jKératites infectieuses
                                                    Graves et invalidantes, les kératites infectieuses méritent un
                                                    traitement précoce, puissant et adapté aux agents en cause
                                                    et aux lésions présentes.




     F. FAMOSE, DV, CES d’ophtalmologie




                                                    l’
     vétérinaire
     42 av Lucien Servanty
     31700 Blagnac                                         es kératites infectieuses sont caractérisées par une inflammation et des lésions
                                                           cornéennes de gravité variable provoquées par le développement de germes
     OBJECTIFS                                             tels que virus, bactéries ou parasites.
     PÉDAGOGIQUES
                                                    Ces infections sont graves par l’étendue de la destruction cornéenne pouvant conduire
       Savoir reconnaître et identifier les          à la cécité, par l’importance de leurs séquelles et par la douleur qu’elles causent. Pour
       différentes lésions cornéennes d’herpès
                                                    limiter ces conséquences, il est impératif d’identifier rapidement ces affections, d’en
       virose féline.
                                                    déterminer la cause et de débuter au plus vite un traitement.
       Connaître les modalités de leur
       traitement.
       Savoir reconnaître et traiter une kératite
       bactérienne.
       Savoir évaluer la gravité d’une kératite
       bactérienne.
                                                    L’infection par le virus herpès
                                                    félin de type 1 est fréquente
                                                    chez le Chat
     RÉSUMÉ

       L’infection par l’herpèsvirus félin
       s’accompagne de lésions cornéennes           Pathogénie                                    écoulements oculaire ou nasal peut per-
       graves dans la phase primaire et dans la                                                   sister jusqu’à 20 jours.
       phase secondaire de la maladie. Son
                                                    Le virus herpès félin de type 1 (VHF-1) est
       diagnostic repose sur la clinique et la      responsable de la rhinotrachéite féline.      Quatre-vingt pour cent des chats atteints
       PCR. Le traitement est basé sur l’emploi     Cette infection est responsable d’environ     restent porteurs latents : le virus reste à
       de virostatiques.                            50 % des affections respiratoires supé-       l’état quiescent dans divers tissus ocu-
                                                    rieures chez le Chat.                         laires (cornée, uvée antérieure) et dans
       Les kératites bactériennes suivent une
                                                                                                  les tissus nerveux associés (ganglion du
       lésion épithéliale et s’accompagnent         L’infection primaire, après pénétration
                                                                                                  nerf trijumeau).
       d’une destruction du stroma. Leur            initiale du virus par voie nasale, orale ou
       traitement repose sur l’utilisation locale   conjonctivale, est caractérisée par une
                                                                                                  Cette phase ne s’accompagne d’aucun
       intensive des anti-infectieux et si          nécrose épithéliale débutant 48 heures
                                                                                                  symptôme ni d’excrétion virale. Le virus
       nécessaire sur une chirurgie.                après le contact initial et atteignant son
                                                                                                  peut se réactiver chez 50 % des sujets :
                                                    maximum en 8 jours environ.
                                                                                                  cette infection secondaire est favorisée
                                                    La régénération épithéliale débute à ce       par le stress, les maladies intercurrentes
     Conflits d’intérêts : néant
                                                    moment mais l’excrétion virale dans les       ou une corticothérapie prolongée



38                                                                                                          PratiqueVet (2012) 47 : 590-594 (590)
OPHTALMOLOGIE
                                                                                                                                               j


Photo 1. Kératite stromale chez un chat adulte. Œdème cornéen central             Photo 2. Séquestre cornéen félin chez un persan de 5 ans. Le séquestre est
avec vascularisation périphérique abondante. Noter l’absence d’ulcération         superficiel et la cornée périphérique est claire.
cornéenne.

