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Cyber sécurité dans les réseaux électriques
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Transition énergétique : quels enjeux pour la France ?
MIX GAZ 100% RENOUVELABLE, ZOOM SUR LA REGION PACA, PERFORMANCE ENERGÉTIQUE DE L’HABITAT
>>> page 18
Mensuel sur l’énergie et l’environnement
N° 130Février 2018
Chine, Inde : une évolution énergétique à
deux vitesses
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Maquettiste - Baptiste Metz
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tionouadaptation,qu’ellesoitintégraleoupar-
tielle, quel qu’en soit le procèdé, le support ou
le média, est strictement interdite sans l’auto-
risation des auteurs sauf cas prévus par l’article
L. 122-5 du code de la propriété intellectuelle.
Lorsque l’on s’intéresse à l’évolution
du monde de l’énergie, il est bon de
rappeler que l’énergie est le facteur fon-
damental du développement économique
et social. Bien que cela puisse nous para-
itre évident au sein de nos sociétés dével-
oppées, partout dans le monde, l’accès
à l’énergie est au cœur des priorités.
Environ 1,2 milliard d’habitants n’ont
toujours pas accès à l’électricité et il devrait y avoir 2 milliards
d’habitants de plus sur cette planète d’ici 2050. Pour assurer un
développement économique à l’ensemble de la population, l’accès
à l’énergie doit se faire à un coût abordable. Le changement clima-
tique est venu ajouter une contrainte supplémentaire au problème :
l’énergie doit désormais être propre.
Le vrai challenge de l’accès à une énergie propre est qu’il s’agit à la
fois d’un problème global et de long terme. Alors que les discussions
de court terme sur le système énergétique européen s’éternisent,
l’Inde de son côté devrait installer, sur la période 2016 – 2040,
l’équivalent de la capacité du parc actuel de génération d’électricité
de l’Europe, et la Chine l’équivalent du parc actuel des Etats Unis.
Les décisions qui vont être prises en Europe ne peuvent désormais
plus ignorer celles qui seront prises à Beijing et à New Delhi.
Les choix technologiques de ces pays pour mener à bien leur poli-
tique énergétique, comme en Chine avec « Make the sky of China
blue again », imposent les lois du marché à l’international : on l’a
vu avec le marché des panneaux solaires, on le voit arriver avec le
marché des batteries.
Le numéro que nous vous proposons donne un aperçu des enjeux
auxquels l’Inde et la Chine sont confrontés, en regard de ceux qui
occupent nos pays développés.
Pour mieux se rendre compte de ce qu’il se prépare en Asie, la pro-
motion s’envole le 10 mars prochain pour Singapour. Vous ne raterez
rien de cette expérience que nous partagerons avec vous dans le
prochain numéro. En attendant, bonne lecture !
Florian ROUOT
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
2 ÉDITORIALCONTACTS
ACTUALITÉS
ARTICLES
04 - Objectif de taille pour la RATP :
deux tiers de bus électriques d’ici
2025 !
04 - Le Chili, un pays responsable et au
fort potentiel d’énergies vertes
05 - Le Tadjikistan va mettre en service
le barrage hydroélectrique le plus
haut du monde
05 - Areva rebaptisé ORANO
06 - L’Australie prévoit la construction
de la plus grande centrale virtuelle
du monde
07 - Synthèse du World Energy Outlook
2017 sur la Chine
12 - La crise énergétique indienne
18 - Un mix de gaz 100% renouvelable
en 2050 pour la France ?
22 - L’ORECA publie ses chiffres sur
l’énergie et le climat en PACA
24 - Le Service Public de la Performance
Energétique de l’Habitat (SPPEH)
29 - Cyber sécurité dans les réseaux
électriques
Devenez partenaire de l’événement OSE 2018
L’Hydrogène, vecteur énergétique du futur ?
Jeudi 27 Septembre 2018 à Sophia Antipolis (06)
Le programme de ce colloque s’articulera autour des applications de l’hydrogène les plus prom-
etteuses. Seront détaillées entre autres les caractéristiques de production, stockage et transport,
ainsi que l’évaluation des performances économique et environnementale de ces applications.
Cette manifestation d’envergure ne peut se faire sans la participation d’entreprises comme la vôtre.
Celle-ci pourra prendre la forme d’un soutien financier ou d’interventions lors du colloque, pour
promouvoir vos activités en lien avec l’hydrogène et partager vos savoirs.
Pour plus d’informations, contactez : evenement@mastere-ose.fr
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
3SOMMAIRE
ACTUALITÉS FÉVRIER 2018
                     Thomas BAZIRE & Samuel PETITJEAN      
OBJECTIF DE TAILLE POUR LA RATP : DEUX TIERS DE BUS ÉLECTRIQUES D’ICI 2025 !
Une flotte complète de bus
propres d ’ici 2025, c ’est
l’objectif ambitieux que s’est fixé
la RATP. Pour cela, la régie parisi-
enne compte sur deux tiers de
bus électriques et un tiers de bus
roulant au biogaz. Cet objectif
concerne l’ensemble des lignes
d’Île-de-France, soit 4700 bus.
Pour y parvenir, la RATP vient
d e l a n c e r u n a p p e l d ’o f f r e
d’envergure. L’acquisition de
1000 bus électriques dans les
deux années à venir fait ainsi
l’objet d’une consultation inter-
nationale et vient concrétiser
plusieurs mois de tests. Des
modèles de bus électriques prov-
enant de différents pays - comme
la France, la Chine, l’Espagne ou
encore la Pologne - ont déjà été
testés.
Ce t te a c t i o n s’a l i gn e s u r l a
dynamique initiée par la maire de
Paris (cf. Inf ’ose Novembre 2017)
et vise à réduire la part des véhi-
cules thermiques et ainsi les pro-
blèmes de pollution, de nuisance
sonore et de congestion des axes
de transports.
Sources :
•	 Olivier Durin, Le monde de l’énergie, 05/02/2018, http://www.lemondedelenergie.com/ratp-bus-electriques/2018/02/05/
•	 S i b y l l e V i n c e n d o n , L i b é r a t i o n , 2 4 / 0 1 / 2 0 1 8 , h t t p : / / w w w . l i b e r a t i o n . f r / f r a n c e / 2 0 1 8 / 0 1 / 2 4 /
ile-de-france-la-ratp-va-acheter-1-000-bus-electriques-en-deux-ans_1624899
LE CHILI, UN PAYS RESPONSABLE ET AU FORT POTENTIEL D’ÉNERGIES VERTES
Le mix énergétique du Chili
est très carboné et dépend
encore largement des énergies
fossiles (73% en 2016). Ainsi,
41% des besoins énergétiques
du pays ont recours au pétrole
et 41% de l’électricité produite
provient du charbon.
S’étalant sur plus de 4300 km,
le pays dispose cependant de
différents climats et ainsi d’un
potentiel d’exploitation de multi-
ples sources d’énergies : solaire,
éolienne, marine mais aussi de
la géothermie. Pour ces raisons,
le pays vient de s’engager à aug-
menter de 50% la part des éner-
gies renouvelables dans la pro-
duction d’électricité d’ici 2035
(c’est-à-dire jusqu’à 60%, contre
4 0 % e n 2 0 1 6 ) e t d e fe r m e r
Bus électrique © RATP
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
4 NEWS
la totalité de ses centrales à
charbon d’ici 2050. Seules les
centrales équipées de systèmes
de capture et stockage de CO2
seront autorisées à ne pas fermer.
Le potentiel et les décisions de
transition énergétique font de ce
pays un lieu privilégié pour les
investissements dans les éner-
gies renouvelables.
Sources :
•	 Connaissance des énergies, 07/02/2018, https://www.connaissancedesenergies.org/le-chili-nouvel-eldorado-des-energies-
renouvelables-180202
•	 AIE, Energy policies beyond IEA countries – Chili 2018, 01/2018, http://www.iea.org/publications/freepublications/publica-
tion/EnergyPoliciesBeyondIEACountriesChile2018Review.pdf
LE TADJIKISTAN VA MET TRE EN SERVICE LE BARRAGE HYDROÉLEC TRIQUE LE PLUS
HAUT DU MONDE
Lancée en octobre 2016, le
barrage Rogun devrait mettre
en service sa première turbine
le 16 novembre prochain selon
Salini Impregilo, le groupe en
charge du projet. Situé à 100 km
à l’est de Douchanbé, ce barrage
de 335 mètres de haut devrait
à terme produire 3600 méga-
watts, soit l’équivalent de trois
réacteurs nucléaires. Le barrage
permettra ainsi au pays de pallier
le problème des coupures de
courant en hiver.
Cependant, c’est le débat con-
cernant l’accès à l’eau qui est au
centre des discussions. En effet,
le fleuve alimente actuellement
les pays voisins. L’Ouzbékistan,
dont le secteur agricole dépend
for tement de cette ressource,
s’était jusqu’à présent ferme -
ment opposé au projet. L’arrivée
au pouvoir de Chavkat Mirzioïev
devrait néanmoins permettre un
changement de position. Une
visite entre les deux chefs d’états
est prévue pour le mois prochain.
Sources :
•	 BFM Business, 04/02/2018, http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/le-tadjikistan-prepare-la-mise-en-service-du-barrage-
le-plus-haut-du-monde-1363808.html
•	 RTBF, 29/10/2016, https://www.rtbf.be/info/monde/detail_le-tadjikistan-commence-la-construction-du-barrage-le-plus-
haut-du-monde?id=9443348
AREVA REBAPTISÉ ORANO
Suite à trois années de tour-
mente dues à un marché en
baisse, des retards et surcoûts
sur ses projets EPR (Flamanville,
Finlande) et une mauvaise affaire
lors du rachat d’Uramin, Areva
doit redorer son blason. Dans
cette optique, Areva s’est réor-
ganisé en 3 entités :
•	 FRAMATOME, anciennement
AREVA NP est devenu une
filiale d’EDF en 2015 et se
concentre sur les réacteurs,
•	 Areva SA, le nom de la maison
mère a été conservé pour finir
le projet EPR en Finlande
•	 ORANO, qui reprend les activ-
ités de Cogema
Orano vient du latin Uranus,
planète ayant servi de référence
pour l’appellation de l’uranium.
Nouveau nom et nouveau slogan du
groupe © Orano
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
5NEWS
Aujourd’hui ORANO se recen-
tre sur les anciennes activités
de Cogema, mines, enrichisse -
ment, retraitement et recyclage
des déchets, démantèlement de
centrale. La naissance d’ORANO
est le dernier acte de réorien-
tation des activités sur le cycle
combustible et permettant à
Orano de se dissocier de l’image
ternie d’AREVA.
Sources :
•	 Ouest France, 23/01/2018, https://www.ouest-france.fr/economie/entreprises/nucleaire-new-areva-va-changer-de-nom-
pour-devenir-orano-5518617
•	 Nabil Wakim, Le Monde, 22/01/2018, http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2018/01/22/nucleaire-new-areva-
change-de-nom-et-devient-orano_5245450_1656968.html
•	 J e a n - C l a u d e B o u r b o n , L a C r o i x , 0 3 / 0 2 / 2 0 1 7 , h t t p s : / / w w w . l a - c r o i x . c o m / E c o n o m i e / E n t r e p r i s e s /
La-restructuration-dAreva-lancee-2017-02-03-1200822133
L’AUSTRALIE PRÉVOIT LA CONSTRUCTION DE LA PLUS GRANDE CENTRALE VIRTUELLE
DU MONDE
Suite à un black-out survenu
en 2016, l’Australie-Méridio-
nale cherche à mettre en place
d’autres moyens de production
pour équilibrer son réseau avec
de l’énergie ver te. Celle - ci a
annoncé ce dimanche 4 février
l’installation de systèmes com-
posés de panneaux solaires d’une
puissance de 5KW et batteries
Tesla Powerwall 2 de 13,5 KWh
dans 50 000 foyers. Durant la
phase de test, 1 100 logements
sociaux seront équipés de ces
technologies. Les équipements
seront installés gratuitement par
le gouvernement local et seront
remboursés par la revente du
surplus d’électricité injecté sur le
réseau. Après la mauvaise pub-
licité des centrales à charbon
australiennes vieillissantes, le
constructeur Tesla a annoncé que
le projet pourrait produire autant
d’énergie que l’une de ces cen-
trales. Avec une puissance et une
capacité de stockage cumulées
de 250 MW et 650 MWh pour les
batteries, la plus grande plate-
forme virtuelle du monde pour-
rait réduire de 30% la facture
électrique des foyers concernés
selon Jay Weatherill.
Sources :
•	 The Guardian, 04/02/2018, https://www.theguardian.com/australia-news/2018/feb/04/labor-offers-solar-panels-and-tesla-
batteries-for-50000-south-australia-homes
•	 Metro, 04/02/2018, https://fr.metrotime.be/2018/02/04/actualite/australie-50-000-foyers-transformes-centrale-electrique/
•	 Django, L’usine Tesla, 04/02/2018, https://www.usine-tesla.com/tesla-va-construire-gigantesque-centrale-electrique-virtuelle/
Exemple d’installation photovoltaïque combinée à une batterie Tesla Powerwall 2 © Tesla
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
6 NEWS
SynthèseduWorldEnergyOutlook2017surlaChine
La planification énergétique
l o n g - te r m e d e l a C h i n e e s t
poussée par l’appel présiden-
tiel d’une « révolution énergé-
tique » en 2014. Cet appel annon-
çait l’imminence d’une transi-
tion vers les énergies renouvel-
ables afin de se prémunir contre
les énormes pressions sur la
demande en énergie, la qualité
de l’air et la sûreté énergétique
auxquelles la Chine doit faire
face.
Cette année, le World Energy
O utlook publié par l ’Agence
Internationale de l’Energie nous
offre un focus sur la Chine.
L’étude débute par une étude
rétrospective de l’évolution du
système énergétique chinois
entre 2000 et 2016, puis enchaîne
sur des projections long-terme
jusqu’en 2040 découpées selon
trois axes d’analyse : l’évolution
de la demande énergétique, les
perspectives de l’investissement
pour l’approvisionnement et la
sécurité énergétique, et enfin
l e s i m p l i c a t i o n s m o n d i a l e s
de ses réformes et politiques
énergétiques.
Le WEO 2017 explore trois tra-
jectoires pour le secteur éner-
gétique mondial. Le scénario
«  Politiques actuelles » est le
plus pessimiste, il prévoit que
les objectifs les moins ambi-
tieux annoncés en milieu d’année
2017 seront respectés sans révi-
sion ni nouvelles politiques.
« Nouvelles politiques », plus
ambitieux, analyse l’impact des
politiques existantes et des nou-
velles mesures qui viendraient
les renforcer. La nouveauté est
l ’i n t ro d u c t i o n d ’ u n s cé n a r i o
«  Développement durable » qui
propose une ligne directrice pour
atteindre les objectifs de dével-
oppement durable des Nations
unies de lutte contre le change-
ment climatique, d’accès pour
tous à l’énergie en 2030 et de
réduction de la pollution atmo-
s p h é r i q u e. N o u s p a r l e r o n s
p r i n c i p a l e m e n t d u s c é n a r i o
« Nouvelles Politiques ».
Energie primaire e t tendances
La Chine est le premier pro -
ducteur mondial d’énergies fos-
siles mais cela ne suffit pas à sat-
isfaire sa consommation, ce qui
en fait le premier importateur
mondial. Dans la mesure où le
pays est exportateur de technol-
ogies propres et fort investisseur
Demande en énergie primaire de la Chine en 1997 et 2016 © AIE
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
7CHINE
à l’étranger, principalement dans
les pays en développement, ses
politiques énergétiques ont des
implications bien au- delà de
leurs frontières et du secteur
énergétique. La Chine pèse pour
plus de 20% de la consomma-
tion énergétique mondiale, et
représente quasiment 30% des
émissions totales de CO2
.
Aujourd’hui son système énergé-
tique repose sur une très forte
dépendance au charbon qui con-
stitue les deux tiers de sa con-
sommation d’énergie primaire.
Les objectifs climatiques et les
dégâts causés par la pollution
de l’air ont contraint les poli-
tiques à vouloir diversifier le mix.
Ainsi, depuis 2000, d’importants
investissements dans les infra-
structures gazières ont permis
le doublement de la par t du
gaz dans le mix. Les technolo-
gies bas carbone, principale -
ment le solaire et l’hydraulique,
mais également la filière nuclé-
aire, ont connu une croissance
fulgurante. Le développement
massif des filières industrielles
renouvelables a beaucoup con-
tribué à la réduction des coûts
du solaire et de l’éolien dans le
monde, ainsi qu’à leur essor ces
dernières années.
La demande énergétique de la
Chine, comme son développe -
ment, a crû extrêmement rap-
idement mais moins vite que le
PIB, entraînant une diminution
de l’intensité énergétique, ce qui
témoigne de lourds investisse-
ments dans l’efficacité énergé-
tique et annonce une transition
de l’économie chinoise vers des
services à haute valeur ajoutée et
des industries plus légères.
Le mix élec trique
Avec 1600 GW de puissance
installée, le système électrique
chinois est le premier mondial.
Son parc est principalement ther-
mique (65%) et hydraulique, ce
qui en fait un des principaux
leviers de décarbonisation de
l’économie chinoise. Entre 2000
et 2016, 40% des ajouts de capac-
ités mondiales sont chinoises :
le déploiement des énergies
renouvelables s’est accompagné
d’un rythme effréné de construc-
tion de centrales thermiques
au charbon. Par conséquent, la
moitié de ces centrales a moins
de dix ans, beaucoup ont permis
de remplacer les anciennes unités
moins performantes, permettant
d’élever le rendement moyen de
32% à 37% depuis 2000. D’autre
part, la surabondance des capac-
i té s i nte r m i t te nte s a p o i nté
les limites de la flexibilité du
système électrique chinois : en
2016, 17% de la production éoli-
enne a été écrêtée car elle ne
pouvait pas être absorbée.
Le système énergétique chinois
e s t u n i q u e c a r l ’é l e c t r i c i t é
occupe une très forte part de la
consommation d’énergie finale.
Pour un baril de pétrole, les
chinois consomment deux fois
plus d’électricité (en énergie
équivalente) comparé au reste
d u m o n d e. Le W E O p ro p o s e
d e u x t e n d a n c e s c o n c e r n a n t
l’électricité. La première est un
rapprochement des modèles de
consommation finale tradition-
nels dans les pays développés,
ce qui accroîtrait la demande de
produits pétroliers ; la seconde
est le maintien de l’électricité au
sommet des usages énergétiques
voire un net détachement, ce qui
n’est pas inenvisageable quand
on considère les ambitions de
Liu Zhenia, PDG de l’opérateur
du réseau de transport chinois,
de construire un réseau intercon-
necté mondial.
R e s s o u r c e s é n e r g é t i q u e s e t
investissements
Le gouvernement chinois, dans
l’optique de sécuriser l’apport
énergétique face à son économie
et sa démographie croissantes
a accordé en 2013, 40 milliards
d e d o l l a r s d ’i nve s t i s s e m e nt s
à l’étranger. Les compagnies
énergétiques chinoises sont en
amont de toutes les chaînes de
production, transport et trading
d’énergie. La taille du pays lui
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
8 CHINE
donne une force de négocia-
tion importante avec les Majors
p é t ro g a z i è re s d é s i re u s e s d e
s’ouvrir au marché chinois. En
outre, de nombreux investisse -
ments dans les pays en dével-
oppement, tels que le renouvel-
able en Afrique Subsaharienne
où les projets dans le charbon
et l’hydraulique en Asie du Sud
Est, renforcent ses relations et
sa présence à l’étranger. Par
ailleurs, la Chine appor te son
soutien diplomatique dans des
pays à haut risque non sans
intérêt puisque cela lui permet de
sécuriser de précieux actifs éner-
gétiques (stratégie d’emprise sur
les champs pétroliers au Soudan,
par exemple).
La Chine présente un por te -
feuille de partenaires très varié
pour ses importations. Elle com-
plète sa production nationale de
charbon par des impor tations
d’Indonésie et d’Australie prin-
cipalement. Pour le pétrole, elle
reste très dépendante du Moyen-
Or ient, mais s’approvisionne
aussi en Russie, au Kazakhstan et
au Myanmar. Ses apports de gaz
proviennent de ces mêmes pays ;
nous retiendrons le projet de con-
struction d’un pipeline depuis la
Russie, normalement opération-
nel en 2020. Sa filière nucléaire,
en plein essor, est portée par des
partenariats avec la France, les
Etats-Unis, la Russie et le Canada,
qui l’ont mené au développement
de ses propres réacteurs de 2ème
et 3ème génération. La Chine fait
de l’exportation des technologies
et projets nucléaires un axe de
développement majeur, qui vient
s’ajouter à ses exports en tech-
nologies renouvelables dont elle
maîtrise toute la chaîne.
S e l o n l e W E O, c i n q p r i n c i -
paux facteurs vont influencer
le développement énergétique
chinois : l’économie, la pression
démographique et l’urbanisation,
les problèmes environnementaux
(eau, gaz à effet de serre, qualité
de l’air), les investissements et
les politiques.
