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GRENOBLE ÉCOLE DE MANAGEMENT
ÉCOLE SUPERIEURE DE COMMERCE DE GRENOBLE
GRAND MÉMOIRE
Humour et performance en entreprise ...
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Grenoble Ecole de Management n’entend donner aucune approbation ni improbation
aux opinions émises dans ce document : ce...
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différentes variables et notammen...
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Nous remercions Isabelle NÉ, notre tutrice, pour sa disponibilité, son écoute et ses
conseils précieux qui nous ont guid...
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Table des matières
I. INTRODUCTION ........................................................................................
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A - L’humour doit être utilisé avec modération et au bon moment, il ne doit pas être
chronophage ..........................
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Table des figures
Figure 1 : Coût global du stress au travail sur une année................................................
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I. INTRODUCTION
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I - Contexte
Chaque membre d’une organisation constitue cette dernière et chacun, dans sa
participation pour mener à bie...
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Le facteur humain est le premier à faire les frais des conséquences des bouleversements
organisationnels dans les entre...
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dans divers pays que notre productivité et la qualité de nos résultats dépendaient de notre
motivation et donc des fact...
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attitudes au nom de l’humour ? Car si l’humour peut favoriser la cohésion d’équipe (Meyer,
1997), ses bienfaits sur le ...
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Il semblerait important par ailleurs de replacer et d’utiliser l’humour dans un contexte
qui s’y prête. Afin de limiter...
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II. REVUE DE LITTÉRATURE
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I - Humour et bien-être
L’humour semble exister depuis toujours : dans la mythologie grecque, Momos, fils de
Nux et die...
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moins bruyantes ». Cette dernière définition nous renseigne sur un élément essentiel de
l’humour : le rire. C’est ainsi...
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Quoiqu’il en soit, l’humour est un facteur de bien être des individus, tout au moins de
ceux qui en rient (Autissier & ...
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Un américain, Cousins (2003) a publié un livre dans lequel il raconte comment il a
guéri son arthrite par le rire. Il é...
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l’utilisation de l’humour pour dév...
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Or on sait que le stress nuit considérablement à la performance. D’après différentes
publications du Bureau internation...
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Comme nous l’avons vu, les émotions positives sont sources de bonheur et sont souvent
stimulées par le rire qui lui-mêm...
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Cela accroit la durée et le nombre de connexions neuronales, favorisant la créativité, la
rapidité de pensée et la capa...
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faire le lien avec le besoin d’appartenance (Maslow, 1943) dont nous parlerons plus bas qui
révèle la dimension sociale...
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changement d’état d’esprit qui donnerait lieu à un éventuel changement d’attitude et
permettrait de se sentir d’humeur ...
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Par ailleurs, les différents types d’humour employés au travail permettent de réduire les
différences de statuts dans l...
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II - Humour et autres intentions
Il est cependant important de préciser que l’humour peut prendre différentes formes,
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La théorie du sentiment de supériorité et de dégradation du risible est soutenue par
différents penseurs comme Paul Scu...
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de pouvoir et de statuts en excluant certains individus et en en offensant d’autres (Tremblay et
al., 2009). Les conséq...
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politiques et religieuses à l’ordre du jour pour les surmonter. Pour l’auteur, il est question ici
du « rire pour ne pa...
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En s’intéressant à la fonction défensive de l’humour nous pouvons facilement établir
une relation avec le caractère sub...
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d’expression. Ici l’humour remplissait une fonction libératrice puisqu’il permettait de dénouer
une certaine tension qu...
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III - Humour et contexte
Comme tous les modes de communication, l’humour obéit à certains mécanismes et
règles. Les thé...
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fit parler de lui dans le monde entier, plus de 40 000 blagues furent publiées et il recueillit
plus de 1,5 million de ...
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semble que nous devrions plus insister sur la contextualisation, puisque l’humour, lorsqu’il est
intentionnel, tisse le...
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A - L’humour, une question de perception
Nous l’avons vu, l’humour n’est pas utilisé et perçu de la même manière par to...
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- Styles de management privilégié
Si la personnalité influence la perception de l’individu, elle a par conséquent un im...
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l’environnement extérieur et la motivation qui vont influencer le comportement et donc le
rire.
Source : Né, I. (2015)....
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Dans le cadre de la personnalité et de son influence sur la résistance au stress et
l’humour, on peut s’intéresser au «...
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Ainsi on peut se demander si l’âge de l’individu influence sa perception du fait d’un
certain décalage au niveau des ex...
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B - Humour et culture d’entreprise
Schein (2010) définit la culture d'entreprise comme “un ensemble de prémisses et de
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Selon la deuxième définition de culture du Larousse et regardant le thème de notre
étude, il nous semble cohérent de pa...
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commun. Ils ajoutent que l’humour peut être utile dans le cadre de cet apprentissage constant
puisqu’il aide à persuade...
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On voit sur ce schéma que la personnalité des fondateurs joue un rôle dans la
construction de la culture d’entreprise :...
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C - Humour et influences culturelles
Il existe une connexion indéniable entre humour et culture: plus une culture est é...
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 L’humour italien, par exemple, est basé sur la moquerie, l’autodérision, et l’utilisation
de jeux de mots. Ils sont f...
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Mais ce type d’humour ne parvient pas toujours à faire son effet auprès du public
français (Tricart, 2015).
 Les Japon...
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Le stéréotype est une distorsion très commune en communication. Elle se produit quand
un individu assigne des attributs...
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Ainsi le processus de perception et les erreurs qui en découlent conditionnent la
manière dont nous allons nous comport...
Humour et performance en entreprise : une affaire de cultures ?
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Notre recherche s’intéresse l’humour dans le monde du travail, en fonction de différentes variables et notamment de la culture. Nous analysons le lien entre humour et bien-être, ses retombées positives sur la performance et la cohésion de groupe. Mais nous étudions également les risques de l’humour, qui en fonction du contexte ou de son intention peut diviser, créer des tensions, voire blesser. Dans ce cas, l’humour serait alors contre-performant et pourrait nuire au climat social de l’entreprise. Se pose la question de la perception de l’humour, influencée principalement par la personnalité, les valeurs et l’environnement de l’individu. En outre, nous nous intéressons à la question de la culture : l’impact des codes et de l’héritage culturel d’un groupe sur son rapport à l’humour. Nous analysons le lien entre culture d’entreprise et utilisation / acceptation de l’humour en milieu professionnel.

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Humour et performance en entreprise : une affaire de cultures ?

  1. 1. 1 GRENOBLE ÉCOLE DE MANAGEMENT ÉCOLE SUPERIEURE DE COMMERCE DE GRENOBLE GRAND MÉMOIRE Humour et performance en entreprise : une affaire de cultures ? DE NAS DE TOURRIS, Claire ; TARBÉ DE SAINT HARDOUIN, Blandine ; VAUCLIN, Camille Mémoire dirigé par NÉ, Isabelle, Chargée de cours au département Homme, Organisations et Société à Grenoble École de Management Remis le 30 août 2015 CONFIDENTIEL :  OUI  NON
  2. 2. 2 Grenoble Ecole de Management n’entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises dans ce document : celles-ci doivent être considérées comme propres à leurs auteurs. Les rédacteurs de ce document certifient qu’ils en sont les seuls auteurs et que toutes les sources et auteurs utilisés pour sa rédaction ont été cités.
  3. 3. 3 RÉSUMÉ : Notre recherche s’intéresse l’humour dans le monde du travail, en fonction de différentes variables et notamment de la culture. Nous analysons le lien entre humour et bien- être, ses retombées positives sur la performance et la cohésion de groupe. Mais nous étudions également les risques de l’humour, qui en fonction du contexte ou de son intention peut diviser, créer des tensions, voire blesser. Dans ce cas, l’humour serait alors contre-performant et pourrait nuire au climat social de l’entreprise. Se pose la question de la perception de l’humour, influencée principalement par la personnalité, les valeurs et l’environnement de l’individu. En outre, nous nous intéressons à la question de la culture : l’impact des codes et de l’héritage culturel d’un groupe sur son rapport à l’humour. Nous analysons le lien entre culture d’entreprise et utilisation / acceptation de l’humour en milieu professionnel. TITLE : Humor and performance at work : a matter of culture ? ABSTRACT : In this paper we will focus on humor at work, according to various variables and particularly culture. We will analyze the link between humor and well-being, its positive effects on the performance and the group cohesion. But we will also study the risks of humor, which according to its context or its intention can divide, create tensions, and even hurt people. In this case, humor would be counterproductive and could damage the social climate of the company. It’s a matter of perception of humor, influenced mainly by the personality, the values and the environment of the individual. Besides, we will study the question of the culture: the impact of the codes and the cultural heritage of a group on its relation to humor. We will analyze the link between corporate culture and use / acceptance of humor at work. MOTS CLÉS : Humour, Rire, Performance, Bien-être, Bonheur, Culture, International, Management, Intelligence émotionnelle. KEYWORDS : Humor, Laugh, Performance, Well-being, Happiness, Culture, International, Management, Emotional intelligence.
