionnement même !

Page | 5

Contenu connexe

Tendances

Regard épistémologique sur les sg
Regard épistémologique sur les sgRegard épistémologique sur les sg
Regard épistémologique sur les sg
Amine Azzaz
 
Les temps verticaux
Les temps verticaux Les temps verticaux
Les temps verticaux
Elsa von Licy
 
Relativisme "relatif" et relativisme "absolu"
Relativisme "relatif" et relativisme "absolu"Relativisme "relatif" et relativisme "absolu"
Relativisme "relatif" et relativisme "absolu"
Jean-Jacques Pinto
 
Cours epistémologie outils méthodologiques
Cours epistémologie outils méthodologiquesCours epistémologie outils méthodologiques
Cours epistémologie outils méthodologiques
bouchra elabbadi
 
Les Approches et les méthodes de recherches en sciencs sociales
Les Approches et les méthodes de recherches en sciencs socialesLes Approches et les méthodes de recherches en sciencs sociales
Les Approches et les méthodes de recherches en sciencs sociales
Chems Eddine BOUKHEDIMI
 
Le fondement-de-la-morale
Le fondement-de-la-moraleLe fondement-de-la-morale
Le fondement-de-la-morale
Elsa von Licy
 
La philosophie de Hegel - par lucia gangale
La philosophie de Hegel - par lucia gangaleLa philosophie de Hegel - par lucia gangale
La philosophie de Hegel - par lucia gangale
reportages1
 
Petit cours sur l'épistémologie
Petit cours sur l'épistémologiePetit cours sur l'épistémologie
Petit cours sur l'épistémologie
philip61
 
Les «nouvelles» sciences de l'Homme et de la Société, Jean-Louis Le Moigne
Les «nouvelles» sciences de l'Homme et de la Société, Jean-Louis Le MoigneLes «nouvelles» sciences de l'Homme et de la Société, Jean-Louis Le Moigne
Les «nouvelles» sciences de l'Homme et de la Société, Jean-Louis Le Moigne
Michel Paillet
 
Cours Philosophie Enthoven
Cours Philosophie EnthovenCours Philosophie Enthoven
Cours Philosophie Enthoven
manoung
 

Tendances (12)

Regard épistémologique sur les sg
Regard épistémologique sur les sgRegard épistémologique sur les sg
Regard épistémologique sur les sg
 
Les temps verticaux
Les temps verticaux Les temps verticaux
Les temps verticaux
 
Relativisme "relatif" et relativisme "absolu"
Relativisme "relatif" et relativisme "absolu"Relativisme "relatif" et relativisme "absolu"
Relativisme "relatif" et relativisme "absolu"
 
Cours epistémologie outils méthodologiques
Cours epistémologie outils méthodologiquesCours epistémologie outils méthodologiques
Cours epistémologie outils méthodologiques
 
Les Approches et les méthodes de recherches en sciencs sociales
Les Approches et les méthodes de recherches en sciencs socialesLes Approches et les méthodes de recherches en sciencs sociales
Les Approches et les méthodes de recherches en sciencs sociales
 
Le fondement-de-la-morale
Le fondement-de-la-moraleLe fondement-de-la-morale
Le fondement-de-la-morale
 
La philosophie de Hegel - par lucia gangale
La philosophie de Hegel - par lucia gangaleLa philosophie de Hegel - par lucia gangale
La philosophie de Hegel - par lucia gangale
 
Petit cours sur l'épistémologie
Petit cours sur l'épistémologiePetit cours sur l'épistémologie
Petit cours sur l'épistémologie
 
Doc 52
Doc 52Doc 52
Doc 52
 
Les «nouvelles» sciences de l'Homme et de la Société, Jean-Louis Le Moigne
Les «nouvelles» sciences de l'Homme et de la Société, Jean-Louis Le MoigneLes «nouvelles» sciences de l'Homme et de la Société, Jean-Louis Le Moigne
Les «nouvelles» sciences de l'Homme et de la Société, Jean-Louis Le Moigne
 
1340ans education
1340ans education1340ans education
1340ans education
 
Cours Philosophie Enthoven
Cours Philosophie EnthovenCours Philosophie Enthoven
Cours Philosophie Enthoven
 

En vedette

Michel meyer qu'est ce que la problematologie
Michel meyer qu'est ce que la problematologie Michel meyer qu'est ce que la problematologie
Michel meyer qu'est ce que la problematologie
Elsa von Licy
 
Problématologie
ProblématologieProblématologie
Problématologie
Stéphanie de VANSSAY
 
Thèse de Doctorat/Phd en Science du Langage
Thèse de Doctorat/Phd en Science du LangageThèse de Doctorat/Phd en Science du Langage
Thèse de Doctorat/Phd en Science du Langage
Université de Dschang
 