Le facteur politique est prépon-
dérant car l’expérience montre
que la Chine respecte ses engage-
ments. La qualité de l’air est le
principal moteur des politiques
climatiques et énergétiques chi-
noises. Rappelons que chaque
année en Chine, un million de
morts prématurés sont imputa-
bles à la pollution de l’air, causée
principalement par le secteur
énergétique et les modes de vie
(chauffage domestique et cuisine
à la biomasse).
P r o j e c t i o n s s u r l a d e m a n d e
énergé tique
D’ici 2040, et principalement sous
l’action politique, la demande de
charbon connaît un net déclin,
d’abord dans l’industrie puis
à partir de 2030 aussi dans le
secteur électrique. La demande
en pétrole connaît pour sa part
une hausse jusqu’en 2030, tirée
par l’accroissement des besoins
de mobilité et de modes de vie
plus ur banisés et modernes,
suivie d’un plateau. En revanche,
la demande de gaz aura presque
doublé sous l’action du dével-
oppement de vastes réseaux de
gaz urbains et industriels.
Malgré tout, la plus forte crois-
sance se fait sur les ressources
b a s - c a r b o n e e t l e s é n e rgi e s
renouvelables. En 2040 elles
représentent 60% de la capac-
ité installée sur le système élec-
trique chinois, et produisent plus
de 50% de l’électricité (cf. figure
ci-après). L’électricité devient la
source d’énergie la plus deman-
dée pour un usage final, ce qui
co n f i r m e l ’é l e c t r i f i c a t i o n d e
l’économie chinoise.
La par t de l’industrie dans la
demande énergétique décroît de
65% à 40% sur l’horizon des scé-
narios. Elle sera principalement
remplacée par la demande asso-
ciée aux usages finaux, la mobilité
(électrique en majeure partie) et
la consommation domestique qui
tireront le système énergétique
sur une pente décarbonée. Le fait
notable de ce WEO est la possi-
bilité que l’économie chinoise
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
9CHINE
p o u r s u i v e l a t r a n s f o r m a -
t i o n r a p i d e c o m m e é v o q u é
précédemment.
S o u s l ’i m p u l s i o n d u 1 3 è m e
plan quinquennal qui fixe les
réformes de politique énergé-
tique à moyen terme et des nou-
veaux standards de pollution de
l’air dans tous les secteurs, en
2040 les émissions de polluants
auront été réduites de 25% et les
émissions de CO2
réduites de 3%,
alors que la demande en énergie
primaire aura augmenté de 25%.
Cela sera permis par les inves-
tissements dans l’efficacité éner-
gétique (industrie et résidentiel)
et les renouvelables avec une
intégration des énergies inter-
mittentes largement facilitée par
l’extension du réseau électrique
sur tout le territoire. Ces exten-
sions permettront de mailler la
plupart des surfaces habitées et
ainsi maximiser l’exploitation du
productible renouvelable.
P r o j e c t i o n s s u r l ’ a p p r o -
visonnement énergé tique
Un des plus gros challenges
pour la Chine est de garantir
son approvisionnement énergé-
tique dans un contexte où est
prévue une diminution de la pro-
duction de charbon proche de
15%. De même, elle devra sat-
isfaire une demande de pétrole
en hausse de 35% alors que sa
production diminue également.
Cela conduira à renforcer de 80%
la dépendance aux importations
pour cette ressource. Face à ce
risque, la Chine investit et se
positionne en leader mondial
du raffinage pour exporter des
produits pétroliers à plus forte
valeur ajoutée.
Le trou laissé par l’abandon pro-
gressif du charbon est reporté
sur le gaz naturel. La Chine aug-
mente considérablement sa pro-
duction nationale. Pour complé-
ter son besoin, elle cherche à
diversifier les sources d’imports
en orientant son infrastructure
gazière vers une économie de
marché. Nettement réformée en
amont et en aval, le réseau gazier
offre une liberté accrue sur le
trading in-situ et à l’international
et flexibilise les contrats, ce qui
amène la Chine à être le 2ème
plus gros importateur de gaz.
Néanmoins, le gaz n’est qu’une
pierre au projet de renforce -
ment de sa sécurité énergé -
tique. Jusqu’en 2040, il ne faudra
pas moins de 6400 milliards de
dollars d’investissements dans
l ’a p p rov i s i o n n e m e nt é n e rg é -
tique. Les deux tiers seront
Production d’électricité par combustible en Chine dans le scénario « Nouvelles Politique » © AIE
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
10 CHINE
Source :	 AIE, « World Energy Outlook 2017 », https://www.iea.org/weo2017/
absorbés par les réseaux élec-
trique et gazier ainsi que les
capacités bas-carbone. 2000 mil-
liards de dollars seront mobili-
sés dans l ’efficacité énergé -
tique, principalement le parc
résidentiel et l’amélioration de
la mobilité.
En 2040, respectivement 30%
et 25% des volumes de pétrole
et gaz échangés dans le monde
seront à destination de la Chine.
Im pa c t s d e s p o l i t i q u e s é n e r g é -
t i q u e s c h i n o i s e s s u r le s e c t e u r
énergé tique mondial
Globalement, la politique éner-
gétique chinoise aura de pro-
fondes répercussions sur les
marchés mondiaux, les coûts des
technologies et le respect des
objectifs climatiques. Son futur
énergétique sera très différent
de sa tendance passée, piloté
par une économie en transition
en accord avec la « révolution
énergétique  » envisagée par Xi
Jinping.
Cependant, une incertitude per-
siste quant à l’imminence de sa
transition économique. Le scé-
nario « Politiques actuelles »
estime qu’un retard de quelques
années impactera énormément
sa transition énergétique. A
cela s’ajoutent une baisse des
salaires, une économie moins
résiliente et une hausse des
ex ternalités environnementa-
les, dont la qualité de l’air qui
impactera directement les pop-
ulations urbaines. A l’inverse,
le scénario « Développement
durable » propose des perspec-
tives plus radieuses. La révolu-
tion énergétique se traduit par
une amélioration drastique de la
qualité de l’air, une réduction des
importations d’énergies fossiles
et une baisse des émissions de
carbone de 5,3 gigatonnes.
Cette édition du WEO permet
de mesurer le poids d’un pays
émergent comme la Chine et ses
conséquences sur la stabilité du
système énergétique mondial.
Bien que résolument engagée
dans sa transition énergétique,
la Chine devra être capable de
renforcer ses relations diploma-
tiques et diversifier ses contrats
pour maintenir sa sécurité éner-
gétique. De plus, les transforma-
tions structurelles qu’elle envis-
age ne seront pas sans effet sur
l’emploi  : le secteur du charbon
représente aujourd’hui quatre
millions de travailleurs.
En poursuivant pleinement le
développement des technolo-
gies décarbonées qu’elle exporte
à outrance, la Chine renforce sa
position de leader technologique
et donne l’exemple pour la mobil-
ité électrique puisqu’elle abritera
le plus vaste marché mondial.
Ses efforts dans la performance
énergétique, le développement
énergétique et la tertiarisation
de l’économie en feront possible-
ment un modèle de développe-
ment urbain neutre en carbone.
En 2030, le pic d’émissions par
habitant devrait être atteint à un
niveau deux fois inférieur à celui
des Etats-Unis.
Raphaël CLUET
© Pixabay
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11CHINE
La crise énergétique indienne
Avec sa croissance économique
e t s o n d é v e l o p p e m e n t
d é m o g r a p h i q u e e x p o n e n t i -
els, l’Inde fait face à une crise
énergétique sans précédent.
Comment ce pays de 1,32 mil-
liards d’habitants arrivera à sub-
venir à sa demande en énergie ?
Quels seront les conséquences de
la transformation de son paysage
énergétique sur le climat ?
L’ampleur des besoins est colos-
sale. Au moins 300 millions
d’indiens vivent aujourd’hui sans
électricité et, environ 250 mil-
lions y ont un accès que partiel,
seulement trois à quatre heures
par jour. Ce manque d’électricité
a p p a r a î t c o m m e u n v é r i t a -
ble frein au développement du
secteur manufacturier indien,
mais aussi à l’amélioration du
niveau de vie de la population.
La simple augmentation de la
demande en électricité devrait
s’élever à 15 GW par an pour les
30 prochaines années. Les gou-
ve r nements se su ccè d e nt e t
peinent à suivre le rythme de ce
développement.
Un nouveau souffle avec le gou-
vernement Modi
Depuis son arrivée au pouvoir
en mai 2014, le Premier Ministre
indien Narendra Modi a mis au
centre de ses priorités l’accès
à l ’é l e c t r i c i t é p o u r t o u s .
Parallèlement, il a affiché ses
ambitions sur la scène internatio-
nale de limiter le réchauffement
climatique. Aujourd’hui, près de
50% de l’énergie indienne est
produite à par tir de charbon,
c’est pourquoi le gouvernement
Modi a promis d’augmenter la
capacité d’énergie renouvelable
de 175 GW dont 100 GW seront
produits par le solaire d’ici 2022
(soit environ la capacité élec-
trique totale de l’Allemagne).
Ces objectifs sont-ils cependant
atteignables ?
L’ I n d e e s t a u j o u r d ’ h u i l e
troisième plus gros émetteur de
gaz à effet de serre au monde,
et prétend construire une écono-
mie moderne industrialisée, sans
augmenter significativement ses
émissions. Un défi qu’aucun pays
n’a réussi à relever à ce jour…
Quels enjeux pour le climat ?
L’Inde ne peut se permettre de
suivre une croissance similaire
aux pays développés qui ont
amélioré leur niveau de vie au
détriment de l’environnement,
avec une for te augmentation
de leurs émissions. Une telle
croissance en Inde conduirait à
une catastrophe non seulement
pour les indiens mais aussi pour
l’ensemble de la planète. La Chine
en est un bon exemple. En effet,
de 1990 à 2014 le PIB du pays a
augmenté de 317 $ à 7 683$ par
habitant [1] et ses émissions de
gaz à effet de serre sont passées
de 4,15 tCO2eq
par an et par habi-
tant à plus de 8 tCO2eq
 [2]. La Chine
est ainsi devenue aujourd’hui
le plus gros pollueur mondial.
L’Inde est encore bien loin de ces
chiffres. En effet, ses émissions
de GES par habitant s’élevaient
en 2014 à 2,38 tCO2eq
par an et
son PIB était de 1 573$ par habi-
tant pour cette même année. Sa
population devrait augmenter
de 400 millions de personnes
sur les trente prochaines années
et faire de l’Inde le pays le plus
peuplé au monde d’ici 2050, con-
centrant environ 20% de la popu-
lation mondiale. Si l’Inde suit le
chemin de la Chine, l’atmosphère
devra supporter huit milliards de
tonnes de carbone supplémen-
taires chaque année, soit plus
que l’ensemble des émissions des
États-Unis en 2013 [3][4].
Une telle croissance des émis-
sions mettrait évidemment une
croix sur les objec tifs inter-
n a t i o n a u x d e l i m i t a t i o n d u
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
12 INDE
réchauffement climatique en
deçà de 2°C. A l’horizon 2050,
si l’Inde se repose for tement
sur les énergies fossiles comme
le charbon pour satisfaire les
besoins de sa population, dével-
oppe son économie et élève son
niveau de vie au niveau des pays
développés, une catastrophe cli-
matique mondiale sera inévita-
ble indépendamment de tout
effort entrepris par les États-Unis
et la Chine pour diminuer leurs
émissions.
Pour renverser cette tendance et
éviter la croissance exponenti-
elle des GES de l’Inde, une trans-
formation radicale devra s’opérer
sur deux points principaux : la
production et la distribution de
l’électricité en Inde.
Le règne du charbon, ré volu ?
La nouvelle génération poli-
tique indienne du Bharatiya
Janata Party (BJP) représentée
par Modi, prône une croissance
économique au travers d’une
p o l i t i q u e p r a g m a t i q u e n é o -
libérale avec la libéralisation et
la privatisation des industries
nationales. Piyush Goyal, le min-
istre de l’Énergie a marqué un
tournant sur le développement
du renouvelable en Inde avec
l’annonce d’investissements de
100 milliards de dollars dans
cette filière.
Ce p e n d a nt , ce t e n g o u e m e nt
ne l’empêche par d’être égale-
ment un fervent défenseur du
charbon. En mars 2015, il était
favorable au développement
des mines de charbon du pays,
défendant que cela boosterait
l’économie et créerait des mil-
liers d’emplois supplémentaires.
Bien que les prix du renouvel-
able aient drastiquement chuté
ces dernières années, le charbon
reste la source énergétique la
moins chère en Inde. De plus, la
construction d’usines à charbon
a explosé, doublant ses capac-
ités depuis 2008. L’Inde con-
somme environ 800 millions de
tonnes de charbon par an et
pourrait en consommer deux
fois plus à l’horizon 2035, d’après
les World Energy Outlook de BP.
Pour répondre à cette demande,
Goyal prévoit d’augmenter la
production de charbon nationale
à 1,5  milliards de tonnes par an
d’ici 2020 (660 millions de tonnes
par an en 2015), afin de limiter
les importations de charbon. On
peut voir ci-dessus la réparti-
tion des centrales à charbon indi-
ennes [3] [4].
En 2014, le mix électrique indien
se composait à 75% de charbon,
1 0 % d ’ hyd ra u l i q u e, 2 , 8 % d e
nucléaire et un peu plus de 5%
de renouvelable. Même avec le
scénario le plus « renouvelable »,
la part du renouvelable ne pourra
atteindre plus de 20% du mix
électrique dans les 25 prochaines
années. Dans tous les scénarios, il
parait inenvisageable que la part
Répartition des centrales à charbon en Inde © Global Energy Observatory
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
13INDE
du charbon passe en dessous de
la barre des 50%. L’hydraulique
implique de déplacer des popu-
lations et pourrait atteindre au
mieux 25%, le nucléaire attein-
drait 5-6% et le renouvelable
20%, ce qui laisse le charbon à au
moins 50%. C’est d’ailleurs pour-
quoi l’AIE montre dans ses World
Energy Outlook de 2017 que les
émissions de l’Inde vont doubler
à l’horizon 2040.
En réponse à ces observations,
l’administration Modi tente de
développer le plus possible le
renouvelable avec notamment,
la construction de 100 GW de
photovoltaïque d’ici 2022 (l’Inde
Tableau comparatif des données de l’énergie en Inde, France, Europe et mondiale en 2014 [5] [6] [7]
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
14 INDE
comptait 4GW en 2015). 57 GW
cor respondent à des projets
gigantesques, avec des capac-
i t é s i n s t a l l é e s d e 5 0 0 M W
jusqu’à 10  GW. Par ailleurs, 75
G W d e c a p a c i té s u p p l é m e n-
taire d’éolienne sont également
prévus. [3]
Le dernier levier de l’Inde pour
une énergie bas- carbone est
le gaz naturel. Encore faut-il
que le pays soit en mesure d’en
trouver assez à impor ter. Les
réserves nationales de l’Inde en
gaz naturel sont très faibles, et
les importations ont été limitées
par les coûts du transport du gaz
liquéfié. Cependant, une canali-
sation gazière entre l’Iran et la
côte ouest indienne est en dis-
cussion. [4]
Le f i n a n c e m e n t d e s i n f r a s t r u c -
tures d’énergie renouvelable
Nombreuses sont les entreprises
étrangères qui investissent dans
les énergies renouvelables en
Inde. Par exemple, l’entreprise
japonaise Softbank va investir
20 milliards de dollars dans les
projets photovoltaïques indiens.
Cependant, la construction de
ces nombreux projets a un coût
extrêmement élevé, au vu de leur
échelle. De tels travaux pour-
ront-ils être menés à bout par le
gouvernement indien ?
Le financement des 100 GW
d’énergie solaire supplémentaire
se chiffre à plusieurs milliards
de dollars, nécessitant à la fois
une augmentation du prix de
l’électricité et un investissement
colossal de la part du gouverne-
ment central. Une taxe charbon
de 200 roupies par tonne de
charbon produite a été instau-
rée mais n’a apporté au National
Clean Energy Fund que 2,6 mil-
liards de dollars à ce jour.
Modi a fait un appel aux pays
de l’Occident pour aider l’Inde
à f i n a n c e r l e s p r o g r a m m e s
d ’é n e r g i e r e n o u v e l a b l e . C e
message fait échos aux 100 mil-
liards de dollars promis lors de
la COP21 de la par t des pays
développés qui ont déjà connu
une forte croissance industrielle
accompagnée de for tes émis-
sions, vers les pays en développe-
ment, qui doivent aujourd’hui se
développer économiquement.
Un autre frein au développe -
ment du solaire en Inde est le
prix ultra compétitif des cel-
lules photovoltaïques chinoises.
La politique de Modi « Make in
India » encourage le développe-
ment d’une filière de produc-
tion de cellules photovoltaïques
interne à l’Inde mais celle - ci
peine à rivaliser avec les coûts
de production chinois.
En bref, Modi a du travail devant
lui entre la réforme du secteur
énergétique cor rompu et en
faillite, la construction de nou-
velles infrastructures d’énergie
renouvelable, la croissance du
secteur manufacturier du pays,
le maintien d’un déficit faible, et
par-dessus tout une croissance
économique maintenue autour
de 8% par an. Si les champs
solaires voient le jour, que les
barrages se construisent dans
le nord du pays, les centrales
nucléaires trouvent des finance-
ments, et les canalisations sous-
marines gazières se réalisent,
l’I nde pourra alors peut- être
réussir à subvenir aux besoins
de sa population. Mais un prob-
lème restera encore entier : celui
du transport et de la distribution
de l’électricité jusqu’au consom-
mateur. [4]
Un réseau élec trique fragile
Le réseau électrique indien est
chaotique et dangereux comme
l’a montré son blackout en 2012
laissant 600 millions de per-
sonnes dans le noir, avec en plus
un arrêt des industries entrain-
ant une dette estimée à 70 mil-
liards de dollars. Le Power Grid
Corporation of India opère plus
de 100 000 km de réseau sur
l’ensemble du sous-continent.
Les pertes électriques dues aux
réseaux de transport et de dis-
tribution électrique s’évaluent à
environ 25%, et atteignent même
50% dans certains endroits. A titre
comparatif en France, RTE estime
les pertes du réseau de transport
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
15INDE
à environ 2% et ENEDIS à environ
6% pour le réseau de distribu-
tion. Les pertes en ligne constit-
uent un enjeu majeur en Inde.
Pour autant l’organisation du
réseau électrique du Maharastra
ressemble à s’y méprendre au
réseau français comme le montre
le schéma de principe ci-dessous.
Dans les deux réseaux nous avons
un schéma similaire, une autorité
Comparaison des systèmes de réseaux électriques indien et français [8]
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
16 INDE
de régulation de l’énergie, une
entité de production (EDF vs
MSEGCL), une entité de trans-
m i s s i o n ( R T E vs M S E TC L ) e t
enfin la distribution assurée par
un dernier acteur (ENEDIS vs
MSEDCL). Des compteurs intelli-
gents sont également déployés
de manière similaire. L’équivalent
du Linky, payant, est installé chez
des industriels afin de pouvoir
suivre leurs consommations. Un
centre de dispatching (RTE vs
MSLDC) est également présent
afin d’équilibrer en temps réel le
réseau électrique. Il ne faut pas
oublier que plus de 65% de la
population indienne est encore
aujourd’hui rurale. Ainsi, de nom-
breux habitants ne sont pas rac-
cordés au réseau. Le gouverne-
ment Modi a prévu de moderniser
le réseau électrique en investis-
sant notamment 50 milliards de
dollars.
Dans cer tains Etats de l’Inde,
des subventions sont mises en
place pour diminuer le coût de
l’électricité pour les agriculteurs,
voire le rendre gratuit. Ce type de
subvention, ne fait qu’augmenter
le déficit pour le réseau national
indien.
La solution serait peut être de
privatiser le réseau électrique
national, mais le gouvernement
n’en est pas à ces considérations
pour le moment.
De plus, l’étendue du pays (cinq
fois la superficie de la France)
rend inespéré l’accès au réseau
d a n s d e n o m b r e u x v i l l a g e s
en Inde. Des solutions beau-
coup plus réalistes pour ali-
menter ces derniers seraient les
microgrids solaires ou d’autres
sources d’électricité locales qui
permettraient de contourner le
problème du raccordement au
réseau. Plusieurs entreprises
comme Visionar y Lighting ou
Greenlight Planet se sont spécial-
isées dans le développement et
l’installation de tels microgrids.
Cependant, ces petites tailles
d’installation solaire constitu-
ent un business à faible marge.
La solution pour répondre à
l a d e m a n d e é l e c t r i q u e i n d i-
e n n e v i e n d r a c e r t a i n e m e n t
d ’une gestion décentralisée.
Cette transformation commence
déjà à s’opérer. Par exemple, à
Bangalore, de nombreux rés-
ervoirs d’eau sont chauffés par
énergie solaire.
