édito
Bulletin d’information du Centre des technologies de l’information – N° 14 Sept. 2002
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Sommaire
Pour le citoyen, évoluer vers une
informatique du futur p. 2-3
12e Journée de rencontre de
l’Observatoire Technologique:
«Société de l’information: fracture
numérique, fracture sociale?» p. 4
Portrait d’Albert JACQUARD p. 4
A Genève, un Observatoire
pour l’informatique de demain
Dans notre environnement sans
cesse en mouvement, notre
monde économique incertain, la
maîtrise des technologies impli-
que une observation permanente
et une structure telle que l’Ob-
servatoire Technologique (OT),
offrant l’espace nécessaire à la
réflexion et au recul, en regard
des contraintes du quotidien.
Je remercie ici son fondateur,
M. Major, les animateurs efficaces
que furent MM Wenger et
Bachmann, leurs successeurs
et Mme Bass, ainsi que les
partenaires qui, au fil des
ans, nous permettent aujourd’hui
d’utiliser une structure essentielle
pour le déploiement de la
stratégie informatique du canton
de Genève.
A mes yeux, Paul Valéry exprime
parfaitement l’esprit qui doit nous
animer en vue de construire:
«Nous touchons là aux joies
de la construction. Celui qui
n’a jamais saisi, fût-ce en rêve,
l’aventure d’une construction
finie, celui qui n’a pas regardé
dans la blancheur de son papier
une image troublée par le
possible, et par le regret de tous
les signes qui ne seront pas
choisis, ni vu dans l’air limpide
une bâtisse qui n’y est pas,
celui que n’ont pas hanté le
calcul des phrases progressives,
le raisonnement projeté sur
l’avenir, celui-là ne connaît
pas davantage, quel que soit
d’ailleurs son savoir, la richesse et
la ressource spirituelle qu’illumine
le fait conscient de construire. »
(Introduction à la méthode de
Léonard de Vinci).
Jean-Marie Leclerc
Le rattachement de l’OT à la
direction générale du CTI en été
2001 a impliqué une redéfinition
de ses rôles.
Le profil peu conventionnel de Patrick
Genoud (physicien) et de Giorgio
Pauletto (économètre), qui ont rejoint
Chantal Bass (coordinatrice) à la fin
de l’année dernière pour former la
nouvelle équipe, répond en effet aux
qualités recherchées pour satisfaire aux
nouvelles orientations de l’OT: des
capacités de réflexion et d’abstraction,
ainsi qu’un esprit ouvert et concret sur
les nouvelles technologies.
La mission de l’OT s’articule autour
des axes majeurs suivants:
Veille stratégique et
technologique
L’OT a pour principal mandat d’aider
la direction générale du CTI à intégrer
une vision e-Société* dans ses choix.
Cela passe par une veille stratégique
et technologique, à l’intersection
des mondes de la recherche, des
technologies de pointe et de notre
société civile; de larges domaines
doivent être explorés, au-delà des
seules questions technologiques et tout
en replaçant l’individu au centre de
la réflexion.
Par nature, la veille a tendance à
être déconnectée de la réalité. L’OT
cherche donc constamment à rester
attentif aux contraintes des métiers
informatiques et aux exigences des
utilisateurs.
Partenariat de l’OT
L’OT a été pensé comme une
structure où peuvent se rencontrer
des organisations intéressées par une
collaboration avec l’Etat de Genève
dans le domaine des NTIC.
Le partenariat de l’OT regroupe
actuellement une douzaine de mem-
bres représentant des organisations
étatiques et para-étatiques, des milieux
académiques, des organisations inter-
nationales et des entreprises privées
de la place.
Il se veut ainsi un lieu de réflexion
sur des sujets touchant les intérêts des
différents partenaires. L’OT y joue un
rôle de médiateur et de catalyseur
et peut aussi y apporter ses conseils
et son expertise.
Journées de rencontre
L’OT a également pour vocation
de faire partager à un large public
les thèmes de réflexion menés dans
les domaines liés aux NTIC et à
leur impact sur la société. Dans
cette optique, l’OT organise une à
deux fois par année des journées de
rencontre, où l’entrée y est libre et
ouverte à tous.
La prochaine journée, le 18
novembre 2002, nous invitera à nous
interroger sur la place de l’individu
dans la société de l’information
(voir page 4).
Patrick Genoud
* Pour la définition des mots indiqués en italique,
voir le glossaire en page 3.