Polyphonie et carnavalesque bakhtine
Polyphonie et carnavalesque bakhtinePolyphonie et carnavalesque bakhtine
Polyphonie et carnavalesque bakhtine
samirataam
 
La critique littéraire africaine et le colloque de Yaoundé de 1973
La critique littéraire africaine et le colloque de Yaoundé de 1973La critique littéraire africaine et le colloque de Yaoundé de 1973
La critique littéraire africaine et le colloque de Yaoundé de 1973
Publie
 
Littérature française du
Littérature française duLittérature française du
Littérature française du
Piyush Kamal
 
Objet et démarche de l'anthropologie
Objet et démarche de l'anthropologieObjet et démarche de l'anthropologie
Objet et démarche de l'anthropologie
Souad Azizi
 
Culture: terme, notion et concept
Culture: terme, notion et conceptCulture: terme, notion et concept
Culture: terme, notion et concept
Souad Azizi
 

En vedette (10)

Michel meyer qu'est ce que la problematologie
Michel meyer qu'est ce que la problematologie Michel meyer qu'est ce que la problematologie
Michel meyer qu'est ce que la problematologie
 
Problématologie
ProblématologieProblématologie
Problématologie
 
Thèse de Doctorat/Phd en Science du Langage
Thèse de Doctorat/Phd en Science du LangageThèse de Doctorat/Phd en Science du Langage
Thèse de Doctorat/Phd en Science du Langage
 
Polyphonie et carnavalesque bakhtine
Polyphonie et carnavalesque bakhtinePolyphonie et carnavalesque bakhtine
Polyphonie et carnavalesque bakhtine
 
Methododologie de la recherche documentaire M1 Lettres modernes
Methododologie de la recherche documentaire M1 Lettres modernesMethododologie de la recherche documentaire M1 Lettres modernes
Methododologie de la recherche documentaire M1 Lettres modernes
 
La critique littéraire africaine et le colloque de Yaoundé de 1973
La critique littéraire africaine et le colloque de Yaoundé de 1973La critique littéraire africaine et le colloque de Yaoundé de 1973
La critique littéraire africaine et le colloque de Yaoundé de 1973
 
La Stylistique
La StylistiqueLa Stylistique
La Stylistique
 
Littérature française du
Littérature française duLittérature française du
Littérature française du
 
Objet et démarche de l'anthropologie
Objet et démarche de l'anthropologieObjet et démarche de l'anthropologie
Objet et démarche de l'anthropologie
 
Culture: terme, notion et concept
Culture: terme, notion et conceptCulture: terme, notion et concept
Culture: terme, notion et concept
 

Similaire à Cr mm problematologie

DIAGNOSTIC : DIFFÉRENDS ? CIEL ! « Quelle peut être la teneur du discours psy...
DIAGNOSTIC : DIFFÉRENDS ? CIEL ! « Quelle peut être la teneur du discours psy...DIAGNOSTIC : DIFFÉRENDS ? CIEL ! « Quelle peut être la teneur du discours psy...
DIAGNOSTIC : DIFFÉRENDS ? CIEL ! « Quelle peut être la teneur du discours psy...
Jean-Jacques Pinto
 
KILANI Chehnez - Débat et savoir scientifique en classe. Problématisation et ...
KILANI Chehnez - Débat et savoir scientifique en classe. Problématisation et ...KILANI Chehnez - Débat et savoir scientifique en classe. Problématisation et ...
KILANI Chehnez - Débat et savoir scientifique en classe. Problématisation et ...
Catherine GOUJON
 
1'-RHETORIQUE-ET-ARGUMENTATION-L3-BEDJO-1.pdf
1'-RHETORIQUE-ET-ARGUMENTATION-L3-BEDJO-1.pdf1'-RHETORIQUE-ET-ARGUMENTATION-L3-BEDJO-1.pdf
1'-RHETORIQUE-ET-ARGUMENTATION-L3-BEDJO-1.pdf
ImaneZaki3
 
L'invention de la philosophie 1
L'invention de la philosophie 1L'invention de la philosophie 1
L'invention de la philosophie 1
Chinois
 
La recherche du sens
La recherche du sensLa recherche du sens
La recherche du sens
Marc Imbeault, RMC Saint-Jean
 
Cours_Epistémologie et Histoire des Sciences de la Vie_S6.pptx
Cours_Epistémologie et Histoire des Sciences de la Vie_S6.pptxCours_Epistémologie et Histoire des Sciences de la Vie_S6.pptx
Cours_Epistémologie et Histoire des Sciences de la Vie_S6.pptx
rababouerdighi
 
