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34// Lundi 14 septembre 2020 Les Echos
PANORAMA L’écosystème agroalimentaire multiplie les initiatives pour assurer l’approvisionnement des consommateurs
tout en progressant sur la voie du « durable » et celle du « local ». La transition alimentaire se confirme.
Nourrir la population autrement :
les entreprises face à un double défi
Ophélie Colas des Francs
Manger « local », végétal,
privilégier des produits
respectueux de l’environ-
nement et des producteurs… L’épi-
démie du Covid-19 a donné un
sérieux coup d’accélérateur à des
tendances de consommation à
l’œuvre depuis des années déjà.
« Noussommesactuellementdansla
cinquième transition alimentaire.
Elle marque la fin d’un modèle agro-
industriel basé sur la spécialisation,
l’intensification chimique, la globali-
sationetlafinanciarisation,auprofit
d’un modèle de triple performance
environnementale, sociale et écono-
mique », lance Jean-Louis Ras-
toin, professeur à Montpellier
SupAgro où il est directeur de la
chaire Unesco Alimentations du
monde. Signe que l’hyperconsom-
mation décline, le chiffre d’affaires,
en grande distribution, des pro-
duits de grande consommation
répondant à ces critères pesait
8,6 % en 2019 contre 5,8 % en 2016
dans le total, selon les estimations
du cabinet Iri.
Privilégier
une « troisième voie »
Des agriculteurs aux distributeurs
en passant par les groupes agroali-
mentaires, tous donc ont entamé
ou confirmé leur mue. « Dans le
“Manifeste pour une souveraineté
alimentaire solidaire” publié en mai,
la FNSEA prend en compte le “res-
pect de la planète” », souligne Jean-
Louis Rastoin. Même démarche
chez les marques et distributeurs.
« Evidemment il y a un opportu-
nisme de communication, du
“greenwashing”, mais cela bouge,
poursuit Jean-Louis Rastoin. Par
exemple, Danone, sous l’impulsion
d’Emmanuel Faber, vient de changer
ses statuts pour devenir une “entre-
prise à mission” et prendre ainsi en
compte les différentes composantes
dudéveloppementalimentairedura-
ble. » Sur le terrain, les initiatives
sont légion. Au-delà du bio pour
ainsidiredevenubanal,desacteurs
soutiennentlesagriculteursencon-
version bio : D’Aucy avec une nou-
velle gamme de légumes, le vigne-
ronGérard Bertrand avecsesvins
Change, ou encore E.Leclerc avec
sa marque distributeur Récoltons
l’Avenir.
« Mais le bio reste 60 à 70 % plus
cher que le conventionnel, note Oli-
vier Dauvers, expert en grande
consommation. Pour satisfaire le
massmarket,Ilexistedeuxleviers :la
technologiegrâceàladata–qualifier
le climat, la pédologie pour mettre le
bon intrant au bon endroit au bon
moment – et la génétique, mais
l’innocuité de la seconde option est
contestée par l’opinion publique. »
Les start-up agritech comme Agri-
cool, qui cultive des fraises en con-
teneur, Cycloponics, qui fait pous-
ser des champignons dans un
parking souterrain, ou encore
Agripolis,quiinstalledespotagers
urbains sur les toits et terrasses,
sont-elles un modèle d’avenir ? « Ce
sont des productions de niche avec
desprixtrèsélevésquicorrespondent
à une cible de consommateurs spéci-
fique, souligne Olivier Dauvers. Il
fautaussiuneproductionmassmar-
ket en privilégiant la “troisième voie”
moinsexigeantequelebioetplusver-
tueuse que le conventionnel. »
Un nouveau chemin dans lequel
s’inscrit massivement le secteur du
vin dans le Bordelais, à l’image des
Vignerons de Tutiac qui bascule-
rontà100 %leurs6.000hectaresen
HVE cette année. Ce label Haute
Valeur Environnementale certifie
uneréductiondesintrants,unepro-
tection de la biodiversité et des éco-
nomiesd’énergie.Desoncôté,Inter-
marché vient de lancer une tomate
cerise HVE, troisième produit sous
sa marque propre Mon Marché
Plaisir, en proposant à ses produc-
teurs partenaires une contractuali-
sation annuelle, accompagnée d’un
engagement volumétrique. Autre
exemple symptomatique, la mar-
que de légumes Bonduelle, qui a
annoncéunobjectifde100 %depar-
celles cultivées avec au moins une
méthode alternative : rotation cul-
turale, biocontrôle ou non-labour
d’icià2025.
Horizon 2040
Autre effet boomerang du Covid, le
développement des circuits courts,
à l’image du Marché de Rungis
quia lancéun service de livraisonà
domicile à Paris et en petite cou-
ronne.Etlesdrivesfermiersfleuris-
sentdésormaissurtoutleterritoire.
Un feu de paille ? « Le métier d’un
agriculteur est de faire de bons pro-
duitsmaisvendreréclamedusavoir-
faire et des investissements. Mieux
vaut laisser ce job aux distributeurs
qui le font efficacement », estime
Philippe Goetzmann, consultant
en grande consommation et agroa-
limentaire. En tout état de cause,
toutes les pistes sont à explorer, car
à en croire Jean-Louis Rastoin : « Il
faudra une génération pour accom-
plir cette transition alimentaire. » n
PRODUCTION : FUTURA GAÏA INVENTE UN NOUVEAU
MODE DE CULTURE La start-up Futura Gaïa lance un nouveau
mode de production vertical indoor. Les fruits et légumes poussent
dans un sol vivant, utilisant du terreau et un environnement climati-
que contrôlé. Cette agriculture de précision économe en eau,
sans pesticides et sans aléas climatiques garantit des rendements
constants et supérieurs à la culture en serre. Le tout pour des prix
légèrement inférieurs au bio. Une première ferme pilote va être
érigée à l’automne prochain à Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône.
La start-up prévoit par la suite des implantations en zone
périurbaine pour commercialiser ses produits en circuit court.
Ses marchés cibles : la grande distribution, la restauration
collective et l’industrie pharmaceutique et cosmétique.
Des « Cooltainers » de la start-up Agricool. Ils permettent la culture verticale de fraises en ville et sans pesticides. Gilles Rolle/REA
TROIS EXEMPLES DE LEVIERS DE TRANSFORMATION
INNOVATION : LA PERCÉE DU LABEL « ZÉRO RÉSIDU
DE PESTICIDES » C’est un petit label rond de couleur verte que
les consommateurs peuvent voir sur leurs fruits et légumes depuis
2017 et qui gagne chaque jour du terrain dans les rayons. La men-
tion « Zéro résidu de pesticides » est le fruit de Nouveaux Champs,
un collectif de producteurs de fruits et légumes qui représente
aujourd’hui 25 % du secteur. S’inscrivant dans une « troisième voie »
moins contraignante que le bio, il limite au maximum les intrants
dans la lutte biologique et, en culture hors-sol, utilise des substrats
régulièrement changés pour éviter la propagation des maladies et
des prédateurs. Certifiés par l’instance nationale d’accréditation
Cofrac, les végétaux frais labellisés sont commercialisés aujourd’hui
par l’ensemble des enseignes de la grande distribution.
DISTRIBUTION : CARREFOUR ET SA STRATÉGIE
DE TRANSITION À 360° Le distributeur Carrefour a lancé
un vaste plan de transformation il y a deux ans avec l’ambition
de devenir le leader de la « transition alimentaire pour tous ».
Parmi ses objectifs, atteindre, d’ici à 2022, les 1.000 références
Carrefour Bio pour un chiffre d’affaires de 4,8 milliards d’euros.
Outre un sourcing de plus en plus français pour les fruits et
légumes, un retrait de substances controversées dans les produits,
il poursuit le développement des filières Qualité Carrefour.
Le groupe s’est par ailleurs engagé pour le bien-être animal
en plaçant des caméras dans les abattoirs. Dernier chantier,
la réduction des emballages dans le cadre du programme
Act for Food.
ALIMENTATION
Les Echos Lundi 14 septembre 2020 SPECIAL ALIMENTATION//35
La Note Globale intègre six grands
critères ou enjeux pondérés à éga-
litéetnotéssur100 :lebien-êtreani-
mal, l’environnement, la nutrition
et la santé humaine, l’origine et la
contribution à l’économie fran-
çaise, la traçabilité et la transpa-
rence, la responsabilité sociale des
entreprises.Leconsommateursen-
sible à un enjeu particulier comme
la santé ou le bien-être animal peut
accéder au score correspondant et
lui donner priorité dans son choix.
En outre, nous prenons en compte
chacun des maillons impliqués
dans la chaîne d’approvisionne-
ment : la transformation, l’embal-
lage, le transport, la distribution
sont ou seront évalués et contri-
buent à déterminer La Note Glo-
bale, et ce quel que soit le produit.
Pour ce faire, nous nous appuyons
sur les nombreux labels et normes
reconnus (Bleu Blanc Cœur, Agri-
culture Biologique, CRC, ISO, Label
Bas Carbone, SAI, Nutriscore, AOC,
Fairtrade, BRC, Haute Valeur Envi-
ronnementale,IFS…).Apartirdelà,
nous construisons avec les adhé-
rents un référentiel propre à cha-
que catégorie de produit : les élé-
ments permettant par exemple
d’apprécierlaqualiténutritionnelle
varienteneffets’ils’agit d’unpoulet
ou d’un pain.
Quel premier bilan
pouvez-vous dresser
de vos réalisations ?
Notre projet lancé en 2018 se déve-
loppe très vite. Nos adhérents ont
déjà construit ensemble cet outil
poursixcatégories,dontlejambon,
la baguette, le poulet. Nous cou-
vrons déjà une soixantaine de réfé-
rences et pour le Salon de l’agricul-
ture de 2021, nous atteindrons
4.000 parmi les plus flashées.
