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E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes
Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion
1
Chapitre III L’équilibre macroéconomique keynésien
Introduction
Tout au long du XIXe et au début du XXe siècle, les économies ont connu des crises économiques
périodiques caractérisées par le chômage et la misère. En 1929, le monde capitaliste a été ébranlé par
une dépression économique sans précédente par son ampleur, sa durée et ses conséquences politiques,
économiques et sociales.
La théorie néoclassique, dominante à l’époque, se révéla impuissante à expliquer la situation et à
assurer la reprise économique. Elle recommanda la non-intervention de l’Etat, considérant que les
mécanismes de marché restaureraient automatiquement et rapidement le plein emploi grâce à la
parfaite flexibilité des prix qui assure l’équilibre de l’offre et de la demande sur tous les
marchés.
L’échec de ce discours libéral jeta le discrédit sur la théorie néoclassique et contribua à expliquer la
réorientation de la recherche économique et l’émergence d’analyses nouvelles comme celle de Keynes
(1883-1946). Les analyses de Keynes sont principalement contenues dans deux de ses nombreux
ouvrages : Traité sur la monnaie (1930) et Théorie générale de l’Emploi, de l’Intérêt et de la Monnaie
(1936). Dans ce second ouvrage, Keynes cherche à expliquer à partir d’une approche
macroéconomique :
comment se détermine à court terme l’équilibre macroéconomique ;
pourquoi cet équilibre peut correspondre à un équilibre de sous-emploi des facteurs de
production et notamment du travail ;
comment l’intervention de l’Etat peut aboutir à la résorption du chômage.
Les recommandations des politiques économiques de Keynes furent suivies par les responsables
politiques dans tous les grands pays occidentaux. Leur efficacité est attestée par la longue période de
prospérité et de haut niveau de l’emploi enregistrée par le monde occidental après la seconde guerre
mondiale id pendant les trente glorieuses.
Ce succès explique pourquoi la théorie keynésienne a connu de multiples approfondissements,
perfectionnements et prolongements.
En dépit des critiques dont elle est l’objet, l’analyse de Keynes – qui est à l’origine de toute la
macroéconomie contemporaine et des systèmes de comptabilité nationale, inspire toujours largement
les politiques économiques actuelles et se trouve encore aujourd’hui au cœur de la réflexion
économique et des enseignements d’économie.
Les caractéristiques de l’analyse keynésienne : une logique de demande
La principale rupture de Keynes par rapport au courant néoclassique est de considérer que les prix sont
fixes à court terme. Cette rigidité des prix résulte d’une circulation imparfaite de l’information
sur les marchés. L’information étant imparfaite, les prix s’ajustent avec retard et approximativement
aux modifications de l’environnement. Les quantités sont censées s’ajuster plus rapidement que les
prix.
Dans La Théorie Générale de l'Emploi, de l'Intérêt et de la Monnaie (1936), KEYNES rejette la
position des classiques1
en contestant la fameuse loi des débouchés de J.B SAY, qui est au cœur de la
logique des libéraux fondée sur l'offre de produits.
1
Le courant “ classique ” désignait à l’origine les économistes anglais de la fin du XVIIIième siècle. L’Ecole
classique développe les valeurs fondatrices du libéralisme. Les principaux chefs de cette Ecole, qui se
succèderont entre 1776 (La richesse des nations, A. Smith) et 1848 (Traité d’économie politique de J. S. Mill),
sont des auteurs anglais et français. Les économistes anglais (dont A. Smith, D. Ricardo, R. Malthus) constituent
toutefois les principaux artisans de l’Ecole classique (principaux auteurs français : JB Say, Sismondi).
NB : Sismondi met en cause la conception de la justice développée par les libéraux anglais qui est une vision
commutative (“ A chacun selon ses mérites ”). Cette vision est basée sur le principe de la société méritocratique.
Sismondi milite en faveur d’une justice distributive (“ à chacun selon ses besoins ”) qui implique une
intervention de l’Etat afin de redistribuer les richesses.
E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes
Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion
2
La loi des débouchés de JB SAY (1803) montre l’impossibilité d’un déséquilibre entre l’offre et la
demande globale de produits. Toute production trouvera toujours un débouché dans la mesure où
« l’offre créer sa propre demande » (Keynes).
Cette loi repose sur l’hypothèse de neutralité de la monnaie : la monnaie n’a pas d’utilité propre, elle
n’est qu’un « voile » (JB SAY), un simple intermédiaire des échanges. Elle est utilisée exclusivement
pour faciliter les transactions c’est-à-dire les échanges de produits. En conséquence, les revenus
distribués aux agents lors de la production seront intégralement réinjectés dans le circuit économique
sous forme de demande de produits. L’hypothèse de neutralité de la monnaie a donc pour
conséquence que la demande globale de produits est toujours égale à l’offre globale. On peut donc
dire, en reprenant l’expression de JB SAY, que « les produits s’échangent contre des produits ».
Par conséquent, tous les biens offerts dans l’économie ont un débouché ; une situation de
surproduction généralisée est impossible. Seuls peuvent exister des situations de déséquilibres
sectoriels entre l’offre et la demande sur un marché particulier, déséquilibres qui seront rapidement
résorber grâce à la parfaite flexibilité des prix.
• Si l'offre est trop importante pour le prix existant, ce dernier va baisser jusqu'au point où la
quantité demandée sera égale à la quantité offerte : la baisse du prix va conduire à une réduction
de la production (qui devient moins profitable) et une augmentation de la demande.
• Symétriquement, si la demande excède l'offre, la hausse des prix, en provoquant à la fois une
augmentation de l'offre de biens et services (l'activité productive est plus profitable) et une
diminution de la demande va permettre d'obtenir l'équilibre entre offre et demande.
Les entreprises n'ont donc pas à se préoccuper de l'écoulement de leurs produits qui trouveront
nécessairement un débouché. Elles peuvent donc produire ce qui est optimal pour elles, c'est à dire le
volume de biens qui maximise leur profit et donc embaucher des travailleurs jusqu'au point où leur
profit est maximum. C'est donc une logique de l'offre qui prévaut : la demande s'adaptera à l'offre
grâce à la flexibilité des prix. On peut dire que l'offre de produits détermine la demande.
L'équilibre de l'économie ne dépend en quelque sorte que de facteurs "techniques" : la technologie et
les facteurs de production disponibles vont déterminer la situation optimale grâce à la flexibilité des
prix qui assure en permanence l'équilibre de l'offre et de la demande sur tous les marchés. On en
déduit que l'équilibre optimal étant spontané, il n'est pas nécessaire qu'une intervention extérieure –
l'État – se manifeste. Bien au contraire, les économistes classiques considèrent que l’intervention de
l’Etat va perturber le fonctionnement naturellement harmonieux des marchés (cf. la célèbre “ main
invisible ” d’Adam Smith). Leurs conclusions en matière de politique économique sont donc
radicalement libérales : l’intervention de l’Etat est néfaste et, même si l’économie n’a pas toujours la
fluidité, la flexibilité que décrivent les modèles théoriques, les déséquilibres temporaires provoqués
par les imperfections de marché sont moins dommageables que ne peuvent l’être les rigidités créées
par l’Etat. 2
Que se passe-t-il si les agents décident d’épargner une partie de leur revenu3
?
La partie du revenu qui n’est pas consacrée à la consommation, c’est-à-dire l’épargne, est placée sur
le marché des capitaux et permet de financer l’investissement. La monnaie n’ayant aucune utilité
propre, les agents épargneront en contrepartie d’une rémunération. Cette rémunération est le taux
d’intérêt qui influence positivement le niveau de l’épargne. Le taux d’intérêt est défini comme le prix
de la renonciation à une consommation immédiate. La thésaurisation (c’est-à-dire l’existence d’une
épargne oisive) n’existe pas. L’épargne ne constitue donc pas une « fuite » hors du circuit
A la fin du XIXième siècle se développe l’école néoclassique qui renouvellera l’analyse des classiques.
2
Par exemple, il se peut que le marché du travail prenne du temps à s’adapter et que de façon temporaire il existe
un volant de travailleurs souhaitant travailler pour le taux de salaire en vigueur mais ne trouvant pas d’emplois.
Pour les néoclassiques, ce déséquilibre temporaire – liés à des problèmes d’information, d’insuffisante mobilité
géographique – se résorbera au fur et à mesure que les agents prendront conscience des caractéristiques du
marché. Par contre, si l’Etat intervient, en imposant par exemple un salaire minimum ou en empêchant des
licenciements, les adaptations ne pourront se faire et le déséquilibre s’aggravera.
3
La monnaie n’ayant aucune utilité propre, les agents épargneront en contrepartie d’une rémunération. Cette
rémunération est le taux d’intérêt qui influence positivement le niveau de l’épargne. Le taux d’intérêt est défini
comme le prix de la renonciation à une consommation immédiate.
E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes
Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion
3
économique ; elle est transformée en investissement assurant ainsi l’égalité entre l’offre et la demande
globale de produits.
Offre globale = demande globale
Offre de produits + Offre de capitaux = Demande de produits + Demande de capitaux
Y + S = C + I
L’égalité entre l’S et l’I, qui assure l’égalité entre l’offre et la demande globale, se réalise par
l’intermédiaire du taux d’intérêt.
La macroéconomie keynésienne tente de répondre à la question suivante : Que se passe-t-il dans
l’économie si les ajustements ne se font pas par les prix (taux de salaire réel, NGP4
, taux d’intérêt)
mais par les quantités (id le volume de la production et le niveau de l’emploi) ?
Dès l’instant où les agents ne peuvent plus compter sur la parfaite flexibilité des prix pour équilibrer
instantanément tous les marchés, il existe une incertitude quant à la réalisation de leurs plans.
Keynes considère que les entreprises, instruites par l’expérience, fixent le niveau de leur production et
donc le niveau de l’emploi non pas sur la base de la demande courante (id de la demande réalisée)
mais en fonction des prévisions de vente et/ou des commandes qui leurs sont passées. En d’autres
termes, le volume de la production globale – et le niveau global d’emploi qui en résulte – dépendent
de ce que Keynes appelle la demande effective qui est une anticipation par les entreprises de la
demande globale de biens de consommation et d’investissement à venir. La demande effective est
donc une demande anticipée.
Dans la Théorie générale, le principe de la demande effective (notée DE) est le principe qui détermine
l’équilibre global id les valeurs prises à l’équilibre par les principales variables macroéconomiques,
notamment par le volume de production et le niveau de l’emploi.
Contrairement au postulat de l'analyse classique, c'est donc la demande qui détermine l'offre et
l'étude des composantes de la demande globale est essentielle pour comprendre la formation du
revenu d'équilibre, dont rien ne garantit qu'il soit un équilibre de plein emploi. En effet, pour
Keynes, il n’y a aucune raison pour que le volume d’emploi décidé par les firmes corresponde au plein
emploi de la population active disponible. Dès lors, toute insuffisance de la demande effective
engendre un chômage involontaire qui peut se révéler durable. En cas d’insuffisance de la DE, seule
l’intervention de l’Etat, par des mesures de relance de la demande, est susceptible de provoquer
une hausse du niveau de la production et ainsi d’améliorer la situation de l’emploi.
4
NGP = Niveau général des prix
E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes
Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion
4
Section 1 : Les composantes de la demande globale
Dans une économie fermée, les deux composantes principales de la demande sont la
consommation des ménages et l'investissement des entreprises. Nous étudierons
successivement ces deux variables.
I. Les fonctions keynésiennes de consommation et d’épargne
La consommation finale globale, C, est la plus importante des composantes de la demande
globale.
A. Les théories de la consommation prékeynésiennes (rappel)
Pour les économistes classiques, le partage du revenu entre consommation et épargne dépend
du taux d’intérêt. L’intérêt rémunère la renonciation à une consommation immédiate.
La consommation a un caractère résiduel ; l’agent détermine en premier lieu le montant de
son épargne, en fonction du taux d’intérêt, et affecte le reste de son revenu à la
consommation.
Chez Keynes, le taux d’intérêt ne détermine pas le montant mais la forme de l’épargne qui
peut être soit une épargne placée soit une épargne thésaurisée.
NB : En fait, l’analyse théorique comme l’étude des comportements des épargnants montrent
que la relation épargne-taux d’intérêt n’est pas évidente : une hausse du taux d’intérêt peut
tout aussi bien conduire à une augmentation de l’épargne (effet de substitution) qu’à une
réduction de celle-ci (effet revenu : il n’est pas nécessaire de constituer une épargne aussi
importante pour bénéficier d’un flux souhaité d’intérêt).
B. La loi psychologique fondamentale de Keynes
Keynes considère que tout individu doit prendre deux sortes de décisions en matière
d’allocation de son revenu :
• La première se rapporte au choix entre consommation présente et consommation
future, auquel correspond le partage du revenu entre consommation et épargne. Pour
KEYNES, la consommation courante est une fonction stable du revenu réel disponible
courant et dépend de la propension marginale à consommer. Que d'autres facteurs
puissent intervenir ne lui semblait pas significatif, même en longue période.