Un modèle de croissance difficile
à gérer
Pour conclure, la croissance
économique et démographique
de l’Inde a été beaucoup trop
rapide pour que son gouverne-
ment suive le rythme au niveau
du développement des infra-
structures énergétiques. L’Inde
pourra profiter de son retard
de développement sur le plan
énergétique en capitalisant sur
les innovations technologiques
apportées par les pays dévelop-
pés. Cependant, sa transforma-
tion énergétique reste extrême-
ment difficile puisque l ’état
actuel de la planète l’empêchera
de suivre les modèles de crois-
s a n ce A m é r i c a i n o u C h i n o i s
« Grow now, pay later ».
Nalini GASCON
& Axel FELIZOT
Sources :
[1]	 Banque mondiale, PIB par habitant 1990-2014.
[2]	 CAIT Climate Data Explorer, Total GHG Emissions Excluding Land-Use Change and Forestry - 2014. 	
[3]	 US Energy Information Administration, « Country Analysis Brief: India », 14/06/2016.
[4]	 Richard Martin, MIT Technology Review, « India’s Energy Crisis », 07/10/2015, https://www.technologyreview.com/s/542091/
indias-energy-crisis/
[5]	 Maharashtra State Load Despatch Centre, http://mahasldc.in/
[6]	 Tata Power - Largest Power Company in India, https://www.tatapower.com/
[7]	 B.H KHAN, « Non-conventional energy resources », Tata McGraw-Hill Education Pvt. Ltd., 2009.
[8]	 Vidyut Urja Equipments Pvt. Ltd., http://vuel.net/#/home?scrollTo=welcome#welcome
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
17INDE
Un mix de gaz 100% renouvelable en 2050 pour
la France ?
L’ADEME a publié le 30 janvier
dernier, en collaboration avec
GRDF et GRTgaz, une étude de
faisabilité technico-économique
d’un mix de gaz 100% renouvel-
able en 2050 en se basant sur
quatre scénarii dont trois cor-
respondent à 100% et un à 75%
d’énergie renouvelable et de
récupération. L’étude a pour
objectif d’explorer les moteurs
et les freins liés à la faisabil-
ité technico-économique d’un
système gazier d’origine 100%
renouvelable en 2050. Elle s’est
articulée autour de trois étapes
pr incipales  : l ’évaluation du
potentiel de ressources renouv-
elables, le calcul du mix de pro-
duction permettant de répondre
à la demande estimée, et la déf-
inition de quatre scénarii pour
évaluer les hypothèses retenues
sur les ressources. La première
étape a considéré trois filières de
production (la méthanisation, la
pyro-gazéification et le power-
to-gaz) et a intégré des critères
de durabilité en exigeant, par
exemple, que les ressources utili-
sées pour un usage énergétique
n’entrent pas en concurrence
avec leur usage en matière pre-
mière, et la seconde étape s’est
appuyée sur l’ajustement de la
demande estimée à par tir du
scénario de l’ADEME 2035-2050.
Mé thode
E n p a r t a n t d u s c e n a r i o d e
l’ADEME 2035-2050, on procède
à des ajustements pour prendre
en compte les différents effets
que peuvent engendrer la hausse
ou la baisse de la demande et on
aboutit aux 4 scénarios consi-
dérés. Ainsi, la substitution par le
gaz des usages qui étaient assurés
par d’autres vecteurs et la pro-
duction de pointe d’électricité,
va contribuer à augmenter la
demande de gaz. En revanche
générer de la chaleur par la pyro-
gazéification, le power-to-gas et
le power-to-heat en substitution
de la chaleur « gaz », engendre-
rait une baisse de la demande.
Globalement, on obser verait
en 2050 une augmentation des
besoins en gaz pour la produc-
tion d’électricité, une baisse de la
consommation en hiver en raison
de la réduction des besoins de
chauffage par gaz, et une baisse
de la consommation également
en été mais qui serait compen-
sée par l’augmentation d’usages
dans le transport.
L’offre de gaz renouvelable en
2050 a ensuite été évaluée à
par tir de scénarii de potenti-
els déjà existants, tout comme
l’équilibrage de l’offre et de la
demande, suivi de l’évaluation
d e s c o û t s d e s t o c k a g e e t
d’adaptations nécessaires sur le
réseau. Finalement, les scéna-
rii étudiés sur la base de vari-
antes de l’offre diffèrent selon
si l’on garde ou pas une part de
gaz naturel dans le mix gazier et
si l’on attribue une part plus ou
moins importante de ressources
biomasse.
Résultats
L’étude a montré que le poten-
tiel de ressources renouvel-
ables primaires mobilisables en
2050 s’élève à 620 T Wh, ce qui
correspond à un potentiel de
gaz renouvelable injectable de
l’ordre de 460 T Wh traduisant
ainsi une hausse significative par
rapport aux ressources actuelles
qui ne dépassent pas 140  T Wh.
Ceci suppose, entre autres, le
développement et la général-
isation de pratiques agricoles
(méthanisation, cultures inter-
médiaires) et forestières (sylvi-
culture). Le président Macron a
d’ailleurs annoncé, le 22 février
en amont de l’ouverture du salon
de l’agriculture, la création d’un
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
18 FRANCE
fonds de prêts à la méthanisation
de 100 M€ avec Bpifrance [2].
Les grandes filières de produc-
tion qui permettront d’assurer
ce potentiel sont la méthanisa-
tion (voie biologique produisant
du biogaz par l’utilisation de
micro-organismes pour dégrader
la matière organique) avec une
par t de 30% du gisement, la
pyro-gazéification (filière ther-
mochimique produisant un gaz
de synthèse : le syngas à partir
de matière organique) à hauteur
de 40% et le power-to-gas (qui
permet de convertir l’électricité
renouvelable en gaz de synthèse)
à raison de 30%.
Le potentiel ainsi estimé permet
de satisfaire une demande de
293 T Wh en 2050 pour le scé-
nar io 100% EnR&R (énergies
renouvelables et de récupéra-
tion), voire une demande plus
élevée (361 T Wh) dans le cadre
d’un scénario 100% EnR&R avec
pyro-gazéification haute. Pour
chacun des quatre scénarii con-
sidérés, un mix de production a
été défini (figure ci-dessous) en
mobilisant les filières par ordre
de coût croissant c’est-à-dire en
gardant le power-to-gas (le plus
coûteux) uniquement comme
variable d’ajustement pour le
bouclage offre-demande.
A partir des mix de production
définis pour chaque scénario, le
coût total du MWh de gaz con-
sommé a été calculé (figure page
suivante) en prenant en compte
les coûts de produc tion, de
réseau de transport et de distri-
bution et de stockage. Ce coût
varie, pour le scénario 100%
EnR&R, entre 118 et 132 €/MWh,
selon l’hypothèse prise pour les
coûts d’électricité. Malgré une
hausse de la demande de 23% par
rapport à ce premier scénario, le
scénario 100% EnR&R, avec pyro-
gazéification haute, ne présente
pas de différence de coût signif-
icative, le coût varie entre 116
et 127€/MWh. Ceci s’explique par
le fait que la pyro-gazéification,
plus fortement sollicitée dans ce
second scénario, est moins cou-
teuse que le power-to-gas. Ceci
permet d’expliquer également
le coût plus élevé (133 à 153 €/
MWh) du troisième scénario 100%
EnR&R, avec biomasse limitée
à l’usage gaz, qui présente la
par t de power-to -gas la plus
importante. Le dernier scénario,
gardant une part de 25% de gaz
naturel, a un coût global 10% à
20% inférieur au scénario 100%
EnR&R, en considérant une valeur
de 200€/tCO2
en 2050 pour la taxe
carbone. Les émissions directes
que ce quatrième scénario per-
mettrait d’éviter sont de l’ordre
de 45MtCO2
/an ce qui corre -
spond, avec la même hypothèse
Mix de gaz dans les quatre scénarii © ADEME
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
19FRANCE
sur la taxe carbone, à 9 milliards
d’euros, contre 12,6 milliards
d’euros pour le scénario 100%
EnR&R qui éviterait 63 MtCO2
/an.
L’étude s’est également intéres-
sée aux modifications qu’il est
nécessaire d’apporter au réseau
pour atteindre les 100% EnR&R
ainsi qu’au coût de ces évolu-
tions. Cela englobe les infrastruc-
tures de transport et de stockage,
ainsi que la construction d’un
réseau de collecte des ressources
disséminées en milieu rural, pour
lequel le coût ne dépasserait pas
3% du coût global. Les coûts de
déploiement de solutions tech-
nologiques qui permettront de
rendre le réseau bidirec tion-
nel devraient, quant à eux, faire
l’objet d’optimisation pour être
maîtrisés. Quatre départements
types ont, en effet, été consi-
dérés pour l’évaluation des évo-
lutions nécessaires du réseau et
du positionnement des unités de
production, et une nouvelle con-
figuration du réseau permettant
le raccordement de ces unités
de production a été donnée par
un algorithme d’optimisation.
Par la suite, l’étude a procédé à
l’extrapolation de ces solutions
à l’échelle de la France métro-
politaine. Ceci a permis de con-
sidérer, pour chacun des scé -
narios définis, l’équilibre offre-
demande au niveau national en
vue d’étudier la résilience du
système gazier à des pointes de
froid.
En plus de ces évolutions, néces-
saires pour adapter le réseau
gazier à un mix énergétique
100% renouvelable, le succès
d’un tel scénario passe surtout
par une forte interaction entre
les réseaux électrique et gazier.
Des centrales thermiques de
pointes alimentées par 10 voire
46 T WhPCS de gaz renouvel-
able (selon le scénario consi-
déré) peuvent ainsi contribuer à
l’équilibre du système électrique.
Le power-to-gas permet, par ail-
leurs, d ’assurer un stock age
inter-saisonnier pour l’électricité.
Limites e t perspec tives
Une des limites à cette étude
est qu’elle propose des scénarii
en 2050, mais ne donne pas la
trajectoire pour les atteindre à
partir de la situation actuelle. Les
externalités, notamment l’impact
d’un système gazier fortement
renouvelable sur l’indépendance
énergétique du pays, son activité
économique et sa balance com-
merciale, n’ont également pas été
quantifiées. Les hypothèses qui
ont été retenues pour estimer les
potentiels de ressources mobilis-
ables comportent, d’autre part,
des incertitudes qu’il faudrait
Coût total par MWh de gaz consommé pour chacun des quatre scénarii © ADEME
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
20 FRANCE
Répartition du potentiel théorique de gaz renouvelable injectable en 2050, par département et par filière
© ADEME
évaluer, notamment sur les évo-
lutions des secteurs agricole et
forestier et sur l’acceptabilité
sociale des projets. I l est à
noter, finalement, que ce rapport
s’est intéressé à la faisabilité
technico-économique d’un mix
de gaz 100% renouvelable mais
pas à l’optimisation technico-
économique de la part de gaz
renouvelable dans le mix gazier.
Ainsi une étude de la répartition
optimale des vecteurs en pro-
posant d’autres scénarii pourrait
aussi être envisagée.
Dhekra BOUSNINA
Sources :
[1]	 ADEME, « Un mix de gaz 100% renouvelable en 2050 ?, une synthèse de l’étude », janvier 2018.
[2]	 Patricia Laurent, Green Univers, « Méthanisation : l’Etat va lancer un fonds de prêts de 100 M€ », 22/02/2018, https://www.
greenunivers.com/2018/02/methanisation-letat-va-lancer-fonds-de-prets-de-100-me-177096/
[3]	 Communiqué de presse, «“Un mix de gaz 100% renouvelable en 2050 ?” : une étude exploratoire de l’ADEME, GRDF et GRTgaz,
une synthèse de l’étude », 30/01/2018, http://presse.ademe.fr/wp-content/uploads/2018/01/180130_CP-100_gaz_Vdef.pdf
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
21FRANCE
L’ORECA publie ses chiffres sur l’énergie et le
climat en PACA
E n d é c e m b r e d e r n i e r ,
l ’o b s e r v a t o i r e r é g i o n a l d e
l’énergie, du climat et de l’air
de Provence-Alpes-Côte d’Azur
(ORECA) publiait le bilan de
l’année 2016 [1], pointant les
efforts réalisés pour développer
les énergies alternatives et amé-
liorer la qualité de l’air.
La consommation d’énergie finale
de la région est presque égale-
ment répartie entre les trans-
por ts (36%), l’industrie (33%)
et le résidentiel- tertiaire (30%)
alors que l’agriculture comble la
part restante avec 1% de l’énergie
consommée. La forte présence
industrielle sur le territoire laisse
incontestablement sa marque
dans le mix énergétique primaire,
la part de l’électricité est réduite
par rapport à sa moyenne natio-
nale, diminuant logiquement les
opportunités de décarbonation.
L’observatoire note une réduc-
tion des quantités de polluants
de 30% pour les NOx et 26% pour
les PM2.5 mais le bilan reste
très contrasté. D’après l’ORECA,
« 8 personnes sur 10 restent
exposées au dépassement de la
valeur sanitaire recommandée
par l’OMS pour l’ozone et les par-
ticules fines»
Un e p r o d u c t i o n En R e n h au s s e
m a i s e n c o r e i n s u f f i s a n t e p o u r
remplir les objec tifs
L’autonomie énergétique de la
région reste encore loin d’être
atteinte, PACA fait appel aux
apports nationaux à hauteur de
51% [2]. L’accent semble être
mis sur les renouvelables qui
représentent 58% du parc élec-
trique et en particulier sur le
solaire qui, avec ses 945 MW de
puissance installée, affiche une
hausse de 8%. Le développement
des fermes solaires semble toute-
fois se ralentir (voir figure sui-
vante), avec une stagnation du
nombre d’installations depuis
2012.
Mais c’est incontestablement le
secteur éolien qui affiche le plus
de retard : seuls 12% de l’objectif
du schéma régional climat-air-
énergie (SRCAE) ont été atteints
en 2016 (voir tableau suivant).
Alors que le schéma régional
é o l i e n p ré vo i t u n g i s e m e n t© SOeS
8 personnes sur 10 restent exposées
au dépassement de la valeur sani-
taire recommandée par l’OMS pour
l’ozone et les particules fines
ORECA
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
22 FRANCE
e x p l o i t a b l e d e 5 4 5 M W e n
2020  [3], seuls 50MW sont en
fonc tionnement [2]. La for te
o p p o s i t i o n d e s a s s o c i a t i o n s
anti-éoliennes et la complexité
des contraintes réglementaires
pénalisent fortement la filière et
bloquent de nombreux projets.
La Thalasso-thermie : une idée qui
séduit de plus en plus
Les systèmes de récupération
de chaleur ou de froid à partir
de la mer connaissent un regain
d’intérêt dans la région : 5 instal-
lations sont déjà présentes sur le
territoire et totalisent une puis-
sance de 27,5 MW, soit 220% des
objectifs du SRCAE. L’étude du
potentiel Thalasso -thermique
commandé par les services de
l’état en 2011 [4] a conclu que
cette ressource avait un grand
intérêt pour les communes les
plus peuplées du littoral (Cannes,
Antibes, Nice et Marseille) et que
les contraintes environnementa-
les et réglementaires ne pénalise-
raient que très peu le développe-
ment de la filière.
Avec l’arrivée prochaine des éoli-
ennes flottantes au large de Fos-
sur-Mer, l’avenir des énergies
renouvelables en PACA pourrait
donc bien venir du bleu azur qui
fait la renommée de son littoral.
Louis POLLEUX
Sources :
[1]	 Observatoire Régional de l’énergie, du climat et de l’air en Provence-Alpes-Côte d’azur, « Bilan 2016 », décembre 2017,
http://www.airpaca.org/sites/paca/files/atoms/files/160000_oreca_bilan_2016_net_0.pdf
[2]	 Rte, « Bilan électrique et perspectives 2016 - PACA », 2017, http://www.rte-france.com/sites/default/files/ber_paca_2016.pdf
[3]	 DREAL PACA, « Schéma régional éolien : zones préférentielles et objectifs de développement », avril 2013, http://www.paca.
developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/sre_cle09ad1f.pdf
[4]	 BG ingénieurs conseils, « Etude du potentiel thalassothermique de la Région PACA », 23/02/2011, http://oreca.regionpaca.
fr/uploads/tx_egestiondoc/Rapport_final__VFIN__avec_annexes.pdf
Evolution du solaire thermique collectif jusqu’au 31/12/2016 © SOeS
Production d’énergie primaire en GWh © ORECA
© Pixabay
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23FRANCE
Le Service Public de la Performance Energétique
de l’Habitat (SPPEH)
Cet ar ticle analyse le rappor t
«  Le service public de la perfor-
mance énergétique de l’habitat :
analyse et propositions », publié
en décembre dernier par MM
Piron et Faucheux pour le compte
de l’association «  Régions de
France » et du Conseil Supérieur
d e l a C o n s t r u c t i o n e t d e
l’Efficacité Energétique (CSCEE)
[1].
Fi n janv ier 201 8, le J ou r na l
Officiel de la République [2] dans
sa rubrique « réponses des minis-
tres aux questions écrites » attire
l’attention sur la publication
récente d’un rapport d’étude de
l’association Régions de France
et du Conseil Supérieur de la
Construction et de l’Efficacité
Energétique (CSCEE). Ce rapport
est le résultat d’une réflexion
de plus d’un an sur la structur-
ation que pourra prendre dans
les territoires la mise en œuvre
d’un véritable service public de
la performance énergétique de
l’habitat.
Qu ’e s t -c e q u e le Se r v i c e Pu b l i c
d e l a Pe r f o r m a n c e En e r g é t i q u e
de l’Habitat ?
L’article 232 du Code de l’Energie
introduit la notion de Service
P u b l i c d e l a P e r f o r m a n c e
Energétique de l’Habitat (SPPEH)
à t rave r s l a l o i d u 1 5 av r i l
2013 [3] :
« Le service public de la perfor-
mance énergétique de l’habitat
a s s u r e l ’ a c c o m p a g n e m e n t
d e s co n s o m m ate u r s s o u h a i -
tant diminuer leur consomma-
tion énergétique. Il assiste les
propriétaires et les locataires
dans la réalisation des travaux
d’amélioration de la performance
énergétique de leur logement et
leur fournit des informations et
des conseils personnalisés. »
Cette première notion est com-
plétée par l’article 22 de la Loi
de Transition Energétique pour
la Croissance Verte (LTECV) du 17
août 2015, qui y rajoute un deux-
ième alinéa décrivant plus préci-
sément les missions de ce service
public : à l’échelle des EPCI
(établissements publics de coo-
pération intercommunale) sont
mises en place des plateformes
d’accueil et d’information pour le
consommateur. Ce dernier peut
également être conseillé par
ces plateformes pour son projet
de rénovation énergétique. Ces
prestations (accueil, informa-
tion et conseil) sont gratuites
et indépendantes, et le plus
adaptées possible à la situation
propre de chaque interlocuteur.
Néanmoins, ces missions sont
noyées dans un amoncellement
d’agences, associations, bureaux,
chacun en charge de prestations
diverses, par fois redondantes,
dotés de financements très dispa-
rates et pouvant attribuer au par-
ticulier des aides très différentes.
Le consommateur ne s’y retrouve
pas, et hésite donc souvent à
déclencher des travaux, comme
nous l’évoquions dans le numéro
de décembre [4].
De ce désordre est née la néces-
sité d’un guichet unique pour la
rénovation énergétique, et c’est
à cela que doit répondre la réor-
ganisation du SSPEH.
L’é tat a c t u el d u SPPEH e t s o n
organisation
A l ’ h e u re a c t u e l l e, l e s m i s -
s i o n s d ’a c c u e i l / i n fo r m a t i o n /
conseil du Service Public de la
Pe r fo r m a n ce E n e rg é t i q u e d e
l’Habitat sont assurées par dif-
férentes plateformes territoria-
les de la rénovation énergétique
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
24 FRANCE
celles- ci sont constituées de
deux grandes familles : les points
rénovation info-service (PRIS) et
les agences de l’ADEME. Mais
d’autres acteurs se mêlent égale-
ment de ces missions : l’ANAH
(Agence Nationale de l’Habitat),
l’ADIL (Agence Départementale
p o u r l ’ I n f o r m a t i o n s u r l e
Logement), les CAUE (Conseils
d ’A r c h i t e c t u r e , d ’ U r b a n i s m e
et de l’Environnement) les dif-
férents EPCI, et même des entre-
prises privées (architectes, et
entreprises de travaux recon-
nues garants de l’environnement
(RGE)). De plus, les divers éche-
lons de collec tivités locales
peuvent également orienter le
consommateur. Par ailleurs, les
PRIS sont souvent décomposés
en plusieurs entités : technique,
juridique, et une partie réservée
aux bénéficiaires de l’ANAH (les
structures d’accueil sont différ-
entes selon que le ménage con-
cerné est précaire ou non).