Auchan affiche déjà La Note Glo-
balesursespouletsetcertainsjam-
bons. La Note Globale est aussi un
outil interne qui fait gagner du
temps quand il s’agit d’innover sur
ses produits par rapport à la con-
currence. Les adhérents accèdent à
un référentiel qui leur permet de se
situer puis de progresser sur les
enjeux essentiels. Ils peuvent
s’engagerdanscettedémarchesans
craindre les critiques qui seraient
liées à de mauvaises performances
ENTRETIEN Fondée en 2018 à l’initiative de cinq entreprises (Advitam, Auchan, Fleury-Michon, Sodebo et Terrena), La Note Globale
(ex-Ferme France) entend éclairer les choix des acheteurs et inciter les acteurs de la filière à mieux produire. Le cofondateur et directeur
du développement détaille la stratégie et la manière dont l’organisation cherche à fédérer les énergies.
Maximilien Rouer : «Simplifier la vie
des entreprises et des consommateurs»
La Note Globale donne au consommateur la possibilité de choisir selon des critères qui correspondent le mieux à ses attentes.
Jean Claude Moschetti/REA
puisquelapublicationdesnotesest
volontaire. Certains vont se donner
le temps de progresser avant de
dévoiler leur score au consomma-
teur. Nous visons et contribuons
ainsi à l’amélioration globale de
l’offre de produits. Cette flexibilité
nous permet de rallier plus d’entre-
prises à La Note Globale, d’autant
quelemontantdescotisationstient
compte des moyens, du statut de
chacun et du nombre de produits à
auditer.Aumaximum,lacotisation
annuelle monte à 50.000 euros
pour une entreprise qui réalise un
chiffre d’affaires supérieur à
50 millions d’euros, et commence à
250 euros.
Quels commentaires vous
inspirent les premières notes
décernées sur une échelle
à la fois resserrée (entre
60 et 70 sur 100) et proches
de la moyenne ?
Cette échelle reflète d’abord le fait
que les marques peinent à rensei-
gner tous les champs, ce qui fait
baisser mécaniquement leur note.
Beaucoup manquent d’informa-
tions sur leurs fournisseurs mais
cet outil s’inscrit dans une démar-
che continue de progrès. Il permet
justement d’aller plus loin pour
donner plus d’informations aux
consommateurs. Quelle que soit
leur performance, les entreprises
onttoutintérêtàysouscrire :mieux
vaut un « scoring » transparent
fondé sur des critères coconstruits
et partagés qu’un « bashing »
orchestré par les réseaux sociaux.
Ensuite, le fait qu’aucune marque
n’obtienne un score excessivement
élevé crédibilise l’outil. Les marges
deprogrèssont réelleset iln’estpas
de progrès sans mesure. Enfin, la
diversité de nos adhérents évite la
complaisanceoulespetitsarrange-
ments entre amis.
«Mieux vaut
un “scoring”
transparent qu’un
“bashing” orchestré
par les réseaux
sociaux.
SUR LE WEB
Plan de relance :
un coup de pouce
pour aller vers une
agriculture plus verte
La distribution
française à l’heure
des choix
www.lesechos.fr/industrie-
services/conso-distribution
Qu’est-ce qu’apporte de plus La
Note Globale aux nombreux
labels ou systèmes de notation
publics, à commencer par
Nutriscore, et privés, comme
Yuka ?
Nous avons créé La Note Globale
poursimplifierlaviedesentreprises
etdesconsommateurs.Notreappro-
che est inclusive puisque le référen-
tiel intègre les labels et notations
reconnusetcouvreunchampglobal,
plus large que les systèmes de nota-
tionpréexistants.LaNoteGlobalese
démarqueparsamission,sonstatut
(noussommesuneassociationàbut
non lucratif), sa dimension collec-
tive, un périmètre bien plus large et
une méthodologie plus fine puisque
nous adaptons notre algorithme à
chaquecatégoriedeproduits. n
Propos recueillis par
Frédéric Brillet
Qu’est-ce que La Note Globale
et quel message entendez-vous
porter ?
La Note Globale est le premier
repère de la performance globale
desproduitsalimentaires :elleaide
concrètement et efficacement les
consommateurs à mieux consom-
mer et les acteurs de la filière à
mieuxproduire.Al’inversedel’USP
(Unique Selling Proposition) chère
aux publicitaires qui n’évoque
qu’un seul aspect du produit pour
mieuxlevendre,LaNoteGlobaleen
dévoile ses attributs « cachés ». Elle
donne ainsi au consommateur la
possibilité de choisir celui qui cor-
respondlemieuxàsesattentesper-
sonnelles. Les acteurs économi-
ques peuvent quant à eux se servir
de cet outil pour améliorer la fabri-
cation et la transformation de leurs
produits. Dans ce contexte, notre
principal défi consiste à fédérer les
nombreux acteurs qui détiennent
les informations concourant à la
détermination de cette note ou ont
unelégitimitépourdonnerleuravis
sur la méthodologie et les critères
de mesure.
Parvenez-vous justement à
fédérer ces acteurs, dont les
intérêts peuvent être diver-
gents ?
Parmi les quelque 60 adhérents de
La Note Globale, nous avons des
syndicats d’agriculteurs (produc-
teurs de blé, éleveurs de porcs…),
des coopératives agricoles (Advi-
tam, Cooperl, Eureden, In Vivo…),
des industriels agroalimentaires
(Moët Hennessy, Lactalis, Lesieur,
LSDH,Savencia,Soufflet…),desdis-
tributeurs (Auchan, Carrefour,
Intermarché,SystèmeU…),desarti-
sans, des partenaires du monde
agricole (Crédit Agricole, Ajino-
moto…),desstart-upetdesONG.Le
conseil d’administration de l’asso-
ciation intègre un collège de con-
sommateurs et nous instaurons
l’an prochain un jury citoyen qui
fera entendre sa v.oix auprès des
adhérents de La Note Globale. Les
marques agroalimentaires se ren-
dent progressivement compte que
l’autopromotion a ses limites : à
l’heure des réseaux sociaux, on
peutêtredemoinsenmoinsjugeet
partie.Deleurcôté,lesagriculteurs
espèrentquecetoutilaideralecon-
sommateur à les soutenir davan-
tage. En 2021, nous aurons finalisé
le référentiel de notation sur les
produits d’importation, ce qui per-
mettra de mieux valoriser les
actions mises en place par les pro-
ducteurs français.
Comment le système fonction-
ne-t-il concrètement ?
« Les marques
agroalimentaires
se rendent
compte que
l’autopromotion
a ses limites.»
Maximilien Rouer directeur
de La Note Globale
36//SPECIAL ALIMENTATION Lundi 14 septembre 2020 Les Echos
remodelé le paysage agricole de la
coopérative. « Nos adhérents pro-
duisaient peu de graines de tourne-
sol, car les débouchés n’étaient pas
assurés. En 2020, nous avons doublé
les surfaces, pour atteindre 3.600
hectares. Et nous avons encore des
capacités de développement », se
réjouitBertrand Roussel,respon-
sable de la filière biologique chez
Terrena.
Les besoins d’Oleosyn sont là.
« Aujourd’hui,nousutilisons20.000
tonnes de graines oléagineuses bio
dont 80 % sont issues des cultures
françaises. Notre ambition est de
continuer à développer l’origine
France pour sécuriser nos approvi-
sionnements et maximiser notre
autonomie en protéines biologi-
ques », précise Jean-Philippe
Puig. n
valoriser l’huile de première pres-
sion à froid.
Loin des soubresauts
mondiaux
« Fairedubioestplusrémunérateur,
caronrehausselachaînedevaleur »,
noteJean-PhilippePuig,chezAvril.
Et Terrena peut, de son côté, assu-
rerdesdébouchéscommerciauxde
ses adhérents. « La contractualisa-
tion pluriannuelle est sécurisante,
car elle nous permet de sortir du
marché mondial des céréales extrê-
mement fluctuant, souligne Olivier
Chaillou, ce projet a beaucoup de
sens, car il apporte des solutions
pour valoriser la production de nos
adhérents et poursuivre la conver-
sion au bio, notamment des éleveurs
de volailles. » La filière d’Oleosyn,
bien que naissante, a d’ores et déjà
Le groupe Avril a investi 5,7 mil-
lionsd’eurospourrevitaliserunsite
de nutrition animale, situé à
Thouars, dans les Deux-Sèvres. La
capacité de cette unité de produc-
tion, dont la première ligne a été
mise en service en juin dernier, est
de 30.000 tonnes annuelles.
L’ensemble de l’outil de production
sera opérationnel à la fin de l’année
etilaétédimensionnépourpouvoir
monter en puissance dans les
années à venir. Tournesol, colza
mais aussi soja sont toastés et triés
pour faire, d’un côté, des tourteaux
pour l’alimentation animale, de
l’autre, de l’huile alimentaire. Les
graines oléagineuses y bénéficie-
ront d’un process innovant: une
ligneàdoublepressionpourletour-
nesol et le colza, qui vise à enrichir
lestourteauxenprotéinesetmieux
Ophélie Colas des Francs
Delafourcheàlafourchette.
La formule peut paraître
éculée, mais elle prend,
avec Oleosyn, tout son sens. Né
d’un partenariat entre la coopéra-
tive agricole et agroalimentaire
Terrena et le groupe spécialisé
dans la production oléoprotéagi-
neuse Avril, ce projet de filière bio
intégrée vise à produire, d’une
part,desprotéinesvégétalesàbase
de colza, de tournesol et de soja, et
d’autre part, des huiles de pre-
mière pression. « Nous avons senti
dès 2016 une demande sur la pro-
téine végétale d’origine française
pour les développements de filières
d’élevage bio », témoigne Olivier
Chaillou, agriculteur et président
de Terrena.
Oleosyn,uneproduction
oléoprotéagineusebio
100%française
PRODUCTION Le groupe Avril et la coopérative Terrena lancent une filière
verte de transformation du tournesol, du soja et du colza en huile alimentaire
et en protéines pour la nutrition animale. Un partenariat inédit.
lement OGM car destiné à la con-
sommation animale, surtout avi-
coleetporcine)provenaientencore
du Brésil, qui a « allégé » sa régle-
mentation environnementale.