D’après Keynes, « lorsque le revenu croît, la consommation croît aussi, mais dans une
moindre mesure » ce qui signifie que la propension marginale à consommer est comprise
entre 0 et 1. Cette relation est connue sous le nom de loi psychologique fondamentale de la
consommation.
réelstermesenonconsommatiY0
Y
C
disponibleréelrevenuCavec)Y(fC
t
t
t
ttt
=>
∂
∂
==
+
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5
La loi psychologique fondamentale : lorsque le revenu augmente, la consommation augmente
mais moins que le revenu.
∆ Y > 0 -----> 0 < ∆ C < ∆ Y
ou encore si c = propension marginale à consommer =
revenudesupplément
onconsommatidesupplément
Y
C
=
∆
∆
avec 1
Y
C
c0 <=<
∆
∆
c est le rapport entre la variation de la consommation et la variation du revenu qui l’a
provoquée.
Si c=0,8, cela signifie que les agents consomment 80% de leur revenu.
La propension marginale à consommer est plus forte pour les catégories de population à faible
niveau de revenu.
KEYNES : "La loi psychologique fondamentale à laquelle nous pouvons faire toute confiance,
à la fois a priori en raison de notre connaissance de la nature humaine et a posteriori en
raison des enseignements détaillés de l'expérience, c'est qu'en moyenne et la plupart du
temps, les hommes tendent à accroître leur consommation à mesure que leur revenu croît,
mais non d'une quantité aussi grande que l'accroissement du revenu". (Théorie générale,
Chapitre 8, p.117)
NB : Cette loi psychologique est "fondamentale", essentielle à la stabilité du modèle keynésien : nous le verrons
plus tard en présentant le multiplicateur keynésien.
KEYNES ne donne aucune justification théorique ou empirique de cette formulation, qui tient plus de la
sociologie, du "fait social" au sens de DURKHEIM que de la psychologie à proprement parler. De plus, la forme
précise de la fonction de consommation demeure incertaine. En écrivant cette fonction comme C = f(Y), la loi
psychologique fondamentale impose seulement que la propension marginale à consommer
c = )Y('f
Y
C
=
∆
∆ 5
soit inférieure à un. Plusieurs types de fonction de consommation sont donc compatibles
avec la loi psychologique fondamentale.
Keynes défini deux types de propension à consommer : la propension marginale – que nous
venons d’évoquer – et la propension moyenne à consommer. La propension moyenne à
consommer, notée c , se définit comme le rapport entre la consommation totale et le
revenu, soit C/Y.
NB : Elle est représentée graphiquement par la pente de la droite reliant l'origine au point
considéré de la fonction de consommation.
La formulation de la fonction de consommation suppose la constance de la propension
marginale à consommer. Cette fonction s’écrit : C= cY+Co
où Co est une constante et représente une consommation incompressible, autonome par
rapport au revenu.
La propension moyenne est égale à : c =
Y
Cc
Y
C 0
+= . La propension moyenne est donc
supérieure à la propension marginale. Elle décroît régulièrement lorsque le revenu augmente
5
La propension marginale à consommer est obtenue par la dérivée première de la fonction de consommation.
E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes
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6
puisque
Y
C0
diminue. Elle tend vers la propension marginale puisque lorsque Y tend vers
l’infini,
Y
C0
tend vers zéro.
Exemple : ∞→→+=⇒+= Yquand8,0
Y
0001
8,0c0001Y8,0C
NB : Quand on tient compte de l’Etat et des prélèvements obligatoires auxquels il procède, la
variable explicative de la consommation devient non le revenu courant mais le revenu
disponible id :
Yd = Y-T = Y – tY où t est le taux de PO
• La deuxième décision en matière d’allocation du revenu se rapporte à la forme sous
laquelle l’épargne de la période et des périodes antérieures va être conservée. Dans la
Théorie générale, Keynes considère que l’agent a le choix entre la monnaie et les
obligations. C’est le taux d’intérêt qui gouverne ce choix entre épargne placée et
épargne thésaurisée.
La logique du processus décisionnel chez Keynes.
C. La fonction keynésienne d’épargne
L’épargne a un caractère résiduel ; c’est la partie non consommée du revenu.
La fonction d’épargne s’écrit : S = Y – C = Y-cY= (1-c) Y = S(Y)
où S est une fonction croissante de Y
La somme de la propension moyenne à consommer c et de la propension moyenne à
épargner s est égale à 1.
1sc
Y
S
Y
C
Y
Y
SCY
=+=+=
+=
De la même façon, la somme de la propension marginale à consommer c et de la propension
marginale à épargner s est égale à 1.
1sc
Y
Y
Y
S
Y
C
YSC
YSC
=+
=+
=+
=+
∆
∆
∆
∆
∆
∆
∆∆∆
c
Y
C
Splacée
rS
Sthésaurisée
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7
D. Les alternatives à la fonction de consommation keynésienne
1. Les prolongements de la théorie keynésienne
a) La théorie de Duesenberry : l’effet de cliquet de la consommation
D’après Duesenberry, la consommation à une période donnée dépend non seulement du revenu
courant mais également du niveau de revenu le plus élevé perçu précédemment. Les ménages
cherchent en effet à maintenir leur train de vie, même si leur revenu diminue temporairement,
quitte à puiser dans leur épargne. Il existe ainsi une sorte d’ « effet de cliquet » dans la dépense de
consommation qui joue un rôle régulateur sur le cycle économique pendant les périodes de
récession.
b) La théorie du revenu permanent de Milton Friedman
Selon Friedman, les agents déterminent leur niveau de consommation non sur la base du revenu
courant mais de leur revenu permanent. Le revenu permanent correspond au revenu courant auquel
s’ajoutent les revenus futurs anticipés sur la base des tendances passées6
.
Le mécanisme aboutit à une autorégulation du cycle économique : dans les périodes de récession,
la réduction de la consommation sera moins sensible que ne le dit la théorie keynésienne et,
réciproquement, la progression moins forte en période d’expansion.
c) La théorie du cycle de vie de Modigliani (ou théorie du cycle vital)
Cette théorie estime que les individus tentent de maintenir un niveau de vie stable alors que leurs
revenus connaissent trois phases très différentes : au début de la vie, les ressources sont faibles ;
elles augmentent ensuite durant la vie active, pour régresser à nouveau après le départ à la retraite.
Cela conduit les jeunes à s’endetter fortement ; puis, au cours de la 2ième
phase de l’existence, les
ménages épargnent pour rembourser leurs emprunts de jeunesse et pour préparer leur retraite ;
durant la 3ième
phase, ils puisent dans leur épargne passée pour préserver leur consommation. Dès
lors la consommation d’une année donnée n’est pas strictement liée au seul revenu de l’année mais
dépend des revenus passés et des revenus futurs anticipés.
2. Le comportement de consommation ricardien : le théorème d’équivalence ou théorème de
Ricardo-Barro
Barro développe la thèse de l’effet d’éviction direct, connue sous le nom de théorème de Ricardo-
Barro ou théorème d’équivalence entre emprunt et impôt. Les agents anticipent une hausse future des
impôts qui sera décidé par l’Etat afin de rembourser l’emprunt public. En prévision de ces impôts
futurs, les agents augmentent aujourd’hui leur épargne ce qui réduit l’efficacité de la relance
budgétaire. Les agents raisonnent de façon intergénérationnelle : le recours à l’emprunt étant
synonyme d’une imposition différée dans le temps, les ménages épargnent davantage afin de laisser un
héritage inchangé. On parle alors de comportements de consommation et d’épargne ricardien.
Le théorème d’équivalence a fait l’objet de nombreuses critiques :
i) l’hypothèse d’altruisme intergénérationnel est discutable ;
ii) les contribuables n’anticiperaient pas pleinement les prélèvements futurs liés aux
déficits budgétaires : ils profiteraient donc de la relance pour consommer
davantage et non pour épargner plus;
iii) si le taux de croissance de l’économie est supérieur au taux d’intérêt, l’Etat n’aura
pas besoin de prélever davantage d’impôts demain pour financer le service de la
dette ;
iv) le comportement ricardien dépendrait du niveau de la dette : pour de faibles ratios
(dette/PIB), les agents adopteraient des comportements keynésiens en matière de
consommation et d’épargne. En revanche, pour des ratios (dette/PIB) élevés, ils
anticiperaient des prélèvements futurs et auraient des comportements ricardiens.
6
Cette théorie remet en cause l’efficacité des politiques budgétaires à partir d’une analyse des
comportements de consommation. Dans la mesure où la relance budgétaire affecte uniquement le revenu
courant, elle n’affectera pas sensiblement les comportements de consommation ce qui annule les effets de
multiplication de la dépense initiale.
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Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion
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Pour connaître la dynamique de la consommation des ménages et son rôle moteur
dans la croissance française, se reporter à :
OFCE (2006), L’économie française 2007. Coll. Repères, Editions la Découverte, Paris.
Généreux J. (1999), Introduction à l’économie. Points Economie, Editions du Seuil.
II. La fonction d’investissement
L'investissement, seconde composante de la demande globale dans une économie fermée,
joue par ailleurs un rôle déterminant pour l'offre globale, puisqu'il permet de modifier le
stock de capital et donc les capacités productives de l'économie.
Les facteurs explicatifs de l’investissement sont nombreux, certains quantitatifs, d'autres
psychologiques voire politiques (confiance dans l'avenir, optimisme ...).On peut distinguer
deux lignes de pensée distinctes dans l'analyse économique de l'investissement :
• l'une, plus microéconomique, insiste sur la rentabilité de l'investissement et donne le
rôle déterminant au taux d'intérêt ;
• l'autre met l'accent sur les perspectives de débouchés et lie l'investissement aux
fluctuations de l'activité économique (ou aux prévisions des entrepreneurs sur
l'évolution de la conjoncture et de la demande) : on débouche alors sur le principe de
l'accélérateur.
D'autres facteurs ont été mis en évidence :
• le prix relatif des facteurs de production : dans la mesure où plusieurs technologies
sont disponibles (id est, où la capacité de production et/ou la productivité peuvent être
augmentées soit en augmentant le capital - investissement - , soit en utilisant plus de
facteur travail), impliquant des intensités en capital et travail différentes (donc une
substituabilité des facteurs), l'entrepreneur choisira la combinaison la moins coûteuse :
une modification du prix relatif des facteurs de production pourra le conduire à
substituer du capital au travail ou l'inverse. On considère par exemple que la montée
des coûts salariaux dans les années 70 (salaires plus charges sociales) a conduit dans
de nombreuses activités à la substitution du capital au travail (c'est une des
explications avancées à la montée du chômage).
• la capacité d'autofinancement et les profits : (cf. le théorème de Schmidt :"les
profits d'aujourd'hui font les investissements de demain et les emplois d'après
demain").En effet, l'entreprise tient compte des modalités du financement de
l'investissement et les sources de financement de l'investissement sont plus ou moins
coûteuses :
o le financement interne ou autofinancement (bénéfices et amortissements)
mis en réserve) : le moins coûteux ; son coût est un coût d'opportunité
(manque à gagner : l'entreprise pourrait placer les fonds sur le marché
financier).
o le financement externe par emprunt : crédit bancaire ou émission de titres
(obligations, billets de trésorerie) : plus ou moins coûteux.
o le financement par émission d'actions : augmentation de capital comportant
des frais d'émission et des risques de perte de contrôle.
E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes
Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion
9
L’analyse de la rentabilité de l’investissement met en évidence le rôle central du taux
d’intérêt. Sur ce plan, il existe peu de différences entre le modèle keynésien de base et le
modèle néoclassique.
Un investissement ne sera réalisé que s'il est rentable, c'est à dire si il rapporte plus qu'il ne
coûte.
A. Valeur actualisée nette d'un projet (VAN) ou bénéfice net actualisé
Un investissement ne sera rentable que si la valeur actualisée nette des rendements qu'il
procure est supérieure au coût de l'investissement (id est, "il rapporte plus qu'il ne coûte").
Soit : I0 , le coût initial de l'investissement ;
R1, R2, R3 .....Rn , les revenus futurs attendus de l'investissement ou flux nets de
trésorerie ou encore cash flows ;
r, le taux d’actualisation
n
n
3
3
2
21
0
)r1(
R
)r1(
R
)r1(
R
)r1(
R
I=VAN
+
++
+
+
+
+
+
+− L
Ce n'est que dans la mesure où cette VAN est supérieure ou égale à zéro que
l'investissement apparaît rentable (il rapporte alors plus qu'il ne coûte).
La VAN d'un investissement permet donc à un entrepreneur de disposer d'un instrument de
décision dans le cas où il doit choisir entre plusieurs projets d'investissement : celui dont la
VAN est la plus élevée pour un taux d'actualisation donné sera préféré aux autres.
Il est évident par ailleurs que la VAN d'un projet est une fonction décroissante du taux
d'actualisation retenu : plus le taux d'actualisation est élevé, plus sont dépréciés les revenus
futurs attendus de l'investissement et donc plus la VAN du projet est faible.
E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes
Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion
10
On voit très nettement apparaître sur le schéma un taux critique : le taux pour lequel la VAN
d'un projet est juste égale à zéro. C'est le concept de Taux de Rendement Interne (TRI) ou,
pour adopter un vocabulaire plus keynésien, ce que l'auteur de la Théorie Générale nomme
l'efficacité marginale du capital (EMC).
