L'IMPACT CACHE DU E-COMMERCE
Sefaire livrerchezsoi
est-ilun crime ?
lnternet s'est peut-être affranchi des distances mais pas les marchandises qu'on
y achète. En attendant de tout pouvoir imprimer en 3D au coin de [a rue, nos
achats en [igne pourraient bien nous conduire droit dans [e smog, ces brumes
de potlution observées en Chine... Désormais, vous y penserez à deux fois avant
de ctiquer sur << commander ». Chrystele Bazin
I ffi î,r?,:"#ïJ.'â,,.'#:,u'#ï;
la Cour de justice de lïJnion européenne (CI[IE)
I Agence européenne pour I'environ-
' nement (AEE) estime que la pollution
atmosphérique nuit à la santé de 85 o/o
des citadins du Vieux Continent. Elle
causerait même 500 000 morts préma-
turées chaque année, dont 48 000 en
pour sanctionner plusieurs Ét.tr-r.r.-brer,' dà.rt 1*
France - compte tenu de ses dépassements répétés
des tanx limites de dioxyde d'azote lNOr), princi
palement généré par le trafic routier. « Peu étudié
en regard du transport des personnes, le tranÿort de
marchandises est ?aurtant responsable, par exemple à
Paris, de 30 à 50 o/o
des pollutions atrnos?hérigues liées
au trE6r", rapporte Laetitia Dablanc, directrice de
recherche à llGttar (f, institut situé au cæur du
cluster Descartes de l'université Paris-Est. En outre,
selon le cabinet Xerfi, si le marché du fret est rela-
tivement stable, celui des liwaisons aux particuliers
est en pleine explosion en raison du développement
tout aussi explosif du e-commerce.
En effet, le commerce en ligne connaît des tarx de
croissance à derx chiffres depuis plus de dix ans. Le
cap du milliard de transâctions en Iigne a été franchi
en France, soit 33 achats par seconde, incluant biens
matériels et immatériels (Fevad, 2016). lJémergence
rapide du m-commerce (achats sur mobile) et du
n social-commerce
" (achats intégrés aux résearx
sociaux), le développement de lbffre ainsi que les
innovations en pagaille en matière de liwaison (for-
fait illimité, liwaison en une heure, liwaison le soir,
etc.) dewaient assurer à la vente à distance un ave-
nir des plus radieux.Toutefois, cette belle croissance
pourrait être temie par des conséquences beaucoup
moins réjoüssantes : forte augmentation de la pol-
lution atmosphérique, intensification du trafic en
ville créant plus d'embouteillages et de nuisances
sonores... Pas vraiment le chemin du progrès.
LEs GRANDES uÉrnopor-Es sE RÉvETLLENT
La mairie de Paris a constitué un groupe de travail
permanent autour du e-commerce afin de traiter
spécifiquement ces questions. Le Grand Lyon
réalise en ce moment une étude sur ces nouveaux
comportements d'achat et leurs impacts : « Ze
e-comlnerce représenterait aujourd'hui, en oolume,
15 o/o du trans?ort de marcbandises sur le Grand
Lyon
',, révèle Mathieu Gardrat, chercheur au
LAET (2) àl'tniversité de Lyon.
"À NeuYork,
ce sont 36 0/o des /irtraisons qui sont liées au e-co??'t-
?nerce >>, ajoute Laetitia Dablanc. Dans la ville de
Shenzhen (Chine), qui compte plus de 10 mil-
lions d'habitants,<< l'acti,uité e-commerce génère plus
de 850 millions de colis par an >>,rappofie Zuoperg
Xao, chercheur à l'université de Hong Kong,
contre 450 millions sur lènsemble du territoire
français (Fevad,2015). Pour s'adapter à ce nou-
veau mode de consommation, Shenzhen est deve-
nue un précieux laboratoire en logistique urbaine :
extension des réseaux de points relais, ouverture
de bureaux de dépôt/collecte de colis dans les
commerces, installation de milliers de consignes
automatiques, etc. Pour lutter contre les désormais
fréquents épisodes de pollution atmosphérique
dans les villes, ar.rxquels la croissance fiigurante du
e-commerce contribue mécaniquement, il deüent
(1) Instintfrançai: da sciences et tecbnologies dzs trawPorts, de I'aménage-
mffit et des réseaw,
(2) Iaboratoire AruÉnagrut Économie Trarc4orts.
m
.g
urgent d'étudier et de réduire f im-
pact écologique de la liwaison arx
particuliers, à moins de se résigner
à f idée prochaine de viwe la tête
dans le smog.