« Dans cette configuration, les éleva-
ges industriels français concernés
contribuent à la déforestation et au
réchauffement climatique », pointe
Jacques Pasquier, corapporteur
de l’avis et représentant de la Con-
fédération paysanne au Cese.
Pour y remédier, Bruxelles pré-
voit de lancer en 2021 une stratégie
européenne de lutte contre la défo-
restation importée mais celle-ci
sera inopérante sans une montée
de la production communautaire.
Deuxième producteur européen
derrièrel’Italie,laFranceyprendsa
part en couvrant déjà 100 % de sa
consommation destinée aux
humains. Mais les tonnages
soja made in France demeure plus
cher que son homologue importé,
d’autant qu’il bénéficie d’aides spé-
cifiques à l’hectare moins élevées
que les autres cultures.
Cela dit, la montée du « locavo-
risme » et l’obligation faite aux
Labels rouges de recourir à une ali-
mentation 100 % non OGM renfor-
cent mécaniquement la demande
pour des tourteaux locaux non
transgéniques. Pour aller plus loin,
laConfédérationpaysannepropose
d’instaurer une obligation d’étique-
tage des produits issus d’animaux
nourris au soja OGM. Mais davan-
tage de transparence donnée au
consommateur mettrait en diffi-
culté une bonne partie de la filière
viande conventionnelle qui dépend
encore de ce soja OGM importé,
meilleur marché que le soja natio-
nal. F. B. n
élevage.Vul’augmentationprévisi-
ble des prix, s’imposera également
unepolitiquesocialedesoutienali-
mentaire aux plus démunis en
Europe. Enfin, cette orientation
seraexigeanteenrecherche,forma-
tion et accompagnement des agri-
culteurs dans l’évolution de leurs
méthodes de production. »
Cela dit, Jean-Marc Séronie
juge globalement ces orienta-
tions européennes « très favora-
bles, car notre politique nationale
les encourage déjà ». Il précise :
«Nousavionsperdudelacompéti-
tivité en Europe en nous fixant des
contraintes plus fortes. La Com-
mission propose de les étendre à
toute l’Union, ce qui va réduire ces
distorsions. Le plus gros change-
mentvaconcernerlesgrandesplai-
nes céréalières qui subiront une
hausse de leurs coûts de produc-
tions et donc des difficultés à
l’exportation. »
Pour l’expert, les agriculteurs
auront deux réponses possibles :
« Soit ils opteront pour un change-
ment de système qu’il faudra forte-
ment soutenir en allant vers le bio
ou l’agroécologie. Soit, alternative-
ment ou parallèlement du reste, ils
devront s’agrandir pour compen-
ser le surcoût découlant du durcis-
sement des normes environne-
mentales. »
Retrouvez l’intégralité de
l’interview sur www.lese-
chos.fr/thema/alimentation :
quand les transformations
s’accélèrent
Frédéric Brillet
Pour Jean-Marie Séronie,
agroéconomiste indépen-
dant, président de Champs
d’Avenir et membre de l’Aca-
d é m i e d ’a g r i c u l t u r e d e
France, la nouvelle politique
agricole commune, plus exi-
geante sur le plan environne-
mental, devrait réduire les
distorsions de concurrence
intra-européennes.
« La crise du Covid-19 a accentué
chezcertainsl’idéequ’ilfallaitrevoir
complètement notre modèle agri-
cole. Cela peut se traduire par une
aspirationverslelocaletlebiodont
la consommation à domicile a aug-
menté pendant la crise du fait de la
fermeture des restaurants. Mais
c’est conjoncturel », souligne
d’emblée Jean-Marc Séronie.
L’agroéconomiste pointe notam-
ment le fait que les produits bios,
qui ne représentent que 5 % de la
consommation totale, sont plus
chersetque8à10millionsdeFran-
çais ont peiné à se nourrir correc-
tement durant le confinement.
Pour toutes ces raisons, il est con-
vaincuque«cettecrisen’apascréé
derupturemaisaccélérélestendan-
ces existantes, à savoir la recherche
de proximité, authenticité et natu-
ralitédansl’alimentation».
En revanche, la proposition de
la Commission européenne de
réduirefortementl’usagedespes-
ticides, fertilisants et antibioti-
quesetdedévelopperlebio,sielle
est acceptée, marquera selon lui
un virage très important : « En
protégeantmieuxlasantéetl’envi-
ronnement, cette nouvelle PAC
diminuerait la production et aug-
menterait les coûts des produits
agricoles,sachantquel’agriculture
biologique produit en gros un tiers
de moins à surface identique et
requiert plus de main-d’œuvre. »
Reste que, comme cela a déjà été
dénoncépardenombreuxobser-
vateurs et acteurs du marché,
sans barrières aux frontières
européennes, les importations à
basprixnerespectantpaslesnor-
mes risquent alors de déferler.
Des orientations
européennes favorables
D’où l’importance, selon le prési-
dent de Champs d’Avenir, de
« traduire ces objectifs dans des
règlementseuropéensetnonnatio-
naux pour éviter des distorsions
internes à l’Europe et les faire
reconnaître dans les traités com-
merciaux (type Mercosur, Ceta)
comme on l’a fait pour l’interdic-
tiondeshormonesdecroissanceen
Mobilisationenfaveurdu« SojadeFrance »
En sécurisant les débouchés, Oleosyn a déjà permis le développement de la culture bio du tournesol. Jens Büttnerr/Zuma Press/Zuma
La démarche des producteurs français de soja rejoint l’aspiration
des consommateurs à plus de transparence. Alice Bertrand/REA
demeurent modestes, la bataille se
jouant pour l’essentiel sur l’alimen-
tation destinée aux animaux sous
forme de tourteaux. Réunis au sein
de l’interprofession Terres Univia,
lesacteursdelafilièrefrançaiseont
lancé la charte « Soja de France ».
Ils ambitionnent justement de
« couvrir 100 % de la consommation
totaledesojanonOGMd’icià2030 »,
précise Françoise Labalette, res-
ponsable du pôle amont de Terres
Univia. Le défi est d’ampleur : ce
La bataille se joue
sur l’alimentation
destinée aux
animaux sous forme
de tourteaux.
En mai dernier, le Conseil écono-
mique, social et environnemen-
tal (Cese) adoptait un avis propo-
sant de conditionner les aides
européennes aux investissements
des filières animales à la non-utili-
sation de soja importé. C’est la der-
nièreinitiativeendatevisantàfaire
émerger une filière nationale plus
vertueuse sur le plan environne-
mentaletéconomique,laFrancene
produisant guère que 10 % de sa
consommation. En 2017, 60 % de
nosimportations de soja (essentiel-
Pour lutter contre les OGM
et la déforestation impor-
tée, les acteurs de la filière
soja lancent une charte
pour une production
hexagonale vertueuse de la
légumineuse indispensable
à la consommation animale.
« Cette crise n’a pas
créé de rupture mais
une accélération
des tendances »
« Nous avions perdu
de la compétitivité en
Europe en nous fixant
des contraintes plus
fortes. La Commission
propose de les éten-
dre à toute l’Union
pour réduire
ces distorsions. »
Jean-Marie Séronie
Président de Champs d’Avenir
1AVIS D’EXPERT
Les Echos Lundi 14 septembre 2020 SPECIAL ALIMENTATION//37
les rayons primeurs bios toutes
enseignesconfonduespourdesrai-
sons de commodité permet en effet
de distinguer aisément le bio dans
les opérations de caisse. Un vrai
paradoxe quand on sait que le con-
sommateur de bio en période nor-
maleestplussensibleàl’environne-
ment et hostile au suremballage. Il
met Système U en porte-à-faux
dans ses engagements environne-
mentaux :l’enseigneasignéen2019
lePactenationalsurlesemballages
en plastique qui doit l’amener à éli-
miner les plastiques problémati-
quesouinutiles.« Maislebioenvrac
serait trop compliqué à gérer dans
nos petits magasins et ils devraient y
renoncer. Cela change aussi les habi-
tudes de nos fournisseurs, argu-
mente Dominique Schelcher. Cela
dit, par souci de cohérence, nous
encourageons les matériaux biodé-
gradables et la récupération. Ainsi le
plastique qui entoure les palettes est
réutilisé pour emballer des pro-
duits U. » n
proposer du bio mais aussi du
local. Pour y parvenir alors même
que la production française peine
à couvrir la demande nationale,
Système U accompagne le déve-
loppement de la filière bio de
fruits et légumes français et mise
sur des partenariats avec des pro-
ducteurs locaux. Partenariats qui
garantissent une juste rémunéra-
tion et des débouchés aux acteurs
des filières en échange de quoi
l’enseigne sécurise ses approvi-
sionnements. Le distributeur a
ainsi signé avec l’association
Porcs Bio de France et ses 150 pro-
ducteurs,ainsiqu’aveclacoopéra-
tive Biolait dont les 2.000 éleveurs
fournissent 100 % du lait U Bio.
Ainsi, « 81 % des produits U Bio
sont fabriqués en France », se féli-
cite le président du groupement.
Le plastique problématique
Quid de l’avenir ? Les Français
s’inquiétant des conséquences éco-
nomiquesduCovid-19,lesventesde
Plus 21,5 %, qui dit mieux ?
Telle est la progression sur
un an du chiffre d’affaires
biodeSystème U quiatteintdésor-
mais 709 millions d’euros, alimen-
taireetnonalimentaireconfondus.
Une performance qui permet au
group ement co op ératif de
s’octroyer sur cette catégorie une
part de marché supérieure (13,9 %)
à celle qu’elle détient dans l’univers
de la grande distribution (source
Iri). « Avec 700 références en MDD
(marque de distributeur), nous som-
mes de longue date des activistes du
bio », affirme Dominique Schel-
cher, président de Système U, dont
le réseau compte 1.601 magasins.