B. La fonction macroéconomique d'investissement
Au niveau macroéconomique, on peut classer les projets selon leur taux de rendement
interne (= efficacité marginale du capital).
e = EMC ou TRI
VAN
VAN = 0
VANB
rB
VANA
rA
B
r
A
I2
r2
I1
r1
r, e
I : Valeur cumulée des
investissements
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Si le taux d'intérêt est r1, l'ensemble des projets dont le TRI est ≥ r1 sont rentables et l'investissement
demandé sera I1.
Si le taux d'intérêt diminue à r2, les investissements dont le TRI est ≥ r2 sont rentables, id est, certains
investissement qui n'étaient pas rentables pour le taux d'intérêt r1 le deviennent et l'investissement
demandé sera I2 > I1.
L'investissement apparaît donc, au niveau macroéconomique, comme une fonction décroissante
du taux d'intérêt.
Comme chaque projet est très "petit" au regard de la taille de l'ensemble des projets au niveau
macroéconomique, on peut considérer la courbe d'efficacité marginale du capital comme une
courbe continue qui relie l'investissement macroéconomique au taux d'intérêt. Cette courbe
représente la demande d'investissement, qui est donc décroissante en fonction du taux d'intérêt.
Dans une économie, plus le taux d'intérêt est élevé et moins il y a d'investissements
rentables, id est, d'investissements dont la VAN est positive ou dont le TRI est supérieur
ou égal au taux d'intérêt.
L’investissement est une fonction décroissante du taux d’intérêt. L’entrepreneur compare le
TRI de son investissement et le taux d’intérêt des placements financiers disponibles (id le taux
d’intérêt). L’investissement est rentable si le taux de rendement interne – ou efficacité
marginale du capital – est supérieur au taux d’intérêt.
Au niveau macroéconomique, l’investissement apparaît comme une fonction
décroissante du taux d’intérêt.
C. Investissement et anticipations
KEYNES insiste beaucoup sur le fait que l'efficacité marginale du capital dépend du
rendement escompté du capital : ce que compare l'entrepreneur, pour décider de
l'opportunité d'un investissement, c'est le coût actuel de l'investissement (généralement connu)
aux revenus futurs qu'il est susceptible de générer.
Or ces revenus futurs escomptés (Yt) dépendent de toute une série de facteurs dont
l'entrepreneur doit prévoir, anticiper le niveau pour les périodes à venir : coûts (salaires,
cotisations sociales, consommations intermédiaires), impôts, équipements futurs plus
performants (qui peuvent rendre obsolète l'investissement envisagé), politique commerciale
r
I = I(r) 0
r
I
<
∂
∂
I
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12
des concurrents, cours des devises étrangères (pour la compétitivité mais aussi pour le coût
des matières premières importés)…
L'état des anticipations des entrepreneurs est donc essentiel pour évaluer l'efficacité
marginale du capital. Keynes suppose que la fonction d’investissement est instable à court
terme. C’est la moins la hausse du taux d’intérêt que la chute brutale de l’emc, liée à la
dégradation de l’ « état de la confiance » qui est la cause de la baisse brutale du volume
d’investissement et donc de l’émergence d’une récession économique et parallèlement du
chômage.
Parmi les facteurs susceptibles d’expliquer une dégradation de l’état de la confiance, et donc
de la contraction de l’investissement, on peut citer :
- la crainte d’une innovation majeure ;
- la prévision d’un déclin de la demande
- la crainte d’un renforcement de la concurrence
- la crainte d’une nationalisation, d’une grève, d’une guerre
- la crainte du résultat d’une élection
Tous ces facteurs peuvent jouer en sens inverse et susciter l’optimisme des affaires
provoquant alors une hausse de l’emc et donc de l’investissement
On trouve ici un exemple de l'importance que KEYNES accorde au rôle des anticipations. À
l'évidence, une "vague de pessimisme" réduira, pour un taux d'intérêt donné, le montant des
investissements perçus comme "rentables". A contrario, une amélioration du climat de
confiance sera de nature à augmenter la demande d'investissement pour un taux d'intérêt
donné, le niveau d'investissements considérés comme rentables étant plus élevé.
D’après Keynes, la sensibilité de l’investissement au taux d’intérêt serait relativement faible
car l’investissement serait principalement déterminé par les anticipations des entrepreneurs.
D’une façon plus générale, parmi les autres facteurs expliquant la faible sensibilité de l’I au
taux d’intérêt, on peut citer :
- le poids de l’autofinancement qui assouplit la contrainte du taux d’intérêt pour les
entreprises ;
- l’inflation, présente ou anticipée, qui atténue le rôle du taux d’intérêt en diminuant la
charge réelle des emprunts ;
- l’oligopolisation de certains marchés qui confère aux entreprises un pouvoir leur
permettant de répercuter les charges d’emprunt sur le prix de vente des produits ;
- la rentabilité immédiate n’est pas toujours l’objectif principal de l’investissement ;
Exemples : investissement en logement, investissement de modernisation.
Pour approfondir :
OFCE (2006), L’économie française 2007. Coll. Repères, Editions la Découverte, Paris.
Généreux J. (1999), Introduction à l’économie. Points Economie, Editions du Seuil, pp47-73.
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13
Section II. L’équilibre sur le marché des biens et services et le
multiplicateur de la dépense autonome
L’analyse de l’équilibre sur le marché des biens et services est un modèle d’équilibre partiel qui ne
constitue que le premier volet de la théorie keynésienne qui est une théorie générale de l’emploi, de
l’intérêt et de la monnaie.
L’analyse de l’équilibre sur le marché des biens et services met en évidence la conception de Keynes
de la détermination du revenu global d’équilibre et de son processus de variation par le jeu du
multiplicateur des dépenses qui constitue le mécanisme d’ajustement de l’économie.
L’établissement de l’équation d’équilibre des opérations sur biens et services en économie ouverte
(Y + M = C + I + G+X ) retient une approche comptable qui nous indique simplement que l’on aura
nécessairement un équilibre entre les emplois et les ressources de B&S après la réalisation effective
des opérations économiques.
L’équilibre comptable est un équilibre ex post, c’est-à-dire toujours réalisée parce il est constaté
après coup. L’équilibre comptable ne garanti pas l’équilibre économique. L’équilibre économique
est réalisé si les plans des différents agents sont compatibles entre eux ex ante, c’est-à-dire avant
que les opérations économiques ne soient réalisées.
L’équilibre économique s’intéressant à la compatibilité des plans de production, de consommation et
d’épargne des agents, il n’y a aucune raison pour qu’il soit a priori vérifié.
I. La détermination de l’équilibre sur le marché des produits
A. Les composantes de l’offre globale :
L’offre globale sur le marché des biens et services est constituée de :
• l’offre nationale, c’est-à-dire de la production nationale de biens et services, notée Y ;
• l’offre étrangère, c’est-à-dire des importations, notées M.
Les importations sont une fonction croissante du revenu : M = mY + Mo où m est la
propension marginale à importer avec m = ∆M/ ∆Y et Mo représente un niveau d’importations
incompressibles c’est-à-dire autonomes par rapport au revenu.
B. Les composantes de la demande globale :
La demande globale sur le marché des biens et services est constituée de :
• la demande d’investissement, notée I, supposée autonome c’est-à-dire indépendante du
revenu, soit I = Io ;
• la demande de consommation, notée C. La fonction keynésienne de consommation s’écrit :
C = cY +Co où c est la propension marginale à consommer avec c = ∆C/ ∆Y ;
• la dépense publique, notée G, supposée autonome, soit G = Go
• les exportations, notées X, supposées autonomes, soit X = Xo
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C. L’équilibre sur le marché des biens et services :
1) Détermination algébrique
L’équilibre sur le marché des biens et services s’écrit :
Offre globale = Demande globale
⇔ Y + M = C + I + G + X
⇔ Y + mY + Mo = cY +Co + Io + Go + Xo
⇔ (1 + m – c) Y = Co + + Io + Go + Xo - Mo
Si l’on nomme la dépense autonome Do nette des importations :
Do = Co + Io + Go + Xo – Mo
Le revenu d’équilibre Y s’écrit :
o
o
kD
cm
D
Y =
−+
=
1
avec
mc
k
+−
=
1
1
L’équilibre dépend :
- du niveau de la dépense autonome Do
- d’un coefficient multiplicateur k, appelé multiplicateur de la dépense autonome.
2). Analyse graphique : le diagramme à 45°
L’équilibre du marché des biens et services peut être représenté à l’aide d’un cadran qui porte le
revenu réel Y sur l’axe des abscisses et la demande globale sur l’axe des ordonnées.
En abscisse : le revenu réel Y correspond à la production réalisée, donc au revenu distribué.
En ordonnée : sont représentées les composantes de la demande globale.
La 1ière
bissectrice est constituée de l’ensemble des points pour lesquels s’égalisent la valeur de
l’abscisse (le revenu distribué suite à la production) et la valeur de l’ordonnée (le revenu effectivement
dépensé). Elle représente donc le lieu des équilibres économiques possibles où il y a égalité entre
l’offre globale Y et la demande globale C+ I+G+(X-M).
Le point d’intersection, noté E, entre la droite de demande globale et la 1ière
bissectrice détermine le
point d’équilibre de l’économie puisqu’en ce point l’offre globale est égale à la demande globale.
C’est donc le niveau de la demande globale qui détermine le point d’équilibre de l’économie
c’est-à-dire le volume de production et le niveau d’emploi qui en résulte. Rien dans la
détermination du niveau de production ne peut garantir le plein emploi. C’est la demande
effective, c’est-à-dire anticipée par les entrepreneurs, qui détermine les décisions d’embauche et
c’est son insuffisance chronique qui va provoquer un chômage involontaire et durable.
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15
L’équilibre sur le marché des biens et services : équilibre de sous-emploi, équilibre de
plein emploi et écart inflationniste
Y
Composantes
de la DG
Ys
YD
YE
E
YD(PE)
YDI
E*
YPE YI impossible
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II. Les caractéristiques de l’équilibre du marché des produits
A. La détermination d’un équilibre de sous-emploi
L’équilibre global est déterminé par les producteurs en fonction du niveau anticipé de demande
(intérieure et extérieure) à laquelle ils pensent être confrontés. Si les anticipations des producteurs sont
correctes et qu’ils rencontrent une demande suffisante pour écouler toute leur production, rien ne
garantit que ce niveau de production soit suffisant pour offrir un travail à tous les demandeurs
d’emploi.
Rien dans la détermination du niveau de production ne peut garantir le plein emploi. C’est la demande
effective, id anticipée par les entrepreneurs, qui détermine les décisions d’embauche et c’est son
insuffisance chronique qui va provoquer un chômage involontaire et durable.
B. L’écart inflationniste
La demande, loin d’être insuffisante, peut devenir trop importante par rapport aux capacités de
production suite à la mise en place d’une politique de stimulation de la demande.
Le point d’intersection entre l’offre et la nouvelle courbe de demande globale, YDI
se situe alors à
droite du point d’équilibre E* de l’économie. Le nouveau point d’équilibre supposerait une production
YI impossible puisqu’elle excède YPE qui correspond au volume de production maximum en situation
de plein emploi des facteurs de production. Dans ce cas, la demande globale excédentaire provoque
une hausse du NGP.
Au total, à gauche du point E*, l’économie est dans une situation de sous-emploi lié à une
insuffisance de la demande globale ; à droite de ce point, il y a hausse du NGP qui résulte d’un
excès de demande.
C. Le chômage keynésien et la courbe de Phillips
La volonté de réduire le chômage est très nette dans la logique de Keynes et de ses disciples. Ces
derniers ont repris et adapté un constat établi par le statisticien anglais A.W. Phillips. En 1959, celui-ci
a publié une étude historique portant sur l’évolution de la relation entre le taux de variation des salaires
nominaux et le taux de chômage en Grande-Bretagne de 1861 à 1957. Phillips met en évidence une
relation décroissante entre ces deux variables : les périodes de faible taux de chômage s’accompagnent
d’un renchérissement du coût de la force de travail. Symétriquement, l’existence d’une main d’œuvre
disponible fait baisser les salaires.
Les keynésiens, et notamment Lipsey, ont repris cette approche en substituant le taux d’inflation au
taux de variation des salaires nominaux. Dans cette nouvelle version, il apparaît une relation inverse
entre le taux d’inflation et le taux de chômage.
NB : La courbe de Phillips ne passe plus sous l’axe des abscisses car les économies modernes ne
connaissent plus de périodes de baisse de prix.
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17
Ainsi, pour réduire le chômage, il faut accepter un peu plus d’inflation. Les politiques économiques de
lutte contre le chômage se sont inspirées de ce cadre théorique de référence jusqu’aux années 1970.
Dans le prolongement de Lipsey, Samuelson et Solow reprennent l’analyse de Phillips et montrent
qu’il existe un taux de chômage non inflationniste c’est-à-dire qui garantit la stabilité du niveau
général des prix. Ce taux de chômage est également appelé taux de chômage naturel.