LEs ÉcuErLs Écolooroues
DU E.COMMERCE
Le âit d'acheter en ligne potmait de
prime abord paraître plus écologique,
étant donné Ia réduction indüte des
boutiques phl.niques et des déplace-
ments individuels. Pourtanq àyregar-
der de plus près, ce qubn gagne d'un
côté semble s'évaporer de l'autre.
D'abord, les comportements des
consommateurs sont souvent hy-
brides : faire le tour des magasins
et acheter en ligne, recherdrer en
ligne et aller récupérer le produit en
magasin, etc. Ensüte, les services et
intedaces numériques sont dwenus
très sophistiques et consomment des
ressowces énergétiques conséquentes.
En effet, la pollution émise par ïin-
dustrie du net et son impact sur le
climat seraient éqüvalents à ceux du
secteur de Ïaviation. Enfn, Iiwer des
indiüdus plutôt que des m4gasins
pose dëpineux problèmes dbptimi-
sation. D'un point de vue de lèmbal-
Iage par exemple,il est fréquent qu'un
lot de stylos soit acheminé dans une
boîte qü fait dix fois sa taille, alors quèn magasin le
produit est liwé en plus grand nombre et dans un
conditionnemerû adaptâ4 ce sujet, le Club Démé-
ter - qui regroupe des distributeurs, des transporteurs
et des industriels engagés dans une démarche éco-
logq* - enüsage de créer un indicateur de perfor-
mance environnementale qü détermineraitle taux de
rempliss4ge des cartons. En outre, fonctionnant « à Ia
demande r, les liwaisons en e-corrunerce sont moins
prévisibles, engendrant un taux de rempliss4ge des
camions trop bas. ,rA tout cela iajoute un taux d'échec
auprentierpassage chez le dient denüron 20 0/o n,esime
Jérôme Libeskind, auteur de Logistique urbaine (Fyp
éditions,2015) et expert dans le domaine. Par ailleurs,
de nombrerx e-commerçants placent dans les colis un
bordereau prepaye afin de faciliter le retour des pro-
düts sâns frais, et ce, pour encouragff lacte d'ac-hat.
En France, le droit de rétractation génereratt entre 5
et2)o/o defluxde transport supplémentaires selon les
secteurs. Associées à des forfaits de liwaison illimitée,
ces âcilités de renvoi contribuent à des comporte-
ments dachat irréféchis et écologiquement i.rrespon-
sables. Enfin, u tous cesfux de liwaison monopolisent la
,uoirie (arrêts en doublefle, congestion du trEÊr, etc.), ré-
duisant son accès à totr les autres usagers, alms q.a lbEaæ
POIJR Rt[lJIRt SON IltllPRTIIITT
z Se faire livrer en priorité en point
relais ou en consigne.
z Arbitrer attec discerrlernent entre se
faire livrer et aller chercher le colis.
z Veiller à être présent en cas de
livraison à domicile ou choisir des
transporteun qui permettent de
prendre rendez'v0t|s.
z Favoriser dès que possible les
e-corntneffints qui mènent des politiques
erttlir0rtnementales : optimisation des
emballages, véhicules non polluants, etc.
./ Grouper ses ôchats et privilégier
les produits locaux.
./ Ne pas abuser des facilités de
retour. En cas de dottte sur Ie produit,
opter pottr un achat en tttagasin.
public est un bien colwnun», rappelle
Diarla D:ztarn directrice d'AÊlog et
anciennement chargée de mission
«Transport de marchandises et
logistique
"
du GrandLyon.