                                                                                                                                 Photo 3. Symblépharon
Symptômes                                                                                                                        chez un chaton. Adhérence
                                                                                                                                 entre le corps clignotant et
> Infection primaire                                                                                                             la face postérieure des
                                                                                                                                 paupières avec disparition
Elle est plus fréquente chez le chaton ou                                                                                        des culs de sac
le jeune chat non vacciné. Elle associe                                                                                          conjonctivaux.
des symptômes de rhinite aiguë et d’in-
flammation conjonctivale ou cornéenne
bilatérale.
Isolée ou associée à l’infection conjonc-
tivale, elle débute par la formation
d’ulcères épithéliaux dendritiques carac-
téristiques qui confluent pour former
des ulcères “en carte de géographie”. Elle
évolue favorablement en deux à trois se-              peut être inapparente ou se traduire par            ■ kératite interstitielle : le plus souvent
maines. Les complications bactériennes                une kératite ou une conjonctivite le plus           unilatérale et isolée, elle correspond à
existent et l’ulcère s’étend alors au stro-           souvent unilatérale sans signe de rhinite.          une réaction immunitaire consécutive
ma cornéen.                                           Un écoulement marron-rouge peut per-                à la présence du VHF-1 dans le stroma
                                                      sister plusieurs mois :                             cornéen mais dont le mécanisme est ac-
> Infection secondaire
                                                      ■ kératite ulcéreuse d’évolution chronique          tuellement mal connu. Les lésions d’in-
Elle survient lors de la réactivation virale          ou récidivante qui peut se compliquer               filtration cellulaire et de fibrose stromale
chez le chat adulte, même vacciné. Elle               d’une nécrose stromale ;                            se traduisent par une opalescence, ainsi
                                                                                                          qu’une néovascularisation superficielle
                                                                                                          et profonde (PHOTO 1).
       Figure 1. Modalités de traitement des kératites associées à l’herpès virose féline.
                                                                                                          Son évolution est soit la guérison, soit la
                                                                                                          récidive, l’apparition d’un séquestre cor-
           Infection                         Infection                         Kératite                   néen (PHOTO 2) ou la persistance des vais-
           primaire                         secondaire                         stromale                   seaux et de la fibrose du stroma.
                                                                                                          Sans traitement, elle est responsable d’un
                                                                                                          déficit visuel.

      • Antiviraux                      • Virostatiques
                                                                            • Corticoïdes                 > Les complications, séquelles et lésions
      • Antibiotiques                   • Gestion du stress
                                                                            • Ciclosporine                imputables au VHF-1
      • Traitement                                                          • Virostatiques ?
                                                                                                          ■ Symblépharon : observé le plus souvent
        symptomatique
                                                                                                          après l’infection primaire, il se manifeste
                                                                                                          par la présence d’adhérences conjoncti-



(591) PratiqueVet (2012) 47 : 590-594                                                                                                                           39
j            OPHTALMOLOGIE


     vales tarsales sur la cornée, la membrane
     nictitante ou les paupières (PHOTO 3).                 Tableau 1 : Molécules à activité virostatique ou
     ■ Occlusion des points lacrymaux ;
                                                                              adjuvante.
     ■ Vaisseaux cornéens “fantômes” ;               Molécule                      Dosage                  Prix             Commentaires
                                                     Trifluridine (Virophta® [H])   Solution 1% 4-6x/       Env. 15 €        Pas d’essai
     ■ Insuffisance lacrymale : le VHF-1 est la
                                                                                   jour locale, 21 j                        clinique contrôlé
     première cause de kérato-conjonctivite
                                                     Ganciclovir (Virgan® [H])     Gel 0,15% 4-6x/jour     Env. 13 €        Pas d’essai
     sèche (KCS) chez le Chat (dacryoadénite)                                      locale, 21 j                             clinique contrôlé
     ■ Fibrose   cornéenne avec opacité irréver-     Famciclovir (Oravir® [H])     30 à 40 mg/kg 1 à       Env. 35 €        Efficacité clinique
     sible ;                                                                       2 fois/jour, PO,        par semaine      contrôlée
                                                                                   8 à 28 jours
     ■ Séquestre cornéen et la kératite éosino-
                                                     Interferon alpha humain       1000 UI/jour locale     26 €/3 MUI       Pas d’essai
     philique.                                       (Roferon® [H])                                                         contrôlé in vivo
                                                     Interferon omega felin        Solution à 0,5 MUI/mL   166 €/10 MUI     Pas d’essai
     Diagnostic                                      (Virbagen®)                   3 à 5 fois par jour                      contrôlé in vivo
                                                                                   pendant 10 j locale
     > Diagnostic différentiel                       L-Lysine (Herpelysine®)       250-500 mg/j PO         14,5 €/          Efficacité
                                                                                                           100 MUI          controversée
     Il est à faire avec les kératites trauma-
     tiques, bactériennes, mycosiques et par        réalisée à partir des cellules épithéliales   Traitement
     corps étranger.                                conjonctivales ou cornéennes prélevées
                                                    à la cytobrosse ou sur le tissu de kératec-   Les modalités de traitement sont décrites
     > Examens complémentaires                      tomie.                                        dans la FIGURE 1.
     Au plan cytologique, un infiltrat inflam-        Les résultats sont à interpréter avec pré-    Les antiherpétiques sont à la base du trai-
     matoire contenant des lymphocytes              caution: les faux positifs et faux négatifs   tement. Les différentes molécules dispo-
     est évocateur. L’identification virale par      sont fréquents [1]. En pratique, on consi-    nibles sont comparées (TABLEAU 1) [3].
     immunofluorescence sur les cellules            dère que toute kératite ulcéreuse féline
     conjonctivales est maintenant remplacée        est liée à la présence du FHV-1, jusqu’à
     par la PCR (Polymerase Chain Reaction)         preuve du contraire [2].