Dans une logique microéconomique, les hausses de salaires n’engendrent pas d’inflation si elles
correspondent à des gains de productivité. En conséquence, les hausses de salaires sont inflationnistes
quand elles sont supérieures aux gains de productivité. Samuelson et Solow estiment que les gains de
productivité sur la période 1861-1957 sont de l’ordre de 3% : pour une hausse de salaires de 3%, le
taux d’inflation doit rester constant.
III. Déplacements de l’équilibre sur le marché des produits : le multiplicateur de la dépense
autonome
A. Les effets des modifications de la dépense autonome sur l’équilibre du marché des produits
L’équilibre macroéconomique keynésien peut être un équilibre de sous emploi.
La détermination de l’équilibre montre qu’une variation de la dépense autonome va entraîner une
variation proportionnelle du revenu d’équilibre, à travers le jeu du multiplicateur.
Le multiplicateur, noté k, est un coefficient qui permet de mesurer l’impact sur le revenu
d’équilibre – et donc l’impact sur l’emploi – de la variation de l’une des composantes de la
dépense autonome. On évoquera respectivement les notions de multiplicateur des dépenses publiques
(variation initiale des dépenses publiques), de multiplicateur d’investissement (variation initiale de
l’investissement) ou de multiplicateur du commerce extérieur (variation initiale des exportations).
Si la dépense autonome subit une variation ∆Do, la variation conséquente du revenu d’équilibre ∆Y
est :
o
o
Dk
mc
D
Y ∆=
−−
∆
=∆
)(1
L’effet multiplicateur est le même quelque soit la composante de la dépense autonome étudiée.
Un exemple : le multiplicateur d’investissement
« Le principe du multiplicateur est le suivant : quand un investissement nouveau est mis en œuvre par
un agent économique, il équivaut à fournir une source nouvelle de revenus à d’autres agents, qui sont
eux-mêmes générateurs d’autres dépenses, donc d’autres revenus, et ainsi de suite…Il y a donc
naissance d’ondes successives de revenu. (…). Tout investissement nouveau ∆I dans un secteur
économique a des retombées démultipliées sur le revenu ∆Y. » (Bialès, 1999).
Taux de chômage
Taux d’inflation
Courbe de Phillips « remaniée »
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18
Effets d’une variation autonome de l’investissement en économie fermée :
Supposons un accroissement autonome de l’investissement ∆I provoqué par exemple par un progrès
technologique. L’accroissement de la demande autonome ∆Do = ∆I entraîne une augmentation du
niveau d’activité de : I
c
Y ∆
−
=∆
1
1
et une épargne supplémentaire de II
c
c
YcS ∆=∆
−
−
=∆−=∆
1
1
)1( .
L’investissement supplémentaire génère en définitive, ex-post, l’épargne nécessaire à son financement.
Comme l’investissement donnera toujours naissance à l’épargne nécessaire pour le financer, le volume
d’épargne n’est donc pas une contrainte pour l’investissement. Il n’est pas nécessaire que
l’épargne soit recyclée vers l’investissement c’est-à-dire que les épargnants acceptent de prêter leur
épargne aux entreprises qui investissent. Dans le schéma keynésien, c’est le crédit bancaire qui permet
de financer le supplément initial d’investissement.
NB : En économie ouverte, la propension marginale à importer réduit la valeur du multiplicateur,
(c-m) représentant la propension marginale à consommer des produits nationaux. Plus la propension
marginale à importer est forte, et plus la valeur du multiplicateur est faible.
Une variation des exportations exerce sur le revenu d’équilibre les mêmes effets qu’une augmentation
de l’investissement (ou de la consommation autonome). Toutefois, l’augmentation des exportations
améliore la balance des échanges extérieurs, alors q’une augmentation de l’investissement (ou de la
consommation autonome) le détériore. Une croissance par les exportations peut donc être jugée
préférable à une croissance par la demande interne, lorsque le solde des échanges extérieurs est
déficitaire.
Accélérateur et multiplicateur
Le principe du multiplicateur : la dynamique de l’investissement résulte d’une variation initiale de l’une
des composantes de la dépense autonome (ex : les dépenses publiques, un I technologique non induit par une
augmentation préalable de la demande, une augmentation des exportations résultant par exemple d’une
dépréciation de la monnaie).
Le principe de l’accélérateur : la dynamique de l’investissement s’explique par l’accroissement de la
demande de consommation, et donc plus largement par une amélioration des perspectives de débouchés des
entreprises.
La dynamique de l’investissement dans les pays industrialisés repose sur ces deux principes qui combinent
mutuellement leurs effets.
Le principe du multiplicateur
La 1ère
forme sous laquelle est apparue le multiplicateur dans l’analyse économique est le multiplicateur
d’emplois dû à Kahn (1931). Cet auteur montre que l’accroissement total de l’emploi, qui résulte d’une
politique de travaux publics instaurée en période de chômage, sera plus élevé que le nombre de travailleurs
employés à ces travaux : à cet emploi « primaire », on doit en effet ajouter un emploi « secondaire » car
… « pour faire face à la dépense accrue provenant des salaires et des profits associés à l’emploi primaire, la
production de biens de consommation s’accroît. Ici, de nouveau, salaires et profits augmentent et l’effet se
propagera, quoique avec une intensité diminuée (…). L’emploi total, qui est suscité de cette manière dans la
production de biens de consommation, sera appelé emploi secondaire ».
Kahn souligne également qu’il s’écoulera un certain temps entre le moment où commence l’emploi primaire
et celui où l’emploi secondaire atteint sa dimension totale dans la mesure où les salaires et les profits ne sont
pas dépensés aussitôt qu’ils sont obtenus.
E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes
Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion
19
Si l’équilibre de l’économie est un équilibre de sous-emploi, l’Etat peut intervenir afin de provoquer le
supplément de dépense nécessaire pour parvenir au plein emploi des facteurs de production. L’Etat
dispose de deux instruments de régulation conjoncturelle : la politique monétaire et la politique
budgétaire.
La mise en place d’une politique budgétaire expansive va se traduire par une augmentation des
dépenses publiques et/ou une diminution des impôts.
B. Les conditions d’efficacité du multiplicateur et la nécessité de réintégrer la monnaie
L’efficacité des politiques de relance conjoncturelle est fonction 1) de la valeur du multiplicateur et 2)
de l’impact de la relance sur le taux d’intérêt.
Le concept du multiplicateur est basé sur les hypothèses suivantes qui définissent les conditions
d’efficacité de la politique budgétaire :
- la consommation des ménages dépend du revenu courant. Lorsque le revenu s’élève, une
fraction stable du revenu courant supplémentaire ( c ) est affectée à la consommation.
- Afin que l’effet multiplicateur puisse jouer en volume, une partie des capacités de production
doit être inutilisée sinon la relance se traduit par de l’inflation. (le multiplicateur joue en
valeur et non en volume ;
- Il existe un chômage keynésien c’est-à-dire lié à une insuffisance de la demande effective ;
- Enfin, le multiplicateur est calculé toutes choses égales par ailleurs et en particulier pour un
taux d’intérêt donné. Or, l’investissement – et donc le revenu – dépendent du taux d’intérêt. Si
une politique de relance conjoncturelle engendre une hausse du taux d’intérêt, l’investissement
sera réduit et l’effet sur le revenu est plus faible que ne l’indique le calcul du multiplicateur.
Ce dernier point nous conduit à considérer la question de la détermination du taux d’intérêt. Dans le
cadre du modèle néoclassique, le taux d’intérêt est une variable réelle qui assure l’équilibre ex-ante
entre l’offre et la demande de capitaux (c’est-à-dire entre S et I). Dans le modèle keynésien, le taux
d’intérêt est une variable monétaire qui assure l’équilibre entre l’offre et la demande de monnaie.
E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes
Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion
20
Section III. L’équilibre monétaire
I. L’équilibre sur le marché de la monnaie
La relation d’équilibre sur le marché de la monnaie s’écrit :
Offre de monnaie = Demande de monnaie
Le taux d’intérêt est la variable qui assure l’équilibre sur le marché de la monnaie
Keynes considère que l’offre de monnaie, MS
, est exogène ; la création monétaire est
déterminée par les pouvoirs publics.
La demande de monnaie, Md
, ou préférence pour la liquidité (ppl), est fonction de trois
motifs :
• un motif de transaction et un motif de précaution : la demande de monnaie qui
découle de ces deux premiers motifs est une fonction croissante du revenu, notée
L1(Y) ;
• un motif de spéculation7
, notée L2(r) Keynes considère que les agents ont le choix
entre détenir de la monnaie ou des obligations.
D’où Md
= L1(Y) + L2(r)
La demande de monnaie pour motif de spéculation est une fonction décroissante du taux
d’intérêt.
Afin d’expliquer cette relation, il convient de rappeler qu’il existe une relation inverse entre la
valeur du taux d’intérêt et le cours des obligations. Cette relation est expliquée dans l’encadré
ci-dessous.
Source : Plihon (2001), La monnaie et ses mécanismes. Coll. Repères, Editions La Découverte.
7
Keynes est le premier économiste qui a considéré que l’agent pouvait détenir de la monnaie afin de spéculer.
E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes
Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion
21
Soit V = Cours de l’obligation ; r = taux d’intérêt et R = rendement (ou coupon) de l’obligation
Alors : V=[R/r]
La demande de monnaie pour motif de spéculation s’explique de la façon suivante :
Plus le taux d’intérêt est élevé, plus il est susceptible de baisser et donc plus le cours des titres est
susceptible de remonter. L’agent a donc intérêt à détenir des titres au détriment de la monnaie afin de
réaliser une plus value quand r aura baissé.
Inversement, plus le taux d’intérêt est bas et plus le cours des titres est élevé et est susceptible de
descendre. L’agent a intérêt à détenir des encaisses monétaires plutôt que des titres.
Lorsque le taux d’intérêt est très bas et atteint un niveau plancher, tous les agents anticipent sa
remontée et donc la baisse du cours des obligations. Tous les agents cherchent à acquérir de la
monnaie – au détriment des obligations – avec pour conséquence que toute politique monétaire
expansive – qui se traduirait par un accroissement de la masse monétaire – est totalement inefficace
car tout supplément de monnaie reste sous forme oisive c’est-à-dire monétaire (au lieu de servir au
financement de l’investissement productif via l’achat d’obligations).
Il s’agit d’une situation dite de « trappe à liquidité » où la demande de monnaie est infiniment
élastique au taux d’intérêt.
II. L’interaction entre l’équilibre réel et l’équilibre monétaire
Alors que l’approche classique suppose l’interdépendance entre les sphères réelle et monétaire de
l’économie, l’analyse keynésienne souligne l’impact des variables monétaires sur l’équilibre de
l’économie par l’intermédiaire des fluctuations du taux d’intérêt. La sphère monétaire a un impact sur
la sphère réelle et inversement.
En effet, les variations du taux d’intérêt engendrées sur le marché monétaire entraînent des
modifications de l’investissement et donc, à travers l’effet multiplicateur, génèrent des fluctuations du
revenu national qui se répercutent, à leur tour, sur le niveau de l’emploi.
Inversement, les modifications de l’équilibre su le marché des biens et services ont une incidence
directe sur le marché monétaire. A titre d’exemple, une élévation du niveau d’activité (∆Y>0) va
entraîner une hausse du taux d’intérêt.
E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes
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22
ANNEXE :
Rappels sur le principe d'actualisation
L'étude de l'investissement, comme d'ailleurs celle de l'épargne, nécessitent la prise en
compte du temps dans la détermination des comportements des agents économiques. En
effet, épargner consiste à renoncer à consommer aujourd'hui pour pouvoir dépenser demain
les sommes mises de côté ; investir, c'est dépenser aujourd'hui - voire s'endetter aujourd'hui -
pour produire plus ou mieux demain et donc obtenir demain un revenu plus élevé.
L'agent économique, qu'il soit épargnant ou investisseur compare donc la "privation"
(épargne) ou le coût (investissement) actuel (présent) à la consommation ou au revenu
supplémentaire futur. Or, le passage du temps introduit une distorsion fondamentale dans
la comparaison : un même bien n'a pas la même valeur pour l'agent économique selon
qu'il est disponible dans l'immédiat ou dans l'avenir.
Par exemple, un euro disponible aujourd'hui et un euro disponible dans un an constituent deux
biens économiques différents et on ne peut les additionner. En effet, les individus ont une
préférence pour le présent qui les conduit à préférer posséder des biens immédiatement
(biens "sûrs") plutôt qu'à l'avenir (par définition "incertain"). Les biens tendent donc à se
déprécier avec le passage du temps.
Pour comparer des valeurs situées à des dates différentes, il est donc nécessaire en quelque
sorte de les convertir dans une même unité de temps. Cette opération consistant à ramener
à une même référence temporelle des valeurs situées à des dates différentes s'appelle
l'actualisation et le "coefficient de conversion" utilisé, le taux d'actualisation. Celui-ci doit
traduire la dépréciation liée au passage du temps et donner l'estimation de la valeur présente
ou actuelle des valeurs futures.