La société de l’information devient de
plus en plus complexe et nécessite
aujourd’hui une approche globale
allant au-delà de la technologie. Par
ailleurs, la vision du CTI est de placer
l’humain au centre de toute réflexion.
En tenant compte de ces deux
aspects, la mission de l’Observatoire
Technologique (OT) est d’anticiper les
futurs développements informatiques
du canton (www.geneve.ch/ot).
p 2 Info-TIC Sept. 2002 • No 14
recense les éléments pertinents pour
les développements futurs que nous
appellerons: référentiel e-Société.
Une vision à long terme via
une démarche novatrice
Le but de cette démarche est
donc d’identifier les dimensions selon
lesquelles il est possible de refléter une
vision globale et stratégique dans le
domaine de la société de l’information
électronique de demain. La cyber-
administration représente typiquement
une matière qui peut être vue à travers
les facettes de ce référentiel pour mieux
l’appréhender. Aucune étude ou outil
de ce genre n’existe pour l’instant à
Genève, ni même en Suisse.
La difficulté est de définir ces
dimensions de façon à avoir une vision
Ces questions sont fondamentales
aussi bien pour l’administration que pour
les citoyens du canton. En fin d’année
2001, l’Observatoire Technologique a
été mandaté par la direction générale du
CTI afin d’aider à mettre en perspective
sa stratégie dans le cadre de la société
de l’information de demain.
On pourrait se demander: pourquoi
ne pas simplement aller de l’avant
Pour le citoyen, évoluer vers une
Comment appréhender les problèmes
complexes touchant la société et les
technologies de l’information? Comment
développer de façon gérable les projets de
cyber-administration de façon à satisfaire
au mieux le citoyen? Comment rendre ce
développement cohérent avec la stratégie
de l’Etat de Genève et du CTI?
et commencer par des réalisations
pratiques, puis d’en déterminer les
retombées et les actions correctrices à
entreprendre? Si on transposait cette
proposition en termes routiers, ce serait
comme demander de conduire sur une
autoroute en ne regardant que dans
le rétroviseur…
Dans cette optique, les études menées
ont permis de créer un outil qui
PROJET
ADMINISTRATION
E-SOCIÉTÉ
RÉFÉRENTIEL E-SOCIÉTÉ:
NTIC: nouvelles technologies de l’infor-
mation et de la communication.
Cyber-administration: échange d’in-
formation entre l’administration, ses
partenaires et les citoyens via les
NTIC.
e-Société: la société de l’information
électronique.
Veille: recherche et traitement des informa-
tions permettant à une organisation
d’anticiper les modifications de son
environnement.
p 3 Info-TIC Sept. 2002 • No 14
large, sans toutefois tomber dans les
pièges qui seraient d’en avoir un
trop grand nombre ou d’en oublier
d’importantes. Il faut également que
l’analyse soit complète et détaillée tout
en restant concrète et synthétique.
Par ailleurs, le référentiel e-Société
doit permettre non seulement d’analyser
les projets qui lui sont présentés, mais
aussi de les jauger et de les pondérer.
Il doit également servir d’aide pour
mieux cibler les projets et comprendre
l’environnement plus large dans lequel
s’inscrit la problématique étudiée.
Présentation succincte des
résultats
Les dimensions retenues en rapport
avec la problématique de l’e-Société
dans le cadre spécifique à la cyber-
administration genevoise sont résumées
par le schéma ci-contre.
Les dimensions illustrées sur le schéma
sont regroupées en trois niveaux: celles
qui concernent les projets informatiques,
celles relatives à l’administration et celles
qui touchent l’e-Société.
Pour illustrer la démarche, examinons
une dimension dans chacun des secteurs.
Dans le cadre des projets informatiques,
la sécurité joue un rôle très important.
Il faut non seulement l’assurer pour
l’Etat, mais également pour le citoyen.
Le manque de prise en compte des
aspects de sécurité dans la mise en
œuvre de la cyber-administration peut
mettre en péril tout ou une partie du
système d’information de l’Etat. Le risque
de divulgation ou de modification indue
d’informations peut affecter gravement la
confiance mise dans l’Etat et son image
de marque. C’est pourquoi l’ouverture
et la consultation des données par
le public va de pair avec une
sécurité adéquate de l’information et des
systèmes qui la gèrent. C’est un élément
fondamental pour le développement
de la cyber-administration dans un
système d’information complexe comme
celui de l’Etat.