     Les kératites bactériennes correspondent à
     une surinfection d’une lésion de la surface de
     la cornée

     L    es kératites bactériennes corres-
          pondent à une surinfection d’une
     lésion de la surface de la cornée : trau-
                                                    ■ Les
                                                        symptômes sont la douleur, la pho-
                                                    tophobie et le déficit visuel.
                                                                                                  approche de l’agent causal qui pourra
                                                                                                  être identifié par bactériologie ou PCR.
                                                    ■ L’examen ophtalmologique met en évi-        Les germes les plus fréquents sont Sta-
     matisme, corps étranger, KCS.                  dence des lésions stromales localisées        phylococcus sp., Streptococcus sp. et Pseu-
     Elles sont plus fréquentes chez le Chien       (abcès cornéen) avec ulcération focale et     domonas aeruginosa [4]. L’isolement et
     que chez le Chat, et rencontrées principa-     œdème stromal périphérique (PHOTO 4).         l’identification de bactéries anaérobies
     lement chez les animaux brachycéphales         ■ Descomplications de kératomalacie et        strictes (Clostridium sp.) ne sont pas ex-
     ou prédisposés aux insuffisances la-           parfois perforation oculaire (PHOTO 5),       ceptionnels [5].
     crymales ou aux traumatismes oculaires.        d’uvéite antérieure avec hypopion
     Les germes responsables sont variés (sta-      peuvent être notées.                          Traitement, pronostic et
     phylocoques, streptocoques, pseudomo-                                                        complications
     nas,…) et leurs propriétés d’adhérence et      Démarche diagnostique                         Le processus de colonisation de la cornée
     d’activation de métalloprotéases condi-        Le diagnostic repose sur les signes cli-      est différent selon les germes en présence
     tionnent la gravité de l’infection.            niques et les symptômes de suppuration        (FIGURE 2) [6].
                                                    cornéenne dans un contexte d’affection
     Symptômes                                                                                    Les enjeux du traitement sont :
                                                    cornéenne préalable.
                                                                                                  ■ soulager la douleur ;
     ■ Les signes locaux sont la rougeur, l’écou-   La biomicroscopie permet d’évaluer la
     lement purulent et la perte de transpa-        profondeur de la lésion. La cytologie par     ■ lutter contre le développement bacté-
     rence cornéenne.                               grattage cornéen permet une première          rien et ses conséquences ;



40                                                                                                          PratiqueVet (2012) 47 : 590-594 (592)
OPHTALMOLOGIE
                                                                                                                                          j
                 Figure 2. processus de colonisation de la cornée selon la nature des germes en présence. IL-8 = interleukine 8.


                             Gram +                                                                   Gram —

               Multiplication bactérienne                                                Multiplication bactérienne




                     Toxines                     Adhésion                          Toxines                Adhésion                 Activation
                                                                                                                                  enzymatique


                                                                                                   IL-8

          Leucocytes         Kératocytes            Matrice                     Leucocytes                Kératocytes               Matrice
                                                 extracellulaire                                                                 extracellulaire




          Altération                                                            Altération
           réponse                        Lésions                                réponse                                  Lésions
           immune                       cornéennes                               immune                                 cornéennes




■ préserver ou rétablir l’étanchéité cor-            L’antibiotique est choisi sur des critères       Le traitement par voie générale est sur-
néenne ;                                             de probabilité d’efficacité : antibiotiques       tout indiqué en cas de perforation ocu-
                                                     à large spectre (chloramphénicol (Oph-           laire.
■ limiter la perte visuelle.                         talon®), fluoroquinolones-ciprofloxa-
                                                     cine (Ciloxan®[H])) ou à concentration           > Traitement de la collagénolyse
> Traitement antibactérien                           renforcée (gentamicine : 9 à 15 mg/mL).
                                                                                                      L’utilisation d’anticollagénases (sérum
En pratique, l’examen bactériologique                Le traitement local est instillé toutes les      autologue, acétylcystéine et EDTA
est rarement réalisé avant la mise en                deux heures et l’amélioration doit inter-        (NAC® collyre)) est indiquée lors de col-
place du traitement.                                 venir en 48 heures.                              lagénolyse.