Malgré son implantation géogra-
phique(ruraleetvillesmoyennes)a
priorimoinsfavorable,SystèmeUa
en effet été l’une des premières
enseignes à lancer, en 2007, une
marque bio à ses couleurs.
Uneavancequelacoopérativede
commerçants indépendants a su
préserver en multipliant les réfé-
rencesaupointque47 %de son CA
bio alimentaire provient de sa
MDD. « Nous avons compris que le
bio n’attirait pas que les cadres
urbains et les militants et qu’il fallait
ledémocratiser.Onl’abeaucoupmis
en avant dans notre communication
de proximité. Car le bio, c’est aussi le
bien-manger,lasanté,desthèmesqui
intéressenttoutlemonde »,souligne
Dominique Schelcher. Le souci de
tirer vers le haut la MDD en misant
sur le bio conduit même l’enseigne
à des choix radicaux. Ainsi, la mar-
queUBiocouvrelatotalitédel’offre
alimentaire pour bébé vendue en
MDD.
Mais pour répondre aux nou-
velles attentes des consomma-
teurs,ilimportedenonseulement
SystèmeUpromeut
lebioàsescouleurs
DISTRIBUTION Les géants de la distribution sont décidés à ne pas laisser les enseignes
spécialisées dominer le marché bio. La coopérative de commerçants indépendants est
d’autant plus active sur ce front qu’elle fait converger écologie et marque de distributeur.
de 1.600 salariés et de 4.750 exploi-
tations adhérentes, s’est ainsi pla-
cée assez tôt sur des productions
« différenciatrices » et plus profita-
bles. Ce fut notamment le bio, qui
dépasse désormais 12 % de ses ven-
tes.
Pour cela, Cavac a acheté des
outils industriels aptes à transfor-
mer en aval la production de ses
agriculteurs. Ainsi, en 2014 Bio-
porc,avecses20millionsd’eurosde
chiffred’affaires,aintégrélegroupe
qui peut ainsi exister, même hum-
blement, sur le marché de la char-
cuterie bio dominé par beaucoup
plus gros que lui. Le rachat suivant
fut celui de Biofournil, pionnier de
la boulangerie industrielle bio.
Explorer de nouveaux
marchés
En croissance soutenue, cette
sociétéaffichant18millionsd’euros
de ventes vient de faire l’objet
d’investissements capacitaires
d’envergure. En amont, le groupe
achèveuninvestissementde10mil-
lions d’euros à Fougeré, en Vendée,
dansuneusined’alimentspourani-
mauxvenantenpremierlieusoute-
nir l’essor des filières œuf et lait.
Ce pôle de PME s’est étoffé au
cours des deux dernières années,
avec l’acquisition d’Atlantique Ali-
mentaire,concoctantàLaRochelle
tartes,quiches,crêpesetpizzassur-
gelées,maisaussidepetitesentités,
dontunebiscuiterieetunecrêperie
artisanale. Là encore, la finalité est
desécuriserlesdébouchésdescoo-
pérateurs tout en gagnant des
points de valeur ajoutée. La proxi-
mité est un autre principe fonda-
teur de Cavac. « Toutes nos acquisi-
tions se trouvent dans un rayon de
150 kilomètres », souligne Olivier
Joreau, ce qui limite naturellement
les possibilités de croissance
externe. Cette activité de transfor-
mation permet au groupe de
humerl’airdutemps,lesévolutions
toute une filière. « Car les agricul-
teurs ont besoin de long terme pour
investir, soutient Olivier Joreau,
parce que les négociations annuelles
sontsouventunepertedetempsetne
tournent généralement pas à l’avan-
tage des agriculteurs. »
Cavac est aussi historiquement
placé sur des marchés spécifiques
comme le maïs pour corn flakes ou
le blé dur des pâtes, avec Barilla
parmi ses clients. Le groupe a
récemment renforcé ses installa-
tions portuaires aux Sables
d’Olonne pour favoriser ses expor-
tations.Ilestaussisolidementplacé
sur les légumes secs, ces super-ali-
ments loués pour leur valeur pro-
téinique, dont la fameuse mogette
vendéenne. Un nouveau centre de
stockageaétérécemmentconstruit
pour ce marché. Cavac s’est aussi
placésurlesbiomatériauxàbasede
lin et de chanvre, favorisant
l’assolement et la réduction des
phytosanitaires. Pour cette activité,
créée de toutes pièces, le groupe a
construit une usine à Saint-Gem-
me-la-Plaine, dans le sud de la Ven-
dée. La demande est telle qu’un
second site de production est
annoncé. n
Eureden crée
Le Récolteur
pour la vente
en circuit court
Il n’y a aucun intermédiaire,
« c’est donc au producteur, pour-
suit-il, de fixer son prix consom-
mateur, nous le guidons de façon à
ce qu’il reste dans la norme. » Les
kiosques ont été ouverts en juin
dernier,ilestencoretroptôtpour
Euredend’établirunbilan.Unfait
est acquis : si les premiers résul-
tats s’avèrent rapidement confor-
mes aux objectifs initiaux, Le
Récolteur sera progressivement
implanté dans la plupart des
80 jardineries du groupe.
Relance de la marque
Jean Nicolas
Eureden envisage aussi, dans le
prolongement de son intérêt
pour les circuits courts, une
relance de sa marque de conser-
ves de légumes nommée Jean
Nicolas.Ilenproduit1.000tonnes
par an distribuées exclusivement
en Bretagne, dans des enseignes
de la grande distribution comme
E.Leclerc. « On travaille, explique
Nicolas Facon,chargédecedos-
sier, à un rajeunissement du con-
cept. On prévoit de nouvelles recet-
tesafind’atteindre,d’iciàdeuxans,
un volume de 1.500 tonnes. » Pour
mieux attirer la clientèle sensible
au local, Eureden va insister sur
l’origine des producteurs de Jean
Nicolas qui exercent tous dans le
Finistère ou le Morbihan. n
Stanislas du Guerny
Chez Eureden, groupe né il y a
quelques mois du rapproche-
ment des coopératives D’Aucy et
Triskalia, la stratégie reste celle
des volumes. Ses 20.000 produc-
teurs adhérents l’approvision-
nent en légumes, œufs, viandes
ou lait, transformés dans ses vas-
tes conserveries, usines d’ovopro-
duits et de fabrication de beurres
et fromages. « Sans remettre en
causecettestratégie,uneréelleévo-
lution se dessine, Eureden ne veut
paspasseràcôtédudéveloppement
exponentiel des circuits courts »,
confie Dominique Loriot.
Ce cadre maison est donc
chargé depuis quelques mois du
développement d’un nouveau
conceptnomméLeRécolteur,des
kiosques de vente de produits ali-
mentaires.Pourlemomentinstal-
léssousformedetestsdansquatre
des jardineries du groupe (Maga-
sin Vert et Point Vert) à Concar-
neau, Carhaix (Finistère), Saint-
AvéprèsdeVannes(Morbihan)et
Matignon (Côtes-d’Armor), ils
proposent jusqu’à 300 produits
par espace de vente. « Toutes les
références sont issues uniquement
de producteurs adhérents d’Eure-
den dont les exploitations sont
situéesdansunrayonde50kilomè-
tres maximum autour de chacun
des magasins concernés », précise
DominiqueLoriot.
Sans intermédiaire
Pas question pour Eureden
d’approvisionner ces kiosques
par des producteurs éloignés,
« on ne veut pas déroger des cir-
cuits courts et locaux, c’est ce que
demande la clientèle », insiste le
responsable du concept. Chaque
« Récolteur », dont l’espace com-
mercial de 30 à 50 m² est situé en
plein cœur de la jardinerie, est
animé par une petite équipe de
salariés d’Eureden. Ils répartis-
sent leur emploi du temps quoti-
dien entre l’accompagnement
des clients du kiosque et les
approvisionnements. « Ils sont
équipés de camionnettes et vont
eux-mêmes chez les producteurs
récupérer la marchandise. Ils con-
naissent tous leurs fournisseurs et
peuvent donc aisément conseiller
les clients sur la qualité, les modes
de production », note encore
Dominique Loriot.
LacoopérativeCavacmisesuruneassiettediversifiée
La stratégie d’acquisitions de Cavac lui permet de garantir
des débouchés à ses coopérateurs. Cavac
Emmanuel Guimard
Le groupe Cavac a plutôt bien
résistéàlacrisesanitaire,selonOli-
vier Joreau, directeur général
adjoint de cette coopérative agri-
cole vendéenne, qui a franchi, fin
juin, le milliard d’euros de chiffre
d’affaires. Les « basiques », tels le
pain, la charcuterie, les légumes
secs, ont assez bien répondu aux
besoins des Français confinés,
explique le dirigeant, décrivant un
modèle «résilient» composé d’acti-
vités diversifiées. « Notre stratégie
consiste à essayer de développer tou-
tes les activités agricoles ayant du
potentiel pour que nos producteurs
trouvent de la rentabilité sur leur
exploitation », énonce le dirigeant.
Ce postulat, qui est en théorie celui
de toute coopérative, est ici appli-
qué à la lettre. La coopérative, forte
Proximité, différenciation,
marchés de niche…
La stratégie du collectif
vendéen, centrée
sur la rentabilité de ses
agriculteurs, a joué son rôle
d’amortisseur pendant
la crise.
produits bios, plus chers que ceux
issus de l’agriculture convention-
nelle, vont-elles en pâtir ? Pas à
court terme constate-t-on chez Sys-
tème U, qui a enregistré +43 % des
ventesdanscettecatégorieenmars
dernier (source Iri). Reste qu’une
bonne part de cette croissance
exceptionnelle tient à des raisons
conjoncturelles. Par crainte de la
contamination, des consomma-
teurs se tournent plus que d’habi-
tude vers les fruits et légumes bios
non pas tant pour leurs qualités
intrinsèques que parce qu’ils sont
suremballés dans du plastique.
Cette pratique, qui prévaut dans
La coopérative s’engage aussi en signant, en 2019, le Pacte national sur les emballages en plastique.