Préambule épistémologique à l'article de "Marges Linguistiques"
Préambule épistémologique à l'article de "Marges Linguistiques"Préambule épistémologique à l'article de "Marges Linguistiques"
Préambule épistémologique à l'article de "Marges Linguistiques"
Jean-Jacques Pinto
 
Presentation methodo PPT.pdf
Presentation methodo PPT.pdfPresentation methodo PPT.pdf
Presentation methodo PPT.pdf
JoyEssor
 
Philosophie du non
Philosophie du nonPhilosophie du non
Philosophie du non
abdelilah terchi
 
Les positionnements épistémologiques et Outils méthodologiques
Les positionnements épistémologiques et Outils méthodologiquesLes positionnements épistémologiques et Outils méthodologiques
Les positionnements épistémologiques et Outils méthodologiques
bouchra elabbadi
 
De l’épistémologie de sciences à l’épistémologie des disciplines enseignées :...
De l’épistémologie de sciences à l’épistémologie des disciplines enseignées :...De l’épistémologie de sciences à l’épistémologie des disciplines enseignées :...
De l’épistémologie de sciences à l’épistémologie des disciplines enseignées :...
GCAF
 
Littérature et philosophie: le règne de Descartes
Littérature et philosophie: le règne de DescartesLittérature et philosophie: le règne de Descartes
Littérature et philosophie: le règne de Descartes
Universidad Complutense de Madrid
 
Deschenaux27(2)
Deschenaux27(2)Deschenaux27(2)
Deschenaux27(2)
Alejo1036628119
 
prsentationsocioclinend-140110124650-phpapp02.pdf
prsentationsocioclinend-140110124650-phpapp02.pdfprsentationsocioclinend-140110124650-phpapp02.pdf
prsentationsocioclinend-140110124650-phpapp02.pdf
ELHAMRI1
 
Qu'est ce que la sociologie ?
Qu'est ce que la sociologie ? Qu'est ce que la sociologie ?
Qu'est ce que la sociologie ?
Ndero Ngadoy
 
A.J. Greimas: maitre de la fiducie. Raccommoder sens et (con)science
A.J. Greimas: maitre de la fiducie. Raccommoder sens et (con)scienceA.J. Greimas: maitre de la fiducie. Raccommoder sens et (con)science
A.J. Greimas: maitre de la fiducie. Raccommoder sens et (con)science
Semiosis
 

Similaire à Cr mm problematologie (20)

DIAGNOSTIC : DIFFÉRENDS ? CIEL ! « Quelle peut être la teneur du discours psy...
DIAGNOSTIC : DIFFÉRENDS ? CIEL ! « Quelle peut être la teneur du discours psy...DIAGNOSTIC : DIFFÉRENDS ? CIEL ! « Quelle peut être la teneur du discours psy...
DIAGNOSTIC : DIFFÉRENDS ? CIEL ! « Quelle peut être la teneur du discours psy...
 
KILANI Chehnez - Débat et savoir scientifique en classe. Problématisation et ...
KILANI Chehnez - Débat et savoir scientifique en classe. Problématisation et ...KILANI Chehnez - Débat et savoir scientifique en classe. Problématisation et ...
KILANI Chehnez - Débat et savoir scientifique en classe. Problématisation et ...
 
Arnsperger 2005 pdf
Arnsperger 2005 pdfArnsperger 2005 pdf
Arnsperger 2005 pdf
 
1'-RHETORIQUE-ET-ARGUMENTATION-L3-BEDJO-1.pdf
1'-RHETORIQUE-ET-ARGUMENTATION-L3-BEDJO-1.pdf1'-RHETORIQUE-ET-ARGUMENTATION-L3-BEDJO-1.pdf
1'-RHETORIQUE-ET-ARGUMENTATION-L3-BEDJO-1.pdf
 
presentation_IHPST_2013
presentation_IHPST_2013presentation_IHPST_2013
presentation_IHPST_2013
 
L'invention de la philosophie 1
L'invention de la philosophie 1L'invention de la philosophie 1
L'invention de la philosophie 1
 
La recherche du sens
La recherche du sensLa recherche du sens
La recherche du sens
 
Cours_Epistémologie et Histoire des Sciences de la Vie_S6.pptx
Cours_Epistémologie et Histoire des Sciences de la Vie_S6.pptxCours_Epistémologie et Histoire des Sciences de la Vie_S6.pptx
Cours_Epistémologie et Histoire des Sciences de la Vie_S6.pptx
 