Photo 4. Kératite infectieuse (Staphylococcus spp.) chez un chien. Œdème
                                                  )                           Photo 5. Perforation oculaire (Pseudomonas spp.) chez un chien.
                                                                                                                              )
cornéen et collagénolyse localisée.                                           Collagénolyse étendue et présence de matériel irien dans la plaie de
                                                                              perforation.


(593) PratiqueVet (2012) 47 : 590-594                                                                                                                41
j                 OPHTALMOLOGIE


                                                                                                                           POINTS FORTS
                                                                                                                           ■ L’herpès virose oculaire féline
                                                                                                                           se manifeste par deux phases :
                                                                                                                           une forme primaire aiguë
                                                                                                                           bilatérale et une forme
                                                                                                                           secondaire chronique
                                                                                                                           unilatérale. 80 % des chats
                                                                                                                           restent porteurs.
                                                                                                                           ■ Le diagnostic est multiple :
                                                                                                                           éléments cliniques, PCR,
                                                                                                                           diagnostic thérapeutique.
                                                                                                                           ■ Le traitement est adapté à la
                                                                                                                           forme et repose le plus souvent
                                                                                                                           sur les antiviraux dont l’intérêt
                                                                                                                           clinique n’est pas toujours
                                                                                                                           prouvé.
     Photo 6. Aspect d’une greffe conjonctivale pédiculée sur   Photo 7. Greffe de vetbiosis après kératectomie sur un     ■ Les kératites bactériennes se
     un œil de chat (ulcère profond et étendu) un mois après    chat atteint de séquestre cornéen.                         manifestent par une destruction
     l’intervention.                                                                                                       du stroma cornéen consécutive
                                                                                                                           à une lésion épithéliale.
     > Traitement de la douleur                                 ■ Par greffe conjonctivale libre ou pédiculée,             ■ Le mode d’action des
                                                                partielle ou totale (PHOTO 6) ;                            bactéries en cause varie selon
     La douleur peut être traitée par des antal-                                                                           leur espèce (gram+/gram -).
     giques par voie générale (Anti-inflammatoires               ■ Par greffe de biomatériaux (Vetbiosis®) avant            ■ Le traitement repose sur
     non stéroïdiens, morphiniques).                            perforation (PHOTO 7) ;                                    l’élimination bactérienne et la
                                                                                                                           consolidation de la cornée
     Sur un plan local, les cycloplégiques (Atropine            Malgré la mise en œuvre d’un traitement                    restante.
     1 %® [H] en collyre) sont indiqués pour lever              puissant et précoce, le pronostic des kératites            ■ Les séquelles sont graves et
     le spasme ciliaire.                                        bactériennes reste réservé. La cicatrisation               invalidantes.
                                                                implique un degré de fibrose cornéenne dont
     > Traitement chirurgical                                   l’intensité est plus ou moins invalidante au
     Lorsque le risque de perforation cornéenne est             plan visuel. Lors de perforation oculaire, le
                                                                                                                          >>A LIRE...
     élevé ou lorsque la perforation est présente, un           risque d’endophtalmie et de perte de l’œil est
                                                                élevé.                                                       1. Veir JK et Lappin MR. Molecular
     traitement chirurgical de la cornée doit être
                                                                                                                             Diagnosis Assays for Infectious
     entrepris :                                                                                                             Diseases in Cats. Vet Clin North
                                                                                                                             Am Small Anim Pract. 2010 ; 40 :
                                                                                                                             1189-200.
     Les kératites mycosiques                                                                                                2. Hartley C. Aetiology of corneal
                                                                                                                             ulcers - Assume FHV-1 unless

     sont rares chez les Carnivores                                                                                          proven otherwise. Journal fo Feline
                                                                                                                             Medicine and Surgery. 2010 ; 12 :
                                                                                                                             24-35.

     domestiques                                                                                                             3. Maggs DJ. Antiviral Therapy for
                                                                                                                             Feline Herpesvirus Infection. Vet
                                                                                                                             Clin North Am Small Anim Pract.
                                                                                                                             2010 ; 40 : 1055-62.