Romuald Meigneux/Sipa
Système U a été
l’une des premières
enseignes à lancer,
en 2007, une marque
bio à ses couleurs.
Si les premiers « Récolteur »
sont un succès, Eureden en
implantera dans son réseau
de jardineries. Eureden
12%DES VENTES DE CAVAC
sont désormais issues
des produits bios pour un
chiffre d’affaires dépassant
le milliard d’euros.
de la consommation. La coopéra-
tives’estdotéedesapropreentitéde
livraison à domicile, Coopcorico,
dont les ventes ont été décuplées
pendant le confinement. Ne s’inter-
disant aucun marché, Cavac a
même démarré une petite activité
brassicole,osantlamarqueLaCoo-
pine de Vendée. Bien qu’anecdoti-
que, l’entreprise explore ainsi un
nouveau marché et un débouché
complémentaire pour ses produc-
teurs d’orge bio.
Cavac se distingue grâce à une
stratégie de contractualisation plu-
riannuelle avec ses agriculteurs, ce
quiimpliquedesprixgarantissur8
ans avec les éleveurs de porc bio ou
de 5 ans avec les apporteurs de
céréales. La coopérative fut à l’ori-
gine du label Agri-Ethique formali-
sant cette contractualisation sur
81%DES PRODUITS U BIO
sont fabriqués en France.

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Alimentation

  • 1. 34// Lundi 14 septembre 2020 Les Echos PANORAMA L’écosystème agroalimentaire multiplie les initiatives pour assurer l’approvisionnement des consommateurs tout en progressant sur la voie du « durable » et celle du « local ». La transition alimentaire se confirme. Nourrir la population autrement : les entreprises face à un double défi Ophélie Colas des Francs Manger « local », végétal, privilégier des produits respectueux de l’environ- nement et des producteurs… L’épi- démie du Covid-19 a donné un sérieux coup d’accélérateur à des tendances de consommation à l’œuvre depuis des années déjà. « Noussommesactuellementdansla cinquième transition alimentaire. Elle marque la fin d’un modèle agro- industriel basé sur la spécialisation, l’intensification chimique, la globali- sationetlafinanciarisation,auprofit d’un modèle de triple performance environnementale, sociale et écono- mique », lance Jean-Louis Ras- toin, professeur à Montpellier SupAgro où il est directeur de la chaire Unesco Alimentations du monde. Signe que l’hyperconsom- mation décline, le chiffre d’affaires, en grande distribution, des pro- duits de grande consommation répondant à ces critères pesait 8,6 % en 2019 contre 5,8 % en 2016 dans le total, selon les estimations du cabinet Iri. Privilégier une « troisième voie » Des agriculteurs aux distributeurs en passant par les groupes agroali- mentaires, tous donc ont entamé ou confirmé leur mue. « Dans le “Manifeste pour une souveraineté alimentaire solidaire” publié en mai, la FNSEA prend en compte le “res- pect de la planète” », souligne Jean- Louis Rastoin. Même démarche chez les marques et distributeurs. « Evidemment il y a un opportu- nisme de communication, du “greenwashing”, mais cela bouge, poursuit Jean-Louis Rastoin. Par exemple, Danone, sous l’impulsion d’Emmanuel Faber, vient de changer ses statuts pour devenir une “entre- prise à mission” et prendre ainsi en compte les différentes composantes dudéveloppementalimentairedura- ble. » Sur le terrain, les initiatives sont légion. Au-delà du bio pour ainsidiredevenubanal,desacteurs soutiennentlesagriculteursencon- version bio : D’Aucy avec une nou- velle gamme de légumes, le vigne- ronGérard Bertrand avecsesvins Change, ou encore E.Leclerc avec sa marque distributeur Récoltons l’Avenir. « Mais le bio reste 60 à 70 % plus cher que le conventionnel, note Oli- vier Dauvers, expert en grande consommation. Pour satisfaire le massmarket,Ilexistedeuxleviers :la technologiegrâceàladata–qualifier le climat, la pédologie pour mettre le bon intrant au bon endroit au bon moment – et la génétique, mais l’innocuité de la seconde option est contestée par l’opinion publique. » Les start-up agritech comme Agri- cool, qui cultive des fraises en con- teneur, Cycloponics, qui fait pous- ser des champignons dans un parking souterrain, ou encore Agripolis,quiinstalledespotagers urbains sur les toits et terrasses, sont-elles un modèle d’avenir ? « Ce sont des productions de niche avec desprixtrèsélevésquicorrespondent à une cible de consommateurs spéci- fique, souligne Olivier Dauvers. Il fautaussiuneproductionmassmar- ket en privilégiant la “troisième voie” moinsexigeantequelebioetplusver- tueuse que le conventionnel. » Un nouveau chemin dans lequel s’inscrit massivement le secteur du vin dans le Bordelais, à l’image des Vignerons de Tutiac qui bascule- rontà100 %leurs6.000hectaresen HVE cette année. Ce label Haute Valeur Environnementale certifie uneréductiondesintrants,unepro- tection de la biodiversité et des éco- nomiesd’énergie.Desoncôté,Inter- marché vient de lancer une tomate cerise HVE, troisième produit sous sa marque propre Mon Marché Plaisir, en proposant à ses produc- teurs partenaires une contractuali- sation annuelle, accompagnée d’un engagement volumétrique. Autre exemple symptomatique, la mar- que de légumes Bonduelle, qui a annoncéunobjectifde100 %depar- celles cultivées avec au moins une méthode alternative : rotation cul- turale, biocontrôle ou non-labour d’icià2025. Horizon 2040 Autre effet boomerang du Covid, le développement des circuits courts, à l’image du Marché de Rungis quia lancéun service de livraisonà domicile à Paris et en petite cou- ronne.Etlesdrivesfermiersfleuris- sentdésormaissurtoutleterritoire. Un feu de paille ? « Le métier d’un agriculteur est de faire de bons pro- duitsmaisvendreréclamedusavoir- faire et des investissements. Mieux vaut laisser ce job aux distributeurs qui le font efficacement », estime Philippe Goetzmann, consultant en grande consommation et agroa- limentaire. En tout état de cause, toutes les pistes sont à explorer, car à en croire Jean-Louis Rastoin : « Il faudra une génération pour accom- plir cette transition alimentaire. » n PRODUCTION : FUTURA GAÏA INVENTE UN NOUVEAU MODE DE CULTURE La start-up Futura Gaïa lance un nouveau mode de production vertical indoor. Les fruits et légumes poussent dans un sol vivant, utilisant du terreau et un environnement climati- que contrôlé. Cette agriculture de précision économe en eau, sans pesticides et sans aléas climatiques garantit des rendements constants et supérieurs à la culture en serre. Le tout pour des prix légèrement inférieurs au bio. Une première ferme pilote va être érigée à l’automne prochain à Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône. La start-up prévoit par la suite des implantations en zone périurbaine pour commercialiser ses produits en circuit court. Ses marchés cibles : la grande distribution, la restauration collective et l’industrie pharmaceutique et cosmétique. Des « Cooltainers » de la start-up Agricool. Ils permettent la culture verticale de fraises en ville et sans pesticides. Gilles Rolle/REA TROIS EXEMPLES DE LEVIERS DE TRANSFORMATION INNOVATION : LA PERCÉE DU LABEL « ZÉRO RÉSIDU DE PESTICIDES » C’est un petit label rond de couleur verte que les consommateurs peuvent voir sur leurs fruits et légumes depuis 2017 et qui gagne chaque jour du terrain dans les rayons. La men- tion « Zéro résidu de pesticides » est le fruit de Nouveaux Champs, un collectif de producteurs de fruits et légumes qui représente aujourd’hui 25 % du secteur. S’inscrivant dans une « troisième voie » moins contraignante que le bio, il limite au maximum les intrants dans la lutte biologique et, en culture hors-sol, utilise des substrats régulièrement changés pour éviter la propagation des maladies et des prédateurs. Certifiés par l’instance nationale d’accréditation Cofrac, les végétaux frais labellisés sont commercialisés aujourd’hui par l’ensemble des enseignes de la grande distribution. DISTRIBUTION : CARREFOUR ET SA STRATÉGIE DE TRANSITION À 360° Le distributeur Carrefour a lancé un vaste plan de transformation il y a deux ans avec l’ambition de devenir le leader de la « transition alimentaire pour tous ». Parmi ses objectifs, atteindre, d’ici à 2022, les 1.000 références Carrefour Bio pour un chiffre d’affaires de 4,8 milliards d’euros. Outre un sourcing de plus en plus français pour les fruits et légumes, un retrait de substances controversées dans les produits, il poursuit le développement des filières Qualité Carrefour. Le groupe s’est par ailleurs engagé pour le bien-être animal en plaçant des caméras dans les abattoirs. Dernier chantier, la réduction des emballages dans le cadre du programme Act for Food. ALIMENTATION