Rene thom citations
Rene thom citationsRene thom citations
Rene thom citations
 
Préambule épistémologique à l'article de "Marges Linguistiques"
Préambule épistémologique à l'article de "Marges Linguistiques"Préambule épistémologique à l'article de "Marges Linguistiques"
Préambule épistémologique à l'article de "Marges Linguistiques"
 
Presentation methodo PPT.pdf
Presentation methodo PPT.pdfPresentation methodo PPT.pdf
Presentation methodo PPT.pdf
 
Philosophie du non
Philosophie du nonPhilosophie du non
Philosophie du non
 
Les positionnements épistémologiques et Outils méthodologiques
Les positionnements épistémologiques et Outils méthodologiquesLes positionnements épistémologiques et Outils méthodologiques
Les positionnements épistémologiques et Outils méthodologiques
 
De l’épistémologie de sciences à l’épistémologie des disciplines enseignées :...
De l’épistémologie de sciences à l’épistémologie des disciplines enseignées :...De l’épistémologie de sciences à l’épistémologie des disciplines enseignées :...
De l’épistémologie de sciences à l’épistémologie des disciplines enseignées :...
 
Littérature et philosophie: le règne de Descartes
Littérature et philosophie: le règne de DescartesLittérature et philosophie: le règne de Descartes
Littérature et philosophie: le règne de Descartes
 
Corraze40
Corraze40Corraze40
Corraze40
 
Deschenaux27(2)
Deschenaux27(2)Deschenaux27(2)
Deschenaux27(2)
 
prsentationsocioclinend-140110124650-phpapp02.pdf
prsentationsocioclinend-140110124650-phpapp02.pdfprsentationsocioclinend-140110124650-phpapp02.pdf
prsentationsocioclinend-140110124650-phpapp02.pdf
 
Qu'est ce que la sociologie ?
Qu'est ce que la sociologie ? Qu'est ce que la sociologie ?
Qu'est ce que la sociologie ?
 
A.J. Greimas: maitre de la fiducie. Raccommoder sens et (con)science
A.J. Greimas: maitre de la fiducie. Raccommoder sens et (con)scienceA.J. Greimas: maitre de la fiducie. Raccommoder sens et (con)science
A.J. Greimas: maitre de la fiducie. Raccommoder sens et (con)science
 

Plus de Elsa von Licy

Styles of Scientific Reasoning, Scientific Practices and Argument in Science ...
Styles of Scientific Reasoning, Scientific Practices and Argument in Science ...Styles of Scientific Reasoning, Scientific Practices and Argument in Science ...
Styles of Scientific Reasoning, Scientific Practices and Argument in Science ...
Elsa von Licy
 
Strategie Decisions Incertitude Actes conference fnege xerfi
Strategie Decisions Incertitude Actes conference fnege xerfiStrategie Decisions Incertitude Actes conference fnege xerfi
Strategie Decisions Incertitude Actes conference fnege xerfi
Elsa von Licy
 
Rainville pierre
Rainville pierreRainville pierre
Rainville pierre
Elsa von Licy
 
Neuropsychophysiologie
NeuropsychophysiologieNeuropsychophysiologie
Neuropsychophysiologie
Elsa von Licy
 
L agressivite en psychanalyse (21 pages 184 ko)
L agressivite en psychanalyse (21 pages   184 ko)L agressivite en psychanalyse (21 pages   184 ko)
L agressivite en psychanalyse (21 pages 184 ko)
Elsa von Licy
 
C1 clef pour_la_neuro
C1 clef pour_la_neuroC1 clef pour_la_neuro
C1 clef pour_la_neuro
Elsa von Licy
 
Hemostase polycop
Hemostase polycopHemostase polycop
Hemostase polycop
Elsa von Licy
 
Antiphilos
AntiphilosAntiphilos
Antiphilos
Elsa von Licy
 
Vuillez jean philippe_p01
Vuillez jean philippe_p01Vuillez jean philippe_p01
Vuillez jean philippe_p01
Elsa von Licy
 
Spr ue3.1 poly cours et exercices
Spr ue3.1   poly cours et exercicesSpr ue3.1   poly cours et exercices
Spr ue3.1 poly cours et exercices
Elsa von Licy
 
Plan de cours all l1 l2l3m1m2 p
Plan de cours all l1 l2l3m1m2 pPlan de cours all l1 l2l3m1m2 p
Plan de cours all l1 l2l3m1m2 p
Elsa von Licy
 
M2 bmc2007 cours01
M2 bmc2007 cours01M2 bmc2007 cours01
M2 bmc2007 cours01
Elsa von Licy
 
Bioph pharm 1an-viscosit-des_liquides_et_des_solutions
Bioph pharm 1an-viscosit-des_liquides_et_des_solutionsBioph pharm 1an-viscosit-des_liquides_et_des_solutions
Bioph pharm 1an-viscosit-des_liquides_et_des_solutions
Elsa von Licy
 