MAIS OUE FAIT L/A P0LICE ?
«Pas grand-choset, déplorent le
consultant Jérôme Libeskind et la
chercheuse Laeana. Dablanc. Le
secteur logistique dans son ensemble
riest soumis à aucune contrainte
environnementale forte. I1 existe
bien des zar,es à faibles émissions
(ou zones à circulation restreinte
- ZCR) encadrées par la législa-
non p) dans les centres-villes, mais
les contrôles sont insufi.sants et les
choix peu pertinents. Par exemple,
orplique Diona Druan, « I'accès et
I'arrêt des poids lottrds sont contraints
dans le centre de Lyoq alors que ces
oéhicules ne sontpas lespluspolluants ».
Le ministère de ÏEnvironnement
a tout de même lancé er 2076
Crit'Air, un étiquetage volontaire
de tous les véhicules en fonction de
leur niveau d'émission de polluants ;
Paris prwoit d'interdire le diesel
d'id à 2020; le Grand Lyon a voté
un plan Oxygène... Cependant, l'epi
sode désastreux de l'écotaxe et celui
du retrait de larticle44 dans la loi
relative à la transition énergetique, qui demandait à
la grande distribution de réduire « les érnissions de gaz
à efet de seffe et dE
?llluants afmoÿhilques résultant
du tranÿort dcs mmchandises gu'ils commercialisent sur
le territoire national>>, montrent à quel point lènjeu
écologique est peu défendu. Les dirigeants poli-
tiques craignent sans doute de faire obstacle à l'un
des rares secteurs qui crée de Ïactivité et représente
déjà 11 7o des emplois salariés privés (A.filog,2076).
coMMEl{T ÉVren LESUOO Z
Certaines entreprises prennent heureusement la
question environnementale à bras-1e-coqps. À
Timage de Labatut Group par enemple, un trans-
pofteur qui a investi dans un parc d'une trentaine
de véhicules non polluants -du vélo triporteur au
44 tonnes - pour la liwaison urbaine. Mais ces ini-
tiatives restent encore trop peu nombreuses. Selon
Diana Diziain, pour fairé 6orrg.. les choses mas-
sivement et rapidement , « ilfaudrait agir sur les gros
(3) Cf. b ür* du 2?juin 2016. Pris m apflication dz I'artide 48 de la
hi relative à la ftareitian mrgétique, ilfre la règla pmettsnt aw élu
d'instmrr, sw tout oa lttic du tmitoire d'une commne ou d un EPCI,
des zonq à cirdalion rntreinte,
50 ocûalter
IRAIISIIIOIl DtlRABLE
acteurs du colis en France, tels que Colis Priaé et La Poste
gui sous-traitent la moitié ooire la totalité de leursfux
à une myriade de traruporteurs, Ik ont üjà dans leur
cahin des charges dts contraintes liées à la performance
enoironnementab dts oéhiculel llfaudrait aeiller à ce
guz ces contraintes augmentent ». Elle pointe aussi le
problème des petits transporteurs dont les véhicules
comptent souvent parmi les plus polluants et dont le
nombre est insufËsant (souvent un seul) pour pou-
voir optimiser le tatx de remplissage et les tournées
de liwaison.
<< Ce sont les e-commerçants qui sont générateurs dz colis.
Cbst donc auprès dbux guilfautfaire pression, nltam-
ment auprès d'unpoiù lourd commeAmazon qui, à lui
seul, est en rnesure de redéfnir les standards o, analyse
de son côtéJérôme Libeskind. En d'autres termes, si
Amaznn décidait dbffrir des avantages conséquents
à ceux qui se font liwer en point relais plutôt que
de lancer des forfaits de Iiwaison illimitée, les autres
süwaient.
Laetitia Dablanc penche plutôt pour la création
dèspaces logistiques urbains, s'appuyant sur l'im-
plantation réussie d'une plateforme Chronopost à
Beaugrenelle (Pari$ qü, selon un premier bilan, a
permis de réduire d'au moins 30 0/o les émissions de
dioxyde de carbone (COr), de particules fines et de
mono4yde et dioxyde d'aznte (NO-).