  • 2. Les Echos Lundi 14 septembre 2020 SPECIAL ALIMENTATION//35 La Note Globale intègre six grands critères ou enjeux pondérés à éga- litéetnotéssur100 :lebien-êtreani- mal, l’environnement, la nutrition et la santé humaine, l’origine et la contribution à l’économie fran- çaise, la traçabilité et la transpa- rence, la responsabilité sociale des entreprises.Leconsommateursen- sible à un enjeu particulier comme la santé ou le bien-être animal peut accéder au score correspondant et lui donner priorité dans son choix. En outre, nous prenons en compte chacun des maillons impliqués dans la chaîne d’approvisionne- ment : la transformation, l’embal- lage, le transport, la distribution sont ou seront évalués et contri- buent à déterminer La Note Glo- bale, et ce quel que soit le produit. Pour ce faire, nous nous appuyons sur les nombreux labels et normes reconnus (Bleu Blanc Cœur, Agri- culture Biologique, CRC, ISO, Label Bas Carbone, SAI, Nutriscore, AOC, Fairtrade, BRC, Haute Valeur Envi- ronnementale,IFS…).Apartirdelà, nous construisons avec les adhé- rents un référentiel propre à cha- que catégorie de produit : les élé- ments permettant par exemple d’apprécierlaqualiténutritionnelle varienteneffets’ils’agit d’unpoulet ou d’un pain. Quel premier bilan pouvez-vous dresser de vos réalisations ? Notre projet lancé en 2018 se déve- loppe très vite. Nos adhérents ont déjà construit ensemble cet outil poursixcatégories,dontlejambon, la baguette, le poulet. Nous cou- vrons déjà une soixantaine de réfé- rences et pour le Salon de l’agricul- ture de 2021, nous atteindrons 4.000 parmi les plus flashées. Auchan affiche déjà La Note Glo- balesursespouletsetcertainsjam- bons. La Note Globale est aussi un outil interne qui fait gagner du temps quand il s’agit d’innover sur ses produits par rapport à la con- currence. Les adhérents accèdent à un référentiel qui leur permet de se situer puis de progresser sur les enjeux essentiels. Ils peuvent s’engagerdanscettedémarchesans craindre les critiques qui seraient liées à de mauvaises performances ENTRETIEN Fondée en 2018 à l’initiative de cinq entreprises (Advitam, Auchan, Fleury-Michon, Sodebo et Terrena), La Note Globale (ex-Ferme France) entend éclairer les choix des acheteurs et inciter les acteurs de la filière à mieux produire. Le cofondateur et directeur du développement détaille la stratégie et la manière dont l’organisation cherche à fédérer les énergies. Maximilien Rouer : «Simplifier la vie des entreprises et des consommateurs» La Note Globale donne au consommateur la possibilité de choisir selon des critères qui correspondent le mieux à ses attentes. Jean Claude Moschetti/REA puisquelapublicationdesnotesest volontaire. Certains vont se donner le temps de progresser avant de dévoiler leur score au consomma- teur. Nous visons et contribuons ainsi à l’amélioration globale de l’offre de produits. Cette flexibilité nous permet de rallier plus d’entre- prises à La Note Globale, d’autant quelemontantdescotisationstient compte des moyens, du statut de chacun et du nombre de produits à auditer.Aumaximum,lacotisation annuelle monte à 50.000 euros pour une entreprise qui réalise un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions d’euros, et commence à 250 euros. Quels commentaires vous inspirent les premières notes décernées sur une échelle à la fois resserrée (entre 60 et 70 sur 100) et proches de la moyenne ? Cette échelle reflète d’abord le fait que les marques peinent à rensei- gner tous les champs, ce qui fait baisser mécaniquement leur note. Beaucoup manquent d’informa- tions sur leurs fournisseurs mais cet outil s’inscrit dans une démar- che continue de progrès. Il permet justement d’aller plus loin pour donner plus d’informations aux consommateurs. Quelle que soit leur performance, les entreprises onttoutintérêtàysouscrire :mieux vaut un « scoring » transparent fondé sur des critères coconstruits et partagés qu’un « bashing » orchestré par les réseaux sociaux. Ensuite, le fait qu’aucune marque n’obtienne un score excessivement élevé crédibilise l’outil. Les marges deprogrèssont réelleset iln’estpas de progrès sans mesure. Enfin, la diversité de nos adhérents évite la complaisanceoulespetitsarrange- ments entre amis. «Mieux vaut un “scoring” transparent qu’un “bashing” orchestré par les réseaux sociaux. SUR LE WEB Plan de relance : un coup de pouce pour aller vers une agriculture plus verte La distribution française à l’heure des choix www.lesechos.fr/industrie- services/conso-distribution Qu’est-ce qu’apporte de plus La Note Globale aux nombreux labels ou systèmes de notation publics, à commencer par Nutriscore, et privés, comme Yuka ? Nous avons créé La Note Globale poursimplifierlaviedesentreprises etdesconsommateurs.Notreappro- che est inclusive puisque le référen- tiel intègre les labels et notations reconnusetcouvreunchampglobal, plus large que les systèmes de nota- tionpréexistants.LaNoteGlobalese démarqueparsamission,sonstatut (noussommesuneassociationàbut non lucratif), sa dimension collec- tive, un périmètre bien plus large et une méthodologie plus fine puisque nous adaptons notre algorithme à chaquecatégoriedeproduits. n Propos recueillis par Frédéric Brillet Qu’est-ce que La Note Globale et quel message entendez-vous porter ? La Note Globale est le premier repère de la performance globale desproduitsalimentaires :elleaide concrètement et efficacement les consommateurs à mieux consom- mer et les acteurs de la filière à mieuxproduire.Al’inversedel’USP (Unique Selling Proposition) chère aux publicitaires qui n’évoque qu’un seul aspect du produit pour mieuxlevendre,LaNoteGlobaleen dévoile ses attributs « cachés ». Elle donne ainsi au consommateur la possibilité de choisir celui qui cor- respondlemieuxàsesattentesper- sonnelles. Les acteurs économi- ques peuvent quant à eux se servir de cet outil pour améliorer la fabri- cation et la transformation de leurs produits. Dans ce contexte, notre principal défi consiste à fédérer les nombreux acteurs qui détiennent les informations concourant à la détermination de cette note ou ont unelégitimitépourdonnerleuravis sur la méthodologie et les critères de mesure. Parvenez-vous justement à fédérer ces acteurs, dont les intérêts peuvent être diver- gents ? Parmi les quelque 60 adhérents de La Note Globale, nous avons des syndicats d’agriculteurs (produc- teurs de blé, éleveurs de porcs…), des coopératives agricoles (Advi- tam, Cooperl, Eureden, In Vivo…), des industriels agroalimentaires (Moët Hennessy, Lactalis, Lesieur, LSDH,Savencia,Soufflet…),desdis- tributeurs (Auchan, Carrefour, Intermarché,SystèmeU…),desarti- sans, des partenaires du monde agricole (Crédit Agricole, Ajino- moto…),desstart-upetdesONG.Le conseil d’administration de l’asso- ciation intègre un collège de con- sommateurs et nous instaurons l’an prochain un jury citoyen qui fera entendre sa v.oix auprès des adhérents de La Note Globale. Les marques agroalimentaires se ren- dent progressivement compte que l’autopromotion a ses limites : à l’heure des réseaux sociaux, on peutêtredemoinsenmoinsjugeet partie.Deleurcôté,lesagriculteurs espèrentquecetoutilaideralecon- sommateur à les soutenir davan- tage. En 2021, nous aurons finalisé le référentiel de notation sur les produits d’importation, ce qui per- mettra de mieux valoriser les actions mises en place par les pro- ducteurs français. Comment le système fonction- ne-t-il concrètement ? « Les marques agroalimentaires se rendent compte que l’autopromotion a ses limites.» Maximilien Rouer directeur de La Note Globale
  • 3. 36//SPECIAL ALIMENTATION Lundi 14 septembre 2020 Les Echos remodelé le paysage agricole de la coopérative. « Nos adhérents pro- duisaient peu de graines de tourne- sol, car les débouchés n’étaient pas assurés. En 2020, nous avons doublé les surfaces, pour atteindre 3.600 hectares. Et nous avons encore des capacités de développement », se réjouitBertrand Roussel,respon- sable de la filière biologique chez Terrena. Les besoins d’Oleosyn sont là. « Aujourd’hui,nousutilisons20.000 tonnes de graines oléagineuses bio dont 80 % sont issues des cultures françaises. Notre ambition est de continuer à développer l’origine France pour sécuriser nos approvi- sionnements et maximiser notre autonomie en protéines biologi- ques », précise Jean-Philippe Puig. n valoriser l’huile de première pres- sion à froid. Loin des soubresauts mondiaux « Fairedubioestplusrémunérateur, caronrehausselachaînedevaleur », noteJean-PhilippePuig,chezAvril. Et Terrena peut, de son côté, assu- rerdesdébouchéscommerciauxde ses adhérents. « La contractualisa- tion pluriannuelle est sécurisante, car elle nous permet de sortir du marché mondial des céréales extrê- mement fluctuant, souligne Olivier Chaillou, ce projet a beaucoup de sens, car il apporte des solutions pour valoriser la production de nos adhérents et poursuivre la conver- sion au bio, notamment des éleveurs de volailles. » La filière d’Oleosyn, bien que naissante, a d’ores et déjà Le groupe Avril a investi 5,7 mil- lionsd’eurospourrevitaliserunsite de nutrition animale, situé à Thouars, dans les Deux-Sèvres. La capacité de cette unité de produc- tion, dont la première ligne a été mise en service en juin dernier, est de 30.000 tonnes annuelles. L’ensemble de l’outil de production sera opérationnel à la fin de l’année etilaétédimensionnépourpouvoir monter en puissance dans les années à venir. Tournesol, colza mais aussi soja sont toastés et triés pour faire, d’un côté, des tourteaux pour l’alimentation animale, de l’autre, de l’huile alimentaire. Les graines oléagineuses y bénéficie- ront d’un process innovant: une ligneàdoublepressionpourletour- nesol et le colza, qui vise à enrichir lestourteauxenprotéinesetmieux Ophélie Colas des Francs Delafourcheàlafourchette. La formule peut paraître éculée, mais elle prend, avec Oleosyn, tout son sens. Né d’un partenariat entre la coopéra- tive agricole et agroalimentaire Terrena et le groupe spécialisé dans la production oléoprotéagi- neuse Avril, ce projet de filière bio intégrée vise à produire, d’une part,desprotéinesvégétalesàbase de colza, de tournesol et de soja, et d’autre part, des huiles de pre- mière pression. « Nous avons senti dès 2016 une demande sur la pro- téine végétale d’origine française pour les développements de filières d’élevage bio », témoigne Olivier Chaillou, agriculteur et président de Terrena. Oleosyn,uneproduction oléoprotéagineusebio 100%française PRODUCTION Le groupe Avril et la coopérative Terrena lancent une filière verte de transformation du tournesol, du soja et du colza en huile alimentaire et en protéines pour la nutrition animale. Un