On dit souvent que la connaissance
acquise n’a de valeur que parce qu’elle
est partagée et utilisée. Au contraire, elle
la perd et finalement disparaît si on la
perçoit comme un pouvoir et qu’on a
tendance à vouloir la garder pour soi.
La gestion de la connaissance dans
l’administration permet de capitaliser
les expériences acquises aussi bien au
niveau des projets que des groupes
transversaux qui se créent lors de la mise
en œuvre de la cyber-administration.
La culture de partage permet aux
connaissances de circuler entre les
différents collaborateurs et permet à
ceux-ci d’accomplir leurs tâches plus
aisément et plus efficacement. Cette
culture permet, en bout de chaîne,
d’améliorer la qualité du service rendu
au citoyen.
Les dimensions touchant l’e-Société
sont à la fois des accélérateurs
et des freins puissants. Les médias
évoquent parfois la notion de «fracture
numérique»: comment peut-on justifier
d’offrir une administration électronique
à la population, alors qu’une partie
de celle-ci ne pourra pas en profiter?
Cet aspect qui paraît négatif peut
aussi être retourné à l’avantage de
ceux qui semblent d’abord exclus. La
notion de cyber-inclusion nous amène
donc à considérer différentes démarches
qui favorisent l’intégration de tous les
individus dans l’e-Société. En particulier,
le développement des NTIC doit tendre
à effacer les barrières de l’âge, du
handicap et de l’exclusion économique
Glossaire:
informatique du futur
ou éducative. La dimension décrivant
l’impact sur la cyber-inclusion est
détaillée sur plusieurs niveaux. Citons-en
quelques uns. Les attentes des utilisateurs
quant aux nouveaux services cyber-
administratifs doivent être intégrées
suffisamment tôt dans les projets. Une
présentation ergonomique de l’interface
utilisateur, ainsi que l’aide en ligne
et la documentation sont des aspects
très importants qui faciliteront l’accès
aux services fournis. L’accessibilité doit
être assurée par exemple aux personnes
souffrant d’un handicap visuel.
Un pas vers les services de
l’administration de demain
La démarche de construction d’un
référentiel s’ancre désormais de façon
naturelle à l’Observatoire Technologique
à travers la réalisation du référentiel e-
Société. Son utilisation sera primordiale
dans le développement de la cyber-
administration à Genève. Le référentiel e-
Société est issu d’une réflexion théorique
et doit être maintenant confronté à la
réalité. Il bénéficiera ainsi des retours
d’expérience obtenus sur le terrain.
La mise en oeuvre de la cyber-
administration à Genève doit se
développer en complément des moyens
actuels et fournir des prestations toujours
plus utiles et plus accessibles aux
citoyens. Par ailleurs, les collaborateurs
de l’Etat pourront plus simplement et
plus facilement remplir leur mission à
l’aide des services électroniques fournis
par la cyber-administration.
Pour plus d’informations: voir les
sites Intranet (obstech.etat-ge.ch) et
Internet (www.geneve.ch/ot)
Giorgio Pauletto
Ont participé à ce numéro:
Bernard Taschini (responsable); Edgar Acevedo; Chantal Bass; Jean-Claude Cailliez; Steve Dupuis;
Patrick Genoud; Laurent Grosclaude; Jean-Marie Leclerc; Giorgio Pauletto; Michael Ventura
Communication du CTI Mail: «CTI-intranet»
Route des Acacias, 82 ou «cti-intranet@etat.ge.ch»
CP 149 Tél. +41 22 327 55 18
1211 Genève 8 Fax +41 22 327 48 77
Bulletin d’information du
Centre des technologies de l’information
p 4 Info-TIC Sept. 2002• N° 14
intéressant de découvrir le point de vue
d’un grand constructeur à ce propos.
Nous pourrons ainsi compter sur la
présence de Jean-Paul Bergmans
(Directeur Practices & Solutions,
Sun Microsystems) qui viendra nous
présenter la vision stratégique d’une
grande compagnie informatique.
Du vécu
Des idées au vécu, il y a parfois
un décalage que Natacha De
Montmollin viendra combler avec un
témoignage révélant deux visages que
peut prendre la technologie: tantôt
source d’intégration, tantôt génératrice
d’exclusion. Natacha De Montmollin
est non-voyante de naissance et a
été dès son jeune âge confrontée aux
dures réalités de l’exclusion, qu’elle
soit technologique ou sociale. Cela
ne l’a pas empêchée de poursuivre
des études informatiques ni même de
devenir championne du monde de ski
alpin pour non-voyants.