  4. 4. 4 Nous remercions Isabelle NÉ, notre tutrice, pour sa disponibilité, son écoute et ses conseils précieux qui nous ont guidées dans notre travail tout au long de l’année. Merci aux personnes qui ont eu la gentillesse de nous partager leur expérience de l’humour en milieu professionnel. Nous remercions particulièrement tous ceux qui nous ont fait rire pendant la réalisation de ce mémoire, rendant ainsi notre travail plus agréable et plus efficace : - Charles : « L’humour a sa place partout et tout le temps, sauf quand on est mort. » - Aude : « Je n’ai pas assez de recul pour répondre à cette question. Même en reculant ma chaise loin, très loin du bureau. » - Louis : « I sometimes hide under the desk and wait for my coworker to come back to the office and move her chair, touch her feet… I wait for colleagues in the hallway to scare them. We have a team pet - a Chinese cat - that we dress according to different occasions (birthdays, goodbye parties, etc.). »
  5. 5. 5 Table des matières I. INTRODUCTION ...................................................................................................... 8 I - Contexte............................................................................................................................ 9 II - Enjeux et intérêt de l’étude........................................................................................... 9 III - Problématique de l’étude........................................................................................... 11 II. REVUE DE LITTÉRATURE................................................................................. 14 I - Humour et bien-être...................................................................................................... 15 A - Humour et bonheur ?.................................................................................................. 17 B - Humour et bien-être en entreprise.............................................................................. 19 C - Humour, cohésion de groupe et identité collective .................................................... 22 II - Humour et autres intentions ....................................................................................... 26 A - L’humour a parfois un caractère offensant ................................................................ 26 B - L’humour comme outil de défense............................................................................. 28 C - L’humour comme remise en cause de l’autorité ........................................................ 30 III - Humour et contexte.................................................................................................... 32 A - L’humour, une question de perception....................................................................... 35 B - Humour et culture d’entreprise................................................................................... 40 C - Humour et influences culturelles................................................................................ 44 Conclusion de la revue de littérature................................................................................ 49 III. MÉTHODOLOGIE............................................................................................... 50 I - Justification de la méthodologie choisie ...................................................................... 51 A - Rappel des objectifs ................................................................................................... 51 B - Présentation de la méthodologie choisie .................................................................... 51 II - Echantillonnage............................................................................................................ 52 III - Construction de l’outil de collecte............................................................................. 55 IV - Administration de la collecte ..................................................................................... 56 V - Analyse des résultats.................................................................................................... 56 IV. RÉSULTATS.......................................................................................................... 58 I - Quels sont les avantages d’un environnement ou d’une attitude favorables à l’humour ?........................................................................................................................... 61 A - L’humour et le rire améliorent les conditions de travail............................................ 61 B - L’humour améliore l’efficacité au travail .................................................................. 65 C - L’humour permet de faire passer un message............................................................ 68 II - En quoi l’humour peut-il être destructeur et dangereux si l’intention est détournée / déguisée, ou s’il ne se prête pas au contexte ?................................................................ 71
  6. 6. 6 A - L’humour doit être utilisé avec modération et au bon moment, il ne doit pas être chronophage ..................................................................................................................... 71 B - Hiérarchie et humour ne font pas toujours bon ménage............................................. 73 C - L’humour peut exclure............................................................................................... 75 III - En quoi est-il nécessaire de contextualiser l’humour ? Le facteur culturel a-t-il une influence sur l’utilisation et la perception de l’humour en entreprise ?................ 78 A - Des avis partagés sur l’influence de la culture d’entreprise....................................... 78 B - La question de la personnalité et des perceptions individuelles................................. 81 C - Cultures individuelles : quelles influences ont-elles sur l’humour ?.......................... 86 V. CONCLUSIONS...................................................................................................... 93 I - Recommandations managériales.................................................................................. 94 A - Créer un contexte favorable à l’humour, en interne................................................... 94 B - L’humour à des fins commerciales .......................................................................... 100 C - Conseils pour exercer l’humour ............................................................................... 101 II - Limites de l’étude....................................................................................................... 104 III - Voie de recherches.................................................................................................... 105 VI. BIBLIOGRAPHIE............................................................................................... 106 VII. ANNEXES .......................................................................................................... 116
  7. 7. 7 Table des figures Figure 1 : Coût global du stress au travail sur une année............................................... 20 Figure 2: Relations entre les émotions, les comportements et les pensées .................... 23 Figure 3: Pyramide de Maslow (1943)........................................................................... 24 Figure 4 : Processus de perception (2011) ..................................................................... 34 Figure 5: Influences sur le comportement...................................................................... 37 Figure 6: Les trois cercles de la culture d'entreprise de Schein (2011).......................... 40 Figure 7: La construction de la culture d'entreprise....................................................... 42 Figure 8: Age des sondés ............................................................................................... 52 Figure 9: Genre des sondés ............................................................................................ 53 Figure 10: Catégorie socio-professionnelle des sondés ................................................. 53 Figure 11: Domaine d'expertise des sondés ................................................................... 54 Figure 12: Expérience à l'étranger des sondés ............................................................... 54 Figure 13: Processus de connaissance de l'environnement 1 ......................................... 91 Figure 14: Processus de connaissance de l'environnement 2 ......................................... 91 Figure 15: Exemple de personnalité Process Comm...................................................... 98
  8. 8. 8 I. INTRODUCTION
  9. 9. 9 I - Contexte Chaque membre d’une organisation constitue cette dernière et chacun, dans sa participation pour mener à bien le projet d’entreprise, doit détenir les compétences professionnelles et personnelles suffisantes et nécessaires à la réalisation du projet d’entreprise. Nous reviendrons sur les définitions que nous allons retenir dans le cadre de notre recherche, mais tenons à indiquer dès à présent que dans les compétences relationnelles, celles qui induisent du « savoir-faire », il devient fréquent de parler des avantages de l’humour au travail, bien qu’ils soient parfois à prendre avec des pincettes (Autissier & Bensebaa, 2011, Romero et Cruthirds, 2006). Il s’agira bien pour nous d’avoir un regard plus spécifique sur cette notion d’humour, pour en visiter les tenants et les aboutissants au travers des situations managériales que nous pourrons observer durant le temps de notre recherche ; lesquelles tenteront modestement de faire une étude comparative culturelle, ne serait-ce que pour suggérer d’ajouter cette variable - à nos yeux essentielle – au modèle de Hofstede sur les dimensions culturelles sur les rapports au travail. II - Enjeux et intérêt de l’étude Les exigences des entreprises s’adaptant aux exigences des marchés, se révèlent être de plus en plus mobilisatrices et toujours plus contraignantes. Les entreprises doivent y répondre rapidement et efficacement pour s’assurer leurs bénéfices, garder ou trouver leur place sur le marché et être sures de perdurer. C’est la réponse financière à la gestion stratégique des entreprises. De leur côté, les entreprises contemporaines plus proches des valeurs humaines n’hésitent pas à considérer la variable du bien-être au travail comme devant s’ajouter par exemple aux cinq forces de Porter. La vision purement financière est peut-être une vision à trop court terme ; ou bien disons plutôt que c’est la vision « valeurs humaines » qui semble, sinon complètement utopique, en tout cas trop long terme. En situation de crise, il faut forcer les tensions, il faut rester sérieux, la tête dans le guidon, on se détendra à la sortie du tunnel. Et pourtant…avec quel discours rentrons nous du travail ? Celui des difficultés, celui des tensions, celui des conflits ; et aussi celui de « ces bons moments » où l’on a bien ri et où l’on s’est senti mieux.
  10. 10. 10 Le facteur humain est le premier à faire les frais des conséquences des bouleversements organisationnels dans les entreprises qui peuvent être dépassées par les événements et qui parfois les conduit à de graves dérives (suicides de 35 salariés chez France Télécom entre 2008 et 2009 par exemple). Les médias se chargent très régulièrement d’en faire le rappel. C’est justement cette médiatisation qui fait que l’entreprise qui se veut pérenne doit réellement prendre en compte les valeurs humaines – de façon concrète et donc au-delà des discours affichés – qui challengent une perception du monde du travail trop « scientifique » (Taylor, Fayol) dans lequel les sentiments et émotions n’ont pas lieu d’être. Le mouvement de l’entreprise libérée (Getz, Carney, 2009) fait des adeptes de plus en plus nombreux dans l’entreprise contemporaine, bien que ce mouvement ait démarré il y a 30 ans. Le bien-être au travail est enfin reconnu comme la valeur sure qui « fait la différence ». C’est alors la pratique même du management qui est remise en cause ; quelle conception du management nous faisons nous ? se demandait Mc Gregor (1960), et quels effets sur les motivations et les compétences en découlent ? Le monde du travail doit-il rester quelque chose de sérieux avec des contrôleurs et des subordonnés ? Ou bien pourrions-nous, comme renforcé et exigé par le droit du travail (en France Article L4121-1 du code du Travail 6 mars 2008) songer qu’au travers de la gestion des risques psychosociaux il y a aussi une gestion stratégique de l’entreprise ? Selon Achor (2010), les salariés heureux seraient les plus productifs car ce serait le bonheur qui créerait la performance, le lien entre bonheur et performance résidant dans les bénéfices procurés par les émotions positives. Ces émotions positives seraient en partie responsables de notre bien-être au travail. Qu’entendre aussi par bien-être au travail ? Puisque les théories du management (à partir de l’Ecole des relations Humaines) indiquent fort à propos que la motivation au travail démarre par la reconnaissance – et qui dit motivation dit aussi compétences – notre affaire de bien-être au travail touche bien à une certaine vision des structures managériales qui autorisent ou non l’autonomie, le développement personnel, l’épanouissement au travail etc… les notions d’équilibre vie professionnelle/vie personnelle, acceptées dans l’entreprise contemporaine « libérée » (Getz & Carney, 2013 ; Semler, 2004). Particulièrement intéressées par la relation entre la performance d’une entreprise et le bien être des collaborateurs qui la composent et ayant nous-mêmes constaté durant nos stages
  11. 11. 11 dans divers pays que notre productivité et la qualité de nos résultats dépendaient de notre motivation et donc des facteurs influençant cette dernière (cadre de travail agréable, management adapté, ambiance d’équipe…), nous avons choisi de s’interroger sur l’existence d’une variable qui paraitrait l’une des responsables de l’augmentation de la motivation au travail : l’humour. De quelle manière l’humour pourrait-il influencer notre disposition à travailler et comment se manifeste-t-il en entreprise ? Permet-il aux équipes de créer une véritable dynamique de travail ? Agit-il sur la performance d’une entreprise ? Le concept, à priori pourtant si simple, ne remporte pas toujours l’adhésion des acteurs dans le monde du travail, et ce pour différentes raisons que nous allons développer plus loin. Il nous sera nécessaire de voir ce qu’en fait peut signifier l’humour et ses différentes formes pour en expliquer les réactions dubitatives. Alors que les notions d’humour et de travail peuvent paraître incompatibles puisque la conception traditionnelle du travail s’oppose au loisir (Dunkan et al., 1990 ; Fundacio, 2007) et que l’humour a toujours été considéré comme une source de subversion et une façon de se moquer du pouvoir des puissants au point d’en réduire l’influence (Panczuk, 2014), il serait en fait une ressource clef dans la construction de la cohésion de groupe et l’amélioration de la communication (Meyer, 1997), il permettrait d’accroître la satisfaction des subordonnés (Decker, 1987), contribuerait à l’augmentation de la productivité (Avolio et al ., 1999) et augmenterait la créativité (Brotherton, 1996 ; Achor, 2010). Dans un premier temps nous développerons la problématique et les questions de recherches qui s’en suivent, nous ciblerons donc notre sujet en apportant des éléments de questionnement puis nous tenterons d’apporter des éléments de réponse à l’aide de nombreux auteurs dans la revue de littérature. Nous présenterons finalement la méthodologie que nous appliquerons tout au long de cette étude et justifierons son choix. III - Problématique de l’étude L’humour, d’un point de vue clinique, a des effets physiologiques reconnus et favoriserait le « bonheur » des individus. De plus, il génère des émotions positives qui améliorent la concentration, la mémorisation et l’efficacité (Zand, Spreen & LaValle, 1999). Selon ces critères, l’humour serait alors favorable à la productivité et à la performance de l’individu. Pour autant, peut-on se permettre en entreprise certains propos ou certaines
  12. 12. 12 attitudes au nom de l’humour ? Car si l’humour peut favoriser la cohésion d’équipe (Meyer, 1997), ses bienfaits sur le « climat social » de l’entreprise ne sont pas systématiques et dépendent de nombreuses variables. En effet, la fonction de l’humour peut être détournée à des fins personnelles et cachées : moquerie, manipulation, remise en cause de l’autorité… Il dépend donc en partie de l’intention de la personne, dont le but est de faire rire. Mais rire de quoi, ou de qui ? Ou bien juste rire pour rire ? On voit déjà ici que la question n’est pas si simple. D’autre part, sachant l’importance du contexte lorsqu’on parle d’humour, on peut s’interroger sur l’influence de la culture d’entreprise sur son acceptation et ses retombées. Ainsi, la structure organisationnelle a-t-elle un impact sur la place et la perception du rire au travail ? L’humour serait-il une variable de la culture d’entreprise ? On peut également s’interroger sur l’importance du contexte culturel. Le rire en entreprise serait-il mieux perçu dans certaines régions du globe ? L’humour serait-il une variable de la culture d’entreprise ? Nous tâcherons dans cette étude d’apporter des éléments de réflexion quant au rôle et à l’influence d’une culture, qu’elle soit nationale ou d’entreprise, sur l’utilisation et la perception de l’humour. Dans un premier temps, nous parlerons des bénéfices de l’humour en explorant ses bienfaits sur la santé et le « bonheur » de l’individu. Nous verrons comment le bien-être favorise la productivité du salarié mais également la cohésion d’équipe et la performance de l’organisation. Question de recherche 1 : Quels sont les avantages d’un environnement ou d’une attitude favorable à l’humour, au niveau individuel et collectif ? Une seconde question devra mettre en perspective l’humour par rapport à l’intention de l’individu qui peut utiliser cet outil pour dénigrer ou déstabiliser un collaborateur ou troubler l’autorité et l’organisation établie. De même, l’humour peut être malvenu dans certains contextes. Question de recherche 2 : En quoi l’humour peut-il être destructeur et « dangereux » si l’intention est détournée/déguisée ou s’il ne se prête pas au contexte ?
  13. 13. 13 Il semblerait important par ailleurs de replacer et d’utiliser l’humour dans un contexte qui s’y prête. Afin de limiter les risques de « maladresses », nous tenterons de comprendre et d’identifier les contextes « favorables » à l’humour et les variables qui l’influencent autant au niveau individuel (âge, sexe, personnalité…) que collectif (culture nationale, culture identitaire, culture d’entreprise…). Question de recherche 3 : En quoi est-il nécessaire de « contextualiser » l’humour ? Y a-t-il des environnements plus favorables à l’humour que d’autres ?