Poly histologie-et-embryologie-medicales
Poly histologie-et-embryologie-medicalesPoly histologie-et-embryologie-medicales
Poly histologie-et-embryologie-medicales
Elsa von Licy
 
Methodes travail etudiants
Methodes travail etudiantsMethodes travail etudiants
Methodes travail etudiants
Elsa von Licy
 
Atelier.etude.efficace
Atelier.etude.efficaceAtelier.etude.efficace
Atelier.etude.efficace
Elsa von Licy
 
There is no_such_thing_as_a_social_science_intro
There is no_such_thing_as_a_social_science_introThere is no_such_thing_as_a_social_science_intro
There is no_such_thing_as_a_social_science_intro
Elsa von Licy
 

Plus de Elsa von Licy (20)

Styles of Scientific Reasoning, Scientific Practices and Argument in Science ...
Styles of Scientific Reasoning, Scientific Practices and Argument in Science ...Styles of Scientific Reasoning, Scientific Practices and Argument in Science ...
Styles of Scientific Reasoning, Scientific Practices and Argument in Science ...
 
Strategie Decisions Incertitude Actes conference fnege xerfi
Strategie Decisions Incertitude Actes conference fnege xerfiStrategie Decisions Incertitude Actes conference fnege xerfi
Strategie Decisions Incertitude Actes conference fnege xerfi
 
Rainville pierre
Rainville pierreRainville pierre
Rainville pierre
 
Neuropsychophysiologie
NeuropsychophysiologieNeuropsychophysiologie
Neuropsychophysiologie
 
L agressivite en psychanalyse (21 pages 184 ko)
L agressivite en psychanalyse (21 pages   184 ko)L agressivite en psychanalyse (21 pages   184 ko)
L agressivite en psychanalyse (21 pages 184 ko)
 
C1 clef pour_la_neuro
C1 clef pour_la_neuroC1 clef pour_la_neuro
C1 clef pour_la_neuro
 
Hemostase polycop
Hemostase polycopHemostase polycop
Hemostase polycop
 
Antiphilos
AntiphilosAntiphilos
Antiphilos
 
Vuillez jean philippe_p01
Vuillez jean philippe_p01Vuillez jean philippe_p01
Vuillez jean philippe_p01
 
Spr ue3.1 poly cours et exercices
Spr ue3.1   poly cours et exercicesSpr ue3.1   poly cours et exercices
Spr ue3.1 poly cours et exercices
 
Plan de cours all l1 l2l3m1m2 p
Plan de cours all l1 l2l3m1m2 pPlan de cours all l1 l2l3m1m2 p
Plan de cours all l1 l2l3m1m2 p
 
M2 bmc2007 cours01
M2 bmc2007 cours01M2 bmc2007 cours01
M2 bmc2007 cours01
 
Feuilletage
FeuilletageFeuilletage
Feuilletage
 
Chapitre 1
Chapitre 1Chapitre 1
Chapitre 1
 
Biophy
BiophyBiophy
Biophy
 
Bioph pharm 1an-viscosit-des_liquides_et_des_solutions
Bioph pharm 1an-viscosit-des_liquides_et_des_solutionsBioph pharm 1an-viscosit-des_liquides_et_des_solutions
Bioph pharm 1an-viscosit-des_liquides_et_des_solutions
 
Poly histologie-et-embryologie-medicales
Poly histologie-et-embryologie-medicalesPoly histologie-et-embryologie-medicales
Poly histologie-et-embryologie-medicales
 
Methodes travail etudiants
Methodes travail etudiantsMethodes travail etudiants
Methodes travail etudiants
 
Atelier.etude.efficace
Atelier.etude.efficaceAtelier.etude.efficace
Atelier.etude.efficace
 
There is no_such_thing_as_a_social_science_intro
There is no_such_thing_as_a_social_science_introThere is no_such_thing_as_a_social_science_intro
There is no_such_thing_as_a_social_science_intro
 