Elle consacre actuellement une partie
de son temps à adapter le site
de l’Etat de Genève (www.geneve.ch)
afin de le rendre plus accessible
aux non-voyants. Vous en apprendrez
plus sur les thèmes qui lui sont
chers en consultant son site Web
(www.blindlife.ch).
De l’action
Pour compléter ce tour d’horizon,
l’OT présentera pour la première fois
au public le référentiel e-Société qu’il
a élaboré pour l’Etat de Genève
(voir pages centrales). Ce référentiel,
véritable livre blanc de la cyber-
administration pour le canton, prend en
compte la stratégie du CTI et de l’Etat
de Genève dans ce domaine. Il donne
une vision globale du sujet qui dépasse
largement le cadre technique.
Finalement une table ronde animée
par Laurent Forestier (journaliste,
Edipresse) réunira les orateurs de
la journée dans le but d’ouvrir le
débat aux questions et aux remarques
du public.
Patrick Genoud
* Pour la définition des mots indiqués en italique,
voir le glossaire en page 3.
L’utilisation des nouvelles technologies
a toujours suscité des réactions
contrastées de la part du public, tant leur
utilisation peut être à la fois porteuse de
tous les espoirs mais également susciter
les craintes les plus justifiées. La société
de l’information n’échappe pas à cette
logique. La future mise en œuvre
de la cyber-administration* à l’Etat
de Genève devra passer par un
débat nécessaire sur le rapport du
citoyen à la technologie. La société
de l’information aura-t-elle la capacité
d’assumer les rôles d’inclusion et
d’intégration que chacun est en droit
d’attendre d’elle?
Pour tenter d’y répondre, une réflexion
sur la place de l’individu dans l’e-
Société sera initiée lors de la journée
de rencontre qu’organise l’OT le
18 novembre 2002. Cette journée
constituera un événement important
pour l’OT, le CTI, mais également
pour nos autorités qui tiennent à
s’y associer. Martine Brunschwig Graf,
Conseillère d’Etat, et Robert Hensler,
Chancelier d’Etat, nous feront ainsi
l’honneur de participer activement à
la manifestation.
Des idées
Qui, mieux qu’un scientifique doublé
d’un humaniste, peut associer l’Homme
et la technologie dans une même ré-
flexion? Le professeur Albert Jacquard
(ci-contre) est la personne toute
désignée pour aborder le sujet avec
le recul nécessaire. Les thèmes traités
par Albert Jacquard au cours de
cette journée seront très certainement
ceux sur lesquels il faudra se pencher
pour essayer de comprendre les enjeux
profonds de la société de l’information
de demain.
L’industrie informatique a également
pris conscience du rôle important qu’elle
pouvait et qu’elle devait jouer en terme
d’inclusion technologique. Il sera donc
A vos agendas...
Société de l’information:
fracture numérique, fracture sociale?
Avant de mettre en oeuvre la so-
ciété de l’information de demain,
la prochaine journée de rencontre
organisée par l’OT tentera de dé-
montrer que c’est la question à se
poser avant toute chose.
«Nous vivons une mutation
complète de la condition des
humains. Les machines font
notre travail à notre place?
Bravo! Mais qu’on ne nous
dise pas que nous sommes
de trop.»
Portrait d’Albert Jacquard
Les auditeurs de la journée de
rencontre de l’OT du 18 novembre
prochain auront le privilège de
partager les réflexions du scientifique,
écrivain et humaniste de renommée
internationale Albert Jacquard.
Le professeur Jacquard est né à
Lyon en 1929. Après des études de
statistiques à l’Ecole polytechnique
de France, il passe au Ministère
de la Santé publique. En 1965,
il devient responsable de l’Institut
National d’Etudes Démographiques.
Parallèlement, il poursuit des études
de biologie et de génétique des
populations. De 1973 à 1985, il
est expert en génétique auprès de
l’Organisation Mondiale de la Santé.
Dans les années 80, il enseigne dans
diverses universités européennes.
Le professeur Jacquard consacre
actuellement l’essentiel de ses activités
à la diffusion d’un savoir favorisant
l’évolution de la conscience collective.
Avec plus d’une trentaine de livres à
son actif, il s’est toujours efforcé de
populariser l’apport de la science par
des écrits accessibles au plus grand
nombre. Il apporte régulièrement
sa contribution à divers événements
d’envergure internationale et aux
grands débats éthiques actuels.