Exemple : un euro aujourd'hui est échangé contre (1+r) euros dans un an, r étant le taux
d'échange, le taux d'actualisation qui traduit l'intensité de la préférence pour le présent.
Soit ri le taux de dépréciation dont on suppose qu'il est constant : un euro aujourd'hui
équivaut à
- (1 + r) € dans un an
- (1 + r)2
€ dans deux ans
- (1 + r)n
€ dans n années
Il en résulte que un euro
- disponible dans un an équivaut à
r1
1
+
euro aujourd'hui
- disponible dans deux ans équivaut à 2
)r1(
1
+
euro aujourd'hui
- disponible dans n années équivaut à n
)r1(
1
+
euro aujourd'hui
On convertit ainsi des euros futurs en euros actuels.
Il est évident que plus le taux d'actualisation est élevé et plus la dépréciation des valeurs
futures est importante.

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  • 1. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 1 Chapitre III L’équilibre macroéconomique keynésien Introduction Tout au long du XIXe et au début du XXe siècle, les économies ont connu des crises économiques périodiques caractérisées par le chômage et la misère. En 1929, le monde capitaliste a été ébranlé par une dépression économique sans précédente par son ampleur, sa durée et ses conséquences politiques, économiques et sociales. La théorie néoclassique, dominante à l’époque, se révéla impuissante à expliquer la situation et à assurer la reprise économique. Elle recommanda la non-intervention de l’Etat, considérant que les mécanismes de marché restaureraient automatiquement et rapidement le plein emploi grâce à la parfaite flexibilité des prix qui assure l’équilibre de l’offre et de la demande sur tous les marchés. L’échec de ce discours libéral jeta le discrédit sur la théorie néoclassique et contribua à expliquer la réorientation de la recherche économique et l’émergence d’analyses nouvelles comme celle de Keynes (1883-1946). Les analyses de Keynes sont principalement contenues dans deux de ses nombreux ouvrages : Traité sur la monnaie (1930) et Théorie générale de l’Emploi, de l’Intérêt et de la Monnaie (1936). Dans ce second ouvrage, Keynes cherche à expliquer à partir d’une approche macroéconomique : comment se détermine à court terme l’équilibre macroéconomique ; pourquoi cet équilibre peut correspondre à un équilibre de sous-emploi des facteurs de production et notamment du travail ; comment l’intervention de l’Etat peut aboutir à la résorption du chômage. Les recommandations des politiques économiques de Keynes furent suivies par les responsables politiques dans tous les grands pays occidentaux. Leur efficacité est attestée par la longue période de prospérité et de haut niveau de l’emploi enregistrée par le monde occidental après la seconde guerre mondiale id pendant les trente glorieuses. Ce succès explique pourquoi la théorie keynésienne a connu de multiples approfondissements, perfectionnements et prolongements. En dépit des critiques dont elle est l’objet, l’analyse de Keynes – qui est à l’origine de toute la macroéconomie contemporaine et des systèmes de comptabilité nationale, inspire toujours largement les politiques économiques actuelles et se trouve encore aujourd’hui au cœur de la réflexion économique et des enseignements d’économie. Les caractéristiques de l’analyse keynésienne : une logique de demande La principale rupture de Keynes par rapport au courant néoclassique est de considérer que les prix sont fixes à court terme. Cette rigidité des prix résulte d’une circulation imparfaite de l’information sur les marchés. L’information étant imparfaite, les prix s’ajustent avec retard et approximativement aux modifications de l’environnement. Les quantités sont censées s’ajuster plus rapidement que les prix. Dans La Théorie Générale de l'Emploi, de l'Intérêt et de la Monnaie (1936), KEYNES rejette la position des classiques1 en contestant la fameuse loi des débouchés de J.B SAY, qui est au cœur de la logique des libéraux fondée sur l'offre de produits. 1 Le courant “ classique ” désignait à l’origine les économistes anglais de la fin du XVIIIième siècle. L’Ecole classique développe les valeurs fondatrices du libéralisme. Les principaux chefs de cette Ecole, qui se succèderont entre 1776 (La richesse des nations, A. Smith) et 1848 (Traité d’économie politique de J. S. Mill), sont des auteurs anglais et français. Les économistes anglais (dont A. Smith, D. Ricardo, R. Malthus) constituent toutefois les principaux artisans de l’Ecole classique (principaux auteurs français : JB Say, Sismondi). NB : Sismondi met en cause la conception de la justice développée par les libéraux anglais qui est une vision commutative (“ A chacun selon ses mérites ”). Cette vision est basée sur le principe de la société méritocratique. Sismondi milite en faveur d’une justice distributive (“ à chacun selon ses besoins ”) qui implique une intervention de l’Etat afin de redistribuer les richesses.
  • 2. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 2 La loi des débouchés de JB SAY (1803) montre l’impossibilité d’un déséquilibre entre l’offre et la demande globale de produits. Toute production trouvera toujours un débouché dans la mesure où « l’offre créer sa propre demande » (Keynes). Cette loi repose sur l’hypothèse de neutralité de la monnaie : la monnaie n’a pas d’utilité propre, elle n’est qu’un « voile » (JB SAY), un simple intermédiaire des échanges. Elle est utilisée exclusivement pour faciliter les transactions c’est-à-dire les échanges de produits. En conséquence, les revenus distribués aux agents lors de la production seront intégralement réinjectés dans le circuit économique sous forme de demande de produits. L’hypothèse de neutralité de la monnaie a donc pour conséquence que la demande globale de produits est toujours égale à l’offre globale. On peut donc dire, en reprenant l’expression de JB SAY, que « les produits s’échangent contre des produits ». Par conséquent, tous les biens offerts dans l’économie ont un débouché ; une situation de surproduction généralisée est impossible. Seuls peuvent exister des situations de déséquilibres sectoriels entre l’offre et la demande sur un marché particulier, déséquilibres qui seront rapidement résorber grâce à la parfaite flexibilité des prix. • Si l'offre est trop importante pour le prix existant, ce dernier va baisser jusqu'au point où la quantité demandée sera égale à la quantité offerte : la baisse du prix va conduire à une réduction de la production (qui devient moins profitable) et une augmentation de la demande. • Symétriquement, si la demande excède l'offre, la hausse des prix, en provoquant à la fois une augmentation de l'offre de biens et services (l'activité productive est plus profitable) et une diminution de la demande va permettre d'obtenir l'équilibre entre offre et demande. Les entreprises n'ont donc pas à se préoccuper de l'écoulement de leurs produits qui trouveront nécessairement un débouché. Elles peuvent donc produire ce qui est optimal pour elles, c'est à dire le volume de biens qui maximise leur profit et donc embaucher des travailleurs jusqu'au point où leur profit est maximum. C'est donc une logique de l'offre qui prévaut : la demande s'adaptera à l'offre grâce à la flexibilité des prix. On peut dire que l'offre de produits détermine la demande. L'équilibre de l'économie ne dépend en quelque sorte que de facteurs "techniques" : la technologie et les facteurs de production disponibles vont déterminer la situation optimale grâce à la flexibilité des prix qui assure en permanence l'équilibre de l'offre et de la demande sur tous les marchés. On en déduit que l'équilibre optimal étant spontané, il n'est pas nécessaire qu'une intervention extérieure – l'État – se manifeste. Bien au contraire, les économistes classiques considèrent que l’intervention de l’Etat va perturber le fonctionnement naturellement harmonieux des marchés (cf. la célèbre “ main invisible ” d’Adam Smith). Leurs conclusions en matière de politique économique sont donc radicalement libérales : l’intervention de l’Etat est néfaste et, même si l’économie n’a pas toujours la fluidité, la flexibilité que décrivent les modèles théoriques, les déséquilibres temporaires provoqués par les imperfections de marché sont moins dommageables que ne peuvent l’être les rigidités créées par l’Etat. 2 Que se passe-t-il si les agents décident d’épargner une partie de leur revenu3 ? La partie du revenu qui n’est pas consacrée à la consommation, c’est-à-dire l’épargne, est placée sur le marché des capitaux et permet de financer l’investissement. La monnaie n’ayant aucune utilité propre, les agents épargneront en contrepartie d’une rémunération. Cette rémunération est le taux d’intérêt qui influence positivement le niveau de l’épargne. Le taux d’intérêt est défini comme le prix de la renonciation à une consommation immédiate. La thésaurisation (c’est-à-dire l’existence d’une épargne oisive) n’existe pas. L’épargne ne constitue donc pas une « fuite » hors du circuit A la fin du XIXième siècle se développe l’école néoclassique qui renouvellera l’analyse des classiques. 2 Par exemple, il se peut que le marché du travail prenne du temps à s’adapter et que de façon temporaire il existe un volant de travailleurs souhaitant travailler pour le taux de salaire en vigueur mais ne trouvant pas d’emplois. Pour les néoclassiques, ce déséquilibre temporaire – liés à des problèmes d’information, d’insuffisante mobilité géographique – se résorbera au fur et à mesure que les agents prendront conscience des caractéristiques du marché. Par contre, si l’Etat intervient, en imposant par exemple un salaire minimum ou en empêchant des licenciements, les adaptations ne pourront se faire et le déséquilibre s’aggravera. 3 La monnaie n’ayant aucune utilité propre, les agents épargneront en contrepartie d’une rémunération. Cette rémunération est le taux d’intérêt qui influence positivement le niveau de l’épargne. Le taux d’intérêt est défini comme le prix de la renonciation à une consommation immédiate.
  • 3. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 3 économique ; elle est transformée en investissement assurant ainsi l’égalité entre l’offre et la demande globale de produits. Offre globale = demande globale Offre de produits + Offre de capitaux = Demande de produits + Demande de capitaux Y + S = C + I L’égalité entre l’S et l’I, qui assure l’égalité entre l’offre et la demande globale, se réalise par l’intermédiaire du taux d’intérêt. La macroéconomie keynésienne tente de répondre à la question suivante : Que se passe-t-il dans l’économie si les ajustements ne se font pas par les prix (taux de salaire réel, NGP4 , taux d’intérêt) mais par les quantités (id le volume de la production et le niveau de l’emploi) ? Dès l’instant où les agents ne peuvent plus compter sur la parfaite flexibilité des prix pour équilibrer instantanément tous les marchés, il existe une incertitude quant à la réalisation de leurs plans. Keynes considère que les entreprises, instruites par l’expérience, fixent le niveau de leur production et donc le niveau de l’emploi non pas sur la base de la demande courante (id de la demande réalisée) mais en fonction des prévisions de vente et/ou des commandes qui leurs sont passées. En d’autres termes, le volume de la production globale – et le niveau global d’emploi qui en résulte – dépendent de ce que Keynes appelle la demande effective qui est une anticipation par les entreprises de la demande globale de biens de consommation et d’investissement à venir. La demande effective est donc une demande anticipée. Dans la Théorie générale, le principe de la demande effective (notée DE) est le principe qui détermine l’équilibre global id les valeurs prises à l’équilibre par les principales variables macroéconomiques, notamment par le volume de production et le niveau de l’emploi. Contrairement au postulat de l'analyse classique, c'est donc la demande qui détermine l'offre et l'étude des composantes de la demande globale est essentielle pour comprendre la formation du revenu d'équilibre, dont rien ne garantit qu'il soit un équilibre de plein emploi. En effet, pour Keynes, il n’y a aucune raison pour que le volume d’emploi décidé par les firmes corresponde au plein emploi de la population active disponible. Dès lors, toute insuffisance de la demande effective engendre un chômage involontaire qui peut se révéler durable. En cas d’insuffisance de la DE, seule l’intervention de l’Etat, par des mesures de relance de la demande, est susceptible de provoquer une hausse du niveau de la production et ainsi d’améliorer la situation de l’emploi. 4 NGP = Niveau général des prix
  • 4. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 4 Section 1 : Les composantes de la demande globale Dans une économie fermée, les deux composantes principales de la demande sont la consommation des ménages et l'investissement des entreprises. Nous étudierons successivement ces deux variables. I. Les fonctions keynésiennes de consommation et d’épargne La consommation finale globale, C, est la plus importante des composantes de la demande globale. A. Les théories de la consommation prékeynésiennes (rappel) Pour les économistes classiques, le partage du revenu entre consommation et épargne dépend du taux d’intérêt. L’intérêt rémunère la renonciation à une consommation immédiate. La consommation a un caractère résiduel ; l’agent détermine en premier lieu le montant de son épargne, en fonction du taux d’intérêt, et affecte le reste de son revenu à la consommation. Chez Keynes, le taux d’intérêt ne détermine pas le montant mais la forme de l’épargne qui peut être soit une épargne placée soit une épargne thésaurisée. NB : En fait, l’analyse théorique comme l’étude des comportements des épargnants montrent que la relation épargne-taux d’intérêt n’est pas évidente : une hausse du taux d’intérêt peut tout aussi bien conduire à une augmentation de l’épargne (effet de substitution) qu’à une réduction de celle-ci (effet revenu : il n’est pas nécessaire de constituer une épargne aussi importante pour bénéficier d’un flux souhaité d’intérêt). B. La loi psychologique fondamentale de Keynes Keynes considère que tout individu doit prendre deux sortes de décisions en matière d’allocation de son revenu : • La première se rapporte au choix entre consommation présente et consommation future, auquel correspond le partage du revenu entre consommation et épargne. Pour KEYNES, la consommation courante est une fonction stable du revenu réel disponible courant et dépend de la propension marginale à consommer. Que d'autres facteurs puissent intervenir ne lui semblait pas significatif, même en longue période. D’après Keynes, « lorsque le revenu croît, la consommation croît aussi, mais dans une moindre mesure » ce qui signifie que la propension marginale à consommer est comprise entre 0 et 1. Cette relation est connue sous le nom de loi psychologique fondamentale de la consommation. réelstermesenonconsommatiY0 Y C disponibleréelrevenuCavec)Y(fC t t t ttt => ∂ ∂ == +
  • 5. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 5 La loi psychologique fondamentale : lorsque le revenu augmente, la consommation augmente mais moins que le revenu. ∆ Y > 0 -----> 0 < ∆ C < ∆ Y ou encore si c = propension marginale à consommer = revenudesupplément onconsommatidesupplément Y C = ∆ ∆ avec 1 Y C c0 <=< ∆ ∆ c est le rapport entre la variation de la consommation et la variation du revenu qui l’a provoquée. Si c=0,8, cela signifie que les agents consomment 80% de leur revenu. La propension marginale à consommer est plus forte pour les catégories de population à faible niveau de revenu. KEYNES : "La loi psychologique fondamentale à laquelle nous pouvons faire toute confiance, à la fois a priori en raison de notre connaissance de la nature humaine et a posteriori en raison des enseignements détaillés de l'expérience, c'est qu'en moyenne et la plupart du temps, les hommes tendent à accroître leur consommation à mesure que leur revenu croît, mais non d'une quantité aussi grande que l'accroissement du revenu". (Théorie générale, Chapitre 8, p.117) NB : Cette loi psychologique est "fondamentale", essentielle à la stabilité du modèle keynésien : nous le verrons plus tard en présentant le multiplicateur keynésien. KEYNES ne donne aucune justification théorique ou empirique de cette formulation, qui tient plus de la sociologie, du "fait social" au sens de DURKHEIM que de la psychologie à proprement parler. De plus, la forme précise de la fonction de consommation demeure incertaine. En écrivant cette fonction comme C = f(Y), la loi psychologique fondamentale impose seulement que la propension marginale à consommer c = )Y('f Y C = ∆ ∆ 5 soit inférieure à un. Plusieurs types de fonction de consommation sont donc compatibles avec la loi psychologique fondamentale. Keynes défini deux types de propension à consommer : la propension marginale – que nous venons d’évoquer – et la propension moyenne à consommer. La propension moyenne à consommer, notée c , se définit comme le rapport entre la consommation totale et le revenu, soit C/Y. NB : Elle est représentée graphiquement par la pente de la droite reliant l'origine au point considéré de la fonction de consommation. La formulation de la fonction de consommation suppose la constance de la propension marginale à consommer. Cette fonction s’écrit : C= cY+Co où Co est une constante et représente une consommation incompressible, autonome par rapport au revenu. La propension moyenne est égale à : c = Y Cc Y C 0 += . La propension moyenne est donc supérieure à la propension marginale. Elle décroît régulièrement lorsque le revenu augmente 5 La propension marginale à consommer est obtenue par la dérivée première de la fonction de consommation.