A Shenzhen, les promoteurs immobiliers sont éga-
lement mis à contribution. En plus des parkings, des
poubelles et des boîtes atx lettres, ils prévoient des
places de liwaison, des consignes partagées, des q,s-
tèmes de conciergerie en bas des immeubles (dépôt/
envoi de colis), etc.
ÉT OUIDOE CEUXOUI CLIOUENT ?
Être coincé derrière un camion de livraison et pester
contre lui reüent en partie à pester contre soi-même,
idern pow Ia pollution de l'air. Nos comportements
indiüduels mis bout à bout nous retombent dessus
au centuple. Le tri séleai{ le ramassage des crottes
de chien et bientôt des mégots ne sont possibles que
si la population coopère. Ainsi, la première attitude
écologique à adopter serait de se faire Iiwer en point
relais, en consigne ou au tralail plutôt que chez soi.
Pour les parisiens, par exemple, Bluedistrib'(Groupe
Bolloré) est en train déquiper les stations Autolib"de
consignes automatiques et les toumées de liwaison
sont âites la nüt, en voiture électrique. Pow ceu qui
ont néanmoins besoin dêtre liwé à domicile,la start-
up Colibou centralise les liwaisons et liwe le soï sur
rendez-vous, réduisant les taux dëchec au premier
passage et utilisânt la voirie arx heures creuses.
En outre, alec le développement du commerce
,. O2O "
(pour
" Online to Ofrine"),les plateformes
numériques, après avoir été de rudes concurrents
pour les commerçants de quartier, pourraient bien
devenir leurs nouveaux alliés. Ensemble, ils peuvent
facfiter la consommation de produits locarx tout
"La pollution
émise par
Iindustrie
du net et
son impact
sur [e climat
seraient
équimtents
à ceux du
sesteurde
liaYiation."
-
en optimisant la perÊormance environnementale
de la chaîne logistique, à fimage de Ia livraison de
repas à domicile en vélo proposée par Deliveroo ou
Foodora. Autres exemples : à Shenzhen, Colour
Life connecte les habitants d'un quartier ou d'une
résidence avec les commerçants du coin et centralise
la liwaison ; dans la même veine, Le Bon Zeste, une
start-up marseillaise, rassemble lbffre de maraîchers
et fabricants locaux sur son site et regroupe les
liwaisons par quartier.
Cependant, les e-commerçants et tous les acteurs
de la logistique donnent la priorité à la performance
économique et à la satisfaction de leurs clients. C'est
donc à nous, collectivement, de les amener à inclure
la question écologique dans lëquation, en ajustant
nos comportements d'achat bien sûr, mais aussi en
plébiscitant, en tant que citoyen, les politiques enü-
ronnementales aux niveaux local, national et euro-
péen.
"
Il est temps dt sortir de I'opposition entre poli-
tigue enoironnementale et actioité économigue. Il faut
aider ceux gui jouent le jeurr, plaide Diana D'wwn,
d'autant que réduire limpact environnemental est
source d'innovation, de créatiüté et très souvent
déconomies.ê
É
I
)î
0ptimisu tetaux de renrptissage
des camions et des caftons.
Durcir |a tégistation afin de réduire
ta pottution de lair
Aæentuer Iaide à linnovation
environnementate en togistrque.
Mettre les consomrnatettrs à
contribution : notation « vefte »
des e-commerpnts, outits de
sensibitisation sur Iimpact écologique
des comportements d'achat, système
de gratlfication éco[ogique Ipoints de
remise « verte »), etc.
Guvrerà ta mobitisation citoyenne
pour [a défense de la qualité de tair
[s LttlttRs 0t c]lAilttltllt]rÏ
Modétiser ta livraison des machandises
atrx paûictitiers létudes, données].
lntégrer liimpact environnementaI dans
tes calcuts d'ogimisation togistique
0ptimiser les ftux de transport:limiter
te nombre de points de [ivraison en
déptoyant mæsivement des consignes
et points relais dans les vitles lvoierle,
bureaux de poste, rnagasins, etc,),
regr0tlper les c0m[Ilarldes.
lmtatter des espaces togistiques urbains
et inciter les rcommupnts à maintenir
teurs ptateformes logistques en trance.
lnvestir dans des véhicu[es peu ou
no11 polttlants.