Pour Albert Jacquard, qui place
l’individu au centre de toute réflexion,
«participer à la science, c’est posséder
une large part de responsabilité
quant au devenir social de ses
contemporains».
LGr
12ème Journée de rencontre de
l’Observatoire Technologique
«Société de l’information: fracture
numérique, fracture sociale?»
Le 18 novembre 2002,
de 13h00 à 18h00
Ecole d’Ingénieurs de Genève

2002 - Fracture numérique, fracture sociale ?

  • 1.
    édito Bulletin d’information duCentre des technologies de l’information – N° 14 Sept. 2002 Si vous souhaitez recevoir régulièrement le bulletin Info-TIC du CTI, inscrivez vous en ligne sur notre site intranet: http://intracti.etat-ge.ch/info-tic/index.html Sommaire Pour le citoyen, évoluer vers une informatique du futur p. 2-3 12e Journée de rencontre de l’Observatoire Technologique: «Société de l’information: fracture numérique, fracture sociale?» p. 4 Portrait d’Albert JACQUARD p. 4 A Genève, un Observatoire pour l’informatique de demain Dans notre environnement sans cesse en mouvement, notre monde économique incertain, la maîtrise des technologies impli- que une observation permanente et une structure telle que l’Ob- servatoire Technologique (OT), offrant l’espace nécessaire à la réflexion et au recul, en regard des contraintes du quotidien. Je remercie ici son fondateur, M. Major, les animateurs efficaces que furent MM Wenger et Bachmann, leurs successeurs et Mme Bass, ainsi que les partenaires qui, au fil des ans, nous permettent aujourd’hui d’utiliser une structure essentielle pour le déploiement de la stratégie informatique du canton de Genève. A mes yeux, Paul Valéry exprime parfaitement l’esprit qui doit nous animer en vue de construire: «Nous touchons là aux joies de la construction. Celui qui n’a jamais saisi, fût-ce en rêve, l’aventure d’une construction finie, celui qui n’a pas regardé dans la blancheur de son papier une image troublée par le possible, et par le regret de tous les signes qui ne seront pas choisis, ni vu dans l’air limpide une bâtisse qui n’y est pas, celui que n’ont pas hanté le calcul des phrases progressives, le raisonnement projeté sur l’avenir, celui-là ne connaît pas davantage, quel que soit d’ailleurs son savoir, la richesse et la ressource spirituelle qu’illumine le fait conscient de construire. » (Introduction à la méthode de Léonard de Vinci). Jean-Marie Leclerc Le rattachement de l’OT à la direction générale du CTI en été 2001 a impliqué une redéfinition de ses rôles. Le profil peu conventionnel de Patrick Genoud (physicien) et de Giorgio Pauletto (économètre), qui ont rejoint Chantal Bass (coordinatrice) à la fin de l’année dernière pour former la nouvelle équipe, répond en effet aux qualités recherchées pour satisfaire aux nouvelles orientations de l’OT: des capacités de réflexion et d’abstraction, ainsi qu’un esprit ouvert et concret sur les nouvelles technologies. La mission de l’OT s’articule autour des axes majeurs suivants: Veille stratégique et technologique L’OT a pour principal mandat d’aider la direction générale du CTI à intégrer une vision e-Société* dans ses choix. Cela passe par une veille stratégique et technologique, à l’intersection des mondes de la recherche, des technologies de pointe et de notre société civile; de larges domaines doivent être explorés, au-delà des seules questions technologiques et tout en replaçant l’individu au centre de la réflexion. Par nature, la veille a tendance à être déconnectée de la réalité. L’OT cherche donc constamment à rester attentif aux contraintes des métiers informatiques et aux exigences des utilisateurs. Partenariat de l’OT L’OT a été pensé comme une structure où peuvent se rencontrer des organisations intéressées par une collaboration avec l’Etat de Genève dans le domaine des NTIC. Le partenariat de l’OT regroupe actuellement une douzaine de mem- bres représentant des organisations étatiques et para-étatiques, des milieux académiques, des organisations inter- nationales et des entreprises privées de la place. Il se veut ainsi un lieu de réflexion sur des sujets touchant les intérêts des différents partenaires. L’OT y joue un rôle de médiateur et de catalyseur et peut aussi y apporter ses conseils et son expertise. Journées de rencontre L’OT a également pour vocation de faire partager à un large public les thèmes de réflexion menés dans les domaines liés aux NTIC et à leur impact sur la société. Dans cette optique, l’OT organise une à deux fois par année des journées de rencontre, où l’entrée y est libre et ouverte à tous. La prochaine journée, le 18 novembre 2002, nous invitera à nous interroger sur la place de l’individu dans la société de l’information (voir page 4). Patrick Genoud * Pour la définition des mots indiqués en italique, voir le glossaire en page 3. La société de l’information devient de plus en plus complexe et nécessite aujourd’hui une approche globale allant au-delà de la technologie. Par ailleurs, la vision du CTI est de placer l’humain au centre de toute réflexion. En tenant compte de ces deux aspects, la mission de l’Observatoire Technologique (OT) est d’anticiper les futurs développements informatiques du canton (www.geneve.ch/ot).