     L    es kératomycoses sont des infections fon-
          giques de la cornée. Ces affections sont
     rares et sont consécutives à des blessures cor-
                                                                                                                             4. Moore CP et Nasisse MP. Clinical
                                                                                                                             Microbiology. In : Gelatt KN, ed,
                                                                                                                             Veterinary ophthalmology. Third
     néennes par des matériaux contaminés (corps                                                                             edition. Philadelphia : Lippincott
     étrangers végétaux, outils de jardinage,…).                                                                             Williams and Wilkins ; 1999 : 259-
                                                                                                                             90
     L’évolution est habituellement lente : la kéra-                                                                         5. Ledbetter EC et Scarlett JM.
     tite d’abord localisée a tendance à s’étendre                                                                           Isolation of obligate anaerobic
     lentement malgré les traitements antibio-                                                                               bacteria from ulcerative keratitis in
     tiques ou anti-inflammatoires.                                                                                           domestic animals. Vet Ophthalmol.
                                                                                                                             2008 ; 11 : 114-22.
     Les lésions les plus fréquentes sont : la douleur                                                                       6. Gilmore MS et coll. Infectious
     oculaire, l’œdème cornéen, l’ulcération super-                                                                          keratitis. In : Levin, LA, Albert DM,
     ficielle de la cornée dont l’épithélium prend                                                                            eds, Ocular Disease- Mechanisms
                                                                                                                             and Management. Saint Louis :
     un aspect blanchâtre (PHOTO 8).
                                                                                                                             Saunders Elsevier ; 2010 : 49-55.
     Le traitement consiste en l’application d’anti-                                                                         7. Marlar AB et coll. Canine
     fongiques locaux (voriconazole 1 %, itracona-                                                                           keratomycosis : A report of eight
                                                                Photo 8. Kératomycose chez un chat. Noter l’aspect
     zole). Le pronostic reste réservé car la réponse                                                                        cases and literature review.
                                                                dépoli de la cornée et les dépôts blanchâtres. Noter         J Am Anim Hosp Assoc. 1994 ; 30 :
     au traitement est très variable [7].                       également l’inflammation conjonctivale associée.              331-40.



42                                                                                                                       PratiqueVet (2012) 47 : 590-594 (594)