  • 6. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 6 puisque Y C0 diminue. Elle tend vers la propension marginale puisque lorsque Y tend vers l’infini, Y C0 tend vers zéro. Exemple : ∞→→+=⇒+= Yquand8,0 Y 0001 8,0c0001Y8,0C NB : Quand on tient compte de l’Etat et des prélèvements obligatoires auxquels il procède, la variable explicative de la consommation devient non le revenu courant mais le revenu disponible id : Yd = Y-T = Y – tY où t est le taux de PO • La deuxième décision en matière d’allocation du revenu se rapporte à la forme sous laquelle l’épargne de la période et des périodes antérieures va être conservée. Dans la Théorie générale, Keynes considère que l’agent a le choix entre la monnaie et les obligations. C’est le taux d’intérêt qui gouverne ce choix entre épargne placée et épargne thésaurisée. La logique du processus décisionnel chez Keynes. C. La fonction keynésienne d’épargne L’épargne a un caractère résiduel ; c’est la partie non consommée du revenu. La fonction d’épargne s’écrit : S = Y – C = Y-cY= (1-c) Y = S(Y) où S est une fonction croissante de Y La somme de la propension moyenne à consommer c et de la propension moyenne à épargner s est égale à 1. 1sc Y S Y C Y Y SCY =+=+= += De la même façon, la somme de la propension marginale à consommer c et de la propension marginale à épargner s est égale à 1. 1sc Y Y Y S Y C YSC YSC =+ =+ =+ =+ ∆ ∆ ∆ ∆ ∆ ∆ ∆∆∆ c Y C Splacée rS Sthésaurisée
  • 7. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 7 D. Les alternatives à la fonction de consommation keynésienne 1. Les prolongements de la théorie keynésienne a) La théorie de Duesenberry : l’effet de cliquet de la consommation D’après Duesenberry, la consommation à une période donnée dépend non seulement du revenu courant mais également du niveau de revenu le plus élevé perçu précédemment. Les ménages cherchent en effet à maintenir leur train de vie, même si leur revenu diminue temporairement, quitte à puiser dans leur épargne. Il existe ainsi une sorte d’ « effet de cliquet » dans la dépense de consommation qui joue un rôle régulateur sur le cycle économique pendant les périodes de récession. b) La théorie du revenu permanent de Milton Friedman Selon Friedman, les agents déterminent leur niveau de consommation non sur la base du revenu courant mais de leur revenu permanent. Le revenu permanent correspond au revenu courant auquel s’ajoutent les revenus futurs anticipés sur la base des tendances passées6 . Le mécanisme aboutit à une autorégulation du cycle économique : dans les périodes de récession, la réduction de la consommation sera moins sensible que ne le dit la théorie keynésienne et, réciproquement, la progression moins forte en période d’expansion. c) La théorie du cycle de vie de Modigliani (ou théorie du cycle vital) Cette théorie estime que les individus tentent de maintenir un niveau de vie stable alors que leurs revenus connaissent trois phases très différentes : au début de la vie, les ressources sont faibles ; elles augmentent ensuite durant la vie active, pour régresser à nouveau après le départ à la retraite. Cela conduit les jeunes à s’endetter fortement ; puis, au cours de la 2ième phase de l’existence, les ménages épargnent pour rembourser leurs emprunts de jeunesse et pour préparer leur retraite ; durant la 3ième phase, ils puisent dans leur épargne passée pour préserver leur consommation. Dès lors la consommation d’une année donnée n’est pas strictement liée au seul revenu de l’année mais dépend des revenus passés et des revenus futurs anticipés. 2. Le comportement de consommation ricardien : le théorème d’équivalence ou théorème de Ricardo-Barro Barro développe la thèse de l’effet d’éviction direct, connue sous le nom de théorème de Ricardo- Barro ou théorème d’équivalence entre emprunt et impôt. Les agents anticipent une hausse future des impôts qui sera décidé par l’Etat afin de rembourser l’emprunt public. En prévision de ces impôts futurs, les agents augmentent aujourd’hui leur épargne ce qui réduit l’efficacité de la relance budgétaire. Les agents raisonnent de façon intergénérationnelle : le recours à l’emprunt étant synonyme d’une imposition différée dans le temps, les ménages épargnent davantage afin de laisser un héritage inchangé. On parle alors de comportements de consommation et d’épargne ricardien. Le théorème d’équivalence a fait l’objet de nombreuses critiques : i) l’hypothèse d’altruisme intergénérationnel est discutable ; ii) les contribuables n’anticiperaient pas pleinement les prélèvements futurs liés aux déficits budgétaires : ils profiteraient donc de la relance pour consommer davantage et non pour épargner plus; iii) si le taux de croissance de l’économie est supérieur au taux d’intérêt, l’Etat n’aura pas besoin de prélever davantage d’impôts demain pour financer le service de la dette ; iv) le comportement ricardien dépendrait du niveau de la dette : pour de faibles ratios (dette/PIB), les agents adopteraient des comportements keynésiens en matière de consommation et d’épargne. En revanche, pour des ratios (dette/PIB) élevés, ils anticiperaient des prélèvements futurs et auraient des comportements ricardiens. 6 Cette théorie remet en cause l’efficacité des politiques budgétaires à partir d’une analyse des comportements de consommation. Dans la mesure où la relance budgétaire affecte uniquement le revenu courant, elle n’affectera pas sensiblement les comportements de consommation ce qui annule les effets de multiplication de la dépense initiale.
  • 8. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 8 Pour connaître la dynamique de la consommation des ménages et son rôle moteur dans la croissance française, se reporter à : OFCE (2006), L’économie française 2007. Coll. Repères, Editions la Découverte, Paris. Généreux J. (1999), Introduction à l’économie. Points Economie, Editions du Seuil. II. La fonction d’investissement L'investissement, seconde composante de la demande globale dans une économie fermée, joue par ailleurs un rôle déterminant pour l'offre globale, puisqu'il permet de modifier le stock de capital et donc les capacités productives de l'économie. Les facteurs explicatifs de l’investissement sont nombreux, certains quantitatifs, d'autres psychologiques voire politiques (confiance dans l'avenir, optimisme ...).On peut distinguer deux lignes de pensée distinctes dans l'analyse économique de l'investissement : • l'une, plus microéconomique, insiste sur la rentabilité de l'investissement et donne le rôle déterminant au taux d'intérêt ; • l'autre met l'accent sur les perspectives de débouchés et lie l'investissement aux fluctuations de l'activité économique (ou aux prévisions des entrepreneurs sur l'évolution de la conjoncture et de la demande) : on débouche alors sur le principe de l'accélérateur. D'autres facteurs ont été mis en évidence : • le prix relatif des facteurs de production : dans la mesure où plusieurs technologies sont disponibles (id est, où la capacité de production et/ou la productivité peuvent être augmentées soit en augmentant le capital - investissement - , soit en utilisant plus de facteur travail), impliquant des intensités en capital et travail différentes (donc une substituabilité des facteurs), l'entrepreneur choisira la combinaison la moins coûteuse : une modification du prix relatif des facteurs de production pourra le conduire à substituer du capital au travail ou l'inverse. On considère par exemple que la montée des coûts salariaux dans les années 70 (salaires plus charges sociales) a conduit dans de nombreuses activités à la substitution du capital au travail (c'est une des explications avancées à la montée du chômage). • la capacité d'autofinancement et les profits : (cf. le théorème de Schmidt :"les profits d'aujourd'hui font les investissements de demain et les emplois d'après demain").En effet, l'entreprise tient compte des modalités du financement de l'investissement et les sources de financement de l'investissement sont plus ou moins coûteuses : o le financement interne ou autofinancement (bénéfices et amortissements) mis en réserve) : le moins coûteux ; son coût est un coût d'opportunité (manque à gagner : l'entreprise pourrait placer les fonds sur le marché financier). o le financement externe par emprunt : crédit bancaire ou émission de titres (obligations, billets de trésorerie) : plus ou moins coûteux. o le financement par émission d'actions : augmentation de capital comportant des frais d'émission et des risques de perte de contrôle.
  • 9. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 9 L’analyse de la rentabilité de l’investissement met en évidence le rôle central du taux d’intérêt. Sur ce plan, il existe peu de différences entre le modèle keynésien de base et le modèle néoclassique. Un investissement ne sera réalisé que s'il est rentable, c'est à dire si il rapporte plus qu'il ne coûte. A. Valeur actualisée nette d'un projet (VAN) ou bénéfice net actualisé Un investissement ne sera rentable que si la valeur actualisée nette des rendements qu'il procure est supérieure au coût de l'investissement (id est, "il rapporte plus qu'il ne coûte"). Soit : I0 , le coût initial de l'investissement ; R1, R2, R3 .....Rn , les revenus futurs attendus de l'investissement ou flux nets de trésorerie ou encore cash flows ; r, le taux d’actualisation n n 3 3 2 21 0 )r1( R )r1( R )r1( R )r1( R I=VAN + ++ + + + + + +− L Ce n'est que dans la mesure où cette VAN est supérieure ou égale à zéro que l'investissement apparaît rentable (il rapporte alors plus qu'il ne coûte). La VAN d'un investissement permet donc à un entrepreneur de disposer d'un instrument de décision dans le cas où il doit choisir entre plusieurs projets d'investissement : celui dont la VAN est la plus élevée pour un taux d'actualisation donné sera préféré aux autres. Il est évident par ailleurs que la VAN d'un projet est une fonction décroissante du taux d'actualisation retenu : plus le taux d'actualisation est élevé, plus sont dépréciés les revenus futurs attendus de l'investissement et donc plus la VAN du projet est faible.