  • 2.
    p 2 Info-TICSept. 2002 • No 14 recense les éléments pertinents pour les développements futurs que nous appellerons: référentiel e-Société. Une vision à long terme via une démarche novatrice Le but de cette démarche est donc d’identifier les dimensions selon lesquelles il est possible de refléter une vision globale et stratégique dans le domaine de la société de l’information électronique de demain. La cyber- administration représente typiquement une matière qui peut être vue à travers les facettes de ce référentiel pour mieux l’appréhender. Aucune étude ou outil de ce genre n’existe pour l’instant à Genève, ni même en Suisse. La difficulté est de définir ces dimensions de façon à avoir une vision Ces questions sont fondamentales aussi bien pour l’administration que pour les citoyens du canton. En fin d’année 2001, l’Observatoire Technologique a été mandaté par la direction générale du CTI afin d’aider à mettre en perspective sa stratégie dans le cadre de la société de l’information de demain. On pourrait se demander: pourquoi ne pas simplement aller de l’avant Pour le citoyen, évoluer vers une Comment appréhender les problèmes complexes touchant la société et les technologies de l’information? Comment développer de façon gérable les projets de cyber-administration de façon à satisfaire au mieux le citoyen? Comment rendre ce développement cohérent avec la stratégie de l’Etat de Genève et du CTI? et commencer par des réalisations pratiques, puis d’en déterminer les retombées et les actions correctrices à entreprendre? Si on transposait cette proposition en termes routiers, ce serait comme demander de conduire sur une autoroute en ne regardant que dans le rétroviseur… Dans cette optique, les études menées ont permis de créer un outil qui PROJET ADMINISTRATION E-SOCIÉTÉ RÉFÉRENTIEL E-SOCIÉTÉ:
  • 3.
    NTIC: nouvelles technologiesde l’infor- mation et de la communication. Cyber-administration: échange d’in- formation entre l’administration, ses partenaires et les citoyens via les NTIC. e-Société: la société de l’information électronique. Veille: recherche et traitement des informa- tions permettant à une organisation d’anticiper les modifications de son environnement. p 3 Info-TIC Sept. 2002 • No 14 large, sans toutefois tomber dans les pièges qui seraient d’en avoir un trop grand nombre ou d’en oublier d’importantes. Il faut également que l’analyse soit complète et détaillée tout en restant concrète et synthétique. Par ailleurs, le référentiel e-Société doit permettre non seulement d’analyser les projets qui lui sont présentés, mais aussi de les jauger et de les pondérer. Il doit également servir d’aide pour mieux cibler les projets et comprendre l’environnement plus large dans lequel s’inscrit la problématique étudiée. Présentation succincte des résultats Les dimensions retenues en rapport avec la problématique de l’e-Société dans le cadre spécifique à la cyber- administration genevoise sont résumées par le schéma ci-contre. Les dimensions illustrées sur le schéma sont regroupées en trois niveaux: celles qui concernent les projets informatiques, celles relatives à l’administration et celles qui touchent l’e-Société. Pour illustrer la démarche, examinons une dimension dans chacun des secteurs. Dans le cadre des projets informatiques, la sécurité joue un rôle très important. Il faut non seulement l’assurer pour l’Etat, mais également pour le citoyen. Le manque de prise en compte des aspects de sécurité dans la mise en œuvre de la cyber-administration peut mettre en péril tout ou une partie du système d’information de l’Etat. Le risque de divulgation ou de modification indue d’informations peut affecter gravement la confiance mise dans l’Etat et son image de marque. C’est pourquoi l’ouverture et la consultation des données par le public va de pair avec une sécurité adéquate de l’information et des systèmes qui la gèrent. C’est un élément fondamental pour le développement de la cyber-administration dans un système d’information complexe comme celui de l’Etat. On dit souvent que la connaissance acquise n’a de valeur que parce qu’elle est partagée et utilisée. Au contraire, elle la perd et finalement disparaît si on la perçoit comme un pouvoir et qu’on a tendance à vouloir la garder pour soi. La gestion de la connaissance dans