Cr mm problematologie

  • 1. Constantin Salavastru, Ph.D. Seminar of Discursive Logic, Argumentation Theory and Rhetoric Department of Communication and Public Relations „Al.I.Cuza“ University E-mail: csalav@uaic.ro Critique de la problématologie La collection « Références » des Editions de l’Université de Bruxelles met à la disposition du lecteur un ouvrage intitulé Michel Meyer et la problématologie1, dans la lignée, entre autres, du célèbre Traité de l’argumentation – La nouvelle rhétorique de Perelman et Olbrechts-Tyteca (sixième édition, 2008). A notre avis, ce livre est l’expression d’une heureuse rencontre entre une conception d’une grande profondeur et d’extension de plus en plus ample (la problématologie de Michel Meyer) et l’esprit critique et la culture philosophique encyclopédique d’un penseur qui, pendant toute une vie, a travaillé sur les textes fondamentaux de la philosophie occidentale (Angèle Kremer-Marietti). Le résultat de cette rencontre admirable est une analyse d’une concentration extrême mais qui ne laisse pas de reste : tous les problèmes importants impliqués par la conception problématologique sont investigués avec toute l’acribie qu’on connaît à Angèle Kremer-Marietti ! Quels sont les aspects qui sont entrés sous le plume du critique ? Le premier est la raison d’être de la problématologie : le concept de questionnement. Pour Angèle Kremer-Marietti, la nouveauté de la conception problématologique est le passage du propositionnalisme de la pensée occidentale – pour laquelle la réponse c’était la chose la plus importante pour la connaissance et pour la compréhension du monde – au problématologique, une intuition exceptionnelle de Socrate mais qui, malheureusement, n’a pas été poursuivie d’une façon adéquate par la tradition occidentale. Cette dernière considère que, au contraire, l’interrogation sur les principes premiers est la vraie vocation de la pensée philosophique, le questionnement toujours présents et toujours repris pour renouveler la compréhension des problèmes philosophiques. Voilà une remarque intéressante : 1 Angèle Kremer-Marietti, Michel Meyer et la problématologie, Editions de l’Universite de Bruxelles, 2008. Page | 1
  • 2. “Philosopher, c’est se livrer à une perpétuelle remise en question, pour déboucher sur des réponses nouvelles, ne fût-ce que celles qui thématisent le questionnement lui-même. […]. Pour un véritable philosophe, l’esprit est interrogatif ou n’est pas” (p. 8). Le concept de différence problématologique, présent, je crois, dans tous les ouvrages de Meyer, constitue le noyau, le lieu d’unification de tous les autres concepts centraux – interrogativité radicale, questionnement – grâce à la relation de différence et d’équilibre qu’il établi entre la question et la réponse. Evidemment, il y a beaucoup d’arguments qui peuvent fonder une pensée interrogative qui explique, jusqu’à la fin, ce que Meyer assume comme un donné premier : “la pensée ne progresse qu’interrogativement”. Chez Meyer, les contreexemples analysés (la rationalité pure de Platon, l’ordre résolutoire de Descartes, le positivisme de Carnap, le nihilisme de Heidegger) viennent s’ajouter, à la fin d’une analyse attentive, comme preuves en faveur de sa conception interrogativiste : les circonstances ne permettent pas d’éluder le fait que la rationalité pure reste une illusion, l’ordre résolutoire de Descartes est lui-même contradictoire, le nihilisme et le positivisme se trouvent, eux-mêmes, dans une opposition irréductible. L’analyse critique proposée dans ce livre réserve une section spéciale au grand traité de problématologie Questionnement et historicité (PUF, 2000). En fait, le traité en question est une application du modèle problématologique à toute métaphysique. De ce fait, Questionnement et historicité est considérée une analyse problématologique des catégories : “Sur la constatation courante, que nous donnons généralement trop d’importance aux réponses qui nous apaisent et dont nous voulons effectivement qu’elles nous apaisent, Michel Meyer réoriente le mouvement de réflexion vers le questionnement même, comme une ouverture jamais refermée. Son intention est de réinterpréter, à la lumière d’une interrogativité radicale, la réalité et sa genèse, à partir d’une nouvelle perception de l’espace et du temps, mais aussi à partir de nouveaux principes de la pensée et donc de nouvelles catégorisations du réel” (p. 28). La catégorisation est transférée au niveau du questionnement. Interroger sur le point de départ, sur ce qui est premier c’est questionner le questionnement même. Une analyse du questionnement est le premier pas d’une esquisse du problématologique qui peut passer au-delà de la vision propositionnaliste de notre pensée philosophique dans laquelle la réponse est l’élément premier, à l’assomption du couple question-réponse comme modèle de la compréhension adéquate d’un problème philosophique. L’intention de mener une telle investigation (“questionner le questionnement même”), tout à fait différente par rapport à l’objet de la méditation de toute la philosophie jusqu’à nos jours (“nous questionnons le questionnement : une telle question n’a jamais été posée”) ne peut pas se servir de telle ou telle méthode traditionnelle. Une nouvelle méthode s’impose. Son nom : la déduction problématologique. A la déduction logique de Descartes, à la déduction Page | 2