Ces missions sont réalisées par
389 structures, lesquelles corre-
spondent à 471 points rénova-
tion info-service, car une même
structure peut héberger plus-
ieurs PRIS. Principalement, il
s’agit des Espaces Info-Energie
de l’ADEME.
L e f i n a n c e m e n t d u S P P E H
( p r é s e n t é p a g e s u i v a n t e )
re p ré s e n t e p rè s d e 3 3 m i l -
lions d’euros annuels, lesquels
permettent de financer l’activité
d ’e n v i r o n 6 0 0 é q u i v a l e n t s -
temps-plein, majoritairement des
conseillers info-énergies dans les
espaces du même nom opérés par
l’ADEME.
En conclusion, comme le met en
avant le rapport Piron-Faucheux,
la majorité des PRIS sont les
Espaces Info-Energie de l’ADEME,
lesquels sont inéquitablement
répartis sur le territoire. De plus,
malgré l’existence d’une plate-
forme téléphonique nationale et
d’un site web (lesquels sont peu
utilisés), le réseau de PRIS est
trop dense, irrégulier et redon-
dant pour fournir au consom-
mateur une information lisible.
Organigramme de l’organisation actuelle d’une démarche de rénovation énergétique © Raport Piron-Faucheux
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
25FRANCE
Ainsi, même si certains départe-
ments sont déjà bien structurés
sur ce point, la majorité reste
encore loin du « guichet unique ».
Les préconisations de ce rappor t
pour la refonte de l’organisation
du SPPEH
Après un diagnostic de la situa-
tion existante, le rapport Piron-
Faucheux préconise plusieurs
points fondamentaux pour la
réorganisation des structures
du service public de la perfor-
mance énergétique de l’habitat
(SPPEH) :
•	 Rassembler les PRIS, a forti-
ori ceux fournissant des mis-
sions différentes (techniques,
juridiques, financières), au
sein d’une seule et même
plateforme territoriale pour
la rénovation énergétique
(PTRE) ;
•	 Associer l’ensemble des inter-
venants concernés : DREAL et
DDT, ADEME, ADIL, Espaces
Info-Energie, CAUE, les dif-
férents niveaux de collectiv-
ités territoriales (communes,
communautés de communes,
dépar tements, régions), et
également les professionnels
du bâtiment ;
•	 Mettre les PTRE en réseau,
e n t r e e l l e s e t a v e c l e s
entreprises, pour mutualiser
certains moyens et s’adapter
aux zones de chalandise des
professionnels avec lesquels
elles seraient en relation ;
•	 Animer, via les PTRE, des
m i s s i o n s d e p r o s p e c t i o n
et de démarchage (par le
secteur public !) des poten-
tiels clients  : les bâtiments
les plus consommateurs sur
le territoire d’action de la
PTRE peuvent être ciblés
et démarchés pour inciter
fortement les propriétaires à
rénover leur bien ;
•	 Communiquer sur l’action des
PTRE au travers d’événements
publics pour faire connaitre
la plateforme et les missions
qu’elle peut entreprendre
pour les particuliers ;
•	 Donner aux PTRE le rôle de
« tiers de confiance » auprès
des particuliers par rapport
aux entreprises impliquées
dans le processus de rénova-
tion, et revaloriser la labelli-
sation RGE ;
•	 Développer, par l’action des
PTRE, la filière économique
de la rénovation énergé -
tique du bâtiment sur les
t e r r i t o i re s, e n f a vo r i s a n t
l’ac tivité d’entreprises de
ce sec teur pour répondre
de manière adaptée à un
besoin client de rénovation
et d’accompagnement tech-
nique de qualité.
Ces points tracent ainsi une
feuille de route des chantiers de
refonte de ce service public, qu’il
conviendra de surveiller lorsque
l’Etat prendra sa décision à l’été
2018 (cf. la réponse de Nicolas
Hulot à la question du député
Matthieu Orphelin [2]).
Financement des PRIS en millions d’euros annuels
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
26 FRANCE
Un e x e m p le d e s e r v i c e p u b l i c d e
la rénovation énergé tique : Onex,
en Suisse
Pour se figurer les effets d’une
réorganisation du service public
de la performance énergétique
de l’habitat (SPPEH), il peut
être intéressant de se pencher
sur des struc tures similaires
développées par nos voisins
à l’étranger. Le modèle suisse
re g o rg e d ’e xe m p l e s d a n s l e
secteur de la transition énergé-
tique, nous allons évoquer ici
le projet «  Onex-Rénove » [5], à
Onex, dans le canton de Genève.
Depuis mai 2014, la municipalité
d’Onex s’attache à rénover son
parc immobilier locatif con-
s t r u i t m a j o r i t a i r e m e n t d a n s
les années 1960. Pour ce faire,
celle-ci s’appuie sur une struc-
ture multi-échelons favorable à
la rénovation énergétique : dans
le cadre du Programme Bâtiments
administré par le Département
de l’Aménagement, du Logement,
et de l’Energie (DALE) au niveau
de la Confédération, relayé dans
le canton de Genève par l’Office
Cantonal de l’Energie (OCEN), la
commune d’Onex a mis en place
un système similaire à celui pré-
conisé par le rappor t Piron-
Faucheux pour l’activité future
des PTRE.
En effet, la municipalité met à
disposition des propriétaires :
•	 Un pré -audit de leur bâti-
ment, par adaptation d’une
des sept typologies retenues
par les services de la ville ;
•	 Des séances d ’entretiens-
conseil à propos des solu-
tions techniques à adopter ;
•	 Des conseils pour le finance-
ment au travers des plans
d ’a i d e s e t s u bve n t i o n n e -
ments (ville et canton) ;
•	 Un suivi et une assistance
pour le processus adminis-
tratif avec des démarches
accompagnées et facilitées.
Par ailleurs, cette démarche de
la municipalité s’inscrit égale -
ment dans une politique éner-
gétique plus vaste concertée à
l’échelle cantonale : la planifi-
cation énergétique territoriale,
basée sur le concept énergé -
tique territorial. Ce dernier con-
siste à préconiser en premier lieu
des solutions techniques adap-
tées à la ressource la plus locale
possible selon les gisements dis-
ponibles. Quelques-unes de ces
préconisations sont, par exemple,
de favoriser la géothermie à
un endroit où la nappe chaude
affleure, limiter le chauffage au
bois dans les zones à haute con-
centration de particules fines,
encourager le photovoltaïque
dans les zones les plus ensoleil-
lées, etc…
Les résultats sont les suivants :
depuis la mise en place auprès
du public de ce projet en mars
2016, 50 allées d’immeubles ont
été rénovées sur les 273 dans le
cadre du projet, soit plus de 830
logements, faisant ainsi bondir
le taux de rénovation annuel à
13%/an contre moins de 1% en
moyenne sur le canton de Genève.
A c t u e l l e m e n t , l a c o m m u n e
d’Onex n’est pas majoritairement
raccordée au réseau CADIOM
(chaleur à distance par incinéra-
tion des ordures ménagères). En
effet, ces vieilles cités sont trop
consommatrices et gaspilleraient
alors une énergie « de qualité ».
Avec leur assainissement ther-
mique, c’est également l’usage
d ’ u n e m e i l l e u re é n e rgi e q u i
devient possible.
Qu elle s c o n s é q u e n c e s p o u r le s
entreprises du sec teur de la réno-
vation ?
A i n s i , l a ré o rg a n i s a t i o n d e s
SPPEH va mener à une modifica-
tion du tissu économique de ce
secteur. A priori, la restructura-
tion du réseau des PTRE va amé-
liorer son dynamisme et booster
son activité, c’est en tout cas le
but principal de cette réforme.
Dans ce cas, comme cet article l’a
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
27FRANCE
Sources :
[1]	 MM. Piron et Faucheux, Régions de France et CSCEE, « Le service public de la performance énergétique de l’habitat : analyse
et propositions », décembre 2017.
[2]	 Journal Officiel de la République Française, débats parlementaires, année 2018. No 4 A.N. (Q), ISSN 0242-6757, mardi 23
janvier 2018, page 663, question n°2004.
[3]	 Code de l’énergie, livre II, titre II, Chapitre II « Service public de la performance énergétique de l’habitat », article 232-1.
[4]	 Inf ’OSE, n°128, Mastère OSE Ecole des Mines ParisTech, décembre 2017.
[5]	 « Onex-Rénove », site web de la ville d’Onex, onex.ch.
expliqué, le marché de la réno-
vation énergétique devrait être
amené à croître plus ou moins
fortement grâce aux opérations
de démarchage et d’incitation
menées par le SPPEH. L’existence
d’un guichet unique permettrait
d’orienter au mieux le client vers
les entreprises de rénovation et
donc augmenter leur marché.
En revanche, l’apparition d’un
tiers de confiance pour la com-
paraison technique des offres
concurrentielles des entreprises
va certainement avoir tendance
à amplifier les distorsions de
concurrence entre les petites
entreprises et les spécialistes.
Ces derniers seront vraisem-
blablement favorisés par leur
image de marque et de fiabilité
auprès du SPPEH, au détriment
de petits et/ou nouveaux acteurs
sur le marché. Cette distorsion de
concurrence irait certainement
dans le sens du particulier, mais
peut tendre à réduire l’activité
des petits entrepreneurs ou des
entreprises non spécialisées.
Pa r a i l l e u r s, l a c o n c u r re n c e
entre le public et le privé devra
bien être délimitée : les mis-
sions d’accueil et d’information
relèvent légitimement du service
public, mais les missions de
conseil forment la frontière entre
les secteurs public et privé. Les
m i s s i o n s d ’a c c o m p a g n e m e n t
technique et de maîtrise d’œuvre
devraient rester à la charge des
entreprises privées. Néanmoins,
l’ingénierie financière des projets
de rénovation peut être un sujet
ambigu : la minimisation du coût
pour le client relève de la mission
du SPPEH, mais peut également
être une différenciation straté-
gique des entreprises. Peut-être
que ce type de missions ne serait
plus directement profitable aux
entreprises, mais la conception
de solutions techniques adaptées
à une optimisation financière
permettrait toujours de con-
server un certain avantage con-
currentiel des entreprises com-
pétentes sur l’ingénierie finan-
cière de projets.
Enfin, les objectifs de restruc-
turation des PTRE dans le cadre
du SPPEH visent à homogé -
n é i s e r l ’o f f re d e ré n ov a t i o n
s u r l ’e n s e m b l e d u te r r i to i re
et, parallèlement, à doper la
demande. Cette augmentation de
l’offre permettrait l’installation
de nouvelles entreprises dans
les milieux les moins fournis,
et leur ouvrirait un nouveau
marché. Toutefois, l’activité des
PTRE dans ces zones peu cou-
vertes par le secteur privé reste
à définir : si une offre publique
se met en place en remplacement
du manque d’offre privée, quelle
serait l’opportunité d’installation
d’entreprises spécialisées ? De
plus, il est certain que l’Etat ne
laisserait pas s’instaurer une sit-
uation de monopole privé, la
notion de concurrence public-
privé est donc toujours à envis-
ager. Le développement d’une
offre privée dans ces zones n’est
p a s e n co re p a r t i c u l i è re m e nt
fiable.
Nous attendons désormais l’été
pour connaitre les décisions du
gouvernement à ce sujet, et la
forme que prendra ce ser vice
public quant à sa mise en pra-
tique dans les territoires.
Romain SAINT-LÉGER
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
28 FRANCE
Cyber sécurité dans les réseaux électriques
D e p u i s l e d é b u t d u XXè m e
siècle, les réseaux électriques
ont été conçus pour assurer un
maximum de fiabilité et de sécu-
rité physique et résister à des
problèmes aléatoires, telles les
défaillances d’équipement et les
chutes d’arbres sur des lignes
électriques, ainsi que des événe-
ments naturels extrêmes, notam-
ment les tempêtes et ouragans.
La première priorité pour les ser-
vices publics et les fournisseurs a
toujours été d’assurer une four-
niture continue, efficace et fiable
de l’électricité et de répondre à
l’augmentation exponentielle
des besoins en énergie, tant pour
le secteur tertiaire et résidentiel
que pour le secteur industriel.
P a r a i l l e u r s , l e s s e r v i c e s
publics arrivent très souvent,
aujourd’hui, à bien anticiper et
prévoir des pannes électriques
(ayant pour cause des condi-
tions météorologiques défavor-
ables par exemple) et disposent
de plus en plus de capacités et
moyens techniques leur per-
mettant de réagir rapidement et
restaurer le service en quelques
heures, au plus tard en quelques
jours.
To u t e fo i s, l e s ré s e a u x é l e c -
triques n’ont cessé de se mod-
erniser avec l’adoption continue
de nouvelles technologies. Avec
les grands progrès qu’ont connu
les moyens de communication
et de transmission de données
grâce à Internet, les réseaux élec-
triques sont devenus de plus en
plus interconnectés et numérisés
et plus concrètement gérés par
des ordinateurs constamment
connectés au réseau Internet.
«  On passe de systèmes énergé-
tiques fermés où il y a très peu de
données rendues disponibles et
très peu d’organes manœuvrables
à distance à des systèmes plus
ouverts où il y a de plus en plus
d’équipements télé - opérés »,
a expliqué la Commission de
Régulation de l’Energie (CRE).
Cette numérisation a énormé -
ment facilité la gestion du réseau
et lui a permis d’être plus réactif
à l’évolution de la demande et
de mieux intégrer de nouvelles
sources d’énergie. Néanmoins,
elle a ouvert la porte à de nom-
breux risques d’abus et de péné-
trations malveillantes au cœur
du système informatisé avec
l’intention de nuire, notamment
à cause de la multiplication des
points d’entrée au réseau (compt-
eurs intelligents/communicants,
réseaux intelligents – smar t-
gr ids, produc teurs d ’énergie
renouvelable…).
En effet, la sécurité et la fiabil-
ité des réseaux électriques n’ont
pas été envisagées du point de
vue de la cyber-sécurité. Les ser-
vices publics et les experts en
sécurité se focalisaient jusqu’à il
y a quelques années sur les vul-
nérabilités physiques pouvant
impacter les réseaux. On com-
mence aujourd’hui à réaliser et
comprendre la menace croissante
que peuvent faire subir les cyber-
at t a q u e s a u x i n f ra s t r u c t u re s
électriques aussi bien à l’échelle
nationale qu’internationale.
Exemples de cyber-at taques
Jusqu’en 2015, la menace était
hypothétique. Mais mainten-
ant, tous les experts en sécurité
savent per tinemment que les
cyber-attaquants peuvent péné-
trer les structures de contrôle du
réseau électrique, en coupant
l’alimentation à un grand nombre
de personnes.
Le 23 décembre 2015, une cyber-
attaque a touché les centres
d e c o n t rô l e d e l a d i s t r i b u -
tion d’électricité en Ukraine en
s’appuyant sur des vulnérabili-
tés logicielles, des informations
d’identification volées et des
logiciels malveillants sophisti-
qués introduits dans les systèmes
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
29CYBER SÉCURITÉ
informatiques de ces centres.
Les attaquants ont pu ouvrir des
douzaines de disjonc teurs et
couper l’alimentation de plus de
200 000 clients dans l’est du pays
pendant plusieurs heures.
Cette attaque est considérée
comme la première cyber-attaque
réussie sur un réseau électrique.
Un an plus tard, les installations
de transport d’électricité du pays
ont été attaquées. Pendant une
heure, un cinquième de la capi-
tale Kiev a été privé d’électricité.
Comment prévenir les vulnérabili-
tés e t empêcher ces at taques ?
La numérisation des réseaux
élec tr iques accompagnée de
faibles investissements dans
la cyber-sécurité ainsi qu’une
règlementation obsolète dans
la plupart des pays du monde
peuvent laisser penser qu’aucun
(ou presque) réseau électrique ne
peut être épargné. Ce qui s’est
passé en Ukraine en 2015 pour-
rait se reproduire dans n’importe
quel autre pays surtout si l’on
considère que les pirates infor-
matiques (hackers) sont de mieux
en mieux outillés.
P r é v e n i r u n e c y b e r - a t t a q u e
nécessite une amélioration con-
tinue de la sécurité du réseau
électrique afin de le doter de
c a p a c i té s d ’a u to - d é fe n s e l u i
permettant principalement de
détecter et contrer les tentatives
malveillantes de pénétration
afin de minimiser tout impact
potentiel.
Contrairement à la technologie
de l’information d’une entre -
prise, les systèmes industriels
qui contrôlent le réseau élec-
trique exécutent généralement
des fonctions uniques et com-
muniquent uniquement avec un
nombre restreint d’autres péri-
phériques selon des configura-
tions usuelles ou « routine pat-
terns ». Ainsi, la sécurisation
de ces systèmes et la détec-
tion des activités malveillantes
devraient, en théorie, être rela-
tivement simples. En pratique,
de nombreux systèmes de con-
trôle industriel sont construits
sur des systèmes informatiques
généraux datant d’une généra-
tion passée. Ils n’ont pas été
conçus en pensant à la sécurité et
ne peuvent pas être mis à jour. Ce
problème n’a pas été corrigé avec
la dernière génération de tech-
nologies de réseau intelligent  ;
il a été constaté entre autres que
ces dispositifs n’ont souvent pas
la capacité d’authentifier les
administrateurs et ne peuvent
pas maintenir les historiques
d’activité nécessaires pour des
analyses ultérieures. Ces appa-
reils sont souvent accessibles
depuis Internet et utilisent des
mécanismes d’authentification
de faible niveau de sécurité.
L’amélioration de la protection du
réseau nécessite donc d’investir
dans de nouvelles technologies
plus sûres, susceptibles d’être
protégées et de mettre en place
des règles d’hygiène de base en
matière de cyber-sécurité. Le défi
n’est donc pas de développer des
spécifications techniques pour
sécuriser le réseau mais plutôt de
stimuler l’implémentation d’un
plan d’investissement en matière
de cyber-sécurité.
Egalement la formation de nou-
velles compétences en sécu-
rité informatique au sein de
l’ensemble des intervenants du
système de production d’énergie,
notamment les exploitants et
les gestionnaires des réseaux,
s’avère être une mesure indis-
pensable à la prévention des
risques de piratage.
Que faire si une cyber-at taque ne
peut ê tre empêchée ?
L’élaboration d’un plan d’action
c l a i r c o m p r e n a n t u n e s é r i e
de mesures à implémenter en
cas d’urgence pourrait consi-
dérablement atténuer les effets
d ’ u n e p a n n e d ’é l e c t r i c i t é à
grande échelle causée par une
cyber-attaque.
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
30 CYBER SÉCURITÉ
Il est nécessaire que le person-
nel chargé d’assurer la gestion
et l’exploitation du réseau soit
régulièrement formé et entrainé
à des exercices sur des opérations
manuelles (dont la plupart ont
été automatisées avec la numéri-
sation des réseaux) indispens-
ables au bon fonctionnement du
réseau si le système informatique
subit une panne.
Des exercices por tant sur des
o p é r a t i o n s d e r é c u p é r a t i o n
d’une partie ou de tout le réseau
doivent également être régu-
lièrement planifiés et exécutés.
Ce c i p o u r ra i t ré d u i re co n s i -
dérablement la durée des pannes
électriques et réduire ainsi les
d o m m a g e s é c o n o m i q u e s e t
sociaux.
Un rappor t de l’Institut SANS
( S y s A d m i n , A u d i t , N e t w o r k ,
Security) a conclu que les effets
de l ’attaque de 2015 sur le
réseau électrique ukrainien ont
été largement atténués dans la
mesure où les commandes des
opérations du réseau ont pu
être reprises manuellement. La
plupar t des exper ts estiment
cependant que la complexité
actuelle des opérations de cer-
tains réseaux (notamment celui
des États-Unis) rendrait difficile
le passage aux opérations manu-
elles. Encore plus inquiétant : les
nouveaux systèmes pourraient
ne pas permettre l’utilisation de
commandes manuelles (réseaux
entièrement automatisés). Exiger
la possibilité de revenir à un con-
trôle commande manuel sur un
réseau et procéder à des exer-
cices annuels pourrait être une
réponse face à la menace de
cyber attaques.
À l a s u i t e d ’ u n e a t t a q u e ,
l’élimination des logiciels malveil-
lants et la reprise du contrôle du
réseau électrique est la priorité
absolue pour les gestionnaires
et exploitants du réseau touché.
Les états doivent ensuite être en
mesure d’attribuer l’attaque et
en identifier la source à l’aide de
moyens d’investigation sophis-
tiqués mis en œuvre par des
agences spécialisées en sécurité
informatique.