Article socialter juin 2017

  • 1.
    L'IMPACT CACHE DUE-COMMERCE Sefaire livrerchezsoi est-ilun crime ? lnternet s'est peut-être affranchi des distances mais pas les marchandises qu'on y achète. En attendant de tout pouvoir imprimer en 3D au coin de [a rue, nos achats en [igne pourraient bien nous conduire droit dans [e smog, ces brumes de potlution observées en Chine... Désormais, vous y penserez à deux fois avant de ctiquer sur << commander ». Chrystele Bazin I ffi î,r?,:"#ïJ.'â,,.'#:,u'#ï; la Cour de justice de lïJnion européenne (CI[IE) I Agence européenne pour I'environ- ' nement (AEE) estime que la pollution atmosphérique nuit à la santé de 85 o/o des citadins du Vieux Continent. Elle causerait même 500 000 morts préma- turées chaque année, dont 48 000 en pour sanctionner plusieurs Ét.tr-r.r.-brer,' dà.rt 1* France - compte tenu de ses dépassements répétés des tanx limites de dioxyde d'azote lNOr), princi palement généré par le trafic routier. « Peu étudié en regard du transport des personnes, le tranÿort de marchandises est ?aurtant responsable, par exemple à Paris, de 30 à 50 o/o des pollutions atrnos?hérigues liées au trE6r", rapporte Laetitia Dablanc, directrice de recherche à llGttar (f, institut situé au cæur du cluster Descartes de l'université Paris-Est. En outre, selon le cabinet Xerfi, si le marché du fret est rela- tivement stable, celui des liwaisons aux particuliers est en pleine explosion en raison du développement tout aussi explosif du e-commerce. En effet, le commerce en ligne connaît des tarx de croissance à derx chiffres depuis plus de dix ans. Le cap du milliard de transâctions en Iigne a été franchi en France, soit 33 achats par seconde, incluant biens matériels et immatériels (Fevad, 2016). lJémergence rapide du m-commerce (achats sur mobile) et du n social-commerce " (achats intégrés aux résearx sociaux), le développement de lbffre ainsi que les innovations en pagaille en matière de liwaison (for- fait illimité, liwaison en une heure, liwaison le soir, etc.) dewaient assurer à la vente à distance un ave- nir des plus radieux.Toutefois, cette belle croissance pourrait être temie par des conséquences beaucoup moins réjoüssantes : forte augmentation de la pol- lution atmosphérique, intensification du trafic en ville créant plus d'embouteillages et de nuisances sonores... Pas vraiment le chemin du progrès. LEs GRANDES uÉrnopor-Es sE RÉvETLLENT La mairie de Paris a constitué un groupe de travail permanent autour du e-commerce afin de traiter spécifiquement ces questions. Le Grand Lyon réalise en ce moment une étude sur ces nouveaux comportements d'achat et leurs impacts : « Ze e-comlnerce représenterait aujourd'hui, en oolume, 15 o/o du trans?ort de marcbandises sur le Grand Lyon ',, révèle Mathieu Gardrat, chercheur au LAET (2) àl'tniversité de Lyon. "À NeuYork, ce sont 36 0/o des /irtraisons qui sont liées au e-co??'t- ?nerce >>, ajoute Laetitia Dablanc. Dans la ville de Shenzhen (Chine), qui compte plus de 10 mil- lions d'habitants,<< l'acti,uité e-commerce génère plus de 850 millions de colis par an >>,rappofie Zuoperg Xao, chercheur à l'université de Hong Kong, contre 450 millions sur lènsemble du territoire français (Fevad,2015). Pour s'adapter à ce nou- veau mode de consommation, Shenzhen est deve- nue un précieux laboratoire en logistique urbaine : extension des réseaux de points relais, ouverture de bureaux de dépôt/collecte de colis dans les commerces, installation de milliers de consignes automatiques, etc. Pour lutter contre les désormais fréquents épisodes de pollution atmosphérique dans les villes, ar.rxquels la croissance fiigurante du e-commerce contribue mécaniquement, il deüent (1) Instintfrançai: da sciences et tecbnologies dzs trawPorts, de I'aménage- mffit et des réseaw, (2) Iaboratoire AruÉnagrut Économie Trarc4orts. m .g
  • 2.