Kératites du chien et du chat

  • 1.
    jKératites infectieuses Graves et invalidantes, les kératites infectieuses méritent un traitement précoce, puissant et adapté aux agents en cause et aux lésions présentes. F. FAMOSE, DV, CES d’ophtalmologie l’ vétérinaire 42 av Lucien Servanty 31700 Blagnac es kératites infectieuses sont caractérisées par une inflammation et des lésions cornéennes de gravité variable provoquées par le développement de germes OBJECTIFS tels que virus, bactéries ou parasites. PÉDAGOGIQUES Ces infections sont graves par l’étendue de la destruction cornéenne pouvant conduire Savoir reconnaître et identifier les à la cécité, par l’importance de leurs séquelles et par la douleur qu’elles causent. Pour différentes lésions cornéennes d’herpès limiter ces conséquences, il est impératif d’identifier rapidement ces affections, d’en virose féline. déterminer la cause et de débuter au plus vite un traitement. Connaître les modalités de leur traitement. Savoir reconnaître et traiter une kératite bactérienne. Savoir évaluer la gravité d’une kératite bactérienne. L’infection par le virus herpès félin de type 1 est fréquente chez le Chat RÉSUMÉ L’infection par l’herpèsvirus félin s’accompagne de lésions cornéennes Pathogénie écoulements oculaire ou nasal peut per- graves dans la phase primaire et dans la sister jusqu’à 20 jours. phase secondaire de la maladie. Son Le virus herpès félin de type 1 (VHF-1) est diagnostic repose sur la clinique et la responsable de la rhinotrachéite féline. Quatre-vingt pour cent des chats atteints PCR. Le traitement est basé sur l’emploi Cette infection est responsable d’environ restent porteurs latents : le virus reste à de virostatiques. 50 % des affections respiratoires supé- l’état quiescent dans divers tissus ocu- rieures chez le Chat. laires (cornée, uvée antérieure) et dans Les kératites bactériennes suivent une les tissus nerveux associés (ganglion du lésion épithéliale et s’accompagnent L’infection primaire, après pénétration nerf trijumeau). d’une destruction du stroma. Leur initiale du virus par voie nasale, orale ou traitement repose sur l’utilisation locale conjonctivale, est caractérisée par une Cette phase ne s’accompagne d’aucun intensive des anti-infectieux et si nécrose épithéliale débutant 48 heures symptôme ni d’excrétion virale. Le virus nécessaire sur une chirurgie. après le contact initial et atteignant son peut se réactiver chez 50 % des sujets : maximum en 8 jours environ. cette infection secondaire est favorisée La régénération épithéliale débute à ce par le stress, les maladies intercurrentes Conflits d’intérêts : néant moment mais l’excrétion virale dans les ou une corticothérapie prolongée 38 PratiqueVet (2012) 47 : 590-594 (590)
  • 2.
    OPHTALMOLOGIE j Photo 1. Kératite stromale chez un chat adulte. Œdème cornéen central Photo 2. Séquestre cornéen félin chez un persan de 5 ans. Le séquestre est avec vascularisation périphérique abondante. Noter l’absence d’ulcération superficiel et la cornée périphérique est claire. cornéenne. Photo 3. Symblépharon Symptômes chez un chaton. Adhérence entre le corps clignotant et > Infection primaire la face postérieure des paupières avec disparition Elle est plus fréquente chez le chaton ou des culs de sac le jeune chat non vacciné. Elle associe conjonctivaux. des symptômes de rhinite aiguë et d’in- flammation conjonctivale ou cornéenne bilatérale. Isolée ou associée à l’infection conjonc- tivale, elle débute par la formation d’ulcères épithéliaux dendritiques carac- téristiques qui confluent pour former des ulcères “en carte de géographie”. Elle évolue favorablement en deux à trois se- peut être inapparente ou se traduire par ■ kératite interstitielle : le plus souvent maines. Les complications bactériennes une kératite ou une conjonctivite le plus unilatérale et isolée, elle correspond à existent et l’ulcère s’étend alors au stro- souvent unilatérale sans signe de rhinite. une réaction immunitaire consécutive ma cornéen. Un écoulement marron-rouge peut per- à la présence du VHF-1 dans le stroma sister plusieurs mois : cornéen mais dont le mécanisme est ac- > Infection secondaire ■ kératite ulcéreuse d’évolution chronique tuellement mal connu. Les lésions d’in- Elle survient lors de la réactivation virale ou récidivante qui peut se compliquer filtration cellulaire et de fibrose stromale chez le chat adulte, même vacciné. Elle d’une nécrose stromale ; se traduisent par une opalescence, ainsi qu’une néovascularisation superficielle et profonde (PHOTO 1). Figure 1. Modalités de traitement des kératites associées à l’herpès virose féline. Son évolution est soit la guérison, soit la récidive, l’apparition d’un séquestre cor- Infection Infection Kératite néen (PHOTO 2) ou la persistance des vais- primaire secondaire stromale seaux et de la fibrose du stroma. Sans traitement, elle est responsable d’un déficit visuel. • Antiviraux • Virostatiques • Corticoïdes > Les complications, séquelles et lésions • Antibiotiques • Gestion du stress • Ciclosporine imputables au VHF-1 • Traitement • Virostatiques ? ■ Symblépharon : observé le plus souvent symptomatique après l’infection primaire, il se manifeste par la présence d’adhérences conjoncti- (591) PratiqueVet (2012) 47 : 590-594 39