  • 10. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 10 On voit très nettement apparaître sur le schéma un taux critique : le taux pour lequel la VAN d'un projet est juste égale à zéro. C'est le concept de Taux de Rendement Interne (TRI) ou, pour adopter un vocabulaire plus keynésien, ce que l'auteur de la Théorie Générale nomme l'efficacité marginale du capital (EMC). B. La fonction macroéconomique d'investissement Au niveau macroéconomique, on peut classer les projets selon leur taux de rendement interne (= efficacité marginale du capital). e = EMC ou TRI VAN VAN = 0 VANB rB VANA rA B r A I2 r2 I1 r1 r, e I : Valeur cumulée des investissements
  • 11. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 11 Si le taux d'intérêt est r1, l'ensemble des projets dont le TRI est ≥ r1 sont rentables et l'investissement demandé sera I1. Si le taux d'intérêt diminue à r2, les investissements dont le TRI est ≥ r2 sont rentables, id est, certains investissement qui n'étaient pas rentables pour le taux d'intérêt r1 le deviennent et l'investissement demandé sera I2 > I1. L'investissement apparaît donc, au niveau macroéconomique, comme une fonction décroissante du taux d'intérêt. Comme chaque projet est très "petit" au regard de la taille de l'ensemble des projets au niveau macroéconomique, on peut considérer la courbe d'efficacité marginale du capital comme une courbe continue qui relie l'investissement macroéconomique au taux d'intérêt. Cette courbe représente la demande d'investissement, qui est donc décroissante en fonction du taux d'intérêt. Dans une économie, plus le taux d'intérêt est élevé et moins il y a d'investissements rentables, id est, d'investissements dont la VAN est positive ou dont le TRI est supérieur ou égal au taux d'intérêt. L’investissement est une fonction décroissante du taux d’intérêt. L’entrepreneur compare le TRI de son investissement et le taux d’intérêt des placements financiers disponibles (id le taux d’intérêt). L’investissement est rentable si le taux de rendement interne – ou efficacité marginale du capital – est supérieur au taux d’intérêt. Au niveau macroéconomique, l’investissement apparaît comme une fonction décroissante du taux d’intérêt. C. Investissement et anticipations KEYNES insiste beaucoup sur le fait que l'efficacité marginale du capital dépend du rendement escompté du capital : ce que compare l'entrepreneur, pour décider de l'opportunité d'un investissement, c'est le coût actuel de l'investissement (généralement connu) aux revenus futurs qu'il est susceptible de générer. Or ces revenus futurs escomptés (Yt) dépendent de toute une série de facteurs dont l'entrepreneur doit prévoir, anticiper le niveau pour les périodes à venir : coûts (salaires, cotisations sociales, consommations intermédiaires), impôts, équipements futurs plus performants (qui peuvent rendre obsolète l'investissement envisagé), politique commerciale r I = I(r) 0 r I < ∂ ∂ I
  • 12. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 12 des concurrents, cours des devises étrangères (pour la compétitivité mais aussi pour le coût des matières premières importés)… L'état des anticipations des entrepreneurs est donc essentiel pour évaluer l'efficacité marginale du capital. Keynes suppose que la fonction d’investissement est instable à court terme. C’est la moins la hausse du taux d’intérêt que la chute brutale de l’emc, liée à la dégradation de l’ « état de la confiance » qui est la cause de la baisse brutale du volume d’investissement et donc de l’émergence d’une récession économique et parallèlement du chômage. Parmi les facteurs susceptibles d’expliquer une dégradation de l’état de la confiance, et donc de la contraction de l’investissement, on peut citer : - la crainte d’une innovation majeure ; - la prévision d’un déclin de la demande - la crainte d’un renforcement de la concurrence - la crainte d’une nationalisation, d’une grève, d’une guerre - la crainte du résultat d’une élection Tous ces facteurs peuvent jouer en sens inverse et susciter l’optimisme des affaires provoquant alors une hausse de l’emc et donc de l’investissement On trouve ici un exemple de l'importance que KEYNES accorde au rôle des anticipations. À l'évidence, une "vague de pessimisme" réduira, pour un taux d'intérêt donné, le montant des investissements perçus comme "rentables". A contrario, une amélioration du climat de confiance sera de nature à augmenter la demande d'investissement pour un taux d'intérêt donné, le niveau d'investissements considérés comme rentables étant plus élevé. D’après Keynes, la sensibilité de l’investissement au taux d’intérêt serait relativement faible car l’investissement serait principalement déterminé par les anticipations des entrepreneurs. D’une façon plus générale, parmi les autres facteurs expliquant la faible sensibilité de l’I au taux d’intérêt, on peut citer : - le poids de l’autofinancement qui assouplit la contrainte du taux d’intérêt pour les entreprises ; - l’inflation, présente ou anticipée, qui atténue le rôle du taux d’intérêt en diminuant la charge réelle des emprunts ; - l’oligopolisation de certains marchés qui confère aux entreprises un pouvoir leur permettant de répercuter les charges d’emprunt sur le prix de vente des produits ; - la rentabilité immédiate n’est pas toujours l’objectif principal de l’investissement ; Exemples : investissement en logement, investissement de modernisation. Pour approfondir : OFCE (2006), L’économie française 2007. Coll. Repères, Editions la Découverte, Paris. Généreux J. (1999), Introduction à l’économie. Points Economie, Editions du Seuil, pp47-73.
  • 13. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 13 Section II. L’équilibre sur le marché des biens et services et le multiplicateur de la dépense autonome L’analyse de l’équilibre sur le marché des biens et services est un modèle d’équilibre partiel qui ne constitue que le premier volet de la théorie keynésienne qui est une théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie. L’analyse de l’équilibre sur le marché des biens et services met en évidence la conception de Keynes de la détermination du revenu global d’équilibre et de son processus de variation par le jeu du multiplicateur des dépenses qui constitue le mécanisme d’ajustement de l’économie. L’établissement de l’équation d’équilibre des opérations sur biens et services en économie ouverte (Y + M = C + I + G+X ) retient une approche comptable qui nous indique simplement que l’on aura nécessairement un équilibre entre les emplois et les ressources de B&S après la réalisation effective des opérations économiques. L’équilibre comptable est un équilibre ex post, c’est-à-dire toujours réalisée parce il est constaté après coup. L’équilibre comptable ne garanti pas l’équilibre économique. L’équilibre économique est réalisé si les plans des différents agents sont compatibles entre eux ex ante, c’est-à-dire avant que les opérations économiques ne soient réalisées. L’équilibre économique s’intéressant à la compatibilité des plans de production, de consommation et d’épargne des agents, il n’y a aucune raison pour qu’il soit a priori vérifié. I. La détermination de l’équilibre sur le marché des produits A. Les composantes de l’offre globale : L’offre globale sur le marché des biens et services est constituée de : • l’offre nationale, c’est-à-dire de la production nationale de biens et services, notée Y ; • l’offre étrangère, c’est-à-dire des importations, notées M. Les importations sont une fonction croissante du revenu : M = mY + Mo où m est la propension marginale à importer avec m = ∆M/ ∆Y et Mo représente un niveau d’importations incompressibles c’est-à-dire autonomes par rapport au revenu. B. Les composantes de la demande globale : La demande globale sur le marché des biens et services est constituée de : • la demande d’investissement, notée I, supposée autonome c’est-à-dire indépendante du revenu, soit I = Io ; • la demande de consommation, notée C. La fonction keynésienne de consommation s’écrit : C = cY +Co où c est la propension marginale à consommer avec c = ∆C/ ∆Y ; • la dépense publique, notée G, supposée autonome, soit G = Go • les exportations, notées X, supposées autonomes, soit X = Xo
  • 14. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 14 C. L’équilibre sur le marché des biens et services : 1) Détermination algébrique L’équilibre sur le marché des biens et services s’écrit : Offre globale = Demande globale ⇔ Y + M = C + I + G + X ⇔ Y + mY + Mo = cY +Co + Io + Go + Xo ⇔ (1 + m – c) Y = Co + + Io + Go + Xo - Mo Si l’on nomme la dépense autonome Do nette des importations : Do = Co + Io + Go + Xo – Mo Le revenu d’équilibre Y s’écrit : o o kD cm D Y = −+ = 1 avec mc k +− = 1 1 L’équilibre dépend : - du niveau de la dépense autonome Do - d’un coefficient multiplicateur k, appelé multiplicateur de la dépense autonome. 2). Analyse graphique : le diagramme à 45° L’équilibre du marché des biens et services peut être représenté à l’aide d’un cadran qui porte le revenu réel Y sur l’axe des abscisses et la demande globale sur l’axe des ordonnées. En abscisse : le revenu réel Y correspond à la production réalisée, donc au revenu distribué. En ordonnée : sont représentées les composantes de la demande globale. La 1ière bissectrice est constituée de l’ensemble des points pour lesquels s’égalisent la valeur de l’abscisse (le revenu distribué suite à la production) et la valeur de l’ordonnée (le revenu effectivement dépensé). Elle représente donc le lieu des équilibres économiques possibles où il y a égalité entre l’offre globale Y et la demande globale C+ I+G+(X-M). Le point d’intersection, noté E, entre la droite de demande globale et la 1ière bissectrice détermine le point d’équilibre de l’économie puisqu’en ce point l’offre globale est égale à la demande globale. C’est donc le niveau de la demande globale qui détermine le point d’équilibre de l’économie c’est-à-dire le volume de production et le niveau d’emploi qui en résulte. Rien dans la détermination du niveau de production ne peut garantir le plein emploi. C’est la demande effective, c’est-à-dire anticipée par les entrepreneurs, qui détermine les décisions d’embauche et c’est son insuffisance chronique qui va provoquer un chômage involontaire et durable.
  • 15. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 15 L’équilibre sur le marché des biens et services : équilibre de sous-emploi, équilibre de plein emploi et écart inflationniste Y Composantes de la DG Ys YD YE E YD(PE) YDI E* YPE YI impossible
  • 16. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 16 II. Les caractéristiques de l’équilibre du marché des produits A. La détermination d’un équilibre de sous-emploi L’équilibre global est déterminé par les producteurs en fonction du niveau anticipé de demande (intérieure et extérieure) à laquelle ils pensent être confrontés. Si les anticipations des producteurs sont correctes et qu’ils rencontrent une demande suffisante pour écouler toute leur production, rien ne garantit que ce niveau de production soit suffisant pour offrir un travail à tous les demandeurs d’emploi. Rien dans la détermination du niveau de production ne peut garantir le plein emploi. C’est la demande effective, id anticipée par les entrepreneurs, qui détermine les décisions d’embauche et c’est son insuffisance chronique qui va provoquer un chômage involontaire et durable. B. L’écart inflationniste La demande, loin d’être insuffisante, peut devenir trop importante par rapport aux capacités de production suite à la mise en place d’une politique de stimulation de la demande. Le point d’intersection entre l’offre et la nouvelle courbe de demande globale, YDI se situe alors à droite du point d’équilibre E* de l’économie. Le nouveau point d’équilibre supposerait une production YI impossible puisqu’elle excède YPE qui correspond au volume de production maximum en situation de plein emploi des facteurs de production. Dans ce cas, la demande globale excédentaire provoque une hausse du NGP. Au total, à gauche du point E*, l’économie est dans une situation de sous-emploi lié à une insuffisance de la demande globale ; à droite de ce point, il y a hausse du NGP qui résulte d’un excès de demande. C. Le chômage keynésien et la courbe de Phillips La volonté de réduire le chômage est très nette dans la logique de Keynes et de ses disciples. Ces derniers ont repris et adapté un constat établi par le statisticien anglais A.W. Phillips. En 1959, celui-ci a publié une étude historique portant sur l’évolution de la relation entre le taux de variation des salaires nominaux et le taux de chômage en Grande-Bretagne de 1861 à 1957. Phillips met en évidence une relation décroissante entre ces deux variables : les périodes de faible taux de chômage s’accompagnent d’un renchérissement du coût de la force de travail. Symétriquement, l’existence d’une main d’œuvre disponible fait baisser les salaires. Les keynésiens, et notamment Lipsey, ont repris cette approche en substituant le taux d’inflation au taux de variation des salaires nominaux. Dans cette nouvelle version, il apparaît une relation inverse entre le taux d’inflation et le taux de chômage. NB : La courbe de Phillips ne passe plus sous l’axe des abscisses car les économies modernes ne connaissent plus de périodes de baisse de prix.