  14. 14. 14 II. REVUE DE LITTÉRATURE
  15. 15. 15 I - Humour et bien-être L’humour semble exister depuis toujours : dans la mythologie grecque, Momos, fils de Nux et dieu de l’Olympe représente sérieusement la moquerie et le sarcasme, qui amènent tout naturellement le rire. Pendant l’Antiquité, les Romains rient beaucoup entre les beuveries et les guerres, notamment avec les atellanes, des courtes comédies théâtrales souvent obscènes. Au Moyen Age, les rois s’entourent de comédiens et bouffons pour divertir leurs soirées. C’est à cette époque qu’apparaissent les farces, qui mettent en scène de manière satirique les aventures des puissants face à leurs vassaux. (Tricart, 2015) L’humour semblait alors déjà utilisé pour dénoncer, critiquer ou simplement dénouer les tensions sociales. L’histoire nous montre autre chose d’intéressant, qui sans doute explique les différentes utilisations de l’humour aujourd’hui. Selon Gervais et Wilson (op cit.), l’antiquité Grecque a donné le nom d’humour aux fluides de l’équilibre de la santé. C’est plus tard que l’on lui a associé la notion d’humeur, humeur changeante, et la notion d’équilibre ou de déséquilibre mental, l’humour étant perçu en effet comme un déséquilibre de la personne qui ne se conforme pas aux normes ! (Né, Dymedjian, op. cit.). Avec Hobbes, l’humoriste n’est ni dans une zone de confort des premiers hominidés, ni nécessairement dans une zone qui veut échapper aux normes, il est plutôt dans une zone de protection contre les dangers extérieurs (autres individus, classes, situations délicates etc…) (Dunkan, 1990). Pendant plusieurs siècles, des écrivains, médecins et psychologues ont tenté, en vain, de définir l’humour. Ce n’est qu’en 1771 qu’une première définition est donnée dans l’article « Humeur » de l’Encyclopedia Britannica (Cahen, 1995): l’humour est alors une double idée de « fluide » (comme l’humeur) et « d’esprit ». En 1906, le jeune professeur de littérature Cazamian écrivait un article « Pourquoi nous ne pouvons définir l’humour ». En 1952, il publiait un ouvrage « The Development of English Humor » dans lequel il renonçait à le définir. Toutefois, le terme entre officiellement dans la langue française en 1880 avec une définition du Petit Robert : « une forme d’esprit qui consiste à présenter la réalité de manière à en dégager les aspects plaisants et insolites » ou encore « l’action d’exprimer la gaieté par l’élargissement de l’ouverture de la bouche, accompagné d’expirations saccadées plus ou
  16. 16. 16 moins bruyantes ». Cette dernière définition nous renseigne sur un élément essentiel de l’humour : le rire. C’est ainsi qu’on peut distinguer l’humour de l’ironie, qui bien qu’étant une forme d’esprit, ne provoque pas nécessairement le rire. L’ironie est un « jeu sérieux » (Cahen, 1995), une moquerie sarcastique qui, par l’utilisation d’une antiphrase, dit le contraire de ce qu'on veut faire comprendre. Ce procédé peut se rapprocher d’une forme d’humour : l’humour satirique/sarcastique. De façon générale, l’intention de l’humour est d’amuser voire de faire rire comme le souligne Koestler (1979) : « l’humour, en ses multiples splendeurs, est un type de stimulation qui tend à provoquer le réflexe du rire ». L’humour est un élément commun de l’interaction humaine (Romero & Cruthrids, 2006) et fait partie intégrante de notre être social. Nous le mobilisons fréquemment dans nos relations avec les autres (Autissier & Arnéguy, 2012), outre sa dimension sociale, il n’existe pas de réel consensus sur la définition de l’humour. Pour mieux déterminer ce concept, nous proposons la définition suivante : « l’humour est un acte intentionnel produit par une personne ou un groupe, à destination d’un public qui a conscience de l’intention d’amuser du ou des auteurs de cet acte » (Cooper 2005, p766). En d’autres termes, l’humour serait l’aptitude à percevoir, à créer et à exprimer (par des mots ou des gestes) des liens originaux entre des êtres, des objets ou des idées, liens qui font (sou)rire celui à qui on les communique car il les comprend et les apprécie (Fortin & Méthot, 2004). Cependant, notons entre parenthèses avec Martin (2007), que l’humour est aussi issu de situations incongrues, non nécessairement intentionnelles, et qui simplement surprennent puisqu’elles sortent de ce que Né & Duymedjian (2014) appellent la grammaire conventionnelle. L’humour (Martin, 2007), peut provenir de maladresses, de lapsus accidentels, de bizarreries, qui mettent le récepteur en position d’amusement (Né, Duymedjian, 2014). Nous comprenons par ces définitions que la finalité de l’humour serait de procurer de l’amusement, de faire rire. Le rire relevant du comique trouve aussi une multitude de définitions mais nous rejoignons Bergson (1900) lorsqu’il écrit qu’il ne vise pas à enfermer la fantaisie comique dans une définition et qu’il voit en elle, avant tout, quelque chose de vivant. Les finalités de l’humour semblent multiples. L’historien Minois (2000) nous dit « nous rions pour calmer nos peurs, pour nous moquer de soi ou des autres, pour exprimer notre sympathie, pour renforcer nos liens… ».
  17. 17. 17 Quoiqu’il en soit, l’humour est un facteur de bien être des individus, tout au moins de ceux qui en rient (Autissier & Arnéguy, 2012), il provoque le rire qui a des effets psychologiques et physiologiques positifs, non seulement il réduirait les niveaux d'hormones de stress, mais diminuerait la dépression et améliorerait l’état d’esprit d’un individu (Zand, Spreen & LaValle, 1999). D’ailleurs nous pouvons constater l’apparition de plus en plus fréquente de « clubs de rire » dans le monde entier. Animé par la conviction que le rire, même forcé ou feint, aurait des bénéfices, le Dr Daniel Kiefer, créateur du premier Club du Rire en France suite aux travaux de Madan Kataria (2011), est convaincu que « le bonheur est un état d’esprit et que le rire contribue efficacement à la joie de vivre et à une meilleure santé ». Il constate que les enfants rient sans que ce soit forcément la réaction à une blague et a cherché le moyen de réimplanter cet état d’esprit « enfantin » chez les adultes en inventant le « yoga du rire » inspiré de Kataria. Ainsi les avantages de l’humour seraient donc multiples : à court terme il relaxerait l’esprit rapidement, pratiqué régulièrement il renforce le système immunitaire, à long terme c’est l’attitude de la personne qui change : on se sent apaisé, les relations s’améliorent et on a un regard meilleur sur sa vie. Si l’on remonte d’ailleurs beaucoup plus loin dans le temps, notons que l’humour, chez les primates, ne se pratiquait en fait que lors de moments où la relaxation était possible, moments où le groupe était hors de danger, et où la nourriture ne faisait pas défaut. Il s’agissait, comme aujourd’hui dans certains cas, de possibilités de processus de socialisation (Gervais & Wilson, 2005, in Martin 2007 ; Né, Duymedjian, 2014). Et dans notre questionnement sur le bien-être, nous retenons bien l’aspect de socialisation. A - Humour et bonheur ? Shakespeare a dit : « Trempez votre esprit à la joie et à la gaité, ce qui empêche mille tracas et allonge la vie ». Lorsque nous rions, notre cerveau stimule le système nerveux central et les glandes endocrines dans la production d’hormones comme les endorphines. Ces hormones du plaisir apportent bien-être et détente et agissent sur la douleur (Raquin, 1999).
  18. 18. 18 Un américain, Cousins (2003) a publié un livre dans lequel il raconte comment il a guéri son arthrite par le rire. Il était atteint d’une forme d’arthrite douloureuse, que la médecine s’avouait incapable de soulager. Il remarqua que ses douleurs étaient atténuées après les soirées entre amis où ils avaient l’occasion de rire et décida de faire une « cure de rire » : livres, films comiques, spectacles lui permettaient de s’offrir chaque jour une bonne dose de rire. En quelques mois, non seulement il ne souffrait plus mais sa maladie avait régressé de façon spectaculaire (Dorn, 2009). De plus, lorsque nous rions, le cœur se met à battre plus vite et les vaisseaux se dilatent, stimulant le système vasculaire et réduisant ainsi le risque de maladie cardio-vasculaire. Les contractions de l’abdomen, provoquées par le rire, facilitent la digestion, accélérant la production de sucs gastriques et d'enzymes. De plus, le rire, qui sollicite une douzaine de muscles du visage (paupières, lèvres, pommettes, cou...) accélère la circulation au niveau des capillaires et serait donc bénéfique pour la peau ! (Raquin, 1999). L’humour qui a l’amusement pour but quand il est intentionnel peut faire rire et le rire serait libérateur d’émotions positives, principaux indicateurs de bonheur. Les émotions positives qui engendreraient la joie et le bonheur auraient des bénéfices sociaux et intellectuels mais aussi des avantages physiques pour les individus (Fredrickson 2001 ; Lyubomirsky, King & Diener 2005). En effet, les émotions positives permettent la sécrétion de neurotransmetteurs – sérotonine et dopamine – qui stimulent la partie pensante de notre cerveau (Achor, 2010). Elles seraient donc un facteur de bonheur à faire fructifier pour se sentir plus heureux selon l’article The Science Behind the Smile paru dans la Harvard Business Revue. Pour Frederickson (2001), les gens qui ont des émotions plus chaleureuses, plus optimistes, peuvent avoir une meilleure santé physique car ils créent plus de liens sociaux. Le Dr. Martin Desseilles fait référence à de nombreuses études qui démontrent l’influence de la vie émotionnelle sur la santé physique : les émotions positives favorisent le bon état corporel tandis que d’autres – les émotions négatives – peuvent le détruire. Par conséquent il est nécessaire de réguler ses humeurs ce qui consiste à favoriser les émotions positives en les cultivant et en les intensifiant, à chercher à diminuer les plus négatives, par le biais de l’humour par exemple. Pour Desseilles et Grosjean (2014), il ne s’agit pas de maîtriser ses émotions comme nous avons tendance à le dire ou à l’entendre, il s’agit d’être à l’écoute de
  19. 19. 19 nos émotions pour savoir quand et comment les utiliser. Nous pourrions alors évoquer l’utilisation de l’humour pour développer ces fameuses émotions positives et éventuellement détecter les négatives pour permettre une meilleure utilisation de l’énergie qu’elles puisent sur le corps (« Pourquoi et comment je réagis face à cette blague ? », « Ais-je vraiment une raison pour me mettre en colère face à telle autre blague ? », « Quelles sont les choses qui me font rire/ sourire ? », « Pourquoi cela me rend triste ? Y aurait-il un moyen pour voir les choses sous un autre angle et transformer cette tristesse en émotion positive ? »). Il nous semble qu’ici l’humour à son rôle à jouer puisque, comme dit précédemment il permet une prise de recul face à une situation donnée, un évènement, un échange, une relation. Cette prise de recul peut éventuellement favoriser le « management » des émotions puisqu’il y aura émergence d’une réflexion de la personne concernée sur son attitude. Ainsi, puisque l’humour aurait la vertu de dégager des émotions positives, il serait nécessairement facteur de bien être, d’ailleurs Seligman et coll (2004) précisent que l’un des processus conduisant au bien être serait la culture des émotions positives. Ils précisent que ces dernières sont orientées vers le passé (gratitude et pardon), vers le présent (plaisir et pleine conscience) et vers l’avenir (espoir et optimisme). B - Humour et bien-être en entreprise Le rire grâce aux mouvements du diaphragme, permet une meilleure oxygénation du sang et ainsi : moins de fatigue, plus d'entrain et de tonus, une amélioration de l'humeur facilitant la relation familiale et le lien social (Tricart, 2015). C’est la raison pour laquelle les publicitaires raffolent des slogans humoristiques : lorsque nous sommes détendus, notre cerveau mémorise plus facilement et plus longtemps ces informations commerciales. Selon une explication scientifique (Raquin, 1999), cela vient du fait que l’humour créé une attitude positive qui libère des neurotransmetteurs et crée plus facilement des synapses. D’autre part, l’humour et le rire permettent aux tensions physiques de s'évacuer. Les endorphines et la sérotonine, sécrétées par le système nerveux central et les glandes endocrines sont des substances relaxantes et seraient ainsi réductrices de stress (Raquin, 1999).