  • 3.
    j OPHTALMOLOGIE vales tarsales sur la cornée, la membrane nictitante ou les paupières (PHOTO 3). Tableau 1 : Molécules à activité virostatique ou ■ Occlusion des points lacrymaux ; adjuvante. ■ Vaisseaux cornéens “fantômes” ; Molécule Dosage Prix Commentaires Trifluridine (Virophta® [H]) Solution 1% 4-6x/ Env. 15 € Pas d’essai ■ Insuffisance lacrymale : le VHF-1 est la jour locale, 21 j clinique contrôlé première cause de kérato-conjonctivite Ganciclovir (Virgan® [H]) Gel 0,15% 4-6x/jour Env. 13 € Pas d’essai sèche (KCS) chez le Chat (dacryoadénite) locale, 21 j clinique contrôlé ■ Fibrose cornéenne avec opacité irréver- Famciclovir (Oravir® [H]) 30 à 40 mg/kg 1 à Env. 35 € Efficacité clinique sible ; 2 fois/jour, PO, par semaine contrôlée 8 à 28 jours ■ Séquestre cornéen et la kératite éosino- Interferon alpha humain 1000 UI/jour locale 26 €/3 MUI Pas d’essai philique. (Roferon® [H]) contrôlé in vivo Interferon omega felin Solution à 0,5 MUI/mL 166 €/10 MUI Pas d’essai Diagnostic (Virbagen®) 3 à 5 fois par jour contrôlé in vivo pendant 10 j locale > Diagnostic différentiel L-Lysine (Herpelysine®) 250-500 mg/j PO 14,5 €/ Efficacité 100 MUI controversée Il est à faire avec les kératites trauma- tiques, bactériennes, mycosiques et par réalisée à partir des cellules épithéliales Traitement corps étranger. conjonctivales ou cornéennes prélevées à la cytobrosse ou sur le tissu de kératec- Les modalités de traitement sont décrites > Examens complémentaires tomie. dans la FIGURE 1. Au plan cytologique, un infiltrat inflam- Les résultats sont à interpréter avec pré- Les antiherpétiques sont à la base du trai- matoire contenant des lymphocytes caution: les faux positifs et faux négatifs tement. Les différentes molécules dispo- est évocateur. L’identification virale par sont fréquents [1]. En pratique, on consi- nibles sont comparées (TABLEAU 1) [3]. immunofluorescence sur les cellules dère que toute kératite ulcéreuse féline conjonctivales est maintenant remplacée est liée à la présence du FHV-1, jusqu’à par la PCR (Polymerase Chain Reaction) preuve du contraire [2]. Les kératites bactériennes correspondent à une surinfection d’une lésion de la surface de la cornée L es kératites bactériennes corres- pondent à une surinfection d’une lésion de la surface de la cornée : trau- ■ Les symptômes sont la douleur, la pho- tophobie et le déficit visuel. approche de l’agent causal qui pourra être identifié par bactériologie ou PCR. ■ L’examen ophtalmologique met en évi- Les germes les plus fréquents sont Sta- matisme, corps étranger, KCS. dence des lésions stromales localisées phylococcus sp., Streptococcus sp. et Pseu- Elles sont plus fréquentes chez le Chien (abcès cornéen) avec ulcération focale et domonas aeruginosa [4]. L’isolement et que chez le Chat, et rencontrées principa- œdème stromal périphérique (PHOTO 4). l’identification de bactéries anaérobies lement chez les animaux brachycéphales ■ Descomplications de kératomalacie et strictes (Clostridium sp.) ne sont pas ex- ou prédisposés aux insuffisances la- parfois perforation oculaire (PHOTO 5), ceptionnels [5]. crymales ou aux traumatismes oculaires. d’uvéite antérieure avec hypopion Les germes responsables sont variés (sta- peuvent être notées. Traitement, pronostic et phylocoques, streptocoques, pseudomo- complications nas,…) et leurs propriétés d’adhérence et Démarche diagnostique Le processus de colonisation de la cornée d’activation de métalloprotéases condi- Le diagnostic repose sur les signes cli- est différent selon les germes en présence tionnent la gravité de l’infection. niques et les symptômes de suppuration (FIGURE 2) [6]. cornéenne dans un contexte d’affection Symptômes Les enjeux du traitement sont : cornéenne préalable. ■ soulager la douleur ; ■ Les signes locaux sont la rougeur, l’écou- La biomicroscopie permet d’évaluer la lement purulent et la perte de transpa- profondeur de la lésion. La cytologie par ■ lutter contre le développement bacté- rence cornéenne. grattage cornéen permet une première rien et ses conséquences ; 40 PratiqueVet (2012) 47 : 590-594 (592)
  • 4.