    urgent d'étudier etde réduire f im- pact écologique de la liwaison arx particuliers, à moins de se résigner à f idée prochaine de viwe la tête dans le smog. LEs ÉcuErLs Écolooroues DU E.COMMERCE Le âit d'acheter en ligne potmait de prime abord paraître plus écologique, étant donné Ia réduction indüte des boutiques phl.niques et des déplace- ments individuels. Pourtanq àyregar- der de plus près, ce qubn gagne d'un côté semble s'évaporer de l'autre. D'abord, les comportements des consommateurs sont souvent hy- brides : faire le tour des magasins et acheter en ligne, recherdrer en ligne et aller récupérer le produit en magasin, etc. Ensüte, les services et intedaces numériques sont dwenus très sophistiques et consomment des ressowces énergétiques conséquentes. En effet, la pollution émise par ïin- dustrie du net et son impact sur le climat seraient éqüvalents à ceux du secteur de Ïaviation. Enfn, Iiwer des indiüdus plutôt que des m4gasins pose dëpineux problèmes dbptimi- sation. D'un point de vue de lèmbal- Iage par exemple,il est fréquent qu'un lot de stylos soit acheminé dans une boîte qü fait dix fois sa taille, alors quèn magasin le produit est liwé en plus grand nombre et dans un conditionnemerû adaptâ4 ce sujet, le Club Démé- ter - qui regroupe des distributeurs, des transporteurs et des industriels engagés dans une démarche éco- logq* - enüsage de créer un indicateur de perfor- mance environnementale qü détermineraitle taux de rempliss4ge des cartons. En outre, fonctionnant « à Ia demande r, les liwaisons en e-corrunerce sont moins prévisibles, engendrant un taux de rempliss4ge des camions trop bas. ,rA tout cela iajoute un taux d'échec auprentierpassage chez le dient denüron 20 0/o n,esime Jérôme Libeskind, auteur de Logistique urbaine (Fyp éditions,2015) et expert dans le domaine. Par ailleurs, de nombrerx e-commerçants placent dans les colis un bordereau prepaye afin de faciliter le retour des pro- düts sâns frais, et ce, pour encouragff lacte d'ac-hat. En France, le droit de rétractation génereratt entre 5 et2)o/o defluxde transport supplémentaires selon les secteurs. Associées à des forfaits de liwaison illimitée, ces âcilités de renvoi contribuent à des comporte- ments dachat irréféchis et écologiquement i.rrespon- sables. Enfin, u tous cesfux de liwaison monopolisent la ,uoirie (arrêts en doublefle, congestion du trEÊr, etc.), ré- duisant son accès à totr les autres usagers, alms q.a lbEaæ POIJR Rt[lJIRt SON IltllPRTIIITT z Se faire livrer en priorité en point relais ou en consigne. z Arbitrer attec discerrlernent entre se faire livrer et aller chercher le colis. z Veiller à être présent en cas de livraison à domicile ou choisir des transporteun qui permettent de prendre rendez'v0t|s. z Favoriser dès que possible les e-corntneffints qui mènent des politiques erttlir0rtnementales : optimisation des emballages, véhicules non polluants, etc. ./ Grouper ses ôchats et privilégier les produits locaux. ./ Ne pas abuser des facilités de retour. En cas de dottte sur Ie produit, opter pottr un achat en tttagasin. public est un bien colwnun», rappelle Diarla D:ztarn directrice d'AÊlog et anciennement chargée de mission «Transport de marchandises et logistique " du GrandLyon. MAIS OUE FAIT L/A P0LICE ? «Pas grand-choset, déplorent le consultant Jérôme Libeskind et la chercheuse Laeana. Dablanc. Le secteur logistique dans son ensemble riest soumis à aucune contrainte environnementale forte. I1 existe bien des zar,es à faibles émissions (ou zones à circulation restreinte - ZCR) encadrées