  20. 20. 20 Or on sait que le stress nuit considérablement à la performance. D’après différentes publications du Bureau international du travail, le stress serait à l’origine d’une augmentation de l’absentéisme dû à la maladie, provoquerait un turnover plus élevé, des départs à la retraite pour raisons de santé, des baisses de production et de qualité ainsi que des litiges entre les salariés et leurs employeurs. Entre 50 et 60 % de l’ensemble des journées de travail perdues en Union Européenne seraient liées plus ou moins directement au stress (ipsecprev.fr). Le stress au travail représente donc un coût non négligeable. L’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles) a tenté d’évaluer le coût global du stress au travail sur une année. Cette étude a été menée sur des hommes et des femmes confrontés au stress pendant plus de 50 % de leur temps de travail. Le coût s’élèverait alors à près de 3 milliards d’euros sur l’année ! Origine des dépenses Coûts estimés (en millions d’€) Soins en santé près de 200 Absentéisme près de 1300 Cessation d'activité plus de 1200 Décès prématurés près de 280 Total 2997 Figure 1 : Coût global du stress au travail sur une année (http://www.ipsecprev.fr) A long terme, le stress est destructeur provoquant le dérèglement de l’organisme. Les manifestations du stress sont visibles et peuvent altérer le lien social : tension interne, irritabilité, excès de réactivité, sursaut, hyperactivité stérile, réduction de motivation, instabilité émotionnelle, troubles du sommeil, perte de confiance en soi et dans les autres etc. (Trousselard, 2014). On comprend alors qu’il soit source de litige non seulement entre salariés et employeurs mais aussi au sein d’une même équipe. Si la résistance au stress varie d’un individu à l’autre, on sait qu’une personne en bonne santé et ayant une bonne hygiène de vie pourra récupérer plus facilement et rapidement.
  21. 21. 21 Comme nous l’avons vu, les émotions positives sont sources de bonheur et sont souvent stimulées par le rire qui lui-même améliore la résistance de l’organisme au niveau physique : meilleure tonicité des organes, activation des défenses immunitaires etc. Ainsi, le rire et les émotions positives permettent non seulement d’évacuer le stress mais aussi d’améliorer sa résistance et la capacité de récupération du corps face au stress (Trousselard, 2014). L’humour qui provoque le rire impliquerait donc un effet « bascule » face aux répercussions négatives du stress sur la santé. Développer un point de vue humoristique sur la vie et tourner en dérision les problèmes permet de prendre du recul par rapport aux situations stressantes afin de pouvoir mieux s’y adapter en adoptant un angle de vue différent. Par conséquent ce nouvel état d’esprit permis par la pratique de l’humour augmente le sentiment de maîtrise et de bien être face à l’adversité (Fortin, 2004) parce qu’il permet d’avoir un regard différent sur ses manières de percevoir ou de réagir, ou les deux (Rosenheim, 1974). D’autre part, l’humour serait une aide à la prise de décision réfléchie et responsable car il permettrait une meilleure prise de recul face aux situations problématiques et un certain détachement émotionnel. Selon Raquin (1999) : « Blaguer au sujet des problèmes permet de trouver plus facilement une solution : après un éclat de rire, on réduit les drames et on prend de la hauteur pour, au final, voir les choses moins émotionnellement et de façon plus réfléchie ». Le concept de bonheur, ayant une relation étroite avec celui du bien-être est particulièrement étudié aujourd’hui dans le cadre du travail. Yann Trichard, Membre du Bureau National du Centre des Jeunes Dirigeants en charge des relations extérieures et du bien-être en entreprise, précise dans l’article de Françoise Keller (2014), « pourquoi dirigeons-nous des entreprises si ce n’est pour mener à notre échelle des actions susceptibles de créer un environnement capable de procurer du bien-être à la société ? Car tel est bien le sens et le but de l’entreprise : permettre à ses parties prenantes de retrouver dans la vision, dans les produits et services et dans les relations humaines des moyens de satisfaire un besoin qui les amène à se sentir mieux, plus heureux et plus épanouis. Le seul moyen pour l’entreprise de parvenir à créer un bien-être réel et ainsi procurer une expérience nouvelle à ses clients est de s’appuyer sur ses collaborateurs, mis eux-mêmes dans les conditions permettant leur bien-être » (p. 5). Ajoutons que se sentir d'humeur positive améliore la capacité de concentration, de structuration et de mémorisation de l'information.
  22. 22. 22 Cela accroit la durée et le nombre de connexions neuronales, favorisant la créativité, la rapidité de pensée et la capacité de résolution de problèmes (Achor, 2010). Ainsi le bonheur serait un puissant levier de performance (Achor, 2010 ; Keller, 2014). De nombreuses études ont établi une forte corrélation entre le degré de bonheur des salariés et leur contribution économique à l'entreprise. Ce phénomène est contagieux notamment au niveau du management : l'humeur des dirigeants et des managers a un impact direct sur leurs équipes (Achor, 2010). C - Humour, cohésion de groupe et identité collective Selon Marco Sampietro, professeur à l’université Bocconi à Milan, auteur de la thèse Humor in International Project Teams (2014), développer l’humour au sein de son entreprise est une opportunité pour le dirigeant de créer une bonne ambiance de travail. Selon lui, l’humour est favorable à la convivialité et à l’esprit d’équipe, créant ainsi une certaine homogénéité au sein de l’ensemble du personnel. En effet, ce mode de communication revalorise les personnalités, au-delà des diplômes ou de la position hiérarchique. (Alliance, Coaching & Formation, 2013). D’autre part, un manager sera plus apprécié et respecté s’il utilise l’humour : un sondage paru dans le magazine l’Entreprise, en février 2011 révèle que « le patron idéal est quelqu’un qui sait plaisanter avec ses salariés ». Les managers qui utilisent naturellement l’humour seraient alors perçus comme plus abordables et plus humains. Le manager peut également se servir de l’humour pour faire passer des messages difficiles. Ce genre d’attitude vise à vivre les situations plus sereinement, à éviter la frustration ou le conflit (Tricart, 2015). Ainsi, la finalité de l’entreprise ne se limiterait pas au profit. Selon Frankl (2013), « le sens de l’individualité se réalise d’abord dans la communauté. Dans cette mesure, la valeur de l’individu dépend de la communauté. Mais si la communauté elle-même doit avoir un sens, alors elle ne saurait se passer de l’individualité des individus qui la forment. Le sens de la communauté se constitue à partir de l’individualité, et le sens de l’individualité à partir de la communauté ». Il met ainsi en évidence le lien de réciprocité entre les aspirations profondes et personnelles de l’individu et la finalité poursuivie par l’organisation dont la raison d’être dépend elle-même du sens recherché par les individus qui la composent. Nous pouvons ici
  23. 23. 23 faire le lien avec le besoin d’appartenance (Maslow, 1943) dont nous parlerons plus bas qui révèle la dimension sociale de l’individu qui a besoin de se sentir accepté par les groupes dans lesquels il vit. D’autre part, pour approfondir notre réflexion sur l’importance du groupe, il nous semble nécessaire de souligner le lien entre les émotions, les pensées et le comportement d’un individu. Le schéma ci-dessous permet d’avoir une idée de l’influence d’une dimension sur les deux autres (Strulovici-Kamgang, 2015). Figure 2: Relations entre les émotions, les comportements et les pensées (http://www.isk-psy.fr/les-tcc) Partant du principe que ces trois dimensions sont étroitement liées bien que d’autres facteurs biologiques puissent rentrer en compte, nous supposons que toute décision de changement de l’une des dimensions chez un individu entrainera par conséquent le changement des deux autres dimensions. Par exemple si je décide de modifier un comportement qui ne me plait pas il me faudra changer une partie de mon mécanisme de pensées et savoir reconnaitre une émotion qui générerait éventuellement une réaction excessive de ma part. De la même manière, si je souhaite transformer mes émotions négatives en émotions positives de façon à changer le rapport que j’ai avec une situation donnée et me sentir mieux avec moi-même, mon mécanisme de pensées se verra transformé et mes comportements corrigés. Par conséquent, toute modification de l’une de ces variables se verra accompagnée de changements au sein d’un groupe : mon rapport à l’autre et à l’environnement sera différent et la manière dont je me percevrai et dont les autres me percevront évoluera. A partir de ce constat et connaissant l’influence de l’humour sur un individu, nous pouvons affirmer que ce dernier est probablement un outil puissant qui permettrait un
  24. 24. 24 changement d’état d’esprit qui donnerait lieu à un éventuel changement d’attitude et permettrait de se sentir d’humeur positive (par exemple la prise de recul ou un meilleur contrôle sur une situation donnée) (Morreal, 1991 ; Meyer, 1997 ; Dixon, 1980). Si l’humour est capable d’opérer des changements d’attitudes chez un individu, il aurait par conséquent le don de désamorcer des situations conflictuelles, de détendre une atmosphère, de créer un consensus, d’augmenter l’esprit d’équipe et sa cohésion en faisant passer une information de manière plus ou moins subtile qui générera le rire, ce dernier étant fédérateur, provocant notamment un sentiment d’appartenance, sinon à l’entreprise, tout au moins à l’équipe (Dunkan et al. 1990). On parle d’humour utilisé pour « rendre le travail plus acceptable » ou « moins ennuyeux » (on note les visions noires de la notion de travail), ou tout aussi bien pour faire passer des messages qu’il serait, pour les collaborateurs, difficile à faire accepter. L’humour, (en supposant qu’il soit bien utilisé) peut être le vecteur de management du changement (Dunkan, op. cit.). Comme vu précédemment, l’humour participerait à la construction du bonheur. Il soutient la construction de la cohésion d’un groupe et améliore la communication (Meyer, 1997). Cooper (2008) ajoute que l’utilisation de l’humour dans les organisations influence les relations hiérarchiques qu’elles soient de type vertical ou horizontal puisqu’il facilite les échanges. Ainsi, pour revenir au monde du travail qui nous intéresse dans cette étude, l’humour favoriserait les relations sociales entre collègues et par conséquent augmenterait le bien-être au travail (Morreal, 1991). Si nous reprenons la pyramide de Maslow, nous nous situons dans l’étape 3 du processus de motivation d’un individu: le besoin d’appartenance. Figure 3: Pyramide de Maslow (1943)
  25. 25. 25 Par ailleurs, les différents types d’humour employés au travail permettent de réduire les différences de statuts dans la hiérarchie d’une organisation (Vinton, 1989) et la grande utilisation de l’humour par les « superviseurs » a des répercussions sur la satisfaction au travail des employés (Decker 1987). Ainsi, selon nous, cela nous conduirait à nous situer dans l’étape 4 (besoin d’estime), voire 5 (besoin de s’accomplir) de la pyramide de Maslow. Par conséquent, l’humour permettrait d’accroître la motivation des individus, cette chère motivation nécessaire au bien être des collaborateurs, à la réalisation des objectifs mais aussi à l’image que renvoie l’entreprise à ses parties prenantes. Ainsi l’humour étant source de motivation, contribuerait à sa manière à la construction d’un climat social dans l’entreprise. Enfin, lorsqu’il est bien perçu, l’humour améliorerait la communication entre les collaborateurs ou avec les clients. Les très bons commerciaux auraient un fort sens de l’humour (Tricart, 2015). Antoine Riboud, le fondateur de Danone considère même l’humour comme un « art de la séduction » bien utile dans le cadre de la négociation : « la règle de base de la négociation est de mettre à l’aise les gens pour les déconcentrer ». L’humour permettrait alors d’instaurer un climat de détente et de confiance avec son client. Ce procédé porte un nom aux Etats-Unis, on parle de « l’ice-breaking ». Sous la forme d’une activité, d’une blague, d’un jeu ou d’une courte vidéo, le speaker d’une conférence ou le commercial lors d’un premier rendez-vous, cherche à briser la glace face à un public inconnu. Cela permettrait de détendre l’atmosphère et de mettre à l’aise tout le monde ainsi que d’accélérer la relation entre les interlocuteurs (Boussuat, Lefebvre, 2015). Le psychothérapeute Bernard Raquin (1999) confirme : « Présenter les choses avec humour rend moins menaçant et plus sympathique ».