l’administration permet de capitaliser les expériences acquises aussi bien au niveau des projets que des groupes transversaux qui se créent lors de la mise en œuvre de la cyber-administration. La culture de partage permet aux connaissances de circuler entre les différents collaborateurs et permet à ceux-ci d’accomplir leurs tâches plus aisément et plus efficacement. Cette culture permet, en bout de chaîne, d’améliorer la qualité du service rendu au citoyen. Les dimensions touchant l’e-Société sont à la fois des accélérateurs et des freins puissants. Les médias évoquent parfois la notion de «fracture numérique»: comment peut-on justifier d’offrir une administration électronique à la population, alors qu’une partie de celle-ci ne pourra pas en profiter? Cet aspect qui paraît négatif peut aussi être retourné à l’avantage de ceux qui semblent d’abord exclus. La notion de cyber-inclusion nous amène donc à considérer différentes démarches qui favorisent l’intégration de tous les individus dans l’e-Société. En particulier, le développement des NTIC doit tendre à effacer les barrières de l’âge, du handicap et de l’exclusion économique Glossaire: informatique du futur ou éducative. La dimension décrivant l’impact sur la cyber-inclusion est détaillée sur plusieurs niveaux. Citons-en quelques uns. Les attentes des utilisateurs quant aux nouveaux services cyber- administratifs doivent être intégrées suffisamment tôt dans les projets. Une présentation ergonomique de l’interface utilisateur, ainsi que l’aide en ligne et la documentation sont des aspects très importants qui faciliteront l’accès aux services fournis. L’accessibilité doit être assurée par exemple aux personnes souffrant d’un handicap visuel. Un pas vers les services de l’administration de demain La démarche de construction d’un référentiel s’ancre désormais de façon naturelle à l’Observatoire Technologique à travers la réalisation du référentiel e- Société. Son utilisation sera primordiale dans le développement de la cyber- administration à Genève. Le référentiel e- Société est issu d’une réflexion théorique et doit être maintenant confronté à la réalité. Il bénéficiera ainsi des retours d’expérience obtenus sur le terrain. La mise en oeuvre de la cyber- administration à Genève doit se développer en complément des moyens actuels et fournir des prestations toujours plus utiles et plus accessibles aux citoyens. Par ailleurs, les collaborateurs de l’Etat pourront plus simplement et plus facilement remplir leur mission à l’aide des services électroniques fournis par la cyber-administration. Pour plus d’informations: voir les sites Intranet (obstech.etat-ge.ch) et Internet (www.geneve.ch/ot) Giorgio Pauletto
  • 4.
    Ont participé àce numéro: Bernard Taschini (responsable); Edgar Acevedo; Chantal Bass; Jean-Claude Cailliez; Steve Dupuis; Patrick Genoud; Laurent Grosclaude; Jean-Marie Leclerc; Giorgio Pauletto; Michael Ventura Communication du CTI Mail: «CTI-intranet» Route des Acacias, 82 ou «cti-intranet@etat.ge.ch» CP 149 Tél. +41 22 327 55 18 1211 Genève 8 Fax +41 22 327 48 77 Bulletin d’information du Centre des technologies de l’information p 4 Info-TIC Sept. 2002• N° 14 intéressant de découvrir le point de vue d’un grand constructeur à ce propos. Nous pourrons ainsi compter sur la présence de Jean-Paul Bergmans (Directeur Practices & Solutions, Sun Microsystems) qui viendra nous présenter la vision stratégique d’une grande compagnie informatique. Du vécu Des idées au vécu, il y a parfois un décalage que Natacha De Montmollin viendra combler avec un témoignage révélant deux visages que peut prendre la technologie: tantôt source d’intégration, tantôt génératrice d’exclusion. Natacha De Montmollin est non-voyante de naissance et a été dès son jeune âge confrontée aux dures réalités de l’exclusion, qu’elle soit technologique ou sociale. Cela ne l’a pas empêchée de poursuivre des études informatiques ni même de devenir championne du monde de ski alpin pour non-voyants. Elle consacre actuellement une partie de son temps à adapter le site de l’Etat de Genève (www.geneve.ch) afin de le rendre plus accessible aux non-voyants. Vous en apprendrez plus sur les thèmes qui lui sont chers en consultant son site Web (www.blindlife.ch). De l’action Pour compléter ce tour d’horizon, l’OT présentera