Emna BERKAOUI
Sources :
[1]	 Manimaran Govindarasu and Adam Hahn, « Cybersecurity of the Power Grid: A Growing Challenge », 25/05/2017, http://sci-
techconnect.elsevier.com/cybersecurity-power-grid-growing-challenge/
[2]	 Edison Electric Institute, « Cyber & Physical Security », http://www.eei.org/issuesandpolicy/cybersecurity/Pages/default.aspx
[3]	 Edison Electric Institute, « Electric Power Industry Initiatives To Protect The Nation’s Grid From Cyber Threats », Octobre
2014, http://www.eei.org/issuesandpolicy/cybersecurity/Documents/EEI%20Cybersecurity%20Backgrounder.pdf
[4]	 Edison Electric Institute, « EEI Principles for Cybersecurity and Critical Infrastructure Protection », http://www.eei.org/issue-
sandpolicy/cybersecurity/Documents/Cybersecurity%20Principles.pdf
[5]	 Edison Electric Institute, « Protecting the energy grid from threats that could impact national security is a responsibility
shared by both the government and the electric power sector », mars 2017, http://www.eei.org/issuesandpolicy/cyberse-
curity/Documents/ESCC%20Brochure.pdf
[6]	 Council on Foreign Relations, « A Cyberattack on the U.S. Power Grid », 03/04/2017, https://www.cfr.org/report/
cyberattack-us-power-grid
[7]	 Schneider Electric - Frederic Abbal, «Focus on Your Risk Strategy: Cyber Security for the Smart Grid », 28/07/2017, https://
blog.schneider-electric.com/cyber-security/2017/07/28/focus-risk-strategy-cyber-security-smart-grid/
[8]	 Martin Untersinger, Le Monde, « Le réseau électrique français peut-il être piraté ? », 08/12/2017, http://www.lemonde.fr/
pixels/article/2017/12/08/le-reseau-electrique-francais-peut-il-etre-pirate_5226462_4408996.html
[9]	 Martin Untersinger, Le Monde, « Le réseau électrique français peut-il être piraté ? », 08/12/2017, http://www.lemonde.fr/
pixels/article/2017/12/08/le-reseau-electrique-francais-peut-il-etre-pirate_5226462_4408996.html
[10]	Sentryo, « L’ANALYSE COMPLÈTE ET DÉTAILLÉE DES CYBERATTAQUES DU RÉSEAU ÉLECTRIQUE UKRAINIEN EN UN EBOOK »,
05/10/2017, https://www.sentryo.net/fr/ebook-analyse-cyberattaque-reseau-electrique-ukraine/
[11]	OODRIVE, « Protéger les réseaux électriques des cyberattaques, une problématique mondiale », https://www.oodrive.fr/
blog/securite/proteger-les-reseaux-electriques-des-cyberattaques-une-problematique-mondiale/
I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8
31CYBER SÉCURITÉ
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Inf'OSE février 2018

  • 1. Cyber sécurité dans les réseaux électriques >>> page 29 http://eleves-ose.cma.mines-paristech.fr/ @mastereose Mastère Spécialisé OSE Retrouvez tous les numéros sur le site des élèves, et l’actualité du mastère sur Twitter et Facebook ! Transition énergétique : quels enjeux pour la France ? MIX GAZ 100% RENOUVELABLE, ZOOM SUR LA REGION PACA, PERFORMANCE ENERGÉTIQUE DE L’HABITAT >>> page 18 Mensuel sur l’énergie et l’environnement N° 130Février 2018 Chine, Inde : une évolution énergétique à deux vitesses >>> page 7 © REUTERS © MIT
  • 2. ADRESSE E-MAIL infose@mastere-ose.fr TELEPHONE 04 97 15 70 73 ADRESSE Centre de Mathématiques Appliquées Mines Paristech Rue Claude Daunesse CS 10 207 06904 Sophia Antipolis Coordinatrice - Catherine Auguet Chadaj Maquettiste - Baptiste Metz Toute reproduction, représentation, traduc- tionouadaptation,qu’ellesoitintégraleoupar- tielle, quel qu’en soit le procèdé, le support ou le média, est strictement interdite sans l’auto- risation des auteurs sauf cas prévus par l’article L. 122-5 du code de la propriété intellectuelle. Lorsque l’on s’intéresse à l’évolution du monde de l’énergie, il est bon de rappeler que l’énergie est le facteur fon- damental du développement économique et social. Bien que cela puisse nous para- itre évident au sein de nos sociétés dével- oppées, partout dans le monde, l’accès à l’énergie est au cœur des priorités. Environ 1,2 milliard d’habitants n’ont toujours pas accès à l’électricité et il devrait y avoir 2 milliards d’habitants de plus sur cette planète d’ici 2050. Pour assurer un développement économique à l’ensemble de la population, l’accès à l’énergie doit se faire à un coût abordable. Le changement clima- tique est venu ajouter une contrainte supplémentaire au problème : l’énergie doit désormais être propre. Le vrai challenge de l’accès à une énergie propre est qu’il s’agit à la fois d’un problème global et de long terme. Alors que les discussions de court terme sur le système énergétique européen s’éternisent, l’Inde de son côté devrait installer, sur la période 2016 – 2040, l’équivalent de la capacité du parc actuel de génération d’électricité de l’Europe, et la Chine l’équivalent du parc actuel des Etats Unis. Les décisions qui vont être prises en Europe ne peuvent désormais plus ignorer celles qui seront prises à Beijing et à New Delhi. Les choix technologiques de ces pays pour mener à bien leur poli- tique énergétique, comme en Chine avec « Make the sky of China blue again », imposent les lois du marché à l’international : on l’a vu avec le marché des panneaux solaires, on le voit arriver avec le marché des batteries. Le numéro que nous vous proposons donne un aperçu des enjeux auxquels l’Inde et la Chine sont confrontés, en regard de ceux qui occupent nos pays développés. Pour mieux se rendre compte de ce qu’il se prépare en Asie, la pro- motion s’envole le 10 mars prochain pour Singapour. Vous ne raterez rien de cette expérience que nous partagerons avec vous dans le prochain numéro. En attendant, bonne lecture ! Florian ROUOT I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 2 ÉDITORIALCONTACTS
  • 3. ACTUALITÉS ARTICLES 04 - Objectif de taille pour la RATP : deux tiers de bus électriques d’ici 2025 ! 04 - Le Chili, un pays responsable et au fort potentiel d’énergies vertes 05 - Le Tadjikistan va mettre en service le barrage hydroélectrique le plus haut du monde 05 - Areva rebaptisé ORANO 06 - L’Australie prévoit la construction de la plus grande centrale virtuelle du monde 07 - Synthèse du World Energy Outlook 2017 sur la Chine 12 - La crise énergétique indienne 18 - Un mix de gaz 100% renouvelable en 2050 pour la France ? 22 - L’ORECA publie ses chiffres sur l’énergie et le climat en PACA 24 - Le Service Public de la Performance Energétique de l’Habitat (SPPEH) 29 - Cyber sécurité dans les réseaux électriques Devenez partenaire de l’événement OSE 2018 L’Hydrogène, vecteur énergétique du futur ? Jeudi 27 Septembre 2018 à Sophia Antipolis (06) Le programme de ce colloque s’articulera autour des applications de l’hydrogène les plus prom- etteuses. Seront détaillées entre autres les caractéristiques de production, stockage et transport, ainsi que l’évaluation des performances économique et environnementale de ces applications. Cette manifestation d’envergure ne peut se faire sans la participation d’entreprises comme la vôtre. Celle-ci pourra prendre la forme d’un soutien financier ou d’interventions lors du colloque, pour promouvoir vos activités en lien avec l’hydrogène et partager vos savoirs. Pour plus d’informations, contactez : evenement@mastere-ose.fr I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 3SOMMAIRE
  • 4. ACTUALITÉS FÉVRIER 2018                      Thomas BAZIRE & Samuel PETITJEAN       OBJECTIF DE TAILLE POUR LA RATP : DEUX TIERS DE BUS ÉLECTRIQUES D’ICI 2025 ! Une flotte complète de bus propres d ’ici 2025, c ’est l’objectif ambitieux que s’est fixé la RATP. Pour cela, la régie parisi- enne compte sur deux tiers de bus électriques et un tiers de bus roulant au biogaz. Cet objectif concerne l’ensemble des lignes d’Île-de-France, soit 4700 bus. Pour y parvenir, la RATP vient d e l a n c e r u n a p p e l d ’o f f r e d’envergure. L’acquisition de 1000 bus électriques dans les deux années à venir fait ainsi l’objet d’une consultation inter- nationale et vient concrétiser plusieurs mois de tests. Des modèles de bus électriques prov- enant de différents pays - comme la France, la Chine, l’Espagne ou encore la Pologne - ont déjà été testés. Ce t te a c t i o n s’a l i gn e s u r l a dynamique initiée par la maire de Paris (cf. Inf ’ose Novembre 2017) et vise à réduire la part des véhi- cules thermiques et ainsi les pro- blèmes de pollution, de nuisance sonore et de congestion des axes de transports. Sources : • Olivier Durin, Le monde de l’énergie, 05/02/2018, http://www.lemondedelenergie.com/ratp-bus-electriques/2018/02/05/ • S i b y l l e V i n c e n d o n , L i b é r a t i o n , 2 4 / 0 1 / 2 0 1 8 , h t t p : / / w w w . l i b e r a t i o n . f r / f r a n c e / 2 0 1 8 / 0 1 / 2 4 / ile-de-france-la-ratp-va-acheter-1-000-bus-electriques-en-deux-ans_1624899 LE CHILI, UN PAYS RESPONSABLE ET AU FORT POTENTIEL D’ÉNERGIES VERTES Le mix énergétique du Chili est très carboné et dépend encore largement des énergies fossiles (73% en 2016). Ainsi, 41% des besoins énergétiques du pays ont recours au pétrole et 41% de l’électricité produite provient du charbon. S’étalant sur plus de 4300 km, le pays dispose cependant de différents climats et ainsi d’un potentiel d’exploitation de multi- ples sources d’énergies : solaire, éolienne, marine mais aussi de la géothermie. Pour ces raisons, le pays vient de s’engager à aug- menter de 50% la part des éner- gies renouvelables dans la pro- duction d’électricité d’ici 2035 (c’est-à-dire jusqu’à 60%, contre 4 0 % e n 2 0 1 6 ) e t d e fe r m e r Bus électrique © RATP I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 4 NEWS
  • 5. la totalité de ses centrales à charbon d’ici 2050. Seules les centrales équipées de systèmes de capture et stockage de CO2 seront autorisées à ne pas fermer. Le potentiel et les décisions de transition énergétique font de ce pays un lieu privilégié pour les investissements dans les éner- gies renouvelables. Sources : • Connaissance des énergies, 07/02/2018, https://www.connaissancedesenergies.org/le-chili-nouvel-eldorado-des-energies- renouvelables-180202 • AIE, Energy policies beyond IEA countries – Chili 2018, 01/2018, http://www.iea.org/publications/freepublications/publica- tion/EnergyPoliciesBeyondIEACountriesChile2018Review.pdf LE TADJIKISTAN VA MET TRE EN SERVICE LE BARRAGE HYDROÉLEC TRIQUE LE PLUS HAUT DU MONDE Lancée en octobre 2016, le barrage Rogun devrait mettre en service sa première turbine le 16 novembre prochain selon Salini Impregilo, le groupe en charge du projet. Situé à 100 km à l’est de Douchanbé, ce barrage de 335 mètres de haut devrait à terme produire 3600 méga- watts, soit l’équivalent de trois réacteurs nucléaires. Le barrage permettra ainsi au pays de pallier le problème des coupures de courant en hiver. Cependant, c’est le débat con- cernant l’accès à l’eau qui est au centre des discussions. En effet, le fleuve alimente actuellement les pays voisins. L’Ouzbékistan, dont le secteur agricole dépend for tement de cette ressource, s’était jusqu’à présent ferme - ment opposé au projet. L’arrivée au pouvoir de Chavkat Mirzioïev devrait néanmoins permettre un changement de position. Une visite entre les deux chefs d’états est prévue pour le mois prochain. Sources : • BFM Business, 04/02/2018, http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/le-tadjikistan-prepare-la-mise-en-service-du-barrage- le-plus-haut-du-monde-1363808.html • RTBF, 29/10/2016, https://www.rtbf.be/info/monde/detail_le-tadjikistan-commence-la-construction-du-barrage-le-plus- haut-du-monde?id=9443348 AREVA REBAPTISÉ ORANO Suite à trois années de tour- mente dues à un marché en baisse, des retards et surcoûts sur ses projets EPR (Flamanville, Finlande) et une mauvaise affaire lors du rachat d’Uramin, Areva doit redorer son blason. Dans cette optique, Areva s’est réor- ganisé en 3 entités : • FRAMATOME, anciennement AREVA NP est devenu une filiale d’EDF en 2015 et se concentre sur les réacteurs, • Areva SA, le nom de la maison mère a été conservé pour finir le projet EPR en Finlande • ORANO, qui reprend les activ- ités de Cogema Orano vient du latin Uranus, planète ayant servi de référence pour l’appellation de l’uranium. Nouveau nom et nouveau slogan du groupe © Orano I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 5NEWS
  • 6. Aujourd’hui ORANO se recen- tre sur les anciennes activités de Cogema, mines, enrichisse - ment, retraitement et recyclage des déchets, démantèlement de centrale. La naissance d’ORANO est le dernier acte de réorien- tation des activités sur le cycle combustible et permettant à Orano de se dissocier de l’image ternie d’AREVA. Sources : • Ouest France, 23/01/2018, https://www.ouest-france.fr/economie/entreprises/nucleaire-new-areva-va-changer-de-nom- pour-devenir-orano-5518617 • Nabil Wakim, Le Monde, 22/01/2018, http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2018/01/22/nucleaire-new-areva- change-de-nom-et-devient-orano_5245450_1656968.html • J e a n - C l a u d e B o u r b o n , L a C r o i x , 0 3 / 0 2 / 2 0 1 7 , h t t p s : / / w w w . l a - c r o i x . c o m / E c o n o m i e / E n t r e p r i s e s / La-restructuration-dAreva-lancee-2017-02-03-1200822133 L’AUSTRALIE PRÉVOIT LA CONSTRUCTION DE LA PLUS GRANDE CENTRALE VIRTUELLE DU MONDE Suite à un black-out survenu en 2016, l’Australie-Méridio- nale cherche à mettre en place d’autres moyens de production pour équilibrer son réseau avec de l’énergie ver te. Celle - ci a annoncé ce dimanche 4 février l’installation de systèmes com- posés de panneaux solaires d’une puissance de 5KW et batteries Tesla Powerwall 2 de 13,5 KWh dans 50 000 foyers. Durant la phase de test, 1 100 logements sociaux seront équipés de ces technologies. Les équipements seront installés gratuitement par le gouvernement local et seront remboursés par la revente du surplus d’électricité injecté sur le réseau. Après la mauvaise pub- licité des centrales à charbon australiennes vieillissantes, le constructeur Tesla a annoncé que le projet pourrait produire autant d’énergie que l’une de ces cen- trales. Avec une puissance et une capacité de stockage cumulées de 250 MW et 650 MWh pour les batteries, la plus grande plate- forme virtuelle du monde pour- rait réduire de 30% la facture électrique des foyers concernés selon Jay Weatherill. Sources : • The Guardian, 04/02/2018, https://www.theguardian.com/australia-news/2018/feb/04/labor-offers-solar-panels-and-tesla- batteries-for-50000-south-australia-homes • Metro, 04/02/2018, https://fr.metrotime.be/2018/02/04/actualite/australie-50-000-foyers-transformes-centrale-electrique/ • Django, L’usine Tesla, 04/02/2018, https://www.usine-tesla.com/tesla-va-construire-gigantesque-centrale-electrique-virtuelle/ Exemple d’installation photovoltaïque combinée à une batterie Tesla Powerwall 2 © Tesla I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 6 NEWS
  • 7. SynthèseduWorldEnergyOutlook2017surlaChine La planification énergétique l o n g - te r m e d e l a C h i n e e s t poussée par l’appel présiden- tiel d’une « révolution énergé- tique » en 2014. Cet appel annon- çait l’imminence d’une transi- tion vers les énergies renouvel- ables afin de se prémunir contre les énormes pressions sur la demande en énergie, la qualité de l’air et la sûreté énergétique auxquelles la Chine doit faire face. Cette année, le World Energy O utlook publié par l ’Agence Internationale de l’Energie nous offre un focus sur la Chine. L’étude débute par une étude rétrospective de l’évolution du système énergétique chinois entre 2000 et 2016, puis enchaîne sur des projections long-terme jusqu’en 2040 découpées selon trois axes d’analyse : l’évolution de la demande énergétique, les perspectives de l’investissement pour l’approvisionnement et la sécurité énergétique, et enfin l e s i m p l i c a t i o n s m o n d i a l e s de ses réformes et politiques énergétiques. Le WEO 2017 explore trois tra- jectoires pour le secteur éner- gétique mondial. Le scénario «  Politiques actuelles » est le plus pessimiste, il prévoit que les objectifs les moins ambi- tieux annoncés en milieu d’année 2017 seront respectés sans révi- sion ni nouvelles politiques. « Nouvelles politiques », plus ambitieux, analyse l’impact des politiques existantes et des nou- velles mesures qui viendraient les renforcer. La nouveauté est l ’i n t ro d u c t i o n d ’ u n s cé n a r i o «  Développement durable » qui propose une ligne directrice pour atteindre les objectifs de dével- oppement durable des Nations unies de lutte contre le change- ment climatique, d’accès pour tous à l’énergie en 2030 et de réduction de la pollution atmo- s p h é r i q u e. N o u s p a r l e r o n s p r i n c i p a l e m e n t d u s c é n a r i o « Nouvelles Politiques ». Energie primaire e t tendances La Chine est le premier pro - ducteur mondial d’énergies fos- siles mais cela ne suffit pas à sat- isfaire sa consommation, ce qui en fait le premier importateur mondial. Dans la mesure où le pays est exportateur de technol- ogies propres et fort investisseur Demande en énergie primaire de la Chine en 1997 et 2016 © AIE I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 7CHINE
  • 8. à l’étranger, principalement dans les pays en développement, ses politiques énergétiques ont des implications bien au- delà de leurs frontières et du secteur énergétique. La Chine pèse pour plus de 20% de la consomma- tion énergétique mondiale, et représente quasiment 30% des émissions totales de CO2 . Aujourd’hui son système énergé- tique repose sur une très forte dépendance au charbon qui con- stitue les deux tiers de sa con- sommation d’énergie primaire. Les objectifs climatiques et les dégâts causés par la pollution de l’air ont contraint les poli- tiques à vouloir diversifier le mix. Ainsi, depuis 2000, d’importants investissements dans les infra- structures gazières ont permis le doublement de la par t du gaz dans le mix. Les technolo- gies bas carbone, principale - ment le solaire et l’hydraulique, mais également la filière nuclé- aire, ont connu une croissance fulgurante. Le développement massif des filières industrielles renouvelables a beaucoup con- tribué à la réduction des coûts du solaire et de l’éolien dans le monde, ainsi qu’à leur essor ces dernières années. La demande énergétique de la Chine, comme son développe - ment, a crû extrêmement rap- idement mais moins vite que le PIB, entraînant une diminution de l’intensité énergétique, ce qui témoigne de lourds investisse- ments dans l’efficacité énergé- tique et annonce une transition de l’économie chinoise vers des services à haute valeur ajoutée et des industries plus légères. Le mix élec trique Avec 1600 GW de puissance installée, le système électrique chinois est le premier mondial. Son parc est principalement ther- mique (65%) et hydraulique, ce qui en fait un des principaux leviers de décarbonisation de l’économie chinoise. Entre 2000 et 2016, 40% des ajouts de capac- ités mondiales sont chinoises : le déploiement des énergies renouvelables s’est accompagné d’un rythme effréné de construc- tion de centrales thermiques au charbon. Par conséquent, la moitié de ces centrales a moins de dix ans, beaucoup ont permis de remplacer les anciennes unités moins performantes, permettant d’élever le rendement moyen de 32% à 37% depuis 2000. D’autre part, la surabondance des capac- i té s i nte r m i t te nte s a p o i nté les limites de la flexibilité du système électrique chinois : en 2016, 17% de la production éoli- enne a été écrêtée car elle ne pouvait pas être absorbée. Le système énergétique chinois e s t u n i q u e c a r l ’é l e c t r i c i t é occupe une très forte part de la consommation d’énergie finale. Pour un baril de pétrole, les chinois consomment deux fois plus d’électricité (en énergie équivalente) comparé au reste d u m o n d e. Le W E O p ro p o s e d e u x t e n d a n c e s c o n c e r n a n t l’électricité. La première est un rapprochement des modèles de consommation finale tradition- nels dans les pays développés, ce qui accroîtrait la demande de produits pétroliers ; la seconde est le maintien de l’électricité au sommet des usages énergétiques voire un net détachement, ce qui n’est pas inenvisageable quand on considère les ambitions de Liu Zhenia, PDG de l’opérateur du réseau de transport chinois, de construire un réseau intercon- necté mondial. R e s s o u r c e s é n e r g é t i q u e s e t investissements Le gouvernement chinois, dans l’optique de sécuriser l’apport énergétique face à son économie et sa démographie croissantes a accordé en 2013, 40 milliards d e d o l l a r s d ’i nve s t i s s e m e nt s à l’étranger. Les compagnies énergétiques chinoises sont en amont de toutes les chaînes de production, transport et trading d’énergie. La taille du pays lui I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 8 CHINE