  26. 26. 26 II - Humour et autres intentions Il est cependant important de préciser que l’humour peut prendre différentes formes, qu’il n’est pas perçu de la même manière en fonction des individus et que, parfois, il peut ne pas faire rire. Bien que les individus y adhèrent de façon presque naturelle, il est important de ne pas en négliger les risques (Autissier & Bensebaa, 2011). Car l’humour n’est pas que d’ordre intellectuel mais aussi d’ordre affectif : pour rire, il ne suffit pas de comprendre, il faut « adhérer affectivement » (Cahen, 1995). Parce qu’« on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui » (Desproges), il est important de définir les limites de l’humour au travail. Ces limites sont remarquables à plusieurs niveaux selon Autissier & Bensebaa (op. cit.):  L’humour a parfois un caractère offensant,  L’humour concernerait la remise en cause de l’autorité des managers et de leur crédibilité,  Le manque de contextualisation de l’humour, les différences culturelles, les parcours des uns et des autres peuvent ainsi conduire à de l’incompréhension entre les interlocuteurs. Nous allons revoir ces différentes limites de l’humour, la troisième nous permettra de développer notre proposition en partie III de cette revue de littérature ainsi qu’une partie de notre proposition d’étude terrain. A - L’humour a parfois un caractère offensant Selon Hobbes (Wiseman, 2009) l’humour serait « la manifestation de l’orgueil, de la vanité et du mépris des autres ». Ce philosophe considère que l’objectif du rire est de montrer du doigt. Ses idées s’inscrivent dans le cadre de la théorie de supériorité où le rire serait associé au mépris : nous rions des faiblesses d'autrui. La théorie de supériorité remonterait en fait à l'Antiquité. Platon décrit le rire comme étant indigne de l'Homme, alors qu'Aristote l'associe à la laideur : « La plaisanterie est une injure pleine d’esprit, et cette injure est la disgrâce d’autrui pour notre propre divertissement ».
  27. 27. 27 La théorie du sentiment de supériorité et de dégradation du risible est soutenue par différents penseurs comme Paul Scudo (Wiseman, 2009) : « Le rire est provoqué par la vue d’une imperfection dont nous nous croyons exempts; en riant nous manifestons notre supériorité relative, et nous blessons l’amour-propre des autres. On rit toujours aux dépens de quelqu’un ». On peut observer ce phénomène au théâtre avec les pièces de Molière comme L’Avare ou Le Malade imaginaire qui se moquent des laideurs de l’homme : l'orgueil, la vanité, l'avarice, l'hypocrisie… Cette théorie met en avant le fait que toutes laideurs physiques, intellectuelles, morales, sociales chez autrui ou le sujet rieur sont risibles. « Le rieur exprimerait un plaisir lié à un sentiment soudain de supériorité vis-à-vis de l’objet devenu risible car dégradé et dévalué. » (Chabanne, 2013). Selon Tricart (2015), l’humour a plus de chances d’être blessant s’il vise la personnalité ou l’intimité de l’individu. Un manager qui abuse de ce genre d’humour peut facilement perdre sa respectabilité. Un certain nombre de personnes peuvent se souvenir de situations désagréables quand on a ri à leurs dépens (Autissier & Bensebaa, 2011). Maples (2011) précise que ce qui peut paraître drôle à une personne peut en fait susciter des émotions négatives à d’autres. Dans l’article The use of Humor in the Workplace (Romero et Cruthirds, 2006) nous identifions que l’humour peut être offensif tant sur la forme que sur le fond et, par opposition à ses effets de cohésion sociale vus plus haut, il peut aussi séparer. Il peut être le témoignage d’un comportement déviant : le pervers narcissique dont parle Hirigoyen (1998 ; 2012) utilise volontiers l’humour comme une arme destructrice. D’ailleurs, dans le cadre du harcèlement moral intentionnel (pas nécessairement de la part d’un pervers narcissique) l’humour de moquerie sert à isoler une personne, avec pour objectif de la faire craquer et partir. On parle parfois aussi d’humour négatif qui est défini par l’auteur du site Riskhapiness comme « toute blague ou quelque chose qui passe pour de l'humour dit au détriment d'un autre, d’une organisation, d’une entreprise ou tout autre groupe de personnes humaines ». L’humour négatif peut réduire la satisfaction et l’engagement des employés, il peut parfois même aller jusqu’à dégrader le climat de travail (Susa, 2002). Lorsque l’humour négatif est régulièrement utilisé il peut mettre en jeu l’autorité des chefs, engendrer du cynisme entre les membres de l’organisation mais aussi les éloigner entre eux puisqu’il renforce les différences
  28. 28. 28 de pouvoir et de statuts en excluant certains individus et en en offensant d’autres (Tremblay et al., 2009). Les conséquences se font directement ressentir sur la motivation des employés et la qualité de leur travail. Connaissant le lien étroit entre le climat de travail et la performance d’une organisation, nous pouvons avancer que l’utilisation de l’humour négatif peut être particulièrement nuisible sur le long terme à la pérennité d’une entreprise. L’humour que l’on qualifie d’agressif peut être utilisé pour victimiser, rabaisser ou encore dénigrer (Zillman, 1983). Ce style d'humour est compatible avec la théorie de supériorité qui avance que certaines personnes se sentiraient mieux lorsqu’ils rabaisseraient les autres puisque cela leur permettrait d'atteindre ou d’avoir l’impression qu'ils ont atteint un rang ou un statut plus élevé (Frenkel-Brunswick, 1954 ; Pareto, 1980). Par ailleurs l’humour peut être offensif selon ce qu’il contient. Gaël Brulé (2014), dans son article « Dominateur, protecteur ou néguentropique ? Lecture transnationale de l’humour », distingue deux types d’humour offensifs qui touchent aux différences individuelles : l’humour sexiste/ machiste et l’humour raciste (en référence à l’ethnie donc). Ils contribuent à leur façon à dénigrer une personne ou un groupe de personnes dans le but de favoriser un sentiment de supériorité vis-à-vis d’une catégorie d’individus différente de la sienne (Frenkel-Brunswick, 1954 ; Brulé, 2014). La maladresse est une autre forme d’humour à caractère offensant ; Cooper (2005) suggère qu’il faut y apporter du tact car la maladresse arrive vite lorsque l’on utilise l’humour pour flatter. C’est un bon moyen d’obtenir de la motivation, mais très vite on peut obtenir l’inverse ; on recherche une complicité mais on peut trouver des réticences, rien que le soupçon de manipulation… B - L’humour comme outil de défense Que l’humour puisse parfois être agressif laisse entrevoir la fonction cathartique et défensive du rire, qui permet de mettre à distance les affects agressifs et douloureux de par le pouvoir de distanciation qui lui est propre (Pasqueron de Fommervault, 2012). Les actes terroristes perpétrés contre le journal satirique Charlie Hebdo en janvier 2015 sont un excellent exemple pour illustrer le caractère défensif de l’humour : les dessinateurs du journal prenaient de la distance face aux problèmes de société, caricaturant les tensions sociétales,
  29. 29. 29 politiques et religieuses à l’ordre du jour pour les surmonter. Pour l’auteur, il est question ici du « rire pour ne pas pleurer» qui s’observe dans certaines sociétés en situation de crise sociale : dans un tel contexte, le rire devient un mécanisme de défense, il est un exutoire. Selon le DSM IV (American Psychiatric Association, 1995, p. 875), l’humour est répertorié comme l’un des 31 mécanismes de défense en tant que « processus psychologiques automatiques qui protègent l’individu de l’anxiété ou de la perception de dangers ou de facteurs de stress internes ou externes ». Dans cette optique, l’humour y est défini comme le « mécanisme par lequel le sujet répond aux conflits émotionnels ou aux facteurs de stress internes ou externes en faisant ressortir les aspects amusants ou ironiques du conflit ou des facteurs de stress ». Il permettrait de s’adapter de manière optimale aux facteurs de stress. Martin (2004), insiste sur la valeur ajoutée de l’humour qui permet une prise de distance face au vécu de circonstances stressantes ; l’humour rend ainsi à l’acteur menacé son sentiment de prise de recul par rapport à la situation. L’humour, selon Freud (Chabanne, 2002), est un mécanisme de défense. Il nous permet l’économie d’une émotion pénible. En d’autres mots, l’humour nous permet de court-circuiter une douleur psychique. Le rire peut alors être un moyen de détente et de désamorcer les tensions. La théorie psychophysiologique ou théorie de la décharge (Freud, 1905) explique le rire par le passage soudain d’un état psychique intense à un autre beaucoup plus « relâché » : ce contraste brutal provoquerait le rire par un phénomène de « débordement énergétique bloqué sur le plan psychique et dont le surplus s’écoule par la voie comportementale, facio- respiratoire du rire ». Le rire permettrait donc de libérer une tension, un surplus d'énergie psychique mobilisé auparavant et devenu dorénavant inutile. Rire correspondrait alors au plaisir de « l’épargne de l’effort psychique […] nécessité par l’inhibition ou la répression » (Chabanne, 2002). Ainsi, le rire permet de se défouler, de relâcher les tensions imposées par les codes et les conventions. Selon Freud, il implique également une certaine régression, avec un retour vers l'enfance. En entreprise, l’humour peut alors être un outil utile et efficace dans les moments de crise, qui exigent des adaptations, des efforts, des changements voire parfois des sacrifices de la part des salariés. Selon Tricart (2015), « le rire et l’humour peuvent alors jouer le rôle de psy réconfortant ; Ils dédramatisent, soulagent les angoisses et fédèrent le personnel, diminuant le risque de « guéguerres » au sein d’une même équipe ou entre les services ».