pour la première fois au public le référentiel e-Société qu’il a élaboré pour l’Etat de Genève (voir pages centrales). Ce référentiel, véritable livre blanc de la cyber- administration pour le canton, prend en compte la stratégie du CTI et de l’Etat de Genève dans ce domaine. Il donne une vision globale du sujet qui dépasse largement le cadre technique. Finalement une table ronde animée par Laurent Forestier (journaliste, Edipresse) réunira les orateurs de la journée dans le but d’ouvrir le débat aux questions et aux remarques du public. Patrick Genoud * Pour la définition des mots indiqués en italique, voir le glossaire en page 3. L’utilisation des nouvelles technologies a toujours suscité des réactions contrastées de la part du public, tant leur utilisation peut être à la fois porteuse de tous les espoirs mais également susciter les craintes les plus justifiées. La société de l’information n’échappe pas à cette logique. La future mise en œuvre de la cyber-administration* à l’Etat de Genève devra passer par un débat nécessaire sur le rapport du citoyen à la technologie. La société de l’information aura-t-elle la capacité d’assumer les rôles d’inclusion et d’intégration que chacun est en droit d’attendre d’elle? Pour tenter d’y répondre, une réflexion sur la place de l’individu dans l’e- Société sera initiée lors de la journée de rencontre qu’organise l’OT le 18 novembre 2002. Cette journée constituera un événement important pour l’OT, le CTI, mais également pour nos autorités qui tiennent à s’y associer. Martine Brunschwig Graf, Conseillère d’Etat, et Robert Hensler, Chancelier d’Etat, nous feront ainsi l’honneur de participer activement à la manifestation. Des idées Qui, mieux qu’un scientifique doublé d’un humaniste, peut associer l’Homme et la technologie dans une même ré- flexion? Le professeur Albert Jacquard (ci-contre) est la personne toute désignée pour aborder le sujet avec le recul nécessaire. Les thèmes traités par Albert Jacquard au cours de cette journée seront très certainement ceux sur lesquels il faudra se pencher pour essayer de comprendre les enjeux profonds de la société de l’information de demain. L’industrie informatique a également pris conscience du rôle important qu’elle pouvait et qu’elle devait jouer en terme d’inclusion technologique. Il sera donc A vos agendas... Société de l’information: fracture numérique, fracture sociale? Avant de mettre en oeuvre la so- ciété de l’information de demain, la prochaine journée de rencontre organisée par l’OT tentera de dé- montrer que c’est la question à se poser avant toute chose. «Nous vivons une mutation complète de la condition des humains. Les machines font notre travail à notre place? Bravo! Mais qu’on ne nous dise pas que nous sommes de trop.» Portrait d’Albert Jacquard Les auditeurs de la journée de rencontre de l’OT du 18 novembre prochain auront le privilège de partager les réflexions du scientifique, écrivain et humaniste de renommée internationale Albert Jacquard. Le professeur Jacquard est né à Lyon en 1929. Après des études de statistiques à l’Ecole polytechnique de France, il passe au Ministère de la Santé publique. En 1965, il devient responsable de l’Institut National d’Etudes Démographiques. Parallèlement, il poursuit des études de biologie et de génétique des populations. De 1973 à 1985, il est expert en génétique auprès de l’Organisation Mondiale de la Santé. Dans les années 80, il enseigne dans diverses universités européennes. Le professeur Jacquard consacre actuellement l’essentiel de ses activités à la diffusion d’un savoir favorisant l’évolution de la conscience collective. Avec plus d’une trentaine de livres à son actif, il s’est toujours efforcé de populariser l’apport de la science par des écrits accessibles au plus grand nombre. Il apporte régulièrement sa contribution à divers événements d’envergure internationale et aux grands débats éthiques actuels. Pour Albert Jacquard, qui place l’individu au centre de toute réflexion, «participer à la science, c’est posséder une large part de responsabilité quant au devenir social de ses contemporains». LGr 12ème Journée de rencontre de l’Observatoire Technologique «Société de l’information: fracture numérique, fracture sociale?» Le 18 novembre 2002, de 13h00 à 18h00 Ecole d’Ingénieurs de Genève