  • 9. donne une force de négocia- tion importante avec les Majors p é t ro g a z i è re s d é s i re u s e s d e s’ouvrir au marché chinois. En outre, de nombreux investisse - ments dans les pays en dével- oppement, tels que le renouvel- able en Afrique Subsaharienne où les projets dans le charbon et l’hydraulique en Asie du Sud Est, renforcent ses relations et sa présence à l’étranger. Par ailleurs, la Chine appor te son soutien diplomatique dans des pays à haut risque non sans intérêt puisque cela lui permet de sécuriser de précieux actifs éner- gétiques (stratégie d’emprise sur les champs pétroliers au Soudan, par exemple). La Chine présente un por te - feuille de partenaires très varié pour ses importations. Elle com- plète sa production nationale de charbon par des impor tations d’Indonésie et d’Australie prin- cipalement. Pour le pétrole, elle reste très dépendante du Moyen- Or ient, mais s’approvisionne aussi en Russie, au Kazakhstan et au Myanmar. Ses apports de gaz proviennent de ces mêmes pays ; nous retiendrons le projet de con- struction d’un pipeline depuis la Russie, normalement opération- nel en 2020. Sa filière nucléaire, en plein essor, est portée par des partenariats avec la France, les Etats-Unis, la Russie et le Canada, qui l’ont mené au développement de ses propres réacteurs de 2ème et 3ème génération. La Chine fait de l’exportation des technologies et projets nucléaires un axe de développement majeur, qui vient s’ajouter à ses exports en tech- nologies renouvelables dont elle maîtrise toute la chaîne. S e l o n l e W E O, c i n q p r i n c i - paux facteurs vont influencer le développement énergétique chinois : l’économie, la pression démographique et l’urbanisation, les problèmes environnementaux (eau, gaz à effet de serre, qualité de l’air), les investissements et les politiques. Le facteur politique est prépon- dérant car l’expérience montre que la Chine respecte ses engage- ments. La qualité de l’air est le principal moteur des politiques climatiques et énergétiques chi- noises. Rappelons que chaque année en Chine, un million de morts prématurés sont imputa- bles à la pollution de l’air, causée principalement par le secteur énergétique et les modes de vie (chauffage domestique et cuisine à la biomasse). P r o j e c t i o n s s u r l a d e m a n d e énergé tique D’ici 2040, et principalement sous l’action politique, la demande de charbon connaît un net déclin, d’abord dans l’industrie puis à partir de 2030 aussi dans le secteur électrique. La demande en pétrole connaît pour sa part une hausse jusqu’en 2030, tirée par l’accroissement des besoins de mobilité et de modes de vie plus ur banisés et modernes, suivie d’un plateau. En revanche, la demande de gaz aura presque doublé sous l’action du dével- oppement de vastes réseaux de gaz urbains et industriels. Malgré tout, la plus forte crois- sance se fait sur les ressources b a s - c a r b o n e e t l e s é n e rgi e s renouvelables. En 2040 elles représentent 60% de la capac- ité installée sur le système élec- trique chinois, et produisent plus de 50% de l’électricité (cf. figure ci-après). L’électricité devient la source d’énergie la plus deman- dée pour un usage final, ce qui co n f i r m e l ’é l e c t r i f i c a t i o n d e l’économie chinoise. La par t de l’industrie dans la demande énergétique décroît de 65% à 40% sur l’horizon des scé- narios. Elle sera principalement remplacée par la demande asso- ciée aux usages finaux, la mobilité (électrique en majeure partie) et la consommation domestique qui tireront le système énergétique sur une pente décarbonée. Le fait notable de ce WEO est la possi- bilité que l’économie chinoise I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 9CHINE
  • 10. p o u r s u i v e l a t r a n s f o r m a - t i o n r a p i d e c o m m e é v o q u é précédemment. S o u s l ’i m p u l s i o n d u 1 3 è m e plan quinquennal qui fixe les réformes de politique énergé- tique à moyen terme et des nou- veaux standards de pollution de l’air dans tous les secteurs, en 2040 les émissions de polluants auront été réduites de 25% et les émissions de CO2 réduites de 3%, alors que la demande en énergie primaire aura augmenté de 25%. Cela sera permis par les inves- tissements dans l’efficacité éner- gétique (industrie et résidentiel) et les renouvelables avec une intégration des énergies inter- mittentes largement facilitée par l’extension du réseau électrique sur tout le territoire. Ces exten- sions permettront de mailler la plupart des surfaces habitées et ainsi maximiser l’exploitation du productible renouvelable. P r o j e c t i o n s s u r l ’ a p p r o - visonnement énergé tique Un des plus gros challenges pour la Chine est de garantir son approvisionnement énergé- tique dans un contexte où est prévue une diminution de la pro- duction de charbon proche de 15%. De même, elle devra sat- isfaire une demande de pétrole en hausse de 35% alors que sa production diminue également. Cela conduira à renforcer de 80% la dépendance aux importations pour cette ressource. Face à ce risque, la Chine investit et se positionne en leader mondial du raffinage pour exporter des produits pétroliers à plus forte valeur ajoutée. Le trou laissé par l’abandon pro- gressif du charbon est reporté sur le gaz naturel. La Chine aug- mente considérablement sa pro- duction nationale. Pour complé- ter son besoin, elle cherche à diversifier les sources d’imports en orientant son infrastructure gazière vers une économie de marché. Nettement réformée en amont et en aval, le réseau gazier offre une liberté accrue sur le trading in-situ et à l’international et flexibilise les contrats, ce qui amène la Chine à être le 2ème plus gros importateur de gaz. Néanmoins, le gaz n’est qu’une pierre au projet de renforce - ment de sa sécurité énergé - tique. Jusqu’en 2040, il ne faudra pas moins de 6400 milliards de dollars d’investissements dans l ’a p p rov i s i o n n e m e nt é n e rg é - tique. Les deux tiers seront Production d’électricité par combustible en Chine dans le scénario « Nouvelles Politique » © AIE I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 10 CHINE
  • 11. Source : AIE, « World Energy Outlook 2017 », https://www.iea.org/weo2017/ absorbés par les réseaux élec- trique et gazier ainsi que les capacités bas-carbone. 2000 mil- liards de dollars seront mobili- sés dans l ’efficacité énergé - tique, principalement le parc résidentiel et l’amélioration de la mobilité. En 2040, respectivement 30% et 25% des volumes de pétrole et gaz échangés dans le monde seront à destination de la Chine. Im pa c t s d e s p o l i t i q u e s é n e r g é - t i q u e s c h i n o i s e s s u r le s e c t e u r énergé tique mondial Globalement, la politique éner- gétique chinoise aura de pro- fondes répercussions sur les marchés mondiaux, les coûts des technologies et le respect des objectifs climatiques. Son futur énergétique sera très différent de sa tendance passée, piloté par une économie en transition en accord avec la « révolution énergétique  » envisagée par Xi Jinping. Cependant, une incertitude per- siste quant à l’imminence de sa transition économique. Le scé- nario « Politiques actuelles » estime qu’un retard de quelques années impactera énormément sa transition énergétique. A cela s’ajoutent une baisse des salaires, une économie moins résiliente et une hausse des ex ternalités environnementa- les, dont la qualité de l’air qui impactera directement les pop- ulations urbaines. A l’inverse, le scénario « Développement durable » propose des perspec- tives plus radieuses. La révolu- tion énergétique se traduit par une amélioration drastique de la qualité de l’air, une réduction des importations d’énergies fossiles et une baisse des émissions de carbone de 5,3 gigatonnes. Cette édition du WEO permet de mesurer le poids d’un pays émergent comme la Chine et ses conséquences sur la stabilité du système énergétique mondial. Bien que résolument engagée dans sa transition énergétique, la Chine devra être capable de renforcer ses relations diploma- tiques et diversifier ses contrats pour maintenir sa sécurité éner- gétique. De plus, les transforma- tions structurelles qu’elle envis- age ne seront pas sans effet sur l’emploi  : le secteur du charbon représente aujourd’hui quatre millions de travailleurs. En poursuivant pleinement le développement des technolo- gies décarbonées qu’elle exporte à outrance, la Chine renforce sa position de leader technologique et donne l’exemple pour la mobil- ité électrique puisqu’elle abritera le plus vaste marché mondial. Ses efforts dans la performance énergétique, le développement énergétique et la tertiarisation de l’économie en feront possible- ment un modèle de développe- ment urbain neutre en carbone. En 2030, le pic d’émissions par habitant devrait être atteint à un niveau deux fois inférieur à celui des Etats-Unis. Raphaël CLUET © Pixabay I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 11CHINE
  • 12. La crise énergétique indienne Avec sa croissance économique e t s o n d é v e l o p p e m e n t d é m o g r a p h i q u e e x p o n e n t i - els, l’Inde fait face à une crise énergétique sans précédent. Comment ce pays de 1,32 mil- liards d’habitants arrivera à sub- venir à sa demande en énergie ? Quels seront les conséquences de la transformation de son paysage énergétique sur le climat ? L’ampleur des besoins est colos- sale. Au moins 300 millions d’indiens vivent aujourd’hui sans électricité et, environ 250 mil- lions y ont un accès que partiel, seulement trois à quatre heures par jour. Ce manque d’électricité a p p a r a î t c o m m e u n v é r i t a - ble frein au développement du secteur manufacturier indien, mais aussi à l’amélioration du niveau de vie de la population. La simple augmentation de la demande en électricité devrait s’élever à 15 GW par an pour les 30 prochaines années. Les gou- ve r nements se su ccè d e nt e t peinent à suivre le rythme de ce développement. Un nouveau souffle avec le gou- vernement Modi Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2014, le Premier Ministre indien Narendra Modi a mis au centre de ses priorités l’accès à l ’é l e c t r i c i t é p o u r t o u s . Parallèlement, il a affiché ses ambitions sur la scène internatio- nale de limiter le réchauffement climatique. Aujourd’hui, près de 50% de l’énergie indienne est produite à par tir de charbon, c’est pourquoi le gouvernement Modi a promis d’augmenter la capacité d’énergie renouvelable de 175 GW dont 100 GW seront produits par le solaire d’ici 2022 (soit environ la capacité élec- trique totale de l’Allemagne). Ces objectifs sont-ils cependant atteignables ? L’ I n d e e s t a u j o u r d ’ h u i l e troisième plus gros émetteur de gaz à effet de serre au monde, et prétend construire une écono- mie moderne industrialisée, sans augmenter significativement ses émissions. Un défi qu’aucun pays n’a réussi à relever à ce jour… Quels enjeux pour le climat ? L’Inde ne peut se permettre de suivre une croissance similaire aux pays développés qui ont amélioré leur niveau de vie au détriment de l’environnement, avec une for te augmentation de leurs émissions. Une telle croissance en Inde conduirait à une catastrophe non seulement pour les indiens mais aussi pour l’ensemble de la planète. La Chine en est un bon exemple. En effet, de 1990 à 2014 le PIB du pays a augmenté de 317 $ à 7 683$ par habitant [1] et ses émissions de gaz à effet de serre sont passées de 4,15 tCO2eq par an et par habi- tant à plus de 8 tCO2eq  [2]. La Chine est ainsi devenue aujourd’hui le plus gros pollueur mondial. L’Inde est encore bien loin de ces chiffres. En effet, ses émissions de GES par habitant s’élevaient en 2014 à 2,38 tCO2eq par an et son PIB était de 1 573$ par habi- tant pour cette même année. Sa population devrait augmenter de 400 millions de personnes sur les trente prochaines années et faire de l’Inde le pays le plus peuplé au monde d’ici 2050, con- centrant environ 20% de la popu- lation mondiale. Si l’Inde suit le chemin de la Chine, l’atmosphère devra supporter huit milliards de tonnes de carbone supplémen- taires chaque année, soit plus que l’ensemble des émissions des États-Unis en 2013 [3][4]. Une telle croissance des émis- sions mettrait évidemment une croix sur les objec tifs inter- n a t i o n a u x d e l i m i t a t i o n d u I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 12 INDE
  • 13. réchauffement climatique en deçà de 2°C. A l’horizon 2050, si l’Inde se repose for tement sur les énergies fossiles comme le charbon pour satisfaire les besoins de sa population, dével- oppe son économie et élève son niveau de vie au niveau des pays développés, une catastrophe cli- matique mondiale sera inévita- ble indépendamment de tout effort entrepris par les États-Unis et la Chine pour diminuer leurs émissions. Pour renverser cette tendance et éviter la croissance exponenti- elle des GES de l’Inde, une trans- formation radicale devra s’opérer sur deux points principaux : la production et la distribution de l’électricité en Inde. Le règne du charbon, ré volu ? La nouvelle génération poli- tique indienne du Bharatiya Janata Party (BJP) représentée par Modi, prône une croissance économique au travers d’une p o l i t i q u e p r a g m a t i q u e n é o - libérale avec la libéralisation et la privatisation des industries nationales. Piyush Goyal, le min- istre de l’Énergie a marqué un tournant sur le développement du renouvelable en Inde avec l’annonce d’investissements de 100 milliards de dollars dans cette filière. Ce p e n d a nt , ce t e n g o u e m e nt ne l’empêche par d’être égale- ment un fervent défenseur du charbon. En mars 2015, il était favorable au développement des mines de charbon du pays, défendant que cela boosterait l’économie et créerait des mil- liers d’emplois supplémentaires. Bien que les prix du renouvel- able aient drastiquement chuté ces dernières années, le charbon reste la source énergétique la moins chère en Inde. De plus, la construction d’usines à charbon a explosé, doublant ses capac- ités depuis 2008. L’Inde con- somme environ 800 millions de tonnes de charbon par an et pourrait en consommer deux fois plus à l’horizon 2035, d’après les World Energy Outlook de BP. Pour répondre à cette demande, Goyal prévoit d’augmenter la production de charbon nationale à 1,5  milliards de tonnes par an d’ici 2020 (660 millions de tonnes par an en 2015), afin de limiter les importations de charbon. On peut voir ci-dessus la réparti- tion des centrales à charbon indi- ennes [3] [4]. En 2014, le mix électrique indien se composait à 75% de charbon, 1 0 % d ’ hyd ra u l i q u e, 2 , 8 % d e nucléaire et un peu plus de 5% de renouvelable. Même avec le scénario le plus « renouvelable », la part du renouvelable ne pourra atteindre plus de 20% du mix électrique dans les 25 prochaines années. Dans tous les scénarios, il parait inenvisageable que la part Répartition des centrales à charbon en Inde © Global Energy Observatory I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 13INDE
  • 14. du charbon passe en dessous de la barre des 50%. L’hydraulique implique de déplacer des popu- lations et pourrait atteindre au mieux 25%, le nucléaire attein- drait 5-6% et le renouvelable 20%, ce qui laisse le charbon à au moins 50%. C’est d’ailleurs pour- quoi l’AIE montre dans ses World Energy Outlook de 2017 que les émissions de l’Inde vont doubler à l’horizon 2040. En réponse à ces observations, l’administration Modi tente de développer le plus possible le renouvelable avec notamment, la construction de 100 GW de photovoltaïque d’ici 2022 (l’Inde Tableau comparatif des données de l’énergie en Inde, France, Europe et mondiale en 2014 [5] [6] [7] I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 14 INDE
  • 15. comptait 4GW en 2015). 57 GW cor respondent à des projets gigantesques, avec des capac- i t é s i n s t a l l é e s d e 5 0 0 M W jusqu’à 10  GW. Par ailleurs, 75 G W d e c a p a c i té s u p p l é m e n- taire d’éolienne sont également prévus. [3] Le dernier levier de l’Inde pour une énergie bas- carbone est le gaz naturel. Encore faut-il que le pays soit en mesure d’en trouver assez à impor ter. Les réserves nationales de l’Inde en gaz naturel sont très faibles, et les importations ont été limitées par les coûts du transport du gaz liquéfié. Cependant, une canali- sation gazière entre l’Iran et la côte ouest indienne est en dis- cussion. [4] Le f i n a n c e m e n t d e s i n f r a s t r u c - tures d’énergie renouvelable Nombreuses sont les entreprises étrangères qui investissent dans les énergies renouvelables en Inde. Par exemple, l’entreprise japonaise Softbank va investir 20 milliards de dollars dans les projets photovoltaïques indiens. Cependant, la construction de ces nombreux projets a un coût extrêmement élevé, au vu de leur échelle. De tels travaux pour- ront-ils être menés à bout par le gouvernement indien ? Le financement des 100 GW d’énergie solaire supplémentaire se chiffre à plusieurs milliards de dollars, nécessitant à la fois une augmentation du prix de l’électricité et un investissement colossal de la part du gouverne- ment central. Une taxe charbon de 200 roupies par tonne de charbon produite a été instau- rée mais n’a apporté au National Clean Energy Fund que 2,6 mil- liards de dollars à ce jour. Modi a fait un appel aux pays de l’Occident pour aider l’Inde à f i n a n c e r l e s p r o g r a m m e s d ’é n e r g i e r e n o u v e l a b l e . C e message fait échos aux 100 mil- liards de dollars promis lors de la COP21 de la par t des pays développés qui ont déjà connu une forte croissance industrielle accompagnée de for tes émis- sions, vers les pays en développe- ment, qui doivent aujourd’hui se développer économiquement. Un autre frein au développe - ment du solaire en Inde est le prix ultra compétitif des cel- lules photovoltaïques chinoises. La politique de Modi « Make in India » encourage le développe- ment d’une filière de produc- tion de cellules photovoltaïques interne à l’Inde mais celle - ci peine à rivaliser avec les coûts de production chinois. En bref, Modi a du travail devant lui entre la réforme du secteur énergétique cor rompu et en faillite, la construction de nou- velles infrastructures d’énergie renouvelable, la croissance du secteur manufacturier du pays, le maintien d’un déficit faible, et par-dessus tout une croissance économique maintenue autour de 8% par an. Si les champs solaires voient le jour, que les barrages se construisent dans le nord du pays, les centrales nucléaires trouvent des finance- ments, et les canalisations sous- marines gazières se réalisent, l’I nde pourra alors peut- être réussir à subvenir aux besoins de sa population. Mais un prob- lème restera encore entier : celui du transport et de la distribution de l’électricité jusqu’au consom- mateur. [4] Un réseau élec trique fragile Le réseau électrique indien est chaotique et dangereux comme l’a montré son blackout en 2012 laissant 600 millions de per- sonnes dans le noir, avec en plus un arrêt des industries entrain- ant une dette estimée à 70 mil- liards de dollars. Le Power Grid Corporation of India opère plus de 100 000 km de réseau sur l’ensemble du sous-continent. Les pertes électriques dues aux réseaux de transport et de dis- tribution électrique s’évaluent à environ 25%, et atteignent même 50% dans certains endroits. A titre comparatif en France, RTE estime les pertes du réseau de transport I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 15INDE
  • 16. à environ 2% et ENEDIS à environ 6% pour le réseau de distribu- tion. Les pertes en ligne constit- uent un enjeu majeur en Inde. Pour autant l’organisation du réseau électrique du Maharastra ressemble à s’y méprendre au réseau français comme le montre le schéma de principe ci-dessous. Dans les deux réseaux nous avons un schéma similaire, une autorité Comparaison des systèmes de réseaux électriques indien et français [8] I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 16 INDE