partenariat inédit. lement OGM car destiné à la con- sommation animale, surtout avi- coleetporcine)provenaientencore du Brésil, qui a « allégé » sa régle- mentation environnementale. « Dans cette configuration, les éleva- ges industriels français concernés contribuent à la déforestation et au réchauffement climatique », pointe Jacques Pasquier, corapporteur de l’avis et représentant de la Con- fédération paysanne au Cese. Pour y remédier, Bruxelles pré- voit de lancer en 2021 une stratégie européenne de lutte contre la défo- restation importée mais celle-ci sera inopérante sans une montée de la production communautaire. Deuxième producteur européen derrièrel’Italie,laFranceyprendsa part en couvrant déjà 100 % de sa consommation destinée aux humains. Mais les tonnages soja made in France demeure plus cher que son homologue importé, d’autant qu’il bénéficie d’aides spé- cifiques à l’hectare moins élevées que les autres cultures. Cela dit, la montée du « locavo- risme » et l’obligation faite aux Labels rouges de recourir à une ali- mentation 100 % non OGM renfor- cent mécaniquement la demande pour des tourteaux locaux non transgéniques. Pour aller plus loin, laConfédérationpaysannepropose d’instaurer une obligation d’étique- tage des produits issus d’animaux nourris au soja OGM. Mais davan- tage de transparence donnée au consommateur mettrait en diffi- culté une bonne partie de la filière viande conventionnelle qui dépend encore de ce soja OGM importé, meilleur marché que le soja natio- nal. F. B. n élevage.Vul’augmentationprévisi- ble des prix, s’imposera également unepolitiquesocialedesoutienali- mentaire aux plus démunis en Europe. Enfin, cette orientation seraexigeanteenrecherche,forma- tion et accompagnement des agri- culteurs dans l’évolution de leurs méthodes de production. » Cela dit, Jean-Marc Séronie juge globalement ces orienta- tions européennes « très favora- bles, car notre politique nationale les encourage déjà ». Il précise : «Nousavionsperdudelacompéti- tivité en Europe en nous fixant des contraintes plus fortes. La Com- mission propose de les étendre à toute l’Union, ce qui va réduire ces distorsions. Le plus gros change- mentvaconcernerlesgrandesplai- nes céréalières qui subiront une hausse de leurs coûts de produc- tions et donc des difficultés à l’exportation. » Pour l’expert, les agriculteurs auront deux réponses possibles : « Soit ils opteront pour un change- ment de système qu’il faudra forte- ment soutenir en allant vers le bio ou l’agroécologie. Soit, alternative- ment ou parallèlement du reste, ils devront s’agrandir pour compen- ser le surcoût découlant du durcis- sement des normes environne- mentales. » Retrouvez l’intégralité de l’interview sur www.lese- chos.fr/thema/alimentation : quand les transformations s’accélèrent Frédéric Brillet Pour Jean-Marie Séronie, agroéconomiste indépen- dant, président de Champs d’Avenir et membre de l’Aca- d é m i e d ’a g r i c u l t u r e d e France, la nouvelle politique agricole commune, plus exi- geante sur le plan environne- mental, devrait réduire les distorsions de concurrence intra-européennes. « La crise du Covid-19 a accentué chezcertainsl’idéequ’ilfallaitrevoir complètement notre modèle agri- cole. Cela peut se traduire par une aspirationverslelocaletlebiodont la consommation à domicile a aug- menté pendant la crise du fait de la fermeture des restaurants. Mais c’est conjoncturel », souligne d’emblée Jean-Marc Séronie. L’agroéconomiste pointe notam- ment le fait que les produits bios, qui ne représentent que 5 % de la consommation totale, sont plus chersetque8à10millionsdeFran- çais ont peiné à se nourrir correc- tement durant le confinement. Pour toutes ces raisons, il est con- vaincuque«cettecrisen’apascréé derupturemaisaccélérélestendan- ces existantes, à savoir la recherche de proximité, authenticité et natu- ralitédansl’alimentation». En revanche, la proposition de la Commission européenne de réduirefortementl’usagedespes- ticides, fertilisants et antibioti- quesetdedévelopperlebio,sielle est acceptée, marquera selon lui un virage très important : « En protégeantmieuxlasantéetl’envi- ronnement, cette nouvelle PAC diminuerait la production et aug- menterait les coûts des produits agricoles,sachantquel’agriculture biologique produit en gros un tiers de moins à surface identique et requiert plus de main-d’œuvre. » Reste que, comme cela a déjà été dénoncépardenombreuxobser- vateurs et acteurs du marché, sans barrières aux frontières européennes, les importations à basprixnerespectantpaslesnor- mes risquent alors de déferler. Des orientations européennes favorables D’où l’importance, selon le prési- dent de Champs d’Avenir, de « traduire ces objectifs dans des règlementseuropéensetnonnatio- naux pour éviter des distorsions internes à l’Europe et les faire reconnaître dans les traités com- merciaux (type Mercosur, Ceta) comme on l’a fait pour l’interdic- tiondeshormonesdecroissanceen Mobilisationenfaveurdu« SojadeFrance » En sécurisant les débouchés, Oleosyn a déjà permis le développement de la culture bio du tournesol. Jens Büttnerr/Zuma Press/Zuma La démarche des producteurs français de soja rejoint l’aspiration des consommateurs à plus de transparence. Alice Bertrand/REA demeurent modestes, la bataille se jouant pour l’essentiel sur l’alimen- tation destinée aux animaux sous forme de tourteaux. Réunis au sein de l’interprofession Terres Univia, lesacteursdelafilièrefrançaiseont lancé la charte « Soja de France ». Ils ambitionnent justement de « couvrir 100 % de la consommation totaledesojanonOGMd’icià2030 », précise Françoise Labalette, res- ponsable du pôle amont de Terres Univia. Le défi est d’ampleur : ce La bataille se joue sur l’alimentation destinée aux animaux sous forme de tourteaux. En mai dernier, le Conseil écono- mique, social et environnemen- tal (Cese) adoptait un avis propo- sant de conditionner les aides européennes aux investissements des filières animales à la non-utili- sation de soja importé. C’est la der- nièreinitiativeendatevisantàfaire émerger une filière nationale plus vertueuse sur le plan environne- mentaletéconomique,laFrancene produisant guère que 10 % de sa consommation. En 2017, 60 % de nosimportations de soja (essentiel- Pour lutter contre les OGM et la déforestation impor- tée, les acteurs de la filière soja lancent une charte pour une production hexagonale vertueuse de la légumineuse indispensable à la consommation animale. « Cette crise n’a pas créé de rupture mais une accélération des tendances » « Nous avions perdu de la compétitivité en Europe en nous fixant des contraintes plus fortes. La Commission propose de les éten- dre à toute l’Union pour réduire ces distorsions. » Jean-Marie Séronie Président de Champs d’Avenir 1AVIS D’EXPERT
  • 4. Les Echos Lundi 14 septembre 2020 SPECIAL ALIMENTATION//37 les rayons primeurs bios toutes enseignesconfonduespourdesrai- sons de commodité permet en effet de distinguer aisément le bio dans les opérations de caisse. Un vrai paradoxe quand on sait que le con- sommateur de bio en période nor- maleestplussensibleàl’environne- ment et hostile au suremballage. Il met Système U en porte-à-faux dans ses engagements environne- mentaux :l’enseigneasignéen2019 lePactenationalsurlesemballages en plastique qui doit l’amener à éli- miner les plastiques problémati- quesouinutiles.« Maislebioenvrac serait trop compliqué à gérer dans nos petits magasins et ils devraient y renoncer. Cela change aussi les habi- tudes de nos fournisseurs, argu- mente Dominique Schelcher. Cela dit, par souci de cohérence, nous encourageons les matériaux biodé- gradables et la récupération. Ainsi le plastique qui entoure les palettes est réutilisé pour emballer des pro- duits U. » n proposer du bio mais aussi du local. Pour y parvenir alors même que la production française peine à couvrir la demande nationale, Système U accompagne le déve- loppement de la filière bio de fruits et légumes français et mise sur des partenariats avec des pro- ducteurs locaux. Partenariats qui garantissent une juste rémunéra- tion et des débouchés aux acteurs des filières en échange de quoi l’enseigne sécurise ses approvi- sionnements. Le distributeur a ainsi signé avec l’association Porcs Bio de France et ses 150 pro- ducteurs,ainsiqu’aveclacoopéra- tive Biolait dont les 2.000 éleveurs fournissent 100 % du lait U Bio. Ainsi, « 81 % des produits U Bio sont fabriqués en France », se féli- cite le président du groupement. Le plastique problématique Quid de l’avenir ? Les Français s’inquiétant des conséquences éco- nomiquesduCovid-19,lesventesde Plus 21,5 %, qui dit mieux ? Telle est la progression sur un an du chiffre d’affaires biodeSystème U quiatteintdésor- mais 709 millions d’euros, alimen- taireetnonalimentaireconfondus. Une performance qui permet au group ement co op ératif de s’octroyer sur cette catégorie une part de marché supérieure (13,9 %) à celle qu’elle détient dans l’univers de la grande distribution (source Iri). « Avec 700 références en MDD (marque de distributeur), nous som- mes de longue date des activistes du bio », affirme Dominique Schel- cher, président de Système U, dont le réseau compte 1.601 magasins. Malgré son implantation géogra- phique(ruraleetvillesmoyennes)a priorimoinsfavorable,SystèmeUa en effet été l’une des premières enseignes à lancer, en 2007, une marque bio à ses couleurs. Uneavancequelacoopérativede commerçants indépendants a su préserver en multipliant les réfé- rencesaupointque47 %de son CA bio alimentaire provient de sa MDD. « Nous avons compris que le bio