  30. 30. 30 En s’intéressant à la fonction défensive de l’humour nous pouvons facilement établir une relation avec le caractère subversif que celui-ci peut avoir et ainsi en conclure que l’humour serait un outil permettant de remettre l’autorité en cause en évitant, minimisant des sujets abordés, en remettant en question l’ordre établi en décrédibilisant l’autorité et la légitimité des détenteurs de pouvoir. C’est bien pourquoi l’humour dans le cadre du travail peut facilement sembler subversif comme nous allons le développer ci-après. C - L’humour comme remise en cause de l’autorité Si l’humour est un mécanisme de défense, il peut également être utilisé pour dénoncer ou tourner en dérision des problèmes de société par exemple. Ce procédé n’est pas récent. La commedia dell’arte, qui apparait au XVIe siècle en Italie se sert de personnages caricaturaux pour représenter avec drôlerie la société qui les entoure. Le grand Rabelais pousse très loin la satire avec Gargantua. Les ennemis de l’humanisme sont raillés et discrédités tout au long du roman. Rabelais se sert alors du rire pour sa double dimension argumentative et critique. Dans un autre registre, Voltaire, entre 1694 et 1778, écrit des pièces (Candide ou Zadig) dans lesquelles l’humour est utilisé pour décoiffer la société et les monarques (Chabanne, 2002). C’est principalement au XIXe siècle que la presse satirique se développe, utilisant l’humour jusqu’à devenir une « arme démocratique face aux bouleversements et à l’exploitation ouvrière » (Tricart, 2015). L’humour satirique connait son âge d’or au XXe siècle avec les dessins humoristiques et des journaux comme l’hebdomadaire Le Canard enchainé. En Mai 68 et dans les années qui suivent, l’aspect contestataire de l’humour est souligné avec les journaux satiriques Hara-Kiri, Charlie Hebdo et leurs dessinateurs Reiser, Cabu… Mais dans les années 2000, l’humour semble s’être assagi. Comme le souligne Tricart (2015), la censure, le poids de l’économie, la peur du lendemain, du chômage…ont « emmitouflé cet art dans du politiquement correct et dans la fantaisie sage ». Pour en revenir aux attaques contre le journal satirique Français, il faut se rendre à l’évidence que l’humour n’a pas uniquement l’amusement ou le rire comme effet. C’est un fait, les caricatures publiées par l’équipe de ce journal se voulaient moqueuses et transgressives envers des autorités politiques, religieuses ou sociales sous couvert de la liberté
  31. 31. 31 d’expression. Ici l’humour remplissait une fonction libératrice puisqu’il permettait de dénouer une certaine tension que provoquaient les sujets de société (islamisation, mariage homosexuel, propos du Pape, déboires des politiques, conflit Israélo-Palestinien, etc.). L’humour peut donc servir d’exutoire et Bergson (1900, p. 83) d’ajouter que « le rire châtie certains défauts à peu près comme la maladie châtie certains excès. ». Ainsi, sous le mode de la dérision, l’humour rend supportable l’insupportable et donne ainsi à l’individu une supériorité qu’il n’avait pas (Pasqueron de Fommervault, 2012). Dans l’essai Désobéir par le rire, les auteurs du collectif Les Désobéissants (2010), stipulent que « (…) si le rire joue un rôle de catharsis permettant l’évacuation de la colère, de la frustration ou de la souffrance, et donc des pulsions de violences que nous éprouvons dans certaines circonstances », ce en quoi il désamorce les risques d’affrontements ou de conflits, il ébranle aussi l’autorité, remet en cause le consensus lénifiant et « ruine en peu de mots, de gestes ou de symboles les stratégies de communication manipulatrices et coûteuses des détenteurs du pouvoir». L’idée principale de l’essai est de présenter l’humour comme une arme politique à forte portée subversive, capable de remettre en question l’ordre établi, mais aussi d’éroder l’autorité, la crédibilité, voire la légitimité des détenteurs du pouvoir à travers les abus auxquels ils pourraient se livrer (Savatier, 2010). Il s’agit bien pour certains acteurs de l’entreprise, non reconnus socialement comme ayant un « statut », de retrouver une identité par le biais de la moquerie envers les managers. C’est l’humour de résistance, qui génère, plutôt qu’une dynamique positive pour l’entreprise, une contre-culture qui peut être dommageable.
  32. 32. 32 III - Humour et contexte Comme tous les modes de communication, l’humour obéit à certains mécanismes et règles. Les théories intellectualistes (théories du contraste et de l’incongruité), essentiellement soutenues par Kant et Schopenhauer, expliquent le rire par le caractère incongru de la situation : l’individu rit par surprise suite à une absurdité ou à une contradiction qu’il n’attendait pas. Selon Kant, c’est principalement ce changement brutal et ce contraste qui provoqueraient le rire : le rire serait « une émotion qui résulte du soudain anéantissement de la tension d'une attente » (Chabanne, 2002). On peut citer quelques exemples de mécanismes qui provoquent le rire : - La chute de la phrase est imprévue : on s’attend à quelque chose mais la chute est toute autre, - La déformation de la réalité : principe des caricatures par exemple, - L’exagération : les mimiques de Louis de Funes par exemple, - Les allusions et quiproquos : humour burlesque ou loufoque, - La répétition : par exemple dans les films de Charlie Chaplin. Mais l’humour est toujours à replacer dans un contexte. Comme nous l’avons vu, ses retombées ne sont pas toujours positives. On peut alors se demander s’il y a des contextes ou des variables qui influencent et déclenchent le rire « positif » et notamment en entreprise. Outre l’importance du cadre, on peut également s’interroger sur l’influence du « profil » des individus : les hommes et les femmes apprécient-ils des blagues différentes ? Les habitants des différents pays s’amusent-ils des mêmes choses ? Les jeunes rigolent-ils plus ? L’humour est-il un trait de personnalité ? Notre sens de l’humour change-t-il avec le temps ? Peut-on rire de tout ? En 2001, Wiseman, psychologue et prestidigitateur britannique, a eu l’idée folle de mener un projet de recherche sur la blague la plus drôle du monde, projet soutenu par l'association britannique pour le progrès des sciences. Il s’agissait d’une étude en ligne, sur un site internet (le LaughLab, le labo du rire) sur lequel les internautes étaient invités à proposer leurs blagues mais aussi à noter celles déjà en ligne. Sur son blog, Wiseman explique que les internautes étaient interrogés sur leur âge, leur sexe et leur origine géographique afin de déceler d’éventuelles similitudes / préférences entre différentes catégories de gens. Ce projet
  33. 33. 33 fit parler de lui dans le monde entier, plus de 40 000 blagues furent publiées et il recueillit plus de 1,5 million de votes ! Seules les blagues déplacées, qui ne convenaient pas à un public familial étaient exclues. La notation allait de 1 à 5 : de « pas très drôle » à « très drôle ». Les résultats des différentes études menées dans le cadre du Laughlab (Wiseman, 2009) semblent confirmer la théorie de la supériorité : les blagues les mieux notées avaient toutes un point commun : elles créaient un sentiment de supériorité chez le lecteur. Une étude de 1976 demandait aux gens de décrire des personnages comiques et les adjectifs les plus fréquents étaient « gros », « difforme », «stupide ». Sur le site du LaughLab, en moyenne 15% des femmes appréciaient les blagues qui raillaient les femmes contre 50% des hommes. La théorie de la supériorité se vérifie également au niveau culturel : par exemple les Anglais se moquent traditionnellement des Irlandais ou les Français des Belges… Selon Wiseman (2009), « Dans tous les cas, il s’agit de groupes qui tentent de se divertir aux dépens d’un autre ». Après 5 ans d’étude et de mise en ligne, le LaughLab révélait la blague la plus drôle du monde, c’est-à-dire la mieux notée par les internautes, jugée à 55% d’entre eux comme « drôle » : « Deux chasseurs sont dans les bois quand l’un d’entre eux s’écroule. Il n’a pas l’air de respirer et ses yeux sont vitreux. L’autre chasseur attrape son téléphone et appelle les secours : « Mon ami est mort ! Que dois-je faire ? » L’opérateur répond : « Calmez-vous, je vais vous aider. Tout d’abord, assurez-vous qu’il est bien mort ». Un silence, puis on entend un coup de feu. Le chasseur dit : « C’est fait. Et maintenant ? » Wiseman a demandé au psychiatre anglais Gurpal Gosall son analyse. Il a déclaré : « Elle leur remonte le moral parce que cela leur rappelle qu’il y a toujours quelque part quelqu’un de plus stupide qu’eux-mêmes. » Nous en revenons une fois de plus à la théorie de la supériorité. En général, quand nous définissons un groupe d’individus qui partagent nos vues et notre sens de l’humour, nous caractérisons les autres comme des « outsiders » ce qui peut relever de l’offense ou de l’exclusion et constituerait un des dangers de l’humour (Terrion et Ashforth, 2000). Nous venons de décrire, dans les chapitres précédents, certaines fonctions de l’humour: sociales – dynamiques de groupe ; individuelles – santé, créativité, concentration, efficacité ; notions de bien-être au travail et ses répercussions sur la relations clients… Il nous
  34. 34. 34 semble que nous devrions plus insister sur la contextualisation, puisque l’humour, lorsqu’il est intentionnel, tisse les liens ou alors sépare. D’autre part, il nous semble important de faire un point sur le processus de la perception puisqu’il fait partie intégrante du mécanisme de communication. Il influence le comportement de chaque individu (Brunet, 1974) et par conséquent la manière dont est reçu ou compris l’humour et cela va avoir une répercussion directe sur la réaction d’une personne face à un type ou une forme d’humour utilisé. Le processus de perception est un processus d'attribution de sens aux messages reçus et événements vécus. La perception est influencée par le profil de l’individu (personnalité, âge, culture…), par son état d’esprit du moment, par son rôle et sa compréhension des communications antérieures dans un même contexte (Brunet, 1974). Les individus interprètent leur environnement afin de répondre de manière appropriée mais parfois, la complexité des milieux peut rendre impossible le traitement de toutes les informations. Ainsi on a tendance à développer des raccourcis pour traiter cette information ce qui entrainent parfois des erreurs de perception (The McGraw-Hill Companies, 2011). The (McGraw-Hill Companies, 2011, highered.mheducation.com/sites/dl/.../perception.ppt) Si la perception est l’un des facteurs responsable du comportement d’un individu il nous semble indispensable que, dans le cadre de l’utilisation de l’humour, il y ait une contextualisation pour éviter le plus possible une mauvaise interprétation de l’information et par conséquent des comportements surprenants ou déstabilisants. Bien que la contextualisation ne suffise pas à la compréhension de l’humour par tous, elle est probablement un premier pas vers l’interprétation la plus juste possible des informations. Figure 4 : Processus de perception (2011)
  35. 35. 35 A - L’humour, une question de perception Nous l’avons vu, l’humour n’est pas utilisé et perçu de la même manière par tous les individus. Notre éducation, nos expériences personnelles, nos croyances, notre personnalité et de multiples facteurs influencent la manière dont tout un chacun perçoit le monde et réagit face à l’humour. Selon Priego-Valverde (2003 :15), « chaque individu semble (…) avoir un seuil de tolérance à ne pas franchir et qui concerne aussi bien les thèmes tournés en dérision (tout le monde n’apprécie pas l’humour noir ou l’autodérision par exemple), que la fréquence et les moments où l’humour peut ou non faire son apparition». Comme nous l’avons dit, l’humour est indissociable du contexte et de la situation dans laquelle il intervient. Ainsi, on peut s’interroger sur le « qui » en fonction de la personnalité et de la perception de l’individu. Selon Bougerol (2010, 2011) professeur à l’université Joseph Fourier de Grenoble, la personnalité permet à l’individu de « sentir, percevoir, penser et agir » et influencerait donc en grande partie la perception et le comportement de l’individu. D’ailleurs certains outils de développement personnel comme le Myers Briggs Type Indicator (1980), ou l’outil de Process Communiation (Kahler, 2010) mettent en évidence ces différences de perception du monde en fonction du profil de personnalité de l’individu et encouragent à découvrir les perceptions des autres profils sienne pour comprendre les mécanismes étrangers aux siens afin de se projeter et de pratiquer la métacommunication pour de meilleurs rapports aux autres. La Process Com a été développée dans les années 70 par l’américain Taibi Kahler Docteur en psychologie. Ses études ont été subventionnées par la NASA pour recruter les astronautes. Ses travaux ont été récompensés par le prix Eric Berne. Aujourd’hui, plus d’un million de personnes ont été formées à la Process Com dans le monde. Ce modèle a pour principal objectif de découvrir et comprendre sa propre personnalité et celle des autres (Casanova, 2014). C’est un outil utile en termes de management de communication. Il permet pour chaque profil, de connaitre et comprendre : - Les besoins fondamentaux de l’individu - Ses points forts / comportements sous stress (aux premiers et seconds degrés de stress) - Le mode de perception / canal de communication privilégié - Ce qui le motive - Environnent préféré
  36. 36. 36 - Styles de management privilégié Si la personnalité influence la perception de l’individu, elle a par conséquent un impact sur l’humour qui dépend lui-même de la perception de l’individu. On peut définir la personnalité comme étant « l’ensemble structuré des dispositions innées et des dispositions acquises sous l’influence de l’éducation, des interrelations complexes de l’individu dans son milieu, de ses expériences présentes et passées, de ses anticipations et de ses projets » (Sillamy, Dictionnaire de Psychologie, 2010). Cette définition met en évidence l’influence du contexte dans lequel évolue l’individu sur la construction de sa personnalité. Elle est influencée d’une part par l’hérédité de l’individu (caractéristiques physiques, sexe) et par son environnement (facteurs culturels, milieu social, facteurs conjoncturels, expérience…). La personnalité se construit tout au long de la vie d’un individu, mais, d'après la psychanalyse, plus particulièrement pendant les onze premières années de la vie. Selon Freud, les trois instances de la personnalité, le ça, le moi et le surmoi, existeraient dès l’origine. Le ça correspond aux dispositions héréditaires et à « l’énergie pulsionnelle ». Le surmoi se constitue par l’intériorisation de tout ce que l’éducation apporte à l’enfant (les interdits, les valeurs morales et leur hiérarchie). Le « moi » sert de « médiateur » entre le « ça » et le « surmoi » et adapte la personnalité à la réalité extérieure. (Sillamy, Dictionnaire de Psychologie, 2010). Mais la personnalité est-elle pour autant prédéterminée et définitive ? Il existe de nombreuses théories sur les origines, le développement ou la dynamique de la personnalité. Notons les théories de l’apprentissage ou du conditionnement (Pavlolv, Watson) qui insistent sur l’évolution de la personnalité en fonction du contexte. Selon eux, c’est la répétition d’épreuves qui serait à l’origine du processus d’apprentissage de l’individu. Les individus, une fois l’apprentissage « intégré », répéteraient alors un certain schéma de comportement dans des situations similaires. (Sillamy, 2010). On peut considérer l’humour et le fait de rire comme une forme de comportement à part entière. Alors quel est le lien entre la personnalité et le comportement et potentiellement, la propension d’un individu à rire ? L’humour est-il un trait de personnalité ? Le schéma ci-après résume bien les différentes influences qui peuvent s’exercer sur le comportement : si la point de départ est bien la personnalité, c’est aussi la perception de