  • 17. de régulation de l’énergie, une entité de production (EDF vs MSEGCL), une entité de trans- m i s s i o n ( R T E vs M S E TC L ) e t enfin la distribution assurée par un dernier acteur (ENEDIS vs MSEDCL). Des compteurs intelli- gents sont également déployés de manière similaire. L’équivalent du Linky, payant, est installé chez des industriels afin de pouvoir suivre leurs consommations. Un centre de dispatching (RTE vs MSLDC) est également présent afin d’équilibrer en temps réel le réseau électrique. Il ne faut pas oublier que plus de 65% de la population indienne est encore aujourd’hui rurale. Ainsi, de nom- breux habitants ne sont pas rac- cordés au réseau. Le gouverne- ment Modi a prévu de moderniser le réseau électrique en investis- sant notamment 50 milliards de dollars. Dans cer tains Etats de l’Inde, des subventions sont mises en place pour diminuer le coût de l’électricité pour les agriculteurs, voire le rendre gratuit. Ce type de subvention, ne fait qu’augmenter le déficit pour le réseau national indien. La solution serait peut être de privatiser le réseau électrique national, mais le gouvernement n’en est pas à ces considérations pour le moment. De plus, l’étendue du pays (cinq fois la superficie de la France) rend inespéré l’accès au réseau d a n s d e n o m b r e u x v i l l a g e s en Inde. Des solutions beau- coup plus réalistes pour ali- menter ces derniers seraient les microgrids solaires ou d’autres sources d’électricité locales qui permettraient de contourner le problème du raccordement au réseau. Plusieurs entreprises comme Visionar y Lighting ou Greenlight Planet se sont spécial- isées dans le développement et l’installation de tels microgrids. Cependant, ces petites tailles d’installation solaire constitu- ent un business à faible marge. La solution pour répondre à l a d e m a n d e é l e c t r i q u e i n d i- e n n e v i e n d r a c e r t a i n e m e n t d ’une gestion décentralisée. Cette transformation commence déjà à s’opérer. Par exemple, à Bangalore, de nombreux rés- ervoirs d’eau sont chauffés par énergie solaire. Un modèle de croissance difficile à gérer Pour conclure, la croissance économique et démographique de l’Inde a été beaucoup trop rapide pour que son gouverne- ment suive le rythme au niveau du développement des infra- structures énergétiques. L’Inde pourra profiter de son retard de développement sur le plan énergétique en capitalisant sur les innovations technologiques apportées par les pays dévelop- pés. Cependant, sa transforma- tion énergétique reste extrême- ment difficile puisque l ’état actuel de la planète l’empêchera de suivre les modèles de crois- s a n ce A m é r i c a i n o u C h i n o i s « Grow now, pay later ». Nalini GASCON & Axel FELIZOT Sources : [1] Banque mondiale, PIB par habitant 1990-2014. [2] CAIT Climate Data Explorer, Total GHG Emissions Excluding Land-Use Change and Forestry - 2014. [3] US Energy Information Administration, « Country Analysis Brief: India », 14/06/2016. [4] Richard Martin, MIT Technology Review, « India’s Energy Crisis », 07/10/2015, https://www.technologyreview.com/s/542091/ indias-energy-crisis/ [5] Maharashtra State Load Despatch Centre, http://mahasldc.in/ [6] Tata Power - Largest Power Company in India, https://www.tatapower.com/ [7] B.H KHAN, « Non-conventional energy resources », Tata McGraw-Hill Education Pvt. Ltd., 2009. [8] Vidyut Urja Equipments Pvt. Ltd., http://vuel.net/#/home?scrollTo=welcome#welcome I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 17INDE
  • 18. Un mix de gaz 100% renouvelable en 2050 pour la France ? L’ADEME a publié le 30 janvier dernier, en collaboration avec GRDF et GRTgaz, une étude de faisabilité technico-économique d’un mix de gaz 100% renouvel- able en 2050 en se basant sur quatre scénarii dont trois cor- respondent à 100% et un à 75% d’énergie renouvelable et de récupération. L’étude a pour objectif d’explorer les moteurs et les freins liés à la faisabil- ité technico-économique d’un système gazier d’origine 100% renouvelable en 2050. Elle s’est articulée autour de trois étapes pr incipales  : l ’évaluation du potentiel de ressources renouv- elables, le calcul du mix de pro- duction permettant de répondre à la demande estimée, et la déf- inition de quatre scénarii pour évaluer les hypothèses retenues sur les ressources. La première étape a considéré trois filières de production (la méthanisation, la pyro-gazéification et le power- to-gaz) et a intégré des critères de durabilité en exigeant, par exemple, que les ressources utili- sées pour un usage énergétique n’entrent pas en concurrence avec leur usage en matière pre- mière, et la seconde étape s’est appuyée sur l’ajustement de la demande estimée à par tir du scénario de l’ADEME 2035-2050. Mé thode E n p a r t a n t d u s c e n a r i o d e l’ADEME 2035-2050, on procède à des ajustements pour prendre en compte les différents effets que peuvent engendrer la hausse ou la baisse de la demande et on aboutit aux 4 scénarios consi- dérés. Ainsi, la substitution par le gaz des usages qui étaient assurés par d’autres vecteurs et la pro- duction de pointe d’électricité, va contribuer à augmenter la demande de gaz. En revanche générer de la chaleur par la pyro- gazéification, le power-to-gas et le power-to-heat en substitution de la chaleur « gaz », engendre- rait une baisse de la demande. Globalement, on obser verait en 2050 une augmentation des besoins en gaz pour la produc- tion d’électricité, une baisse de la consommation en hiver en raison de la réduction des besoins de chauffage par gaz, et une baisse de la consommation également en été mais qui serait compen- sée par l’augmentation d’usages dans le transport. L’offre de gaz renouvelable en 2050 a ensuite été évaluée à par tir de scénarii de potenti- els déjà existants, tout comme l’équilibrage de l’offre et de la demande, suivi de l’évaluation d e s c o û t s d e s t o c k a g e e t d’adaptations nécessaires sur le réseau. Finalement, les scéna- rii étudiés sur la base de vari- antes de l’offre diffèrent selon si l’on garde ou pas une part de gaz naturel dans le mix gazier et si l’on attribue une part plus ou moins importante de ressources biomasse. Résultats L’étude a montré que le poten- tiel de ressources renouvel- ables primaires mobilisables en 2050 s’élève à 620 T Wh, ce qui correspond à un potentiel de gaz renouvelable injectable de l’ordre de 460 T Wh traduisant ainsi une hausse significative par rapport aux ressources actuelles qui ne dépassent pas 140  T Wh. Ceci suppose, entre autres, le développement et la général- isation de pratiques agricoles (méthanisation, cultures inter- médiaires) et forestières (sylvi- culture). Le président Macron a d’ailleurs annoncé, le 22 février en amont de l’ouverture du salon de l’agriculture, la création d’un I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 18 FRANCE
  • 19. fonds de prêts à la méthanisation de 100 M€ avec Bpifrance [2]. Les grandes filières de produc- tion qui permettront d’assurer ce potentiel sont la méthanisa- tion (voie biologique produisant du biogaz par l’utilisation de micro-organismes pour dégrader la matière organique) avec une par t de 30% du gisement, la pyro-gazéification (filière ther- mochimique produisant un gaz de synthèse : le syngas à partir de matière organique) à hauteur de 40% et le power-to-gas (qui permet de convertir l’électricité renouvelable en gaz de synthèse) à raison de 30%. Le potentiel ainsi estimé permet de satisfaire une demande de 293 T Wh en 2050 pour le scé- nar io 100% EnR&R (énergies renouvelables et de récupéra- tion), voire une demande plus élevée (361 T Wh) dans le cadre d’un scénario 100% EnR&R avec pyro-gazéification haute. Pour chacun des quatre scénarii con- sidérés, un mix de production a été défini (figure ci-dessous) en mobilisant les filières par ordre de coût croissant c’est-à-dire en gardant le power-to-gas (le plus coûteux) uniquement comme variable d’ajustement pour le bouclage offre-demande. A partir des mix de production définis pour chaque scénario, le coût total du MWh de gaz con- sommé a été calculé (figure page suivante) en prenant en compte les coûts de produc tion, de réseau de transport et de distri- bution et de stockage. Ce coût varie, pour le scénario 100% EnR&R, entre 118 et 132 €/MWh, selon l’hypothèse prise pour les coûts d’électricité. Malgré une hausse de la demande de 23% par rapport à ce premier scénario, le scénario 100% EnR&R, avec pyro- gazéification haute, ne présente pas de différence de coût signif- icative, le coût varie entre 116 et 127€/MWh. Ceci s’explique par le fait que la pyro-gazéification, plus fortement sollicitée dans ce second scénario, est moins cou- teuse que le power-to-gas. Ceci permet d’expliquer également le coût plus élevé (133 à 153 €/ MWh) du troisième scénario 100% EnR&R, avec biomasse limitée à l’usage gaz, qui présente la par t de power-to -gas la plus importante. Le dernier scénario, gardant une part de 25% de gaz naturel, a un coût global 10% à 20% inférieur au scénario 100% EnR&R, en considérant une valeur de 200€/tCO2 en 2050 pour la taxe carbone. Les émissions directes que ce quatrième scénario per- mettrait d’éviter sont de l’ordre de 45MtCO2 /an ce qui corre - spond, avec la même hypothèse Mix de gaz dans les quatre scénarii © ADEME I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 19FRANCE
  • 20. sur la taxe carbone, à 9 milliards d’euros, contre 12,6 milliards d’euros pour le scénario 100% EnR&R qui éviterait 63 MtCO2 /an. L’étude s’est également intéres- sée aux modifications qu’il est nécessaire d’apporter au réseau pour atteindre les 100% EnR&R ainsi qu’au coût de ces évolu- tions. Cela englobe les infrastruc- tures de transport et de stockage, ainsi que la construction d’un réseau de collecte des ressources disséminées en milieu rural, pour lequel le coût ne dépasserait pas 3% du coût global. Les coûts de déploiement de solutions tech- nologiques qui permettront de rendre le réseau bidirec tion- nel devraient, quant à eux, faire l’objet d’optimisation pour être maîtrisés. Quatre départements types ont, en effet, été consi- dérés pour l’évaluation des évo- lutions nécessaires du réseau et du positionnement des unités de production, et une nouvelle con- figuration du réseau permettant le raccordement de ces unités de production a été donnée par un algorithme d’optimisation. Par la suite, l’étude a procédé à l’extrapolation de ces solutions à l’échelle de la France métro- politaine. Ceci a permis de con- sidérer, pour chacun des scé - narios définis, l’équilibre offre- demande au niveau national en vue d’étudier la résilience du système gazier à des pointes de froid. En plus de ces évolutions, néces- saires pour adapter le réseau gazier à un mix énergétique 100% renouvelable, le succès d’un tel scénario passe surtout par une forte interaction entre les réseaux électrique et gazier. Des centrales thermiques de pointes alimentées par 10 voire 46 T WhPCS de gaz renouvel- able (selon le scénario consi- déré) peuvent ainsi contribuer à l’équilibre du système électrique. Le power-to-gas permet, par ail- leurs, d ’assurer un stock age inter-saisonnier pour l’électricité. Limites e t perspec tives Une des limites à cette étude est qu’elle propose des scénarii en 2050, mais ne donne pas la trajectoire pour les atteindre à partir de la situation actuelle. Les externalités, notamment l’impact d’un système gazier fortement renouvelable sur l’indépendance énergétique du pays, son activité économique et sa balance com- merciale, n’ont également pas été quantifiées. Les hypothèses qui ont été retenues pour estimer les potentiels de ressources mobilis- ables comportent, d’autre part, des incertitudes qu’il faudrait Coût total par MWh de gaz consommé pour chacun des quatre scénarii © ADEME I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 20 FRANCE
  • 21. Répartition du potentiel théorique de gaz renouvelable injectable en 2050, par département et par filière © ADEME évaluer, notamment sur les évo- lutions des secteurs agricole et forestier et sur l’acceptabilité sociale des projets. I l est à noter, finalement, que ce rapport s’est intéressé à la faisabilité technico-économique d’un mix de gaz 100% renouvelable mais pas à l’optimisation technico- économique de la part de gaz renouvelable dans le mix gazier. Ainsi une étude de la répartition optimale des vecteurs en pro- posant d’autres scénarii pourrait aussi être envisagée. Dhekra BOUSNINA Sources : [1] ADEME, « Un mix de gaz 100% renouvelable en 2050 ?, une synthèse de l’étude », janvier 2018. [2] Patricia Laurent, Green Univers, « Méthanisation : l’Etat va lancer un fonds de prêts de 100 M€ », 22/02/2018, https://www. greenunivers.com/2018/02/methanisation-letat-va-lancer-fonds-de-prets-de-100-me-177096/ [3] Communiqué de presse, «“Un mix de gaz 100% renouvelable en 2050 ?” : une étude exploratoire de l’ADEME, GRDF et GRTgaz, une synthèse de l’étude », 30/01/2018, http://presse.ademe.fr/wp-content/uploads/2018/01/180130_CP-100_gaz_Vdef.pdf I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 21FRANCE
  • 22. L’ORECA publie ses chiffres sur l’énergie et le climat en PACA E n d é c e m b r e d e r n i e r , l ’o b s e r v a t o i r e r é g i o n a l d e l’énergie, du climat et de l’air de Provence-Alpes-Côte d’Azur (ORECA) publiait le bilan de l’année 2016 [1], pointant les efforts réalisés pour développer les énergies alternatives et amé- liorer la qualité de l’air. La consommation d’énergie finale de la région est presque égale- ment répartie entre les trans- por ts (36%), l’industrie (33%) et le résidentiel- tertiaire (30%) alors que l’agriculture comble la part restante avec 1% de l’énergie consommée. La forte présence industrielle sur le territoire laisse incontestablement sa marque dans le mix énergétique primaire, la part de l’électricité est réduite par rapport à sa moyenne natio- nale, diminuant logiquement les opportunités de décarbonation. L’observatoire note une réduc- tion des quantités de polluants de 30% pour les NOx et 26% pour les PM2.5 mais le bilan reste très contrasté. D’après l’ORECA, « 8 personnes sur 10 restent exposées au dépassement de la valeur sanitaire recommandée par l’OMS pour l’ozone et les par- ticules fines» Un e p r o d u c t i o n En R e n h au s s e m a i s e n c o r e i n s u f f i s a n t e p o u r remplir les objec tifs L’autonomie énergétique de la région reste encore loin d’être atteinte, PACA fait appel aux apports nationaux à hauteur de 51% [2]. L’accent semble être mis sur les renouvelables qui représentent 58% du parc élec- trique et en particulier sur le solaire qui, avec ses 945 MW de puissance installée, affiche une hausse de 8%. Le développement des fermes solaires semble toute- fois se ralentir (voir figure sui- vante), avec une stagnation du nombre d’installations depuis 2012. Mais c’est incontestablement le secteur éolien qui affiche le plus de retard : seuls 12% de l’objectif du schéma régional climat-air- énergie (SRCAE) ont été atteints en 2016 (voir tableau suivant). Alors que le schéma régional é o l i e n p ré vo i t u n g i s e m e n t© SOeS 8 personnes sur 10 restent exposées au dépassement de la valeur sani- taire recommandée par l’OMS pour l’ozone et les particules fines ORECA I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 22 FRANCE
  • 23. e x p l o i t a b l e d e 5 4 5 M W e n 2020  [3], seuls 50MW sont en fonc tionnement [2]. La for te o p p o s i t i o n d e s a s s o c i a t i o n s anti-éoliennes et la complexité des contraintes réglementaires pénalisent fortement la filière et bloquent de nombreux projets. La Thalasso-thermie : une idée qui séduit de plus en plus Les systèmes de récupération de chaleur ou de froid à partir de la mer connaissent un regain d’intérêt dans la région : 5 instal- lations sont déjà présentes sur le territoire et totalisent une puis- sance de 27,5 MW, soit 220% des objectifs du SRCAE. L’étude du potentiel Thalasso -thermique commandé par les services de l’état en 2011 [4] a conclu que cette ressource avait un grand intérêt pour les communes les plus peuplées du littoral (Cannes, Antibes, Nice et Marseille) et que les contraintes environnementa- les et réglementaires ne pénalise- raient que très peu le développe- ment de la filière. Avec l’arrivée prochaine des éoli- ennes flottantes au large de Fos- sur-Mer, l’avenir des énergies renouvelables en PACA pourrait donc bien venir du bleu azur qui fait la renommée de son littoral. Louis POLLEUX Sources : [1] Observatoire Régional de l’énergie, du climat et de l’air en Provence-Alpes-Côte d’azur, « Bilan 2016 », décembre 2017, http://www.airpaca.org/sites/paca/files/atoms/files/160000_oreca_bilan_2016_net_0.pdf [2] Rte, « Bilan électrique et perspectives 2016 - PACA », 2017, http://www.rte-france.com/sites/default/files/ber_paca_2016.pdf [3] DREAL PACA, « Schéma régional éolien : zones préférentielles et objectifs de développement », avril 2013, http://www.paca. developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/sre_cle09ad1f.pdf [4] BG ingénieurs conseils, « Etude du potentiel thalassothermique de la Région PACA », 23/02/2011, http://oreca.regionpaca. fr/uploads/tx_egestiondoc/Rapport_final__VFIN__avec_annexes.pdf Evolution du solaire thermique collectif jusqu’au 31/12/2016 © SOeS Production d’énergie primaire en GWh © ORECA © Pixabay I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 23FRANCE
  • 24. Le Service Public de la Performance Energétique de l’Habitat (SPPEH) Cet ar ticle analyse le rappor t «  Le service public de la perfor- mance énergétique de l’habitat : analyse et propositions », publié en décembre dernier par MM Piron et Faucheux pour le compte de l’association «  Régions de France » et du Conseil Supérieur d e l a C o n s t r u c t i o n e t d e l’Efficacité Energétique (CSCEE) [1]. Fi n janv ier 201 8, le J ou r na l Officiel de la République [2] dans sa rubrique « réponses des minis- tres aux questions écrites » attire l’attention sur la publication récente d’un rapport d’étude de l’association Régions de France et du Conseil Supérieur de la Construction et de l’Efficacité Energétique (CSCEE). Ce rapport est le résultat d’une réflexion de plus d’un an sur la structur- ation que pourra prendre dans les territoires la mise en œuvre d’un véritable service public de la performance énergétique de l’habitat. Qu ’e s t -c e q u e le Se r v i c e Pu b l i c d e l a Pe r f o r m a n c e En e r g é t i q u e de l’Habitat ? L’article 232 du Code de l’Energie introduit la notion de Service P u b l i c d e l a P e r f o r m a n c e Energétique de l’Habitat (SPPEH) à t rave r s l a l o i d u 1 5 av r i l 2013 [3] : « Le service public de la perfor- mance énergétique de l’habitat a s s u r e l ’ a c c o m p a g n e m e n t d e s co n s o m m ate u r s s o u h a i - tant diminuer leur consomma- tion énergétique. Il assiste les propriétaires et les locataires dans la réalisation des travaux d’amélioration de la performance énergétique de leur logement et leur fournit des informations et des conseils personnalisés. » Cette première notion est com- plétée par l’article 22 de la Loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte (LTECV) du 17 août 2015, qui y rajoute un deux- ième alinéa décrivant plus préci- sément les missions de ce service public : à l’échelle des EPCI (établissements publics de coo- pération intercommunale) sont mises en place des plateformes d’accueil et d’information pour le consommateur. Ce dernier peut également être conseillé par ces plateformes pour son projet de rénovation énergétique. Ces prestations (accueil, informa- tion et conseil) sont gratuites et indépendantes, et le plus adaptées possible à la situation propre de chaque interlocuteur. Néanmoins, ces missions sont noyées dans un amoncellement d’agences, associations, bureaux, chacun en charge de prestations diverses, par fois redondantes, dotés de financements très dispa- rates et pouvant attribuer au par- ticulier des aides très différentes. Le consommateur ne s’y retrouve pas, et hésite donc souvent à déclencher des travaux, comme nous l’évoquions dans le numéro de décembre [4]. De ce désordre est née la néces- sité d’un guichet unique pour la rénovation énergétique, et c’est à cela que doit répondre la réor- ganisation du SSPEH. L’é tat a c t u el d u SPPEH e t s o n organisation A l ’ h e u re a c t u e l l e, l e s m i s - s i o n s d ’a c c u e i l / i n fo r m a t i o n / conseil du Service Public de la Pe r fo r m a n ce E n e rg é t i q u e d e l’Habitat sont assurées par dif- férentes plateformes territoria- les de la rénovation énergétique I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 24 FRANCE
  • 25. celles- ci sont constituées de deux grandes familles : les points rénovation info-service (PRIS) et les agences de l’ADEME. Mais d’autres acteurs se mêlent égale- ment de ces missions : l’ANAH (Agence Nationale de l’Habitat), l’ADIL (Agence Départementale p o u r l ’ I n f o r m a t i o n s u r l e Logement), les CAUE (Conseils d ’A r c h i t e c t u r e , d ’ U r b a n i s m e et de l’Environnement) les dif- férents EPCI, et même des entre- prises privées (architectes, et entreprises de travaux recon- nues garants de l’environnement (RGE)). De plus, les divers éche- lons de collec tivités locales peuvent également orienter le consommateur. Par ailleurs, les PRIS sont souvent décomposés en plusieurs entités : technique, juridique, et une partie réservée aux bénéficiaires de l’ANAH (les structures d’accueil sont différ- entes selon que le ménage con- cerné est précaire ou non). Ces missions sont réalisées par 389 structures, lesquelles corre- spondent à 471 points rénova- tion info-service, car une même structure peut héberger plus- ieurs PRIS. Principalement, il s’agit des Espaces Info-Energie de l’ADEME. L e f i n a n c e m e n t d u S P P E H ( p r é s e n t é p a g e s u i v a n t e ) re p ré s e n t e p rè s d e 3 3 m i l - lions d’euros annuels, lesquels permettent de financer l’activité d ’e n v i r o n 6 0 0 é q u i v a l e n t s - temps-plein, majoritairement des conseillers info-énergies dans les espaces du même nom opérés par l’ADEME. En conclusion, comme le met en avant le rapport Piron-Faucheux, la majorité des PRIS sont les Espaces Info-Energie de l’ADEME, lesquels sont inéquitablement répartis sur le territoire. De plus, malgré l’existence d’une plate- forme téléphonique nationale et d’un site web (lesquels sont peu utilisés), le réseau de PRIS est trop dense, irrégulier et redon- dant pour fournir au consom- mateur une information lisible. Organigramme de l’organisation actuelle d’une démarche de rénovation énergétique © Raport Piron-Faucheux I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 25FRANCE