n’attirait pas que les cadres urbains et les militants et qu’il fallait ledémocratiser.Onl’abeaucoupmis en avant dans notre communication de proximité. Car le bio, c’est aussi le bien-manger,lasanté,desthèmesqui intéressenttoutlemonde »,souligne Dominique Schelcher. Le souci de tirer vers le haut la MDD en misant sur le bio conduit même l’enseigne à des choix radicaux. Ainsi, la mar- queUBiocouvrelatotalitédel’offre alimentaire pour bébé vendue en MDD. Mais pour répondre aux nou- velles attentes des consomma- teurs,ilimportedenonseulement SystèmeUpromeut lebioàsescouleurs DISTRIBUTION Les géants de la distribution sont décidés à ne pas laisser les enseignes spécialisées dominer le marché bio. La coopérative de commerçants indépendants est d’autant plus active sur ce front qu’elle fait converger écologie et marque de distributeur. de 1.600 salariés et de 4.750 exploi- tations adhérentes, s’est ainsi pla- cée assez tôt sur des productions « différenciatrices » et plus profita- bles. Ce fut notamment le bio, qui dépasse désormais 12 % de ses ven- tes. Pour cela, Cavac a acheté des outils industriels aptes à transfor- mer en aval la production de ses agriculteurs. Ainsi, en 2014 Bio- porc,avecses20millionsd’eurosde chiffred’affaires,aintégrélegroupe qui peut ainsi exister, même hum- blement, sur le marché de la char- cuterie bio dominé par beaucoup plus gros que lui. Le rachat suivant fut celui de Biofournil, pionnier de la boulangerie industrielle bio. Explorer de nouveaux marchés En croissance soutenue, cette sociétéaffichant18millionsd’euros de ventes vient de faire l’objet d’investissements capacitaires d’envergure. En amont, le groupe achèveuninvestissementde10mil- lions d’euros à Fougeré, en Vendée, dansuneusined’alimentspourani- mauxvenantenpremierlieusoute- nir l’essor des filières œuf et lait. Ce pôle de PME s’est étoffé au cours des deux dernières années, avec l’acquisition d’Atlantique Ali- mentaire,concoctantàLaRochelle tartes,quiches,crêpesetpizzassur- gelées,maisaussidepetitesentités, dontunebiscuiterieetunecrêperie artisanale. Là encore, la finalité est desécuriserlesdébouchésdescoo- pérateurs tout en gagnant des points de valeur ajoutée. La proxi- mité est un autre principe fonda- teur de Cavac. « Toutes nos acquisi- tions se trouvent dans un rayon de 150 kilomètres », souligne Olivier Joreau, ce qui limite naturellement les possibilités de croissance externe. Cette activité de transfor- mation permet au groupe de humerl’airdutemps,lesévolutions toute une filière. « Car les agricul- teurs ont besoin de long terme pour investir, soutient Olivier Joreau, parce que les négociations annuelles sontsouventunepertedetempsetne tournent généralement pas à l’avan- tage des agriculteurs. » Cavac est aussi historiquement placé sur des marchés spécifiques comme le maïs pour corn flakes ou le blé dur des pâtes, avec Barilla parmi ses clients. Le groupe a récemment renforcé ses installa- tions portuaires aux Sables d’Olonne pour favoriser ses expor- tations.Ilestaussisolidementplacé sur les légumes secs, ces super-ali- ments loués pour leur valeur pro- téinique, dont la fameuse mogette vendéenne. Un nouveau centre de stockageaétérécemmentconstruit pour ce marché. Cavac s’est aussi placésurlesbiomatériauxàbasede lin et de chanvre, favorisant l’assolement et la réduction des phytosanitaires. Pour cette activité, créée de toutes pièces, le groupe a construit une usine à Saint-Gem- me-la-Plaine, dans le sud de la Ven- dée. La demande est telle qu’un second site de production est annoncé. n Eureden crée Le Récolteur pour la vente en circuit court Il n’y a aucun intermédiaire, « c’est donc au producteur, pour- suit-il, de fixer son prix consom- mateur, nous le guidons de façon à ce qu’il reste dans la norme. » Les kiosques ont été ouverts en juin dernier,ilestencoretroptôtpour Euredend’établirunbilan.Unfait est acquis : si les premiers résul- tats s’avèrent rapidement confor- mes aux objectifs initiaux, Le Récolteur sera progressivement implanté dans la plupart des 80 jardineries du groupe. Relance de la marque Jean Nicolas Eureden envisage aussi, dans le prolongement de son intérêt pour les circuits courts, une relance de sa marque de conser- ves de légumes nommée Jean Nicolas.Ilenproduit1.000tonnes par an distribuées exclusivement en Bretagne, dans des enseignes de la grande distribution comme E.Leclerc. « On travaille, explique Nicolas Facon,chargédecedos- sier, à un rajeunissement du con- cept. On prévoit de nouvelles recet- tesafind’atteindre,d’iciàdeuxans, un volume de 1.500 tonnes. » Pour mieux attirer la clientèle sensible au local, Eureden va insister sur l’origine des producteurs de Jean Nicolas qui exercent tous dans le Finistère ou le Morbihan. n Stanislas du Guerny Chez Eureden, groupe né il y a quelques mois du rapproche- ment des coopératives D’Aucy et Triskalia, la stratégie reste celle des volumes. Ses 20.000 produc- teurs adhérents l’approvision- nent en légumes, œufs, viandes ou lait, transformés dans ses vas- tes conserveries, usines d’ovopro- duits et de fabrication de beurres et fromages. « Sans remettre en causecettestratégie,uneréelleévo- lution se dessine, Eureden ne veut paspasseràcôtédudéveloppement exponentiel des circuits courts », confie Dominique Loriot. Ce cadre maison est donc chargé depuis quelques mois du développement d’un nouveau conceptnomméLeRécolteur,des kiosques de vente de produits ali- mentaires.Pourlemomentinstal- léssousformedetestsdansquatre des jardineries du groupe (Maga- sin Vert et Point Vert) à Concar- neau, Carhaix (Finistère), Saint- AvéprèsdeVannes(Morbihan)et Matignon (Côtes-d’Armor), ils proposent jusqu’à 300 produits par espace de vente. « Toutes les références sont issues uniquement de producteurs adhérents d’Eure- den dont les exploitations sont situéesdansunrayonde50kilomè- tres maximum autour de chacun des magasins concernés », précise DominiqueLoriot. Sans intermédiaire Pas question pour Eureden d’approvisionner ces kiosques par des producteurs éloignés, « on ne veut pas déroger des cir- cuits courts et locaux, c’est ce que demande la clientèle », insiste le responsable du concept. Chaque « Récolteur », dont l’espace com- mercial de 30 à 50 m² est situé en plein cœur de la jardinerie, est animé par une petite équipe de salariés d’Eureden. Ils répartis- sent leur emploi du temps quoti- dien entre l’accompagnement des clients du kiosque et les approvisionnements. « Ils sont équipés de camionnettes et vont eux-mêmes chez les producteurs récupérer la marchandise. Ils con- naissent tous leurs fournisseurs et peuvent donc aisément conseiller les clients sur la qualité, les modes de production », note encore Dominique Loriot. LacoopérativeCavacmisesuruneassiettediversifiée La stratégie d’acquisitions de Cavac lui permet de garantir des débouchés à ses coopérateurs. Cavac Emmanuel Guimard Le groupe Cavac a plutôt bien résistéàlacrisesanitaire,selonOli- vier Joreau, directeur général adjoint de cette coopérative agri- cole vendéenne, qui a franchi, fin juin, le milliard d’euros de chiffre d’affaires. Les « basiques », tels le pain, la charcuterie, les légumes secs, ont assez bien répondu aux besoins des Français confinés, explique le dirigeant, décrivant un modèle «résilient» composé d’acti- vités diversifiées. « Notre stratégie consiste à essayer de développer tou- tes les activités agricoles ayant du potentiel pour que nos producteurs trouvent de la rentabilité sur leur exploitation », énonce le dirigeant. Ce postulat, qui est en théorie celui de toute coopérative, est ici appli- qué à la lettre. La coopérative, forte Proximité, différenciation, marchés de niche… La stratégie du collectif vendéen, centrée sur la rentabilité de ses agriculteurs, a joué son rôle d’amortisseur pendant la crise. produits bios, plus chers que ceux issus de l’agriculture convention- nelle, vont-elles en pâtir ? Pas à court terme constate-t-on chez Sys- tème U, qui a enregistré +43 % des ventesdanscettecatégorieenmars dernier (source Iri). Reste qu’une bonne part de cette croissance exceptionnelle tient à des raisons conjoncturelles. Par crainte de la contamination, des consomma- teurs se tournent plus que d’habi- tude vers les fruits et légumes bios non pas tant pour leurs qualités intrinsèques que parce qu’ils sont suremballés dans du plastique. Cette pratique, qui prévaut dans La coopérative s’engage aussi en signant, en 2019, le Pacte national sur les emballages en plastique. Romuald Meigneux/Sipa Système U a été l’une des premières enseignes à lancer, en 2007, une marque bio à ses couleurs. Si les premiers « Récolteur » sont un succès, Eureden en implantera dans son réseau de jardineries. Eureden 12%DES VENTES DE CAVAC sont désormais issues des produits bios pour un chiffre d’affaires dépassant le milliard d’euros. de la consommation. La coopéra- tives’estdotéedesapropreentitéde livraison à domicile, Coopcorico, dont les ventes ont été décuplées pendant le confinement. Ne s’inter- disant aucun marché, Cavac a même démarré une petite activité brassicole,osantlamarqueLaCoo- pine de Vendée. Bien qu’anecdoti- que, l’entreprise explore ainsi un nouveau marché et un débouché complémentaire pour ses produc- teurs d’orge bio. Cavac se distingue grâce à une stratégie de contractualisation plu- riannuelle avec ses agriculteurs, ce quiimpliquedesprixgarantissur8 ans avec les éleveurs de porc bio ou de 5 ans avec les apporteurs de céréales. La coopérative fut à l’ori- gine du label Agri-Ethique formali- sant cette contractualisation sur 81%DES PRODUITS U BIO sont fabriqués en France.