par la législa- non p) dans les centres-villes, mais les contrôles sont insufi.sants et les choix peu pertinents. Par exemple, orplique Diona Druan, « I'accès et I'arrêt des poids lottrds sont contraints dans le centre de Lyoq alors que ces oéhicules ne sontpas lespluspolluants ». Le ministère de ÏEnvironnement a tout de même lancé er 2076 Crit'Air, un étiquetage volontaire de tous les véhicules en fonction de leur niveau d'émission de polluants ; Paris prwoit d'interdire le diesel d'id à 2020; le Grand Lyon a voté un plan Oxygène... Cependant, l'epi sode désastreux de l'écotaxe et celui du retrait de larticle44 dans la loi relative à la transition énergetique, qui demandait à la grande distribution de réduire « les érnissions de gaz à efet de seffe et dE ?llluants afmoÿhilques résultant du tranÿort dcs mmchandises gu'ils commercialisent sur le territoire national>>, montrent à quel point lènjeu écologique est peu défendu. Les dirigeants poli- tiques craignent sans doute de faire obstacle à l'un des rares secteurs qui crée de Ïactivité et représente déjà 11 7o des emplois salariés privés (A.filog,2076). coMMEl{T ÉVren LESUOO Z Certaines entreprises prennent heureusement la question environnementale à bras-1e-coqps. À Timage de Labatut Group par enemple, un trans- pofteur qui a investi dans un parc d'une trentaine de véhicules non polluants -du vélo triporteur au 44 tonnes - pour la liwaison urbaine. Mais ces ini- tiatives restent encore trop peu nombreuses. Selon Diana Diziain, pour fairé 6orrg.. les choses mas- sivement et rapidement , « ilfaudrait agir sur les gros (3) Cf. b ür* du 2?juin 2016. Pris m apflication dz I'artide 48 de la hi relative à la ftareitian mrgétique, ilfre la règla pmettsnt aw élu d'instmrr, sw tout oa lttic du tmitoire d'une commne ou d un EPCI, des zonq à cirdalion rntreinte, 50 ocûalter IRAIISIIIOIl DtlRABLE
  • 3.
    acteurs du colisen France, tels que Colis Priaé et La Poste gui sous-traitent la moitié ooire la totalité de leursfux à une myriade de traruporteurs, Ik ont üjà dans leur cahin des charges dts contraintes liées à la performance enoironnementab dts oéhiculel llfaudrait aeiller à ce guz ces contraintes augmentent ». Elle pointe aussi le problème des petits transporteurs dont les véhicules comptent souvent parmi les plus polluants et dont le nombre est insufËsant (souvent un seul) pour pou- voir optimiser le tatx de remplissage et les tournées de liwaison. << Ce sont les e-commerçants qui sont générateurs dz colis. Cbst donc auprès dbux guilfautfaire pression, nltam- ment auprès d'unpoiù lourd commeAmazon qui, à lui seul, est en rnesure de redéfnir les standards o, analyse de son côtéJérôme Libeskind. En d'autres termes, si Amaznn décidait dbffrir des avantages conséquents à ceux qui se font liwer en point relais plutôt que de lancer des forfaits de Iiwaison illimitée, les autres süwaient. Laetitia Dablanc penche plutôt pour la création dèspaces logistiques urbains, s'appuyant sur l'im- plantation réussie d'une plateforme Chronopost à Beaugrenelle (Pari$ qü, selon un premier bilan, a permis de réduire d'au moins 30 0/o les émissions de dioxyde de carbone (COr), de particules fines et de mono4yde et dioxyde d'aznte (NO-). A Shenzhen, les promoteurs immobiliers sont éga- lement mis à contribution. En plus des parkings, des poubelles et des boîtes atx lettres, ils prévoient des places de liwaison, des consignes partagées, des q,s- tèmes de conciergerie en bas des immeubles (dépôt/ envoi de colis), etc. ÉT OUIDOE CEUXOUI CLIOUENT ? Être coincé