  • 26. Ainsi, même si certains départe- ments sont déjà bien structurés sur ce point, la majorité reste encore loin du « guichet unique ». Les préconisations de ce rappor t pour la refonte de l’organisation du SPPEH Après un diagnostic de la situa- tion existante, le rapport Piron- Faucheux préconise plusieurs points fondamentaux pour la réorganisation des structures du service public de la perfor- mance énergétique de l’habitat (SPPEH) : • Rassembler les PRIS, a forti- ori ceux fournissant des mis- sions différentes (techniques, juridiques, financières), au sein d’une seule et même plateforme territoriale pour la rénovation énergétique (PTRE) ; • Associer l’ensemble des inter- venants concernés : DREAL et DDT, ADEME, ADIL, Espaces Info-Energie, CAUE, les dif- férents niveaux de collectiv- ités territoriales (communes, communautés de communes, dépar tements, régions), et également les professionnels du bâtiment ; • Mettre les PTRE en réseau, e n t r e e l l e s e t a v e c l e s entreprises, pour mutualiser certains moyens et s’adapter aux zones de chalandise des professionnels avec lesquels elles seraient en relation ; • Animer, via les PTRE, des m i s s i o n s d e p r o s p e c t i o n et de démarchage (par le secteur public !) des poten- tiels clients  : les bâtiments les plus consommateurs sur le territoire d’action de la PTRE peuvent être ciblés et démarchés pour inciter fortement les propriétaires à rénover leur bien ; • Communiquer sur l’action des PTRE au travers d’événements publics pour faire connaitre la plateforme et les missions qu’elle peut entreprendre pour les particuliers ; • Donner aux PTRE le rôle de « tiers de confiance » auprès des particuliers par rapport aux entreprises impliquées dans le processus de rénova- tion, et revaloriser la labelli- sation RGE ; • Développer, par l’action des PTRE, la filière économique de la rénovation énergé - tique du bâtiment sur les t e r r i t o i re s, e n f a vo r i s a n t l’ac tivité d’entreprises de ce sec teur pour répondre de manière adaptée à un besoin client de rénovation et d’accompagnement tech- nique de qualité. Ces points tracent ainsi une feuille de route des chantiers de refonte de ce service public, qu’il conviendra de surveiller lorsque l’Etat prendra sa décision à l’été 2018 (cf. la réponse de Nicolas Hulot à la question du député Matthieu Orphelin [2]). Financement des PRIS en millions d’euros annuels I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 26 FRANCE
  • 27. Un e x e m p le d e s e r v i c e p u b l i c d e la rénovation énergé tique : Onex, en Suisse Pour se figurer les effets d’une réorganisation du service public de la performance énergétique de l’habitat (SPPEH), il peut être intéressant de se pencher sur des struc tures similaires développées par nos voisins à l’étranger. Le modèle suisse re g o rg e d ’e xe m p l e s d a n s l e secteur de la transition énergé- tique, nous allons évoquer ici le projet «  Onex-Rénove » [5], à Onex, dans le canton de Genève. Depuis mai 2014, la municipalité d’Onex s’attache à rénover son parc immobilier locatif con- s t r u i t m a j o r i t a i r e m e n t d a n s les années 1960. Pour ce faire, celle-ci s’appuie sur une struc- ture multi-échelons favorable à la rénovation énergétique : dans le cadre du Programme Bâtiments administré par le Département de l’Aménagement, du Logement, et de l’Energie (DALE) au niveau de la Confédération, relayé dans le canton de Genève par l’Office Cantonal de l’Energie (OCEN), la commune d’Onex a mis en place un système similaire à celui pré- conisé par le rappor t Piron- Faucheux pour l’activité future des PTRE. En effet, la municipalité met à disposition des propriétaires : • Un pré -audit de leur bâti- ment, par adaptation d’une des sept typologies retenues par les services de la ville ; • Des séances d ’entretiens- conseil à propos des solu- tions techniques à adopter ; • Des conseils pour le finance- ment au travers des plans d ’a i d e s e t s u bve n t i o n n e - ments (ville et canton) ; • Un suivi et une assistance pour le processus adminis- tratif avec des démarches accompagnées et facilitées. Par ailleurs, cette démarche de la municipalité s’inscrit égale - ment dans une politique éner- gétique plus vaste concertée à l’échelle cantonale : la planifi- cation énergétique territoriale, basée sur le concept énergé - tique territorial. Ce dernier con- siste à préconiser en premier lieu des solutions techniques adap- tées à la ressource la plus locale possible selon les gisements dis- ponibles. Quelques-unes de ces préconisations sont, par exemple, de favoriser la géothermie à un endroit où la nappe chaude affleure, limiter le chauffage au bois dans les zones à haute con- centration de particules fines, encourager le photovoltaïque dans les zones les plus ensoleil- lées, etc… Les résultats sont les suivants : depuis la mise en place auprès du public de ce projet en mars 2016, 50 allées d’immeubles ont été rénovées sur les 273 dans le cadre du projet, soit plus de 830 logements, faisant ainsi bondir le taux de rénovation annuel à 13%/an contre moins de 1% en moyenne sur le canton de Genève. A c t u e l l e m e n t , l a c o m m u n e d’Onex n’est pas majoritairement raccordée au réseau CADIOM (chaleur à distance par incinéra- tion des ordures ménagères). En effet, ces vieilles cités sont trop consommatrices et gaspilleraient alors une énergie « de qualité ». Avec leur assainissement ther- mique, c’est également l’usage d ’ u n e m e i l l e u re é n e rgi e q u i devient possible. Qu elle s c o n s é q u e n c e s p o u r le s entreprises du sec teur de la réno- vation ? A i n s i , l a ré o rg a n i s a t i o n d e s SPPEH va mener à une modifica- tion du tissu économique de ce secteur. A priori, la restructura- tion du réseau des PTRE va amé- liorer son dynamisme et booster son activité, c’est en tout cas le but principal de cette réforme. Dans ce cas, comme cet article l’a I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 27FRANCE
  • 28. Sources : [1] MM. Piron et Faucheux, Régions de France et CSCEE, « Le service public de la performance énergétique de l’habitat : analyse et propositions », décembre 2017. [2] Journal Officiel de la République Française, débats parlementaires, année 2018. No 4 A.N. (Q), ISSN 0242-6757, mardi 23 janvier 2018, page 663, question n°2004. [3] Code de l’énergie, livre II, titre II, Chapitre II « Service public de la performance énergétique de l’habitat », article 232-1. [4] Inf ’OSE, n°128, Mastère OSE Ecole des Mines ParisTech, décembre 2017. [5] « Onex-Rénove », site web de la ville d’Onex, onex.ch. expliqué, le marché de la réno- vation énergétique devrait être amené à croître plus ou moins fortement grâce aux opérations de démarchage et d’incitation menées par le SPPEH. L’existence d’un guichet unique permettrait d’orienter au mieux le client vers les entreprises de rénovation et donc augmenter leur marché. En revanche, l’apparition d’un tiers de confiance pour la com- paraison technique des offres concurrentielles des entreprises va certainement avoir tendance à amplifier les distorsions de concurrence entre les petites entreprises et les spécialistes. Ces derniers seront vraisem- blablement favorisés par leur image de marque et de fiabilité auprès du SPPEH, au détriment de petits et/ou nouveaux acteurs sur le marché. Cette distorsion de concurrence irait certainement dans le sens du particulier, mais peut tendre à réduire l’activité des petits entrepreneurs ou des entreprises non spécialisées. Pa r a i l l e u r s, l a c o n c u r re n c e entre le public et le privé devra bien être délimitée : les mis- sions d’accueil et d’information relèvent légitimement du service public, mais les missions de conseil forment la frontière entre les secteurs public et privé. Les m i s s i o n s d ’a c c o m p a g n e m e n t technique et de maîtrise d’œuvre devraient rester à la charge des entreprises privées. Néanmoins, l’ingénierie financière des projets de rénovation peut être un sujet ambigu : la minimisation du coût pour le client relève de la mission du SPPEH, mais peut également être une différenciation straté- gique des entreprises. Peut-être que ce type de missions ne serait plus directement profitable aux entreprises, mais la conception de solutions techniques adaptées à une optimisation financière permettrait toujours de con- server un certain avantage con- currentiel des entreprises com- pétentes sur l’ingénierie finan- cière de projets. Enfin, les objectifs de restruc- turation des PTRE dans le cadre du SPPEH visent à homogé - n é i s e r l ’o f f re d e ré n ov a t i o n s u r l ’e n s e m b l e d u te r r i to i re et, parallèlement, à doper la demande. Cette augmentation de l’offre permettrait l’installation de nouvelles entreprises dans les milieux les moins fournis, et leur ouvrirait un nouveau marché. Toutefois, l’activité des PTRE dans ces zones peu cou- vertes par le secteur privé reste à définir : si une offre publique se met en place en remplacement du manque d’offre privée, quelle serait l’opportunité d’installation d’entreprises spécialisées ? De plus, il est certain que l’Etat ne laisserait pas s’instaurer une sit- uation de monopole privé, la notion de concurrence public- privé est donc toujours à envis- ager. Le développement d’une offre privée dans ces zones n’est p a s e n co re p a r t i c u l i è re m e nt fiable. Nous attendons désormais l’été pour connaitre les décisions du gouvernement à ce sujet, et la forme que prendra ce ser vice public quant à sa mise en pra- tique dans les territoires. Romain SAINT-LÉGER I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 28 FRANCE
  • 29. Cyber sécurité dans les réseaux électriques D e p u i s l e d é b u t d u XXè m e siècle, les réseaux électriques ont été conçus pour assurer un maximum de fiabilité et de sécu- rité physique et résister à des problèmes aléatoires, telles les défaillances d’équipement et les chutes d’arbres sur des lignes électriques, ainsi que des événe- ments naturels extrêmes, notam- ment les tempêtes et ouragans. La première priorité pour les ser- vices publics et les fournisseurs a toujours été d’assurer une four- niture continue, efficace et fiable de l’électricité et de répondre à l’augmentation exponentielle des besoins en énergie, tant pour le secteur tertiaire et résidentiel que pour le secteur industriel. P a r a i l l e u r s , l e s s e r v i c e s publics arrivent très souvent, aujourd’hui, à bien anticiper et prévoir des pannes électriques (ayant pour cause des condi- tions météorologiques défavor- ables par exemple) et disposent de plus en plus de capacités et moyens techniques leur per- mettant de réagir rapidement et restaurer le service en quelques heures, au plus tard en quelques jours. To u t e fo i s, l e s ré s e a u x é l e c - triques n’ont cessé de se mod- erniser avec l’adoption continue de nouvelles technologies. Avec les grands progrès qu’ont connu les moyens de communication et de transmission de données grâce à Internet, les réseaux élec- triques sont devenus de plus en plus interconnectés et numérisés et plus concrètement gérés par des ordinateurs constamment connectés au réseau Internet. «  On passe de systèmes énergé- tiques fermés où il y a très peu de données rendues disponibles et très peu d’organes manœuvrables à distance à des systèmes plus ouverts où il y a de plus en plus d’équipements télé - opérés », a expliqué la Commission de Régulation de l’Energie (CRE). Cette numérisation a énormé - ment facilité la gestion du réseau et lui a permis d’être plus réactif à l’évolution de la demande et de mieux intégrer de nouvelles sources d’énergie. Néanmoins, elle a ouvert la porte à de nom- breux risques d’abus et de péné- trations malveillantes au cœur du système informatisé avec l’intention de nuire, notamment à cause de la multiplication des points d’entrée au réseau (compt- eurs intelligents/communicants, réseaux intelligents – smar t- gr ids, produc teurs d ’énergie renouvelable…). En effet, la sécurité et la fiabil- ité des réseaux électriques n’ont pas été envisagées du point de vue de la cyber-sécurité. Les ser- vices publics et les experts en sécurité se focalisaient jusqu’à il y a quelques années sur les vul- nérabilités physiques pouvant impacter les réseaux. On com- mence aujourd’hui à réaliser et comprendre la menace croissante que peuvent faire subir les cyber- at t a q u e s a u x i n f ra s t r u c t u re s électriques aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. Exemples de cyber-at taques Jusqu’en 2015, la menace était hypothétique. Mais mainten- ant, tous les experts en sécurité savent per tinemment que les cyber-attaquants peuvent péné- trer les structures de contrôle du réseau électrique, en coupant l’alimentation à un grand nombre de personnes. Le 23 décembre 2015, une cyber- attaque a touché les centres d e c o n t rô l e d e l a d i s t r i b u - tion d’électricité en Ukraine en s’appuyant sur des vulnérabili- tés logicielles, des informations d’identification volées et des logiciels malveillants sophisti- qués introduits dans les systèmes I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 29CYBER SÉCURITÉ
  • 30. informatiques de ces centres. Les attaquants ont pu ouvrir des douzaines de disjonc teurs et couper l’alimentation de plus de 200 000 clients dans l’est du pays pendant plusieurs heures. Cette attaque est considérée comme la première cyber-attaque réussie sur un réseau électrique. Un an plus tard, les installations de transport d’électricité du pays ont été attaquées. Pendant une heure, un cinquième de la capi- tale Kiev a été privé d’électricité. Comment prévenir les vulnérabili- tés e t empêcher ces at taques ? La numérisation des réseaux élec tr iques accompagnée de faibles investissements dans la cyber-sécurité ainsi qu’une règlementation obsolète dans la plupart des pays du monde peuvent laisser penser qu’aucun (ou presque) réseau électrique ne peut être épargné. Ce qui s’est passé en Ukraine en 2015 pour- rait se reproduire dans n’importe quel autre pays surtout si l’on considère que les pirates infor- matiques (hackers) sont de mieux en mieux outillés. P r é v e n i r u n e c y b e r - a t t a q u e nécessite une amélioration con- tinue de la sécurité du réseau électrique afin de le doter de c a p a c i té s d ’a u to - d é fe n s e l u i permettant principalement de détecter et contrer les tentatives malveillantes de pénétration afin de minimiser tout impact potentiel. Contrairement à la technologie de l’information d’une entre - prise, les systèmes industriels qui contrôlent le réseau élec- trique exécutent généralement des fonctions uniques et com- muniquent uniquement avec un nombre restreint d’autres péri- phériques selon des configura- tions usuelles ou « routine pat- terns ». Ainsi, la sécurisation de ces systèmes et la détec- tion des activités malveillantes devraient, en théorie, être rela- tivement simples. En pratique, de nombreux systèmes de con- trôle industriel sont construits sur des systèmes informatiques généraux datant d’une généra- tion passée. Ils n’ont pas été conçus en pensant à la sécurité et ne peuvent pas être mis à jour. Ce problème n’a pas été corrigé avec la dernière génération de tech- nologies de réseau intelligent  ; il a été constaté entre autres que ces dispositifs n’ont souvent pas la capacité d’authentifier les administrateurs et ne peuvent pas maintenir les historiques d’activité nécessaires pour des analyses ultérieures. Ces appa- reils sont souvent accessibles depuis Internet et utilisent des mécanismes d’authentification de faible niveau de sécurité. L’amélioration de la protection du réseau nécessite donc d’investir dans de nouvelles technologies plus sûres, susceptibles d’être protégées et de mettre en place des règles d’hygiène de base en matière de cyber-sécurité. Le défi n’est donc pas de développer des spécifications techniques pour sécuriser le réseau mais plutôt de stimuler l’implémentation d’un plan d’investissement en matière de cyber-sécurité. Egalement la formation de nou- velles compétences en sécu- rité informatique au sein de l’ensemble des intervenants du système de production d’énergie, notamment les exploitants et les gestionnaires des réseaux, s’avère être une mesure indis- pensable à la prévention des risques de piratage. Que faire si une cyber-at taque ne peut ê tre empêchée ? L’élaboration d’un plan d’action c l a i r c o m p r e n a n t u n e s é r i e de mesures à implémenter en cas d’urgence pourrait consi- dérablement atténuer les effets d ’ u n e p a n n e d ’é l e c t r i c i t é à grande échelle causée par une cyber-attaque. I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 30 CYBER SÉCURITÉ
  • 31. Il est nécessaire que le person- nel chargé d’assurer la gestion et l’exploitation du réseau soit régulièrement formé et entrainé à des exercices sur des opérations manuelles (dont la plupart ont été automatisées avec la numéri- sation des réseaux) indispens- ables au bon fonctionnement du réseau si le système informatique subit une panne. Des exercices por tant sur des o p é r a t i o n s d e r é c u p é r a t i o n d’une partie ou de tout le réseau doivent également être régu- lièrement planifiés et exécutés. Ce c i p o u r ra i t ré d u i re co n s i - dérablement la durée des pannes électriques et réduire ainsi les d o m m a g e s é c o n o m i q u e s e t sociaux. Un rappor t de l’Institut SANS ( S y s A d m i n , A u d i t , N e t w o r k , Security) a conclu que les effets de l ’attaque de 2015 sur le réseau électrique ukrainien ont été largement atténués dans la mesure où les commandes des opérations du réseau ont pu être reprises manuellement. La plupar t des exper ts estiment cependant que la complexité actuelle des opérations de cer- tains réseaux (notamment celui des États-Unis) rendrait difficile le passage aux opérations manu- elles. Encore plus inquiétant : les nouveaux systèmes pourraient ne pas permettre l’utilisation de commandes manuelles (réseaux entièrement automatisés). Exiger la possibilité de revenir à un con- trôle commande manuel sur un réseau et procéder à des exer- cices annuels pourrait être une réponse face à la menace de cyber attaques. À l a s u i t e d ’ u n e a t t a q u e , l’élimination des logiciels malveil- lants et la reprise du contrôle du réseau électrique est la priorité absolue pour les gestionnaires et exploitants du réseau touché. Les états doivent ensuite être en mesure d’attribuer l’attaque et en identifier la source à l’aide de moyens d’investigation sophis- tiqués mis en œuvre par des agences spécialisées en sécurité informatique. Emna BERKAOUI Sources : [1] Manimaran Govindarasu and Adam Hahn, « Cybersecurity of the Power Grid: A Growing Challenge », 25/05/2017, http://sci- techconnect.elsevier.com/cybersecurity-power-grid-growing-challenge/ [2] Edison Electric Institute, « Cyber & Physical Security », http://www.eei.org/issuesandpolicy/cybersecurity/Pages/default.aspx [3] Edison Electric Institute, « Electric Power Industry Initiatives To Protect The Nation’s Grid From Cyber Threats », Octobre 2014, http://www.eei.org/issuesandpolicy/cybersecurity/Documents/EEI%20Cybersecurity%20Backgrounder.pdf [4] Edison Electric Institute, « EEI Principles for Cybersecurity and Critical Infrastructure Protection », http://www.eei.org/issue- sandpolicy/cybersecurity/Documents/Cybersecurity%20Principles.pdf [5] Edison Electric Institute, « Protecting the energy grid from threats that could impact national security is a responsibility shared by both the government and the electric power sector », mars 2017, http://www.eei.org/issuesandpolicy/cyberse- curity/Documents/ESCC%20Brochure.pdf [6] Council on Foreign Relations, « A Cyberattack on the U.S. Power Grid », 03/04/2017, https://www.cfr.org/report/ cyberattack-us-power-grid [7] Schneider Electric - Frederic Abbal, «Focus on Your Risk Strategy: Cyber Security for the Smart Grid », 28/07/2017, https:// blog.schneider-electric.com/cyber-security/2017/07/28/focus-risk-strategy-cyber-security-smart-grid/ [8] Martin Untersinger, Le Monde, « Le réseau électrique français peut-il être piraté ? », 08/12/2017, http://www.lemonde.fr/ pixels/article/2017/12/08/le-reseau-electrique-francais-peut-il-etre-pirate_5226462_4408996.html [9] Martin Untersinger, Le Monde, « Le réseau électrique français peut-il être piraté ? », 08/12/2017, http://www.lemonde.fr/ pixels/article/2017/12/08/le-reseau-electrique-francais-peut-il-etre-pirate_5226462_4408996.html [10] Sentryo, « L’ANALYSE COMPLÈTE ET DÉTAILLÉE DES CYBERATTAQUES DU RÉSEAU ÉLECTRIQUE UKRAINIEN EN UN EBOOK », 05/10/2017, https://www.sentryo.net/fr/ebook-analyse-cyberattaque-reseau-electrique-ukraine/ [11] OODRIVE, « Protéger les réseaux électriques des cyberattaques, une problématique mondiale », https://www.oodrive.fr/ blog/securite/proteger-les-reseaux-electriques-des-cyberattaques-une-problematique-mondiale/ I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 31CYBER SÉCURITÉ
  • 32. I N F ’ O S E | F é v r i e r 2 0 1 8 32 ÉVÈNEMENT OSE Photographie de la promotion 2017