  37. 37. 37 l’environnement extérieur et la motivation qui vont influencer le comportement et donc le rire. Source : Né, I. (2015).Présentation PowerPoint « Personnalités, émotions et comportements sous stress », cours GEM, On sait qu’une personne stressée réagit moins bien à l’humour. Car si l’humour est favorable au bien-être, le bien-être est également indispensable pour faire fonctionner tous ses neurones et utiliser l’humour. Un corps fatigué, des muscles à l’arrêt altèrent notre efficacité à faire rire (Tricart, 2015). Etre en bonne santé physique et mentale développe notre écoute à l’autre et améliore donc notre réceptivité à l’humour. On peut alors s’interroger sur le lien entre la personnalité et la résistance au stress : certaines personnalités sont-elles plus sensibles au stress ? Pourquoi certains semblent parfaitement le gérer tandis que d’autres semblent se laisser envahir et contrôlé par leurs émotions ? Cela s’explique-t-il par la personnalité ? S’il semble difficile de répondre à ces questions, on peut néanmoins s’intéresser aux différents comportements de réaction au stress. Le test de personnalité Process Comm a identifié un certain nombre de comportements sous stress pour chaque profil de personnalité (processcommunication.fr). Figure 5: Influences sur le comportement
  38. 38. 38 Dans le cadre de la personnalité et de son influence sur la résistance au stress et l’humour, on peut s’intéresser au « quotient émotionnel » de l’individu (Mayer & Salovey, 1997 ; Dorn, 2009), à savoir son « habileté à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres ». Goleman, Baron et Petrides & Furnham considèrent l’intelligence émotionnelle non pas comme une forme d’intelligence parmi d’autres mais comme un ensemble de traits de personnalité (Dorn, 2009). Goleman (1995) définit lui-même l’intelligence émotionnelle comme étant composée de cinq aptitudes : « l’empathie, l’aptitude à se motiver ou à persévérer dans l’adversité, à maîtriser ses pulsions et à attendre avec patience la satisfaction de ses désirs, la capacité de conserver une humeur égale et de ne pas se laisser dominer par le chagrin au point de ne plus pouvoir penser, et la capacité d’espérer ». Si l’humour permet à l’individu d’affirmer son identité il aurait alors un caractère social qui a toujours fait consensus car il est conçu comme l’expression d’un état émotionnel de joie, de supériorité, d’agressivité ou encore d’incongruité (Dunkan et al., 1990 ; Pasqueron de Fommervault, 2012). Ainsi le rire génère des émotions humaines et ces dernières sont déclenchées par la perception que nous avons des situations et événements qui nous entourent - la perception ayant comme fondation nos croyances - (Thibodeau, 2002). Il nous parait donc évident et nous l’avons tous surement déjà expérimenté, que même au sein d’une famille, la réaction face à l’utilisation de l’humour ne sera pas la même en fonction des individus. La famille étant le berceau de la société puisque c’est en son sein que l’on y grandit et que l’on y expérimente la vie, nous en concluons que les perceptions des individus face à l’humour seront toujours différentes et multiples et qu’au-delà de nos croyances, elles seront marquées par notre culture qui, selon le Larousse (2015) se définit comme : - L’ensemble des phénomènes matériels et idéologiques qui caractérise un groupe ethnique ou une nation, une civilisation par opposition à un autre groupe ou à une autre nation, - Un ensemble de signes dans un groupe social, caractéristiques du comportement de quelqu’un qui le différencie de quelqu’un appartenant à un autre groupe social.
  39. 39. 39 Ainsi on peut se demander si l’âge de l’individu influence sa perception du fait d’un certain décalage au niveau des expériences vécues. Par exemple un jeune adolescent n’aura pas vécu les mêmes expériences qu’un quinquagénaire même s’il parait difficile d’analyser et de généraliser les perceptions des individus en fonction de leur âge. D’ailleurs, on trouve très peu d’écrits à ce sujet. On sait seulement que certaines dispositions sont favorables au rire comme par exemple la flexibilité ou la détente pour plus de détachement et d’autodérision (Tricart, 2015). Cependant, il parait difficile d’affirmer que les adolescents sont plus « flexibles » que leurs parents (peut-être plus détendus ?). D’autre part, le rire à un aspect libérateur, il sort des cadres préétablis : en ce sens, on comprend qu’il soit largement utilisé dans la communication de l’adolescent (Raquin, 1999). On peut également s’interroger sur l’influence (ou non) du sexe sur la perception de l’individu et son rapport à l’humour. Dans son ouvrage, Tricart (2015) cite différents auteurs à ce sujet : La Québécoise Lucie Joubert affirme « l’homme fait des blagues pour séduire la femme, la femme en rit pour plaire à l’homme et lui indiquer qu’elle est en train d’être séduite ». L’humour serait alors un mode de séduction implicite avec des codes. Mais il serait moins bien perçu lorsqu’il viendrait des femmes : « une femme qui se met à user de l’humour inverse le scénario, prend les commandes et déstabilise l’homme ». Selon les études menées par le Docteur Wiseman, les hommes racontent plus de blagues que les femmes. Cette différence a été constatée dans de nombreux pays et s’observe même chez les enfants. Selon lui, cela peut s’expliquer par le fait que les femmes éviteraient les blagues par crainte d’une éventuelle connotation sexuelle ou violente. Il donne également une explication liée au statut social : traditionnellement les femmes ont un statut social moins élevé et seraient plus habituées à rire des blagues plutôt que d’en raconter. Selon Wiseman (2009) : « les personnes jouissant d’un statut élevé racontent généralement plus de blagues que les personnes situées au bas de l’échelle sociale ». Il note toutefois une exception pour l’autodérision, davantage utilisée par les personnes issues de milieux modestes. Une étude menée sur des humoristes a montré que 63% des textes de femmes incluaient l’autodérision contre 12% pour les hommes…
  40. 40. 40 B - Humour et culture d’entreprise Schein (2010) définit la culture d'entreprise comme “un ensemble de prémisses et de croyances partagées que le groupe a appris au fur et à mesure qu'il a résolu ses problèmes d'adaptation externe et d'intégration interne, qui a fonctionné suffisamment bien pour qu'il soit considéré valide, et par conséquent est enseigné aux nouveaux membres comme la manière appropriée de percevoir, de penser et de ressentir par rapport à ces problèmes”. Il s’agit donc d’une notion fortement liée à l’histoire de l’entreprise, à ses valeurs, et aux personnalités qui l’ont façonné. L’auteur distingue trois niveaux d’éléments qui constituent cette culture d’entreprise: - les artefacts: tous les aspects visibles qui caractérisent une entreprise, comme l’habillement, le vocabulaire utilisé, les comportements observables, les blagues, les mythes fondateurs, - les valeurs: les stratégies et objectifs diffusés par le management et la direction de l’entreprise, - les prémisses: les croyances, elles sont l’essence-même de la culture d’entreprise, beaucoup plus difficilement observables et jamais remises en cause. (Delemotte, 2011) Figure 6: Les trois cercles de la culture d'entreprise de Schein (2011)
  41. 41. 41 Selon la deuxième définition de culture du Larousse et regardant le thème de notre étude, il nous semble cohérent de parler de culture d’entreprise. Comment l’humour intervient-il dans les entreprises ? Quels avantages tire-t-on de l’utilisation de l’humour en entreprise ? Dunkan et al. (1990) notent que la recherche sur l'humour dans les organisations s’est concentrée sur quatre grandes questions : la cohésion du groupe, la communication dans les paramètres du groupe, la culture organisationnelle et le leadership, le pouvoir et le statut des relations. L’analyse indique que l'humour peut favoriser un sentiment de communauté, comme quand une blague est partagée et peut favoriser l’assimilation et le partage des apprentissages, comme lorsqu’une blague est utilisé pour tester ou transmettre une interprétation. En tant que tel, l'humour peut être considéré comme un moyen de créer et de maintenir l’organisation ou la culture du groupe mais aussi comme un stimulus culturel et un lubrifiant culturel (Trice & Beyer, 1993). La mondialisation et le libéralisme qui l’accompagne ont provoqué l’accroissement de la diversité sur le lieu de travail. Cela peut être non seulement une source de nouvelles idées, mais aussi une source de conflit (Romero & Cruthirds, 2006) si le changement n’est pas bien géré, si les processus d’intégration ne sont pas adaptés et inefficaces. Il est bon de pouvoir à cet instant se rappeler que « le rire est le propre de l’homme » écrivait Rabelais dans Gargantua et qu’il améliore la flexibilité mentale, favorise la tolérance devant la nouveauté, la tolérance a l’ambiguïté et au changement, il facilite la pensé divergente comme la créativité à l’heure de résoudre des problèmes (Morreal, 1991). Par ailleurs, sur un lieu de travail, les professions étant diverses et variées, nous faisons face aux travaux interdisciplinaires, eux-mêmes conséquence des équipes multidisciplinaires (Fortin & Méthot, 2004). La multidisciplinarité juxtapose les savoirs et les actions de diverses disciplines de façon parallèle ou consécutive, sans vision globale commune ou sans objectifs partagés (Fortin, 2000a; Guay, 1998; Larivière, 1997). Comme vu précédemment il semble que l’intervention de la métacommunication dans le cadre des travaux interdisciplinaire soit nécessaire pour favoriser la compréhension et le partage d’informations car selon Fortin & Méthot (2004), les membres de l’équipe interdisciplinaire devront connaître suffisamment l’univers professionnel et culturel d’autrui pour pouvoir communiquer efficacement, notamment par l’apprentissage d’un langage
  42. 42. 42 commun. Ils ajoutent que l’humour peut être utile dans le cadre de cet apprentissage constant puisqu’il aide à persuader et favorise l’apprentissage. Dans cette optique, il y a douze ans, Serge Grudzinski, convaincu que l’enthousiasme est créateur de dynamisme, a monté son propre cabinet d’humour, le « Humour Consulting Group ». Ce Polytechnicien entend que par le dynamisme généré par l’enthousiasme, l’entreprise trouve ou retrouve une forte cohésion d’équipe permettant plus aisément la réalisation d’objectifs. Intervenant dans le cadre de séminaires ou de conventions d’entreprise, il traite en profondeur et avec humour les problèmes essentiels et spécifiques de chaque entreprise. Nous pouvons lire sur leur site internet qu’il a été donné « depuis 1993, plus de 600 interventions auprès de plus de 200 sociétés de tous secteurs parmi les plus prestigieuses d'Europe et d'Amérique du Nord et, chaque fois, le succès est aussi grand qu'unanime ». Ainsi nous voyons que le rire permet de rassembler, qu’il génère l’enthousiasme et favorise le dynamisme au sein des équipes. Si une culture d’entreprise favorable à l’humour instaure une bonne ambiance et booste la motivation des équipes, on peut se demander comment elle se construit. Figure 7: La construction de la culture d'entreprise (Hierle, 2000)
  43. 43. 43 On voit sur ce schéma que la personnalité des fondateurs joue un rôle dans la construction de la culture d’entreprise : selon Hierle (2000) « Lors de la création de l’entreprise, le créateur est plus qu’un apporteur de capitaux. Il prépare l’avenir de l’entreprise selon ses connaissances, mais également en fonction de ses croyances, de sa personnalité et de sa philosophie ». Mais c’est également la personnalité du salarié qui va influencer sa culture professionnelle et son adhésion à la culture d’entreprise (et indirectement à la personnalité du dirigeant). De nombreuses entreprises se sont intéressées à la personnalité dans leur processus de recrutement, ou dans le cadre du processus d’évaluation. L’objectif étant principalement d’anticiper le comportement du collaborateur dans telle ou telle situation professionnelle et de mieux constituer les équipes. Mais cela peut faire référence aux théories implicites de la personnalité (Bruner et Tagiuri, 1954) : dans un souci permanent de contrôle et de maitrise de son environnement, l’individu cherche à « évaluer » la personnalité de l’autre. Il cherche à se faire une idée globale de la personne et tire alors des conclusions, souvent infondées et erronées. Par exemple, suite à l’observation de tel ou tel trait de caractère, l’être humain est tenté de déduire la présence ou l’absence d’autres caractéristiques, qu’il va juger incompatibles avec les premières. Surtout, l’être humain a tendance à déduire certains comportements à partir de l’idée qu’il se fait de la personnalité de l’autre. Or non seulement la personnalité ne fait qu’influencer le comportement mais aussi elle est difficilement perceptible de façon objective par l’autre (Sillamy, 2010). Alors comment définir et mesurer la personnalité d’un individu en entreprise ? Parmi les outils de mesure de la personnalité, on trouve les tests de personnalité dont les plus connus sont le Myers Briggs Type Indicator (MBTI), le 16 Personnality Factors (PF), le Five Factors, le questionnaire Keirsey ou encore Process Communication (Né, 2015). Les tests de personnalité les plus utilisés en entreprise sont le MBTI et Process Communication. Ces deux questionnaires de personnalité se présentent sous la forme de QCM : le candidat doit choisir la proposition qui correspond le mieux à sa manière de faire, de penser ou de ressentir les choses dans une situation donnée. Les questions sont donc souvent posées en fonction d’un contexte précis. (Casanova, 2014).