    OPHTALMOLOGIE j Figure 2. processus de colonisation de la cornée selon la nature des germes en présence. IL-8 = interleukine 8. Gram + Gram — Multiplication bactérienne Multiplication bactérienne Toxines Adhésion Toxines Adhésion Activation enzymatique IL-8 Leucocytes Kératocytes Matrice Leucocytes Kératocytes Matrice extracellulaire extracellulaire Altération Altération réponse Lésions réponse Lésions immune cornéennes immune cornéennes ■ préserver ou rétablir l’étanchéité cor- L’antibiotique est choisi sur des critères Le traitement par voie générale est sur- néenne ; de probabilité d’efficacité : antibiotiques tout indiqué en cas de perforation ocu- à large spectre (chloramphénicol (Oph- laire. ■ limiter la perte visuelle. talon®), fluoroquinolones-ciprofloxa- cine (Ciloxan®[H])) ou à concentration > Traitement de la collagénolyse > Traitement antibactérien renforcée (gentamicine : 9 à 15 mg/mL). L’utilisation d’anticollagénases (sérum En pratique, l’examen bactériologique Le traitement local est instillé toutes les autologue, acétylcystéine et EDTA est rarement réalisé avant la mise en deux heures et l’amélioration doit inter- (NAC® collyre)) est indiquée lors de col- place du traitement. venir en 48 heures. lagénolyse. Photo 4. Kératite infectieuse (Staphylococcus spp.) chez un chien. Œdème ) Photo 5. Perforation oculaire (Pseudomonas spp.) chez un chien. ) cornéen et collagénolyse localisée. Collagénolyse étendue et présence de matériel irien dans la plaie de perforation. (593) PratiqueVet (2012) 47 : 590-594 41
  • 5.
    j OPHTALMOLOGIE POINTS FORTS ■ L’herpès virose oculaire féline se manifeste par deux phases : une forme primaire aiguë bilatérale et une forme secondaire chronique unilatérale. 80 % des chats restent porteurs. ■ Le diagnostic est multiple : éléments cliniques, PCR, diagnostic thérapeutique. ■ Le traitement est adapté à la forme et repose le plus souvent sur les antiviraux dont l’intérêt clinique n’est pas toujours prouvé. Photo 6. Aspect d’une greffe conjonctivale pédiculée sur Photo 7. Greffe de vetbiosis après kératectomie sur un ■ Les kératites bactériennes se un œil de chat (ulcère profond et étendu) un mois après chat atteint de séquestre cornéen. manifestent par une destruction l’intervention. du stroma cornéen consécutive à une lésion épithéliale. > Traitement de la douleur ■ Par greffe conjonctivale libre ou pédiculée, ■ Le mode d’action des partielle ou totale (PHOTO 6) ; bactéries en cause varie selon La douleur peut être traitée par des antal- leur espèce (gram+/gram -). giques par voie générale (Anti-inflammatoires ■ Par greffe de biomatériaux (Vetbiosis®) avant ■ Le traitement repose sur non stéroïdiens, morphiniques). perforation (PHOTO 7) ; l’élimination bactérienne et la consolidation de la cornée Sur un plan local, les cycloplégiques (Atropine Malgré la mise en œuvre d’un traitement restante. 1 %® [H] en collyre) sont indiqués pour lever puissant et précoce, le pronostic des kératites ■ Les séquelles sont graves et le spasme ciliaire. bactériennes reste réservé. La cicatrisation invalidantes. implique un degré de fibrose cornéenne dont > Traitement chirurgical l’intensité est plus ou moins invalidante au Lorsque le risque de perforation cornéenne est plan visuel. Lors de perforation oculaire, le >>A LIRE... élevé ou lorsque la perforation est présente, un risque d’endophtalmie et de perte de l’œil est élevé. 1. Veir JK et Lappin MR. Molecular traitement chirurgical de la cornée doit être Diagnosis Assays for Infectious entrepris : Diseases in Cats. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2010 ; 40 : 1189-200. Les kératites mycosiques 2. Hartley C. Aetiology of corneal ulcers - Assume FHV-1 unless sont rares chez les Carnivores proven otherwise. Journal fo Feline Medicine and Surgery. 2010 ; 12 : 24-35. domestiques 3. Maggs DJ. Antiviral Therapy for Feline Herpesvirus Infection. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2010 ; 40 : 1055-62. L es kératomycoses sont des infections fon- giques de la cornée. Ces affections sont rares et sont consécutives à des blessures cor- 4. Moore CP et Nasisse MP. Clinical Microbiology. In : Gelatt KN, ed, Veterinary ophthalmology. Third néennes par des matériaux contaminés (corps edition. Philadelphia : Lippincott étrangers végétaux, outils de jardinage,…). Williams and Wilkins ; 1999 : 259- 90 L’évolution est habituellement lente : la kéra- 5. Ledbetter EC et Scarlett JM. tite d’abord localisée a tendance à s’étendre Isolation of obligate anaerobic lentement malgré les traitements antibio- bacteria from ulcerative keratitis in tiques ou anti-inflammatoires. domestic animals. Vet Ophthalmol. 2008 ; 11 : 114-22. Les lésions les plus fréquentes sont : la douleur 6. Gilmore MS et coll. Infectious oculaire, l’œdème cornéen, l’ulcération super- keratitis. In : Levin, LA, Albert DM, ficielle de la cornée dont l’épithélium prend eds, Ocular Disease- Mechanisms and Management. Saint Louis : un aspect blanchâtre (PHOTO 8). Saunders Elsevier ; 2010 : 49-55. Le traitement consiste en l’application d’anti- 7. Marlar AB et coll. Canine fongiques locaux (voriconazole 1 %, itracona- keratomycosis : A report of eight Photo 8. Kératomycose chez un chat. Noter l’aspect zole). Le pronostic reste réservé car la réponse cases and literature review. dépoli de la cornée et les dépôts blanchâtres. Noter J Am Anim Hosp Assoc. 1994 ; 30 : au traitement est très variable [7]. également l’inflammation conjonctivale associée. 331-40. 42 PratiqueVet (2012) 47 : 590-594 (594)