  • 3. transcendentale des catégories de Kant, à la déduction phénoménologique de Husserl s’ajoute la déduction problématologique de Meyer comme un nouveau instrument métodologique capable de dire quelque chose de nouveau sur ce qui est premier. Sans doute, l’historicité reste celle qui rend possible l’interrogation sur le questionnement et la différence problématologique, propre à toute démarche à soumettre à une analyse de ce type. Elle va avoir en vue les trois grands problèmes traditionnels de la métaphysique (l’identité, le monde et l’altérité), mais dans un ordre catégoriel qui reste tout à fait différent par rapport à la tradition. Dans ce contexte de nouveauté, Questionnement et historicité analyse l’ordre des réponses. Deux modalités sont assumées dans ce but. La première est analytique (au sens kantien du terme), qui propose une investigation de l’ordre des réponses en tant qu’ordre des jugements, la seconde est apocritique, qui propose une démarche explicative sur l’ordre des réponses comme telles. Quelle est la différence ? L’analytique de l’ordre des réponses prend en considération la réponse comme jugement et essaie d’établir quelles sont les règles sur lesquelles les jugements se soutiennent réciproquement, en établissant un ordre propositionnel qui a son origine dans des jugements apparemment autonomes. L’apocritique de l’ordre des réponses part de l’idée que nos jugements sont, en fait, des réponses aux problèmes et ils doivent être jugés comme tels. Une démarche de cette sorte est plus intéressée par le jeu question-réponse que par le conditionnement réciproque des jugements ou par leur synthèse. Evidemment, l’auteur analyse en détail tous les autres aspects de Questionnement et historicité (les principes classiques de la logique, les six interrogatifs, l’historicité), mais il est impossible d’en donner ici une présentation en détail. Angèle Kremer-Marietti propose une explication inédite pour aller au fondement du lien entre le questionnement, la problématologie et la passionnalité humaine. L’origine de la méditation est, surtout, l’ouvrage de Meyer Le philosophe et les passions. Esquisse d’une histoire de la nature humaine (Hachette, 1991; PUF, 2007). Voilà en bref l’excellente déduction. L’homme est un être passionnel. C’es-à-dire dominé par les affects, ces “maladies de l’âme” qui font les différences entre les individus. Dans le sillage d’Aristote (livre deuxième de sa Rhétorique), Meyer croit que “les passions qui différencient les individus sont l’élément moteur de la vie de la Cité” (p. 37). Dans toutes nos actions nous faisons entrer, à un degré plus ou moins grand, nos passions : dans les confrontations académiques, dans l’amour, dans nos œuvres scientifiques, dans la lutte politique, dans le concours d’admission, dans nos disputes occasionnelles, à la cuisine et ainsi de suite. Mais, et là nous découvrons la clé de la déduction, les passions font venir avec elles beaucoup de problèmes ! Un désir très puissant peut amener l’homme à des faits tout à fait regretables, même mauvais, une tristesse prolongée devient, sûrement, la cause de résultats négatifs dans l’activité ou de l’animosité dans les relations avec les autres. Les passions sont, en général, objet de créations artistiques : le groupe statuaire Laocoon exprime “la beauté de la douleur” et la souffrance tranquille dont seul l’ancien Grec est capable, le drame Othello de Shakespeare met en acte la passion obsessive et la jalousie extrême qui va porter au crime et ainsi de suite. Qu’est-ce qu’on peut faire là-dessus ? Une interrogativité Page | 3
  • 4. permanente sur ces problèmes aura pour résultat de possibles résolutions autres que les actes extrêmes. Combien de passions ne sont pas théorisées par le biais du théâtre ? Un thème spécial de toutes les interrogations de Meyer est celui de l’Etre. Evidemment, un tel sujet est une permanence depuis la pensée philosophique d’Aristote à nos jours. Au fond, la discussion sur ce qu’est l’Etre, chez tous les penseurs importants, c’est une méditation sur ce qui est premier dans le monde : l’eau, l’air, le feu, le cogito, la monade, la chose en soi, l’Idée absolue et d’autres choses pareils. A ce point, observe Angèle Kremer-Marietti, Meyer s’intègre d’une façon tout à fait normale à la galerie de tous ceux qui ont vraiment cherché l’essence de ce qui est premier. La réponse de Meyer se retrouve dans beaucoup de ses ouvrages et elle n’est qu’une seule et toujours la même : le questionnement