  44. 44. 44 C - Humour et influences culturelles Il existe une connexion indéniable entre humour et culture: plus une culture est éloignée de la nôtre, dans le temps et dans l’espace, plus l’humour semblera grossier, étrange, absurde, ou tout simplement incompréhensible (Apte, 1985). Si on ne comprend pas les blagues des autres, c’est bien souvent à cause de différences culturelles: il faut saisir les références auxquelles la personne qui fait de l’humour fait appel, et si ces références ne font pas partie de notre culture, on ne les connait pas. De plus, différentes cultures n’ont pas le même sens de l’humour: ce qui est drôle pour un peuple peut être choquant, très gênant voire répugnant pour un autre peuple (Kuipers, 2015). Au-delà de la psychologie individuelle, il faut donc prendre en compte le poids de la psychologie collective. « Chaque individu est influencé par une transmission familiale ou culturelle " explique Marc-Alain Ouaknin (1998). Selon Hofstede (2009), en dehors de la différence entre les sexes, les gens ne font pas les mêmes sortes de blagues à travers le monde. Il existe des différences à la fois dans le processus de l’humour, dans le style de plaisanterie et dans le contenu. En effet, chaque culture ou nationalité a ses codes, sa culture, son histoire. « L’humour est parfois dépendant du vécu des peuples, il est donc difficile à cerner » écrit Dhombres (2007). Nous pouvons justifier nos propos grâce à l’analyse de Pasqueron de Fommervault (2012), qui soutient que le rire et l’humour peuvent être considérés comme de véritables facteurs identitaires, dans la mesure où ils participent à la formation et à la distinction des identités collectives. Selon Ouaknin (2012), « l’humour a permis à des millions de Juifs de préserver leur identité, la blague faisant office de signe de reconnaissance. Mais depuis toujours, la tradition juive insiste également sur sa valeur pédagogique. Il est recommandé de faire débuter chaque séance d’étude des textes sacrés par une histoire drôle, car on considère que l’humour ouvre l’esprit ». L’humour juif tourne beaucoup autour de l’autodérision et rit des contingences humaines et en particulier de l’homme comme père, époux, travailleur… (Tricart, 2015) D’après une étude internationale (Sampietro, 2009), chaque pays a un humour bien particulier qui lui est propre et qui se distingue de celui de ses voisins :
  45. 45. 45  L’humour italien, par exemple, est basé sur la moquerie, l’autodérision, et l’utilisation de jeux de mots. Ils sont friands d’humour à connotation sexuelle, et aiment rire des différences de genres et de cultures. Ils utilisent aussi beaucoup les expressions du visage pour faire rire, comme les grimaces (Autissier et Arnéguy, 2012).  L’humour français préfère la moquerie à l’autodérision. Il utilise beaucoup les jeux de mots et le rire à propos des règles sociales, se rapprochant ainsi de l’humour italien, sans pour autant être aussi vulgaire et sans s’amuser des différences culturelles. On ne rit pas des différences hiérarchiques en France (Autissier et Arnéguy, 2012).  Les Allemands préfèrent l’autodérision à la moquerie, ils aiment beaucoup les jeux de mots. Ils rient des différences entre les niveaux hiérarchiques. Leur humour ne contient que très peu de connotations sexuelles et de grossièretés (Autissier et Arnéguy, 2012).  L’humour américain utilise beaucoup l’autodérision et très peu la moquerie, il est fait de jeux de mots et de blagues sur les différences de niveaux hiérarchiques dans le travail, comme les Allemands. Ils n’utilisent pas l’humour à connotation sexuelle car le harcèlement est une de leurs grandes peurs. Ils excellent dans l’utilisation de l’”opening joke” en début de réunion ou de meeting, peu importe son importance (Autissier et Arnéguy, 2012). On a vu des présidents américains faire des blagues devant des centaines de journalistes. Par exemple, Barack Obama se moquant de la sonnerie d’un téléphone portable qui faisait un bruit de canard en pleine conférence de presse a dit: “Je ne savais pas qu’il existait des sonneries aussi ridicules!” (Le Journal de l’info, 2009).  L’humour britannique est complètement basé sur l’autodérision. Il est constitué de blagues sur les différences culturelles et hiérarchiques, ainsi que de nombreux jeux de mots (Autissier et Arnéguy, 2012). L’humour anglais est aussi basé sur l’absurde, les jeux de mots, les gags visuels. Quelques exemples de figures emblématiques de l’humour anglais : Jérome K. Jérome, Oscar Wilde, les Monty Python, Mr Bean…
  46. 46. 46 Mais ce type d’humour ne parvient pas toujours à faire son effet auprès du public français (Tricart, 2015).  Les Japonais semblent utiliser l’humour bien moins que les autres. Ils n’utilisent presque pas la moquerie, ils ne rient pas des différences de niveaux hiérarchiques. Il existe néanmoins, dans certaines entreprises, des salles spéciales où il est permis et de grimacer et de se moquer devant un portrait de son patron, mais jamais en public (Autissier et Arnéguy, 2012). Au Japon, le rire est mal vu et particulièrement en entreprise : une blague n’est acceptée que si l’interlocuteur a été prévenu au préalable afin d’éviter une incompréhension ou une maladresse qui pourrait s’avérer impolie.  Le rire fait l’objet d’une véritable industrie chez les Québécois où l’on dénombre une multitude de festivals, d’émissions TV, de talk-shows, d’articles de presse voués au rire etc. (Tricart, 2015).  Selon Diaz (Tricart, 2015) l’humour africain est rarement réprimé : « quand le rire arrive, il est toujours le bienvenu, on ne l’empêche pas, on le laisse aller ». Le rire est franc, spontané, chaleureux et tonitruant. Selon le réalisateur Mahamat Saleh Haroum, c’est un moyen de se donner du courage. Pour revenir sur le concept de perception, il nous semble intéressant d’aborder les erreurs les plus courantes dans le processus d’interprétation des informations. Si les individus ne font pas les mêmes blagues à travers le monde c’est parce qu’ils n’ont pas grandi au sein de la même culture et ont un passé propre. Il existe quatre erreurs de perception majeures (Labbé et al., 2009): - Les stéréotypes - L’effet de halo - La perception sélective - La projection
  47. 47. 47 Le stéréotype est une distorsion très commune en communication. Elle se produit quand un individu assigne des attributs à un autre individu sur la seule base de l'appartenance de cet autre dans une catégorie sociale ou démographique particulière. L’effet de halo, très proche du stéréotype se produit quand un individu généralise sur une variété d'attributs basée sur la connaissance d'un attribut d'un seul individu. On attribue donc à des gens des traits de personnalité sur la base d’une seule observation. Avec la perception sélective « nous filtrons les informations que nous jugeons inutiles en nous basant sur notre système de valeurs et croyances » (Gohin, 2011). La projection découle d'une nécessité de protéger son concept de soi–même. Les individus attribuent à d'autres les caractéristiques ou des sentiments qu'ils possèdent eux- mêmes. Exemple : Les français sont arrogants et prétentieux, ils travaillent peu et sont fainéants car ils ont beaucoup de vacances. Exemple : Un enfant (jugé) "beau" est perçu par les enseignants comme plus intelligent, ayant plus de chances de succès à l'école et ayant des parents investis dans ses activités scolaires comparativement à un enfant (jugé) "laid". Exemple : Un supporter d’une équipe de football voit plus facilement les fautes de l’équipe adverse que celles de l’équipe qu’il soutient. Exemple : Votre chef de service n’est pas de bonne humeur ce matin au moment où vous arrivez. Vous attribuez cette grise mine au fait d’avoir quitté le bureau hier avec une demi- heure d’avance, et vous l’entendez mentalement penser : « Tu vas voir, mon vieux, je t’aurai ». En réalité, votre chef de service venait d’apprendre que le carburateur de sa voiture devait être changé.
  48. 48. 48 Ainsi le processus de perception et les erreurs qui en découlent conditionnent la manière dont nous allons nous comporter. L’humour est une information qui est traitée par ce processus de perception et par conséquent peut être interprété par de multiples façons différentes. A partir de ce constat nous il semble qu’établir des généralités sur la façon dont est perçu ou utilisé l’humour au sein des différentes cultures ne serait pas pertinent puisque les généralités conduisent à l’établissement de pensées uniques qui diffèreraient de la réalité. Pourtant, pour reprendre l’exemple du « Humour Consulting Group », Serge Grudzinski et son équipe affirment que « la pratique de l’humour est universelle et qu’elle répond au défi multiculturel ». Chaque réunion internationale est un grand succès qui « bluffe » les participants : ils n'imaginaient pas possible de faire rire «interculturellement». En effet, leurs interventions ont la même efficacité dans les réunions internationales en anglais que dans des contextes franco-français. Nous pourrions alors nous demander comment Grudzinski s’y prend pour faire l’unanimité dans des séminaires internationaux comprenant parfois plus de 500 personnes venant d’horizons différents. Existe-t-il un style d’humour entendu et apprécié par tous ? L’humour est-il compris de la même manière en Chine et en Espagne ou y a-t-il un type d’humour qui se voudrait universel ? La manière dont est perçu l’humour ne dépendrait elle pas des caractères et des profils de chacun ?

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