  • 17. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 17 Ainsi, pour réduire le chômage, il faut accepter un peu plus d’inflation. Les politiques économiques de lutte contre le chômage se sont inspirées de ce cadre théorique de référence jusqu’aux années 1970. Dans le prolongement de Lipsey, Samuelson et Solow reprennent l’analyse de Phillips et montrent qu’il existe un taux de chômage non inflationniste c’est-à-dire qui garantit la stabilité du niveau général des prix. Ce taux de chômage est également appelé taux de chômage naturel. Dans une logique microéconomique, les hausses de salaires n’engendrent pas d’inflation si elles correspondent à des gains de productivité. En conséquence, les hausses de salaires sont inflationnistes quand elles sont supérieures aux gains de productivité. Samuelson et Solow estiment que les gains de productivité sur la période 1861-1957 sont de l’ordre de 3% : pour une hausse de salaires de 3%, le taux d’inflation doit rester constant. III. Déplacements de l’équilibre sur le marché des produits : le multiplicateur de la dépense autonome A. Les effets des modifications de la dépense autonome sur l’équilibre du marché des produits L’équilibre macroéconomique keynésien peut être un équilibre de sous emploi. La détermination de l’équilibre montre qu’une variation de la dépense autonome va entraîner une variation proportionnelle du revenu d’équilibre, à travers le jeu du multiplicateur. Le multiplicateur, noté k, est un coefficient qui permet de mesurer l’impact sur le revenu d’équilibre – et donc l’impact sur l’emploi – de la variation de l’une des composantes de la dépense autonome. On évoquera respectivement les notions de multiplicateur des dépenses publiques (variation initiale des dépenses publiques), de multiplicateur d’investissement (variation initiale de l’investissement) ou de multiplicateur du commerce extérieur (variation initiale des exportations). Si la dépense autonome subit une variation ∆Do, la variation conséquente du revenu d’équilibre ∆Y est : o o Dk mc D Y ∆= −− ∆ =∆ )(1 L’effet multiplicateur est le même quelque soit la composante de la dépense autonome étudiée. Un exemple : le multiplicateur d’investissement « Le principe du multiplicateur est le suivant : quand un investissement nouveau est mis en œuvre par un agent économique, il équivaut à fournir une source nouvelle de revenus à d’autres agents, qui sont eux-mêmes générateurs d’autres dépenses, donc d’autres revenus, et ainsi de suite…Il y a donc naissance d’ondes successives de revenu. (…). Tout investissement nouveau ∆I dans un secteur économique a des retombées démultipliées sur le revenu ∆Y. » (Bialès, 1999). Taux de chômage Taux d’inflation Courbe de Phillips « remaniée »
  • 18. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 18 Effets d’une variation autonome de l’investissement en économie fermée : Supposons un accroissement autonome de l’investissement ∆I provoqué par exemple par un progrès technologique. L’accroissement de la demande autonome ∆Do = ∆I entraîne une augmentation du niveau d’activité de : I c Y ∆ − =∆ 1 1 et une épargne supplémentaire de II c c YcS ∆=∆ − − =∆−=∆ 1 1 )1( . L’investissement supplémentaire génère en définitive, ex-post, l’épargne nécessaire à son financement. Comme l’investissement donnera toujours naissance à l’épargne nécessaire pour le financer, le volume d’épargne n’est donc pas une contrainte pour l’investissement. Il n’est pas nécessaire que l’épargne soit recyclée vers l’investissement c’est-à-dire que les épargnants acceptent de prêter leur épargne aux entreprises qui investissent. Dans le schéma keynésien, c’est le crédit bancaire qui permet de financer le supplément initial d’investissement. NB : En économie ouverte, la propension marginale à importer réduit la valeur du multiplicateur, (c-m) représentant la propension marginale à consommer des produits nationaux. Plus la propension marginale à importer est forte, et plus la valeur du multiplicateur est faible. Une variation des exportations exerce sur le revenu d’équilibre les mêmes effets qu’une augmentation de l’investissement (ou de la consommation autonome). Toutefois, l’augmentation des exportations améliore la balance des échanges extérieurs, alors q’une augmentation de l’investissement (ou de la consommation autonome) le détériore. Une croissance par les exportations peut donc être jugée préférable à une croissance par la demande interne, lorsque le solde des échanges extérieurs est déficitaire. Accélérateur et multiplicateur Le principe du multiplicateur : la dynamique de l’investissement résulte d’une variation initiale de l’une des composantes de la dépense autonome (ex : les dépenses publiques, un I technologique non induit par une augmentation préalable de la demande, une augmentation des exportations résultant par exemple d’une dépréciation de la monnaie). Le principe de l’accélérateur : la dynamique de l’investissement s’explique par l’accroissement de la demande de consommation, et donc plus largement par une amélioration des perspectives de débouchés des entreprises. La dynamique de l’investissement dans les pays industrialisés repose sur ces deux principes qui combinent mutuellement leurs effets. Le principe du multiplicateur La 1ère forme sous laquelle est apparue le multiplicateur dans l’analyse économique est le multiplicateur d’emplois dû à Kahn (1931). Cet auteur montre que l’accroissement total de l’emploi, qui résulte d’une politique de travaux publics instaurée en période de chômage, sera plus élevé que le nombre de travailleurs employés à ces travaux : à cet emploi « primaire », on doit en effet ajouter un emploi « secondaire » car … « pour faire face à la dépense accrue provenant des salaires et des profits associés à l’emploi primaire, la production de biens de consommation s’accroît. Ici, de nouveau, salaires et profits augmentent et l’effet se propagera, quoique avec une intensité diminuée (…). L’emploi total, qui est suscité de cette manière dans la production de biens de consommation, sera appelé emploi secondaire ». Kahn souligne également qu’il s’écoulera un certain temps entre le moment où commence l’emploi primaire et celui où l’emploi secondaire atteint sa dimension totale dans la mesure où les salaires et les profits ne sont pas dépensés aussitôt qu’ils sont obtenus.
  • 19. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 19 Si l’équilibre de l’économie est un équilibre de sous-emploi, l’Etat peut intervenir afin de provoquer le supplément de dépense nécessaire pour parvenir au plein emploi des facteurs de production. L’Etat dispose de deux instruments de régulation conjoncturelle : la politique monétaire et la politique budgétaire. La mise en place d’une politique budgétaire expansive va se traduire par une augmentation des dépenses publiques et/ou une diminution des impôts. B. Les conditions d’efficacité du multiplicateur et la nécessité de réintégrer la monnaie L’efficacité des politiques de relance conjoncturelle est fonction 1) de la valeur du multiplicateur et 2) de l’impact de la relance sur le taux d’intérêt. Le concept du multiplicateur est basé sur les hypothèses suivantes qui définissent les conditions d’efficacité de la politique budgétaire : - la consommation des ménages dépend du revenu courant. Lorsque le revenu s’élève, une fraction stable du revenu courant supplémentaire ( c ) est affectée à la consommation. - Afin que l’effet multiplicateur puisse jouer en volume, une partie des capacités de production doit être inutilisée sinon la relance se traduit par de l’inflation. (le multiplicateur joue en valeur et non en volume ; - Il existe un chômage keynésien c’est-à-dire lié à une insuffisance de la demande effective ; - Enfin, le multiplicateur est calculé toutes choses égales par ailleurs et en particulier pour un taux d’intérêt donné. Or, l’investissement – et donc le revenu – dépendent du taux d’intérêt. Si une politique de relance conjoncturelle engendre une hausse du taux d’intérêt, l’investissement sera réduit et l’effet sur le revenu est plus faible que ne l’indique le calcul du multiplicateur. Ce dernier point nous conduit à considérer la question de la détermination du taux d’intérêt. Dans le cadre du modèle néoclassique, le taux d’intérêt est une variable réelle qui assure l’équilibre ex-ante entre l’offre et la demande de capitaux (c’est-à-dire entre S et I). Dans le modèle keynésien, le taux d’intérêt est une variable monétaire qui assure l’équilibre entre l’offre et la demande de monnaie.
  • 20. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 20 Section III. L’équilibre monétaire I. L’équilibre sur le marché de la monnaie La relation d’équilibre sur le marché de la monnaie s’écrit : Offre de monnaie = Demande de monnaie Le taux d’intérêt est la variable qui assure l’équilibre sur le marché de la monnaie Keynes considère que l’offre de monnaie, MS , est exogène ; la création monétaire est déterminée par les pouvoirs publics. La demande de monnaie, Md , ou préférence pour la liquidité (ppl), est fonction de trois motifs : • un motif de transaction et un motif de précaution : la demande de monnaie qui découle de ces deux premiers motifs est une fonction croissante du revenu, notée L1(Y) ; • un motif de spéculation7 , notée L2(r) Keynes considère que les agents ont le choix entre détenir de la monnaie ou des obligations. D’où Md = L1(Y) + L2(r) La demande de monnaie pour motif de spéculation est une fonction décroissante du taux d’intérêt. Afin d’expliquer cette relation, il convient de rappeler qu’il existe une relation inverse entre la valeur du taux d’intérêt et le cours des obligations. Cette relation est expliquée dans l’encadré ci-dessous. Source : Plihon (2001), La monnaie et ses mécanismes. Coll. Repères, Editions La Découverte. 7 Keynes est le premier économiste qui a considéré que l’agent pouvait détenir de la monnaie afin de spéculer.
  • 21. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 21 Soit V = Cours de l’obligation ; r = taux d’intérêt et R = rendement (ou coupon) de l’obligation Alors : V=[R/r] La demande de monnaie pour motif de spéculation s’explique de la façon suivante : Plus le taux d’intérêt est élevé, plus il est susceptible de baisser et donc plus le cours des titres est susceptible de remonter. L’agent a donc intérêt à détenir des titres au détriment de la monnaie afin de réaliser une plus value quand r aura baissé. Inversement, plus le taux d’intérêt est bas et plus le cours des titres est élevé et est susceptible de descendre. L’agent a intérêt à détenir des encaisses monétaires plutôt que des titres. Lorsque le taux d’intérêt est très bas et atteint un niveau plancher, tous les agents anticipent sa remontée et donc la baisse du cours des obligations. Tous les agents cherchent à acquérir de la monnaie – au détriment des obligations – avec pour conséquence que toute politique monétaire expansive – qui se traduirait par un accroissement de la masse monétaire – est totalement inefficace car tout supplément de monnaie reste sous forme oisive c’est-à-dire monétaire (au lieu de servir au financement de l’investissement productif via l’achat d’obligations). Il s’agit d’une situation dite de « trappe à liquidité » où la demande de monnaie est infiniment élastique au taux d’intérêt. II. L’interaction entre l’équilibre réel et l’équilibre monétaire Alors que l’approche classique suppose l’interdépendance entre les sphères réelle et monétaire de l’économie, l’analyse keynésienne souligne l’impact des variables monétaires sur l’équilibre de l’économie par l’intermédiaire des fluctuations du taux d’intérêt. La sphère monétaire a un impact sur la sphère réelle et inversement. En effet, les variations du taux d’intérêt engendrées sur le marché monétaire entraînent des modifications de l’investissement et donc, à travers l’effet multiplicateur, génèrent des fluctuations du revenu national qui se répercutent, à leur tour, sur le niveau de l’emploi. Inversement, les modifications de l’équilibre su le marché des biens et services ont une incidence directe sur le marché monétaire. A titre d’exemple, une élévation du niveau d’activité (∆Y>0) va entraîner une hausse du taux d’intérêt.
  • 22. E. Legrand– IUFM d’Auvergne/Université de Rennes Préparation aux concours du professorat d’économie et gestion 22 ANNEXE : Rappels sur le principe d'actualisation L'étude de l'investissement, comme d'ailleurs celle de l'épargne, nécessitent la prise en compte du temps dans la détermination des comportements des agents économiques. En effet, épargner consiste à renoncer à consommer aujourd'hui pour pouvoir dépenser demain les sommes mises de côté ; investir, c'est dépenser aujourd'hui - voire s'endetter aujourd'hui - pour produire plus ou mieux demain et donc obtenir demain un revenu plus élevé. L'agent économique, qu'il soit épargnant ou investisseur compare donc la "privation" (épargne) ou le coût (investissement) actuel (présent) à la consommation ou au revenu supplémentaire futur. Or, le passage du temps introduit une distorsion fondamentale dans la comparaison : un même bien n'a pas la même valeur pour l'agent économique selon qu'il est disponible dans l'immédiat ou dans l'avenir. Par exemple, un euro disponible aujourd'hui et un euro disponible dans un an constituent deux biens économiques différents et on ne peut les additionner. En effet, les individus ont une préférence pour le présent qui les conduit à préférer posséder des biens immédiatement (biens "sûrs") plutôt qu'à l'avenir (par définition "incertain"). Les biens tendent donc à se déprécier avec le passage du temps. Pour comparer des valeurs situées à des dates différentes, il est donc nécessaire en quelque sorte de les convertir dans une même unité de temps. Cette opération consistant à ramener à une même référence temporelle des valeurs situées à des dates différentes s'appelle l'actualisation et le "coefficient de conversion" utilisé, le taux d'actualisation. Celui-ci doit traduire la dépréciation liée au passage du temps et donner l'estimation de la valeur présente ou actuelle des valeurs futures. Exemple : un euro aujourd'hui est échangé contre (1+r) euros dans un an, r étant le taux d'échange, le taux d'actualisation qui traduit l'intensité de la préférence pour le présent. Soit ri le taux de dépréciation dont on suppose qu'il est constant : un euro aujourd'hui équivaut à - (1 + r) € dans un an - (1 + r)2 € dans deux ans - (1 + r)n € dans n années Il en résulte que un euro - disponible dans un an équivaut à r1 1 + euro aujourd'hui - disponible dans deux ans équivaut à 2 )r1( 1 + euro aujourd'hui - disponible dans n années équivaut à n )r1( 1 + euro aujourd'hui On convertit ainsi des euros futurs en euros actuels. Il est évident que plus le taux d'actualisation est élevé et plus la dépréciation des valeurs futures est importante.