derrière un camion de livraison et pester contre lui reüent en partie à pester contre soi-même, idern pow Ia pollution de l'air. Nos comportements indiüduels mis bout à bout nous retombent dessus au centuple. Le tri séleai{ le ramassage des crottes de chien et bientôt des mégots ne sont possibles que si la population coopère. Ainsi, la première attitude écologique à adopter serait de se faire Iiwer en point relais, en consigne ou au tralail plutôt que chez soi. Pour les parisiens, par exemple, Bluedistrib'(Groupe Bolloré) est en train déquiper les stations Autolib"de consignes automatiques et les toumées de liwaison sont âites la nüt, en voiture électrique. Pow ceu qui ont néanmoins besoin dêtre liwé à domicile,la start- up Colibou centralise les liwaisons et liwe le soï sur rendez-vous, réduisant les taux dëchec au premier passage et utilisânt la voirie arx heures creuses. En outre, alec le développement du commerce ,. O2O " (pour " Online to Ofrine"),les plateformes numériques, après avoir été de rudes concurrents pour les commerçants de quartier, pourraient bien devenir leurs nouveaux alliés. Ensemble, ils peuvent facfiter la consommation de produits locarx tout "La pollution émise par Iindustrie du net et son impact sur [e climat seraient équimtents à ceux du sesteurde liaYiation." - en optimisant la perÊormance environnementale de la chaîne logistique, à fimage de Ia livraison de repas à domicile en vélo proposée par Deliveroo ou Foodora. Autres exemples : à Shenzhen, Colour Life connecte les habitants d'un quartier ou d'une résidence avec les commerçants du coin et centralise la liwaison ; dans la même veine, Le Bon Zeste, une start-up marseillaise, rassemble lbffre de maraîchers et fabricants locaux sur son site et regroupe les liwaisons par quartier. Cependant, les e-commerçants et tous les acteurs de la logistique donnent la priorité à la performance économique et à la satisfaction de leurs clients. C'est donc à nous, collectivement, de les amener à inclure la question écologique dans lëquation, en ajustant nos comportements d'achat bien sûr, mais aussi en plébiscitant, en tant que citoyen, les politiques enü- ronnementales aux niveaux local, national et euro- péen. " Il est temps dt sortir de I'opposition entre poli- tigue enoironnementale et actioité économigue. Il faut aider ceux gui jouent le jeurr, plaide Diana D'wwn, d'autant que réduire limpact environnemental est source d'innovation, de créatiüté et très souvent déconomies.ê É I )î 0ptimisu tetaux de renrptissage des camions et des caftons. Durcir |a tégistation afin de réduire ta pottution de lair Aæentuer Iaide à linnovation environnementate en togistrque. Mettre les consomrnatettrs à contribution : notation « vefte » des e-commerpnts, outits de sensibitisation sur Iimpact écologique des comportements d'achat, système de gratlfication éco[ogique Ipoints de remise « verte »), etc. Guvrerà ta mobitisation citoyenne pour [a défense de la qualité de tair [s LttlttRs 0t c]lAilttltllt]rÏ Modétiser ta livraison des machandises atrx paûictitiers létudes, données]. lntégrer liimpact environnementaI dans tes calcuts d'ogimisation togistique 0ptimiser les ftux de transport:limiter te nombre de points de [ivraison en déptoyant mæsivement des consignes et points relais dans les vitles lvoierle, bureaux de poste, rnagasins, etc,), regr0tlper les c0m[Ilarldes. lmtatter des espaces togistiques urbains et inciter les rcommupnts à maintenir teurs ptateformes logistques en trance. lnvestir dans des véhicu[es peu ou no11 polttlants.