lui-même. Dans la question fondamentale : “Qui est ce qui est ?” la chose la plus importante n’est pas de trouver quelque chose d’ordre matériel ou spirituel, c’est-à-dire un “objet”, qui pourrait être indiqué si on voulait répondre à cette question, mais le fait de nous questionner sur ce qui est, c’està-dire le questionnement lui-même. Voilà un fragment explicatif d’Angèle KremerMarietti sur ce point : “S’il s’agit, par exemple, de la question de ce qui est premier dans la pensée, il faut alors, en suivant l’indication de Michel Meyer, s’interroger sur ce qui est premier, et c’est le questionnement qui ressort comme primordial, et ce n’est plus un « objet » précis, comme Dieu, l’Etre ou le Cogito par exemple” (p. 62). Une petite observation ici qui peut suggérer un grand renversement dans le problème de l’Etre, si nous sommes sur la bonne voie d’une interprétation possible. Le problème de l’Etre a constitué le long de l’histoire de la philosophie, sans exception, l’essence de l’ontologie, entendue, en général, comme une théorie de l’existence. Toutes les solutions proposées – dont quelques unes ont été indiquées ci-dessus – sont devenus des concepts fondamentaux de l’ontologie. Une seule exception : le questionnement de Meyer. A notre avis, le concept de questionnement est et reste un concept qui appartient à la gnoséologie : le questionnement est un acte d’intellection cognitive. Cela pourrait être une contribution tout à fait importante de Meyer. L’aspiration de Meyer est, à notre avis, de proposer la problématologie comme modèle d’analyse de tous les domaines de la connaissance et de l’action de l’homme. Quelques résultats sont déjà devenus des certitudes, comme nous avons vu ci-dessus : une métaphysique problématologique (surtout dans Questionnement et historicité mais encore dans d’autres ouvrages, comme par exemple, Pour une critique de l’ontologie, EUB, 1991 ; PUF, 1999 ; ou Petite métaphysique de la différence, Hachette, 2000 ; PUF, 2008), une rhétorique problématologique (Questions de rhétorique, Hachette, 1993 ; Histoire de la Rhétorique des Grecs à nos jours, Hachette, 1999 avec Manuel Maria Carrilho et Benoît Timmermans), une théorie de l’argumentation d’inspiration problématologique (Logique, langage et argumentation, Hachette, 1982 ; Qu’est-ce que l’argumentation, Vrin, 2005 ; 2008 ; Principa Rhetorica. Une théorie générale de l’argumentation, Fayard, 2008). Il y avait toutes les prémisses pour une esthétique Page | 4
  • 5. problématologique que Michel Meyer n’a pas hésité d’articuler dans quelques ouvrages tout à fait remarquables : Langage et littérature (PUF, 1992 ; 2001), Le comique et le tragique. Penser le théâtre et son histoire (PUF, 2003 ; 2005), Rome et la naissance de l’art européen (Arlea, 2007). Nous voudrions nous arrêter sur l’interprétation problématologique du théâtre, un peu plus proche à notre cœur grâce à sa paradoxalité accablante. Tous les concepts fondamentaux de la problématologie, quelques uns d’une difficulté évidente, se retrouvent dans cette investigation problématologique du théâtre. Trois axiomes sont présents dans cette analyse : (a) l’origine du théâtre doit être cherchée dans la mise en scène de la différence ; (b) le théâtre est une actualisation de l’ethos, du pathos et du logos comme instances de la différence ; (c) le théâtre est et restera un monde des identités fictionnelles. A partir de là et avec les ressources catégorielles du modèle problématologique, Meyer analyse les moments les plus importants de l’histoire du théâtre pour mettre en évidence le fonctionnement pratique de ses concepts. Qu’est-ce que c’est que l’évolution du théâtre? Une diminution du refoulement problématologique, répond Meyer. Le théâtre a avancé, si on le regarde à l’échelle de l’Histoire, comme un processus d’amplification de l’interrogation radicale à laquelle l’individu s’est confronté. Quelles que soient les modalités de construction qu’il a assumées, le théâtre a problématisé. Puisqu’il a problématisé de plus en plus profondément, il a laissé des traces toujours plus évidentes dans la conscience de l’individu récepteur, du public en général. Une série de ces traces constituent la substance de cette investigation problématologique sur le théâtre et sur son histoire. * * * Qu’est-ce qu’on pourrait dire à la fin de ces quelques considérations ? Un bijou herméneutique sorti de la main d’un maître sur la question de l’interprétation, dont la qualité tient à l’idée, mais encore plus à son exposé concentré, qui donne une harmonie formelle à nos pensées si nous y sommes enclins. Nous avons ici, en fait, la concrétisation d’une exigence éternelle : le maximum de pensée dans un minimum de mots ! Non multa, sed multum ! Si on se laissait aller à un jeu d’imagination, on pourrait se questionner : Que dirait Meyer sur ce qu’Angèle Kremer-Marietti dit de Meyer ? Voilà en fait le questionnement du questionnement même ! Page | 5